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Les élections ne suffisent pas à la démocratie

Les élections ne suffisent pas à la démocratie

Vu d’Occident, trois élections démocratiques viennent de se tenir en Tunisie, au Liban et en Iraq. Mais pour ces peuples, ces scrutins n’avaient pas grand chose à voir avec l’idéal démocratique car les institutions, que les Occidentaux leur ont imposées, ont été conçues pour les empêcher de choisir librement leurs dirigeants.

| Damas (Syrie)

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L’abstention massive lors des élections législatives libanaises (50 %), iraquiennes (65 %), et municipales tunisiennes (77 %) a été interprétée par les Occidentaux comme la preuve de l’immaturité de ces peuples. Qu’ils disposent de la démocratie depuis 7 ou 75 ans, ils sont irresponsables et doivent donc être placés sous tutelle.

Oubliant qu’en Occident aussi certaines consultations nationales ont été marquées par des taux d’abstention similaires, les Occidentaux expliquent ceux de la Tunisie, du Liban et de l’Iraq par les mauvais résultats économiques de leurs gouvernements. Comme si les Arabes n’avaient pas compris qu’ils pouvaient délibérer de projets et choisir leur avenir, mais s’imaginaient qu’ils devaient approuver les performances de leurs gouvernants passés.

Pressés de rétablir un mandat sur le Levant, les Occidentaux avaient ainsi interprété la libération de Saad Hariri de sa geôle saoudienne comme la victoire d’Emmanuel Macron Le Magnifique. Ils n’avaient ni vu le camouflet infligé par le prince héritier saoudien au président français à l’aéroport de Riyad [1], ni l’efficacité des démarches du président Michel Aoun aux Nations unies. À leurs yeux, les Libanais ne pouvaient pas se débrouiller seuls. Ils ne pouvaient obtenir de résultats qu’encadrés par eux.

Les médias occidentaux abordent les invraisemblables institutions libanaises en les qualifiant de « compliquées », mais sans expliquer que le système communautaire a été conçu par l’ancienne puissance coloniale pour que rien, jamais, ne change. La France est laïque chez elle, mais surtout pas dans ses anciennes colonies. Et les aménagements de la loi électorale avec l’introduction de la proportionnelle au sein des communautés, non seulement maintiennent le carcan colonial, mais en complexifient le maillage.

Oui, il est ridicule de voir la Tunisie élire pour la première fois ses conseillers municipaux, le Liban élire au bout de neuf ans des députés héréditaires, et l’Iraq divisé en 37 partis politiques. Mais c’est précisément parce que c’est ridicule que beaucoup d’électeurs ont refusé de se plier à ce jeu humiliant.

Contrairement à l’interprétation occidentale, ces taux d’abstention, s’ils manifestent un rejet des procédures démocratiques, ne signifient absolument pas le rejet de la démocratie, mais de son dévoiement.

Les Tunisiens, qui ont vu Ennahdha et Nidaâ Tounès s’allier après s’être combattus, avaient toutes les raisons d’anticiper que les deux grands partis s’entendraient entre eux pour se répartir les postes locaux comme ils l’ont fait avec les fonctions nationales. Les Libanais, qui savent ne pas avoir d’autre choix que celui du « seigneur de guerre » de leur communauté et de ses vassaux pour se défendre des autres communautés, ont eux aussi rejeté cet emprisonnement. Les Iraquiens, dont le Premier ministre élu avait été renversé il y a quatre ans par les puissances étrangères, savent que leur vote ne sera pas pris en compte s’il contrevient aux desiderata de l’auto-proclamée « communauté internationale ».

Seuls le Hezbollah libanais, issu de la Résistance contre l’occupation israélienne, et la Coalition iraquienne de Moqtada el-Sadr, issue de la Résistance à l’occupation états-unienne, ont fait le plein de leurs voix avec leurs alliés.

Que l’on ne s’y trompe pas, les Occidentaux se félicitent implicitement de l’abstention car ils y trouvent la justification de leur agression du « Moyen-Orient élargi » depuis 17 ans. Toute expression d’une volonté organisée des peuples est pour eux un cauchemar, leur unique objectif étant de renverser les États et de détruire les sociétés pour mieux les dominer.

Ainsi, lorsque les Syriens, en pleine guerre, se sont rués sur les bureaux de vote pour élire leur président, les Occidentaux sont restés pétrifiés. Ils ont été contraints de remettre à plus tard leur plan de renversement de la République arabe syrienne.

Les Arabes comme les autres hommes aspirent à déterminer eux-mêmes leur propre destin.

Source
Al-Watan (Syrie)

[1] « Le camouflet infligé au président Macron en Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 novembre 2018.

http://www.voltairenet.org/article201073.html

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Les muscles américains en Syrie pour effrayer la Turquie et l’Iran

Les muscles américains en Syrie pour effrayer la Turquie et l’Iran

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11.05.2018

Les Etats-Unis ont achevé la construction d’une troisième base dans la région de Manbij, où la Turquie voulait envoyer ses troupes pour évincer les milices kurdes. La présence militaire américaine pourrait être un bastion pour attaquer l’Iran.

La majorité de l’ordre de 15 bases militaires américaines, à l’exception d’Eth-Tanf, se trouve sur les territoires contrôlés par la milice kurde dans le nord de la Syrie, à l’est de l’Euphrate. L’expansion de la présence militaire américaine inquiète les participants au format Astana: la Turquie, la Russie et l’Iran, qui sont les garants des quatre «zones de désescalade» en Syrie.

Au début du mois de mai, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui a blâmé Washington à plusieurs reprises pour avoir tenté de détruire la Syrie, a déclaré que les Etats-Unis préparaient des militants contre le gouvernement de Bashar Assad.

La même position est tenue par l’Iran, qui considère toute présence militaire sans le consentement de ses alliés comme illégale. Téhéran est également préoccupé par l’alliance américaine avec les Kurdes, dont le nombre en Iran, selon diverses estimations, est de huit millions.

La Turquie est le plus inquiet, le seul pays à avoir mené une opération militaire ouverte contre les YPG, sur les territoires desquels les Etats-Unis ont établi leurs bases. En janvier-mars, les forces armées turques ont chassé les miliciens kurdes d’Afrin (opération Olive Branch) au nord-ouest de la Syrie. Ensuite, ils se préparaient à aller plus loin – à Manbij. Mais, contrairement à Afrin, que la coalition américaine contre l’Etat islamique a annoncé en dehors de sa zone de responsabilité, le Pentagone a fourni aux Kurdes des garanties claires pour Manbij. Non seulement il y a eu des renforts militaires envoyés face à trois cents forces spéciales américaines, mais il y a trois mois, la construction d’une autre base militaire a commencé.

Dans la nouvelle garnison de Manbije, filmée par le photographe de l’agence Reuters, les militaires français sont également stationnés, a précisé Sharfan Darwish, porte-parole des Forces démocratiques syriennes (SDF), basé sur les YPG kurdes. Les militaires américains et français patrouillent le front entre le SDF et les forces pro-turques après qu’Ankara ait lancé la «branche d’olivier». Darvish a noté:

Après l’attaque turque sur Afrin et l’augmentation des menaces turques contre Manbiju, les forces de la coalition ont construit une base pour surveiller et protéger la frontière (entre les belligérants)

La Turquie considère les YPG comme une organisation terroriste et la continuation du Parti des travailleurs du Kurdistan, avec lequel la Turquie se bat sur son propre territoire. Le programme d’Erdogan est de nettoyer toute la frontière de 800 kilomètres avec la Syrie des partisans kurdes, en recourant à une intervention sur le territoire étranger si nécessaire. L’activation des Etats-Unis dans la région et le manque d’intérêt pour les négociations avec Erdogan éloignent de plus en plus Ankara de Washington.

Le docteur en sciences historiques de l’université d’Istanbul Mehmet Perincek considère que la nouvelle base militaire américaine dans le nord de la Syrie est plus qu’une simple menace pour la Turquie:

La nouvelle base de l’Amérique à Manbij n’est pas seulement contre Assad, l’intégrité territoriale de la Turquie, mais aussi contre la Russie et même la Chine. Après tout, s’il y a un Kurdistan indépendant, il va s’imposer contre toute l’Eurasie. La Turquie, l’Iran et la Russie devraient unir leurs forces non seulement contre la terreur des fondamentalistes, mais aussi contre les séparatistes « 

Lors du dernier sommet d’Ankara, les dirigeants de la Russie, de l’Iran et de la Turquie ont, dans une déclaration commune, évoqué précisément la lutte contre les «agendas séparatistes», faisant allusion aux plans américains d’effondrement de la Syrie.

Le renforcement de la présence militaire des États-Unis en Syrie est également pertinent à la lumière de l’escalade de la confrontation israélo-iranienne près des hauteurs du Golan après la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord nucléaire avec l’Iran. Les points forts dans les territoires kurdes, en plus des bases américaines dans les pays du Golfe Persique, sont de nouvelles têtes de pont du Pentagone pour attaquer l’Iran.

Le renforcement des Américains à Manbij n’est pas rentable à la fois pour Téhéran et pour Ankara. Mais cela signifie-t-il que dans le cas d’Israël et des frappes américaines contre l’Iran, la Turquie soutiendra son voisin?

Réalisant que les plans américains sont sérieux, et que la situation est au final, un résultat déplorable pour l’Iran, la Turquie peut soutenir ces coups, car il y a un an Ankara critiquait l’Iran, disant qu’il essayait de transformer la Syrie et l’Irak en Etats chiites.

Les Etats-Unis ont un puissant levier sur la Turquie sous la forme de sanctions pour l’achat de S-400 russes et en contournant le boycott américain de l’Iran, ce qui pourrait contraindre Ankara à s’abstenir de toute solidarité avec la République islamique d’Iran.

Perincek estime que parmi les principaux objectifs des possiles frappes américaines contre l’Iran est l’intention de détruire le format Astana.

Les États-Unis et Israël ont longtemps voulu gâcher le processus d’Astana, qui les empêche de réaliser leurs plans dans la région. L’attaque contre l’Iran est une continuation des provocations, comme les Khimataks de Salisbury et la Douma syrienne, appelés à diviser l’alliance de la Turquie, de l’Iran et de la Russie.

« En cas de guerre avec l’Iran, la Turquie devrait montrer sa solidarité avec elle, car seule la coopération avec Téhéran Ankara peut combattre le séparatisme et garantir son intégrité territoriale » – a résumé Perincek.

Comme Ankara va réagir, c’est difficile à dire. La Turquie est membre de l’OTAN, dépendante de plusieurs aspects des États-Unis, mais en même temps elle est mécontente de l’alliance de Washington avec les Kurdes et de la dissimulation de Fethullah Gülen en Pennsylvanie. D’autre part, Ankara est dans une alliance situationnelle avec Téhéran en Syrie et a des liens commerciaux étroits avec les Iraniens. L’histoire montre que les alliances sont vérifiées non par des mots, mais par des actions concrètes. L’état tendu actuel des relations turco-américaines et turco-israéliennes suggère que le pays sur les rives du Bosphore n’a plus d’incitation à l’intervention américaine et israélienne contre l’Iran que lors de l’agression américaine contre l’Irak en 2003, quand Ankara a refusé de fournir ses bases à ses alliés de l’OTAN.

http://katehon.com/article/us-muscles-syria-scare-turkey-and-iran

L’Égypte cède une partie de son territoire pour Neom

L’Égypte cède une partie de son territoire pour Neom

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Recevant le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, a annoncé que son pays se joignait au projet Neom.

L’Arabie saoudite a annoncé en octobre 2017 souhaiter construire une mega-ville high tech, destinée au tourisme de luxe : Neom. Cette région serait régie par un droit particulier, conforme au mode occidental, sans aucune référence au wahhabisme en particulier, ni même à l’islam en général.

Neom est un barbarisme signifiant Nouveau-Nouveau (néo en grec et mostaqbal en arabe).

La zone d’implantation choisie est située au bord de la mer Rouge, à Tabuk, à la frontière jordanienne et face à l’Égypte. Elle représente une surface de 26 000 km2, soit celle d’une région européenne.

Le budget prévisionnel de ce projet est d’environ 500 milliards de dollars. Il est dirigé par Klaus Kleinfeld, l’ancien patron d’Alcoa-Arconic et administrateur du groupe de Bilderberg.

Le président al-Sissi a décidé de fondre une partie du Sud du Sinaï, incluant la ville de Charm el-Cheikh, et une partie du continent, incluant la ville d’Hurghada, dans ce projet. Ce qui implique l’extra-territorialité de cette zone, face à Tabrouk. Un fonds commun d’investissement a été constitué, doté de 10 milliards de dollars (versés par la seule Arabie saoudite).

En avril 2016, le président al-Sissi avait remis à Riyad les îles de Tiran et de Sanafir, qui ferment le golfe d’Aqaba entre le Sinaï et l’Arabie saoudite. Il avait présenté son geste comme une « restitution » territoriale, alors que le seul document valide, la Convention de Londres de 1840, faisait de ces îles des territoires égyptiens. Cette session permet à l’Arabie saoudite d’inclure de les inclure dans le projet Neom et de transformer l’ensemble de la région.

Par ailleurs, ce transfert de souveraineté impliquait une reconnaissance de facto par les Saoudiens des accords égypto-israéliens de Camp David [1] qui stipulent la liberté de circulation de la marine israélienne dans le golfe d’Aqaba et la mer Rouge. Il y a donc fort à parier qu’Israël est partie prenante du projet Neom. En tous cas, Neom ne sera plus une méga-ville saoudienne, mais un archipel égypto-saoudien, au sein duquel Israël conservera de droit le contrôle des communications maritimes.

Agression masquée en guerres civiles

Agression masquée en guerres civiles

Si l’on veut bien prendre un peu de recul, on constatera que les différents conflits qui ont ensanglanté depuis seize ans tout le Moyen-Orient élargi de l’Afghanistan à la Libye n’ont pas été une succession de guerres civiles, mais l’application de stratégies régionales. Rappelant les objectifs et les tactiques de ces guerres depuis le « Printemps arabe », Thierry Meyssan observe la préparation des suivantes.

| Damas (Syrie)

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Fin 2010, débutait une série de guerres initialement présentées comme des soulèvements populaires. Successivement, la Tunisie, l’Égypte, la Libye, la Syrie et le Yémen étaient emportés par ce « Printemps arabe », réédition de la « Grande révolte arabe de 1915 », initiée par Lawrence d’Arabie à la seule différence qu’il ne s’agissait plus cette fois de s’appuyer sur les Wahhabites, mais sur les Frères musulmans.

Tous ces événements avaient été minutieusement planifiés par le Royaume-Uni à partir de 2004, ainsi qu’en attestent les documents internes du Foreign Office révélés par le lanceur d’alerte britannique Derek Pasquill [1]. À l’exception du bombardement de Tripoli (Libye), en août 2011, ils ressortaient non pas uniquement des techniques de déstabilisation non-violentes de Gene Sharp [2], mais aussi de la guerre de 4ème génération de William S. Lind [3]

Mis en œuvre par les armées US, le projet britannique de « Printemps arabe » se superposa avec celui de l’état-major états-unien : la destruction des sociétés et des États à une échelle régionale, telle que formulée par l’amiral Arthur Cebrowski, popularisée par Thomas Barnett [4], et illustrée par Ralph Peters [5].

Les événements semblaient s’apaiser au second trimestre 2012, de sorte que les États-Unis et la Russie convenaient ensemble à Genève d’un nouveau partage du Moyen-Orient, le 31 juin.

Pourtant les États-Unis ne respectaient pas leur signature. Une seconde guerre débutait en juillet 2012, en Syrie, puis en Irak. Aux petits groupes et aux commandos succédaient de vastes armées de Terre composées de jihadistes. Il ne s’agissait plus d’une guerre de 4ème génération, mais d’une classique guerre de position, adaptées aux techniques d’Abou Bakr Naji [6].

Cette fois, conformément aux travaux de Robin Wright [7], la volonté de prévenir la réouverture de la « route de la soie » se superposa aux deux objectifs précédents lorsque la Chine dévoila son ambition.

Les événements semblèrent à nouveau s’apaiser au dernier trimestre 2017 après la chute de Daesh, mais les investissements dans ces conflits avaient été tels qu’il paraissait impossible pour les partisans de la guerre de renoncer sans atteindre leurs buts.

On assista alors à une tentative de relance des hostilités avec la question kurde. Après un premier échec en Irak, ce fut un second en Syrie. Dans les deux cas, la violence de l’agression avait poussé la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie à s’unir contre l’ennemi extérieur.

En définitive, le Royaume-Uni a décidé de poursuivre son objectif initial de domination via les Frères musulmans et vient de constituer pour cela le « Petit groupe », révélé par Richard Labévière [8]. Cette structure secrète comprend l’Arabie saoudite, les États-Unis, la France et la Jordanie.

De leur côté, les États-Unis, appliquant le « Pivot vers l’Asie » de Kurt Campbell [9], viennent de décider de concentrer leurs forces contre la Chine. Pour cela, ils reforment avec l’Australie, l’Inde et le Japon, le Quadriennal Security Dialogue.

Pendant ce temps, l’opinion publique occidentale croit que l’unique conflit qui a déjà dévasté tout le Moyen-Orient élargi, de l’Afghanistan à la Libye, est une succession de guerres civiles pour la démocratie.

[1] When Progressives Treat with Reactionaries. The British State’s flirtation with radical Islamism, Martin Bright, Policy Exchange, September 2004. “I had no choice but to leak”, Derek Pasquill, New Statesman, January 17, 2008.

[2] Making Europe Unconquerable : The Potential of Civilian-based Deterrence and Defense, Gene Sharp, Taylor & Francis, 1985.

[3] “The Changing Face of War : Into the Fourth Generation”, William S. Lind, Colonel Keith Nightengale, Captain John F. Schmitt, Colonel Joseph W. Sutton, Lieutenant Colonel Gary I. Wilson, Marine Corps Gazette, October 1989.

[4] The Pentagon’s New Map, Thomas P.M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004.

[5] “Blood borders – How a better Middle East would look”, Colonel Ralph Peters, Armed Forces Journal, June 2006.

[6] The Management of Savagery : The Most Critical Stage Through Which the Umma Will Pass, Abu Bakr Naji, 2005. English version translated by William McCants, Harvard University, 2006.

[7] “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, 28 septembre 2013.

[8] « Syrieleaks : un câble diplomatique britannique dévoile la « stratégie occidentale » », par Richard Labévière, Observatoire géostratégique, Proche&Moyen-Orient.ch, 17 février 2018.

[9] The Pivot : The Future of American Statecraft in Asia, Kurt M. Campbell, Twelve, 2016.

 

http://www.voltairenet.org/article199833.html

Pourquoi Macron critique l’intervention occidentale en Libye

ÉCLAIRAGE

Le président français a reconnu la « responsabilité » de la France dans la situation aujourd’hui en Libye suite à l’intervention de l’OTAN.

Le dossier libyen a de nouveau été mis sur le tapis par Emmanuel Macron. En déplacement à Tunis pour deux jours, le président français a reconnu la responsabilité de la France dans la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui la Libye. « La France, tout comme des États de l’Europe et les États-Unis, a une responsabilité dans ce qui se passe dans la région », a-t-il déclaré jeudi dans un discours prononcé face au président tunisien Béji Caïd Essebsi et à l’Assemblée des représentants du peuple. « Je n’oublie pas que plusieurs ont décidé qu’il fallait en finir avec le dirigeant libyen sans qu’il y ait pour autant de projet pour la suite », a-t-il enchaîné, faisant référence à l’intervention militaire de l’OTAN en 2011 encouragée par la France sous Nicolas Sarkozy.

Ce n’est pas la première fois que le chef de l’État français rompt ouvertement avec les politiques menées par ses prédécesseurs dans le monde arabe. L’exemple de la Syrie est le plus symbolique à cet égard. M. Macron a mis en avant son « aggiornamento » sur ce dossier, en précisant, en juin dernier, « ne pas avoir énoncé que la destitution de Bachar était un préalable à tout ». « Car personne ne m’a présenté son successeur légitime ! » a-t-il précisé dans un entretien accordé à différents médias européens.

Il faut dire que la realpolitik Macron est fortement imprégnée du souvenir de l’intervention américaine en Irak en 2003, influençant dès lors la définition de sa politique étrangère au Moyen-Orient et cherchant à éviter à tout prix la répétition d’un scénario similaire. Dans ce contexte, ses propos sur la responsabilité de la France en Libye sont une première, mais ils s’inscrivent bien dans la continuité de la ligne voulue par le dirigeant français qui s’emploie à redorer le blason diplomatique de la France dans la région tout en flattant les populations de la région, en désignant l’interventionnisme occidental comme un bouc émissaire. Pour le chef de l’État français, « quoi qu’on pense d’un dirigeant », cela a contribué à « imaginer qu’on pouvait se substituer à la souveraineté d’un peuple pour décider de son futur ». « Nous avons collectivement plongé la Libye depuis ces années dans l’anomie sans pouvoir régler la situation », a-t-il souligné.

Sur la question libyenne, les objectifs français sont multiples. « C’est une façon de montrer une continuité par rapport à Barack Obama qui était très critique de l’intervention, avec lequel M. Macron n’avait pas caché sa proximité, mais aussi de rassurer les dirigeants des pays du Sud quant à leur souveraineté », explique à L’Orient-Le Jour Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales et professeur à Sciences Po Paris. Mais, de manière plus générale, « les arguments employés sont conséquentialistes puisqu’ils peuvent resservir dans d’autres situations et essentialistes car il ne s’agit plus d’intervenir pour transformer un État souverain » sans sa demande expresse, observe l’expert. Selon M. Badie, « il y a peut-être ici l’énonciation d’une doctrine pour une construction plus prudente et désengagée de la politique étrangère française ». S’il semble que la France souhaite revenir à une vision moins interventionniste militairement, elle n’en est pas moins engagée sur différents fronts comme au Sahel ou en Syrie et en Irak, rappelle le spécialiste. Le chef de l’État français semble chercher un juste milieu entre un interventionnisme tous azimuts et un réalisme impliquant une trop grande proximité avec les régimes dictatoriaux. Il n’a ainsi pas manqué de nuancer ses propos : « En Libye, la situation actuelle (était) d’abord due à des années de tyrannie », a-t-il affirmé avant de quitter la Tunisie. « L’idée qu’on règle la situation d’un pays de façon unilatérale et militaire est fausse », a-t-il néanmoins insisté.

« Crime contre l’humanité »

La Libye est […]

Lire la suite sur L’Orient Le Jour, Julie Kebbi, 03-02-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

37 réponses à Pourquoi Macron critique l’intervention occidentale en Libye   :  Pour lire les 37 réponses , cliquez sur le lien :  

https://www.les-crises.fr/pourquoi-macron-critique-lintervention-occidentale-en-libye/

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Emmanuel Macron en Tunisie : « Un modèle démocratique dans le monde arabe »

Emmanuel Macron en Tunisie : « Un modèle démocratique dans le monde arabe »

Arrivé mercredi 31 janvier en Tunisie pour sa seconde visite d’État, Emmanuel Macron a affiché sa volonté de remettre en selle la coopération franco-tunisienne. Après avoir rencontré son homologue tunisien Béji Caïd Essebsi, le président français a délivré ce jeudi un discours très attendu devant l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP).

C’est main dans la main que le président français, Emmanuel Macron et le président tunisien, Béji Caïd Essebsi sont entrés au palais de Carthage pour le coup d’envoi d’une visite d’État aux allures de marathon. Une manière de manifester une convergence de points de vue avant de prendre la parole. De part et d’autres les messages sont clairs : la relation entre les deux pays est séculaire.

« Si vous échouez, nous échouons »

Béji Caïd Essebsi a exprimé sa reconnaissance à la France pour son soutien lors du classement, en décembre 2017, de la Tunisie parmi les paradis fiscaux par l’Union européenne : « Nous sommes deux pays qui peuvent compter l’un sur l’autre dans les moments difficiles ».

Il a également confirmé la position de la Tunisie sur la question palestinienne et l’urgence à résoudre le conflit libyen. Emmanuel Macron a de son côté affirmé l’ancrage méditerranéen de la Tunisie, exprimé le soutien de la France à cette démocratie et lié les destins des deux pays : « Si vous échouez, nous échouons. »

Après avoir souligné que les difficultés de la Tunisie sont essentiellement économiques, le président français a précisé que « des réformes douloureuses s’imposent, pour que la Tunisie soit un véritable pôle d’attractivité ».

De 2016 à 2020, l’aide de la France à la relance de la Tunisie s’élève à 1,2 milliard d’euros assortie de 500 millions supplémentaires sur 2020-2022. Emmanuel Macron a confirmé l’Agence française de développement (AFD) comme vis-à-vis officiel dans la gestion des soutiens apportés.


>>> A LIRE – Visite d’Édouard Philippe en Tunisie : onze accords signés portant sur un total de 92,3 millions d’euros


Feuille de route

Quatre feuilles de route, dont les grandes lignes avaient été définies lors de la visite en octobre 2017 du Premier ministre français Édouard Philippe, définissent la nouvelle coopération entre les deux pays. Sécurité, lutte contre le terrorisme et la migration clandestine sont un premier objectif commun.

Suivent un programme de 30 millions d’euros pour la relance des investissements, la création d’un fond de 50 millions d’euros destiné à soutenir les entreprises et les initiatives des jeunes, un soutien apporté à la formation des jeunes et enfin une rénovation des relations culturelles.

Sécurité, soutien à l’économie et à la jeunesse sont les pierres angulaires au programme  du nouveau couple tuniso-français ; les mêmes lignes directrices que celles de l’Union européenne pour la Tunisie. La signature de huit accords dont un avenant à la convention sur la reconversion de la dette en projets de développement sans que son montant ne soit spécifié et la création d’une université franco-tunisienne pour l’Afrique et la Méditerranée IFTAM, précise ces axes.

Sécurité, lutte anti-terrorisme et éducation

Cette visite est également un temps fort pour le gouvernement tunisien, qui gagne en visibilité où, du moins, en profite pour spécifier ses positions notamment sur la situation économique et la répression des dernières manifestations début janvier.

« En plus de la sécurisation de nos frontières et de la lutte contre le terrorisme, nous mettons en place une stratégie basée sur l’éducation et la culture », explique le Chef du gouvernement, Youssef Chahed interviewé par France 24.

Dans l’après midi, il a eu une rencontre avec le président Macron et une importante délégation française où, encore une fois, il a été question de sécurité.

Une Assemblée désertée par les partis de gauche

 

Ce jeudi 1er février, Emmanuel Macron a placé les ambitions de la France pour la Tunisie, le monde arabe et le Maghreb au cœur de son discours très attendu devant l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).

Le moment était solennel. La « macronmania » n’a pas atteint l’ARP. Depuis le perchoir de l’ARP – honneur auquel n’a pas eu droit le président turc Recep Tayyip Erdogan lors de sa visite officielle en décembre 2017 -, Emmanuel Macron a entamé son grand oral devant, essentiellement, les députés de Nidaa Tounes et d’Ennahda, ainsi que des représentants du corps diplomatique. Les partis de la gauche tunisienne avaient boudé l’hémicycle.

L’Europe et les États-Unis ont une responsabilité dans l’affaire libyenne

Le chef d’État français a souligné l’importance des institutions et d’une société civile agissante comme indispensable bouclier démocratique dans le monde arabe et insisté sur la nécessité pour l’individu arabe de reprendre son destin en main, pour échapper à ce que l’historien libanais Samir Kassir qualifie de « malheur arabe ».

Tout en faisant la distinction entre jihadisme et islam politique, le président français a souligné à plusieurs reprises que la situation libyenne doit trouver une issue rapide et a dit reconnaître la responsabilité des pays occidentaux dans l’instabilité que connait le pays depuis 2011 : « L’Europe et les États-Unis ont une responsabilité dans l’affaire libyenne. » Un aveu qui suscite un malaise dans les rangs des ambassadeurs.

Soutenir les jeunes pour lutter contre le terrorisme et l’émigration

À propos de la Tunisie – «  modèle démocratique dans le monde arabe, qu’il faut soutenir, car c’est un espoir et un laboratoire pour toute la région » -, Emmanuel Macron souhaite renouveler la relation entre les deux pays et contribuer à relever les défis auxquels la Tunisie se trouve confrontée.

S’il accorde une place au volet politique, à la gouvernance et aux régions, il affirme aussi apporter l’appui de la France en matière économique, mettant notamment en avant des soutiens financiers pour le développement de secteurs innovants.

Au centre de la nouvelle politique d’Emmanuel Macron en Tunisie : offrir des opportunités aux jeunes avec un appui aux projets et la création d’une université franco-tunisienne pour l’Afrique et la méditerranée, plateforme de formation et d’éducation au rayonnement régional ; une institution qui pourrait rivaliser avec les universités américaines du Caire et de Beyrouth.

Des actions qui, avec l’implication du secteur privé, participent à la lutte contre le terrorisme et à freiner l’émigration.

Mais, tandis qu’Emmanuel Macron disait devant les députés de l’ARP miser sur l’éducation en Tunisie, les établissements d’enseignements français en Tunisie ont fait grève, pour protester contre les restrictions budgétaires qui leur sont imposées par le gouvernement français.

Le président français n’oublie pas le 50ème sommet de la Francophonie, qui se tiendra en Tunisie en 2020, et installe des Alliances françaises pour remettre en selle la langue française, utile et nécessaire à l’employabilité des jeunes.

« Un continuum Europe-Méditerranée-Afrique »

Ces grandes lignes avaient été annoncées lors de la conférence de presse donnée par les présidents tunisien et français à l’issue de leur rencontre du 31 janvier.

« Son message était surtout adressé aux pays arabes ; pour ce qui est de la Tunisie, son discours, sans être nouveau, nous encourage à nous mettre sérieusement au travail en étant innovants ; c’est la clé du succès », précise un élu, tandis que l’économiste Ezzedine Saïdane estime que « l’essentiel est la mise en application de toutes ces décisions ».

Cette stratégie française s’étend au Maghreb, qu’Emmanuel Macron approche comme « un continuum Europe-Méditerranée-Afrique et un grand espace de prospérité partagée.  Il a également exprimé la même volonté de promouvoir les échanges, la mobilité, l’éducation, la formation et mise encore une fois sur les jeunes. Tiendra-t-il le même discours à Dakar, où il se rend le 2 février ?



 

L’Arabie saoudite tente de contenir la propagation du salafisme. Ça ne marchera pas.

Quelques mois avant que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane n’entame sa campagne anti-corruption contre les milliardaires, il a d’abord fait taire, puis détenir et, dans certains cas, emprisonner les membres de l’élite religieuse du royaume : des leaders religieux salafistes qui ont d’immenses quantités de partisans au Moyen-Orient et en Afrique du Nord pour leurs campagnes médiatiques contre les musulmans chiites et leur détermination à voir le président syrien Bachar al-Assad destitué. Le prince a interdit leurs programmes de télévision et censuré les comptes Twitter qu’ils utilisent pour atteindre des millions de d’abonnés. L’une des raisons de cette campagne est que de nombreux salafistes s’opposent à son programme de réforme, qui est à la fois hautement nationaliste et socialement libéral. Une autre raison est que, alors que le prince héritier exerce un plus grand contrôle sur l’interprétation de l’islam, il veut remettre en cause la rhétorique incendiaire, en particulier sur la Syrie, qui contribue à propager l’extrémisme.

Mais il est trop tard. Alors que le prince héritier est peut être en mesure de changer le ton à l’intérieur du royaume, la vision des chiites par les imams est maintenant copiée par les adeptes dans les mondes arabe et musulman qui ne considèrent pas les chiites comme de vrais musulmans ; l’idée est maintenant trop répandue pour être défaite. De l’Égypte au Liban en passant par la Jordanie et la Tunisie, de nombreux musulmans sunnites orthodoxes croient que les chiites sont déterminés à convertir les sociétés sunnites au chiisme. En fait, le discours sectaire est devenu le principal facteur de mobilisation au Moyen-Orient, en grande partie à cause de l’expansionnisme iranien en Syrie et en Irak. Sans que les salafistes saoudiens ne perpétuent cette controverse, d’autres autour du monde vont sûrement prendre la relève.

Un Saoudien réduit au silence, Mohammad Arefe, qui compte près de 21 millions d’adeptes sur Twitter, est vénéré par les salafistes et d’autres types d’islamistes dans toute la région. En juin 2013, il a tweeté : « La relation entre le Hezbollah (la principale force chiite au Liban, financée par l’Iran) et le guide suprême iranien Khamenei est de répandre le chiisme dans le monde arabe [sunnite] ». Auparavant, il a dit que les Chiites ont assassiné des sunnites en Irak de manière terrible : « Ils auraient utilisé les méthodes de torture les plus violentes contre eux. Ils auraient kidnappé un enfant, le faisant bouillir dans de l’eau, l’aurait dépouillé comme un mouton, puis ils l’auraient emmené sur un plateau, enveloppé dans un linge, et quand sa famille a découvert le plateau, ils ont vu ce… garçon ». Arefe a été arrêté et interrogé en septembre, puis libéré. Peut-être est-il considéré comme trop puissant pour être empêché définitivement. Mais il ne parle plus en ligne sur les chiites, la guerre en Syrie ou la politique en général.

Un autre salafiste célèbre que le prince héritier saoudien censure est Adnan al-Arour, originaire de Hama, en Syrie, mais qui s’est installé en Arabie saoudite il y a une vingtaine d’années pour rejoindre la campagne contre Assad. Il a fortement réduit sa présence médiatique et numérique depuis mars 2017, et son programme télévisé saoudien a été retiré de l’antenne. Il a plus de 3 millions d’abonnés Twitter.

Dans la ville de Tripoli, au nord du Liban, où un des auteurs de cet article a interviewé des leaders salafistes entre 2013 et 2016, beaucoup ont considéré Arefe et Arour comme des mentors. Ils ont retweeté l’animosité des hommes envers les Chiites et ont déclaré que le financement de la reconstruction de certaines mosquées salafistes au Liban provenait de sources saoudiennes. Certains sont même allés se battre en Syrie avec les rebelles sur la base des idées d’Arefe et d’Arour.

Le salafisme dans la région est de plus en plus populaire depuis des décennies et semble avoir des partisans qui se montent à plusieurs millions. Il a de multiples branches, allant du salafisme jihadiste (ses partisans prônent la violence) jusqu’au salafisme Taqlidi (érudit et éducatif).

La tendance la plus commune est la salafiyya dawwiyya, ou salafistes évangélisateurs, qui sont divisés entre ceux qui croient en la participation à la politique et ceux qui croient qu’ils devraient s’abstenir. Après les soulèvements arabes, le nombre de « politicos » a considérablement augmenté. Ils veulent avoir leur mot à dire dans l’avenir de leurs pays.

Au fil du temps, à partir des années 1980, le salafisme est allé plus loin qu’être juste une école de pensée religieuse. Dans des pays comme l’Égypte, les salafistes ont tiré parti d’un vaste réseau de mosquées et d’organisations à but non lucratif pour fournir des services sociaux au public. Le travail social et philanthropique a permis à un groupe politique salafiste, le Parti Nour, de remporter environ un quart des sièges aux élections législatives égyptiennes de 2011-2012.

En Tunisie, les salafistes se sont impliqués dans la politique et ont établi deux partis politiques en 2012. En Libye, un groupe salafiste Madkhaly a vu le jour en 2014 – fondé par le cheikh saoudien Rabie al-Madkhali – pour justifier religieusement la politique du général Khalifa Hifter, le commandant de l’armée nationale libyenne dont les forces contrôlent de grandes parties du pays.

Sur le plan politique, le salafisme est devenu une force mobilisatrice pour contrer les régimes autoritaires et l’expansionnisme révolutionnaire iranien. Et l’Iran apparaît plus expansionniste que jamais. Même si les salafistes saoudiens influents sont réduits au silence dans un avenir prévisible, les conditions de leur pouvoir et de leur influence continueront d’être appropriées.

La chose la plus importante à propos du salafisme peut être la durabilité de ses principales préoccupations : le conflit en Syrie ne montre aucun signe de résolution. Les tensions entre sunnites et chiites dans des pays comme l’Arabie saoudite, le Bahreïn, l’Irak et la Syrie ne cessent d’augmenter. Et la démocratisation du clergé sunnite au cours des 30 dernières années – quiconque se déclare être un imam peut être considéré comme une autorité sur la foi et attirer ses propres adeptes locaux ou numériques – signifie qu’il sera presque impossible pour le royaume de contrôler les leaders salafistes au-delà de ses frontières.

En Arabie saoudite, le prince héritier est susceptible de surmonter toute opposition sérieuse à sa manœuvre émanant de l’autorité religieuse. Mais une chose est certaine : même si les relations entre les mentors saoudiens et leurs protégés cléricaux dans la région sont réduites au silence, le salafisme, en particulier le salafisme politique, perdurera.

Que ce soit Madkhalya (connu comme faisant partie de l’école salafiste saoudienne non violente), Harakya (salafisme actif), ou même des membres de l’Appel salafiste d’Alexandrie (une organisation non gouvernementale qui offre des services sociaux et une éducation religieuse), les salafistes dans des pays comme l’Égypte ont des relations fortes et étendues avec leurs homologues saoudiens. L’argent et la logistique font partie de ces rapports, mais les conseils académiques et religieux en représentent la majeure partie.

Estimer l’effet collatéral de la nouvelle censure n’est pas une science exacte. Le salafisme savant n’encourage généralement pas la confrontation avec les dirigeants sunnites, ce qui explique que la réaction intérieure est relativement muette face à la répression. Les salafistes saoudiens peuvent devenir apolitiques à la suite de la répression. Ailleurs, cependant, les organisations salafistes se sont cabrées. Le président de la Turkish Endowment of Dawa and Brotherhood a décrit les arrestations saoudiennes des salafistes « comme un service au projet occidental », une référence à un supposé complot de l’Occident pour saper l’Islam. Le groupe a exigé la libération immédiate des personnes détenues.

Le salafisme a mis des décennies à se développer, et bien que les mesures saoudiennes puissent entraver brièvement ses progrès, elles ne peuvent pas arrêter une idéologie transnationale qui possède déjà son propre élan.

Geneive Abdo, chercheur résident à la Fondation Arabia à Washington, est l’auteur de « Le nouveau sectarisme : les soulèvements arabes et la renaissance du schisme chiite-sunnite ».

Abdallah Hendawy, professeur adjoint de sociologie à la George Mason University, est le responsable des stratégies numériques de la Fondation Arabia.

Source : WP, Geneive Abdo & Abdallah Hendawy, 20-12-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

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Tunisie-Indonésie : vers l’instauration d’un partenariat de libre échange commercial

Tunisie-Indonésie : vers l’instauration d’un partenariat de libre échange commercial

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 03/10/2017 00:06

 

Après neuf années de suspension, la commission mixte tuniso-indonésienne a repris lundi ses travaux à l’occasion d’une visite officielle de la ministre indonésienne des Affaires étrangères, Retno Marsudi.

Démarrée en 2008, la commission mixte tuniso-indonésienne arrive cette année à sa dixième session qui, deux jours durant, discutera des moyens susceptibles de renforcer la coopération bilatérale, selon le ministre tunisien des Affaires étrangères Khemais Jhinaoui.

Le chef de la diplomatie tunisienne a confirmé avoir reçu de la partie indonésienne un projet, désormais en cours d’examen, portant sur l’instauration d’un partenariat commercial de libre échange entre la Tunisie et l’Indonésie.

« Tenir cette session, après neuf années de gel, traduit parfaitement la volonté commune des deux pays à réussir un élan qualitatif en matière de coopération », a déclaré la ministre indonésienne Retno Marsudi.

Cette visite favorisera la conquête de nouveaux potentiels d’investissements dans le cadre du partenariat public-privé dans les deux pays, a-t-elle poursuivi.

Les deux responsables se sont convenus à appuyer la coopération entre la Tunisie et l’Indonésie dans le cadre du principe gagnant-gagnant touchant le commerce, l’investissement, l’éducation, la formation diplomatique outre la lutte contre le terrorisme.

Actuellement, le volume des échanges commerciaux entre la Tunisie et l’Indonésie s’établit entre 120 et 150 millions de dinars (entre 48 et 60 millions de dollars).

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Revue de presse nationale et internationale.

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