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Le chemin de fer de BTK est le couloir turc de la route de la soie vers l’Asie centrale

Le chemin de fer de BTK est le couloir turc de la route de la soie vers l’Asie centrale


Par Andrew Korybko – Le 6 novembre 2017 – Source Oriental Review

Baku-Tbilisi-Kars (BTK) Railway
Chemin de fer Bakou-Tbilissi-Kars (BTK)

Le président Erdogan a déclaré que le chemin de fer Bakou-Tbilissi-Kars est « un maillon important dans la nouvelle route de la soie, qui relie l’Asie, l’Afrique et l’Europe » lors de la cérémonie d’ouverture de ce couloir de connectivité transnational.

Les Premiers ministres de la Géorgie, du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan, ainsi que les ministres du Tadjikistan et du Turkménistan ont également assisté à l’événement, démontrant ainsi son large intérêt géographique. Erdogan espère dans l’immédiat qu’il renforcera les relations globales entre la Turquie et ses compatriotes d’ethnie turque en Asie centrale, et que par la suite le chemin de fer BTK pourrait être utilisé par les Européens et les Nord-Africains pour se relier à cette région enclavée. En fin de compte, l’objectif est de transformer ce corridor sud-central en une nouvelle route de la soie bien placée rattachant les coins occidentaux et orientaux de l’Eurasie en reliant l’UE à la Chine. Et si, après un rapide coup d’œil à la carte physique, la route semble un peu tortueuse, la politique dit le contraire.


Les routes les plus directes reliant l’UE à la Chine sont le pont terrestre eurasien prévu à travers la Russie et la route maritime du Nord à travers l’océan Arctique, mais les deux sont comparativement sous-développés pour diverses raisons. En outre, alors qu’il est prévu de construire un chemin de fer à grande vitesse en Asie centrale reliant la Chine à l’Iran, et désormais à la Turquie et à l’UE, cette idée n’a pas encore été étudiée et pourrait en tout cas être mise en péril par le risque régulier d’activités terroristes kurdes dans les régions frontalières du Moyen-Orient partagées par ces deux grandes puissances. Un autre point important est que la nouvelle guerre froide provoquée par les États-Unis a créé des obstacles géopolitiques artificiels à l’intégration eurasienne alors que Washington cherche à “isoler” Moscou et Téhéran. Il est donc possible que les corridors chinois ne se matérialisent pas aussi rapidement que prévu.

Tous ces facteurs font étonnamment du BTK, la voie actuellement la plus efficace permettant à l’UE, la Turquie et l’Afrique du Nord d’accéder à l’Asie centrale et même à la Chine, une fois que la bonne infrastructure de connectivité sera construite dans la région. Pour l’avenir, même s’il est douteux que cette route devienne le principal couloir du commerce UE-Chine, elle renforcera probablement beaucoup l’influence de la Turquie dans les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale, ce dont de nombreux stratèges turcs ont parlé et qu’ils espèrent depuis 1991 mais qui avait à peine fait quelques progrès depuis. Cela pourrait contribuer à diversifier les partenariats étrangers des gouvernements régionaux et, dans le vrai sens du mot, les rendre plus multipolaires.

En établissant une présence plus solide en Asie centrale, qui est historiquement dans la sphère d’influence de la Russie, la Turquie étendrait également l’interdépendance stratégique complexe qui s’est développée entre Moscou et Ankara depuis que leur rapprochement rapide a débuté l’été dernier. Cela resserrerait à son tour leur partenariat bilatéral et réduirait les chances que les États-Unis réussissent à les tourner les uns contre les autres en raison des dommages collatéraux accrus que cela entraînerait pour leurs intérêts, du fait de la situation géopolitique à long terme et des changements introduits par le chemin de fer BTK.

Andrew Korybko

http://lesakerfrancophone.fr/le-chemin-de-fer-de-btk-est-le-couloir-turque-de-la-route-de-la-soie-vers-lasie-centrale

 

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L’ORGANISATION DE COOPÉRATION DE SHANGHAï: UNE ALLIANCE SÉCURITAIRE ET ÉCONOMIQUE EN DEVENIR

L’ORGANISATION DE COOPÉRATION DE SHANGHAï: UNE ALLIANCE SÉCURITAIRE ET ÉCONOMIQUE EN DEVENIR

Julie Descarpentrie

10-11-2017

 

 

L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) est une organisation intergouvernementale régionale asiatique créée à Shanghai en 2001 et regroupant initialement la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Elle succède au Groupe de Shanghai qui avait été fondé en 1996 sur initiative de Pékin et de Moscou, afin de sécuriser l’ancienne frontière sino-soviétique que la chute de l’URSS avait déstabilisée lors de la création des nouvelles républiques  d’Asie centrale en 1991. Disposant d’une charte ainsi que d’un secrétariat permanent situé à Pékin, l’OCS a pour objectifs principaux d’assurer la stabilité et la sécurité régionales, de renforcer la confiance mutuelle entre ses États membres et de faciliter leur coopération politique et économique.

S’étendant sur plus de 60% du territoire de l’Eurasie, ses Etats membres regroupent 40% de la population mondiale et contrôlent 38% des réserves de la planète en gaz naturel, 20% en pétrole, 40% en charbon et 50% en uranium. L’attrait de l’organisation est tel qu’elle s’est rapidement élargie, comme en témoigne le nombre des pays observateurs qui l’ont rejointe : Mongolie (2004), Iran (2005), Afghanistan (2012) et Biélorussie (2015).

Mais le fait le plus marquant – pourtant largement passé inaperçu en Occident – a été l’intégration de l’Inde et du Pakistan (juin 2017) suite à l’acceptation par Pékin que New Delhi rejoigne l’OCS en dépit de leurs intérêts stratégiques divergents et des différends frontaliers qui les opposent – lesquels dégénèrent sporadiquement en conflits de basse intensité[1].

De plus, des pourparlers sont en cours afin d’intégrer la Turquie, l’Iran et l’Afghanistan en tant que membres permanents de l’organisation. Mais alors que Téhéran et Kaboul prennent part aux sommets de l’OCS en tant que membres observateurs, les Etats-Unis et leur allié japonais se sont vu refuser un tel statut, ce qui explique que nombre d’analystes considèrent de plus en plus cette organisation comme un lieu d’échanges stratégiques destiné à proposer une alternative aux actions menées par les Occidentaux sur la scène internationale.

L’opposition à l’hégémonisme américain

En effet, l’élargissement vers des pays souvent en désaccord ou en opposition avec les Occidentaux – ou n’ayant guère d’intérêt stratégique à leurs yeux -, confère une claire orientation à l’OCS : ses membres s’opposent à l’hégémonisme américain et contestent le recours au droit d’ingérence dont use l’Occident pour conduire ses opérations de Regime Change. Ils ne souscrivent pas non plus à la politique occidentale qui fait des droits de l’homme une valeur suprême, et affichent clairement leur attachement au multilatéralisme. C’est dans ce contexte que les pays de l’OCS sont parvenus à obtenir la fermeture le 1er juillet 2014, de la base aérienne américaine de Manas, près de Bichkek (Kirghizistan,) qui était alors le principal centre de transit de l’armée américaine vers l’Afghanistan.

Face aux nombreuses menaces sécuritaires qui pèsent sur la région, les forces armées des Etats membres organisent régulièrement des manœuvres militaires communes, auxquelles s’ajoute la coordination de leurs moyens de lutte contre le terrorisme au sein de la structure antiterroriste régionale (RATS) basée à Tachkent (Ouzbekistan). Particulièrement touchés par les trafics de drogues et d’armes qui prolifèrent dans la région centre-asiatique, ces Etats collaborent également dans le cadre de l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC[2]) afin d’élargir leurs actions à la criminalité et au trafic des stupéfiants. Ces missions consacrées au maintien de la paix et de la sécurité régionale valent ainsi à l’OCS d’être reconnue par l’Organisation des Nations unies (ONU).

Bien que les dépenses militaires des pays de l’OCS demeurent nettement inférieures à celles de l’OTAN, leur croissance est néanmoins exponentielle : de 85 milliards de dollars en 2006 (dont 49,5 pour la Chine et 34,7 pour la Russie), elles sont passées à 364 milliards en 2016, contre respectivement 796,7 milliards pour les pays membres de l’OTAN en 2006 et 866 milliards dix ans plus tard. Cette hausse significative des budgets de défense semble traduire la volonté de la Chine et de la Russie de jouer un rôle majeur dans la sécurisation de la région centre-asiatique.

En outre, de nombreux accords militaires et stratégiques ont été signés entre les pays de la région. Parmi ceux-ci l’on notera :

  • l’échange de renseignements entre l’Inde et la Russie, ainsi qu’entre les services de renseignement pakistanais (ISI) et afghans (NDS) ;
  • l’officialisation d’un dialogue stratégique trilatéral entre la Chine, l’Afghanistan et les taliban à travers la nomination en 2014 par Pékin d’un envoyé spécial pour l’Afghanistan ;
  • la reprise en 2015 du projet de construction d’un corridor international de transport nord-sud entre l’Inde, la Russie et l’Iran[3] ;
  • et enfin, la vente par Moscou d’hélicoptères Mi-35 au Pakistan dans le cadre de son rapprochement stratégique avec Islamabad.

Une approche commune de la question afghane

Depuis plusieurs mois, les observateurs notent que le président Poutine s’implique de plus en plus dans le dossier afghan. C’est que, malgré le déploiement de la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) et l’envoi par les Etats-Unis d’instructeurs chargés de former les forces de sécurité afghane dans le cadre de la mission Resolute Support, le bilan reste plutôt négatif.

On constate en effet que la situation ne fait qu’empirer : environ 40% du territoire est désormais sous le contrôle des insurgés, l’Armée nationale afghane est de plus en plus infiltrée par les taliban et « l’Etat islamique dans le Khorasan » (EIK) gagne du terrain au nord et à l’est du pays, étendant ainsi dangereusement sa zone d’opération en direction des républiques d’Asie centrale.

En conséquence, le dirigeant russe accuse de plus en plus les Américains de n’avoir pas de stratégie de long terme concernant la sécurisation du territoire, et les responsables afghans eux-mêmes regrettent que Washington ne soit pas parvenu à réformer les services de renseignement afghans (NDS). A cela s’ajoute que nombre d’analystes s’interrogent sur l’intérêt de l’élimination du mollah Mansour – tué lors d’une frappe de drone en mai 2016 – alors qu’il était le seul chef taliban susceptible d’entamer le dialogue avec Kaboul. Certains y voient une tentative délibérée de la part de la CIA de faire échouer le processus de réconciliation nationale.

De ce soupçon est née la relégation au second plan des rencontres quadrilatérales Chine/Russie/Pakistan/Etats-Unis relatives au règlement de la question afghane. C’est pourquoi Moscou a pris de nombreuses mesures telles que la réactivation du groupe de contact de l’OCS sur l’Afghanistan et l’entrée de l’Inde en son sein, l’expression de son soutien à l’égard des taliban[4], ainsi que le maintien opérationnel, jusqu’en 2024, de sa base militaire au Tadjikistan.

Souhaitant mettre un terme aux interventions militaires à répétition dans le pays, les membres de l’OCS appellent désormais à privilégier les opérations de maintien de la paix dans le cadre de la Charte des Nations unies. Ainsi, Pékin et Moscou ont déclaré ne vouloir intervenir en Afghanistan qu’au sein de missions de l’ONU. Une telle position tranche avec la volonté du président américain et du chef de la CIA, Mike Pompeo, de « frapper vite et fort », ce qui s’est notamment traduit par le largage de la « mère de toutes les bombes »[5] en avril dernier sur les positions de Daech dans la province du Nangarhar. Eu égard au fait que l’envoyé spécial russe en Afghanistan, Zamir Kabulov, a jugé « vaine » la nouvelle initiative de Donald Trump consistant à envoyer de nouveaux contingents en Afghanistan, on assiste de plus en plus à une confrontation stratégique et verbale entre Washington et Moscou.

En outre, on observe la naissance d’un consensus entre la Russie, la Chine et l’Iran qui voient dans le processus de négociations avec les taliban, un moyen de stabiliser le pays et de vaincre Daech. En effet, malgré le ralliement d’environ 10% des taliban à l’EIK, la majorité d’entre eux ne souscrit pas à l’agenda de Daesh qui profite de l’instabilité du pays et des fractures religieuses qui y règnent pour s’y installer durablement. Bien que les Américains soient également favorables à l’ouverture du dialogue avec les « étudiants en théologie », le fait qu’ils soupçonnent plusieurs pays de l’OCS d’armer les taliban, les amène aujourd’hui à se méfier d’eux.

A cet égard, il est à craindre que l’Afghanistan soit en passe de redevenir le théâtre d’une nouvelle lutte d’influence internationale même s’il est probable que, faute de moyens suffisants, les Russes soient de nouveau amenés à collaborer avec les Américains. Pour le moment, la force de l’OCS réside dans le fait que ses membres ont une approche commune pour la résolution de la crise afghane. En outre, l’admission en 2012 de Kaboul comme membre observateur de l’OCS tend à renforcer le rôle de l’organisation dans le règlement de la question.

Néanmoins, l’issue d’une telle politique reste incertaine car il est peu probable que les taliban, aujourd’hui menés par le mollah Akhunzada – jugé être un homme cruel, peu ouvert au dialogue -, acceptent de faire des concessions. Le massacre de 140 soldats de l’Armée nationale afghane à Mazar-e-Sharif en avril dernier, en témoigne.

La persistance de rivalités internes

En outre, la lutte contre l’hégémonisme américain ou la résolution de la crise afghane ne constituent pas des facteurs suffisants pour souder ces pays, comme en témoignent les nombreuses tensions qui persistent entre la Russie et ses partenaires, notamment la Chine.

Par son souhait d’intégrer les espaces afghan et pakistanais au sein de son projet de « Route de la soie[6] » et du corridor économique Chine-Pakistan, Pékin cherche à fédérer les pays de la région au sein d’un bloc asiatique, jugé seul à même de concurrencer l’économie occidentale dominée par les Etats-Unis.

Cependant, la relation entre Moscou et Pékin est de plus en plus déséquilibrée car le projet chinois de « Route de la soie » risque à terme de remettre en cause la domination russe en Asie centrale. A cela s’ajoute que Pékin conçoit le système international comme n’étant dominé que par deux grandes puissances – les Etats-Unis et la Chine -, excluant de ce fait la Russie. Par conséquent, la mise en avant des questions sécuritaires au sein de l’OCS semble être un moyen pour Moscou de s’imposer et de s’affirmer comme le garant de la stabilité en Asie centrale.

L’intégration simultanée (juin 2017) des deux « frères ennemis » que sont l’Inde et le Pakistan au sein de l’OCS s’explique notamment par la volonté russe de faire de New Delhi un contrepoids à la toute-puissance chinoise tout en lui faisant jouer un rôle important dans le cadre de la reconstruction de l’Afghanistan[7].

De même, considérant que le règlement de la question afghane ne pourra pas se faire sans l’aide d’Islamabad – qui, par son soutien aux taliban afghans et au réseau Haqqani, est l’un des pays les plus aptes à ouvrir un canal de négociations avec les insurgés -, Moscou, en ayant permis l’intégration du Pakistan dans l’OCS, cherche à s’imposer comme le garant de la stabilité dans la région grâce à ses talents de médiateur.

La mise au ban d’Islamabad par Donald Trump – qu’il a accusé d’apporter un soutien logistique au réseau Haqqani ainsi qu’aux taliban afghans afin de déstabiliser le gouvernement de Kaboul – n’a fait qu’accroitre la coopération russo-pakistanaise scellée notamment à l’occasion de la livraison par la Russie de quatre hélicoptères d’attaque Mi-35M. Profitant d’un tel rapprochement, le Kremlin a récemment exprimé le souhait de parvenir à un accord de libre-échange avec Islamabad, projet auquel s’ajoute la volonté russe de bénéficier à la fois des infrastructures du port de Gwadar, du corridor économique entre la Chine et le Pakistan et de la « Route de la Soie » afin d’accroitre le volume de ses exportations vers l’Asie. Un tel rapprochement ne peut que satisfaire Islamabad qui voit dans cette alliance l’occasion de nouer de nouveaux partenariats et de répondre à la distanciation de Donald Trump à son égard.

La réaction américaine

Face au consensus Moscou/Téhéran/Pékin sur la question afghane et face à la menace grandissante que le nouveau projet chinois de « Route de la Soie » fait peser sur l’économie américaine, Washington cherche à rallier New Delhi à sa cause afin de contenir la menace chinoise.

Ainsi, profitant des multiples différends qui opposent Pékin et New Delhi, Donald Trump a déclaré vouloir offrir à l’actuel Premier ministre indien, Narendra Modi, la possibilité de jouer un rôle majeur dans la sécurisation du territoire afghan et de faire de son pays une puissance militaire d’envergure. Ceci explique que malgré les accusations du Pakistan portées à l’encontre du gouvernement indien – soupçonné d’instrumentaliser les insurgés de la province pakistanaise du Baloutchistan[8] en vue de faire échouer le corridor économique Chine-Pakistan, et de chercher à déstabiliser l’Afghanistan afin d’en faire sa zone d’influence -, le président américain parie sur l’Inde pour pacifier la région[9].

New Delhi a répondu favorablement à l’appel du président américain. Cependant, il ne faut pas oublier que le gouvernement indien applique le principe d’ « autonomie stratégique » et privilégie le multilatéralisme, ce qui lui permet de ne pas nouer d’alliances contraignantes. Ceci explique que malgré son rapprochement avec les Etats-Unis, il diversifie ses partenariats stratégiques, comme en témoigne son entrée à l’OCS.

 

 

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En conclusion, la force de cette organisation régionale réside dans le fait que ses membres partagent de nombreux intérêts. Malgré les craintes que suscite le projet chinois de « Route de la Soie » et l’élaboration d’un projet économique concurrent développé entre l’Inde et l’Iran autour du port de Chabahar[10], la lutte contre Daech et la résolution de la crise afghane sont susceptibles de fédérer ces pays. C’est d’ailleurs ce qu’a très bien compris l’administration Trump qui tente actuellement de faire de New Delhi son partenaire régional afin de l’écarter d’une telle coalition.

L’OCS dispose encore de peu de moyens et n’a pas encore fait ses preuves sur le dossier afghan, mais le fait que des négociations soient en cours afin d’intégrer la Turquie, l’Iran[11] et l’Afghanistan, est bien le signe qu’elle cherche à prendre de l’ampleur.


  • [1] Le principal point de friction entre la Chine et l’Inde est leur frontière qui s’étend sur 4 057 kilomètres au cœur de l’Himalaya et dont la contestation du tracé a conduit les deux puissances à s’affronter en 1962. Depuis cette date et la défaite indienne, la Chine occupe la région de l’Aksaï Chin, territoire qui faisait initialement partie de l’Etat indien du Jammu-et-Cachemire, mais que Pékin estime être une extension de sa province du Xinjiang. L’autre litige concerne l’Etat indien de l’Arunachal Pradesh qui faisait autrefois partie du Tibet du Sud. Or, le Tibet ayant été annexé par la Chine, Pékin conteste la souveraineté de New Delhi sur cette province.
  • [2] Fondée en octobre 2002, elle rassemble tous les États membres de l’OCS à l’exception de la Chine, y compris l’Inde et du Pakistan. Son siège est à Moscou.
  • [3] Ce projet dénommé « Corridor de Transport Nord-Sud » reliera l’Inde, l’Iran et l’Azerbaïdjan aux pays et aux marchés de l’Union économique eurasiatique, qui inclut non seulement l’Arménie, mais également la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et la Biélorussie.
  • [4]  Cf. Note d’Actualité n°491, « Les enjeux du soutien de la Russie et de l’Iran aux taliban », http://www.cf2r.org.
  • [5] Il s’agit de la plus puissante bombe non-nucléaire de l’arsenal américain. Surnommée la « mère de toutes les bombes », elle a détruit un réseau de tunnels utilisés par le groupe Etat islamique et tué au moins 36 de ses combattants.
  • [6] Le projet « One Belt, One Road » (OBOR) ou projet maritime et terrestre de « Route de la soie du XXIe siècle » vise à construire une route économique et commerciale allant de Shanghai à Berlin, en traversant la Chine, la Mongolie, la Russie, la Biélorussie, la Pologne et l’Allemagne, ce qui couvrirait plus du tiers de la circonférence de la terre et placerait la Chine au cœur des échanges commerciaux mondiaux, au détriment des Américains qui en seraient exclus. L’attrait de ce projet est tel que plus de soixante pays l’ont rejoint et ont accepté de participer à son financement à travers le Silk Road Investment Fund, la Banque asiatique d’investissement des infrastructures (BAII), l’Union économique eurasienne, la Communauté économique de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).
  • [7] L’Inde constitue déjà le cinquième plus important pourvoyeur d’aide aux Afghans.
  • [8] Situé au Baloutchistan pakistanais, ce port inquiète fortement l’Inde qui craint un trop grand rapprochement entre Islamabad, Pékin et Moscou. C’est ainsi que sur les fronts est (Xinjiang) et ouest (Gwadar), son service de renseignement extérieur (RAW) tente d’en ralentir la construction à travers l’instrumentalisation des insurgés baloutches, un peuple du sud-ouest du Pakistan qui souhaite faire sécession et créer un Baloutchistan autonome.
  • [9] Une telle stratégie n’est pas sans rappeler le fait que les Etats-Unis étaient également parvenus en 2015, à faire adhérer New Delhi à la stratégie américaine de Containment en Asie-Pacifique à l’issue de la signature de la « Vision stratégique commune indo-américaine pour l’Asie-Pacifique et la région de l’océan Indien ». L’objectif étant bien sûr de contenir l’expansionnisme chinois en mer de Chine méridionale et de déployer des moyens ISR (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance) destinés à surveiller son déploiement militaire.
  • [10] Il s’agit d’un projet portuaire dans lequel l’Iran investira 20 milliards de dollars. Situé dans la ville iranienne de Chabahar, dans le golfe d’Oman, il permettra à New Delhi d’accéder aux marchés centre-asiatique et afghan en contournant le Pakistan, qui pour l’instant bloque le transit des produits indiens.
  • [11] L’adhésion de l’Iran est cependant mise à mal par le Tadjikistan qui bloque son entrée au sein de l’OCS au nom de rivalités politiques, ainsi qu’en raison du rapprochement opéré entre Dushanbe et Riyad.
  • http://www.cf2r.org/fr/notes-actualite/lorganisation-de-cooperation-de-shangha-une-alliance-securitaire-et-economique-en-devenir.php