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Syrie : colère russe contre Israël

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Coup de froid russo-israélien

Le ton monte entre Israël et la Russie. Alors que Tel-Aviv multiplie les menaces contre l’armée syrienne et ses alliés dans le sud de la Syrie, l’ambassadeur russe en Israël fustige le  « non » d’Israël à l’accord tripartite que viennent de signer les USA, la Russie et la Jordanie et qui rétablit la zone de désescalade au sud syrien. Le haut diplomate appelle Israël à « ne pas exagérer dans ses évaluations » quant à la place que représente le sud de la Syrie et les événements qui s’y produisent dans la sécurité nationale israélienne.

Cité par ElNashra, Alexandre Shein affirme que « l’accord signé le 8 novembre à Amman entre la Russie et les Etats-Unis auquel s’est ralliée la Jordanie a été confidentiel dans sa première moture. La seconde version évoque entre autres les modalités techniques d’une mise en oeuvre de la zone de désescalade au sud de la Syrie. Les Israéliens ne devraient en aucun prix exagérer les impacts de cette note d’entente sur la sécurité d’Israël ».

L’ambassadeur s’est dit étonné de la réaction de Tel-Aviv aux récentes déclarations du chef de la Diplomatie russe, Serguei Lavrov. Ce dernier avait mis l’accent sur le caractère légal de la présence des forces iraniennes en Syrie, puisque cette présence « réponde à la demande de l’Etat syrien ».

« C’est dans le cadre de la lutte contre le terrorisme que la Russie approuve la présence de l’Iran en Syrie et c’est toujours dans ce même cadre que l’armée coopère avec l’armée iranienne. En réalité il revient à l’Etat et au peuple syriens et à eux seuls de décider de la présence de tel ou tel pays étranger sur le sol syrien. Cette présence-là devra d’ailleurs se déicider au terme des discussions nationles élargies « .

La mise en garde de l’ambassadeur russe aux dirigeants israéliens intervient alors que le chef d’Etat-major de l’armée iranienne, le général Bagheri est parti lundi à Sotchi pour participer au sommet consacré à l’avenir politique de la Syrie.  Cité par Al Mayadeen, le chef d’Etat-major russe, Valéri Guérassimov, a salué les efforts irano-russes qui « ont abouti  » pour marquer la victoire contre le terrorisme en Syrie. « C’est à l’Iran et à la Russie à présent de faire tout pour consolider cette victoire militaire qui s’achève à Abou Kamal et qui se traduit par la prise du contrôle de la totalite des frontières syriennes »

 

http://parstoday.com/fr/news/middle_east-i49985-syrie_col%C3%A8re_russe_contre_isra%C3%ABl

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Le sauvetage américain de l’État islamique à Raqqa est révélé

Un reportage d’investigation de la BBC intitulé « Le sale secret de Raqqa » confirme les accusations de l’Iran, de la Russie et du gouvernement syrien selon lesquelles le Pentagone aurait collaboré avec l’État islamique d’Irak et de Syrie (ÉI) pour l’évacuation des combattants de l’ÉI au milieu du siège de la ville par l’armée américaine.

Le récit de la BBC, basée sur des entretiens avec certains de ceux qui ont organisé l’évacuation avec les chauffeurs de camion qui ont été amenés pour transporter les combattants et d’autres qui l’ont observé, décrit un convoi de quatre kilomètres de longue comprenant « 50 camions, 13 bus et plus de 100 véhicules appartenant au groupe État islamique. Les combattants de l’ÉI, les visages couverts, étaient assis avec défiance sur les toits certains des véhicules ».

Au total, le convoi, qui est parti le 12 octobre, a transporté quelque 4000 personnes – des combattants de l’ÉI et leurs familles – ainsi que des tonnes d’armes, de munitions et d’explosifs. L’armée américaine et sa force terrestre par procuration : les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, se sont assurées que les journalistes et les « cameramen » étaient tenus à l’écart de Raqqa afin d’empêcher que des images de la longue colonne de camions soient diffusées dans le monde.

Le récit a été largement ignoré par les médias américains. Cela va à l’encontre des déclarations répétées de hauts responsables américains qui jurent d’annihiler l’ÉI jusqu’au dernier homme en Irak et en Syrie et démystifie la plus grande affaire de fausses nouvelles du 21ᵉ siècle – la prétendue guerre américaine contre le terrorisme.

Face aux preuves découvertes par la BBC, le Pentagone a été obligé de reconnaître que l’évacuation avait eu lieu, tout en insistant sur l’idée que l’armée américaine n’était simplement qu’un spectateur innocent.

« Nous ne voulions pas que quelqu’un parte », a déclaré à l’agence de presse le colonel Ryan Dillon, porte-parole de l’Opération « Inherent Resolve ».

« Mais cela touche au cœur de notre stratégie “par, avec et à travers” les chefs locaux sur le terrain. Cela revient aux Syriens – ce sont eux qui se battent et qui meurent, ils prennent les décisions concernant les opérations », a-t-il dit.

C’est un non-sens patent.

Le siège de Raqqa a été organisé par l’armée américaine et mené au moyen d’une campagne impitoyable de frappes aériennes et de bombardements d’artillerie menée par les forces américaines qui ont fait des milliers de morts et blessés chez les civils et la majeure partie de la ville sous les décombres. La milice des « Forces de défense syrienne » opère sous la direction des États-Unis avec des troupes d’opérations spéciales américaines intégrées dans ses rangs.

La décision de transporter des combattants armés de l’État islamique en sécurité ailleurs en Syrie a été prise aux plus hauts échelons de l’appareil militaire et du renseignement américain et pour des raisons stratégiques évidentes.

En termes d’objectifs immédiats, Washington était impatient de terminer le siège de Raqqa afin de lancer une offensive rapide visant à battre l’armée syrienne pour le contrôle des champs de pétrole et de gaz stratégiquement vitaux dans la province orientale de Deir Ezzor en Syrie. Le SDF a depuis capturé deux des plus grands champs pétroliers, Al-Tanak et al-Umar.

Plus largement, cependant, Washington a un intérêt important à voir l’ÉI vivre pour se battre un autre jour. L’existence continue de la milice islamiste fournit un prétexte à l’occupation permanente de la Syrie et de l’Irak au nom de la lutte contre le terrorisme.

Le secrétaire américain à la défense, le général James Mattis (surnommé Chien enragé), a directement exprimé ces objectifs lors d’un briefing lundi au Pentagone, déclarant que l’armée américaine resterait en Syrie pour combattre l’ÉI « tant qu’ils veulent encore se battre ».

Il a poursuivi en indiquant que les États-Unis avaient l’intention de continuer leur occupation militaire illégale du pays jusqu’à ce qu’il y ait un règlement politique mettant fin à la guerre que la CIA elle-même orchestrait pour effectuer un changement de régime en Syrie il y a cinq ans.

« Nous n’allons pas simplement partir maintenant sans que le processus de Genève ne soit en phase », a-t-il déclaré, faisant référence aux négociations longtemps interrompues entre le gouvernement du président Bachar al-Assad et les prétendus rebelles soutenus par la CIA, L’Arabie Saoudite et les autres pétromonarchies du Golfe.

L’ÉI est apparu comme une force majeure dans la région grâce à la guerre américaine pour le changement de régime, s’engraissant sur les milliards de dollars d’armes et d’aide acheminée en Syrie par la CIA et les alliés régionaux de Washington. Il a continué à bénéficier de ce soutien jusqu’à ce qu’il s’oriente vers l’est en Irak, acheminant les forces de sécurité irakiennes entraînées par les États-Unis à Mossoul et dans une grande partie de l’Irak en 2014.

À la suite de la défaite supposée de Daech et de la reprise de sa « capitale » Raqqa, ces mêmes forces peuvent être rebaptisées « rebelles » anti-Assad et utilisées dans la poursuite des objectifs de l’impérialisme américain de sécuriser le changement de régime en Syrie, préparer la confrontation militaire avec l’Iran et la Russie et affirmer l’hégémonie américaine au Moyen-Orient au moyen des forces armées.

Bill Van Auken

Article paru d’abord en anglais, WSWS, le 16 novembre 2017

Maria Khodynskaya-Golenishcheva : «On ne réglera pas la crise syrienne sans l’Iran»

Source : La Tribune de Genève, Alain Jourdan, 30.10.2017

Il est rare qu’un diplomate en fonction raconte les coulisses de négociations encore en cours. C’est ce que vient de faire Maria Khodynskaya-Golenishcheva. Occupant un poste de premier rang à la Mission permanente de la Fédération de Russie auprès des Nations Unies à Genève, la diplomate joue un rôle central dans les négociations visant à trouver un accord politique en Syrie. Arabisante et docteur en géopolitique, elle a déjà publié plusieurs ouvrages. Dans «Alep, la guerre et la diplomatie», elle livre sa vision de l’un des épisodes les plus controversés du conflit syrien.

– Vous avez été au cœur des négociations menées à Genève. Pourquoi avoir éprouvé le besoin d’écrire un livre?

– Pour témoigner. Ce qui s’est passé à Alep a donné lieu à une guerre de l’information sans précédent. La reprise de la ville ne se résume pas à une opération militaire menée par l’armée syrienne avec l’aide de l’aviation russe. Au cours de cet épisode, des négociations politiques extrêmement importantes ont été menées par la Russie et les Etats-Unis avec la Turquie, le Qatar, l’Arabie saoudite et l’Iran. Il y a un avant et un après Alep.

– En quoi la reprise d’Alep marque-t-elle un tournant?

– L’accord trouvé avec la Turquie et accepté par l’Iran pour évacuer les rebelles d’Alep-Est a servi de déclencheur. Cela a ouvert la voie au processus d’Astana et à des accords plus importants pour ramener la paix en Syrie. La mise en place de zones de désescalade contribue aujourd’hui à renforcer les efforts engagés dans le cadre des pourparlers de Genève sous l’égide de l’ONU et de son médiateur Staffan de Mistura.

– Mais Astana a montré que la communauté internationale restait très divisée…

– Le 9 septembre 2016, il y a eu un accord très important. La Russie a accepté que l’est d’Alep reste sous le contrôle des rebelles à condition que les Etats-Unis veillent à en exclure le Front al-Nosra. Mais le lobby militaire américain a rejeté ce que les diplomates étaient parvenus à construire. Si cet accord avait été respecté, une nouvelle page d’histoire se serait ouverte dans les relations internationales. Après cet échec, nous n’avons pas eu d’autre choix que de nous tourner vers les acteurs régionaux qui contrôlent les groupes engagés sur place. Et c’est un format qui fonctionne. Il y a des pays comme la France qui ont proposé des idées étranges: un nouveau format P5 sans l’Iran. Mais expliquez-moi comment on peut régler le problème syrien sans l’Iran?

– On sent que le jeu des Américains dans le dossier syrien vous déconcerte. L’arrivée de Donald Trump a-t-elle changé la donne?

– Pour ce qui est de nos relations avec la nouvelle administration américaine, je suis optimiste parce que la priorité absolue de Donald Trump est de combattre Daech et le terrorisme. C’est là un point commun. En ce qui concerne la ville de Deir Ezzor, par exemple, nous avons un dialogue ouvert et constructif avec eux.

– Et avec les Européens?

– Nous sommes déconcertés par l’attitude de l’ouest et spécialement de l’Union européenne, qui ne veut pas donner d’argent pour la reconstruction de la Syrie tant qu’il n’y a pas de solution politique. Refuser de reconstruire des écoles et des hôpitaux parce qu’on réclame le départ de Bachar el-Assad, c’est totalement cynique. De la part de l’Europe, qui parle tout le temps des droits humains, c’est particulièrement étonnant. Des enfants ne vont pas à l’école uniquement parce que Paris et Londres ne veulent pas de Bachar el-Assad.

– Une guerre n’est jamais propre. La Russie ne reconnaît-elle aucune erreur? N’y a-t-il pas eu des frappes qui auraient pu être évitées?

– Vous faites sans doute allusion au bombardement du dernier hôpital d’Alep annoncé plusieurs fois. Combien y a-t-il eu de dernier hôpital d’Alep? C’était de la propagande. L’aviation russe est très professionnelle, elle ne lâche pas des bombes au hasard. Il y a des repérages qui ont été effectués auparavant.

– Le système onusien a été incapable d’empêcher la guerre en Syrie. Il peine aujourd’hui à ramener la paix. A quoi attribuez-vous cet échec?

– L’ONU n’est pas une entité à part entière. Ce sont des pays qui la composent et si ces pays ne s’entendent pas, l’ONU ne peut pas fonctionner efficacement. Staffan de Mistura a vraiment essayé de résoudre le problème. Mais au sein de l’ONU, tout le monde n’a pas joué un rôle positif. Certaines agences humanitaires ont relayé la propagande et faussé le jeu.

– La propagande de qui?

– Je pense par exemple aux Casques blancs, qui sont une organisation affiliée à Al-Qaida. La Branche opérationnelle à l’Est d’Alep a été créée par Abdulaziz Maghribi, le chef local d’Al-Nosra. Souvent l’ONU et ses agences reprennent les informations qui lui sont transmises par cette organisation et d’autres ONG travaillant sur des territoires contrôlés par des groupes armés ou des organisations à la réputation douteuse, comme l’Observatoire des droits de l’homme basé à Londres.

– La visite récente du roi Salman en Russie peut-elle aider à relancer les pourparlers de Genève?

– Le roi Salman a promis qu’il allait réformer le groupe de Riyad et faire des efforts en poussant ceux qui ont une vision pour le pays. Jusque-là ce groupe n’a fait que saboter les pourparlers. Certains de ses membres perçoivent un salaire des Frères musulmans. Ce sont des marionnettes. Si ces gens-là sont éloignés au profit de Syriens qui veulent réellement reconstruire leur pays, alors les choses ont des chances de bouger.

Source : La Tribune de Genève, Alain Jourdan, 30.10.2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

10 réponses à Maria Khodynskaya-Golenishcheva : «On ne réglera pas la crise syrienne sans l’Iran»

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Israël rejete l’accord de paix russo-US en Syrie

Israël rejete l’accord de paix russo-US en Syrie

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, intervenant à un meeting de son parti politique, le Likoud, a déclaré qu’il s’opposait au plan russo-US de paix en Syrie.

Il a cité les informations publiées par la BBC selon lesquelles l’Iran a été autorisé à installer une base militaire permanente près de Damas (voir photos satellites ci-dessous).

Israël avait demandé que les troupes iraniennes s’engagent à ne pas s’approcher à moins de 40 kilomètres de la ligne de cessez-le-feu israélo-syrienne.

La demande israélienne paraît d’autant plus incongrue que Tel-Aviv soutient activement les jihadistes depuis mars 2011, et n’a pas cessé de leur fournir des armes et un appui aérien. Au contraire, l’Iran a combattu les terroristes, versant le sang de plus d’un millier de ses hommes. Il serait étonnant qu’ayant perdu cette guerre par proxies, Israël puisse imposer ses conditions.

Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, aurait qualifié cette exigence d’irréaliste compte tenu de l’occupation illégale par Israël du plateau syrien du Golan.

Les États-Unis et la Russie seraient convenues d’une zone neutre de seulement 15 kilomètres en plus du Golan.

Monsieur Netanyahu a affirmé à son auditoire que l’armée israélienne se réservait le droit d’intervenir en Syrie « en fonction de ses besoins sécuritaires ».

Photographies de la base d’El-Kiswah, située à 14 kilomètres au sud de Damas.

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©Airbus, McKenzie Intelligence Services
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©Airbus, McKenzie Intelligence Services
http://www.voltairenet.org/article198797.html

La bataille finale

La bataille finale

27 Octobre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Dans notre grand jeu Qui remplacera le califat pour redessiner la carte du Moyen-Orient ?, les choses s’accélèrent et nous sommes entrés dans la dernière phase, cruciale, celle qui peut faire perdre ou rapporter gros.

Nous ne nous trompions pas en évoquant le chant du cygne de Daech. Un coup d’oeil sur la carte le confirme, l’EI ne sera bientôt plus qu’un souvenir : les petits hommes en noir reculent chaque jour et leur territoire fond comme neige au soleil.

Pas plus tard qu’aujourd’hui, ils ont perdu des milliers de km2 en Irak, les Unités de Mobilisation Populaire chiites et l’armée fédérale avançant à la vitesse de l’éclair le long de la frontière syrakienne (1) et arrivant en vue du noeud stratégique d’Al Qaïm/Al Bukamal sur l’Euphrate. Le fidèle lecteur est familier de la toponymie du lieu, dernier bastion de Daech et, bientôt, bataille finale du conflit.

L’opération a été directement ordonnée par le Premier ministre Abadi, qui semble plus proche de Téhéran (et d’Ankara !) depuis l’affaire du référendum kurde. Quand il y a quelques jours, Washington par la voix de Tillerson a demandé, avec une mauvaise foi invraisemblable, à ce que les milices chiites et leurs conseillers iraniens quittent l’Irak maintenant que l’EI est en passe d’être défait, la réponse cinglante de Bagdad ne s’est pas faite attendre.

De l’autre côté de la frontière, l’armée syrienne et le Hezbollah ont enfin mis la main sur le verrou du T2 à 70 kilomètres d’Al Bukamal. Désormais, la route est ouverte et il semble que des combats aient déjà lieu 30 kilomètres plus loin tandis que des renforts arrivent et que l’offensive devrait être confiée, sur conseil russe, au légendaire commandant des Tiger Forces. Quand on voit le chemin parcouru depuis le début de l’année (gains en jaune)…

La situation serait donc idéale pour le 4+1 si les mercenaires YPG de l’empire n’en remettaient une couche, brouillant quelque peu les pistes…

Pendant que les loyalistes s’échinent à nettoyer Deir ez Zoor des dernières poches daéchiques et à avancer, difficilement, le long de l’Euphrate sur la lancée de leur prise de Mayadin, les Kurdo-américanisés ont soudainement poussé très au sud (3) et raflé plusieurs champs de pétrole. En réalité, quelques tribus sunnites alliées à l’EI ont été retournées et Daech s’est tout simplement retiré sans combattre, laissant comme un air de suspicion. On ne serait pas surpris que quelques valises remplies de billets verts aient changé de main…

On le voit, la pince kurdo-américaine à l’est de l’Euphrate est désormais plus méridionale et proche d’Al Bukamal que la pince loyaliste à l’ouest du fleuve, même si la charge sera vraisemblablement menée à partir du T2.

Est-ce à dire qu’après des mois de tergiversations, le système impérial a finalement vampirisé le Donald et décidé de courir à la frontière syro-irakienne pour réduire l’arc chiite via les Kurdes, après s’être fait damer le pion en juin ? Malgré les récentes déclarations inhabituellement va-t’en-guerre de Tillerson sur la « fin de règne de la famille Assad » (mais le T-Rex n’est plus trop cohérent ces derniers temps), on peut en douter.

Il se pourrait même que tout cela soit en réalité le fruit d’un accord entre Russes et Américains, les premiers retenant les forces syriennes et le Hezbollah, récompensant ainsi avec quelques puits de pétrole les Kurdes.

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/10/la-bataille-finale.html

La Syrie vient de frapper un avion israélien F-35

La Syrie vient de frapper un avion israélien F-35


Par Tyler Durden – Le 18 octobre 2017 – Source ZeroHedge
via Les Chroniques du Grand Jeu

Résultats de recherche d'images pour « israeli air force f-35 »
Il semble que la « démonstration de force » israélienne lors de la récente visite du ministre russe de la Défense, Sergueï Shoigu, se soit transformée en échec total. Le 16 octobre, Shoigu est arrivé en Israël pour des réunions avec le ministre de la Défense Avigdor Lieberman et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Les deux hommes étaient censés discuter de la situation dans la région, y compris la Syrie, la lutte contre le terrorisme, ainsi que la coopération militaire et technique.


Le même jour, les Forces de défense israéliennes (FDI) ont affirmé que leurs avions de guerre avaient visé une batterie antiaérienne des forces de défense aérienne syriennes qui avaient lancé un missile sur un avion israélien survolant le Liban.

@IDFSpokesperson
Plus tôt aujourd’hui, un missile antiaérien a été lancé depuis la Syrie vers les avions de la FDI lors d’un vol de routine au-dessus du Liban. Pas de hits [Coup au but, NdT] confirmés
11h37 – 16 oct. 2017

« L’armée a ciblé la batterie avec quatre bombes et, selon l’IDF, la batterie a été endommagée dans la mesure où elle n’était plus opérationnelle. L’armée a déclaré que la batterie ciblée était la même que celle qui a tiré sur des avions israéliens en mars dernier, ce qui a incité Israël à utiliser pour la première fois son système anti-missile Arrow », a rapporté le journal israélien Haaretz.

L’armée syrienne a confirmé les frappes israéliennes et a déclaré qu’elles avaient causé des « dégâts matériels ». Mais il est intéressant de noter que, selon le ministère syrien de la Défense, les avions israéliens ont violé l’espace aérien syrien à la frontière avec le Liban dans la région de Baalbek. L’incident a eu lieu à 8h51 heure locale.

L’armée de l’air israélienne a-t-elle intentionnellement provoqué la réaction de l’armée syrienne pour justifier la frappe sur la batterie de défense aérienne syrienne ? Ce ne serait pas la première fois.

En outre, certains experts pro-israéliens et activistes médiatiques ont clairement lié l’incident à la visite du ministre russe de la Défense à Tel-Aviv, disant que c’était une belle démonstration de force face à l’alliance russo-irano-syrienne.

Cependant, quelque chose s’est mal passé. Selon les informations disponibles, les forces de défense syriennes ont utilisé leur missile S-200 contre l’avion de combat israélien. Ce missile de fabrication soviétique est le système antiaérien à longue portée le plus avancé exploité par l’armée syrienne. Malgré cela, il est démodé en termes de guerre moderne et de progrès de la technologie furtive.

Pourtant, le ministère syrien de la Défense a déclaré que les forces gouvernementales ont répondu à la violation de l’espace aérien et « frappé directement l’un des avions, forçant [les avions israéliens] à battre en retraite » – en contradiction avec l’affirmation israélienne selon laquelle « aucun coup au but » n’a été confirmé.


Quelques heures seulement après l’incident du missile avec la Syrie, les médias israéliens ont rapporté qu’un chasseur multi-rôle furtif F-35 de l’armée de l’air israélienne était devenu inutilisable à la suite d’une collision avec un oiseau lors d’un vol d’entraînement. Selon le Times of Israel :

« Deux cigognes ont heurté un avion de chasse F-35 lors d’un vol d’entraînement mardi, exigeant que l’avion subisse des travaux de maintenance, a indiqué l’armée.

Les oiseaux ont frappé le F-35, appelé ‘Adir’ en hébreu, juste avant qu’il ne revienne à la base aérienne de Nevatim dans le désert du centre du Néguev. »

Cependant, les sources israéliennes n’ont pas pu montrer une photo de l’avion de combat F-35 après la « collision d’oiseaux ». En outre, on ne sait pas si le F-35 pourra redevenir opérationnel « dans les prochains jours » – comme le prétend la déclaration de l’armée israélienne – parce que son revêtement furtif a probablement été endommagé.

Ainsi, d’après la version israélienne, l’avion de combat ne serait plus opérationnel après la collision avec les oiseaux, malgré le fait que le F-35 a passé avec succès la certification de collision avec les oiseaux (infos officielles ici). Le F-35 est l’avion de combat le plus coûteux au monde avec un prix de développement d’environ 406,5 milliards de dollars.

Israël achète activement ces chasseurs, prétendûment les plus avancés du monde, payant environ 100 millions de dollars pièce.

Alors, qu’est-ce qui a vraiment frappé le F-35 ?

Note du Saker Francophone

Cette histoire est révélatrice de la fragilité de l'armée impériale car une grande partie du récit militaire américain tient à sa supériorité supposée en matière d'armement alors que les meilleurs experts pensent que le F-35 est très fragile pour ne pas dire inutilisable.

Notre blog s'en est fait régulièrement l'écho par le passé. Si la frappe est confirmée, la crédibilité chancelante de ces F-35 va encore s'effriter. Les pays européens qui en ont acheté, notamment les Anglais, doivent sacrément transpirer en ce moment, sans parler des Israéliens.

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-syrie-vient-de-frapper-un-avion-israelien-f-35

Couac furtif

Couac furtif

19 Octobre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Etats-Unis, #Moyen-Orient, #Russie

Dans la course pour la suprématie militaire mondiale entre l’aigle, l’ours et le dragon, un intéressant article a paru sur la relative inutilité des avions furtifs dans la guerre moderne. Ce qui était valable dans les années 80 ne l’est plus vraiment aujourd’hui pour un certain nombre de raisons, parmi lesquelles l’état d’avancement des radars et des systèmes antiaérien. Nous en donnions un avant-goût l’année dernière :

Tout amateur de rugby sait que le noble sport fonctionne par phase : à certaines époques, les attaques prennent le pas sur les défenses ; à d’autres, c’est l’inverse. Au rugby-champagne des années 90, les entraîneurs de ce jeu infini et complexe ont répondu par la mise en place de systèmes défensifs très élaborés. Il en est de même dans l’éternelle course-poursuite de l’armement entre l’attaque (aviation, missiles) et la défense (systèmes anti-aérien et anti-missiles). Amusante coïncidence, les périodes sont relativement similaires.

Les années 90 ont marqué l’apogée de l’attaque, du pouvoir absolu des airs. Durant la première guerre du Golfe (1991), les avions furtifs et missiles américains sont entrés comme dans du beurre irakien ; la guerre du Kosovo (1999) a, pour la première (et dernière ?) fois de l’histoire, vu la victoire de la seule aviation, sans hommes à terre. Cette « dictature du ciel » a alors provoqué, plus qu’une prise de conscience, une véritable révolution mentale dans les principaux états-major de la planète.

Les Russes ont été les premiers à relever le défi avec la création et la fabrication de systèmes anti-aérien et anti-missiles extrêmement performants : les fameux S300 puis S400. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, les labos russes mettent la dernière touche aux S500, capables d’intercepter simultanément jusqu’à 10 missiles balistiques ou hypersoniques volant à Mach 5, et dont le temps de réaction sera de 4 secondes (contre 10 pour le S-400 et… 90 secondes pour l’antique Patriot américain !) On comprend dans ces conditions que l’OTAN soit « préoccupée », le bras armé US faisant déjà face, avec les S300 et S400, à ce que les analystes appellent des « bulles de déni ».

L’article d’Atimes rebondit sur la question et remet en cause l’utilité du programme furtif US face à des systèmes antiaérien toujours plus performants. D’autant que le coût du projet est littéralement astronomique (1 500 milliards de dollars rien que pour le F-35). Pas fous, Russes et Chinois sont loin d’avoir tout misé sur la technologie furtive ; si les premiers développent le PAK-50 et les seconds ont déjà sorti le Chengdu J-20, ils préfèrent fortifier la défense, bien moins onéreuse et plus efficace.

Au printemps dernier, après le false flag de Khan Cheikhoun et la mini-crise américano-russe qui en a découlé, nous relevions un fait intéressant :

Plus embêtant encore pour les Follamours, les Etats-Unis ont dû réduire assez drastiquement leurs sorties aériennes en Syrie contre l’EI par crainte de possibles représailles russes. Rappelons que Poutine a officiellement coupé le canal de communication visant à éviter les incidents aériens. Théoriquement, tous les coups sont permis dorénavant. Les bombardiers qui sortent encore, maintenant accompagnés par une escorte de F22, sont « lockés » par les radars russes (lire sur ce lien les commentaires souvent croustillants et acerbes venant des quatre coins du monde). Comble de l’ironie, il se pourrait même (le conditionnel reste de mise) que le F22, ce chasseur « furtif » qui a coûté une véritable fortune, soit lui aussi fixé par les radars de ces maudits Ivan…

Coïncidence ou pas, il s’est encore passé quelque chose d’intrigant dans le ciel syrien il y a quelques jours. Le 16 octobre, un énième incident aérien a eu lieu entre Tel Aviv et Damas, des jets israéliens bombardant une batterie antiaérienne prétextant un tir syrien contre deux avions ayant auparavant survolé le Liban. Jusqu’ici, rien que de très habituel même si l’affaire était presque concomitante à la visite de Choïgu en Israël, ce que d’aucuns ont vu comme une petite démonstration de force vis-à-vis de Moscou (précisons tout de même que les Russes ont été prévenus de l’attaque).

Manque de bol pour Bibi la Terreur, il y a comme un air de couac. Que le ministre syrien de la Défense déclare que l’un des deux F-35 israéliens ait été touché par un missile participe de la traditionnelle guerre de l’information et il est difficile de confirmer ou d’infirmer les dires de Damas. Plus intéressant, la presse israélienne a reconnu que le même jour, un F-35 avait été endommagé par… des oiseaux (!) et qu’il prenait la direction du garage.

D’ici à penser que l’avion a en réalité été touché par un vieux S200 syrien de l’époque soviétique, démontrant encore une fois l’inanité du chasseur furtif le plus cher de l’histoire, il n’y a qu’un pas que beaucoup envisagent de franchir.

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/

Derrière les affaires Sarkozy et Lafarge

Entretien avec Thierry Meyssan

Derrière les affaires Sarkozy et Lafarge

Si la presse ne s’intéresse plus au Moyen-Orient élargi depuis la chute de Raqqa qu’elle interprète à tort comme la défaite du jihadisme, les magistrats français travaillent désormais sur deux affaires venues d’Orient : le présumé financement par la Libye de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy et le présumé achat de pétrole à Daesh par Lafarge. Deux instructions qui, pour le moment, n’ont pas abordé le fond des dossiers.

| Damas (Syrie)

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Serge Marchand : Deux des affaires que vous évoquez dans Sous nos yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump font actuellement l’objet de poursuites judiciaires en France. Pouvez-vous nous en parler ? Commençons par le financement présumé de la campagne électorale du président Sarkozy par la Jamahiriya arabe libyenne.

Thierry Meyssan : Durant l’attaque de la Libye, État souverain membre des Nations unies, par le Royaume-Uni, la France et leurs alliés, j’ai constitué à Tripoli un groupe de travail gouvernemental pour reconstituer les affaires qui pourraient être évoquées pour rappeler Paris à l’ordre. Nous avons rassemblé des preuves dans plusieurs affaires —libyennes, tunisiennes et égyptiennes— dont celle du financement de la campagne électorale présidentielle de 2007. Ce groupe comprenait notamment le fonctionnaire qui a opéré les versements en main propre aux émissaires de Nicolas Sarkozy.

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Fabrice Arfi et Karl Laske ont poursuivi la même enquête [1]. Comme ils n’ont pas eu accès aux preuves de ce pacte, ils ont reconstitué en détail les circuits de transfert de fonds.

Contrairement à ce qui est paru dans la presse, il n’y a jamais eu de preuves écrites de cet arrangement, mais il existe des preuves audio. Elles sont aujourd’hui détenues par un collaborateur du Guide Mouamar Kadhafi qui a ainsi pu échapper à la vindicte de l’Otan et s’est réfugié aujourd’hui dans un autre État africain. Il existe par contre des traces de certains transferts de fond, que la Justice pourra aisément vérifier à partir des informations de Fabrice Arfi et de Karl Laske

Dans cette affaire, les poursuites pénales contre Nicolas Sarkozy sont légitimes car il a bien illégalement financé sa campagne électorale en violant le plafond prévu par la loi, en la finançant avec des fonds étrangers et au détriment de ses concurrents. Mais elles sont injustes car elles ne concernent que lui et pas un autre candidat qui a également bénéficié du même argent, quoique pour un montant de moitié du sien. Si l’on applique la loi, on doit l’appliquer à tous lorsqu’on a les éléments pour cela, ou laisser Monsieur Sarkozy tranquille.

Comme je l’ai souvent déclaré publiquement et écris, Ségolène Royal s’est rendue coupable de la même infraction avec l’aide de l’ancien président du Conseil constitutionnel Maître Roland Dumas…

Serge Marchand : Dans votre livre, vous citez Ségolène Royal, mais pas le nom de Roland Dumas [2]…

Thierry Meyssan : Et bien c’est fait. D’un commun accord, l’éditeur français et moi avons masqué les noms de quelques personnalités française pour éviter qu’elles ne lancent des poursuites en diffamation. Mais ces noms sont lisibles dans les éditions étrangères. Je vais les publier sur notre site ce qui n’engagera pas la responsabilité juridique de mon éditeur. L’important est que les faits que j’ai relatés n’aient pas été contestés.

Au demeurant, je fais la différence entre Roland Dumas, le militant anti-impérialiste pour qui j’éprouve un profond respect, et le même Roland Dumas, aventurier, que nous traînons comme un boulet.

Je reviens à mon propos. Non seulement je ne considère pas en l’état les poursuites contre Nicolas Sarkozy comme justes, mais sachant que presque tous les autres candidats ont également cherché de l’argent d’autres gouvernements étrangers, et que ceci se pratique depuis des lustres, je pense qu’il a simplement été plus malin que ses concurrents et a obtenu plus qu’eux. Malheureusement ce système est la conséquence de notre conception erronée de la Démocratie. Un autre aspect, dont personne ne parle, me choque beaucoup plus : selon la totalité des collaborateurs du Guide, le président Sarkozy et Madame Royal ont tous deux pris l’engagement qu’une fois élus, ils feraient « annuler » la condamnation d’Abdullah Senussi dans l’affaire du vol 772 d’UTA.

Abdullah Senussi est le beau-frère de Mouamar Kadhafi et était le chef des services secrets intérieurs. Durant la guerre du Tchad, en 1989, il avait commandité cet attentat qui coûta la vie à 170 personnes. Tripoli considérait que c’était un acte de guerre et qu’il ne devait donc pas faire l’objet d’une condamnation pénale. Personnellement, je pense comme les magistrats français, que si c’était un acte durant la guerre ce n’était pas un acte de guerre car il était dirigé délibérément contre des civils. Au demeurant, chacun sait que Senussi et moi ne nous entendions pas du tout.

S’engager à « annuler » cette condamnation ne pouvait signifier qu’amnistier le condamné —ce qui est possible au plan constitutionnel, mais pas politiquement— ou pire, manipuler la Justice française —ce qui est contraire à la responsabilité constitutionnelle du président de la République—. Ce faisant, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont montré qu’ils étaient tous deux indignes de cette fonction.

Serge Marchand : La seconde affaire, c’est celle de Lafarge [3]. Cette société est poursuivie par d’anciens employés pour ne pas les avoir régulièrement payés et pour avoir acheté du pétrole à Daesh [4]. Laurent Fabius, pourrait être entendu dans le cadre de l’instruction.

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Thierry Meyssan : Là encore, nous sommes en face d’une vaste hypocrisie. J’ignore si c’est le Parquet qui a limité ainsi l’instruction ou si ce sont les juges d’instruction eux-mêmes qui se sont rognés les ailes. Le problème est complétement différent.

L’usine de Jalabiyeh (à la frontière turque, au nord d’Alep) ne fonctionnait pas au pétrole, mais au coke. Durant deux ans, les services secrets turcs, le MIT, ont affrété des trains pour la livrer en charbon.

Le quotidien Le Monde a reconnu que durant deux ans, l’usine fonctionnait à plein régime. Or, il n’était pas possible de transporter de marchandise de cette zone vers celle contrôlée par Damas, on avait arrêté toute construction civile dans la zone des jihadistes, et il n’y a pas d’exportation vers la Turquie. Alors pourquoi produire et qu’est devenu ce ciment ?

La réponse est simple. Il était utilisé par les jihadistes pour construire des fortifications [5]. On est alors passé à une guerre de position, non pas avec des tranchées, mais avec des bunkers souterrains. Cette stratégie avait été décrite par Abou Moussab «  Le Syrien  » dans son livre de 2004, La Gestion de la barbarie [6].

La quantité de ciment produite par Lafarge à Jalabiyeh et remise aux jihadistes est équivalente à celle utilisée par le Reich allemand pour construire la ligne Siegfried. Ce sont ces bunkers que l’armée de l’air russe est venue détruire avec des bombes pénétrantes.

En 2013, Daesh n’existait pas encore sous sa forme d’État non reconnu. Les jihadistes étaient divisés en de multiples groupes, mais leurs opérations militaires étaient coordonnées de facto par le centre de commandement des Forces terrestres de l’Otan (LandCom) à Izmir (Turquie). Ainsi ont-ils pu bénéficier des conseils des ingénieurs de l’Otan pour construire ces installations.

Laurent Fabius était évidemment un acteur de cette opération…

Serge Marchand : Nicolas Sarkozy y est-il aussi mêlé ?

Thierry Meyssan : Non, pas du tout. L’affaire Lafarge a débuté sous la présidence de François Hollande, l’ex-compagnon de Ségolène Royal. Le président Sarkozy avait conclu un accord de paix avec la Syrie après la libération de Baba Amr où les jihadistes avaient déjà proclamé un Émirat islamique.

À l’époque donc, Laurent Fabius et le général Benoît Puga pensaient que la France et ses alliés renverseraient la République arabe syrienne et placeraient au pouvoir le général Manaf Tlass [7]. Or, le frère de Manaf, Firas, était administrateur de l’usine de Jalabiyeh.

Serge Marchand : Tous deux sont les fils de l’ancien ministre syrien de la Défense, le général Moustapha Tlass.

Thierry Meyssan : Absolument, mais Moustapha Tlass, lui, ne s’est jamais dressé contre la République et n’a jamais soutenu les jihadistes.

Il importe de savoir que par le passé, Hillary Clinton avait été avocate, puis administratrice de Lafarge et qu’à l’époque de Saddam Hussein, cette société avait travaillé avec la CIA pour transporter illégalement des armes en Irak et préparer la guerre.

Évidemment, si l’instruction s’intéressait à ces faits, elle se heurterait immédiatement au Secret-Défense, seul moyen de protéger le gouvernement Hollande pour qu’il n’ait pas à rendre de compte sur la guerre qu’il a coorganisé en Syrie et sur ses relations avec les jihadistes.

Tous ces éléments et beaucoup d’autres sont présents dans mon livre. Je m’étonne qu’aucun magistrat n’ait eu la curiosité de le lire.

Serge Marchand : Je vous remercie.

Même si vous croyez a priori que Thierry Meyssan n’est pas un journaliste mais un romancier et que vous ne le prenez donc pas au sérieux, son livre expose le point de vue russo-arabe sur 15 années de guerre que la presse occidentale a toujours refusé de vous expliquer. Et pour cause.
Sous nos yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump.

Et si vous aimez l’humour involontaire :
Mediapart : le complotisme au petit pied, Étienne Gernelle, Le Point, le 19 octobre 2017.
Pour la petite histoire, Étienne Gernelle doit toute sa carrière à Franz-Olivier Giesbert. Ce dernier succéda à Roland Dumas dans le lit de la sœur de Manaf et Firas Tlass. Le monde est petit.

[1] Avec les compliments du guide, Fabrice Arfi et Karl Laske, Fayard, 2017.

[2] Voir Sous nos yeux, Thierry Meyssan, Demi-Lune, 2017, p. 26.

[3] Ibid, pp. 88-90 pour le point de vue français, p. 95 pour le point de vue russe, et p. 250 pour celui des États-Unis.

[4] Les e-mails de Daesh figurant au dossier d’instruction ont été initialement publiés par le site Zaman Al-Wasl, puis retirés avant la publication de l’article du Monde. Ils sont toujours consultables sur le site du Réseau Voltaire : “Lafarge-Holcim e-mails”.

[5] « Révélations : le jihad de Lafarge-Holcim », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 24 mars 2017.

[6] La Gestion de la barbarie a été signée sous le pseudonyme d’Abu Bakr Naji. Les spécialistes ne s’accordent pas sur la véritable identité de l’auteur. Pour les experts de la chaîne de télévision publique saoudienne, ce serait le responsable de la propagande d’Al-Qaïda, Abou Jihad al-Masri. Au contraire, selon d’autres spécialistes, dont Thierry Meyssan, ce livre ne ressort pas de la propagande, mais de l’art militaire. Il est imputable au même auteur que l’Appel à la résistance islamique mondiale, Abou Moussab «  Le Syrien  ». Ce jihadiste avait obtenu l’asile politique en France sous la présidence Mitterrand. Il est connu pour avoir adapté la « stratégie de la tension » au jihad. Il a dirigé l’Islamic Conflict Studies Bureau, à Madrid et à Londres ; une structure identique à ce que fut Aginter Press (attentat de la Piazza Fontana) dans les années 70. Ibid, p. 118.

[7] Actuellement Laurent Fabius est président du Conseil constitutionnel et le général Puga est Grand chancelier de la Légion d’honneur. Ils sont placés en 8ème et 17ème position dans l’ordre protocolaire de la République.

 

Après Raqqa, par François-Bernard Huyghe

Source : François-Bernard Huyghe, 18-10-2017

Q : On annonce que Raqqa, capitale de l’État Islamique est quasiment achevée ; la défaite de Daech est-elle proche ?

FBH : En effet, même si la « prise des derniers mètres de Raqqa» est annoncée depuis plusieurs semaines, cela finit par être vrai : il semble bien que cette fois, les Forces démocratiques syriennes, composées de Kurdes et d’Arabes, soient en train de conquérir les derniers bastions et d’évacuer les dji derniers djhadistes – syriens et étrangers-, sans doute vers deir Ezzor qu’ils tiennent encore ; là-bas ils sont confrontés à l’armée syrienne et à ses alliés russes. Aujourd’hui le califat contrôlerait moins de 8% du pays, ce qui commence à ressembler à une déroute pour une organisation territorialisée.
Sur le plan militaire, que ce soit en Irak et en Syrie où il avait dessiné ses frontières et prétendait exercer sa souveraineté, le califat est condamné par la disproportion des forces. Au mieux il aura un sursis. Son slogan des débuts « le califat durera et s’étendra », les mots qui avaient incité des milliers d’étrangers à aller faire la hijra et le djihad au pays de Cham (traduisez : aller vivre religieusement et combattre sur les territoires tenus par le califat), sont ceux d’une utopie qui a échoué. Pourtant..

Perdre des batailles n’est pas perdre une guerre, tant que le vaincu n’a pas reconnu sa défaite. Cela peut se faire soit formellement (par un traité ou une reddition) soit de fait, lorsqu’il n’y a plus de combattants refusant de déposer les armes et continuant à se penser en guerre. Et pour les derniers fanatiques, le choix sera ouvert :
– Continuer la lutte ailleurs en Syrie ou Irak, comme des groupes de guérilla.
– Rejoindre d’autres groupes armés djihadistes, comme Hayat Tahrir al-Cham, rattaché au « courant historique » al Qaïda / al Nosra (quitte à admettre que la fondation prématurée d’un califat par al Baghdadi était une erreur stratégique)
– Aller essaimer et renforcer des groupe affiliés à Daech, mais plus loin, au Pakistan, en Afghanistan, en Égypte, en Libye, etc.
– Pour les « foreign fighters », européens, par exemple, revenir dans leur pays d’origine, échapper, s’ils peuvent, à la prison et relancer une action terroriste.
– Dernière hypothèse : prendre leur « retraite » en redevenant salafistes « quiétistes » (qui ne font pas le djiahd) ou en se convaincant de l’excellence des valeurs démocratiques qu’ils ont combattues. Nous aimerions que cette option soit la plus vraisemblable.

Q : Ils pourraient continuer le combat ?

FBH : On le voit, la vraie défaite de Daech ne peut être que psychologique – renoncer à une lutte sans issue aux objectifs impossibles (conquérir le monde) et renoncer à traitet comme ennemis tous ceux qui ne partagent pas cette utopie-. Mais psychologique, pour eux, cela veut dire spirituel : il faut qu’ils se persuadent que Dieu ne leur fait plus obligation de poursuivre le djihad universel. Or, justement, la propagande du califat les prépare à l’hypothèse d’un défaite « apparente » sur le terrain, une défaite qui ne serait en fait qu’une épreuve, avant une victoire finale plus éclatante encore. Après la période utopique (rejoindre le califat où règne la loi divine et qui « durera et s’étendra »), voici une sorte de prophétisme millénariste : la victoire est d’autant plus proche que nos ennemis croient l’avoir emporté. Autrement dit, il n’est pas garanti que la leçon du réel (la perte du territoire) décourage ceux étaient attirés par le projet de conquérir et convertir le monde. La rage pourrait gagner chez ceux qui verront dans les événements la confirmation que les mécréants et les hypocrites persécutent les musulmans depuis des siècles.

Q : Le terrorisme risque-t-il de se développer en compensation ?

FBH : Quand on perd la guerre classique, il est tentant de mener la « guerre du pauvre » qu’est le terrorisme. La multiplication des attentats en Occident pour « compenser » la chute du califat ? Ces derniers mois les attaques avec une voiture, un couteau, des bonbonnes de gaz qui n’explosent pas toujours, éventuellement avec des armes à feu se sont multipliés. Dans certains cas, la piste djihadiste ne peut être prouvée, dans d’autres on incrimine un mécanisme psychologique d’imitation ou on cherche des causes psychiatriques… Il n’empêche que la tendance lourde semble être à des attaques menées sans grands moyens ou grande organisation, donc d’autant plus difficiles à déceler. La possibilité d’une « routine » terroriste, c’est-à-dire d’attentats relativement fréquents pas forcément très efficaces du fait de l’inexpérience de leurs auteurs, mais motivés par le désir de venger le califat et de punir les pays de la coalition est tout sauf absurde. Et la propagande djihadiste basée sur le ressentiment peut encore nourrir longtemps ce désir de violence compensatrice.

Source : François-Bernard Huyghe, 18-10-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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Le pipeline d’armement d’origine soviétique de 2,2 milliards de dollars du Pentagone inondant la Syrie

Un intéressant reportage du Balkan Investigative Reporting Network (voir ici ou ) qui a enquêté sur les armes arrivées en Syrie (sujet central, qui a peu intéressé les médias occidentaux)

Source : Balkan Insight, Ivan Angelovski & Lawrence Marzouk, 12-09-2017

Le Pentagone est en pleine frénésie de dépenses alors qu’il se démène pour amasser de grandes quantités d’armes et de munitions de type soviétique. Mais il éprouve des difficultés à s’en procurer et utilise des documents juridiques trompeurs pour camoufler leur destination finale : la Syrie

Ivan Angelovski, Lawrence Marzouk – BIRN – Washington, Belgrade

La défaite de l’État islamique en Syrie repose sur une ligne d’approvisionnement douteuse, acheminant des quantités sans précédent d’armes et de munitions d’Europe de l’Est vers quelque 30 000 combattants rebelles anti-EI.

Armés d’AK-47 et de grenades propulsées par fusée provenant des chaînes de production et des stocks gouvernementaux des Balkans, d’Europe centrale et, de plus en plus, de l’ex-Union soviétique, ces troupes soutenues par les États-Unis mènent la bataille pour reconquérir Raqqa, la capitale du soi-disant califat, et libérer d’autres régions syriennes détenues par l’EI.

Mais l’afflux d’armes à ces milices appuyées par le Pentagone dépend de documents officiels trompeurs, une enquête menée par le Balkan Investigative Reporting Network, BIRN, et par le Projet de Signalement de la Criminalité Organisée et de la Corruption, OCCRP, a permis de révéler le problème.

L’opération a été critiquée par des experts en matière de transferts d’armes et a même inquiété des fonctionnaires à Berlin, qui ont vu de grandes quantités d’armes traverser des bases militaires américaines en Allemagne pour se rendre en Syrie.

Les journalistes ont recensé plus de 700 millions de dollars de dépenses en armes et munitions destinées aux rebelles syriens depuis septembre 2015, date à laquelle le programme de formation et d’équipement anti-EI du Pentagone a modifié sa stratégie.

Le Département de la défense a prévu un budget de 584 millions de dollars spécifiquement pour cette opération syrienne pour les exercices 2017 et 2018, et a affecté 900 millions de dollars supplémentaires aux munitions de type soviétique d’ici 2022.

Le total, soit 2,2 milliards de dollars, sous-estime probablement l’afflux d’armes aux rebelles syriens au cours des prochaines années.

Les armes et les munitions que le Pentagone fournit à la Syrie sont acheminées par un vaste réseau logistique, qui comprend une armée de marchands d’armes, de compagnies maritimes, de compagnies aériennes de fret, de bases militaires allemandes et d’aéroports et de ports des Balkans.

Les achats sont acheminés par deux canaux. L’un est dirigé par le Commandement des opérations spéciales de l’armée américaine, SOCOM, et l’autre par Picatinny Arsenal, un dépôt d’armes peu connu situé au New Jersey

Le programme anti-EI du Pentagone est devenu la seule campagne militaire de Washington en Syrie en juillet 2017 après que le président Trump ait mis fin à l’opération Syacamore financée par la CIA, qui visait à armer les rebelles syriens qui combattaient le président Assad.

Trump s’est engagé à « éliminer » l’EI et a alloué des fonds accrus à la campagne du Pentagone, qui compte maintenant de nombreux anciens groupes anti-régime sur ses fiches de paie.

Alors que de vastes quantités d’armes continuent à affluer en Syrie, les inquiétudes abondent au sujet d’un conflit plus vaste qui émergera une fois que l’ennemi commun EI sera vaincu.

Interrogé sur l’achat sans précédent d’armes de type soviétique pour les rebelles syriens, le Pentagone a répondu qu’il avait soigneusement sélectionné les destinataires et qu’il lâchait du matériel progressivement.

Former et équiper : un virage stratégique majeur

Alors que l’EI balayait la Syrie en 2014, le Pentagone lançait à la hâte, en décembre dernier, un programme de 500 millions de dollars pour équiper et former une nouvelle force de rebelles syriens, armés d’armes américaines modernes, afin de contrer la menace.

Mais neuf mois plus tard, le programme s’était effondré, avec seulement une poignée de recrues arrivées sur le champ de bataille.

Au milieu d’une avalanche de gros titres négatifs, le Pentagone avait besoin d’un nouveau plan: à partir de septembre 2015, et largement méconnu des médias, le Pentagone a discrètement changé de direction pour armer des rebelles syriens déjà présents sur le terrain avec les armes et munitions du bloc de l’Est qu’ils utilisaient déjà, selon un document du Pentagone datant de février 2016, qui n’avait pas été publié auparavant.

Ces matériels de type soviétique, à la fois nouvellement produits et provenant de stocks, sont disponibles en Europe centrale et orientale et dans les anciens pays soviétiques, ainsi qu’en Chine et en Russie. Les deux derniers gros fournisseurs sont hors-limites, leurs équipements militaires étant soumis aux sanctions américaines.

La première livraison du Pentagone, qui comprenait 50 tonnes de munitions, est arrivée en octobre 2015, un mois seulement après le changement de politique. Les munitions ont été larguées par avion à des unités arabes au sein des Forces démocratiques syriennes, SDF, une coalition dirigée par les Kurdes qui menait alors la lutte pour récupérer Raqqa, et le principal allié du Pentagone en Syrie.

La cargaison était loin d’être un événement ponctuel et les SDF n’étaient pas le seul groupe à recevoir un soutien – une coalition changeante de combattants rebelles dans le sud-est de la Syrie est également armée par le Pentagone.

La chaîne de fourniture SOCOM

Le Commandement des opérations spéciales, SOCOM, n’ a pas encore reconnu son rôle dans le programme syrien de formation et d’équipement, mais dans une déclaration écrite au BIRN et à l’OCCRP, le Pentagone a confirmé qu’il avait été accusé d’avoir acheté des armes et des munitions pour les rebelles syriens.

Depuis le changement de stratégie jusqu’en mai 2017, il a acheté des armes et des munitions d’une valeur de 240 millions de dollars à la Bulgarie, à la Bosnie-Herzégovine (B-H), à la République tchèque, au Kazakhstan, à la Serbie, à la Pologne et à la Roumanie, selon une analyse de milliers de dossiers d’achats effectuée par le BIRN et l’OCCRP. Avant le début du programme, les dépenses consacrées aux armements du bloc de l’Est étaient négligeables.

Alors que SOCOM est connu pour fournir secrètement des partenaires américains dans d’autres conflits, les preuves documentaires, les analyses d’experts et le témoignage d’un entrepreneur impliqué dans la chaîne d’approvisionnement ont confirmé que la Syrie est la principale destination de ces achats.

Entre décembre 2015 et septembre 2016, le SOCOM a également affrété quatre navires cargos en provenance des ports roumains et bulgares de la mer Noire, chargés de 6 300 tonnes de munitions achetées qui devaient être livrées aux bases militaires de Turquie et de Jordanie, les principales bases logistiques d’approvisionnement des rebelles syriens, selon les documents d’achat, les listes de colisage et les données de suivi des navires.

Il a également commandé des vols commerciaux de fret avec la compagnie aérienne azerbaïdjanaise Silk Way pour des bases aériennes en Turquie et au Koweït, d’autres centres clés de la mission anti-EI.

Le Pentagone a demandé un montant supplémentaire de 322,5 millions de dollars pour l’exercice se terminant en octobre 2017, ainsi que 261,9 millions de dollars pour les 12 mois suivants [voir le graphique], afin d’acheter des munitions pour le programme syrien de formation et d’équipement.

Cela comprendra des dizaines de milliers de AK-47 et de roquettes à propulsion par fusée, des RPG, et des centaines de millions de pièces de munitions, selon les demandes de financement faites par le Pentagone et l’administration Trump.

En février, le SOCOM avait déjà fait une bosse dans le budget après avoir publié une liste d’achats de 90 millions de dollars pour la Syrie, constatée par les journalistes, qui comprend 10 000 AK-47, 6 000 lance-roquettes, 6 000 mitrailleuses lourdes et légères et 36 millions de munitions.

Picatinny : Une nouvelle ligne d’approvisionnement dévoilée

SOCOM n’est cependant pas la seule unité du Pentagone à acheter des munitions pour le programme syrien de train et d’équipement.

L’arsenal de Picatinny, une base militaire du New Jersey, avec l’aide de sa base sœur à Rock Island, dans le New Jersey, est également un élément essentiel de la chaîne d’approvisionnement.

Il a acheté jusqu’ à 480 millions de dollars d’armes et de munitions de type soviétique pour les rebelles syriens depuis le changement de stratégie, à partir de l’Afghanistan, de la Bulgarie, de la BIH, de la Croatie, de la Roumanie, de la République tchèque, de l’Ukraine, de la Géorgie, de la Pologne et de la Serbie selon ce que l’enquête peut révéler.

Picatinny se vante d’avoir fourni de grandes quantités d’équipements du bloc de l’Est à l’Irak et à l’Afghanistan, mais elle a fait preuve de beaucoup plus de circonspection quant à son rôle dans le conflit syrien, qui divise politiquement la communauté internationale et qui consiste à équiper des milices plutôt que des armées d’État.

Cela signifie que les achats de munitions non standard – l’euphémisme utilisé par les États-Unis pour désigner les équipements de type soviétique – étant clairement marqués pour l’Irak ou l’Afghanistan, il semble que le Pentagone ait pour politique de ne pas étiqueter les biens d’approvisionnement destinés à la Syrie.

Le BIRN et l’OCCRP ont découvert sept contrats d’une valeur de 71 millions de dollars qui ont été signés en septembre 2016 et ont mentionné la Syrie soit par leur nom, soit le code interne du ministère de la Défense – V7 – pour le programme syrien de train et d’équipement. Mais ces références ont été rapidement effacées du dossier public après que le BIRN et l’OCCRP aient demandé au Département de la défense et aux pays fournisseurs des informations quant à ces livraisons en mars de cette année.

Les journalistes ont fait des copies de tous les documents avant leur suppression. Le Pentagone a refusé d’expliquer les modifications.

En plus des 71 millions de dollars prévus pour la Syrie, un autre 408 millions de dollars d’équipement du bloc de l’Est a été fait depuis le changement de stratégie sans qu’aucune destination ne soit mentionnée.

Les livraisons aux rebelles syriens devraient augmenter dans les années à venir, car Picatinny a déjà affecté jusqu’ à 950 millions de dollars aux munitions de type soviétique d’ici 2022 – il a dépensé 1,3 milliard de dollars au cours de la décennie précédente – ce qui met davantage de pression sur la chaîne d’approvisionnement.

Le pipeline de la CIA de Picatinny

La CIA a utilisé un arsenal peu connu du Pentagone pour acheter des armes aux rebelles anti-Assad, affirme un entrepreneur.

L’entrepreneur du SOCOM, qui a demandé à ne pas être nommé, a identifié l’arsenal Picatinny du Pentagone comme étant une source d’approvisionnement pour le programme de la CIA visant à armer les rebelles syriens qui combattent le président Assad, ainsi que pour la campagne anti-EI du Pentagone.

L’opération secrète de la CIA intitulée Bois de Sycomore, qui a été lancée en 2013 sous le président Obama, a été stoppée en juillet 2017 par le président Trump.

Les dossiers d’acquisition montrent que Picatinny Arsenal a déjà acheté des munitions de type soviétique pour le camp Stanley au Texas, qui, selon un rapport de 2015 d’un ancien analyste de la CIA, est probablement le siège d’un dépôt secret de la CIA qui a armé les groupes rebelles du Nicaragua à l’Afghanistan.

Un contrat Picatinny de juin 2016 pour des « armes non conventionnelles » indique également l’implication de la CIA. Il dit que des quantités indéterminées d’armes comme des AK-47 et les RPG seront achetées pour le compte « d’Autres Organismes Gouvernementaux » (OGA), un euphémisme pour la CIA.

Décapage du fond du baril

Le gazoduc de 2,2 milliards de dollars financé par les États-Unis et un gazoduc de 1,2 milliard d’euros financé par l’Arabie saoudite, la Jordanie, la Turquie et les Émirats arabes unis, qui avaient été précédemment révélés par le BIRN, ont marqué une période de prospérité pour les producteurs d’armes en Europe centrale et orientale

Des usines telles que le fabricant de missiles Krusik en Serbie et l’usine militaire de VMZ en Bulgarie ont vu leur production augmenter considérablement. Le Premier ministre serbe Aleksandar Vucic a promis, le 1er juillet, de transformer « les prairies et les forêts » en usines d’armement et de presque doubler les exportations d’armes de la Serbie pour les porter à 750 millions de dollars d’ici 2020, en visitant Belom, une usine de munitions récemment ouverte.

Alors que le gazoduc n’ait pas encore séché, les entrepreneurs du Pentagone ont été contraints de parcourir le monde à la recherche de nouvelles sources et ont demandé l’autorisation de fournir du matériel vieillissant stocké plutôt que du matériel nouvellement produit, selon les documents obtenus par les journalistes.

Traditionnellement, les États-Unis s’étaient tournés vers la Roumanie et la Bulgarie pour obtenir des armements non standard, mais l’explosion de la demande a forcé les entrepreneurs à se tourner vers la République tchèque, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie et maintenant vers les pays voisins de la Russie, l’Ukraine, la Géorgie et le Kazakhstan, et même l’Afghanistan, selon les registres d’achats des États-Unis.

Au fur et à mesure que la demande continue de croître, la concurrence entre les entrepreneurs pour obtenir des armes devient de plus en plus féroce, ce qui les oblige à chercher encore plus loin, notamment au Pakistan et au Vietnam, selon une source.

L’entrepreneur du Pentagone, qui a demandé à garder l’anonymat, a déclaré que cela avait créé un « environnement où l’avidité est le facteur de motivation chez la plupart des… entrepreneurs impliqués ».

La rareté des approvisionnements a poussé le Pentagone à abaisser ses normes en matière d’armes et de munitions. Auparavant, elle exigeait des fournisseurs qu’ils fournissent du matériel de moins de cinq ans, mais en février, elle a abandonné cette exigence pour certains équipements, selon les documents officiels obtenus par le BIRN et l’OCCRP.

Les munitions entreposées dans de mauvaises conditions se dégradent, devenant parfois inutilisables ou même dangereuses. Un sous-traitant du Pentagone chargé d’entraîner les rebelles syriens est mort en juin 2015 lorsque le RPG de 30 ans qu’il manipulait a explosé dans un champ de tir en Bulgarie.

La destruction du système de contrôle des armements

Le bon fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement en armes de la Syrie dépend non seulement du maintien du secret de la destination finale des armes, mais aussi – selon les experts qui ont examiné les preuves obtenues par le BIRN et l’OCCRP – du fait que les pays fournisseurs d’Europe de l’Est ne posent pas trop de questions sur les raisons pour lesquelles les États-Unis recherchent autant d’armes du bloc de l’Est.

Un certificat d’utilisateur final valide garantissant la destination finale des armes et des munitions est une condition légale internationale standard pour obtenir une licence d’exportation d’armes, mais un certificat d’utilisateur final délivré par le SOCOM dans le cadre du programme Syrie et vu par le BIRN et l’OCCRP ne mentionne pas le pays du Moyen-Orient.

Au lieu de cela, il cite le SOCOM comme l’utilisateur final, en dépit du fait que l’armée américaine n’utilise pas elle-même les armes du bloc de l’Est. Le document stipule que « le matériel sera utilisé à des fins de défense en usage direct par le gouvernement américain, transféré au moyen de subventions sous forme d’éducation militaire ou de programme de formation ou d’aide à la sécurité ».

Le texte du document est similaire à celui de quatre certificats d’utilisateur final SOCOM qui ont été divulgués en ligne plus tôt ce mois-ci, et qui décrivent en détail comment les armes ou les munitions seront destinées « à l’usage exclusif du Commandement des opérations spéciales des États-Unis, de ses alliés et partenaires de l’OTAN à l’appui de la formation, de l’aide à la sécurité et des opérations de stabilité ».

Dans une réponse écrite détaillée, le Pentagone n’ a pas contesté la désignation de l’armée américaine comme utilisateur final, ajoutant qu’il considérait le transfert d’armes aux rebelles syriens comme faisant partie de son programme « d’assistance à la sécurité », terme qu’il utilise dans le document juridique.

Mais Patrick Wilcken, chercheur en armement à Amnesty International, a qualifié ces certificats d’utilisateur final de « très trompeurs » et a ajouté : « Un certificat d’utilisateur final qui ne contiendrait pas cette information [destination finale] serait se tirer une balle dans le pied et extrêmement inhabituel ».

Washington n’a pas encore ratifié le Traité sur le commerce des armes de l’ONU, un accord international visant à réglementer le transfert d’armes en empêchant le détournement d’armes vers des zones de guerre et en améliorant la transparence, et n’est donc pas juridiquement lié par celui-ci. Mais en tant que signataire, on s’attend à ce que les États-Unis ne sapent pas l’accord, ce dont Wilcken accuse Washington de faire.

En tant que membre de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, l’OSCE, Washington a toutefois signé une série de mesures pour prévenir le trafic d’armes – y compris une décision contraignante selon laquelle les certificats d’utilisateur final incluent le pays de destination finale.

Les pays exportateurs européens ont ratifié le traité sur le commerce des armes et sont également liés par les décisions de l’OSCE et par les règles encore plus strictes de l’UE, connues sous le nom de politique commune sur les exportations d’armements. Les règles de l’UE s’appliquent à la plupart des membres potentiels.

En vertu du traité sur le commerce des armes et de la politique commune de l’UE, les exportateurs doivent évaluer les risques que des armes et des munitions soient détournées et utilisées pour commettre des crimes de guerre ou « porter atteinte à la paix et à la sécurité » avant de délivrer une licence.

Sans connaître la destination finale, une telle évaluation est impossible, ce qui signifie que les pays exportateurs agissent « par négligence », a dit M. Wilcken.

Roy Isbister de Saferworld, une organisation non gouvernementale qui œuvre pour renforcer les contrôles sur le commerce international des armes, a déclaré : « Si les États-Unis manipulent le processus et fournissent une couverture pour que d’autres prétendent ignorer les utilisateurs finaux des armes en question, c’est l’ensemble du système de contrôle qui est en danger ».

Les autorités roumaines, bulgares, tchèques, serbes, ukrainiennes et géorgiennes se sont vu remettre des documents d’achat américains indiquant que les armes qu’elles avaient exportées étaient destinées à la Syrie. La Roumanie, la République tchèque et la Serbie ont déclaré à BIRN et à l’OCCRP qu’elles avaient accordé des licences d’exportation aux États-Unis, et non à la Syrie, qui étaient considérées comme la destination finale. Le ministère des Affaires étrangères de Prague a ajouté qu’il soutenait la lutte des États-Unis contre l’EI, mais a refusé de confirmer qu’il était au courant de la destination finale des armes.

Le ministère géorgien de la défense a indiqué qu’un accord d’exportation était en cours de négociation mais qu’il n’avait pas reçu de certificat d’utilisateur final du Pentagone et qu’aucun contrat n’avait été signé. L’Ukraine et la Bulgarie n’ont pas répondu aux demandes d’éclaircissements.

La Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Pologne, le Kazakhstan et l’Afghanistan, qui ont tous accepté d’exporter vers le SOCOM ou Picatinny pour une destination indéterminée depuis septembre 2015, ont également été invités à indiquer s’ils savaient si ces armes avaient échoué en Syrie.

La Bosnie-Herzégovine a confirmé qu’elle avait délivré des licences d’exportation au SOCOM mais pas à la Syrie, tandis que la Pologne et la Croatie ont déclaré qu’elles respectaient toutes les règles internationales. Le Kazakhstan et l’Afghanistan n’ont pas répondu.

Les autorités allemandes semblent avoir été moins à l’aise avec le fonctionnement du pipeline d’armes. Une fuite de courrier électronique du Pentagone obtenue par le BIRN et l’OCCRP révèle comment Berlin est devenue « très sensible » aux énormes quantités d’armes du bloc de l’Est qui traversaient son territoire pour se rendre dans des bases américaines, fo.

Les armes continuent à affluer en Syrie pour combattre l’EI, et des craintes grandissent quant à ce qui arrivera aux armes et aux combattants lorsque les djihadistes seront vaincus.

Wilcken a dit qu’il craignait pour l’avenir du Moyen-Orient.

« Compte tenu de la situation très complexe et délétère en Syrie… et de l’existence de nombreux groupes armés accusés d’abus graves », a-t-il déclaré. « Il est difficile de voir comment les États-Unis pourraient s’assurer que les armes envoyées dans la région ne seront pas utilisées à mauvais escient. »

Autres rapports de Pavla Holcova, Maria Cheresheva, Roxana Jipa, David Bloss, Roberto Capocelli, Ana Babinets, Atanas Tchobanov, Aubrey Belford et Frederik Obermaier.

Cette enquête est produite par BIRN dans le cadre du projet Paper Trail to Better Governance.

Source : Balkan Insight, Ivan Angelovski & Lawrence Marzouk, 12-09-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

2 réponses à Le pipeline d’armement d’origine soviétique de 2,2 milliards de dollars du Pentagone inondant la Syrie

  1. Fritz Le 20 octobre 2017 à 07h05

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    Comme disait Napoléon III : “L’empire, c’est la paix”. Jusqu’en 2014, le but des Occidentaux en Syrie était clair : abattre Bachar al-Assad en aidant ses opposants, tous démocrates, les héros du Printemps arabe.

    Depuis que Daech a étendu son emprise sur les confins syro-irakiens, le discours occidental s’est infléchi : “nous aidons les rebelles qui se battent sur deux fronts : contre la barbarie de Daech et contre la barbarie d’Assad, contre la collusion des deux”.

    Et ces branquignols se donnent le nom flatteur de “coalition internationale”… Réduits à du trafic d’armes pour aider des rebelles à combattre d’autres rebelles. Mais la coalition, ce sont les pays qui aident le gouvernement syrien à reconquérir sa souveraineté contre TOUS les rebelles, contre TOUS les djihadistes.

  2. pantocrator Le 20 octobre 2017 à 07h57

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    belle affaire ! les Usa ( et d’autres ) épuisent les stocks d’armes ex-pacte de Varsovie , quitte à proposer ensuite de l’armement standard Otan . C’est beau le commerce mondial !

     

     

    https://www.les-crises.fr/le-pipeline-darmement-dorigine-sovietique-de-22-milliards-de-dollars-du-pentagone-inondant-la-syrie/

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