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Les rebelles d’Idlib, utiles à Ankara ?

Les rebelles d’Idlib, utiles à Ankara ?

Alors que des accords entre parrains régionaux avaient permis l’arrêt des hostilités, les affrontements ont repris dans la province d’Idlib en Syrie. Les violences opposent membres des forces rebelles et troupes du régime syrien alliées aux milices chiites et aux forces russes depuis fin avril. Pour quelle raison la région est-elle sujette à des conflits ? Quel est le rôle d’Ankara dans ce dossier ?

Qui sont les rebelles ?

Composition des groupes rebelles de la poche d'Idlib Source : ISW News
Composition rebelle de la poche d’Idlib
Source : Islamic World News, “Military Map of Militant Groups in Northwest of Syria, 10 January 2019 ; Engagement Halt in Southwest of Idlib”, ISW News – https://twitter.com/A7_Mirza/status/1083454864204668930?s=19

Le mot « rebelle » regroupe une myriade de groupes de combattants qui se sont soulevés contre le régime de Bachar el-Assad à partir du début de la contestation en 2011. Ceux-ci se sont regroupés majoritairement au sein de l’Armée Syrienne Libre (ASL) ou alors ont rejoint le front Al-Nosra, filiale d’Al-Qaïda en Syrie. Il est cependant important de ne pas confondre Armée Syrienne Libre et Forces Démocratiques Syriennes (FDS). Alors que les rebelles de l’ASL ont pour objectif un changement de régime en Syrie, il n’en est pas forcément de même pour les FDS. Celles-ci regroupent les Kurdes du Kurdistan syrien ainsi que différents groupes arabes musulmans ou chrétiens assyriaques. Leur coalition a pour objectif premier de combattre l’organisation État Islamique au nord et nord-est du pays.

Les rebelles ont donc une portée nationale qui n’est pas forcément ambitionnée par les Forces Démocratiques Syriennes. Cela n’empêche en revanche pas les combattants de l’ASL ou les « rebelles » djihadistes de s’opposer militairement à Daesh.

Qui est présent au sein de la province d’Idlib ?

Actuellement, deux groupes majoritaires sont présents. Il y a d’abord une coalition salafiste djihadiste regroupant différents groupes mais majoritairement composée d’anciens combattants du Front Al-Nosra. Depuis 2017, une rupture avec Al-Qaïda a été décidée. Le but est de donner une image moins extrémiste de la coalition afin d’essayer de fédérer des rebelles autour de djihadistes nationalistes. Cette entente porte le nom d’Hayat Tarir al Sham.  L’ancien émir du Front Al-Nosra, Al-Joulani, la dirige. Tarir al Sham contrôle actuellement environ 60% de la province.

Le second groupe se compose de rebelles de l’Armée Syrienne Libre rassemblés autour de financements turcs, à tendance islamiste. Ses membres sont d’anciens militaires de l’armée syrienne, des nationalistes pro-turcs, ou des islamistes liés à l’idéologie des Frères Musulmans. Exsangues après des années de conflits, ils se sont regroupés autour du financement et du soutien d’Ankara. Ils sont membres d’une organisation : le Front de Libération Nationale (FLN).

Il y a également une présence de groupes rebelles, qu’ils soient djihadistes ou autre, non-membres de ces deux brigades de combat. C’est le cas de Jaysh al-Izza, groupe rebelle lié à l’Armée Syrienne Libre ou encore du front du Parti Islamique du Turkestan, groupe lié à Al-Qaïda.

Pourquoi la Turquie appelle-t-elle à l’arrêt des combats ?

Ankara a de multiples intérêts à ne pas voir cette province prise par les forces syriennes. Tout d’abord, la Turquie accueille environ 3,5 millions de réfugiés syriens et ne souhaite pas un nouvel afflux limitrophe de ses frontières. La province d’Idlib est en effet peuplée de 3 millions de personnes et les victimes civiles des combats sont nombreuses. Une deuxième raison est qu’en devenant incontournable sur le dossier, Ankara espère démontrer sa stature de puissance régionale. Le pays a ainsi un véritable atout géopolitique et peut donc prendre une place de choix dans le concert des nations. De plus, cette poche permet de stopper une avancée vers l’Ouest de l’influence des FDS. Le président Erdogan peut ainsi espérer stopper un élargissement du territoire pro-Kurde à ses frontières. Et si Bachar el-Assad souhaite une coopération de son homologue turc, il devra sans doute apporter des garanties sur l’autonomie kurde en Syrie.

Des accords semblaient geler la situation avant la reprise des combats

Deux sommets avaient en effet permis de stopper les combats. Le premier, celui d’Astana en 2017, permettait de créer des zones de désescalades de la violence sur le territoire syrien. Cela concerne la province d’Idlib. L’objectif était donc de créer des zones tampons occupées par les rebelles et coupées du reste du territoire par des postes de surveillance des trois parrains régionaux.

Le second, celui de Sotchi, était un accord entre Turcs et Russes. Il permettait  la création d’une zone démilitarisée pour les patrouilles russes ou turques le long de la zone de conflit. La Turquie se portait garante du désarmement des rebelles et était également en charge de réduire au silence la coalition HTS. L’augmentation de l’influence du groupe salafiste djihadiste et l’assaut conjoint HTS et FLN contre des positions du régime laissent penser que la Turquie manque de contrôle sur les milices.

Cette position politique fragilisée d’Ankara semble être en définitive une mauvaise nouvelle. Les combats ont repris et HTS est capable de guider les assauts rebelles. Pire, les forces d’Al-Joulani ont repris du terrain. La situation semble de nouveau bloquée et Bachar el-Assad ne peut prendre le risque d’engager trop ses troupes au risque de pertes trop importantes. De plus la région n’est pas stratégique d’un point de vue économique. Les champs de pétrole du Nord-Est syrien sont en effet beaucoup plus précieux. Ce dilemme forcera sans doute Damas et ses parrains à négocier à l’avantage d’Ankara. Idlib pacifiée ? Seulement aux conditions turques.

Sources :

-“Syrie : rebelles et jihadistes passent à l’offensive à Hama”, France 24, 7 juin 2019 (https://www.youtube.com/watch?v=5ipMAiNYp7U)

-“L’instrumentalisation du conflit syrien, une réalité qui perdure”, Institut des Relations Internationales et Stratégiques, 7 juin 2019, (https://www.iris-france.org/137937-linstrumentalisation-du-conflit-syrien-une-realite-qui-perdure/)

Islamic World News (http://www.english.iswnews.com)

About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant en Master II de Grenoble Ecole de Management. Il s’intéresse particulièrement aux questions de Défense et de gestion de crise dans les relations internationales.
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Tribunal international pour Daesh : surtout ne pas dévoiler les faits

Tribunal international pour Daesh : surtout ne pas dévoiler les faits

  

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Un douzaine de pays ont envoyé des hauts-fonctionnaires à Stockholm pour une réunion le 3 juin 2019. Sous la présidence du ministre suédois de l’Intérieur, Mikael Damberg (photo), ils ont évalué la possibilité de créer un tribunal international pour juger les crimes de Daesh.

Depuis plusieurs semaines, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont manifesté leur intérêt pour une formule inspirée du Tribunal spécial pour le Rwanda.

De très nombreux problèmes ont été soulevés :
- Opportunité : Juger les seuls crimes de Daesh serait valider les autres crimes commis au Levant.
- Faisabilité : La création d’un tel tribunal international suppose l’accord de l’Iraq et de la Syrie. Or, la constitution irakienne l’interdit et la Syrie —que de nombreux participants ne reconnaissent pas— s’estime capable de juger les crimes commis sur son territoire —et y procède elle-même—.
- Coût : Un tribunal international reviendrait au minimum plusieurs centaines de millions de dollars. À titre d’exemple, l’Iraq réclame 2 milliards de dollars à la communauté internationale pour juger les jihadistes qu’il détient.
- Limitation de compétence : Au moins 17 États —dont plusieurs participaient à la réunion— ont armé Daesh, tandis que d’autres l’ont laissé commettre des crimes (comme le génocide des kurdes yazidis) alors que leur armée était présente sur place.

Selon un participant à cette réunion, des États qui participaient à cette réunion entendent faire durer les concertations préalables et ne jamais aboutir.

Les inénarrables difficultés sont déjà visibles à propos du rapatriement des enfants des jihadistes européens. La Suède et la Norvège sont parvenues à un accord avec le Rojava, État kurde qu’elles ne reconnaissent pas. Tandis que deux autres États traitent directement et en secret avec Damas qu’ils accusent pourtant publiquement de toutes sortes de crimes. Tous les autres États ont abandonné les enfants de leurs ressortissants.

Sur la réalité de Daesh, lire : Sous nos yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump, Thierry Meyssan, Demi-Lune (2017).

https://www.voltairenet.org/article206669.html

Le chemin vers les guerres modernes

Le chemin vers les guerres modernes

Le président Trump mène une politique combinant menace militaire et guerre économique, et son objectif est de restaurer l’hégémonie américaine, en particulier face à la montée de la concurrence : la Chine. Pékin a acquis des connaissances technologiques et a commencé à s’étendre au-delà de ses frontières, ayant un accès plus facile à l’Asie centrale et au Pacifique que les Américains. En 2015, lorsque Trump s’est présenté aux élections, nous avons écrit :

​“​“La rhétorique de guerre de Trump est très populaire auprès de son public et va bien au-delà de la déclaration d’Obama sur l’exceptionnalisme américain. Au New Hampshire, Trump a failli déclarer la guerre à la Chine : « Regardez ce qu’ils ont fait, ils ont pris notre argent, nos emplois, notre base, notre fabrication, et nous leur devons 1,5 billion de dollars, c’est comme de la magie, ils ont tout pris, et nous leur devons de l’argent. » M. Trump n’a pas dit à son auditoire que le retour à l’emploi a un coût. Le PIB par habitant de la Chine est d’environ 7 500 dollars, tandis que le PIB par habitant des États-Unis est d’environ 55 000 dollars. La rhétorique chinoise est sans équivoque : la Chine a volé ce qui appartient aux États-Unis, et il n’est pas nécessaire de rembourser la dette américaine envers la Chine. Le monde devrait se préparer à ce que M. Trump soit le 45ème président des USA.”

Au sommaire du Bulletin Financier Gefira n°34 disponible dès maintenant

  • Une main de cartes ou les événements en cours
  • L’antisémitisme des Européens autochtones ?
  • Le grand Israël

Le président Trump veut dicter le monde entier, mais, compte tenu du fait que les États-Unis sont maintenant en conflit avec Cuba, le Venezuela, l’Iran, la Syrie, la Russie, la Chine et la Corée du Nord, une grande guerre n’est pas à prévoir de sitôt, au point que les interventions militaires en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, au Yémen et en Libye semblent peu concluantes. Washington dispose d’un arsenal d’autres mesures, comme les suivantes:

  1. mener une guerre par procuration comme le financement de la résistance afghane aux Russes dans les années 80 du siècle précédent.
  2. imposer des sanctions économiques et bloquer des comptes bancaires. Cela a très bien fonctionné contre les petits pays. Tout de même, cela semble être moins efficace dans le cas de l’Iran, et presque inefficace dans le cas de la Russie. La Chine et la Russie accélèrent leurs efforts pour mettre en place des systèmes de paiement alternatifs, et les Européens – rappelons l’adhésion de l’Allemagne au projet Nord Stream 2 au mépris de la pression américaine – ne sont pas disposés à coopérer avec les Etats-Unis à cet égard.
  3. déclencher des révolutions colorées comme la Révolution orange de 2004 en Ukraine ou la Révolution verte de 2009 en Iran. La stratégie n’a pas toujours fonctionné comme prévu : la tentative de renverser le gouvernement vénézuélien a échoué.

En passant, nous pourrions remarquer que ces révolutions pourraient aussi être utilisées par les ennemis de l’Occident. Elles ne peuvent se produire que dans des sociétés politiquement et économiquement instables, et c’est de plus en plus le sort des États-Unis et de l’Europe, tous deux déchirés par des divisions ethniques et religieuses. L’Iran, la Turquie, la Russie et la Chine peuvent armer des factions en Europe et ainsi déstabiliser ces pays de l’intérieur, comme l’ont fait les Américains en Syrie. Le gouvernement turc dispose d’un vaste réseau de mosquées Diyanet qui peuvent distribuer des armes dans les banlieues de Paris, Lyon et Marseille.

Washington a deux opinions divergentes au sujet de sa politique étrangère. Les démocrates voulaient poursuivre l’ingérence au Moyen-Orient et en particulier en Syrie, où, sous le mandat du président Barack Obama, les djihadistes de presque toutes les tendances politiques étaient armés pour expulser le président Bachar al-Assad.4 Le lobby juif de Washington s’efforce de s’opposer à l’Iran, ce qui pourrait s’avérer coûteux. La coalition formée par Téhéran avec le Liban, la Syrie et l’Irak est considérée comme une menace directe pour Israël, ce qui signifie que tôt ou tard, Tel-Aviv verra le président Trump bombarder l’Iran. Rappelons le raid israélien de 1981 sur le réacteur nucléaire irakien.

Source: AIPAC pro-Israel Lobby

Bien que la plupart des partisans de Trump ne soient pas intéressés par une guerre avec l’Iran, les tensions vont probablement s’intensifier. Les Turcs ont déjà indiqué qu’ils ne sont pas prêts à payer un prix plus élevé pour le pétrole et qu’ils pourraient tenter de contourner les sanctions.5 La rumeur dit que les Chinois ont cessé d’acheter du pétrole iranien.6 Les Chinois ont probablement apporté cette nouvelle pour tromper l’administration américaine. L’économie mondiale ne peut pas se permettre un prix élevé pour l’énergie. Si l’électeur américain voit le prix du pétrole augmenter à la pompe à la suite d’une autre guerre inutile, cela n’aidera pas le président Trump lors des élections du 3 novembre 2020.- Alas! Read more in Gefira 34

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Syrie : L’Armée Syrienne Libère Apamea (Ἀπάμεια)

Analysis

Syrie : L’Armée Syrienne Libère Apamea (Ἀπάμεια)

Les unités de l’Armée Arabe Syrienne (A.A.S) ont libéré une seconde fois l’antique cité Seleucide d’Apamea (Ἀπάμεια) ou Afamia (en Arabe) entre les 04 et 06 mai 2019 en avançant le long de l’Oronte.

Le site abandonné depuis le 13ème siècle se trouve dans le gouvernorat de Hama, dans la plaine du Ghab, une zone où se déroulent des combats pour repousser des incursions de groupes terroristes retranchés dans la province rebelles d’Idleb.

La cité antique fondée vers 300 avant Jésus-Christ par Seleucus Nicator I a subi d’immenses dégâts causés par des fouilles sauvages menés par des chasseurs de trésors mais également par des actes de vandalisme. Deux des groupes rebelles dits “modérés”, très activement soutenus par la France et la Turquie, qui avaient pris possession des lieux en 2017, ne supportaient guère de voir ces “ruines païennes”.

Le musée adjacent au site, classé patrimoine mondial de l’humanité, a subi un pillage en règle et des mosaïques inestimables sont portées disparues.

Des centaines de vestiges et d’artifacts remontant aux périodes Hellénistique, Romaine, Byzantine et Arabe ont été pillés pour être revendus en Turquie, en Israël, en Europe et ailleurs.

Mosaïque représentant une scène de chasse (palais du gouverneur de Syria Secunda), 412-420 après J-C.

Le Cardo Maximus de l’antique cité aligne une surprenante colonnade sur près de 1200 mètres selon un axe Nord-Sud. Apamea fut entièrement détruite par un puissant séisme en 115 après Jésus-Christ pour être reconstruite sous les empereurs Trajan et Hadrien. Elle sera plus tard restaurée sous le règne de l’empereur byzantin Justinien. Saccagée par les Sassanides lors de la grande guerre entre les empires Byzantin et Perse, elle survivra jusqu’à la fin des Croisades durant lesquelles elle subira plusieurs pillages.

La libération de Apamea par l’Armée syrienne met en relief l’extrême difficulté à repousser ce qui s’apparente à une prise en étau visant le littoral syrien où se concentre le noyau dur des loyalistes. La protection de la province d’Idleb par l’OTAN vise par dessus tout à en faire une tête de pont pour un changement de régime en Syrie. Cependant cette tête de pont s’est heurtée à la présence militaire russe à quelques dizaines de kilomètres. Les turcs ont d’autres calculs plus liés à d’anciennes revendications territoriales réciproques avec la Syrie dont une concernant la province du Hatay, frontalière avec Idlib.

Le Grand Jeu continue.

Syrie : l’Armée syrienne libère Apamea (Ἀπάμεια)

L’ARMÉE ISRAÉLIENNE A ATTAQUÉ L’ARMÉE SYRIENNE PRÈS DES HAUTEURS DU GOLAN

L’ARMÉE ISRAÉLIENNE A ATTAQUÉ L’ARMÉE SYRIENNE PRÈS DES HAUTEURS DU GOLAN

 Israeli Military Attacked Syrian Army Near Golan Heights

Israeli Military Attacked Syrian Army Near Golan Heights

Tard le 27 mai, les avions des forces de défense israéliennes livrés ont détruit un système de défense aérienne syrien près des hauteurs du Golan, ont affirmé les FDI.

Selon les FDI, cela a été fait après que le système ait ouvert le feu sur un avion des FDI au-dessus des hauteurs du Golan.

L’armée syrienne a confirmé qu’un soldat avait été tué et un autre blessé, ainsi qu’un véhicule détruit lors de l’attaque israélienne à un poste situé à Tal Sha’ar.

Selon les rapports, le véhicule détruit était un canon antiaérien autopropulsé de Shilka.

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Vladimiroir ou l’aveuglement

Vladimiroir ou l’aveuglement

Publié le 26 Mai 2019 par Observatus geopoliticus in RussieMoyen-Orient

Il y a près de deux ans, nos Chroniques se sont attardées sur la surprenante poutinade consistant à vendre les S-400 à la Turquie d’Erdogan, ce qui provoqua une kyrielle de commentaires parfois indignés. Un petit rappel de ce billet polémique :

« Le ciel rabaisse toujours ce qui dépasse la mesure » disait Hérodote. Aucune homme, aucune femme ne peut prétendre à trop de chance, de beauté ou de gloire sans que les Dieux ne remettent l’audacieux pris d’hybris à sa place, avertissaient les Anciens. La sanction pouvait prendre différentes formes : foudroyage, désastre ou coup de folie.

C’est sans doute dans cette dernière catégorie qu’il faut placer la cagade du président russe. Constamment victorieux ces dernières années sur l’échiquier du Grand jeu eurasiatique, gazier ou moyen-oriental, assistant au déclin et aux fractures internes de l’empire, débauchant les uns après les autres les alliés/vassaux de celui-ci, avançant ses pions partout, participant de la dédollarisation et de la multipolarisation de la planète… Tout cela est sans doute trop et les Dieux ont placé un grain de déraison dans la cervelle de Vladimirovitch.

En avril, nous faisions part de notre…

(…) incompréhension devant une incongruité absolue. Ce blog a suffisamment démontré les talents stratégiques de Poutine pour ne pas relever l’énorme connerie – désolé, il n’y a pas d’autre mot – qu’il s’apprête à faire en autorisant semble-t-il la livraison de S-400 à la Turquie !

Certes la vente n’est pas encore faite, certes il y a des protocoles, certes la Syrie pourrait aussi en bénéficier, mais enfin… Comment avoir une seule seconde confiance en Erdogan ? Comment être sûr qu’il ne refilera pas certains secrets à l’OTAN ou n’utilisera pas les S-400 contre des alliés de Moscou ? Comme oser placer la Turquie du führerinho sur le même pied que des alliés stratégiques comme la Chine ou l’Inde, seuls pays avec l’Algérie à avoir reçu ces systèmes ? Ca nous dépasse.

Eh bien voilà, nous y sommes, c’est là que les Athéniens s’atteignirent… Selon un officiel turc – notons que Rosoboronexport, la société russe d’exportations militaires, garde le silence (de honte ?) – un accord préliminaire a été trouvé pour la livraison dès l’année prochaine de deux batteries S400 ainsi que la production de deux autres batteries sur le territoire turc, impliquant donc des transferts de technologie, ce dont même des alliés traditionnels comme la Chine ou l’Inde n’ont bénéficié. Le tout pour la ridicule somme de deux malheureux milliards et demi.

En lisant l’information, votre serviteur n’a pu s’empêcher ce cri du coeur : mais comment peut-on être aussi c.. ?!

Bien sûr, on nous dira que les protocoles seront stricts, qu’il y a plusieurs niveaux de transferts de technologie et qu’ils seront limités dans le cas turc, que rien n’est encore signé et que la finalisation définitive peut prendre une bonne année, que depuis le temps les Américains doivent maintenant de toute façon connaître les secrets du S400, que cela accélère le divorce entre Ankara et l’OTAN…

Il n’empêche, nos interrogations d’avril restent les mêmes. Comment décemment transférer ce fleurondans les mains du sultan, qui reste un membre de l’alliance atlantique et un adversaire en Syrie ? Pour protéger la Turquie de qui ? Et que dire aux alliés historiques rabaissés au niveau d’Ankara (Chine et Inde) ou en dessous (l’Iran n’a reçu que des S300) ?

Non décidément, les grands de ce monde, même les plus brillants comme le maître du Kremlin, sont parfois pris d’égarement et aveugles à ce que commande le bon sens le plus élémentaire…

25 mai 2019, Syrie. Au terme d’une contre-attaque éclair, les loyalistes, bien appuyés par l’aviation russe, reprennent Kafr Nabudah en bordure de l’Idlibistan. Il n’en fallait pas plus pour que le sultan ouvre à nouveau le robinet des livraisons d’armes à destination des barbus afin de contrer l’avance de l’armée syrienne.

Non seulement les Turcs, contrairement à ce qu’ils avaient promis il y a déjà bien longtemps, n’ont strictement rien fait contre HTS à Idlib, mais ils se permettent même maintenant de fournir des armes susceptibles de tuer les soldats russes présents sur le front !

On reste pantois devant l’aveuglement godiche de Moscou. Les titres ironiques ne manquent évidemment pas de fleurir (« Erdogan, le copain de Poutine, mène une guerre de proxy contre lui en Syrie« ), tandis qu’un bon observateur résume parfaitement la situation :

Errare poutinum est

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/05/vladimiroir-ou-l-aveuglement.html

Arcum chiitum

Arcum chiitum

Publié le 24 Mai 2019 par Observatus geopoliticus in Moyen-Orient

Nous n’allons pas aborder dans ce billet la démission de dame Teresa en ce fatidique mois de May, même si le départ de la givrée russophobe du 10 Downing Street fait bâiller d’aise l’ours. Nous n’allons pas non plus nous appesantir sur la contre-attaque djihadiste dans l’Idlibistan, qui a fait perdre une des villes récemment gagnées par l’armée syrienne et surtout prouvé, comme nous l’avions prédit, que celle-ci n’avait pas encore engagé les grandes manœuvres pour récupérer la province barbue. Laissons également de côté le quatrième false flag chimique, qui semble d’ailleurs faire pchiiiit, au moment même où émerge enfin le fait que le troisième était une mauvaise farce, ce qui ne surprendra évidemment pas le fidèle lecteur du blog.

Aujourd’hui, attardons-nous sur une petite info lourde de conséquence. Dans un billet intitulé Arc chiite an Inous écrivions il y a vingt mois :

C’est dans ce contexte que l’on apprend, et c’est tout sauf un hasard, que le 4+1 a décidé de passer la vitesse supérieure le long de la frontière syro-irakienne, pierre angulaire de l’arc chiite potentiellement (re)constitué.

Du côté syrien, l’armée et le Hezbollah ont, avec le précieux soutien de l’aviation russe, relancé les opérations vers Al Bukamal / Al Qaïm, point nodal crucial de la recomposition moyen-orientale. Dans le même temps et en parallèle, de l’autre côté de la frontière, l’armée irakienne et les UMP chiites ont libéré la zone d’Akashat.

La coordination avec Damas semble évidente. A ce rythme et au vu de l’effondrement daéchique, l’alliance chiite ne devrait pas tarder à arriver en vue d’Al Bukamal / Al Qaïm. La prise de ce dernier bastion califal ne sera certes pas chose aisée, mais c’est la grande image qu’il faut prendre en compte : suppression définitive du corridor sunnite nord-sud et mise en place de l’arc chiite est-ouest. Au grand dam de qui vous savez.

Bingo ! Depuis qu’Al Bukamal est revenue, fin 2017, dans le giron loyaliste, les Iraniens y sont présents. Le noeud stratégique est en effet fondamental pour la marche de Téhéran vers le ponant :

L’arc chiite, en partie reconstitué après la victoire des syro-russo-iraniens en Syrie, (re)devient le cauchemar stratégique de Washington, Tel Aviv et Riyad. Les Iraniens s’établissent sur la Méditerranée tandis que la construction d’une autoroute Iran-Irak-Syrie a commencé (elle finira par relier Téhéran à Beyrouth) et qu’un projet de voies ferrées ressort du sable. Les futures routes de la Soie chinoises doivent passer par là…

Or, qu’apprend-on ? Les Iraniens ont entrepris des travaux pour ouvrir un nouveau passage près d’Al Bukamal (l’ancien étant totalement détruit par la guerre). Il n’en fallait pas plus pour que le système impérial entre en mode panique et imagine déjà les cargaisons d’armes à destination du Hezbollah ou de pétrole pour alléger les sanctions US.

Avec ténacité, Téhéran joue sa carte et avance ses pions pour rejoindre la Méditerranée, profitant de la reconstitution partielle de l’arc chiite. Un bémol toutefois, cette route doit serpenter entre les bases américaines en Irak, puis les zones occupées par l’empire en Syrie (zone « kurde » et Al Tanaf), sans compter les régions où la présence de Daech n’a pas été totalement éliminée :

On ne sait pas très bien ce que seraient censés faire les soldats US si un convoi iranien leur passait sous le nez, ni le cadre légal (vote du Congrès ?) d’une éventuelle intervention. Pour compliquer encore un peu la situation, se pose d’ailleurs toujours la question de la présence états-unienne en Irak. Ces bases sont en tout cas un moyen de pression visant à contrôler et à contrarier l’arc chiite renaissant.

Une chose est sûre : des sables du désert aux corridors du pouvoir à Bagdad, l’affrontement à fleurets mouchetés entre Téhéran et Washington n’est pas prêt de s’arrêter. Un petit jeu dans le Grand…

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/05/arcum-chiitum.html

« La vérité s’évanouit dans un nuage toxique »

« La vérité s’évanouit dans un nuage toxique »

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Vous vous souvenez de l’attaque chimique de Douma, en Syrie, qui avait donné lieu à des frappes de missiles de représailles de la part des USA, de la France et du Royaume-Uni ? Une fuite récente de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques jette aujourd’hui le doute sur la culpabilité d’Assad.

Silence gêné dans les médias grand public, sauf un : le journal britannique Mail on Sunday, où le journaliste Peter Hitchens a exposé l’affaire sans mâcher ses mots. Qu’il en soit remercié.

L’auteur de l’article ci-dessous, Tim Hayward, qui travaille depuis longtemps sur la propagande médiatique autour de la Syrie, reprend l’essentiel des propos de Hitchens et fait une analyse succinte des premières conclusions à en tirer.


Par Tim Hayward
Paru sur le blog de l’auteur sous le titre “Truth Vanishes in a Cloud of Poison Gas”


« Une information internationale énorme a été publiée la semaine dernière, a écrit Peter Hitchens dans le Mail on Sunday de dimanche, mais je doute que vous en entendiez parler ailleurs qu’ici. »

En fait, bien que l’histoire ait fait du bruit dans les médias alternatifs et sur Twitter, et attiré l’attention de certaines personnes célèbres, dont Susan Sarandon et Roger Waters, les journalistes grand public l’ont ignorée.

Ce silence est un témoignage effrayant de l’état actuel du journalisme – et donc de la démocratie elle-même. Car l’importance de l’information est impossible à exagérer. Comme Hitchens le dit ensuite :

Il semble très probable que la décision de bombarder la Syrie que nous [le Royaume-Uni, NdT], la France et les États-Unis avons prise en avril 2018 était fondée sur une erreur aussi grande que les armes de destruction massive fictives en Irak, en 2003.

L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), l’organisme international qui examine les allégations d’incidents liés à l’utilisation de gaz toxiques, vient de me confirmer qu’un document dévastateur qui a fait l’objet d’une fuite de son siège néerlandais est authentique.

Le document, rédigé par l’un des enquêteurs les plus expérimentés de l’OIAC, démontre qu’il est très peu probable que des bombonnes de gaz trouvées sur les lieux d’une attaque chimique présumée à Douma, en Syrie, aient été larguées d’hélicoptères – comme on l’a largement cru et affirmé. Cette affirmation est fondamentale pour l’affaire du bombardement de la Syrie. »

Le document, qui a fait l’objet d’une fuite transmise au Working Group on Syria, Propaganda and Media (Groupe de travail sur la Syrie, la propagande et les médias), peut être téléchargé sur le site Web du groupe de travail.

Comme le dit Hitchens, l’OIAC est « une organisation précieuse, composée de nombreuses personnes de qualité, et qui travaille dans un noble objectif », mais, tout comme les membres du Groupe de travail sur la Syrie, il s’inquiète de savoir si elle a été « mise sous pression, ou même détournée par des forces politiques qui cherchent une justification à une intervention militaire en Syrie ? »

Étant donné qu’une décision de guerre ou de paix qui affecterait la planète entière pourrait un jour dépendre de ses jugements, je pense que le monde a droit à une enquête sur ce qui se passe derrière ses murs. »

Tim Hayward est professeur de théorie politique environnementale à l’université d’Édimbourg. Avec d’autres universitaires, journalistes et chercheurs, il fait partie du Groupe de travail sur la Syrie, la propagande et les médias (Working Group on Syria, Propaganda and Media).

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Photo Pixabay

Des “Objets Volants Lumineux Et Hostiles” Interceptés Par La Syrie

Analysis

Selon des médias officiels syriens, la défense aérienne de l’Armée Arabe Syrienne (dénomination officielle des forces armées syriennes) a détecté et intercepté des “objets lumineux hostiles” en provenance des “territoires occupés” dont deux au dessus de la ville de Qunaïtra, dans le plateau du Golan syrien et sept autres au dessus du Sud-Ouest de la grande banlieue de Damas.

La Syrie ne reconnaît pas Israël et utilise les termes de territoires occupés pour décrire la Palestine historique.

Des vidéos d’amateurs montrent l’interception de deux de ces “objets volants lumineux et hostiles” en provenance de la partie du Golan occupé par les israéliens.

Les missiles de la défense aérienne syrienne ont été lancés depuis la base aérienne de Mazzeh et ont effectivement abattu un certain nombre de missiles ou objets volants hostiles. Une source syrienne parle d’un chasseur-bombardier F-15I Sufa israélien endommagé à l’extérieur de l’espace aérien syrien.

Par ailleurs, d’autres sources évoquent le ciblage par les israéliens d’objectifs assimilés avec la présence militaire iranienne au sud-Ouest de Damas. Ce qui expliquerait la réaction rapide des défenses antiaeriennes.

L’Armée Syrienne Met En Échec Une Offensive Rebelle Sur Le Nord De Hama Depuis Idleb

Analysis

L’Armée Syrienne Met En Échec Une Offensive Rebelle Sur Le Nord De Hama Depuis Idleb

Des unités d’artillerie de campagne de l’Armée syrienne et ses alliés ont repoussé une fois de plus une offensive rebelle depuis l’enclave d’Idleb sur deux axes (Hamamiat-Jbin) en dépit de plusieurs accords de désescalade parrainés par la Russie et la Turquie.

La province rebelle d’Idleb dans l’extrême nord de la Syrie est la dernière poche totalement autonome échappant entièrement au pouvoir central syrien. Elle mène depuis quelques semaines une nouvelle politique agressive de nature expansionniste visant à gagner des territoire et à encercler à terme les provinces côtière de Lattaquié où se trouvent des bases militaires russes et le gros du contingent russe tout en séparant la province d’Alep des provinces côtières et du Sud. A cet égard, la reprise de Hama constitue un enjeu hautement stratégique.

Damas et Moscou le savent mais doivent jouer serrer car la province rebelle d’Idlib est soutenue et protégée par l’OTAN (la Turquie) et bénéficie de la couverture diplomatique de Washington et l’ensemble de ses alliés européens et arabes.

L’Armée syrienne met en échec une offensive rebelle sur le nord de Hama depuis Idleb