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Poutine et Xi  intensifient le jeu stratégique  par Pepe Escobar

Poutine et Xi
intensifient le jeu stratégique
par Pepe Escobar

lundi 10 juin 2019, par Comité Valmy

 

Poutine et Xi intensifient le jeu stratégique

Les dirigeants russe et chinois se sont rencontrés près de 30 fois depuis 2013 et sont devenus de proches partenaires stratégiques.

Une seule image incarne l’ouragan au centre de l’échiquier géopolitique actuel : une poignée de main extrêmement affectueuse entre Xi Jinping et Vladimir Poutine..

L’image cristallise les cauchemars de ceux qui, aux États-Unis, suivent encore les prophéties eurasiennes de Halford Mackinder et de ses disciples, comme le regretté Zbigniew « Grand Échiquier » Brzezinski, qui se concentraient sur l’impératif de prévenir l’émergence d’une puissance concurrente en Eurasie..

La puissance concurrente a émergé, dans son intégralité : le partenariat stratégique Russie-Chine..

Mercredi, Xi a déclaré au Kremlin que c’était son huitième voyage en Russie depuis 2013, date à laquelle les Nouvelles Routes de la Soie, ou Initiative Ceinture et Route (BRI), ont été annoncées. Et il a ajouté que lui et Poutine s’étaient rencontrés « presque 30 fois » depuis lors..

Parmi une série d’accords signés par Poutine et Xi, l’un d’entre eux se distingue : la volonté de développer le commerce bilatéral et les paiements transfrontaliers en utilisant le rouble et le yuan, sans passer par le dollar américain. Ou, comme l’a dit Poutine diplomatiquement :.

« La Russie et la Chine ont l’intention de développer la pratique des « règlements en monnaie nationale«  .

Il est crucial de se rappeler que cette question a fait l’objet de discussions approfondies au niveau du BRICS – et plus particulièrement dans le cadre du partenariat stratégique Russie-Chine – depuis le milieu des années 2000..

De vastes régions du Sud prêtent attention. Le règlement de la balance commerciale partout dans le monde est voué à progressivement embrasser l’utilisation d’autres monnaies, pas seulement le rouble et le yuan.

Après leur rencontre bilatérale, Xi a averti que :

«  La situation internationale connaît actuellement des changements profonds sans précédent au cours des siècles. La paix et le développement restent les tendances de l’époque, mais provoquent le protectionnisme, l’unilatéralisme, une politique de pouvoir croissante et l’hégémonisme«  .

C’est un euphémisme. La Russie fait l’objet de sanctions américaines sévères. La Chine fait face à une guerre commerciale totale. Le partenariat stratégique Russie-Chine est la bête noire de la stratégie américaine de sécurité nationale.

Dans la synchronisation

Sur le plan géopolitique, la Russie et la Chine sont totalement synchronisées. Sur la Syrie, et la nécessité d’empêcher les djihadistes « rebelles modérés » de migrer vers le Xinjiang, l’Asie centrale et le Caucase. Sur la nécessité de préserver le JCPOA, ou l’accord nucléaire iranien. Sur la nécessité de résoudre l’énigme de la péninsule coréenne. Sur la nécessité de soutenir le Venezuela – avec la coopération militaire et l’aide humanitaire.

Surtout, ils sont en phase avec le soutien total de Poutine à la BRI, ainsi qu’avec la volonté de fusionner les projets de la BRI et de l’Union Économique Eurasiatique (UEEA). C’est cette interconnexion qui pourrait solidifier l’objectif de Moscou de faire de la Russie le principal pont terrestre eurasiatique..

Il est tout à fait approprié que Poutine et Xi, à part conclure des accords, avaient tant de choses à discuter à Moscou..

Et tout cela s’est passé avant que Poutine et Xi ne rencontrent les dirigeants de plus de 50 sociétés russes et 60 sociétés chinoises qui participaient au deuxième Forum énergétique russo-chinois, organisé par Rosneft et China National Petroleum Corp. Et avant le discours tant attendu de Poutine sur l’échiquier géopolitique turbulent actuel, aux côtés de Xi, à la session plénière du Forum Économique International de Saint-Pétersbourg (SPIEF), vendredi.

Saint-Pétersbourg

Le SPIEF est le premier forum d’affaires annuel de Russie. Il est absolument impossible de comprendre les rouages de la machinerie complexe de l’intégration progressive de l’Eurasie sans assister ou suivre les débats et discussions du SPIEF..

2019 est, à bien des égards, l’Année du Vivre Dangereusement. L’échiquier est totalement monopolisé par l’affrontement entre les États-Unis et la Russie-Chine – avec la fantaisie supplémentaire de l’administration Trump qui flirte avec une stratégie « Nixon inversé » pour séparer la Russie de la Chine. C’est donc tout à fait normal que Xi soit l’invité d’honneur du SPIEF. Et ce n’est que la première des trois réunions cruciales Xi-Poutine ce mois-ci..

La semaine prochaine, ils se réuniront à nouveau à Bichkek pour le sommet annuel de l’Organisation de Shanghai pour la Coopération – où les sujets dont ils ont discuté à Moscou et à Saint-Pétersbourg seront partagés avec les nations d’Asie Centrale et d’Asie du Sud, dont l’Iran, observateur essentiel de l’Organisation de Coopération de Shanghai..

La question clé à Bichkek sera sans doute de savoir comment Poutine et Xi vont gérer Modi de l’Inde, membre du BRICS, après sa victoire électorale, qui rêve d’un rôle clé dans la stratégie indo-pacifique de Washington – qui est essentiellement un mécanisme supplémentaire de « confinement de la Chine »..

Et ils se réunissent à nouveau à Osaka – avec les autres membres du BRICS – le 28 juin pour le sommet du G20.

La réunion de Saint-Pétersbourg de cette année a été l’occasion de discussions absolument essentielles sur l’intégration eurasienne. La plupart de ces questions sont tout simplement ignorées dans l’Ouest. Voici quelques exemples qui méritent d’être étudiés de près..

– Les défis en matière de transport auxquels sont confrontés les pays membres de l’Organisation de Coopération de Shanghai, dans le cadre d’une commission avec Vladimir Norov, secrétaire général de l’organisation, et une excellente intervention de Richard Threlfall, responsable mondial de l’infrastructure chez KPMG ;.

– Un débat sur l’énergie avec Igor Sechin, PDG de Rosneft, Ali Shareef al-Emadi, ministre des Finances du Qatar, Robert Dudley, PDG du groupe BP et Neil Duffin, président des projets mondiaux d’ExxonMobil ;.

– Une discussion sur le changement de paradigme actuel dans l’ordre économique mondial, réunissant le sous-ministre russe du Développement Économique, Timur Maksimov, le responsable de l’économie et de la stratégie des marchés émergents à Bank of America, Merrill Lynch David Hauner et Paul Chan, le secrétaire financier de Hong Kong ;.

– Une longue discussion sur les entreprises et les investissements dans toute l’Eurasie, réunissant le président du conseil d’entreprise de l’UEEA, Viktor Khristenko, le président du conseil d’administration de la Banque Eurasiatique de Développement, Andrey Belyaninov, le premier vice-premier ministre russe Anton Siluanov et Yaroslav Lissovolik, chef du département analytique de la Sberbank ;.

– L’évolution du partenariat stratégique entre la Russie et la Chine, qui se traduit par des projets conjoints de grande envergure dans les domaines de l’infrastructure, de l’énergie et de la haute technologie, avec les PDG et les directeurs des plus grandes entreprises russes et chinoises..

Les réunions Poutine-Xi, les discussions à Saint-Pétersbourg et le sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai la semaine prochaine, dans moins de 10 jours, définiront en détail la feuille de route pour l’intégration eurasiatique. Au-dessus de tout cela se trouve le changement de paradigme (économique) ultime : de multiples nations se préparent à contourner le dollar américain comme monnaie de réserve mondiale.

Pepe Escobar
9 juin 2019

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009), Empire of Chaos (Nimble Books) et le petit dernier, 2030, traduit en français.

traduction Réseau International

Source :

Putin and Xi step up the strategic game

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11308

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Entrez en stratégie !

Entrez en stratégie !

 


Publié par Général Vincent Desportes le 2 Mai 2019

 

Vincent Desportes est Général (2s) ; Ancien directeur de l’École de guerre ; Professeur de stratégie à Sciences Po et à HEC.

 


Entrez en stratégie !
Vous êtes un observateur averti de l’évolution du paysage économique et culturel de la France, quel constat faites-vous sur la pratique stratégique des entreprises françaises ? 

J’ai exercé des responsabilités militaires pendant plus de trois décennies et cela fait presque dix ans que je pratique le conseil stratégique en entreprise. L’observation des forces armées et des entreprises peinant pour parvenir à leurs fins m’a montré que les difficultés que ces deux types d’organisation rencontraient étaient moins dissemblables qu’on pouvait, à première vue, le penser. En fait, des obstacles similaires encombrent toujours davantage les divers champs de l’action humaine, de la politique générale à l’action locale, dès lors qu’il s’agit d’y vouloir et d’y construire un avenir. L’accélération constante de la vie sous l’effet des moyens modernes de communication, l’abolition des distances conduisent les décideurs de plus en plus accaparés par l’immédiat à sacrifier le futur au présent. Parallèlement, les réalités et les mirages de la science poussent à rechercher dans la technologie les remèdes aux angoisses stratégiques. Bref, un peu partout, on se réfugie dans le tactique et les illusions technologiques pour éviter la stratégie, pourtant absolument indispensable aux succès pérennes.

Comment expliquez-vous cette tendance ?

Simplement : il est plus facile de se laisser dévorer par le court terme, surtout lorsque les bouleversements fréquents et inattendus du monde font perdre le goût de la perspective. La stratégie suppose la conscience du temps long alors que nous sommes toujours davantage happés par les impératifs du court terme : ils dévorent notre temps et notre énergie. Plutôt que de s’atteler à l’exigeante tâche de la conception stratégique, il est plus simple de se laisser porter par les courants et d’attendre ce que l’avenir produira de lui-même : face à l’incertitude, il est tentant de tirer un parti immédiat des circonstances du moment.
La tentation du court terme frappe, partout. Ce n’est pas une spécificité française : la tendance est générale, aggravée chaque jour par l’accélération de nos échanges de données.
Ainsi, sauf exception, le politique se consacre d’abord au succès des prochaines élections. Il délaisse le long terme qui, quoi qu’il arrive, ne lui appartient pas et ne lui profitera pas ; il abandonne aisément les grands principes pour les petits choix et les faciles arrangements. La focalisation se fait sur les questions locales de court terme où des progrès tangibles peuvent être produits au cours des cycles électoraux. L’entrepreneur succombe à la même obsession. Les patrons de petites ou moyennes entreprises, peu secondés, sont accaparés par leur quotidien qu’accélèrent les flux croissants d’information. Ceux des grandes entreprises cotées, obsédés par la dictature des résultats trimestriels, sont facilement victimes de « myopie managériale » ; ils privilégient les bénéfices rapides au détriment de la création de valeur à long terme. L’actionnaire, souvent anonyme, attend des résultats immédiats dont l’absence le priverait de revenus et dégraderait le cours en Bourse. Les responsables sont jugés et remerciés sur leur capacité à mettre en œuvre de soi-disant stratégies… dont les résultats sont évalués toutes les douze semaines !

Les responsables de nos entreprises ont ainsi graduellement laissé le rendement immédiat supplanter la stratégie : l’efficacité – de long terme en particulier – est oubliée au profit de l’efficience qui enferme les acteurs dans des processus normés, prive l’organisation de leurs intelligences, de leurs capacités d’initiative et d’adaptation.
Le seul objectif assigné aux modèles opérationnels devient la réduction des coûts. Or, l’obsession des résultats immédiats rend difficiles la prise de recul, la remise en cause. L’esprit tactique s’impose et la technique finit par dominer.

 Pensez-vous que cette évolution soit irréversible ou quels sont les leviers sur lesquels agir pour en modifier la tendance ? 

Il est absolument nécessaire d’inverser cette tendance et de s’intéresser à la stratégie. Sans nul doute, c’est la voie du succès pour tous ceux qui, au nom des autres, portent des responsabilités. Portant loin, elle construit le sens de l’action, forge une indispensable stabilité pour l’exécution des projets, redonne sens au chaos forgé des interactions humaines et de l’entremêlement des circonstances. Ma certitude est que seules la prise de recul et la stratégie peuvent conduire les projets humains là où nous souhaitons les mener.

Plus le monde s’étourdit de son accélération constante, plus il faut entrer en stratégie. Aussi éloignée puisse-t-elle paraître des préoccupations immédiates, il est indispensable de penser la stratégie parce qu’elle seule permet de dépasser la confusion dans laquelle l’action humaine est contrainte de se déployer. Il n’y a pas de substitut à la pensée stratégique, mais encore faut-il, pour qu’elle soit possible, que celui qui entre en stratégie ait assimilé les contraintes et les obstacles qu’il y rencontrera.

Mais n’est-il pas compliqué, voire risqué, « d’entrer en stratégie » ?

Vous avez raison, c’est une difficile aventure, car faire ce pas, c’est quitter le monde tranquille des certitudes et des résultats probables pour entrer dans un univers obscur, profondément humain, que nulle règle certaine ne sait structurer. Et il n’existe aucun espoir de succès dans cet espace complexe pour qui n’a pas fait l’effort préalable d’en appréhender les particularités, d’en apprécier les irrégularités, les frictions, les impasses, bref d’en saisir toutes les spécificités.

Que faire donc pour réussir cet indispensable voyage en stratégie ?

Qui veut entrer en stratégie doit d’abord comprendre ce qu’est l’espace stratégique dans lequel il veut pénétrer. Voilà l’idée et l’ambition du dernier ouvrage que je viens de publier, Entrer en stratégie. Je l’ai écrit pour qu’il serve de guide à nos stratèges, pour planter à leur service quelques indispensables jalons, jeter un peu de lumière sur cet espace si opaque que même le plus avisé de ses explorateurs n’est pas assuré d’en trouver l’issue. En décrivant pas à pas les contraintes, les embûches et les obstacles qu’il trouvera immanquablement sur sa route, ma volonté est de donner au stratège les clefs essentielles de compréhension avant qu’il n’entame son délicat, mais nécessaire voyage en stratégie.

Quel dernier conseil donneriez-vous à nos lecteurs ?

Celui de garder gravée en lui-même la belle certitude d’Henri Bergson : « L’avenir, ce n’est pas ce qui va nous arriver, mais ce que nous allons faire » ! La stratégie, c’est d’abord la question d’un avenir à vouloir puis à construire avec et malgré le présent. Le stratège ne pouvant prédire l’avenir, il doit le créer pour se libérer de l’incertitude et de la fatalité, puis modifier le présent pour le conduire vers son ambition.
Aussi, quel que soit leur domaine de responsabilité, les responsables de ce monde doivent penser en architecte et non en maçon. Prêts à affronter ce qui n’a encore jamais été, ils doivent accueillir le flot continu des circonstances nouvelles comme autant de chances et se dresser au-dessus d’elles pour créer leur avenir. Ils doivent refuser toute attitude étroitement réactive face aux circonstances émergentes, ne pas se contenter de chercher à anticiper les évolutions prévisibles : ce serait nier la capacité de l’homme à engendrer des opportunités nouvelles. Par leur intelligence et leur action, ils doivent modeler le futur, provoquer les changements nécessaires à sa concrétisation.

Devant l’incertitude et – probablement – le chaos à venir si nous ne nous en préoccupons pas, il leur faut choisir et façonner le monde qu’ils veulent.


L’escalade continue entre la Chine et les Etats-Unis

Donald Trump, président américain, lors des négociations avec le vice-premier ministre chinois (de dos) sur un accord commercial entre la Chine et les Etats-Unis, le 22 février 2019.
PHOTO : ©Martin H. Simon/REDUX-REA
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MONDIALISATION

L’escalade continue entre la Chine et les Etats-Unis

JACQUES ADDA

Alors que les négociations commerciales se poursuivent entre la Chine et les Etats-Unis, Donald Trump a mis ses menaces à exécution. Depuis ce vendredi 10 mai, les droits de douane sur des produits chinois à destination des Etats-Unis représentant quelque 200 milliards de dollars sont augmentés de 10% à 25%. L’empire du milieu a immédiatement annoncé des représailles. Le temps d’une mondialisation vecteur supposé de prospérité globale et de pacification des relations internationales est révolu. La guerre froide économique est déclarée entre les Etats-Unis et la Chine.

Chinamérica : on se souvient peut-être du nom proposé dans les années 2000 par Niall Ferguson et Moritz Schularick, respectivement historien et économiste, pour décrire la relation symbiotique qui s’était créée entre les économies américaine et chinoise à la suite de l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001. Tandis que les produits chinois déferlaient sur le marché américain, les firmes américaines intégraient la Chine dans leurs chaînes globales de production, profitant des bas salaires chinois et gagnant par la même occasion l’accès à un marché au potentiel phénoménal.

La Chine, de son côté, s’appuyait sur la technologie américaine pour se moderniser et recyclait ses excédents commerciaux vers les Etats-Unis en achetant des titres de la dette publique américaine, ce qui lui permettait de bloquer l’appréciation de son taux de change et de rester ultracompétitive. L’afflux de capitaux chinois faisait à son tour pression sur les taux d’intérêt à long terme * aux Etats-Unis, stimulant l’endettement des ménages et des entreprises américains. La croissance économique pouvait ainsi se poursuivre outre-Atlantique, malgré un déficit extérieur croissant, qui était l’image inversée de l’excédent des échanges courants chinois.

Vers un rééquilibrage des échanges

Ce modèle, qui évoque l’âge d’or de la mondialisation, se décompose aujourd’hui sous nos yeux. L’escalade tarifaire initiée par l’administration Trump en janvier 2018 n’est pas seulement la réaction tardive d’un pays excédé par le déficit croissant de ses échanges bilatéraux. De l’ordre de 2 % du produit intérieur brut (PIB) américain, le déficit des échanges avec la Chine équivaut à la moitié du déficit commercial total des Etats-Unis et à 80 % de leur déficit courant. Mais ce dernier s’est contracté de moitié par rapport aux années 2000 et ne dépasse pas 2,5 % du PIB depuis 2013.

De son côté, la Chine a vu son surplus courant  fondre de 10 % du PIB en 2007 à pratiquement zéro en 2018. Si elle reste excédentaire dans ses échanges commerciaux (3 % du PIB), la Chine est en déficit pour un montant équivalent dans ses échanges de services, en raison notamment de l’essor du tourisme chinois à l’étranger. L’argumentaire traditionnel sur le néomercantilisme * chinois et la sous-évaluation du yuan est donc largement caduc.

Même si l’accord en cours de négociation entre les Etats-Unis et la Chine crée les conditions d’un rééquilibrage des échanges à horizon 2024, grâce notamment à l’engagement de Pékin de s’approvisionner massivement en produits américains dans les domaines agricole et énergétique, il ne porte pas principalement sur les questions commerciales. Ce sur quoi butent les négociateurs, c’est l’exigence américaine d’une stricte application par la Chine des règles de l’OMC concernant le respect de la propriété intellectuelle, l’arrêt des transferts de technologie forcés auxquels sont exposées les firmes américaines opérant en Chine, l’élimination des restrictions aux investissements étrangers dans les domaines contrôlés par les entreprises publiques de ce pays ainsi que des subventions en tous genres dont bénéficient les producteurs chinois, à quoi s’ajoute bien sûr la mise en place d’un mécanisme de contrôle de l’effectivité des engagements de Pékin. Autant de points qui touchent à la nature même du modèle de développement chinois, mais qui font l’objet aux Etats-Unis d’un soutien politique qui transcende les clivages partisans.

Menace stratégique

L’existence d’un tel soutien témoigne de l’acuité de la menace stratégique perçue par la classe politique et les élites économiques américaines. Si le caractère agressif de la démarche américaine évoque l’attitude adoptée face au Japon dans les années 1980, le défi stratégique posé par la montée en puissance de la Chine est d’une tout autre nature et envergure. Il faudrait sans doute revenir à la mise en orbite autour de la Terre de la première fusée Spoutnik par l’Union soviétique en 1957 pour retrouver la trace d’un sentiment aussi aigu de remise en cause de la domination technologique américaine.

Quant à la percée technologique du Japon dans les années 1980 et aux excédents courants qui l’accompagnaient, ils concernaient un pays deux fois moins peuplé (à l’époque) que les Etats-Unis et placé sous leur parapluie atomique. La Chine communiste, elle, est quatre fois plus peuplée que les Etats-Unis, et bien que le niveau de vie moyen de sa population demeure très inférieur à celui des économies avancées, sa masse économique mesurée aux taux de change de parités des pouvoirs d’achat * dépasse déjà celle des Etats-Unis. Si son rythme de croissance tend à se normaliser, il reste deux fois plus rapide au moins que celui des Etats-Unis, qui décline lui aussi sur le long terme.

Surtout, la Chine a beau s’être ouverte à l’économie de marché, elle demeure dirigée par un parti dont l’emprise sur la société a franchi un nouveau palier avec le fichage numérique de la population. L’optimisme relatif qui régnait à Washington dans les années 2000 sur le caractère inéluctable d’une ouverture politique parallèle à l’ouverture économique a reçu un démenti cinglant dans les années 2010 avec l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping et la consolidation de sa mainmise sur les instances dirigeantes du parti.

La Chine de Xi n’est pas seulement plus autocratique, comme en témoigne l’abolition de la limite constitutionnelle à sa réélection future, au-delà du deuxième terme présidentiel entamé en 2018, elle est aussi plus dirigiste. L’idée que le marché doit jouer un rôle plus décisif dans l’allocation des ressources, qui constituait l’axe des réformes menées depuis 1978, a été abandonnée par Xi, qui ne cesse de souligner le rôle des entreprises publiques dans la substitution de productions locales aux importations. Dans le domaine financier, la part de ces entreprises dans les crédits accordés par le secteur bancaire (qui est sous contrôle de l’Etat) est d’ailleurs passée de 30 % en 2012 à 80 % en 2016. A l’inverse, sevré de crédit, le secteur privé voit sa production stagner, tandis que les décisions de ses entreprises font l’objet d’un contrôle de plus en plus serré par les cadres du parti.

Rivalité technologique

Symbole des ambitions chinoises, le plan « Made in China 2025 » vise à mettre la puissance financière de l’Etat au service de la domination dans des domaines tels que l’intelligence artificielle, la robotique, les télécommunications et les technologies de l’information. Des aspirations qui seraient parfaitement légitimes si elles n’émanaient pas d’un Etat dont l’objectif officiel, réaffirmé dans un discours de Xi reproduit récemment dans la presse officielle, demeure le triomphe du socialisme (à la chinoise) sur le capitalisme à l’échelle mondiale.

Et si elles ne s’appuyaient pas sur ce qui est qualifié par les Etats-Unis de pillage systématique des technologies étrangères. Qu’il s’agisse du piratage et de l’espionnage industriels, de l’obligation faite aux entreprises étrangères d’opérer en joint-venture avec des entreprises chinoises, ou des cessions de technologies imposées pour accéder aux marchés publics, les transferts de technologie forcés sont devenus un sujet d’autant plus préoccupant qu’ils portent désormais sur des technologies sensibles du point de vue de la sécurité nationale des pays concernés et de la suprématie technologique au niveau planétaire.

Le renouveau du nationalisme économique américain s’inscrit ainsi dans un contexte d’exacerbation de la rivalité hégémonique entre les deux superpuissances et de recentrage de la Chine sur elle-même. Passée de 11 % en 1990 à 28 % en 2006, la part des importations de biens et services dans le PIB chinois est revenue à 18 % en 2017.

La Chine se recentre sur elle-mêmeRatio des importations de biens et de services par rapport au PIB, en %
LA CHINE SE RECENTRE SUR ELLE-MÊME

Pour les quelque 500 000 firmes étrangères opérant en Chine, la parenthèse historique de l’Eldorado chinois semble doucement se refermer. Et avec elle, c’est une conception de la mondialisation comme vecteur de prospérité globale et de pacification des relations internationales qui s’efface progressivement derrière la réalité crue d’une nouvelle guerre froide, économique cette fois, aux enjeux démultipliés par les potentialités de domination globale ouvertes par les technologies de l’information et de l’intelligence artificielle, sans parler de leurs applications militaires.

Cet article publié le 1er mai a été réactualisé le 10 mai 2019.

 

* 
Taux d’intérêt à long terme : rendement des titres obligataires émis par l’Etat sur des échéances supérieures à deux ans. Une forte demande de titres favorise la hausse de leurs cours, ce qui réduit leur rendement.

** 
Solde de la balance courante : solde des échanges de biens et services auquel s’ajoute le solde des revenus des capitaux (intérêts, dividendes) placés par des résidents à l’étranger et par des non-résidents dans le pays considéré, ainsi que les transferts sans contrepartie (aide au développement, transferts d’argent des travailleurs immigrés, etc.).

*** 
Néomercantilisme : doctrine économique qui conçoit le commerce international comme un jeu à somme nulle et associe la prospérité d’un pays à sa capacité à maximiser le solde de ses échanges courants.

**** 
Taux de change de parités des pouvoirs d’achat : taux de change théoriques, calculés de façon à égaliser le prix d’un panier de biens d’une monnaie à l’autre. Ces taux peuvent différer de façon significative des taux de change observés sur les marchés.

https://www.alternatives-economiques.fr/lescalade-continue-entre-chine-etats-unis/00089248

Palantir, l’œil de Washington ?

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Palantir, l’œil de Washington ?



Publié par Antoine Vandevoorde le 9 Mai 2019


Dans un contexte technologique marqué par la surabondance des données numériques, recueillir et traiter l’information est devenu une priorité stratégique pour les entreprises, mais également les États souverains. Plusieurs champions du big data se sont en cela fait jour, dont notamment Palantir Technologies. Cette société américaine à la réputation sulfureuse a acquis sa notoriété en nouant des partenariats significatifs avec plusieurs entreprises multinationales, mais également des services étatiques réputés sensibles, à l’instar de la DGSI. Faut-il y voir un banal partenaire commercial ou à l’inverse une véritable épée de Damoclès pour la souveraineté nationale ?



Palantir, l’œil de Washington ?
Palantir, au commencement

Que dissimule Palantir ? Palantir Technologies est une société de droit privé américaine fondée en 2003 et basée à Palo Alto en Californie, cœur battant de la Silicon Valley. Celle-ci se revendique dès sa création comme une startup orientée vers le domaine de l’analyse de données de masse – big data – à destination d’entreprises et d’institutions à des fins d’aide de prise à la décision stratégique. Officieusement, la réalité est plus complexe. Palantir se spécialise d’entrée, sous l’impulsion de ses principaux fondateurs Alex Karp et Peter Thiel, dans l’analyse de données stratégiques extrêmement sensibles par l’entremise de salariés issus des domaines du renseignement et de la sécurité. La société s’est aujourd’hui diversifiée, mettant cette expertise à profit d’acteurs du secteur de la santé, de la finance, de l’assurance ou encore de la consommation courante.

Palantir s’est principalement forgé une réputation de géant mondial de la visualisation et de l’analyse de données de par ses solutions Gotham et Foundry, aujourd’hui plébiscitées dans le domaine du management de l’information. Ce couronnement en tant qu’acteur technologique majeur n’est pourtant pas le fruit du hasard. Outre sa stature affichée de modeste startup, Palantir Technologies fait l’objet dès sa création d’un financement qui est tout sauf anodin : celui d’In-Q-Tel. Ce fonds de capital-investissement, ayant octroyé deux millions de dollars à la société, n’est nul autre que celui de la CIA vouée originellement à parrainer les projets technologiques jugés utiles à terme pour le fonctionnement de l’agence. En pratique, la CIA se réserve en cela un droit de regard, voire une présence au sein des conseils d’administrations des sociétés concernées par In-Q-Tel, ce à quoi Palantir n’aurait pas fait exception. L’entreprise est indéniablement liée à l’appareil de renseignement américain.

Le monde au sens de Palantir 

Saisir l’essence profonde de Palantir passe inéluctablement par une compréhension approfondie de son message, et de ses fondateurs. Le secret, au cœur de l’activité de Palantir, n’en est pourtant pas un. En effet, Palantir tire son nom de l’œuvre de J.R.R. Tolkien, faisant référence à l’objet magique éponyme octroyant à son possesseur le don d’omniscience et de clairvoyance. L’aspiration profonde de l’entreprise n’est en cela pas dissimulée, malgré les doutes et craintes occasionnés. La stratégie de ce panoptique numérique passe alors par des actions de légitimation principalement incarnées par son Président directeur général, Alex Karp. Ce dernier est à lui tout seul le gage de réassurance pour sa société auprès des observateurs, eu égard notamment à quelques passes d’armes technologiques notables. En effet, il est l’homme ayant conduit le projet d’identification des groupes hackers chinois GhostNet et Shadow (ayant espionné les communications du Dalaï Lama, ou encore de l’OTAN) et a surtout vu son nom étroitement associé à la localisation d’Oussama Ben Laden. Pilier de la légitimité de Palantir, c’est durant ses études à Stanford que ce dernier fit la rencontre de l’autre homme fort de l’entreprise, Peter Thiel.

À l’inverse d’Alex Karp, Peter Thiel entretient l’image d’une personnalité sulfureuse et très médiatique. Ce dernier est très tôt considéré comme l’un des caciques de la Silicon Valley. Peter Thiel investit notamment dans Facebook peu après sa création, et prend part à la création de PayPal aux côtés du magnat de la technologie sud-africain Elon Musk. À la tête d’un titan de l’information tel que Palantir, Peter Thiel cristallise toutes les appréhensions. Connu pour son obédience libertarienne très prononcée, celui-ci fait volontiers part de ses opinions sur le rôle que devrait avoir l’Etat : aucun. L’historien Edouard Husson en dépeint dans les colonnes d’Atlantico un portrait sans équivoque : « Comme Saint-Simon, Peter Thiel se prend pour un visionnaire de la politique et il juge son expertise supérieure à celle des politiques […] [il] a révélé dans de nombreuses déclarations que ses convictions libertariennes revenaient à vouloir substituer Google à l’État américain, PayPal à l’IRS ». Seul soutien de Donald Trump dans la Silicon Valley, Peter Thiel se place en parangon du solutionnisme technologique, au sens d’Evgeny Morozov, comme « remède » aux afflictions contemporaines. Tout en gardant à l’esprit que pour lui, Etat, démocratie et modèle occidental relèvent de ces maux.

Palantir et Cambridge Analytica, la liaison dangereuse

En mars 2018, Palantir se retrouve pour la première fois de son histoire dans l’œil du cyclone. C’est à cette période qu’éclate le scandale Cambridge Analytica, du nom de la société britannique éponyme. Pour rappel, cette affaire mit en lumière certaines relations troubles des géants de la Silicon Valley, Facebook en tête, dans le cadre de la campagne présidentielle américaine de 2016. L’entreprise de Mark Zuckerberg fut en effet accusée d’avoir permis l’accès à près de 50 millions de profils au cabinet d’analyse politique Cambridge Analytica afin d’exploiter des données personnelles et rallier les concernés à la cause du candidat Trump. Un ancien employé de Palantir, Christopher Wylie, se pose alors en lanceur d’alerte, accusant son ancien employeur d’avoir activement collaboré à ces pratiques.

Faisant état de rencontres secrètes entre Alexander Nix et les cadres dirigeants de Palantir par l’entremise de Sophie Schmidt, fille de l’ancien patron de Google Eric Schmidt, Christopher Wylie a affirmé devant un parterre de députés britanniques que Palantir aurait également eu accès aux données incriminées à des fins d’analyse et de traitement. Une position qui a tout sauf surpris les observateurs du fait notamment des liens déjà connus de Peter Thiel. Alexandra Saviana, journaliste à l’hebdomadaire Marianne a abondé en ce sens : « Pour être très clair, sans Palantir, pas sûr que Cambridge Analytica aurait pu faire autant fructifier ces millions de données utilisées pour la campagne Trump ».

Une emprise stratégique sur les données sensibles

Palantir inquiète autant qu’elle fascine. Malgré les éléments pesant sur la société et sa réputation, celle-ci a pourtant su pérenniser son activité. Palantir a su mettre la main par le truchement de ses nombreux clients sur des volumes substantiels de données aussi sensibles que stratégiques. Elle collabore naturellement avec la CIA, mais également la NSA, le FBI, l’US Marines, l’US Air Force ou encore les services de polices de New York et de Los Angeles. Elle s’est cependant le plus illustrée dans l’obtention de contrats stratégiques à l’étranger, notamment auprès de Sanofi ou encore d’Airbus, dont elle a fait de l’ancien directeur général Fabrice Brégier le dirigeant de sa filiale française. La société a cependant le plus défrayé la chronique française en annonçant un contrat établi avec la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) en 2016. Dans le contexte post-attentats de 2015, la DGSI souhaite urgemment se doter de solutions puissantes d’analyse de données de masse, comme l’expliquait alors son directeur Patrick Calvar : « Nous ne manquons pas de données, ni de métadonnées, mais nous manquons de systèmes pour les analyser ».

Ce parti-pris des services de renseignement intérieur français résonne auprès des observateurs comme un véritable aveu de faiblesse. En effet, collaborer avec Palantir pour la DGSI met en lumière les lacunes du tissu numérico-industriel français en matière de gestion des données critiques. Un constat que partage là encore Patrick Calvar : « Les entreprises françaises qui développent des systèmes ne sont pas encore capables de répondre à nos besoins ». Ce partenariat soulève dès lors des interrogations et craintes légitimes à plusieurs titres, avec tout d’abord celle de la perte de souveraineté. En effet, le fait de confier des informations sensibles à un prestataire de services américains financé par la CIA engendre un risque considérable. Le manque d’informations quant à la réelle proximité entre les services de renseignement américains et Palantir inquiète à juste titre, faisant miroiter au minimum un accès à des données sensibles, et au maximum la possibilité de leur exploitation. Cela renvoie également à la crainte d’une potentielle existence de backdoors, ou « portes dérobées » soit des systèmes implémentés secrètement dans les logiciels à l’insu du client. La DGSI a en cela privilégié le risque minimum, en favorisant un prestataire américain dans un contexte marqué par l’urgence terroriste et l’inaptitude française en la matière. Il est compliqué de jeter la pierre.

La crainte du cheval de Troie américain 

Une véritable levée de boucliers s’est depuis opérée face à l’incertitude Palantir. Ces critiques se sont tout d’abord élevées depuis le sommet de l’État français, Emmanuel Macron ayant réagi à cet état de fait. Le Président de la République aurait en effet fait part d’un grand mécontentement dans le cadre du partenariat liant la société à la DGSI. Cet avis est largement partagé au sein du secteur de la cyberdéfense française, notamment par le directeur de l’ANSSI Guillaume Poupard. Celui-ci déclare en ce sens lors d’une audition parlementaire qu’ : « Il va de soi qu’il faut déconnecter les logiciels Palantir qui permettent d’effectuer des recherches de données ». Un constat partagé même par la DGSI puisque Laurent Nuñez, alors successeur de Patrick Calvar à la tête du service déclare dès son entrée en fonction la nécessité de préférer un acteur français ou européen du big data à très court terme.

Les pouvoirs publics ont de fait réfléchi à une alternative crédible avec pour leitmotiv la souveraineté. La DGSI est finalement parvenue à s’émanciper de Palantir, en supervisant dans le cadre du Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres(GICAT) l’élaboration d’un champion français de l’analyse de données. C’est dans ce contexte qu’est né le Cluster Data Intelligence, initiative portée par de nombreux acteurs issus des domaines stratégiques français. Parmi les structures prenant part au projet figurent notamment Airbus, Atos, Engie, le champion français du big data Flaminem ou encore Thalès. La principale aspiration du cluster est de proposer une solution allant de d’analyse au traitement et à la restitution des données sensibles, et ce de bout en bout en tant qu’acteur 100% français. L’ambition de la récupération de la maîtrise nationale en la matière est clairement affichée.

Ce cluster, louable et judicieux sur le principe va toutefois se voir confronté très rapidement à un défi de taille : celui de pallier son retard sur l’avance technologique de Palantir. En effet, celui-ci suscite des interrogations quant à ses performances techniques, la viabilité de sa solution logicielle dans un contexte empreint de menaces d’ordres diverses ainsi que son mode de gouvernance eu égard aux intérêts parfois divergents des acteurs qui le composent. Les toutes prochaines années diront si oui ou non si la France a les moyens de ses ambitions, c’est-à-dire de revenir dans la course technologique internationale.

Pour aller plus loin au sujet de Palantir : 

BENOIT Fabien, « Peter Thiel, l’homme qui voulait achever la démocratie », Usbek & Rica, 17 juillet 2018

BOULESTIN Rénald, “Big Data : la DGSI s’émancipe de Palantir pour une solution 100% française”, Silicon, 18 avril 2018

CARPENTIER Thierry & COHEN-GRILLET Philippe, « Alex Karp : l’homme le mieux renseigné de la planète », Paris Match, 24 janvier 2017

COLLOMBAT Benoît, « Comment une start-up financée par la CIA s’est imposée au cœur des services de renseignement français », France Info, 22 septembre 2018

DRIF Anne, « In-Q-Tel, le fonds de la CIA qui fait rêver les militaires français », Les Echos, 16 décembre 2016

HUSSON Edouard, « Peter Thiel et la Silicon Valley : comme une méchante ombre sur les démocraties occidentales », Atlantico, 7 janvier 2018

KHARPAL Arjun, “Palantir worked with Cambridge Analytica on the Facebook data it acquired, whistleblower alleges”, CNBC, 27 mars 2018

LAMIGEON Vincent, « Faut-il avoir peur de Palantir, le géant du big data ? », Challenges, 21 mars 2019

LELOUP Damien, « Palantir, l’embarrassant poisson-pilote du big data », Le Monde, 9 octobre 2018

MONIN Jacques, « Palantir : l’œil américain du renseignement français », France Inter, 22 septembre 2018

PAQUETTE Emmanuel, « Palantir, quand la CIA scrute la France », L’Express, 19 mai 2017

SAVIANA Alexandra, « Le très inquiétant pouvoir de Palantir, la boîte mêlée au scandale Facebook, à la NSA… et à la DGSI », Marianne, 30 mars 2018

Entrez en stratégie !

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Entrez en stratégie !



Publié par Général Vincent Desportes le 2 Mai 2019


Vincent Desportes est Général (2s) ; Ancien directeur de l’École de guerre ; Professeur de stratégie à Sciences Po et à HEC.



Entrez en stratégie !
Vous êtes un observateur averti de l’évolution du paysage économique et culturel de la France, quel constat faites-vous sur la pratique stratégique des entreprises françaises ? 

J’ai exercé des responsabilités militaires pendant plus de trois décennies et cela fait presque dix ans que je pratique le conseil stratégique en entreprise. L’observation des forces armées et des entreprises peinant pour parvenir à leurs fins m’a montré que les difficultés que ces deux types d’organisation rencontraient étaient moins dissemblables qu’on pouvait, à première vue, le penser. En fait, des obstacles similaires encombrent toujours davantage les divers champs de l’action humaine, de la politique générale à l’action locale, dès lors qu’il s’agit d’y vouloir et d’y construire un avenir. L’accélération constante de la vie sous l’effet des moyens modernes de communication, l’abolition des distances conduisent les décideurs de plus en plus accaparés par l’immédiat à sacrifier le futur au présent. Parallèlement, les réalités et les mirages de la science poussent à rechercher dans la technologie les remèdes aux angoisses stratégiques. Bref, un peu partout, on se réfugie dans le tactique et les illusions technologiques pour éviter la stratégie, pourtant absolument indispensable aux succès pérennes.

Comment expliquez-vous cette tendance ?

Simplement : il est plus facile de se laisser dévorer par le court terme, surtout lorsque les bouleversements fréquents et inattendus du monde font perdre le goût de la perspective. La stratégie suppose la conscience du temps long alors que nous sommes toujours davantage happés par les impératifs du court terme : ils dévorent notre temps et notre énergie. Plutôt que de s’atteler à l’exigeante tâche de la conception stratégique, il est plus simple de se laisser porter par les courants et d’attendre ce que l’avenir produira de lui-même : face à l’incertitude, il est tentant de tirer un parti immédiat des circonstances du moment.
La tentation du court terme frappe, partout. Ce n’est pas une spécificité française : la tendance est générale, aggravée chaque jour par l’accélération de nos échanges de données.
Ainsi, sauf exception, le politique se consacre d’abord au succès des prochaines élections. Il délaisse le long terme qui, quoi qu’il arrive, ne lui appartient pas et ne lui profitera pas ; il abandonne aisément les grands principes pour les petits choix et les faciles arrangements. La focalisation se fait sur les questions locales de court terme où des progrès tangibles peuvent être produits au cours des cycles électoraux. L’entrepreneur succombe à la même obsession. Les patrons de petites ou moyennes entreprises, peu secondés, sont accaparés par leur quotidien qu’accélèrent les flux croissants d’information. Ceux des grandes entreprises cotées, obsédés par la dictature des résultats trimestriels, sont facilement victimes de « myopie managériale » ; ils privilégient les bénéfices rapides au détriment de la création de valeur à long terme. L’actionnaire, souvent anonyme, attend des résultats immédiats dont l’absence le priverait de revenus et dégraderait le cours en Bourse. Les responsables sont jugés et remerciés sur leur capacité à mettre en œuvre de soi-disant stratégies… dont les résultats sont évalués toutes les douze semaines !

Les responsables de nos entreprises ont ainsi graduellement laissé le rendement immédiat supplanter la stratégie : l’efficacité – de long terme en particulier – est oubliée au profit de l’efficience qui enferme les acteurs dans des processus normés, prive l’organisation de leurs intelligences, de leurs capacités d’initiative et d’adaptation.
Le seul objectif assigné aux modèles opérationnels devient la réduction des coûts. Or, l’obsession des résultats immédiats rend difficiles la prise de recul, la remise en cause. L’esprit tactique s’impose et la technique finit par dominer.

 Pensez-vous que cette évolution soit irréversible ou quels sont les leviers sur lesquels agir pour en modifier la tendance ? 

Il est absolument nécessaire d’inverser cette tendance et de s’intéresser à la stratégie. Sans nul doute, c’est la voie du succès pour tous ceux qui, au nom des autres, portent des responsabilités. Portant loin, elle construit le sens de l’action, forge une indispensable stabilité pour l’exécution des projets, redonne sens au chaos forgé des interactions humaines et de l’entremêlement des circonstances. Ma certitude est que seules la prise de recul et la stratégie peuvent conduire les projets humains là où nous souhaitons les mener.

Plus le monde s’étourdit de son accélération constante, plus il faut entrer en stratégie. Aussi éloignée puisse-t-elle paraître des préoccupations immédiates, il est indispensable de penser la stratégie parce qu’elle seule permet de dépasser la confusion dans laquelle l’action humaine est contrainte de se déployer. Il n’y a pas de substitut à la pensée stratégique, mais encore faut-il, pour qu’elle soit possible, que celui qui entre en stratégie ait assimilé les contraintes et les obstacles qu’il y rencontrera.

Mais n’est-il pas compliqué, voire risqué, « d’entrer en stratégie » ?

Vous avez raison, c’est une difficile aventure, car faire ce pas, c’est quitter le monde tranquille des certitudes et des résultats probables pour entrer dans un univers obscur, profondément humain, que nulle règle certaine ne sait structurer. Et il n’existe aucun espoir de succès dans cet espace complexe pour qui n’a pas fait l’effort préalable d’en appréhender les particularités, d’en apprécier les irrégularités, les frictions, les impasses, bref d’en saisir toutes les spécificités.

Que faire donc pour réussir cet indispensable voyage en stratégie ?

Qui veut entrer en stratégie doit d’abord comprendre ce qu’est l’espace stratégique dans lequel il veut pénétrer. Voilà l’idée et l’ambition du dernier ouvrage que je viens de publier, Entrer en stratégie. Je l’ai écrit pour qu’il serve de guide à nos stratèges, pour planter à leur service quelques indispensables jalons, jeter un peu de lumière sur cet espace si opaque que même le plus avisé de ses explorateurs n’est pas assuré d’en trouver l’issue. En décrivant pas à pas les contraintes, les embûches et les obstacles qu’il trouvera immanquablement sur sa route, ma volonté est de donner au stratège les clefs essentielles de compréhension avant qu’il n’entame son délicat, mais nécessaire voyage en stratégie.

Quel dernier conseil donneriez-vous à nos lecteurs ?

Celui de garder gravée en lui-même la belle certitude d’Henri Bergson : « L’avenir, ce n’est pas ce qui va nous arriver, mais ce que nous allons faire » ! La stratégie, c’est d’abord la question d’un avenir à vouloir puis à construire avec et malgré le présent. Le stratège ne pouvant prédire l’avenir, il doit le créer pour se libérer de l’incertitude et de la fatalité, puis modifier le présent pour le conduire vers son ambition.
Aussi, quel que soit leur domaine de responsabilité, les responsables de ce monde doivent penser en architecte et non en maçon. Prêts à affronter ce qui n’a encore jamais été, ils doivent accueillir le flot continu des circonstances nouvelles comme autant de chances et se dresser au-dessus d’elles pour créer leur avenir. Ils doivent refuser toute attitude étroitement réactive face aux circonstances émergentes, ne pas se contenter de chercher à anticiper les évolutions prévisibles : ce serait nier la capacité de l’homme à engendrer des opportunités nouvelles. Par leur intelligence et leur action, ils doivent modeler le futur, provoquer les changements nécessaires à sa concrétisation.

Devant l’incertitude et – probablement – le chaos à venir si nous ne nous en préoccupons pas, il leur faut choisir et façonner le monde qu’ils veulent.


La géopolitique d’Oman : un acteur légitime (1/3)

La géopolitique d’Oman : un acteur légitime (1/3)

Ce premier volet consacré au statut de médiateur du sultanat d’Oman au Moyen-Orient nous amène à nous questionner sur les attributs de la légitimité. Le passé historique d’Oman, à travers sa domination des mers, sa localisation stratégique au niveau du détroit d’Ormuz, ainsi que sa stabilité étatique nous permettent de mieux comprendre comment cet État parvient à s’affirmer dans une région qui semble écrasée par la rivalité irano-saoudienne.

Sur la carte du Moyen-Orient, nous voyons qu'Oman se trouve à un endroit stratégique : le sultanat contrôle les entrées et sorties du détroit d'Ormuz.
Grâce au contrôle du détroit d’Ormuz, la localisation géographique d’Oman lui permet de jouer un rôle stratégique au Moyen-Orient.

La légitimité historique.

La légitimité d’un État s’appuie en partie sur l’Histoire de celui-ci. Dans le cas d’Oman, le XVIIe siècle marqua son affirmation sur la scène internationale. En janvier 1650, les forces omanaises de Sultan bin Saif al-Said chassèrent les troupes portugaises de Mascate. Cet évènement marqua la fin du protectorat portugais sur Oman, alors constitué en imamat (1). De plus, il permit à Oman de devenir une puissance maritime. Son fils, Saif bin Sultan, continua la lutte contre l’Empire portugais en récupérant la ville de Mombasa en 1698. Oman regardait désormais vers l’Afrique de l’Est. Progressivement, l’Imamat prit l’île de Pemba, Kilwa, puis Zanzibar. Saif encouragea l’exercice de la piraterie contre les Perses et les Européens. Ainsi, les pirates omanais commencèrent à attaquer des possessions portugaises dans l’ouest de l’Inde actuelle. Le golfe Persique fut aussi le théâtre d’attaques omanaises : l’Imamat prit le contrôle de Bahreïn aux Perses, de 1717 à 1738. Au milieu du XIXe siècle, Oman consolida son empire maritime en profitant du commerce d’esclaves.

En 1856, la mort du souverain Said bin Sultan provoqua un conflit de succession parmi ses fils. L’Empire britannique, présent dans la région du fait d’un protectorat sur les États de la Trêve (actuels Émirats arabes unis), servit de médiateur. À travers le Canning Award (2), l’Empire omanais fut divisé en deux entités. Tout d’abord, le sultanat de Zanzibar qui récupéra la côte est-africaine et les territoires autour des Grands Lacs. Puis, le sultanat de Mascate et Oman qui conserva le reste des possessions. Ce dernier fut, de facto, soumis à deux influences internes encore présentes aujourd’hui. La première, venant des côtes, se caractérisait par la personne du sultan et d’une société cosmopolite, voire séculaire. La seconde, venant des terres, s’appuyait sur la personne de l’imam, une société tribale et la prééminence de l’ibadisme (3).

Malgré cette coexistence, les littoraux furent régulièrement la cible d’attaques d’ibadites venus de l’intérieur des terres. À partir de 1892, le territoire passa sous protectorat britannique et y resta jusqu’en 1971.

Une localisation stratégique.

Le sultanat d’Oman est constitué de trois entités territoriales. Tout d’abord, la surface que nous voyons de prime abord sur une carte, composée de dix gouvernorats contigus. Ensuite, le gouvernorat de Musandam qui est situé à la pointe des Émirats arabes unis. Enfin, le territoire de Madha, une exclave du gouvernorat de Musandam, situé dans les Émirats et composé en son centre d’une ville… émiratie.

En-dehors de l’aspect original de son territoire, Oman occupe une position prépondérante au Moyen-Orient. La péninsule de Musandam lui permet d’avoir le contrôle du détroit d’Ormuz, l’un des verrous stratégiques de la région. En effet, les pays moyen-orientaux exportateurs de pétrole doivent tous faire transiter leurs cargaisons par ce passage. Oman contrôle ainsi les entrées et les sorties du golfe Persique. Chaque année, 35 % du pétrole mondial passent donc par les eaux territoriales omanaises.

Par ailleurs, le sultanat d’Oman se situe au croisement de trois régions. Premièrement, l’Afrique de l’Est, dont nous avons vu les liens qui ont pu exister avec Mascate. Deuxièmement, le sous-continent indien, dont de nombreux ressortissants sont partis s’installer à Oman, faisant d’ailleurs quasiment doubler la population totale omanaise entre 2010 et 2018. Troisièmement, le Moyen-Orient, où se joue une lutte d’influence entre l’Arabie saoudite et l’Iran.

La stabilité de l’État.

Sur la période contemporaine, le sultanat d’Oman se démarque par une stabilité dont peu de voisins régionaux peuvent se targuer. Hormis lors de la guerre du Dhofar (1964-1976), l’État omanais a globalement vécu dans une certaine sérénité. Dès sa prise de pouvoir, Qaboos bin Said a tout fait pour instaurer cette stabilité, dont nous parlerons ultérieurement.

Oman fut touché par les révoltes de 2011, qui ont secoué les mondes arabes, sans toutefois plier. Au début des évènements, les autorités omanaises ne s’attendaient pas à faire face à des mouvements contestataires. Des sit-in eurent lieu dans le pays en signe de protestation. Il y eut aussi des manifestations ouvrières pour réclamer une hausse des salaires et pour dénoncer le monde du travail, la corruption et le piston. Dans le Dhofar, des pancartes invitèrent le sultan à dénoncer la corruption. Néanmoins, la monarchie n’était pas en danger. Des réformes furent mises en place et permirent une augmentation des salaires et la création de 50 000 postes publics dans la sécurité.

Notes :

  • (1) L’imamat est un système politique constitué autour de la personne de l’imam, le guide religieux.

 

  • (2) Le Canning Award est un accord visant à régler les différends territoriaux entre le sultan de Mascate et celui de Zanzibar autour des territoires africains de l’empire omanais.

 

  • (3) L’ibadisme est un courant de l’islam se différenciant des deux branches majoritaires que sont le sunnites et le shî’isme. Il fera l’objet d’une analyse plus approfondie dans la suite du présent article.

 

Sources.

GHUBASH Hussein, Oman : une démocratie islamique millénaire, 1998.

KATZMAN Kenneth, « Oman: Reform, Security, and U.S. Policy », Congressional Research Service, novembre 2018.

RODRIGUEZ Sonia et ABIDI Hasni, « Oman : une autre géopolitique dans le monde arabe », IRIS, octobre 2016

About Maxime ONFRAY

Maxime ONFRAY est diplômé d’un master d’Histoire et est actuellement en M2 Géopolitique et Prospective à l’IRIS. Il est spécialiste du Moyen-Orient et s’intéresse fortement aux problématiques liées à l’Afrique et à l’Asie centrale. Ses thématiques de prédilection sont les questions d’ordres politique, , géopolitique et religieux.

Hassan Rohani en Irak : un rapprochement bilatéral nécessaire

Hassan Rohani en Irak : un rapprochement bilatéral nécessaire

Le 11 mars, Hassan Rohani s’est rendu en Irak dans le cadre d’une visite officielle de trois jours. Pour la première fois depuis son élection en 2013, Rohani se déplace dans son pays voisin, permettant ainsi l’affirmation du rapprochement politique et économique indéniable des deux Etats. Si cette visite est majeure pour l’Iran, elle l’est aussi pour l’Irak. En effet, Bagdad joue un jeu dangereux puisque ses deux principaux partenaires, l’Iran et les Etats-Unis, entretiennent des relations exécrables depuis le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien en mai 2018.

Le président iranien Hassan Rohani en 2018.
Le président iranien Hassan Rohani en 2018.

La relation Iran/Irak : de la normalisation au véritable partenariat stratégique

Suite au cessez-le-feu du 18 juillet 1988 ayant mis fin à la guerre sanglante entre l’Irak et l’Iran, la relation entre les deux Etats fut très froide jusqu’à la chute du régime de Saddam Hussein, en 2003. Depuis, leur relation tumultueuse s’est muée pour devenir un partenariat majeur dans la région. En effet, une grande proximité lie les deux pays : l’Iran comme l’Irak sont des pays majoritairement chiites, alors que la plupart de leurs voisins sont des Etats musulmans sunnites. La présence de plusieurs dirigeants chiites au cœur du pouvoir irakien post-Hussein favorise d’ailleurs l’influence grandissante de l’Iran en Irak, qui se traduit notamment par le soutien à divers groupes armés irakiens.

Signe de ce lien religieux indéfectible, Hassan Rohani avait prévu de se rendre à Kerbala et Najaf, deux lieux saints du chiisme, puis de rencontrer l’ayatollah Ali al-Sistani, figure centrale des chiites irakiens. Le but implicite est notamment de faire front face à l’Arabie Saoudite, qui pourrait chercher à semer la discorde entre l’Iran et l’Irak.

L’économie et l’énergie comme fer de lance de ce partenariat

Depuis le retrait des Etats-Unis de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, l’Iran cherche à tout prix à relancer son économie pour faire face à la recrudescence des sanctions économiques. Alors que les échanges commerciaux entre l’Iran et l’Irak s’élèvent déjà à 12 milliards de dollars par an, Rohani affiche un objectif de 20 milliards de dollars. La volonté affichée par Téhéran est que l’Irak favorise les entreprises iraniennes pour la reconstruction du pays s’inscrit dans ce sens.

De plus, l’Iran cherche aussi à sceller les contrats énergétiques signés entre Téhéran et Bagdad, alors que l’Irak s’est engagé auprès des Etats-Unis à réduire ses importations iraniennes en gaz et en électricité. L’Irak importe à ce jour 1300 MW d’électricité et 28 millions de m3 de gaz, et il semble toutefois difficile que la situation évolue. En effet, l’inefficacité des barrages irakiens en période de sécheresse rend les importations iraniennes primordiales pour pallier à l’urgence des besoins énergétiques. Le comportement des Etats-Unis face à ce rapprochement indéniable devra donc être scruté avec attention.

Sources :

– IMBERT Louis, “En visite à Bagdad, le président iranien défie la pression américaine”, Le Monde (https://www.lemonde.fr/international/article/2019/03/14/en-visite-a-bagdad-le-president-iranien-defie-la-pression-americaine_5436039_3210.html)

– “Visite hautement politique et symbolique du président iranien Hassan Rohani en Irak”, France 24 (https://www.france24.com/fr/20190311-visite-iran-hassan-rohani-irak)

– “Le président Hassan Rohani visite l’Irak”, Tribune de Genève (https://www.tdg.ch/monde/president-hassan-rohani-visite-irak/story/22567299)

About Xavier BERNAUD

Je suis diplômé d’une double-licence Droit/Science politique à l’Université Jean Moulin Lyon III, et d’un master 1 International Relations and Security Studies à York University à Toronto. J’étudie aujourd’hui à l’IRIS SUP’ à Paris.

Le bruit autour de l’accord chinois sur Haïfa met en lumière les divisions au sein de l’« État profond » israélien

Le bruit autour de l’accord chinois sur Haïfa met en lumière les divisions au sein de l’« État profond » israélien


Andrew Korybko
Andrew Korybko

Par Andrew Korybko – Le 22 septembre 2018 – Source orientalreview.org

La Chine exploitera bientôt le port israélien de Haïfa, si tout se passe comme prévu.

Haaretz a publié un compte rendu sur une conférence, tenue fin août en Israël, au cours de laquelle Shaul Horev, ancien directeur du cabinet de la marine et président de la commission à l’énergie atomique, s’était alarmé de la prochaine remise à la Chine de la gestion du port stratégique de Haïfa. Ce changement avait été signé il y a trois ans et demi par le ministère des transports et les autorités portuaires, sans l’aval du conseil à la sécurité nationale ni de la marine elle-même, qui est semble-t-il directement concernée au vu de la proximité de sa flotte de sous-marins avec le port. La mise en œuvre imminente de l’accord a soulevé les angoisses habituelles quand au « piège de la dette », aux implications militaires, et assez étrangement, quant à se demander si Israël se détourne des USA.

Manifestement, ce à quoi nous observons résulte d’une faction des administrations militaires, de renseignements et diplomatiques permanentes de l’État d’Israël – ou « État profond » – qui veulent rejoindre la vision mondiale chinoise de la connectivité portée par les Routes de la soie (One Belt One Road – OBOR), alors que l’autre faction veut s’en tenir sans fléchir au soutien pro-américain de Tel-Aviv et empêcher ces initiatives, ce qui génère les frictions aux yeux du public sur ce sujet. Contrairement à ce que beaucoup dans les médias alternatifs pourraient imaginer, Israël et la Chine n’ont fait que se rapprocher au fil des dernières années, Pékin développant un intérêt pour la proposition du train « Red-Med » [Train à grande vitesse Tel-Aviv Eilat, NdT], qui viendrait relier mer Rouge et mer Méditerranée par voie ferrée, et qui pourrait compléter voire un jour constituer une alternative au canal de Suez.

L’accord israélien permettant à la Chine de s’étendre et de venir gérer le port de Haïfa constitue une indication de l’existence d’une faction influente de l’« État profond », désireuse d’ouvrir des alternatives à la dépendance stratégique de Tel Aviv envers les USA, en coopérant de façon pragmatique avec d’autres grandes puissances en cours de constitution, comme on l’a vu par ailleurs dans les coopérations avec la Russie au sujet de la Syrie. Cette faction semble projeter un rôle d’Israël quelque peu similaire à celui de son nouveau partenaire, l’Inde, en jouant le même jeu de « multi-alignement » entre grandes puissances, ce qui en théorie permettrait au pays de tirer le meilleur parti de la « compétition » pour sa « loyauté », en négociant plus cher auprès de chacune des parties, USA y compris.

À supposer que l’accord ne se voie pas entravé en dernière minute par la faction opposée et ses alliés américains sur des considérations de « sécurité nationale », Israël donnerait là aux routes de la soie leur meilleure caution internationale, ce qui d’ailleurs pourrait bien constituer la raison pour laquelle la Chine a monté ce projet dès le départ. Il est également possible, comme évoqué par Ber Cowen du Times of Israël, que la Chine maintienne des ambitions à long terme de contrôler les accès européens aux ressources du Golfe, via les ports méditerranéens, suite à un accord de paix en Palestine à venir qui verrait les monarchies arabes reconnaître officiellement Israël, et faire traverser des oléoducs sur son territoire pour économiser 40% des coûts de transport par rapport au transit par le canal de Suez.

Quelles que soient les intentions de la Chine – et il ne s’agit certainement pas de s’affranchir d’Israël dans un « piège de dette » ou d’espionner ses sous-marins – la controverse autour de cet accord révèle le fait que deux factions de l’« État profond » sont en compétition en Israël et ont rendu publique leur querelle sur Haïfa, chacune d’entre elles ayant ses raisons – très différentes – d’estimer que le grand jeu se verrait changé si l’accord devait se voir suivi de faits.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le vendredi 21 septembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-bruit-autour-de-laccord-chinois-sur-haifa-met-en-lumiere-les-divisions-au-sein-de-letat-profond-israelien

 

General Electric : amende dérisoire après «la vente de notre souveraineté nucléaire aux Américains»?

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General Electric : amende dérisoire après «la vente de notre souveraineté nucléaire aux Américains»? Source: RT
Alexandre Leraître et David Gendreau

Après la menace brandie par Bercy d’une amende de 34 millions d’euros pour General Electric qui n’a pas tenu sa promesse en termes de création d’emplois, Alexandre Leraître et David Gendreau reviennent sur le rachat d’Alstom par le groupe américain.

Alexandre Leraître et David Gendreau, réalisateurs du documentaire Guerre fantôme : la vente d’Alstom à General Electric étaient les invités du JT ce 19 juin sur RT France.

Alors que General Electric pourrait devoir payer une amende de 34 millions d’euros pour ne pas avoir tenu son engagement à créer un millier d’emplois en France, les deux réalisateurs ont commenté cette menace du gouvernement et sont revenus pour RT France sur les enjeux de la vente d’Alstom au groupe américain.

Amende «dérisoire» pour un chiffre d’affaires annuel de 100 milliards d’euros

General Electric n’a pas tenu ses promesses : pas de surprise ? «Tout le monde le savait parmi les gens qui connaissaient bien le sujet», a affirmé l’un des deux journalistes qui ont côtoyé aussi bien les syndicats que les employés d’Alstom dans le cadre de leur enquête. Et son collègue d’ajouter : «Ça va leur coûter moins cher de payer une amende dérisoire de 34 millions d’euros sachant qu’ils font un chiffre d’affaires annuel d’à peu près 100 milliards d’euros.»

Citant des sources syndicales, David Gendreau a par ailleurs souligné que beaucoup de sites du groupe étaient aujourd’hui menacés en France.

Rachat d’Alstom : «Déstabilisation des Américains pour contrôler un secteur stratégique»

Insistant sur ce qu’il assimile à «la vente de [la] souveraineté nucléaire [de la France] aux Américains», Alexandre Leraître a rapidement tenu à rappeler les enjeux majeurs liés au rachat d’Alstom par General Electric : «On a vendu [aux Américains] la maintenance des turbines de toutes nos centrales nucléaires, la maintenance des turbines du porte-avion CDG, des systèmes de radars, de la dissuasion nucléaire navale au niveau des sous-marins.» Confirmant les propos de son collègue, David Gendreau a ajouté : «On a perdu une grosse partie de notre indépendance avec cette affaire.»

Les journalistes n’ont pas manqué de rappeler que l’actuelle politique étrangère américaine de Donald Trump prouvait que Washington était capable de «mettre un pays sous embargo». Alexandre Leraître a souligné que les Etats-Unis avaient déjà pris de telles mesures contre la France lors de la guerre en Irak, à laquelle Paris avait refusé de participer, affirmant que l’affaire Alstom pourrait dorénavant permettre à Washington de «faire pression sur la diplomatie française».

Déplorant une dynamique de désengagement de l’Etat français, les journalistes n’ont pas caché leur inquiétude de voir les Américains prendre le contrôle de secteurs stratégiques à coups de «déstabilisations».

L’Etat ne regrette rien… «par atlantisme» ?

Interrogé sur d’éventuels regrets que pourrait éprouver l’Etat français au vu des conséquences de la vente d’Alstom, David Gendreau a rappelé que la commission d’enquête montée à ce sujet «n’a[vait] mené à rien» poursuivant ainsi : «On n’a pas l’impression qu’ils prennent la mesure [de l’enjeu], par atlantisme peut-être.»

Alexandre Leraître a par ailleurs affirmé avoir des retours expliquant qu’il existait des consignes de discrétion : «Ils veulent qu’on en parle le moins possible.»

Les journalistes ont enfin affirmé que des menaces pesaient sur la souveraineté de la France au vu de certaines affaires en cours autour notamment des entreprises Airbus ou Naval Group. Avec la mise en avant d’histoires de corruption puis la saisie de la justice américaine chargée d’enquêter sur celles-ci, le mode opératoire des affaires en cours se rapprocherait en effet de l’affaire du rachat d’Alstom.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

https://francais.rt.com/entretiens/51748-general-electric-amende-derisoire-vente-souverainete-nucleaire-americains

Comment se positionne Donald Trump ?

Comment se positionne Donald Trump ?

Élu pour réaliser un changement de paradigme, le président Trump ne cesse d’étonner ceux qui le prennent pour un hurluberlu. Il ne fait pourtant que mettre en œuvre les idées qu’il a développées au cours de sa campagne électorale, s’inscrivant dans une tradition politique bien ancrée dans l’histoire états-unienne, quoique longtemps négligée. Écartant sa communication, Thierry Meyssan analyse ses actes au regard de ses engagements.

| Damas (Syrie)

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Lors de la campagne électorale présidentielle US, nous avons montré que la rivalité entre Hillary Clinton et Donald Trump ne portait pas tant sur leur style que sur leur culture [1]. L’outsider mettait en cause la domination puritaine sur les États-Unis et réclamait le retour au compromis originel de 1789 —celui de la Bill of Rights— entre les révolutionnaires qui se battaient contre le roi George et les grands propriétaires terriens des 13 colonies.

N’étant pas si novice que cela en politique, il avait déjà manifesté son opposition au système le jour même des attentats du 11-septembre [2], puis par la suite avec la polémique qu’il entretint sur le lieu de naissance du président Obama.

De même, nous n’avons pas interprété la fortune de Donald Trump comme le signe évident qu’il mènerait son action au service des plus riches, mais comme la preuve qu’il défendrait le capitalisme productif contre le capitalisme spéculatif.

Nous avons souligné qu’au plan extérieur, les présidents George W. Bush et Barack Obama ont pris l’initiative des guerres d’Afghanistan, d’Iraq, de Libye et de Syrie, mettant en œuvre la stratégie de l’amiral Cebrowski de destruction des structures étatiques de tous les États du « Moyen-Orient élargi » [3] ; tandis qu’au plan intérieur, ils ont suspendu la Bill of Rights ; que cet ensemble aboutit à la dévalorisation et à la paupérisation des « petits blancs ».

Au contraire, Donald Trump ne cessait de dénoncer l’Empire américain et d’annoncer le retour aux principes républicains. Il se réclamait d’Andrew Jackson (1829-37) [4] et se faisait adouber par les anciens collaborateurs de Richard Nixon (1969-74) [5].

Il synthétisait sa pensée en politique intérieure avec le slogan « Make America Great Again ! », c’est-à-dire non plus la poursuite de la chimère impériale, mais le retour au « rêve américain » d’enrichissement personnel. Et sa politique extérieure avec le slogan « America First ! », que nous interprétions non pas au sens qui lui fut donné durant la Seconde Guerre mondiale, mais à celui dont il disposait à l’origine. Nous ne voyions donc pas en lui un néo-nazi, mais un politicien qui refuse d’engager son pays au service des élites transnationales.

Plus surprenant, nous pensions impossible qu’il parvienne à un accord culturel avec la minorité mexicaine et nous pronostiquions qu’il faciliterait à terme une séparation à l’amiable, l’indépendance de la Californie (CalExit) [6].

Notre lecture des objectifs et de la méthode de Donald Trump laissait cependant ouverte la question de la capacité d’un président US à modifier la stratégie militaire de son pays [7].

Écrivant durant deux ans à contre-courant de la totalité des commentateurs, nous avons été classés à tort comme partisans de Donald Trump. C’est mal interpréter le sens de notre travail. Nous ne sommes pas électeurs états-uniens et nous ne soutenons donc aucun candidat à la Maison-Blanche. Nous sommes analystes politiques et nous tentons uniquement de comprendre les faits et d’anticiper leurs conséquences.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

- Nous devons nous concentrer sur les faits et éliminer toute sa communication de notre raisonnement.
- Nous devons distinguer ce qui revient à Donald Trump, de ce qui est la continuité de ses prédécesseurs et de ce qui relève de l’air du temps.

Au plan intérieur

Donald Trump a soutenu une manifestation de suprémacistes blancs à Charlottesville et le droit à porter des armes, y compris après la tuerie de Parkland. Ces positions ont été interprétées comme un soutien aux idées d’extrême-droite et à la violence. Bien au contraire, il s’agissait pour lui de promouvoir les « Droits de l’homme » version US, tels qu’énoncés dans les deux premiers amendements de la Bill of Rights.

On peut évidemment dire tout le mal que l’on pense de la définition états-unienne des « Droits de l’homme » —dans la tradition de Thomas Paine [8], nous ne cessons de la critiquer—, mais c’est une autre question.

Faute de moyens, l’achèvement du Mur à la frontière mexicaine, qui avait été construit par ses prédécesseurs, est loin d’être terminé. Il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions. La confrontation avec ceux des immigrés hispaniques qui refusent de parler anglais et de s’intégrer au compromis de 1789 n’a toujours pas eu lieu. Donald Trump s’est juste contenté de supprimer le service en espagnol de la communication de la Maison-Blanche.

Abordant la question de l’évolution climatique, Donald Trump a rejeté l’Accord de Paris, non pas parce qu’il serait indifférent à l’écologie, mais parce que celui-ci impose un règlement financier qui bénéficie aux seuls responsables des Bourses d’échange des droits d’émission de CO2 [9].

En matière économique, Donald Trump n’est pas parvenu à imposer sa révolution : exonérer les exportations et imposer les importations. Il a cependant retiré son pays des traités de libre-échange non encore ratifiés, comme l’Accord de partenariat transpacifique. Alors que sa Border Adjustment Tax a été retoquée par le Congrès, il tente aujourd’hui de contourner les parlementaires et de créer des taxes prohibitives sur l’importation de certains produits, ce qui soulève la stupeur des alliés de son pays et la colère de la Chine [10].

De même, Donald Trump patine dans le lancement de son programme rooseveltien de construction d’infrastructures, dont il n’a pour le moment trouvé que 15 % du financement. Et il n’a pas encore lancé son programme de recours aux cerveaux étrangers pour améliorer son industrie quoi que celui-ci soit annoncé dans sa Stratégie nationale de sécurité [11].

En définitive, le peu qu’il a déjà accompli a suffit à relancer la production et l’emploi dans son pays.

Au plan extérieur

Pour liquider l’Empire américain, Donald Trump avait annoncé son intention de stopper le soutien aux jihadistes, de dissoudre l’Otan, d’abandonner la stratégie Cebrowski et de rapatrier ses troupes d’occupation. Il est évidemment beaucoup plus difficile de réformer la première administration fédérale, les Forces armées, que de changer par décret les règles économiques et financières.

Le président Trump a prioritairement placé des personnes sûres à la tête du département de la Défense et de la CIA de manière a écarter toute tentative de rébellion. Il a réformé le Conseil national de Sécurité en diminuant le rôle du Pentagone et de la CIA [12]. Il a immédiatement mis fin aux « révolutions colorées » et autres coups d’État qui avaient caractérisé les administrations précédentes.

Puis, il a convaincu les pays arabes, dont l’Arabie saoudite, de cesser leur soutien aux jihadistes [13]. Les conséquences de cette décision n’ont pas tardé à se manifester avec la chute de Daesh, en Iraq et en Syrie. Simultanément, Donald Trump a différé la dissolution de l’Otan à laquelle il s’est contenté d’ajouter une fonction anti-terroriste [14]. En attendant, dans le contexte de la campagne britannique contre Moscou, l’Alliance développe activement son dispositif anti-Russe [15].

Donald Trump n’a conservé l’Otan que pour contrôler les vassaux des États-Unis. Il a délibérément discrédité le G7, renvoyant ses alliés désemparés à leurs propres responsabilités.

Pour interrompre la stratégie Cebrowski au « Moyen-Orient élargi », Donald Trump prépare une réorganisation de la zone autour de son retrait des accords avec l’Iran (JCPoA et accord bilatéral secret) et de son plan de règlement de la question palestinienne. Si ce projet, que la France et le Royaume-Uni tentent de saboter, a peu de chance de parvenir à instaurer une paix régionale, il permet de paralyser les initiatives du Pentagone. Toutefois, les officiers supérieurs se préparent à appliquer la stratégie Cebrowski dans le « bassin des Caraïbes ».

L’initiative de règlement du conflit coréen, dernier vestige de la Guerre froide, devrait lui permettre de remettre en question la raison d’être de l’Otan. Les alliés ne se sont engagés dans cette organisation que pour prévenir en Europe une situation comparable à celle de la guerre de Corée.

À terme, les Forces armées US ne devraient plus être utilisées pour écraser de petits pays, mais exclusivement pour isoler la Russie, voire pour empêcher la Chine de développer ses « Routes de la soie ».

[1] « Les États-Unis vont-ils se réformer ou se déchirer ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 25 octobre 2016.

[2] Voir l’intervention de Donald Trump sur New York 9, le 11 septembre 2011.

[3] « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

[4] “Trump has picked a deeply disturbing hero”, Michael Gerson, The Washington Post, March 16, 2017.

[5] “Donald Trump’s ‘America First’ Foreign Policy Speech”, by Donald Trump, Voltaire Network, 27 April 2016.

[6] « Le bilan et les perspectives de Donald Trump », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 décembre 2017.

[7] « L’alternance du Pouvoir impérial », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 15 novembre 2016.

[8] Thomas Paine, Rights of Man (Droits de l’Homme), Londres part 1 1791, part 2 1792.

[9] « 1997-2010 : L’écologie financière », par Thierry Meyssan, Оdnako (Russie) , Réseau Voltaire, 26 avril 2010.

[10] « USA : Impérialisme contre ultra-impérialisme », « Guerre économique ou « guerre absolue » ? », par Jean-Claude Paye, Réseau Voltaire, 26 février et 31 mai 2018.

[11] Security Strategy of the United States of America, White House, December 18, 2017

[12] “Presidential Memorandum : Organization of the National Security Council and the Homeland Security Council”, by Donald Trump, Voltaire Network, 28 January 2017. « Donald Trump dissout l’organisation de l’impérialisme états-unien », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 30 janvier 2017.

[13] “Presidential Memorandum : Plan to Defeat the Islamic State of Iraq and Syria”, by Donald Trump, Voltaire Network, 28 January 2017. “Donald Trump’s Speech to the Arab Islamic American Summit”, by Donald Trump, Voltaire Network, 21 May 2017.

[14] “Remarks by Donald Trump at NATO Unveiling of the Article 5 and Berlin Wall Memorials”, by Donald Trump, Voltaire Network, 25 May 2017.

[15] « L’Otan non « obsolète » se prépare avec Mattis à d’autres guerres », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 16 février 2017.

 

http://www.voltairenet.org/article201516.html