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La bataille du Signe des Temps

La bataille du Signe des Temps

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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La bataille du Signe des Temps

20 avril 2019 – J’avoue n’avoir pas marchandé mon bonheur lorsque Finkielkraut, semi-grave pour l’évidente force de son idée et demi-ironique en imaginant ce que seraient les binettes de ceux qui l’écoutaient, commença à dire qu’il ne croyait pas à un accident ni à un attentat, pas du tout… Mais bien plutôt ceci, évoquant l’usine à touristes par millions, l’incessante exploitation, « livrée aux cars immenses et immondes, découragée par cet environnement dé-spiritualisé, elle a voulu mettre fin à ses jours et in extremis en a été empêchée par des pompiers exemplaires et héroïques »…

Je ne marchande pas mon bonheur car vous aurez tous reconnu l’idée centrale que développe notre poétesse Badia Benjelloun dans son « Notre-Dame ». Il est vrai que nous autres, pauvres hères et pauvres humains qui portons et supportons cette époque terrifiante de bassesse, nous comprendrions si bien qu’elle, Notre-Dame, puisse songer au pire selon nos conceptions habituelles et peut-être erronées ; exaspérée enfin, par les marchands du temple qui sont le principal “reflet du temps” que le philosophe Premier ministre Philippe voudrait voir figurer pour illustrer Notre-Dame 2.0 à laquelle nous apporterions les améliorations qui s’imposent, avec consommation réduite, taxe-carbone, et une décoration extérieure rendant compte de cette sublime “diversité” qui fait toute la richesse de cette opulente époque des hautes eaux du système sanitaire. Dans une telle perspective enfermée dans de telles intentions de bureaucrates de l’Art Contemporain, tiendrions-nous le terrain propice à nos élans décisifs ?

Enfin, la “performance” comme il détesterait que l’on dise, d’Alain Finkielkraut sur LCI vendredi, fut dispensatrice d’énergie et surtout portant confirmation, pour mon compte, que s’ouvre effectivement une bataille autour d’un symbole et de son sort, où la métaphysique, et par conséquent la métahistoire, auront la place la plus éminente. « C’est la métaphysique qui descend dans l’hallucinant débat agité des combats politiques pour affirmer une tragédie, restaurer une gravité », dit le comédien Fabrice Lucchini, et j’en suis bien aise.

Finkielkraut participe bien entendu à cette intense émotion qui a saisi le peuple de France, et déclenché une crise étrange, imprévue, extraordinaire, une crise pour le meilleur ou pour le pire. Le suicide raté de Notre-Dame a montré aux Français combien les Français aimaient Notre-Dame, et « Notre-Dame nous a paru vivante parce qu’elle nous a paru mortelle » ; il s’agissait de la sauver, de la retenir au bord du gouffre, parce qu’avec elle nous pouvions bien purement et simplement disparaître, la suivre dans sa funeste décision pourtant si justifiée par la conduite de tant d’arrogance de l’hybris des piètres arrangements humains… Il s’agissait de tout cela car elle est bien autre chose, nous le découvrons :

« Nous avons découvert une autre idée de patrimoine que celle qui était répandue… Ce n’est pas simplement un joyau touristique, ce n’est pas simplement un gisement culturel… […] C’est effectivement [aussi et d’abord] une partie de notre être, un vestige du passé, la présence des morts et pour certains du divin… »

Au cours de cette intervention, Finkielkraut est apparu plus calme qu’à l’ordinaire, moins atteint par la polémique et ainsi moins vulnérable et dominant sa sensibilité parfois impérative et trop exigeante, comme si le fait de s’adosser aux vieilles pierres venues des siècles d’antan donnait une force singulière en bronzant la conviction. Les objections, les répliques ou les attaques dont il fut l’objet manquaient singulièrement de mordant. L’on comprit également que la “reconstruction” de Notre-Dame serait une route semées d’embûches, ou même, et même plus encore, je le répète avec force, une bataille terrible. Finkielkraut, comme bien d’autres, s’il admet ne pas attendre une restauration parfaitement à l’identique, hurle des cris de colère aux échos des thuriféraires de l’Art Contemporain, de la “diversité”, et toutes cette sorte de choses accouchées par une terrible et nihiliste postmodernité, qui déjà tente d’investir le chantier de la restauration. Une terrible bataille, vous dis-je, une bataille pour la substance des pierres et la forme de l’architecture sacrée ; une bataille pour le Signe des Temps

On comprend que toutes les dimensions sont présentes, que l’aspect symbolique se trouve représenté par des situations extrêmement précises et identifiables dans les querelles les plus significatives de notre temps de Grande Crise. Il y est question d’identité, de la conception de la Nation et de l’extension du politique qu’elle implique, du manque de sens d’une époque complètement phagocytée dans l’économisme et dans les narrative arrogantes, qui soudain se trouvent confrontées à ces “siècles d’Histoire” et à l’interrogation de la dimension divine. Notre-Dame porte tout cela, et bien d’autres choses de la même essence encore, et par conséquent son drame devient absolument le drame d’une époque avec sa Grande Crise, et son incendie, et les ruines qui suivent, font naître dans bien des esprits l’analogie de l’incendie et des ruines qui caractérisent la Grande Crise et son époque.

Dans cette situation, il ne fait aucun doute que ce qu’on pourrait désigner comme le “parti postmoderne” a parfaitement compris qu’il s’agit d’une bataille et que son enjeu est colossal. Il la livrera avec toutes les forces de dissolution et de subversion à sa disposition, et peut-être certains y verront-ils le visage du Diable ; je ne ferai rien pour les en dissuader. Peut-être même irait-on jusqu’à penser qu’il s’agit là d’une sorte de “bataille finale”, une sorte d’Armageddon enfin. Ainsi, de symbole qu’est Notre-Dame dans l’occurrence tragique de l’incendie de lundi, devient-elle un signe des Temps, le véritable et décisif Signe des Temps.

J’ai parlé plusieurs fois, ces derniers temps, de Guénon et de son livre Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps ; on y lisait ceci, dans celui du 5 mars 2019 : « Avec Guénon, nous sommes au terme de la Fin des Temps. » Avec Notre-Dame, nous sommes à l’ultime et décisif Signe des Temps.

http://www.dedefensa.org/article/la-bataille-du-signe-des-temps

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Feu contre feu

Feu contre feu

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Feu contre feu

Le censeur-Artificial Intelligence de Yutube eut l’heureuse idée de placer l’événement de dévastation  sous les auspices de 9/11, – Notre-Dame définie par les tours de Manhattan, – suggérant à ceux qui n’y pensaient pas encore l’idée du complotisme. Ils se sont excusés, mais il reste que la bêtise de la modernité-FakeNewsiste a tenu à figurer dans l’éventail des sentiments innombrables de cette tragédie extraordinairement chargée du symbolisme de la métaphysique de l’Histoire et de la foi.

Le poids du symbole pèse autant sur nos consciences et sur nos âmes que l’incendie lui-même, dont on a peine à qualifier le sens que nous sentons obscurément : le Feu de Dieu ou le brasier du Diable ? A cette heure de ce jour où un “président” devait parler, dans une telle occurrence de la Semaine Sainte pour les chrétiens qui sont eux-mêmes les légataires religieux de Notre-Dame, dans ces temps-là du Grand Trouble, au cœur d’événements terrestres empreints de la folie tourbillonnante de la Grande Crise, comment écarter une immense interprétation symbolique, où chacun mettra pêle-mêle ses croyances, ses passions, ses angoisses, ses espérances et ses désespoirs ?

Ce n’est pas le passé qui s’embrase pour menacer de disparaître, c’est le passé qui se rappelle à nous. En même temps qu’il semble se détruire, nous sommes conduits à observer qu’il existe bien puisqu’une partie de lui a subi l’attaque du feu et que le feu ne brûle que ce qui existe. La question qui vient naturellement est de savoir ce que nous avons fait de ce passé lorsqu’on contemple le présent sur quoi il débouche. Chacun a sa réponse toute prête ; vous permettrez que je réserve la mienne par loyauté pour la durée qu’il faut respecter avant d’émettre un jugement.

A côté de quoi et évidemment contre cette objurgation à la réserve, comment éviter les interrogations angoissées qui sonnent comme des réponses, les observations catastrophées qui impliquent la nécessité du jugement qu’on devine ? La religion catholique et chrétienne était en lambeaux, elle est désormais en cendres. La question se presse dans nos esprit : que faire de ce monde qui nous tend le symbole de l’éradication de ses origines par le feu ? La tentation est inévitable de faire de l’événement mystérieux dans son si puissant sens symbolique qu’il nous écraserait, un élément de nos affrontements politiques, un objet de manipulation, un brasier de nos folies les plus échevelées. Il y en a qui s’y activent, on s’en doute : les “communicants” excellent dans le réductionnisme, – reductio ad nihilum.

Pour mon cas, puisque ce journal est personnel, je répète que je préfère retenir mon jugement après avoir ressenti le poids du symbole. Ce poids est si lourd, il convoque tant d’interprétations, de fureurs et de ferveurs, il est à la fois si ancien et si complètement dans le brasier de la crise de la modernité, ce poids est bien trop lourd pour trancher dans le vif d’un événement qui est si haut au-delà de notre entendement. Pour autant, me dis-je en moi-même, je sais bien dans quel sens je penche. Ainsi en est-il des réactions et des effets d’un tel événement dont le poids symbolique est habité de la rage de l’incendie destructeur et de la puissance du souvenir ressuscitant le passé que l’incendie ravive. Tout cela se heurte et se carambole dans l’occasion d’un événement extra-ordinaire, dans un lieu, dans un temps, dans des événements qui ne le sont pas moins.

Je reste interdit mais assez confiant. Parfois, c’est la juste réponse de circonstance, laquelle vous laisse libre de disposer de votre attitude et de comprendre le jugement qui se forge en vous. Ce n’est pas une attitude religieuse, c’est une attitude de la foi qui est en vous, cette “foi” qui vient du mot latin fides pour “confiance”. Je veux dire qu’il y a des événements aussi extraordinaire que leur symbolisme, qui sont faits pour éveiller dans les consciences et dans les âmes une lucidité qui servira à jeter un regard plus acéré et tragique sur le monde, pour enfin saisir dans quelle tragédie le monde se trouve emporté. La cathédrale est immémoriale d’ancienneté, son incendie est complètement dans la postmodernité, jusqu’à donner l’occasion à la marque des enfers de leur Artificial Intelligence chargée d’algorithmes de se signaler, – elle qui « ne peut s’empêcher de laisser échapper toujours quelque sottise, qui est comme sa signature… »

Il n’empêche, et même si des âmes brûlent d’angoisse et de frayeur sacrées : peut-être le feu de Notre-Dame serait-il comme quelque chose qui détruit décisivement l’incendie du sortilège de 9/11 ? Feu contre feu.

http://www.dedefensa.org/article/feu-contre-feu