Archives pour la catégorie Terrorisme

TERRORISME ISLAMIQUE ET TERRORISME D’ETAT

TERRORISME ISLAMIQUE ET TERRORISME D’ETAT(éditorial de Marc Le Stahler)
Depuis quelques décennies, nous avons fait connaissance avec le terrorisme islamique. Détournements d’avions, fusillades dans les aéroports, les centres commerciaux, prises d’otages et même assassinat d’enfants…
De même qu’ils font commencer le XX° siècle en 1914 par la 1ère Guerre Mondiale, les historiens du futur feront sans doute démarrer le XXIème siècle par le 11 septembre 2001 et l’image du ciel en feu de New York : une Amérique qui se croyait invicible frappée au coeur pour la première fois.En attendant d’autres actions de destruction, qui ne manqueront pas, hélas, de se produire, le terrorisme a pris d’autres facettes plus vicieuses, moins spectaculaires mais tout aussi angoissantes pour nos peuples agressés. Des attaques individuelles, souvent à l’arme blanche, qui frappent un peu partout, un peu tout le monde. Plus aucun pays, plus aucune ville, plus aucun citoyen, ne sont à l’abri de ces fous haineux et sanguinaires.
Nous sommes ainsi tous devenus des Salman Rushdie, condamnés à mort dans notre propre pays, par ceux que nous accueillons contre notre gré, et que l’Etat finance largement, pour des raisons obscures.L‘immigration, ânonne frénétiquement la sénatrice Esther Benbassa, « sert à compenser la baisse de la natalité ». Comme on imagine que cette créature peu engageante soutient ardemment la politique dite de « bioéthique » (et donc la dénatalité autochtone), la conclusion est évidente : nous avons, au sein même de la Chambre Haute, une représentante de la trahison intérieure, et elle n’est sans doute pas la seule…Pas très rassurant… Nous en arrivons aujourd’hui à la forme la plus subtile du terrorisme : le terrorisme d’Etat. Cet Etat, dont nous croyons encore élire les dirigeants, mais qui ne protège plus son propre peuple.
Les fonctions régaliennes (sécurité, justice, répression) ont été abandonnées et remplacées par un laxisme général qui profite largement à nos ennemis.
Des ennemis qui, contrairement aux conflits classiques, sont déjà dans nos villes et dans nos campagnes (et même au Parlement, comme on vient de le voir).En analysant un peu mieux la question, le terrorisme d’Etat ne s’exprime pas que par l’abandon de l’exigence de sécurité intérieure. Il se spécialise maintenant et depuis quelques mois – pandémie oblige – dans le terrorisme psychologique en distillant la peur, voire la panique dans le pays. Aux sinistres « ausweiss » du confinement a succédé le port obligatoire du baillon qui ne sert à rien, sauf à maintenir une ambiance mortifère dans le pays. Tout celà soutenu par les statistiques de contamination, présentées sous un autre angle qu’au printemps, afin de maintenir des chiffres élevés et angoissants, non plus de mortalité, mais de contamination, lesquelles grimpent, évidemment puisque maintenant… on teste !Lire à ce sujet l’article de l’Imprécateur et celui de Suricate où vous apprendrez – on l’ignore souvent – que la France a eu le taux de létalité le plus élevé pour les malades hospitalisés ! 
Les épidémiologistes sérieux s’accordent désormais au moins sur un point : si le virus se répand plus facilement, il est aussi devenu beaucoup moins virulent. Le masque généralisé est une contrainte inutile.
La seule stratégie intelligente est de tester massivement et mettre en quarantaine les personnes infectées jusqu’à ce que la pandémie s’arrête.
Amis Patriotes, mobilisez vous : il est plus que temps de vous réveiller pour « perpétuer la France« , comme le réclame Natacha Polony !
Et n’oubliez pas que chacun d’entre vous détient une parcelle de la France ! Marc Le Stahler
23 août 2020

https://wordpress.com/block-editor/post/ombre43.com/18234

Les déplacés du Sahel : une urgence humanitaire

Les déplacés du Sahel : une urgence humanitaire

Anastasia Athénaïs Porret 25 juin 2020 ActualitéActualités analyséesAfrique et Moyen-Orient Leave a comment3 Shares

La crise pandémique du Covid-19 a posé la question de la mobilité à l’échelle mondiale. Alors que l’Europe poursuit son déconfinement progressif, de nombreux pays africains craignent sur un pic des contaminations entre août et septembre. Si le continent demeure le moins touché par le virus, la menace est très inégale d’un pays à l’autre. La situation pourrait surtout être désastreuse dans certains états du Sahel qui affichent un taux de létalité particulièrement élevéPour ces pays, cette inquiétude s’ajoute à une autre crise qui ne se tarit pas : celle des déplacés et des réfugiés intérieurs. 

La région du Sahel : théâtre d’instabilités multiples

Region du Sahel

Le Sahel désigne habituellement les pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad). Toutefois, géographiquement la ceinture sahélienne comprend une bande de l’Afrique qui s’étend de l’Atlantique à la mer Rouge. Elle recouvre entièrement ou en partie plus de dix pays. Parmi eux le Sénégal, le sud de la Mauritanie, le Mali, l’extrême nord du Burkina Faso, le Niger, l’extrême nord du Nigeria, le Tchad, le Soudan et l’Érythrée.

Depuis plus de huit ans la région est confrontée à de multiples défis humanitaires et sécuritaires. Entre autres, la progression de la menace terroriste qui s’étend maintenant aux périphéries de la ceinture sahélienne. Après le Mali, le nord du Burkina Faso est aujourd’hui particulièrement touché. On remarque en effet un déplacement des conflits depuis 2012, du nord désertique du Mali, à la triple frontière avec le Burkina Faso et le Niger. Le lac Tchad et la Corne de l’Afrique sont aussi devenus des théâtres sanglants d’attaques terroristes. A cela il faut ajouter des conflits communautaires, exacerbés par les conséquences du changement climatique, et aujourd’hui, du coronavirus. 

Le terrorisme à l’origine de déplacement de masse

déplacements forcés
Le Sahel compte aujourd’hui 3,1 millions de réfugiés et déplacés internes.

En 2019 seulement, les violences djihadistes et conflits intercommunautaires ont fait 4 000 morts au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Le nombre de déplacés se compte dans les centaines de milliers. Rien qu’au Burkina Faso plus de 700,000 personnes ont fui les violences ces douze derniers mois.

Ces mouvements de populations sont le résultat d’une progression rapide des groupes djihadistes dans la région. La tendance n’est pas nouvelle. En 2012 une rébellion touareg indépendantiste portée par le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) éclate au Mali. Ils fusionnent avec le groupe salafiste Ansar Dine et sont rejoints par d’autres groupes djihadistes présents dans la région. En quelques mois, ces combattants prennent le contrôle de la moitié du pays.

L’intervention française Serval, remplacée par Barkhane en 2014, contribue à disperser les groupes djihadistes sans pour autant endiguer le mouvement. Fragmentés, ces groupuscules trouvent facilement du soutien dans la région sahélienne en exploitant les rivalités inter-ethniques et inter-communautaires existantes. Le dérèglement climatique qui réduit les zones agricoles et de pâturage accroît d’autant plus ces tensions. En effet, alors que la population est en augmentation croissante, les ressources naturelles s’amenuisent et la radicalisation gagne du terrain.   

Augmentation des déplacés internes Sahéliens 

Il en est de même dans les pays frontaliers. Le nord-ouest du Nigeria est depuis de nombreuses années le foyer de groupes criminels qui terrorisent les populations. Ces « bandits » jusqu’alors non-affiliés idéologiquement se rapprochent de plus en plus de groupes comme Boko Haram. Ces derniers gagnent du terrain dans la région en tissant des liens avec les populations locales sous tension.  

En pleine crise du coronavirus, c’est le Burkina Faso qui retombe sous la coupe des djihadistes. Fin mai, plusieurs attaques terroristes ont fait au moins 50 morts dans le nord et l’est du pays. L’insécurité montante est désormais responsable de l’une des crises de mouvements de population forcés les plus rapides au monde. L’OCHA note une augmentation de 500% du nombre de déplacés au Burkina. Soit au moins 560,000 personnes sur l’année 2019. Il s’agit majoritairement de déplacés internes.   

L’agence des Nations Unis pour les réfugiés définit les déplacés internes comme « des personnes contraintes de fuir à l’intérieur de leur propre pays, notamment en raison de conflits, de violences, de violations des droits humains ou de catastrophes. » Ils représentent le plus grand groupe de personnes déplacées. 

Une augmentation mondiale du nombre de déplacements forcés

Selon le dernier rapport de l’agence des Nations Unis pour les réfugiés (UNHCR), plus de 79,5 millions de personnes étaient déracinées à la fin 2019. Ce chiffre, qui équivaut à plus d’un pour cent de la population mondiale, est le plus haut jamais constaté par l’agence. 

Déplacements internes Sahel
Les déplacements internes sont en augmentation dans la région et souvent subis sur le long terme.

Les réfugiés sahéliens fuient en majorité la guerre et les persécutions. L’enracinement des violences dans la durée et l’augmentation de l’insécurité dans les régions isolées sont un nouveau paramètre à prendre en compte. Ces déplacements forcés sont en effet à la fois plus fréquents qu’auparavant et subis sur le long terme. En effet, sur la zone des trois frontières (Mali, Niger, Burkina Faso) de larges espaces ont été perdus aux mains des djihadistes. Les habitants de ces régions ne bénéficient alors plus d’aucune protection étatique. Ce qui force parfois des villages entiers à migrer durablement vers d’autres régions. 

A cela s’ajoute le fait que la région est particulièrement affectée par la sécheresse et le dérèglement climatique, ce qui attise d’autant plus les tensions. 80% des personnes déracinées se trouvent en effet dans des territoires affectés par l’insécurité alimentaire et la malnutrition. 

Alors que les attaques terroristes se multiplient dans la région, il est également important de prendre en compte la situation sanitaire qui menace ces populations. Le Sahel compte aujourd’hui 3,1 millions de réfugiés et déplacés internes. Selon l’évolution de la situation pandémique, les pays signataires de la Déclaration de Bamako (2019) devront probablement prendre en compte de nouveaux paramètres pour soutenir ces populations dans la durée. 3 Shares

About Anastasia Athénaïs Porret

Anastasia-Athénaïs PORRET est doctorante en sociologie et genre à Paris Diderot. Elle s’intéresse particulièrement à la géopolitique du terrorisme, le Moyen Orient, l’Afrique et les enjeux sécuritaires et d’influence.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/43802-les-deplaces-du-sahel-une-urgence-humanitaire

AFFAIRE COURBET : TERRORISME TURC, REPONSES MUNICHOISES…

AFFAIRE COURBET : TERRORISME TURC, REPONSES MUNICHOISES…

Publié par: Richard Labévièrele: 22 juin, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_Moyen_OrientImprimerEmail

Que s’est-il passé ? Le 10 juin dernier, la FLF (frégate légère furtive) française Courbet (F-712)1 participe à un exercice de l’OTAN (Sea Guardian) en Méditerranée occidentale. Le Courbet est chargé d’une mission de « sûreté maritime » au large des côtes de la Libye, déchirée par une guerre civile depuis 2011. Le pays est l’objet d’un embargo de l’ONU sur l’importation d’armes.

– La frégate Le Courbet, navire français participant à une mission de l’Otan en Méditerranée, a récemment fait l’objet d’une manœuvre « extrêmement agressive » de la part de frégates turques. (Photo archives MARINE NATIONALE)

BRANLE-BAS DE COMBAT

Peu après 17 heures, le Courbet repère un cargo turc – le Circkin – sous pavillon tanzanien. Depuis plusieurs mois, ce bateau est identifié par l’OMI (Organisation internationale maritime)2 comme un navire pratiquant la contrebande d’armes. Sur la coque, son numéro d’identification est masqué et sa balise AIS (numéro 5IM389)3, qui permet une reconnaissance automatique est arrêtée. Le Marcom – qui commande la force de l’OTAN – demande au Courbet de « l’interroger ». Deux frégates turques lance-missiles – Oruç Reis (F-245) et Gökova (F-496) -, qui pourtant participent à l’exercice de l’OTAN s’interposent, engageant une manœuvre hostile. A trois reprises (durant 30 à 40 secondes), elles « illuminent » le Courbet avec leur radar préparant une « conduite de tir ».
Appellation technique, le terme d’« illumination » ne signifie pas que le Courbet visé a été soudainement éclairé par une puissance lumineuse, mais qu’il est électroniquement placé dans la ligne de mire permettant de déclencher des tirs de missiles ou tirs au canon. Autrement dit « l’illumination » correspond bel et bien à un « coup de semonce », un « tir de sommation » avant le déclenchement d’une attaque effective, le Courbet étant parfaitement équipé pour détecter ce genre d’acte hostile, pour en collecter et en conserver les données techniques. Par ailleurs, depuis la passerelle du Courbet, on observe très distinctement à la jumelle et avec d’autres moyens d’observation plus précis que les marins des deux frégates turques sont au poste de combat, derrière leurs affûts équipés de casques lourds, lunettes de protection et gilets pare-balles !

Le Courbet rend aussitôt compte au Marcom qui préconise de décrocher : « la mission du Courbet n’était pas d’intercepter le cargo turc, ni d’ouvrir le feu sur un bâtiment, qui plus est censé être un allié », précise un officier de l’exercice Sea Guardian qui participait à la mission ; « une chose est certaine et avérée : les deux frégates turques portent bien la responsabilité d’une manœuvre hostile qui peut être apparentée à un acte de guerre ». Le cargo turc, qui prétend transporter du matériel médical, poursuit sa route en direction de la Libye.

DE SERIEUX PRECEDENTS

Le ciblage du Courbet est le dernier événement d’une série d’incidents qui a débuté en début d’année. Le mercredi 29 janvier 2020, des Rafale français en mission de reconnaissance avec le porte-avions Charles-de-Gaulle ont repéré un débarquement de véhicules blindés lourds dans le port de Tripoli, depuis un navire affrété par Ankara – le Circkin – escorté par l’une des quatre frégates turques qui croisent régulièrement dans les eaux libyennes.

A l’occasion de la visite à Paris du premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, Emmanuel Macron avait souligné « le non-respect de la parole donnée » par le président Recep Tayyip Erdogan lors de la conférence de Berlin du 19 janvier, qui visait notamment à suspendre les activités militaires en Libye. « Nous voyons ces derniers jours des navires turcs accompagner des mercenaires syriens arrivant sur le sol libyen », a dit le président français.

Une source du renseignement français avait récemment confirmé que 1 500 à 2 000 combattants jihadistes avaient été acheminés par la Turquie en Libye en provenance de Syrie. Deux frégates turques, accompagnées de leurs navires de soutien, avaient été repérées dans les eaux libyennes. Le président Macron estimait alors l’acheminement de tels mercenaires « attentatoire à la sécurité de tous les Européens et des Sahéliens ». En outre, selon plusieurs sources diplomatiques européennes, la Turquie avait déjà installé des systèmes antiaériens de défense sur l’aéroport militaire de Mitiga, à 11 kilomètres à l’est de Tripoli, afin de soutenir l’armée du gouvernement d’accord national (GAN) libyen de Faïez Sarraj.

Le 27 mai dernier, la frégate française de défense aérienne – Forbin (D-620) -, de retour en Méditerranée de la mission Agénor/EMASOH4 dans le détroit d’Ormuz, fait décoller son hélicoptère de bord Panther afin de vérifier l’identité du cargo Circkin.
Contacté par radio, la passerelle du navire ne répond pas. Deux frégates turques qui se tenaient à distance accélèrent subitement pour s’interposer entre le cargo et le Forbin. Et c’est la marine turque qui répond aux demandes françaises : « inspection impossible ».

Le Forbin n’insiste pas mais poursuit sa surveillance et ses investigations : le Circkin a remis le cap sur Gabès (Tunisie), le temps du survol du Pantheravant de reprendre sa route en direction du port libyen de Misrata (à 200 km à l’est de Tripoli).

Le lendemain, le 28 mai au matin, le cargo débarque sa cargaison : plusieurs chars Patton M-60, des missiles Hawk anti-aériens, des canons 105 mn et plusieurs centaines de mercenaires syriens du groupe terroriste Sultan Mourad5, engagé en Syrie contre l’armée gouvernementale. Une fois déchargé, le cargo appareille de nouveau pour la Turquie.
Sous observation satellitaire permanente, il accoste – le 2 juin – à son port d’attache d’Haydarpasa (partie asiatique d’Istanbul). Les 5 et 6 juin, plusieurs camions porte-chars et des conteneurs sont chargés à bord. Il appareille de nouveau le dimanche 7 juin : de nouveau la destination officielle déclarée est Gabès en Tunisie. Une fois encore, ce cargo « civil » est escorté par deux frégates militaires.

– Faut-il rappeler aussi que Nicolas Sarkozy et l’ancien Premier ministre britannique David Cameron, avec les encouragements de Barack Obama, portent une très lourde responsabilité sur la situation actuelle de la Libye, dernièrement aggravée par l’ingérence turque. La Une du Figaro affichant la volonté des trois chefs de guerre atlantistes de se débarrasser du leader libyen…

Au large de l’île grecque de Psara, et violant délibérément l’espace aérien grec, des chasseurs turcs survolent le Circkin. Le mercredi 10 juin, sur ordre du commandement d’Irini, la frégate grecque Spetsai effectue une manœuvre d’approche avant d’être dissuadée par les mêmes moyens engagés contre les bâtiments français. Le 11 juin, le Circkin débarque sa cargaison de « médicaments », selon les autorités d’Ankara.

LES MENSONGES D’ANKARA

A l’Élysée, l’amiral Bernard Rogel – chef d’état-major particulier du président de la République – est à la manœuvre. L’attaché de défense turc est convoqué à Balard – siège du ministère français des Armées – pour demande d’explications. Le 15 juin, le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Dendias est à Paris pour échanger avec son homologue Jean-Yves Le Drian. La ministre des Armées Florence Parly s’entretient téléphoniquement avec le secrétaire général norvégien de l’OTAN Jens Stoltenberg (depuis le 28 mars 2014). Le 17 juin, c’est la réunion (par vidéo-conférence) des ministres de la Défense. Plutôt mollement, le secrétaire général de l’OTAN annonce l’ouverture d’une « enquête » sur l’affaire du Courbet, insistant sur la nécessité de « respecter l’embargo des Nations unies sur les armes à destination de la Libye ».

Dénonçant le « comportement agressif » de la Turquie, Florence Parly ne recueille le soutien que de huit pays soutenant l’ouverture d’une enquête sur le comportement des navires militaires turcs en Méditerranée. Devant les sénateurs français, elle déclare : « C’est un acte extrêmement agressif et qui ne peut pas être celui d’un allié face à un autre allié qui fait son travail sous commandement de l’OTAN. J’ai donc été extrêmement claire lors de la réunion des ministres de l’OTAN d’hier et j’ai eu même à y revenir aujourd’hui : il ne peut pas y avoir la moindre complaisance vis-à-vis de ce genre de comportement. Cet incident particulièrement grave doit être relevé et nos alliés partagent nos préoccupations puisque huit alliés européens dont des pays majeurs m’ont apporté encore aujourd’hui un clair soutien lors de mes interventions à l’OTAN ».

Et la ministre française de s’interroger ouvertement sur le problème turc au sein de l’Alliance : « Une réflexion est nécessaire sur ce qui est en train de se passer dans l’Alliance. il faut, en effet, regarder en face les dérives qui s’y produisent et je crois que l’argument consistant à dire que tout ceci n’a qu’une seule bonne cause, c’est-à-dire empêcher que la Russie ne prenne place en Libye est un argument qui est un peu court », laissant clairement entendre que Paris n’a pas l’intention de passer l’éponge : « Je ne pense pas que nous ayons épuisé la question et je constate avec plaisir que nous sommes un certain nombre, parmi les européens, à considérer que ceci n’est vraiment pas acceptable ».

Jeudi dernier, Ankara rejette les accusations « infondées » de Paris. « Il est évident que ces accusations (…) sont infondées », déclare un haut responsable militaire turc ayant requis l’anonymat, accusant même le Courbet d’avoir effectué une « manoeuvre à grande vitesse et dangereuse ». Le même affirme que les navires turcs ont utilisé la caméra intégrée à leur radar pour « observer le navire français qui effectuait une manoeuvre dangereuse à très faible distance, et ce par mesure de sécurité ». Il poursuit : « à aucun moment, le radar n’a illuminé » le navire français », ajoutant que ce dernier « n’avait pas cherché à établir un contact avec les frégates turques avant de conclure : « nous sommes peinés de voir que cet incident a évolué de façon contraire à l’esprit d’amitié et d’alliance ».

Faux, faux, archifaux et mensonges éhontés d’Ankara parfaitement contredits par les archives électroniques et mémoires radars relatives à l’incident, transmises à la commission d’enquête de l’OTAN. Le lendemain de l’accrochage, chauffée à blanc, la presse turque se glorifie d’une « grande victoire nationale » et de la « défaite française » en Méditerranée allant même jusqu’à affirmer que « la honte de la bataille de Lépante6est enfin lavée… ».

PROJET NEO-OTTOMAN ET NEO-ISLAMISTE

Exclu de l’alliance gazière qui regroupe l’Égypte, Israël et Chypre en Méditerranée orientale, la Turquie d’Erdogan cherche à établir un couloir maritime entre ses côtes et la Libye, l’objectif final étant de contrôler les régions pétrolières et gazières de ce pays. Objectif identique en Syrie et en Irak où sous couvert de lutte contre les factions kurdes, Ankara cherche à mettre la main sur les réserves énergétiques. En mer Rouge, avec l’aide financière du Qatar, la Turquie construit un port militaire dans la presqu’île de Suakin au Soudan, quasiment face au port militaire saoudien de Djeddah. A Djibouti, Ankara joue la carte de la diplomatie religieuse en multipliant la construction de madrassas (écoles coraniques) et de mosquées. En Somalie, les services spéciaux de l’armée turque arment et entraînent plusieurs organisations jihadistes liées aux terroristes shebab.

– Exclu de l’alliance gazière qui regroupe l’Égypte, Israël et Chypre en Méditerranée orientale, la Turquie d’Erdogan cherche à établir un couloir maritime entre ses côtes et la Libye, l’objectif final étant de contrôler les régions pétrolières et gazières de ce pays. Objectif identique en Syrie et en Irak où sous couvert de lutte contre les factions kurdes, Ankara cherche à mettre la main sur les réserves énergétiques….

Cette diplomatie théologico-politique ne vise pas seulement la Méditerranée et la Corne de l’Afrique, mais aussi l’Asie centrale, comme toutes les anciennes régions d’influence turkmène. Cet activisme tous azimuts intervient alors que le prestige du président turc Recep Tayyip Erdogan est sur le déclin. Son Parti de la justice et du développement (AKP) a perdu les élections municipales dans la plupart des grandes villes en 2019, ses anciens complices ont créé des partis politiques pour le défier tandis que l’économie (qui était la 15ème du monde) est en crise. Après ses revers en Syrie, dont l’accord de cessez-le-feu conclu avec Moscou le 5 mars dernier pour le partage de la poche d’Idlib (dernier fief des jihadistes anti-Assad), Erdogan a impérativement besoin de victoires militaires pour redonner confiance à sa base électorale.

« On nous demande souvent ce que nous faisons exactement en Libye. Nous y sommes pour défendre nos descendants, nos frères anatoliens », déclare-t-il, le 22 décembre 2019 à Gölcük (région de Kocaeli), alors qu’il préside à la mise à l’eau d’un nouveau sous-marin. Sa politique étrangère met en avant un projet « néo-ottoman » censé restaurer le prestige de l’ancien empire démantelé à la fin de la Première guerre mondiale. Parfaitement irréaliste sur un plan géopolitique, cette posture s’avère idéologiquement très efficace.

Héritier de l’islamiste Necmettin Erbakan7, Recep Tayyip Erdogan est un fervent partisan de l’idéologie des Frères musulmans – officine créé par l’instituteur égyptien Hassan al-Banna en 1928 – cherchant à implanter des régimes islamiques fondés sur la Charia dans l’ensemble du monde arabo-musulman, ainsi qu’en Europe et partout où vivent d’importantes diasporas musulmanes. Ainsi, l’obsession d’Erdogan n’est pas seulement géopolitique, mais cherche également à diffuser – parmi l’ensemble des populations musulmanes du monde – l’idéologie d’un Islam politique fondamentaliste.

Il ne faudra jamais oublier que ce sont les services spéciaux de l’armée turque – aidés de plusieurs mouvements d’extrême-droite dont celui des Loups-gris8 – qui ont acheminé plusieurs milliers de jihadistes chinois d’origine ouïgours (nord-ouest de la Chine) en Syrie pour renverser le gouvernement de Bachar al-Assad. Ce sont les mêmes officines turques qui ont aidé l’émergence de l’organisation « Etat-islamique » (Dae’ch) dès les années 2012/2013 dans les Kurdistan irakien, avant de favoriser leur implantation dans le nord de la Syrie. Les assassinats de l’opposant saoudien Jamal Khashoggi (2 octobre 2018) et celui de l’agent britannique du MI-6 (11 novembre 2019) se sont – tous deux – déroulés à Istanbul avec le bienveillant assentiment des services spéciaux turcs.

Comme Donald Trump et le fasciste Brésilien Jair Bolosonaro, Recep Tayyip Erdogan est prêt à tout pour garder le pouvoir, même au prix d’une guerre civile dans son propre pays. Pour l’heure, c’est surtout en exportant un terrorisme d’Etat en Syrie, au Liban, dans la Corne de l’Afrique, en Asie et en Méditerranée, sans parler de l’instrumentalisation des communautés turques d’Europe, qu’il entend attiser la haine entre Musulmans et « infidèles ». Sa grande ambition : avec l’aide du Qatar, supplanter le wahhabisme saoudien, pouvoir hégémonique régnant sur l’Islam sunnite… Que faire pour arrêter ce fou furieux ?

QUE FAIRE ?

Alors qu’aujourd’hui encore, l’Union européenne et la France soutiennent et partagent les sanctions économiques qui frappent durement la Russie, l’Iran et le Venezuela, comment se fait-il que la Turquie d’Erdogan échappe à toute espèce de mise en garde internationale ?
L’OTAN est clairement en « mort cérébrale », pour reprendre les propres termes du président de la République. Cette alliance militaire, qui n’a plus de missions clairement établies, ne sert plus qu’à écouler les produits du complexe militaro-industriel américain qui représente des millions d’emplois aux États-Unis.

Depuis plusieurs décennies, l’Union européenne se couvre de honte en entretenant la fiction de négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE, alors qu’Ankara occupe militairement le nord de Chypre – Etat membre à part entière de cette même UE. Dès lors, qu’on ne vienne pas s’étonner de l’arrogance et de l’agressivité d’Erdogan !

– Héritier de l’islamiste Necmettin Erbakan7, Recep Tayyip Erdogan est un fervent partisan de l’idéologie des Frères musulmans – officine créé par l’instituteur égyptien Hassan al-Banna en 1928 – cherchant à implanter des régimes islamiques fondés sur la Charia dans l’ensemble du monde arabo-musulman, ainsi qu’en Europe et partout où vivent d’importantes diasporas musulmanes. Ainsi, l’obsession d’Erdogan n’est pas seulement géopolitique, mais cherche également à diffuser – parmi l’ensemble des populations musulmanes du monde – l’idéologie d’un Islam politique fondamentaliste.

Ici, faut-il rappeler aussi que Nicolas Sarkozy et l’ancien Premier ministre britannique David Cameron, avec les encouragements de Barack Obama, portent une très lourde responsabilité sur la situation actuelle de la Libye, dernièrement aggravée par l’ingérence turque. A partir de la résolution 1973 de l’ONU – qui recommandait l’instauration d’une « no-flying zone » sur l’Est de la Libye et l’acheminement d’une aide humanitaire à destination des populations de Bengazi -, les trois dirigeants occidentaux ont déclenché une guerre d’ingérence. Celle-ci a abouti au renversement de Mouammar Khadafi, à l’implosion politique et territoriale du pays et, en dernière instance, à une guerre civilo-régionale qui permet la nouvelle ingérence militaire turque, en violation flagrante d’une série de résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

A tout le moins, l’affaire du Courbet aurait pu provoquer une convocation extraordinaire du Conseil de sécurité, voire la proposition d’un projet de résolution réclamant des sanctions contre la Turquie d’Erdogan.

Méfions-nous des anachronismes historiques, mais ne peut-on craindre le pire si les Chamberlain et Daladier d’aujourd’hui, si l’OTAN, l’UE et l’ONU restent les bras croisés devant les provocations répétées du fou furieux Recep Tayyip Erdogan ?
La question reste posée. En attendant des réponses plus pertinentes, nous vous souhaitons bonne lecture et bonne semaine.

Richard Labévière
22 juin 2020

NOTES
1 La frégate Courbet (numéro de coque F712) est le troisième bâtiment de la classe La Fayette – d’une série qui compte cinq unités – de la Marine nationale française. Elle a été nommée en hommage à l’amiral Amédée Courbet (1827-1885) et est parrainée par la ville d’Angers.
2 L’Organisation maritime internationale (OMI) est une institution spécialisée de l’Organisation des Nations unies (ONU), spécialisée dans les questions maritimes. Son siège est à Londres.
3 Le Système d’identification automatique (SIA) – Automatic Identification System (AIS) en anglais – est un système d’échanges automatisés de messages entre navires par radio VHF qui permet aux navires et aux systèmes de surveillance de trafic (CROSS en France) de connaître l’identité, le statut, la position et la route des navires se situant dans la zone de navigation. Pour les navires de commerce, le système doit pouvoir être interfacé à un ordinateur externe pour une éventuelle utilisation par un pilote.
4 L’opération Agénor, volet militaire de la mission européenne de surveillance maritime du détroit d’Ormuz (EMASOH) est portée par la France, les Pays-Bas, la Belgique et le Danemark.
5 La Brigade Sultan Mourad – rebaptisée en 2015 Division Sultan Mourad – est un groupe terroriste turkmène engagé dans la guerre civile syrienne contre l’armée gouvernementale. Cette organisation est soutenue, financée et armée par les services spéciaux de l’armée turque.
6 La bataille de Lépante s’est déroulée le 7 octobre 1571 dans le golfe de Patras, sur la côte occidentale de la Grèce, durant la Quatrième Guerre vénéto-ottomane. La puissante marine ottomane affronte une flotte chrétienne d’escadres vénitiennes et espagnoles, appuyée par des galères génoises, pontificales, maltaises et savoyardes, sous le nom de Sainte-Ligue à l’initiative du pape Pie V. La bataille se conclut par une défaite des Ottomans qui perdent plus de 20 000 hommes et 200 bateaux. L’événement a un retentissement considérable en Europe car, plus encore que la défaite des janissaires lors du Grand Siège de Malte de 1565, il sonne comme un coup d’arrêt porté à l’expansionnisme ottoman.
7 Necmettin Erbakan, né le 29 octobre 1926 à Sinop et mort le 27 février 2011. Homme d’Etat turc, fondateur et membre successivement de différents partis politiques islamiques, il est également fondateur du mouvement islamique Milli Görüş. Il est Premier ministre de Turquie de juin 1996 à juin 19971.
8 Les « Loups gris », officiellement connus sous le nom de « Foyers idéalistes », est une organisation armée ultranationaliste turque. Le mouvement se définit comme néo-fasciste, anti-communiste, anti-grec, anti-kurdes, anti-arméniens, homophobe, antisémite et anti-chrétien. Il entretient d’étroites relations très avec le Parti d’action nationaliste (MHP), dont il est, en fait, la branche paramilitaire.

* Richard Labévière est Rédaction en chef du journal en ligne Proche et Moyen-Orient.ch. Expert des questions internationales et stratégiques, on lui doit une vingtaine de livres de référence sur le terrorisme et les questions géopolitiques, notamment dans le monde arabe.

Proche et Moyen-Orient.ch
http://prochetmoyen-orient.ch/affaire-courbet-terrorisme-turc-reponses-munichoises

/http://www.afrique-asie.fr/affaire-courbet-terrorisme-turc-reponses-munichoises/

La France annonce la mort du chef d’Aqmi, tué au Mali

  1.  
  2. Afrique

La France annonce la mort du chef d’Aqmi, tué au Mali

Publié le : 05/06/2020 – 22:20Modifié le : 06/06/2020 – 04:16

Photo non datée de l’Algérien Droukdel, alias Abou Moussa Abdelwadoud.
Photo non datée de l’Algérien Droukdel, alias Abou Moussa Abdelwadoud. AFP PHOTO/HO

Texte par :RFISuivre

La ministre française des Armées Florence Parly a annoncé ce vendredi 5 juin la mort du chef d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) Abdelmalek Droukdel et de « plusieurs de ses proches collaborateurs », lors d’une opération militaire le 3 juin au Mali.

Une opération menée le 3 juin dans le nord du Mali par les forces françaises avec le soutien de leurs partenaires a conduit à la mort de l’émir d’Aqmi Abdelmalek Droukdel, a annoncé ce vendredi 5 juin sur Twitter la ministre française des Armées Florence Parly. L’opération a été menée au nord de l’Adrar des Ifoghas, à 80 km à l’est de Tessalit, près de la frontière avec l’Algérie.

Si dans l’immédiat l’information n’est pas encore confirmée, la frappe aurait été délivrée par un drone de l’armée de l’air, suivie d’une opération héliportée. Bilan : 5 morts,  Abdelmalek Droukdel et plusieurs de ses proches collaborateurs, dont un haut cadre chargé notamment de la propagande au sein d’Aqmi.

« Les forces français déployées en opération affirment qu’aujourd’hui le jihadiste Abdelmalek Droukdel a bien été neutralisé  » assurait vendredi soir le colonel Frédéric Barbry, porte-parole de l’état-major des armées, ajoutant qu’il y a également un prisonnier. L’un des membres du groupe terroriste s’est rendu sans combattre. On ne connaît pas encore son identité.

Cette opération a été réalisée par un module d’intervention composée d’hélicoptères et de troupes au sol, le tout étant appuyé par de l’aviation.

Colonel Frédéric Barbry

Christophe Boisbouvier

Abdelmalek Droukdel est une figure du jihad dans la région, mentor de plusieurs groupes jihadistes au Sahel dont le JNIM ou GSIM en français, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans.

De bonne source, un test ADN a été mené. Il confirme l’identité Abdelmalek Droukdel. Fin 2018, l’armée française avait annoncé la mort probable d’Amadou Koufa chef de la katiba Macina, avant que ce dernier ne réapparaisse dans une vidéo quelques mois plus tard. Cette fois, Paris se montre certain. Les experts restent néanmoins prudents pour le moment, tant que cette mort n’a pas été confirmée par le groupe terroriste. 

Les groupes jihadistes, notamment ceux liés à al-Qaïda et donc Aqmi, n’ont pas l’habitude de cacher leurs morts. Si cette mort est effective, elle sera confirmée dans les jours qui viennent. Tant qu’elle n’a pas été réellement confirmée par les différentes parties, il faut rester prudent.

Lemine ould Salem

Marie-Pierre Olphand

NewsletterRecevez toute l’actualité internationale directement dans votre boite mailJe m’abonne

Dans sa série de tweets, la ministre des Armées annonce par ailleurs que des opérations se poursuivent contre l’organisation Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), active dans la région de Ménaka, au nord-est du Mali, à la frontière avec le Niger. La ministre française des Armées rappelle que le 19 mai dernier, la force Barkhane a capturé Mohamed el Mrabat, « vétéran du jihad au Sahel et cadre important de l’EIGS ».Florence Parly@florence_parly · En réponse à @florence_parly

Le 3 juin, les forces armées françaises, avec le soutien de leurs partenaires, ont neutralisé l’émir Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), Abdelmalek Droukdal et plusieurs de ses proches collaborateurs, lors d’une opération dans le nord du Mali.Florence Parly@florence_parly

Abdelmalek Droukdal, membre du comité directeur d’Al-Qaida, commandait l’ensemble des groupes qaïdistes d’Afrique du Nord et de la bande sahélienne, dont le JNIM, l’un des principaux groupes terroristes actifs au Sahel.438Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité163 personnes parlent à ce sujet

Daech contre Al-Qaida, la guerre totale ?

THÉÂTRES DE GUERRE

Daech contre Al-Qaida, la guerre totale ?

Alain Rodier décrypte la rivalité entre Daech et Al-Qaida. Les deux mouvements terroristes partagent pourtant la même idéologie et le même objectif final, la création d’un émirat mondial.AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN123Avec Alain Rodier

Une des caractéristiques de Daech est de s’opposer à sa mère originelle, l’organisation salafiste-jihadiste Al-Qaida « canal historique ». L’opposition qui a conduit Abou Bakr al-Baghdadi à défier l’autorité d’Ayman al-Zawahiri en fondant son « califat islamique » en 2014 s’est étendue jusqu’aux plus bas échelons, même si quelques groupes sur le terrain ont accepté un temps de respecter une certaine neutralité comme au Sahel jusqu’à la mi-2019. Bien qu’al-Baghdadi ait été tué par les commandos américains dans la nuit du 26 au 27 octobre 2019 à Baricha au nord-ouest de la Syrie (à proximité de la frontière turque), cette rivalité semble encore augmenter sur tous les théâtres de guerre que partagent ces mouvements terroristes. Et pourtant, ils ont la même idéologie, le salafisme-jihadisme et le même objectif final, la création d’un émirat mondial où la charia sera la règle.

Daech reproche à al-Zawahiri d’avoir fait dévier Al-Qaida de sa voie d’origine. Selon Daech, il a accepté de coopérer avec certains groupes rebelles – comme les Frères musulmans – ou d’autres formations salafistes C’est là le point fondamental de la divergence doctrinale : Daech ne tolère aucune autre structure jihadiste que la sienne estimant que seuls ses propres savants de la foi sont à même de prêcher la bonne parole. Daech est le seul à détenir la « vérité » et les musulmans sont invités à rejoindre l’organisation qui fonctionne quasi sur un modèle sectaire. Les membres des autres mouvements salafistes sont donc, au minimum des ignorants, au pire des traîtres à l’islam (des apostats).

Encore plus grave, l’allégeance religieuse de Zawahiri au leader des taliban, Haibatullah Akhundzada (comme c’était le cas pour leurs prédécesseurs, Oussama Ben Laden et le mollah Omar) est refusée. En effet, si l’émir d’Al-Qaida est bien un chef politique et militaire, le guide en matière de religion est le chef des taliban. Par contre le « calife » de l’Etat Islamique ne reconnaît aucun supérieur hiérarchique (même théorique) puisqu’il est lui-même – descendant du prophète – le chef politique, militaire et religieux du califat. Trahison suprême, les taliban – donc les supérieurs religieux d’Al-Qaida – ont signé le 29 février un accord à Doha directement avec les « mécréants » Américains concernant la situation en Afghanistan. La politique d’ouverture des taliban qui se seraient engagés à ne plus viser les intérêts des « Croisés et des tyrans » et qui, de plus, entretiennent de bonnes relations avec les apostats iraniens et pakistanais est violement condamnée. Dans l’esprit des dirigeants de Daech, les « traîtres » (Al-Qaida et les taliban) ont fait alliance avec le « Satan » (les États-Unis). A propos des chiites, les taliban viennent de donner un argument de poids à Daech en rendant publique la religion chiite d’un de leurs émirs régionaux. C’est donc bien la preuve de la « collusion » des taliban avec les apostats. CQFD.

Basant totalement sur ses idées, Daech critique aussi les idéologues islamistes qui ont rejeté la création du califat (surtout pour des raisons stratégiques sachant que c’était trop tôt, donc voué à l’échec) : Hossam Abul Raouf, Abou Qatada, Abou Mohammed al-Maqdisi, Hani Mohammed Yousouf al-Siba’i et Tariq Abdul Haleem (leurs fiches sont disponibles sur les sites sécuritaires américains).  Même deux théologiens décédés en 2015 sont cités (Harith bin Ghazi al Nadhari et Ibrahim Sulayman Muhammad al-Rubaish) pour avoir critiqué la tentative de Daech de prendre le contrôle de l’Émirat Islamique du Caucase alors qu’il était dirigé par Al-Qaida. Cela démontre que la direction de Daech a la mémoire longue.

Daech reprend également des déclarations de certains des activistes d’Al-Qaida les plus connus, même disparus aujourd’hui. C’est le cas de l’Américain Adam Yahiye Gadahn (né Adam Pearlman) – l’ »attaché de presse de Ben Laden » tué en 2015 – qui a affirmé que « l’organisation Al-Qaida n’a jamais constitué et ne constituera jamais une menace au Mali ni pour les États voisins, ni aux Africains comme le proclame faussement la France […] Al-Qaida et les groupes qui lui sont alliés n’ont pas à combattre le régime libyen ni les partis libyens qui suivent le régime de Mouammar Kadhafi… ». C’est évident, Al-Qaida ne veut pas mener le jihad au Sahel et donc seul Daech est légitime pour le faire ! 

Daech compare Al-Qaida aux mouvements « réveil » (Sahwa) qui se sont développés en 2006 en Irak sous l’égide des Américains pour s’opposer aux salafistes-jihadistes d’Al-Qaida en Irak (AQI). Ces milices avaient alors été efficaces reprenant le contrôle des populations – mais sans détruire complètement AQI qui renaîtra de ses cendres après la révolution de 2011 en Syrie et qui donnera une branche d’Al-Qaida (le Front al-Nosra) et Daech. 

Les Frères musulmans et le régime de Recep Tayyip Erdoğan sont jugés « trop peu religieux et ont trahi le discours d’Allah ». Cela se distingue particulièrement dans une vidéo parue en avril qui montre des manifestations ayant eu lieu en Égypte en 2011/12 en pointant Mohammed al-Zawahiri (le jeune frère d’Ayman al-Zawahiri) et Ahmed Ashoush – vétéran d’Afghanistan – soulignant qu’ils n’ont pas prôné la lutte armée mais la prise du pouvoir par des voies légales en profitant des faiblesses des régimes en place. Les leaders d’Al-Qaida auraient  approuvé cette démarche qui a abouti à chasser les dictateurs de l’époque en Égypte et en Tunisie.

Daech attaque également Al-Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA) qui serait « noyauté » d’espions, ce qui aurait permis la neutralisation le 23 janvier 2020 de son émir, Qasim al-Raymi (remplacé par Khalid Saeed Batarfi alias Abou al-Miqdād al-Kindī). À cette occasion, il est reproché à Zawahiri d’être un « émir absent » ce qui n’est pas faux tout en gardant à l’esprit que c’était aussi le cas de Ben Laden. Quant à Abou Bakr al-Baghdadi, il communiquait encore moins… Pour Daech, AQPA au Yémen s’est « rangé » aux côtés de l’armée et a condamné les attentats dirigés par ses militants contre les mosquées des Houthis à Sanaa qualifiées de « temples impies » (les Houthis zaïdistes respectent un islam proche du chiisme). En effet, comme cela a été évoqué précédemment, Al-Qaida considère que des attaques indiscriminées contre les chiites de par le monde sont une stratégie contreproductive. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’Abou Moussab al-Zarqaoui, l’émir d’Al-Qaida en Irak devenu la figure de référence pour Daech s’était querellé avec al-Zawahiri peu de temps avant d’être neutralisé par les Américains en 2006. La rumeur prétend que sa localisation avait été donnée aux forces américaines par des militants d’al-Qaida débarrassant son pouvoir central d’un gêneur… Daech reproche également à AQPA de ne pas avoir imposé la charia dans les régions qu’il a contrôlé durant une courte période (2015-2016) au Yémen, en particulier dans le port de Mukalla (abandonné aux tribus d’Hadramaout en 2016).

En Syrie, Daech accuse le Hayat Tahrir al Cham (HTC) qui est issu du Font al-Nosra de s’être allié aux tribus « réveil » (Sahwa) et à la Turquie. Son émir, Abou Mohamed al-Joulani aurait pactisé avec d’autres groupes malgré leurs déviances religieuses… Pour Daech, les rebelles présents à Idlib se sont placés sous la protection d’Ankara et ont abandonné la charia comme règle de conduite. Cette attitude aurait semé le doute dans les convictions des croyants musulmans en Syrie et ailleurs.

Le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) qui est l’émanation d’Al-Qaida au Mali et dans les pays voisins est accusé d’entraîner les mouvements extérieurs dans la rivalité intra-jihadistes. Il travaillerait avec des mouvements tribaux « idolâtres » (intolérable selon les textes sacrés de l’islam) et a accepté l’invitation à négocier faite par le gouvernement « apostat » malien. Il assurerait la garde des frontières de l’Algérie et de la Mauritanie. Les émirs du GSIM Iyad Ag Ghaly et de la katibat Macina Amadou Diallo alias Amadou Koufa, sont traités de « leaders apostats » ayant préparé la guerre contre leurs « rivaux jihadistes » depuis longtemps. Quand le GSIM a été créé en 2017, Ghaly a tout de suite confirmé son allégeance au chef d’Al-Qaida au Maghreb Islamique – AQMI – (Abou Moussab Abdel Wadoud alias Abdelmalek Droukdel), à  Zawahiri et aussi à l’émir des taliban, Haibatullah Akhundzada.

Après une période de calme relatif entre les deux organisations, Daech a affirmé avoir conduit des attaques contre Al-Qaida au Sahel en particulier au centre et au nord du Mali (en particulier dans la région de Gao) et au nord du Burkina Faso. Par ailleurs, l’EI confirme que la région de Nampala proche de la frontière mauritanienne et les zones situées à l’est de Macina dans la région de Segou seraient cruciales. Des activistes du GSIM – particulièrement de la tribu des Fulani –  se seraient rangés sous la bannière du nouvel émir de l’EI, Abou Ibrahim al-Hashimi al-Qurayshi. L’EI menacerait aussi les bandes du GSIM dans le Liptako-Gourma, la région « des trois frontières ».

Il y a de nombreux autres théâtres de guerre où Daech tente de s’implanter, de consolider ses positions ou de s’étendre comme dans la Caucase, au Pakistan, en Inde, en Extrême-Orient… Curieusement, son premier adversaire est Al-Qaida « canal historique ». En dehors de divergences idéologiques décrites en introduction, il semble surtout que l’État Islamique tente de « récupérer » de nouveaux adeptes attirés par sa stratégie intransigeante qui a obtenu des résultats spectaculaires, même s’ils ont parfois été éphémères. Pour tout aspirant jihadiste en mal de notoriété, il est aujourd’hui plus gratifiant de se réclamer du califat que d’Al-Qaida considéré comme ringard. Cela dit, il ne faut pas compter sur cette lutte interne aux salafistes-jihadistes pour espérer les vaincre car leur idéologie est toujours vivante, quelque soit l’organisation qui la portera le mieux dans l’avenir.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-aprèsLe sujet vous intéresse ?Mots-clés :SyrieIrakFrères musulmansDaechAl-Qaidaorganisation terroristedjihadguerreaffrontementAfghanistanattentatThématiques :TERRORISME

https://www.atlantico.fr/decryptage/3589519/daech-contre-al-qaida-la-guerre-totale–terrorisme-syrie-irak-afghanistan-mouvements-terroristes-guerre-territoires-terres-pays-alain-rodier

Pandémies, le renforcement indispensable des capacités de renseignement

Pandémies, le renforcement indispensable des capacités de renseignement

By La redaction de Mondafrique -5 mai 2020https://www.facebook.com/plugins/like.php?href=https://mondafrique.com/pandemies-le-renforcement-indispensable-des-capacites-de-renseignement-sanitaire/&layout=button_count&show_faces=false&width=105&action=like&colorscheme=light&height=21

111PARTAGES1038

Le facteur épidémique est depuis longtemps un sujet d’étude pour le monde de la défense, tant il peut présenter des risques. Dès 1869 le médecin général inspecteur Michel Levy rapportait cette statistique: Sur les 95615 décès de troupes françaises que la guerre de Crimée avait occasionné, 77% étaient dues aux maladies.

Une chronique signée Alphonse Galland

Dans les années 2000, de nombreux rapports ont su esquisser les dangers que les risques biologiques, tant pour les forces armées que les populations civiles pouvaient générer. Des deux côtés de l’Atlantique, services de renseignement et directions de la prospective anticipaient ainsi la menace pandémique. En 2000, le National Intelligence Council américain établissait un premier rapport sur les risques que faisaient peser l’émergence et la résurgence de maladies infectieuses pour la sécurité des Etats-Unis. En 2008, il réitérait et établissait le scénario d’une situation similaire à celle que nous connaissons due à « l’émergence d’une maladie respiratoire virulente » apparue dans des territoires « à forte densité » où il existait « une proximité entre humains et animaux, comme dans certains endroits de Chine ».

Des avertissements à répétition

La même année, en France, le Livre Blanc, définissant la stratégie globale de défense et de sécurité française, considérait l’émergence d’une « pandémie massive à forte létalité » comme « plausible ». Quelques années plus tôt, à la demande des Ministres de la santé et de l’enseignement supérieur (Jean-François Mattéi et Claudie Haigneré), un certain Professeur Didier Raoult signait un rapport sur l’état des lieux de l’ensemble des mesures de santé publique et des recherches prévues en France et en Europe sur les dangers liés au bioterrorisme.

Face à ces alarmes, l’Etat français avait su réagir en lançant dès 2007 l’EPRUS, Etablissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaires. Sa mission : anticiper et prévenir ces risques. Un stock conséquent de masques, de respirateurs, de traitements etc… avait ainsi pu être constitué.

Certains pays africains se sont également penchés sur la question. En 2007, le Royaume du Maroc avait réuni à Casablanca des acteurs nationaux et internationaux, publics et privés, spécialisés dans la gestion de crises « hors cadre ». Ce séminaire nommé « Crises non conventionnelles. Nouveaux impératifs. Nouvelles Postures » avait été l’occasion d’analyses et de retours d’expériences sur des scénarios dits « à fortes ruptures »

Des réductions budgétaires drastiques

Néanmoins, certaines de ces initiatives prometteuses vont tourner court. Suite à l’épidémie de grippe H1N1 en 2011, le gouvernement de l’époque et les services de l’Etat furent accusés d’avoir sur-préparé la réponse à l’épidémie en dépensant plus d’un milliard d’Euros dans l’achat de médicaments, de masques et autres équipements de protection.

Il fût alors imposé à l’EPRUS une réduction drastique de budget. De 287 millions en 2007, son budget était divisé par 10 en 2015, avant d’être dissous un an plus tard.

Avant cette année 2020 et la crise du COVID-19, qui frappe si durement, il apparaît ainsi que, malgré les avertissements, la question du risque pandémique ait été globalement délaissée, voire ignorée, par rapport à d’autres problématiques sécuritaires comme la lutte anti-terroriste. Il semble en particulier que les services de renseignement, véritables vigies et garants de la sécurité collective, n’aient pas eu réellement les capacités de capter des signaux faibles en matière épidémiques, de les interpréter et de recommander une posture stratégique de défense face à ces menaces.

Le risque bio-terroriste

Les conséquences sanitaires, sociales, économiques, financières, et in fine, sécuritaires nées du Coronavirus, témoignent d’un risque de déstabilisation majeur pour l’Europe, l’Afrique et d’autres parties du monde insuffisamment renseignées et préparées à répondre à cette menace. Dans le futur, des états proliférants ou des groupes terroristes, pourraient s’inspirer de ce chaotique exemple et ainsi faire revenir la menace bioterroriste sur le devant de la scène.

Dans ces conditions, il va falloir renforcer des capacités de recherche et d’analyse que l’on croyait perdues. Certains pays étaient – ou sont encore – dotés de branche d’évaluation sanitaire et médicale au sein de leurs services de renseignement. Leurs exemples, passés ou présents, peuvent et doivent inspirer un changement rendu nécessaire.

Aux Etats-Unis, le National Center for Medical Intelligence (NCMI) est par exemple spécialisé dans le renseignement à vocation sanitaire et médical. Dépendant de la DIA (Defense Intelligence Agency), il a, entre autres, pour mission la prévention des risques épidémiques via la surveillance, la collecte et l’analyse de tout procédé, invention ou information présentant un risque pour la sécurité des populations ou des forces armées.

Des expertises ignorées

                                                                                                           Il y a encore 30 ans, ce centre suivait les recherches sur des armes biologiques d’Etats qui s’étaient dotés de capacité dans ce domaine : Russie soviétique, Afrique du Sud de l’Apartheid, Irak de Saddam Hussein, … A la fin des années 90, il s’est ensuite focalisé sur le suivi des capacités d’emploi d’agents pathogènes de la menace terroriste, mais également sur des expertises portant sur les risques sécuritaires que présentaient l’émergence d’épidémie comme Ebola, le SARS,  

Le National Center for Medical Intelligence (NCMI) aurait prévenu la Maison Blanche dès le mois de Novembre 2019 des dangers que le Coronavirus risquait de provoquer. 

La menace biologique, qu’elle soit naturelle ou artificielle est ainsi une réalité qui n’aurait jamais dû quitter, même provisoirement, les champs d’investigation et d’expertise des Services.                                               

Au vu du rappel à l’ordre que provoque la crise COVID-19, les services de renseignement vont ainsi devoir renforcer leurs capacités d’analyse et d’évaluation de la menace pandémique. D’importants moyens vont devoir être réattribués pour permettre de disposer d’informations précises sur l’état des programmes de recherche pratiqués par des laboratoires civils ou militaires en la matière, ou pour se munir des capacités d’évaluation initiale de situation en cas de départ d’épidémie : détermination précise de l’origine du virus, étendue de l’infection, …

Une meilleure synergie entre agences de renseignement civiles et militaires d’une part, et services de santé publics ou dépendant des Armées semble donc inévitable à l’avenir.

https://mondafrique.com/pandemies-le-renforcement-indispensable-des-capacites-de-renseignement-sanitaire/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=pandemies-le-renforcement-indispensable-des-capacites-de-renseignement-sanitaire  

On trouve des empreintes de la France partout chez les groupes terroristes d’Idlib

On trouve des empreintes de la France partout chez les groupes terroristes d’Idlib


Par Steven Sahiounie − Le 3 mars 2020 − Source Mint Press News

Wassim Nasr, un journaliste spécialiste des réseaux djihadistes à FRANCE 24, s’est récemment entretenu via Skype avec le chef du groupe djihadiste Furkat-al-Ghuraba, une filiale d’Al-Qaïda à Idlib, et recruteur de djihadistes français, Omar Omsen.

De nombreux terroristes français se trouvent aujourd’hui à Idlib, luttant pour établir un État islamique à partir d’une petite partie de la Syrie laïque. Leur rêve est une utopie sunnite à la frontière turque, où ils peuvent bénéficier du plein soutien du président turc Erdogan, qui est à la tête du parti AKP, un parti des Frères musulmans qui domine la Turquie depuis une vingtaine d’années.

Le fait d’être à la frontière turque leur offre le luxe d’être nourris et habillés par des agences d’aide internationales, comme le Programme alimentaire mondial des Nations unies, et d’autres groupes humanitaires qui distribuent des fournitures aux civils, ainsi qu’à leurs fils, frères, époux ou père qui sont à la solde d’al-Qaïda, financé par le Qatar et certaines monarchies du Golfe arabe. Les groupes humanitaires, y compris les Nations unies, travaillent comme des facilitateurs, prolongeant la souffrance des innocents en continuant les approvisionnements. Si les besoins quotidiens des familles des terroristes avaient été coupés, ces derniers auraient été contraints de fuir en Turquie, et éventuellement en Europe, pour bénéficier d’une plus grande partie des avantages gratuits offerts par la « Mère Merkel », en référence au chancelier allemand Angela Merkel.

Les terroristes français ont été recrutés directement en France, et non par internet. Le réseau Sevran, un réseau de recrutement de terroristes installé à Sevran, près de Paris, opérait à partir d’une salle de prière informelle, car il ciblait des jeunes hommes avec un mélange sophistiqué de tactiques psychologiques et, selon certains, de tactiques d’hypnose acquises par al-Qaïda au cours des décennies passées en Afghanistan, pays qui est connu pour ses compétences en hypnose perfectionnées qui existaient avant que les agents de terrain de la CIA ne débarquent mais qui ont été utilisées par la CIA dans son programme de djihad pour contrer la présence soviétique sur place.

Le recruteur djihadiste français, Omar Omsen, a simulé la mort en août 2015, pour réapparaître des mois plus tard dans une interview télévisée. On ignore combien de terroristes ont simulé leur mort pour effacer leur identité et se réinventer plus tard en Europe ou aux États-Unis.

Une photo non datée du recruteur français de État Islamique, Omar Omsen

Le gouvernement français a commencé à soutenir les terroristes en Syrie à partir de 2011, lorsque la CIA a ouvert son premier bureau à Adana, en Turquie, juste à la frontière d’Idlib. Les présidents français, de Sarkozy à Hollande, en passant par Macron, ont tous suivi le projet de « changement de régime » ordonné par les États-Unis en Syrie. En 2017, le président américain Trump a mis fin au programme de soutien de la CIA à al-Qaïda en Syrie. Cependant, al-Qaïda est pleinement opérationnel à Idlib et bénéficie d’un soutien très évident au plus haut niveau, sous forme d’armes, de munitions, de missiles anti-aériens, de drones et de salaires.

Les rebelles modérés syriens

En septembre 2015, le président syrien Assad a imputé la crise des réfugiés en Europe au soutien de l’Occident aux terroristes. En référence à la photo virale en ligne d’un enfant syrien échoué sur une plage turque, il a déclaré : « Comment pouvez-vous être triste de la mort d’un enfant en mer et ne pas avoir de sentiments pour les milliers d’enfants qui ont été tués par les terroristes en Syrie ? Et, aussi pour les personnes âgées, pour les femmes et les hommes ? Ces doubles standards européens ne sont plus acceptables ». Il a ajouté : « L’Occident soutient les terroristes depuis le début de cette crise, lorsque celui-ci a déclaré qu’il s’agissait d’un « soulèvement pacifique » – comme ils l’ont appelé. Ils ont dit plus tard que c’était une opposition modérée et maintenant ils disent que ce sont des terroristes genre al-Nusra et ISIS ». Jibhat al-Nusra est la filiale d’Al-Qaïda en Syrie et contrôle Idlib.

En juin 2015, le procès à Londres d’un Suédois, Bherlin Gildo, accusé de terrorisme en Syrie, s’est effondré après qu’il soit devenu clair que les services de renseignement britanniques avaient armé les mêmes groupes que ceux que l’accusé soutenait. L’accusation a abandonné l’affaire, apparemment pour éviter d’embarrasser les services de renseignements. Les agents des services de renseignement français travaillaient main dans la main avec les États-Unis et le Royaume-Uni en Syrie.

Un an après le début de la rébellion syrienne, les États-Unis et leurs alliés ne se sont pas contentés de soutenir et d’armer une opposition qu’ils savaient dominée par des groupes sectaires extrêmes ; ils étaient prêts à approuver la création d’une sorte d’ »État islamique« . L’habitude occidentale de jouer avec les groupes djihadistes, qui reviennent ensuite pour les mordre, remonte au moins à la guerre des années 1980 contre l’Union soviétique en Afghanistan, qui a favorisé la création d’al-Qaïda sous la tutelle de la CIA.

Sotchi 2018

L’accord exigeait que la Turquie évince les terroristes tels que Jibhat al-Nusra, en permettant à la Turquie de mettre en place 12 postes d’observation à Idlib pour séparer les terroristes des civils non armés. Cependant, près de deux ans après la conclusion de l’accord, la Turquie n’a pas respecté ses engagements et Moscou a ouvertement accusé la Turquie d’aider les terroristes. Cela a conduit à l’offensive de l’armée arabe syrienne à Idlib qui a commencé en décembre 2019 pour libérer les civils et éliminer tous les terroristes. Cette opération militaire est en cours et les Syriens, avec l’aide de la puissance aérienne russe, ont fait des progrès spectaculaires.

Les procès fantômes de la France

En janvier 2020, un tribunal parisien a jugé quelques terroristes français partis en Syrie, mais la majorité des accusés étaient déjà morts. Les médias français ont qualifié ce procès de « procès fantôme« .

Antoine Ory, l’un des avocats de la défense, a déclaré : « En France, en 2020, on refuse de rapatrier les vivants mais on juge les morts ». La France a pour politique de ne pas rapatrier ses terroristes, même s’ils sont des milliers en Syrie.

L’histoire de Hatay

La frontière entre la Syrie et la Turquie est une ligne relativement droite d’est en ouest jusqu’au fleuve Oronte, puis elle s’abaisse soudainement et se dirige vers le sud sur environ 80 miles. Ce morceau de terre manquant manifestement à la Syrie a été donné à la Turquie par la France en 1939 pour assurer que la Turquie se battrait pour la France contre l’Allemagne d’Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale.

Emmanuel Navon עמנואל נבון✔@emmanuelnavon - 28 mars 2019

La Turquie a arraché la province d'Alexandretta à la Syrie française en 1939 après un référendum truqué.

Le Conseil de sécurité de l'ONU va-t-il condamner ce changement territorial unilatéral ? #GolanHeights

Appelée Liwa Iskanderoun par les Syriens, la province est maintenant appelée Hatay, on y trouve les villes d’Antakya et d’Iskenderun, qui étaient auparavant connues sous les noms d’Antioche et d’Alexandretta. Cette région se trouve du côté turc d’Idlib.

En 1939, la région était composée d’un mélange de nationalités, avec des Turcs, des Turkmènes, des Arabes sunnites, des Alaouites, des Arméniens et des Grecs. Leurs descendants parlent encore aujourd’hui l’arabe, contrairement au reste de la Turquie qui ne parle que le turc. Avant 2011, le président turc Erdogan et le président syrien Assad avaient une relation très étroite et un accord a été signé pour construire un barrage de l’amitié syro-turque de 28 millions de dollars sur le fleuve Oronte. Hatay a été transformé en un lieu de rassemblement pour les terroristes internationaux, y compris des Français, qui ont afflué en Syrie pour participer à l’attaque des États-Unis, de l’OTAN et de l’UE contre la Syrie en vue d’un « changement de régime », et aujourd’hui le monde assiste à une possible guerre ouverte.

Steven Sahouni est un analyste politique et écrivain syrien indépendant basé au Liban

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/on-trouve-des-empreintes-de-la-france-partout-chez-les-groupes-terroristes-didlib

RT France annonce le lancement de La source, nouvelle émission de géopolitique, avec Alain Juillet.

24 Février 2020

Publié par François 24/02/2020 10H50

RT France annonce le lancement de La source, nouvelle émission de géopolitique, avec Alain Juillet.

RT France annonce le lancement de La source, nouvelle émission de géopolitique, avec Alain Juillet.

Sur RT France, Alain Juillet, ancien haut responsable à l’intelligence économique et dirigeant d’entreprises, présentera deux fois par mois, à compter de mars 2020, La Source, une émission de 13 minutes d’analyse sur des sujets stratégiques pour la France.

« Alain Juillet a un parcours exceptionnel et une expertise reconnue. Je suis très heureuse de compter une personnalité de cette envergure parmi nous. Je suis sûre qu’il apportera à nos audiences un éclairage plus approfondi des processus géopolitiques à l’œuvre dans le monde », déclare Xenia Fedorova, Présidente et directrice de l’information de RT France.

RT France lance une émission sur la géopolitique dans laquelle seront traités des sujets tels que la diplomatie, les conflits, le terrorisme, la sécurité, l’intelligence économique, … Alain Juillet, fort de sa longue expérience au plus haut niveau dans le monde de l’entreprise et du renseignement, aborde les sujets les plus complexes avec un objectif : clarifier pour permettre à chacun de voir plus loin et se forger sa propre opinion.PUBLICITÉ

« Hors de toute considération idéologique, la pratique de la géopolitique doit permettre aux citoyens de mieux comprendre la réalité objective », explique Alain Juillet.

La chaîne est disponible sur la Freebox (Canal 359), Fransat (Canal 55), sur les satellites SES 4, Astra 19.2 et Eutelsat 5WestA et sur la plateforme OTT Molotov. Elle est également présente en ligne à l’adresse rtfrance.tv.

http://www.leblogtvnews.com/2020/02/rt-france-annonce-le-lancement-de-la-source-nouvelle-emission-de-geopolitique-avec-alain-juillet.html

Affaire Harpon: la commission d’enquête dénonce «une faillite collective»

ActualitéSociété

Affaire Harpon: la commission d’enquête dénonce «une faillite collective»

Éric Ciotti, son président, est revenu sur les défaillances qui ont mené à l’attentat du 3 octobre.Par Jean-Marc LeclercPublié le 5 février 2020 à 19:39, mis à jour hier à 11:03

Un hommage est rendu, le 8 octobre dans la cour de la préfecture de police de Paris, aux quatre fonctionnaires tués lors de l’attaque survenue cinq jours auparavant.
Un hommage est rendu, le 8 octobre dans la cour de la préfecture de police de Paris, aux quatre fonctionnaires tués lors de l’attaque survenue cinq jours auparavant. Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

«Il y a eu une accumulation de signes» en amont de la tuerie à la préfecture de police de Paris (PP), dont l’auteur «n’aurait jamais dû rester dans un service aussi sensible». Le député LR des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti, s’exprime ici en tant que président de la commission d’enquête parlementaire chargée d’éclairer les circonstances de ce drame, survenu le 3 octobre dernier. Il l’a dit sur RTL, en prémices à un point d’étape présenté ce mercredi avec ses collègues enquêteurs.À lire aussi : L’État impuissant face à la radicalisation de ses agents

L’élu ajoute: «Nous avons eu connaissance d’une faillite collective, compte tenu du profil de Mickaël Harpon», l’informaticien, auteur des faits. Rappelons que l’adjoint administratif Harpon était en charge de la maintenance informatique à la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP). Il a assassiné quatre de ses collègues au couteau, blessant grièvement une cinquième personne. Cette attaque s’est déroulée au sein même d’un service censé protéger les Français contre la menace terroriste. Or personne n’a su prévenir cette dérive.

Et pourtant, s’étonne Éric Ciotti, «on n’est pas dans le service des cartes grises» mais «dans un service de lutte contre le terrorisme où ce monsieur était habilité au secret-défense». Harpon avait les droits d’administrateur du réseau informatique d’un service- clé du système de sécurité nationale.À lire aussi : Les relations sulfureuses de Mickaël Harpon sont passées inaperçues

Aujourd’hui encore, le traumatisme laissé par cette affaire est palpable, lorsque l’on pénètre dans la «forteresse» de la «PP». Au sas de l’entrée qui donne sur la cour où Harpon a agressé ses dernières victimes, un policier en civil demandait, mardi soir, à sa collègue du contrôle d’accès de bien vérifier que personne n’était porteur de microlames en céramique intégrées, par exemple, à des cartes de crédit.

Sur place, chacun veille désormais à bien raccompagner ses visiteurs jusqu’à la sortie. «On n’est jamais trop prudent par les temps qui courent», reconnaît un haut responsable, qui poursuit: «Qui aurait pu imaginer une chose pareille dans nos propres murs?»

On a eu un témoignage assez édifiant d’un de ses collègues qui nous a dit : « je n’avais pas d’inquiétude physique mais en revanche, j’avais des inquiétudes, compte tenu de sa vulnérabilitéÉric Ciotti

Éric Ciotti pointe pourtant des «signaux faibles en matière de radicalisation» qui ont été «émis à plusieurs reprises». Il déclare ainsi: «On a eu un témoignage assez édifiant d’un de ses collègues qui nous a dit: «je n’avais pas d’inquiétude physique mais en revanche, j’avais des inquiétudes, compte tenu de sa vulnérabilité, que certains l’utilisent pour capter des données informatiques».

Éric Ciotti déplore «ce qui s’est passé autour de (Harpon) à la préfecture de police depuis des années et les failles, les fautes, les dysfonctionnements» que l’enquête a découverts. À l’entendre, «des procédures collectives n’ont pas été mises en œuvre» et «les enquêtes d’habilitation étaient faites de façon un peu plus souple qu’ailleurs». Harpon «n’aurait jamais dû se trouver là», estime-t-il.À lire aussi : Radicalisation de Mickaël Harpon: tous les voyants étaient au rouge

À voir aussi – Terrorisme: est-on mieux protégé 4 ans après le 13 novembre?Terrorisme : est-on mieux protégé 4 ans après le 13 novembre ?Quatre après les attentats du 13 novembre à Paris : sujet de Stephan Foltzer sur comment la France s’organise pour déjouer les attentats, suivi d’un débat entre Éric Diard, député LR et Jean-Michel Fauvergue, député LREM de Seine-et-Marne.PartagerPlayUnmuteCurrent Time 0:07/Duration 36:43Loaded: 2.27% Niveaux de qualitéFullscreen

Selon lui, à la DRPP, «les procédures de signalement n’étaient pas formalisées, il n’y avait pas de référent radicalisation» et «pas de procédure de formation suffisamment développée». Pourtant, rappelle l’élu, «sa hiérarchie de proximité avait détecté ces failles d’abord sa conversion à l’Islam», avec «une pratique plus radicale de sa religion».

Passé ce constat effarant, la commission Ciotti est surtout attendue sur ses propositions. Car d’autres Harpon en puissance peuvent se cacher parmi les personnels de sécurité. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a ainsi affirmé mardi que les services de police étudient «106 cas» de policiers suspectés de radicalisation depuis le quadruple meurtre du 3 octobre.

Travail élargi

La commission parlementaire pourrait conclure à la nécessité de rattacher le service de Renseignement de la préfecture de police de Paris à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). En tout cas, pour ce qui concerne l’antiterrorisme. La mission plus classique de renseignement territorial resterait toutefois sous la coupe du préfet de police, tant elle est précieuse pour anticiper les actes séditieux et les mouvements sociaux.

Éric Ciotti et ses pairs ont jusqu’à fin mars pour rendre leur rapport. Leur travail sera élargi à la prévention de la radicalisation dans l’ensemble des services publics, ainsi que pour tous les emplois qui pourraient être en lien avec la sécurité nationale, comme les emplois dans les aéroports, les transports publics ou la sécurité privée.La rédaction vous conseille

Pour la députée LREM Sira Sylla, «si l’Afrique sombre dans le terrorisme, l’Europe sombrera aussi»

RECHERCHESur les lieux de l'explosion d'un terroriste-kamikaze au Niger, archives

Pour la députée LREM Sira Sylla, «si l’Afrique sombre dans le terrorisme, l’Europe sombrera aussi»

© AFP 2019 BOUREIMA HAMAAFRIQUE15:38 15.01.2020(mis à jour 15:39 15.01.2020)URL courtePar Christine H. Gueye444S’abonner

Cheville ouvrière de la politique africaine d’Emmanuel Macron, s’appuyant sur l’implication des diasporas, Sira Sylla, députée LREM, estime que le sommet de Pau représente un tournant au Sahel. Invitée de Sputnik France, elle revient sur le Sommet G5 Sahel, le rôle de la France et de la Russie dans la région et sur son action pour la Francophonie.

«Ce sommet [à Pau, ndlr] a constitué un temps fort, puisque les États du G5 Sahel ont réaffirmé la nécessité de la force Barkhane. On peut aussi saluer la création de la Coalition Sahel qui va s’organiser autour de quatre piliers», s’est félicitée la députée LREM, Sira Sylla, au micro de Sputnik France.

Lors d’un entretien dans nos locaux le mardi 14 janvier, la parlementaire En Marche de la 4e circonscription de Seine Maritime a détaillé ces quatre piliers, avant d’expliquer son action avec les diasporas et dans le cadre de la Francophonie.

«La lutte contre le terrorisme, la formation des militaires sur place –donc le renforcement des capacités militaires–, la nécessité d’un retour de la présence de l’État –puisqu’il n’y en a plus– et le développement. Les États du G5 Sahel et la France ont réussi à s’unir sur ces quatre piliers et cela, c’est un signe encourageant.»

Réagissant aux décisions annoncées lors du sommet des chefs d’État du G5 Sahel, réunis à Pau le 13 janvier à la demande du président Emmanuel Macron, Sira Sylla, qui est d’origine sénégalaise, mais née à Rouen, s’est félicitée de la «remobilisation» des Etats du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) autour de la France sur ces quatre piliers.

Initialement prévu le 16 décembre pour «clarifier» la volonté des États sahéliens d’accueillir des troupes françaises chez eux, après les discours anti-français qui se sont fait entendre, notamment au Mali, ce sommet avait été reporté. Depuis l’attaque d’Inatès, au Niger, le 10 décembre, ayant causé la mort de 71 militaires nigériens, de nouveaux assauts des djihadistes se sont produits, provoquant à nouveau de nombreuses victimes dans la zone sensible, dite des trois frontières.

«Concernant le sentiment anti-français, c’est vrai [qu’il existe, ndlr], mais je préfère, pour ma part, répondre par la pédagogie. Il faut expliquer sur place ce que fait Barkhane, ce que font les différentes forces internationales. Il faut aussi que les Etats et les élus, là-bas, s’engagent sur le terrain [pour dire à quoi sert Barkhane, ndlr]. On ne peut pas laisser les pays du G5 Sahel dans une telle situation. Car si l’Afrique sombre dans le terrorisme, l’Europe sombrera aussi», a déclaré Sira Sylla au micro de Sputnik France.

Marine Le Pen et Emmanuel Macron

© REUTERS / ERIC FEFERBERGMarine Le Pen soutient Macron sur ce pointCertains médias français répètent à l’envi que la Russie serait derrière les demandes de départ des troupes françaises du Mali. Moscou attiserait donc le sentiment anti-français grandissant au Sahel, parce qu’il viserait à prendre la place de Paris dans la région. Des allégations qui laissent Sira Sylla sceptique.

«Je ne prends pas pour argent comptant ce que les médias racontent sur les Russes. Je constate par rapport à ce que je vois et par rapport à ce que disent des ONG sérieuses qui se rendent souvent sur le terrain. On ne peut pas tout mettre sur le dos des Russes. Il vaut mieux être concret, aller sur le terrain et que tous les États avancent ensemble. Or, la Coalition Sahel, ça, c’est du concret», répond Sira Sylla sans détour.

S’unir pour contrer les djihadistes

Dans un communiqué publié lundi 13 janvier soir par l’Élysée à l’issue de la conférence de presse donnée par le Président de la République aux côtés de ses homologues du G5 Sahel, ceux-ci ont surtout insisté sur le besoin d’une «plus grande coordination dans la mise en œuvre des initiatives en cours au Sahel» et d’un «engagement international renforcé» afin de combattre plus efficacement les groupes armés terroristes actifs dans cette zone.

Sira Sylla, députée de la République en marche (LRM) est chargée des diasporas africaines et de la Francophonie.

© PHOTO. ASSEMBLÉENATIONALEFRANÇAISESira Sylla, députée de la République en marche (LRM) est chargée des diasporas africaines et de la Francophonie.

«À cette fin, un nouveau cadre politique, stratégique et opérationnel appelé Coalition pour le Sahel, rassemblant les pays du G5 Sahel et la France à travers l’opération Barkhane et ses autres formes d’engagements, les partenaires déjà engagés ainsi que tous les pays et organisations qui voudront y contribuer, est organisé autour de quatre piliers», précise le communiqué de l’Élysée.

Mali, opération Barkhane

© PHOTO. DAPHNE BENOITSahel: Macron annonce l’envoi de 220 soldats supplémentaires pour renforcer la force BarkhaneSur la base des décisions qui ont été arrêtées à Pau, c’est dans la région des trois frontières (Burkina Faso, Mali, Niger) que les efforts vont désormais se concentrer «sous le commandement conjoint de la Force Barkhane et de la Force conjointe du G5 Sahel, en ciblant en priorité l’EIGS*.»

De surcroît, toujours selon ce communiqué, le commandement conjoint de cette coalition accueillera «progressivement» l’ensemble des pays volontaires et partenaires, dont les contributions militaires rejoindront l’opération Barkhane, comme le futur groupement de forces spéciales européennes, baptisé «Task Force Takuba», s’inscrivant dans ce premier pilier, celui de la lutte antiterroriste.

Sortir des liens néocolonialistes

Revenant sur l’annonce récente à Abidjan (Côte d’Ivoire), où elle a accompagné Emmanuel Macron, de la fin du franc CFA en faveur de l’ECO, Sira Sylla s’est également réjouie que ce soit des États africains qui aient demandé de mettre un terme au franc CFA. «Nous ne pouvons que nous féliciter de ce que la France sorte des instances de décision», a-t-elle ajouté, se déclarant très fière d’avoir pu assister à ce moment «historique» empreint d’émotion.

Du coup, elle comprend mal les critiques dont le Président de la République continue de faire l’objet de la part de militants anti-CFA.

«Le handicap de la relation entre la France et l’Afrique, c’est que nous restons enlisés dans un passé post-colonialiste. Les Africains doivent prendre leur destin en main. Or, j’ai toujours l’impression qu’il y a un peu de schizophrénie. On voulait la fin du franc CFA. On l’a et c’est même annoncé. Mais on continue de pointer du doigt en direction d’Emmanuel Macron. Il n’est quand même pas tout seul dans cette affaire. Il y a bien une autre partie en face, qui est celle des chefs d’État africains de la zone franc», s’insurge la parlementaire LREM.

Même si elle ne nie pas que des questions «sensibles», comme l’augmentation subite des frais de scolarité pour les étudiants étrangers, la Loi Asile et immigration ou la présence omnipotente de grands groupes français tels que Bolloré, voire Auchan, peuvent empoisonner la relation entre la France et l’Afrique, elle rejette catégoriquement les accusations d’hypocrisie à l’encontre de «son» Président.

Le plus important, pour elle, est de conserver intacte sa détermination à faire bouger les lignes en poursuivant son combat auprès des diasporas africaines, qu’elle veut de plus en plus impliquer dans la nouvelle politique africaine de la France et au sein de la Francophonie:

«C’est en tous cas le sens de mon engagement aux côtés d’Emmanuel Macron pour que les diasporas africaines s’impliquent davantage dans la co-construction de relations apaisées», confie Sira Sylla.

*L’État islamique au Grand Sahel (EIGS) est une organisation terroriste interdite en Russie

https://fr.sputniknews.com/afrique/202001151042908570-pour-la-deputee-lrem-sira-sylla-si-lafrique-sombre-dans-le-terrorisme-leurope-sombrera-aussi/