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Tout ce que vous devez savoir sur le système antiaérien S-400 Triumph

Tout ce que vous devez savoir sur le système antiaérien S-400 Triumph

AFP
Gros plan sur le meilleur système de défense antiaérienne au monde que l’Inde, la Chine et la Turquie ont acheté malgré la menace de sanctions américaines.

Début octobre, la Russie a signé un contrat de 5 milliards de dollars pour la livraison de systèmes de défense antiaérienne Triumph S-400 à l’Inde. Le nouveau système permettra au partenaire de Moscou de construire autour du pays un dôme impénétrable, capable de détruire toute menace émanant des airs.

Le S-400 est-il vraiment si efficace ? Pourquoi l’Inde, la Chine et même la Turquie (membre de l’Otan) sont prêtes à acheter des armes russes malgré les menaces de sanctions économiques américaines ?

Qu’est-ce que le S-400 et pourquoi est-il le meilleur au monde?

Le système de défense antiaérienne S-400 Triumph (ou « Growler » selon la terminologie de l’Otan) est un « poids lourd » du monde de la défense antiaérienne depuis son lancement en 2007.

Lire aussi : Les secrets du S-400 que Moscou a cachés à Ankara

Il peut déterminer toutes les cibles aériennes autour de lui dans un rayon de 600 km et les abattre à une distance de 400 km de son emplacement. Peu importe qu’il s’agisse de missiles de croisière à manœuvres rapides ou de missiles nucléaires balistiques intercontinentaux qui volent vers la Terre dans l’espace proche depuis l’autre bout de la planète. Le système verra sa cible, la « verrouillera » et la frappera à une distance sûre.

Sa principale différence par rapport à son concurrent direct, le système américain MIM-104 Patriot, réside précisément dans sa capacité à voir et à abattre des cibles tout autour de lui. L’« américain » peut fonctionner et « regarder » uniquement dans une direction prédéterminée à un angle de 180 degrés.

En outre, réorienter les lanceurs Patriot et les préparer à nouveau pour la bataille prendra jusqu’à 30 minutes ! Pendant ce temps, les missiles auront le temps de toucher leurs cibles et la bataille sera perdue.

Lire aussi : Comment les opérateurs des systèmes de missiles russes S-300 et S-400 sont-ils formés?

Dans le même temps, l’« américain » abat la cible à mi-distance – 180 kilomètres contre les 400 russes. Cela joue un rôle important non seulement dans la lutte contre les missiles, mais également contre les chasseurs et les bombardiers – ces derniers n’ont aucune chance de larguer des ogives dans le rayon d’action du S-400.

Ces différents facteurs sont une des raisons pour lesquelles même un membre de l’Otan, la Turquie, a décidé d’acheter du matériel russe malgré la menace de sanctions économiques à son encontre.

Le complexe « Triumph » S-400 est livré aux troupes russes et étrangères dans le cadre d’une batterie de défense antimissile. Chacune d’elle comprend quatre rampes de lancement avec quatre missiles chacune. Au total, il y a donc dans une batterie 16 antimissiles capables d’abattre des chasseurs de cinquième génération et des missiles de croisière à une distance maximale de 400 kilomètres.

Lire aussi : Une version économique du système S-400 Triumph voit le jour

Et ceci ne tient pas compte des munitions de réserve, qui sont également incluses dans le montant du contrat et seront placées sur le champ de bataille. En outre, le contrat comprend également plusieurs véhicules de transport et de chargement, des stations radar, un poste de commandement et un certain nombre de véhicules de soutien.

Les données évoquées ci-dessus concernent la version la plus complète, que la Russie achète pour protéger ses frontières. Chaque système est préparé en vue de son expédition à un client étranger en fonction de ses souhaits et de ses capacités financières. En termes simples, comme dans le cas de l’achat d’une voiture, vous pouvez acheter l’ensemble avec toutes les options, mais aussi renoncer à certaines d’entre elles.

https://fr.rbth.com/tech/81662-russie-s-400-triumph

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Libéré en Turquie, le pasteur américain Brunson attendu à Washington

Libéré en Turquie, le pasteur américain Brunson attendu à Washington

Des policiers devant l’appartement du pasteur Brunson, où il est assigné à résidence, le 27 juillet 2018 à Izmir / © DHA/AFP/Archives / DHA

La justice turque a libéré vendredi le pasteur américain Andrew Brunson, qui a aussitôt quitté la Turquie et était attendu samedi à Washington après une longue crise diplomatique entre les deux pays alliés.

« Bonne nouvelle, le pasteur Brunson est en vol », a lancé Donald Trump à des journalistes. « Je crois qu’il est en bonne forme » après avoir « beaucoup souffert », a-t-il ajouté.

Le président des Etats-Unis a précisé qu’il l’accueillerait dans le Bureau ovale à la Maison Blanche « probablement samedi ».

Entretemps, le pasteur a fait une escale dans la nuit de vendredi à samedi en Allemagne à la base militaire de Ramstein où il a été accueilli par l’ambassadeur américain à Berlin Richard Grenell. « Quand je lui ai offert le drapeau américain, il l’a immédiatement embrassé », a déclaré ce dernier sur son compte twitter.

Le tribunal d’Aliaga, dans la région d’Izmir en Turquie, avait auparavant condamné le pasteur à trois ans et un mois de prison. Mais il l’avait remis en liberté immédiatement et avait levé son interdiction de sortie du territoire en tenant compte du temps déjà passé en prison et de son comportement pendant son procès, selon une correspondante de l’AFP sur place.

Après un an et demi de détention et plus de deux mois en résidence surveillée, Andrew Brunson a été reconnu coupable de soutien à des « organisations terroristes », en l’occurrence les séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le réseau de Fethullah Gülen, le prédicateur accusé par Ankara d’avoir orchestré le putsch manqué de juillet 2016.

Des accusations toujours rejetées en bloc par l’homme d’église âgé de 50 ans ainsi que par l’administration américaine, qui avait mis une pression sans précédent sur le gouvernement turc pour obtenir la libération pure et simple de cet « innocent ».

« Je suis un homme innocent. J’aime Jésus, j’aime la Turquie », a déclaré pendant l’audience de vendredi le pasteur, qui portait un costume sombre sur une chemise blanche.

Le pasteur Brunson escorté par la police, le 25 juillet 2018 à Izmir / © AFP/Archives / STRINGER

Il s’est ensuite rapidement rendu à l’aéroport d’Izmir, dans l’ouest du pays, où il a salué les journalistes à son arrivée avec sa femme Norine. De là, il s’est envolé à bord d’un avion militaire américain avec pour première destination la base américaine de Ramstein, en Allemagne, où il devait passer de rapides examens médicaux.

Il est attendu à la base aérienne d’Andrews, près de Washington, samedi à midi (16H00 GMT).

– « J’aime Jésus, j’aime la Turquie » –

Installé en Turquie depuis une vingtaine d’années, il était à la tête d’une petite église protestante à Izmir.

La crise diplomatique alimentée par cette affaire entre ces deux pays alliés au sein de l’Otan a provoqué un effondrement en août de la livre, la monnaie turque, et mis en lumière les fragilités de l’économie turque.

Son cas a été brandi par des conservateurs chrétiens américains, une importante base électorale pour Donald Trump, qui a qualifié Andrew Brunson de « merveilleux pasteur chrétien » et d' »otage patriote ». Sa libération est donc une victoire pour le président à moins d’un mois d’élections législatives délicates pour son camp républicain.

Washington avait haussé le ton cet été et imposé une série de sanctions à la Turquie.

Le pasteur Andrew Brunson libéré / © AFP / Kadir Demir

Selon Anthony Skinner, du cabinet de consultants en risques Verisk Maplecroft, l’économie turque, frappée en août par un doublement des taxes douanières américaines sur l’acier et l’aluminium, « se serait trouvée sous des pressions encore plus accrues » si le pasteur n’avait pas été libéré.

« Nous sommes passés par un système et nous avons obtenu sa libération », s’est réjoui le président américain, tout en niant tout « accord » avec la Turquie avec un assouplissement de la pression économique à la clé.

Les deux parties ont en tout cas récemment affiché une volonté d’apaisement, le président turc Recep Tayyip Erdogan faisant notamment le voeu d’une amélioration des relations avec Washington.

– Autres contentieux –

Pour autant, les contentieux ne sont pas tous dissipés entre les deux pays, dont l’alliance a notamment été mise à rude épreuve ces derniers mois par le conflit syrien.

Dès que le pasteur Brunson a quitté l’espace aérien turc, Mike Pompeo a appelé Ankara à « libérer rapidement » les autres Américains toujours détenus en Turquie, notamment Serkan Gölge, un scientifique de la Nasa, ainsi que des employés locaux de missions diplomatiques américaines.

Un autre dossier qui nourrit les tensions entre les deux pays est celui de la banque publique turque Halkbank, dont l’ex-directeur général adjoint Mehmet Hakan Atilla a été condamné en mai aux Etats-Unis à 32 mois de prison après avoir été reconnu coupable de contournement des sanctions américaines contre l’Iran.

Une amende colossale pourrait être infligée à Halkbank, une perspective qui inquiète le pouvoir turc, qui selon des médias, espérait un compromis dans le cadre d’un éventuel marché impliquant la libération d’Andrew Brunson.

(©AFP / (13 octobre 2018 10h19)

Disparition de Khashoggi: Ryad dément qu’un ordre ait été donné pour tuer le journaliste

Disparition de Khashoggi: Ryad dément qu’un ordre ait été donné pour tuer le journaliste

Le ministre saoudien de l’Intérieur Abdel Aziz ben Saoud ben Nayef lors d’exercices militaires dans la ville de La Mecque, en Arabie saoudite, le 13 août 2018 / © AFP / BANDAR ALDANDANI

L’Arabie saoudite a rejeté samedi comme « infondées » les allégations selon lesquelles Ryad aurait ordonné de tuer Jamal Khashoggi, journaliste dissident disparu à Istanbul, envoyant en Turquie une équipe pour collaborer à l’enquête.

Cette disparition, qui a suscité la vive inquiétude de plusieurs pays occidentaux dont les Etats-Unis où le journaliste s’était exilé en 2017, intervient à un mauvais moment pour Ryad qui doit accueillir un sommet économique de premier plan du 23 au 25 octobre.

Le ministre saoudien de l’Intérieur Abdel Aziz ben Saoud ben Nayef a dénoncé samedi « ce qui a été rapporté dans certains médias à propos de fausses accusations contre l’Arabie saoudite (…) au sujet de l’affaire de la disparition du citoyen Khashoggi ».

« Ce qui a été rapporté au sujet d’ordres de le tuer est un mensonge et une allégation infondée », a ajouté le ministre, dans des propos rapportés par l’agence de presse officielle SPA.

M. Khashoggi, un journaliste collaborant notamment avec le Washington Post et critique du prince héritier Mohammed ben Salmane, a été vu pour la dernière fois le 2 octobre en train d’entrer dans le consulat saoudien d’Istanbul, où il était venu obtenir un document nécessaire à son futur mariage.

Quatre jours plus tard, des responsables turcs cités par les médias ont affirmé qu’il avait été tué dans le bâtiment, des allégations aussitôt jugées « infondées » par Ryad.

– Délégation saoudienne à Ankara –

La police turque a par la suite indiqué qu’une équipe de 15 Saoudiens était arrivée à Istanbul par avion le 2 octobre. Selon des médias turcs, ces hommes sont venus tuer le journaliste et ont récupéré des images de vidéo surveillance, avant de quitter le pays.

Ryad a affirmé pour sa part que les caméras du consulat ne fonctionnaient pas ce jour-là.

Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Manama (Bahreïn) le 15 décembre 2014. / © AFP/Archives / MOHAMMED AL-SHAIKH

Selon le Washington Post, Ankara aurait affirmé à Washington détenir des enregistrements audio et vidéo montrant comment Khashoggi a été « interrogé, torturé puis tué » à l’intérieur du consulat, avant que son corps ne soit démembré.

L’Arabie saoudite a envoyé à Ankara une délégation saoudienne pour des entretiens ce week-end avec des responsables turcs au sujet de l’enquête sur cette affaire.

Elle s’était félicitée vendredi de l’ouverture d’une enquête conjointe avec la Turquie pour élucider les « circonstances » de la disparition.

Dans un communiqué, SPA cite une source officielle exprimant sa « confiance absolue dans la capacité de l’équipe de travail conjointe (…) pour mener à bien sa mission de la meilleure façon possible ».

Le ministre saoudien de l’Intérieur a assuré samedi que son pays était attaché au « respect des règles et des conventions internationales ».

Les quotidiens turcs Sözcü et Milliyet ont rapporté que M. Khashoggi portait, lorsqu’il est entré au consulat, une « montre intelligente » connectée à un téléphone qu’il avait laissé entre les mains de sa fiancée, Hatice Cengiz.

Les deux journaux affirment que des enregistrements audio ont ainsi été transmis au téléphone et sont actuellement examinés par la justice turque. Toutefois, si Milliyet dit que des cris et une querelle ont été enregistrés, Sözcü avance que des dialogues, mais pas de cris, peuvent être entendus dans cet enregistrement de « quelques minutes ».

L’affaire a suscité une forte inquiétude à l’étranger, notamment parmi les alliés de Ryad.

Un employé du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, en Turquie, à l’entrée du bâtiment le 13 août 2018 / © AFP / Yasin AKGUL

– « Horrifiée » –

Le président américain Donald Trump a déclaré qu’il allait étudier la situation « très, très sérieusement », même s’il se limite à ce stade à des demandes d’explications. La Maison Blanche et le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo se sont entretenus avec le prince héritier Mohammed ben Salmane.

La fiancée du journaliste a de nouveau interpellé vendredi M. Trump, à qui elle avait déjà demandé de l’aide pour faire la lumière sur cette affaire.

L’affaire Khashoggi a aussi refroidi des investisseurs qui s’enthousiasmaient encore il y a un an pour les pharaoniques projets économiques du prince héritier, comme le milliardaire britannique Richard Branson, qui a gelé plusieurs projets dans le royaume.

Des partenaires tels que le Financial Times, le New York Times et The Economist ont retiré leur soutien à la deuxième édition du sommet « Future Investment Initiative » du 23 au 25 octobre.

Le patron d’Uber, Dara Khosrowshahi, a annoncé qu’il n’irait pas non plus, « à moins qu’une série de faits considérablement différents n’émerge », selon Bloomberg.

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde a confirmé elle son intention d’y participer. Elle s’est cependant dite « horrifiée » par l’affaire Khashoggi, soulignant son attachement aux droits de l’Homme.

Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a également confirmé sa présence au sommet. « Si plus d’informations apparaissent la semaine prochaine, je les prendrai bien sûr en compte », a-t-il précisé samedi.

(©AFP / (13 octobre 2018 11h53)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Disparition-de-Khashoggi-Ryad-d-ment-qu-un-ordre-ait-t-donn-pour-tuer-le-journaliste/961746.rom

Syrie, état des lieux : l’accord turco-russe tient, la défense aérienne S-300 arrive

Syrie, état des lieux :
l’accord turco-russe tient, la défense aérienne S-300 arrive


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 9 octobre 2018

La situation en Syrie est relativement calme. Le gouvernement (en rouge sur la carte) a consolidé les territoires qu’il a repris au cours de l’année. L’armée syrienne a reçu une nouvelle défense aérienne (voir ci-dessous) et d’autres matériels et s’active à les intégrer. Certaines unités de l’armée syrienne se déplacent actuellement vers l’est, à Al Bukamal, à la frontière irakienne. D’autres ont été renvoyées à leurs bases.

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Le seul endroit où l’armée syrienne est toujours activement engagée est dans le désert du sud, près d’As-Suwayda, où quelque 1 000 à 2 000 combattants d’ISIS (en gris) s’accrochent à une petite enclave au milieu d’une vaste zone de roches volcaniques. Le terrain est difficile à traverser avec des chars et le combat d’infanterie y est sanglant.

L’accord russo-turque sur une zone démilitarisée dans le gouvernorat d’Idlib, contrôlé par les rebelles, semble tenir.

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Les rebelles contrôlés par la Turquie ont déplacé leurs équipements lourds (chars et artillerie) hors de la zone démilitarisée (ocre). Les factions djihadistes, Tahrir al Sham et les Turkmènes autour de Jisr al Shugur, ne respectent pas l’accord. Selon l’Observatoire syrien, ils ont creusé des fossés pour cacher leurs armes sur place. La Turquie a la responsabilité de les supprimer. La campagne d’assassinats dans le gouvernorat d’Idlib se poursuit avec plus de 380 victimes. Un commandant de niveau intermédiaire de tel ou tel groupe est tué chaque jour. On ne sait pas qui – les cellules dormantes d’ISIS, le MIT turc ou les spetsnazs russes – est derrière la campagne.

Le canton kurde d’Afrin, au nord-ouest, est une zone troublée similaire occupée par les troupes turques et les gangs rebelles associés. Il y a énormément de pillages et les différents groupes se battent entre eux.

Dans le gouvernorat de Deir Ezzor, dans l’est du pays, l’armée américaine et sa force de procuration kurde (en jaune) se battent toujours contre des forces enracinées d’État islamique (en gris).

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Ces forces sont restées seules pendant près d’un an et ont utilisé le temps dont elles disposaient pour s’enterrer. Les assaillants subissent des pertes causées par les mines improvisées et les cellules dormantes d’ISIS. Les forces américaines et britanniques bombardent la région plusieurs fois par jour et l’artillerie française et américaine ajoute au carnage. Malgré tout, les progrès semblent extrêmement lents. Selon des informations non confirmées, des marines américains seraient venus renforcer la force de procuration kurde réticente. Certains combattants d’État islamique ont traversé l’Euphrate pour attaquer des zones contrôlées par le gouvernement (en rouge), mais ont été vaincus.

Tandis que la carte générale montre un triangle au sud de la ville de Deir Ezzor dans laquelle ISIS se trouvait (en gris), aucune activité récente n’a été rapportée dans cette région désertique.

La zone al-Tanf contrôlée par les États-Unis dans le sud-est (en vert) est relativement calme. Les soldats américains y forment encore des hommes de main locaux, mais il n’y a pas d’avenir raisonnable pour ce poste. Les dizaines de milliers de membres des familles de rebelles et les combattants d’ISIS dans le camp de réfugiés de Rukban, situé à proximité de la frontière jordanienne, sont désespérés. La Jordanie ne laisse passer aucune aide pour eux. La nourriture est introduite en contrebande à partir de zones contrôlées par le gouvernement, mais la population n’a plus d’argent et ne peut pas payer pour cela :

L’année dernière, lorsque les États-Unis ont réduit le financement des factions affiliées à la FSA [Armée syrienne libre] opérant dans le désert de Badia, des centaines de combattants ont perdu leur principale source de revenus, qui avait souvent été utilisée pour soutenir les membres de leurs famille vivant à Rukban, a déclaré le porte-parole de la brigade Ahmad al-Abdo, Seif.

Des négociations ont été engagées avec le gouvernement syrien en vue de transférer certains rebelles et leurs familles de Rukban vers le nord dans la zone contrôlée par la Turquie, mais plusieurs annonces dans ce sens ont été faites sans qu’aucun transfert ne soit effectué.

La Russie a fait don de trois ensembles de systèmes de défense antiaérienne S-300PM à la Syrie. Chaque quartier général de bataillon dispose d’un radar d’acquisition et d’un poste de commandement. Il y a deux compagnies (batteries) dans un bataillon. Généralement, chaque compagnie dispose d’un radar de direction de tir et d’un véhicule de conduite de tir. Il y a quatre lanceurs de missiles dans une compagnie avec quatre missiles par lanceur. Deux véhicules supplémentaires ont des munitions de réserve et des grues pour recharger les lanceurs. Chaque bataillon disposera de cent missiles, ce qui permettra de contrer plusieurs vagues d’attaques. Les pièces de rechange peuvent être transportées sur des remorques de camion normales. Le système est très flexible. Des lanceurs supplémentaires peuvent être ajoutés à une compagnie et les informations radar peuvent être partagées.

Les systèmes sont relativement modernes et encore largement utilisés par la défense aérienne russe pour elle-même. Les systèmes reçus par la Syrie sont des systèmes précédemment en service dans des bataillons russes qui ont récemment été mis à niveau vers les nouveaux systèmes S-400. Ils ont été rénovés avant d’être livrés en Syrie. Les systèmes S-300PM sont montés sur des véhicules à roues. Ils sont arrivés par transport aérien (vidéo) de Russie. Pour protéger les défenses anti-aériennes S-300 à longue portée, chaque compagnie sera probablement accompagnée d’un système de défense anti-aérienne à courte portée Pantsyr-S1. Outre les systèmes de défense aérienne, la Syrie a également reçu des systèmes de guerre électronique Karsukha-4 qui permettent de détecter et de brouiller le trafic radio et radar ennemi.

L’un des bataillons restera probablement dans le gouvernorat de Lattaquié et renforcera la défense aérienne russe déjà stationnée là-bas. Un autre bataillon protégera Damas. Le troisième bataillon est un peu un joker. Il pourrait soit rester dans l’ouest de la Syrie, près de Homs, pour renforcer les autres unités, soit se déplacer vers l’est, à Palmyre, ou même à Deir Ezzor, pour donner à réfléchir au contingent américain.

Les 96 missiles S-300 prêts à être lancés vont rendre la tâche plus difficile pour Israël, si celui-ci veut continuer ses attaques contre la Syrie. Israël aimerait bien le faire, mais le seul moyen de poursuivre ses attaques est de faire décoller ses avions très bas au-dessus du Liban pour qu’ils soient couverts par la chaîne de montagnes qui mène à la Syrie. Ils seraient alors obligés de surgir pour lancer leurs missiles en Syrie, mais rien ne garantit que les avions y survivraient. Voler à basse altitude au-dessus du Liban comporte également le risque d’une rencontre surprise avec l’un des missiles de défense aérienne à courte portée du Hezbollah.

Le président syrien Bachar al-Assad vient d’annoncer un décret qui accorde l’amnistie à ceux qui ont déserté l’armée ou se sont abstenus de se présenter pour la conscription. Si les déserteurs et les conscrits se rendent dans les six prochains mois pour accomplir leur service, ils échapperont à toute punition.

Les Arabes du Golfe, à l’exception du Qatar, qui est un allié de la Turquie, ont renoncé à renverser le président Assad et ont bien fait :

Dans l’un des développements les plus surprenants survenus au milieu d’une série de réunions diplomatiques autour de l’Assemblée générale des Nations Unies, le ministre des Affaires étrangères bahreïnien, Khalid bin Ahmad al-Khalifa, a salué le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al-Muallem, lors d’une réunion panarabe la semaine dernière. Bahreïn, proche allié de l’Arabie saoudite, a vivement critiqué Assad et d’autres alliés régionaux de l’Iran, mais le haut diplomate a déclaré : “Le gouvernement syrien dirige la Syrie, et nous travaillons avec les pays, même si nous ne sommes pas d’accord avec eux.”

Quelques jours plus tard, Assad a mené sa première interview avec un journal de la péninsule arabique depuis 2011, déclarant au Koweïtien Al-Shahed qu’il était parvenu à un “accord majeur” avec plusieurs États arabes et que “les délégations occidentales et arabes ont déjà commencé à revenir en Syrie pour organiser leur retour, qu’il soit diplomatique, économique ou industriel.”

Ce changement dans le sentiment des dirigeants arabes pourrait bien influer sur la position américaine en Syrie.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/syrie-etat-des-lieux-laccord-turco-russe-tient-la-defense-aerienne-s-300-arrive

 

La stratégie de la Russie dans le bassin de la mer Noire

La stratégie de la Russie dans le bassin de la mer Noire


Par Nikolas Gvosdev – Le 2 août 2018 – Source War On The Rocks

Image: kremlin.ru

Le 16 mai, le président russe Vladimir Poutine a inauguré le pont du détroit de Kertch, reliant la péninsule de Crimée au continent russe, sept mois plus tôt que prévu. Ce faisant, il a signalé la détermination de la Russie à remodeler l’équilibre géopolitique et géo-économique de la région de la mer Noire, malgré les sanctions occidentales. Bien que Moscou ne soit pas en mesure de dominer la mer Baltique, ses efforts pour transformer la mer Noire en mare nostrum  portent leurs fruits. Au cours des dernières années, le Kremlin a maîtrisé la feinte de la Baltique : en se livrant à des provocations aériennes et maritimes dans une région très surveillée par l’Occident, la Russie a été capable de renforcer sa position en mer Noire sans préavis. Alors que la plupart des stratèges américains s’inquiètent de la région de Suwalki sur la frontière polono-lituanienne en tant que voie potentielle d’invasion russe vers l’Europe centrale, c’est l’accumulation de puissance de la Russie en mer Noire qui devrait préoccuper les décideurs politiques. En utilisant la mer Noire comme un tremplin, la Russie peut projeter sa puissance au-delà de son environnement immédiat – au Moyen-Orient, dans les Balkans et en Méditerranée – et renforcer sa réémergence en tant que grande puissance.

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John Kerry a déjà évoqué avec malice le fait que cette politique étrangère russe remonte au XIXe siècle. Mais dans ce cas, Poutine et son équipe ont remonté un siècle de plus en s’inspirant de l’illustre prince Grigori Potemkine. Favori de Catherine la Grande, Potemkine a conçu la première annexion de la Crimée par la Russie et a été le premier gouverneur général de la « Nouvelle Russie » (Novorossiia) – territoires qui comprennent aujourd’hui le sud-est de l’Ukraine. Il a défendu le point de vue selon lequel le destin de la Russie se trouvait au sud et plaidé en conséquence pour une expansion dans les Balkans, le Caucase et le nord du Moyen-Orient. Le soi-disant « projet grec » de Catherine – un complot visant à étendre le contrôle russe autour de la mer Noire en démantelant l’Empire ottoman et en le remplaçant par la restauration de ce que l’on appelait autrefois Byzance en tant que marionnette russe – était un projet audacieux, une machination de Potemkine.

Le projet grec de Potemkine supposait une inimitié persistante entre les empires russe et ottoman. Au milieu du XIXe siècle, Nicolas Ier et son ministre des Affaires étrangères, Karl Nesselrode, ont tenté de retourner le scénario. Abandonnant l’approche de Potemkine, ils ont cherché à cultiver une amitié avec le sultan ottoman Mahmoud II et ont ainsi coupé les Ottomans de leur partenariat traditionnel avec les puissances d’Europe occidentale. Leur approche a réussi et, en 1833, les deux parties ont signé le traité d’Unkiar Skelessi. En contrepartie de l’adhésion aux exigences stratégiques russes – dont le principal accordait à la marine russe l’accès à la Méditerranée – le Sultan a reçu le plein soutien de l’Empire russe dans sa lutte contre ses opposants internes. Malheureusement pour Nicolas, cependant, ce traité à court terme ne pouvait pas conduire au réalignement permanent de l’Empire ottoman, en particulier compte tenu de l’hostilité du siècle dernier. Après la mort de Mahmoud, son fils Abdulmejid I s’est retourné vers les Britanniques et les Français pour résister à l’empiétement de la Russie. Ce qui est arrivé ensuite est bien connu : la Russie a subi une perte dévastatrice pendant la guerre de Crimée, qui a limité la marche du pouvoir russe vers la Méditerranée.

Comme ses deux contemporains, les efforts récents de Poutine auraient recueilli beaucoup de soutien de Potemkine. La prédilection du président à utiliser la station balnéaire de Sotchi sur la mer Noire comme capitale de facto (c’est l’endroit préféré de Poutine pour des sommets bilatéraux avec des leaders mondiaux et des événements tels que le Congrès du peuple syrien) relève la Russie du sud à l’importance que Potemkine envisageait. Potemkine aurait, bien sûr, applaudi ce que la Russie considère comme la deuxième annexion de la Crimée en 2014. Cela a permis à Moscou de refuser aux puissances rivales l’accès au bassin de la mer Noire en cas de conflit militaire. En effet, les éléments clés de l’offensive de la Russie en matière de soft power aujourd’hui – en soutenant le partenariat stratégique avec l’Arménie et en rapprochant la Géorgie de l’orbite russe – préservent ainsi les 250 ans du vieil héritage de Potemkine.

Dans le même temps, Poutine s’est lancé avec succès dans la stratégie de Nicolas Ier. Bien que la sensibilisation du tsar au Sultan Mahmoud ait été éphémère, Poutine semble avoir plus de chance de nouer un partenariat stratégique avec Recep Tayyip Erdogan. Ce partenariat de commodité a survécu à plusieurs obstacles, notamment la crise qui a éclaté après qu’un jet russe fut abattu par  des avions de combat turcs à la frontière turco-syrienne en 2015. Oui, la Turquie ne reconnaît pas les prétentions de la Russie sur la Crimée et les deux pays ont des différends constants sur la Syrie, mais Erdogan est prêt à compartimenter ces désaccords pour obtenir des avantages pour la Turquie dans d’autres domaines – que ce soit pour obtenir des systèmes de défense aériens S-400 ou des centrales nucléaires. En fin de compte, Moscou cherche à inciter Ankara à ne pas s’opposer à la résurgence de la Russie dans la région de la mer Noire en échange de gains concrets pour la prospérité turque, dont M. Erdogan a besoin pour maintenir sa position politique intérieure. L’alternative indésirable serait que Ankara revienne à sa position traditionnelle d’aide à l’Occident et à la guerre froide, à savoir aider l’Occident et bloquer les ambitions russes. Heureusement, la Russie a plusieurs carottes à offrir à son partenaire. Celles-ci incluent la collaboration sur des questions distinctes en Syrie ainsi que des infrastructures énergétiques. Bien que toujours membre officiel de l’OTAN, la Turquie a accepté ce partenariat stratégique de facto. À l’instar du traité d’Unkiar Skelessi, des siècles auparavant, l’acceptation par la Turquie du partenariat avec Moscou a permis de positionner la Russie en mer Noire, d’ouvrir l’accès russe à la Méditerranée et de faciliter les livraisons d’énergie vers l’ouest, donnant au Kremlin la possibilité de conserver ses instruments d’influence.

Cette résurgence des capacités militaires russes en mer Noire remet en cause la stratégie par défaut de l’Occident dans la région depuis l’effondrement de l’Union soviétique : l’expansion inexorable des institutions euro-atlantiques pour englober tout le littoral de la mer Noire et contenir la Russie dans les limites de sa côte Nord-Est. La fatigue de l’expansion, combinée à l’instabilité politique dans la périphérie méridionale de l’Europe, a coupé l’élan du projet occidental. Parallèlement, les actions de la Russie contre la Géorgie en 2008 et en Ukraine en 2014 ont permis à Moscou de mieux contrôler le littoral de la mer Noire en détachant l’Abkhazie de la Géorgie et en s’emparant de la Crimée. Il n’y a pas d’appétit, en particulier en Europe, pour la lourde charge nécessaire pour faire entrer le reste des États riverains de la mer Noire dans l’OTAN et l’Union européenne. Pendant ce temps, la Russie a pris les devants en se présentant comme le meilleur arbitre des problèmes régionaux pressants – de la résolution du statut juridique de la mer Caspienne à la fin de la guerre civile syrienne. Le message de Moscou est clair : les pays de la mer Noire n’ont pas besoin que les États-Unis s’impliquent.

L’initiative d’origine occidentale restante dans la région est le corridor énergétique du Sud – un projet visant à développer les liens d’infrastructure et les relations de sécurité nécessaires pour permettre au gaz naturel eurasien d’atteindre les consommateurs occidentaux sans passer par un territoire sous contrôle russe. L’Azerbaïdjan est l’État clef de cet effort. Non seulement l’Azerbaïdjan possède ses propres grandes réserves de gaz, mais il sert également de centre de transit essentiel reliant l’Asie centrale à l’Europe.

Pourtant, même ici, la Russie a adapté son approche. La tentative russe impitoyable menée dans les années 1990 pour contraindre l’Azerbaïdjan à renoncer à la « principale route d’exportation » de Bakou à Ceyhan (Turquie) a été remplacée par une approche plus accommodante. Moscou ne cherche plus à bloquer mais à coopter. Le pipeline russe Turkish Stream, actuellement en construction pour relier la partie continentale de la Russie à la Turquie européenne, servira de base à la Russie pour fournir du gaz non seulement à la Turquie mais à l’ensemble de l’Europe du Sud. Cela aidera à étendre l’influence de la Russie dans des pays comme la Bulgarie, la Serbie et la Hongrie – et même en Italie, où un nouveau gouvernement pourrait être beaucoup moins enclin à soutenir des sanctions continues contre Moscou. Dans le même temps, la Russie pourrait également travailler avec l’Azerbaïdjan en approvisionnant le pays en gaz, et ainsi participer indirectement au projet de corridor énergétique du Sud. Cela compromettrait la logique stratégique d’un projet censé réduire l’influence de l’énergie russe en Europe méridionale et centrale.

Ironiquement, étant donné que les États-Unis ont identifié la Russie comme un adversaire majeur, la décision de l’administration Trump de se retirer de l’accord nucléaire iranien aurait involontairement renforcé la position de la Russie dans la mer Noire. Pour réussir à réduire l’influence de la Russie, le corridor énergétique du Sud exige un volume de gaz supérieur à celui que l’Azerbaïdjan seul peut fournir. Alors que les sanctions américaines reviennent hanter Téhéran, la colonisation de la mer Caspienne devient beaucoup moins probable. L’acceptation par l’Iran de la délimitation de la mer reposait en partie sur la possibilité de mettre en place des projets conjoints avec d’autres États riverains de la mer Caspienne. Rien n’indique que l’administration Trump est intéressée à émettre des dérogations pour de tels projets. Sans règlement, une autre partie de la stratégie du corridor énergétique du sud vers l’Ouest – la construction d’un pipeline transcaspien pour amener les vastes réserves de gaz naturel du Turkménistan vers l’ouest – sera probablement abandonnée. D’autres efforts visant à exploiter pleinement le corridor sud, soit en échangeant du gaz avec l’Iran, soit en acheminant du gaz iranien vers l’Ouest, sont également en cours. Par conséquent, soit le Turkish Stream russe comblera les lacunes, soit la Russie elle-même deviendra un participant au corridor Sud et, dans les deux cas, l’influence de la Russie ne sera pas moindre.

Il y a deux ans, j’ai noté que « la Russie avait fait sa demande pour être l’arbitre du bassin de la mer Noire ». De nombreux analystes américains ont admis que la Russie renforçait ses capacités militaires, mais Moscou a appris à tirer avantage de ces tendances pour soutenir ses objectifs politiques, à une époque où les États-Unis n’ont pas de stratégie cohérente. Aujourd’hui, la Russie est plus proche que jamais de son objectif de devenir la puissance dominante en mer Noire.

Nikolas Gvosdev est le président de la chaire « Capitaine Jerome E. Levy » au US Naval War College et un boursier non résident de l’Institut de recherche sur la politique étrangère. Les opinions exprimées sont les siennes.

Note du Saker Francophone

Cet article est issu d'une série de 5, par un auteur enseignant pour l'US Navy. Il est toujours intéressant de lire les points de vue qui y sont développés car même si certains jugements de valeur sont contestables, l'ensemble est assez équilibré dans le cadre de la russophobie endémique en Occident.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

Le Pentagone pourrait retirer ses forces d’occupation en Syrie

Le Pentagone pourrait retirer ses forces d’occupation en Syrie

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Suite à l’attaque britannico-franco-israélienne du 18 septembre 2018 qui a coûté la vie à 15 soldats russes, un accord est intervenu entre Moscou et Washington pour retirer les troupes d’occupation (France, Turquie, USA) de Syrie, éliminer les jihadistes, et mettre fin à la guerre.

L’ambassadeur des États-Unis pour la Syrie, James Jeffrey, a indiqué que la décision du président Trump de maintenir une présence militaire en Syrie n’est pas incompatible avec le retrait des troupes d’occupation US exigé par la Syrie [1].

Explication : des supplétifs arabes ou kurdes et l’aviation US pourraient poursuivre le travail actuel des troupes US.

Les États-Unis cesseraient d’agir en Syrie lorsque :
- L’Iran et les forces qui lui sont associées, dont le Hezbollah, auront quitté le pays ;
- Daesh aura été définitivement vaincu ;
- Le processus de règlement politique aura été enclenché par les Nations unies.

Or, actuellement, le Hezbollah entretient des relations complexes avec l’Iran. Certains experts estiment que les sanctions US contre la résistance libanaise sont en réalité destinées à la pousser dans les bras de Téhéran dont elle a tendance à s’éloigner.

L’intervention US en Syrie serait aujourd’hui uniquement déterminée par la volonté d’être associé à l’avenir du pays plutôt que de laisser le champ libre à la seule Russie.

Comment Vladimir Poutine est «sorti vainqueur en Syrie»

Comment Vladimir Poutine est «sorti vainqueur en Syrie»

Dans un article consacré à la décision de Moscou et d’Ankara de créer une zone démilitarisée le long de la ligne de contact entre les forces gouvernementales et les groupes de l’opposition armée à Idlib, The Independent parvient à la conclusion que cette réussite témoigne du rôle essentiel que la Russie joue sur la scène internationale.

«Le cessez-le-feu convenu par la Russie et la Turquie prouve à quel point Poutine est sorti vainqueur en Syrie», voici l’article apparu dans le quotidien britannique The Independent dans lequel son auteur évalue la position de Moscou à l’échelle internationale. Selon le média, cet arrangement avec Ankara sur Idlib montre également que le Président russe est en mesure de prendre des décisions d’envergure sans consulter Washington ou l’Otan.

 

«L’accord signé lundi [17 septembre, nldr] entre la Russie et la Turquie visant à définir l’avenir du gouvernorat d’Idlib illustre comment la Russie a avancé en Syrie. Poutine est capable de signer un accord bilatéral avec la Turquie, la deuxième plus grande puissance militaire de l’Otan, sans aucune référence aux États-Unis ou à d’autres membres de l’Otan», lit-on dans l’article.

Selon son auteur Patrick Cockburn, il est difficile de se rappeler maintenant, «alors que la Russie est présentée en Occident comme un pouvoir prédateur agressif qui menace tout le monde», la mesure à laquelle elle a été ignorée il y a sept ans, lorsque l’Otan «procédait à un changement de régime en Libye».

En outre, comme il l’est précisé dans cette publication de The Independent, l’incertitude de la politique américaine signifie que de nombreux pays dans le monde «recherchent désormais une politique de réassurance avec la Russie car ils ne savent plus à quel point ils peuvent compter sur les États-Unis».

Les Présidents russe et turc, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, se sont entendus à Sotchi afin de mettre en place aux alentours du 15 octobre, le long de la ligne de contact entre les forces gouvernementales et les groupes d’opposition armés dans le gouvernorat d’Idlib, une zone démilitarisée large de 15 à 20 kilomètres.

Les ministres de la Défense des deux pays ont signé de leur côté un mémorandum sur la stabilisation de la situation dans la zone de désescalade d’Idlib.

AB

source

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/09/comment-vladimir-poutine-est-sorti-vainqueur-en-syrie.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

La toupie d’Idlib – MAJ Avion russe

La toupie d’Idlib – MAJ Avion russe

Publié le 17 Septembre 2018 par Observatus geopoliticus in Moyen-Orient, Russie

La tragi-comédie du nouveau false flag chimique en préparation à Idlib – pour les épisodes I, II et III, le fidèle lecteur se reportera à nos chroniques plus anciennes (2013, 2017, 2018) – ne doit pas nous cacher un fait bien plus important. Erdogan fait de nouveau des siennes et a réussi à retarder/annuler l’opération d’envergure sur la province barbue.

Certes, la Turquie a des raisons objectives pour craindre une attaque générale sur Idlib qui mettrait à mal son dessein sur le nord de la Syrie : affaiblir les Kurdes, renforcer les groupes pro-turcs dans l’Idlibistan même et éviter un nouveau flot de réfugiés. Pour le sultan, en l’état actuel des choses, ne rien faire semble être la meilleure des tactiques.

Mais c’est justement ce que n’acceptent pas Moscou et Téhéran, et la dernière rencontre trilatérale a montré de manière inhabituelle aux yeux du monde le désaccord :

Contrairement au titre quelque peu fanfaron de la vidéo ci-dessus, Erdogan ne s’est pas couché. Ankara a considérablement renforcé sa présence dans ses postes d’observation de l’Idlibistan en y envoyant troupes et chars de combat afin de décourager une offensive syrienne. Par ailleurs, les livraisons d’armes à destination des groupes rebelles pro-turcs ont repris de plus belle.

Le sultan justifie la chose en demandant plus de temps pour mettre au pas Hayat Tahrir al-Cham, Al Qaeda pour les intimes, qui contrôle la majorité de la province (en vert sur la carte) :

Du temps, il en a eu pourtant ; cela fait un an que, dans le cadre du processus d’Astana, Russes et Iraniens lui ont donné carte blanche à Idlib. Et rien n’a été fait…

Alliés pendant longtemps, Ankara et AQ/Nosra/Hayat ont, depuis, des relations ambigues. On se rappelle le convoi turc attaqué l’année dernière et, il y a quelques jours encore, Hayat émettait une fatwa interdisant de brandir le drapeau turc, rejoint en cela par d’autres groupes djihadistes d’ailleurs. D’un autre côté, lors de l’offensive sur Afrin en début d’année, les qaédistes étaient main dans la main avec l’armée turque contre les Kurdes.

Erdogan est-il sincère quand il demande plus de temps pour éliminer, récupérer (comment ?) ou évacuer (où ?) Al Qaeda de l’Idlibistan ? Et de toute façon, en a-t-il seulement les moyens, Hayat Tahrir al-Cham contrôlant plus de 60% de la province ?

Aujourd’hui même, le sultan a pris un avion pour Sochi afin de discuter la situation avec Poutine. Et coup de théâtre, l’on vient d’apprendre que l’offensive sur Idlib est reportée sine die, peut-être indéfiniment, et qu’une zone démilitarisée d’une profondeur de 15 à 20 km sera créée entre les belligérants, gélant apparemment le conflit.

Assad, qui avait promis, peut-être un peu follement, de « libérer toute la Syrie », ne doit pas être très content, même si Vladimirovitch assure que l’accord a « globalement » reçu le soutien de Damas.

Le Kremlin semble satisfait, d’autant plus qu’il ne souhaite pas faire de vagues avant les élections de midterm aux Etats-Unis, susceptibles de remplir le Sénat US de Démocrates hystériquement anti-russes, et qu’il parie sur un pourrissement des relations américano-turques dans les mois qui viennent, notamment après les sanctions de novembre. Cependant, on ne peut pas ne pas relever le retournement russe qui, il y a quelques jours encore, promettait d’en finir avec les terroristes.

La balle est dans le camp des Turcs maintenant, à charge pour eux de régler le problème de l’Idlibistan. Mais peut-on réellement faire confiance à Erdogan ? Si l’on peut comprendre la demande de plus de temps formulée par Ankara – jusqu’au 15 décembre d’après le généralement bien renseigné Elijah Magnier -, d’autres signes sont moins positifs et pointe vers un regain d’arrogance et un début de retournemment de veste ottoman.

Le 11 septembre, dans un éditorial complaisamment publié par le Wall Street Journal et intitulé « Le monde doit arrêter Assad« , le sultan reprenait sa vieille loghorée contre Damas. L’ironie de la date n’aura échappé à personne. Heureusement, Tulsi a sauvé l’honneur à la Chambre des Représentants en montrant l’inanité de défendre Al Qaeda à Idlib dix-sept ans après le World Trade Center…

Le jour suivant, les services secrets turcs ont kidnappé à Lattakié, en plein territoire syrien et apparemment à l’insu du gouvernement, le suspect d’un attentat de 2013 comme de bien entendu attribué à Damas.

Ces signaux peuvent indiquer que la toupie ottomane, agressive et déloyale, est de retour… L’avenir nous le dira. Mais dans ce contexte, l’on est forcé de repenser à l’inconcevable vente des S-400 à la Turquie. Le bijou anti-aérien devrait être livré dès 2019. Et ce que nous écrivions l’année dernière reste plus que jamais d’actualité :

Bien sûr, on nous dira que les protocoles seront stricts, qu’il y a plusieurs niveaux de transferts de technologie et qu’ils seront limités dans le cas turc, que rien n’est encore signé et que la finalisation définitive peut prendre une bonne année, que depuis le temps les Américains doivent maintenant de toute façon connaître les secrets du S400, que cela accélère le divorce entre Ankara et l’OTAN…

Il n’empêche, nos interrogations d’avril restent les mêmes. Comment décemment transférer ce fleuron dans les mains du sultan, qui reste un membre de l’alliance atlantique et un adversaire en Syrie ? Pour protéger la Turquie de qui ? Et que dire aux alliés historiques rabaissés au niveau d’Ankara (Chine et Inde) ou en dessous (l’Iran n’a reçu que des S-300) ?

 

***** MAJ 18.09 *****

A peine connu l’accord sur Idlib, Israël a refait des siennes en poursuivant avec obsession ses objectifs contre l’Iran et le Hezbollah.

Quatre F16 ont, depuis les eaux internationales, lancé des missiles sur une installation de l’armée syrienne près de Lattakié, d’où des systèmes entrant dans la fabrication d’armes de précision étaient en passe d’être livrés pour le compte de l’Iran au Hezbollah. Ils se trouvaient près de la frégate française Auvergne, ce qui a sans doute créé une certaine confusion sur le fait qu’elle a participé ou non à l’opération – les Russes ont d’abord affirmé que le navire avait tiré des missiles, Paris a démenti.

Surtout, les jets israéliens se sont abrités derrière l’IL-20 russe en patrouille, le faisant prendre pour cible par la défense anti-aérienne syrienne et provoquant la mort de 15 soldats russes.

Ce n’est pas un acte de guerre à proprement parler mais une malveillance évidente des Israéliens, dont l’état-major n’avait d’ailleurs prévénu son homologue russe qu’une minute auparavant via le canal de communication.

C’est comme ça que l’a pris Moscou et Choigu s’est lâché :

« Les avions israéliens ont délibérément créé une situation dangereuse pour les navires de surface et les aéronefs dans la région. En utilisant l’avion russe comme bouclier, les pilotes israéliens l’ont exposé au feu des systèmes de défense aérienne syriens. Nous considérons cette action provocatrice de la part d’Israël comme hostile. Quinze membres de l’armée russe sont morts à cause des actes irresponsables d’Israël. Cela contrevient absolument au partenariat russo-israélien. Nous nous réservons le droit à une réplique adéquate. »

Interrogé à son tour, Poutine s’est d’abord lamenté de la « chaîne de circonstances tragiques » – son ton précautionneux est parfois irritant – avant de renvoyer à ce qu’avait dit son ministre de la Défense, donc de le reprendre à son compte.

Une partie de la presse et les réseaux sociaux russes sont très critiques vis-à-vis de la « molesse » de Vladimirovitch et réclament des représailles conséquentes contre Israël. Tous les yeux sont maintenant fixés sur la réaction du Kremlin.

Sentant le danger, Bibi la Terreur a promis, lors d’une conversation téléphonique, de mettre tous les éléments à disposition des enquêteurs russes – précisons qu’on ne peut exclure une cagade de la défense syrienne qui a paru quelque peu chaotique la nuit dernière et a peut-être tiré un peu trop, partout et à un moment où les chasseurs israéliens étaient déjà sur le chemin du retour.

Dans cette situation grise où personne n’est totalement responsable, les Russes n’ont pas une position aisée : surréagir ne correspondrait pas au contexte de l’incident et serait contre-productif ; ne pas réagir laisserait la porte ouverte à toutes les futures manigances de l’empire ou de ses affidés.

Comme de coutume en ces cas, l’ambassadeur d’Israël à Moscou a été convoqué. Et après ? Il semble hors de question que Moscou engage des représailles directes contre Israël, mais un certain nombre d’options sont sur la table.

Mettre en activité réelle les S-400 et interdire dorénavant le ciel syrien aux avions/missiles israéliens, autrement dit mettre en place la bulle de déni que craignent tant les atlantistes, comme on l’avait par exemple constaté après le false flag de Khan Cheikhoun l’année dernière :

Plus embêtant encore pour les Follamours, les Etats-Unis ont dû réduire assez drastiquement leurs sorties aériennes en Syrie contre l’EI par crainte de possibles représailles russes. Rappelons que Poutine a officiellement coupé le canal de communication visant à éviter les incidents aériens. Théoriquement, tous les coups sont permis dorénavant. Les bombardiers qui sortent encore, maintenant accompagnés par une escorte de F22, sont « lockés » par les radars russes (lire sur ce lien les commentaires souvent croustillants et acerbes venant des quatre coins du monde). Comble de l’ironie, il se pourrait même (le conditionnel reste de mise) que le F22, ce chasseur « furtif » qui a coûté une véritable fortune, soit lui aussi fixé par les radars de ces maudits Ivan…

Une autre option consiste à livrer enfin les S-300 à la Syrie, ce qui est « presque inévitable » maintenant d’après Serguey Balmasov, analyste à l’Institut du Moyen-Orient à Moscou. Quand on sait ce que, malgré l’accident d’hier, les S-200 améliorés sont capables de faire…

Coïncidence ou pas, il s’est encore passé quelque chose d’intrigant dans le ciel syrien il y a quelques jours. Le 16 octobre, un énième incident aérien a eu lieu entre Tel Aviv et Damas, des jets israéliens bombardant une batterie antiaérienne prétextant un tir syrien contre deux avions ayant auparavant survolé le Liban. Jusqu’ici, rien que de très habituel même si l’affaire était presque concomitante à la visite de Choïgu en Israël, ce que d’aucuns ont vu comme une petite démonstration de force vis-à-vis de Moscou (précisons tout de même que les Russes ont été prévenus de l’attaque).

Manque de bol pour Bibi la Terreur, il y a comme un air de couac. Que le ministre syrien de la Défense déclare que l’un des deux F-35 israéliens ait été touché par un missile participe de la traditionnelle guerre de l’information et il est difficile de confirmer ou d’infirmer les dires de Damas. Plus intéressant, la presse israélienne a reconnu que le même jour, un F-35 avait été endommagé par… des oiseaux (!) et qu’il prenait la direction du garage.

D’ici à penser que l’avion a en réalité été touché par un vieux S200 syrien de l’époque soviétique, démontrant encore une fois l’inanité du chasseur furtif le plus cher de l’histoire, il n’y a qu’un pas que beaucoup envisagent de franchir.

A cet égard, votre serviteur ne peut s’empêcher – et il en sera j’en suis sûr d’avance pardonné – de revenir sur l’incongruité consistant à vendre des S-400 au vrai-faux ami turc et avoir reporté sine die la livraison de S-300 à l’allié syrien. Fermons la déplaisante parenthèse…

Dernière option, augmenter les livraisons d’armes au Hezbollah, bête noire d’Israël, qui a déjà largement profité de la guerre en Syrie pour refaire ses stocks, comme nous l’expliquions il y a près de trois ans :

Le Hezbollah a vu avec horreur l’avancée des takfiris sunnites en Syrie à partir de 2012. Idéologiquement et stratégiquement (rupture du croissant chiite, donc de l’approvisionnement iranien), une Syrie qatarisée ou saoudisée était un coup mortel porté au mouvement chiite libanais. Aussi, personne n’a vraiment été surpris quand Hassan Nasrallah décida de voler au secours de Bachar en 2013, envoyant des milliers de combattants, d’abord à la frontière syro-libanaise puis partout en Syrie (…)

L’alliance entre Moscou et le Hezbollah est logique, presque naturelle. Mêmes alliés (Assad, Téhéran), même farouche opposition à l’islamisme sunnite. La tolérance absolue du Hezbollah envers les chrétiens d’Orient (voir ces étonnantes photos des combattants chiites au garde-à-vous devant Jésus dans des villages chrétiens syriens libérés) joue également en sa faveur, la Russie se considérant comme la protectrice du christianisme moyen-oriental. Alarmé, Netanyahou s’est alors précipité à Moscou faire des ronds de jambe à Poutine. On avait connu Bibi la Terreur moins placide…

Ce voyage n’a pas empêché le Hezbollah de mettre la main sur des armements russes. Qu’ils aient été livrés par les Syriens qui les avaient eux-mêmes reçus (plus probable) ou livrés directement par Moscou selon les dires de hauts responsables du mouvement chiite, cela importe somme tout assez peu.

L’état-major de Tsahal est plus que remué, notamment par le fait que le mouvement libanais est vraisemblablement en possession de missiles de croisière supersoniques Yakhont. Les récentes déclarations de Nasrallah – « les stock de gaz ammoniac d’Haïfa sont notre bombe nucléaire » – ont également provoqué la panique en Israël où l’on considère sérieusement transférer les usines chimiques dans le sud du pays, à un coût exorbitant.

Les sacrifices auxquels se soumet le Hezbollah en Syrie pourraient finalement lui rapporter gros. L’espèce d’équilibre de la terreur en train de s’installer avec Israël est une assurance contre toute intervention militaire future de l’Etat hébreux et pérennise la présence du « parti de Dieu » au Liban. Il convient de mettre tout cela en relation avec la brusque décision de l’Arabie saoudite de couper son aide financière militaire à Beyrouth et des pétromonarchies fondamentalistes du Golfe d’appeler sans rire leurs ressortissants à quitter le pays, arguant de la « mainmise du Hezbollah sur l’Etat libanais ».

Moscou a donc une certaine lattitude pour réagir au coup tordu israélien, si tant est que l’enquête ne conclut pas à une réelle bourde de la défense syrienne. La réponse ne sera pas directe mais assymétrique, domaine dans lequel les Russes sont passés maîtres. Reste à savoir la réponse que compte donner le Kremlin…

Syrie: Les raisons du report de la bataille pour la libération d’Idlib

Syrie: Les raisons du report de la bataille pour la libération d’Idlib


Par Moon of Alabama – Le 16 septembre 2018

Depuis le début, Southfront a une bonne vision du rôle de la Turquie dans la guerre contre la Syrie. L’article comprend une liste des groupes que la Turquie soutient actuellement et donne un aperçu de ses projets concernant la Syrie :

Stratégie turque dans le nord de la Syrie : Les opérations militaires, les groupes soutenus par la Turquie et le problème d’Idlib.

La conclusion :

Dans la réalité militaire et diplomatique actuel autour de la crise syrienne, Ankara poursuit les objectifs tactiques suivants :

  • Éliminer ou au moins désarmer et limiter l’influence des groupes armés kurdes, soutenus par les États-Unis, dans le nord de la Syrie ;
  • Renforcer et unifier l’opposition pro-turque et éliminer toute résistance à son encontre, y compris, dans certains scénarios, en éliminant Hayat Tahrir al-Sham et ses alliés ;
  • Faciliter le retour des Syriens réfugiés en Turquie dans les zones syriennes sous son contrôle ;

Si ces objectifs sont atteints, Ankara augmentera considérablement son influence sur le règlement diplomatique de la crise et sur l’avenir de la Syrie d’après-guerre. Les réfugiés de retour au pays et les partisans de groupes militants dans la partie de la Syrie contrôlée par la Turquie deviendront une base électorale pour les personnalités et les partis politiques pro-turcs en cas d’application du scénario pacifique. Si aucun accord diplomatique à grande échelle sur le conflit n’est conclu, il faut envisager la possibilité d’un quasi-État pro-turc dans le nord de la Syrie, confirmant la thèse selon laquelle Erdogan cherche à construire un empire néo-ottoman.

Elijah J. Magnier confirme que l’opération syro-russe de libération d’Idlib est en suspens mais pas annulée :

Ce qui est clair jusqu’à présent, c’est la certitude que le président Assad n’est pas prêt à céder Idlib au président Erdogan. On dit qu’Assad serait prêt à commencer l’attaque dans quelques semaines, même seul, au risque d’entraîner tout le monde derrière lui sur le champ de bataille.

L’opération doit attendre que les élections au Congrès américain soient terminées et que le danger d’une escalade américaine pour des raisons de politique intérieure s’estompe. La Russie craint également qu’une attaque contre Idlib à l’heure actuelle ne réunisse à nouveau les États-Unis et la Turquie et ne conduise à une nouvelle attaque coordonnée contre la Syrie.

Thomas Seibert, dans The Arab Weekly, souligne un changement à venir qui réduira ce risque :

Moscou attendrait jusqu’en octobre ou novembre avant d’ordonner une attaque générale, car le Kremlin s’attend à ce que la crise dans les relations turco-américaines s’aggrave encore d’ici là. (…)

L’action globale commencera à un moment où la Turquie aura désespérément besoin du soutien de la Russie et Ankara n’ajoutera probablement pas une crise avec la Russie à ses difficultés avec les États-Unis, a déclaré [Kerim Has, un analyste des relations russo-turques basé à Moscou,]. Les sanctions américaines contre l’industrie pétrolière iranienne à partir de novembre sont l’une des raisons pour lesquelles les tensions entre la Turquie et les États-Unis pourraient bientôt s’aggraver. La Turquie achète environ la moitié de ses importations de pétrole brut à l’Iran et a déclaré qu’elle ne respecterait pas les nouvelles sanctions. 

Mais la Turquie ne veut toujours pas expulser al-Qaïda de Syrie. Elle veut pouvoir utiliser le groupe tout en le gardant sous son propre contrôle. Ce sont d’excellentes troupes de choc qui, si elles étaient transférées à Jarablous, dans la zone du bouclier de l’Euphrate, pourraient potentiellement être utilisées contre les Kurdes soutenus par les États-Unis dans le nord-est de la Syrie :

Le gouvernement d’Erdogan propose de transférer des groupes extrémistes tels que Hayat Tahrir al-Sham (HTS), une alliance dirigée par l’ancien affilié syrien d’al-Qaïda, du sud et de l’ouest d’Idlib vers le nord de la province ou vers Afrine et Jaraboul, deux régions du nord du pays sous contrôle turc. (…)

Les médias ont indiqué que la Turquie allait ensuite déployer des forces rebelles du Front national de libération (NFL) soutenu par Ankara pour prendre des positions abandonnées par le HTS.

La Turquie n’a que peu de chances d’y parvenir. Aujourd’hui même, HTS a publié une fatwa contre le drapeau turc à Idlib. D’autres groupes djihadistes d’Idlib ont également fait des déclarations contre « l’armée turque apostate » et sa présence à Idlib.

Il est probable que la situation en Syrie va maintenant se calmer pendant un certain temps avant de s’aggraver à nouveau dans deux mois, lorsque l’opération de libération d’Idlib sera menée à son terme.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Diane pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/syrie-les-raisons-du-report-de-la-bataille-pour-la-liberation-didlib

 

Accord russo-turc d’Idleb: une solution capitale, mais temporaire (experts)

Accord russo-turc d’Idleb: une solution capitale, mais temporaire (experts)

La poche d’Idleb, dernier bastion insurgé / © AFP / Sophie RAMIS

L’accord russo-turc sur la province d’Idleb, l’ultime grand bastion insurgé en Syrie, permet de gagner du temps à court terme pour poursuivre des négociations, mais il n’écarte pas la menace d’une offensive meurtrière du régime, estiment des analystes.

L’initiative, dévoilée lundi soir par le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan dans la station balnéaire de Sotchi (Russie), prévoit la création d’une « zone démilitarisée ».

– Ébauche d’un accord? –

Cette zone démilitarisée de 15 à 20 km de large, en forme de fer à cheval, devrait être établie d’ici au 15 octobre, pour servir de zone-tampon entre les territoires insurgés d’Idleb et les zones tenues par le régime tout autour.

Depuis plusieurs semaines, le pouvoir de Bachar al-Assad masse des renforts aux abords d’Idleb, frontalière de la Turquie, dans le nord-ouest syrien.

La zone démilitarisée sera contrôlée par les forces turques et la police militaire russe. Toutes les armes lourdes de « tous les groupes de l’opposition » devront être retirées d’ici au 10 octobre, selon un communiqué sur le site Internet du Kremlin.

L’accord prévoit aussi « le retrait des extrémistes, notamment ceux d’Al-Nosra », le nom de l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda, dominée par Hayat Tahrir al-Cham (HTS), qui contrôle la majorité de la province.

A Damas, le quotidien pro-étatique al-Watan a indiqué que l’accord prévoyait une troisième étape garantissant « le retour des institutions (…) syriennes et la reprise de leurs missions avant la fin de l’année ».

Mais, pour des experts, les termes de l’initiative restent flous.

« Jusqu’à maintenant, les détails ne sont pas clairs. Je ne pense pas qu’il s’agisse là de l’accord dans son intégralité », déclare Haid Haid, analyste au groupe de réflexion britannique Chatham House.

Le président russe Vladimir Poutine (D) et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan (G) lors d’une réunion sur la Syrie à Sotchi (Russie), le 17 septembre 2018 / © SPUTNIK/AFP / Alexander Zemlianichenko

« Ce n’est que le début, la première étape », ajoute-t-il.

Mardi, Damas a salué l’accord de Sotchi, assurant qu’il était « le résultat d’intenses consultations » avec la Russie et « d’une coordination totale » entre les deux alliés.

M. Haid, lui, ne cache pas son scepticisme. « Il est évident que le régime n’est pas satisfait de l’accord. La question, c’est comment va-t-il essayer de le torpiller ».

– Une solution temporaire? –

Ces dernières semaines, agences de l’ONU et organisations humanitaires n’ont eu de cesse de marteler leur inquiétude, mettant en garde en cas d’offensive contre un « bain de sang » à Idleb, où pourrait avoir lieu la « pire catastrophe humanitaire » du XXIe siècle.

Quelque trois millions de personnes, dont la moitié sont des déplacés d’autres régions de Syrie affectées par la guerre, vivent dans la province d’Idleb et les poches insurgées des provinces voisines de Hama, Alep ou Lattaquié, selon l’ONU.

« L’accord (de Sotchi) est une solution temporaire, et non définitive », confirme Nawar Oliver, spécialiste de la Syrie au centre de réflexion Omran basé en Turquie. « Les Russes voulaient préserver une bonne relation avec la Turquie », explique-t-il.

La Turquie, qui compte déjà plus de trois millions de réfugiés sur son sol, est un farouche opposant à une offensive du régime, craignant un nouvel afflux.

L’accord « ne garantit pas qu’une offensive n’est plus sur la table pour le futur », prévient toutefois Lina Khatib, de Chatham House.

Des insurgés syriens durant un entraînement militaire supervisé par le groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS), le 14 août 2018 dans le nord de la province syrienne d’Idleb / © AFP/Archives / OMAR HAJ KADOUR

« Il doit être vu comme le début d’un processus, ce n’est pas la fin du jeu pour Idleb », assure-t-elle.

Cité par l’agence officielle Sana, une source au sein du ministère syrien des Affaires étrangères a rappelé la détermination des autorités de Damas à poursuivre « sa guerre contre le terrorisme, jusqu’à la libération de tout le territoire syrien ».

– La Turquie dos au mur? –

La Turquie a de tout temps cherché à maintenir le calme à sa frontière, craignant les débordements depuis un pays ravagé depuis 2011 par une guerre meurtrière (plus de 360.000 morts).

« L’application de l’accord est difficile et semée d’embûches, surtout pour la Turquie, qui sera tenue responsable dans la gestion de HTS », dit Sam Heller, analyste à l’International Crisis Group (ICG).

Le groupe jihadiste « devrait probablement résister à un accord qui le paralyserait géographiquement et démantèlerait les lignes de défense (…) sur le front », souligne-t-il.

« Comment contrôler HTS », et combattre les autres jihadistes liés à Al-Qaïda, comme Houras al-Din?, s’interroge M. Oliver, à l’évocation de la mission désormais dévolue aux Turcs.

Ces derniers jours, la Turquie a envoyé des renforts à Idleb pour consolider les postes d’observation installés par Ankara. Et, selon le quotidien pro-gouvernemental turc Sabah, « un contingent de 5.000 militaires se tient prêt pour intervenir si nécessaire à Idleb pour protéger les civils ».

« L’accord est un test décisif pour la Turquie », juge M. Heller. « Malgré les difficultés, Ankara n’a pas de choix, au vu des dégâts importants qui pourraient toucher les intérêts turcs si la trêve d’Idleb s’écroulait ».

(©AFP / (18 septembre 2018 15h36)

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