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Les Kurdes sont confrontés à de sombres options après le retrait des États-Unis

Les Kurdes sont confrontés à de sombres options après le retrait des États-Unis

Oubliez un Kurdistan indépendant : Les Kurdes devront peut-être conclure un accord avec Damas pour partager leur région avec les réfugiés arabes sunnites.

Par Pepe EscobarMondialisation.ca, 18 octobre 2019Région : Moyen-Orient et Afrique du NordThème: Guerre USA OTANAnalyses: SYRIE

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Dans les annales des tweets explosifs de Trump, celui-ci est tout simplement stupéfiant : ici, nous avons un président des États-Unis qui révèle l’intervention de 8 billions de dollars au Moyen-Orient pour une guerre sans fin basée sur une « fausse prémisse ». Pas étonnant que le Pentagone ne rigole pas.

Le tweet de Trump fragmente le spectacle géopolitique surréaliste de la Turquie attaquant un territoire syrien de 120 kilomètres de long à l’est de l’Euphrate pour en expulser les Kurdes syriens. Même après que le président turc Recep Tayyip Erdogan ait approuvé avec Trump les termes de l’opération Orwellienne nommée « Opération Printemps de la Paix », Ankara peut maintenant être confrontée au risque de sanctions économiques étasuniennes.

Le récit occidental prédominant attribue aux Forces Démocratiques Syriennes (FDS), principalement kurdes, le combat et la défaite de l’État Islamique (EI), également connu sous le nom de Daesh. Les FDS sont essentiellement une collection de mercenaires travaillant pour le Pentagone contre Damas. Mais de nombreux citoyens syriens affirment que l’EI a en fait été vaincue par l’Armée Arabe Syrienne (AAS), l’expertise aérienne et technique russe et les conseillers et forces spéciales de l’Iran et du Hezbollah.

Bien qu’Ankara puisse considérer les Kurdes du YPG – les « Unités de Protection du Peuple » – et le PKK comme des « terroristes » (dans le cas du PKK aligné sur Washington), l’Opération Printemps de la Paix n’a dans le principe rien à voir avec un massacre des Kurdes.

Les faits sur le terrain permettront de savoir si l’offensive turque a été marquée par le nettoyage ethnique. Il y a un siècle, peu de Kurdes vivaient dans ces régions, peuplées principalement d’Arabes, d’Arméniens et d’Assyriens. Ce n’est donc pas un nettoyage ethnique sur des terres ancestrales. Mais si l’on en croit la ville d’Afrin, les conséquences pourraient être graves.

Dans ce mélange étourdissant, entre en jeu un possible et rude pacificateur : la Russie. Moscou avait auparavant encouragé les Kurdes syriens à parler à Damas pour empêcher une campagne turque – en vain. Mais le ministre des Affaires étrangères Sergey Lavrov n’abandonne jamais. Il a maintenant déclaré : « Moscou demandera le début des pourparlers entre Damas et Ankara« . Les liens diplomatiques entre la Syrie et la Turquie sont rompus depuis sept ans.

Alors que le Printemps de la Paix roule pratiquement sans opposition, le général kurde Mazloum Kobani Abdi a fait monter les enchères, déclarant aux Étasuniens qu’il devra conclure un accord avec Moscou pour une zone d’exclusion aérienne pour protéger les villes et villages kurdes contre les forces armées turques. Les diplomates russes, officieusement, disent que cela n’arrivera pas. Pour Moscou, le Printemps de la Paix est considéré comme « le droit de la Turquie à assurer sa sécurité« , selon les termes du porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov. Tant que cela ne se transforme pas en catastrophe humanitaire.

Pas de Kurdistan indépendant

Du point de vue de Washington, tout ce qui se passe dans le spectre instable Iran-Irak-Syrie-Turquie est soumis à deux impératifs : 1) géopolitiquement, briser ce qui est considéré régionalement comme l’axe de résistance : L’Iran, l’Irak, la Syrie, le Hezbollah ; et 2) géostratégiquement, empêcher l’intégration de l’Initiative Ceinture et Route dirigée par les Chinois en Irak et en Syrie, sans parler de la Turquie.

Quand Erdogan a fait remarquer que le sommet trilatéral d’Ankara le mois dernier a été « productif« , il déclarait essentiellement que la question kurde avait été réglée par un accord entre la Russie, la Turquie et l’Iran.

Les diplomates ont confirmé que le Comité Constitutionnel Syrien travaillera d’arrache-pied à la mise en place d’une fédération, ce qui implique que les Kurdes devront retourner à Damas. Téhéran pourrait même jouer un rôle dans l’apaisement des choses, car les Kurdes iraniens sont également devenus très actifs au sein du commandement des YPG.

En fin de compte, il n’y aura pas de Kurdistan indépendant – comme l’indique une carte publiée précédemment par l’agence de presse Anadolu.

Du point de vue d’Ankara, l’objectif de l’Opération Printemps de la Paix fait suite à ce qu’Erdogan avait déjà annoncé au Parlement turc, à savoir organiser le rapatriement de pas moins de deux millions de réfugiés syriens vers un ensemble de villages et de villes répartis sur une zone de sécurité de 30 km de large sous la direction de l’armée turque.

Pourtant, rien n’a été dit sur ce qu’il advient d’un million et demi de réfugiés supplémentaires, 1,6 million présumés également en Turquie.

Les menaces kurdes visant à libérer le contrôle de 50 prisons détenant au moins 11 000 djihadistes de l’EI/Daesh ne sont que cela, des menaces. Il en va de même pour le camp de détention d’al-Hol, qui abrite 80 000 membres de familles de l’EI, un chiffre stupéfiant. S’ils étaient relâchés, ces djihadistes s’en prendraient aussitôt aux Kurdes.

Elijah Magnier, ancien correspondant de guerre et analyste des risques, résume parfaitement les vœux pieux des Kurdes par rapport aux priorités de Damas, Téhéran et Moscou :

Les Kurdes ont demandé à Damas, en présence de négociateurs russes et iraniens, de leur permettre de garder le contrôle des très riches gisements pétroliers et gaziers qu’ils occupent sur un peu moins du quart du territoire syrien. En outre, les Kurdes ont demandé qu’on leur donne le contrôle total de l’enclave à la frontière avec la Turquie sans aucune présence ou activité de l’armée syrienne. Damas ne veut pas jouer le rôle de garde-frontière et souhaite reprendre le contrôle de tout le territoire syrien. Le gouvernement syrien veut mettre fin aux accommodements que les Kurdes offrent aux États-Unis et à Israël, comme cela a été le cas pour les Kurdes d’Irak.

Les options pour les Kurdes des YPG sont claires. Ils réalisent lentement qu’ils ont été utilisés par le Pentagone comme mercenaires. Soit ils deviennent membres de la fédération syrienne, renonçant à une certaine autonomie et à leurs rêves hyper-nationalistes, soit ils devront partager la région où ils vivent avec au moins deux millions de réfugiés sunnites arabes relocalisés sous la protection de l’armée turque.

La fin du rêve est proche. Dimanche, Moscou a négocié un accord selon lequel, les villes frontalières clés de Manbij et Kobane, dominées par les Kurdes, retournent sous le contrôle de Damas. Les forces turques devront donc reculer, faute de quoi elles seront directement confrontées à l’Armée Arabe Syrienne. L’accord qui change la donne doit être interprété comme un premier pas vers le retour de l’ensemble du nord-est de la Syrie sous le contrôle de l’État.

Le bilan géopolitique met en évidence un sérieux clivage au sein de l’accord d’Ankara. Téhéran et Moscou – sans parler de Damas – n’accepteront pas l’occupation turque de près d’un quart du territoire syrien souverain et riche en énergie, en remplacement de ce qui était de facto une occupation étasunienne. Les diplomates confirment que Poutine a souligné à plusieurs reprises à Erdogan l’impératif de l’intégrité territoriale syrienne. L’agence de presse syrienne SANAa qualifié le Printemps de la Paix « d’acte d’agression ».

Ce qui nous amène à Idlib. Idlib est une province pauvre et rurale peuplée de djihadistes salafistes ultra durs – la plupart d’entre eux sont liés à une myriade d’incarnations successives de Jabhat al-Nusra, ou Al-Qaïda en Syrie. En fin de compte, Damas, avec l’appui de la puissance aérienne russe, finira par nettoyer Idlib, générant une vague supplémentaire de réfugiés. En plus d’investir dans sa zone de sécurité au Kurdistan syrien, ce qu’Erdogan essaie d’empêcher, c’est un exode supplémentaire de 3,5 millions de sunnites, pour la plupart hardcore, en Turquie.

L’historien turc Cam Erimtan m’a ditn comme il l’explique dans cet essai, qu’il s’agit du conflit entre le « municipalisme libertaire » post-marxiste de l’axe turco-syrien PKK/PYD/YPG/YPJ et la marque de l’Islam défendu par le parti AKP de Erdogan :

« La fusion enivrante de l’islamisme et du nationalisme turc, qui est devenue la marque de fabrique et la monnaie commune de l’AKP dans la Nouvelle Turquie, fait que les Kurdes de Syrie, en tant que groupe social, sont désormais universellement identifiés comme les ennemis de l’Islam« . Ainsi, ajoute Erimtan, « les Kurdes ont maintenant pris la place d’Assad comme ennemi impie à côté qui doit être vaincu« .

Sur le plan géopolitique, le point crucial reste qu’Erdogan ne peut se permettre de s’aliéner Moscou pour une série de raisons stratégiques et économiques, allant du gazoduc Turk Stream à l’intérêt d’Ankara d’être un noeud actif de l’Initiative Ceinture et Route ainsi que de l’Union Économique Eurasienne et de devenir membre à part entière de l’Organisation de Coopération de Shanghai, tous axés sur l’intégration eurasienne.

Le gazoduc Turk Stream

Gagnant-gagnant

Et alors que la Syrie s’effondre, l’Irak se calme.

Le Kurdistan irakien vit un monde à part et n’a pas été touché par les protestations irakiennes, motivées par de véritables griefs contre le marécage de la politique corrompue au cœur de Bagdad. Les détournements ultérieurs pour un programme géopolitique spécifique étaient inévitables. Le gouvernement affirme que les forces de sécurité irakiennes n’ont pas tiré sur les manifestants. C’était le travail des tireurs d’élite.

Des hommes armés en cagoules ont attaqué les bureaux de nombreuses chaînes de télévision à Bagdad, détruisant le matériel et les installations de diffusion. En outre, des sources iraquiennes m’ont dit que des groupes armés visaient des infrastructures vitales, comme les réseaux et les centrales électriques, en particulier à Diwaniyah, dans le sud. Cela aurait plongé tout le sud de l’Irak, jusqu’à Bassorah, dans l’obscurité, déclenchant ainsi de nouvelles protestations.

L’analyste pakistanais Hassan Abbas a passé 12 jours à Bagdad, Najaf et Karbala. Il a déclaré que la police fortement militarisée s’est occupée des protestations, « optant pour l’usage de la force dès le départ – une mauvaise stratégie« . Il a ajouté : « Il y a 11 forces de l’ordre différentes à Bagdad avec différents uniformes – la coordination entre elles est extrêmement faible dans des circonstances normales« .

Mais surtout, a souligné Abbas :

« Beaucoup de gens à qui j’ai parlé à Karbala pensent que c’est la réponse étasunienne à l’inclinaison irakienne vers la Chine« .

Cela correspond tout à fait à cette analyse exhaustive.

L’Irak n’a pas suivi les sanctions – illégales – de l’administration Trump sur l’Iran. En fait, elle continue d’acheter de l’électricité à l’Iran. Bagdad a finalement ouvert le poste frontière crucial entre l’Irak et la Syrie d’Al-Qaem. Le Premier ministre Adel Abdel Mahdi veut acheter des systèmes de missiles S-400 à la Russie.

Il a également déclaré explicitement Israël responsable du bombardement de cinq entrepôts appartenant au Hashd al-Shaabi, les unités de mobilisation populaire. Et non seulement il a rejeté l’accord du siècle conclu par l’administration Trump entre Israël et la Palestine, mais il a également essayé de faire office de médiateur entre l’Iran et l’Arabie Saoudite.

Et puis il y a – quoi d’autre ? – la Chine. Lors d’une visite d’État à Pékin le 23 septembre, Mahdi a conclu un accord « gagnant-gagnant » : de nombreux approvisionnements pétroliers ont été négociés avec des investissements dans la reconstruction de l’infrastructure. Et l’Irak sera un nœud certifié de l’Initiative Ceinture et Route (BRI), avec le président Xi Jinping vantant un nouveau « partenariat stratégique Chine-Irak ». La Chine envisage également d’entreprendre des travaux post-reconstruction en Syrie pour en faire un nœud clé des Nouvelles Routes de la Soie.

Ce n’est pas fini tant que la grosse dame (chinoise) chante en faisant des affaires. Pendant ce temps, Erdogan peut toujours chanter sur l’envoi de 3,6 millions de réfugiés en Europe.

Ce qui se passe, c’est une quadruple victoire. Les États-Unis effectuent un retrait pour sauver la face, que Trump peut vendre en évitant un conflit avec la Turquie alliée de l’OTAN. La Turquie a la garantie – par les Russes – que l’armée syrienne contrôlera la frontière turco-syrienne. La Russie empêche l’escalade de la guerre et maintient en vie le processus de paix russo-irano-turc. Et la Syrie finira par reprendre le contrôle de ses gisements de pétrole et de l’ensemble du nord-est.

Pepe Escobar

Article original en anglais :

Kurds Face Stark Options after US Pullback from Northern Syriapublié le 15 octobre 2019

Cet article a été publié initialement en anglais par Asia Times

Traduction par Réseau International

Source de la photo en vedette: flickr.comLa source originale de cet article est Mondialisation.caCopyright © Pepe Escobar, Mondialisation.ca, 2019

https://www.mondialisation.ca/les-kurdes-sont-confrontes-a-de-sombres-options-apres-le-retrait-des-etats-unis/5637953

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Le projet du Rojava peut-il survivre à la pression d’Assad et à l’assaut turc ?

Le projet du Rojava peut-il survivre à la pression d’Assad et à l’assaut turc ?

De hauts responsables au sein de l’administration pro-kurde du nord-est de la Syrie promettent de « continuer à gérer les choses comme avant » malgré l’accord avec Damas

Une Kurde syrienne brandit le drapeau du Parti de l’union démocratique (PYD) pendant une manifestation contre les menaces turques dans le gouvernorat syrien de Hassaké (AFP)Par Direnc BalikHeba NasserDate de publication: Jeudi 17 octobre 2019 – 13:37 | Dernière mise à jour: il y a 2 jours 7 heures83Shares

Depuis leur toute première apparition sur la scène politique au début de la guerre civile syrienne, le Parti de l’union démocratique (PYD) et ses branches armées – les Unités de protection du peuple (YPG) et les Unités de protection de la femme (YPJ) – ont toujours affirmé être plus que de simples défenseurs des Kurdes syriens.

Après avoir pris le contrôle de vastes pans du nord de la Syrie suite au retrait des forces de Bachar al-Assad en 2012, ils ont annoncé leur intention de mettre en œuvre une politique de confédéralisme démocratique.

Cette politique est une forme de démocratie décentralisée associée au féminisme, à la laïcité et à l’écosocialisme, basée sur la philosophie du dirigeant kurde d’origine turque Abdullah Öcalan, l’un des fondateurs du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

« Dis donc, le Kurde, on t’a pas vu à Omaha Beach… »Lire

Le PYD et ses branches armées ont affirmé que les idées d’Öcalan et leur mise en œuvre sur le terrain pourraient être un modèle pour la région, un modèle qui transcenderait les divisions basées sur le sexe, l’origine ethnique et la religion. 

Dimanche, un rude coup a été porté à cette vision. Face à la perspective d’une offensive de la Turquie sur la précaire administration autonome qu’il avait établi dans le nord-est, le PYD a signé avec Damas un accord prévoyant le déploiement de forces gouvernementales syriennes dans les zones contrôlées par le groupe.

Berivan Xalid, la coprésidente du conseil exécutif de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie, déclare à Middle East Eye qu’il n’y a pas eu de discussion sur la façon dont le nouvel accord affecterait la gouvernance du nord de la Syrie.

« Nos objectifs et ceux du régime sont la protection des frontières de la Syrie contre l’invasion turque et de la Syrie en général – la discussion n’a porté que sur les affaires militaires », affirme-t-elle.

« En tant qu’administration autonome, nous continuerons à gérer les choses comme avant, même sous les bombardements. Et nous verrons si dans les prochains jours, d’autres négociations auront lieu. »

Gains significatifs pour Assad

Cependant, d’autres estiment que l’avenir s’assombrit pour le Rojava – le nom kurde pour la région, qui signifie « ouest », en l’occurrence la partie occidentale du Kurdistan – maintenant qu’il est coincé entre une Turquie hostile et un gouvernement syrien désireux de reprendre toutes les terres perdues depuis 2011.

« Dans l’ensemble, [l’accord avec les Kurdes] a donné à Damas plus de terres en un jour que le régime a réussi à reprendre en plusieurs années de combats »

– Danny Makki, analyste

L’analyste syrien Danny Makki explique que le nouvel accord rendra à Damas des portions significatives du nord de la Syrie, y compris « des sources d’énergie, des aéroports militaires, des bâtiments administratifs et des zones frontalières ».

« En plus des villes de Kobané et de Manbij, Assad recevra également de grandes parties de Raqqa et sera autorisé à utiliser librement le territoire des FDS jusqu’à ce qu’un accord global soit conclu », indique-t-il à MEE.

« Dans l’ensemble, [l’accord] a donné à Damas plus de terres en un jour que le régime a réussi à reprendre en plusieurs années de combats. »

Un nouveau genre de politique ?

Le PKK, fondé en 1978 par des Kurdes en Turquie, adhérait à l’origine à une idéologie marxiste-léniniste radicale, favorable à l’Union soviétique et à Cuba.

L’objectif était un Kurdistan socialiste indépendant taillé, initialement, dans les régions à majorité kurde du sud-est de la Turquie.

Cependant, après la capture d’Öcalan en 1999, l’idéologie a commencé à évoluer.

Pourquoi un État national kurde est voué à l’échecLire

Écrivant depuis sa prison, Öcalan disait s’inspirer des travaux de Murray Bookchin, un anarchiste américain et écrivain socialiste libertaire qui est décédé en 2006 et qui prônait la nécessité d’une transition vers une société post-capitaliste basée sur la démocratie locale et l’écologie.

L’effondrement du pouvoir du gouvernement central en Syrie depuis le début de la guerre a fourni l’occasion d’appliquer ces idées sur le terrain, affirment les partisans de l’administration du Rojava.

Janet Biehl, écrivaine et militante qui était la compagne de Bookchin au moment de sa mort, a indiqué s’être rendue au Rojava à plusieurs reprises et avoir été témoin de la mise en pratique des nouvelles structures.

« L’idée originale était que les décisions seraient prises par la base et que le pouvoir serait ascendant. C’est ainsi que Bookchin l’a conçue, c’était censé être une démocratie ascendante », explique-t-elle à Middle East Eye.

Biehl précise que chaque commune – comprenant généralement un village ou un nombre fixe de ménages de la ville – dispose d’un certain nombre de comités se concentrant sur la paix, la sécurité, l’éducation, l’économie, la culture et l’art, les femmes, la santé, les infrastructures, les affaires sociales et la diplomatie.

Avec cela comme base, le reste de la structure démocratique se compose d’assemblées de quartier, d’assemblées municipales, d’assemblées cantonales et du conseil exécutif au sommet de la structure.

« J’habite dans le Vermont [États-Unis] et j’avais l’habitude d’aller à des réunions municipales avec Bookchin, des assemblées de citoyens, et il ne nous serait jamais venu à l’idée – à moi comme à lui – que je visiterais un jour l’équivalent d’une réunion municipale dans le Vermont dans la vallée de l’Euphrate », déclare Janet Biehl.

Abdullah Öcalan (à gauche) et Murray Bookchin (AFP/Wikimedia)
Abdullah Öcalan (à gauche) et Murray Bookchin (AFP/Wikimedia)

Depuis 2014, plus de 11 000 combattants associés au PYD – dont des membres des Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition arabo-kurde soutenue par les États-Unis – sont morts en combattant l’État islamique (EI) en Syrie.

Leur bataille contre le groupe tant redouté, impliquant des hommes et des femmes provenant d’une multitude d’horizons religieux et ethniques différents combattant côte à côte, les a rendus très populaires dans le monde entier, même alors que la sympathie du public pour les groupes d’oppositions syriens a semblé s’amenuiser à mesure que certains d’entre eux étaient de plus en plus perçus comme fondamentalistes et sectaires.

Les relations moins conflictuelles du PYD avec le gouvernement syrien ont longtemps été un point de critique de la part de l’opposition syrienne, qui a déjà accusé le PYD de collusion pure et simple avec l’administration Assad.

« C’est un peuple assiégé. Ils sont en guerre. Ils ne peuvent pas tout gérer au-delà de chaque commune. Il y a un leadership militaire »

– Janet Biehl, écrivaine 

En outre, malgré le plaidoyer public en faveur d’une démocratie localisée, certains groupes – y compris des groupes kurdes – ont affirmé que le PYD contrôlait le Rojava tel un État à parti unique et forçait les habitants à la conscription.

« Les YPG s’emparent des maisons des civils s’ils en ont besoin », déclarait Abdullah Kedo, membre du Conseil national kurde (un groupe proche de l’opposition syrienne), au journal turc Hürriyet l’année dernière.

« Ils pillent les bureaux des partis politiques kurdes qui s’opposent à ces actes et interdisent ces partis. Ils recrutent également de force de jeunes hommes et les emmènent dans les zones de combat à Raqqa. »

Bien que le PYD ait nié ces accusations et souligné la participation d’autres partis politiques dans les organes démocratiques de l’administration autonome, le recours à la conscription a longtemps été controversé – en particulier compte tenu du risque élevé de décès parmi les combattants.

« C’est un peuple assiégé. Ils sont en guerre. Ils ne peuvent pas tout gérer au-delà de chaque commune. Il y a un leadership militaire », commente Janet Biehl.

« Mais les gens comprennent d’après les écrits d’Öcalan que toute cette structure est faite pour émanciper les gens et même si, au sein de l’administration autonome, ils ont des postes de pouvoir, ils prêtent une attention soutenue aux souhaits des gens d’en bas. »

La fin du Rojava ?

Pendant des décennies, les groupes kurdes ont compté sur des puissances extérieures pour les soutenir dans leur lutte pour l’autonomie et l’indépendance. Cependant, ces puissances finissent habituellement par perdre tout intérêt pour eux une fois que leurs propres objectifs à court terme sont atteints.

Le présumé feu vert donné le 7 octobre par le président américain Donald Trump à la Turquie pour le lancement de l’opération Source de paix a fait à cette date des dizaines de morts parmi les civils, principalement du côté kurde, et déplacé au moins 160 000 personnes.

« En tant qu’administration autonome, nous continuerons à gérer les choses comme avant – même sous les bombardements »

– Berivan Xalid, conseil exécutif de l’Administration autonome

Sous cette pression, l’administration autonome n’avait plus beaucoup d’options – même si cela signifiait de « s’assimiler au gouvernement de Damas », déclare Danny Makki à MEE.

Selon lui, un accord de partage du pouvoir convient en fait mieux à Damas pour le moment, car il n’est actuellement pas dans l’intérêt du gouvernement Assad de presser les choses dans le nord de la Syrie dans la mesure où il n’a pas la capacité de gouverner de vastes pans de territoire dans l’immédiat.

Cependant, « seul le temps nous dira s’ils tiennent parole », affirme-t-il.

« Malheureusement pour le PYD, il n’aurait jamais été en mesure de survivre [sur le long terme] sans négocier un accord si un autre acteur était sorti victorieux du conflit syrien », estime l’analyste. 

« À un moment, il aurait pu s’agir de l’opposition, mais après l’intervention russe en 2015, il est devenu évident que le gouvernement gagnerait et que les Kurdes seraient contraints de conclure une sorte d’accord s’ils étaient abandonnés par les États-Unis. »

« Pas d’autres amis que les montagnes » : l’histoire se répète pour les Kurdes avec la dernière trahison américaineLire

Bien que mardi, il a été rapporté que les FDS avaient réussi à repousser les forces turques dans la ville de Ras al-Aïn, les perspectives pour le Rojava – attaqué par la Turquie, abandonné par les États-Unis et dépendant désormais d’Assad – semblent sombres.

Berivan Xalid, la coprésidente du conseil exécutif de l’Administration autonome, est toutefois persuadée que les gains du Rojava perdureront – même face à des obstacles apparemment insurmontables.

« Après tous les sacrifices et les réalisations de l’administration autonome, et après la création de ces institutions, et après 11 000 martyrs, nous administrons cinq millions de personnes dans le nord et l’est de la Syrie », souligne-t-elle.

« Alors, bien entendu, après neuf ans de réalisations, en tant qu’administration autonome, nous allons maintenir nos réalisations et le sang de nos martyrs – parce que nous avons réalisé tout cela à travers eux. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.https://www.middleeasteye.net/fr/decryptages/le-projet-du-rojava-peut-il-survivre-la-pression-dassad-et-lassaut-turc

Syrie: les soldats américains se retirent d’une base dans le Nord (ONG, AFP)

Syrie: les soldats américains se retirent d’une base dans le Nord (ONG, AFP)

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Syrie: les soldats américains se retirent d'une base dans le Nord (ONG, AFP)

Des véhicules blindés américains traversent la ville de Tal Tamr dans le nord de la Syrie, transportant les forces américaines qui se sont retirées d’une base proche, le 20 octobre 2019©Delil SOULEIMAN, AFPA lire aussi

Syrie: combats intenses entre forces turques et kurdes pour le contrôle d'une ville clé

MondeSyrie: combats intenses entre forces turques et kurdes pour le contrôle d’une ville cléMondeSyrie: les forces turques et kurdes s’accusent mutuellement de violer la trêve

AFP, publié le dimanche 20 octobre 2019 à 12h06

Les forces américaines se sont retirées dimanche de leur plus grande base dans le nord de la Syrie, dans le cadre du retrait d’environ 1.000 soldats de cette région annoncé par Washington, selon un correspondant de l’AFP sur place et une ONG.  

Plus de 70 véhicules blindés arborant un drapeau américain transportant du matériel militaire et escortés par des hélicoptères ont traversé la route internationale en passant par la ville de Tal Tamr, a constaté le correspondant de l’AFP.  

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), le convoi s’est retiré de la base de Sarrine, près de la ville de Kobané, et s’est dirigé vers la province de Hassaké plus à l’est.

Le 14 octobre, cinq jours après le début de l’offensive turque contre la milice kurde syrienne des YPG dans le nord de la Syrie en guerre, les Etats-Unis avaient annoncé que les quelque 1.000 militaires américains déployés dans cette région avaient reçu l’ordre de quitter le pays.

C’est un premier retrait le 7 octobre des soldats américains des abords de la frontière turque dans le nord syrien, qui avait ouvert la voie à cette offensive turque.

Une trêve fragile ponctuée de combats et de bombardements sporadiques est en vigueur depuis l’annonce jeudi d’un accord arraché par les Etats-Unis auprès de la Turquie. 

« Il s’agit de la plus grande base militaire américaine dans le nord et du quatrième départ des forces américaines d’une base en Syrie », a indiqué à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.   

Ces derniers jours, les Américains se sont retirés de trois autres bases, dont celle de la ville clé de Minbej et d’une autre située aussi près de Kobané, près de la frontière turque.  

Désormais, toutes les bases « dans le nord de la province de Raqa et le nord-est de celle d’Alep sont vides de toute présence militaire américaine », a dit M. Abdel Rahmane. Les Etats-Unis conservent encore des positions dans les provinces de Deir Ezzor et de Hassaké, selon lui. 

L’accord de trêve prévoit la suspension pour 120 heures de l’offensive turque pour permettre un retrait des forces kurdes des YPG des zones frontalières, et la mise en place d’une « zone de sécurité » de 32 km de largeur en territoire syrien le long de la frontière turque.

La base de Sarrine se trouve aux abords de cette zone tampon, selon l’OSDH.  

Les forces kurdes et la Turquie s’accusent mutuellement de violer l’accord de trêve. Dimanche un soldat turc a été tué et un autre blessé dans une attaque par des forces kurdes syriennes dans la région de Tal Abyad, selon le ministère turc de la Défense.

https://actu.orange.fr/monde/syrie-les-soldats-americains-se-retirent-d-une-base-dans-le-nord-ong-afp-CNT000001kmfyH.html

Syrie: les soldats américains se retirent d’une base dans le Nord (ONG, AFP)

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Syrie: les soldats américains se retirent d'une base dans le Nord (ONG, AFP)

Un véhicule militaire américain lors d’une manifestation de Kurdes près de Ras al-Aïn aux abords de la frontière turque, le 6 octobre 2019©Delil SOULEIMAN, AFPA lire aussi

Syrie: combats intenses entre forces turques et kurdes pour le contrôle d'une ville clé

MondeSyrie: combats intenses entre forces turques et kurdes pour le contrôle d’une ville cléMondeSyrie: les forces turques et kurdes s’accusent mutuellement de violer la trêve

AFP, publié le dimanche 20 octobre 2019 à 11h49

Les forces américaines se sont retirées dimanche de leur plus grande base dans le nord de la Syrie, dans le cadre du retrait d’environ 1.000 soldats de cette région annoncé par Washington, selon un correspondant de l’AFP sur place et une ONG.  

Plus de 70 véhicules blindés arborant un drapeau américain transportant du matériel militaire et escortés par des hélicoptères ont traversé la route internationale en passant par la ville de Tal Tamr, a constaté le correspondant de l’AFP.  

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), le convoi s’est retiré de la base de Sarrine, près de la ville de Kobané, et s’est dirigé vers la province de Hassaké plus à l’est.

Le 14 octobre, cinq jours après le début de l’offensive turque contre la milice kurde syrienne des YPG dans le nord de la Syrie en guerre, les Etats-Unis avaient annoncé que les quelque 1.000 militaires américains déployés dans cette région avaient reçu l’ordre de quitter le pays.

C’est un premier retrait le 7 octobre des soldats américains des abords de la frontière turque dans le nord syrien, qui avait ouvert la voie à cette offensive turque.

Une trêve fragile ponctuée de combats et de bombardements sporadiques est en vigueur depuis l’annonce jeudi d’un accord arraché par les Etats-Unis auprès de la Turquie. 

« Il s’agit de la plus grande base militaire américaine dans le nord et du quatrième départ des forces américaines d’une base en Syrie », a indiqué à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.   

Ces derniers jours, les Américains se sont retirés de trois autres bases, dont celle de la ville clé de Minbej et d’une autre située aussi près de Kobané, près de la frontière turque.  

Désormais, toutes les bases « dans le nord de la province de Raqa et le nord-est de celle d’Alep sont vides de toute présence militaire américaine », a dit M. Abdel Rahmane. Les Etats-Unis conservent encore des positions dans les provinces de Deir Ezzor et de Hassaké, selon lui. 

L’accord de trêve prévoit la suspension pour 120 heures de l’offensive turque pour permettre un retrait des forces kurdes des YPG des zones frontalières, et la mise en place d’une « zone de sécurité » de 32 km de largeur en territoire syrien le long de la frontière turque.

La base de Sarrine se trouve aux abords de cette zone tampon, selon l’OSDH.  

Les forces kurdes et la Turquie s’accusent mutuellement de violer l’accord de trêve.

 https://actu.orange.fr/monde/syrie-les-soldats-americains-se-retirent-d-une-base-dans-le-nord-ong-afp-CNT000001kmfyH.html

!Syrie – États Unis : sidération(*) des médias devant le plan « tout le monde y gagne » …

!Syrie – États Unis : sidération(*) des médias devant le plan « tout le monde y gagne » …

(*) du Larousse : Anéantissement subit des forces vitales, se traduisant par un arrêt de la respiration et un état de mort apparente.


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Par Moon of Alabama – Le 18 octobre 2019

Les médias et les « experts » américains ont tout faux dans la description des pourparlers d’hier entre le vice-président américain Mike Pence et le président turc Recep Tayyip Erdogan. Ces entretiens n’étaient qu’un spectacle pour apaiser les critiques contre la décision du président Donald Trump de retirer les troupes américaines du nord-est de la Syrie.

Ces fausses négociations n’ont pas changé le plan plus large gagnant-gagnant-gagnant-gagnant, ni les faits sur le terrain. L’armée arabe syrienne remplace les troupes kurdes du PKK / YPG à la frontière avec la Turquie. Les forces armées du PKK / YPG, qui s’étaient renommées trompeusement «forces démocratiques syriennes» pour obtenir l’appui des États-Unis, seront dissoutes et intégrées à l’armée syrienne. Ces mesures sont suffisantes pour donner à la Turquie les garanties de sécurité dont elle a besoin. Elles empêcheront toute nouvelle invasion turque.

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Le Washington Post rapporte :

La Turquie a accepté jeudi un cessez-le-feu qui suspend sa marche vers la Syrie et interrompt temporairement une semaine de violents combats avec les forces kurdes, tout en permettant au gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan de créer une zone tampon convoitée depuis longtemps au-delà de ses frontières.
 
L'accord, annoncé par le vice-président Pence après plusieurs heures de négociations, semblait laisser au chef de la Turquie l'essentiel de ce qu'il cherchait lorsque ses militaires ont lancé un assaut contre le nord-est de la Syrie il y a un peu plus d'une semaine : l'expulsion des milices kurdes syriennes de la frontière et la levée de la menace américaine d'imposer des sanctions à l'économie vulnérable de la Turquie.

Pence dit que la Turquie a accepté de faire une pause dans son offensive pendant cinq jours, alors que les États-Unis ont aidé à faciliter le retrait des forces dirigée par les kurdes, aussi appelées Forces démocratiques syriennes (SDF), à partir d'une large bande de territoire allant de la frontière de la Turquie jusqu'à près de 20 miles au sud en Syrie. Après l’achèvement du retrait des Kurdes, l’opération militaire turque, commencée le 9 octobre, sera "complètement arrêtée", a déclaré M. Pence.

Le New York Times titre faussement à la une : Trump se dégonfle, le cessez-le-feu cimente les acquis de la Turquie en Syrie.

L'accord de cessez-le-feu conclu avec la Turquie par le vice-président Mike Pence revient à une victoire quasi totale du président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui gagne du territoire, paie peu de pénalités et semble avoir manœuvré le Président Trump.
 
Le mieux que l’on puisse dire au sujet de cet accord est qu’il pourrait mettre fin aux tueries dans l’enclave kurde du nord de la Syrie. Mais le coût pour les Kurdes, alliés américains de longue date dans la lutte contre État islamique, est sévère : même des responsables du Pentagone sont désorientés quant à savoir où iraient les dizaines de milliers de Kurdes déplacés, qui doivent se diriger au sud de la frontière turco-syrienne. comme exigé par les accords - s'ils acceptent d'y aller, pour commencer.
 ...
 
Les responsables militaires se sont déclarés étonnés d'apprendre que l'accord autorisait essentiellement la Turquie à annexer une partie de la Syrie, à déplacer des dizaines de milliers d'habitants kurdes et à anéantir des années de succès dans la lutte antiterroriste contre État islamique.

Les États-Unis ne peuvent pas « permettre à la Turquie d’annexer une partie de la Syrie ». Les États-Unis ne possèdent pas la Syrie. Il est complètement ridicule de penser qu’elle a le pouvoir de permettre à la Turquie d’annexer certaines de ses parties.

La Turquie ne « gagnera pas de territoire ». Il n’y aura pas de « corridor de sécurité » turc. Les civils kurdes des régions de Kobani, Ras al Ain et Qamishli n’iront nulle part. Les Turcs ne toucheront pas ces zones à majorité kurde car elles sont, ou seront bientôt, sous le contrôle du gouvernement syrien et de son armée.

Pour la première fois depuis 5 ans, le drapeau syrien a été hissé à la frontière Syrie-Turquie à Kobani. Agrandir

La photo, prise hier, montre la frontière syro-turque traversant le nord de Kobani. L’armée syrienne en a pris le contrôle et a hissé le drapeau syrien. Il n’y a plus aucune force kurde là-bas qui pourrait menacer la Turquie.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Cavusoglu, a confirmé que la Turquie était d’accord avec les propositions du gouvernement syrien :

La Russie "a promis que le PKK ou YPG ne se trouveraient pas de l'autre côté de la frontière", a déclaré Cavusoglu dans une interview à la BBC. "Si la Russie, accompagnée par l'armée syrienne, retire des éléments des YPG de la région, nous ne nous opposerons pas à cela."

Même les Syriens, partisans opposés à leur gouvernement apprécient le stratagème :

Rami Jarrah @RamiJarrah - 12h53 UTC · 17 oct. 2019
 
Le ministre des Affaires étrangères de Turquie a répété une fois de plus que si la Russie et le régime syrien s’emparaient des zones frontalières, ils ne feraient pas d'objection, du moment que le PYD serait expulsé.
 
Assad a eu l'opportunité la plus facile de saisir les terres depuis le début de la guerre.

Ces mouvements ont été planifiés depuis le début. L’invasion turque dans le nord-est de la Syrie avait pour but de donner à Trump une raison de retirer ses troupes. Elle visait à pousser les forces kurdes à se soumettre enfin au gouvernement syrien. Dans les coulisses, la Russie avait déjà organisé le remplacement des forces kurdes par des troupes du gouvernement syrien. Elle a coordonné les mouvements de l’armée syrienne avec l’armée américaine. La Turquie était convenue que le contrôle du gouvernement syrien serait suffisant pour apaiser ses craintes concernant une guérilla kurde et un proto-État kurde à sa frontière. Toute nouvelle invasion turque de la Syrie est donc inutile.

Le plan est gagnant pour tout le monde. La Turquie sera libre de toute menace kurde. La Syrie regagne son territoire. Les États-Unis peuvent partir sans autres problèmes. La Russie et l’Iran gagnent en prestige. Les Kurdes se prennent en charge.

Le «cessez-le-feu» et le retrait des groupes armés kurdes de la frontière, qui auraient été négociés hier entre Pence et Erdogan, avaient déjà été décidés avant que les États-Unis n’annoncent leur retrait de Syrie.

En tant que journaliste chevronné, Elijah Magnier a écrit hier, avant les négociations des États-Unis avec les turcs :

Assad espère que la Russie parviendra à stopper l’avance turque et à en réduire les conséquences, peut-être en demandant aux Kurdes de se retirer à 30 km des frontières turques pour apaiser les inquiétudes du président Erdogan. Cela pourrait également convenir à l’accord Adana de 1998 entre la Turquie et la Syrie (zone tampon de 5 km au lieu de 30 km) et offrir la tranquillité à toutes les parties concernées. La Turquie veut s'assurer que le YPG kurde, la branche syrienne du PKK, est désarmé et contenu. Rien ne semble difficile à gérer pour la Russie, en particulier lorsque l’objectif le plus difficile a déjà été offert gracieusement : le retrait des forces américaines.

Ce que Magnier décrit correspond exactement à ce sur quoi Pence et Erdogan se sont mis d’accord car cela faisait – depuis le début – partie d’un plan commun plus vaste.

Donald J. Trump @realDonaldTrump - 20:13 UTC · 17 oct. 2019
 
C'est un grand jour pour la civilisation. Je suis fier des États-Unis qui m'ont suivi dans ma démarche, nécessaire, mais quelque peu non conventionnelle. Les gens essaient de régler cette «affaire» depuis de nombreuses années. Des millions de vies seront sauvées. Félicitations à tous !

La question est maintenant de savoir si les États-Unis respecteront l’accord ou si la pression sur le président Trump sera si lourde qu’il devra se retirer de l’accord. Les États-Unis doivent déplacer toutes leurs troupes du nord-est de la Syrie pour que le plan réussisse. Toute force américaine résiduelle, même petite et insoutenable, compliquera encore davantage la situation.

Le fait que les médias et les experts américains ont complètement mal interprété la situation est le symptôme d’un échec plus général. Anatol Lieven décrit ainsi le désordre de la stratégie américaine au Moyen-Orient :

Ce modèle a ses racines dans la décadence du système politique américain et l'establishment politique domestique, y compris le pouvoir des lobbies et leur argent sur la politique des États-Unis dans des domaines clés ; le retrait des études régionales dans les universités et les groupes de réflexion, conduisant à une ignorance totale de certains des pays clés auxquels les États-Unis ont à faire ; l'obsession de soi, l'auto-satisfaction et la mégalomanie idéologique qui, dans chaque différend, amènent une part si importante de l'establishment et des médias américains à faire des États-Unis une force du bien absolu et de leurs opposants un mal absolu; et l'échec - lié à ces trois syndromes - d'identifier les intérêts vitaux et secondaires et de choisir entre eux.

Seuls quelques réalistes, aux États-Unis, reconnaissent la réalité. Stephen Walt :

L’essentiel: la solution à la situation en Syrie consiste à reconnaître la victoire d’Assad et à collaborer avec les autres parties intéressées pour y stabiliser la situation. Malheureusement, cette approche raisonnable, bien que peu savoureuse, est un anathème pour le «marais» de la politique étrangère - Démocrates et républicains confondus - ses membres sont en train de rassembler les arguments habituels, usés jusqu'à la corde, pour expliquer pourquoi tout est de la faute de Trump et que les États-Unis n'auraient jamais dû retirer un seul soldat.

Je suis confiant pour le moment que le blob [État profond] sera contenu par Trump et que le plan « tout le monde gagnant » réussira. Erdogan se rendra bientôt en Russie pour discuter des prochaines étapes vers la paix en Syrie. Les discussions porteront sur un plan commun visant à libérer le gouvernorat d’Idleb sous contrôle djihadiste. Cette étape nécessitera peut-être un sommet entre le président syrien Bachar al-Assad et Erdogan, pendant lequel la Russie et l’Iran contribueront à faciliter la tâche.

Les États-Unis s’étant retirés du dossier syrien, de telles étapes vers la paix seront désormais beaucoup plus faciles.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/syrie-etats-unis-sideration-des-medias-devant-le-plan-tout-le-monde-y-gagne

Temps étranges…

Temps étranges…

17 Octobre 2019

Il se passe des choses irréelles depuis quelques heures, à la limite de l’entendement. Alors qu’ils ont quitté le Rojava dans les conditions que l’on sait, les Américains, qui ne sont donc plus sur le terrain, ont négocié (de quel droit ?) un accord de cessez-le-feu avec la Turquie. Le voici en anglais :

Les YPG ont cinq jours pour quitter la « zone de sécurité » de 30 km voulue depuis toujours par le sultan et la zone serait administrée par l’armée turque ! Quelqu’un a-t-il dit à ces petits génies négociateurs que l’armée syrienne et les Russes y sont maintenant présents ?

Là où les choses deviennent carrément surréalistes, c’est que les Kurdes ont accepté l’accord qui revient, ni plus ni moins, à un nettoyage ethnique de la zone. Après avoir été jeté sous les roues du camion par Trump, le leadership kurde va même jusqu’à préciser que le cessez-le-feu a été accepté à la demande… du président américain.

Alors que les Ottomans passent un mauvais quart d’heure sur le terrain, globalement repoussés par les YPG-loyalistes sauf à Ras al-Ain qu’ils ont réussi à encercler, les Kurdes, dont la naïveté est confondante, abandonnent tous leurs avantages pour faire plaisir à ceux qui viennent de les trahir et ne sont même plus sur place.

Précisons tout de même, dans ce maelstrom kafkaïen, un point qui pourra avoir son importance : le commandement des SDF considère (faussement ?) que cet accord ne porte que sur la zone s’étendant entre Tell Abyad et Ras al-Ain et affirme que les forces de défense resteront à leur place partout ailleurs. Pourtant, le texte n’apporte aucune précision et les Turcs se disent pleinement satisfaits de ce que les Américains aient accédé à toutes leurs conditions. Gageons que ce quiproquo, relevé par plusieurs observateurs (ici ou ici), fera capoter cet invraisemblable accord.

Apparemment très content de lui et de cette reddition en rase campagne, le Donald semble nous rejouer Madame de Pompadour. Après moi, le déluge. Ses propres alliés commencent à se poser de sérieuses questions et The American Conservative, journal qui l’a pourtant toujours soutenu, se demande ouvertement si le bonhomme ne serait pas « mentalement instable ». Et encore, était-ce avant la visite de Pence à Ankara…

Le Deep State et ses médias, ainsi que des membres du Congrès, commencent déjà à critiquer vertement le pacte. Si les fidèles lecteurs me permettent cette opinion toute personnelle, votre serviteur ne peut qu’être d’accord. Voir les Chroniques du Grand jeu et CNN sur la même longueur d’onde, qui l’eut cru ? C’est décidément la journée de toutes les surprises.

Reste à savoir quelle sera la réaction de Damas et de Moscou. Il n’aura échappé à personne, en tout cas pas à nous, que les cinq jours prévus par l’accord correspondent au temps qu’il reste avant la visite d’Erdogan à Sochi. A moins d’une nouvelle poutinade, rare mais toujours possible, on ne voit pas comment les Russes et les Syriens pourraient accepter cet état de fait ni qui les ferait déloger de la zone si remarquablement gagnée. On ne comprendrait pas non plus que les Kurdes ne finissent par revenir à la raison…Tag(s) : #Moyen-Orient

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/10/temps-etranges.html

Autopsie d’un « complot avoué ».

– Couverture du livre

Autopsie d’un « complot avoué ».

Préfacé par l’écrivain Philippe de Saint Robert, un gaulliste qui a été au cœur de l’élaboration de la politique arabe de la France, sous de Gaulle et Pompidou, aujourd’hui évaporée, le livre se compose de 15 chapitres, denses, riches, didactiques, expliquant les racines de ces guerres, désignant leurs acteurs, décortiquant leurs modes opératoires et analysant, in fine les raisons objectives de la défaite de cette vaste entreprise criminelle. Elles vont de « la vieille obsession » de détruire la Syrie qui a guidé les pas de ses multiples ennemis, au déroulement de la guerre elle-même, à la fabrication d’une opposition extérieure, au projet que nourrissent les néoconservateurs pour l’asservissement de la Syrie, à la guerre médiatique, à l’instrumentalisation du terrorisme pour abattre un pouvoir séculier, à la genèse de l’axe de la résistance, et, enfin, à la guerre pour la paix, la réconciliation et la reconstruction.

Tout au long des chapitres, l’auteur qui abhorre la novlangue des média mainstream ayant excellé dans l’art de travestir la réalité et de prendre les désirs de leurs commanditaires pour de la réalité, appelle les choses par leurs noms. Il fait partie des rares géopolitologues qui ne s’étaient pas laissé intimider par les médias, les experts, les politologues d’opérette qui, dans un unanimisme qui ne supporte aucune contradiction, avaient voué trop vite l’Etat syrien à un effondrement certain et imminent. Ils s’étaient lamentablement trompés. La Syrie, après neuf années d’une guerre qui a duré plus que les deux grandes mondiales réunies, est certes toujours saignée, martyrisée, détruite, assiégée, mais toujours debout. Sans attendre la libération des dernières portions encore occupées de son territoire par les États-Unis et leurs supplétifs européens, la Turquie et ses marionnettes, les daechistes et les quaidistes, elle se met déjà au travail. A Alep, à Homs, à Palmyre et partout où la vermine terroriste a été écrasée, les chantiers de la reconstruction ont démarré, sans attendre la levée des sanctions occidentales aussi criminelles que contreproductives. Le peuple syrien, qui a étonné le monde entier par sa résilience, va sans doute l’étonner davantage par sa capacité à se reconstruire et à reconstruire son pays en comptant d’abord sur lui-même mais aussi sur ses alliés (Russie, Chine, Iran…). Est-il utile de rappeler que la Syrie, depuis son indépendance, s’est construite et développée, sans l’aide de l’Occident, voire même malgré lui ? Le barrage de l’Euphrate, les grands projets structurants ont été achevés en comptant d’abord sur les compétences et le dynamisme du peuple syrien lui-même avec le soutien de ses vrais amis des pays l’Est et des pays non-alignés.

Cet ouvrage, précise d’emblée Michel Raimbaud « fournira des pistes de réflexion, peut-être des réponses aux interrogations de ceux qui voudraient comprendre. Il est également dédié aux « esprits forts » à qui « on ne la fait pas », aux sceptiques qui après tout ce temps « ne se prononcent pas » entre « le massacreur » et « l’opposition pacifique » qui a pris les armes en Syrie, aux esprits candides carrément incrédules lorsque l’on évoque devant eux l’activisme de nos « grandes démocraties ». « Espérons, écrit-il encore, qu’il pourra nourrir la culture des intermittents du débat télévisé, alimenter l’information des sondés du micro-trottoir. Il sera utile aux nuls tentés par le recyclage, aux intellectuels coincés dans leur impasse « révolutionnelle », aux fabricants de news enferrés dans leur mensonge, à ceux qui auront la mémoire qui flanche et prétendront ne plus se souvenir très bien. »
Le mérite de ce livre ne se limite pas aux seules informations et analyses, à contretemps, sur la réalité de la guerre contre la Syrie qui remettent les pendules à l’heure. L’immense qualité de cet ouvrage réside dans le courage de son auteur qui, à travers ses écrits précédents et surtout son livre de référence sur les enjeux géopolitiques de ce conflit (Tempête sur le Grand Moyen-Orient), a su s’opposer à la folie médiatico-politicienne et à l’aveuglement collectif concernant la Syrie. Car, depuis le déclenchement de la guerre mondiale contre la Syrie, en février-mars 2011, rares étaient ceux qui pariaient un copeck sur la chance de l’Etat syrien de s’en sortir victorieux. Nous faisions partie, autour de la rédaction d’Afrique-Asie, de cette minorité qui avait choisi avec lucidité, arguments à l’appui, de démentir tous les cassandres. Michel Raimbaud en était. Tout comme notre ami Richard Labévière, l’un des rares géopoliticiens français à avoir bien analysé les tenants et aboutissants de la « guerre globale » contre la Syrie, notamment sous l’angle de la lutte contre le terrorisme, et qui a payé un lourd tribut pour son engagement au service de la vérité, qui avait mis en garde, dans une célèbre chronique publiée dans le numéro de février 2015 d’Afrique-Asie sous le titre prémonitoire : « Terrorisme et diplomatie : Droit dans le mur en klaxonnant ». Fondateur et rédacteur en chef du journal en ligne Proche et Moyen-Orient, est aussi un grand spécialiste des relations internationales et particulièrement de la Syrie à laquelle il a consacré de nombreux livres, notamment Le Grand Retournement. Bagdad-Beyrouth, où il décrit le fourvoiement de la diplomatie française et son alignement aveugle sur les néoconservateurs américains et annonce, prémonitoire, (le livre est paru en 2006), la future guerre globale contre la Syrie.

Comment ne pas mentionner également les rares harakiris qui avaient osé s’opposer au lynchage hystérique de la Syrie, comme c’est le cas d’un Frédéric Pichon, auteur de « Syrie, pourquoi l’Occident s’est trompé » ou Bruno Guigue, qui avait consacré d’innombrables analyses pour stigmatiser les mensonges et l’escroquerie intellectuelle de ceux qui s’étaient érigés en « syrialogues » (lire dans http://www.afrique-asie.fr son analyse « Désinformation : Les meilleures perles des charlatans de la révolution syrienne. Septembre 2016).

Les guerres de Syrie paraît au moment où l’issue victorieuse, mais ô combien douloureuse, du conflit ne fait plus de doute. Les éditions Glyphes, qui ont eu le courage de le publier rendent ses lettres de noblesse au métier d’éditeur qui n’hésite pas à prendre des risques au prix de froisser les tenants de la pensée unique. Des risques au service de la vérité et de la liberté d’expression, au service de la démocratie tout court.

Un livre indispensable, magistral. A lire et à faire lire absolument.

*Les guerres de Syrie, par Michel Raimbaud, préface de Philippe de Saint Robert, éditions Glyphe, Paris 2019.

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QUADRA-KURDES…

QUADRA-KURDES…

La machine médiatique à décerveler s’est à nouveau emballée avec la dernière offensive turque menée dans le nord de la Syrie. Une fois encore, émotions et morale (politiquement correcte) supplantent l’information factuelle et l’analyse politique, ramenant une situation complexe à l’étroit dualisme bons/méchants, bien/mal, Kurdes/Turcs… Les belles âmes droits-de-l’hommistes usent et abusent de l’anachronisme historique n’hésitant pas à qualifier la non-réaction occidentale face à l’offensive turque de « Munich d’aujourd’hui ». Bernard-Henri Lévy et ses complices multiplient les impostures intellectuelles et la « menteuse des plateaux » – Caroline Fourest – nous assène un clip à la gloire des « combattantes » kurdes, financé par des bailleurs de fonds israéliens. Pas simple donc, de chercher à comprendre cette nouvelle péripétie de la « guerre civilo-globale » de Syrie.

Bien des journalistes, qui situent tout juste la Syrie sur une carte, nous rabattent les oreilles avec l’autonomie du « Rojava ». Le Rojava ? C’est l’appellation d’un territoire « fabriqué », dont les bases démographiques et historiques sont largement fantasmées. Le 17 mars 2016, des factions kurdes proclament le « Rojava », entité « fédérale démocratique » comprenant les trois cantons « kurdes » – d’Afrine, de Kobané et de Djézireh. Mais avant de considérer le « Rojava » comme une entité naturelle, géographique sinon éternelle qui aurait toujours existé, il faut s’arrêter un instant sur la généalogie historique de cette appellation pour mieux voir ce qu’elle recouvre.

QU’EST-CE QUE LE « ROJAVA » ?

Le terme est employé par certains mouvements nationalistes kurdes pour désigner une zone géographique, historiquement peuplée par les Kurdes, et incluse dans l’État syrien par les autorités françaises après la Première Guerre mondiale et le démantèlement de l’empire ottoman. En effet, par l’accord franco-turc du 20 octobre 1921, la France avait annexé à la Syrie et placé sous son mandat les provinces kurdes de la Djézireh et de Kurd-Dagh. Les populations kurdes occupaient le long de la frontière turque trois zones étroites séparées (sans continuité territoriale) : les régions d’Afrine, de Kobané et de Qamichli, raison pour laquelle certains auteurs ne parlent pas d’un « Kurdistan syrien » mais plutôt de « régions kurdes de Syrie ». Les trois enclaves kurdes prolongent néanmoins les territoires kurdes de Turquie et d’Irak.

Dans sa constitution auto-proclamée de décembre 2016, le nom officiel du « Rojava » s’accompagne de l’expression suivante : « Système fédéral démocratique de Syrie du Nord ». Cette proclamation a été faite à Rmeilane par le Parti de l’union démocratique (PYD). Depuis 2012, le Kurdistan syrien est contrôlé par différentes milices kurdes. En novembre 2013, des représentants kurdes ont déclaré un gouvernement de facto dans cette région qui abrite quelque deux millions d’habitants.

En 2012, les autorités syriennes sont obligées d’envoyer des troupes prioritairement vers Alep et autour de Damas. Ces urgences stratégiques ne permettent pas de sécuriser l’ensemble du territoire syrien, l’insurrection se développant dans les villes d’Afrine, Kobané et Hassaké. Depuis le 12 novembre 2013, le Kurdistan syrien dispose ainsi de sa propre « administration autonome » auto-proclamée. L’annonce a été faite par le PYD, la filiale syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) installé en Turquie. Cette entité prétend gérer les questions « politiques, militaires, économiques et de sécurité dans la région kurde de Turquie et en Syrie ».

Faite unilatéralement par le PYD, cette proclamation n’a pas recueilli l’accord du Conseil national kurde qui lui reproche « d’aller dans la mauvaise direction ». Pour sa part, le PYD répond à l’opposition syrienne non islamiste de n’avoir rien fait pour défendre les localités kurdes attaquées depuis le printemps par des groupes jihadistes comme l’organisation « État islamique », le Front Jabbath al-Nosra et des formations salafistes comme Ahrar al-Cham. Finalement, le PYD a proclamé une « constitution du Rojava », le 29 janvier 2014.

Comme « Eretz-Israël » (le Grand Israël), le « Rojava » est, donc bien une création politique et idéologique qui relève de l’auto-proclamation d’organisations politiques kurdes et non d’une géographie qui s’imposerait depuis le début des temps. Par conséquent, il faudrait éviter d’utiliser cette appellation à tort et à travers comme s’il s’agissait du Pôle nord ou de la Terre Adélie !

LES « FDS », COMME L’UCK DU KOSOVO

Comme ils l’ont fait au Kosovo à la fin des années 1990 avec la création de l’UCK (Armée de libération du Kosovo) – une bande de voyous et d’assassins pratiquant les trafics d’armes, de drogues et d’organes -, les services spéciaux américains ont fabriqué les FDS, les « Forces démocratiques syriennes » dans l’Est de l’Euphrate, majoritairement à partir de factions kurdes et pro-kurdes. Pour ne pas prêter le flanc aux critiques adressées à une telle « milice confessionnelle » et présenter, à contrario, une devanture multiconfessionnelle, les services du Pentagone ont intégré aux FDS des « Arabes », souvent des combattants perdus, des mercenaires initialement engagés dans les rangs de la Qaïda ou de Dae’ch.

L’architecte de cette armée locale a été le général Joseph Votel qui fut le patron des Forces spéciales américaines. Le 24 juin 2014, le président Barack Obama a nommé Votel à la place de l’amiral William H. McRaven au poste de 10ème patron du commandement des opérations spéciales des États-Unis. Cette nomination a été confirmée par le Congrès en juillet et le changement de commandement a eu lieu le 28 août. Joseph Votel est devenu le commandant d’USCENTCOM le 30 mars 2016. Le 23 avril 2018, Votel a effectué sa première visite officielle en Israël en tant que commandant du CENTCOM. Au cours de sa visite, il a rencontré le chef d’état-major de l’armée israélienne – Gadi Eisenkot -, le conseiller à la sécurité nationale Meir Ben-Shabbat et d’autres hauts responsables sécuritaires israéliens chargés du suivi de la guerre civilo-globale de Syrie.

En tant que commandant du CENTCOM, le général Votel a supervisé la poursuite de la très officielle « guerre des États-Unis contre le terrorisme », en particulier avec la Force opérationnelle interarmées mixte – Opération Inherent Resolve – contre l’organisation « État islamique » en Irak et en Syrie. Ces opérations contre Dae’ch ont vu le CENTCOM s’impliquer davantage dans les guerres syrienne et irakienne. En fait, sous prétexte de lutte anti-terroriste, il s’agissait surtout de renverser « le régime de Bachar al-Assad », pour reprendre l’expression usitée par les rédactions parisiennes désignant le gouvernement syrien.

LUTTE « ANTI-TERRORISTE » POUR RENVERSER BACHAR

Le 25 septembre 2017, le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem déclare que les Kurdes syriens « veulent une forme d’autonomie dans le cadre de la République arabe syrienne. « Cette question est négociable et peut faire l’objet d’un dialogue », commente-t-il. Ce type de déclaration et l’emploi du terme d’« autonomie » est une première pour Damas, mais il annonce dans le même temps son opposition au référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien « totalement inacceptable pour la République arabe syrienne ».

Depuis l’ouverture de la crise syrienne en mars 2011, Washington et ses alliés mettent en avant la lutte anti-terroriste – menée notamment en appuyant différentes factions kurdes – pour renverser le gouvernement syrien. Cherchant à faire en Syrie ce qu’ils ont appliqué en Irak, les responsables américains poursuivent une casse, une « partition » du pays, pudiquement baptisée « solution fédérale », même si personne ne croit en la volonté de Washington de transformer la Syrie en Confédération helvétique…

Les médias occidentaux accusent régulièrement Damas d’avoir délibérément libéré des milliers de jihadistes emprisonnés pour justifier ses opérations militaires. Reprise par l’ensemble des donneurs de leçons syriennes, cette affirmation est un contre-sens absolu, dans la mesure où cette demande était une exigence de l’Arabie saoudite afin de permettre aux représentants de l’opposition syrienne – nommés et financés par Riayd – de continuer à participer aux discussions de Genève sous l’égide des Nations unies.

Avec la généralisation de la guerre civile, les Etats-Unis et la France ont armer plusieurs unités de l’Armée syrienne libre (ASL), présentée comme une organisation d’opposition « modérée », « laïque » et « démocratique ». Diantre ! Au fil des mois, l’ASL va s’imposer comme l’antichambre obligée de la plupart des groupes jihadistes les plus radicaux engagés contre l’armée gouvernementale syrienne. De son côté, les services britanniques vont financer la création d’une ONG des plus étranges – les « Casques blancs » – dont la mission officielle est de secourir les combattants jihadistes. Avec le temps, ces mêmes « Casques blancs » basculeront dans l’action armée antisyrienne et le trafic d’organes d’êtres humains, comme l’avait fait au Kosovo les nervis de l’UCK du criminel de guerre Hassim Thaçi, le petit protégé de Madeleine Albright alors secrétaire d’Etat.

Dans une conversation téléphonique qu’il a eu le dimanche 6 octobre 2019 avec Recep Tayyip Erdogan, le président des Etats-Unis a donné son feu vert aux forces armées turques pour pénétrer en Syrie à l’est de l’Euphrate, et y occuper tout ou partie du « Rojava ». Le Pentagone a indiqué que si les FDS s’avisaient de résister les armes à la main, les forces américaines (qui sont établies sur huit bases situées entre Kobané et Raqqa) s’abstiendraient de les soutenir. Le départ des troupes américaines du nord de la Syrie vient d’être confirmé. La France dispose encore de cinq mini-bases militaires au Rojava, pratiquement couplées avec des bases américaines. Va-t-elle se retrouver seule face à l’armée turque avant d’être obligée de se replier en Irak ?

Depuis 2013, Moscou somme Washington de lui transmettre la liste des factions rebelles dites « modérées », « laïques » et « démocratiques », afin de nouer une meilleure coordination anti-terroriste. En fait, les services américains n’ont jamais voulu ou pu transmettre cette fameuse liste parce que les organisations terroristes soutenues par les pays occidentaux, ceux du Golfe et même Israël, se révèlent être les plus radicales sur le plan du fondamentalisme religieux.

Le 26 septembre dernier à Ankara lors du sommet tripartite rassemblant les présidents turc, iranien et russe, il a été décidé de mettre en place des couloirs humanitaires afin d’épargner les populations civiles de la poche d’Idlib (à l’ouest d’Alep). A l’issue du sommet, Moscou a informé les autorités de Damas de l’attaque imminente d’Ankara, estimant que c’était le meilleur moyen de faire rentrer le PYD dans le rang et de reprendre le contrôle – à terme – de cette longue bande de territoire qui longe la frontière turque d’Alep à Deir ez-Zor (à l’extrême-Est du pays). Depuis plusieurs années, le Kremlin ne désespère pas d’aboutir à une poignée de main entre Recep Tayyip Erdogan et Bachar al-Assad. On en est encore loin, mais tel demeure l’un des objectifs de la diplomatie russe.

Pour sa part, Téhéran s’oppose résolument à l’opération turque quoiqu’en prenant soin de ne pas en rajouter afin de ne pas mettre en danger le très bon niveau de la relation bilatérale des deux pays. Le grand perdant dans cette affaire est Donald Trump qui après avoir donné son feu vert à cette nouvelle opération militaire, offre maintenant… sa médiation. Comme pour la Corée du Nord et l’Afghanistan, ce n’est pas gagné ! Toujours est-il que les plus hauts experts du Pentagone et du Parti Républicain ont condamné la décision de la Maison Blanche et reconnaissent qu’en Syrie, les Etats-Unis ont perdu la partie, comme ils vont aussi la perdre au Yémen grâce ou plutôt à cause de l’incurie de l’allié saoudien.

Faiblesse et hystérie américaines font ressortir la force tranquille de l’ours russe qui sort grand vainqueur de cette nouvelle épreuve de force. Au Moyen-Orient comme ailleurs, l’empire reflue et laisse peu à peu la place à son grand adversaire stratégique même si le chemin sera tout sauf une promenade de santé pour Moscou…

LES KURDES N’ONT PAS LIBERE PARIS !

En définitive, il ne s’agit pas de blanchir Ankara et de tomber, à notre tour, dans un contre-dualisme tout aussi absurde que celui que nous avons pointé en préambule. Non, il convient même de rappeler que les services secrets turcs ont participé à l’émergence de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) en Syrie de 2014 à 2016, se rendant coupables de nombreux attentats extrêmement meurtriers. Fidèle aux commandements de l’idéologie des Frères musulmans, Recep Tayyip Erdogan lui-même s’est prononcé à de multiples reprises en faveur du renversement du « régime de Bachar al-Assad », mécréant aux yeux de la rue sunnite turque. Ankara n’a cessé de jouer la carte de l’ouverture des vannes de migrants à l’encontre des pays européens et il continue de le faire.

En dépit d’une session extraordinaire du Conseil de sécurité des Nations unies – organisée à la demande de la France – mais qui n’a rien donné, pourquoi l’Union européenne (UE) n’annuel-t-elle pas – purement et simplement – toute espèce de discussion concernant une adhésion de la Turquie à l’UE de plus en plus improbable ? Pourquoi l’OTAN ne prend-elle pas des mesures pour condamner clairement l’attaque unilatérale de l’un de ses principaux Etats membres ? Pourquoi aucune sanction économique n’est envisagée pour répondre au coup de force d’Ankara ?

Très mal conseillé sur le plan historique – comme le relève Alain Chouet (voir ORIENT-ATIONS) – Donald Trump n’aurait pas dû s’étonner que les Kurdes n’aient pas combattu sur les plages du Débarquement allié le 6 juin 1944 – les Papous, les pygmées et les Yanomamis non plus, les Salauds ! -, par contre il aurait pu rappeler que plusieurs factions et populations kurdes ont, bel et bien participé au génocide arménien d’avril 1915 à juillet 1916, ainsi qu’à ses résurgences en 1923 ! Par conséquent, on ne va pas se laisser enfermer dans le pleuroir de Kurdes qui seraient les éternels victimes de l’Histoire. Certes, liés à de difficiles revers militaires, leurs échecs successifs sont aussi et surtout le fait de leurs responsables politiques au premier rang desquels ceux des unités de protection du peuple (YPG), la branche armée du Parti de l’Union démocratique, le PYD.
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Enfin, comment prendre au sérieux l’écrivain français Patrice Franceschi et sa défense hystérique des Kurdes lorsqu’on voit qu’il arbore si fièrement – au-dessus de la poche gauche de son uniforme d’officier de réserve -, l’insigne des parachutistes israéliens !!! C’est non seulement une faute de goût, mais aussi une sérieuse entrave au code militaire qui proscrit un tel usage des insignes d’une armée étrangère. Par ailleurs, et avant d’adhérer ainsi aux intérêts du régime de Tel-Aviv, cet écrivain-officier devrait plutôt se recentrer sur les intérêts vitaux de son pays. Il comprendrait ainsi qu’aux Proche et Moyen-Orient, les intérêts d’Israël ne correspondent pas forcément à ceux de la France éternelle…

Richard Labévière
14 octobre 2019

https://prochetmoyen-orient.ch/quadra-kurdes/

L’armée syrienne rejoint les Kurdes dans le nord du pays, face à l’offensive turque

L’armée syrienne rejoint les Kurdes dans le nord du pays, face à l’offensive turque

9 oct. 2019, 15:16

L'armée syrienne rejoint les Kurdes dans le nord du pays, face à l'offensive turque

© STRINGER Source: ReutersEN CONTINUUn convoi militaire turc près de la frontière turco-syrienne, le 9 octobre.

Ankara poursuit son opération militaire contre la milice kurde en Syrie des YPG. Lâchée par son allié américain, celle-ci a conclu un accord avec Damas pour que les forces syriennes soient déployées dans la zone.Mise à jour automatique

  • IMPORTANTLe président turc, Recep Tayyip Erdogan, a affirmé dans une tribune publiée ce 15 octobre que son pays empêcherait les combattants de Daesh de quitter le nord-est de la Syrie où l’armée turque mène une offensive contre les forces kurdes.«Nous nous assurerons qu’aucun combattant de l’EI ne pourra quitter le nord-est de la Syrie», a écrit le président turc dans cette tribune dans le Wall Street Journal.Le dirigeant turc cherche ainsi à apaiser les inquiétudes des Occidentaux qui craignent une résurgence de Daesh et la fuite de ses combattants détenus par les forces kurdes des YPG qui sont visées par l’offensive lancée mercredi par Ankara.«Nous sommes prêts à coopérer avec les pays d’origine et les organisations internationales pour la réhabilitation des femmes et des enfants de combattants terroristes étrangers», a-t-il ajouté. La Turquie avait accusé la veille les forces kurdes d’avoir délibérément relâché des membres de Daesh qu’elles détenaient dans le nord-est de la Syrie afin de «semer le chaos» dans cette région.
  • Mardi 15 octobre
  • https://francais.rt.com/international/66651-erdogan-annonce-debut-operation-turque-contre-milice-kurde-en-syrie?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications

La Fin De L’hégémonie

STRATEGIKA 51

An Asymmetric Bilingual Strategic Perspective on the Go!

Analysis

La Fin De L’hégémonie

Posted on 13/05/2018 AuthorStrategika51Comments(84)

Pour la première fois depuis 44 ans, une partie non identifiée soutenant les forces loyales au gouvernement syrien a lancé une salve de missiles sur des objectifs militaires israéliens précis au Golan.

La partie qui a pris une telle initiative l’a fait en ayant au préalable examiné toutes ses répercussions possibles dont une réponse israélienne massive assurée afin de sauvegarder la dissuasion israélienne.

La réponse israélienne a été relativement forte: officiellement, 28 avions des meilleurs avionsde  combat de l’Armée de l’air israélienne- ce qui est en soi un chiffre assez important- menèrent des raids visant des objectifs militaires syriens. Aux 60 missiles Air-Sol tirés s’ajoutent l’usage de dix missiles balistiques tactiques. Une première en Israël.

Selon le gouvernement syrien et le ministère russe de la défense, plus de la moitié des missiles israéliens furent interceptés et abattus par les défenses anti-aériennes syriennes.

Pour la partie ayant ciblé à coup de missiles des cibles militaires israéliennes très sensibles, cela ne compte guère en comparaison avec l’ampleur de la réponse israélienne, jugée bien en deçà des prévisions initiales.

Cela veut dire que la partie ayant lancé des missiles sur Israël s’attendait à une réponse massive, intense, étalée sur le temps et s’est organisée en conséquence.

Il n’y eut pas de conflit à grande échelle. C’était l’objectif.  La dissuasion assymétrique, intermittente,  progressive et croissante face à une gigantesque puissance de feu adverse  prônée par le pouvoir syrien semble avoir fonctionné. Pour la première fois.

Le principal facteur ayant dissuadé les israéliens est l’entrée du Hezbollah dans une guerre active non pas à partir du Sud-Liban mais du Golan.

L’Iran ne dispose pas d’infrastructures militaires en Syrie. Cette option leur aurait coûté beaucoup trop cher et leur semble inutile. Les conseillers militaires iraniens en Syrie utilisent ceux de l’Armée Arabe syrienne tandis que les milices  sous influence iranienne disposent de facilités au sein des Forces populaires de défense, un corps de milices de volontaires et de membres des services des renseignements syriens.  Les israéliens affirment avoir visé des cibles militaires iraniennes. Cependant, les missiles israéliens ont détruit une station Radar, un site de missiles SAM et un Sa-22 Greyhound ou Pantsir S1 à court de munitions appartenant à l’Armée syrienne.

La partie ayant lancé des missiles sur des cibles militaires israéliennes au Golan dispose d’une base de données sur les cibles militaires les plus importantes en Israël et semble avoir des plans pour une infiltration en profondeur et, selon certains analystes, la désactivation de certains sites israéliens de lancement de vecteurs d’armes de destruction massive. Cette dernière perspective hante l’état-major israélien.

Après des années de liberté totale en matière de raids aériens visant ses voisins et des pays éloingnés, Israël ne peut plus frapper impunément la Syrie sans une riposte et cela marque la fin de l’hégémonie stratégique israélienne et le début d’une nouvelle période où la capture du Golan par Israël peut faire l’objet à tout moment d’un changement subit.

https://strategika51.org/2018/05/13/la-fin-de-lhegemonie/