Archives pour la catégorie Tunisie

Les News d’Afrique de la semaine du 7 au 13 janvier 2019

Les News d’Afrique de la semaine du 7 au 13 janvier 2019

le 10 janvier 2019

 

L’économie en Afrique en 2019

La croissance économique de l’Afrique enregistrée en 2018 se poursuivra en 2019 en Afrique sub-saharienne pour atteindre les 3,6 % en moyenne au cours des deux prochaines années, selon les estimations de la Banque mondiale.

Baisse de la valorisation boursières des principales banques d’Afrique

La valorisation boursière des 30 plus importantes banques cotées sur les bourses africaines, a atteint 119,8 milliards à la fin de l’année 2018, a pu constater l’Agence Ecofin des données disponibles sur ces marchés financiers.

Plus de 4500 milliards FCFA de crédits au premier semestre par les banques de la Cemac

Dans l’espace communautaire, note le rapport de la Banque centrale sur l’évolution des taux débiteurs pratiqués par les banques dans la zone Cemac, les établissements bancaires ont de manière globale accordé 4500,22 milliards FCFA à l’économie sous-régionale sur les six premiers mois de l’exercice 2018.

Fairfax Africa Holdings injecte 51,2 millions $ dans le sud-africain Consolidated Infrastructure Group

Fairfax Africa Holdings, une société d’investissement canadienne, axée sur l’Afrique a annoncé l’acquisition de 178,99 millions d’actions ordinaires du groupe sud-africain Consolidated Infrastructure Group pour 715,9 millions de rands (environ 51,2 millions de dollars).

Le Burkina Faso fait son bilan économique annuel

Le ministère burkinabè du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat a rendu publiques, lundi, ses activités au cours de l’année écoulée. Malgré les circonstances difficiles qui ont prévalu en 2018, marquée, entre autres, par la précarité du contexte sécuritaire, les régulations budgétaires et la faiblesse des appuis budgétaires de la part des partenaires techniques et financiers du Burkina Faso, le ministère indique avoir fait preuve de détermination pour la réalisation des activités programmées. Il s’agit, entre autres, de la couverture de toutes les régions par les CEFORE (Centres de formalités des entreprise), la création de 12 206 entreprises au niveau des CEFORE, l’appui-conseil et la formation de 21 188 entreprises et la réforme de la rencontre gouvernement-secteur privé.

Gabon : 40 millions d’euros de la BAD pour le nouveau terminal du port d’Owendo

Point de passage obligé pour les importations et les exportations gabonaises, le GSEZ New Owendo International Port (NOIP), situé au sud de la capitale Libreville, est en pleine modernisation. Pour en assurer l’expansion, le Conseil d’administration de la Banque africaine de développement a approuvé, le vendredi 14 décembre 2018, un prêt de 40 millions d’euros en faveur du Gabon.

Le groupe bancaire indien Bank of Baroda liquide sa filiale ghanéenne

Le groupe bancaire indien, Bank of Baroda, a procédé à la liquidation de sa filiale ghanéenne, à quelques jours de la date limite du respect du nouveau seuil de capital minimum de 400 millions de cedis (environ 82 millions de dollars), exigé par la Banque centrale du Ghana.

Ghana : Gros coup de boost pour le textile

L’industrie du textile au Ghana vient de bénéficier d’un sérieux coup de boost. Le gouvernement a décidé de réduire à zéro la TVA sur l’approvisionnement en produits textiles locaux et ce pendant trois ans. Cette mesure gouvernementale a pour objectifs de réduire les coûts de fabrication, de rendre les produits textiles locaux plus compétitifs et de les aider à concurrencer l’importation de produits bon marché. En outre, cela devrait réduire le coût de l’habillement pour la population.

 

Mali : la BNDA va décaisser 462 milliards de F CFA pour booster l’économie

Selon le compte-rendu, les administrateurs ont pris connaissance de la situation de la banque au 31 octobre 2018, l’atterrissage au 31 décembre 2018 et d’autres documents relatifs à l’entrée en vigueur des circulaires depuis juillet 2018.

Nigeria : le champ pétrolifère Egina de Total entre en production

Au Nigeria, la société énergétique française Total a annoncé le lancement de la production de pétrole brut sur son champ Egina, situé à environ 1 600 m de profondeur d’eau. Celui-ci devrait permettre d’extraire 200 000 b/j, ce qui équivaudrait à 10% de la production pétrolière du pays.

Niger : Orange et Airtel autorisés à rouvrir leurs bureaux à Niamey

Sous scellés depuis un mois, les locaux d’Orange Niger et d’Airtel ont été réouverts à l’issue de négociations confidentielles. La Direction générale des impôts nigérienne (DGI) et les deux principaux opérateurs téléphoniques du pays, Orange Niger et Airtel, viennent de trouver un accord pour mettre fin au bras de fer qui les oppose depuis plus d’un mois aux autorités. Selon des médias locaux, la filiale du groupe Orange a consenti à régler une partie des 22 milliards francs CFA (34 millions d’euros) que lui réclamait le fisc nigérien pour « non-paiement d’impôt ».

Nigéria : la valeur de marché de l’action Lafarge Africa s’effondre

Sur le Nigerian Stock Exchange, le marché financier nigérian basé à Lagos, la valeur de l’action Lafarge Africa (filiale locale du géant mondial Lafarge-Holcim) a baissé lundi (7 janvier) de 1,7% pour se situer à 11,35 Nairas (monnaie nigériane). En soit cette baisse n’est pas une surprise, car cette tendance a été observée tout au long de l’année 2018.

Sénégal : Appel au renforcement du financement des PME

Le directeur des petites et moyennes entreprises (PME) au Sénégal, Pape Demba Ndao, a plaidé, mardi, pour un renforcement des financements de ces structures, relevant aussi l’importance du secteur privé dans la création de richesses et d’emplois. Le financement des PME reste une problématique majeure, selon M. Ndao qui intervenait au cours d’une conférence de presse, en prélude de la deuxième édition du Forum de la PME sénégalaise, dont l’ouverture est prévue jeudi, à Dakar.

 

Tanzanie : bailleurs et donateurs perdent patience face à la dégradation des droits de l’homme

Certains ont déjà suspendu des millions de dollars de don ou de crédit tandis que d’autres menacent de passer à l’action : les bailleurs de fonds et donateurs de la Tanzanie perdent patience face à la dégradation des droits de l’homme sous la présidence de John Magufuli.

Le président tanzanien entend tirer profit des crises dans d’autres pays

Le président tanzanien John Magufuli, réputé pour ses déclarations parfois abruptes et controversées, a exhorté vendredi différents ministères de son pays à tirer profit des situations de crises générant des flux de réfugiés, en vendant des vivres destinées à l’aide alimentaire internationale.

Le Togo prend le pouls du marché financier sous régional

Le Togo va renouer dans quelques jours avec le marché financier de la sous-région, avec pour objectif de mobiliser d’ici la fin de l’année, 390 milliards FCFA dont 95 au premier trimestre.

Tunisie: Syphax Airlines obtient le feu vert pour reprendre ses activités

La compagnie aérienne privée Syphax Airlines, qui avait cessé ses activités en 2015 suite à des difficultés financières, a annoncé avoir obtenu un nouveau certificat d’opérateur aérien (Air Operateor’s Certficate/ AOC) auprès du ministère tunisien du Transport.

Tunisie : 7,5% d’inflation en 2019

Le taux d’inflation en Tunisie s’est établi à 7,5%, pour le mois de décembre dernier et pour toute l’année 2018, contre 6,4% en 2017, 4,2% en 2016 et 4,1% en 2015, selon les résultats de l’enquête des prix à la consommation, publiés par l’Institut national des statistiques (INS). Le taux d’inflation a connu des augmentations successives allant de 6,9% en janvier 2018, à 7,8% au mois de juin, suivi d’une stabilité à 7,4% durant la période de septembre à novembre 2018, pour atteindre le niveau de 7,5%, au mois de décembre 2018, précise-t-on. La même source révèle que le taux d’inflation sous-jacente «hors alimentations et boissons et hors énergies » s’est établi à un niveau de 8%. Les prix de produits libres (non administrés) ont évolué de 8,3%, sur une année, contre 4,9% pour les prix administrés. En décembre 2018, l’indice de prix à la consommation a augmenté de 0,5%, par rapport au mois de novembre 2018, et ce en raison notamment de la remontée des prix du groupe alimentation et boissons de 0,5%, suite à la hausse des prix des viandes ovines de 1,8%, des œufs de 1,2% et des chocolats et gâteaux de 0,9%, souligne l’Institut. Et de préciser qu’à partir de janvier 2019, les résultats de l’inflation seront publiés sur l’année de base 2015, au lieu de l’année de base 2010.

 

https://lnt.ma/news-dafrique-de-semaine-7-13-janvier-2019/

Publicités

Mohamed Trabelsi : la Tunisie refuse catégoriquement l’expulsion des migrants irréguliers tunisiens

Mohamed Trabelsi : la Tunisie refuse catégoriquement l’expulsion des migrants irréguliers tunisiens

 Mohamed Trabelsi : la Tunisie refuse catégoriquement l’expulsion des migrants irréguliers tunisiens

La Tunisie refuse catégoriquement l’expulsion des migrants irréguliers tunisiens par les pays d’accueil, a affirmé, mardi 18 décembre, Mohamed Trabelsi, ministre des Affaires sociales, lors d’un séminaire organisé à l’occasion de la célébration de la journée internationale des migrants, sur le thème “Prioriser les Objectifs de Développement Durable (ODD) en lien avec la migration dans les stratégies nationales de développement”.

Le nombre des immigrés tunisiens irréguliers s’élève à 200 mille, a affirmé Trabelsi à l’inauguration de ce séminaire, soulignant que le gouvernement soutient leurs droits à l’accès aux services et à l’intégration aux pays d’accueil et n’accepte leur retour que s’ils expriment le désir d’y retourner.

Le ministre a dénoncé le recours de certains pays d’accueil à des mesures unilatérales, précisant que la problématique de la migration irrégulière ne peut se résoudre qu’à travers le recours aux conventions et rencontres internationales.

Trabelsi a annoncé que son département envisage de soumettre la stratégie nationale migratoire à l’assemblée des représentants du peuple (ARP), en 2019, dont l’objectif est d’instaurer un système institutionnel pour la migration, l’asile et la résidence en Tunisie.

Le problème de la migration irrégulière ne doit pas dissimuler les problèmes de la majorité des immigrés irréguliers, dont les pays d’origine souffrent de guerres, de conflits et de conditions économiques difficiles, a-t-il indiqué, insistant sur la nécessité de traiter la question de la migration avec plus de responsabilité et en optant pour plus d’égalité entre pays du nord et pays du sud et pour un système économique mondial plus équitable.

De son côté, Lorena Lando, chef mission de l’Organisation internationale pour les migrations en Tunisie (OIM), a évoqué les relations transversales entre la migration et les objectifs de développement durable (ODD), précisant que la préparation d’une stratégie nationale en Tunisie peut figurer parmi les solutions envisageables du problème de la migration.

Le nombre des émigrés étrangers en Tunisie est estimé à 600 mille, celui des immigrés tunisiens irréguliers à l’étranger est de 1,3 million, a-t-elle fait savoir, indiquant que la migration interne en Tunisie se manifeste clairement entre zones rurales et urbaines.

Ce séminaire a été organisé à l’initiative de l’Observatoire National de la Migration (ONM), avec la participation du Ministère du Développement, de l’Investissement et de la Coopération Internationale et de l’Institut national de la statistique (INS), en partenariat avec l’Organisme des Nations Unies chargé des Migrations/Organisation Internationale pour les Migrations (OIM).

https://www.espacemanager.com/mohamed-trabelsi-la-tunisie-refuse-categoriquement-lexpulsion-des-migrants-irreguliers-tunisiens

Tunisie : une attaque terroriste à la frontière avec l’Algérie fait six morts

Sécurité

Tunisie : une attaque terroriste à la frontière avec l’Algérie fait six morts

08 juillet 2018 à 15h46 | Par – à Tunis

Le poste frontalier de Ghardimaou, dans le gouvernorat de Jendouba (nord-ouest), a été la cible dimanche d’une attaque terroriste faisant six morts dans les rangs de la garde nationale tunisienne.

Le weekend aurait dû être rythmé par le flux des touristes algériens vers la Tunisie. Il a été endeuillé par un attentat meurtrier à la frontière tuniso-algérienne, sur la route empruntée par les vacanciers, dimanche 8 juillet.

L’attaque visait une unité de la garde nationale tunisienne, qui était en train de patrouiller lorsqu’elle a été ciblée par une bombe artisanale. Selon l’agence TAP, le bilan provisoire fait état de 6 morts, dont le chef du poste frontalier, et des blessés.

Les terroristes ont lancé l’assaut vers midi avant que n’interviennent l’armée et les forces de l’ordre. À 14 heures, les échanges de tirs se poursuivaient tandis que des hélicoptères survolaient la région, en renfort des unités ratissant le relief montagneux et escarpé qui s’étend de Ghardimaou au village de Sraiya, lequel abriterait des campements-refuges de terroristes.

Vigilance accrue et meilleure collaboration au sein du renseignement

La Tunisie, où l’état d’urgence est instauré depuis 2015 et régulièrement reconduit, n’a jamais écarté la menace terroriste mais elle semblait moins présente ces derniers mois au vu de la vigilance accrue des forces de l’ordre et d’une meilleure collaboration au sein du renseignement.

http://www.jeuneafrique.com/590072/politique/tunisie-une-attaque-terroriste-a-la-frontiere-avec-lalgerie-fait-neuf-morts/?utm_source=newsletter-ja-actu-non-abonnes&utm_medium=email&utm_campaign=newsletter-ja-actu-non-abonnes-09-07-18

Migrations : une crise, des crises, quelle crise ?

Migrations : une crise, des crises, quelle crise ?

(B2) Entre sommets, mini-sommets et rencontres extraordinaires, c’est bien la dixième fois en trois ans que les leaders de l’Union européenne se retrouvent ce jeudi (28 mai) avec, sur leur table, un des dossiers les plus chauds : les migrations

Une crise qui n’est pas que politique, elle est réelle

Certes les chiffres ne sont plus aussi alarmants qu’en 2015 ou 2016, où l’Europe devait faire face à un pic d’environ 1,2 million de demandeurs d’asile. Mais la situation n’est pas réglée pour autant. La Grèce fait toujours face à des arrivées continuelles de migrants (environ 2000 par mois). En Italie, on n’est plus au chiffre de 15 ou 20.000 arrivées par mois comme en 2015. Le flux a diminué environ de 75% selon les dernières estimations. Il continue cependant à raison de quelques milliers par mois et il devrait s’accélérer durant ces semaines d’été où la mer est plus calme.

Une arrivée concentrée de navires toujours possible

Si la tendance actuelle se poursuit, on pourrait donc se retrouver certains jours avec une petite dizaine de bateaux lancés à partir des côtes libyennes, et plusieurs milliers de personnes à secourir dans le même temps. C’est le même principe : entre juin et août, le nombre d’arrivées double ou triple par rapport aux mois d’hiver. Une série de naufrages, avec plusieurs dizaines de morts n’est pas à exclure. A cela il faut ajouter que l’Italie est à bout de souffle. Avec près de 700.000 personnes recueillies en mer (678.298 très exactement selon le dernier chiffre OIM) depuis 2012, dont près des 2/3 par les navires des garde-côtes, de la Guardia di Finanza et de la marine italienne, l’effort n’est pas négligeable. Accueillir des dizaines de milliers de migrants ou de réfugiés n’est pas une aubaine.

Une politique de tête dans le sable

Dire qu’il y a une crise politique est donc plutôt réducteur, et trop facile. C’est, une nouvelle fois, se mettre la tête sous le sable. Oui, il y a une crise politique qui est latente, celle d’un lent repli sur soi, de petits nationalismes, mais elle n’a pas commencé au printemps 2018 avec l’arrivée au pouvoir de la Ligue du nord en Italie (article à suivre). Mais il y a aussi un vrai problème non pas tant de flux, mais de déséquilibre migratoire en Europe, de désorganisation du secours en mer, de la gestion et de la répartition des personnes récupérées ensuite, et d’un manque de solidarité patent. Et ceci ne date pas d’une dizaine de jours et d’un ou deux bateaux (Aquarius et Lifeline) laissés à la dérive. La réalité, honteuse, c’est qu’on a laissé l’Italie (et la Grèce) se dépatouiller tous seuls avec le problème. On peut ne pas être d’accord avec l’idéologie de Matteo Salvini. Mais l’impétueux ministre italien de l’Intérieur a une qualité : il a réussi à mettre les pieds dans le plat et a obligé les Européens à se pencher sur le problème. Il serait temps !

L’alarme donnée depuis quatre ans

Depuis plusieurs années, les différents dirigeants qui se sont succédé à Rome (qu’ils s’appellent Enrico Letta, Matteo Renzi, Paolo Gentiloni) ont sonné l’alarme et appelé à l’aide les Européens (Lire : Ne laissez pas l’Italie seule en Méditerranée (Letta)). Les Européens ont bougé mais à leur manière, lentement, sans se presser.

Les Italiens ont fait le job

L’Italie a pris en charge les secours dans le no man’s land — normalement la zone libyenne. Jusqu’à aujourd’hui, le centre MRCC de Rome a géré les appels, réparti les navires et coordonné tous les secours bien au-delà de sa zone légale de secours. Personne ne s’est jamais plaint. L’Italie est même allé au-delà de ses responsabilités en autorisant tous les navires à débarquer les rescapés ainsi récupérés. Il existe d’autres ports sûrs à proximité des côtes libyennes (en Tunisie notamment). Mais tout le monde trouvait cela bien, sans chercher à combler ce vide ou pallier les carences.

Une impéritie de quelques États

C’est cette impéritie, non pas des institutions européennes, qui ont plutôt bien fait leur travail, présenté des idées, des plans, des propositions (1), mais de l’ensemble des États européens qui fait qu’il y a crise aujourd’hui. Outre la solidarité naturelle qui devrait jouer entre tous les pays, deux pays en particulier ont une responsabilité particulière dans cette crise. La France et le Royaume-Uni notamment — ainsi que l’OTAN — ont joué en 2011 un jeu dangereux non pas vraiment dans l’intervention militaire (à ses débuts) mais dans sa poursuite et sa transformation dans un objectif de faire tomber le régime Kadhafi (2).

Quelles solutions mettre en place à court terme ?

Ce ne sont pas les plate-formes de débarquement ou autres hotspots qui vont résoudre la question.

Réagir dans les 24h ou 48h

La crise d’aujourd’hui mérite une réponse rapide non pas d’ici quelques semaines ou quelques mois, mais dans les 24 ou 48 heures qui viennent. Les navires vont continuer de partir de Libye ou de Tunisie, de déjouer les (éventuels) blocages des garde-côtes, et arriver au large. Il faudra bien alors venir en aide aux naufragés. Si ce ne sont les navires des ONG, ce seront (comme avant que les ONG arrivent) les navires marchands ou les navires de guerre qui croisent nombreux au large qui devront s’y coller. Droit de la mer oblige. Une règle de fer obligeant à répondre à tout SOS.

Avoir une structure de gestion de crise des navires

Actuellement, la répartition des responsabilités en cas de prise en charge d’un navire par l’Italie ou Malte se fait un peu au petit bonheur, au niveau politique, ou par les diplomaties directement entre elles. Il n’existe pas de structure dédiée à cette coordination et répartition européenne. On pourrait penser à Frontex pour être dotée de ce rôle. Mais des solutions provisoires peuvent être trouvées.

Renforcer le MRCC italien

La solution la plus simple et la plus rapide, c’est de renforcer le MRCC italien avec des officiers venant de différents pays et des agents en charge de l’asile pour permettre la coordination de l’accueil des navires et la répartition de leur ‘cargaison’ humaine. L’idée des plate-formes de débarquement (hors UE) ou des centres contrôlés (semi-fermés) dans l’Union européenne est une solution à moyen terme, pas une solution d’urgence.

Quelles solutions mettre en place à moyen terme ?

Le moyen terme ce n’est pas trois quatre ans mais plutôt dans les six prochains mois.

Soutenir les garde-côtes libyens

On ne peut pas se cacher les yeux. Il est nécessaire de remettre sur pied une force de garde-côtes bien dotée, bien payée. Cela nécessite de fournir les vedettes et bateaux demandés (une bonne dizaine), et de mettre en place un plan de formation plus important. Seuls 213 marins ont été formés. Ce n’est pas suffisant. Cela nécessite de former plusieurs centaines de personnes.

Mettre en place un MRCC à Tripoli ou en Libye

Il importe, si on veut avoir une zone de secours libyenne conséquente, d’avoir un centre de coordination des secours en mer, reconnu comme tel et doté de moyens conséquents. Une expertise européenne pourrait être bienvenue. NB : Un tel soutien avait été procuré au centre de gestion de crise en Égypte et dans le Golfe.

Conclure un accord avec les Tunisiens

Une bonne partie des flux (qui s’est monté à un cinquième récemment) arrive désormais de Tunisie, avec des Tunisiens. En cause sûrement la situation économique. Car il est difficile de considérer qu’il y a une situation générale impliquant un droit d’asile quasi-automatique (comme pour les Syriens). Il importe de mettre en place un accord avec Tunis, avec financements et soutiens matériels à la clé.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Pour essayer de mieux gérer les flux, la Commission a présenté en 2016 une réforme globale du système d’asile européen, mettant sur la table des législateurs européens plusieurs textes, parfois ambitieux. Elle a débloqué des financements, par l’intermédiaire de l’agence Frontex, permettant en quelque sorte de financer l’action en mer des Italiens. La Haute représentante a mis sur pied (avec certains États membres) une opération (EUNAVFOR Med Sophia) dont les résultats ne sont peut-être pas faramineux mais qui a le mérite d’exister. Etc.
  2. Les Européens et les Italiens avaient passé avec la Libye, sous l’impulsion de Romano Prodi, un accord assez semblable dans l’esprit avec celui passé avec la Turquie.

Les élections ne suffisent pas à la démocratie

Les élections ne suffisent pas à la démocratie

Vu d’Occident, trois élections démocratiques viennent de se tenir en Tunisie, au Liban et en Iraq. Mais pour ces peuples, ces scrutins n’avaient pas grand chose à voir avec l’idéal démocratique car les institutions, que les Occidentaux leur ont imposées, ont été conçues pour les empêcher de choisir librement leurs dirigeants.

| Damas (Syrie)

+
JPEG - 28.5 ko

L’abstention massive lors des élections législatives libanaises (50 %), iraquiennes (65 %), et municipales tunisiennes (77 %) a été interprétée par les Occidentaux comme la preuve de l’immaturité de ces peuples. Qu’ils disposent de la démocratie depuis 7 ou 75 ans, ils sont irresponsables et doivent donc être placés sous tutelle.

Oubliant qu’en Occident aussi certaines consultations nationales ont été marquées par des taux d’abstention similaires, les Occidentaux expliquent ceux de la Tunisie, du Liban et de l’Iraq par les mauvais résultats économiques de leurs gouvernements. Comme si les Arabes n’avaient pas compris qu’ils pouvaient délibérer de projets et choisir leur avenir, mais s’imaginaient qu’ils devaient approuver les performances de leurs gouvernants passés.

Pressés de rétablir un mandat sur le Levant, les Occidentaux avaient ainsi interprété la libération de Saad Hariri de sa geôle saoudienne comme la victoire d’Emmanuel Macron Le Magnifique. Ils n’avaient ni vu le camouflet infligé par le prince héritier saoudien au président français à l’aéroport de Riyad [1], ni l’efficacité des démarches du président Michel Aoun aux Nations unies. À leurs yeux, les Libanais ne pouvaient pas se débrouiller seuls. Ils ne pouvaient obtenir de résultats qu’encadrés par eux.

Les médias occidentaux abordent les invraisemblables institutions libanaises en les qualifiant de « compliquées », mais sans expliquer que le système communautaire a été conçu par l’ancienne puissance coloniale pour que rien, jamais, ne change. La France est laïque chez elle, mais surtout pas dans ses anciennes colonies. Et les aménagements de la loi électorale avec l’introduction de la proportionnelle au sein des communautés, non seulement maintiennent le carcan colonial, mais en complexifient le maillage.

Oui, il est ridicule de voir la Tunisie élire pour la première fois ses conseillers municipaux, le Liban élire au bout de neuf ans des députés héréditaires, et l’Iraq divisé en 37 partis politiques. Mais c’est précisément parce que c’est ridicule que beaucoup d’électeurs ont refusé de se plier à ce jeu humiliant.

Contrairement à l’interprétation occidentale, ces taux d’abstention, s’ils manifestent un rejet des procédures démocratiques, ne signifient absolument pas le rejet de la démocratie, mais de son dévoiement.

Les Tunisiens, qui ont vu Ennahdha et Nidaâ Tounès s’allier après s’être combattus, avaient toutes les raisons d’anticiper que les deux grands partis s’entendraient entre eux pour se répartir les postes locaux comme ils l’ont fait avec les fonctions nationales. Les Libanais, qui savent ne pas avoir d’autre choix que celui du « seigneur de guerre » de leur communauté et de ses vassaux pour se défendre des autres communautés, ont eux aussi rejeté cet emprisonnement. Les Iraquiens, dont le Premier ministre élu avait été renversé il y a quatre ans par les puissances étrangères, savent que leur vote ne sera pas pris en compte s’il contrevient aux desiderata de l’auto-proclamée « communauté internationale ».

Seuls le Hezbollah libanais, issu de la Résistance contre l’occupation israélienne, et la Coalition iraquienne de Moqtada el-Sadr, issue de la Résistance à l’occupation états-unienne, ont fait le plein de leurs voix avec leurs alliés.

Que l’on ne s’y trompe pas, les Occidentaux se félicitent implicitement de l’abstention car ils y trouvent la justification de leur agression du « Moyen-Orient élargi » depuis 17 ans. Toute expression d’une volonté organisée des peuples est pour eux un cauchemar, leur unique objectif étant de renverser les États et de détruire les sociétés pour mieux les dominer.

Ainsi, lorsque les Syriens, en pleine guerre, se sont rués sur les bureaux de vote pour élire leur président, les Occidentaux sont restés pétrifiés. Ils ont été contraints de remettre à plus tard leur plan de renversement de la République arabe syrienne.

Les Arabes comme les autres hommes aspirent à déterminer eux-mêmes leur propre destin.

Source
Al-Watan (Syrie)

[1] « Le camouflet infligé au président Macron en Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 novembre 2018.

http://www.voltairenet.org/article201073.html

Les muscles américains en Syrie pour effrayer la Turquie et l’Iran

Les muscles américains en Syrie pour effrayer la Turquie et l’Iran

FacebookVKBloggerLiveJournalTwitterGoogle+EmailPrintPartager

11.05.2018

Les Etats-Unis ont achevé la construction d’une troisième base dans la région de Manbij, où la Turquie voulait envoyer ses troupes pour évincer les milices kurdes. La présence militaire américaine pourrait être un bastion pour attaquer l’Iran.

La majorité de l’ordre de 15 bases militaires américaines, à l’exception d’Eth-Tanf, se trouve sur les territoires contrôlés par la milice kurde dans le nord de la Syrie, à l’est de l’Euphrate. L’expansion de la présence militaire américaine inquiète les participants au format Astana: la Turquie, la Russie et l’Iran, qui sont les garants des quatre «zones de désescalade» en Syrie.

Au début du mois de mai, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui a blâmé Washington à plusieurs reprises pour avoir tenté de détruire la Syrie, a déclaré que les Etats-Unis préparaient des militants contre le gouvernement de Bashar Assad.

La même position est tenue par l’Iran, qui considère toute présence militaire sans le consentement de ses alliés comme illégale. Téhéran est également préoccupé par l’alliance américaine avec les Kurdes, dont le nombre en Iran, selon diverses estimations, est de huit millions.

La Turquie est le plus inquiet, le seul pays à avoir mené une opération militaire ouverte contre les YPG, sur les territoires desquels les Etats-Unis ont établi leurs bases. En janvier-mars, les forces armées turques ont chassé les miliciens kurdes d’Afrin (opération Olive Branch) au nord-ouest de la Syrie. Ensuite, ils se préparaient à aller plus loin – à Manbij. Mais, contrairement à Afrin, que la coalition américaine contre l’Etat islamique a annoncé en dehors de sa zone de responsabilité, le Pentagone a fourni aux Kurdes des garanties claires pour Manbij. Non seulement il y a eu des renforts militaires envoyés face à trois cents forces spéciales américaines, mais il y a trois mois, la construction d’une autre base militaire a commencé.

Dans la nouvelle garnison de Manbije, filmée par le photographe de l’agence Reuters, les militaires français sont également stationnés, a précisé Sharfan Darwish, porte-parole des Forces démocratiques syriennes (SDF), basé sur les YPG kurdes. Les militaires américains et français patrouillent le front entre le SDF et les forces pro-turques après qu’Ankara ait lancé la «branche d’olivier». Darvish a noté:

Après l’attaque turque sur Afrin et l’augmentation des menaces turques contre Manbiju, les forces de la coalition ont construit une base pour surveiller et protéger la frontière (entre les belligérants)

La Turquie considère les YPG comme une organisation terroriste et la continuation du Parti des travailleurs du Kurdistan, avec lequel la Turquie se bat sur son propre territoire. Le programme d’Erdogan est de nettoyer toute la frontière de 800 kilomètres avec la Syrie des partisans kurdes, en recourant à une intervention sur le territoire étranger si nécessaire. L’activation des Etats-Unis dans la région et le manque d’intérêt pour les négociations avec Erdogan éloignent de plus en plus Ankara de Washington.

Le docteur en sciences historiques de l’université d’Istanbul Mehmet Perincek considère que la nouvelle base militaire américaine dans le nord de la Syrie est plus qu’une simple menace pour la Turquie:

La nouvelle base de l’Amérique à Manbij n’est pas seulement contre Assad, l’intégrité territoriale de la Turquie, mais aussi contre la Russie et même la Chine. Après tout, s’il y a un Kurdistan indépendant, il va s’imposer contre toute l’Eurasie. La Turquie, l’Iran et la Russie devraient unir leurs forces non seulement contre la terreur des fondamentalistes, mais aussi contre les séparatistes « 

Lors du dernier sommet d’Ankara, les dirigeants de la Russie, de l’Iran et de la Turquie ont, dans une déclaration commune, évoqué précisément la lutte contre les «agendas séparatistes», faisant allusion aux plans américains d’effondrement de la Syrie.

Le renforcement de la présence militaire des États-Unis en Syrie est également pertinent à la lumière de l’escalade de la confrontation israélo-iranienne près des hauteurs du Golan après la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord nucléaire avec l’Iran. Les points forts dans les territoires kurdes, en plus des bases américaines dans les pays du Golfe Persique, sont de nouvelles têtes de pont du Pentagone pour attaquer l’Iran.

Le renforcement des Américains à Manbij n’est pas rentable à la fois pour Téhéran et pour Ankara. Mais cela signifie-t-il que dans le cas d’Israël et des frappes américaines contre l’Iran, la Turquie soutiendra son voisin?

Réalisant que les plans américains sont sérieux, et que la situation est au final, un résultat déplorable pour l’Iran, la Turquie peut soutenir ces coups, car il y a un an Ankara critiquait l’Iran, disant qu’il essayait de transformer la Syrie et l’Irak en Etats chiites.

Les Etats-Unis ont un puissant levier sur la Turquie sous la forme de sanctions pour l’achat de S-400 russes et en contournant le boycott américain de l’Iran, ce qui pourrait contraindre Ankara à s’abstenir de toute solidarité avec la République islamique d’Iran.

Perincek estime que parmi les principaux objectifs des possiles frappes américaines contre l’Iran est l’intention de détruire le format Astana.

Les États-Unis et Israël ont longtemps voulu gâcher le processus d’Astana, qui les empêche de réaliser leurs plans dans la région. L’attaque contre l’Iran est une continuation des provocations, comme les Khimataks de Salisbury et la Douma syrienne, appelés à diviser l’alliance de la Turquie, de l’Iran et de la Russie.

« En cas de guerre avec l’Iran, la Turquie devrait montrer sa solidarité avec elle, car seule la coopération avec Téhéran Ankara peut combattre le séparatisme et garantir son intégrité territoriale » – a résumé Perincek.

Comme Ankara va réagir, c’est difficile à dire. La Turquie est membre de l’OTAN, dépendante de plusieurs aspects des États-Unis, mais en même temps elle est mécontente de l’alliance de Washington avec les Kurdes et de la dissimulation de Fethullah Gülen en Pennsylvanie. D’autre part, Ankara est dans une alliance situationnelle avec Téhéran en Syrie et a des liens commerciaux étroits avec les Iraniens. L’histoire montre que les alliances sont vérifiées non par des mots, mais par des actions concrètes. L’état tendu actuel des relations turco-américaines et turco-israéliennes suggère que le pays sur les rives du Bosphore n’a plus d’incitation à l’intervention américaine et israélienne contre l’Iran que lors de l’agression américaine contre l’Irak en 2003, quand Ankara a refusé de fournir ses bases à ses alliés de l’OTAN.

http://katehon.com/article/us-muscles-syria-scare-turkey-and-iran

L’Égypte cède une partie de son territoire pour Neom

L’Égypte cède une partie de son territoire pour Neom

+

Recevant le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, a annoncé que son pays se joignait au projet Neom.

L’Arabie saoudite a annoncé en octobre 2017 souhaiter construire une mega-ville high tech, destinée au tourisme de luxe : Neom. Cette région serait régie par un droit particulier, conforme au mode occidental, sans aucune référence au wahhabisme en particulier, ni même à l’islam en général.

Neom est un barbarisme signifiant Nouveau-Nouveau (néo en grec et mostaqbal en arabe).

La zone d’implantation choisie est située au bord de la mer Rouge, à Tabuk, à la frontière jordanienne et face à l’Égypte. Elle représente une surface de 26 000 km2, soit celle d’une région européenne.

Le budget prévisionnel de ce projet est d’environ 500 milliards de dollars. Il est dirigé par Klaus Kleinfeld, l’ancien patron d’Alcoa-Arconic et administrateur du groupe de Bilderberg.

Le président al-Sissi a décidé de fondre une partie du Sud du Sinaï, incluant la ville de Charm el-Cheikh, et une partie du continent, incluant la ville d’Hurghada, dans ce projet. Ce qui implique l’extra-territorialité de cette zone, face à Tabrouk. Un fonds commun d’investissement a été constitué, doté de 10 milliards de dollars (versés par la seule Arabie saoudite).

En avril 2016, le président al-Sissi avait remis à Riyad les îles de Tiran et de Sanafir, qui ferment le golfe d’Aqaba entre le Sinaï et l’Arabie saoudite. Il avait présenté son geste comme une « restitution » territoriale, alors que le seul document valide, la Convention de Londres de 1840, faisait de ces îles des territoires égyptiens. Cette session permet à l’Arabie saoudite d’inclure de les inclure dans le projet Neom et de transformer l’ensemble de la région.

Par ailleurs, ce transfert de souveraineté impliquait une reconnaissance de facto par les Saoudiens des accords égypto-israéliens de Camp David [1] qui stipulent la liberté de circulation de la marine israélienne dans le golfe d’Aqaba et la mer Rouge. Il y a donc fort à parier qu’Israël est partie prenante du projet Neom. En tous cas, Neom ne sera plus une méga-ville saoudienne, mais un archipel égypto-saoudien, au sein duquel Israël conservera de droit le contrôle des communications maritimes.

Agression masquée en guerres civiles

Agression masquée en guerres civiles

Si l’on veut bien prendre un peu de recul, on constatera que les différents conflits qui ont ensanglanté depuis seize ans tout le Moyen-Orient élargi de l’Afghanistan à la Libye n’ont pas été une succession de guerres civiles, mais l’application de stratégies régionales. Rappelant les objectifs et les tactiques de ces guerres depuis le « Printemps arabe », Thierry Meyssan observe la préparation des suivantes.

| Damas (Syrie)

+
JPEG - 38.6 ko

Fin 2010, débutait une série de guerres initialement présentées comme des soulèvements populaires. Successivement, la Tunisie, l’Égypte, la Libye, la Syrie et le Yémen étaient emportés par ce « Printemps arabe », réédition de la « Grande révolte arabe de 1915 », initiée par Lawrence d’Arabie à la seule différence qu’il ne s’agissait plus cette fois de s’appuyer sur les Wahhabites, mais sur les Frères musulmans.

Tous ces événements avaient été minutieusement planifiés par le Royaume-Uni à partir de 2004, ainsi qu’en attestent les documents internes du Foreign Office révélés par le lanceur d’alerte britannique Derek Pasquill [1]. À l’exception du bombardement de Tripoli (Libye), en août 2011, ils ressortaient non pas uniquement des techniques de déstabilisation non-violentes de Gene Sharp [2], mais aussi de la guerre de 4ème génération de William S. Lind [3]

Mis en œuvre par les armées US, le projet britannique de « Printemps arabe » se superposa avec celui de l’état-major états-unien : la destruction des sociétés et des États à une échelle régionale, telle que formulée par l’amiral Arthur Cebrowski, popularisée par Thomas Barnett [4], et illustrée par Ralph Peters [5].

Les événements semblaient s’apaiser au second trimestre 2012, de sorte que les États-Unis et la Russie convenaient ensemble à Genève d’un nouveau partage du Moyen-Orient, le 31 juin.

Pourtant les États-Unis ne respectaient pas leur signature. Une seconde guerre débutait en juillet 2012, en Syrie, puis en Irak. Aux petits groupes et aux commandos succédaient de vastes armées de Terre composées de jihadistes. Il ne s’agissait plus d’une guerre de 4ème génération, mais d’une classique guerre de position, adaptées aux techniques d’Abou Bakr Naji [6].

Cette fois, conformément aux travaux de Robin Wright [7], la volonté de prévenir la réouverture de la « route de la soie » se superposa aux deux objectifs précédents lorsque la Chine dévoila son ambition.

Les événements semblèrent à nouveau s’apaiser au dernier trimestre 2017 après la chute de Daesh, mais les investissements dans ces conflits avaient été tels qu’il paraissait impossible pour les partisans de la guerre de renoncer sans atteindre leurs buts.

On assista alors à une tentative de relance des hostilités avec la question kurde. Après un premier échec en Irak, ce fut un second en Syrie. Dans les deux cas, la violence de l’agression avait poussé la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie à s’unir contre l’ennemi extérieur.

En définitive, le Royaume-Uni a décidé de poursuivre son objectif initial de domination via les Frères musulmans et vient de constituer pour cela le « Petit groupe », révélé par Richard Labévière [8]. Cette structure secrète comprend l’Arabie saoudite, les États-Unis, la France et la Jordanie.

De leur côté, les États-Unis, appliquant le « Pivot vers l’Asie » de Kurt Campbell [9], viennent de décider de concentrer leurs forces contre la Chine. Pour cela, ils reforment avec l’Australie, l’Inde et le Japon, le Quadriennal Security Dialogue.

Pendant ce temps, l’opinion publique occidentale croit que l’unique conflit qui a déjà dévasté tout le Moyen-Orient élargi, de l’Afghanistan à la Libye, est une succession de guerres civiles pour la démocratie.

[1] When Progressives Treat with Reactionaries. The British State’s flirtation with radical Islamism, Martin Bright, Policy Exchange, September 2004. “I had no choice but to leak”, Derek Pasquill, New Statesman, January 17, 2008.

[2] Making Europe Unconquerable : The Potential of Civilian-based Deterrence and Defense, Gene Sharp, Taylor & Francis, 1985.

[3] “The Changing Face of War : Into the Fourth Generation”, William S. Lind, Colonel Keith Nightengale, Captain John F. Schmitt, Colonel Joseph W. Sutton, Lieutenant Colonel Gary I. Wilson, Marine Corps Gazette, October 1989.

[4] The Pentagon’s New Map, Thomas P.M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004.

[5] “Blood borders – How a better Middle East would look”, Colonel Ralph Peters, Armed Forces Journal, June 2006.

[6] The Management of Savagery : The Most Critical Stage Through Which the Umma Will Pass, Abu Bakr Naji, 2005. English version translated by William McCants, Harvard University, 2006.

[7] “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, 28 septembre 2013.

[8] « Syrieleaks : un câble diplomatique britannique dévoile la « stratégie occidentale » », par Richard Labévière, Observatoire géostratégique, Proche&Moyen-Orient.ch, 17 février 2018.

[9] The Pivot : The Future of American Statecraft in Asia, Kurt M. Campbell, Twelve, 2016.

 

http://www.voltairenet.org/article199833.html

Pourquoi Macron critique l’intervention occidentale en Libye

ÉCLAIRAGE

Le président français a reconnu la « responsabilité » de la France dans la situation aujourd’hui en Libye suite à l’intervention de l’OTAN.

Le dossier libyen a de nouveau été mis sur le tapis par Emmanuel Macron. En déplacement à Tunis pour deux jours, le président français a reconnu la responsabilité de la France dans la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui la Libye. « La France, tout comme des États de l’Europe et les États-Unis, a une responsabilité dans ce qui se passe dans la région », a-t-il déclaré jeudi dans un discours prononcé face au président tunisien Béji Caïd Essebsi et à l’Assemblée des représentants du peuple. « Je n’oublie pas que plusieurs ont décidé qu’il fallait en finir avec le dirigeant libyen sans qu’il y ait pour autant de projet pour la suite », a-t-il enchaîné, faisant référence à l’intervention militaire de l’OTAN en 2011 encouragée par la France sous Nicolas Sarkozy.

Ce n’est pas la première fois que le chef de l’État français rompt ouvertement avec les politiques menées par ses prédécesseurs dans le monde arabe. L’exemple de la Syrie est le plus symbolique à cet égard. M. Macron a mis en avant son « aggiornamento » sur ce dossier, en précisant, en juin dernier, « ne pas avoir énoncé que la destitution de Bachar était un préalable à tout ». « Car personne ne m’a présenté son successeur légitime ! » a-t-il précisé dans un entretien accordé à différents médias européens.

Il faut dire que la realpolitik Macron est fortement imprégnée du souvenir de l’intervention américaine en Irak en 2003, influençant dès lors la définition de sa politique étrangère au Moyen-Orient et cherchant à éviter à tout prix la répétition d’un scénario similaire. Dans ce contexte, ses propos sur la responsabilité de la France en Libye sont une première, mais ils s’inscrivent bien dans la continuité de la ligne voulue par le dirigeant français qui s’emploie à redorer le blason diplomatique de la France dans la région tout en flattant les populations de la région, en désignant l’interventionnisme occidental comme un bouc émissaire. Pour le chef de l’État français, « quoi qu’on pense d’un dirigeant », cela a contribué à « imaginer qu’on pouvait se substituer à la souveraineté d’un peuple pour décider de son futur ». « Nous avons collectivement plongé la Libye depuis ces années dans l’anomie sans pouvoir régler la situation », a-t-il souligné.

Sur la question libyenne, les objectifs français sont multiples. « C’est une façon de montrer une continuité par rapport à Barack Obama qui était très critique de l’intervention, avec lequel M. Macron n’avait pas caché sa proximité, mais aussi de rassurer les dirigeants des pays du Sud quant à leur souveraineté », explique à L’Orient-Le Jour Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales et professeur à Sciences Po Paris. Mais, de manière plus générale, « les arguments employés sont conséquentialistes puisqu’ils peuvent resservir dans d’autres situations et essentialistes car il ne s’agit plus d’intervenir pour transformer un État souverain » sans sa demande expresse, observe l’expert. Selon M. Badie, « il y a peut-être ici l’énonciation d’une doctrine pour une construction plus prudente et désengagée de la politique étrangère française ». S’il semble que la France souhaite revenir à une vision moins interventionniste militairement, elle n’en est pas moins engagée sur différents fronts comme au Sahel ou en Syrie et en Irak, rappelle le spécialiste. Le chef de l’État français semble chercher un juste milieu entre un interventionnisme tous azimuts et un réalisme impliquant une trop grande proximité avec les régimes dictatoriaux. Il n’a ainsi pas manqué de nuancer ses propos : « En Libye, la situation actuelle (était) d’abord due à des années de tyrannie », a-t-il affirmé avant de quitter la Tunisie. « L’idée qu’on règle la situation d’un pays de façon unilatérale et militaire est fausse », a-t-il néanmoins insisté.

« Crime contre l’humanité »

La Libye est […]

Lire la suite sur L’Orient Le Jour, Julie Kebbi, 03-02-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

37 réponses à Pourquoi Macron critique l’intervention occidentale en Libye   :  Pour lire les 37 réponses , cliquez sur le lien :  

https://www.les-crises.fr/pourquoi-macron-critique-lintervention-occidentale-en-libye/

https://www.les-crises.fr/pourquoi-macron-critique-lintervention-occidentale-en-libye/

Emmanuel Macron en Tunisie : « Un modèle démocratique dans le monde arabe »

Emmanuel Macron en Tunisie : « Un modèle démocratique dans le monde arabe »

Arrivé mercredi 31 janvier en Tunisie pour sa seconde visite d’État, Emmanuel Macron a affiché sa volonté de remettre en selle la coopération franco-tunisienne. Après avoir rencontré son homologue tunisien Béji Caïd Essebsi, le président français a délivré ce jeudi un discours très attendu devant l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP).

C’est main dans la main que le président français, Emmanuel Macron et le président tunisien, Béji Caïd Essebsi sont entrés au palais de Carthage pour le coup d’envoi d’une visite d’État aux allures de marathon. Une manière de manifester une convergence de points de vue avant de prendre la parole. De part et d’autres les messages sont clairs : la relation entre les deux pays est séculaire.

« Si vous échouez, nous échouons »

Béji Caïd Essebsi a exprimé sa reconnaissance à la France pour son soutien lors du classement, en décembre 2017, de la Tunisie parmi les paradis fiscaux par l’Union européenne : « Nous sommes deux pays qui peuvent compter l’un sur l’autre dans les moments difficiles ».

Il a également confirmé la position de la Tunisie sur la question palestinienne et l’urgence à résoudre le conflit libyen. Emmanuel Macron a de son côté affirmé l’ancrage méditerranéen de la Tunisie, exprimé le soutien de la France à cette démocratie et lié les destins des deux pays : « Si vous échouez, nous échouons. »

Après avoir souligné que les difficultés de la Tunisie sont essentiellement économiques, le président français a précisé que « des réformes douloureuses s’imposent, pour que la Tunisie soit un véritable pôle d’attractivité ».

De 2016 à 2020, l’aide de la France à la relance de la Tunisie s’élève à 1,2 milliard d’euros assortie de 500 millions supplémentaires sur 2020-2022. Emmanuel Macron a confirmé l’Agence française de développement (AFD) comme vis-à-vis officiel dans la gestion des soutiens apportés.


>>> A LIRE – Visite d’Édouard Philippe en Tunisie : onze accords signés portant sur un total de 92,3 millions d’euros


Feuille de route

Quatre feuilles de route, dont les grandes lignes avaient été définies lors de la visite en octobre 2017 du Premier ministre français Édouard Philippe, définissent la nouvelle coopération entre les deux pays. Sécurité, lutte contre le terrorisme et la migration clandestine sont un premier objectif commun.

Suivent un programme de 30 millions d’euros pour la relance des investissements, la création d’un fond de 50 millions d’euros destiné à soutenir les entreprises et les initiatives des jeunes, un soutien apporté à la formation des jeunes et enfin une rénovation des relations culturelles.

Sécurité, soutien à l’économie et à la jeunesse sont les pierres angulaires au programme  du nouveau couple tuniso-français ; les mêmes lignes directrices que celles de l’Union européenne pour la Tunisie. La signature de huit accords dont un avenant à la convention sur la reconversion de la dette en projets de développement sans que son montant ne soit spécifié et la création d’une université franco-tunisienne pour l’Afrique et la Méditerranée IFTAM, précise ces axes.

Sécurité, lutte anti-terrorisme et éducation

Cette visite est également un temps fort pour le gouvernement tunisien, qui gagne en visibilité où, du moins, en profite pour spécifier ses positions notamment sur la situation économique et la répression des dernières manifestations début janvier.

« En plus de la sécurisation de nos frontières et de la lutte contre le terrorisme, nous mettons en place une stratégie basée sur l’éducation et la culture », explique le Chef du gouvernement, Youssef Chahed interviewé par France 24.

Dans l’après midi, il a eu une rencontre avec le président Macron et une importante délégation française où, encore une fois, il a été question de sécurité.

Une Assemblée désertée par les partis de gauche

 

Ce jeudi 1er février, Emmanuel Macron a placé les ambitions de la France pour la Tunisie, le monde arabe et le Maghreb au cœur de son discours très attendu devant l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).

Le moment était solennel. La « macronmania » n’a pas atteint l’ARP. Depuis le perchoir de l’ARP – honneur auquel n’a pas eu droit le président turc Recep Tayyip Erdogan lors de sa visite officielle en décembre 2017 -, Emmanuel Macron a entamé son grand oral devant, essentiellement, les députés de Nidaa Tounes et d’Ennahda, ainsi que des représentants du corps diplomatique. Les partis de la gauche tunisienne avaient boudé l’hémicycle.

L’Europe et les États-Unis ont une responsabilité dans l’affaire libyenne

Le chef d’État français a souligné l’importance des institutions et d’une société civile agissante comme indispensable bouclier démocratique dans le monde arabe et insisté sur la nécessité pour l’individu arabe de reprendre son destin en main, pour échapper à ce que l’historien libanais Samir Kassir qualifie de « malheur arabe ».

Tout en faisant la distinction entre jihadisme et islam politique, le président français a souligné à plusieurs reprises que la situation libyenne doit trouver une issue rapide et a dit reconnaître la responsabilité des pays occidentaux dans l’instabilité que connait le pays depuis 2011 : « L’Europe et les États-Unis ont une responsabilité dans l’affaire libyenne. » Un aveu qui suscite un malaise dans les rangs des ambassadeurs.

Soutenir les jeunes pour lutter contre le terrorisme et l’émigration

À propos de la Tunisie – «  modèle démocratique dans le monde arabe, qu’il faut soutenir, car c’est un espoir et un laboratoire pour toute la région » -, Emmanuel Macron souhaite renouveler la relation entre les deux pays et contribuer à relever les défis auxquels la Tunisie se trouve confrontée.

S’il accorde une place au volet politique, à la gouvernance et aux régions, il affirme aussi apporter l’appui de la France en matière économique, mettant notamment en avant des soutiens financiers pour le développement de secteurs innovants.

Au centre de la nouvelle politique d’Emmanuel Macron en Tunisie : offrir des opportunités aux jeunes avec un appui aux projets et la création d’une université franco-tunisienne pour l’Afrique et la méditerranée, plateforme de formation et d’éducation au rayonnement régional ; une institution qui pourrait rivaliser avec les universités américaines du Caire et de Beyrouth.

Des actions qui, avec l’implication du secteur privé, participent à la lutte contre le terrorisme et à freiner l’émigration.

Mais, tandis qu’Emmanuel Macron disait devant les députés de l’ARP miser sur l’éducation en Tunisie, les établissements d’enseignements français en Tunisie ont fait grève, pour protester contre les restrictions budgétaires qui leur sont imposées par le gouvernement français.

Le président français n’oublie pas le 50ème sommet de la Francophonie, qui se tiendra en Tunisie en 2020, et installe des Alliances françaises pour remettre en selle la langue française, utile et nécessaire à l’employabilité des jeunes.

« Un continuum Europe-Méditerranée-Afrique »

Ces grandes lignes avaient été annoncées lors de la conférence de presse donnée par les présidents tunisien et français à l’issue de leur rencontre du 31 janvier.

« Son message était surtout adressé aux pays arabes ; pour ce qui est de la Tunisie, son discours, sans être nouveau, nous encourage à nous mettre sérieusement au travail en étant innovants ; c’est la clé du succès », précise un élu, tandis que l’économiste Ezzedine Saïdane estime que « l’essentiel est la mise en application de toutes ces décisions ».

Cette stratégie française s’étend au Maghreb, qu’Emmanuel Macron approche comme « un continuum Europe-Méditerranée-Afrique et un grand espace de prospérité partagée.  Il a également exprimé la même volonté de promouvoir les échanges, la mobilité, l’éducation, la formation et mise encore une fois sur les jeunes. Tiendra-t-il le même discours à Dakar, où il se rend le 2 février ?



 

Publicités

Revue de presse nationale et internationale.

Publicités