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Revue de presse : santé, crise sociale, politique, Mairie de N’Djamena

Revue de Presse

Revue de presse : santé, crise sociale, politique, Mairie de N’Djamena

 

Alwihda Info | Par AZOUD Gédéon – 20 Octobre 2018 modifié le 20 Octobre 2018 – 22:14


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La plupart des journaux, cette semaine, se sont intéressés à la situation catastrophique du pays, occasionnée par la grève sèche et illimitée des employés de l’Etat, face au président de la République qui assiste passivement.

 

Revue de presse du 20 octobre 2018 signée AZOUD Gédéon.

Revue de presse : santé, crise sociale, politique, Mairie de N'Djamena

« Où êtes-vous, M. le Président ? », s’interroge à sa grande Une l’hebdomadaire, Le Pays. Par deux images, l’hebdomadaire promène son appareil photo sur les lits d’hôpitaux où sont couchés des malades sans docteur et une salle de classes où les tables-bancs sont abandonnés à eux-mêmes dans une salle moyen âge. Notre confrère note que deux semaines après la rentrée, l’école n’a toujours pas repris. Dans les couloirs des hôpitaux, l’absence du personnel soignant et des médicaments angoissent les malades. L’administration publique est à l’arrêt. L’administration publique est à l’arrêt. Dans les familles, la faim gronde. La classe politique, elle, observe en attendant le claquement des doigts d’un président qui a tous les pouvoirs, mais ne semble pas pressé de décanter ces situations qui font du Tchad un pays à l’arrêt.

Le journal Le Visionnaire s’interroge sur les visites du président. En effet, depuis l’avènement de la 4ème République pointe le Visionnaire, il ne se passe pas un jour que l’on ne fasse pas écho des déplacements répétitifs du chef de l’Etat. Dépassé par la crise sociale, estime le journal, le sultan de Dar Bilia aurait perdu les pédales. La bonne marche d’appareil de l’administration publique a pris un sérieux coup. Des visites inopinées dans les administrations publiques locales en cascade, des séjours privés du couple présidentiel à Amdjarass et hors de nos frontières plus fréquemment sur le sol de la mère patrie, Idriss Déby semble prendre goût, ces derniers temps à une excursion sporadique.

Entretemps, informe Le Visionnaire, les pauvres femmes qui vivent de la débrouillardise même sont sommées de dédouaner les doigts de banane et avocats en provenance de Kousseri sur le pont de Ngueli par les forces d’appui aux régies financières. Le Journal regrette que tout cela demeure le dernier souci du raïs qui a choisi la voie des voyages inopportuns, futiles, sans retombées probants pour les Tchadiens afin de se reposer tranquillement, loin du grincement de dents de ses concitoyens. Le Visionnaire de conseiller le couple présidentiel de rester sur place pour gérer les problèmes au lieu de créer de la diversion dans des déplacements à n’en point finir, pendant que la crise ne bouge pas d’un iota, donnant lieu à un avenir incertain.

Mais, le Bimentiel L’OPINION s’interroge à sa Une : POURQUOI Idriss Déby Itno a-t-il déserté les deux dernières Assemblées générales de l’ONU, à New York aux Etats-Unis d’Amérique ? Pour notre confrère, IDRISS DEBY qui, pourtant, ne rate aucune occasion internationale de pourparlers touchant la sécurité, a répondu aux abonnés absents au 73ème sommet de l’Assemblée générale de l’organisation des Nations-Unis qui a eu lieu fin septembre 2018. L’Opinion estime envisage deux raisons qui expliquent l’empêchement du président tchadien au sommet : la première raison ; c’est la politique intérieure malsaine et la menace de la justice américaine. Vraisemblablement, le spectre de la menace du président américain Donald Trump contre Idriss Déby pour corruption et blanchissement d’argent en 2017 hante le locataire du palais rose.

Pendant ce temps, le Tri mensuel Le Potentiel, nous promène à la Mairie centrale, au coeur de la guerre entre le trio Kalzeubet-Kassiré-Zène Bada contre le duo Hinda-Mariam. Le confrère révèle que le plan de destruction de la première dame de la République et de Mariam Djimet par le secrétaire général du Mps semble évident. Dans cette lutte acharnée, il aurait embrigadé Kalzeubet Deubet et le vieux Kascou. Le trio d’enfer entendrait briser politiquement les deux dames qui, averties, auraient aussi constitué un duo de fer. Voilà pourquoi, informe le journal, Zène Bada a tout mis en œuvre pour voir déguerpir Mariam Djimet Ibet de la Mairie. Les Mairies : La chasse gardée de Zène Bada ! c’est un autre titre du Potentiel. Sur le dos de ces institutions de l’Etat, Zène Bada en tant que meneur de ce jeu se taille la part du lion et concède les miettes à ses complices. Les règles sont simples, commente le journal : tous les moyens sont bons, comme dirait Machiavel, pourvus qu’ils permettent au SG de se remplir les poches.

 

AZOUD Gédéon.

AZOUD Gédéon.
Encore et encore, nous annonce l’hebdomadaire La Voix, à la Commune du 10ème arrondissement, les conseillers veulent la tête du Maire. Ils ne sont pas d’humeur badine. Ils, ce sont les conseillers de la commune du 10ème arrondissement, dont Mahamat Tom Noueri. Pour eux, le maire doit partir. Pourquoi ? « Nous avons constaté avec beaucoup d’amertume que le Maire demeure toujours incompétent à diriger la commune malgré les rappels à l’ordre lancés par le conseil municipal », leur correspondance rapportée par le Journal. Aussi, poursuit la Voix, collent-ils sur le dos du Maire une palette de récrimination allant du détournement à la confiscation du véhicule de liaison par le receveur en passant par l’arrogance, le mépris, la monopolisation des régies financières, l’accumulation des arriérés des salaires, le refus de présenter des comptes, l’abus d’autorité et faux et usage de faux. Voilà, pourquoi l’hebdomadaire Le Pays de trancher dans son éditorial en ces termes : nous sommes fatigués.
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Attaque « terroriste » contre des soldats français au Mali pendant le sommet de l’UA en Mauritanie

Attaque « terroriste » contre des soldats français au Mali pendant le sommet de l’UA en Mauritanie


Dimanche 1 Juillet 2018 modifié le Lundi 2 Juillet 2018 – 18:27


Des soldats français de l’opération Barkhane ont été visés dimanche par une attaque « terroriste » à Gao au Mali, qui a fait quatre morts et une vingtaine de blessés civils, en plein sommet de l’Union africaine (UA) en Mauritanie voisine qui doit également se pencher sur les questions sécuritaires.




Selon les autorités maliennes citant un bilan provisoire de source hospitalière, cet attentat a fait quatre morts et 23 blessés parmi des civils.

A Paris, l’état-major français des armées a annoncé dimanche soir que quatre soldats français de la force Barkhane ont été blessés dans l’attaque. Il y a eu « quatre blessés chez Barkhane » et au moins deux morts et une vingtaine de blessés chez les civils, a indiqué l’état-major à l’AFP.

« Le terrorisme a encore lâchement frappé au Mali ». « Des civils ont perdu la vie et des militaires français sont blessés », a tweeté la ministre française des Armées, Florence Parly.

Selon une source militaire occidentale, « des militaires français de la force Barkhane (4.000 hommes, NDLR) sont tombés ce dimanche dans une embuscade tendue par des terroristes à la sortie qui mène vers la localité de Bourem ».

« C’est une patrouille de l’opération Barkhane qui a été visée par une voiture piégée conduite par un kamikaze (…) de Gao », a déclaré de son côté une habitante de la ville. « Très vigilant, un blindé lui a barré la voie et le véhicule kamikaze s’est fait exploser », a déclaré Fatouma Wangara.

« Le véhicule bourré d’explosifs a fait beaucoup de dégâts », selon une source hospitalière à Gao, principale ville du nord du Mali.

D’autre part, un véhicule du Mouvement pour le salut de l’Azawad, (MSA, issu de l’ex-rébellion à dominante touareg) « a sauté sur une mine (dimanche) dans le village de Talataye (nord du Mali). Le bilan est de quatre morts et trois blessés », a écrit le MSA sur sa page Facebook.

Présents sur la frontière entre le Mali et le Niger, le GATIA (Groupe d’autodéfense touareg Imghad et alliés, pro-Bamako) et le MSA participent à des opérations de sécurisation aux côtés de la force Barkhane et de l’armée malienne.

Ces attaques soulignent la situation sécuritaire fragile qui prévaut au Mali qui se prépare pour une élection présidentielle le 29 juillet.

Elle a eu lieu alors que le sommet de l’UA est entré dans le vif des débats dimanche à Nouakchott, deux jours après un attentat suicide perpétré vendredi à Sévaré, dans le centre du Mali, contre le QG de la force conjointe du G5 Sahel lancée en 2017.

Le président français Emmanuel Macron doit rencontrer lundi à Nouakchott, en marge du sommet de l’UA, ses homologues du G5 Sahel, une organisation régionale regroupant la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.

En fin de sommet, M. Macron discutera avec ses homologues du G5 Sahel de la lente montée en puissance de la force conjointe mise en place par cette organisation régionale pour lutter contre les jihadistes.

La France, qui conduit dans la région l’opération Barkhane, soutient ce projet, y voyant un possible modèle de prise en main par les Etats africains de leur propre sécurité.

Mais sa mise en oeuvre est pour l’instant marquée par les problèmes de financement et les accusations de violations des droits de l’homme par les troupes de la force conjointe, basée au Mali.

Pour le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, l’attentat perpétré vendredi contre le QG de la force du G5 Sahel démontre qu’il « y a encore énormément de failles » dans la sécurité qui doivent être « corrigées ». L’attaque, qui avait fait trois morts, dont deux militaires de la force du G5 Sahel, « touche le coeur de notre système de sécurité, l’état-major (de la force conjointe du G5 Sahel) installé (à Sévaré). C’est un message envoyé par les terroristes en ce moment précis, moment où nous nous organisons pour stabiliser, sécuriser notre région ».

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, principale alliance jihadiste du Sahel, liée à Al-Qaïda, a revendiqué l’attentat de Sévaré.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda.

Ces groupes en ont été en grande partie chassés à la suite du lancement en janvier 2013 d’une intervention militaire française.

Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et internationales, régulièrement visées par des attaques meurtrières, malgré la signature en mai-juin 2015 d’un accord de paix, censé isoler définitivement les jihadistes, dont l’application accumule les retards.

Dimanche 1 Juillet 2018 – 23:27


afp

Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens

Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens

Par Djiby SOW, le 20 mai 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Djiby Sow est chercheur indépendant. Il s’intéresse aux questions de sécurité internationale et de lutte contre le terrorisme, dans la région du Sahel et en Afrique de l’Ouest en particulier. Djiby Sow est l’auteur de La légalité de l’intervention militaire française au Mali. Contribution à l’étude du cadre juridique de la lutte armée contre le terrorisme international (L’Harmattan, 2016) et contribue régulièrement à l’analyse de divers sujets de géopolitique et d’actualité internationale. Djiby Sow est diplômé de l’Université de Montréal en science politique et en droit international public. Contact : djiby.sow@umontreal.ca

Cette étude inédite présente le concept stratégique de la FC-G5S comme une concession au réalisme, puis le G6 du Sahel ou l’interdépendance stratégique franco-sahélienne. Cette page présente d’abord une synthèse de l’étude, puis l’étude complète au format PDF.

SYNTHÈSE

Le 6 février 2017, les États du G5 Sahel ont lancé une force conjointe de 5000 hommes (la « FC-G5S » ou la « Force ») mandatée pour lutter contre le terrorisme, le trafic de drogue et le trafic d’êtres humains. La FC-G5S est dotée d’un concept d’opérations dual et évolutif dont la première phase consiste en la sécurisation des espaces transfrontaliers de l’espace G5. Ce volet procède de cinq (5) années d’opérations militaires conjointes transfrontalières (OMCT) avec la France, dans le cadre du partenariat militaire conjoint transfrontalier (PMCT). Dans une seconde phase peu élaborée, la FC-G5S devrait muter en une force d’intervention antiterroriste appelée à conduire des opérations dans d’autres zones de l’espace G5.

Les représentations de la FC-G5S dans la littérature oscillent entre la conception d’une création française et celle d’une initiative si authentiquement sahélienne que parler d’appropriation dans le contexte de son opérationnalisation relèverait du fallacieux. L’idée maitresse de cette contribution est que l’identité française ou sahélienne de l’architecte de la FC-G5S importe moins que (i) les déterminismes stratégiques et opérationnels ayant forgé le concept d’opérations de la Force ainsi que (ii) les pesanteurs de son cadre stratégique plus large, dont la combinaison dicte in fine la marge d’appropriation sécuritaire des États du G5 Sahel.

Une marge d’appropriation limitée

Quatre grandes contraintes stratégiques viennent réduire les ambitions de la FC-G5S et consolider le dispositif dans sa dimension transfrontalière :

. Le pilier sécuritaire du G5 Sahel souffre d’une absence de dynamique interne franche et fondée sur une perception commune de la menace. Des équations sécuritaires individuelles et des degrés d’exposition variables au terrorisme et à l’extrémisme violent sont à l’origine de postures stratégiques différenciées. La création de la force multilatérale de sécurisation du Liptako Gourma (janvier 2017) par le Burkina Faso, le Mali et le Niger en réponse à la dégradation sécuritaire dans cette région aura matérialisé la réalité d’un G3 au sein du G5 et sédimenté la FC-G5S dans sa dimension transfrontalière. En octobre 2017, période initialement envisagée pour le plein déploiement de la Force, aucun consensus ne semblait encore avoir été trouvé par les États membres sur les modalités de transition entre les phases du concept d’opérations ;

. Le nord et le centre du Mali ont vocation à constituer la zone de déploiement prioritaire du dispositif dans sa configuration de force d’intervention. La coexistence d’éléments de terrorisme et d’une situation de conflit armé interne soulève toutefois des difficultés juridiques qui imposent aux États du G5 Sahel l’obtention d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU). En particulier eu égard aux cibles de l’emploi de la force : (i) à côté des groupes terroristes, prolifèrent des groupes armés protégés par le droit international (dont certains sont parties au processus de paix inter-malien) et a priori exclus des cibles légales de la FC-G5S et des autres forces offensives qui opèrent au Sahel ; (ii) la plupart des groupes armés actifs dans l’espace G5 participent aux trafics que la FC-G5S a mandat de combattre ;

. Le déploiement de la force d’intervention sahélienne au nord Mali pose la question de son rôle dans un environnement stratégique caractérisé par une forte présence internationale. L’armée française joue déjà le rôle de force d’intervention rapide en soutien de la MINUSMA et mène des opérations antiterroristes, seule ou en coopération avec l’armée malienne et/ou des milices d’autodéfense. La question de la coordination se pose avec moins d’acuité dans le schéma transfrontalier de la FC-G5S : (i) s’inscrivant dans la droite ligne des OMCT, les opérations de la Force reposeront sur une coordination étroite avec Barkhane ; (ii) le déploiement de la FC-G5S intervient dans une logique de complémentarité soulignée par le CSNU et renforcée par la mise en place de mécanismes appropriés de coordination et d’échange de renseignements ;

. D’importantes difficultés financières et opérationnelles obèrent quasi fatalement la montée en puissance de la FC-G5S dans sa dimension transfrontalière, a fortiori dans sa configuration de force d’intervention. La perspective d’un déblocage au compte-goutte des 420m. d’euros réunis en contributions volontaires fait craindre un engagement en pointillés, oscillant entre les OMCT traditionnelles et des opérations labélisées FC-G5S conduites au gré des saisons de la menace. Au plan opérationnel, exception faite de la Mauritanie, redondance avec les effectifs sahéliens de la MINUSMA et surexploitation de ressources limitées sont la règle. Les moyens matériels et techniques des armées du G5 Sahel restent aussi en deçà des exigences d’une pleine opérationnalisation de la FC-G5S quel qu’en soit le volet, malgré une tendance générale à la modernisation observée ces dernières années.

Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l'appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens
Djiby Sow
Chercheur, diplômé de l’Université de Montréal.

Le paradoxe de l’appropriation dans la dépendance

Un second ordre de difficultés découle du cadre stratégique global de la FC-G5S et restreint de façon significative la marge d’appropriation sécuritaire. D’une part, celle-ci est paradoxalement tributaire de la coopération militaire avec la France :

. Annoncée en novembre 2015 et créée en février 2017, c’est à la faveur des difficultés rencontrées par Paris au Sahel que la FC-G5S voit son opérationnalisation s’accélérer. La nette dégradation de la situation sécuritaire régionale sous la garde de Barkhane expose les angles morts de l’antiterrorisme français. Elle s’ajoute au fardeau financier du dispositif et aux problèmes découlant de son élongation sur une superficie de 5,2 millions de kilomètres carrés. L’opérationnalisation accélérée du projet stagnant de force conjointe apparaît comme l’élément clé d’une correction stratégique d’ensemble visant à : (i) réduire l’exposition excessive de Barkhane par le transfert d’une partie du fardeau politique de la sécurité régionale aux États du G5 Sahel ; (ii) permettre une ré-articulation du dispositif français par son recentrage sur le Mali et la boucle du Niger ainsi qu’une réduction des effectifs ;

. Si l’assistance de la France aux armées du G5 Sahel est largement perçue comme l’appui exogène d’une entité à l’autre, les forces françaises exécutent leur mission de renforcement des capacités et de soutien opérationnel, non de l’extérieur mais de l’intérieur d’un édifice de sécurité ad hoc dont elles constituent, par leur centralité et leur prépondérance dans le PMCT, les murs porteurs. L’autonomie opérationnelle de la FC-G5S est dès lors inenvisageable dans l’avenir prévisible : (i) aucun des cinq États du cœur sahélien ne possède les capacités militaires, l’influence et la volonté politiques nécessaires pour se substituer à la France ; (ii) les difficultés de coordination et de logistique mises en lumière par l’opération Hawbi confirment l’invraisemblance du scénario initialement envisagé d’un rôle en retrait de Barkhane dans les opérations de la FC-G5S ;

D’autre part, la coopération avec la France constitue à certains égards un obstacle structurel à une appropriation poussée :

. Nonobstant ses handicaps financiers et opérationnels, le volet de force d’intervention de la FC-G5S entre a priori en conflit avec la mission et le rôle de Barkhane. Les États du G5 Sahel demeurent silencieux là où l’Union africaine, à travers le Processus de Nouakchott, envisageait explicitement une force d’intervention ayant notamment mandat d’« intervenir à l’appui d’éléments de la MINUSMA, en cas de menace grave et imminente, à la demande du Secrétaire général des Nations unies » [1], une mission dévolue aux forces françaises par le CSNU depuis juillet 2013 ;

. En considérant l’appropriation non plus à travers le prisme des moyens militaires mais par celui de leur finalité, à savoir la stabilisation régionale par la pacification prioritaire du Mali, la marge d’appropriation des États du G5 Sahel devient aussi fonction du concours indispensable de l’Algérie. Toutefois, en dépit de coopérations bilatérales relativement soutenues avec ses États membres, la principale puissance régionale se refuse à toute participation directe aux efforts militaires du G5 Sahel : (i) Alger perçoit l’organisation comme un projet français destiné à maintenir des bases militaires françaises à ses frontières ; (ii) le discours officiel préconise une solution afro-africaine aux problèmes de la région et privilégie le cadre fixé par le Processus de Nouakchott à cette fin, ce qui revient en pratique à l’exclusion de la France des initiatives régionales de stabilisation ou, à tout le moins, à sa marginalisation ;

. La France est dans une large mesure une puissance africaine. Elle entend le rester en raison des impératifs stratégiques globaux qui sont les siens et qui ont érigé sa présence en Afrique en constante et priorité de politique étrangère depuis les indépendances. En 2018, « la France a de fait des responsabilités parce qu’elle a des moyens sur place. C’est l’existence de ces moyens qui crée la responsabilité et les demandes d’empire » [2]. De cette réalité fondamentale à la base de l’interdépendance stratégique entre la France et l’Afrique francophone découle le constat que les moyens français et leur fonction de béquille sécuritaire pour les États de la région sont au nombre des facteurs qui grèvent plus largement l’appropriation sécuritaire, en combinaison avec les défaillances « par construction politique » [3] des appareils de défense et de sécurité nationaux (surveillance de l’opposition politique, gardes prétoriennes, mauvaise gouvernance, clientélisme, ethnicisation, etc.).

Le nécessaire élargissement du paradigme sécuritaire

Les perspectives limitées au plan militaire enjoignent les États du G5 Sahel à élargir le champ de l’appropriation sécuritaire. La re-politisation intégrale des problèmes sahéliens et de l’approche de la question sécuritaire apparaissent comme le véritable enjeu.

À brève échéance, le renforcement du traitement politique du problème terroriste est un impératif. Sans prétendre à l’exhaustivité, un espace considérable existe, par exemple, en matière de lutte contre l’extrémisme violent : le Mali est depuis peu le seul des États du G5 Sahel à disposer d’un plan national formel de lutte en la matière. De même, sans constituer une politique officielle de reflux de l’influence religieuse des monarchies du golfe, la position du Tchad à cet égard se démarque, le gouvernement ayant révoqué par le passé les chartes d’organisations et associations d’obédience salafiste [4]. Dans le cas spécifique du Mali, la dégradation continue de la situation sécuritaire impose l’exploration de modes alternatifs de résolution de conflit. À cet égard, l’exercice par le gouvernement de ses prérogatives souveraines, à l’abri des ingérences extérieures, est primordial. Tout particulièrement en ce qui concerne l’option du dialogue avec les groupes armés maliens se revendiquant de l’Islam.

À plus long terme, la logique d’appropriation sécuritaire ne peut faire l’économie d’une refonte des modalités de gouvernance des États et de la réinvention de mécanismes politiques au sein de projets de citoyenneté inclusifs et en cohérence avec les spécificités politiques, historiques et culturelles des sociétés sahéliennes. L’ouverture d’un tel chantier implique notamment d’aller au delà du nexus sécurité-développement et de ré-appréhender la problématique de la sécurité sur une base nationale. À des degrés variables selon le pays considéré, le sous-développement des régions périphériques sahéliennes est l’expression du délitement de l’État. Il constitue l’ancrage le plus puissant du terrorisme, de l’extrémisme violent et des trafics, ainsi qu’un amplificateur des conflits locaux. Mais la faillite de l’État se traduit également par une série de graves dysfonctionnements dans les les centres urbains et politiques (extrême pauvreté, explosion des prix des produits de première nécessité, chômage endémique, défaillance ou inaccessibilité des infrastructures de santé et d’éducation, etc.) et fait le lit d’une défiance ouverte et croissante à l’égard des pouvoirs publics.

À la veille de l’échéance présidentielle 2018, le Mali fait figure de cas d’école en matière de généralisation de la contestation de l’État, mais les forces centrifuges qui travaillent le pays ont leurs abcès de fixation dans les États voisins, qu’il s’agisse de la révolution bloquée au Burkina, de la question identitaire en Mauritanie, de la gouvernance politique du Niger ou du rejet de la personnalisation du pouvoir au Tchad. C’est dans cette très forte tension sur les appareils politiques sahéliens que se situe la principale menace pour la sécurité, la paix et la stabilité régionales et internationales. Elle exige une réponse politique de fond que seules les collectivités sahéliennes ont la responsabilité et la légitimité d’apporter.


Plus : L’étude complète au format PDF. Djiby Sow, « Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens »

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Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens
Une étude de Djiby Sow pour Diploweb.com. Ce document pdf présente la version intégrale (26 pages)

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La République centrafricaine, « un condensé des malheurs du continent noir

Entretien

La République centrafricaine, « un condensé des malheurs du continent noir »

Jean-Pierre Tuquoi Journaliste

Dans son livre Oubangui-Chari, le pays qui n’existait pas, l’ancien journaliste au Monde Jean-Pierre Tuquoi, brosse le portrait d’une République centrafricaine qui avait tout pour assurer la prospérité de ses habitants – sols riches en matières premières, absence de sécheresses, forêts, savoir-faire etc. -, mais qui a été mené à « l’agonie ». C’est aujourd’hui un pays « en lambeaux », miné par la violence et une pauvreté extrême, qui touche sept habitants sur dix. Mardi 30 janvier, le conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé pour un an l’embargo sur les armes imposé à la République centrafricaine, en raison des menaces que constituent les groupes armés, et les craintes d’un risque de nettoyage ethnique.

Vous parlez d’un « pays fantôme créé de toutes pièces »  et d’un « immense gâchis ». Peut-on tirer le fil d’une responsabilité française dans cette désolation ?

Elle n’explique pas tout, mais elle est indéniable. Le Centrafrique – l’Oubangui-Chari d’avant l’indépendance – est une création de la colonisation française, au même titre que le Tchad, le Gabon ou le Cameroun. Les frontières, la langue, la religion, la monnaie, la division administrative… Tout ce qui aujourd’hui caractérise le pays a été voulu par la France. Le pays n’existait pas auparavant. C’était une immense tâche blanche au cœur du continent africain, un territoire saigné par la traite négrière arabe.

Le Centrafrique est une immense tâche blanche au coeur du continent africain, un territoire saigné par la traite négrière arabe

Mais si la France a colonisé le pays elle l’a fait a minima, sans se donner les moyens de le développer. Pour comprendre ce désintérêt, il faut remonter le cours de l’Histoire jusqu’à l’épisode de Fachoda en 1898. Fachoda, un village du Soudan du Sud, c’est l’affrontement de deux impérialismes, français et britannique. Les Français  voulaient établir une continuité territoriale entre leurs possessions sur la côte ouest africaine et celles de la côte est.

Si le projet s’était réalisé, l’Oubangui-Chari devenait une position charnière, à mi-chemin. L’opposition britannique a ruiné le projet et enlevé tout intérêt à cette colonie éloignée de tout, sans accès à la mer. Paris s’en est donc désintéressé. Les fonctionnaires coloniaux étaient très rares en Oubangui. Paris s’est déchargé de tout et a, en quelque sorte, privatisé la colonie. Le développement en était confié à des intérêts privés. C’était le pire des choix.

L’histoire coloniale pèse-t-elle toujours beaucoup ?

Oui, bien sûr. On ne gomme pas un demi-siècle de colonisation comme ça. Surtout lorsque de cette colonisation est issue une grande partie de ce qui constitue l’essence moderne du pays.

Paris s’est déchargé de tout et a confié le développement du Centrafrique à des intérêts privés. C’était le pire des choix

J’ajoute que les Centrafricains jouent de ce passé colonial. Ils le mettent en avant pour se dédouaner, et s’exonérer de toute responsabilité dans le drame de leur pays. Face à un problème, leur réflexe immédiat est de se tourner vers Paris et d’attendre de l’ex colonisateur qu’il règle le problème. Un ancien responsable politique centrafricain d’une grande envergure, Jean-Paul Ngoupandé, avait inventé une expression pour qualifier cette attitude. Il parlait du « syndrome Barracuda », du nom de l’opération militaire française qui avait abouti à l’éviction de l’empereur Bokassa. Je crois que le syndrome Barracuda » existe toujours.

Dans votre récit, un seul Président semblait avoir l’envergure nécessaire, Barthélémy Boganda, mort dans un accident en 1959. Qu’est-ce qui a empêché selon vous l’arrivée sur la scène politique d’une personnalité équivalente par la suite ?

Imaginez la situation du pays à la disparition de Boganda. Il est vaste, très peu peuplé, avec une culture traditionnelle omniprésente. Il n’y a pas d’élite locale. La France n’en a pas formé. Combien de bacheliers au total ? Une douzaine, plus deux ou trois diplômés de l’Université ? Barthélémy Boganda, parce que c’était un ancien prêtre, était l’intellectuel de ce pays en gestation. Il était l’homme le plus instruit. A sa disparition, s’affrontent des hommes d’une trentaine d’années, sans expérience, sur fond de guerre froide. C’est ainsi qu’un soudard comme Bokassa va prendre le pouvoir avec, disons-le, la bénédiction de la France.

Le président Boganda voulait que les anciennes colonies de l’Afrique francophone se rapprochent et ne fassent plus qu’un. C’était une belle utopie

Boganda avait conscience de la faiblesse de son pays et des pays voisins.  Pour cette raison il s’était fait le chantre des Etats-Unis d’Afrique. Il voulait que les anciennes colonies de l’Afrique francophone se rapprochent et ne fassent plus qu’un. C’était une belle utopie.

La France n’a eu de cesse de s’immiscer dans les affaires de son ancienne colonie. Comment analysez-vous le rôle de la France, notamment depuis le départ des troupes françaises ?

Dans le contexte de la guerre froide, disposer d’une base militaire au cœur du continent africain avait du sens. C’était une sorte de porte-avion. L’armée française a tout fait pour maintenir cette présence, d’autant que, dans les années 1980, elle affrontait un colonel Kadhafi qui avait des visées sur le Tchad et au-delà.

Aujourd’hui, avec la fin de la guerre froide, le Centrafrique n’a plus d’importance stratégique

Aujourd’hui, avec la fin de la guerre froide, le Centrafrique n’a plus d’importance stratégique. Maintenir une présence militaire française n’est pas une priorité. Sur le plan économique, le Centrafrique est un nain. Les entreprises tricolores sont une poignée sur place. Le chiffre d’affaires global de Total, numéro 1 sur le marché des carburants, ne doit pas dépasser celui d’une station d’autoroute en France.

Vous écrivez que le salut ne viendra pas du président Touadéra, élu en 2016, alors qu’il disposait pourtant d’une vraie légitimité. Pourquoi ?

Je suis convaincu qu’il a gagné l’élection présidentielle à la loyale. J’étais sur place lors du scrutin. Les habitants voyaient surtout en lui un homme non corrompu, un universitaire qui, tout premier ministre qu’il était du chef de l’Etat précédent, avait continué à donner des cours à l’université.

Il fallait un président exceptionnel pour relever ce pays. Touadéra ne l’est pas

Hélas, il n’a pas tenu les promesses. Il s’est révélé pusillanime, faible, sans grande consistance. Il fallait un président exceptionnel pour relever ce pays. Touadéra ne l’est pas. C’est un président « normal » dans le mauvais sens du terme.

L’Eglise pèse-t-elle encore beaucoup ?

Oui, je pense même que c’est l’unique force qui subsiste. Elle a beaucoup d’influence et lorsque les responsables catholiques, protestants et musulmans parlent d’une seule voix, celle-ci porte. Les politiques sont obligés de les entendre.

L’Eglise demeure l’unique force qui subsiste, ce qui ne vaut pas d’ailleurs que pour le Centrafrique

Ca ne vaut pas d’ailleurs que pour le Centrafrique. Observez ce qui se passe dans le pays voisin, en République démocratique du Congo :  c’est l’Eglise qui est la principale force d’opposition au président Kabila.

Qu’y a t-il à attendre de la société civile, encore peu développée ?

En Centrafrique, elle n’existe pour ainsi dire pas. Il y a des individus souvent estimables mais leur écho est faible. Se revendiquer de la société civile, créer une ONG, c’est surtout un moyen pour obtenir des subsides de la communauté internationale. Il faut bien vivre dans ce pays en ruines…

De bien des manières, ce pays semble concentrer les difficultés de plusieurs pays du continent…

Oui, vous avez raison, et c’est pour cette raison qu’il m’intéresse particulièrement.

Le drame de ce pays, c’est d’être situé dans une région on ne peut plus instable

C’est un condensé des malheurs du continent noir. On y retrouve les mêmes problèmes qu’ailleurs mais à une échelle plus importante.

Quelles graines d’espoir entrevoyez-vous ?

A court terme, je n’en vois guère. C’est un pays qui dispose de ressources suffisantes pour se développer. Son agriculture peut nourrir les habitants des pays voisins. Il a du diamant et de l’or, sans doute un peu de pétrole, des ressources forestières importantes.

Sur le plan touristique, il pourrait attirer tous les fous de la forêt tropicale. Son drame, c’est d’être situé dans une région on ne peut plus instable. Et de ne pas disposer d’une classe politique digne de ce nom, de dirigeants soucieux du bien commun.

Ancien journaliste au Monde, Jean-Pierre Tuquoi est l’auteur de plusieurs ouvrages. Il vient de publier « Oubangui-Chari. Le pays qui n’existait pas » aux éditions La Découverte (2017).  

Propos recueillis par Catherine André

Sommet à Niamey du G5 Sahel sur la force militaire conjointe

Sommet à Niamey du G5 Sahel sur la force militaire conjointe

Niamey – Un sommet des chefs d’Etat du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), s’est ouvert mardi à Niamey pour boucler le financement de la force militaire conjointe et assurer sa montée en puissance, a constaté un journaliste de l’AFP.

Les présidents burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, tchadien Idriss Déby, mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, malien Ibrahim Boubacar Keïta et nigérien Mahamadou Issoufou étaient présents à l’ouverture du sommet, ainsi que la ministre française de la Défense Florence Parly.

Lancée début 2017, la force conjointe, dont la mission est de combattre les groupes jihadistes qui sévissent dans la région sahélienne, « sera opérationnelle à la fin du mois de mars », a affirmé dimanche devant la presse le ministre malien des Affaires étrangères Tiéman Hubert Coulibaly.

A l’ouverture du sommet, le président Issoufou a souligné « l’urgence que cette force soit opérationnelle » pour la « sécurité » des pays sahéliens. Florence Parly a estimé que c’était « désormais en bonne voie ».

Lors du sommet, les chefs d’Etat vont plancher sur la recherche « des financements complémentaires » pour assurer « la montée en puissance » de la force conjointe, qui doit être composée de 5.000 soldats des cinq pays impliqués d’ici la mi-2018, selon une source proche du sommet.

Les groupes jihadistes, dispersés lors de l’intervention française au Mali en 2013, ont retrouvé depuis un nouveau souffle dans le nord et le centre de ce pays malgré la présence de 12.000 Casques bleus de l’ONU et de la force française Barkhane qui compte 4.000 hommes dans la région.

Multipliant les attaques contre ces forces et l’armée malienne, ils ont étendu en 2017 leurs actions au centre et au sud du Mali, à la frontière avec le Niger et le Burkina Faso, qui sont aussi régulièrement touchés.

La force du G5 Sahel a déjà un quartier général, à Sévaré au Mali, et a déjà mené en coordination avec Barkhane deux opérations dans la zone des « trois frontières » entre Mali, Niger et Burkina Faso.

Les pays du G5 Sahel, parmi les plus pauvres du monde, peinent cependant à réunir les 250 millions d’euros nécessaires à la force conjointe.

Pour l’heure, l’Union européenne a promis 50 millions d’euros, la France 8 millions (surtout en matériel), chacun des cinq pays fondateurs 10 millions, et l’Arabie saoudite une contribution de 100 millions de dollars. Les Etats-Unis ont quant à eux promis aux cinq pays membres du G5 Sahel une aide bilatérale globale de 60 millions de dollars. Une nouvelle conférence de financement de la force conjointe est prévue le 23 février à Bruxelles.

Comme l’a rappelé Florence Parly, « les opérations de la force conjointe doivent être coordonnées avec des actions au bénéfice des populations », pour voir un « vrai recul des terroristes ».

Sur ce registre, le G5 Sahel a signé lundi un protocole d’entente avec le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), pour que les deux agences onusiennes appuient « la résilience alimentaire » des populations des cinq Etats sur la période 2018-2020.

Les présidents du G5 vont par ailleurs étudier lors du sommet le processus de suppression des visas et des frais d’itinérance entre les cinq pays, ainsi qu’un projet pour la création d’une compagnie aérienne « Air Sahel » et un autre pour la construction d’un chemin de fer « transsahélien » de près de 6000 km.

A l’issue du sommet de Niamey, Ibrahim Boubakar Keïta cèdera la présidence du G5 Sahel à son homologue nigérien.

(©AFP / 06 février 2018 15h40)

https://www.romandie.com/news/Sommet-a-Niamey-du-G5-Sahel-sur-la-force-militaire-conjointe/887861.rom

Le Niger au carrefour des conflits

Le Niger au carrefour des conflits

La région du Sahel est depuis longtemps une zone pauvre et instable. La présence de groupes djihadistes, de sections indépendantistes ainsi que la multiplicité des trafics touchent tous les pays de la zone. Au milieu, coincé entre sept pays, se trouve le Niger. Cet État, un des plus pauvres du monde, semble pourtant plus solide que ses voisins sur de nombreux points.

De nombreux groupes djihadistes sont présents à la frontière nigérienne. Pour s’en persuader, il suffit de regarder une carte : le pays est frontalier avec au moins quatre pays soumis à la pression terroriste, qui ont bien du mal à assurer la sécurité de leurs territoires respectifs. Pour rappel, à la frontière avec l’Algérie, la Libye et le Mali, des groupes djihadistes se sont développés, pour la plupart reliés à Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI). A la frontière avec la Libye, le Niger subit en plus le conflit entre deux peuples : les Toubous et les Touaregs. Enfin, au Nigeria, situé au sud-est du pays, et plus particulièrement dans la région de Diffa, le groupe djihadiste Boko Haram est encore présent.

Certes, grâce à une politique active menée par Muhammadu Buhari, Idriss Deby et Mahamadou Issoufou respectivement présidents du Nigeria, du Tchad et du Niger, Boko Haram recule de plus en plus. Mais la lutte est loin d’être gagnée. Quant à l’opération militaire française Barkhane, dont le QG est basé au Tchad, elle apporte une aide non négligeable pour le rétablissement de la sécurité dans la région. Mais là encore, rien n’est acquis.

Une stabilité remarquable, malgré des aspects négatifs

Avec un taux de fécondité de 6,62 enfants par femme en moyenne (2016 – taux le plus élevé au monde), une place de dernier au classement de l’Indice de développement humain (IDH), et 60% de la population vivant avec moins de 1 dollar par jours, on pourrait très facilement penser que le Niger est un État failli. Et pourtant, des institutions existent toujours !

Pour tenter de comprendre cette stabilité, plusieurs éléments sont à prendre en compte.

Tout d’abord, le Niger a beaucoup moins de problèmes avec les velléités indépendantistes touaregs que ne peut l’avoir le Mali. En 1995, après quatre ans de guerre, un accord a été signé entre le pouvoir central et l’élite touareg. Celui-ci a donné une plus grande autonomie aux touaregs, et une véritable politique d’apaisement a été conduite entre Niamey et le Nord du Niger. En jouant la carte de la décentralisation, le gouvernement arrive à garder une influence sur son territoire, tout en laissant une grande autonomie aux différentes régions.

La relation solide entre le Tchad et le Niger est aussi l’un des marqueurs forts de la stabilité nigérienne. La coopération économique et militaire a été renforcée par un accord bilatéral signé en 2012 entre les deux pays. L’organisation du G5-Sahel (groupe comprenant cinq États sahéliens) est également en train de se mettre en place pour lutter contre les mouvements djihadistes.

Comme les autres pays de la région, le Niger est, par ailleurs, soutenu par l’aide extérieure dont il est très dépendant. Le pays aurait ainsi reçu 918 milliards de dollars d’aide au développement en 2014. De plus, 50 milliards de francs CFA auraient également étaient versés par l’Union européenne pour aider le Niger à contenir les migrations.

De nombreux pays sont aussi intéressés par le Niger sur le plan sécuritaire. La France et les États-Unis possèdent plusieurs bases militaires réparties dans le pays. Les Américains vont d’ailleurs inaugurer une nouvelle base à Agadez, entièrement destinée à l’usage des drones.

D’autres pays, comme l’Allemagne, souhaitent également s’implanter dans ce pays. La visite de la chancelière Angela Merkel le 10 octobre 2016 à Niamey en est bien la preuve.

Selon M. Olivier de Sardan, spécialiste du Niger, on ne peut pas considérer le Niger comme un « hub » sécuritaire au même titre que le Tchad. Néanmoins, il représente un point d’appui non négligeable dans la lutte contre le terrorisme.

Enfin, la stabilité du Niger prend racine dans le sentiment national que Niamey met beaucoup d’ardeur à entretenir. Fiers de se sentir nigériens, les Nigériens sont les premiers garants du respect et de la légitimité des institutions. Ainsi, d’après Afro-baromètre 2016, 92% de la population dit avoir un avis favorable sur l’armée. C’est le taux le plus élevé dans la région. À titre de comparaison, ce chiffre s’élève à 21% au Nigeria.

Mais le Niger n’est pas pour autant à l’abri des tempêtes. C’est loin d’être un État en paix. Les mouvances islamistes radicales sont bien réelles même si elles ont peu d’influence. De plus, le budget alloué à la défense dépasse les 5% du PIB national, ce qui est conséquent pour un pays comme celui-ci. Investir dans d’autres secteurs, comme l’éducation ou la santé, pourrait être un moyen efficace pour qu’apparaisse enfin un développement économique et social solide.

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