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Manoeuvres syriennes

Manoeuvres syriennes

Publié le 12 Décembre 2018 par Observatus geopoliticus

Quelque chose se préparerait-il en Syrie ? Pas impossible si l’on en croit certains mouvements récents…

Mais d’abord, une carte sur la situation actuelle n’est pas superflue afin de rafraîchir les mémoires (en rouge : le gouvernement – en ocre : les Kurdo-US – en noir : Daech – en vert : les barbus non-Daech – en bleu : les Turcs).

Ce qui était prévu depuis fort longtemps par votre serviteur s’est réalisé : Assad a gagné la guerre. Il lui reste maintenant, selon une phraséologie très en vogue et pourtant bien réelle, à « gagner la paix ». Là, les choses ne seront peut-être pas aussi simples…

Dans la partie du territoire retombée aux mains du gouvernement, qui contrôle environ les deux-tiers du pays, la vie reprend son cours. Ce n’est certes pas nouveau, mais le rythme s’accélère. Depuis le début de l’année, plus de 20 000 constructions (écoles, hôpitaux, usines, centrales électriques etc.) ont été retapées ou rebâties tandis que près de 300 000 réfugiés sont revenus vivre en Syrie. Ne vous attendez évidemment pas à en trouver un seul mot dans l’imMonde.

Dans la Syrie multiconfessionnelle d’Assad, les chrétiens se préparent à fêter Noël et Homs ou Alep voient fleurir les sapins et autres crèches, chose apparemment devenue impossible en Europe même afin de ne pas « heurter la sensibilité des minorités ». D’où il est, Audiard doit vraiment se dire que si les cons volaient, il y aurait un paquet de chefs d’escadrille…

Cette partie de la Syrie tenue par le gouvernement est de loin la mieux lotie. C’est ailleurs que le bât blesse, car s’y jouent les éternels bras de fer régionaux : Turcs vs Kurdes, Américano-israéliens vs arc chiite.

Au nord, c’étaient les corons, et le charbonnier Erdogan va à la mine en menaçant une nouvelle fois d’attaquer les territoires tenus par les Kurdo-US à l’est de l’Euphrate. Cette fois, c’est la bonne ? Ou est-ce un nouveau ballon d’essai, peut-être en vue des élections municipales de mars ? Les avis sont partagés. Ca n’amuse en tout cas pas du tout Washington et les deux compères de l’OTAN semblent repartis pour un tour de Je t’aime, moi non plus.

Car les Américains ont bien autre chose en tête et leur obsession est celle de leur client israoudien : l’Iran. Le fidèle lecteur ne sera pas surpris, nous avons expliqué à de très nombreuses reprises que le facteur premier de la guerre est la (re)constitution ou non de l’arc chiite :

Dans notre grand jeu « Qui mettra la main sur le territoire califal ? » – question qui sous-tend à vrai dire tout le conflit syrien -, les loyalistes ont marqué plusieurs dizaines de points depuis un mois, pour le plus grand malheur de l’axe israélo-saoudien. Le blitz royal vers la frontière syro-irakienne a évidemment fait sonner toutes les alarmes à Riyad et Tel Aviv, permettant l’accès à la Méditerranée pour l’Iran (et même, dans le futur, pour les routes de la Soie chinoises).

Un nouvel envoi de G.I passant très mal dans l’opinion publique américaine, Washington a utilisé comme chair à canon ses chers mercenaires kurdes, qui ont depuis longtemps abandonné leur rêve de Rojava afin de se battre et mourir pour les intérêts de Riyad et Tel Aviv.

L’empire a placé petit à petit ses pions. Il refuse de quitter la poche d’Al Tanaf, à la jonction des frontières syrienne, irakienne et jordanienne, ce qui commence à peser sur les nerfs de Moscou, peut-être trop encline dans le passé à croire aux promesses américaines. Quant au grand Est, occupé par des Kurdes à mille lieues de leur zone de peuplement, il voit émerger des bases US. L’administration Trump boltonisée ne s’en cache plus : Nous quitterons la Syrie quand l’Iran le fera.

Cela n’empêche évidemment pas Téhéran de ravitailler le Hezbollah par voie aérienne, profitant de ce que la chasse israélienne est clouée au sol suite à l’incident de l’Iliouchine. Les vols sont réguliers entre l’aéroport Khomeini et Beyrouth et livrent sans doute autre chose que des tapis persans… Chose intéressante, le dernier vol a fait escale au Qatar sur le chemin du retour. Et l’on se remémore bien sûr la crise toujours d’actualité entre Doha et Riyad, les Qataris se tournant vers l’Iran.

Mais la présence américaine à Al Tanaf et dans l’Est syrien réduit l’arc chiite terrestre et remet en question le rêve de Téhéran d’accéder à la Méditerranée. A Washington, on roule des épaules et déclare que l’option militaire contre Téhéran est sur la table. Ca vaut ce que ça vaut et l’on sait que les menaces américaines d’intervention contre l’Iran sont presque aussi nombreuses que celles d’Erdogan contre les Kurdes. De son côté, Rouhani avertit que la première conséquence d’une guerre sera le blocage du fameux détroit d’Ormuz, par où transite l’essentiel du pétrole moyen-oriental. On le voit, les chamailleries continuent autour de l’arc chiite…

Dans ce contexte, une nouvelle intéressante est tombée. Les Russes auraient (le conditionnel reste de mise) transporté une partie de leurs S300 livrés à la Syrie plus à l’est, près de l’Euphrate, c’est-à-dire des Kurdo-US et de la zone de vol des jets américains. Le Kremlin s’attend-il à des dérapages près de la frontière syro-irakienne ? Est-ce un coup de pression vis-à-vis de Washington ? L’avenir nous le dira.

Terminons enfin sur l’Idlibistan. La deadline donnée à Erdogan pour se débarrasser des djihadistes semble dépassée ou arrive à expiration – précisons que la date n’avait jamais été officiellement divulguée (octobre, décembre etc.) L’armée syrienne amasse les troupes près de la zone de désescalade que refuse de quitter Al Qaida. Là encore, l’offensive tant de fois reportée est-elle sur les rails ou s’agit-il d’un énième coup d’intox. Les prochains jours pourraient nous éclairer.

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Syrie: Washington accuse Moscou d’avoir aidé à mettre en scène une attaque chimique

Syrie: Washington accuse Moscou d’avoir aidé à mettre en scène une attaque chimique

Washington – Washington a accusé vendredi Damas et Moscou d’avoir voulu « saper » un cessez-le-feu fragile dans la province rebelle d’Idleb en Syrie, en propageant la thèse d’une attaque chimique dans la ville d’Alep, conduite selon le régime de Bachar al-Assad par des « groupes de l’opposition ».

Washington assure au contraire que c’est le régime syrien qui a utilisé des gaz lacrymogènes à l’encontre de civils le 24 novembre, pour faire croire à l’idée d’une attaque au chlore menée par les rebelles, a déclaré le porte-parole du département d’Etat américain, Robert Palladino, dans un communiqué.

Le ministère de la Défense russe avait assuré que des rebelles avaient lancé des grenades contenant du chlore dans la ville d’Alep, tenue par les forces gouvernementales. Les médias syriens avaient rapporté qu’une centaine de personnes étaient hospitalisées pour des difficultés respiratoires.

Washington a déclaré avoir des « informations crédibles » montrant que ce récit était faux.

« Les Etats-Unis sont très préoccupés du fait que des responsables pro-régime ont gardé le contrôle du site de l’attaque dans sa suite immédiate, leur permettant potentiellement de fabriquer des échantillons et de contaminer le site avant une enquête en bonne et due forme par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques » (OIAC), a déclaré M. Palladino.

« Nous mettons en garde la Russie et le régime contre toute manipulation du site de l’attaque présumée et les appelons à assurer la sécurité d’inspecteurs impartiaux, indépendants, afin que les responsables puissent rendre des comptes », a-t-il ajouté.

– « Saper la confiance » –

Selon lui, la Russie et la Syrie ont « utilisé » cette attaque présumée « comme une opportunité pour saper la confiance dans le cessez-le-feu d’Idleb », ultime grand bastion de l’opposition au président Bachar al-Assad.

Dans un communiqué similaire, le Royaume-Uni a déclaré qu’il était « très peu probable » que du chlore ait été utilisé ou que l’opposition soit impliquée.

Ces accusations américaines « servent à distraire le public des crimes commis par l’aviation américaine dans l’est de ce pays », a réagi l’ambassade russe à Washington dans un message posté sur Facebook.

Un responsable américain, parlant sous couvert d’anonymat, a expliqué qu’après l’attaque présumée, la Russie et la Syrie avaient immédiatement soulevé les soupçons en communiquant de façon similaire.

Il a également affirmé que des témoins n’avaient pas rapporté d’odeur de chlore caractéristique de telles attaques.

« Des analyses techniques des vidéos et des images de munitions restantes indiquent que les mortiers décrits par les médias russes ne conviennent pas pour le tir de chlore », a-t-il dit.

Les Etats-Unis — ainsi que d’autres gouvernements occidentaux, l’ONU et des organisations de défense des droits humains– ont régulièrement accusé le régime syrien d’attaques chimiques.

La Russie avait répondu par des frappes aériennes sur la province d’Idleb, fragilisant cette trêve en vigueur depuis la mi-septembre.

Le 4 avril 2017, une attaque au gaz sarin à Khan Cheikhoun avait fait plus de 80 morts, dont plus de 30 enfants selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. En octobre 2017, les experts de l’ONU et de l’OIAC ont pointé du doigt le régime.

La Russie a rejeté les conclusions des enquêteurs qui ont estimé fin octobre que le régime syrien était responsable de cette attaque au gaz sarin.

(©AFP / 08 décembre 2018 02h51)

https://www.romandie.com/news/Syrie-Washington-accuse-Moscou-d-avoir-aid-mettre-en-sc-ne-une-attaque-chimique/978030.rom

 

Tontons flingueurs, tontons blagueurs

Tontons flingueurs, tontons blagueurs

 

22 novembre, 2018
Tribune libre

Michel Raimbaud

Présentée comme imminente tout au long de l’été, la bataille d’Idlib, qui devait marquer pour l’armée syrienne la phase finale du combat contre le terrorisme, n’aura pas eu lieu. Refuge pour des milliers de rescapés du djihad et espace livré aux manigances d’Erdogan, cette cité proche d’Alep et de la Turquie aura fait couler des flots d’encre ou de salive, mais le bain de sang annoncé n’aura pas eu lieu, un accord surprise entre la Russie et l’Ottoman renvoyant à leurs études les devins et experts en orientologie et – insinueront les mauvaises langues – la reconquête militaire aux calendes turques…

 

 

Oublions donc Idlib pour le moment et allons droit au fait ou au nouveau méfait, qui a nom Deir Ezzor. Comme on le sait, à moins qu’on ne l’ait déjà oublié, cette cité a été libérée en novembre 2017 de « l’Etat Islamique » qui l’occupait par l’armée syrienne, mais elle se trouve toujours confrontée à diverses menaces, liées notamment à sa situation géostratégique. Sise sur les rives de l’Euphrate, proche des puits de pétrole et jouxtant de riches terres agricoles, elle est l’objet de bien des convoitises, raison pour laquelle Da’esh y avait élu domicile. C’est aussi pourquoi elle est la cible des Kurdes, qui ont tendance à voir partout des Kurdistans, l’objet de la sollicitude des Turcs qui ont la nostalgie ottomane à fleur de peau et des occidentaux qui y voient une terre à démocratiser à la mode Debeliou.

Les « forces démocratiques de Syrie », qui se présentent comme « arabo-kurdes » brandissent une « priorité » qui serait de lutter contre le terrorisme, celui des Turcs notamment, mais Washington instrumentalise les uns et les autres, l’objectif commun étant d’empêcher le retour de l’Etat syrien.

Quant à la « coalition internationale », racolée pour soi-disant combattre Da’esh, c’est de facto une armée supplétive supplémentaire des Etats-Unis et de ses alliés, qui roule et détruit pour le compte de l’Amérique. Il faut le répéter encore, la dite Amérique sous toutes ses défroques (forces spéciales, conseillers, OTAN, « coalition », armées diverses et mercenaires), est présente en Syrie en totale illégalité, sans autorisation et contre le gré du gouvernement légal de Damas. Il en va de même pour ses alliés, n’en déplaise à tous les va-t-en guerre occidentalistes. Le reste n’est que faribole, menterie et coquecigrue.

Or, toujours en quête de projets créateurs, comme le chaos du même nom, la « coalition » qui sévit en Syrie, en désarroi devant les évolutions de la situation dans la région, s’est lancée dans une nouvelle offensive, violant encore un peu plus le droit international, le droit humanitaire et les hypocrites « lois de la guerre »…

La « coalition » vient de sévir encore, procédant à trois ou quatre reprises à des bombardements meurtriers sur des cibles civiles dans la zone de Deir Ezzor. On a compté en une semaine plus de 100 morts, surtout femmes et enfants. Les armes utilisées – des bombes à fragmentation, ou au phosphore blanc, particulièrement cruelles et laissant des traces dans l’environnement, sont banales pour nos zorros du Far West planétaire. Pourquoi pas en douce des bombes à uranium appauvri pour apprendre à vivre aux damnés de la terre ? Les médias occidentaux passent ces exploits collatéraux sous silence ou les mentionnent sans émotion apparente. Guidée par des motifs si nobles, la « coalition » ne peut pas commettre de crimes de guerre, par définition… La ville de Raqqa avait ainsi été rasée et ses habitants massacrés, après que les chefs terroristes en aient été soigneusement exfiltrés : on n’a jamais publié de bilan. Comme disait Mme Albright, collègue adorée de nos ministres et grandmère de tous les enfants estropiés des guerres de l’Axe du Bien, « c’est le prix à payer pour la démocratisation » (sic).

Vous avez dit « droit humanitaire » ? Vous avez dit « environnement » ? Vous avez dit « droit international », « légalité onusienne » ? Où irait-on si les pays qui s’arrogent « le droit de dire le droit » devaient aussi le mettre en pratique, voire donner l’exemple ? Ils ne peuvent tout faire, déjà qu’ils sont dépositaires du lourd « fardeau de l’homme blanc » relooké en « responsabilité de protéger ». D’où le partage des tâches, aux uns de définir le droit et aux autres le devoir de le respecter et le danger d’être châtié, même à titre préventif : tout le monde ne peut être médecin, il faut bien des patients ! Et Dieu sait que la pauvre humanité est patiente.

Pour l’Establishment dominateur et sûr de lui, tout ceci va de soi : « nos grandes démocraties occidentales », fleurons de l’Humanité, ne se définissent-elles pas d’abord comme des nations civilisées régies par l’Etat de droit ? Cet Etat de droit dont nos « élites » se gargarisent jusqu’à plus soif, c’est celui où tout un chacun peut, parait-il, défendre son bon droit et demander justice pour les dommages dont il estime avoir été victime, sans garantie de résultat d’ailleurs ; mais ce n’est pas un droit à compétence universelle, car il ne concerne que les « civilisés », pas les « hors-la-loi » : en effet, l’Etat de droit est aussi, et peut-être surtout, un Etat qui peut faire la guerre sale chez les autres sans jamais demander leur avis à ses propres citoyens ou à leurs représentants, constitution ou pas…Il y a la théorie et la pratique…

Le fameux village global à laquelle nos élites se réfèrent naturellement et sans rire, cette tarte à la crème dont les « élites » nous barbouillent, est à l’image de nos grandes villes « mondialisées ». Il y a le centre riche et « civilisé », plutôt à l’ouest, « l’humanité d’en haut » qui compte et décide, auto-intronisée « communauté internationale ». Malheureusement, rien n’étant parfait en ce bas-monde, il y a également, au Sud et à l’Est, toutes ces banlieues de non-droit, là où s’agite « l’humanité d’en bas » ou de l’entresol : c’est le repère des contestataires et résistants, qui refusent de « rejoindre la communauté internationale » occidentale, osant s’opposer à ses valeurs diverses et ses oukazes. Que ces malotrus soient « renaissants » ou « émergents » ne change rien à l’affaire, ils doivent être sanctionnés, menacés et encerclés : ne sont-ils pas « préoccupants », au même titre que les Etats faillis, voyous, parias, avec lesquels ils font alliance et qu’ils protègent ?

Dans un article publié le 4 octobre 2015, intitulé « Etats voyous et grandes voyoucraties », l’auteur de ces lignes rappelait la « théorie du fou », fruit du cerveau de Richard (Dick) Nixon, il y a de cela un demi-siècle : il est souhaitable que l’Amérique soit dirigée par « des cinglés au comportement imprévisible, disposant d’une énorme capacité de destruction, afin de créer ou renforcer les craintes des adversaires », pensait alors le « Tricky Dicky », c’est à-dire « Dick le tricheur ». Posant les « principes de base de la dissuasion dans l’après-guerre froide », une étude réalisée en 1995 pour le Strategic Command allait reprendre cette idée-force : depuis que les Etats-Unis ont « remplacé l’Union soviétique par les Etats dits “voyous” », ils doivent projeter une image « irrationnelle et vindicative d’eux-mêmes », « certains éléments » du gouvernement apparaissant « comme potentiellement fous, impossibles à contrôler » ? Pourtant l’oncle Donald était alors bien éloigné de la Maison Blanche. Mais vingt-cinq ans plus tard, la théorie du fou est plus que jamais d’actualité, et Trump est aux commandes.

Cette prose délirante explique en tout cas le pourquoi de ce « monde à l’envers » conçu par l’Occident, dans lequel chaque mot, chaque phrase, chaque concept signifie son contraire, le droit se traduisant ainsi par le non-droit, la légalité par l’illégalité, le désir de justice par son déni systématique, la volonté de paix par la folie guerrière, et la vérité par le mensonge. C’est assez pour expliquer comment les « grandes démocraties » autoproclamées en viennent à se transformer en « voyoucraties », respectant en feignant de l’ignorer les trois critères qui, selon l’un des « nouveaux historiens » israéliens, Avraham Shlaim, professeur émérite à Oxford, définissent l’Etat voyou, le « Rogue State » des anglo-saxons :

 

– Violer régulièrement la légalité internationale,

– Détenir des armes de destruction massive,

– Utiliser le terrorisme pour terroriser les populations civiles.

 

Sur ces bases, le GPS ne conduit pas à Damas, à Téhéran ou à Moscou, mais bel et bien vers ceux qui l’ont conçu. En juin 2000, Robert McNamara, ex-secrétaire américain à la défense (de 1961 à 1968), estimait déjà (The International Herald Tribune) que les Etats-Unis sont devenus un « Etat voyou ». Dix ans plus tard, au début des funestes « printemps arabes », Noam Chomski constatera que son pays « se place au-dessus du droit international ». Deux consciences américaines parmi tant d’autres.

Il reste cependant que, dans le dictionnaire amoureux de l’Amérique, on récolte plus de fioretti que dans toutes les homélies du Pape François. George W. Bush, spécialiste bien connu en questions historiques (Pourquoi nous haïssent-ils autant alors que nous sommes si bons ?) avait déjà le chic pour nous interpeller quelque part. Le locataire actuel du bureau ovale, l’oncle Donald, est lui aussi un lanceur d’alertes qui sait nous faire savoir, avec le robuste bon sens des saloons et des ranchs, le fruit de ses cogitations : « Le monde est un endroit très dangereux », nous assène-t-il en novembre 2018. On ne peut contredire le Président des Etats-Unis, par définition orfèvre en matière de dangerosité.

Pour la période allant de 1945 à aujourd’hui, l’Empire du Bien peut inscrire à son bilan 20 à 30 millions de tués, qu’il s’agisse des guerres directes (Corée, Vietnam, Irak) ou par procuration (en Afghanistan, Angola, Congo, Soudan, Guatemala, Syrie) conduites par des forces et milices alliées, souvent entraînées et commandées par les USA. Il pourrait même sans mentir faire état de centaines de millions de blessés dans ces multiples conflits et d’autres centaines résultant indirectement des hostilités (famines, épidémies, migrations, esclavage, destruction de l’environnement, des infrastructures, ponction sur les dépenses vitales du fait des dépenses militaires), ou fruit des sanctions, blocus ou embargos que l’Amérique et ses fidèles infligent à plus de la moitié des Etats-membres de l’ONU…. Tel est le bilan des actions entreprises depuis 1945 par la « puissance indispensable » afin d’instaurer « un ordre international libre et ouvert » et pour « préserver les peuples de l’agression et de la tyrannie » (2018 National Defense Strategy of the USA). La « communauté internationale » à la sauce occidentale est bien une confrérie de « tontons flingueurs », faciles à reconnaître, puisqu’on les retrouve dans tous les grands raouts pour la paix, où l’on se pavane bras dessus, bras dessous sur des Champs-Elysées ou sous des arcs de triomphe, sous l’œil attendri des caméras fixant pour la postérité ces réunions de famille.

Ils semblent si heureux de se retrouver ensemble et paraissent si sincères qu’il faut s’y reprendre à deux fois pour constater ou concéder que le réseau participant inclut quelques criminels de guerre notoires et beaucoup d’obsédés du bombardement humanitaire. Certes, mais alors comment expliquer que l’on retrouve les mêmes dans les grands-messes où l’on brandit l’environnement comme un trophée et/ou comme le symbole d’un ardent désir de paix ? A quoi rime de prêcher la transition écologique, les clairs ruisseaux et les nuages moutonnés dans les pays bien nés, lorsque dans la foule des Etats frappés par les « guerres justes » de l’Empire, l’atmosphère est rendue mortifère par les bombes, les armes de destruction massive, les ravages, les miasmes des épidémies, lorsque l’eau et la terre sont volontairement empoisonnées par des plans pervers (cf. le plan US Iraq Water Treatment Vulnerabilities) ? On pourrait penser à leur bonne mine que les tontons flingueurs sont aussi des tontons blagueurs. Et il est vrai que l’on doit souvent se pincer pour s’assurer que l’on ne rêve pas. La blague mondialisée a ceci de remarquable qu’elle est involontaire pour ses promoteurs et concepteurs, qui se prennent très au sérieux. Deux ou trois exemples suffiront ici pour illustrer le propos.

Vous êtes l’ambassadeur syrien aux Nations-Unies, et voilà que surgit le représentant saoudien venu pérorer sur les libertés en Syrie et les conditions d’un avenir démocratique pour ce pays que les wahhabites ont voulu détruire. Le discours est surprenant et pourra passer pour une blague, comme le dit en grand seigneur Bachar al Jaafari, grand diplomate. Mais ce n’est qu’un épisode de la blague qui a permis à la « communauté internationale » de confier à l’Arabie Saoudite la présidence du Conseil des Nations-Unies pour les droits de l’homme et de la femme, et à l’Occident de s’en servir comme porte-parole en la matière, Ben Salman oblige. Après tout, qui avait bronché lorsque les « Casques Blancs de Syrie », créature des services anglais et faux nez humanitaire d’Al Qaida, avaient été pressentis pour le Nobel de la Paix, recevant aux Etats-Unis le prix des droits humains ?

Au point de déliquescence où en est arrivé le système onusien, balloté par la « fin de l’Histoire » puis par la mondialisation, la vie internationale est désormais surréaliste pour qui veut encore se référer aux us, coutumes et langages de la diplomatie, aux principes de la charte des Nations-Unies et aux simples préceptes de la morale naturelle et/ou de la vie en société. Et le top du surréalisme, c’est quand trois membres permanents du Conseil de Sécurité expliquent dans un grand courroux que c’est leur droit et même leur devoir de violer systématiquement les principes et les règles de la Charte dont ils sont censés être les gardiens et les garants, accusant leurs adversaires de menacer la paix et l’ordre mondial. On l’aura compris, il faut que la société internationale soit tombée bien bas pour que des pères fondateurs de l’ONU aient pour successeurs et héritiers de vulgaires flingueurs. La diplomatie traditionnelle avait ses tares et ses travers, mais elle prenait à cœur son métier, qui est de mettre de l’huile dans les rouages et non de jeter de l’huile sur le feu. Elle pouvait avoir de l’esprit, mais n’était pas une pantalonnade. Elle doit cesser de l’être. A l’heure où le monde flirte avec la guerre, il faut remettre de l’éthique dans la vie internationale. Le conflit n’est plus entre un monde « libre » et un monde « totalitaire », mais entre les partisans du droit et ceux de l’hégémonie. A chacun de choisir son parti, avant les douze coups de minuit, avant que la blague généralisée ne joue de mauvais tours. Notre humanité perd patience.

 

Michel Raimbaud
Ancien ambassadeur
Professeur et conférencier

https://www.iveris.eu/list/tribunes_libres/389-tontons_flingueurs_tontons_blagueurs

Quand on veut sanctionner des États, on dit qu’ils sont « terroristes »

Quand on veut sanctionner des États, on dit qu’ils sont « terroristes »

Les nouvelles sanctions unilatérales des États-Unis contre l’Iran, la Russie et la Syrie s’ajoutent aux précédentes concernant ces trois mêmes cibles. Cet ensemble forme désormais le plus dur embargo de l’Histoire. La manière dont elles sont organisées est illégalle au regard de la Charte des Nations unies : ce sont des armes de guerre conçues pour tuer.

| Damas (Syrie)

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Le secrétaire à la Défense, James Mattis, applaudi par le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin.

En se rendant à Moscou, le 8 novembre, l’ambassadeur James Jeffrey avait pour mission d’expliquer la préoccupation US face à l’expansion de l’influence perse dans le monde arabe (Arabie saoudite, Bahrein, Iraq, Liban, Syrie, Yémen). Washington tient désormais à poser cette question en termes géostratégiques et non plus religieux (chiites/sunnites) alors même que Téhéran organise sa défense nationale autour d’avant-postes chiites arabes.

Moscou a alors imaginé de négocier pour Téhéran l’assouplissement des sanctions unilatérales US en échange de son retrait militaire de Syrie. Le président Vladimir Poutine a confirmé sa proposition, non seulement à son homologue US, mais aussi au Premier ministre israélien, lors de leur rencontre à Paris à l’occasion du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, le 11 novembre.

Il tenta de convaincre les Occidentaux que la Russie seule en Syrie était préférable au tandem irano-russe. Il ne pouvait par contre pas affirmer que l’Iran aurait une autorité suffisante sur le Hezbollah —comme le prétendent Washington et Tel-Aviv— pour lui ordonner de se retirer aussi.

Pour toute réponse, Washington a annoncé, neuf jours plus tard, le onzième train de sanctions unilatérales contre la Russie depuis début août. Celui-ci est accompagné d’un discours ridicule selon lequel la Russie et l’Iran auraient organisé conjointement un vaste trafic visant à maintenir le président Assad au pouvoir et à étendre la main-mise perse dans le monde arabe.

Cette rhétorique, que l’on croyait abandonnée, assimile trois États (la Fédération de Russie, la République arabe syrienne et le République islamique d’Iran) à des machines au service de trois hommes (Bachar el-Assad, Ali Khamenei et Vladimir Poutine), soudés par une même haine de leur peuple respectif. Elle fait l’impasse sur le soutien populaire massif dont ils disposent, tandis que les États-Unis sont profondément déchirés.

Passons sur l’affirmation inepte selon laquelle la Russie aiderait à la conquête du monde arabe par la Perse.

Selon le secrétaire au Trésor des États-Unis, Steven Mnuchin, qui présentait les sanctions unilatérales US le 20 novembre, celles-ci ne forment pas le volet économique de la guerre en cours, mais punissent les « atrocités » de ces trois « régimes ». Or, à la veille de l’hiver, elles concernent principalement l’approvisionnement du peuple syrien en pétrole raffiné afin qu’il puisse s’éclairer et se chauffer.

Il n’est pas nécessaire de relever que les trois États cibles nient les « atrocités » dont ils sont accusés, alors que les États-Unis revendiquent poursuivre actuellement la guerre qu’ils ont déclenchée en Afghanistan, en Iraq, en Libye et en Syrie.

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Les sanctions US n’ont pas été décidées par le Conseil de sécurité des Nations unies, mais par les seuls États-Unis. Elles ne sont pas légales en droit international car, pour les rendre létales, Washington tente de contraindre des États tiers à s’y associer ce qui constitue une menace contre les États cibles et donc une violation de la Charte des Nations unies. Les États-Unis ont le droit souverain de refuser de commercer avec d’autres, mais pas d’exercer des pressions sur des tiers afin de blesser leurs cibles. Jadis, le Pentagone affirmait qu’infliger un mauvais traitement à une nation particulière conduirait son peuple à renverser son gouvernement. Ce fut aussi bien la justification théorique du bombardement de Dresde durant la Seconde Guerre mondiale que de l’embargo sans fin contre Cuba depuis la Guerre froide. Or, en 75 ans, jamais, absolument jamais, cette théorie n’a été vérifiée dans les faits. Désormais, le Pentagone envisage les mauvais traitements contre une nation comme des armes comme les autres. Les embargos sont faits pour tuer les civils.

L’ensemble du dispositif en cours contre l’Iran, la Russie et la Syrie constitue le plus vaste système de siège de l’Histoire [1]. Il ne s’agit pas de mesures économiques, mais —sans aucun doute possible— d’une action militaire mise en œuvre dans le domaine économique. Elles devraient conduire avec le temps à diviser à nouveau le monde en deux, comme à l’époque de la rivalité USA-URSS.

Le secrétaire Mnuchin a longuement insisté sur le fait que ces sanctions visent avant tout à interrompre la vente d’hydrocarbures, c’est-à-dire à priver ces pays —en principe exportateurs— de leur principale ressource financière.

Le mécanisme décrit par Steven Mnuchin est le suivant :
- La Syrie ne peut plus raffiner de pétrole depuis que ses installations ont été détruites soit par Daesh soit par les bombardements de la Coalition internationale contre Daesh.
- Depuis quatre ans, l’Iran fournit du pétrole raffiné à la Syrie en violation des précédentes sanctions unilatérales US. Ce pétrole est transporté par des compagnies occidentales travaillant pour la société publique russe Promsyrioimport. Cette société est rémunérée par la compagnie privée syrienne Global Vision Group qui est elle-même renflouée par la société iranienne Tabir Kish Medical and Pharmaceutical.
- In fine le Global Vision Group reverse une partie de ce qu’il a reçu au Hezbollah et au Hamas.

Il s’agit là d’une histoire à dormir debout :
- La Coalition internationale a pour objectif officiel de lutter contre Daesh. Pourtant de nombreux témoignages durant les quatre dernières années attestent qu’elle a alternativement bombardé l’État islamique lorsqu’il débordait la zone qui lui avait été allouée par le Pentagone (plan Wright), et qu’elle lui a au contraire parachuté des armes pour se maintenir dans la zone assignée. Les deux entités ont travaillé de concert à détruire les raffineries syriennes.
- Pourquoi impliquer le gouvernement russe dans un transfert pétrolier partant des raffineries iraniennes vers les ports syriens ?
- Pourquoi l’Iran aurait-il soudain besoin de la Syrie pour acheminer de l’argent au Hezbollah et au Hamas ?
- Pourquoi la Syrie acheminerait-elle de l’argent iranien au Hamas alors que l’organisation palestinienne —dont les dirigeants sont membres de la Confrérie des Frères musulmans— lui fait la guerre ?

Steven Mnuchin ne s’embarrasse pas de longues explications. Pour lui, la Syrie est criminelle, la Russie est son complice, tandis que l’Iran, le Hezbollah et le Hamas sont tous des « terroristes ». C’est là le plus important, le mot qui coupe court à toute réflexion.

Un proverbe français assure que « Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage ». Il ne faut donc pas espérer de logique dans la réponse du secrétaire Mnuchin à la proposition de médiation du président Poutine.

Progressivement, les États-Unis retirent leurs troupes des conflits où elles étaient engagées. Ils leur substituent des mercenaires sur le terrain (les jihadistes) et des sanctions économiques, version moderne du siège médiéval.

[1] Si au moyen-âge la chrétienté admettait des guerres entre les armées des souverains catholiques, elle condamnait les actions militaires délibérées contre des civils. Au XIIIème siècle, l’Église catholique condamna donc tous les sièges lorsqu’ils concernaient non pas uniquement des soldats, mais aussi des populations. Cette éthique est restée celle du Saint-Siège jusqu’à aujourd’hui. Par exemple, le pape Jean-Paul II s’opposa aux États-Unis lorsqu’ils prirent des sanctions économiques contre les Iraquiens à l’époque de Saddam Hussein. Son successeur, le pape François, est aujourd’hui muet sur la question

http://www.voltairenet.org/article204077.html

Syrie : l’aviation russe frappe les auteurs présumés de l’attaque contre Alep

Syrie : l’aviation russe frappe les auteurs présumés de l’attaque contre Alep

Syrie : l'aviation russe frappe les auteurs présumés de l'attaque contre Alep© Sergey Pivovarov Source: Sputnik
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L’armée russe a ciblé des positions de groupes rebelles qu’elle accuse d’être à l’origine d’une attaque chimique menée la veille contre la ville d’Alep, et suite à laquelle plus de 100 personnes ont été hospitalisées.

Le ministère russe de la Défense a annoncé ce 25 novembre que l’armée russe avait mené des frappes aériennes en Syrie contre plusieurs positions de «groupes rebelles et djihadistes». Moscou accuse ces groupes d’avoir utilisé des armes chimiques lors de l’attaque du 24 novembre dans le nord-ouest d’Alep, zone contrôlée par les forces gouvernementales.

«Toutes les cibles ont été détruites», a précisé le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov, qui a indiqué que l’armée russe avait visé des «groupes terroristes» se trouvant dans la zone tampon d’Idleb, contrôlée par le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Sham. Ces derniers ont tiré sur un quartier d’Alep à l’aide de lance-grenades des «explosifs contenant apparemment du chlore», a poursuivi Igor Konachenkov, citant une source militaire russe sur place.

Le 24 novembre en fin de soirée, citant des «sources médicales», l’agence syrienne Sana faisait savoir que l’attaque ayant visé Alep avait provoqué au moins «100 cas de suffocation» parmi les civils.

Le directeur des services de santé d’Alep, Ziad Hajj Taha, avait quant à lui évoqué une «probable» attaque «au gaz de chlore toxique», sur la base des symptômes présentés par les blessés.

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, avait pour sa part déclaré que le bombardement d’Alep avait été perpétré par «des terroristes et des combattants depuis des territoires placés sous leur contrôle». La voix de la diplomatie russe a qualifié cette opération de «tentative de saboter le processus de normalisation de la vie en Syrie» à laquelle la «communauté internationale» est tenue de réagir.

Lire aussi : Alep : «L’attaque au chlore attribuée aux rebelles trouble le statu quo» (ENTRETIEN)

https://francais.rt.com/international/55844-syrie-aviation-russe-frappe-auteurs-presumes-attaque-alep

Les clauses secrètes de l’accord gazier entre Chypre, la Grèce, l’Italie et Israël

Les clauses secrètes de l’accord gazier entre Chypre, la Grèce, l’Italie et Israël

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Chypre, la Grèce, l’Italie et Israël sont parvenus à conclure un accord sur la construction commune d’un gazoduc en Méditerranée. Il s’agira de l’ouvrage le plus long et le plus profond en mer. Il n’aura qu’une capacité modeste de 12 milliards de m3 par an. Estimé à 8 milliards de dollars, il devrait être mis en service dans 5 ans. Cependant la date de début des travaux n’a pas été annoncée.

L’Égypte, la Palestine, le Liban, la Syrie et la Turquie ne font pas officiellement partie de cet accord alors qu’ils sont concernés par le champ gazier découvert en 2011.

Note : la Turquie n’a aucun rapport avec ce champ, mais occupe Chypre-Nord qui est concerné par lui. En février 2018, la marine militaire turque avait empêché un navire d’exploration italien de sonder les fonds dans les eaux territoriales chypriotes du Nord. En juin, le président Recep Tayyip Erdoğan avait menacé toute entité qui s’aviserait d’entreprendre des recherches sans son autorisation dans cette zone occupée.

En réalité, il semble que le Hamas et l’Égypte soient parties prenantes à cet accord.
- L’autorisation donnée au début du mois par Israël au Qatar de prendre en charge les fonctionnaires de Gaza serait la contrepartie de la reconnaissance par le Hamas de la frontière maritime de la Palestine tracée unilatéralement par Israël. Le gaz palestinien serait donc exploité par Israël et les droits reversés par le Qatar au Hamas.
- Israël a également signé un accord avec l’Égypte pour lui exporter du gaz. Cet accord parallèle a été conclu via la société East Gas, dont les services secrets égyptiens sont l’actionnaire majoritaire. Là encore, du gaz offshore égyptien serait exploité par Israël, puis ré-acheminé en Égypte pour y être liquéfié et exporté.

Ces contournements visent à masquer les contradictions entre les rhétoriques officielles des dirigeants et la réalité de leurs pratiques.

L’ensemble de ces accords a été parrainé par l’Union européenne et le Qatar.

http://www.voltairenet.org/article204084.html

S-300 en Syrie: état des lieux préliminaire

S-300 en Syrie: état des lieux préliminaire


Par The Saker – Le 9 novembre 2018 – Source UNZ Review

2015-09-15_13h17_31-150x112Nous en savons maintenant un peu plus au sujet de la version de la famille S-300 que les Russes ont livrée aux Syriens : les Russes ont converti un certain nombre de systèmes S-300PM et S-300P2 en version d’exportation S-300PMU-2 « Favorit » qui, soit dit en passant, est aussi la version que la Russie a livrée aux Iraniens et aux Chinois. Ce système utilise le missile 48N6E2 et a une portée officielle de 195 km. Je vais ignorer le reste des détails techniques et simplement dire qu’il s’agit d’une modification récente dotée d’excellentes capacités. Toutes les rumeurs selon lesquelles la Russie fournirait une version obsolète du S-300 sont désormais fausses – comme d’habitude.

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En fait, ce n’est pas la première fois que les Russes livrent un système de défense antiaérienne « contraignant Israël » : en 1983, l’URSS a livré plusieurs systèmes de défense antiaérienne S-200VE « Vega-E » (SA-5b) à la Syrie, ce qui a considérablement limité les opérations israéliennes au-dessus du territoire, et même pour les AWACS [avions de détection et de commandement aéroporté] autour de la Syrie.

Combinés aux systèmes de guerre électronique (EW) également fournis par la Russie, ces systèmes de défense aérienne ont clairement un impact sur les opérations américaines et israéliennes. Et tandis que les Américains admettent que c’est un problème pour eux, les Israéliens, comme d’habitude, se sont plaints de cette livraison et se sont vantés de ne pas s’en soucier du tout, ajoutant qu’ils continueraient à bombarder la Syrie dès qu’ils en ressentiraient le besoin. Les Israéliens ont même déclaré qu’ils seraient prêts à tuer les équipages russes [opérant des S-300] si on leur tirait dessus. Sauf que, jusqu’à présent, les Israéliens sont restés en dehors du ciel syrien – gardez à l’esprit que, selon des sources israéliennes, en 2017, leurs avions ont attaqué la Syrie plus de 200 fois, soit environ une attaque tous les deux jours !

Cette fois-ci, non seulement les Israéliens sont confrontés à un système de défense aérienne beaucoup plus compétent, mais ce système est également très mobile et donc beaucoup plus difficile à localiser, ce qui compliquera considérablement les attaques futures. En outre, puisqu’un bataillon S-300PMU2 peut suivre 300 cibles (et en allumer 36 avec 72 missiles simultanément) à très longue portée, les Syriens vont maintenant améliorer considérablement leurs capacités d’alerte précoce, ce qui rendra beaucoup plus difficile la tâche des Israéliens pour mener des attaques surprises contre la Syrie.

Tôt ou tard, cependant, nous pouvons être assez confiants que les Israéliens et les États-Unis devront essayer de frapper à nouveau la Syrie, ne serait-ce que pour des raisons de relations publiques. En fait, cela ne devrait pas être trop difficile pour eux, voici pourquoi :

Premièrement, et contrairement à ce que l’on prétend souvent, il n’y a pas assez de S-300/S-400 en Syrie pour « verrouiller » tout l’espace aérien syrien. Oui, les Russes ont effectivement créé une zone d’exclusion aérienne de facto au-dessus de la Syrie, mais pas une zone pouvant résister à une attaque importante et déterminée. Ce que les forces combinées russes et syriennes ont fait jusqu’à présent, c’est de refuser aux agresseurs anglo-sionistes certaines zones spécifiques de l’espace aérien au-dessus et autour de la Syrie. Cela signifie qu’elles peuvent protéger certaines cibles spécifiques de grande valeur. Cependant, dès que les États-Unis/Israël auront une idée de ce qui a été déployé et de la manière dont fonctionne tout ce réseau de défense antiaérienne intégré, ils seront en mesure de planifier des frappes qui, bien que peu efficaces, seront présentées par la machine de propagande comme un succès majeur pour les AngloZionistes.

Deuxièmement, les opérations de défense aérienne sont toujours une affaire de quantité. Même si vous supposez que chaque missile de défense aérienne atteint sa cible, vous ne pouvez toujours pas abattre plus de missiles que vous n’en avez vous-même à disposition immédiate. Les États-Unis/OTAN/CENTCOM peuvent, si nécessaire, engager beaucoup plus de missiles, dans une attaque de saturation, que les Russes ne peuvent en détruire. Cela ne devrait pas changer dans un avenir prévisible.

Troisièmement, les États-Unis/OTAN/CENTCOM/IDF (Israël) disposent tous de capacités de guerre électronique (EW) avancées qui leur permettront d’essayer de perturber les capacités de tir et de reconnaissance russes, en particulier si les aéronefs à faible signature radar (plus ou moins furtifs, tels que les F-22, F-35, B-1B, etc.) sont utilisés dans les attaques. Les avions (et les missiles) à faible signature radar n’opèrent pas seuls et, en réalité, ils sont souvent engagés avec le soutien d’un effort déterminé de guerre électronique.

Enfin, l’Empire possède également des armes à longue portée qui pourraient être utilisées pour frapper la Syrie (comme le missile de croisière, lancé par avion, AGM-158 JASSM à faible signature radar), en particulier lors d’une guerre électronique combinée et d’une attaque de missiles munis d’appareils de contre-mesures, comme le précédent.

Ainsi, tout ce que les Anglo-sionistes peuvent faire est d’être très prudents dans le choix des voies d’approche et des cibles, d’utiliser des avions et des missiles à faible visibilité aux radars sous le couvert d’un solide engagement de guerre électronique, puis d’utiliser un nombre suffisant de missiles pour donner l’impression que l’Empire a vaincu les défenses antiaériennes russe et syrienne.

À en juger par leurs attaques passées contre la Syrie, les États-Unis et les Israéliens sont beaucoup plus préoccupés par la nécessité de paraître très puissants, efficaces et quasi invulnérables que par la réalisation de certains objectifs significatifs. Bien sûr, cette nécessité de paraître invulnérable signifie également que les Anglo-sionistes ne peuvent pas vraiment se permettre de laisser abattre un de leurs avions, d’où leur réticence actuelle à tester les capacités de la défense aérienne syrienne.

Mais, un jour ou l’autre, les Israéliens devront essayer de « vaincre le S-300 » comme ils le disent.

Le problème pour les Israéliens est qu’ils n’ont pas vraiment de bonnes options. La difficulté étant plutôt politique que technologique.

Supposons que les Israéliens mènent une frappe réussie contre une cible sérieuse –  si leur attaque est symbolique, les Russes et les Syriens peuvent simplement limiter leur réponse aux protestations et dénonciations habituelles, et ne prendre aucune mesure réelle – sinon que ferait la Russie ? Eh bien, les Russes – Shoigu en particulier – ont déjà indiqué qu’ils augmenteraient le nombre de batteries S-300 (et de systèmes d’assistance requis) en Syrie si nécessaire. Ainsi, le succès d’une attaque en Syrie aura pour principal effet de rendre la planification et l’exécution d’attaques ultérieures encore plus difficiles. Serait-ce vraiment un résultat souhaitable pour les Israéliens ? Je ne le pense pas.

Si chaque frappe israélienne réussie rend chaque frappe ultérieure encore plus difficile tout en augmentant le danger pour les aéronefs israéliens, à quoi servirait de telles attaques ? Existe-t-il en Syrie des cibles de grande valeur dont la destruction justifierait une nouvelle dégradation de la situation en Syrie ? Inversement, si vous étiez syrien (ou iranien), ne voudriez-vous pas que les Israéliens attaquent la Syrie – ou même les batteries de S-300 – assez durement pour obliger les Russes à fournir encore plus de systèmes de défense antiaérienne ? Et  pas nécessairement des S-300, soit dit en passant !

Comme dans le cas du Hezbollah au Liban, qui, incidemment, est né de  l’invasion israélienne du Liban en 1982, et de l’arrivée au pouvoir de Hassan Nasrallah au poste de secrétaire général de l’organisation, après assassinat d’Abbas al Moussawi par les Israéliens 1992, les Israéliens redécouvrent encore et encore le même truisme : alors que la violence simple et brutale semble être efficace à court terme, à moyen et à long terme, elle échoue à moins d’être soutenue par des mesures politiques significatives. La grande vérité axiomatique que les Israéliens refusent encore obstinément de reconnaître est que toute sécurité réelle est toujours collective, ce que les Russes répètent depuis des années maintenant. Dans le cas de la Syrie, Israël ferait bien mieux de négocier un accord quelconque avec les Russes, les Iraniens et les Syriens – même officieux ! – Plutôt que d’essayer de l’emporter en faisant exploser des objectifs en Syrie.

Je dirais même qu’avec la présidence de Trump, la vitesse d’effondrement de l’empire Anglo-sioniste augmentant considérablement, les Israéliens doivent commencer à élaborer des plans pour associer d’autres acteurs à leur politique régionale. La vérité est que les États-Unis ne sont plus en position de rester un acteur clé de la politique du Moyen-Orient et que des décennies de soumission abjecte à l’agenda du Likoud ont ​​irrémédiablement porté atteinte à la crédibilité et à l’influence des États-Unis au Moyen-Orient – et dans le reste du monde. Je comparerais la livraison de batteries S-300PMU-2 « Favorit » à la Syrie à une ouverture au jeu d’échecs ou à un mouvement irréversible comme un roque, il ne décide pas, à lui seul, de l’issue de la partie, mais crée un environnement de base avec lequel les deux joueurs devront composer.

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Pantsir muni de missiles à moyenne portée

Pour les Russes, la prochaine étape est tout à fait évidente : continuer à fournir aux Syriens  tous les types de systèmes de défense aérienne – en particulier davantage de Pantsirs – dans le but de protéger à terme l’ensemble de l’espace aérien syrien contre toute attaque des États-Unis ou d’Israël. Les principaux éléments d’un réseau de défense aérienne multi-niveau sont déjà déployés, la Syrie n’ayant maintenant besoin que d’en augmenter la quantité. J’espère vraiment que la Russie les fournira.

The Saker 

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/s-300-en-syrie-etat-des-lieux-preliminaire

 

Syrie : des spécialistes nord-coréens aux abords d’Idleb

Syrie : des spécialistes nord-coréens aux abords d’Idleb

Une unité spéciale de sapeurs de la seconde artillerie nord-coréenne a inspecté le jeudi 15 novembre 2018 les abords de la ligne de démarcation entre le dernier poste d’observation militaire syrien et la zone franche d’Idleb.

Accompagnés par des membres de la garde républicaine syrienne et des artilleurs confirmés, les nord-coréens ont établi un plan de feu assez peu conventionnel et ont fait part de leurs observations aux militaires syriens.

Il s’avère que les groupes terroristes protégés par l’OTAN n’aient jamais abandonné leurs armes lourdes et aient profité de la trêve pour consolider et renforcer leurs fortifications avec l’aide des conseillers militaires de l’OTAN.

Damas est confronté actuellement à deux défis majeurs :

Le premier est l’enclave rebelle d’Idlib qu’il faut réduire ;

Le second est la dissémination de camps militaires de marines US mais également de forces spéciales françaises, italiennes et britanniques sur des rives septentrionales de l’Euphrate jusqu’aux confins syro-jordano-irakiens. Parmi ces camps, deux représentent une menace directe pour la Syrie :  1. Al-Rokab, déguisé en camp de réfugiés à la frontière jordanienne et utilisé pour le recrutement, la formation et le lancement de nouvelles vagues ee rebelles ;
2. La base fortifiée d’Al-Tanf où se sont retranchés des forces US et israélienne sous la protection du dispositif militaire basé en Irak et en Jordanie.  Cette base est encerclée de toutes parts par des milices syriennes et iraniennes, qui toutefois, s’abstiennent de se rapprocher à moins de 70 kilomètres de ma base. Les tentatives d’approche précédentes ont toutes donné lieu à une solide intervention aérienne en milieu désertique ouvert. Ce qui a laissé très peu de chance aux assaillants.

Les camps de l’extrême nord ne représentent pas un danger pour Damas et sont gérés dans le cadre de l’avenir de la question kurde syrienne, laquelle semble absorbée par le Kurdistan irakien et lourdement influencé par le militantisme politique et militaire des kurdes de Turquie. Cette question éminemment régionale fort complexe est l’une des cartes à jouer après la guerre.

Syrie : des spécialistes nord-coréens aux abords d’Idleb

Syrie : des spécialistes nord-coréens aux abords d’Idleb

Syrie : neutralisation de la dernière poche de Daech dans le Sud du pays

Syrie : neutralisation de la dernière poche de Daech dans le Sud du pays

Des unités de la division III des forces armées syriennes, soutenus par des unités de la brigade du tigre ont réduit par le feu la dernière poche de Daech dans la province méridionale de Deraa, où débuta la guerre en Syrie.

Plus à l’Est, des avions de combat US et d’autres pays non identifié ont encore utilisé des bombes à sous munitions et des bombes au phosphore blanc contre des localités syriennes, noramment à Hajin. Offciellement, les avions de la coalition bombardent des objectifs de Daech mais la prolifération d’éléments de cette organisation près de l’Euphrate, où se concentre des camps militaires étrangers laissent croire à une complicité. C’est du moins l’avis des officiels syriens, iraniens et russes. Lequel avis est confirmé par les témoignages des troupes, l’imagerie spatiale, l’intelligence humaine et la collecte du signal électromagnétique.

En réduisant la dernière poche noire du Sud de la Syrie, Damas semble transmettre un message à Washington dont la coalition qu’elle dirige en Syrie, disposant de moyens militaires infiniment plus puissants que ceux de l’Armée syrienne, semblent patauger dans la « lutte contre un terrorisme sans fin », servant plus à justifier leur présence que de réellement à chercher à éradiquer un groupe qu’ils ont eux-même créé.

C’est le dilemme de la formule décrépie et périmée de la « guerre contre le terrorisme »®.

Syrie : neutralisation de la dernière poche de Daech dans le Sud du pays

Le sommet d’Istanbul sur la Syrie a été un succès mais les mises en garde demeurent

Le sommet d’Istanbul sur la Syrie a été un succès mais les mises en garde demeurent


Par MK Bhadrakumar – Le 29 octobre 2018 – Source Strategic Culture

2015-03-19_14h09_03Le sommet des quatre nations Turquie-Russie-Allemagne-France sur la Syrie, qui s’est tenu à Istanbul le 27 octobre, a obtenu un résultat impressionnant. Tous les participants – chacun avec ses propres intérêts – ont retiré quelque chose du sommet, ce qui est en soi une mesure du succès de la manifestation. Ceci est également important car les participants ont maintenant une raison de travailler ensemble.

Istanbul Summit on Syria Was a Success but Caveats Remain

Un tel résultat peut être interprété de la manière suivante. D’abord et avant tout, un conflit régional majeur ayant une incidence sur la sécurité internationale a été traité sans la participation des États-Unis. Un signe de notre époque ?

Deuxièmement, les participants ne se sont pas querellés au sujet du destin du président Bachar al-Assad. Le débat devient futile aujourd’hui compte-tenu des réalités du terrain. La nation syrienne devrait décider de son avenir. C’est aussi la demande d’Assad.

Troisièmement, une réflexion sérieuse a été engagée sur le chemin vers un règlement syrien – cessez-le-feu, rédaction de la nouvelle constitution suivie d’élections sous la supervision de l’ONU.

Quatrièmement, les participants ont ignoré le plan américano-israélien de balkanisation de la Syrie en sphères d’influence et ont également brisé le rêve israélien d’obtenir, dans le cadre de l’arrangement, une légitimité internationale pour son occupation illégale du plateau du Golan.

Cinquièmement, l’Allemagne et la France se sont montrées sensibles à la demande russe qui a insisté sur l’urgence de fournir une aide humanitaire à la Syrie et d’aider à la reconstruction – les États-Unis ont subordonné cette décision à la destitution d’Assad. Nous devrons voir comment cela se déroulera, mais le sommet a également souligné l’importance du retour des réfugiés syriens –  question cruciale pour les pays européens.

Sixièmement, les participants ont reconnu que les terroristes encore en Syrie devaient être éliminés, même s’ils appuyaient également de manière significative l’accord de cessez-le-feu d’Idlib, conclu entre la Turquie et la Russie.

Le résultat final est que l’ordre syrien d’après-guerre fait actuellement l’objet de discussions. Cependant, il faut aussi comprendre que la guerre par procuration ne se termine pas, mais se transforme en une guerre diplomatique à venir et qui sera bien entendu vivement combattue, compte tenu des intérêts divergents des protagonistes extérieurs.

De manière générale, la Russie et la Turquie commandent dès maintenant. Leurs propres visions sont bonnes mais il y a aussi des zones grises. L’importance d’une coordination étroite entre la Russie et la Turquie ne peut être que soulignée.

L’Iran ne peut pas se réjouir d’avoir été exclu du sommet d’Istanbul. Mais cela peut montrer aussi une sous-estimation du fait que l’Iran n’est pas en position d’affirmer ses intérêts légitimes. Les consultations étroites entre la Russie et l’Iran – et pas seulement en ce qui concerne la Syrie – sont bien entendu le facteur atténuant.

De même, l’attitude saoudienne « post-Khashoggi » à l’égard de la Syrie reste le « known unknown ». Les États-Unis sont en mesure de faire chanter l’Arabie saoudite pour continuer à financer leur présence militaire en Syrie, mais les Saoudiens peuvent ne pas avoir envie de projeter leur puissance à l’étranger. Quelque chose a fondamentalement changé : les Saoudiens ne sont pas habitués à ce que leur prestige soit traîné dans la boue, comme ce fut le cas le mois dernier, et l’expérience traumatique ne peut que donner à réfléchir.

De plus, les Saoudiens n’osent pas croiser le fer avec la Turquie sur le terrain de jeu syrien. Surtout, les Saoudiens ne voudraient pas saper les efforts de la Russie pour stabiliser la Syrie, car la bonne volonté et la coopération de Moscou sont extrêmement vitales pour Riyad au cours de la période à venir, maintenant que la raison d’être de son « Pivot vers l’Est » est incontestable.

Fondamentalement, la France et l’Allemagne sont des poids légers en Syrie. L’agenda était limité au sommet d’Istanbul. La Russie doit savoir parfaitement qu’en dernière analyse, la participation des États-Unis est cruciale. Il est tout à fait concevable que lors du prochain sommet russo-américain à Paris le 11 novembre, la Syrie soit un sujet de discussion majeur.

La politique américaine en Syrie est à la croisée des chemins et dépendra beaucoup de la position du président Trump à la suite des élections de mi-mandat du 6 novembre aux États-Unis.

Clairement, la situation était loin d’être celle de trois alliés importants des États-Unis organisant une mutinerie sur le navire de l’OTAN. L’Allemagne et la France auront certainement consulté Washington avant le sommet d’Istanbul – qui se prépare depuis des mois.

La grande question est de savoir comment évoluent les relations américano-turques. L’affaire Khashoggi a créé une certaine proximité entre les États-Unis et la Turquie. Ironiquement, le Deep State en Amérique et Trump sont sur la même longueur d’onde, redécouvrant l’importance vitale de la Turquie pour les stratégies régionales des États-Unis.

Les porte-parole du Deep State accusaient le président turc Recep Erdogan d’être « islamiste » et « autoritaire », etc., et ont probablement même tenté de le renverser lors du coup d’État manqué de 2016, mais aujourd’hui, ils le louent pour avoir épousé la démocratie islamique, la panacée pour la région.

Erdogan, à son tour – ou du moins une partie de lui-même – avait toujours rêvé de la reconnaissance de l’Occident, alors qu’il cherchait le rôle de leader historique de la Turquie au Moyen-Orient, et la particularité de servir de pont entre l’Ouest et la région. De même, Trump sera éternellement reconnaissant à Erdogan de s’abstenir de tout raconter sur l’affaire Khashoggi et de l’avoir aidé à mettre fin à une crise majeure pour sa présidence sur le front de la politique étrangère.

Inutile de préciser que cette transition dans l’amour vache entre les États-Unis et la Turquie peut affecter profondément la géopolitique du Moyen-Orient – à condition bien sûr que Washington joue soigneusement ses cartes en ce qui concerne la liste de souhaits d’Erdogan sur une foule de questions en suspens, y compris certaines d’une grande sensibilité.

La Syrie est quelque part au sommet des priorités d’Erdogan. Si désagréable que cela puisse paraître, Erdogan s’attendra à ce que les Américains poussent leurs alliés kurdes syriens dans le fossé. Hier, l’armée turque a bombardé les positions kurdes à l’Est de l’Euphrate.

Il est maintenant difficile de prédire comment la politique turque se déroulera en Syrie, car les variables sont trop nombreuses. Un rapprochement américano-turc est difficile à réaliser. Mais pourtant les Turcs et les Américains sont aussi de vieux alliés et ils ont le moyen de se creuser la tête pour recommencer à travailler ensemble.

MK Bhadrakumar

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

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