Archives pour la catégorie Syrie

«Attaque chimique» à Douma : un lanceur d'alerte de l'OIAC témoigne au Conseil de sécurité de l'ONU 21 janv. 2020, 13:13 © REUTERS/Yves Herman Le logo de l'OIAC. En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/international/70538-attaque-chimique-douma-lanceur-alerte-oiac-temoigne-conseil-securite-onu

«Attaque chimique» à Douma : un lanceur d’alerte de l’OIAC témoigne au Conseil de sécurité de l’ONU 21 janv. 2020, 13:13 © REUTERS/Yves Herman Le logo de l’OIAC. S’adressant aux représentants des pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU, un ancien inspecteur de l’OIAC envoyé à Douma après l’attaque chimique présumée d’avril 2018, a dénoncé les conclusions contradictoires du rapport final de l’institution. Lors d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations unis convoquée le 20 janvier par le représentant permanent de la Russie, Ian Henderson, ancien inspecteur de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), a pointé du doigt les «conclusions contradictoires» du rapport final publié en mars 2019 par l’institution concernant l’attaque chimique présumée d’avril 2018 à Douma (Syrie). Un «revirement complet» par rapport aux observations sur le terrain ? Lire aussi «Attaque chimique» à Douma : fuite d’une version préliminaire jamais publiée du rapport de l’OIAC Membre de la mission d’enquête de l’OIAC dépêchée sur place le même mois pour tenter de faire la lumière sur l’attaque présumée, Ian Henderson s’est alors adressé aux représentants des pays membres du Conseil de Sécurité de l’ONU via une vidéo dans laquelle il s’est inquiété du fait qu’«une équipe dite de base» ait été créée en juillet 2018, «sans inclure les inspecteurs de la mission d’enquête initialement envoyés à Douma». «Les conclusions du rapport final constituent un revirement complet par rapport à ce que l’équipe avait compris collectivement pendant et après les déploiements à Douma», a notamment expliqué le lanceur d’alerte, considérant que «le rapport final n’était pas clair» quant à plusieurs nouvelles conclusions qui mentionnent «des témoignages, des analyses chimiques, des études balistiques». Et l’ancien inspecteur de l’OIAC de noter le fait que «les résultats d’une expertise en ingénierie et d’une étude balistique» qu’il affirme avoir fait suivre à l’institution, n’aient «pas été pris en compte». «Les résultats appuyaient l’hypothèse selon laquelle il n’y a pas eu d’attaque chimique», a-t-il expliqué. A la suite de l’intervention de Ian Henderson, les représentants de plusieurs pays se sont exprimés au sujet de l’utilisation présumée d’armes chimiques par le gouvernement syrien sur son territoire. Si celui-ci a toujours démenti de telles allégations, la rhétorique accusatoire visant Damas avait été utilisée pour justifier les frappes occidentales en Syrie dans la nuit du 13 au 14 avril 2018. Le témoignage de Ian Henderson auprès du Conseil de sécurité des Nations unis intervient après une série de révélations, notamment relayées par WikiLeaks, au sujet de la version finale du rapport de l’OIAC sur l’attaque chimique présumée d’avril 2018 à Douma. On y apprend notamment que le texte, depuis le brouillon jusqu’à sa publication finale, aurait subi quantité de reformulations voire d’omissions selon certaines sources, venant altérer les conclusions de la mission d’enquête initiale. Dernier rebondissement en date, la publication d’un courriel daté de février 2019 et rédigé par Sébastien Braha, chef de cabinet du directeur général de l’OIAC, qui demandait la suppression des archives de l’organisation «de toute trace» d’une note mettant en exergue des éléments contredisant certains points du texte final. Lire aussi : Déformation du rapport sur l’«attaque chimique» à Douma ? Le courriel d’un expert de l’OIAC révélé International

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/international/70538-attaque-chimique-douma-lanceur-alerte-oiac-temoigne-conseil-securite-onu

Variations autour du “boucher de Damas”

Variations autour du “boucher de Damas”

Analyse

   mardi 15 octobre 2019

   Forum

Un commentaire est associé à cet article. Vous pouvez le consulter et réagir à votre tour.

   Imprimer 4515

Variations autour du “boucher de Damas”

15 octobre 2019 – La sanctification des Kurdes est une des deux constantes les plus fermes de la narrative-Système pour ce qui concerne l’explication de l’“Orient [très-]compliqué” en mode-postmoderne, notion qu’il s’agit de simplifier pour mieux articuler le simulacre de service. L’autre “des deux constantes les plus fermes”, installée en 2011, c’est “le boucher de Damas”, alias Assad, président syrien. Quoi qu’il se passe, l’impératif du simulacre est de retrouver Assad menaçant d’une boucherie n’importe qui, pour le plaisir et pour le vice partagés, et particulièrement une boucherie des Kurdes. Nous sommes à un de ces points de rupture qui font naître un malaise diffus dans le bon équilibre de la presseSystème ; il est en effet impossible pour l’instant de transformer en FakeNews/DeepFake le fait que le “boucher de Damas” pourrait bien être celui qui sauverait éventuellement les Kurdes sanctifiés des griffes réputées impitoyables du Turc Erdogan.

Ainsi y a-t-il une invasion et une riposte à l’invasion sur le terrain d’une part, et d’autre part une singulière gymnastique imposée aux plumitifs et porte-voix de la presseSystème, contraints par leur loyauté invertie à respecter les logiques ontologiques du simulacre qui ne peuvent permettre l’association des Kurdes-sanctifiés et du “boucher de Damas”. Alors, on trouve de vagues expressions telles que “les Kurdes contraints de demander de l’aide à Damas”, ou des geigneries plus affectivistes, comme celle du Monde (« Réduits à solliciter le renfort de Damas, les Kurdes pleurent la fin d’un monde »), qui ne font qu’acter les illusions kurdes alimentées par les constructions faussaires et simulacres de ceux qui, aujourd’hui, pleurent leur destin (le bloc-BAO).

En d’autres termes plus élégants, il y a comme une insupportable exaspération devant cette si parfaite opérationnalisation de la maxime de Bossuet si souvent citée ces dernières années, si parfaitement illustrative de l’irresponsabilité, de la pensée réduite à l’affectivisme, c’est-à-dire si représentative absolument de notre époque : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes »… Comment ces gens d’un autre siècle, bien avant les merveilles des modernes et le culte de l’intelligence technicienne et postmoderne, et bientôt complètement artificielle, parvenaient-ils à éclairer et à embrasser d’une seule phrase au rythme étourdissant la catastrophe intellectuelle de l’ampleur de celle que nous connaissons aujourd’hui, et dans laquelle nous progressons sans un instant songer à tirer quelque enseignement de notre consternante stupidité avec comme supplétif notre lâcheté illuminée d’un hybris de boîte de nuit disco ? Oui, comment accomplissaient-ils de telles merveilles  de langage qui nous expliquait à nous-mêmes si promptement justemet avant que nous n’existions ?

Il y a certes beaucoup à dire dans les considérations opérationnelles sur les choses en cours, comme celles qui pourraient accompagner le fait du retrait US de leur protection des Kurdes, de l’absence de contingents français ou britanniques pour cette mission, eux qu’on déploya si promptement contre le “boucher de Damas”, aux côtés des djihadistes.

(« Al Nosra fait du bon boulot », comme disait en 2012 Fabius, alors ministre des affaires étrangères et aujourd’hui président du Conseil Constitutionnel, dans une déclaration depuis contestée, jusqu’au Decodex du Monde, mais dont il est facile de comprendre, au-delà des faits, de ces faits que tout le monde considèrent aujourd’hui comme Fake & Fuck comme on parlait de Zig & Puce, de comprendre combien elle correspondait parfaitement à la perception de l’esprit de la chose : le bloc-BAO soutenait tous ceux, y compris et surtout les djihadistes dont il est toléré dans certains cas d’observer que ce sont des “terroristes islamistes”, qui tiraient sur le “Boucher de Damas”, – autre fait Fake Fuck jusqu’à la gueule dans ce surnom de “Boucher de Damas” issu d’une presse sensationnaliste et résistancialiste d’après la Libération, lorsque le danger s’était dissipé ; un de ces surnoms pavloviens dont on attend qu’il suscite la pensée comme on salive devant un plat appétissant. Qu’importe de toutes les façons, toutes ces finaudes directions politiques et intellectuelles du bloc-BAO sont prisonnières des marchés d’armement, des symposiums et des tours-hôtel-gratte-ciel, des parcours de golf dans le désert du Golfe, des mirages technologistes des étendues sablonneuses et postmoderniste.)

Difficultés de perspective

On voit quelle charge terrible de communication, outre les horreurs bien réelles de ce conflit sans fin, pèsent sur les simulacres de langage et de jugement ; il s’agit de la production du déterminisme-narrativistequi emprisonne totalement l’esprit des acteurs occidentaux comptables de leur narrative(le “boucher de Damas” contre les démocrates-libérateurs éventuellement et essentiellement djihadistes) de cette phase de l’interminable tragédie syrienne, phase et drame directement dépendant de la communicationSystème. Il faut donc, pour se rapprocher de la vérité-de-situation syrienne, se tourner vers des sources qui ne sont pas infectées par ces pathologies ; des sources déterminant les vérités-de-situation opérationnelles sans en céder une seconde à l’affectivisme subversif des pensées du bloc-BAO qui conditionnent les jugements-PC occidentaux comme autant de verrous des dossiers destinés aux “chers auditeurs”.

Cette démarche de salubrité psychologique et intellectuelle n’empêche pas de constater qu’à partir de données beaucoup plus acceptables les appréciations de l’évolution de la situation, si elles s’accordent sur le sens des opérations en cours, vont dans des directions extrêmement différentes quant aux prolongements stratégiques et politiques, et même eschatologiques pour certains. C’est d’une autre hauteur que les sottises occidentales, irrémédiablement conduites à raisonner dans les sous-sols de l’analyse, mais ce n’en est pas moins significatif quant aux variations constatées qui rendent si difficiles de tracer une perspective.

Nous allons développer ici plusieurs approches de sources différentes et certainement pas du même “camp”, qui donneront des appréciations de la situation générale.

• Jubilation d’E.J. Magnier

Le site SicSemperTyrannis (STT) a repris tous les tweets d’Elijah J. Magnier, dans la soirée du 13 octobre. Connaissant les positions de Magnier, on comprend que ces appréciations sont triomphantes, envisageant même que la fin de la guerre en Syrie approche très rapidement, à l’avantage d’Assad. Même si ces jugements sont écrits dans le feu de l’action dont ils rendent compte, ils restent significatifs d’une façon de voir les derniers événements dans un sens proprement triomphal.

« L’armée syrienne est à Manbij maintenant. Une autre force de l’armée syrienne se dirige vers l’avance turque soutenue par les Kurdes syriens. 
» Il suffisait de l’annonce du retrait américain pour que la perspective de la fin de la guerre en Syrie se développe brusquement en un temps record.
» Les Kurdes se sont mis d’accord sur tous les points demandés par Damas et la Russie en est le garant. Les Kurdes font désormais partie des forces alliées syriennes de sécurité. L’armée syrienne a accepté de prendre en charge tous les prisonniers de l’ISIS, les familles et les personnes en fuite. L’Europe devra désormais s’arranger directement avec Assad. […]
» Cette situation – le retrait des forces américaines et le comportement des USA avec les Kurdes après des années de combats sur le terrain – aidera énormément la Russie à confirmer sa crédibilité et son engagement envers ses alliés et son partenariat sincère en tant que substitut aux États-Unis complètement indignes de confiance.
» Important : L’avancée de l’armée syrienne ne signifie pas un affrontement avec les forces turques. La Russie est en train de parvenir à un accord global avec la Turquie et Damas pour mettre un terme à l’opération militaire dès que possible.
» L’objectif principal est atteint : le retrait des forces américaines de Syrie. La Turquie craignait un YPG, la branche syrienne du PKK, puissant et bien armé avec les équipements et la protection des États-Unis. Maintenant que les États-Unis se retirent, Damas ne permettra aucune attaque ou menace contre la Turquie et n’acceptera pas une partition kurde [Rojava]indépendante. L’accord d’Adana [de 1998] est de nouveau sur les rails. »

• Trump serait-il fin, même par mégarde ?

Les commentaires de TTG, l’un des principaux collaborateurs du colonel Lang, sont particulièrement favorables à cette vision de Magnier. (Lang et son équipe, des connaisseurs en matière d’activités militaires, sont depuis longtemps des admirateurs des capacités manœuvrières et combatives de l’armée d’Assad.) Surtout, pour TTG, la surprise vient du rôle de Trump dans cette phase, qu’il juge complètement coordonnée avec celle des Russes. TTG juge que Trump a complètement débordé et pris à contrepied les extrémistes washingtoniens et autres neocons, les plaçant devant le fait accompli des responsabilités générales confiées aux Russes, et retirant les forces US de cette nasse syrienne que lui-même, Trump, a toujours dénoncée comme par rapport aux intérêts US.

(Son jeu par rapport à la Turquie est également productif dans sa sinuosité : on semble d’abord donner le feu vert à Erdogan, on hésite, on lui demande d’arrêter, on lui impose des sanctions, coupant l’herbe sous les multiples pieds di Congrès qui entendait voter lui-même des sanctions dans la pompe et la solennité.)

 « Damas est en voie d’atteindre son objectif ultime de reprendre le contrôle de tout son territoire et d’atteindre la paix grâce à VV Poutine et à l’aide bienvenue et nécessaire de DJ Trump. Il n’y a pas d’autre façon de juger de la situation. […]
» Je pense cependant que le SDF kurde cessera très bientôt d’exister. Ces forces seront intégrées directement dans la SAA de Damas ou deviendront des auxiliaires des NDF. Les Kurdes ne recevront pas leur semi-autonomie, mais ils seront vivants, sur leurs terres ancestrales et sous la gouvernance de Damas.
» Les neocons du monde entier gémiront dans les ténèbres et grinceront des dents. Ils reprocheront toujours à Trump d’avoir “perdu la Syrie”. Mais croyez-moi, moi qui n’ai absolument aucun respect pour cet homme, Trump a agi dans le meilleur sens possible. Sa volonté de travailler avec Poutine va refaire de la Syrie un pays stabilisé. Poutine n’aurait pas pu orchestrer cela sans la volonté (ou l’audace) de Trump de se battre contre tout le gouvernement américain.  Tant mieux pour lui, même s’il ne réalisait pas vraiment ce qu’il faisait. Il peut considérer cela comme une victoire pour le peuple américain. »

• Un affrontement Russie-Turquie ?

Le site israélien DEBKAFiles a eu une approche plus nuancée, sinon dramatique dans ceci qu’il estime qu’il y a la possibilité d’un affrontement direct entre Russes et Turcs. Pour le reste il juge que, sans aucun doute, Poutine est l’homme qui domine la situation dans la région. DEBKAFiles apporte des précisions intéressantes sur les modalités des négociations entre Syriens du gouvernement Assad et Kurdes, quant au rôle joué par les Russes comme maîtres d’œuvre : les négociations ont eu lieu sur la base russe en Syrie de Khmeimim, sous la présidence des militaires russes.

 « La décision du président Donald Trump de retirer les troupes américaines de la confrontation turco-kurde de dimanche 13 octobre a provoqué un réalignement fulgurant des grandes puissances sur le champ de bataille du nord-est de la Syrie: la tâche de protéger les Kurdes des excès de l’opération turque est passée à Vladimir Poutine et à l’armée syrienne. Lundi, les forces gouvernementales syriennes avaient atteint les villes kurdes de Kobani, Manbij et Raqqa, alors que les troupes turques s’apprêtaient à attaquer les deux premières. Selon certaines informations, l’armée syrienne se trouvait déjà à l’intérieur de ces villes, mais, selon les sources militaires de DEBKAfile, elle ne peut pas résister à une avance turque sans le soutien russe.
» Comme l’avait prédit samedi DEBKAfile, les rouages de ce revirement ont été mis en route par un accord conclu par les dirigeants kurdes des Forces de défense syriennes (SDF) soutenues par les États-Unis avec les responsables du régime Assad au centre de commandement russe de la base aérienne de Khmeimim près de Latakia. Leurs réunions étaient présidées par des officiers russes. Se sentant abandonnés par le recul américain, les Kurdes ont rapidement accepté de renoncer à leur lutte pour un État indépendant et de se contenter d’un statut autonome pour leurs provinces du nord-est en échange de la prise en charge par l’armée syrienne de la défense de leurs villes en danger.
» L’accord, qui est entré en vigueur dans les 24 heures, a encore des dispositions délicates à préciser : 
» • La nature exacte du régime autonome kurde et les relations avec le gouvernement central à Damas.
» • Les frontières des terres sous domination kurde.
» • Le sort des SDF kurdes.
» • Jusqu’où le président russe Vladimir Poutine sera-t-il prêt à intervenir pour arrêter l’avance de l’armée turque dans le nord de la Syrie ?
» Les forces syriennes n’étant pas prêtes à une bataille à grande échelle contre l’armée turque sans le soutien de l’armée et de l’aviation russes, la Turquie et la Russie sont au seuil d’un conflit militaire majeur.
» La façon dont Poutine doit gérer cette situation difficile est encore à déterminer. Il pourrait être en mesure de la maîtriser en plaçant Erdogan devant un discret ultimatum pour qu’il renonce sinon il se trouvera dans la perspective d’hostilités directes avec l’armée russe. Quoi qu’il en soit, le président russe est en train d’apparaître dans le désordre créé par l’opération turque comme étant sur le point d’atteindre l’objectif primordial de son intervention dans le conflit syrien : placer toutes les parties du pays sous la domination centrale du régime Assad. »

• Une Troisième Guerre mondiale ?

Enfin, un article de WSWS.org, dont la version initiale (anglais) a paru le 14 octobre, et la version française le 15 octobre 2019. Nous empruntons ici la deuxième partie de l’article, celle qui envisage les perspectives à terme et les possibilités de conflit élargi qu’entraînent l’invasion turque et les réactions syrienne et iranienne (et sans doute russe).

Comme d’habitude la vision de ce site que nous connaissons bien est catastrophique (escalade montant à la possibilité d’un affrontement nucléaire), et il est d’un jugement négatif sur à peu près tous les acteurs : les Turcs, pour leur agression autant que pour diverses actions de liquidation et autres atrocités qui sont détaillées ; les USA dont la tactique de retrait et d’abandon des Kurdes a accéléré la crise, avec des détails intéressants sur les tractations entre US et Kurdes pour annoncer le départ des premiers fustigés comme une “trahison” par leurs interlocuteurs kurdes ; les “puissances capitalistes” en général dont la responsabilité initiale du chaos moyen-oriental est avéré, etc. Le commentaire reste plus factuel sur les positions des Syriens, des Iraniens et bien sûr des Kurdes ; mais surtout, la deuxième partie de l’article enchaîne sur les troubles autour de l’affrontement du fait de l’invasion turque, des détails sur de récents attentats sont donnés dans le cadre de la tension entre l’Iran et l’Arabie, qui est une composante parallèle de la crise, etc.

Au-delà, WSWS.orgreste imperturbablement pessimiste et catastrophiste. Son analyse est que cette nouvelle phase de la guerre en Syrie doit déclencher un enchaînement dont le terme risque d’être un conflit au plus haut niveau. Les “travailleurs” (prolétaires) sont donc placés devant la pire des perspectives : « Les travailleurs sont face à la possibilité concrète d’une 3e Guerre mondiale. » Et la solution est bien entendu que ces “prolétaires de tous les pays, unissez-vous” : il est toujours piquant, sinon intéressant, de voir deux ou trois des derniers paragraphes consacrés à cette vieille lune constamment ressuscitée pour porter le coup de grâce au “capitalisme international” ; on lira donc cette partie de conclusion jusqu’à son terme, comme on faisait boire aux gamins de l’huile de foie de morue au temps de la jeunesse du capitaine PhG…

« …En même temps, le conflit irano-saoudien s’intensifie sur fond d’attaques mutuelles visant des pétroliers qui transportent des ressources critiques pour l’économie mondiale. Le mois passé, les USA et l’Arabie saoudite ont accusé sans preuve l’Iran d’avoir lancé des frappes en Arabie saoudite qui ont fait flamber le cours du pétrole. Puis le 11 octobre, deux missiles ont touché un pétrolier iranien Sabiti au large de l’Arabie saoudite en mer Rouge.
» Ali Chamkhani, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a dit hier que l’Iran se vengerait en frappant des cibles qu’il s’est refusé à nommer. “Nous avons formé un comité spécial pour investiguer l’attaque contre le Sabiti … Son rapport ira bientôt aux autorités pour une décision finale,” a-t-il dit à Fars News. “Le brigandage et les méfaits en haute mer visant à mettre en danger les navires commerciaux ne jouiront d’aucune impunité.”
» Les responsables saoudiens se sont refusés à tout commentaire, et la 5e flotte américaine au Bahreïn dans le Golfe persique a prétendu n’avoir aucune information. Mais dans la presse internationale on suppose que l’Arabie saoudite a soit organisé, soit toléré la frappe contre le Sabiti.
» L’escalade militaire entre les régimes capitalistes au Moyen Orient pose un danger imminent pour la population non seulement de la région, mais du monde entier. Les travailleurs ne peuvent accorder aucun soutien aux préparatifs militaires de ces divers régimes réactionnaires. L’Amérique, l’Europe, la Russie et la Chine étant toutes profondément impliquées dans la guerre syrienne, une guerre au Moyen Orient pourrait stopper l’approvisionnement mondial en pétrole et provoquer une large escalade militaire. Les travailleurs sont face à la possibilité concrète d’une 3e Guerre mondiale.
» Selon CNN, la milice SDF en Syrie, vulnérable aux frappes aériennes turques et dépassée en nombre par les Turcs, aurait dit à Washington qu’ils demanderaient à la Russie d’attaquer la Turquie afin de protéger les SDF et l’armée syrienne. La Turquie étant légalement un allié des USA et de l’Europe dans l’OTAN, une telle attaque pourrait forcer les USA et ses alliés européens soit à rompre l’alliance de l’OTAN, vieille de 70 ans, soit à attaquer la Russie pour défendre la Turquie.
» “Vous nous laissez nous faire massacrer”, a dit le chef des SDF Mazloum Kobani Abdi à des responsables américains à Washington jeudi. “Vous refusez de protéger le peuple, mais vous ne voulez pas qu’une autre force vienne nous protéger. Vous nous avez vendus.”
» Mazloum s’est emporté contre les responsables américains qui lui interdisaient de chercher une alliance avec la Russie et insistaient pour qu’il continue malgré les frappes turques: “J’ai besoin de savoir si oui ou non vous pouvez protéger mon peuple et empêcher ces bombes de nous tomber dessus. Parce que sinon, j’ai besoin de négocier un accord avec la Russie et avec le régime Assad maintenant et inviter leur aviation à protéger cette région.”
» Mais les forces américaines battent en retraite, et le secrétaire à la Défense américain Mark Esper a déclaré à la télévision dimanche que le conflit entre Turcs et Kurdes “empire à vue d’œil.” Vu les tentatives kurdes d’arranger une alliance avec la Syrie et la Russie, a-t-il ajouté, Trump “nous a ordonné d’entreprendre une retraite délibérée de nos forces de la Syrie du nord.”
» Esper a ajouté qu’il ne laisserait “pas des soldats américains au milieu d’un conflit de longue date entre les Turcs et les Kurdes. Ce n’est pas pour cela que nous sommes en Syrie.”
» Il a dit que l’armée turque rejette les appels du Pentagone à un cessez-le-feu avec les Kurdes et adopte des visées plus larges à l’intérieur de la Syrie. “Ces dernières 24 heures, on a su qu’ils comptent vraisemblablement aller plus loin au sud qu’au départ, et à l’ouest”, a-t-il dit. Il a ajouté que “exactement toutes les choses” dont Washington avait averti les dirigeants turcs en cas d’une invasion turque de la Syrie étaient en train de se produire, y compris la libération de dizaines de milliers de combattants de l’État islamique détenus en prison par les forces kurdes.
» Ces conflits marquent la débâcle de trois décennies de guerres impérialistes menées par Washington et ses alliés européens depuis la guerre du Golfe contre l’Irak en 1991. Leur incitation de conflits nationaux, ethniques et sectaires, afin de diviser pour mieux régner cette région stratégique et riche en pétrole, l’a mise au bord de l’explosion. Des anciens alliés des USA se retournent contre eux sur fond d’un discrédit généralisé qui pèse sur la guerre et toute la classe politique capitaliste parmi des centaines de millions de travailleurs au Moyen Orient, en Amérique et en Europe.
» Des journalistes de RFI sur la frontière syrienne ont témoigné de la profonde colère parmi les civils et les soldats turcs contre la politique américaine. Un a dit à RFI, “Les États-Unis n’ont pas peur de Dieu, ils sont sûrs de leur force. Mais ils mettent 15 heures en avion pour arriver ici alors qu’est-ce qu’ils viennent y faire ? Ils se mêlent de nos affaires et ils se comportent comme un lutteur qui ne se battrait qu’avec ceux qu’il sait pouvoir battre. Quand il est face à un concurrent de poids, il l’évite.”
» La force qui exprime de manière progressive cette colère sourde contre la guerre impérialiste est la classe ouvrière internationale et la résurgence de la lutte des classes. Les manifestations contre les régimes militaires irakien, soudanien et algérien, et une vague de grèves dans l’automobile, les lycées et les mines aux États-Unis soulignent la radicalisation croissante des travailleurs. Mais ce mouvement international est face à de vastes dangers et à de vastes tâches.
» Dans la mesure où cette colère grandissante est canalisée derrière les ambitions militaires des États capitalistes rivaux, des guerres mondiales vraiment catastrophiques peuvent éclater, comme deux fois au 20e siècle. Il est essentiel de mobiliser des travailleurs indépendamment de tous les États capitalistes dans un mouvement international anti-guerre de la classe ouvrière pour le socialisme. »

Clin d’oeil saoudien

Dans un tel contexte, la visite de Poutine en Arabiepourrait apparaître comme un clin d’œil plein de malice, ou si l’on veut une sorte d’événement extra-terrestre, surtout dans ce contexte de crise aigue qui fait l’essentiel de cette analyse. Les Russes sont amis sinon très amis du Syrien Assad et des Iraniens, qui sont des adversaires quasiment jurés des Saoudiens, et l’Iran notamment au bord de la guerre avec l’Arabie. On sait également, pour prendre un cas encore plus brûlant, que la Turquie est un allié stratégique de la Russie qui reçoit de formidables systèmes sol-air russes S-400, alors que le risque d’un affrontement terrestre entre forces russes et turques en Syrie est aujourd’hui, dans la séquence crisique actuelle, un risque quotidien.

Poutine a précisé à l’occasion de cette visite qu’il n’était nullement automatique que les adversaires des pays du Moyen-Orient dont la Russie est amie devinssent des adversaires de la Russie. On conviendra après tout que c’est une certaine forme de bon sens, surtout au Moyen-Orient, – mais nous dirions, surtout dans notre époque. Il faut admettre que ce bon sens ne va pas de soi car, justement dans ces périodes de tension, l’amitié d’un pays exige souvent, de la part de cet ami, que cette amitié se construise sur des intérêts communs, c’est-à-dire très souvent des antagonismes communs.

Il se trouve que nous touchons là un caractère très spécifique de notre époque, déjà abordé plus haut avec la narrative du “boucher de Damas” (Assad), qui est la puissance extraordinaire du PC (Politiquement-Correct) dans le flux d’une non moins extraordinaire puissance qu’est celui de la communication. Qu’on croit ou non au PC (ceux qui sont concernés plus haut par la narrative-“boucher de Damas” y croient et sont des cas pathologiques zombifiés), il reste que le PC existe pour tous. Nul ne peut s’abstenir d’y sacrifier, mais il y a dans la manière l’expression de ce que l’on pense du PC. Tous nos journalistes de la presseSystème, nos “zombiesSystème”, ont la manière directe du croyant. Un homme comme Poutine, qui entretient une certaine forme d’humour, a une façon telle d’y sacrifier qu’on voit bien quel est son opinion à ce propos, et souvent un sourire en coin ou un clin d’œil nous en convainc.

Cette visite en Arabie autant que les terribles affaires de la Syrie et des diverses crises, à côté de leur côté tragique qui est évident, répondent également à ces simulacres. L’arrivée de gens de la trempe d’un Trump, – les deux mots vont bien, – ont fondamentalement renforcé cette situation. Trump peut dire une succession de contradictions qu’on aura le loisir de nommer “mensonges”, si l’on veut et d’ailleurs justement, mais s’agit aussi du jeu PC/non-PC qui fait que les paroles ont une relativité stupéfiante dans une réalité désintégrée. Le comportement de Trump dans l’affaire syrienne, son jeu à la fois approbateur et menaçant dans un enchaînement vertigineux, constituent une parfaite intégration dans la forme complètement désordonnée des relations… Plutôt que “mensonges”, employez donc le mot “désordre-des-mots” qui est une façon d’accompagner le tourbillon des choses (“tourbillon crisique”) pour pouvoir en extraire telle ou telle occasion qui convient à ses propres intérêts. Ce n’est ni glorieux ni de la grande diplomatie, c’est simplement une façon de s’adapter à des événements qui nous dépassent de telles hauteurs qu’il ne nous reste plus que l’occasion de chaparder en passant.

Bien entendu, les gens dont nous parlions avec Trump et Poutine, qui ont ce qu’on a décrit en commun (cette vision du PC complètement relative et hors de toute conviction) sont par ailleurs fort différent mais cela n’importe pas dans cette sorte d’action qu’on décrit ici. Les croyants-PC, par contre, sont, eux, de véritables zombiesSystème, sans surprise, et ils sont d’ailleurs sans surprise dans leurs propos réducteurs et de micro-moraline, et ils ne sont d’aucun intérêt pour nous.

Cela pour dire que, malgré tous les signes ici et là, nous ne croyons pas vraiment, comme Magnier l’enthousiaste, à « la perspective de la fin de la guerre en Syrie se développe brusquement en un temps record ».Par contre la première proposition de ce cri d’enthousiasme est vraie (« Il suffisait de l’annonce du retrait américain pour que la perspective de la fin de la guerre en Syrie se développe brusquement en un temps record »), car il s’agit bien d’un retrait américain, de même que Poutine est plus que jamais maître du jeu dans cette région.

Non, l’important, c’est l’effet de ce qui s’est passé en Syrie sur la situation intérieure de Washington D.C., alias “D.C.-la-folle”, car c’est là-bas, dans le creuset de l’effondrement, que tout se passe ; là-bas, where the action is, – et la Syrie y laissera des traces.

https://www.dedefensa.org/article/variations-autour-du-boucher-de-damas

Où en est la Syrie ?

Où en est la Syrie ?

Edgar VAUQUELIN 7 janvier 2020 ActualitéActualités analyséesProche et Moyen-OrientSujets chaudsSyrieSyrie Leave a comment

En 2011, le régime d’Assad réprime dans le sang le soulèvement populaire syrien. L’opposition syrienne se militarise rapidement au sein de l’Armée syrienne libre, qui sera en grande partie évincée au profit de groupes islamistes. Plus de huit ans après le début de la guerre, le régime est parvenu à se maintenir, avec l’aide de ses alliés. De nouveaux enjeux émergent désormais, notamment le cas des dernières zones de résistance et le devenir politique de la Syrie.  

A l’été 2018, le régime mène l’offensive de Deraa, qui lui permet de reprendre le contrôle du sud du pays. Les zones qui échappent encore à son contrôle se situent au nord. La zone d’Al-Tanaf au Sud-Est abritant des positions américaines, le régime ne devrait pas y intervenir.

Les présidents iraniens, russe et turc, maîtres du jeu en Syrie.
Les président iranien, russe et turc, maîtres du jeu en Syrie.

La poche d’Idlib 

A la fin de l’été 2018, le régime affiche sa volonté de reprendre la poche rebelle située dans le gouvernorat d’Idlib. Mais en septembre, la Turquie et la Russie parviennent à trouver un accord pour une “zone démilitarisée” à Idlib. En effet, la Turquie souhaite éviter un nouvel afflux de réfugiés sur son sol. La Russie, alliée majeur d’Assad, met donc en suspens l’offensive loyaliste sur Idlib. En contrepartie, la Turquie s’engage à éliminer de la zone les groupes islamistes.

En janvier 2019, les djihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham, ex-branche syrienne d’Al-Qaida, prennent cependant le contrôle de la province. Les alliés syriens de la Turquie dans la zone n’opposent pas une résistance farouche aux djihadistes. Le régime syrien trouve donc un prétexte idéal pour mener une nouvelle offensive, qu’il lance fin avril. Après avoir longtemps piétiné, les troupes du régime prennent en août dernier la ville stratégique de Khan Cheikhoun. Fin août, un nouvel accord russo-turc permet un cessez-le-feu. Ce cessez-le-feu très fragile a déjà connu des transgressions. Depuis un mois, les belligérants ont entamé un nouveau cycle d’affrontements. Le sort des habitants de la province dépend donc aujourd’hui des négociations entre Turquie et Russie.

Le Rojava

Le Rojava (“l’ouest” en kurde) est le territoire autonome proclamé par les Kurdes de Syrie au Nord-Est du pays. Ce territoire, où plus de la moitié de la population est kurde, représente environ le quart de la Syrie. Après avoir repris ce territoire aux djihadistes de Daech, les Kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS) étaient parvenus à y créer un embryon d’Etat, doté d’une administration autonome. Les Kurdes constituent un peuple sans Etat, répartis entre Turquie, Syrie, Irak et Iran, où leurs droits sont souvent bafoués. Depuis 2016, la Turquie a mené trois opérations militaires en Syrie, afin de repousser les Kurdes de sa frontière. En effet, la Turquie fait face à une insurrection de sa propre minorité kurde. La création d’un territoire kurde autonome à sa frontière sud représente donc pour elle une menace.

En octobre dernier, la Turquie mène l’Opération Source de paix à l’Est de l’Euphrate. Cette offensive suscite la crainte d’une résurgence de Daech, notamment par l’évasion de prisonniers détenus par les Kurdes. Lâchés par leurs alliés occidentaux, les Kurdes trouvent un accord avec le régime de Damas. Ils considèrent ce dernier comme un moindre mal face à la Turquie. Cet accord permet à Bachar el-Assad et à la Russie de déployer des hommes dans des zones jusqu’alors maîtrisées par les FDS.

L’offensive turque a donc permis au régime d’avancer encore davantage dans la reconquête de son territoire. Elle prend fin sous la pression américaine, et grâce à un nouvel accord russo-turc sur le retrait partiel des combattants kurdes. L’existence d’une province kurde autonome semble de plus en plus compromise. Le Nord-Est syrien représente par ailleurs un enjeu stratégique important par ses ressources. Avant la guerre, la région fournissait 380 000 barils de pétrole brut par jour, soit le tiers de la production nationale.

Le Comité constitutionnel

En décembre 2015, la résolution 2254 des Nations unies prévoyait un plan de règlement du conflit en trois étapes : mise en place d’une nouvelle gouvernance, réforme constitutionnelle et tenue d’élections libres. Grâce aux succès militaires obtenus par le régime et ses alliés russes et iraniens, Moscou impose cependant de passer directement à la deuxième étape. Fin septembre, l’ONU annonce donc la création d’un Comité chargé d’amender la Constitution syrienne de 2012, ou d’en rédiger une nouvelle.

Ce Comité s’est réuni pour la première fois au siège des Nations unies à Genève, le 30 octobre. Il réunit 150 délégués : 50 pour le régime, 50 pour l’opposition et 50 pour la société civile. Les représentants de la société civile ont été choisis par l’ONU. Les décisions doivent être adoptées à 75% des voix, rendant les avancées difficiles. Le 20 novembre, Geir Pedersen, émissaire de l’ONU pour la Syrie, faisait part de sa frustration face à la difficulté à trouver des points de consensus entre les acteurs. La guerre en  Syrie, qui a déjà causé la mort de plus de 370 000 personnes, semble donc encore loin de pouvoir connaître une issue politique.Share

  • Share
  • Enregistrer

About Edgar VAUQUELIN

Edgar Vauquelin est étudiant en Master 2 science politique à l’IEP d’Aix-en-Provence. Il s’intéresse à la géopolitique du Moyen-Orient, notamment aux groupes armés non-étatiques et au facteur religieux dans la politique de la région.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/42545-ou-en-est-syrie

» La mort de Ghassem Soleimani pourrait bien sonner le début d'une nouvelle "guerre sans fin"

 » La mort de Ghassem Soleimani pourrait bien sonner le début d’une nouvelle « guerre sans fin »INTERNATIONAL04 janvier 2020© MEHDI GHASEMI / ISNA / AFP

IRAK TER REPETITA

La mort de Ghassem Soleimani pourrait bien sonner le début d’une nouvelle « guerre sans fin »

Au lendemain de l’assassinat du général iranien Ghassem Soleimani par une frappe américaine en Irak, les tensions sont vives entre les Etats-Unis et l’Iran. Les obsèques du général iranien se sont déroulées ce samedi à Bagdad. Une nouvelle frappe américaine a visé le 4 janvier les soutiens de l’Iran en Irak. Ce raid a visé un convoi du Hachd al-Chaabi.AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN740Avec Ardavan Amir-Aslani

L’année 2020 commence sous les plus mauvais auspices pour le Moyen-Orient. Dans la nuit du 2 au 3 janvier, des tirs de drone américains ont frappé, non loin de l’aéroport international de Bagdad, un convoi composé de membres de la milice paramilitaire pro-iranienne Hachd Al-Chaabi et de plusieurs « personnalités ». Parmi elles se trouvait le général iranien Ghassem Soleimani, commandant en chef de la force Al-Qods (l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution), très populaire en Iran et considéré comme le fer-de-lance de la politique étrangère iranienne au Moyen-Orient, ainsi que son lieutenant irakien et chef de la milice, Abou Mehdi Al-Mouhandis. 

Cette frappe spectaculaire survient après une semaine d’incidents quotidiens entre les Etats-Unis et l’Iran qui se jouent en Irak, zone-tampon prise au piège d’une lutte d’influence de plus en plus agressive entre les deux belligérants. Vendredi 27 décembre, des tirs de roquette ont visé une base américaine dans le nord de l’Irak, tuant un sous-traitant américain. Deux jours après, les Américains opéraient des raids contre les Brigades du Hezbollah en Irak et en Syrie. En réaction, mardi 31 décembre, des milliers de membres des Hachd Al-Chaabi ont pris d’assaut l’ambassade américaine de Bagdad, pourtant située dans la zone verte et réputée la plus sécurisée au monde, sans que les forces irakiennes censées la garder ne se soient interposées.

L’évènement a non seulement humilié les Etats-Unis, mais surtout rappelé de douloureux précédents à Washington, l’attaque de l’ambassade américaine à Téhéran en 1979, et à Benghazi en 2012.  Il a surtout entamé la confiance des Etats-Unis envers leur allié irakien : Donald Trump s’est ainsi rapidement entretenu au téléphone avec le Premier Ministre irakien Adel Abdel-Mahdi, lui rappelant l’impératif de sécuriser la chancellerie américaine. Mais la passe d’armes s’est surtout jouée sur Twitter avec le Guide Suprême Ali Khamenei, selon un mode observé de façon récurrente depuis mai 2018 : le président américain menaçant l’Iran de lui faire « payer le prix fort » après l’assaut de l’ambassade, tandis que l’ayatollah niait toute implication de son pays dans ces attaques, imputant l’escalade des violences à l’agressivité des Etats-Unis et rappelant qu’il réagirait à toute attaque sur son territoire. 

Cependant, avec l’assassinat de Ghassem Soleimani, le jeu de dupes vient sans doute de franchir un point de non-retour. Mis en place en 48h par le Pentagone sur ordre du président américain – sans doute poussé par son état-major – l’évènement prouve que les faucons de l’administration Trump ont repris la main sur le dossier iranien, ajoutant désormais aux sanctions économiques la possibilité de représailles militaires de grande ampleur. L’élimination du puissant général iranien, cible de longue date du Pentagone après avoir été pourtant allié de circonstance contre les talibans lors de l’invasion de l’Afghanistan en 2001, et négociateur du premier gouvernement intérimaire d’Irak en 2003, restait une option systématiquement rejetée par les prédécesseurs de Donald Trump. Barack Obama, mais également Georges W. Bush, craignaient en effet de déclencher une nouvelle « guerre sans fin ». 

Bien que le Pentagone ait présenté l’attaque de l’aéroport de Bagdad comme un moyen de « prévenir de futures attaques iraniennes », l’annonce du décès de Ghassem Soleimani résonne aujourd’hui comme une terrible menace sur l’équilibre déjà précaire du Moyen-Orient et du Golfe Persique. 

Etrange et imprévisible Donald Trump, qui entre dans une année de campagne électorale et avait fait de l’arrêt de ces « guerres sans fin » l’un de ses principaux arguments, et qui pourtant publie sur son compte Twitter un simple drapeau américain en réaction à l’attaque qu’il a commanditée.  Aux Etats-Unis, les critiques pleuvent déjà face à ce « bâton de dynamite jetée dans une poudrière », selon l’expression de l’ancien vice-président Joe Biden, candidat à l’investiture démocrate. Le bellicisme radical de Donald Trump risque bel et bien de faire basculer une région entière du globe dans le chaos et d’entraîner une nouvelle fois les Américains dans une guerre aux interminables conséquences. 

Pour le régime iranien, la mort de Ghassem Soleimani, « fils spirituel » de l’ayatollah Ali Khamenei au sens politique aigu et maître d’oeuvre des opérations extérieures de la République islamique depuis ces vingt dernières années, constitue une perte considérable. Seuls les conservateurs doivent voir dans la mort du « martyr » l’occasion inespérée d’écarter définitivement les solutions diplomatiques des réformateurs et de servir leurs intérêts. Les appels à la vengeance émanant du Guide Suprême, mais aussi du président Rohani, laissent peu de doute quant aux intentions de l’Iran. Le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, après avoir dénoncé « l’escalade extrêmement dangereuse et imprudente des Etats-Unis », a finalement résumé l’enjeu en termes limpides : les Américains « porteront la responsabilité de toutes les conséquences de leur aventurisme renégat ». Et celles-ci pourraient se manifester plus tôt qu’ils ne l’imaginent. 

Au lendemain de l’assassinat de l’emblématique général iranien, le monde attend en tremblant la riposte de Téhéran. Celle-ci ne se manifestera évidemment pas par une attaque frontale contre les Etats-Unis. Fidèle à sa stratégie de la « guerre par procuration », l’Iran pourrait en revanche mettre l’Irak à feu et à sang, comme le craignent déjà certains analystes. Le fait est que du point de vue américain comme iranien, l’Irak n’apparaît plus comme un allié fiable. Côté américain, la montée en puissance des pro-iraniens et l’absence de réaction du gouvernement irakien face à l’attaque de l’ambassade américaine l’ont prouvé. Côté iranien, la divulgation des informations concernant la venue de Ghassem Soleimani à Bagdad, qui ont mené à son assassinat, entraînera sans doute une purge au sein des soutiens irakiens de l’Iran. 

En outre, en évoquant « les nations libres de la région », le président iranien Hassan Rohani a rappelé à dessein ce qui constitue depuis très longtemps la principale faiblesse des Etats-Unis au Moyen-Orient : un anti-impérialisme de plus en plus radical, une haine contre « l’envahisseur » venu non pas apporter la liberté et la démocratie, mais exploiter les ressources et les peuples. Il n’est pas invraisemblable de penser que l’Iran dispose désormais des circonstances favorables pour faire de l’Irak un allié utile contre un « ennemi commun », contre lequel il ne sera guère difficile d’attiser la haine. Par la voix de son Premier ministre, l’Irak a d’ailleurs immédiatement estimé que le raid américain était une « agression » qui allait « déclencher une guerre dévastatrice ». La présence des 5200 soldats américains stationnés dans le pays est d’ores et déjà remise en cause… Mais pour l’heure, le grand perdant de cette semaine de violences reste l’Irak. Tout porte à croire qu’il deviendra pour de bon le champ de bataille d’un règlement de comptes, ce qu’il cherchait à tout prix à éviter, et continuera malheureusement à vivre en état de guerre permanente. Les commentaires de cet article sont à lire ci-aprèsLe sujet vous intéresse ?Mots-clés :

IranEtats-UnisguerreGhassem SoleimaniQuassem SoleimaniTéhéranIrakSyrieLibanHachd Al-Chaabifrappe américaine

Thématiques :DÉFENSE- INTERNATIONAL

https://www.atlantico.fr/decryptage/3585651/la-mort-de-ghassem-soleimani-pourrait-bien-sonner-le-debut-d-une-nouvelle-guerre-sans-fin-donald-trump-iran-teheran-etats-unis-liban-syrie-irak-israel-tensions-escalade-conflit-ardavan-amir-aslani-

Nord Stream 2.0 – Donbass 4.0 – Idlib 6.0

Nord Stream 2.0 – Donbass 4.0 – Idlib 6.0

19 Décembre 2019

Ça bouge sur plusieurs cases de l’échiquier du Grand jeu et, comme souvent, la Russie est au cœur des événements.

Les sanctions de dernière minute décidées par le Congrès US contre le Nord Stream II sont la dernière pierre d’une politique qui vient de très loin. En juin 2017, nous rapportions :

Si quelqu’un doutait encore que les Américains tentèrent, tentent et tenteront de torpiller l’intégration de l’Eurasie et d’isoler énergétiquement la Russie, une membre du comité des Affaires étrangères du Congrès a rappelé fin mai les fondamentaux de la politique étrangère de son pays :

Les Etats-Unis devraient agir contre le projet russe de gazoduc afin de soutenir la sécurité énergétique de l’Union européenne [défense de rire ; qui eut cru que la novlangue pouvait être amusante ?] L’administration Obama et l’UE ont travaillé contre le Nord Stream II (…) L’administration Obama a fait de la sécurité énergétique européenne une question de haute priorité de la politique étrangère américaine. L’administration Trump serait bien avisée de continuer sur cette voie.

Las. Ces sanctions visant les compagnies qui aident à la pose du tube viennent beaucoup trop tard et, comme l’admet crûment Bloomberg, les Etats-Unis concèdent la défaite sur le Nord Stream II.

Dans sa conférence marathon annuelle, Poutine a eu des mots intéressants sur l’Ukraine, ménageant intelligemment la chèvre et le chou. Il a ouvert la porte à une poursuite du transit gazier (réduit) par le territoire de son voisin, désamorçant les dernières réticences européennes alors que le tube baltique entre dans la dernière ligne droite. En évoquant un prix raisonnable, il offre aussi un biscuit à Zelensky alors que les relations bilatérales se réchauffent tout doucement.

Dans le même temps, il a toutefois balayé d’un revers de main tout changement des accords de Minsk et insisté sur un statut spécial du Donbass. Pour Moscou, un conflit gelé et/ou un Donbass autonome au sein d’une Ukraine fédérale tuera dans l’œuf la marche de Kiev vers l’euro-atlantisme. Comme nous l’avons expliqué à de nombreuses reprises, c’est l’objectif premier du Kremlin depuis 2014 et c’est devenu la hantise des think tanks impériaux.

En Syrie, l’interminable feuilleton de la reprise d’Idlib entame une nouvelle saison. Après des bombardements non-stop de l’aviation syro-russe (140 en trois jours) sur les défenses barbues, l’armée syrienne a bougé et commencé l’offensive. A la pointe du combat, les fameuses Tiger Forces bien connues de nos lecteurs et désormais renommées 25ème Division des forces spéciales. Les premiers gains territoriaux n’ont pas tardé…

Assiste-t-on à une campagne générale contre Idlib ? Pas si vite… Il semble que, dans un premier temps, l’objectif soit l’autoroute M5 et la ville de Ma’arat al Numan. Nous avions expliqué son importance il y a quelques mois, après la reconquête de Khan Cheikhoun :

Hama est maintenant définitivement sécurisée tandis que le moral des rebelles modérément modérés en a pris un (très) sérieux coup. Il se murmure d’ailleurs que Jaysh al-Izza, groupe qui avait bénéficié pendant longtemps des largesses de la CIA en missiles anti-tanks TOW, est en voie de dissolution après avoir perdu un nombre considérable de combattants et la plupart de son matériel de guerre.

Surtout, la reconquête de Khan Cheikhoun pourrait ouvrir la voie à une offensive plus générale et la réduction d’un autre saillant, plus vaste, centré sur Ma’arat al Numan :

Que cette protubérance soit liquidée et c’est Idlib elle-même, capitale djihadiste entre toutes, qui serait directement sous les feux de l’actualité et, plus prosaïquement, des tirs loyalistes.

Relation de cause à effet ? Des rumeurs font état d’un possible et énième false flag chimique en préparation tandis que le public new yorkais de Times Square est soumis à une propagande aussi ahurissante qu’imbécile (voir cette vidéo). En cas de provocation chimique des modérément modérés, la réaction de la MSN occidentale sera intéressante alors que la manipulation de Douma sort au grand jour…Tag(s) :

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/12/nord-stream-2.0-donbass-4.0-idlib-6.0.html

 #Russie#Gaz#Ukraine#Moyen-Orient

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/12/nord-stream-2.0-donbass-4.0-idlib-6.0.html

Syrie/ Il était une fois le Rojava…Par Michel Raimbaud

Syrie/ Il était une fois le Rojava…Par Michel Raimbaud

Publié par Candide le 8 décembre 2019 dans Chroniques      1 Votes

Il était une fois le Rojava…

Michel Raimbaud

08 décembre, 2019

Qu’Erdogan me pardonne de revenir un siècle en arrière, à la recherche du temps perdu, quand les puissances triomphantes prétendaient refaire l’Europe sur les ruines des empires déchus et redessiner l’Orient compliqué selon leur simple bon plaisir. Nous sommes donc en 1919 et « l’homme malade » agonise. Le monde guette son ultime soupir, mais il y a dix ans que l’essentiel du pouvoir a échappé au Sultan : en avril 1909, le dernier souverain absolu, le réformateur Abdel Hamid II, a dû abdiquer sous la pression des Jeunes-Turcs. Investi illico presto, son demi-frère Mehmed V a été contraint d’accepter la tutelle d’un gouvernement dirigé par Mustafa Kemal, le nouveau gourou. C’est ainsi qu’en 1914 il a « choisi » l’alliance avec l’Allemagne, pensant sauver son trône. Décédé le 3 juillet 1918, il a laissé la Porte ouverte à tous vents. Qu’à cela ne tienne, au pied levé, il a été remplacé par son cadet Mehmet VI, qui n’a rien à refuser à ses parrains. Plus de miracle en vue. Pour l’Empire qui se retrouve dans le camp des vaincus, cette guerre sera « la der des ders» …


Michel Raimbaud

Impatientes, les deux « superpuissances » de l’époque n’ont d’ailleurs pas attendu la victoire, se partageant dès 1916 la grande « velayet » de Syrie. Qui plus est, lorsqu’ils signent avec la France les accords Sykes-Picot, nos amis britanniques ont déjà, en 1915, promis au Chérif Hussein un grand royaume arabe, avant de parrainer en 1917 le projet d’un Foyer national pour les Juifs (cf. la déclaration Balfour). La « Grande Syrie » historique sera divisée en deux : la Syrie actuelle et le Liban à la France, la Palestine et l’Irak à l’Angleterre.

Refusant un dépeçage du domaine ottoman qu’il a pourtant « facilité », Mustafa Kemal déclenche la guerre d’indépendance turque, prenant la tête d’un gouvernement émanant de la Grande Assemblée nationale constituée à Ankara en avril 1920. C’est bien vu puisque le 10 août 1920, le malchanceux Mehmed VI signe avec les Alliés le traité de Sèvres qui ne laisse à feue la Sublime Porte qu’une portion congrue de son territoire, soit moins de 380 000 kilomètres carrés (contre 1 780 000 avant la guerre). Elle renonce à toutes ses provinces arabes proche-orientales ou maghrébines, ainsi qu’à ses possessions européennes (ou ce qu’il en reste). Elle accepte de faire des concessions à la Grèce en Thrace et à l’ouest de l’Asie Mineure. A l’est, le cœur « turc » de l’Empire est entamé puisque l’on prévoit la création de deux Etats à l’est de l’Anatolie, l’un pour les Arméniens dans le nord-est et un autre pour les Kurdes, cantonné au sud-est. Le futur Kurdistan d’Irak, dont le sort est resté pendant, sera finalement remis aux Britanniques et la zone kurde d’Iran n’est pas affectée, la Perse n’étant pas belligérante. Le territoire de la Syrie actuelle n’est pas concerné. Si les cartes « ottomanes » mettent en évidence la présence kurde (pour l’essentiel l’Est anatolien, le Nord de l’Irak et la frange ouest de la Perse), on n’y trouve pas de Rojava.

Le 1er novembre 1922, Mehmed VI est contraint à l’abdication et le Sultanat disparaît. Son successeur Abdel Meçid, élu Calife par la Grande Assemblée, partira en exil en 1924, cette fonction « résiduelle » étant abolie.

Arbitraire des puissances ou volatilité de leurs engagements ? Peut-être les négociateurs réalisent-ils soudain que les Kurdes n’ont pas été trop « maltraités » par les Ottomans depuis 1453, mais qu’ils ont au contraire occupé une place privilégiée en qualité de « gardiens des marches de l’Empire » ? Signé le 24 juillet 1923 au bout d’une longue guerre de reconquête, le traité de Lausanne offre à Atatürk des conditions plus avantageuses que celui de Sèvres. Plus de présence grecque, plus de grand Etat arménien en Anatolie, et… pas d’Etat pour les Kurdes. Ceux-ci voient s’évaporer leur rêve sur la « carte du tendre » ébauchée en 1920 par l’Occident, réduits au rang de « détail » dans le règlement d’un conflit qui a amené la chute de quatre empires : l’allemand, l’austro-hongrois, le russe et l’ottoman.

C’est seulement lorsque la France mandataire quitte enfin la Syrie, en avril 1946, qu’une minorité kurde se manifestera dans la sphère politique, plus précisément lors des coups d’Etat militaires qui émaillent les années suivant l’indépendance : celui de Husni Zaïm, officier kurde issu de l’armée ottomane (en 1946), celui d’Adib Shishakli (en 1949) un kurde également qui prend le pouvoir, l’abandonne pour revenir avant d’être renversé à son tour. Cette séquence suscitera une « refonte » de l’establishment militaire et la défiance à l’égard des partis « ethniques ».

Avec l’arrivée aux affaires du parti Baath en 1963, l’arabisme devient l’élément central de la politique nationale, ce qui ne présente pas de difficulté particulière pour les Kurdes. Arabisés, ils ne sont pas perçus comme un groupe ethnique particulier. Leurs options politiques sont diversifiées (dans les années 1980/1990, on dénombrera treize « partis » pour 1,5 million de personnes). Nul ne parle de « régions kurdes ». En effet, s’il y a de toute évidence un Kurdistan en Turquie, en Irak et en Iran, la situation est différente en Syrie, en l’absence d’assise historique ou géographique. Les trois modestes cantons « kurdes » de Qamishli, Ain al Arab (Kobané) et Afrin, situés dans le nord du pays, n’ont de continuité que via les territoires turc ou irakien et sont en réalité à peuplement mixte, les Kurdes ne représentant guère qu’un tiers de la population, pour un tiers d’Arabes musulmans et un tiers de chrétiens (arabes ou se réclamant d’une identité spécifique). Le Rojava, capitale Qamishli à la frontière turco-syrienne, n’existe qu’en mythe.

En outre, une partie importante des « kurdes » de ces régions ne sont pas de souche ancienne. Si ceux du nord-ouest, en nombre réduit, y sont présents depuis trois ou quatre siècles, l’implantation d’une population sédentaire dans la Haute Djézireh (le « bec de canard ») ne remonte qu’à la seconde moitié du XIXème siècle. En 1962, on compte environ 300°000 Kurdes « apatrides » et, jusqu’à la fin de la décennie 1990, ce sont 300°000 autres demandeurs d’asile venus des pays voisins qui trouveront refuge dans ces zones, y éveillant une certaine militance. Entre les Kurdes et le gouvernement baathiste, on parle alors d’alliance stratégique. Celle-ci est rompue le 9 octobre 1998 quand le chef historique du PKK, Abdullah Ocalan, doit quitter Damas (où il vivait depuis des années), suite aux pressions et menaces d’Ankara. Les liens entre le pouvoir et les partis kurdes, syriens ou étrangers, en seront affaiblis.

Si le pourcentage « kurde » (2 millions sur une population de 22,4 millions en 2011, soit 8,8%) a doublé en un demi-siècle, c’est avant tout en raison de ces mouvements migratoires. En fait, les Kurdes syriens sont dans leur grande majorité (plus des deux tiers) répandus sur l’ensemble du territoire, présents en force à Damas et dans ses banlieues, où l’on en compte plus d’un million. Ils constituent depuis des temps immémoriaux une partie intégrante du tissu national. Ils soutiennent l’Etat et ont donné au pays nombre de hauts dirigeants, de responsables et de personnalités dans tous les domaines.

C’est à la faveur des évènements que l’on sait, à partir de 2011/2012, qu’apparaîtra le « Rojava » et que ses hérauts feront leur entrée au panthéon de l’Occident dominateur, sûr de lui et grand donneur de leçons.

Etrange, cette compassion à éclipses. Notre « axe du bien » ne brille ni par sa bonté, ni par son respect des lois internationales. S’il n’est certes pas l’inventeur de l’impérialisme, il a donné à ce dernier, non pas un supplément d’âme comme il en est persuadé, mais un supplément d’arrogance et d’hypocrisie. La pensée unique adore les images d’Epinal et les peuples mythiques, de préférence souffrants et en perdition, peu susceptibles de contester l’hégémonie de l’Occident. En revanche, tout se passe comme si nos élites avaient un problème avec le monde arabo-musulman. Le passé colonial joue un rôle dans cette approche biaisée, mais les épisodes actuels n’ont rien arrangé. D’où cette sympathie débordante pour les communautés, les peuples ou les Etats qui semblent nourrir des revendications ou une hostilité, de long terme ou de circonstance, à l’encontre de leur environnement « arabe ».

Etat imposé par le colonialisme dans le contexte que l’on sait, Israël a su exploiter à outrance cette posture réflexe et, depuis sa création en 1948, en a tiré un avantage géostratégique majeur dans la confrontation qui l’oppose à son voisinage arabe et plus largement au monde musulman. Dans cette vaste région, en pleine débâcle depuis l’écroulement de l’ordre bipolaire de la guerre froide, les affirmations identitaires, résultant de l’air du temps plus que du vent de l’Histoire, se sont multipliées. Quelles que soient leurs enseignes – assyriennes, chaldéennes, syriaques, berbères, kabyles, « africaines », coptes – elles trouvent en Occident un écho favorable. Les Kurdes font partie du tableau, et dans le chambardement actuel, les voilà devenus la coqueluche de tous ceux qui rêvent de démembrer le monde arabe, ce nouvel « homme malade » du 21ème siècle.

L’impact de l’agression de plus de cent Etats membres des Nations-Unies sur l’Etat syrien aura été tel que des activistes ont pu investir progressivement le Nord du pays et y instiller peu à peu un parfum de séparatisme, à l’ouest d’abord, puis sur la rive est de l’Euphrate, région vitale : 27% du territoire, l’eau, les barrages et l’énergie électrique, les terres, le pétrole, 80% des ressources potentielles de l’Etat. Excusons-les du peu.

Le Rojava, c’est l’ouest en langue kurde, et le mot fait référence au Kurdistan occidental, autrement dit « le Kurdistan de Syrie », présenté depuis le début des « évènements » comme un « territoire autonome de facto », créé en novembre 2013 et « peuplé en grande majorité de kurdes ». Sur quelles bases se fonde une revendication aussi exorbitante ?

A en croire la propagande, les milices « kurdes » auraient été sinon les seules, du moins les plus efficaces dans la lutte contre le terrorisme et l’Etat Islamique, se distinguant en outre par la place éminente des femmes dans leurs rangs. Pour un peu, avec des combattantes cheveux au vent systématiquement en première ligne, les « Forces Démocratiques de Syrie » ou les « Unités de Protection du Peuple » passeraient pour des légions d’amazones. La fougue supposée de ces troupes de partisans (et partisanes) s’expliquerait par leur ferveur à défendre les terres ancestrales… Le grand mot est lâché. Vue de Clermont-Ferrand, de Trebeurden ou de Saint-Pierre du Gros Caillou, la cause paraît indiscutable. A condition bien sûr qu’il s’agisse de terres « ancestrales ». Comment ne pas s’interroger sur la réalité de ce Rojava, le nouvel Eden des Kurdes sans patrie ?

Il est certes réducteur d’assimiler séparatisme kurde et les Forces Démocratiques de Syrie (Qasad en arabe et FDS en français) et/ou le Conseil Démocratique syrien, leur branche politique. Formées en octobre 2015, les FDS incorporent des rebelles de tribus arabes proches de l’Armée Syrienne Libre (ALS), des combattants d’allégeances diverses (Armée Al Sanadid) et des chrétiens du Conseil Militaire syriaque. Mais c’est l’élément kurde, les « Unités de Protection du Peuple » (Yekineyen Parastina Gel ou YPG), branche armée du Parti de l’Union Démocratique syrien, formée en 2011, qui en constitue la colonne vertébrale et le moteur. C’est lui qui polarise et capitalise le soutien des Occidentaux, Américains, Français et Britanniques, dont la présence en territoire syrien est illégale du point de vue du droit international. Que ces derniers aient utilisé ces FDS et/ou les YPG comme des alliés ou paravents et réciproquement, ne saurait justifier l’occupation de la rive Est par les uns et son usurpation par les autres, se traduisant par des pratiques mafieuses de pillage et de vol, et par des dénis du droit. On brandit des considérations sécuritaires : on redoute le chantage des Kurdes, au prétexte qu’il y aurait dans les territoires sous leur contrôle des prisons hébergeant 10 000 combattants de Daesh, dont 70 dirigeants et une dizaine de camps pour loger les 100 000 membres de leurs familles (selon Adel Bakawan). Venant de pays qui soutiennent le terrorisme contre l’Etat syrien, l’argument vaut son pesant d’or. Mais en ces temps déraisonnables, la psychanalyse est souvent plus pertinente que l’analyse. Une revue des « partenaires » possibles des séparatistes éclairera notre lanterne :

Pour les Etats-Unis dont la vision traditionnelle tourne de façon obsessionnelle autour de Tel Aviv, pas de doute possible : à Washington, on aime tellement Israël que l’on en voudrait bien deux, et la création d’un Etat kurde, qui serait ce deuxième Israël, ne peut être que bénéfique. Par ailleurs l’obsession de détruire et morceler la Syrie est telle que Washington soutient tous les sécessionnistes, les activistes kurdes en cette occasion. Ce sont donc des alliés évidents. Pour la diplomatie éléphantesque qui a les faveurs de l’Oncle Donald, la saisie des puits de pétrole syriens est un argument « stratégique » idéal. A ce stade de gangstérisme, à quoi bon évoquer la légalité internationale ? Autant demander à Al Capone de faire le baisemain aux dames avant de passer à la sulfateuse leurs maris quand ils ont trahi la Cosa Nostra.

Les Européens partagent la même obsession anti-syrienne, et les événements d’aujourd’hui leur rappellent le bon vieux temps des mandats. Pour la France, la création d’un Etat kurde dans le nord syrien va de soi et est prioritaire jusqu’à aujourd’hui. Nous ne reviendrons pas sur la colossale finesse de cette politique « arabe » revisitée. On se contrefiche bien évidemment des Kurdes, mais on ne peut laisser passer cette occasion de détruire un pays que l’on rêve de rayer de la carte. On se tamponne de la zone-tampon, ou de la zone de sécurité, l’important étant de faire comme si l’Etat syrien n’existait pas et de lui arracher une zone stratégique pour interdire sa reconstruction, une opération qui compléterait avec un siècle de retard « l’œuvre civilisatrice ». On n’en déduira pas que la France aime bien la Turquie… Mais elle ne hait point les Etats-Unis et verrait d’un bon œil l’implantation au cœur du monde arabe d’un deuxième Israël, une idée qui fait frétiller nos penseurs.

Idem pour les Grands Bretons sous la houlette de l’exotique Boris, toujours prêts à sortir quelques surprises de leur boîte à malices. Qui peut deviner les dernières nouvelles de demain : pourquoi ne déterrerait-on pas soudain la promesse faite aux Kurdes il y a un siècle en faisant du Nord syrien de nouveaux « territoires occupés » ?

S’ils ont soudain beaucoup d’amis, les Kurdes ont néanmoins un ennemi mortel : le nouveau Grand Mamamouchi. Erdogan n’aime pas l’idée d’une entité kurde en Syrie, à ses frontières, bien qu’il ait un peu joué avec le feu. Mais il peut compter sur des groupes armés d’inspiration turque, fussent-ils terroristes plus ou moins recyclés. Il peut encore miser sur la concurrence russo-américaine et tenter de nager au milieu des gros poissons, comme au temps des Ottomans. Erdogan vivant, il n’y aura pas de Rojava.

Si les activistes kurdes tentés par le séparatisme avaient un zeste de bon sens, ils verraient sûrement que Damas est finalement le recours le plus sûr. Pour le président Al Assad, la question kurde doit être replacée dans le contexte d’une société plurielle. « Nous n’avons aucun problème avec la diversité syrienne, qui est belle et riche. La diversité est une chose, mais la partition, le séparatisme et le dépeçage du pays en sont une autre absolument contraire ». Il précise : « Nous avons le droit de défendre l’intégrité du territoire national et de nous méfier des projets séparatistes ». Et de donner en exemple les Arméniens « qui ont toujours été des patriotes », s’étant intégrés sans se diluer. Selon le discours officiel, les Kurdes de Syrie n’ont pas d’agenda caché. La Syrie est une et indivisible. Le décret concernant les « Administrations locales », est en vigueur depuis 1972, et des amendements au niveau de la future Constitution garantiront les droits des Kurdes, à une seule condition : « que ceux-ci ne touchent pas à la souveraineté et à l’unité territoriale de la Syrie ».

Le gouvernement n’a pas ménagé les efforts d’ouverture : en témoigne le décret du 7 avril 2011 accordant la nationalité syrienne aux Kurdes venus jadis comme demandeurs d’asile à partir des années 50 ou 60, une mesure réclamée de longue date. Au-delà de décisions symboliques comme celle de donner une place à l’enseignement du kurde à l’université, le pouvoir a une vision œcuménique du processus de règlement : en témoigne « l’initiative nationale des Kurdes syriens » que dirige Omar Oussi, membre du Parlement, membre de la délégation du gouvernement aux pourparlers de Genève 3. La portée du geste ne saurait être sous-estimée : le PYD, le plus important des partis syriens « kurdes », dirigé par Saleh Muslim, avait été écarté de Genève par un veto turc, avec l’approbation de Riyad et de Washington, et les petites formations favorables au « Conseil national kurde » (parrainé depuis l’Irak par Massoud Barzani), étaient représentées à Genève par un seul représentant syrien, dans le cadre du « groupe de Riyad », le but étant de réserver à ce dernier et aux chefs de ses factions armées le rôle de porte-parole exclusif de « l’opposition ».

A Damas, on est soucieux d’élever le débat, et on refuse tout amalgame entre « Kurdes » et séparatistes. En visite à Idlib le 22 octobre dernier, le Président Assad rappelait que « le rôle naturel de l’Etat est de créer les conditions susceptibles de soutenir toute forme de résistance nationale contre l’occupant », mettant en lumière une évidence souvent oubliée : « Le principal facteur qui a amené les Américains, les non-Américains et les Turcs dans la région est l’existence de Syriens collaborateurs et traîtres. Nous devons traiter avec ces Syriens-là et restaurer la notion de patrie dans la société, faire en sorte que la traîtrise ne soit pas considérée comme un simple point de vue, ou une opinion politique comme une autre. Lorsque ce résultat sera atteint, les Américains partiront parce qu’ils n’auront plus ni le loisir ni la force de rester, toute grande puissance qu’ils soient ».

https://www.iveris.eu/list/notes/469-il_etait_une_fois_le_rojava

Michel Raimbaud
Ancien ambassadeur de France

Tags:
syriekurdesetats-unisfranceroyaume-uni

https://tunisitri.wordpress.com/2019/12/08/syrie-il-etait-une-fois-le-rojava-par-michel-raimbaud/

LES FORCES GOUVERNEMENTALES ONT INVERSÉ LES GAINS DES MILITANTS DANS LE SUD D'IDLIB

RAPPORT SUR LA GUERRE EN SYRIE – 4 DÉCEMBRE 2019: LES FORCES GOUVERNEMENTALES ONT INVERSÉ LES GAINS DES MILITANTS DANS LE SUD D’IDLIB

 53 200Partagez00       73 faire un donLire la vidéo

Rapport sur la guerre en Syrie - 4 décembre 2019: Les forces gouvernementales ont inversé les gains des militants dans le sud d'Idlib

Le 3 décembre, les forces pro-gouvernementales ont libéré les villages de Rasm al-Ward, Istablat et Ajaz de Hayat Tahrir al-Sham et d’autres groupes radicaux dans le sud-est d’Idlib.

Avec cette avancée, l’armée syrienne et ses alliés ont repris tous les villages capturés par les militants dans le cadre de leur avancée lancée le 30 novembre.

À présent, selon des sources pro-gouvernementales, l’armée syrienne se prépare pour une nouvelle poussée dans le sud d’Idlib afin de neutraliser la menace terroriste dans la région.

Des sources pro-militantes affirment que plusieurs frappes aériennes russes et syriennes ont touché des positions des «forces de l’opposition» près de Maarat al-Numan. Cette ville reste le principal bastion des militants dans la région et est une cible apparente de toute opération éventuelle de l’armée syrienne dans la région.

Le 1er décembre, les forces de défense aérienne syriennes ont intercepté plusieurs véhicules aériens sans pilote lancés par des militants au-dessus de la base aérienne de Hama. Selon des activistes pro-gouvernementaux, les mystérieux drones se sont approchés de la base aérienne dans ce qui semble être une tentative de le bombarder.

Plus tôt en 2019, la base aérienne de Hama a été la cible de plusieurs attaques d’UAV. Tous les drones ont été lancés à partir de Greater Idlib. La nouvelle attaque semble être identique aux précédentes.

La base aérienne de Hama est l’un des trois principaux terrains aériens du centre de la Syrie. La base aérienne accueille plusieurs escadrons de l’armée de l’air arabe syrienne. Certaines unités russes y sont également déployées.

Des médias soutenus par la Turquie ont arrêté un certain nombre de jeunes hommes et ont pillé des propriétés dans plusieurs maisons du village d’Al Qatouf, près de Ras al-Ayn, ont rapporté les médias syriens le 3 décembre. Selon le même rapport, plusieurs activistes seraient morts des combats ont éclaté sur les propriétés volées.

Au cours des dernières années, plusieurs cas ont été signalés à plusieurs reprises dans les zones d’Afrin et al-Bab sous contrôle turc. Les sources turques ignorent ces informations ou les appellent de fausses nouvelles.

Des affrontements sporadiques entre les forces démocratiques syriennes dirigées par les Kurdes et des mandataires turcs éclatent régulièrement au nord d’Ayn Issa et au sud-est de Ras al-Ayn. Néanmoins, aucune action offensive majeure n’a été entreprise par les parties

.https://southfront.org/syrian-war-report-december-4-2019-government-forces-reversed-militants-gains-in-southern-idlib/

LA POLICE MILITAIRE RUSSE EST ATTAQUÉE DANS LE NORD DE LA SYRIE

RAPPORT SUR LA GUERRE EN SYRIE – LE 3 DÉCEMBRE 2019: LA POLICE MILITAIRE RUSSE EST ATTAQUÉE DANS LE NORD DE LA SYRIE

 1 40Partager00       5 faire un donLire la vidéo

Rapport sur la guerre en Syrie - Le 3 décembre 2019: La police militaire russe est attaquée dans le nord de la Syrie

Trois officiers de la police militaire russe ont été légèrement blessés par l’explosion d’un engin explosif improvisé près de leur véhicule blindé dans le nord-est de la Syrie, a rapporté le ministère russe de la Défense le 2 décembre. L’incident s’est produit alors que la police militaire russe accomplissait une tâche de reconnaissance le long de la route. mission de patrouille conjointe russo-turque à environ 1,5 km à l’ouest du village de Coran.

L’attaque par IED est devenue la plus récente d’une longue série de provocations contre les patrouilles turques et russes dans le nord-est de la Syrie. Auparavant, des radicaux affiliés aux Forces démocratiques syriennes dirigées par les Kurdes tentaient de bloquer les patrouilles et même de leur lancer des pierres et des bombes à essence.

Ces attaques ont été temporairement arrêtées après le 20 novembre, les forces de sécurité du SDF, Asayish, ont présenté des excuses publiques pour l’incident «malheureux» avec le lancement de bombes d’essence et ont promis de travailler pour prévenir de tels cas à l’avenir. Néanmoins, il semble que la faction radicale pro-américaine au sein de la direction kurde soit trop forte et que les provocations se poursuivent.

Si de tels actes font de réelles victimes parmi le personnel russe, cela pourrait contraindre Moscou à reconsidérer son approche visant à contenir les actions militaires turques contre les groupes armés kurdes dans le nord-est de la Syrie.

Les forces russes et turques effectuent des missions de patrouille en vertu du mémorandum signé le 22 octobre à Sotchi entre la Russie et la Turquie. Des unités de la police militaire russe coordonnent leurs actions avec le service des frontières syrien et l’armée turque. L’objectif est de fournir une assistance pour assurer la sécurité des citoyens et maintenir l’ordre, ainsi que pour contrôler la mise en œuvre d’un mémorandum sur le retrait des groupes armés kurdes et de leurs armes à environ 30 km de la frontière.

Les affrontements entre l’armée syrienne et les forces dirigées par Hayat Tahrir al-Sham se sont poursuivis près de Rasm al-Ward et d’Istablat, dans le sud-est d’Idlib. Ces villages restent de facto un no man’s land au milieu d’intenses duels d’artillerie et de frappes aériennes. Des sources progouvernementales affirment que les militants ont subi de lourdes pertes. Cependant, ils ainsi que des sources militantes ont fourni peu de preuves pour confirmer ces affirmations.

Des frappes aériennes syriennes et russes ont également touché des fortifications et des dépôts d’armes appartenant à des militants près de Kafr Nabl, de Maarat Al-Numan et de Kafr Sijnah.

L’armée syrienne déploie actuellement des renforts près du front dans le sud d’Idlib. Cela peut indiquer que les forces gouvernementales prévoient de réagir aux attaques récentes des militants par une opération terrestre propre.

https://southfront.org/syrian-war-report-december-3-2019-russian-military-police-came-under-attack-in-northern-syria/

    

Une menace pour la Russie : Poutine dénonce l'expansion continue de l'OTAN

Une menace pour la Russie :

Poutine dénonce l’expansion continue de l’OTAN 3 déc. 2019, 14:43 © Sputnik/Alexei Druzhinin/Kremlin via REUTERS Source: Reuters Le président russe Vladimir Poutine, le 23 novembre 2019 (image d’illustration)

Alors que le sommet du 70e anniversaire de l’OTAN ouvre ses portes, le chef d’Etat a rappelé qu’il était prêt à coopérer avec l’Alliance militaire, dont il déplore toutefois la politique d’expansion jusqu’aux frontières de la Russie.

En dépit du comportement «pas correct voire grossier» de l’OTAN envers Moscou, la Russie est prête a coopérer avec l’Alliance atlantique, a fait savoir le président russe Vladimir Poutine à l’occasion d’une réunion avec des responsables militaires à Sotchi ce 3 décembre.

Lire aussi Le sommet de l’OTAN s’ouvre sur fond de désaccords majeurs entre ses membres (EN CONTINU) «Nous avons exprimé à plusieurs reprises notre volonté de coopérer avec l’OTAN, sur des menaces réelles comme le terrorisme international, les conflits armés locaux et le danger de la prolifération des armes de destruction massives», a ainsi déclaré le président russe, cité par les agences de presse.

Alors que le sommet du 70e anniversaire de l’OTAN se tient les 3 et 4 décembre dans un contexte de fortes tensions internes – notamment en raison de l’intervention turque en Syrie qui divise en son sein –

le Kremlin s’est par ailleurs refusé à tout commentaire sur le sujet. «Ce ne sont pas nos affaires», a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, cité par l’agence Tass. «Cela devient nos affaires quand l’Alliance menace la sécurité de la Russie», a-t-il précisé.

L’OTAN traverse une crise majeure, révélée par la sortie d’Emmanuel Macron début novembre, sur l’«état de mort cérébrale» de l’alliance, suite aux désaccords entre ses membres concernant l’intervention turque en Syrie.

Des propos violemment critiqués par le président turc Recep Tayyip Erdogan ainsi que par le chef d’Etat américain Donald Trump. En amont du sommet, le chef d’Etat turc a prévenu qu’il avait l’intention de bloquer un plan de l’Alliance militaire concernant les pays baltes et la Pologne tant que celle-ci ne reconnaîtra pas comme «terroriste» la milice kurde des YPG, combattue par Ankara.

Lire aussi : «Personne n’a plus besoin de l’OTAN que la France» : Trump tire à boulets rouges sur Macron International

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/international/68517-menace-pour-russie-poutine-denonce-expansion-continue-otan?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications