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La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ?

La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ?

La bataille d’Hajin (septembre 2018 – janvier 2019) du nom d’une petite localité située sur la rive Est de l’Euphrate aux confins de la Syrie et de l’Irak mérite de laisser son nom dans l’histoire militaire à plus d’un titre. Elle est d’abord la dernière « bataille rangée » contre le pseudo État islamique et semble mettre un point final à sa volonté de contrôler un territoire. Elle est ensuite, pour nous Occidentaux, riche d’enseignements sur la guerre, et tout spécialement les limites de la guerre par procuration et de notre approche tournée vers la suprématie technologique.

Au XIXe siècle, le sort d’une bataille mettant en jeu quelques milliers d’hommes était réglé en une journée – Austerlitz par exemple ; au XXe siècle, il faut compter en semaines – que l’on pense à la poche de Dunkerque en 1940 ; au XXIe siècle, il faut près de cinq mois et une accumulation de destructions pour venir à bout de 2 000 combattants ne disposant ni d’appui aérien, ni de moyens de guerre électronique, ni de forces spéciales, ni de satellites. Telle est la réalité de la guerre aujourd’hui qui doit nous conduire, décideurs politiques et chefs militaires à un examen critique salutaire sur notre façon de concevoir et faire la guerre.

Certes, la bataille d’Hajin a été gagnée mais de façon très poussive, à un coût exorbitant et au prix de nombreuses destructions. Certes, les Occidentaux, en refusant d’engager des troupes au sol, ont limité les risques et notamment celui d’avoir à s’expliquer devant l’opinion. Mais ce refus interroge : pourquoi entretenir une armée que l’on n’ose pas engager ? Si la réduction du dernier bastion de l’État islamique ne vaut pas la peine d’engager des troupes conventionnelles, quelle cause sera assez importante pour le faire ? Extrêmement à l’aise pour remplir les grands états-majors multinationaux d’une ribambelle d’officiers, les nations occidentales n’ont pas eu la volonté politique d’envoyer 1 000 combattants aguerris régler en quelques semaines le sort de la poche d’Hajin et épargner à la population plusieurs mois de guerre.

Par ailleurs, en sous-traitant aux Forces démocratiques syriennes (FDS), c’est-à-dire à des proxys – des troupes soutenues par les Américains qui leur ont délégué le droit de se battre à leur place – la conduite des opérations au sol, la Coalition (1) a renoncé à sa liberté d’action et perdu la maîtrise du tempo stratégique. Prise en étau entre la décision de Donald Trump de se retirer du Nord-Est syrien et le bon vouloir des FDS, elle n’a pas trouvé de meilleure solution que d’intensifier les bombardements pour en finir au plus vite, compromettant ainsi durablement l’avenir de cette province.

In fine, la question qui se pose est de savoir si la libération d’une région ne peut se faire qu’au prix de la destruction de ses infrastructures (hôpitaux, lieux de culte, routes, ponts, habitations, etc.). C’est là, l’approche assumée sans complexe, hier et aujourd’hui, par les Américains ; ce n’est pas la nôtre et nous souhaitons ici indiquer ce qui aurait pu être fait pour mettre l’ennemi hors de combat sans transformer la poche d’Hajin en champs de ruines.

Caractéristiques de la bataille d’Hajin : un concentré de tous les types de guerre

Située au cœur du « Grand Jeu » entre puissances régionales et grandes puissances, la poche d’Hajin regroupe en septembre 2018 environ 2 000 combattants islamistes dont une majorité d’étrangers. S’étirant sur une trentaine de kilomètres le long de l’Euphrate en territoire arabo-kurde syrien et large d’une dizaine de kilomètres, elle est le dernier bastion du soi-disant Califat « État islamique », autant dire pas grand-chose. En réalité, nous allons voir que la bataille déborde largement de son cadre géographique pour se répandre dans le champ des perceptions, autre enjeu essentiel du combat.

La zone d’action est une bande de terrain en V coincée entre l’Euphrate à l’Ouest et la frontière irako-syrienne à l’Est avec une zone rurale (champs et villages) le long du fleuve et une zone désertique. Soulignons que la rive Ouest de l’Euphrate est plus ou moins sous contrôle du régime syrien et des milices irakiennes qui contrôlent également une partie de la frontière. La population est estimée à quelques milliers de personnes, surtout présente dans la partie Nord de la poche (localité d’Hajin).

Au Sud de la poche (pointe du V) et au bord de l’Euphrate, en territoire irakien, la ville d’Al-Qaïm. Au Nord de cette ville, la frontière est tenue par l’armée irakienne et légèrement en retrait se trouve la position de tir des moyens feux sol-sol de la coalition. Au Sud, la frontière est tenue par une milice affiliée à l’Iran (Katiba Hesbollah), véritable petite armée avec ses chars et ses canons. Si la frontière est globalement étanche au Nord, elle est très poreuse au Sud, la milice se livrant à la contrebande.

Le combat au sol a été confié à des proxys, les FDS, alliance arabo-kurde conseillée par les forces spéciales américaines et bénéficiant du soutien des moyens feux sol-sol et sol-air de la Coalition. D’un volume sensiblement équivalent à celui de Daech, leur valeur combative est toute relative sachant que les combattants kurdes viennent du Nord-Est syrien où ils sont régulièrement pris à partie par les Turcs, alliés des Américains au sein de l’Otan. Ainsi, fin octobre 2018, les FDS ont annoncé la suspension des opérations suite à des frappes turques et il a fallu plusieurs semaines de négociation pour qu’ils reprennent le combat. Le même scénario a failli se répéter mi-décembre et compromettre à nouveau la prise d’Hajin pourtant bien engagée.

Au sol, les traits distinctifs de cette bataille sont assez proches de ceux des batailles de la Première Guerre mondiale : une ligne de front entre combattants où chaque gain de 500 mètres ou 1 kilomètre de territoire représente un succès ; des contre-attaques violentes et répétées de la part d’un ennemi cerné de toute part et qui cherche à desserrer l’étau des FDS ; un emploi massif de l’artillerie, seule capable de délivrer des feux par mauvaises conditions météorologiques et qui, à plusieurs reprises, a sauvé la mise aux FDS violemment prises à partie ; des pertes importantes au regard du volume de combattants (plusieurs centaines au total de part et d’autre).

Sur un plan purement tactique, cette bataille a fait redécouvrir toutes les vertus d’un appui-feu sol-sol (2) alliant effets de saturation par obus explosif et effets de destruction par munition de précision et surtout opérationnel par tout temps.

Ainsi, c’est le 3 décembre 2018 qu’ont été tirés avec succès pour la première fois en opération, les obus antichars à effet dirigé Bonus détruisant une colonne de pickup lancée à l’assaut des lignes de défense FDS.

Dans les airs, la suprématie occidentale est évidemment totale. Comme dans le film de Gavin Hood, Eye in the Sky (3), c’est la quintessence de la haute technologie qui se déploie quasiment sans limite avec l’emploi massif de moyens de surveillance et de renseignement, et d’avions pour observer et frapper. En l’espace de six mois, plusieurs milliers de bombes ont été déversées sur quelques dizaines de kilomètres carrés avec comme résultat principal la destruction des infrastructures.

L’ennemi a-t-il été détruit par ces frappes ? Oui, mais pas autant qu’on a bien voulu le faire croire dans les comptes rendus alignant un BDA (4) impressionnant calculé de façon statistique et non pas par observation visuelle.

L’ennemi a-t-il été atteint dans son moral et sa volonté de combattre ? À l’évidence, non. Il a déployé jusqu’au bout une combativité inébranlable mettant à profit les périodes de mauvaise météo, le préservant de la menace aérienne, pour contre-attaquer violemment et infliger à plusieurs reprises de sérieux revers tactiques aux FDS. La défaite devenue inéluctable, il s’est exfiltré vers des zones refuges pour poursuivre la lutte en mode insurrectionnel ne laissant sur place qu’une poignée de combattants étrangers.

Ainsi, cette bataille illustre à merveille les propos du général Desportes : « Des systèmes d’armes toujours plus performants produisent des résultats toujours plus décevants » (5). Entendons-nous bien. Ils ne sont pas décevants parce que performants mais parce que mal employés ; nous y reviendrons.

Enfin, la bataille d’Hajin dépasse largement le cadre géographique pour s’inscrire plus largement dans le champ infini des perceptions.

Force est de constater que dans ce domaine, Daech a su exploiter le moindre succès tactique pour le valoriser et en faire un succès stratégique. De même, les frappes occidentales et leurs dommages collatéraux réels ou fictifs ont aussi été largement médiatisés avec succès. En effet, à plusieurs reprises, la Coalition trop souvent en réaction sur le champ des perceptions, a dû renoncer à ses frappes face à la pression médiatique. Il y a ici tout un champ de réflexion à explorer et notamment le décalage des perspectives : là où Daech, dans une vision stratégique, s’adresse aux opinions publiques occidentales, la Coalition, outil militaire sans réelle pensée politique, est contrainte de rester au niveau tactique et ne peut exploiter ses succès dans le champ informationnel avec la même réactivité que l’ennemi.

Les limites de la guerre par procuration et de notre approche techno-centrée

La guerre par procuration ou comment perdre la main sur le plan stratégique

En s’en remettant à des proxys pour conduire la bataille au sol, les Occidentaux en ont certes retiré un avantage politique à court terme : celui d’éviter des pertes et un mouvement d’opinion contre leur politique. En revanche, sur le moyen-long terme, ce choix s’est avéré désastreux.

En affirmant que la poche était la Main Battle Area (6) tout en refusant d’y engager des moyens terrestres ou même des hélicoptères d’attaque, les Américains ont laissé planer un doute sur leurs intentions réelles d’en finir rapidement. Il est donc permis de penser que la poche d’Hajin constituait un excellent alibi pour maintenir une présence dans le Nord-Est syrien et surtout prévenir un éventuel délitement trop rapide de la Coalition. Ainsi, au fur et à mesure de la bataille, le discours s’est articulé de la façon suivante : « il faut détruire Daech » vers « oui, Daech est bientôt éliminé en Syrie mais il se reconstitue en Irak et reste tout aussi dangereux », ce qui pose la question de la pertinence de la stratégie suivie depuis des années. Où est le véritable enjeu ? Détruire Daech ou contenir l’Iran ?

Par ailleurs, la conséquence la plus immédiate d’une telle approche est la perte de la maîtrise du temps : l’opération avance au gré de la volonté des proxys et selon leur propre agenda et elle traîne en longueur quelle que soit l’ampleur des moyens consentis. Cela s’appelle un enlisement.

Pour compliquer les choses, est apparue au grand jour la divergence de vues entre Donald Trump et son état-major. Fidèle en cela à une promesse de campagne, le Président des États-Unis a saisi l’occasion de la reprise d’Hajin mi-décembre pour annoncer la victoire sur Daech et le retrait des forces américaines de Syrie montrant ainsi, certes de façon brutale, que c’est bien le tempo politique qui détermine la stratégie et non pas l’inverse.

En refusant d’inscrire dans leur stratégie du Moyen-Orient cette volonté de retrait pourtant annoncée depuis deux ans, l’Administration américaine et les états-majors se sont mis d’eux-mêmes en porte à faux. Bousculés par le décideur politique d’un côté, ayant perdu la main sur le tempo des opérations au sol de l’autre, c’est-à-dire privés de toute marge de manœuvres, la seule réaction a été d’intensifier les frappes aériennes et donc d’augmenter encore le nombre de destructions. Hajin a subi le même sort que Mossoul et Raqqa : une destruction quasi complète.

Ainsi, cette victoire tactique, par la façon dont elle a été acquise, a compromis l’avenir de cette province sans ouvrir de perspectives stratégiques intéressantes pour la Coalition.

L’avenir du Nord-Est syrien est plus que jamais incertain et Daech, s’il a perdu son territoire, ne semble pas atteint dans sa volonté de continuer la lutte.

La leçon est la suivante : il n’y a pas de stratégie et donc de victoire durable sans liberté de manœuvre. Celle-ci est au croisement du politique et du militaire.

Le stratège doit impérativement inscrire son action dans une politique et doit garder la main sur les opérations dans tous les domaines, y compris les opérations terrestres s’il veut être en mesure de présenter plusieurs options stratégiques au décideur politique. Il n’y a pas d’autres solutions possibles.

 

L’approche techno-centrée ou l’illusion de la puissance

En s’en remettant principalement à des moyens air inopérants sur un plan tactique lorsque les conditions météo se dégradent et aux forces spéciales, la Coalition a perdu beaucoup de temps, d’énergie et de crédibilité, Daech ayant beau jeu de se vanter d’avoir tenu en échec la première puissance mondiale pendant des mois.

Il faut être rentré dans une Strike Cell (7) par temps couvert pour comprendre toutes les limites de notre approche techno-centrée. En effet, en cas de pluie, de brouillard, de nuages, les écrans deviennent noirs, les gens jouent aux cartes ou regardent un film : la guerre s’arrête pour eux en attendant la prochaine fenêtre météo. Lors des violentes contre-attaques de Daech en octobre 2018 et le repli des FDS, le premier constat d’un officier général a été de dire : « C’est à cause de la météo, nous n’avions plus l’appui aérien. » Sous-entendu, Daech ne respecte pas les règles du jeu, il attaque par mauvais temps !

Non, nous n’avons pas été tenus en échec par la météo mais par notre refus de nous adapter à notre ennemi et au réel. La guerre par procuration, c’est-à-dire ce refus d’engager des troupes au sol aptes au combat pour s’en remettre uniquement aux forces spéciales et à l’arme aérienne est l’un des facteurs principaux de nos échecs actuels. Les forces spéciales sont faites… pour les opérations spéciales et non le combat conventionnel en zone urbaine ou désertique.

Encore une fois, ne nous y trompons pas, il ne s’agit nullement ici de critiquer l’apport indispensable aux opérations que constitue l’arme aérienne ou les forces spéciales mais de rappeler que c’est une erreur que de s’en remettre uniquement à elles pour gagner une bataille. Ce concept ultra-technologique conçu pour réduire le format des troupes conventionnelles et séduire le politique en lui faisant croire qu’on peut faire mieux avec moins est un leurre séduisant mais un leurre quand même.

Alors que fallait-il faire ?

La réponse est simple : comprendre que si la bataille se gagne au niveau tactique – adaptation au terrain et à l’ennemi – la guerre se gagne au niveau stratégique et politique, et qu’elle est une dialectique des volontés et non une éradication « des méchants » impossible à réaliser.

En l’occurrence, il fallait resituer la bataille d’Hajin dans un cadre plus global : celui d’empêcher Daech de se reconstituer d’une part et de préserver l’avenir de la moyenne vallée de l’Euphrate en évitant des destructions inutiles d’autre part.

Au niveau tactique, une bataille se gagne en disposant les moyens adéquats au bon endroit et au bon moment (principe d’économie des forces et de concentration des efforts) pour créer un rapport de force favorable. Ainsi, tout en s’appuyant sur les FDS, il fallait, en sus des moyens d’appui-feux, engager a minima un groupement tactique interarmes motorisé capable de s’emparer rapidement de la poche d’Hajin en limitant autant que faire se peut la destruction des infrastructures.

En effet, une bataille ne se résume pas à détruire des cibles comme au champ de foire. C’est la combinaison de la manœuvre et du feu qui permet de disloquer le dispositif ennemi et de le mettre dans l’impossibilité de poursuivre la bataille par la conquête des points clés du terrain, et de ses moyens de commandement et logistique. La prise d’Hajin, en décembre, en est l’illustration tardive : l’ennemi, ayant perdu son centre de commandement, n’a plus été en mesure d’opposer une résistance coordonnée par la suite.

Enfin, la bataille doit être menée en temps imminent dans le champ informationnel, c’est-à-dire avec un temps d’avance. Est cru par le plus grand nombre ce qui est affirmé en premier : c’est une loi immuable dont il faut tenir compte.

Une plus grande réactivité aurait été nécessaire pour valoriser nos succès et disqualifier le comportement de l’adversaire quitte à assumer, et non pas justifier après coup, les dommages collatéraux.

L’évocation de la bataille dans le champ des influences nous permet de faire la transition avec les parties hautes de la guerre, la stratégie et la politique.

Au lieu de se focaliser de façon excessive sur la poche d’Hajin, la Coalition aurait dû l’intégrer dans une approche stratégique et ainsi découper son espace de bataille non pas en fonction de ses structures internes (répartition entre commandement des forces spéciales en Syrie et commandement conventionnel en Irak) mais en fonction de l’espace de bataille ennemi allant de Kirkuk au Nord-Est de l’Irak au désert d’Al-Anbar à l’Ouest, en passant par Hajin et Al-Qaïm.

Seule une vue globale du problème aurait permis d’ébaucher une stratégie globale et d’éviter le constat amer de voir Daech resurgir là où on l’a chassé il y a deux ans. Seule une stratégie globale laissant entrevoir une résolution politique durable aurait permis au politique de comprendre la nécessité du temps long au lieu de brusquer les choses pour sortir de ce qui s’apparente à une impasse et un échec.

Il faut donc rappeler avec le général Desportes que la victoire militaire doit toujours être pensée au prisme de son objectif politique et qu’elle ne peut se passer d’un engagement au contact : « La guerre à distance est un leurre : elle produit un effet militaire mais pas d’effet politique. La “projection de puissance”, c’est-à-dire la projection de destruction, sans “projection de forces”, de soldats sur le terrain ne fonctionne pas ; elle détruit sans maîtriser la reconstruction et crée le chaos. Il y a une vraie illusion de l’efficience aérienne : certes, elle permet quelques économies initiales mais elle ne conduit jamais au résultat espéré. À la fin des fins, il est toujours nécessaire, d’une manière ou d’une autre, de contrôler l’espace. » (8)

Conclusion

Oui, la bataille d’Hajin a été gagnée, au moins sur le terrain mais en refusant l’engagement au sol, nous avons prolongé inutilement le conflit et donc contribué à augmenter le nombre de victimes au sein de la population. Nous avons détruit massivement les infrastructures et donné à la population une détestable image de ce que peut être une libération à l’occidentale laissant derrière nous les germes d’une résurgence prochaine d’un nouvel adversaire. Nous n’avons en aucune façon gagné la guerre faute d’une politique réaliste et persévérante et d’une stratégie adéquate.

Combien d’Hajin faudra-t-il pour comprendre que nous faisons fausse route ?

Source : Revue Défense Nationale n° 817 – Février 2019

*Colonel. Chef de corps du 68e régiment d’artillerie d’Afrique. Commandant la Task Force Wagram au Levant d’octobre 2018 à février 2019. Auteur de Si tu veux la paix prépare la guerre aux Éditions Via Romana.

Notes

(1) Operation Inherent Resolve (OIR) : coalition dirigée par les Américains.

(2) Il faut également souligner l’emploi massif par Daech de roquettes et de mortiers allant parfois à des consommations de 100 munitions par jour.

(3) Sorti en 2016 : montre les ambiguïtés politico-juridiques d’une prise de décision d’une frappe aérienne.

(4) Battle Damage Assessment : estimation des pertes ennemies.

(5) Vincent Desportes : « Leçons d’aujourd’hui pour les guerres de demain », Le Casoar n° 231, p 19.

(6) L’espace de bataille prioritaire.

(7) Centre d’opérations couvert d’écrans permettant une recopie des images fournies par les drones ou les avions. C’est à partir de là que s’effectuent les frappes aériennes et les tirs d’artillerie d’où son nom de Strike Cell.

(8) Vincent Desportes : « Leçons d’aujourd’hui pour les guerres de demain », op. cit.

Courriel de l’auteur : frlegrier@gmail.com

Pour aller plus loin :

Michel Goya : Un article remarquable !

Je remercie le cabinet de madame la ministre des Armées d’avoir attiré mon attention sur cet excellent article en voulant s’en prendre à son auteur.

Dans le dernier numéro de la Revue Défense Nationale, le colonel François-Régis Légrier signe un excellent article dans la rubrique Opinions (rappelez-vous, cet espace nécessaire où on peut s’exprimer librement sans engager aucune institution !). Cet article disponible ici (p. 65), est intitulé : La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ? Il s’agit peut-être, assez loin des éléments de langage habituels, de l’exposé le plus clair fait de la manière dont nous faisons la guerre sur ce théâtre d’opérations, avec ses points forts mais aussi ses grandes limites.

À la frontière entre l’Irak et la Syrie Hajin était la dernière localité tenue par l’État islamique. Sa prise constitue donc de fait la fin de l’ennemi en tant que territoire, mais certainement pas en tant qu’organisation. Le colonel Légrier, qui commandait le groupement d’artillerie français sur place, a été aux premières loges de cette victoire. Son analyse et son témoignage n’en ont que plus de valeur.

L’auteur part d’une interrogation simple : comment un point tenu par 2 000 combattants équipés légèrement armés a-t-il pu tenir pendant cinq mois face à une telle coalition de forces ? Rappelons juste que si on fait le total des ressources des nations engagées dans la lutte contre l’État islamique, en termes de centaines de milliards d’euros de budget, de dizaines de milliers d’avions de combat, d’hélicoptères, de canons, de chars, de millions de soldats, on obtient la plus grande puissance militaire de toute l’histoire de l’humanité. Comment donc cette puissance colossale ne parvient-elle pas à écraser en quelques jours, sinon en quelques heures, 2 000 hommes équipés de Kalashnikovs ? La réponse est évidente : parce que cette coalition refuse de faire prendre des risques à ses propres soldats.

En novembre 2015, le président de la République s’engageait solennellement à « mettre en œuvre tous les moyens afin de détruire l’armée des fanatiques qui avait commis cela [les attaques du 13]. Il mentait (c’est ici moi qui m’exprime). Le « tous les moyens » a consisté dans l’immédiat à augmenter le nombre de frappes aérienne (qui dans l’urgence du besoin de montrer avaient surtout frappé du sable) et à l’envoi du groupement d’artillerie évoqué plus haut (et au passage, pourquoi avoir attendu plus d’un an pour le faire ?). C’était donc là « tous les moyens » dont disposait la France ?

La description politique de cette guerre contre l’État islamique (oui, l’« État islamique » et non Daesh, terme devenu étrangement obligatoire dans le langage officiel) est un village Potemkine, mais c’est un village Potemkine transparent. Nous voyons bien en réalité que nous ne combattons pas vraiment l’ennemi, que nous préférons montrer nos soldats dans les rues de Paris plutôt que de les envoyer sur l’ennemi, ce qui est normalement leur raison d’être ; que nous préférons conseiller et bombarder, ce qui nous place dans la dépendance des Américains, les seuls à pouvoir frapper de loin en grande quantité ; que nous préférons que ce soient les autres qui se battent plutôt que nous, ce qui là encore nous rend dépendants de leurs propres agendas.

Tactiquement, tout cela est d’une grande stérilité quand ce n’est pas négatif. Quand des puissants mettent des mois pour vaincre une poignée de combattants, qui sont symboliquement les vainqueurs ? L’État islamique n’est pas mort avec la chute d’Hajin, et les symboles vont demeurer. Quand on détruit Mossoul, Raqqa et Hajin, « pour les sauver » selon les mots d’un colonel américain au Vietnam, a-t-on vraiment fait progresser la cause des vainqueurs ? Car bien entendu ces ravages ne sont pas neutres, le refus de prendre des risques importants pour les soldats, relatif pour les Irakiens ou les FDS qui y vont quand même, mais presque total pour nous, implique un transfert vers les civils. Malgré toutes les précautions prises, le « zéro mort » pour nous implique « beaucoup de morts » parmi la population civile locale, le bassin de recrutement de nos ennemis.

Au bout du compte, on ne peut s’empêcher, comme l’auteur, de se poser cette question : pourquoi entretenir une armée que l’on n’ose pas engager contre l’ennemi le plus dangereux que nous ayons ? Nous l’avons bien fait en 2013 au Mali. Si Hajin était un objectif aussi important, et il l’était au moins symboliquement, pourquoi, comme le demande l’auteur avec une certaine évidence, ne pas avoir envoyé un groupement tactique interarmes (GTIA) s’en emparer ? L’affaire aurait été réglée infiniment plus vite et avec moins de dégâts locaux. Il ne nous a fallu que quelques semaines pour détruire sur l’ensemble du nord Mali les bases d’un ennemi du même volume supérieur à l’EI à Hajin. Nous avons à l’époque accepté d’avoir sept morts au combat. Est-ce la peur d’un enlisement ? Soyons sérieux. Si le politique le décide, un ou quatre GTIA, comme au Mali, peuvent se dégager aussi vite qu’on les engage. Ce n’est pas un problème technique, c’est juste une décision politique.

J’ai tendance à considérer, comme l’auteur, que c’est à nous de mener nos combats. En Irak et en Syrie, nous avons suivi les Américains et leur manière. Ce n’était pas forcément une bonne idée, ce qui était assez clair très rapidement. Maintenant la guerre n’est pas terminée, tant s’en faut. Il est plus que temps d’avoir une vision stratégique et une action autonomes, et ne pas se contenter de dire que nous faisons des choses formidables alors que nous imitons à petite échelle des manières discutables et d’annoncer régulièrement des dates de victoire finale toujours démenties (la dernière était…février 2018), preuve que nous ne maitrisons pas grand-chose.

On me dit que l’article du colonel Légrier n’est plus disponible à la vente depuis hier sur le site de la RDN et je ne le vois plus dans le sommaire de la revue en ligne. Je n’ose imaginer une seule seconde qu’une expression intelligente et soucieuse de l’efficacité des armes de la France puisse faire l’objet d’une quelconque censure, du cabinet ministériel par exemple. Je n’ose imaginer que l’on revienne à ces sottes pratiques qui dans le passé ont toujours constitué le prélude à de grandes déconvenues. Je conseille donc encore plus la lecture de cet exemplaire et sa diffusion. Plus le cabinet, qui n’a visiblement jamais entendu parler de l’effet Streisand, s’opposera à sa diffusion et plus j’en ferai la publicité.

Colonel François-Régis Légrier, La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ? Revue Défense Nationale n° 817 – Février 2019

 

Le colonel Légrier est aussi l’auteur de Si tu veux la paix, prépare la guerre. Essai sur la guerre juste, aux éditions Via Romana (2018).

Mots clés : Hajin, coalition, Irak, Syrie, Daech.

http://www.afrique-asie.fr/la-bataille-dhajin-victoire-tactique-defaite-strategique/

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Syrie : une attaque à l’explosif passée sous silence a bien visé le QG du renseignement militaire francais à Raqqa

Syrie : une attaque à l’explosif passée sous silence a bien visé le QG du renseignement militaire francais à Raqqa

Malgré un blackout total sur l’information et la censure militaire, un membre dirigeant l’instance politico-administrative des kurdes de Syrie a confirmé hier une attaque à la bombe ayant pris pour cible, mardi 12 février 2019, le quartier général du renseignement militaire français ainsi qu’une antenne de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) dans la ville de Raqqa en l’attribuant à Daech.

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Des informations contradictoires diffèrent sur le vecteur de cette attaque à l’explosif mais toutes soulignent l’extrême précision des renseignements sur la base française à la disposition des assaillants.

Certaines sources locales évoquent une motocyclette piégée appartenant à un courrier qui aurait explosé près d’un dépôt d’armes et de munitions.

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L’explosion, entendue à des kilomètres à la ronde et ressentie jusqu’aux postes avancés US, a détruit l’ensemble du bâtiment occupé par les services francais. Des forces des FDS ont accouru sur les lieux pour secourir les blessés.

Des forces US auraient sécurisé le périmètre de l’attaque et bloqué les accès à ce qui reste du complexe.

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Des témoins oculaires évoquent des dizaines de morts et de blessés, notamment parmi les gardes kurdes du QG français.

Côté français c’est le silence total et il semble que Paris ait tiré des leçons supplémentaires sur la censure militaire-particulièrement lourde et sévère en France,  dans un théâtre d’opérations de l’attaque particulièrement meurtrière ayant visé ses forces à Sévaré et à Tombouctou, au centre et au nord du Mali en 2018.

Nous détenons des indications précises sur la nature et les modalités du lobbying acharné et des pressions menés par des services gouvernementaux et des sous-traitants privés pour réduire l’impact sinon bloquer en amont certaines informations auprès des grands médias et même sur des plates-formes de patages de vidéos pour adultes comme cela est arrivé récemment pour le compte d’un pays très proche de Paris ayant subi une attaque terroriste horrible en termes d’image. L’Agence France Press joue un certain rôle dans le tri et la rétention de certaines informations à la requête du gouvernement et sous le prétexte de menace à la sécurité nationale ou aux intérêts stratégiques des grands groupes industriels.

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Enfin, cette attaque intervenue au milieu d’une offensive des FDS soutenus par la coalition internationale visant ce que les médias qualifient la dernière poche de Daech au Nord-Est de la Syrie se veut une réponse à l’appui militaire français grandissant aux FDS et autres groupes armés dans la région. Des unités d’artillerie françaises sont déployées en Irak près des frontières syriennes du côté d’Al-Qaïm, d’où elles pilonnent les positions que les forces kurdes veulent prendre d’assaut.
Outre l’artillerie, des Mirages 2000D français stationnées au Nord de la Jordanie et probablement en Irak, mènent des raids aériens dans la vallée de l’Euphrate et dans le désert de Deir Ezzor.

Cependant, des informations fiables venant du terrain indiquent que l’offensive en cours contre ce prétendu résidu de Daech piétine et se heurte à des difficultés croissantes.

Le départ ou plus exactement le redéploiement des forces US de Syrie en Irak représente un véritable casse-tête pour le gouvernement de Paris et l’ensemble des réseaux souterrains et mafieux de ce que l’on pourrait qualifier d’État profond français qui s’acharnent non seulement à saboter toute initiative de paix en Syrie mais à faire perdurer le conflit en créant de nouveaux clivages tout en continuant à soutenir la rébellion. Il devient évident que pour Paris, ce n’est plus une question de soutien inconditionnel à Israël ou celui, intéressé, au Qatar mais une tentative désespérée de ne pas perde la face et permettre à Bashar Al-Assad de narguer encore une fois l’État profond français.

Syrie : une attaque à l’explosif passée sous silence a bien visé le QG du renseignement militaire francais à Raqqa

Selon l’ambassadeur de France en Russie, le retrait français de Syrie est «en cours d’examen»

Selon l’ambassadeur de France en Russie, le retrait français de Syrie est «en cours d’examen»

Selon l'ambassadeur de France en Russie, le retrait français de Syrie est «en cours d'examen»© Aboud Hamam Source: Reuters
Un drapeau français sur un véhicule militaire à Manbij, en Syrie, le 12 mai 2018 (image d’illustration).
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L’ambassadeur de France en Russie, Sylvie Bermann, est revenue dans un entretien pour Sputnik sur la situation en Syrie. Elle a notamment expliqué que la France examinait son maintien dans le pays et que Daesh n’était «pas complètement éliminé».

Le 12 février, Sylvie Bermann, ambassadeur de France en Russie, a précisé la politique française en Syrie sur le média russe Sputnik. Elle a d’abord rappelé que le sommet sur la Syrie d’octobre – réunissant les dirigeants de la Russie, de la France, de l’Allemagne et de la Turquie – avait été suivi «d’une déclaration précise sur l’ensemble des sujets : la mise en place du comité constitutionnel, les conditions du rapatriement des réfugiés sur une base volontaire et dans des conditions de sécurité, et une reconstruction qui sera possible quand le processus politique sera engagé».

Elle a également affirmé que «les présidents Poutine et Macron continu[aient] à avoir un dialogue sur la Syrie», dont un dernièrement en janvier.

Il est important d’avoir un processus de transition politique

Alors que la France et la Russie ont effectué une opération humanitaire conjointe l’été dernier, l’ambassadeur estime néanmoins que les opérations de reconstruction «ne peuvent pas [se] faire dans le contexte actuel». Sylvie Bermann insiste : «Il est important d’avoir un processus de transition politique» pour les réaliser.

Sur le sujet du retrait américain en Syrie, elle se dit «comme tout le monde surpris[e] de l’annonce américaine». Cependant, elle assure être rassurée par le fait qu’il s’agira d’un retrait «ordonné», étant donné que Daesh «n’est pas complètement éliminé» sur le sol syrien. Ne croyant pas «que la Syrie soit complètement libérée des terroristes», Sylvie Bermann précise qu’un autre sujet se doit d’être traité : celui des prisonniers. Ainsi, à la question de savoir si la France restera en Syrie, elle répond : «Pour le moment, c’est en cours d’examen.»

Lire aussi : La Syrie s’insurge contre des frappes de la coalition qui auraient tué des dizaines de civils

https://francais.rt.com/international/59047-selon-ambassadeur-france-russie-retrait-francais-de-syrie-est-en-cours-examen

Damas ordonne le boycott total des produits turcs

Damas ordonne le boycott total des produits turcs

La Syrie mène une campagne de boycott des produits turcs massivement  importés via l’enclave rebelle d’Idleb et d’Irak.

Les médias syriens multiplient les films de sensibilisation à cet égard. Le message principal vehiculé est qu’un produit turc acheté équivaut à un obus ennemi garanti.

La Turquie, un des pays les plus importants de l’Alliance Atlantique est un allié du Qatar et de la France, deux pays obsédés par un changement de régime en Syrie.

Damas ordonne le boycott total des produits turcs

La Russie ne veut pas que l’Iran « supprime le régime sioniste de la carte politique »

La Russie ne veut pas que l’Iran « supprime le régime sioniste de la carte politique »


Par Andrew Korybko – Le 4 février 2019 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoLe général de Brigade, Hossein Salami, second personnage du Corps des gardiens de la révolution iranien, a déclaré sur le ton de la confiance : « Nous annonçons que si Israël engage une quelconque action débouchant sur une guerre contre nous, cela amènera à son élimination définitive et à la libération des territoires occupés. La stratégie de l’Iran est de supprimer le régime sioniste de la carte politique, et que les Israéliens eux-mêmes prennent part à ce plan de par leurs activités criminelles ».

Le général de Brigade Hossein Salami

Il s’agissait évidemment d’une réponse aux dernières frappes israéliennes lancées contre les positions supposées du groupe paramilitaire en Syrie, et à la promesse de Netanyahou de faire tout le nécessaire pour forcer leur retrait de la République arabe. Il s’agissait bien entendu également d’une répétition des propos mal traduits (mais fortement diffusés) de l’ancien président iranien Ahmadinejad au milieu des années 2000, s’étant alors agi – dans l’interprétation de travers que les médias dominants propagèrent – « éradiquer Israël de la carte ».

Le lecteur devrait avoir à l’esprit la remarque de Poutine lors d’une interview pour RT qu’il donna en 2013, lorsqu’il déclara qu’« il n’est pas si important qu’il s’agisse d’une citation exacte ou non. Retenons-en qu’il vaut mieux éviter des propos qui peuvent être mal cités ou interprétés de plusieurs manières. C’est pour cela que le focus sur l’Iran n’est pas fait sans raison ». La Russie est donc fermement opposée à la position officielle de l’Iran de mener un changement de régime contre les alliés de Moscou à Tel Aviv. Sergey Ryabkov, adjoint au Ministre des affaires étrangères, lors d’une interview sur CNN la semaine dernière, a pris ses distances avec la notion très médiatisée qui veut que la Russie soit également « alliée » de Téhéran. En réponse à une question qui s’enquérait de savoir si la Russie et l’Iran étaient alliés en Syrie, il a secoué la tête et déclaré de manière univoque : « Ce ne sont pas les mots que j’emploierais pour décrire ce que nous sommes avec l’Iran. Nous ne sous-estimons en aucune manière l’importance des mesures qui pourraient garantir une très grande sécurité à l’État d’Israël ».

Considérés ensemble, les propos du président Poutine et de l’adjoint au Ministre des affaires étrangères Ryabkov portent la politique d’État officielle, catégoriquement opposée aux intentions de changement de régime portées par l’Iran en Israël. Clarification est également faite qu’aucune alliance n’est nouée entre les deux grandes puissances, malgré leur coopération pragmatique anti-terroriste en Syrie. Il s’agit d’un signal pour Israël : la Russie n’accourra pas au secours de l’Iran dès que l’« État juif » auto-proclamé bombardera ses positions supposées en Syrie, considérées par Tel Aviv comme une menace à sa propre existence. Mais la Russie tâchera de jouer les intermédiaires et de parvenir à une « compréhension » entre les deux, comme elle l’a fait l’été dernier, en encourageant l’Iran à reculer de 140 kilomètres du plateau du Golan occupé. Tout le monde aura ici compris que l’armée russe ne s’engagera en faveur d’aucune des parties si elles en viennent aux coups.

Mais cela risque ce ne pas arriver de sitôt, les déclarations iraniennes ne constituant rien de plus qu’une ré-affirmation idéologique de sa position déjà exposée, en réponse à la rhétorique pré-électorale de Netanyahou contre le rôle du Corps des gardiens de la révolution iranienne en Syrie ces dernières semaines, et non à la soi-disant « menace » qu’il plaît à certains de décrire. Si les mots en soi sont effectivement menaçants à l’égard de la sécurité d’Israël, ces mots ne suffisent pas en soi à établir la volonté d’action imminente de la part de l’Iran – si tel était le cas, ces actions auraient déjà été lancées. La déclaration du Corps des gardiens de la révolution s’apparente plutôt à une action de se frapper le thorax, pour rallier ses alliés en Syrie contre les dernières attaques subies là-bas par Israël, et pas le début d’une guerre conventionnelle entre l’Iran et Israël.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 1er février 2019.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-russie-ne-veut-pas-que-liran-supprime-le-regime-sioniste-de-la-carte-politique

 

[Geopoly/LCDR] – « Engagement français en Syrie : Le coup de sifflet américain », par Caroline Galactéros

[Geopoly/LCDR] – « Engagement français en Syrie : Le coup de sifflet américain », par Caroline Galactéros – 15/01/2019

On est loin d’un renoncement de Washington à compter au Moyen-Orient, où stationnent tout de même encore plusieurs dizaines de milliers de soldats américains. Toutefois, le retrait partiel récemment annoncé des forces américaines présentes en Syrie, qu’il se concrétise ou non, place la France en grande difficulté politique et militaire. Il est vrai que ce n’est pas notre action militaire qui pourra ‒ demain plus qu’hier ‒ faire militairement bouger les lignes en défaveur d’un pouvoir syrien travaillant à consolider la reprise de contrôle d’une frange croissante de son territoire. Il est vrai aussi que l’intrication opérationnelle de notre dispositif militaire avec celui de notre Grand Allié rend notre maintien en Syrie d’autant plus difficile, sans son appui logistique, qu’on ne nous y a nullement invités et que nous y sommes parfaitement hors la loi, en contravention ouverte à la Charte des Nations unies, au sein d’une « coalition internationale » sui generis intervenant, hormis pour réduire l’emprise de Daech, pour des motivations discutables et discutées.

« En même temps », partir au coup de sifflet américain manifesterait encore plus clairement notre position d’exécutant devenu accessoire d’une volonté américaine fluctuante, qui a si peu de considération pour ses supplétifs qu’elle n’a pas même pris la peine de prévenir Paris de cette désolidarisation soudaine. L’humiliation serait définitive et double, infligée par nos alliés et face à ceux que nous considérons, dans un mimétisme inquiétant, comme nos adversaires, presque comme des ennemis.

C’est face à ce piège que les sommets d’inanité et d’incohérence d’une politique étrangère française inaudible et incompréhensible s’imposent tel un totem diabolique à déconstruire d’urgence en retrouvant le sens des responsabilités et de l’intérêt national.

Le problème est qu’à Paris, après pourtant plus de trois ans de démenti cinglant de nos prémisses iniques, on ne veut toujours pas regarder la réalité en face. On préfère toujours la guerre à la paix, même si l’on prétend bruyamment le contraire. On ne voit pas l’intérêt de prendre acte de la victoire de la souveraineté syrienne sur les efforts ligués de l’Occident entier et de ses proxies arabes (à moins que ce ne soit l’inverse). Ni comprendre qu’il est de notre intérêt, toute honte bue et dans un éclair d’éthique et de lucidité, pour la sauvegarde du peuple syrien précisément ‒ dont nous prétendons avoir le souci ‒ de protéger enfin le fragile équilibre ethnique et confessionnel abîmé par sept ans de conflit mais toujours en vie, et de faciliter une solution politique réaliste et non dogmatique ; même, et surtout, si l’on a voulu le mettre à bas avec une confondante légèreté dès 2011, en favorisant la déstabilisation du régime et l’infestation du territoire syrien par une engeance islamiste qui est pourtant le terreau symbolique et concret d’une terreur domestique toujours en embuscade.

Un membre des forces antiterroristes irakiennes dans la partie ouest de Mossoul, le 15 mai 2017. REUTERS / Danish Siddiqui
UN MEMBRE DES FORCES ANTITERRORISTES IRAKIENNES DANS LA PARTIE OUEST DE MOSSOUL, LE 15 MAI 2017. REUTERS / DANISH SIDDIQUI

Pourquoi, alors, persistons-nous à vouer aux gémonies un pouvoir syrien certes poussé à une résistance violente, quand, désormais, certaines puissances arabes sunnites elles-mêmes, tels les Émirats arabes unis, l’Égypte, le Soudan ou la Jordanie (sans parler du Qatar) prennent le chemin de Damas comme on va à Canossa, dans un tournant réaliste assumé, préférant glaner quelques retombées dans un règlement politique qui leur sera probablement globalement défavorable plutôt que de s’enferrer dans une marginalisation régionale dangereuse ? Pour ne pas nous dédire ? L’entêtement dans l’erreur est bien pire que l’aveu. Et l’ignorance doublée d’une vanité indécrottable devient impardonnable. Perseverare diabolicum est.

Encore quelques mois de ce sur-place diplomatique incompréhensible et nous aurons définitivement raté une dernière opportunité ‒ précisément parce que nous sommes encore militairement en Syrie, à tort ou à raison, parce que nous en sommes l’ex-puissance mandataire, parce que nos relations avec le Liban et la Jordanie sont encore bonnes ‒ de raccrocher les wagons d’un processus de règlement politique très délicat et dangereux, où nous pourrions, certes à la marge, avoir un rôle d’apaisement et de médiation précieux… non pas entre Syriens et Américains, mais entre Moscou et Washington.

On me rétorquera que je rêve éveillée, que c’est fini pour nous, que nous avons méthodiquement gâché toutes nos cartes, que Damas ne veut plus entendre parler de ces Français qui donnent des leçons de morale et soutiennent l’ennemi, que Moscou n’a aucunement besoin de nous pour parler à Washington, même avec John Bolton pour savonner la planche du président Trump, lequel, une fois encore, vient d’être contredit de l’intérieur alors qu’il prenait une décision pourtant pragmatique et réaliste.

Les dernières déclarations du chef du conseil de sécurité nationale (NSC) et du secrétaire d’État Mike Pompeo sont, en effet, tout sauf rassurantes pour la paix de la région. L’un et l’autre désavouent publiquement, sans vergogne, le président. Leur duo ultraviolent sur les thèmes de l’Iran, bientôt bouté hors de Syrie, et d’une Amérique ayant réduit l’abcès Daech et dont le départ signifierait le chaos, peut paraître délirant tant il est hors-sol. Il traduit néanmoins une dangereuse obsession et incarne la capacité de nuisance à la paix de l’État profond américain ‒ plus mobilisé que jamais pour faire vivre ses juteuses utopies conspirationnistes ‒ et la puissance des réseaux néoconservateurs qui environnent fermement le président trublion et feront tout pour que rien ne change jamais dans la politique américaine.

Donald Trump a pourtant bien compris que les jeux étaient faits en Syrie et que Moscou avait remporté la partie. Le président estime en conséquence possible de se retirer du théâtre syrien pour éviter que ne se consolide l’axe Moscou-Téhéran-Ankara-Doha. Les Kurdes en seront pour leurs frais et leurs espoirs, il les abandonne en effet à la fureur d’Ankara après s’en être amplement servi. C’est le sort des proxies quand la roue tourne. Mutatis mutandis, c’est d’ailleurs un peu le nôtre… Les malheureux Kurdes demandent désormais de l’aide à Damas et Moscou. Au-delà de ces péripéties montées en épingle, ce que l’on refuse de voir, au Moyen-Orient comme face à la Chine, c’est que la Russie est encore (depuis toujours en fait) un rempart sécuritaire et culturel pour l’Occident ; car Pékin aussi, à sa manière discrète mais déterminée, place des hommes, des conseilleurs, des facilitateurs dans cette zone, dans la perspective d’un immense et permanent marchandage de zones d’influence et d’une confrontation tous azimuts avec l’autre empire en déclin.

Les Européens sont furieux de devoir admettre ce rôle protecteur multiséculaire de la Russie et refusent d’en tirer les conséquences. Ils préfèrent consentir à la division interne, au suicide collectif et au double dépècement qui les attend à coup sûr, lorsque Américains et Chinois se partageront leurs dépouilles. Ils ferment courageusement les yeux pour ne pas voir la bascule du monde qui s’accélère et dont le rêve européen, malmené par l’irénisme de ses dirigeants, sera le principal dommage collatéral. Rien n’est encore perdu, pourtant ! L’on vient d’apprendre que Moscou avait acheté, il y a six mois, le quart des réserves mondiales de yuans, en déplaçant plus de cent milliards de dollars vers cette monnaie mais aussi vers le yen et…l’euro ! La Russie traduit en actes sonnants et trébuchants sa double nature européenne et asiatique, et prend ses paris sur l’évolution des rapports de force mondiaux. Qu’attendons-nous pour lever les sanctions qui la frappent et pénalisent durement l’économie européenne sous le prétexte d’une hostilité entretenue artificiellement et nourrie par le discours américain ? Se tromper d’ennemi peut s’expliquer pour Washington. Mais pour l’Europe, et plus encore pour la France dans sa quête d’une préséance continentale, c’est une faute politique, stratégique et culturelle grave.

Source : https://www.lecourrierderussie.com/opinions/2019/01/engagement-francais-en-syrie-le-coup-de-sifflet-americain/

http://geopragma.fr/index.php/2019/01/17/geopoly-lcdr-engagement-francais-en-syrie-le-coup-de-sifflet-americain-par-caroline-galacteros-15-01-2019/

Prévisions 2019 pour le Moyen-Orient

Prévisions 2019 pour le Moyen-Orient


Par Andrew Korybko – Le 31 décembre 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybko

Dans la même dynamique qu’observée au cours des dernières années, la situation géopolitique du Moyen-Orient a connu de profonds changements au cours des 12 derniers mois. Par ordre d’importance, la région a connu le retour de sanctions unilatéralement imposées par les USA envers l’Iran ; les processus de paix en Syrie et au Yémen ont connu des progrès, encore superficiels, mais prometteurs ; la fracture régionale entre d’une part la Turquie et le Qatar et d’autre part l’Arabie saoudite et Israël a continué de croître ; et l’influence de la Russie, agissant comme force d’équilibre et de stabilité, s’est encore accrue. Nous allons à présent passer en revue l’influence que chacun de ces développements exercera sur la situation régionale au cours de l’année 2019.

Le théâtre romain de Palmyre, en Syrie

La situation en Iran risque de basculer vers une instabilité socio-économique prononcée si les USA n’étendent pas les dispenses de sanctions déjà accordées, et si les partenaires internationaux de la République Islamique freinent leurs échanges commerciaux avec ce pays via des canaux alternatifs, par peur de voir leurs entreprises subir des « sanctions subsidiaires » étasuniennes en répercussion. Ceci dit, l’Iran dispose déjà d’une solide expérience de survie aux sanctions économiques les plus sévères du monde, et pourrait de ce fait éviter une crise politique. Le point à surveiller est de voir si le pays décide de réorienter sa stratégie d’Asie de l’Ouest vers l’Asie centrale, et l’Asie du Sud-Est en réponse à ces pressions : un tel repositionnement géopolitique peut se produire très rapidement, si le pays considère que son influence au Machrek a atteint son apogée.

Cette refonte stratégique pourrait constituer l’un des ingrédients du processus de paix en Syrie, lui-même hautement simplifié par le projet de retrait étasunien, prévu dans les premiers mois de 2019. On pourrait voir la Russie « encourager » l’Iran à opérer un « retrait planifié », avec les honneurs, comme prochaine mesure de détente, ce qui constituerait un pari selon lequel il serait préférable de voir Israël reprendre ses bombardements sur les positions syriennes du Corps des gardiens de la révolution et du Hezbollah. Quant au Nord-Est de la Syrie, on ne saurait dire pour l’instant s’il va subir une occupation turque sur la durée, ou si des groupes « rebelles » soutenus par la Turquie vont y prendre position ; dans les deux cas, une solution politique « décentralisée » à définir reste sans doute inévitable, ce qui compliquerait la vie de l’Iran si le pays voulait maintenir une présence militaire en Syrie.

Si nos regards se portent au delà du Levant, vers la péninsule Arabique, le Yémen présente également des signes qui pourraient laisser présager un processus de paix, mais de manière bien plus lente qu’en Syrie : il s’agit d’un processus qui vient de commencer fin 2018. À l’instar de la République arabe, une solution politique « décentralisée » pourrait se voir mise en œuvre pour assurer la souveraineté régionale regagnée ces derniers temps par la région du Sud-Yémen, et afin de laisser s’auto-administrer dans une certaine mesure les Houthis du Nord-Yémen. Une telle sortie de crise aurait moins d’impact sur l’Iran que sur l’Arabie Saoudite, mais cette dernière semble avoir épuisé tant sa volonté politique et sa puissance de feu militaire que ses ressources financières, et se montrera sans doute disposée à adopter ce type de compromis (possiblement facilité par la Russie).

Pour ce qui concerne l’Arabie saoudite, elle travaille en tandem avec Israël, son allié – non officiel mais tout le monde l’a compris, pour « contenir » non seulement l’Iran, mais aussi – et c’est plus récent – la Turquie : chacun des deux membres du tandem a identifié cette dernière comme une menace sérieuse pour ses intérêts, pour des raisons différentes. Riyad est également en rivalité avec Doha, mais Tel Aviv n’est pas plus impliquée que cela dans la guerre froide du CCG. Dans tous les cas, un déshabillage simplifié de la région révèle que l’Arabie saoudite & Israël travaillent plus ou moins ensemble contre la Turquie et son allié qatari, dans une compétition à l’échelle du Moyen-Orient, c’est à dire de l’Est de la Méditerranée au golfe Persique, y compris la mer Rouge si l’on parle par exemple du Soudan.

Le Moyen-Orient, au vu de la vaste étendue de ces incertitudes, peut apparaître en premier regard comme la région la plus instable du monde à ce jour, mais le fait est que la stratégie d’« équilibrage » de la Russie a apporté un semblant de stabilité là où, sans cette influence, il n’y en aurait aucune. Moscou n’est pas en mesure de gérer seule le Moyen-Orient, mais peut se positionner – et l’a fait non sans une certaine réussite – comme intermédiaire neutre entre divers acteurs, ou à tout le moins en se comportant comme un pont entre eux. Ce positionnement russe constitue la constante la plus stable de la situation actuelle du Moyen-Orient, et il devrait jouer un rôle déterminant dans la sortie du guerre en Syrie – en soi l’un des événements les plus significatifs de la région depuis une génération – et sans doute également sur les autres dossier évoqués au long du présent article.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le Vendredi 28 décembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/previsions-2019-pour-le-moyen-orient

 

Syrie: Erdogan pour une « zone de sécurité » sous contrôle turc

Montage réalisé le 11 août 2018 montrant le président turc Recep Tayyip Erdogan (g et le président américain Donald Trump © AFP/Archives ADEM ALTAN, SAUL LOEB

International

Syrie: Erdogan pour une « zone de sécurité » sous contrôle turc

le 16 janvier 2019

Le président Recep Tayyip Erdogan a indiqué mardi que la Turquie était prête à établir une « zone de sécurité » en Syrie entre sa frontière et les positions d’une milice kurde soutenue par Washington, une décision perçue par Damas comme une « agression ».

Ce dispositif a été évoqué dans un entretien téléphonique lundi soir entre M. Erdogan et Donald Trump destiné à apaiser les tensions après que le président américain eut menacé de « dévaster » l’économie de la Turquie si celle-ci attaquait les combattants kurdes en Syrie.

Au cours de cette conversation « extrêmement positive », M. Trump « a mentionné une zone de sécurité d’une largeur de 20 miles, ce qui représente plus de 30 km, qui sera établie par nous le long de la frontière », a déclaré M. Erdogan, se disant favorable à l’idée.

Répondant peu après aux questions de journalistes, le chef de l’Etat a ajouté que la Turquie demanderait un appui logistique de la coalition internationale antijihadiste regroupant une soixantaine de pays, dont les Etats-Unis et la France.

Depuis l’annonce, le mois dernier par Donald Trump, du retrait prochain des troupes américaines de Syrie, la Turquie et les Etats-Unis s’efforcent de trouver un accord qui les satisfasse mutuellement au sujet de la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG).

Si Washington appuie les YPG contre l’organisation Etat islamique (EI), Ankara qualifie ce groupe de « terroriste » et menace depuis plusieurs semaines de déclencher une nouvelle offensive contre ses positions dans le nord de la Syrie.

L’annonce du futur départ des militaires américains a été bien accueillie par la Turquie, mais des déclarations de responsables américains évoquant l’établissement d’un lien entre ce retrait et la garantie de la sécurité des combattants kurdes ont suscité la colère d’Ankara.

– Peut être « étendue » –

La Turquie défend depuis plusieurs années l’idée d’une « zone de sécurité » le long de sa frontière en Syrie, mais cette proposition a jusqu’ici été rejetée, y compris par le prédécesseur de Donald Trump, Barack Obama.

Cependant, cette option est revenue sur le devant de la scène lorsque le président américain l’a sommairement évoquée dans un tweet dimanche, une occasion que le gouvernement turc s’est empressé de saisir.

« J’aborde ce sujet positivement, il est possible de travailler sur cette idée », a déclaré à la presse mardi M. Erdogan, ajoutant, sans autres précisions, que la largeur de cette zone pourrait même être « étendue » au-delà des 20 miles évoqués par M. Trump.

Pour Damas, les déclarations de M. Erdogan sont « irresponsables ». Elles « montrent une nouvelle fois que son régime ne traite qu’avec le langage de l’occupation et de l’agression », a indiqué l’agence officielle Sana, citant une source au ministère des Affaires étrangères.

« Nous sommes déterminés à défendre par tous les moyens notre peuple et notre territoire contre toute forme d’occupation ou d’agression, y compris l’occupation turque », a-t-elle poursuivi.

Le chef d’état-major turc rencontrera son homologue américain mercredi à Bruxelles pour définir les « modalités » de cette zone de sécurité qui serait « contrôlée par la Turquie, selon le porte-parole du président turc Ibrahim Kalin.

Il a aussi affirmé que « la population locale » serait associée à la création de cette « zone de sécurité », faisant une comparaison avec des régions du nord-ouest de la Syrie, comme Jarablous, Al-Bab et Afrine, sous contrôle de rebelles appuyés par Ankara.

« Même si on n’utilise pas ce terme, il y a de facto là-bas une +zone de sécurité+ sous le contrôle de la Turquie (…) Un modèle similaire peut aisément être transposé » aux portions frontalières sous contrôle des YPG, a affirmé M. Kalin.

Mais la création d’une telle zone supposerait que les YPG acceptent de quitter leurs positions le long des 900 km de la frontière turco-syrienne, dont la milice kurde contrôle une grande partie.

– Après Trump, Poutine –

Alors que les désaccords au sujet des YPG enveniment les relations entre la Turquie et les Etats-Unis depuis deux ans, M. Erdogan s’est dit convaincu mardi d’être parvenu à « une compréhension mutuelle d’une portée historique » avec M. Trump au cours de l’entretien de lundi.

Ce ton apaisé tranche sensiblement avec l’atmosphère orageuse des jours précédents. La menace de Donald Trump de « dévaster » l’économie turque a réveillé le spectre de sanctions américaines, celles-ci ayant déjà accéléré l’effondrement de la livre turque l’été dernier. Lundi, la monnaie nationale a perdu plus de 1,5% de sa valeur face au dollar.

Membre de l’Otan et soutenant des groupes rebelles en Syrie, la Turquie coopère par ailleurs étroitement avec la Russie, le principal soutien du régime de Damas.

M. Erdogan a annoncé mardi qu’il se rendrait le 23 janvier dans ce pays pour s’y entretenir notamment du retrait américain avec le président Vladimir Poutine.

LNT avec Afp

 

https://lnt.ma/syrie-erdogan-zone-de-securite-controle-turc/

 

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La Turquie rejette le nouveau plan américain sur la Syrie et humilie John Bolton

La Turquie rejette le nouveau plan américain sur la Syrie et humilie John Bolton

2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 8 janvier 2019

Dimanche, le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, a tenté de poser les conditions d’un retrait américain de la Syrie :

Bolton, lors d’un voyage en Israël et en Turquie, a déclaré qu’il insisterait dans les discussions avec les responsables turcs, y compris le président Tayyip Erdogan, sur le fait que les forces kurdes doivent être protégées…

À la question de savoir si un retrait américain n’aurait pas lieu en Syrie tant que la Turquie ne garantirait pas la sécurité des combattants kurdes, Bolton a répondu : « En gros, c’est ça. »…

« Nous ne pensons pas que les Turcs devraient entreprendre une action militaire qui ne soit pas entièrement coordonnée et acceptée à minima par les États-Unis » a déclaré Bolton, « afin de ne pas mettre en danger nos troupes, mais également pour respecter l’exigence du président qui demande que les forces de l’opposition syrienne qui se sont battues avec nous ne soient pas mises en danger. »

La Turquie n’a pas trouvé ça drôle. Les Kurdes du YPG, que les États-Unis utilisent en Syrie comme chair à canon pour combattre État islamique, sont la même organisation que le PKK, qui agit en tant que groupe terroriste en Turquie. La Turquie ne peut permettre à ce groupe d’exister à sa frontière en tant que force militaire organisée.

Lorsque Bolton a atterri en Turquie aujourd’hui, il a reçu un accueil très froid. La rencontre prévue avec le président turc Erdogan n’a pas eu lieu. La réunion entre John Bolton, le chef d’état-major adjoint, Joe Dunford, et l’envoyé spécial pour la Syrie, James Jeffrey, avec le conseiller turc pour la sécurité nationale, Ibrahim Kalin, a été rétrogradée et a pris moins de deux heures. Une conférence de presse conjointe prévue a été annulée.

La délégation américaine n’avait pas l’air heureuse ni même unie lorsqu’elle quitta les bâtiments présidentiels à Ankara.

via Vivian Salaman

Peu de temps après la réunion de Bolton, Erdogan a prononcé un discours devant son groupe parlementaire. C’était une gifle au visage de Bolton. Selon Raqip Solyu :

Erdogan dit qu’il ne peut pas accepter ou avaler les messages donnés par le conseiller américain à la sécurité nationale, Bolton, en Israël.

Erdoğan : « YPG / PKK sont des terroristes. Certains disent : ‘ne les touchez pas car ils sont kurdes’. C’est inacceptable. Tout le monde peut être un terroriste. Ils pourraient être Turkmènes. Leur appartenance ethnique n’a pas d’importance. Bolton a commis une grosse erreur avec ses déclarations ».

Erdogan à propos du chaos politique à Washington sur la Syrie : « Comme ce fut le cas par le passé, malgré notre accord clair avec Trump sur le retrait américain de la Syrie, différentes voix ont commencé à se faire entendre à différents niveaux de l’administration américaine ».

Erdogan a déclaré que la Turquie continuait de s’appuyer sur le point de vue de Trump sur la Syrie et sur son esprit de décision concernant le retrait. « Nous avons en grande partie terminé nos préparatifs militaires contre ISIS conformément à notre accord avec Trump ».

« Dire que la Turquie cible les Kurdes de Syrie, ce qui est un mensonge, est la calomnie la plus basse, la plus déshonorante, la plus laide et la plus banale de tous les temps », a ajouté Erdogan.

Le directeur de la communication d’Erdogan a enfoncé le clou :

Fahrettin Altun @fahrettinaltun – 14h17 utc – 8 janvier 2019

Le conseiller américain à la sécurité nationale @AmbJohnBolton s’est entretenu aujourd’hui avec son homologue turc @ikalin1 au complexe présidentiel d’Ankara.
J’espère qu’il a pu goûter à la célèbre hospitalité turque lors de sa visite.

Un éditorial du quotidien Daily Sabah, dans l’alignement d’Erdogan, a qualifié les idées de Bolton de coup bas contre Trump.

Avec cela, Bolton a été humilié et la solution du retrait américain de la Syrie est revenue à Trump.

Nous avons vu un schéma similaire dans les négociations américaines avec la Corée du Nord. Trump a conclu un accord en quatre étapes avec Kim Jong Un. Ensuite, le secrétaire d’État Pompeo a tenté de modifier l’accord et a demandé à la Corée du Nord de remplir l’étape quatre avant que les États-Unis ne réalisent les étapes un, deux et trois. Lorsqu’il s’est ensuite rendu en Corée du Nord, il a été ignoré par Kim Jong Un et n’a rencontré que du personnel de niveau inférieur. Il a fallu l’intervention de Trump pour maintenir les discussions en vie.

Erdogan a également passé un accord avec Trump sur le retrait américain de la Syrie. Bolton a essayé de modifier le contrat, d’ajouter des conditions et de prolonger le calendrier. Lorsqu’il est arrivé à Ankara, Erdogan l’a ignoré, il l’a réprimandé. Il faudra l’intervention de Trump pour remettre la question sur ses rails.

Si Trump ne bouge pas, Erdogan cherchera probablement une escalade militaire. Son armée va utiliser l’artillerie contre telle ou telle position kurde près de la frontière turque. Il peut même envahir quelques villes. Pas nécessairement pour les tenir, mais pour augmenter la pression sur la force d’occupation américaine.

La Turquie avait initialement prévu de prendre Manbij sur la rive occidentale de l’Euphrate. Mais Manbij est bloquée par les troupes syriennes, maintenant renforcées par des patrouilles de la police militaire russe. Erdogan n’osera pas les attaquer.

Erdogan souhaite que les États-Unis quittent la Syrie et emportent avec eux les armes qu’ils ont remises au YPG pour lutter contre ISIS. Il souhaite que le gouvernement syrien reprenne possession du nord-est de la Syrie et mette les Kurdes sous contrôle. Cela éliminerait le danger pour la Turquie.

Depuis que Trump a annoncé que les troupes américaines quitteraient bientôt la Syrie, la lutte contre le reste des forces de État islamique à proximité de la frontière irakienne s’est intensifiée. La position territoriale de État islamique est maintenant réduite à deux ou trois villages. Dimanche soir celui-ci a profité d’une autre période de mauvais temps durant laquelle l’armée de l’air américaine n’a pas pu fournir de soutien aérien à la force par procuration, dirigée par les Kurdes, qui combat ISIS. Une contre-attaque de État islamique s’ensuivit et tua 25 des combattants soutenus par les États-Unis. C’était probablement la dernière bataille importante pour ISIS. État islamique ne compte plus que quelques centaines de combattants qui n’ont aucun moyen de s’échapper. Ils seront réduits en miettes.


Dans le gouvernorat d’Idleb, al-Qaïda, alias Hayat Tahrir al Sham, continue de consolider son emprise. Il a lancé plusieurs ultimatums à Ahrar al-Sham et à d’autres groupes de « rebelles modérés » qui occupent encore une partie de la région. Quand il aura fini d’éliminer ses concurrents, il va probablement bombarder la ville d’Alep et attaquer les lignes du gouvernement syrien. Cela va relancer la guerre à Idleb.

La dernière fois que le gouvernement syrien avait prévu de nettoyer Idleb des djihadistes, les États-Unis sont intervenus et ont menacé d’attaquer l’armée syrienne. La Russie a forgé l’accord Astana en vertu duquel la Turquie a accepté d’éliminer al-Qaïda. Elle n’a pas tenu sa promesse. L’armée syrienne est donc libre de résoudre le problème.

Mais que fera la Maison Blanche ? Est-ce que Bolton – s’il est encore au Conseil de sécurité US à ce moment-là – va insister pour que al-Qaïda soit défendue ? Trump acceptera-t-il cela ?

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-turquie-rejette-le-nouveau-plan-americain-sur-la-syrie-et-humilie-john-bolton

 

Retrait des Etats-Unis de Syrie : Ankara s’impatiente et pointe les «difficultés» de Washington

Retrait des Etats-Unis de Syrie : Ankara s’impatiente et pointe les «difficultés» de Washington

Retrait des Etats-Unis de Syrie : Ankara s'impatiente et pointe les «difficultés» de Washington
Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu.
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Après le retrait annoncé des troupes américaines de Syrie, Washington tente encore de poser des conditions, et notamment celle de la protection des Kurdes. Face à ces atermoiements, Ankara souhaite coordonner son action avec la Russie et l’Iran.

La décision du président des Etats-Unis de retirer les troupes américaines de Syrie, annoncée le 19 décembre dernier, continue de rebattre les cartes entre les différents belligérants. Ce 9 janvier, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a joué sa carte, pressant encore un peu plus les Etats-Unis à laisser leur place. «Les Etats-Unis rencontrent certaines difficultés lors du retrait de leurs troupes de Syrie», a-t-il noté lors d’une interview accordée à la télévision turque. «Nous voulons coordonner ce processus avec la Russie et l’Iran», a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie turque a en outre rappelé qu’il inscrivait son action dans le cadre du processus de paix d’Astana, mis en œuvre en janvier 2017, dont Téhéran, Moscou et Ankara se sont portés garants et dont Washington est absent. Mevlut Cavusoglu a en outre fait part du souci de la Turquie de faire en sorte que les groupes terroristes ne «prennent pas la place vacante».

Aux Etats-Unis, où le sommet de l’Etat paraît subir l’influence de forces contraires, le département de la Défense tente, depuis l’annonce de Donald Trump, de poser des conditions au retrait américain. Le 6 janvier dernier, le conseiller à la Sécurité nationale des Etats-Unis, John Bolton, avait lié le retrait des Etats-Unis au sort des milices kurdes présentes en Syrie, au premier rang desquelles les Unités de protection du peuple (YPG), qu’Ankara considère comme une menace pour sa sécurité nationale.

Redoutant d’être abandonnés par leur allié, ainsi qu’une offensive turque dans la région de Manbij au Nord de la Syrie, les Kurdes avaient fait appel à l’armée gouvernementale syrienne la semaine précédant les propos de John Bolton, infligeant du même coup un véritable camouflet à Washington. Le 8 janvier, la police militaire russe s’est jointe aux forces armées syriennes pour patrouiller dans cette même zone, semblant mettre les Etats-Unis hors-jeu.

Alexandre Keller

Lire aussi : Retrait de Syrie : un souhait récurrent de Trump régulièrement contredit par le Pentagone

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https://francais.rt.com/international/57720-retrait-etats-unis-syrie-ankara-impatiente-pointe-difficultes-washington