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La Russie privée de Jeux Olympiques : une décision éminemment géopolitique ? [2/2]

La Russie privée de Jeux Olympiques : une décision éminemment géopolitique ? [2/2]

Solène VIZIER 13 décembre 2019 ActualitéActualités analyséesEuropeInternationalRussie Leave a comment

Mise au ban par l’Agence mondiale antidopage (AMA), la Russie ne participera pas aux prochains Jeux Olympiques. C’est le dernier rebondissement d’une affaire incroyable de dopage institutionnel qui dure depuis plus de quatre ans. Mêlant gouvernement russe, agents secrets et falsification d’échantillons et de données informatiques, la tempête s’est abattue sur le sport russe. La suspension par l’AMA est un nouveau coup porté à la Russie, qui utilise le sport à des fins politiques. Au-delà du théâtre sportif, la suspension de la Russie s’inscrit dans un jeu de pouvoir entre Moscou et l’Occident.

A Paris, Vladimir Poutine a critiqué la “décision politique” de l'AMA de suspendre la Russie des prochains Jeux Olympiques.
A Paris, Vladimir Poutine a critiqué la “décision politique” de l’AMA de suspendre la Russie des prochains Jeux Olympiques.

La Russie dénonce une décision politisée et une “hystérie anti-russe”

Lundi 09 décembre, l’Agence mondiale antidopage a approuvé à l’unanimité les recommandations de son comité de conformité, visant à interdire à la Russie d’accueillir et de participer à de grands événements sportifs internationaux pendant quatre ans. La Russie n’a pas tardé à réagir aux sanctions de l’AMA. Le Premier ministre Medvedev a critiqué des “décisions qui se répètent contre des sportifs qui ont déjà été punis”. Le chef du gouvernement russe a dénoncé la “poursuite d’une hystérie antirusse devenue chronique”. Annonçant que la Russie ferait appel, il a cependant reconnu que Moscou avait un “sérieux problème de dopage”.

Comme son ministre des sports Pavel Kolobkov, Vladimir Poutine a condamné une “décision politique”. Le président russe s’est élevé contre une décision collective qui “contredit la charte olympique”. Pour le président russe, l’absence d’une plainte contre le Comité national olympique russe autorise, selon la charte, son pays à concourir sous le drapeau national. “Tout châtiment – comme il l’a été depuis l’époque du droit romain – doit être individuel et découler de ce qui a été commis par une personne. Les châtiments ne peuvent pas être de nature collective et s’appliquer à des personnes qui n’ont rien à voir avec certaines violations”, a-t-il ajouté à Paris. Stanislav Pozniakov, à la tête du Comité national russe, a appuyé les propos de son président. Il s’est dit “déçu” par les sanctions “prévisibles” mais “inadéquates et excessives”.

Le sport, un instrument géopolitique ordinaire

Pour pallier aux faiblesses de son soft-power, le sport a été réactivé par la Russie comme l’un des outils principaux de puissance depuis le milieu des années 2000. Le gouvernement de Vladimir Poutine utilise le sport au service de la puissance globale de la Russie. Moscou cherche à améliorer, par ce biais, l’image et la réputation de la Russie sur la scène internationale. Le sport est (re)devenu la vitrine de la puissance russe et l’instrument de ses ambitions.

À ce titre, la Russie s’est imposée comme un maître en matière d’organisation de grands événements sportifs au cours des dix dernières années. Le Kremlin est parvenu à faire des Jeux de Sotchi en 2014 et de la Coupe du Monde de football en 2018 des réussites organisationnelles et sportives, en mobilisant pour cela l’ensemble de la société, des oligarques aux supporters. Bien plus que des événements sportifs majeurs, les Jeux Olympiques d’hiver et la Coupe du Monde de football ont été utilisés comme un outil multifonctionnel, à la fois politique, économique et social.

Pour Vladimir Poutine, les succès sportifs sont autant de succès diplomatiques et cela a contribué à améliorer pendant un temps l’image de la Russie à l’international. Le “sport-power”, en tant que composante du soft-power d’un pays, est cependant à double tranchant. Le président du CIO, Juan Antonio Samaranch déclarait en 1975 lors du congrès de Neuchâtel : “nul doute que les compétitions sportives, et en particulier les Jeux Olympiques, reflètent la réalité du monde et constituent un microcosme des relations internationales”. Les oppositions sur les terrains géopolitiques ordinaires se transposent au monde du sport. Si la diplomatie sportive peut prouver la puissance d’un État, elle peut également jeter le discrédit sur ce même État lorsque ses failles sont révélées.

Un jeu de pouvoir entre la Russie et l’Occident

Alors que la pression s’intensifie sur la Russie, le Kremlin ne reconnaît qu’à demi-mots le dopage institutionnel. Il mène en Russie une campagne de propagande présentant les sanctions comme un complot occidental.  Suite à la publication du premier rapport McLaren en juillet 2016, le Kremlin dénonçait “une récidive dangereuse de la politique dans le sport [dont la] forme a changé, mais le but est le même : faire du sport un instrument de pression géopolitique et donner une image négative de certains pays et de leurs peuples”.

Pour l’Occident, la suspension des athlètes russes est un coup d’arrêt à la politique de puissance sportive russe. La révélation des problèmes de dopage en Russie par l’AMA témoignerait “des failles du régime poutinien (difficulté à coordonner une politique sportive efficace et cohérente), des difficultés de la société russe contemporaine (corruption endémique), comme des problèmes inhérents à la société sportive internationale (concurrence accrue, appât du gain et des victoires, nécessité des performances, intensité de la profession sportive, difficulté de coordination entre les instances internationales)”.

Le patron de l’USADA, l’agence antidopage américaine, a quant-à-lui dénoncé une sanction trop clémente de la part de l’AMA. “Permettre à la Russie d’échapper à une mise au ban totale est un nouveau coup dévastateur porté aux sportifs propres, à l’intégrité du sport et à la force des règlements”, a déclaré Travis Tygart. On assiste alors à une véritable guerre informationnelle entre la Russie et l’Occident sur la question du dopage. Quand les occidentaux accusent la Russie de tricherie, la Russie répond que le problème du dopage est mondial. Comme au temps de la Guerre Froide, la Russie et les États-Unis, à défaut de pouvoir s’affronter directement par des moyens militaires, rivalisent sur les terrains de sport.

La difficulté de la gouvernance du sport mondial

Le scandale de dopage d’État russe est représentatif des difficultés que rencontre la gouvernance mondiale du sport et du poids des États dans les décisions de celle-ci. Si le Comité international olympique se déclare apolitique, le sport, lui, ne l’est pas. Le CIO doit alors composer avec les tensions géopolitiques qui régissent la société internationale. Son éternelle stratégie du balancier a été critiquée, quand l’organisation n’a pas exclu les sportifs russes des Jeux Olympiques de Rio.

Selon Pascal Boniface, “le CIO n’a pas voulu imposer à la Russie l’humiliation d’être le troisième pays exclu des JO de façon globale après l’Afrique du Sud de l’apartheid et de l’Afghanistan en 2000”. Une telle décision aurait pu créer une ligne de fracture durable et majeure au sein du CIO. Les intérêts sont aussi commerciaux. L’exclusion d’un pays des Jeux Olympiques nuit à l’image de neutralité et d’universalité que le CIO souhaite véhiculer. Par corrélation, cela porte également préjudice aux retombées économiques des compétitions.

L’exclusion de la Russie des Jeux Olympiques de Pyeongchang en 2018 est aussi le fruit d’une solution négociée. Les athlètes concourraient sous drapeau olympique mais la dénomination de la délégation olympique, “Athlètes olympiques de Russie” prêtait à confusion. Des pays comme l’Afrique du Sud ou le Koweït n’ont pas eu droit à l’inclusion du nom de leur pays dans la dénomination officielle des athlètes neutres. Cela crée donc un double standard dans les décisions du CIO, avec une impossibilité d’écarter la politique du sport. L’annulation de la suspension de 28 athlètes russes par le Tribunal arbitral du sport, comme le retour de la Russie en tête du tableau des médailles de Sotchi est aussi un revers important pour le CIO et l’AMA, démontrant toute la difficulté de lutter contre le dopage dans le sport.

Le CIO soutiendra l’AMA

Alors que les affaires de dopage relèvent habituellement de sanctions individuelles, c’est ici tout un État qui a été pénalisé pour le rôle qu’il a joué dans l’organisation d’un “dopage d’État” dans plus de trente sports. L’AMA sanctionne aujourd’hui sévèrement la non-coopération et les malversations de la Russie. D’autant que le CIO a fait savoir qu’il n’irait pas à l’encontre des décisions de l’AMA. Signataire du Code mondial antidopage, le CIO doit désormais appliquer de manière obligatoire les injonctions de l’organisation.

Fidèle à sa position, il a cependant rappelé que la responsabilité du Comité olympique russe n’est pas mise en cause. Il a insisté sur l’importance de protéger les athlètes russes “propres”. Tous les espoirs de la Russie reposent maintenant sur les épaules du Tribunal arbitral du sport. Le TAS devra statuer sur le bienfondé de l’exclusion de la Russie des compétitions internationales pour les quatre prochaines années. A l’examen des preuves à charge contre Moscou, l’appel semble perdu d’avance. Le drapeau russe ne flottera pas lors des prochains Jeux Olympiques.

Sources

VIZIER Solène, Le sport, arme diplomatique de la puissance russe au XXIe siècle, Mémoire de recherche, Université Paris XIII, 2018.Share

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About Solène VIZIER

Solène Vizier est diplômée d’un Master 2 Etudes Stratégiques. Passionnée de géopolitique, ses domaines de spécialisation concernent les mondes hispanophone et russophone, le désarmement nucléaire et la géopolitique du sport. Elle est rédactrice aux Yeux du Monde depuis avril 2019.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/42405-russie-privee-jeux-olympiques-decision-eminemment-geopolitique-2

La Russie privée de Jeux Olympiques : une décision éminemment géopolitique ? [1/2]

La Russie privée de Jeux Olympiques : une décision éminemment géopolitique ? [1/2]

Solène VIZIER 11 décembre 2019 ActualitéActualités analyséesEuropeInternationalRussie Leave a comment

Mise au ban par l’Agence mondiale antidopage (AMA), la Russie ne participera pas aux prochains Jeux Olympiques. C’est le dernier rebondissement d’une affaire incroyable de dopage institutionnel qui dure depuis plus de quatre ans. Mêlant gouvernement russe, agents secrets et falsification d’échantillons et de données informatiques, la tempête s’est abattue sur le sport russe. La suspension par l’AMA est un nouveau coup porté à la Russie, qui utilise le sport à des fins politiques. Au-delà du théâtre sportif, la suspension de la Russie s’inscrit dans un jeu de pouvoir entre Moscou et l’Occident.

Suspendue pour dopage et falsifications de preuves, la Russie ne participera pas aux prochains Jeux Olympiques.
Suspendue pour dopage et falsifications de preuves, la Russie ne participera pas aux prochains Jeux Olympiques.

L’hymne russe ne retentira pas lors des prochains Jeux Olympiques. L’Agence mondiale antidopage (AMA) a décidé ce lundi d’exclure la Russie de toutes les compétitions mondiales pendant quatre ans. La sanction affecte, entre autres événements, les prochains Jeux Olympiques d’été à Tokyo en 2020 et d’hiver à Pékin en 2022, ainsi que la Coupe du monde de football au Qatar en 2022. L’AMA accuse la Russie d’avoir falsifié des données et caché des cas présumés de dopage positif de ses athlètes.

De lourdes sanctions

L’AMA a suivi à l’unanimité les recommandations formulées le mois dernier par son comité de conformité (CRC). La Russie est ainsi bannie de toute compétition multisport (Jeux Olympiques et paralympiques d’été et d’hiver, Jeux olympiques de la jeunesse, Jeux Européens, Universiades) et de tout championnat du monde régi par le code mondial antidopage. Le journal sportif l’Équipe a listé tous les événements concernés, du football à l’haltérophilie.

La Russie ne pourra pas non plus accueillir, candidater ou se voir attribuer l’organisation de ces événements. Les fédérations concernées devront réattribuer le Championnat du monde masculin de volley-ball en 2022 et l’Universiade d’été en 2022. Les Mondiaux de lutte à Krasnoïarsk en 2022 pourraient également être concernés par la mesure. En revanche, la participation de la Russie à des compétitions continentales telles que l’Euro 2020 de football n’est pas remise en cause. De même, elle pourra accueillir des compétitions “étapes” d’un circuit mondial, comme le Grand Prix de F1 de Sotchi. En outre, aucun officiel, représentant du gouvernement russe ou dirigeant des comités olympique et paralympique russe ne sera accepté sur ces théâtres sportifs. Ils auront également l’interdiction de siéger au sein des instances sportives internationales en tant que représentants du Kremlin.

L’AMA a cependant tenu à laisser une porte ouverte aux athlètes “propres”. Ceux-ci, s’ils montrent patte blanche, pourront concourir sous bannière neutre. Ce fut le cas à Pyeongchang où la sélection avait été rebaptisée “athlètes olympiques de Russie”. En athlétisme aussi, les athlètes russes participent aux compétitions depuis 2015 avec un maillot neutre.

Des accusations de dopage d’État organisé

Depuis 2014, une tempête s’est abattue sur le sport russe. La Russie est accusée d’avoir mis en place un programme de dopage généralisé à grande échelle entre 2011 et 2015. Selon un premier rapport publié fin 2015 et conduit par Dick Pound, ex-dirigeant de l’AMA, la Russie aurait donné l’assentiment du gouvernement et aurait dissimulé les cas de dopage avec l’implication des services secrets russes[1]. Le rapport McLaren (du nom du juriste canadien qui l’a mené), publié en 2016, est encore plus accusateur. Il dénonce un “système de dopage d’État, touchant 30 sports”, particulièrement pendant les Jeux de Sotchi (2014)[2].

Le second volet du rapport “étend la fraude à l’ensemble des grandes compétitions […]. La manipulation systématique et centralisée des contrôles antidopage a évolué et a été affinée au fur et à mesure de son utilisation. […] Plus de 1 000 athlètes russes participant à des disciplines d’été, d’hiver ou paralympiques ont été impliqués”. Selon les enquêteurs, il apparaît “hors de tout doute raisonnable” que le ministère russe des sports, le Centre of Sports Preparation of the National Teams of Russia, le FSB et le laboratoire accrédité par l’AMA à Moscou ont opéré pour la protection des athlètes russes dopés grâce à une “méthode de dissimulation des résultats positifs”.

Le sport russe mis au ban des Jeux Olympiques

Le Kremlin aurait mis en place le programme après le naufrage de l’équipe olympique russe aux Jeux Olympiques de Vancouver en 2010. De bons résultats devaient permettre à la Russie de rayonner sur la scène internationale. Si Vladimir Poutine plaidait pour des sanctions individualisées et non collectives, l’AMA a suspendu l’agence antidopage russe RUSADA. La Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), n’a, à ce jour, pas réintégré la Fédération russe d’athlétisme. Si le Comité international olympique (CIO) a laissé libre choix aux Fédérations internationales pour décider de la participation ou non des sportifs russes aux Jeux Olympiques de Rio (Brésil) en 2016, aucune délégation russe n’a été autorisée aux Jeux paralympiques.

Le 05 décembre 2017, la Commission exécutive du CIO a suspendu le comité olympique russe. La Russie s’est vue interdite de participer aux Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver 2018 à Pyeongchang en tant que nation. Les athlètes russes ont cependant pu concourir sous drapeau olympique. 43 athlètes seront suspendus pour dopage, dont 37 médaillés olympiques. La Russie perdra treize des médailles obtenues lors des Jeux de Sotchi – dont quatre en or –, dégringolant à la quatrième place du tableau des médailles derrière la Norvège, le Canada et les États-Unis. Le CIO l’a aussi condamnée à une amende de 15 millions de dollars pour réparer le préjudice subi par l’organisation internationale. En septembre 2018, l’AMA lèvera finalement la suspension de la RUSADA.

La Russie suspendue pour de nouvelles falsifications de preuves

La réintégration de la Russie était cependant conditionnée à la remise de l’intégralité des données brutes des contrôles de l’ancien laboratoire de Moscou. Ce geste de transparence devait permettre aux fédérations internationales de sanctionner les sportifs russes dont le laboratoire avait falsifié les contrôles positifs. Or, ces données, remises en janvier 2019 à l’AMA, ont fait l’objet de très nombreuses manipulations. Les autorités russes auraient effacé des centaines de résultats suspects. Selon le CRC, “de nombreuses suppressions ou modifications supplémentaires ont été faites en décembre 2018 et janvier 2019, après que le comité exécutif de l’AMA a imposé la remise de ces données”. Le CRC accuse également la Russie d’avoir introduit de faux éléments de preuve dans la base de données. Ceux-ci voulaient faire croire à une conspiration orchestrée par le docteur Rodchenkov, devenu la bête noire de Moscou.

L’AMA ciblait pour leurs données biologiques suspectes 298 sportifs russes. Selon l’agence antidopage, la manipulation des données empêchera la suspension d’au moins 145 athlètes. Ces dernières malversations ont motivé la décision de l’AMA de suspendre la Russie. La RUSADA a désormais 21 jours pour faire appel de la décision devant le Tribunal arbitral du sport (TAS). La juridiction suprême du sport devrait, malgré la complexité du dossier, rendre son arbitrage avant les Jeux de Tokyo. Nul doute que la Russie, qui continue de nier fermement bon nombre des allégations à son encontre, fera appel.



About Solène VIZIER

Solène Vizier est diplômée d’un Master 2 Etudes Stratégiques. Passionnée de géopolitique, ses domaines de spécialisation concernent les mondes hispanophone et russophone, le désarmement nucléaire et la géopolitique du sport. Elle est rédactrice aux Yeux du Monde depuis avril 2019.



Sources

[1] AMA, The Independent Commission Report, Commission d’enquête indépendante, 09 novembre 2015.

[2] AMA, McLaren Independent Investigation Report, 2016

VIZIER Solène, Le sport, arme diplomatique de la puissance russe au XXIe siècle, Mémoire de recherche, Université Paris XIII, 2018.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/42397-russie-privee-jeux-olympiques-decision-eminemment-geopolitique-1

JO : quand certains Russes refusent de devoir brandir le drapeau blanc par Karine Bechet Golovko

JO : quand certains Russes refusent de devoir brandir le drapeau blanc par Karine Bechet Golovko

mercredi 11 décembre 2019, par Comité Valmy

La nouvelle suspension annoncée de la Russie aux JO et aux évènements sportifs « majeurs », cette fois-ci, commence à mal passer dans les milieux politiques et sportifs, où le refus de participer sans hymne et sans drapeau, c’est-à-dire sans pays, fait son chemin. La fédération russe de boxe a déjà déclaré refuser de participer aux JO dans ces conditions et des députés émettent la possibilité d’organiser un évènement parallèle. La Russie va-t-elle se souvenir des Spartakiad des peuples soviétiques ?

4 ans de suspension pour la Russie et une sélection plus que douteuse de ses athlètes pour une participation neutre aux JO provoquent, cette fois-ci, plus de réactions négatives que la dernière fois. Il semblerait que les yeux s’ouvrent, il ne s’agit pas de résoudre des problèmes liés au dopage pour ensuite tranquillement pouvoir être réintégré dans la communauté internationale du sport. Et des contrats qui vont avec. Non. L’expérience vient de le montrer, peu importe les réformes réalisées, validées par les instances sportives olympiques, de toute manière la Russie doit être rayée du monde sportif. Comme pays. Parce que c’est la Russie. Ces décisions n’ont rien à voir ni avec la lutte contre le dopage, ni avec le sport. (voir notre texte ici)

La fédération russe de boxe vient de refuser d’aller participer aux JO de 2020 sans le drapeau russe, comme l’a déclaré son secrétaire général Oumar Kremlev :

« Les sportifs vont défendre devant la justice leur droit à participer sous drapeau russe. Il faut regarder ce que vont faire maintenant le comité olympique russe et RUSADA, mais nous aussi nous analysons la possibilité de contester cette décision. (…) Pour nous, le plus important est que nos boxeurs puissent participer sous drapeau russe et que résonne notre hymne national. Sans cela, il n’y a aucun sens à participer.« 

Le sentiment que ces sanctions sont sur le point de devenir permanentes, car le conflit géopolitique qui en est à la source n’est pas près de se résoudre demain, fait son chemin, ce qui oblige à voir la situation sous un autre angle. C’est notamment la position que développe le député russe Pietr Tolstoï : »Encore quelques mots au sujet de cette révoltante interdiction faite à nos sportifs de participer aux championnats du monde et aux JO. Et au sujet des mesures à prendre au cas où l’appel serait rejeté.

Il est clair que la décision est politique. C’est une interdiction à l’égard de la Russie et non pas de certains sportifs. Renie et va-y. En effet, « on s’est entraîné toute notre vie, et c’est une chance d’obtenir une médaille et une prime, et sous quel drapeau et avec quel hymne, ça n’a aucune importance ».

C’est important. Parce que nos sportifs ne se représentent pas eux-mêmes, individuellement, mais notre pays. Et nous les soutenons, tant qu’il y a ce « nous » commun. Les victoires des athlètes neutres, comme l’AMA propose d’appeler nos athlètes, ce ne sont déjà plus nos victoires. C’est pourquoi il vaudrait mieux ne pas participer à ces compétitions, et organiser les nôtres. Ce serait une réponse normale et sensible pour les personnes malveillantes.

Un Russe ne peut pas brandir un drapeau blanc, jamais. Ni dans le sport, ni dans la vie. C’est mon opinion »

Il est vrai qu’il est plus facile d’être « patriote » quand tout va bien. Aujourd’hui, il n’y a pas de place pour la neutralité. Chacun est libre de faire ses choix – et de les assumer.

PS : Comme l’URSS avait refusé de reconnaître les dettes de la Russie tsariste, la communauté internationale avait mis en place un système d’isolement international, auquel le CIO avait pris part. Déjà à l’époque, les instances olympiques étaient un élément de l’idéologie libérale, bref étaient impliquées dans le combat idéologique, tout comme aujourd’hui. En réponse au boycott des instances olympiques, l’URSS avait organisé dans les années 20 les Spartakiad, auxquelles participaient les sportifs des républiques de l’Union soviétique. Les premières Spartakiad furent organisées en été 1928, elles comprenaient 21 catégories sportives et 7000 sportifs. Pour comparaison, à la même époque des Jeux d’été, il y avait à Paris 17 catégories sportives et 3000 sportifs. Après la participation de l’URSS à partir de 1952 aux JO, les autorités soviétiques eurent l’intelligence de maintenir les Spartakiad, elles aussi en deux sessions, d’été et d’hiver. Elles prirent fin en 1991 avec l’arrivée triomphante de la démocratie atlantiste, qui a ainsi mis, en ce domaine, les autorités russes sous dépendance internationale – comme nous le voyons aujourd’hui. Le sport aurait pu être une excellente diplomatie entre les ex-républiques soviétiques, mais les temps n’étaient pas à cela. Gazprom fut plutôt choisi pour être le héraut du Monde russe, plus en phase avec les nouvelles valeurs occidentales, mais avec des résultats discutables lorsque l’on regarde la propagation des révolutions de couleur.

En image et en musique :

Karine Bechet-Golovko
11 décembre 2019
Russie politics

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11581

Dopage : l'AMA exclut la Russie des Jeux olympiques pour quatre ans

Dopage : l’AMA exclut la Russie des Jeux olympiques pour quatre ans 9 déc. 2019, 11:20 Auteur: RT France Le porte-parole de l’agence mondiale antidopage a annoncé que la Russie était exclue durant quatre ans des Jeux olympiques, sur base d’accusations de «dopage d’Etat» que Moscou dément fermement.

Les autorités russes ont 21 jours pour faire appel. Mise à jour automatique Lundi 9 décembre 15h00 CET Jonathan Taylor, président du Comité indépendant de révision de la conformité (CRC) de l’AMA, a évoqué le cas de la Coupe du monde de football 2022 lors de la conférence de presse de l’agence. «Si [la Russie] se qualifie, aucune équipe représentant la Russie ne pourra pas participer [à la Coupe du monde]. Mais si un mécanisme est mis en place, alors [les joueurs] pourront demander à participer sur une base neutre, pas en tant que représentants de la Russie», a-t-il expliqué, cité par Reuters.  Il a ajouté que cette décision revenait à la fédération organisatrice de la Coupe du monde : «Ce sera à la FIFA d’implémenter [un tel mécanisme], mais ils devront le faire en conjonction avec l’AMA. Mais il n’y aura ni drapeau, ni hymne.»

La FIFA n’a pas encore réagi sur ce point. Elle a néanmoins confirmé que la participation de la Russie à l’Euro 2020 n’était pas remise en question puisque les sanctions de l’AMA ne concernent que les compétitions à l’échelle mondiale. 14h21 CET Les sanctions de l’AMA témoignent d’une «hystérie antirusse» selon Dmitri Medvedev, Premier ministre russe. «Toutes ces décisions se répètent contre des sportifs qui ont déjà été punis […] ce qui fait penser à la poursuite d’une hystérie antirusse devenue chronique», a déclaré Dmitri Medvedev, cité par les agences russes, souhaitant que les instances sportives compétentes fassent appel de la décision de l’AMA. 14h15 CET Dans sa décision, l’AMA n’a pas précisé quelles compétitions précisément étaient visées. Toutefois, si les sanctions s’appliquent bien aux compétitions mondiales, la Russie devrait être bannie de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar. La FIFA n’accepte en effet pas le concours d’équipes sous bannière neutre. Néanmoins, l’organisation cherche à clarifier la situation. Contacté par RT France, un membre du service de presse de la FIFA a commenté : «La FIFA a pris note de la décision prise aujourd’hui par le Comité exécutif de l’AMA. La FIFA est en contact avec l’AMA et l’ASOIF (Association des fédérations internationales des sports olympiques d’été) pour clarifier la portée de cette décision en ce qui concerne le football.» Le 9 décembre, l’agence mondiale antidopage (AMA) a annoncé que la Russie était écartée pendant quatre ans, des événements sportifs planétaires. Réuni à Lausanne, le Comité exécutif de l’AMA a ainsi approuvé la recommandation émise le 25 novembre par le comité de révision de la conformité (CRC). Le CRC accuse la Russie de falsification des données de laboratoire transmises aux enquêteurs de l’Agence. De son côté, Moscou a toujours fermement démenti toute accusation de «dopage d’Etat».  Dans un premier temps, la première vice-présidente de la commission des Affaires étrangères de la Douma d’Etat, Svetlana Jourova a affirmé que la Russie ferait appel de la décision de l’AMA auprès du Tribunal arbitral du sport basé à Lausanne. Mais le patron de l’agence antidopage Rusada, Iouri Ganous, a par la suite affirmé à l’AFP que le conseil de surveillance de l’agence russe antidopage (Rusada) déciderait, lors d’une réunion le 19 décembre, de faire ou non appel. «Il n’y a aucune chance de gagner devant un tribunal», a-t-il ajouté. Il a en outre qualifié la décision de l’AMA de «tragédie» pour les sportifs propres.

Le vice-président de la Douma, Igor Lebedev, a de son côté déclaré que la décision de l’AMA sur l’agence russe antidopage (Rusada) était un coup dur pour le sport russe et qu’une réaction énergique de la part des autorités russes s’imposait. Le sénateur, Andreï Klimov, a de son côté appelé à «s’occuper» des fonctionnaires qui étaient responsables de la politique antidopage et qui ont permis à l’AMA d’utiliser leur erreur comme prétexte pour mener la campagne contre la Russie.

La Russie dans le viseur Conséquence de la décision de l’AMA : aucun Russe ne sera autorisé sur les théâtres des compétitions sportives mondiales durant cette période sous ses couleurs nationales et la Russie ne pourra plus candidater à l’attribution d’événements sportifs internationaux, jeux olympiques compris, durant cette période. La décision de l’AMA peut être contestée dans un délai de 21 jours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), par l’agence nationale antidopage Rusada, ou par le Comité olympique russe (ROC) ou toute fédération internationale qui serait concernée. Lire aussi Un comité de l’Agence mondiale antidopage recommande la suspension de quatre ans de la Russie Concrètement, la Russie ne pourra pas participer aux prochains Jeux olympiques (JO) d’été et d’hiver, aux JO de la jeunesse et aux Jeux paralympiques. Les championnats d’Europe, y compris l’Euro 2020 et la finale de la Ligue des champions qui doit avoir lieu à Saint-Pétersbourg, ne sont a priori pas concernés par la décision de l’AMA. Plusieurs compétitions sont toutefois sous la menace, mais des décisions devront être prises par diverses instances.

Ainsi, par exemple, la participation de la Russie à la Coupe du monde de football doit fait l’objet d’une décision individuelle de la FIFA. En outre, les sportifs russes ne pourront participer aux compétitions sportives planétaires sanctionnées par la décision de l’AMA que lorsqu’ils seraient «en mesure de démontrer qu’ils ne sont impliqués en aucune manière» dans l’affaire incriminée. Mais dans ce cas de figure, ils ne seraient néanmoins pas autorisés à concourir sous leurs couleurs nationales.  Mise en cause en raison de scandales liés à de présumés cas de dopage institutionnel, la Russie avait déjà été exclue de plusieurs compétitions internationales comme lors des derniers JO d’hiver, en 2018, à Pyeongchang, en Corée du Sud, durant lesquels seulement quelques athlètes russes avaient pu participer aux épreuves, sous pavillon olympique. 

Lire aussi : Le président de RUSADA confirme des manipulations des données du laboratoire antidopage en Russie International Raconter l’actualité

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/international/68786-dopage-ama-exclut-russie-jeux-olympiques-pendant-quatre-ans?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications

Quarts de finale : Le XV de France a cédé in extremis face au pays de Galles

20 OCTOBRE 2019 – MATHIEU WARNIER

Quarts de finale : Le XV de France a cédé in extremis face au pays de Galles

Le pays de Galles s’est qualifié pour les demi-finales de la Coupe du Monde en arrachant la victoire face au XV de France, qui aura mené au score l’essentiel de la rencontre.Les Gallois tiennent leur revanche ! Huit ans après une demi-finale à couteaux tirés en Nouvelle-Zélande, c’est sur la pelouse d’Oita que le XV du Poireau a dominé d’une marge infime une équipe de France courageuse mais plombée par son indiscipline. Une rencontre que les Bleus ont démarré tambour battant. Face à des Gallois qui ont nettement peiné dans l’entame de ce quart de finale, Sébastien Vahaamahina a mis ses coéquipiers sur de bons rails dès le 5eme minute. Sur une touche à cinq mètres, le maul français a mis la défense du XV du Poireau sur le reculoir et, sous l’impulsion de Guilhem Guirado, le deuxième-ligne de Clermont s’est arraché pour aplatir le premier essai français. Dans la foulée, le XV de France n’a pas arrêté son effort et, à la conclusion d’une belle remontée de balle, Charles Ollivon a confirmé l’entame parfaite des Bleus. A l’initiative, Virimi Vakatawa a su combiner avec Romain Ntamack puis Antoine Dupont pour envoyer le Toulonnais derrière la ligne. Avec deux essais encaissés en moins de dix minutes, les Gallois se devaient de répondre… et ce sont les Français qui leur ont offert une munition ! Guilhem Guirado n’a pas pu conserver le contrôle du ballon sur un contact, ce dont a profité Aaron Wainwright pour passer dans le dos de la défense française et remettre le XV du Poireau dans le match.

TF1@TF1

🇫🇷

#RWC2019 Quel début de match des Bleus ! Dans la foulée du premier essai de Vahaamahina, l’équipe de France ne relâche pas la pression et inscrit un nouvel essai grâce à Ollivon (12-0) #WALvFRA

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3609:29 – 20 oct. 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialitéVoir les autres Tweets de TF1

Vahaamahina, de héros à zéro !


Sur une pénalité, Dan Biggar a ramené les Gallois à deux points des Français mais les hommes de Jacques Brunel avaient de la suite dans les idées sur la pelouse d’Oita. Les Gallois, en cinq minutes, ont perdu pied. D’abord, Josh Navidi a été contraint de céder sa place à Ross Moriarty sur blessure… avant que ce dernier ne ressorte du terrain pour dix minutes. Auteur d’une cravate sur Gaël Fickou, le troisième-ligne gallois a vu Jaco Peyper sortir logiquement le carton jaune. Une infériorité numérique dont les Bleus ont immédiatement tiré parti. Sur une touche, Charles Ollivon perce le rideau défensif gallois avant de trouver Romain Ntamack en relais qui a envoyé Virimi Vakatawa à l’essai. Une avance de neuf points à la mi-temps qui aurait pu être de douze longueurs si le buteur français n’avait pas trouvé le poteau une deuxième fois. Romain Ntamack, victime d’une béquille à la cuisse droite, a dû céder sa place à Camille Lopez pour un début de deuxième période… cauchemardesque pour les Bleus. Après un drop raté, l’indiscipline trop souvent reprochée aux Français a fait son retour de manière éclatante ! Dans un maul, Sébastien Vahaamahina a d’abord pris au cou Aaron Wainwright avant de lui asséner un coup de coude à la mâchoire. Si l’arbitre n’avait pas vu ce geste, ce n’était pas le cas de de l’arbitre vidéo qui a prévenu Jaco Peyper. Ce dernier a très logiquement sorti le carton rouge contre le deuxième-ligne tricolore avec 30 minutes encore à jouer. Pour la première fois en Coupe du Monde, les Bleus ont fini un match à quatorze.

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#RWC2019 Quel mauvais geste de Vahaamahina, logiquement expulsé après visionnage de la vidéo par l’arbitre… Peut-être l’un des tournants de cette rencontre #WALvFRA

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5110:32 – 20 oct. 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité47 personnes parlent à ce sujet

Une dernière demi-heure courageuse mais frustrante


En infériorité numérique, les Français ont alors subi toujours plus de pression de la part de l’attaque galloise. Jacques Brunel a commencé à lancer du sang neuf avec Camille Chat qui a pris la place du capitaine Guilhem Guirado. Dan Biggar a profité d’une faute française pour ramener le pays de Galles à six longueurs à 25 minutes du terme de la rencontre. Les deux équipes se sont rendu coup pour coup, la défense française se montrant plus solidaire que jamais, les joueurs dépassant leurs limites pour stopper les vagues galloises mais la lucidité s’est avérée absente quand Damian Penaud n’a pas pu contrôler un ballon envoyé à l’aile dans les cinq derniers mètres. Virimi Vakatawa a une nouvelle fois mis la défense galloise sur les rotules à dix minutes du terme mais les Bleus ont manqué à chaque fois l’occasion de marquer en deuxième période et de creuser l’écart. En toute fin de match, ça leur a coûté cher. Après un en-avant gallois dans un maul, les Français craquent sur la mêlée et, malgré un en-avant net sur l’arrachage du ballon que l’arbitrage vidéo permet de voir, Jaco Peyper a validé l’essai de Ross Moriarty à six minutes du terme de la rencontre. La transformation de Dan Biggar a permis aux Gallois de passer devant au score pour la première fois du match et de valider leur billet pour les demi-finales (20-19) où ils retrouveront le Japon ou l’Afrique du Sud.

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#RWC2019 A six minutes de la sirène, Moriarty a marqué un essai – litigieux – qui a offert une victoire in extremis aux Gallois (20-19)

Revoir son essai : https://www.tf1.fr/embedplayer/13669274 …#WALvFRA911:22 – 20 oct. 2019

https://coupedumonde.sports.orange.fr/apresmatch/quarts-de-finale-le-xv-de-france-a-cede-in-extremis-face-au-pays-de-galles

Hymne de France-Albanie, un couac qui aurait été évité… par des militaires !

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Hymne de France-Albanie, un couac qui aurait été évité… par des militaires !

10 SEPTEMBRE 2019 | POLÉMIA

AGENDA : 5ÈME FORUM DE LA DISSIDENCE LE 23 NOVEMBRE À PARIS. RÉSERVEZ SANS TARDER VOS BILLETS EN CLIQUANT ICI.
Forum de la Dissidence 2019

Par Thierry Decruzy, journaliste ♦ A force de tirer sur les budgets, de vouloir faire des économies, de n’écouter que les technocrates, on en arrive à l’incident diplomatique et le Président de la République se trouve obligé d’intervenir, sans éviter l’humiliation. La musique n’est pas une simple affaire d’argent…


France-Albanie au Stade de France, samedi 7 septembre. Dans la cérémonie d’ouverture du match la sono fait entendre l’hymne de l’Andorre, stupeur sur la pelouse où les joueurs sont alignés et dans les gradins où attendent les supporters. Stupeur doublée de scandale quand le présentateur du Stade de France, ancien animateur radio, confond dans ses excuses l’Albanie avec l’Arménie !

La France ridiculisée

L’organisation et la Fédération française de football sont ridiculisées. 80 000 spectateurs plus les télévisions du monde entier, l’ambassadeur d’Albanie, les représentants du football européen… le scandale est immense. Le match va débuter avec sept minutes de retard. Ils se sont tous confondus en excuses, président de la Fédération, sélectionneur de l’équipe de France… Le Premier ministre albanais parle de « gaffe scandaleuse », obligeant le Président de la République lui-même à présenter les excuses de la France.

Les ministres et les médias savent très bien donner des leçons sur la prétendue homophobie des supporters, les uns comme les autres sont incapables d’assurer une prestation internationale.

Se défausser sur un lampiste

Ce que les médias se gardent bien de dire, c’est que l’incompétence n’est pas celle du technicien qui se serait trompé de nom de fichier — faut toujours accuser un lampiste –, il n’est pas censé connaitre les hymnes et n’a pas à écouter les fichiers-sons qui lui sont fournis. Et d’ailleurs, distinguer l’hymne de l’Albanie de celui de la Principauté d’Andore, même à “Question pour un champion” ils n’auraient pas osé !

La responsabilité de cette erreur colossale incombe aux plus hautes instances de la FFF qui ont accepté la dégradation du cérémonial. En effet, ces prestations étaient traditionnellement fournies par des orchestres militaires, des musiciens professionnels connaissant parfaitement les hymnes et donc incapables de commettre de telles bévues. Sauf que dans la logique financière actuelle, les orchestres militaires facturent leurs prestations. Pour les technocrates, une simple bande-son libre de droits fait largement l’affaire. Et tout le monde sait que les journalistes n’aiment pas la musique militaire. On peut constater le lamentable résultat et ses conséquences internationales en matière d’image de marque pour la France et sa diplomatie.

Remplacer des musiciens par un enregistrement

La prestation d’un orchestre est un spectacle apprécié du public. En juin 2017, la musique de la Garde républicaine avait mis le feu au Stade de France pour l’ouverture du match France-Angleterre avec une chanson en hommage aux victimes de l’attentat de Manchester. Ces musiciens savent s’adapter, ils préparent une mise en scène et exécutent une chorégraphie dans une tenue irréprochable, ce service a un coût. Sa contrepartie se traduit par une qualité et une émotion qu’un enregistrement envoyé dans les circuits de sonorisation ne peut transmettre, surtout pas avec une inversion de fichier, mais ce sont des critères qui n’entrent pas dans les calculs des technocrates.

Il ne faudrait pas trop les pousser dans cette voie pour que ces individus nous proposent de mettre en place des matchs virtuels sur écrans géants. Dame ! terminés les cachets stratosphériques des joueurs, leurs déclarations jugées racistes et l’homophobie des supporters…

Nul doute qu’un “crâne d’œuf” du ministère des Sports a déjà conçu une nouvelle nomenclature performante pour gérer des hymnes nationaux enregistrés et libres de droits, jusqu’à la prochaine erreur du technicien. Qui pourrait leur dire que la musique n’est pas une affaire de techniciens, mais d’artistes ?

Thierry Decruzy
10/09/2019

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : Domaine public

https://www.polemia.com/hymne-france-albanie-couac-evite-militaires/

Quand le vélo fait rayonner la France autour du monde

Tour de France

Quand le vélo fait rayonner la France autour du monde

En juillet 1903, le premier Tour de France cycliste consacre le succès d’une invention vieille d’à peine deux décennies, la bicyclette, affectueusement surnommée « petite reine ».

Cette épreuve s’acquiert immédiatement un immense succès tant dans la classe ouvrière que dans la bourgeoisie. Elle va traverser les épreuves du XXe siècle sans dommage, en se renouvelant sans cesse, et demeure l’épreuve cycliste la plus populaire du monde. C’est aussi l’événement sportif le plus médiatique en concurrence avec les Jeux Olympiques d’été, nés 9 ans plus tôt, et la Coupe du Monde de football, fondée en 1930.

Après un purgatoire de deux décennies en bonne partie lié à des affaires de dopage, le Tour de France est redevenu en 2019 l’ambassadeur planétaire d’un pays riche de ses traditions, de ses paysages et de sa convivialité…

Egan Bernal, né le 13 janvier 1997 en Colombie, devient le 28 juillet 2019 le premier Sud-Américain à remporter le Tour de France, DR

Une épreuve populaire envers et contre tout

Au tournant du XXe siècle, la bicyclette jouit d’un grand prestige et plusieurs courses sur route (Bordeaux-Paris, Paris-Roubaix, Paris-Brest-Paris…) ou sur piste attirent un nombreux public. En 1903, le journal L’Auto dirigé par Henri Desgrange a l’idée d’une course par étapes. Le Tour de France cycliste est né. D’une année sur l’autre, il va gagner en popularité et grâce à lui, les Français de toutes classes sociales vont se familiariser année après année avec la géographie de leur pays et l’extrême diversité de ses paysages et de son relief. 

Eugène Christophe reçoit le maillot jaune à Grenoble en juillet 1919

Interrompu par la Première Guerre mondiale, il reprend dès le 29 juin 1919, au lendemain de la signature du traité de Versailles !

Le 19 juillet, au départ de la onzième étape, Grenoble-Genève, le vainqueur provisoire au classement général, Eugène Christophe, reçoit pour la première fois un maillot jaune, de la couleur de L’Auto (de même, plus tard, le vainqueur du Tour d’Italie portera un maillot rose, de la couleur des pages de La Gazzetta dello sport).

Le 22 juin 1924, le grand reporter Albert Londres, de retour d’une enquête sur le bagne de Cayenne, arrive sur la première étape du Tour (Paris-Le Havre). Le soir, à Coutances, deux coureurs lui dévoilent, non sans exagération, les pressions auxquelles sont soumis les coureurs et, pour la première fois, font allusion à ce que l’on appellera plus tard le doping ou le dopage. Albert Londres tire de leur témoignage un article pour Le Petit Parisien sous un intitulé qui fera florès : « Les forçats de la route ».

Le quotidien communiste L’Humanité saute sur l’occasion pour dénoncer la « mascarade du Tour » dont les ouvriers n’ont que faire… mais il se ravise très vite quand il s’aperçoit que ses lecteurs, tout prolétaire qu’ils sont, apprécient cette mascarade qui permet à des humbles comme eux de dépasser leurs limites et d’accéder à la gloire.

En 1930, Henri Desgrange décide que le Tour de France ne se jouera plus en individuel mais en équipe, avec des équipes nationales ! C’est ainsi que le 2 juillet 1930, cinq équipes nationales de huit coureurs chacune sont au départ (France, Italie, Belgique, Allemagne et Espagne).

Quoiqu’il en soit, c’est toujours aux champions, aux « géants de la route » que s’intéresse le public.

En 1930 et 1931, une autre innovation réveille l’intérêt du public avec l’apparition de la caravane publicitaire. Celle-ci précède les coureurs et distribue à la volée des babioles aux petits et grands spectateurs qui attendent sur le bord de la chaussée de voir leurs champions. Le succès est immédiat et les mécènes se bousculent pour être de la caravane.

Année après année, le succès ne se dément pas. La caravane, c’est aujourd’hui deux cents véhicules et plus de dix millions d’objets distribués, au point que l’on soupçonne certains (grands) enfants de se porter sur la route du Tour davantage pour cela que pour applaudir les coureurs…

L'accordéoniste Yvette Horner promeut la liqueur Suze dans la caravane du Tour de France 1954

En 1937, le champion italien Gino Bartali, dit « Gino le Pieux », fait une chute malencontreuse entre Grenoble et Briançon. Blessé, il veut néanmoins continuer et ensuite aller faire ses dévotions à sainte Thérèse de Lisieux. Mais les autorités italiennes, aux ordres de Mussolini, l’en empêchent.

Le champion cycliste Juste parmi les Justes Gino Bartali (Ponte a Ema, Toscane, 18 juillet 1914 ; 5 mai 2000 ) et son fils Andrea

L’année suivante enfin, il remporte le Tour. Sur le podium, dans le bois de Vincennes où s’effectue rituellement l’arrivée, au lieu et place du salut fasciste, il fait… un signe de croix !

Se refusant toujours à prendre la carte du parti fasciste, il rentre néanmoins dans son pays. Pendant la guerre, comme beaucoup d’autres coureurs, il sera dispensé d’aller sur le front en raison d’un rythme cardiaque trop faible ! Sous couvert de poursuivre son entraînement, il assurera le transport de faux papiers au bénéfice des Juifs. Discret sur son engagement dans la Résistance, il sera fait « Juste parmi les Justes » à Yad Vashem (Jérusalem) en 2013, peu après sa mort…

La Seconde Guerre mondiale interrompt une nouvelle fois le Tour de France.

Enfin la Libération. Les Français endurent malgré tout les épreuves du rationnement, de la reconstruction et des guerres coloniales. La reprise du Tour de France devient dans ces conditions un impératif de salubrité publique. L’épreuve est relancée en 1947 à l’initiative de L’Équipe, quotidien fondé par Jacques Goddet en remplacement de L’Auto, interdit pour faits présumés de collaboration.

L’année suivante, le 25 juillet 1948, les rares possesseurs d’un poste de télévision peuvent assister à l’arrivée en direct du Tour au Parc des Princes… mais il faudra attendre encore dix ans pour voir sur le petit écran un morceau d’étape en direct, sur le col de l’Aubisque ! L’élan est néanmoins donné et va élargir la notoriété de l’épreuve à la planète entière, bien au-delà des passionnés du sport.

Première ascension du mont Ventoux (Montpellier-Avignon) avec Louison Bobet, le 22 juillet 1951

En 1954, signe de son internationalisation, le Tour de France part pour la première fois d’une ville étrangère, Amsterdam. Les « Trente Glorieuses » font la part belle aux Français. Le premier est le Breton Louison Bobet (1925-1983), vainqueur en 1953, 1954 et 1955, devenu une légende vivante, plus encore que le Normand Jacques Anquetil (1934-1987), quintuple vainqueur (1957, 1961, 1962, 1963 et 1964).

Le 20 juillet 1969, tandis que Neil Armstrong s’apprête à poser le pied sur la Lune, Eddy Merckx (24 ans) offre à son pays, à la veille de la fête nationale belge, une première victoire dans le Tour depuis celle de Sylvère Maes, trente ans plus tôt ! Il arrive avec plus de 17 minutes d’avance sur Robert Pingeon, Raymond Poulidor et Felice Gimondi… 

En juillet 1998 survient le cataclysme ! Tandis que les Français n’ont d’yeux que pour leur équipe de football, victorieuse de la Coupe du Monde, le soigneur de l’équipe Festina est arrêté par la douane à la frontière franco-belge avec dans le coffre de sa voiture quantité de médicaments, des capsules d’amphétamines et surtout 235 ampoules d’érythropoïétine (EPO), un produit qui multiplie les globules rouges. Richard Virenque et ses huit coéquipiers de Festina se voient exclus du Tour.

Le vainqueur du Tour lui-même, Marco Pantani, est suspecté de dopage l’année suivante. Moralement détruit, il meurt d’un excès de médicaments dans une chambre d’hôtel en 2004, à 34 ans. Le dopage est un mal ancien auquel la mort prématurée de Louison Bobet, Jacques Anquetil ou encore Laurent Fignon n’est sans doute pas étrangère. Il est à l’origine de la mort de Tom Simpson, qui s’est effondré au sommet du mont Ventoux le 13 juillet 1967, victime de la chaleur et d’un excès d’amphétamines. Iln’est hélas pas limité au cyclisme mais c’est dans cette discipline qu’il est dénoncé avec le plus de vigueur depuis l’affaire Festina et le cas Lance Armstrong.

Lance Armstrong est un champion américain né en 1971. Soigné pour un cancer des testicules en 1996, il remonte en selle non sans courage et participe au Tour de France. Il va remporter l’épreuve sept années consécutives, de 1999 à 2005, un exploit sans précédent. Lui-même se veut calculateur, froid, avide avant tout d’argent plus que de gloire. Pas de quoi lui attirer la sympathie du public. Et en 2012, ce que chacun suspectait est confirmé par l’Agence américaine antidopage : Lance Armstrong a bien abusé de substances illicites dès 1998. Du coup, tous ses titres lui sont retirés et le Tour de France n’a officiellement pas de vainqueur entre 1999 et 2005 !

Une étape sur le Tour de France cycliste de 2011 (DR)

Retour en grâce

Le Tour de France a depuis lors peu à peu regagné la faveur du public, au prix de sévères purges.

Dansses débuts, la compétition a été seulement suivie par les riverains de la route, venus en spectateurs. Le reste de la population en avait connaissance à travers les articles très enlevés de la presse écrite. Les plus remarqués demeurent ceux de l’écrivain et journaliste Antoine Blondin (1922-1991) qui a contribué par son talent à forger la légende du Tour. Arrivé sur le Tour par hasard en 1954, il va le suivre avec passion jusqu’en 1982, allant jusqu’à affirmer : « Je préfère le maillot jaune à l’habit vert[celui des académiciens]  ». À partir de 1930, le Tour a été aussi suivi par la radio. Dans les années 1950, enfin, il a été télévisé en direct. Il allait du coup grandir en réputation et changer de nature…

Aujourd’hui, les spectateurs directs demeurent toujours très nombreux sur le bord des routes (environ 12 millions), avides tout autant de voir les coureurs que de courir eux-mêmes après les véhicules de la caravane publicitaire. Mais l’essentiel se passe devant le petit écran.

La compétition est filmée à hauteur d’homme et de plus en plus en hélicoptère, offrant de magnifiques vues sur les paysages de France. Dans le monde entier, pour 3,5 milliards de téléspectateurs, l’exploit sportif devient ainsi un prétexte à découvrir le patrimoine national, d’autant que le parcours change chaque année…


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La fine fleur du cyclisme françaisVoir la version intégralePublié ou mis à jour le : 2019-07-29 11:04:55
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Riyad et l’art de la diplomatie sportive

Riyad et l’art de la diplomatie sportive

Au cours de l’histoire, la diplomatie sportive [1] a souvent été utilisée pour influencer les relations sociales et politiques. Avec la transformation de la scène politique internationale, le sport est devenu l’un des facteurs les plus puissants du rayonnement d’un État dans le monde. Outil prisé des monarchies du Golfe, la diplomatie sportive occupe une place importante dans l’action diplomatique. L’Arabie Saoudite cherche à rattraper son retard sur le Qatar et les Émirats Arabes Unis.

Mohammed Ben Salmane et la diplomatie sportive
La diplomatie sportive fait partie intégrante du plan de modernisation “Vision 2030” de Mohammed Ben Salmane, prince héritier d’Arabie Saoudite.

Depuis 2016, l’Arabie Saoudite a lancé un vaste plan de modernisation pour apporter des changements significatifs à son économie et à la société. Le plan “Vision 2030” vise à réduire la dépendance du pays au pétrole, à diversifier son économie et à développer les secteurs de services publics, notamment en matière de loisirs et de tourisme. La diplomatie sportive fait partie des nouveaux terrains investis par le prince héritier Mohammed Ben Salmane.

L’organisation de grands événements sportifs, une visibilité internationale garantie.

L’Arabie Saoudite veut apparaître comme un acteur de premier plan dans la région, y compris sur le plan sportif. Elle utilise la diplomatie sportive comme un outil de soft-power pour contrebalancer son bilan sulfureux en matière de droits de l’homme. Sa stratégie passe d’abord par l’accueil de grands événements sportifs. Depuis deux ans, le pays a en effet organisé de multiples événements : un match amical de football entre l’Argentine et le Brésil, la manche inaugurale de la Formule E ou encore des épreuves de golf et de boxe.

C’est à ce titre également que l’Arabie Saoudite a obtenu l’organisation des cinq prochaines éditions du Dakar. Avec l’épreuve-reine du rallye-raid, la monarchie s’offre une marque prestigieuse, un événement mondialement connu en adéquation avec l’image dynamique que le pays souhaite renvoyer. Riyad s’assure aussi la promotion de ses sites naturels. La réception de la Supercoupe d’Italie – dont la première édition a opposé la Juventus au Milan AC en janvier –  participe aussi à cette stratégie. L’Arabie Saoudite devrait également organiser les six prochaines de la Supercoupe d’Espagne. Avec le sport le plus populaire de la planète, l’Arabie Saoudite s’assure une grande visibilité.

Une stratégie sportive à long terme.

L’Arabie Saoudite désire également s’établir comme une puissance dans la gouvernance du sport régional et mondial. Riyad s’est montée très active auprès de la FIFA. La monarchie est l’une des instigatrices du projet de passage de 32 à 48 équipes au Mondial dès 2022. Cela obligerait certainement la FIFA à élargir l’organisation de la Coupe du Monde qatarie à d’autres pays du Golfe.

En coulisses, Riyad a tenté de créer une nouvelle instance régionale en Asie du Sud-Est (SWAFF) au-delà des frontières de la FIFA et de la Confédération de football asiatique (AFC). Cela s’est soldé par un échec car la SWAFF s’est effondrée cinq mois après son instauration lorsque sept pays d’Asie du Sud s’en sont retirés. L’Arabie Saoudite vise également une réforme de la Coupe du Monde des clubs. Elle cherche enfin à obtenir de l’influence dans des championnats étrangers, comme en Égypte.

L’Arabie Saoudite possède une vision stratégique à long terme en matière de développement du sport. Outre l’organisation de grands événements internationaux, elle s’est dotée d’un fonds de développement sportif avec des capitaux dédiés à la construction d’installations et à la privatisation des clubs. La future ville sportive de Qiddiya, dont l’ouverture est prévue pour fin 2022, présentera un large éventail d’installations sportives modernes. 150 sports y seront ainsi représentés.

Droits de l’Homme : entre ouverture…

L’Arabie Saoudite se sert enfin du sport pour démontrer que le régime s’ouvre sur le monde : 15 000 femmes ont pu assister à la Supercopa italienne, bien que confinées à un secteur du stade. Lors du Dakar, Riyad a promis que les femmes pourraient exercer pleinement leur métier. Aux Jeux Olympiques de Rio en 2016, quatre femmes représentaient les couleurs du pays.

Cependant, malgré les ouvertures de façade, les événements sportifs ne contribuent pas à améliorer l’image du royaume. Le crédit international de la monarchie a passablement souffert de l’assassinat de Jamal Khashoggi, journaliste et opposant saoudien tué le 2 octobre 2018 dans l’enceinte du consulat de son pays à Istanbul. L’autre ombre au tableau est l’intervention militaire au Yémen. La guerre a déclenché la pire crise humanitaire au monde depuis la seconde guerre mondiale. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que, depuis 2015, plus de 10 000 ont été tuées, 60 000 blessées et 3,4 millions déplacées.

… Et appels au boycott.

Plusieurs ONG ont appelé au boycott des compétitions sportives en Arabie Saoudite. Amnesty International a appelé la Juventus et le Milan AC à ne pas jouer la Supercoupe d’Italie. Certains coureurs amateurs et leurs sponsors pourraient refuser de courir le Dakar. Pourtant, à l’exception d’une exhibition entre Djokovic et Nadal suite au forfait sur blessure de l’Espagnol, tous les événements programmés ont eu lieu. Comme le soulignaient les organisateurs de la Formule E, trois moins à peine après l’affaire Khashoggi, « il ne faut pas oublier que ni les pays européens ni les États-Unis n’ont pris de sanctions à l’encontre de l’Arabie Saoudite à la suite à ce drame. Si cela avait été le cas, la course n’aurait jamais eu lieu ».

L’Arabie Saoudite rattrape ainsi son retard sur le Qatar et les Émirats Arabes Unis sur le terrain du sport. Des dizaines de contrats seraient actuellement sur la table. Dans l’ère moderne du sport, les droits humains ne pèsent souvent pas lourd face aux sommes astronomiques déboursées par les États pour améliorer leur soft-power.

[1] Pour Stuart Murray, la diplomatie sportive serait une pratique « facilitée par la diplomatie traditionnelle [qui] utilise les sportifs et les événements sportifs pour s’engager, informer et créer une image favorable parmi les publics et les organisations étrangères, façonner leurs perceptions d’une manière favorisant les objectifs de la politique étrangère du gouvernement d’envoi ». MURRAY Stuart, « Sports Diplomacy: A Hybrid of Two Halves », Cultural Diplomacy, 2011.

About Solène VIZIER

Solène Vizier est diplômée d’un Master 2 Etudes Stratégiques. Passionnée de géopolitique, ses domaines de spécialisation concernent les mondes hispanophone et russophone, le désarmement nucléaire et la géopolitique du sport. Elle est rédactrice aux Yeux du Monde depuis avril 2019.

CAN-2019 : les poules de la Coupe d’Afrique des nations 2019 sont connues

Après une fin de course incroyable, Francis Joyon remporte la Route du Rhum avec sept minutes d’avance sur François Gabart

Après une fin de course incroyable, Francis Joyon remporte la Route du Rhum avec sept minutes d’avance sur François Gabart

Le skipper français de 62 ans bat le record de Loïck Peyron. Il passe la ligne au terme de 7 jours 14 heures 21 minutes et 47 secondes passés en mer.

Le Français Francis Joyon à La Trinité-sur-Mer (Morbihan), le 18 septembre 2018.
Le Français Francis Joyon à La Trinité-sur-Mer (Morbihan), le 18 septembre 2018. (SEBASTIEN SALOM GOMIS / AFP)

De la pure folie ! Jamais une victoire ne s’était jouée dans un finish aussi serré depuis 40 ans et la première édition ! Dimanche 11 novembre, à 62 ans, Francis Joyon a remporté la Route du Rhum au terme d’un corps à corps grandiose avec le jeune François Gabart. La septième a été la bonne ! Depuis sa première participation en 1990, Francis Joyon n’avait jamais réussi à s’imposer sur la Route du Rhum.

Et c’est dans un scénario des plus hitchcokien qu’il a coupé la ligne en vainqueur à 23h21 locale au terme de 7 jours 14 heures 21 minutes et 47 secondes passés en mer, soit un nouveau record. Le précédent record avait été établi par Loïck Peyron en 2014, 7 j 15 h 8 min 32 sec.

La deuxième arrivée la plus serrée de l’histoire de la Route du Rhum

Et Gabart, qui a tenu la tête pendant la presque totalité des sept jours de cette traversée de l’Atlantique en solitaire, a fini deuxième avec seulement 7 minutes et 8 secondes de retard sur Joyon. Mais qui aurait cru que Joyon, à la barre d’un bateau vieux de 12 ans, pourrait souffler la victoire à des marins nouvelle génération, pilote de super machines de 32 m de long capables de « voler » ?

Encore chimérique il y a 36 heures, la victoire de Joyon est devenue possible lorsque le sexagénaire a fondu sur Gabart pour offrir la deuxième arrivée la plus serrée de l’histoire de la Route du Rhum. En 1978, pour la toute première édition, le Canadien Mike Birch, à bord de son petit multicoque de 12 m (Olympus), avait coiffé le gros monocoque de Michel Malinovsky (Kritter) de 98 secondes.