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Michel Collon Sur L’affaire USA Vs Huawei (Investig’Action)

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Michel Collon Sur L’affaire USA Vs Huawei (Investig’Action)

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Huawei : la guerre technologique est déclarée

Huawei ne devrait pas être le seul perdant du bras de fer engagé par les Etats-Unis.
PHOTO : © ZUMA Press/ZUMA/REA
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COMMERCE

Huawei : la guerre technologique est déclarée

En privant le le géant chinois des télécoms Huawei d’accès à leur marché, les Etats-Unis franchissent un cap dans leur affrontement commercial avec la Chine. Un épisode qui révèle également combien le secteur des télécoms dépend technologiquement d’un très petit nombre d’acteurs.

Les Etats-Unis ont sorti l’artillerie lourde. En annonçant l’inscription de l’entreprise chinoise Huawei sur la liste des sociétés avec lesquelles il est interdit de commercer, le gouvernement américain a franchi un cap dans la guerre technologique qui l’oppose avec la Chine. Aussitôt cette décision prise, toute une série d’entreprises américaines ont déclaré arrêter de fournir leurs services à Huawei. Ces décisions privent donc la société chinoise de nombreux services sur lesquels reposent ses produits, et en premier lieu ceux fournis par Google avec le système d’exploitation pour mobile Android. Cette décision n’impacte donc pas uniquement la société chinoise, mais aussi l’ensemble des utilisateurs de produits Huawei de par le monde. Et montre à que le secteur des télécommunications est technologiquement dépendant d’un très petit nombre d’acteurs, parmi lesquels Google… Et Huawei elle-même. Décryptage en cinq points.

1/ Pourquoi tant de tensions autour de Huawei ?

Huawei est essentiellement connue du grand public pour ses smartphones, marché dont elle occupe la deuxième place mondiale, derrière Samsung mais devant Apple. Mais l’entreprise est surtout un équipementier de télécoms : elle fournit les opérateurs téléphoniques (Orange, SFR, etc.) en routeurs et antennes relais. C’est même le leader mondial de ce secteur.

Or, dans le développement du réseau mobile cinquième génération, appelé plus communément la 5G, Huawei est également très bien positionnée. Les standards de cette technologie, qui doit être déployée dans les prochaines années, ne sont pas encore parfaitement définis, mais celle-ci constitue bien plus qu’une amélioration des standards antérieurs. En s’appuyant sur des bandes de fréquences bien plus élevées, elle pourra transmettre davantage de données et plus rapidement. Ses promoteurs avancent un débit multiplié par dix et un délai de transmission réduit d’autant. Sur cette technologie devrait se développer tout un tas d’usages nouveaux : la réalité virtuelle, les voitures autonomes, les objets connectés et, peut-être, l’industrie du futur.

Evidemment, l’acteur qui fournira le matériel sur lequel reposera la 5G aura un rôle stratégique majeur. Ce d’autant qu’on suspecte les équipementiers qui vont produire en série les antennes relais d’y ajouter des « portes dérobées » (backdoors). Celles-ci permettent de récupérer des informations et des données qui transitent par ces équipements.

Ce risque de cyberespionnage n’est cependant pas le seul qui explique les tensions. Un équipementier occupant une position dominante sur un réseau a aussi une capacité d’intervention sur ce dernier pour éventuellement l’interrompre à un moment donné et nuire à sa stabilité. C’est bien pour cela, alors que les opérateurs sont en train de faire leur choix entre les différents équipementiers pour leur futur réseau 5G, que ce sujet s’invite au cœur des tensions internationales et géopolitiques.

Reste qu’étant donné l’avance qu’avait prise Huawei, se passer d’elle pourrait ralentir le déploiement de la 5G de deux ans et coûter très cher, a estimé l’opérateur Deutsch Telekom.

2/ Que craignent les Etats-Unis ?

Washington accuse Huawei de cyberespionnage et de collaboration avec les autorités chinoises. S’ils n’ont pas de réelles preuves, les Etat-Unis s’appuient sur différentes enquêtes internationales suspectant l’entreprise d’espionnage. Surtout, ils mettent en avant la législation chinoise, qui oblige les entreprises nationales à collaborer avec les autorités.

La loi sur la cybersécurité de 2017 stipule en effet que « les entreprises de réseau doivent fournir un support et une assistance aux autorités publiques, c’est-à-dire à la police », explique Séverine Arsène, chercheuse associée au Médialab de Sciences Po. « La loi chinoise sur le terrorisme indique également que les activités de télécoms doivent contribuer à la collecte d’informations », ajoute cette sinologue. Les autorités ont en outre un accès privilégié aux données stockées sur le territoire chinois, ce qui est évidemment le cas d’une grande partie de celles gérées par Huawei.

Plus globalement, c’est bien l’absence de réel Etat de droit chinois qui pose problème. « La Chine est un Etat qui définit de manière large les termes dans ses dispositions réglementaires, si bien qu’il est difficile de statuer sur les accusations d’espionnage, précise Séverine Arsène, mais la formulation de la loi laisse supposer que la police peut avoir accès à certaines données. »

La stratégie américaine est cependant à mettre en perspective avec le fait que, dans le secteur stratégique de la 5G, elle a laissé un acteur étranger prendre les devants. « La guerre commerciale et technologique que livrent les Etats-Unis peut aussi être vue comme une volonté de ralentir Huawei pour tenter de rattraper leur retard », expliquait en janvier Michel Nakhla, professeur d’économie et de gestion à l’école Mines ParisTech.

3/ Comment réagit l’Europe ?

Les Etats-Unis ont fortement incité leurs alliés à l’imiter et à bannir l’entreprise chinoise de leurs marchés. Les réactions européennes ont cependant été très variées. La France s’est dotée le mois dernier d’une loi, ne visant pas spécifiquement Huawei, mais permettant d’exclure n’importe quel équipementier sur décision des services du gouvernement. L’entreprise est pour l’instant autorisée à répondre aux appels d’offres des opérateurs allemands.

Selon des fuites dans la presse, le Royaume-Uni s’apprêterait, lui, à autoriser Huawei, tant qu’il ne fournit pas d’équipement pour le centre du réseau, comme les grandes villes où circulent des grandes quantités de données sensibles. Cette décision, qui n’a pas encore été officialisée, surprend de la part de l’allié historique des Américains. Plusieurs ministres britanniques ont d’ailleurs fait part de leurs réserves quant à l’autorisation du géant des télécoms chinois.

Le Royaume-Uni est cependant dans une position délicate, car le pays est engagé avec le géant chinois depuis longtemps. Le groupe y est présent depuis 2001 et emploie aujourd’hui plus de 1 500 personnes. Il a même promis un investissement de plus de 3 milliards de livres l’année dernière. Plus globalement, l’île est la première destination des investissements chinois en Europe. Et vu les difficultés commerciales qui s’annoncent avec le Brexit, il serait particulièrement inopportun pour les sujets de sa Majesté de se fâcher avec un tel partenaire…

Huawei, de son côté, multiplie naturellement les efforts pour amadouer les Européens. Il a ouvert ces dernières semaines son deuxième centre de cybersécurité à Bruxelles, en plus de celui de Londres.

4/ Quel impact pour Huawei ?

Washington a placé la firme chinoise sur sa liste d’entreprises à risque, rendant obligatoire l’autorisation des autorités pour commercer avec lui. Mais les charges retenues contre Huawei sont telles qu’il s’agit bien, en réalité, d’un bannissement commercial. L’entreprise dispose cependant d’un délai de quatre-vingt-dix jours pour arrêter progressivement toutes ses activités avec les acteurs américains. Le gouvernement américain pourrait également profiter de ce sursis de trois mois pour changer éventuellement d’avis, s’il juge les conséquences trop importantes dans sa guerre commerciale avec la Chine.

En attendant, voilà Huawei privé des logiciels de Microsoft et, donc, de Google. Au-delà du système d’exploitation Android, ce sont aussi des applications aussi répandues que Gmail (messagerie), YouTube (vidéo), GoogleSearch (moteur de recherche), Maps (cartographie) ou Google Play Store auxquelles le géant chinois n’aura plus accès.

Un véritable handicap pour le marché international, car il est évidemment très difficile de vendre des smartphones sans certaines de ces applications. Même la Commission européenne estime que le magasin d’application Google Play Store est une « application indispensable » au vu de sa position dominante. Pour les consommateurs ayant déjà un smartphone Huawei, les logiciels ne seront pas supprimés, mais toutes les mises à jour ne seront pas accessibles. L’accès aux dernières versions des applications risque donc d’être difficile.

Pour le marché chinois, cela n’aura pas de trop lourdes conséquences, car des acteurs nationaux ont développé certains services similaires. En résumé, les Chinois ont leur propre Google, auquel manque toutefois la pièce centrale : le système d’exploitation. Android étant développé en « open source », il pourrait être copié pour proposer un service similaire. Mais le service de Google n’est transparent qu’en son centre, et pas sur l’ensemble des services et de son univers nécessaire au développement d’un système d’exploitation, que ce soit le magasin d’application ou les API (interface de programmation d’applications).

La dépendance chinoise ne concerne pas uniquement la partie logicielle (« software ») mais aussi la partie équipement avec la fourniture (« hardware ») de produits indispensables comme les semi-conducteurs qu’assuraient les Américains Intel, Broadcom et Qualcomm. « Malgré ses efforts, la Chine n’a pas encore de constructeurs de puces et de semi-conducteurs chinois sous droit intellectuel chinois », résume Séverine Arsène.

5/ Un marché sous dépendance ?

Huawei ne devrait pas être le seul perdant du bras de fer engagé par les Etats-Unis. Car s’il voit des fournisseurs stratégiques se désolidariser de lui, ces derniers perdent également un client important. Ces acteurs, en petit nombre, sont cependant quasi exclusivement localisés dans deux pays et juridictions : les Etats-Unis et la Chine. Si bien que le reste du monde est globalement dépendant d’acteurs eux-mêmes interdépendants, appartenant aux deux premières puissances commerciales mondiales, dont les relations ne cessent de se tendre !

Malgré un impact réel des décisions américaines, la Chine peut se passer des géants numériques américains, puisqu’elle a des équivalents nationaux. Mais si une telle décision venait à toucher l’Europe, le résultat serait tout autre. Ceci laisse donc imaginer les conséquences dans nos sociétés d’une privation de services aussi stratégique que Google, Microsoft, Amazon, Intel, etc.

Comme le rappelle Benoît Thieulin, ancien président du Conseil national du numérique : la domination américaine sur l’Europe « se fait à tous les niveaux de la puissance numérique : les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, le commerce en ligne, les infrastructures technologiques, l’intelligence artificielle (IA)… ». Voilà un beau sujet de réflexion pour le Parlement européen qui sera élu ce dimanche…

 

Les États-Unis «sous-estiment la force» de Huawei, affirme le fondateur de la société chinoise

Les États-Unis «sous-estiment la force» de Huawei, affirme le fondateur de la société chinoise

© REUTERS / Charles Platiau
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Les restrictions imposées par l’administration américaine au géant chinois des télécoms ont peu de répercussions sur la firme, qui s’est préparée à faire face à ces mesures, a déclaré son fondateur, Ren Zhengfei.

Le fondateur du géant chinois des télécoms Huawei, Ren Zhengfei, a déclaré ce mardi 21 mai que les États-Unis «sous-estimaient» son entreprise, promettant que son programme de développement de la 5G ne serait «pas affecté» par les mesures américaines visant à le bloquer.

«Le personnel politique américain, par ses façons de faire à l’heure actuelle, montre qu’il sous-estime notre force», a indiqué M. Ren lors d’un entretien accordé à la chaîne de télévision chinoise CCTV.

Le département américain du Commerce est revenu lundi 21 mai sur une partie des restrictions qu’il avait imposées à Huawei en autorisant temporairement, jusqu’au 19 août, la compagnie à conserver ses réseaux existants et à fournir des mises à jour logicielles pour les possesseurs de ses téléphones.

Il est toujours interdit à Huawei de se procurer des composants et des pièces électroniques pour fabriquer de nouveaux produits sans recevoir une autorisation préalable de l’administration américaine.Ce délai vise à donner le temps aux opérateurs utilisant du matériel Huawei de trouver des solutions alternatives, a déclaré le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, dans un communiqué.

Le département du Commerce a indiqué qu’il étudierait la possibilité de prolonger ou non ce délai au-delà de 90 jours.

Donald Trump a signé le 15 mai un décret interdisant aux entreprises américaines d’utiliser du matériel de télécommunication fabriqué par des entreprises présentant un risque pour la sécurité nationale, ce qui revient à interdire aux groupes américains de faire affaire avec Huawei, et son administration a placé la firme chinoise sur une liste noire rendant presque impossible l’achat de produits fabriqués aux États-Unis.

Reuters a rapporté le 19 mai que Google, filiale d’Alphabet, ne fournirait plus de logiciel, de matériel informatique et de service technique à Huawei à l’exception des services disponibles en open source.

https://fr.sputniknews.com/international/201905211041189508-les-etats-unis-sous-estiment-la-force-de-huawei-affirme-le-fondateur-de-la-societe-chinoise/

Google coupe les ponts avec Huawei

Google coupe les ponts avec Huawei

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Google coupe les ponts avec Huawei:

L’américain Google, dont le système mobile Android équipe l’immense majorité des smartphones dans le monde, a indiqué ce dimanche commencer à suspendre ses relations avec le chinois Huawei, qui fait partie des entreprises jugées «à risque» par Washington. En pleines tensions commerciales avec Pékin, Donald Trump a interdit cette semaine aux groupes américains de commercer dans les télécommunications auprès de sociétés étrangères jugées dangereuses pour la sécurité nationale, une mesure qui cible notamment Huawei, le géant chinois des télécommunications, bête noire de Washington. Cela interdit en particulier les partages de technologies.

» LIRE AUSSI – Donald Trump punit Huawei et relance les tensions avec Pékin

Le groupe figure nommément dans une liste d’entreprises suspectes auprès desquelles on ne peut commercer qu’après avoir obtenu un feu vert des autorités, établie par le ministère américain du Commerce. «Nous nous nous plions à ce décret et examinons ses implications», a indiqué Google. Les implications peuvent donc en l’espèce être importantes puisque comme tous les groupes technologiques, Google doit collaborer avec les fabricants de smartphones pour que ses systèmes soient compatibles avec les téléphones.

Ainsi Google va devoir stopper les activités qui supposent un transfert de technologies qui ne sont pas publiques (c’est-à-dire en «open source»), ce qui contraindrait le fabricant chinois à n’utiliser que la version «open source» d’Android, a expliqué une source proche du dossier. Huawei ne pourra plus accéder aux applications et services propriétés de Google, comme Gmail par exemple. Huawei a dénoncé cette semaine des «restrictions déraisonnables qui empiéteront sur les droits» du groupe chinois. La firme dont le siège est implanté à Shenzen, dans le sud de la Chine, est depuis longtemps dans le collimateur des autorités américaines, soupçonnée d’espionnage au profit de Pékin qui aurait largement contribué à sa spectaculaire expansion internationale. Au premier trimestre, Huawei a vendu 59,1 millions de smartphones, soit 19% de part de marché, plus que l’américain Apple mais toujours derrière le leader, le sud-coréen Samsung. Huawei est un des leaders dans la 5G, la nouvelle génération d’internet mobile en cours de déploiement.

LIRE AUSSI –

» L’Europe reste divisée face à Huawei


Par

Le Figaro avec AFP
Source: FIGARO

https://eldorhaan.wordpress.com/2019/05/20/google-coupe-les-ponts-avec-huawei/

La Mise À Mort De Huawei Par Google Et La Maison Blanche

Analysis

La Mise À Mort De Huawei Par Google Et La Maison Blanche

Suivant de très près la décision de la Maison Blanche d’interdire l’accès au marché américain à la compagnie chinoise Huawei, Google vient de suspendre ses accords de licences et de partage de produits. C’est un évènement qui fera date dans l’histoire des nouvelles technologies de l’information et des communications.

A la suite de cette décision inédite, Huawei ne dispose plus que du libre accès à la version Open Source (source publique) du système d’exploitation Android, utilisé sur la totalité de ses appareils. Cela veut dire que non seulement les systèmes Android des appareils Huawei ne pourront plus être mis à jour et donc vulnérables à des failles sécuritaires mais seront dans l’incapacité d’installer des applications propriétaires de Google comme Gmail, Google Play Store et assimilés.

Cela veut dire que Washington veut tuer Huawei.

Officiellement, les États-Unis accusent le géant technologique chinois d’espionnage et le perçoivent comme un danger pour leur sécurité nationale. En réalité, ils cherchent à l’anéantir. D’une part pour éliminer la compétition d’un rival devenu insupportable et d’autre part pour damer le pion à Beijing dans le domaine des infrastructures de la technologie 5G.

Cette mesure extraordinaire aura pour effet de pousser ou plutôt forcer les chinois à se lancer dans l’élaboration de leur propre écosystème d’exploitation et à ne plus compter sur les logiciels US. Une substitution chinoise au système Android n’est point une option impossible mais cela aura pour conséquence d’éloigner Huawei de la majorité des pays occidentaux.

Il est quasiment certains que les dizaines de millions d’ordinateurs chinois fonctionnant sous des versions modifiées de Microsoft Windows XP et Windows NT (ceux de la défense en particulier) changeront très bientôt de logiciels d’exploitation.

Après la mésaventure de Huawei, presque aucun pays au monde ne pourra continuer à faire confiance à des géants de la technologie qui se présentent comme des firmes privées mais qui travaillent pour les intérêts d’une oligarchie ayant une réelle influence sur un ou deux gouvernements d’États visant l’hégémonie mondiale.

https://strategika51.org/archives/63011/comment-page-1#comment-62858

L’escalade continue entre la Chine et les Etats-Unis

Donald Trump, président américain, lors des négociations avec le vice-premier ministre chinois (de dos) sur un accord commercial entre la Chine et les Etats-Unis, le 22 février 2019.
PHOTO : ©Martin H. Simon/REDUX-REA
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MONDIALISATION

L’escalade continue entre la Chine et les Etats-Unis

JACQUES ADDA

Alors que les négociations commerciales se poursuivent entre la Chine et les Etats-Unis, Donald Trump a mis ses menaces à exécution. Depuis ce vendredi 10 mai, les droits de douane sur des produits chinois à destination des Etats-Unis représentant quelque 200 milliards de dollars sont augmentés de 10% à 25%. L’empire du milieu a immédiatement annoncé des représailles. Le temps d’une mondialisation vecteur supposé de prospérité globale et de pacification des relations internationales est révolu. La guerre froide économique est déclarée entre les Etats-Unis et la Chine.

Chinamérica : on se souvient peut-être du nom proposé dans les années 2000 par Niall Ferguson et Moritz Schularick, respectivement historien et économiste, pour décrire la relation symbiotique qui s’était créée entre les économies américaine et chinoise à la suite de l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001. Tandis que les produits chinois déferlaient sur le marché américain, les firmes américaines intégraient la Chine dans leurs chaînes globales de production, profitant des bas salaires chinois et gagnant par la même occasion l’accès à un marché au potentiel phénoménal.

La Chine, de son côté, s’appuyait sur la technologie américaine pour se moderniser et recyclait ses excédents commerciaux vers les Etats-Unis en achetant des titres de la dette publique américaine, ce qui lui permettait de bloquer l’appréciation de son taux de change et de rester ultracompétitive. L’afflux de capitaux chinois faisait à son tour pression sur les taux d’intérêt à long terme * aux Etats-Unis, stimulant l’endettement des ménages et des entreprises américains. La croissance économique pouvait ainsi se poursuivre outre-Atlantique, malgré un déficit extérieur croissant, qui était l’image inversée de l’excédent des échanges courants chinois.

Vers un rééquilibrage des échanges

Ce modèle, qui évoque l’âge d’or de la mondialisation, se décompose aujourd’hui sous nos yeux. L’escalade tarifaire initiée par l’administration Trump en janvier 2018 n’est pas seulement la réaction tardive d’un pays excédé par le déficit croissant de ses échanges bilatéraux. De l’ordre de 2 % du produit intérieur brut (PIB) américain, le déficit des échanges avec la Chine équivaut à la moitié du déficit commercial total des Etats-Unis et à 80 % de leur déficit courant. Mais ce dernier s’est contracté de moitié par rapport aux années 2000 et ne dépasse pas 2,5 % du PIB depuis 2013.

De son côté, la Chine a vu son surplus courant  fondre de 10 % du PIB en 2007 à pratiquement zéro en 2018. Si elle reste excédentaire dans ses échanges commerciaux (3 % du PIB), la Chine est en déficit pour un montant équivalent dans ses échanges de services, en raison notamment de l’essor du tourisme chinois à l’étranger. L’argumentaire traditionnel sur le néomercantilisme * chinois et la sous-évaluation du yuan est donc largement caduc.

Même si l’accord en cours de négociation entre les Etats-Unis et la Chine crée les conditions d’un rééquilibrage des échanges à horizon 2024, grâce notamment à l’engagement de Pékin de s’approvisionner massivement en produits américains dans les domaines agricole et énergétique, il ne porte pas principalement sur les questions commerciales. Ce sur quoi butent les négociateurs, c’est l’exigence américaine d’une stricte application par la Chine des règles de l’OMC concernant le respect de la propriété intellectuelle, l’arrêt des transferts de technologie forcés auxquels sont exposées les firmes américaines opérant en Chine, l’élimination des restrictions aux investissements étrangers dans les domaines contrôlés par les entreprises publiques de ce pays ainsi que des subventions en tous genres dont bénéficient les producteurs chinois, à quoi s’ajoute bien sûr la mise en place d’un mécanisme de contrôle de l’effectivité des engagements de Pékin. Autant de points qui touchent à la nature même du modèle de développement chinois, mais qui font l’objet aux Etats-Unis d’un soutien politique qui transcende les clivages partisans.

Menace stratégique

L’existence d’un tel soutien témoigne de l’acuité de la menace stratégique perçue par la classe politique et les élites économiques américaines. Si le caractère agressif de la démarche américaine évoque l’attitude adoptée face au Japon dans les années 1980, le défi stratégique posé par la montée en puissance de la Chine est d’une tout autre nature et envergure. Il faudrait sans doute revenir à la mise en orbite autour de la Terre de la première fusée Spoutnik par l’Union soviétique en 1957 pour retrouver la trace d’un sentiment aussi aigu de remise en cause de la domination technologique américaine.

Quant à la percée technologique du Japon dans les années 1980 et aux excédents courants qui l’accompagnaient, ils concernaient un pays deux fois moins peuplé (à l’époque) que les Etats-Unis et placé sous leur parapluie atomique. La Chine communiste, elle, est quatre fois plus peuplée que les Etats-Unis, et bien que le niveau de vie moyen de sa population demeure très inférieur à celui des économies avancées, sa masse économique mesurée aux taux de change de parités des pouvoirs d’achat * dépasse déjà celle des Etats-Unis. Si son rythme de croissance tend à se normaliser, il reste deux fois plus rapide au moins que celui des Etats-Unis, qui décline lui aussi sur le long terme.

Surtout, la Chine a beau s’être ouverte à l’économie de marché, elle demeure dirigée par un parti dont l’emprise sur la société a franchi un nouveau palier avec le fichage numérique de la population. L’optimisme relatif qui régnait à Washington dans les années 2000 sur le caractère inéluctable d’une ouverture politique parallèle à l’ouverture économique a reçu un démenti cinglant dans les années 2010 avec l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping et la consolidation de sa mainmise sur les instances dirigeantes du parti.

La Chine de Xi n’est pas seulement plus autocratique, comme en témoigne l’abolition de la limite constitutionnelle à sa réélection future, au-delà du deuxième terme présidentiel entamé en 2018, elle est aussi plus dirigiste. L’idée que le marché doit jouer un rôle plus décisif dans l’allocation des ressources, qui constituait l’axe des réformes menées depuis 1978, a été abandonnée par Xi, qui ne cesse de souligner le rôle des entreprises publiques dans la substitution de productions locales aux importations. Dans le domaine financier, la part de ces entreprises dans les crédits accordés par le secteur bancaire (qui est sous contrôle de l’Etat) est d’ailleurs passée de 30 % en 2012 à 80 % en 2016. A l’inverse, sevré de crédit, le secteur privé voit sa production stagner, tandis que les décisions de ses entreprises font l’objet d’un contrôle de plus en plus serré par les cadres du parti.

Rivalité technologique

Symbole des ambitions chinoises, le plan « Made in China 2025 » vise à mettre la puissance financière de l’Etat au service de la domination dans des domaines tels que l’intelligence artificielle, la robotique, les télécommunications et les technologies de l’information. Des aspirations qui seraient parfaitement légitimes si elles n’émanaient pas d’un Etat dont l’objectif officiel, réaffirmé dans un discours de Xi reproduit récemment dans la presse officielle, demeure le triomphe du socialisme (à la chinoise) sur le capitalisme à l’échelle mondiale.

Et si elles ne s’appuyaient pas sur ce qui est qualifié par les Etats-Unis de pillage systématique des technologies étrangères. Qu’il s’agisse du piratage et de l’espionnage industriels, de l’obligation faite aux entreprises étrangères d’opérer en joint-venture avec des entreprises chinoises, ou des cessions de technologies imposées pour accéder aux marchés publics, les transferts de technologie forcés sont devenus un sujet d’autant plus préoccupant qu’ils portent désormais sur des technologies sensibles du point de vue de la sécurité nationale des pays concernés et de la suprématie technologique au niveau planétaire.

Le renouveau du nationalisme économique américain s’inscrit ainsi dans un contexte d’exacerbation de la rivalité hégémonique entre les deux superpuissances et de recentrage de la Chine sur elle-même. Passée de 11 % en 1990 à 28 % en 2006, la part des importations de biens et services dans le PIB chinois est revenue à 18 % en 2017.

La Chine se recentre sur elle-mêmeRatio des importations de biens et de services par rapport au PIB, en %
LA CHINE SE RECENTRE SUR ELLE-MÊME

Pour les quelque 500 000 firmes étrangères opérant en Chine, la parenthèse historique de l’Eldorado chinois semble doucement se refermer. Et avec elle, c’est une conception de la mondialisation comme vecteur de prospérité globale et de pacification des relations internationales qui s’efface progressivement derrière la réalité crue d’une nouvelle guerre froide, économique cette fois, aux enjeux démultipliés par les potentialités de domination globale ouvertes par les technologies de l’information et de l’intelligence artificielle, sans parler de leurs applications militaires.

Cet article publié le 1er mai a été réactualisé le 10 mai 2019.

 

* 
Taux d’intérêt à long terme : rendement des titres obligataires émis par l’Etat sur des échéances supérieures à deux ans. Une forte demande de titres favorise la hausse de leurs cours, ce qui réduit leur rendement.

** 
Solde de la balance courante : solde des échanges de biens et services auquel s’ajoute le solde des revenus des capitaux (intérêts, dividendes) placés par des résidents à l’étranger et par des non-résidents dans le pays considéré, ainsi que les transferts sans contrepartie (aide au développement, transferts d’argent des travailleurs immigrés, etc.).

*** 
Néomercantilisme : doctrine économique qui conçoit le commerce international comme un jeu à somme nulle et associe la prospérité d’un pays à sa capacité à maximiser le solde de ses échanges courants.

**** 
Taux de change de parités des pouvoirs d’achat : taux de change théoriques, calculés de façon à égaliser le prix d’un panier de biens d’une monnaie à l’autre. Ces taux peuvent différer de façon significative des taux de change observés sur les marchés.

https://www.alternatives-economiques.fr/lescalade-continue-entre-chine-etats-unis/00089248

LA CHINE A DÉJÀ PRÉPARÉ LE TERRAIN POUR LA 5G EN EUROPE

LA CHINE A DÉJÀ PRÉPARÉ LE TERRAIN POUR LA 5G EN EUROPE

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05.04.2019

Le 24 mars 2019, le président de la République Populaire de Chine, Xi Jinping, est arrivé pour sa première visite officielle à Monaco. La Principauté de Monaco, qui compte 40 000 habitants, fait partie de la France et est devenue célèbre grâce au mariage de l’Américaine Grace Kelly avec le Prince Rainier. À l’occasion de cette visite, Monaco Telecom a signé un partenariat avec la société chinoise Huawei, qui fait de Monaco le premier pays au monde à être équipé de la technologie 5G chinoise. Maintenant qu’une tête de pont a été créée en Europe, il ne sera plus possible d’empêcher la technologie 5G de Huawei de s’étendre sur tout le continent.

Les principales entreprises de télécommunications françaises (Free Telecom, Orange, SFR et Bouygues Telecom) s’opposent à l’entrée de Huawei sur le marché français et font pression pour cela au Parlement. Le 3 avril, le Parlement français a ouvert le débat sur un projet de loi controversé présenté par le député Eric Bothorel du parti du président Emmanuel Macron (En Marche!). Eric Bothorel, veut interdire toute collaboration entre opérateurs français et chinois.

Cependant, le 25 mars, Xi Jinping a rencontré le président français Emmanuel Macron. À cette occasion, la compagnie d’aviation publique chinoise a commandé 290 Airbus A 320, d’une valeur supérieure à 35 milliards d’euros. Ce contrat pourrait aboutir au retrait du projet de loi « Bothorel ».

Source : Réseau International

http://katehon.com/fr/article/la-chine-deja-prepare-le-terrain-pour-la-5g-en-europe

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Revue de presse nationale et internationale.

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