Archives pour la catégorie Syrie

Finalisation du plan de paix US pour le Proche-Orient

Finalisation du plan de paix US pour le Proche-Orient

+

Jared Kushner et Jason Greenblatt débutent un voyage au Proche-Orient qui les mènera en Israël, en Jordanie, en Égypte, en Arabie saoudite et au Qatar, mais ni dans les Territoires palestiniens, ni en Syrie.

Jared Kushner et Jason Greenblatt sont deux collaborateurs de longue date de Donald Trump. Ils sont tous deux juifs orthodoxes. N’ayant pas d’expérience diplomatique, ils sont désormais chargés d’élaborer le plan de paix au Proche-Orient sans en référer au département d’État. Durant leur voyage, David Friedman (ici au centre de la photo), l’ambassadeur des États-Unis en Israël sera à Washington dans le cadre de consultations routinières. Également juif orthodoxe, il est connu pour ses positions outrancières.

Le plan US devrait être basé sur la « solution à deux États » ; l’État palestinien étant la Jordanie élargie à la Cisjordanie avec notamment un quartier de Jérusalem comme capitale (Abou Dis et éventuellement Jabel Mukaber, Issawiya et Shuafat).

Ce plan vise à améliorer la situation des Palestiniens, pas à répondre à toutes leurs attentes. Il est d’ores et déjà combattu par Mahmoud Abbas, mais pas par la plupart des factions palestiniennes (y compris par une aile du Fatah et le Hamas qui le soutiennent). La France, la Suède et le Royaume-Uni tentent dès à présent de le saboter. Il devrait être intégralement rendu public fin juillet.

http://www.voltairenet.org/article201538.html

Publicités

Syrie: frappes de la coalition menée par les Etats-Unis contre des positions du régime

Syrie: frappes de la coalition menée par les Etats-Unis contre des positions du régime

Des soldats des Forces démocratiques syriennes (SDF) et des soldats américains (g), le 1er mai 2018 à Boukamal, dans la province de Deir Ezzor / © AFP/Archives / Delil souleiman

Des avions de guerre de la coalition menée par les Etats-Unis ont mené des frappes meurtrières sur des positions du pouvoir syrien dans l’est du pays, a affirmé l’agence officielle syrienne dans la nuit de dimanche à lundi.

« Des appareils de la coalition américaine ont bombardé l’une de nos positions militaires dans la zone de al-Hari, au sud-est de Boukamal », ville de la province de Deir Ezzor (est), a écrit l’agence Sana citant une source militaire, ajoutant que plusieurs personnes avaient été tuées.

Dans la province orientale de Deir Ezzor, riche en pétrole, les forces démocratiques syriennes (FDS) soutenues par les Etats-Unis et les forces gouvernementales syriennes mènent des offensives parallèles mais séparées contre le groupe état islamique (EI).

Les forces gouvernementales contrôlent les terres à l’ouest de l’Euphrate qui traverse la province, tandis que les FDS se battent pour expulser l’EI d’une série de villages situés sur les rives est du fleuve, près de la frontière irakienne.

Les deux parties ont pour la plupart évité de se combattre et il existe une ligne dite de « déconfliction » pour éviter de tels incidents.

Mais il y a eu des exceptions.

En avril, de rares affrontements ont éclaté entre les deux camps, tuant plus d’une douzaine de combattants.

En février, la coalition dirigée par les Etats-Unis avait mené des frappes aériennes dans la province de Deir Ezzor qui ont tué au moins 100 combattants pro-gouvernementaux.

Washington avait indiqué que ces frappes étaient des représailles à une attaque contre son propre personnel et les FDS.

(©AFP / 18 juin 2018 08h15)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Syrie-frappes-de-la-coalition-men-e-par-les-Etats-Unis-contre-des-positions-du-r-gime/928465.rom

Trump a bombardé la Syrie pour impressionner la Chine

Trump a bombardé la Syrie pour impressionner la Chine

+

Au cours de l’interview qu’il a accordé à Sean Hannity à Singapour, le 12 juin 2018, le président Donald Trump a évoqué le premier bombardement de la Syrie auquel il a procédé.

Rappelant qu’il recevait alors le président chinois Xi Jinping dans sa résidence de Mar-a-Lago (Floride), il a déclaré lui avoir annoncé la frappe en lui servant le dessert. Interloqué, son homologue lui a demandé de répéter.

Il s’agissait selon Donald Trump de montrer qu’il n’hésiterait pas à faire usage de la force si nécessaire ; un message parfaitement compris par Xi Jinping qui serait ainsi devenu un allié dans l’affaire nord-coréenne.

Dans la nuit du 6 au 7 avril 2017, les Etats-Unis ont bombardé la base aérienne syrienne de Cheyrat, utilisant 59 missiles Tomahawks. Cette attaque n’avait pourtant fait que 6 morts et 7 blessés. Des carcasses d’avion utilisées pour leurs pièces détachées avaient été détruites. En réalité, la base avait été évacuée dans les heures précédentes et les avions déplacés.

(voir à partir de la 12ème minute)

http://www.voltairenet.org/article201480.html

Syrie: les raids meurtriers de l’EI depuis le désert appelés à se répéter

Syrie: les raids meurtriers de l’EI depuis le désert appelés à se répéter

Photo prise le 4 novembre 2017 dans la ville de Deir Ezzor lors d’une opération des forces pro-régime contre le groupe Etat islamique, dans l’est de la Syrie / © AFP/Archives / STRINGER

Le groupe Etat islamique (EI) a perdu la plus grande partie de ses territoires en Syrie mais les récentes attaques meurtrières menées depuis le désert contre les forces prorégime constituent un mode opératoire appelé à se répéter, estiment les analystes.

Bien que l’EI ait perdu tous les centres urbains de l’est syrien, une série d’attaques surprise ces dernières semaines ont tué des dizaines de combattants du régime et de ses alliés dans cette région.

L’EI a même pénétré vendredi dans la ville de Boukamal, à la frontière irakienne, à l’issue de dix attaques suicide concomitantes, opération jihadiste la plus importante depuis des mois. Le groupe ultraradical en a finalement été chassé 72h plus tard.

Chassés de toutes les villes autrefois sous leur contrôle, les jihadistes ont une fois de plus confirmé leur capacité à se projeter à partir des quelques poches qu’ils possèdent dans le désert syrien.

« Quand le régime (de Damas) ou le gouvernement irakien ont déclaré qu’ils étaient capables de vaincre l’EI, il s’agissait d’une déclaration très inexacte », dit à l’AFP Nawar Oliver, analyste militaire à l’Institut Omran, basé en Turquie.

Le régime et ses alliés ont été en mesure « de vaincre l’EI dans les villes –comme à Deir Ezzor, Boukamal, Mayadine et Palmyre– mais ils n’ont pas réussi à se débarrasser de lui dans le désert. C’est désormais leur principal problème », ajoute-t-il.

– « Enorme casse-tête » –

L’armée syrienne, soutenue par la Russie, a repris ces zones urbaines l’an dernier, les trois premières dans la province de Deir Ezzor (est) et la dernière dans celle de Homs (centre).

« Des attaques continueront d’être lancées depuis le désert, en ciblant les oléoducs, les principaux axes routiers, les passages frontaliers, ce qui constituera un énorme casse-tête » pour le pouvoir syrien, avance l’analyste.

Le poste frontalier près de Boukamal est pour l’instant contrôlé par les forces syriennes et irakiennes mais, selon le militant Omar Abou Leila, originaire de la province de Deir Ezzor, il existerait une coordination entre jihadistes de l’EI des deux côtés de la frontière.

Pour l’analyste Hassan Hassan, directeur de l’Institut Tahrir, les jihadistes miseraient dans les années à venir sur leur maîtrise du vaste désert syrien et des zones irakiennes adjacentes.

« L’est de la Syrie et le nord-est de l’Irak continueront d’être le ventre mou (…) où l’EI interviendra encore pendant de nombreuses années », dit-il.

« Le groupe connaît très bien la région, a établi une infrastructure d’insurrection dans les déserts, les vallées fluviales et les zones rurales qui s’étendent des provinces de Kirkouk et Diyala en Irak, à la région de Qalamoun près de Damas », poursuit-il.

Ses ennemis sont incapables de « sécuriser ces zones de manière durable », affirme encore M. Hassan.

– « Cibles faciles » –

Dans la province de Deir Ezzor, les Forces démocratiques syriennes (FDS), alliance de combattants arabes et kurdes soutenue par les États-Unis, luttent également contre les jihadistes à l’est de l’Euphrate, fleuve qui coupe la province en deux.

Mais, ces dernières semaines, les jihadistes ont concentré leurs attaques sur la rive occidentale, où sont stationnées les forces prorégime, car elle constitue la porte d’entrée vers leur bastion désertique dans la province voisine de Homs, précise Nawar Oliver.

Ces offensives ont augmenté depuis l’évacuation de l’EI de son dernier fief dans la capitale Damas, le mois dernier, beaucoup de combattants ayant été transférés vers le vaste désert de l’est syrien, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Les positions militaires des forces loyalistes y sont des « cibles faciles », car elles sont peu nombreuses et éloignées les unes des autres, ce qui retarde, le cas échéant, l’arrivée de renforts, selon l’OSDH.

Les victimes de ces attaques surprise sont aussi bien des soldats syriens que des combattants russes, iraniens et libanais.

L’EI possède aussi encore quelques cellules dormantes dans le nord-ouest et le sud-ouest du pays. La semaine passée, une attaque a révélé sa présence dans la province de Soueida (sud), où 25 combattants prorégime ont péri.

Et l’une de ses cellules a exécuté des jihadistes rivaux dans la province d’Idleb, dans le nord-ouest.

Le groupe jihadiste est par ailleurs la cible d’une offensive lancée par les FDS et la coalition internationale anti-EI dans la province de Hassaké (nord-est). Les combats au sol sont appuyés par des raids aériens intensifs ciblant des positions de l’EI, non sans engendrer des victimes civiles, dont dix tués mardi, selon l’OSDH.

Dans cette région, une poche de l’EI abrite des combattants et responsables de haut rang, d’où la résistance acharnée des jihadistes, précise M. Oliver.

(©AFP / 12 juin 2018 17h04)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Syrie-les-raids-meurtriers-de-l-EI-depuis-le-d-sert-appel-s-se-r-p-ter/926869.rom

L’armée russe en Syrie tant que Moscou y « trouvera un intérêt » (Poutine)

L’armée russe en Syrie tant que Moscou y « trouvera un intérêt » (Poutine)

Moscou – Le président Vladimir Poutine a assuré jeudi que les troupes russes présentes en Syrie, qui soutiennent les forces du régime de Damas depuis septembre 2015, y resteront tant que Moscou « y trouvera un intérêt ».

« Les opérations militaires de grande ampleur, y compris avec la participation de nos forces armées, sont aujourd’hui terminées » en Syrie, a déclaré M. Poutine lors de sa traditionnelle séance de questions-réponses avec les Russes, retransmise à la télévision.

« Nos militaires sont là-bas pour assurer les intérêts de la Russie dans cette région d’importance vitale. Et ils s’y trouveront tant que la Russie y trouvera un intérêt et tant que nous remplissons nos obligations internationales », a poursuivi le président russe.

« Nous ne prévoyons pas de retrait des forces pour le moment », a-t-il ajouté.

M. Poutine a également qualifié l’intervention en Syrie d' »expérience et d’outil unique pour le perfectionnement » de l’armée russe . « Aucun exercice ne vaut l’utilisation des forces armée dans des conditions de guerre », a-t-il jugé.

Le président russe a aussi salué l’utilisation par Moscou de nouveaux armements en conditions réelles: « la Syrie n’est pas un terrain d’entraînement mais nous y avons utilisé de nouveaux armements ».

La Russie affirme avoir significativement réduit sa présence militaire et ses opérations en Syrie depuis novembre 2017, mais elle conserve diverses unités sur place, notamment sur les bases de Tartous et de Hmeimim.

Le chiffre officiel le plus récent concernant la présence militaire russe en Syrie est celui du nombre de militaires ayant votés en Syrie lors de la présidentielle du 18 mars: 2.954 personnes.

Le base de Hmeimim, dans le nord-ouest de la Syrie, est devenue une base permanente de l’armée russe en janvier 2017, après un accord entre Damas et Moscou, passant sous juridiction russe.

Même chose à Tartous: ce qui était jusque là une installation portuaire destinée à la marine russe est devenu « une base navale russe permanente ».

Vladimir Poutine avait estimé en mai lors d’une rencontre avec son homologue syrien Bachar al-Assad que le début du processus politique en Syrie allait contribuer au retrait des « forces armées étrangères » du pays en guerre.

Selon le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cette remarque concerne les troupes étrangères qui se trouvent en Syrie « de facto de manière illégitime du point de vue du droit international », semblant exclure la Russie et l’Iran, qui disent y être présentes à la demande des « autorités légitimes syriennes ».

(©AFP / 07 juin 2018 13h13)

https://www.romandie.com/news/L-arm-e-russe-en-Syrie-tant-que-Moscou-y-trouvera-un-int-r-t-Poutine/925285.rom

L’empire entre dans sa phase de folie furieuse

L’empire entre dans sa phase de folie furieuse


Par John Wight – Le 22 mai 2018 – Source Russia Today

La belliqueuse rhétorique de Mike Pompeo contre Téhéran ne laisse plus aucun doute sur le fait que Washington est en train de devenir le renégat du monde.

Le discours de Pompeo, prononcé en qualité de secrétaire d’État, témoigne d’un mépris flagrant pour l’intégrité des traités internationaux et le respect du droit international. Il démontre également que les derniers vestiges de crédibilité dont jouissent les États-Unis sont en lambeaux devant un monde fatigué, lassé d’une administration Trump qui, par ses caprices et ses menaces continuelles, ressemble plus à une famille mafieuse new-yorkaise qu’à un gouvernement respectable et responsable.

Avec le retrait de Donald Trump du Plan d’action global conjoint (JCPOA), mieux connu sous le nom d’accord sur le nucléaire iranien, son administration s’est engagée sur la voie d’un conflit contre l’Iran, en collaboration avec ses alliés régionaux, Israël et l’Arabie saoudite. Ensemble, ils forment un axe d’agression qui met en péril la stabilité de la région, avec des conséquences potentiellement graves pour le reste du monde, compte tenu de l’appel d’air qu’un tel conflit régional apporterait à l’extrémisme et au terrorisme mondial.

Ce retrait crée également un dangereux précédent à un moment où il faudrait trouver une solution pacifique à la crise en cours en Ukraine et assurer le succès du processus inachevé de paix et de réconciliation dans la péninsule coréenne.

Ainsi, les conséquences désastreuses de la puissance effrénée de l’hégémon impérial qui trône à Washington n’ont jamais été aussi manifestes, avec sa volonté de dominer et de forcer par la douleur de la guerre, symptôme d’un empire qui cherche désespérément à arrêter son déclin, et dont le processus l’entraîne dans une phase de folie furieuse.

Soyons clairs : la décision de l’administration Trump de se retirer du JCPOA n’a rien à voir avec son respect par l’Iran, qui a été impeccable, et tout à voir avec le programme hégémonique de Washington à l’égard de la région − un programme hégémonique qui date d’avant Trump.

Ce sont l’Iran, la Syrie et le Hezbollah − ainsi que la Russie − qui constituent un axe anti-hégémonique, si ce n’est sur une base formelle certainement sur une base factuelle, axe qui doit être brisé. C’est pour cette raison et pour aucune autre que Trump, Netanyahou et Bin Salman ont l’intention d’utiliser la force contre l’Iran, sans tenir compte des probables résultats catastrophiques.

Ils ont perdu en Syrie, où l’effort pour renverser le gouvernement Assad a été contrecarré en grande partie par la Russie, l’Iran et le Hezbollah − aux côtés du peuple syrien et de l’armée arabe syrienne − et en réponse, ils ont l’intention de régler leurs comptes.

Où en est l’alliance transatlantique ?

Une autre victime de l’attitude de Trump envers l’Iran est l’alliance transatlantique entre Washington et ses divers alliés européens, considérée par ses partisans comme le pivot inébranlable et irremplaçable de la démocratie moderne.

L’insouciance avec laquelle l’administration Trump s’est montrée disposée à ignorer la position de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni envers l’accord iranien est révélatrice ; preuve s’il en est que la soi-disant alliance entre amis et partenaires est plutôt semblable à celle qui existait entre Rome et ses divers satellites et États clients durant les jours alcyoniens d’un ancien Empire, qui a fait l’erreur de croire que sa puissance et son existence était éternelle.

Cet aspect particulier de la crise, qui implique la perspective de sanctions américaines non seulement contre l’Iran, mais aussi contre des entreprises britanniques, françaises et allemandes opérant en Iran, reflète à quel point les néoconservateurs sont toujours au volant de la politique étrangère américaine, toute reste de façade de convenance étant maintenant abandonnée au profit d’un impérialisme brut.

Jamais l’attachement servile de l’Europe aux prétendues vertus de l’unipolarité n’a été aussi visible, avec Emmanuel Macron − l’incarnation même d’un centriste libéral confiné, un leader à qui le mot « opportuniste » va comme un gant − laissé à la rue comme le proverbial larbin après avoir été frappé par son seigneur et maître.

La réalité douloureuse du manque d’indépendance de l’Europe par rapport à Washington − indépendance du type de celle que Charles De Gaulle avait l’habitude de déclamer : « Oui, c’est l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural, c’est l’Europe, c’est toute l’Europe qui décidera du sort du monde » − a été mise à nu. C’est un test pour l’Europe. Se courbera-t-elle face à l’arrogance et à l’attitude belliqueuse de l’administration Trump ? Ou bien s’éveillera-t-elle et émergera-t-elle, enfin, des griffes de Washington pour jouer un rôle positif et progressiste dans les affaires du monde ?

Pourtant, il est difficile d’imaginer des dirigeants d’un calibre aussi douteux que Theresa May et Emmanuel Macron ailleurs que dans les griffes de Washington, et les derniers espoirs de Macron d’avoir exercé une influence sur Trump au sujet de la Syrie sont partis en fumée. La réalité est que le président français, Emmanuel Macron, a autant de poids à Washington que l’aile d’une mouche.

Le choix de l’Europe − unipolarité ou multipolarité

Une crise est aussi une opportunité, nous disent-ils, et cette crise particulière présente l’opportunité d’un réalignement européen, forgé sur la compréhension que le facteur déstabilisateur en Europe n’est pas et n’a jamais été la Russie ; que c’est et a toujours été les États-Unis. Économiquement, culturellement et politiquement, l’identité de l’Europe a été progressivement transformée en une identité américaine, avec son culte régressif et superficiel de l’individu, d’un capitalisme sans entraves, et de la puissance en guise de loi.

Le choix qui s’offre à l’Europe est donc clair. Soit elle reste attachée au mât du navire de l’unipolarité qui coule, soit elle se joint à la Russie, à la Chine et au reste du monde pour former une alternative multipolaire, enracinée non pas dans le caprice d’un président à Washington, mais dans les principes énoncés dans la Charte des Nations Unies, en particulier le respect de la souveraineté nationale et du droit international.

Pour en revenir à l’Iran, qui se trouve maintenant fermement dans la ligne de mire du changement de régime pour la seule raison qu’il refuse de s’incliner devant le diktat washingtonien, il n’y a plus moyen de ne pas prendre parti. Si les pays menacés par cette éruption de l’agression américaine ne se joignent pas les coudes, ils seront pris à parti l’un après l’autre.

L’hégémonie exige une réponse sous la forme d’une anti-hégémonie. L’avenir des générations qui ne sont pas encore nées dépend complètement de cela.

John Wight

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

http://lesakerfrancophone.fr/lempire-entre-dans-sa-phase-de-folie-furieuse

Netanyahu poursuit son offensive contre l’Iran à Paris

Netanyahu poursuit son offensive contre l’Iran à Paris

/ © POOL/AFP/Archives / PHILIPPE WOJAZER

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu poursuit mardi à Paris son offensive pour tenter de créer un front commun contre l’Iran, lors d’une visite controversée trois semaines après les affrontements sanglants à Gaza.

Le chef du gouvernement israélien a planté le décor dès le premier jour de sa tournée européenne, lundi à Berlin, en mettant en garde Angela Merkel contre un nouvel afflux de réfugiés syriens si rien n’est fait pour contenir l’influence croissante de Téhéran au Moyen-Orient.

Après la chancelière allemande, le président français Emmanuel Macron va réitérer à son tour la nécessité de sauvegarder l’accord sur le nucléaire iranien qui, à défaut d’être parfait, offre aux yeux des Européens le seul garde-fou contre la prolifération nucléaire dans la région.

Selon ce texte signé en 2015 et dont les Etats-Unis sont sortis avec fracas le 8 mai, l’Iran renonce à toute ambition nucléaire militaire en échange d’une levée des sanctions internationales qui paralysent son économie.

Benjamin Netanyahu, qui a rallié l’Amérique de Donald Trump sur sa ligne, martèle pour sa part que l’accord n’empêchera pas l’Iran de se doter de la bombe atomique et l’aide à financer son expansion régionale (Syrie, Liban, Irak), au détriment de la sécurité d’Israël, en renflouant son économie.

Les deux dirigeants – qui se rencontrent pour la troisième fois à Paris depuis juillet 2017 – devraient constater une nouvelle fois leurs divergences sur les moyens de ramener la stabilité dans la région, tout en faisant la même analyse des menaces.

– Approche frontale –

Le « diagnostic est partagé sur le fait que la présence militaire de l’Iran ou de groupes pro-iraniens en Syrie représente une menace durable », relève la présidence française.

Mais Paris appelle à compléter l’accord existant en discutant avec l’Iran de ses activités balistiques et de son influence régionale, là où Israël est sur une approche beaucoup plus frontale pour forcer Téhéran à renégocier l’accord nucléaire.

« L’objectif de Benjamin Netanyahu c’est de sortir du tête-à-tête avec Washington » et de « contraindre a minima les Européens à renforcer l’accord existant », si besoin en réintroduisant des sanctions contre l’Iran, estime David Khalfa, chercheur associé à l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE) à Paris.

L’Etat hébreu mise pour cela sur deux leviers, la menace de sanctions américaines contre les entreprises européennes – qui ne sont pas encore entrées en vigueur – et l’axe entre les Etats-Unis, Israël et l’Arabie saoudite, dit-il.

Face à l’urgence iranienne, le conflit israélo-palestinien se trouve relégué à l’arrière-plan, même si le président palestinien Mahmoud Abbas est attendu prochainement à Paris et si Emmanuel Macron doit se rendre en Israël et dans les Territoires palestiniens d’ici la fin de l’année.

En décembre 2017, le président français avait exhorté Benjamin Netanyahu à faire des « gestes » envers les Palestiniens mais le processus de paix semble plus enlisé que jamais depuis la reconnaissance par Washington de Jérusalem comme capitale d’Israël.

– « Start-up nation » –

La situation s’est encore envenimée après la mort d’au moins 61 Palestiniens, tués par des tirs israéliens lors de manifestations le 14 mai le long de la barrière séparant la bande de Gaza d’Israël.

Emmanuel Macron a condamné « les violences des forces armées israéliennes » tout en rappelant « son attachement à la sécurité d’Israël », une position jugée trop simpliste dans l’Etat hébreu et trop complaisante à gauche de l’échiquier politique en France.

Les associations pro-palestiennes ont appelé à manifester contre Benjamin Netanyahu, qu’elles accusent de « crimes de guerre », dans toutes les grandes villes de France en fin d’après-midi.

Trois syndicats français de journalistes ont aussi jugé « insupportable » qu’il soit reçu par le président Macron.

Les deux dirigeants veulent de leur côté mettre à profit la Saison culturelle croisée France-Israël qu’ils lanceront mardi soir, à l’occasion des 70 ans de l’Etat d’Israël, pour montrer ce qui rassemble les deux pays.

« Macron a une approche extrêmement pragmatique, avec une volonté de découpler le sujet du conflit israélo-palestinien du volet de la coopération bilatérale », estime David Khalfa en notant l’intérêt du président pour le modèle israélien de « start-up nation ».

Le président et le Premier ministre inaugureront d’ailleurs une exposition retraçant les innovations technologiques israéliennes, israel@lights, au Grand Palais.

(©AFP / 05 juin 2018 08h43)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Netanyahu-poursuit-son-offensive-contre-l-Iran-Paris/924405.rom

Les USA pourraient se retirer de Syrie

Les USA pourraient se retirer de Syrie

+

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a invité les États-Unis à retirer leurs troupes du pays en préalable au retrait de forces étrangères pro-gouvernementales. Le Pentagone est présent à la fois au Sud (Al-Tanf) et au Nord (zone occupée par le YPG kurde).

Dans le cas d’un retrait d’Al-Tanf, le Hezbollah se retirerait du Sud. D’ores et déjà ses combattants préparent leur départ. L’ordre serait rétabli avec l’aide de la Russie, conformément à un accord antérieur.

Planifiant leur possible retrait du Nord du pays, les États-Unis seraient en train d’installer une nouvelle base dans le Sinjar iraquien d’où ils pourraient intervenir à la fois en Syrie et en Turquie.

http://www.voltairenet.org/article201369.html

Importants développements syriens

Chroniques du Grand jeu

Importants développements syriens

1 Juin 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Il y a une semaine, nous écrivions :

Désormais, tous les regards se tournent vers le sud et Deraa, où les barbus modérément modérés ont reçu un avertissement final avant l’offensive. Les forces loyalistes affluent, y compris les milices palestiniennes pro-Bachar. La tension près du Golan occupé par Israël – qui y a, rappelons-le, soutenu Al Nosra et Daech afin de créer une zone tampon – risque de monter d’un cran. Il faudra tout le tact russe pour éviter une escalade générale.

En plein dans le mille, si l’on en croit la dernière livrée d’informations en provenance de Syrie. Il semble que l’ours ait en effet calmé les ardeurs des uns et des autres pour permettre la grande offensive loyaliste sur Deraa et la reconquête du sud syrien.

Un accord multi-partite aurait été trouvé au terme duquel Israël cesserait son soutien aux barbus d’Al Qaeda, de l’ASL et de Daech et n’interviendrait pas pour empêcher l’avance de l’armée syrienne. Dans le plus pacifique des cas, les djihadistes rendraient même leurs armes et seraient évacués vers l’Idlibistan.

En contrepartie, les Iraniens et le Hezbollah ne participeraient pas à l’offensive et se retireraient de quelques kilomètres (les rapports sont pour l’instant contradictoires sur la distance à la frontière : on parle de 20 à 60 km). Et de fait, ces derniers commencent à préparer leur (léger) retrait.

Le grand vainqueur de l’affaire est Damas, qui s’apprête à remettre la main sur cette province rebelle pour la première fois depuis le début de la guerre. Pour les Iraniens et le Hezb, ce n’est somme toute qu’un ajustement mineur. Leur présence en Syrie n’a jamais été aussi forte et que valent quelques encablures de plus ou de moins pour leurs missiles ?

Les Israéliens sauvent la face mais la réaction presque infantile de la presse – Victoire ! Les chiites ont accepté de reculer de quelques kilomètres – montre en creux que Tel Aviv ne semble pas avoir l’estomac pour un conflit de grande ampleur avec l’axe chiite. Les dernières bisbilles balistiques ont peut-être quelque chose à voir avec la chose…

Assad a encore une autre raison de se réjouir : il se pourrait que les Américains abandonnent enfin leur base d’Al Tanaf, devenue relativement inutile depuis le blitz royal vers la frontière syro-irakienne et dont nous avons souvent parlé ici.

Attention toutefois, d’autres rapport évoquent au contraire une extension de la base US et l’entraînement de groupes « rebelles », ce qu’a dénoncé Lavrov lui-même il y a quelques jours lors d’une conférence de presse avec, chose intéressante, son homologue jordanien. Il est d’ailleurs possible que le sort de la base, objet de marchandage, soit décidé lors de la rencontre russo-américano-jordanienne d’Amman la semaine prochaine.

L’empire s’arc-boutera-t-il sur sa dernière possession dans le sud syrien ou va-t-il reconnaître sa défaite et lâcher l’affaire si les intérêts de son client israélien sont (très) relativement préservés ? Quelques éléments récents semblent aller vers la deuxième hypothèse.

Début mai, le Département d’Etat a arrêté de financer les Casques blancs, dans le silence assourdissant de la presstituée occidentale qui portait aux nues ces barbus « sauveteurs », à l’origine du false flag de la Ghouta. Et pas plus tard qu’hier, Washington s’est enfin cru obligé de comprendre, avec un an de retard, qu’Hayat Tahrir al-Cham était, ô surprise, le nouveau nom d’Al Qaeda en Syrie et a placé l’organisation sur sa liste de groupes terroristes.

Deux décisions qui semblent indiquer un changement de cap impérial. A suivre…

Pourquoi la Russie ne réplique-t-elle pas ?

Pourquoi la Russie ne réplique-t-elle pas ?


Par Dmitry Orlov – Le 24 mai 2018 – Source Club Orlov

Résultat de recherche d'images pour "russie victory day"
Beaucoup de commentateurs ont remarqué un fait curieux : lors du défilé du 9 mai sur la Place Rouge à Moscou, Poutine est apparu en présence du Premier ministre israélien Netanyahou. À cette même époque, l’armée de l’air israélienne tirait des missiles sur des cibles syriennes et iraniennes en Syrie (Une grande partie des défenses aériennes syriennes ont été détruites [avec quelques réserves, NdT]) et les Syriens ont tiré sur des positions israéliennes sur les hauteurs du Golan (territoire syrien occupé, aussi cela n’a donc pas compté comme une attaque contre Israël à proprement dit). Pourquoi la Russie n’a-t-elle pas pris la défense de son allié syrien ? De plus, on parlait de vendre le très puissant système de défense antiaérien S-300 de la Russie à la Syrie, mais cette offre a été retirée par la suite. Est-ce vraiment là le comportement d’un allié ?

Ou prenons un autre exemple : les relations entre la Russie et l’Ukraine sont dans une spirale descendante depuis le putsch de Kiev en 2014 qui a renversé le gouvernement constitutionnel. La région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, souffre d’un affrontement militaire, et elle est en proie à des provocations ukrainiennes contre la Russie et des sanctions économiques et politiques de la part des États-Unis et de l’UE en réponse à l’annexion de la Crimée et au conflit instable dans le Donbass qui a fait près de dix mille morts. Et pourtant, le principal partenaire commercial de l’Ukraine reste… la Russie. Non seulement la Russie continue-t-elle à commercer avec l’Ukraine, mais elle a également absorbé un exode de réfugiés économiques, exportés par une économie ukrainienne effondrée, un exode qui se compte en millions de personnes. La Russie a réinstallé ces réfugiés, leur a permis de trouver du travail et leur permet d’envoyer de l’argent à leurs proches en Ukraine. En outre, la Russie a refusé de reconnaître politiquement les deux républiques séparatistes de l’Est de l’Ukraine. La seule réponse réelle de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine a été de revendiquer la Crimée. Mais cela coule plus ou moins de source : la Crimée faisait partie de la Russie depuis 1783, et le transfert de la Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine, sous Nikita Khrouchtchev en 1954, violait la Constitution de l’URSS qui était en vigueur en ce temps.

Encore un autre exemple : les États-Unis, avec l’Union européenne agissant comme un serviteur obéissant, ont imposé diverses sortes de sanctions à la Russie depuis la loi Magnitski en 2012 qui a été poussée par l’oligarque incroyablement corrompu William Browder. Ces sanctions ont parfois été quelque peu dommageables, parfois utiles (stimulant le remplacement des importations en Russie) et parfois tout simplement sans intérêt. La Russie est trop grande, trop importante et trop puissante pour quiconque, même une entité aussi grande que les États-Unis et l’UE réunis, pour l’isoler ou la faire plier en imposant des sanctions. Dans certains cas, il y a eu un puissant effet boomerang qui a causé plus de souffrances aux sanctionneurs qu’aux sanctionnés. Mais la Russie n’a pas vraiment fait grand-chose pour y remédier, si ce n’est de travailler au remplacement des importations et d’établir des relations commerciales avec d’autres nations plus amicales. Elle aurait pu nuire aux États-Unis, par exemple, en bloquant la vente de pièces en titane sans lesquelles Boeing ne serait plus en mesure de construire ses avions. Ou elle pourrait interdire la vente de moteurs de fusée aux États-Unis, et les États-Unis seraient alors incapables de lancer des satellites. Mais la Russie n’a rien fait de tout cela. Au lieu de cela, elle n’a cessé de répéter que ces sanctions sont improductives et inutiles.

Un autre : en violation des accords conclus entre la Russie et les pays de l’OTAN, l’OTAN s’est étendue jusqu’à la frontière russe et a récemment transformé les petits États baltes d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie en une sorte de parc militarisé juste à côté de la frontière russe. L’OTAN y stationne des milliers de soldats et les entraîne à… attaquer la Russie. La Russie s’est plainte de cela, mais a continué à commercer avec tous les pays concernés. En particulier, elle a continué à fournir de l’électricité aux pays baltes et à utiliser les ports de la Baltique pour expédier ses produits. Lorsque la Lettonie a récemment interdit l’utilisation du russe dans les écoles (un tiers de la population est russe) et a commencé à violer les droits des Russes lituaniens qui tentaient de lutter contre cet affront, les Russes eux-mêmes ont avalé cet acte flagrant de discrimination anti-russe sans broncher. En Lettonie, les lumières sont toujours allumées et les trains de marchandises russes chargés roulent encore de l’autre côté de la frontière.

« Pourquoi cela ? », pourriez-vous me demander. « Pourquoi une telle attitude passive contre ces nombreux délits, magouilles et blessures ? » On ne peut pas dire que la Russie est trop grande pour être touchée. Les sanctions en 2012 ont été un fléau, puis en 2014 l’économie russe a pris un sérieux coup (mais la plupart du temps à cause des prix plus bas de l’énergie, pas de sanctions). Le rouble a perdu la moitié de sa valeur et le taux de pauvreté de la Russie a grimpé. Que se passe-t-il alors ?

Pour comprendre cela, vous devez prendre du recul et regarder le contexte global.

  • La Russie est le plus grand pays du monde en taille, mais certainement pas en termes de population. Ses frontières sont très bien défendues, mais elles s’étendent sur 61 000 kilomètres.
  • La Fédération de Russie est russe de nom, mais elle comprend plus d’une centaine de nations différentes, les Russes ethniques représentant un peu plus de 80% et six autres nations ayant plus d’un million de membres.
  • Elle est bordée par 16 États souverains, plus que tout autre pays, y compris deux frontières maritimes (avec le Japon et les États-Unis) et deux autres États non reconnus à l’échelle internationale (Abkhazie et Ossétie du Sud).
  • Elle a la plus grande diaspora au monde, avec entre 20 et 40 millions de Russes (selon la façon dont vous les comptez) vivant en dehors de la Russie proprement dite. La plus grande communauté russe à l’étranger est aux États-Unis et compte environ 3 millions de personnes.
  • Les troupes de maintien de la paix russes ont servi dans de nombreux pays autour de la Russie et dans le monde entier − Abkhazie ; Ossétie du Sud ; Arménie ; Transnistrie ; Tadjikistan ; Bosnie ; Kosovo ; Angola ; Tchad ; Sierra Leone ; Soudan − et continuent d’empêcher les conflits latents de se transformer en guerre ouverte.
  • L’immensité de la Russie et sa richesse en ressources naturelles en font l’un des principaux fournisseurs de produits économiquement essentiels dans le monde, notamment le pétrole, le gaz, l’uranium et le charbon qui empêchent les lampes de geler dans des dizaines de pays. Peu importe ce qui ne va pas dans les relations internationales, elle doit rester un fournisseur stable et fiable.

Dans cet environnement, contrer les gestes hostiles (et surtout futiles) émanant de l’autre côté de l’océan avec d’autres gestes hostiles (et généralement futiles) serait contre-productif : certaines personnes seraient touchées, et il est probable qu’elles seraient Russes.

Ainsi, une partie de l’approche gagnante consiste à se débrouiller, en maintenant les meilleures relations possibles avec autant de pays que possible, les voisins en particulier, parlant à tous dans chaque conflit et essayant de désamorcer et d’équilibrer soigneusement les intérêts disparates de tous. La Russie entretient de bonnes relations avec l’Iran et l’Arabie saoudite, qui sont des ennemis jurés, et avec la Syrie et Israël, qui se tirent dessus.

L’autre partie de l’approche gagnante pour affronter un monde extérieur de plus en plus hostile est de s’organiser doucement pour une autarcie limitée ; ne pas se fermer au monde, mais prendre des mesures pondérées pour devenir relativement invulnérable à ses vicissitudes. La Russie est déjà autosuffisante en énergie, fait des progrès dans son autosuffisance alimentaire, et le prochain défi est d’atteindre l’autosuffisance en matière de technologie et de finance.

Vu dans ce contexte, les échecs apparents de la Russie à agir avec force se révèlent être des étapes d’un équilibre prudent :

  • Les Israéliens bombardent la Syrie tandis que Netanyahou est à une place d’honneur lors du défilé à Moscou. La Syrie riposte en bombardant son propre territoire sur les hauteurs du Golan. Puis la Russie décide de ne pas vendre le système S-300 à la Syrie. Qu’est-ce qui vient de se passer ? Eh bien, Israël vient de reconnaître le Jour de la Victoire, le 9 mai, comme sa propre fête nationale. Un tiers des Israéliens sont en fait russes, et beaucoup d’entre eux se sont sentis très fiers d’être Russes ce jour-là, et ont participé à de grandes parades qui ont été diffusées à la télévision russe. Face à la montée de l’antisémitisme en Europe et aux néo-nazis incontrôlables en Ukraine, la Russie et Israël sont unis. Ensuite, il y a le fait qu’Israël n’aime pas qu’il y ait des Iraniens en Syrie. Ils ont certainement le droit de le faire, étant donné que les Iraniens continuent de parler de la façon dont Israël devrait être détruit [C’est l’avis de l’auteur, NdT]. Mais la présence iranienne en Syrie est sur invitation, ce n’est donc pas la préoccupation de la Russie. Voir Israël bombarder la Syrie n’aide pas la Russie, mais ce n’était pas la première fois et ce ne sera pas la dernière. La Syrie a réussi à abattre des missiles israéliens et à tirer sur des Israéliens sur les hauteurs du Golan. C’était une nouvelle évolution, une escalade et les escalades sont toujours mauvaises. Vendre le système S-300 aux Syriens aurait permis à la Syrie d’abattre n’importe quoi en l’air venant d’Israël, et comme la situation vient juste de s’envenimer, leur donner la possibilité d’augmenter le niveau d’escalade pouvait sembler une mauvaise idée.
  • L’Ukraine provoque continuellement la Russie et viole les droits des huit millions de Russes qui y vivent, et pourtant la Russie reste le plus grand partenaire commercial de l’Ukraine. Qu’est-ce que cela donne ? Eh bien, il y a le fait désagréable que l’Ukraine est actuellement gouvernée par des gens qui, pour employer un terme russe très spécifique, sont « inadéquats ». C’est un régime illégal, immensément corrompu, soutenu par un autre régime qui par delà l’océan est, en passant, aussi plutôt « inadéquat », dirigé par un bouffon ridicule qui est à son tour contrarié à tout instant par un « État profond » immensément corrompu. Mais ce sont des faits temporaires, et en aucun cas, ils ne l’emportent sur le fait intemporel que les Russes et les Ukrainiens sont essentiellement les mêmes personnes (à l’exception de quelques tribus qui habitent principalement à l’ouest du pays qui fut pendant des siècles un no man’s land au cœur de l’Europe centrale, juste à côté de la Transylvanie, d’où viennent les vampires). Les Russes et les Ukrainiens sont génétiquement indissociables, et il y a de nombreuses nations en Russie qui sont beaucoup plus différentes culturellement des Russes que les Ukrainiens. La stratégie gagnante dans ce cas est d’éviter de faire du mal à l’Ukraine, car elle se blesse déjà assez elle-même et parce que cela ne ferait que blesser d’autres Russes. Au lieu de cela, il est plus logique d’être patient et d’attendre. En fin de compte, les Ukrainiens en auront assez et prendront les choses en main, se débarrasseront de ces bons-à-rien et de leurs donneurs d’ordre outre-mer et la relation deviendra finalement plus normale
  • En ce qui concerne les sanctions occidentales, la Russie a imposé des contre-sanctions et elles étaient intelligentes. La Russie a interdit diverses catégories d’importations alimentaires en provenance de l’UE. Cela a permis d’augmenter la production alimentaire en Russie et d’amener la Russie vers l’autosuffisance. Étant donné que les agriculteurs dans l’UE sont politiquement assez puissants, cela a rendu les sanctions américaines impopulaires en Europe. Ajoutez à cela le fait que les États-Unis veulent maintenant sanctionner les importations d’énergie russe en Europe, forçant les Européens à acheter cette énergie aux États-Unis, dont les approvisionnements sont beaucoup plus chers et moins fiables, et vous pouvez voir pourquoi les Européens en ont déjà assez de l’ingérence de Washington. Bien sûr, après avoir abandonné une grande partie de leur souveraineté, il y a longtemps, les Européens font face à de grandes difficultés pour essayer de la récupérer, mais au moins ils commencent à y penser. C’est déjà une victoire pour la Russie : elle a besoin de pays indépendants et souverains comme voisins, et non pas d’une bande de vassaux irresponsables aux ordres de Washington. En ce qui concerne l’imposition de contre-mesures envers les États-Unis eux-mêmes, cela causerait plus de dommages économiques sans obtenir d’avantages politiques.
  • Sur l’empiètement de l’OTAN sur les frontières russes, les slogans anti-russes des milices baltes et les troupes de l’OTAN s’entraînant à « attaquer la Russie », pour être franc, les Russes se sentent un peu insultés, mais ils n’ont pas vraiment peur. Tout le monde sait que l’OTAN fait partie du racket des institutions de défense américaines. Son but est de voler des cargaisons d’argent, pas de faire des armes qui fonctionnent ou de former des armées qui peuvent se battre. Il y a maintenant un peu de blindage et de main-d’œuvre de l’OTAN prépositionnés dans les pays baltes, mais pas assez pour envahir réellement la Russie d’une manière significative. Et s’ils le font, ils se sentiront très vite très seuls. Vous voyez, les blindés de l’OTAN ne passent pas sous la plupart des ponts et ne peuvent pas parcourir de grandes distances sur des terrains accidentés comme les blindés russes. Ils doivent être transportés sur le champ de bataille en train ou sur des camions à plate-forme sur les routes fédérales. Ou ils doivent être expédiés via des ports en eau profonde. Donc, tout ce que la Russie a à faire, c’est de frapper des ponts et des installations portuaires en lançant des missiles d’à peu près n’importe où, puis de détruire le relativement petit contingent d’envahisseurs, et ce sera fini. L’OTAN le sait, et donc toute cette activité dans les pays baltes n’est qu’un moyen d’acheminer de l’argent vers les États baltes économiquement anémiques et en cours rapide de dépeuplement. Ils souffrent déjà; pourquoi les blesser plus. En ce qui concerne les droits des Russes en Lettonie, on pourrait penser qu’ils ne voient pas d’inconvénient à ce qu’ils soient violés, sinon ils déménageraient en Russie où il y a beaucoup de place pour eux. Ils méritent un fort soutien moral, bien sûr, mais c’est vraiment leur combat, pas celui de la Russie.

Cela ne fait pas de cet article la lecture la plus excitante au monde, mais qu’il en soit ainsi. Les gens recherchent sur Internet des histoires sur des tournants dramatiques, surtout parce qu’ils s’ennuient. Il arrive souvent que les développements les plus importants manquent de sensations, mais cela ne les rend pas moins importants. Par exemple, la Russie réduit ses dépenses de défense, car elle sera bientôt complètement réarmée. Les États-Unis et l’OTAN peuvent-ils faire de même ? Non ! Si jamais ils essayaient, l’establishment américain de la Défense corromprait une nouvelle série de membres du Congrès et de sénateurs, et les dépenses prodigues reprendraient immédiatement. Les Russes peuvent donc rester tranquillement assis, les bras croisés, et regarder la faillite des États-Unis. Ce sera certainement un tournant dramatique des événements ; vous devrez juste attendre.

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Lien

Retrouvez Dmitry Orlov sur Arte TV pour quelques jours (à partir de 14′), une interview assez honnête, juste un peu caricaturale avec un peu de pub pour le Salon de la Collapsologie.

Traduit par Hervé, relu par Catherine pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-la-russie-ne-repond-pas