Archives pour la catégorie Syrie

La coalition US aurait frappé des immeubles résidentiels à Deir ez-Zor, des victimes

La coalition US aurait frappé des immeubles résidentiels à Deir ez-Zor, des victimes

La coalition internationale dirigée par les États-Unis aurait porté une frappe contre des maisons dans le gouvernorat syrien de Deir ez-Zor, dans la localité d’As-Soussa, a appris Sputnik d’une source militaire syrienne. La télévision locale fait état de plusieurs morts et blessés dans le raid.

La coalition antiterroriste dirigée par les États-Unis aurait effectué une frappe contre des immeubles civils dans la province syrienne de Deir ez-Zor, a affirmé à Sputnik une source militaire.

«L’aviation de la coalition internationale bombarde toujours les maisons d’habitants civils innocents, aidant ainsi les terroristes de Daech*», a signalé la source.

En même temps, la télévision locale a précisé que la coalition avait porté plusieurs frappes contre un quartier résidentiel dans la localité d’As-Soussa, dans l’est de Deir ez-Zor, et que le raid avait fait plusieurs morts et blessés, a-t-elle ajouté se référant à des sources sur place. Le nombre exact des victimes reste à préciser.

Début octobre, l’agence Sana a signalé que la coalition dirigée par les États-Unis avait évacué des membres de l’organisation terroriste Daech* du gouvernorat de Deir ez-Zor. Se référant à plusieurs médias et à des sources au sein de la population locale, l’agence a précisé que des hélicoptères de la coalition avaient transporté plusieurs terroristes de Daech* de différentes nationalités depuis la zone de concentration d’extrémistes, située près du village d’al-Chaafa, au sud-est de Deir ez-Zor.

Les États-Unis et leurs alliés mènent depuis 2014 une opération antiterroriste en Irak et en Syrie. Cependant, sur le sol de cette dernière ils agissent sans le feu vert des autorités.

source

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/10/la-coalition-us-aurait-frappe-des-immeubles-residentiels-a-deir-ez-zor-des-victimes.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Publicités

Réouverture lundi d’un poste-frontière clé entre la Jordanie et la Syrie

Réouverture lundi d’un poste-frontière clé entre la Jordanie et la Syrie

Des membres de la police militaire russe, le 14 août 2018, au poste-frontière de Nassib, dont la réouverture lundi a été annoncée par la Syrie et la Jordanie / © AFP/Archives / Andrei BORODULIN

Le principal point de passage entre la Syrie et la Jordanie, autrefois vital pour le transit de marchandises au Moyen-Orient, sera rouvert lundi après trois ans de fermeture, ont annoncé dimanche les autorités des deux pays.

Ce poste appelé Nassib du côté syrien et Jaber du côté jordanien, était fermé depuis 2015 sur décision d’Amman. Sa réouverture a été décidée après la reprise en juillet dernier par le régime syrien aidé de son allié russe, de la région bordant la frontière jordanienne, contrôlée alors par les rebelles.

A Amman, la ministre d’Etat chargée des médias et porte-parole du gouvernement, Joumana Ghneimat, a annoncé dans un communiqué « la réouverture lundi du poste-frontière ».

A Damas, le ministre de l’Intérieur Mohammed al-Chaar a annoncé un accord avec la Jordanie pour rouvrir le passage frontalier.

Il a indiqué à l’agence de presse officielle Sana qu’un comité technique syro-jordanien avait convenu lors d’une réunion dimanche au poste-frontière « des préparatifs et des mesures en vue de la réouverture du passage lundi ».

Des travaux de rénovation du poste-frontière et la réhabilitation des routes qui y mènent ont commencé afin de rétablir la circulation et de faciliter le transport des passagers et des marchandises entre les deux pays, selon Sana.

Après plus de sept ans de conflit, le régime syrien ne contrôle que la moitié des 19 points de passage avec ses voisins, le Liban, la Jordanie, l’Irak et la Turquie.

Damas, dont l’économie est en lambeaux, espère la réouverture de Nassib, où des centaines de camions transitaient quotidiennement avant la guerre, transportant les importations et les exportations et assurant la connexion entre la Syrie et la Jordanie ou les pays du Golfe.

Sa réouverture serait aussi une bonne nouvelle pour les agriculteurs et commerçants libanais, dont les activités commerciales vers les pays du Golfe ont été durement affectées depuis sa fermeture.

(©AFP / (14 octobre 2018 17h25)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-R-ouverture-lundi-d-un-poste-fronti-re-cl-entre-la-Jordanie-et-la-Syrie/961951.rom

Syrie, état des lieux : l’accord turco-russe tient, la défense aérienne S-300 arrive

Syrie, état des lieux :
l’accord turco-russe tient, la défense aérienne S-300 arrive


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 9 octobre 2018

La situation en Syrie est relativement calme. Le gouvernement (en rouge sur la carte) a consolidé les territoires qu’il a repris au cours de l’année. L’armée syrienne a reçu une nouvelle défense aérienne (voir ci-dessous) et d’autres matériels et s’active à les intégrer. Certaines unités de l’armée syrienne se déplacent actuellement vers l’est, à Al Bukamal, à la frontière irakienne. D’autres ont été renvoyées à leurs bases.

agrandir

Le seul endroit où l’armée syrienne est toujours activement engagée est dans le désert du sud, près d’As-Suwayda, où quelque 1 000 à 2 000 combattants d’ISIS (en gris) s’accrochent à une petite enclave au milieu d’une vaste zone de roches volcaniques. Le terrain est difficile à traverser avec des chars et le combat d’infanterie y est sanglant.

L’accord russo-turque sur une zone démilitarisée dans le gouvernorat d’Idlib, contrôlé par les rebelles, semble tenir.

agrandir

Les rebelles contrôlés par la Turquie ont déplacé leurs équipements lourds (chars et artillerie) hors de la zone démilitarisée (ocre). Les factions djihadistes, Tahrir al Sham et les Turkmènes autour de Jisr al Shugur, ne respectent pas l’accord. Selon l’Observatoire syrien, ils ont creusé des fossés pour cacher leurs armes sur place. La Turquie a la responsabilité de les supprimer. La campagne d’assassinats dans le gouvernorat d’Idlib se poursuit avec plus de 380 victimes. Un commandant de niveau intermédiaire de tel ou tel groupe est tué chaque jour. On ne sait pas qui – les cellules dormantes d’ISIS, le MIT turc ou les spetsnazs russes – est derrière la campagne.

Le canton kurde d’Afrin, au nord-ouest, est une zone troublée similaire occupée par les troupes turques et les gangs rebelles associés. Il y a énormément de pillages et les différents groupes se battent entre eux.

Dans le gouvernorat de Deir Ezzor, dans l’est du pays, l’armée américaine et sa force de procuration kurde (en jaune) se battent toujours contre des forces enracinées d’État islamique (en gris).

agrandir

Ces forces sont restées seules pendant près d’un an et ont utilisé le temps dont elles disposaient pour s’enterrer. Les assaillants subissent des pertes causées par les mines improvisées et les cellules dormantes d’ISIS. Les forces américaines et britanniques bombardent la région plusieurs fois par jour et l’artillerie française et américaine ajoute au carnage. Malgré tout, les progrès semblent extrêmement lents. Selon des informations non confirmées, des marines américains seraient venus renforcer la force de procuration kurde réticente. Certains combattants d’État islamique ont traversé l’Euphrate pour attaquer des zones contrôlées par le gouvernement (en rouge), mais ont été vaincus.

Tandis que la carte générale montre un triangle au sud de la ville de Deir Ezzor dans laquelle ISIS se trouvait (en gris), aucune activité récente n’a été rapportée dans cette région désertique.

La zone al-Tanf contrôlée par les États-Unis dans le sud-est (en vert) est relativement calme. Les soldats américains y forment encore des hommes de main locaux, mais il n’y a pas d’avenir raisonnable pour ce poste. Les dizaines de milliers de membres des familles de rebelles et les combattants d’ISIS dans le camp de réfugiés de Rukban, situé à proximité de la frontière jordanienne, sont désespérés. La Jordanie ne laisse passer aucune aide pour eux. La nourriture est introduite en contrebande à partir de zones contrôlées par le gouvernement, mais la population n’a plus d’argent et ne peut pas payer pour cela :

L’année dernière, lorsque les États-Unis ont réduit le financement des factions affiliées à la FSA [Armée syrienne libre] opérant dans le désert de Badia, des centaines de combattants ont perdu leur principale source de revenus, qui avait souvent été utilisée pour soutenir les membres de leurs famille vivant à Rukban, a déclaré le porte-parole de la brigade Ahmad al-Abdo, Seif.

Des négociations ont été engagées avec le gouvernement syrien en vue de transférer certains rebelles et leurs familles de Rukban vers le nord dans la zone contrôlée par la Turquie, mais plusieurs annonces dans ce sens ont été faites sans qu’aucun transfert ne soit effectué.

La Russie a fait don de trois ensembles de systèmes de défense antiaérienne S-300PM à la Syrie. Chaque quartier général de bataillon dispose d’un radar d’acquisition et d’un poste de commandement. Il y a deux compagnies (batteries) dans un bataillon. Généralement, chaque compagnie dispose d’un radar de direction de tir et d’un véhicule de conduite de tir. Il y a quatre lanceurs de missiles dans une compagnie avec quatre missiles par lanceur. Deux véhicules supplémentaires ont des munitions de réserve et des grues pour recharger les lanceurs. Chaque bataillon disposera de cent missiles, ce qui permettra de contrer plusieurs vagues d’attaques. Les pièces de rechange peuvent être transportées sur des remorques de camion normales. Le système est très flexible. Des lanceurs supplémentaires peuvent être ajoutés à une compagnie et les informations radar peuvent être partagées.

Les systèmes sont relativement modernes et encore largement utilisés par la défense aérienne russe pour elle-même. Les systèmes reçus par la Syrie sont des systèmes précédemment en service dans des bataillons russes qui ont récemment été mis à niveau vers les nouveaux systèmes S-400. Ils ont été rénovés avant d’être livrés en Syrie. Les systèmes S-300PM sont montés sur des véhicules à roues. Ils sont arrivés par transport aérien (vidéo) de Russie. Pour protéger les défenses anti-aériennes S-300 à longue portée, chaque compagnie sera probablement accompagnée d’un système de défense anti-aérienne à courte portée Pantsyr-S1. Outre les systèmes de défense aérienne, la Syrie a également reçu des systèmes de guerre électronique Karsukha-4 qui permettent de détecter et de brouiller le trafic radio et radar ennemi.

L’un des bataillons restera probablement dans le gouvernorat de Lattaquié et renforcera la défense aérienne russe déjà stationnée là-bas. Un autre bataillon protégera Damas. Le troisième bataillon est un peu un joker. Il pourrait soit rester dans l’ouest de la Syrie, près de Homs, pour renforcer les autres unités, soit se déplacer vers l’est, à Palmyre, ou même à Deir Ezzor, pour donner à réfléchir au contingent américain.

Les 96 missiles S-300 prêts à être lancés vont rendre la tâche plus difficile pour Israël, si celui-ci veut continuer ses attaques contre la Syrie. Israël aimerait bien le faire, mais le seul moyen de poursuivre ses attaques est de faire décoller ses avions très bas au-dessus du Liban pour qu’ils soient couverts par la chaîne de montagnes qui mène à la Syrie. Ils seraient alors obligés de surgir pour lancer leurs missiles en Syrie, mais rien ne garantit que les avions y survivraient. Voler à basse altitude au-dessus du Liban comporte également le risque d’une rencontre surprise avec l’un des missiles de défense aérienne à courte portée du Hezbollah.

Le président syrien Bachar al-Assad vient d’annoncer un décret qui accorde l’amnistie à ceux qui ont déserté l’armée ou se sont abstenus de se présenter pour la conscription. Si les déserteurs et les conscrits se rendent dans les six prochains mois pour accomplir leur service, ils échapperont à toute punition.

Les Arabes du Golfe, à l’exception du Qatar, qui est un allié de la Turquie, ont renoncé à renverser le président Assad et ont bien fait :

Dans l’un des développements les plus surprenants survenus au milieu d’une série de réunions diplomatiques autour de l’Assemblée générale des Nations Unies, le ministre des Affaires étrangères bahreïnien, Khalid bin Ahmad al-Khalifa, a salué le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al-Muallem, lors d’une réunion panarabe la semaine dernière. Bahreïn, proche allié de l’Arabie saoudite, a vivement critiqué Assad et d’autres alliés régionaux de l’Iran, mais le haut diplomate a déclaré : “Le gouvernement syrien dirige la Syrie, et nous travaillons avec les pays, même si nous ne sommes pas d’accord avec eux.”

Quelques jours plus tard, Assad a mené sa première interview avec un journal de la péninsule arabique depuis 2011, déclarant au Koweïtien Al-Shahed qu’il était parvenu à un “accord majeur” avec plusieurs États arabes et que “les délégations occidentales et arabes ont déjà commencé à revenir en Syrie pour organiser leur retour, qu’il soit diplomatique, économique ou industriel.”

Ce changement dans le sentiment des dirigeants arabes pourrait bien influer sur la position américaine en Syrie.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/syrie-etat-des-lieux-laccord-turco-russe-tient-la-defense-aerienne-s-300-arrive

 

Israël continuera à frapper en Syrie malgré les missiles russes

Israël continuera à frapper en Syrie malgré les missiles russes

Jérusalem – Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré mardi que son pays continuerait à mener des frappes en Syrie malgré la décision russe de renforcer la défense antiaérienne du régime de Damas, lors d’une rencontre avec un responsable russe.

M. Netanyahu a reçu à Jérusalem le vice-Premier ministre Maxime Akimov.

Il s’agissait de la première entrevue officielle avec un responsable russe de haut rang depuis la mort de 15 militaires russes le 17 septembre dans la chute de leur avion abattu par erreur par la défense antiaérienne syrienne, après un raid israélien en Syrie, pays en guerre et voisin d’Israël.

Malgré la livraison consécutive par la Russie de missiles antiaériens S-300 au régime syrien, Israël continuera son « activité légitime en Syrie contre l’Iran et ses mandataires locaux qui ont clairement fait part de leur intention de nous détruire », a déclaré M. Netanyahu lors d’une conférence de presse.

Il s’est aussi dit confiant que les crispations avec Moscou seraient surmontées. « Avec du bon sens et de la bonne volonté, nous pouvons parvenir à une solution qui nous permette de maintenir le bon niveau de coordination entre les armées russe et israélienne ».

L’Iran et le Hezbollah libanais, ennemis d’Israël, aident militairement le régime syrien de Bachar al-Assad, également soutenu par Moscou. Israël martèle qu’il ne laissera pas l’Iran se servir de la Syrie comme tête de pont contre lui. Il a frappé maintes fois ces derniers mois les intérêts iraniens en Syrie.

Israël et la Russie ont mis en place en 2015 un mécanisme de « déconfliction » afin d’éviter les accrochages entre leurs armées en Syrie.

Dimanche, M. Netanyahu avait annoncé qu’il rencontrerait « prochainement » le président russe Vladimir Poutine pour aborder la question de la coordination de l’engagement de leurs pays en Syrie. Cette rencontre serait la première entre les deux hommes depuis l’affaire de l’avion abattu.

Les deux dirigeants se sont parlé trois fois au téléphone.

Après que son avion eut été abattu, l’armée russe a d’abord accusé les pilotes israéliens de s’être servis de l’appareil comme couverture pour échapper aux tirs syriens, ce qu’a nié l’Etat hébreu.

Selon Israël, l’avion russe a été atteint alors que les appareils israéliens avaient déjà regagné leur espace aérien.

La Russie a depuis annoncé de nouvelles mesures de sécurité visant à protéger son armée engagée en Syrie, dont le renforcement de la défense antiaérienne syrienne avec des batteries S-300 et le brouillage des communications d’avions.

Ces mesures ont fait craindre à Israël de devoir limiter ses raids en Syrie contre ce qu’il présente comme des cibles iraniennes et des convois d’armes destinées au Hezbollah libanais.

(©AFP / 09 octobre 2018 16h20)

https://www.romandie.com/news/Isra-l-continuera-frapper-en-Syrie-malgr-les-missiles-russes/960684.rom

La Chine sur les starting-blocks en Syrie

La Chine sur les starting-blocks en Syrie

Alors que le président russe, Vladimir Poutine, lance des appels pressants aux pays occidentaux à participer à la reconstruction de la Syrie après plus de quatre années d’une guerre qu’ils ont provoquée et alimentée, la Chine s’engouffre dans la brèche entrouverte par le retour proche à la paix. Une « bonne volonté » qui n’est pas étrangère aux intérêts économiques chinois.

Le 5 août dernier, l’ambassadeur de la Chine en Syrie, Wang Qi Jian, rendait publique une lettre aux autorités syriennes dans laquelle Pékin se proposait d’intervenir sur le développement des infrastructures ferroviaires et portuaires – dont la construction d’un port à Tartus –  pour favoriser les échanges économiques et apporter une aide financière. « Nous voulons renforcer notre coopération avec la Syrie au niveau politique, militaire, économique et social », écrivait l’ambassadeur Qi Qianjin dans la lettre.

Au cours du Forum de la Coopération arabo-chinoise, en juillet dernier, la Chine annonçait l’apport de $20 milliards de dollars pour le développement et d’un package de $100 millions dédiés à l’aide humanitaire pour la Syrie et le Yémen.

Lors de la 60ème Foire internationale commerciale de Damas à laquelle ont participé plus de 200 entreprises chinoises, la Chine a, également, annoncé son engagement dans la reconstruction des usines d’acier et des centrales électriques en Syrie, la production de voitures chinoises à Homs et soulignait que les touristes chinois revenaient déjà à Damas. Pékin exprimait, également, sa volonté de développer la coopération dans le domaine de la sécurité.

Une façon indirecte et tardive pour la Chine de participer au conflit par des mesures comme le déploiement de personnel, une augmentation des ventes d’armes et d’équipements militaires et l’entraînement des forces militaires.  Une façon d’intervenir sans, toutefois, être présente sur le terrain, notamment en exprimant sa volonté de participer à la lutte contre le terrorisme en « renforçant la coopération internationale dans l’éradication de l’extrémisme en Syrie ».

Pendant le conflit, la Chine a opposé son veto aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU qui sanctionnaient les forces militaires extérieures intervenant dans la guerre et s’est limitée à des déclarations d’usage telles que la nécessité pour la communauté internationale de coopérer dans la lutte contre le terrorisme, la priorité d’un règlement politique de la question syrienne, l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Syrie et la nécessaire médiation de l’ONU. L’ambassadeur QI n’avait-il pas déclaré dans le passé que « Le peuple chinois partage les souffrances du peuple syrien » et que « quand (la Chine et la Syrie) auront surmonté la crise actuelle, l’amitié sino-syrienne sera aussi forte que Palmyre et la Grande Muraille »…

Christine Abdelkrim-Delanne

http://www.afrique-asie.fr/la-chine-sur-les-starting-blocks-en-syrie/

Des États arabes s’apprêtent à renouer avec la Syrie

Des États arabes s’apprêtent à renouer avec la Syrie

+

Le président syrien démocratiquement élu, Bachar el-Assad, a accordé un entretien au quotidien koweiti Al-Shahed.

Il y révèle que la Syrie et plusieurs États arabes sont sur le point de renouer leurs relations diplomatiques.

Il s’agit de la première interview du président el-Assad à un média du Golfe depuis le début de l’agression étrangère (financée par l’Arabie saoudite et le Qatar), en 2011.

La Syrie a été exclue de la Ligue arabe, dont elle est un membre fondateur, en violation des statuts de l’organisation.

La Syrie a historiquement joué un rôle international important. Le Dr. Henry Kissinger avait coutume de dire : « Au Moyen-Orient, on ne peut faire la guerre sans l’Égypte ni la paix sans la Syrie ».

http://www.voltairenet.org/article203290.html

Les Etats-Unis crient de nouveau à «l’attaque chimique» en Syrie

Les Etats-Unis crient de nouveau à «l’attaque chimique» en Syrie

Publié par Gilles Munier sur 26 Septembre 2018, 14:28pm

Catégories : #Syrie, #Trump, #Macron, #Poutine

Scott Ritter, ancien chef des inspecteurs de l’UNSCOM chargés du désarmement en Irak

Par Scott Ritter (revue de presse : Information Clearing House – extraits – 13/8/18)*

Les officiels américains ne sont toujours pas en mesure de confirmer l’attaque au gaz en avril. Sur quoi se fondent-ils alors pour prédire une nouvelle attaque ?

Septembre 2013, 2018. « Information Clearing House » – mise à jour par l’auteur le 12 septembre 2018. Le gouvernement syrien, soutenu par l’aviation russe et des conseillers iraniens préparent une offensive majeure contre les forces d’opposition qui vise à reprendre le contrôle de la province d’Idlib. Le nouvellement nommé représentant spécial pour la Syrie du Département d’Etat, Jim Jeffreys, soutient qu’il existe de « nombreuses preuves » démontrant que la Syrie s’apprête à utiliser des armes chimiques en particulier le gaz chlorine pendant l’offensive d’Idlib.

Pour sa part, la Russie se targue d’avoir en sa possession des informations prouvant la collaboration entre des mouvements affiliés à Al-Qaïda et l’organisation White Helmets (Casques Blancs) dans le lancement d’une offensive chimique menée de telle sorte qu’elle serait attribuée au gouvernement syrien. Les Etats-Unis ont prévenu que si des agents chimiques étaient utilisés, ils lanceraient une offensive aérienne majeure contre, non seulement le gouvernement syrien, mais aussi des cibles russes et iraniennes présentes en Syrie.

La thématique de l’origine est aussi importante aujourd’hui que lorsque cet article fut initialement écrit, puisque l’OPCW (Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques) étudie encore les informations afin de déterminer la provenance des bonbonnes de chlore à Douma, et qui les a utilisées. Douma est un cas d’étude pour comprendre les risques qui existent à émettre un jugement hâtif dans l’attribution de la responsabilité, qui plus est quand cela pourrait aboutir à une escalade des combats.

Cet été, l’OPCW, organisation qui a obtenu le prix Nobel et est mandaté pour s’assurer de l’application de la Convention sur l’armement chimique, a publié en toute discrétion un rapport intérimaire sur une « possible » attaque chimique à Douma en Syrie le 7 avril dernier.

Il est intéressant de noter que le rapport cite qu’aucun agent innervant organophosphaté ou produits dérivés n’ont été relevés sur site, en d’autres termes il n’y a aucune preuve de la présence de gaz sarin sur place malgré les nombreuses spéculations émises au moment de l’attaque.

En fait, ces spéculations, dont l’administration Trump disait avoir des preuves, n’étaient autre qu’un prétexte pour permettre aux Etats-Unis, à la France et là a Grande-Bretagne de bombarder le gouvernement syrien le 12 avril.

Le rapport fait aussi mention de la présence de divers produits chimiques organiques chlorée, communément présents dans les quartiers résidentiels, dont certains sont des dérivés de l’eau potable chlorée.  Le rapport de l’OPCW ne donne, cependant, aucune indication quant à la concentration de ces agents chimiques,  ni de leur emplacement par rapport aux victimes présumées de ces attaques. L’OPCW poursuit l’analyse de ces informations afin d’établir leur importance et pertinence, avant de présenter ses conclusions finales.

Les conclusions de ce rapport intérimaire sont loin des déclarations faites par divers officiels américains au lendemain des incidents de Douma, qui accusaient le gouvernement syrien.

Le 13 avril 2018 le secrétaire d’Etat à la Défense James Mattis a expliqué lors d’une conférence de presse qu’en attaquant Douma le gouvernement syrien « a décidé de défier à nouveau les normes des peuples civilisés, faisant preuve d’un mépris total pour les lois internationales en utilisant des armes chimiques pour massacrer des femmes, enfants et autres innocents ». Il ajouta plus tard : « nos sources de renseignements ont un niveau de fiabilité qui nous a permis de mener l’attaque », notant que « nous savons que le chlore a été utilisé et n’excluons pas le gaz sarin pour le moment ».

Lors de la même séance, Mattis fut rejoint par le général Joseph Dunford, chef de l’état-major, qui s’est expliqué sur la nature des cibles visées, disant qu’elles étaient liées au programme d’armement chimique du gouvernement syrien, en particulier un lieu de production de gaz sarin et d’équipement de production de précurseur d’agents neurotoxiques syriens.

Le choix des mots employés par le secrétaire d’Etat et le général Dunford expliquant que la Syrie possède un programme d’armement chimique avec un lieu de stockage contenant des équipements de production de précurseurs d’agents neurotoxiques, et que les cibles attaquées étaient sélectionnées en fonction des informations établies dans le but de limiter les dommages collatéraux, démontre un degré de confiance dans les informations récoltées qui n’est pas corroboré par le rapport de l’OPCW.

Alors que l’attaque de la Syrie au lendemain des allégations de Douma est la dernière manifestation de la pauvreté du renseignement, la faillite de ce dernier a pour point d’origine les quartiers généraux de l’OPCW à La Haye, Pays-Bas. L’OPCW y possède une cellule d’information au sein d’un centre d’étude, dont le but est, entre autre, de collecter les informations provenant de toutes sources sur l’utilisation d’armes chimiques, juger de leur crédibilité, et ensuite rédiger des rapports basés sur ces analyses à destination de l’OPCW.

Selon le rapport de l’OPCW, la cellule d’information a suivi les reportages médiatiques alléguant d’un incident chimique à Douma le 7 avril et a lancé une recherche de sources indépendantes pour établir la véracité des ces allégations. Les principales sources utilisées par la cellule d’information incluaient les médias, blogs et sites webs des différentes ONG, ce qui a amené la cellule à conclure à la véracité des informations et de l’attaque, et au Directeur Général à demander une investigation plus approfondie.

L’OPCW n’a pas fourni de détails sur la méthodologie utilisée par sa cellule d’information pour avérer les faits. En revanche, c’est un fait notoire que les informations venant de Douma étaient liées au groupe jihadiste Jaïsh-al-Islam, qui contrôlait la Douma au moment des faits. « L’association médiatique » de Jaïsh-al-Islam déclare que « les médias offrent un levier d’influence à travers lequel la pression sociale s’exerce », une citation qui aurait guidé l’analyse de toute information provenant de sources affiliées au groupe. Il faut rappeler que Jaïsh-al-Islam était sur le point d’être décimé par l’armée syrienne et qu’au lendemain des faits, le 8 avril, le mouvement signait un cessez-le-feu qui permettait l’évacuation de milliers de ses partisans et leurs familles de Douma.

Autre point important, les rapports médicaux publiés par l’ONG syrienne Syrian American Medical Association (SAMS). Le 8 avril, SAMS, en collaboration avec l’association syrienne Civil Defence – aussi connu sous le nom de White Helmets (Casques Blancs) –  a publié un communiqué de presse dans lequel elle cite que le 8 avril, plus de 500 personnes, principalement des femmes et des enfants, se sont présentées dans des centres médicaux locaux en présentant des signes d’exposition à un agent neurotoxique. Les patients souffraient de troubles respiratoires, de cyanose, de brûlure de la cornée et d’exposition à une odeur similaire à celle du chlore.

Le communiqué va plus loin en citant que « pendant les examens cliniques, le personnel médical a observé des cas de bradycardie, de respiration sifflante et grasse », ajoutant que « les symptômes présentés indiquent une exposition des victimes à des produits chimiques toxiques, probablement un élément organophosphaté ».

« Organophosphaté » est un mot à la mode utilisé pour désigner le gaz sarin. Le rapport SAMS est très clair sur le fait que les victimes ont été exposées au chlore. Le problème avec le rapport SAMS/White Helmets c’est que le gaz sarin et le chlore sont incompatibles, un fait connu des experts en guerre chimique et largement étayé dans un rapport de l’armée américaine. En d’autres mots, le chlore agit comme un catalyseur qui déclenche la décomposition de l’agent neurotoxique sarin, ce qui veut dire que si les deux produits sont utilisés en même temps ou mélangés, le gaz sarin se décomposerait rapidement.

Par ailleurs, la cellule d’information de l’OPCW n’a fait aucun effort pour chercher une explication alternative quant à ce qui aurait pu causer les victimes des vidéos.  Les renseignements français, se basant sur les mêmes sources utilisées par l’OPCW, ont, eux conclu que les symptômes observés dans ces vidéos étaient « caractéristiques d’une attaque chimique, plus particulièrement l’utilisation d’agents chimiques asphyxiants et organophosphatés ou d’acide hydrocyanique ».

Cette déclaration soulève deux points. Le premier est que les Français, ont eux aussi admis que le chlore et l’agent sarin avaient été utilisés ensemble, ce qui est impossible compte tenu de leur incompatibilité inhérente. Le deuxième est qu’ils soutiennent que les symptômes résultent d’une exposition à l’acide hydrocyanique présent dans l’eau. L’hydrogène cyanique n’est lié ni au chlore et à l’agent sarin, mais est communément associé à la fumée émanant d’incendies de bâtiments. Les témoins oculaires à Douma ont indiqué que l’attaque aérienne menée à ce moment avait provoqué des dizaines de victimes, dont beaucoup sont mortes asphyxiées dans les caves remplies de fumée due aux incendies causés par les bombardements.

Le fait que l’OPCW n’ait même pas pris en compte la possibilité que les incendies aient pu légitimement causer les souffrances des victimes, témoigne d’une myopie totale dans l’analyse de la situation de la Syrie et  de la véracité d’une attaque chimique dans ce pays.

Cette étroitesse d’esprit s’explique en grande partie par l’histoire de l’OPCW en Syrie, et ses liens solides sur le terrain avec les associations anti-gouvernementales telles que SAMS et les White Helmets. L’investigation menée par l’OPCW sur l’utilisation d’armes chimiques dans le village de Khan Shaykhun en avril 2017 révèle qu’elle a formé les membres de White Helmets aux procédures d’échantillonnage chimiques. Elle a aussi tissé des relations de travail avec SAMS et les White Helmets quant aux méthodes d’identification de potentielles victimes d’armes chimiques, et la collecte d’échantillons médicaux utilisés pour investiguer des cas d’utilisation prétendue d’armes chimiques.

Les conclusions analytiques basées sur la collecte initiale d’information par la cellule d’information de l’OPCW a influencé négativement la suite des événements. Le Département d’Etat a émis un communiqué le 8 avril déclarant que « les symptômes des victimes de Douma, tels que rapportés par les professionnels de santé et accessibles sur les réseaux sociaux, sont conformes à ceux provoqués par contact avec un agent asphyxiant ou neurotoxique »…(…)… Nikki Haley, l’Ambassadrice américaine à l’ONU, utilisant la même imagerie que l’OPCW, a fait un émouvant plaidoyer affirmant catégoriquement que des armes chimiques avaient été utilisées par le gouvernement syrien à Douma …(…)… Le ton mélodramatique de Halley a été repris par Donald Trump qui a twitté : « beaucoup de morts, y compris femmes et enfants, dans une attaque CHIMIQUE insensée ». Cinq jours après, les bombardements américains- français- britanniques commençaient.

Une telle manipulation des cercles diplomatiques et du renseignement américain ne surprend personne lorsqu’on connaît le passif des Etats-Unis quant à l’histoire des armes de destruction massive en Irak et de l’armement nucléaire iranien. Au bout du compte, cependant, la décision d’utiliser la force devrait être basée sur autre chose que des analyses basées sur des informations incomplètes et potentiellement trompeuses, mais devrait être guidée par la recherche de la vérité.

Dans le cas de Douma, la recherche de la « vérité » (c’est-à-dire la confirmation de l’utilisation effective d’agents chimiques) incombait à l’OPCW, et plus précisément aux inspecteurs de la mission indépendante chargée d’effectuer les inspections quant à l’éventuelle utilisation d’armes chimiques en Syrie. Les analyses émanant de cette cellule d’information, bien que faussées, ont conduit le Directeur général de l’OPCW à ouvrir une enquête sur  Douma. Au lieu de soutenir les efforts de l’OPCW, les Etats-Unis ont commencé à attaquer toute possible conclusion de cette dernière en martelant haut et fort que les gouvernements syrien et russe barraient la route aux inspecteurs afin de permettre aux preuves de leur culpabilité de s’évaporer. « Le régime  syrien et ses alliés refusent l’accès à Douma aux observateurs internationaux » a déclaré le Département d’Etat le 8 avril …(…)… Il est intéressant de noter que ces déclarations précèdent de 2 jours la requête initiale de l’OPCW d’envoyer des inspecteurs sur les lieux, une requête faite au même moment par la Syrie et la Russie, qui ont formellement invité l’OPCW à venir investiguer les allégations de Douma.

De plus, les rapports de l’OPCW mettent en évidence la totale coopération des gouvernements syrien et russe, qui ont fourni aux inspecteurs un accès sécurisé à Douma et que les délais avaient été causés par de légitimes considérations sécuritaires.

Il semblerait donc que la raison pour laquelle les Etats-Unis et ses alliés ont accusé la Syrie et la Russie de retarder la mission de l’OPCW était qu’ils suspectaient, bien que réfuté plusieurs fois, que les preuves d’une attaque à l’arme chimique ne pourraient se vérifier, les privant de toute justification pour leur opération militaire du 12 avril. Les Etats-Unis ont lancé une opération militaire en se fondant sur l’argument que la Syrie détenait de larges stocks de gaz sarin et qu’elle l’utilisait contre sa population. Et si l’on accepte au pied de la lettre  l’hypothèse que du gaz sarin a été employé à Douma, on accepte a fortiori comme légitime le besoin de détruire les unités de production de ce gaz, qui étaient visées par le bombardement. Mais si  l’hypothèse sous-jacente de l’utilisation de gaz sarin était réfutée, que doit-on penser alors de la qualité des renseignements et analyses faites pour justifier de l’action militaire américaine ? Les études menées par nos services de renseignements sur l’existence d’équipement capable de produire du gaz sarin précurseur reposaient-elles sur des sources indépendantes de celles de SAMS et White Helmets qui allèguent de l’utilisation de sarin ou étaient–elles teintées par ces conclusions erronées ?

Les renseignements américains sont actuellement utilisés pour soutenir des accusations d’Etat délictueux en Corée du Nord et en Iran et justifier de l’utilisation de la force armée si la situation dans ces deux pays venaient à se détériorer. Dans un monde où le tout le monde a encore à l’esprit le souvenir de l’épisode des armes de destructions massives irakiennes, on aurait pu espérer que les agents du renseignement cherchent à ne pas répéter les erreurs du passé, où les informations étaient présentées de manière à étayer une décision politique développée sans rapport avec les faits réels.

Au vu de ce que nous révèle le rapport de l’OPCW, la leçon a été ignorée ou oubliée. Il est essentiel qu’à l’avenir elle ne le soit pas, pour la simple raison qu’une guerre contre la Corée ou l’Iran aurait bien plus de conséquences qu’une simple frappe de missiles contre la Syrie.

Scott Ritter a dirigé l’équipe d’inspecteurs de l’UNSCOM chargée du désarmement de l’Irak. Il est notamment l’auteur de « Endgame » (1999),  « Guerre à l’Irak » (2002), et de « Les mensonges de George W. Bush » (2004).

Traduction: Z.E pour France-Irak Actualité

*Version originale : Information Clearing House / The American Conservative

Sur le même sujet, lire aussi :

Syrie : 800 Casques blancs évacués par Israël

Exfiltration des Casques Blancs : deux mensonges éhontés du gouvernement britannique

http://www.france-irak-actualite.com/2018/09/les-etats-unis-crient-de-nouveau-a-l-attaque-chimique-en-syrie.html

La « domestication » d’Israël par les Russes

La « domestication » d’Israël par les Russes

 

 10

 0  1

 11

La décision russe inattendue de fournir à la Syrie des systèmes de missiles sol-air S-300, et d’intégrer la défense aérienne syrienne au sein du commandement russe, tout cela nous appelle à mettre à jour, de toute urgence, nos points de vue. Apparemment, la Russie est capable d’apprendre et de répondre, d’une manière que nous n’avions pas anticipée. Car au lendemain de la frappe de l’Iliouchine-20, la réaction russe avait été faible. Les Russes avaient admis la version israélienne selon laquelle l’avion avait été touché par un missile S-200 syrien. Ils ont donné aux militaires israéliens une occasion d’offrir leur version des faits et de la défendre, tandis que Poutine parlait d’un « enchaînement tragique d’événements », et semblait disculper son partenaire israélien.

J’avoue que je m’attendais à ce que les Russes acceptent les explications israéliennes, et que l’affaire en reste là. C’était le point de vue des écrivains et blogueurs pro-Kremlin, et ils sont souvent bien au fait des sentiments des autorités russes. Ce ne sont pas des gens qui reçoivent leurs instructions directement du Kremlin, mais ils n’ont pas non plus une vision cohérente des intérêts russes, encore moins d’opinions personnelles ; habituellement, ils tentent de deviner ce que le Kremlin s’apprête à faire, et ils bâtissent une ligne argumentaire pour renchérir en ce sens. A les écouter, on peut se faire une idée de ce qui se prépare. Ils ont adopté une ligne plutôt pro-israélienne. Toute personne appelant à une riposte plus énergique, après la provocation israélienne, a été qualifiée « d’énergumène antisémite ». Ce n’est pas un marqueur aussi mortel qu’en Occident, mais ce n’en est pas pour autant un compliment. Certains écrivains pro-Kremlin ont condamné les Syriens, tout comme l’opposition libérale à Poutine. Julia Latynina, la chouchoute russe des libéraux occidentaux, la nemesis de Poutine, qui a reçu le prix de la défense de la liberté, et qui cumule des centaines de références dans le Guardian et le New York Times, a qualifié les Syriens de singes (les libéraux russes anti-Poutine sont racistes au-delà de toute limite imaginable, mais ils adorent les juifs).

Un écrivain en anglais, pro-Kremlin, a dit que c’était les Iraniens qu’il fallait condamner ; car ils pouvaient très bien être ceux qui avaient appuyé sur le bouton et détruit l’Il-20, avion de reconnaissance et de renseignement. Et que les Syriens étaient coupables à mort. Il ne s’est pas privé d’attaquer férocement les experts qui parlaient de la responsabilité israélienne et les a traités d’antisémites. Les  chefs de rédaction des médias russes semi officiels pensaient apparemment que  Poutine voulait passer aussi vite que possible sur cette regrettable affaire, et ils l’avaient rapidement retirée de leur ordre du jour. Au point que le lendemain, les media russes étaient pratiquement vierges de toute référence à la catastrophe : incroyable. Seuls les vieux durs à cuire de l’opposition grommelaient dans leurs journaux marginaux sur le net : « nous sommes perdus, Poutine obéit à ses oligarques. Le lobby juif à Moscou a gagné, Poutine se soucie plus de ses amis juifs que des soldats russes. » Mais c’était prématuré.

En Israël, les gens du ministère de la Défense se frottaient les mains et disaient: on a tout cassé, on casse tout, et on ne va pas se gêner pour continuer. Ils recommandaient à Poutine d’accuser la Syrie et d’entériner la version israélienne des faits. Les réseaux sociaux israéliens étaient en liesse. Mais c’était prématuré, là aussi.

Premier signe du ratage : les Russes refusèrent de recevoir une délégation israélienne de haut niveau à Moscou. Le Premier ministre Netanyahou et le ministre de la Défense Lieberman proposèrent de prendre en personne l’avion pour Moscou, mais ils furent rembarrés. Seule une délégation militaire conduite par le commandant de la force aérienne israélienne le Major Général Amikam Norkim fut autorisée à venir présenter sa version des faits. On la trouva peu convaincante. Le ministre russe de la Défense produisit des preuves solides : les Israéliens avaient bel et bien provoqué la chute de l’avion russe avec tout son équipage. Netanyahou demanda un entretien personnel avec Poutine par téléphone, mais il était injoignable.

Apparemment Poutine était furieux, personnellement, de l’attaque israélienne. Il est connu pour détester les trahisons. Il considérait Netanyahou presque comme un ami personnel, et la destruction de l’avion par son ancien ami lui faisait vraiment mal ; voilà ce que percevait son entourage au Kremlin. Il y a aussi des interprétations moins personnelles. Au même moment, le parti de Poutine Russie Unie, le parti au pouvoir, subissait des défaites humiliantes aux élections régionales. De 30% à 70% des candidats furent mis en minorité, et ce sont les coalitions de nationalistes et de communistes, vivement opposés à l’Occident, qui s’emparaient de ces trois districts. Dans les Forces armées, l’idée de passer l’attentat par pertes et profits était rejetée d’emblée. L’armée exigeait une réponse plus énergique.

Poutine est le plus pro-occidental de tous les présidents que la Russie puisse se donner ; son successeur sera probablement plus rigide face aux exigences occidentales, tandis que les éléments pro-occidentaux (dits « libéraux ») n’ont aucune chance d’arriver au pouvoir en Russie par les urnes. C’est la raison pour laquelle Poutine devait faire attention pour rester en phase avec sa base, comme tout chef d’Etat. Il ne voulait pas gâcher ses relations avec Israël, mais il fallait en finir avec la liberté d’action de l’aviation militaire israélienne. Il y eut une accalmie lorsque la catastrophe de l’avion abattu disparut complètement des media, tant russes qu’occidentaux. Le New York Times ne le mentionnait plus, ni les journaux russes. Et puis, sans prévenir, le ministre de la Défense russe M. Shoygu fit son annonce. La Russie répondait de façon adéquate, en interdisant le ciel au-dessus de la Syrie, ou du moins au-dessus de la Syrie occidentale, et en activant son puissant système de brouillage de GPS, au large des côtes syriennes. Israël a donc perdu son droit de  bombarder la Syrie à volonté.

Les Russes disent qu’il leur faudra deux semaines pour livrer, installer et rendre opérationnel le système. J’ai entendu dire que jusqu’à huit S-300 auraient déjà été livrés par des convois aériens massifs il y a quelques jours, avec des avions cargo atterrissant en Syrie à quelques minutes d’intervalle. Il faudra probablement bien encore deux semaines pour installer et activer le système.

En Israël, la réponse a été de deux types. Les têtes brûlées disaient que  les S-300 ne dérangent pas Israël ; ils savent comment les gérer, et si nécessaire, les commandos israéliens viendront et saboteront le système juste à temps pour déclencher une attaque aérienne massive par les bombardiers israéliens. Les gens sensés ont dit qu’Israël devrait veiller à raccommoder ses relations avec les militaires russes. Les Russes avaient largement acquiescé à tout ce que les Israéliens leur  demandaient, y compris quant au retrait des forces iraniennes loin des frontières israéliennes (qui sont plus exactement des lignes d’armistice). Une enquête sérieuse pourra dévoiler les erreurs qui se sont produites et convaincre les Russes que cela n’arrivera plus à l’avenir, disent-ils.

On avait l’impression que Netanyahou tentait de minimiser le refroidissement avec les Russes. Après sa rencontre avec le président Trump à New York, il disait qu’il était arrivé avec des requêtes spécifiques et qu’il avait « obtenu de lui [Trump] tout ce qu’il voulait ». « Notre but est de préserver le lien avec la Russie, et de l’autre côté de défendre la sécurité d’Israël contre ces menaces ». Ainsi donc, pour le meilleur ou pour le pire, Israël ne va pas rompre les relations avec la Russie, et la Russie n’ira pas plus loin, tout en barrant le ciel syrien aux raids israéliens. Si les dirigeants israéliens cessent d’intervenir en Syrie, les choses peuvent se tasser. Autrement, les résultats seront tout à fait imprévisibles.

En Israël, il n’y a pas grand monde au sommet, en dehors de Netanyahou et de Lieberman, qui tienne au maintien des relations avec la Russie. Pour les Israéliens, Poutine n’est que l’un des nombreux dirigeants insipides, d’Idi Samin jusqu’à Orban, avec lesquels il faut bien traiter. La Russie n’est pas populaire parmi les Israéliens ordinaires, qui préfèrent l’Amérique ou l’Allemagne. Bien des Israéliens seraient ravis de briser ce lien. Dès que la décision russe a été annoncée, Haaretz s’est  exprimé clairement : « ces dernières années, la Russie a été surprise à mentir ou à répandre de la désinformation sur son rôle dans nombre d’incidents, les plus récents étant son interférence dans les élections présidentielles aux Etats-Unis, l’empoisonnement de l’ex-agent russe Seguei Skripal et de sa fille en Grande Bretagne, et l’invasion de la Crimée en Ukraine orientale. On a du mal à croire qu’en dehors de la Syrie et de l’Iran quelqu’un puisse adopter la version russe sur les évènements de la semaine dernière ». Ce n’est pas en ces termes qu’on évoque un partenaire, en général.

Les Israéliens plus portés au complotisme ont opiné que derrière l’attentat contre l’II-20, il y avait un complot de l’Armée de l’air contre Netanyahou et Lieberman, qui sont impopulaires parmi les officiers de haut rang. D’autres disent que c’était un complot des Services secrets américains pour saboter la connexion russo-israélienne.

Car autrement, pourquoi est-ce que les Israéliens l’auraient fait ? Avaient-ils été juste brutaux et brouillons, selon leurs habitudes ? Il n’en ont rien à faire des Russes, et les considèrent comme une vulgaire race inférieure, dont la vie n’a guère d’importance. C’est une lecture possible, tout à fait cohérente avec leur attitude générale envers les étrangers considérés comme enfants d’un dieu subalterne.  D’un autre côté, il est possible que tout le raid israélien ait été pensé pour couler l’avion de reconnaissance, et priver les Russes de leurs données de renseignement en temps réel. En 1967, les Israéliens avaient bombardé et coulé l’USS Liberty, un navire d’espionnage électronique, l’équivalent de l’Iliouchine-20 à l’époque, parce qu’ils ne voulaient pas d’yeux ni d’oreilles étrangères dans la région. Mais alors, on était en pleine escalade guerrière entre Israël et l’Egypte, et l’USS Liberty avait été attaqué juste avant l’invasion des hauteurs du Golan syrien, programmée par Israël.

Se pourrait-il que les Israéliens se soient attendus à une attaque de la part de la France, de l’Angleterre et des US sur la Syrie cette nuit-là, une attaque qui ne s’est pas concrétisée grâce à  l’accord turco-russe sur Idlib ? Il y avait un avion britannique et une frégate française dans le voisinage, et un grand déballage de navires américains.

L’accord sur Ilib est un évènement très important, même si l’affaire de l’II-20 l’a aussitôt chassé de notre mémoire collective. Poutine et Erdogan sont parvenus à un compromis viable, ce qui évitera des hostilités, inévitables sur une grande échelle. Les Casques blancs avaient déjà préparé un film avec mise en scène d’une attaque chimique sur des enfants syriens, mais l’accord rendait l’attaque improbable, pour commencer. Il se pourrait que l’assaut de la coalition américaine ait été reporté au dernier moment, une fois que l’avion russe avait été abattu.

Quoi qu’il en soit, tout est bien qui finit bien. La décision russe de créer dans les faits une zone d’exclusion aérienne est une excellente décision, bonne pour tous. C’est bon pour les Russes, parce qu’ils ont découvert que leur commandant en chef était capable de prendre des décisions fortes. C’est bon pour la Syrie, parce qu’elle va avoir à subir moins de bombardements israéliens. Et c’est excellent pour Israël, car il fallait faire comprendre à ce sale gosse, à cet enfant gâté, le chouchou de l’Amérique, qu’il est interdit d’embêter les enfants d’à côté. Le système automatique de défense par les missiles va faire planer un danger de fessée. On a expliqué au gosse qu’il n’a pas le droit de flinguer les voisins. Avec son agressivité excessive multipliée par l’impunité, Israël a reçu une bonne claque, comme cela peut arriver à n’importe qui. Bloqué de la sorte, Israël peut encore devenir un mensch, un « homme bon » ; et pour lui avoir donné cette chance, merci la Russie. Est-ce que Tel Aviv saura saisir cette occasion ? Les US vont essayer de déjouer la domestication russe d’Israël. John Bolton et Mike Pompeo ont d’ores et déjà déclaré que personne ne peut interférer avec le droit divin d’Israël de bombarder librement la Syrie. Le lobby israélien en Amérique sera-t-il capable de neutraliser la décision russe et d’ébranler à nouveau l’âme israélienne ? Vont-ils convaincre Poutine de reporter sa décision comme en avril, et déjà quelques années plus tôt aussi ? Je ne le pense pas. Nous pouvons féliciter la direction russe pour sa décision cohérente, équilibrée et justifiée, qui pourra déjà calmer la furie juive.

Israel Shamir

Article original en anglais:

Russia and the Taming of the Israelis

Cet article a été publié initialement par The Unz Review.

Traduction: Maria Poumier pour La Plume et l’Enclume

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

Le Pentagone pourrait retirer ses forces d’occupation en Syrie

Le Pentagone pourrait retirer ses forces d’occupation en Syrie

+

Suite à l’attaque britannico-franco-israélienne du 18 septembre 2018 qui a coûté la vie à 15 soldats russes, un accord est intervenu entre Moscou et Washington pour retirer les troupes d’occupation (France, Turquie, USA) de Syrie, éliminer les jihadistes, et mettre fin à la guerre.

L’ambassadeur des États-Unis pour la Syrie, James Jeffrey, a indiqué que la décision du président Trump de maintenir une présence militaire en Syrie n’est pas incompatible avec le retrait des troupes d’occupation US exigé par la Syrie [1].

Explication : des supplétifs arabes ou kurdes et l’aviation US pourraient poursuivre le travail actuel des troupes US.

Les États-Unis cesseraient d’agir en Syrie lorsque :
- L’Iran et les forces qui lui sont associées, dont le Hezbollah, auront quitté le pays ;
- Daesh aura été définitivement vaincu ;
- Le processus de règlement politique aura été enclenché par les Nations unies.

Or, actuellement, le Hezbollah entretient des relations complexes avec l’Iran. Certains experts estiment que les sanctions US contre la résistance libanaise sont en réalité destinées à la pousser dans les bras de Téhéran dont elle a tendance à s’éloigner.

L’intervention US en Syrie serait aujourd’hui uniquement déterminée par la volonté d’être associé à l’avenir du pays plutôt que de laisser le champ libre à la seule Russie.

Londres, Paris et Tel-Aviv seront-ils sanctionnés par Moscou et Washington ?

Londres, Paris et Tel-Aviv seront-ils sanctionnés par Moscou et Washington ?

L’affrontement qui vient d’avoir lieu à Lattaquié peut déboucher sur une redistribution complète des cartes dans le monde. Pour deux raisons, dont la seconde est cachée au public occidental. Premièrement, elle a coûté la vie à 15 soldats russes ; deuxièmement, elle implique non seulement Israël, mais aussi le Royaume-Uni et la France. Il s’agit de la crise potentiellement la plus dangereuse depuis plus de 60 ans. La question qui se pose maintenant est de savoir si le président Trump, en pleine campagne électorale législative, est en mesure de soutenir son homologue russe, de sorte que les États-Unis et la Russie sanctionnent les puissances coloniales comme ils le firent ensemble en 1956, lors de la crise de Suez.

| Damas (Syrie)

+
JPEG - 47.4 ko
Le chef d’état major de l’armée de l’Air israélienne, le général Amikam Norkin, arrive en urgence à Moscou, le 20 septembre 2018, pour présenter sa version des événements. Une fois ses preuves vérifiées et confrontées aux autres enregistrements, il s’avérera qu’Israël ment avec aplomb.

Le 17 septembre 2018, la France, Israël et le Royaume-Uni ont mené une opération commune sur des cibles syriennes. Au cours des brefs combats, un avion de reconnaissance russe a été abattu par un tir ami syrien. L’étude des enregistrements atteste qu’un F-16 israélien s’était caché derrière l’Iliouchine Il-20 pour induire en erreur la défense syrienne.

La destruction d’un avion militaire russe par la faute d’Israël lors d’une opération commune britannico-franco-israélienne a provoqué la stupeur dans toutes les chancelleries. S’il y avait une ligne rouge depuis le début du conflit autour de la Syrie, il y a sept ans, c’est que jamais les différents protagonistes ne mettaient en danger les forces russes, états-uniennes ou israéliennes.

On sait très peu de choses avec certitude sur ce qui s’est passé, sinon que :
- un Tornado britannique a décollé de Chypre pour se rendre en Iraq. Lors de son voyage, il a violé l’espace aérien syrien afin de scanner les défenses syriennes et de rendre l’attaque alliée possible.
- moins d’une heure après, quatre F-16 israéliens et une frégate française, L’Auvergne, ont tiré sur des cibles en Syrie dans le gouvernorat de Lattaquié. La défense anti-aérienne syrienne a protégé son pays en tirant des contre-missiles S-200 sur les missiles français et israéliens.
- au cours de la bataille, un F-16 a utilisé comme bouclier un Iliouchine Il-20 russe qui menait une mission de surveillance de la zone et de localisation des lieux de lancement des drones jihadistes. La défense syrienne a tiré un missile en visant la signature thermique de l’avion israélien. Elle aurait donc pu théoriquement détruire l’avion russe par erreur.

C’est cependant rocambolesque car les missiles S-200 sont munis d’un système de reconnaissance des cibles amies ou ennemies, ce que le ministère russe de la Défense a successivement confirmé, puis démenti. Quoi qu’il en soit, l’Iliouchine a pourtant été détruit sans que l’on sache avec certitude par qui et comment.

La lâcheté des dirigeants britanniques et français les a conduits à censurer toute information sur leur responsabilité dans cette opération. Londres n’a livré aucun commentaire et Paris a nié les faits. Ni la BBC, ni France-Télévision n’ont osé évoquer le sujet. Pour ces deux pays, plus que jamais, la réalité de la politique extérieure est exclue du débat démocratique.

Interprétation immédiate des évènements

Nous ne savons pas si la destruction de l’avion russe, impliquant la mort des 15 hommes à son bord, est imputable au pilote israélien —ce qui parait très improbable—, à l’armée israélienne ou à l’alliance qui a mené cette attaque.

De la réponse à cette question dépend un possible conflit entre quatre puissances nucléaires. Cette situation est donc d’une extrême gravité. Elle n’a pas de précédent depuis la création de la Fédération de Russie, fin 1991.

L’agression britannico-franco-israélienne est la réponse de ces trois pays à l’accord russo-turc signé à Sotchi quelques heures plus tôt. Elle intervient après le refus états-unien début septembre de bombarder la Syrie sous un faux prétexte et l’envoi d’une délégation US dans le monde arabe pour se désolidariser des initiatives britannico-françaises [1].

Les accords de Sotchi ont été signés par la Turquie sous une forte pression de la Russie. Le président Recep Tayyip Erdoğan avait refusé de signer à Téhéran le Memorandum sur le repli des forces jihadistes et turques d’Idleb, le président Vladimir Poutine lui avait sèchement répondu. D’une part en réaffirmant la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie [2] et, d’autre part, en soulignant pour la première fois l’illégitimité en droit international de la présence militaire turque dans ce pays. Très inquiet, Erdoğan avait accepté une invitation en Russie dix jours plus tard.

L’accord de Sotchi, tout en éloignant un peu plus la Turquie de l’Otan avec des contrats énergétiques russes, contraignait de facto Ankara à se retirer d’une partie du territoire qu’il occupe, prétendument pour mieux protéger les pseudo-« rebelles » rassemblés dans le gouvernorat d’idleb [3]. En outre, la Turquie ne dispose que d’un mois pour confisquer l’armement lourd de ses amis d’Al-Qaïda et de Daesh dans la zone démilitarisée [4].

Cet accord était évidemment inacceptable pour Londres, Paris et Tel-Aviv :
- à terme, il prévoit la fin des jihadistes en tant qu’armée, alors que Londres les encadre, les structure et les manipule depuis des décennies [5] ;
- la fin du rêve d’un mandat français sur la Syrie et de la création d’une nouvelle colonie française au Nord de ce pays, sous le nom mensonger de « Kurdistan » (le Kurdistan n’est légitime que dans les frontières qui lui ont été reconnues par la Conférence de Sèvres, en 1920. C’est-à-dire non pas en Iran, ni Iraq ou en Syrie, mais uniquement dans l’actuelle Turquie [6]).
- la fin de la domination régionale d’Israël face à une Syrie stable sous protection russe.

Interprétation à moyen terme des évènements

L’alliance militaire britannico-franco-israélienne n’était pas entrée en action depuis la crise du Canal de Suez, en 1956. À cette époque, Anthony Eden, Guy Mollet et David Ben Gourion avaient engagé conjointement leurs forces pour humilier les nationalistes arabes, particulièrement l’Égyptien Gamal Abdel Nasser, et rétablir les empires coloniaux anglais et français (« Opération Mousquetaire »).

C’est très exactement ce qui s’est passé avec cette nouvelle attaque : comme l’a confirmé le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, aucune des cibles visées n’était liée de près ou de loin à l’Iran ou au Hezbollah. Cette action britannico-franco-israélienne n’avait aucun rapport avec la lutte internationale contre les jihadistes en général et Daesh en particulier. Elle n’avait pas plus de rapport avec le renversement de la République arabe syrienne ou de son président, Bachar el-Assad. Son objectif principal était de tuer des scientifiques militaires, notamment les spécialistes des roquettes de l’Institut des industries techniques de Lattaquié.

Il s’agit donc de la reprise et de la continuation de la politique d’assassinats ciblés conduite par Israël depuis une vingtaine d’années, successivement contre les scientifiques iraquiens, iraniens et désormais syriens. C’est un des piliers de la politique coloniale : empêcher les peuples soumis d’atteindre le même niveau d’éducation que leurs maîtres. Jadis, les Occidentaux interdisaient à leurs esclaves d’apprendre à lire sous peine de mort. Aujourd’hui, ils éliminent leurs scientifiques. Cette politique avait été relancée avec le bombardement britannico-franco-US (14 avril 2018) dont la seule cible détruite fut le centre de recherche scientifique de Barzeh [7], puis avec la rupture de l’accord 5+1 avec l’Iran (JCPoA) qui a contraint ce pays à fermer ses facultés de physique nucléaire (8 mai 2018).

C’est une répartition des tâches : les jihadistes détruisent le passé, les Occidentaux l’avenir.

Interprétation des évènements sur la longue durée

Depuis le déploiement des troupes russes en Syrie, le 13 septembre 2015, pour aider ce pays à lutter contre les terroristes, les alliés des États-Unis ont compris l’impossibilité de mener à bien le plan US sans risquer de guerre mondiale. Avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, ils ont progressivement remis en question leurs objectifs de guerre, ont abandonné ceux des « Amis de la Syrie » et se sont repliés sur leurs stratégies historiques respectives [8].

C’est cette logique qui les a conduits à reformer l’alliance qui provoqua la crise de Suez. Et c’est également cette logique qui a poussé l’Allemagne à prendre ses distances avec eux.

Au début de la Première Guerre mondiale, les empires anglais, français et russe avaient décidé du partage du monde qu’ils réaliseraient le jour de leur victoire. Il fut négocié par Mark Sykes, Georges Picot et Sergueï Sazonov. Durant la Guerre mondiale, le Tsar fut renversé par les Bolcheviks, de sorte que les parties du monde réservées par l’empire russe furent remises en jeu. En définitive, à la fin de la Guerre mondiale, seule la partie du plan relative au Moyen-Orient fut appliquée sous le nom d’accords « Sykes-Picot ».

Le retour de la Russie dans le jeu international remet donc en cause le partage colonial britannico-français du Moyen-Orient. Le clash prévisible vient de surgir, accidentellement ou volontairement, avec la destruction de l’Iliouchine Il-20 lors de l’opération militaire conjointe britannico-franco-israélienne.

Comment réagir

La stupeur de la communauté internationale devant le surgissement brutal d’un conflit vieux d’un siècle se mesure au silence du twitter de la Maison-Blanche.

Durant la crise de Suez, les troupes israéliennes engagées étaient deux fois plus nombreuses que l’ensemble des troupes britanniques et françaises. Le total des forces coalisées atteignait 250 000 hommes. Il s’agissait donc d’une opération de très grande ampleur par rapport à celle de Lattaquié. Il n’en reste pas moins que les deux séquences répondent à la même logique diplomatique et sont susceptibles de donner lieu aux mêmes développements.

Lors de la crise de Suez, en pleine Guerre froide, l’Union soviétique avait menacé le Royaume-Uni, la France et Israël de riposte nucléaire s’ils ne se retiraient pas d’Égypte. L’Otan avait dans un premier temps soutenu les Européens menaçant Moscou de Guerre mondiale, avant de se raviser. En pleine Guerre froide, les États-Unis soutinrent provisoirement l’URSS pour stopper la folie européenne.

Pour Washington, laisser faire les Européens aurait signifié jeter l’ensemble des pays arabes dans les bras des Soviétiques. En outre, il n’était pas tenable d’accepter l’intervention franco-britannique au moment où ils dénonçaient la répression de la révolution hongroise par le Pacte de Varsovie.

Le président Dwight D. Eisenhower et le vice-président Richard Nixon lancèrent une attaque monétaire contre la livre sterling, envoyèrent leurs forces navales et aériennes interférer dans le dispositif britannico-franco-israélien et interdirent l’usage des matériels militaires français financés par des fonds US.

La paix internationale fut préservée grâce à quelques personnalités tierces comme le secrétaire général de l’Onu, Dag Hammarskjöld (qui fut assassiné trois ans plus tard et obtint le prix Nobel de la Paix à titre posthume), le ministre canadien des Affaires étrangères Lester B. Pearson (qui obtint lui aussi le Prix Nobel de la paix) et le leader des non-alignés et Premier ministre indien, Jawaharlal Nehru.

La crise de Suez a profondément réorganisé non seulement la vie politique internationale mais aussi nationale pour le Royaume-Uni, la France et Israël.
- Contournant les vétos des Ouest-Européens au Conseil de sécurité, l’Assemblée générale de l’Onu enjoignit le retrait des envahisseurs et créa la première force d’interposition des Nations Unies.
- Au Royaume-Uni, la Chambre des Communes exigea la fin de la politique coloniale au profit de la promotion des intérêts économiques de Londres via le Commonwealth.
- En France, les communistes, les gaullistes et les poujadistes (dont Jean-Marie Le Pen) s’unirent contre les centristes et les socialistes ; une configuration que l’on n’a jamais retrouvée depuis. Six ans plus tard, le président De Gaulle considéra qu’en reconnaissant l’indépendance de l’Algérie, il mettait un terme à la collaboration militaire avec l’État colonial d’Israël et reprenait la politique d’amitié et de collaboration avec les peuples arabes qui avait toujours caractérisé la France, hormis la parenthèse coloniale [9].

La position des Occidentaux sur l’agression de Lattaquié est d’autant plus difficile que, violant leur accord de 2015 avec la Russie, les Israéliens n’ont informé Moscou de leur opération que longtemps après qu’elle a débuté, une minute seulement avant de procéder à leurs tirs. Ils n’ont donné de détails qu’au cours de la bataille. En outre, ils ont menti sur leurs cibles, indiquant volontairement des lieux très éloignés de la vérité. Le Pentagone de son côté, affirme ne pas en avoir été informé du tout. Or, rappelons que l’accord de non-agression mutuelle israélo-russe en Syrie n’existe que parce qu’Israël est l’arsenal US au Moyen-Orient, abritant (avec l’Italie) les principaux stocks de munition états-uniens pour l’ensemble de la région. Si Israël n’a pas prévenu à l’avance le Pentagone de son action, il ne peut bénéficier de la protection US et par conséquent le pacte de non-agression mutuelle peut être remis en question par la Russie.

La réponse russe dépend de la position de la Maison-Blanche que nous ignorons pour le moment. Elle doit être guidée à la fois par la volonté de faire baisser la tension, si c’est possible, et de maintenir sa dissuasion en punissant le ou les coupables que le Kremlin aura désignés. Il n’est pas nécessaire que la Russie rende cette sanction publique pourvu que les chancelleries concernées en soient informées.

La réponse russe

La Russie avait le choix de ne voir dans la destruction de son avion qu’une faute d’un pilote israélien, ou de l’armée israélienne, ou encore des trois États impliqués (Royaume-Uni, France et Israël). Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a téléphoné à son homologue israélien, Avigdor Lieberman. Il l’a informé qu’il tient Israël pour responsable de l’accident et se réserve le droit de riposter. Un peu plus tard, le président Poutine a déclaré : « Il s’agit d’une série d’événements tragiques, car notre avion n’a pas été abattu par un appareil israélien ». Il a tenu à distinguer cette situation de celle de la destruction du Sukhoï 24-M abattu volontairement par la chasse turque, en novembre 2015.

Le chargé d’affaire israélien à Moscou, Keren Cohen Gat, a été convoqué au ministère des Affaires étrangères. Tandis que, de manière réflexe, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, tentait de rejeter la responsabilité de l’accident sur l’Iran. Une délégation israélienne, conduite par le chef d’état major de son armée de l’Air, le général Amikam Norkin, s’est alors précipitée à Moscou avec une célérité sans précédent. Il a contesté les affirmations du ministère russe de la Défense, affirmé qu’Israël est innocent et que toute la faute revient à l’incurie des Syriens.

Le président Donald Trump, grand admirateur de la politique étrangère de Richard Nixon, tient là l’occasion d’en finir avec le soutien britannico-franco-israélien à l’État profond US. Cependant, il ne peut donner l’impression, en pleine campagne électorale législative, de soutenir le rival russe et de taper sur les alliés. Il cherche donc un moyen de présenter à son opinion publique intérieure ce grand revirement. Dans cette perspective, il a condamné lors d’une interview à Hill TV, l’engagement US au Moyen-Orient élargi décidé par son prédécesseur George Bush Jr après les attentats du 11 septembre 2001.

Le 23 septembre, le porte-parole du ministère russe de la Défense, le général Igor Konashenkov, a présenté la synthèse des renseignements russes et des informations transmises par la Syrie et Israël.
- Il a accusé l’État hébreu d’avoir délibérément violé l’accord de non-agression mutuelle de 2015 en ne prévenant pas à l’avance la Russie de son attaque et en mentant sur ses cibles.
- Il l’a accusé d’avoir mis en danger les vols civils présents dans cette zone de Méditerranée, et d’être responsable de la destruction de l’Iliouchine Il-20.
- Il a dénoncé sa non-assistance aux soldats russes lorsque leur avion décrochait.
- Il a également accusé le général Amikam Norkin d’avoir menti en prétendant que les jets israéliens étaient déjà rentrés en Israël lorsque l’avion russe est tombé.
- Il a enfin écarté les accusations d’amateurisme portées à l’encontre de la défense syrienne.

Il s’est par contre abstenu de mettre en cause publiquement le Royaume-Uni et la France pourtant eux aussi concernés par ses remarques contre Israël.

Dans le cas où la Maison-Blanche trouverait une narration acceptable des faits pour ses électeurs, la Russie pourrait interdire au Royaume-Uni, à la France et à Israël toute intrusion dans l’espace maritime, terrestre et aérien de la Syrie sans autorisation de Damas. Londres et Paris devraient cesser leurs menaces de bombardement sous quelque prétexte que ce soit (les fausses armes chimiques) et retirer leurs forces spéciales. Cette mesure serait édictée pour tout protagoniste, en général, sauf pour les États-Unis et à Idleb pour la Turquie.

[1] « Qui veut relancer la guerre en Syrie ? », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 4 septembre 2018.

[2] « Déclaration de l’Iran, de la Russie et de la Turquie sur la Syrie », Horizons et débats (Suisse) , Réseau Voltaire, 7 septembre 2018.

[3] « La bataille d’Idleb est repoussée », Réseau Voltaire, 18 septembre 2018.

[4] « Mémorandum de stabilisation de la situation dans la zone de désescalade d’Idleb », Réseau Voltaire, 17 septembre 2018.

[5] Voir la seconde partie de Sous nos yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump, Thierry Meyssan, Demi-Lune, 2017.

[6] « Les projets de Kurdistan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 septembre 2016.

[7] « Le fiasco du bombardement de la Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 24 avril 2018.

[8] « Sortir de la guerre contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 11 septembre 2018.

[9] « Conférence de presse de Charles De Gaulle, extrait relatif à Israël », Réseau Voltaire, 27 novembre 1967.

http://www.voltairenet.org/article203057.html