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Incident avec la Turquie : La France suspend sa participation à l’opération Sea Guardian, menée par l’Otan

Incident avec la Turquie : La France suspend sa participation à l’opération Sea Guardian, menée par l’Otan

PAR LAURENT LAGNEAU · 1 JUILLET 2020

Le 10 juin, engagée dans la mission Sea Guardian et à la demande du commandement maritime allié de l’Otan [MARCOM], la frégate légère furtive [FLF] « Courbet » a tenté de contrôler le cargo Cirkin, alors suspecté d’acheminer du matériel militaire en Libye depuis la Turquie.

Plus tôt, le même navire avait été approché par la frégate grecque HS Spetsai, de l’opération navale EUNAVFOR MED Irini, lancée par l’Union européenne afin de faire respecter l’embargo sur les armes imposé par les Nations unies. Seulement, cette dernière avait dû y renoncer, après en avoir été dissuadée par la présence d’une …………………………………frégate turque.

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Quoi qu’il en soit, la frégate française a été empêché de procéder au contrôle qui lui avait été demandé en raison de la présence de trois navires turcs se trouvant à proximité du Cirkin et utilisant des codes d’identification de l’Otan alors qu’il ne leur était pas permis de le faire étant donné qu’ils ne participaient pas une mission de l’Alliance. L’un d’eux, selon Paris, a même « illuminé » le Courbet avec son radar de conduite de tir à trois reprises, en l’espace d’une minute.

« Cette affaire est à nos yeux très grave […]. On ne peut pas accepter qu’un allié se comporte comme cela, fasse cela contre un navire de l’Otan sous commandement Otan menant une mission Otan », ont alors dénoncé les autorités françaises.

L’incident a ensuite été évoqué lors d’une réunion des ministres de la Défense des pays membres de l’Otan. Dans un premier temps, le secrétaire général de l’organisation, Jens Stoltenberg, a donné le sentiment de chercher à le minimiser, avant finalement de se résoudre à commander à une enquête.

Lors d’une audition devant la commission sénatoriale des Affaires étrangères et des Forces armées, ce 1er juin, l’ambassadeur de Turquie en France, Ismaïl Hakki Musa, a donné la version turque de cet incident, quitte visiblement à prendre quelques libertés avec certains faits.

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Ainsi, le diplomate a repris en grande partie les explications données le 18 juin dernier à l’AFP par un responsable turc sous le sceau de l’anonymat. Selon ces dernières, le navire turc aurait utilisé une « caméra intégrée à son radar pour observer » la frégate française qui « effectuait une manoeuvre dangereuse à très faible distance, et cela par mesure de sécurité. » Et, avait-il ajouté, à « aucun moment le radar » de conduite de tir ne l’a illuminée. »

Au Sénat, M. Hakki Musa a donc repris les mêmes éléments, assurant que les trois navires turcs participaient bel et bien à une opération de l’Otan [laquelle?]. En outre, il a affirmé que le cargo en question [qu’il n’a pas nommé] venait déjà de subir deux contrôles au cours de la même journée sans le moindre problème [ce qui est discutable si l’on en juge par la tentative de la frégate grecque] et que le Courbet avait effectué une manoeuvre dangereuse, en portant sa vitesse à 20 noeuds.

Document produit par l’ambassadeur de Turquie lors de son audition au Sénat

Enfin, le diplomate a produit un document censé démontrer que le navire français avait fait l’objet d’une « désignation » et non d’une « illumination » par le radar de conduite d’une frégate turque.

Pour rappel, l’État-major des armées s’était déjà expliqué sur cette version des faits quand elle fut avancée par le responsable turc interrogé par l’AFP. En effet, il avait affirmé que le Courbet s’était « approché » du Cirkin « sans mettre en cause la sécurité nautique, ni déroger aux règles de navigation » et que « cette manoeuvre avait donné lieu à un comportement agressif d’une des trois frégates turques en escorte du convoi », laquelle avait gêné l’approche du cargo suspect en illuminant par trois fois le navire français avec son radar de conduite de tir.

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Visiblement, si la version donnée par l’ambassadeur turc n’a pas convaincu les sénateurs, il en a été autrement parmi les « experts » de l’Otan, lesquels, selon le diplomate, n’auraient pas confirmé les accusations lancées par la France contre la Turquie.

« Le secrétaire général de l’Otan a ordonné une investigation qui vient d’être faite et d’après les informations que j’ai eues, ce n’est pas concluant compte tenu de la réclamation de nos amis français », a déclaré M. Hakki Musa. « Il semble que les experts de l’Otan n’arrivent pas à la même conclusion », a-t-il insisté. Et de préciser que, en réaction, Paris venait de décider de se retirer de l’opération Sea Guardian et que l’Otan en avait été informé la veille.

Ce qu’a en partie confirmé le ministère des Armées, qui n’a pas évoqué les résultats de l’enquête menée par l’Otan. Dans l’attente d’obtenir des réponses à des demandes relatives à l’incident avec la Turquie, « nous avons décidé de retirer temporairement nos moyens de l’opération Sea Guardian », a-t-il indiqué. Et d’ajouter, en visant la Turquie : « Il ne nous paraît pas sain de maintenir des moyens dans une opération censée, parmi ses différentes tâches, contrôler l’embargo avec des alliés qui ne le respectent pas. »

En outre, Paris demande que « les alliés réaffirment solennellement leur attachement et leur engagement au respect de l’embargo » sur les armes en Libye et dit souhaiter un « mécanisme de déconfliction plus précis au sein de l’Alliance atlantique. »

Reste que, dans cette affaire, et comme le montre la réserve de M. Stoltenberg, la Turquie joue sur du velours, comme l’a d’ailleurs fait observer M. Hakki Musa aux sénateurs.

« Imaginez l’Otan sans la Turquie! Vous n’aurez plus d’Otan ! Il n’y aura plus d’Otan sans la Turquie! Vous ne saurez pas traiter l’Iran, l’Irak, la Syrie, la Méditerranée au sud, le Caucase, la Libye, l’Egypte », a en effet lancé le diplomate. « La Turquie, ce n’est pas un pays quelconque dans l’Otan. […] Nous avons gardé le flanc Sud et Est pendant la Guerre froide avec beaucoup d’efforts, des fois au détriment de la prospérité de notre nation, de notre peuple », a-t-il conclu.http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Fwww.opex360.com%2F2020%2F07%2F01%2Fincident-avec-la-turquie-la-france-suspend-sa-participation-a-loperation-sea-guardian-menee-par-lotan%2F&layout=button_count&show_faces=false&width=125&action=like&font=verdana&colorscheme=light&height=21https://platform.twitter.com/widgets/tweet_button.c4b33f07650267db9f8a72eaac551cac.fr.html#dnt=false&id=twitter-widget-0&lang=fr&original_referer=http%3A%2F%2Fwww.opex360.com%2F2020%2F07%2F01%2Fincident-avec-la-turquie-la-france-suspend-sa-participation-a-loperation-sea-guardian-menee-par-lotan%2F&size=m&text=Incident%20avec%20la%20Turquie%20%3A%20La%20France%20suspend%20sa%20participation%20%C3%A0%20l%E2%80%99op%C3%A9ration%20Sea%20Guardian%2C%20men%C3%A9e%20par%20l%E2%80%99Otan&time=1593697943142&type=share&url=http%3A%2F%2Fwww.opex360.com%2F2020%2F07%2F01%2Fincident-avec-la-turquie-la-france-suspend-sa-participation-a-loperation-sea-guardian-menee-par-lotan%2F

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Quelle est la situation en Libye ?


Pourquoi la Libye attise les tensions entre la France et la Turquie

Par Julien Pavy  •  Dernière MAJ: 24/06/2020

Pourquoi la Libye attise les tensions entre la France et la Turquie

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La Libye se retrouve au cœur des tensions entre la France et la Turquie, ainsi que d’autres puissances régionales.

Quelle est la situation en Libye ?

Le pays est toujours coupé en deux :

  • A l’Ouest, le gouvernement d’union nationale, dirigé par Fayez el-Sarraj, basé à Tripoli, reconnu par les Nations Unies, et soutenu par la Turquie et le Qatar.
  • A l’Est, les forces du maréchal dissident Khalifa Haftar, soutenues par l’Egypte, les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite.

Le rôle ambigu de la France

La Turquie accuse aussi la France de soutenir le général qui avait lancé l’an passé une offensive sur Tripoli. Mais depuis, ses troupes ont multiplié les revers militaires et ne cessent de reculer. Elles pourraient perdre aujourd’hui la ville stratégique de Syrte, ce qui inquiète particulièrement l’Egypte qui a brandi la menace d’une intervention militaire.

Interview de Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris, l’Institut de relations internationales et stratégiques, spécialiste de la Turquie et du Moyen-Orient.

AFFAIRE COURBET : TERRORISME TURC, REPONSES MUNICHOISES…

AFFAIRE COURBET : TERRORISME TURC, REPONSES MUNICHOISES…

Publié par: Richard Labévièrele: 22 juin, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_Moyen_OrientImprimerEmail

Que s’est-il passé ? Le 10 juin dernier, la FLF (frégate légère furtive) française Courbet (F-712)1 participe à un exercice de l’OTAN (Sea Guardian) en Méditerranée occidentale. Le Courbet est chargé d’une mission de « sûreté maritime » au large des côtes de la Libye, déchirée par une guerre civile depuis 2011. Le pays est l’objet d’un embargo de l’ONU sur l’importation d’armes.

– La frégate Le Courbet, navire français participant à une mission de l’Otan en Méditerranée, a récemment fait l’objet d’une manœuvre « extrêmement agressive » de la part de frégates turques. (Photo archives MARINE NATIONALE)

BRANLE-BAS DE COMBAT

Peu après 17 heures, le Courbet repère un cargo turc – le Circkin – sous pavillon tanzanien. Depuis plusieurs mois, ce bateau est identifié par l’OMI (Organisation internationale maritime)2 comme un navire pratiquant la contrebande d’armes. Sur la coque, son numéro d’identification est masqué et sa balise AIS (numéro 5IM389)3, qui permet une reconnaissance automatique est arrêtée. Le Marcom – qui commande la force de l’OTAN – demande au Courbet de « l’interroger ». Deux frégates turques lance-missiles – Oruç Reis (F-245) et Gökova (F-496) -, qui pourtant participent à l’exercice de l’OTAN s’interposent, engageant une manœuvre hostile. A trois reprises (durant 30 à 40 secondes), elles « illuminent » le Courbet avec leur radar préparant une « conduite de tir ».
Appellation technique, le terme d’« illumination » ne signifie pas que le Courbet visé a été soudainement éclairé par une puissance lumineuse, mais qu’il est électroniquement placé dans la ligne de mire permettant de déclencher des tirs de missiles ou tirs au canon. Autrement dit « l’illumination » correspond bel et bien à un « coup de semonce », un « tir de sommation » avant le déclenchement d’une attaque effective, le Courbet étant parfaitement équipé pour détecter ce genre d’acte hostile, pour en collecter et en conserver les données techniques. Par ailleurs, depuis la passerelle du Courbet, on observe très distinctement à la jumelle et avec d’autres moyens d’observation plus précis que les marins des deux frégates turques sont au poste de combat, derrière leurs affûts équipés de casques lourds, lunettes de protection et gilets pare-balles !

Le Courbet rend aussitôt compte au Marcom qui préconise de décrocher : « la mission du Courbet n’était pas d’intercepter le cargo turc, ni d’ouvrir le feu sur un bâtiment, qui plus est censé être un allié », précise un officier de l’exercice Sea Guardian qui participait à la mission ; « une chose est certaine et avérée : les deux frégates turques portent bien la responsabilité d’une manœuvre hostile qui peut être apparentée à un acte de guerre ». Le cargo turc, qui prétend transporter du matériel médical, poursuit sa route en direction de la Libye.

DE SERIEUX PRECEDENTS

Le ciblage du Courbet est le dernier événement d’une série d’incidents qui a débuté en début d’année. Le mercredi 29 janvier 2020, des Rafale français en mission de reconnaissance avec le porte-avions Charles-de-Gaulle ont repéré un débarquement de véhicules blindés lourds dans le port de Tripoli, depuis un navire affrété par Ankara – le Circkin – escorté par l’une des quatre frégates turques qui croisent régulièrement dans les eaux libyennes.

A l’occasion de la visite à Paris du premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, Emmanuel Macron avait souligné « le non-respect de la parole donnée » par le président Recep Tayyip Erdogan lors de la conférence de Berlin du 19 janvier, qui visait notamment à suspendre les activités militaires en Libye. « Nous voyons ces derniers jours des navires turcs accompagner des mercenaires syriens arrivant sur le sol libyen », a dit le président français.

Une source du renseignement français avait récemment confirmé que 1 500 à 2 000 combattants jihadistes avaient été acheminés par la Turquie en Libye en provenance de Syrie. Deux frégates turques, accompagnées de leurs navires de soutien, avaient été repérées dans les eaux libyennes. Le président Macron estimait alors l’acheminement de tels mercenaires « attentatoire à la sécurité de tous les Européens et des Sahéliens ». En outre, selon plusieurs sources diplomatiques européennes, la Turquie avait déjà installé des systèmes antiaériens de défense sur l’aéroport militaire de Mitiga, à 11 kilomètres à l’est de Tripoli, afin de soutenir l’armée du gouvernement d’accord national (GAN) libyen de Faïez Sarraj.

Le 27 mai dernier, la frégate française de défense aérienne – Forbin (D-620) -, de retour en Méditerranée de la mission Agénor/EMASOH4 dans le détroit d’Ormuz, fait décoller son hélicoptère de bord Panther afin de vérifier l’identité du cargo Circkin.
Contacté par radio, la passerelle du navire ne répond pas. Deux frégates turques qui se tenaient à distance accélèrent subitement pour s’interposer entre le cargo et le Forbin. Et c’est la marine turque qui répond aux demandes françaises : « inspection impossible ».

Le Forbin n’insiste pas mais poursuit sa surveillance et ses investigations : le Circkin a remis le cap sur Gabès (Tunisie), le temps du survol du Pantheravant de reprendre sa route en direction du port libyen de Misrata (à 200 km à l’est de Tripoli).

Le lendemain, le 28 mai au matin, le cargo débarque sa cargaison : plusieurs chars Patton M-60, des missiles Hawk anti-aériens, des canons 105 mn et plusieurs centaines de mercenaires syriens du groupe terroriste Sultan Mourad5, engagé en Syrie contre l’armée gouvernementale. Une fois déchargé, le cargo appareille de nouveau pour la Turquie.
Sous observation satellitaire permanente, il accoste – le 2 juin – à son port d’attache d’Haydarpasa (partie asiatique d’Istanbul). Les 5 et 6 juin, plusieurs camions porte-chars et des conteneurs sont chargés à bord. Il appareille de nouveau le dimanche 7 juin : de nouveau la destination officielle déclarée est Gabès en Tunisie. Une fois encore, ce cargo « civil » est escorté par deux frégates militaires.

– Faut-il rappeler aussi que Nicolas Sarkozy et l’ancien Premier ministre britannique David Cameron, avec les encouragements de Barack Obama, portent une très lourde responsabilité sur la situation actuelle de la Libye, dernièrement aggravée par l’ingérence turque. La Une du Figaro affichant la volonté des trois chefs de guerre atlantistes de se débarrasser du leader libyen…

Au large de l’île grecque de Psara, et violant délibérément l’espace aérien grec, des chasseurs turcs survolent le Circkin. Le mercredi 10 juin, sur ordre du commandement d’Irini, la frégate grecque Spetsai effectue une manœuvre d’approche avant d’être dissuadée par les mêmes moyens engagés contre les bâtiments français. Le 11 juin, le Circkin débarque sa cargaison de « médicaments », selon les autorités d’Ankara.

LES MENSONGES D’ANKARA

A l’Élysée, l’amiral Bernard Rogel – chef d’état-major particulier du président de la République – est à la manœuvre. L’attaché de défense turc est convoqué à Balard – siège du ministère français des Armées – pour demande d’explications. Le 15 juin, le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Dendias est à Paris pour échanger avec son homologue Jean-Yves Le Drian. La ministre des Armées Florence Parly s’entretient téléphoniquement avec le secrétaire général norvégien de l’OTAN Jens Stoltenberg (depuis le 28 mars 2014). Le 17 juin, c’est la réunion (par vidéo-conférence) des ministres de la Défense. Plutôt mollement, le secrétaire général de l’OTAN annonce l’ouverture d’une « enquête » sur l’affaire du Courbet, insistant sur la nécessité de « respecter l’embargo des Nations unies sur les armes à destination de la Libye ».

Dénonçant le « comportement agressif » de la Turquie, Florence Parly ne recueille le soutien que de huit pays soutenant l’ouverture d’une enquête sur le comportement des navires militaires turcs en Méditerranée. Devant les sénateurs français, elle déclare : « C’est un acte extrêmement agressif et qui ne peut pas être celui d’un allié face à un autre allié qui fait son travail sous commandement de l’OTAN. J’ai donc été extrêmement claire lors de la réunion des ministres de l’OTAN d’hier et j’ai eu même à y revenir aujourd’hui : il ne peut pas y avoir la moindre complaisance vis-à-vis de ce genre de comportement. Cet incident particulièrement grave doit être relevé et nos alliés partagent nos préoccupations puisque huit alliés européens dont des pays majeurs m’ont apporté encore aujourd’hui un clair soutien lors de mes interventions à l’OTAN ».

Et la ministre française de s’interroger ouvertement sur le problème turc au sein de l’Alliance : « Une réflexion est nécessaire sur ce qui est en train de se passer dans l’Alliance. il faut, en effet, regarder en face les dérives qui s’y produisent et je crois que l’argument consistant à dire que tout ceci n’a qu’une seule bonne cause, c’est-à-dire empêcher que la Russie ne prenne place en Libye est un argument qui est un peu court », laissant clairement entendre que Paris n’a pas l’intention de passer l’éponge : « Je ne pense pas que nous ayons épuisé la question et je constate avec plaisir que nous sommes un certain nombre, parmi les européens, à considérer que ceci n’est vraiment pas acceptable ».

Jeudi dernier, Ankara rejette les accusations « infondées » de Paris. « Il est évident que ces accusations (…) sont infondées », déclare un haut responsable militaire turc ayant requis l’anonymat, accusant même le Courbet d’avoir effectué une « manoeuvre à grande vitesse et dangereuse ». Le même affirme que les navires turcs ont utilisé la caméra intégrée à leur radar pour « observer le navire français qui effectuait une manoeuvre dangereuse à très faible distance, et ce par mesure de sécurité ». Il poursuit : « à aucun moment, le radar n’a illuminé » le navire français », ajoutant que ce dernier « n’avait pas cherché à établir un contact avec les frégates turques avant de conclure : « nous sommes peinés de voir que cet incident a évolué de façon contraire à l’esprit d’amitié et d’alliance ».

Faux, faux, archifaux et mensonges éhontés d’Ankara parfaitement contredits par les archives électroniques et mémoires radars relatives à l’incident, transmises à la commission d’enquête de l’OTAN. Le lendemain de l’accrochage, chauffée à blanc, la presse turque se glorifie d’une « grande victoire nationale » et de la « défaite française » en Méditerranée allant même jusqu’à affirmer que « la honte de la bataille de Lépante6est enfin lavée… ».

PROJET NEO-OTTOMAN ET NEO-ISLAMISTE

Exclu de l’alliance gazière qui regroupe l’Égypte, Israël et Chypre en Méditerranée orientale, la Turquie d’Erdogan cherche à établir un couloir maritime entre ses côtes et la Libye, l’objectif final étant de contrôler les régions pétrolières et gazières de ce pays. Objectif identique en Syrie et en Irak où sous couvert de lutte contre les factions kurdes, Ankara cherche à mettre la main sur les réserves énergétiques. En mer Rouge, avec l’aide financière du Qatar, la Turquie construit un port militaire dans la presqu’île de Suakin au Soudan, quasiment face au port militaire saoudien de Djeddah. A Djibouti, Ankara joue la carte de la diplomatie religieuse en multipliant la construction de madrassas (écoles coraniques) et de mosquées. En Somalie, les services spéciaux de l’armée turque arment et entraînent plusieurs organisations jihadistes liées aux terroristes shebab.

– Exclu de l’alliance gazière qui regroupe l’Égypte, Israël et Chypre en Méditerranée orientale, la Turquie d’Erdogan cherche à établir un couloir maritime entre ses côtes et la Libye, l’objectif final étant de contrôler les régions pétrolières et gazières de ce pays. Objectif identique en Syrie et en Irak où sous couvert de lutte contre les factions kurdes, Ankara cherche à mettre la main sur les réserves énergétiques….

Cette diplomatie théologico-politique ne vise pas seulement la Méditerranée et la Corne de l’Afrique, mais aussi l’Asie centrale, comme toutes les anciennes régions d’influence turkmène. Cet activisme tous azimuts intervient alors que le prestige du président turc Recep Tayyip Erdogan est sur le déclin. Son Parti de la justice et du développement (AKP) a perdu les élections municipales dans la plupart des grandes villes en 2019, ses anciens complices ont créé des partis politiques pour le défier tandis que l’économie (qui était la 15ème du monde) est en crise. Après ses revers en Syrie, dont l’accord de cessez-le-feu conclu avec Moscou le 5 mars dernier pour le partage de la poche d’Idlib (dernier fief des jihadistes anti-Assad), Erdogan a impérativement besoin de victoires militaires pour redonner confiance à sa base électorale.

« On nous demande souvent ce que nous faisons exactement en Libye. Nous y sommes pour défendre nos descendants, nos frères anatoliens », déclare-t-il, le 22 décembre 2019 à Gölcük (région de Kocaeli), alors qu’il préside à la mise à l’eau d’un nouveau sous-marin. Sa politique étrangère met en avant un projet « néo-ottoman » censé restaurer le prestige de l’ancien empire démantelé à la fin de la Première guerre mondiale. Parfaitement irréaliste sur un plan géopolitique, cette posture s’avère idéologiquement très efficace.

Héritier de l’islamiste Necmettin Erbakan7, Recep Tayyip Erdogan est un fervent partisan de l’idéologie des Frères musulmans – officine créé par l’instituteur égyptien Hassan al-Banna en 1928 – cherchant à implanter des régimes islamiques fondés sur la Charia dans l’ensemble du monde arabo-musulman, ainsi qu’en Europe et partout où vivent d’importantes diasporas musulmanes. Ainsi, l’obsession d’Erdogan n’est pas seulement géopolitique, mais cherche également à diffuser – parmi l’ensemble des populations musulmanes du monde – l’idéologie d’un Islam politique fondamentaliste.

Il ne faudra jamais oublier que ce sont les services spéciaux de l’armée turque – aidés de plusieurs mouvements d’extrême-droite dont celui des Loups-gris8 – qui ont acheminé plusieurs milliers de jihadistes chinois d’origine ouïgours (nord-ouest de la Chine) en Syrie pour renverser le gouvernement de Bachar al-Assad. Ce sont les mêmes officines turques qui ont aidé l’émergence de l’organisation « Etat-islamique » (Dae’ch) dès les années 2012/2013 dans les Kurdistan irakien, avant de favoriser leur implantation dans le nord de la Syrie. Les assassinats de l’opposant saoudien Jamal Khashoggi (2 octobre 2018) et celui de l’agent britannique du MI-6 (11 novembre 2019) se sont – tous deux – déroulés à Istanbul avec le bienveillant assentiment des services spéciaux turcs.

Comme Donald Trump et le fasciste Brésilien Jair Bolosonaro, Recep Tayyip Erdogan est prêt à tout pour garder le pouvoir, même au prix d’une guerre civile dans son propre pays. Pour l’heure, c’est surtout en exportant un terrorisme d’Etat en Syrie, au Liban, dans la Corne de l’Afrique, en Asie et en Méditerranée, sans parler de l’instrumentalisation des communautés turques d’Europe, qu’il entend attiser la haine entre Musulmans et « infidèles ». Sa grande ambition : avec l’aide du Qatar, supplanter le wahhabisme saoudien, pouvoir hégémonique régnant sur l’Islam sunnite… Que faire pour arrêter ce fou furieux ?

QUE FAIRE ?

Alors qu’aujourd’hui encore, l’Union européenne et la France soutiennent et partagent les sanctions économiques qui frappent durement la Russie, l’Iran et le Venezuela, comment se fait-il que la Turquie d’Erdogan échappe à toute espèce de mise en garde internationale ?
L’OTAN est clairement en « mort cérébrale », pour reprendre les propres termes du président de la République. Cette alliance militaire, qui n’a plus de missions clairement établies, ne sert plus qu’à écouler les produits du complexe militaro-industriel américain qui représente des millions d’emplois aux États-Unis.

Depuis plusieurs décennies, l’Union européenne se couvre de honte en entretenant la fiction de négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE, alors qu’Ankara occupe militairement le nord de Chypre – Etat membre à part entière de cette même UE. Dès lors, qu’on ne vienne pas s’étonner de l’arrogance et de l’agressivité d’Erdogan !

– Héritier de l’islamiste Necmettin Erbakan7, Recep Tayyip Erdogan est un fervent partisan de l’idéologie des Frères musulmans – officine créé par l’instituteur égyptien Hassan al-Banna en 1928 – cherchant à implanter des régimes islamiques fondés sur la Charia dans l’ensemble du monde arabo-musulman, ainsi qu’en Europe et partout où vivent d’importantes diasporas musulmanes. Ainsi, l’obsession d’Erdogan n’est pas seulement géopolitique, mais cherche également à diffuser – parmi l’ensemble des populations musulmanes du monde – l’idéologie d’un Islam politique fondamentaliste.

Ici, faut-il rappeler aussi que Nicolas Sarkozy et l’ancien Premier ministre britannique David Cameron, avec les encouragements de Barack Obama, portent une très lourde responsabilité sur la situation actuelle de la Libye, dernièrement aggravée par l’ingérence turque. A partir de la résolution 1973 de l’ONU – qui recommandait l’instauration d’une « no-flying zone » sur l’Est de la Libye et l’acheminement d’une aide humanitaire à destination des populations de Bengazi -, les trois dirigeants occidentaux ont déclenché une guerre d’ingérence. Celle-ci a abouti au renversement de Mouammar Khadafi, à l’implosion politique et territoriale du pays et, en dernière instance, à une guerre civilo-régionale qui permet la nouvelle ingérence militaire turque, en violation flagrante d’une série de résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

A tout le moins, l’affaire du Courbet aurait pu provoquer une convocation extraordinaire du Conseil de sécurité, voire la proposition d’un projet de résolution réclamant des sanctions contre la Turquie d’Erdogan.

Méfions-nous des anachronismes historiques, mais ne peut-on craindre le pire si les Chamberlain et Daladier d’aujourd’hui, si l’OTAN, l’UE et l’ONU restent les bras croisés devant les provocations répétées du fou furieux Recep Tayyip Erdogan ?
La question reste posée. En attendant des réponses plus pertinentes, nous vous souhaitons bonne lecture et bonne semaine.

Richard Labévière
22 juin 2020

NOTES
1 La frégate Courbet (numéro de coque F712) est le troisième bâtiment de la classe La Fayette – d’une série qui compte cinq unités – de la Marine nationale française. Elle a été nommée en hommage à l’amiral Amédée Courbet (1827-1885) et est parrainée par la ville d’Angers.
2 L’Organisation maritime internationale (OMI) est une institution spécialisée de l’Organisation des Nations unies (ONU), spécialisée dans les questions maritimes. Son siège est à Londres.
3 Le Système d’identification automatique (SIA) – Automatic Identification System (AIS) en anglais – est un système d’échanges automatisés de messages entre navires par radio VHF qui permet aux navires et aux systèmes de surveillance de trafic (CROSS en France) de connaître l’identité, le statut, la position et la route des navires se situant dans la zone de navigation. Pour les navires de commerce, le système doit pouvoir être interfacé à un ordinateur externe pour une éventuelle utilisation par un pilote.
4 L’opération Agénor, volet militaire de la mission européenne de surveillance maritime du détroit d’Ormuz (EMASOH) est portée par la France, les Pays-Bas, la Belgique et le Danemark.
5 La Brigade Sultan Mourad – rebaptisée en 2015 Division Sultan Mourad – est un groupe terroriste turkmène engagé dans la guerre civile syrienne contre l’armée gouvernementale. Cette organisation est soutenue, financée et armée par les services spéciaux de l’armée turque.
6 La bataille de Lépante s’est déroulée le 7 octobre 1571 dans le golfe de Patras, sur la côte occidentale de la Grèce, durant la Quatrième Guerre vénéto-ottomane. La puissante marine ottomane affronte une flotte chrétienne d’escadres vénitiennes et espagnoles, appuyée par des galères génoises, pontificales, maltaises et savoyardes, sous le nom de Sainte-Ligue à l’initiative du pape Pie V. La bataille se conclut par une défaite des Ottomans qui perdent plus de 20 000 hommes et 200 bateaux. L’événement a un retentissement considérable en Europe car, plus encore que la défaite des janissaires lors du Grand Siège de Malte de 1565, il sonne comme un coup d’arrêt porté à l’expansionnisme ottoman.
7 Necmettin Erbakan, né le 29 octobre 1926 à Sinop et mort le 27 février 2011. Homme d’Etat turc, fondateur et membre successivement de différents partis politiques islamiques, il est également fondateur du mouvement islamique Milli Görüş. Il est Premier ministre de Turquie de juin 1996 à juin 19971.
8 Les « Loups gris », officiellement connus sous le nom de « Foyers idéalistes », est une organisation armée ultranationaliste turque. Le mouvement se définit comme néo-fasciste, anti-communiste, anti-grec, anti-kurdes, anti-arméniens, homophobe, antisémite et anti-chrétien. Il entretient d’étroites relations très avec le Parti d’action nationaliste (MHP), dont il est, en fait, la branche paramilitaire.

* Richard Labévière est Rédaction en chef du journal en ligne Proche et Moyen-Orient.ch. Expert des questions internationales et stratégiques, on lui doit une vingtaine de livres de référence sur le terrorisme et les questions géopolitiques, notamment dans le monde arabe.

Proche et Moyen-Orient.ch
http://prochetmoyen-orient.ch/affaire-courbet-terrorisme-turc-reponses-munichoises

/http://www.afrique-asie.fr/affaire-courbet-terrorisme-turc-reponses-munichoises/

RELATIONS TURCO-RUSSES : ALLIANCE CONJONCTURELLE OU PACTE STRATÉGIQUE ?

RELATIONS TURCO-RUSSES : ALLIANCE CONJONCTURELLE OU PACTE STRATÉGIQUE ?

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Publié par Jean-Bernard PINATEL, le 9 Mar 2020, dans AnalysesRussieTurquie

https://youtu.be/czU6fViDJ04

Intervention de Jean-Bernard Pinatel, Général de Brigade, lors du Colloque CIGPA sur : « La dérive panislamiste et néo-ottomane d’Erdogan, Comment l’allié occidental est-il devenu une menace globale ? »
Colloque organisé par le Centre international de géopolitique et de prospective analytique CIGPA, samedi 29 février 2020 à la Maison de la Chimie Paris.
https://www.youtube.com/embed/czU6fViDJ04

Source : CIGPA

http://www.geopolitique-geostrategie.fr/relations-turco-russes-alliance-conjoncturelle-ou-pacte-strategique-54567

ESCALADE OU DÉSESCALADE? PERSPECTIVES DE L’ACCORD IDLIB RUSSO-TURC

VIDÉO#FROMTHEFRONT#RUSSIA 13.03.2020 – 3,305 vues    4.2 ( 6 votes)

ESCALADE OU DÉSESCALADE? PERSPECTIVES DE L’ACCORD IDLIB RUSSO-TURC

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Escalation Or De-Escalation? Prospects Of Russian-Turkish Idlib Agreement

La semaine du 9 mars a démontré qu’en dépit de toutes les difficultés, l’accord de cessez-le-feu russo-turc sur le Grand Idlib fonctionne plutôt que non. La situation sur la ligne de contact entre l’armée syrienne et les groupes militants soutenus par la Turquie reste relativement calme. L’armée syrienne et les forces dirigées par la Turquie peuvent faire tourner et réapprovisionner leurs combattants, réparer le matériel et déployer de nouveaux renforts. Des affrontements occasionnels, qui ont éclaté dans le sud-est d’Idlib et l’ouest d’Alep, n’ont entraîné aucune escalade.

Dans une large mesure, la confrontation entre les groupes armés Idlib et la Turquie d’un côté et la Syrie, la Russie et l’Iran de l’autre côté est passée à la sphère médiatique. Hayat Tahrir al-Sham, le Front national de libération et d’autres groupes ont promis de ne pas reculer d’un pouce de leurs positions, indépendamment de ce qui avait été convenu par Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine à Moscou. Le Parti islamique du Turkestan (TIP) a déclaré qu’il écraserait les «envahisseurs russes» s’ils venaient. Les bases principales du groupe sont situées à Jisr al-Shughur et à proximité, juste à l’intérieur de la zone tampon prévue le long de l’autoroute M4. Si les patrouilles russo-turques couvrent vraiment la zone de Trumba à Ain al-Havr, comme l’a annoncé le ministre turc des Affaires étrangères, elles devront passer par le territoire contrôlé par le TIP. De plus, tous les grands groupes d’Idlib ont officiellement rejeté le retrait des combattants ou des armes lourdes de la zone de sécurité.

Au cours de la semaine, la police militaire russe effectuait des patrouilles régulières le long de l’autoroute M5 au nord et au sud de Saraqib. Le 15 mars, les troupes russes devraient rejoindre les forces turques dans la première patrouille conjointe dans la zone de sécurité établie. À bien des égards, le sort du nouvel accord de désescalade d’Idlib dépend du résultat de cet effort.

Il existe trois scénarios principaux.

1. Hayat Tahrir al-Sham, le Front national de libération et le TIP disparaissent miraculeusement de la zone le long et au sud de l’autoroute M4. La zone de sécurité sera créée avec succès et des patrouilles conjointes russo-turques seront lancées. À moyen terme, cela permettra de désamorcer la situation dans le nord de Lattaquié, ainsi qu’au sud et à l’est d’Idlib. Un cessez-le-feu permanent sera probablement établi dans la région. La Turquie aura une pause pour faire une autre tentative de traiter avec les groupes armés résistants qui ne veulent pas suivre sans équivoque les ordres d’Ankara. Théoriquement, si la Turquie a 2-3 ans, elle peut supprimer les groupes liés à Al-Qaïda et neutraliser les terroristes les plus dangereux.
Ankara s’efforcera d’éliminer la menace terroriste de la partie d’Idlib, tenue par des militants, afin de consolider sa propre influence dans la région. Ensuite, la Turquie l’utilisera comme monnaie d’échange lors des négociations sur un accord sur le règlement politique du conflit. Si aucun accord de ce type n’est conclu, la Turquie pourrait envisager d’annexer ces territoires.

2. Les forces des groupes militants radicaux resteront le long de l’autoroute M4 et la zone de sécurité ne sera créée que de nom. Des patrouilles conjointes russo-turques dans la région deviendront impossibles en raison de la menace constante d’attaques de militants. Si, malgré cela, des patrouilles sont lancées, elles finiront par faire des victimes parmi la police militaire russe. Moscou réagira probablement à un tel développement avec la reprise de la campagne de bombardement aérien à grande échelle contre les militants. Après cela, la Turquie aura probablement la dernière courte opportunité pour neutraliser par elle-même les groupes liés à Al-Qaïda. Si cela ne se produit pas, l’armée syrienne reprendra ses opérations à Idlib avec un soutien russe à grande échelle.

3. Les dirigeants russe et turc comprennent parfaitement les perspectives du scénario numéro 2. Par conséquent, si les radicaux ne se retirent pas, Ankara et Moscou retarderont les patrouilles conjointes. Ils s’efforceront de résoudre la situation en première ligne et de trouver une solution acceptable au problème. À court terme, cela permettra probablement de maintenir le cessez-le-feu en vie. À moyen terme, cette approche entraînera inévitablement une nouvelle escalade militaire. La vie pacifique et le règlement politique entre le gouvernement de Damas et la partie modérée des groupes d’Idlib sont impossibles tant que la région est en fait entre les mains de terroristes

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En prévision d’une intervention americano-turque plus musclée a Idlib: les forces aériennes syriennes sortent leurs Mig-29 mais ils ne seront pas seuls…

jeudi, mars 12, 2020

Strategika 51

 ΠΆΝΤΑ ῬΕΙ͂…

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En prévision d’une intervention americano-turque plus musclée a Idlib: les forces aériennes syriennes sortent leurs Mig-29 mais ils ne seront pas seuls…

Chasseurs Mig-29 de l’Armée de l’air syrienne sur la base aérienne de Shay’rat, mars 2020.

Les appels à l’aide d’Erdogan à ses alliés européens de l’Otan (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) pour faire face aux systèmes de brouillage électromagnétiques russes à Idlib ont reçu une fin de non recevoir en Europe occidentale mais pas à Washington. Le Pentagone se prépare à prêter main forte aux turcs à Idlib et cela explique les revirements soudains du président turc et ses nouvelles menaces contre Damas.

La force de frappe turque à Idlib s’est axée sur la synergie du système Koral, de drones de guerre électronique et d’attaque Anka S et de meutes de drones d’attaque Bayraktar TB2 armés de redoutables missiles Air-Sol MAM-L. Des avions Elint supervisent la coordination du système d’attaque automatisé et cette configuration avait initialement surpris les forces syriennes dont les radars ne parvenaient pas à détecter les drones turcs du fait des mesures électroniques.Source: SANA

Cette avance initiale s’arrêta net lorsque les systèmes russes de brouillage électromagnétiques ont permis aux systèmes de la défense aérienne syrienne d’abattre les drones Anka S, les modules nodaux du système d’attaque turc (ce qui explique l’intervention des F-16 turcs dès qu’ un drone Anka S est abattu). Cette donne sur le champ de bataille força les turcs à négocier à Moscou un arrangement provisoire, le temps pour Erdogan de faire appel à des alliés. Les européens soumis au chantage migratoire et absorbés par leurs propres difficultés ont affirmé leur disponibilité à aider la Turquie sur le plan logistique dans sa confrontation contre la Syrie mais pas contre la Russie. Cela a énervé au plus haut point Erdogan jusqu’à ce qu’il trouve une oreille attentive à Washington où des ultras se sont déclarés prêts à une guerre limitée avec la Russie sur le théâtre des opérations en Syrie septentrionale. Des équipements US incluant des systèmes de défense ABM et SAM ont été dépêchés en urgence en Irak tandis que des systèmes de guerre électronique ont été livrés aux turcs. Ces derniers ont continué à livrer du matériel militaires aux rebelles syriens et envoyés des renforts militaires conséquents à Idlib.

Les syriens ont donc sorti leurs chasseurs Mig-29 dont un exemplaire s’était écrasé récemment dans un entraînement, la première perte d’un Fulcrum syrien depuis les années 80. Seul ce chasseur ne risque pas de changer la donne au-dessus du champ de bataille au Levant pour intercepter des bombardiers stratégiques US par exemple et dont la menace est réelle. Les Mig-29 syriens seront aux côtés de chasseurs de supériorité des forces aérospatiales russes Sukhoï Su-35 et Mig-29 SMT dont deux ont réussi à repousser une attaque de F-16C turcs visant un avion d’attaque au sol syrien Sukhoï Su-22 au-dessus d’Idlib. Ce sont également deux chasseurs russes qui ont décollé de la base aérienne de Hmeimim pour surveiller une formation de F-35I israéliens survolant l’ouest du Liban. Le message est clair. La bulle de défense aérienne au-dessus de la Syrie occidentale sera maintenue même en cas de décollage de bombardiers furtifs B1B ou B-2 de la base aérienne US de Diego García ou des Açores. Tout ceci reste dans le domaine de la dissuasion préventive. Ce qui est certain est que le Sultan turc n’a pas dit son dernier mot et passera à l’action dès qu’il aura le soutien de Washington car Erdogan n’oublie jamais une offense et est revenu ulcéré de Moscou où Poutine à fait de son mieux pour rappeler le passé des longues guerres entre la Russie tsariste et l’empire Ottoman. L’État profond US fait plus confiance à la combativité du soldat turc en laquelle il entrevoit une opportunité exceptionnelle pour verrouiller le jeu à Idlib (nord-ouest) et empêcher l’expulsion des forces US dans le nord-est de la Syrie, théâtre d’une anarchie indescriptible et donc suffisamment affaibli pour tomber entre les mains des loyalistes et leurs alliés.

Signe qui ne trompe pas, les forces turques ont déployés leurs systèmes de défense aérienne les plus avancés à la frontière avec la Syrie et ce ne sont pas les systèmes S-400 qui ne seront opérationnels qu’à la fin du mois d’avril et ne seront probablement jamais utilisés car leur acquisition par la Turquie répondait moins à l’impératif de sa défense qu’à l’art de la guerre dans le cadre du Grand jeu en cours pour le contrôle de l’Eurasie et du Levant.

https://strategika51.org/2020/03/11/en-prevision-dune-intervention-americano-turque-plus-musclee-a-idlib-les-forces-aeriennes-syriennes-sortent-leurs-mig-29-mais-ils-ne-seront-pas-seuls/

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Quelle cible après la Syrie ?

GÉOPOLITIQUE

Quelle cible après la Syrie ?

par Thierry Meyssan

Les événements qui se sont produits au « Moyen-Orient élargi » depuis 2001 suivent une logique implacable. La question actuelle est de savoir si le moment est arrivé d’une nouvelle guerre en Turquie ou en Arabie saoudite. La réponse dépend notamment de la relance des hostilités en Libye. C’est dans ce contexte que doit être interprété le Protocole additionnel négocié par les présidents Erdoğan et Poutine pour résoudre la crise d’Idleb.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 10 MARS 2020 عربيENGLISHESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEDEUTSCHРУССКИЙPORTUGUÊS

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JPEG - 27.4 koLa carte initiale du « remodelage du Moyen-Orient élargi », publiée par le colonel Ralph Peters.

19 ans de « guerre sans fin »

Le président George W. Bush décida de transformer radicalement les missions du Pentagone, ainsi que l’expliqua, le 13 septembre 2001, le colonel Ralph Peters dans la revue de l’Armée de Terre, Parameters. Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, nomma l’amiral Arthur Cebrowski pour qu’il forme les futurs officiers. Celui-ci passa trois ans à faire le tour des universités militaires de sorte qu’aujourd’hui, la totalité des officiers généraux ont suivi ses cours. Sa pensée a été vulgarisée pour le grand public par son adjoint, Thomas Barnett.

Les zones touchées par la guerre US seront livrées au « chaos ». Ce concept doit être compris au sens du philosophe anglais Thomas Hobbes, c’est-à-dire comme l’absence de structures politiques capables de protéger les citoyens de leur propre violence (« L’homme est un loup pour l’homme »). Et non pas au sens biblique de faire table rase avant la création d’un ordre nouveau.

Cette guerre est une adaptation des Forces armées US à l’ère de la mondialisation, au passage du capitalisme productif au capitalisme financier. « La guerre est un racket » (War is a racket), disait avant la Seconde Guerre mondiale le général le plus décoré des États-Unis, Smedley Butler [1]. Désormais, les amis et les ennemis ne compteront plus, la guerre permettra une simple gestion des ressources naturelles.

Cette forme de guerre suppose de nombreux crimes contre l’humanité (notamment des nettoyages ethniques) que les Forces armées US ne peuvent pas commettre. Le secrétaire Donald Rumsfeld engagea donc des armées privées (dont Blackwater) et développa des organisations terroristes tout en prétendant les combattre.

Les administrations Bush et Obama ont suivi cette stratégie : détruire les structures étatiques de régions entières du monde. La guerre US n’a plus pour objectif de vaincre, mais de durer (la « guerre sans fin »). Le président Donald Trump et son premier conseiller de Sécurité nationale, le général Michael Flynn, ont remis en cause cette évolution sans parvenir à la changer. Aujourd’hui, les tenants de la pensée Rumsfeld/Cebrowski poursuivent ses objectifs non pas tant au travers du secrétariat à la Défense que de l’Otan.

Après que le président Bush a lancé la « guerre sans fin » en Afghanistan (2001) et en Iraq (2003), une forte contestation surgit au sein des élites politiques de Washington à propos des arguments qui avaient justifié l’invasion de l’Iraq et du désordre qui y régnait. Ce fut la Commission Baker-Hamilton (2006). Jamais, la guerre ne cessa ni en Afghanistan ni en Iraq, mais il fallu attendre cinq ans pour que le président Obama ouvre de nouveaux théâtres d’opération : la Libye (2011), la Syrie (2012) et le Yémen (2015).

Deux acteurs extérieurs ont interféré avec ce plan.
- En 2010-11, le Royaume-Uni a lancé le « Printemps arabe », une opération calquée sur la « Révolte arabe » de 1915 qui permit à Lawrence d’Arabie de placer les wahhabites au pouvoir dans la péninsule arabique. Il s’agissait cette fois de placer les Frères musulmans au pouvoir avec l’aide non pas du Pentagone, mais du département d’État US et de l’Otan.
- En 2014, la Russie est intervenue en Syrie, dont l’État ne s’était pas effondré et qu’elle a aidé à résister. Depuis lors, les Britanniques —qui y avaient tenté d’en changer le régime durant le « Printemps arabe » (2011-début 2012),— puis les États-Uniens —qui cherchaient à y renverser non pas le régime, mais l’État (mi-2012 à aujourd’hui)— ont dû s’en retirer. La Russie, qui poursuit le rêve de la Tsarine Catherine, se bat aujourd’hui contre le chaos, pour la stabilité —c’est-à-dire pour la défense des structures étatiques et le respect des frontières—.

Le colonel Ralph Peters, qui avait révélé en 2001 la nouvelle stratégie du Pentagone, publia en 2006 la carte des objectifs de l’amiral Cebrowski. Elle montrait que seuls Israël et la Jordanie ne seraient pas atteints. Tous les autres pays du « Moyen-Orient élargi » (c’est-à-dire du Maroc au Pakistan) seraient progressivement privés d’État et tous les grands pays (dont l’Arabie saoudite et la Turquie) disparaîtraient.

Constatant que son meilleur allié, les États-Unis, prévoyait de couper son territoire en deux afin de créer un « Kurdistan libre », la Turquie tenta vainement de se rapprocher de la Chine, puis adopta la théorie du professeur Ahmet Davutoğlu : « Zéro problème avec ses voisins ». Elle se distancia d’Israël et commença à négocier la paix avec Chypre, la Grèce, l’Arménie, l’Iraq, etc. Malgré le différend territorial sur le Hatay, elle créa un marché commun avec la Syrie. Cependant, en 2011, alors que la Libye était déjà isolée, la France convainquit la Turquie qu’elle pourrait échapper à la partition si elle se joignait aux ambitions de l’Otan. Le président Recep Tayyip Erdoğan, un islamiste politique de la Millî Görüş, adhéra à la Confrérie des Frères musulmans dont il ne faisait pas partie, en espérant récupérer à son profit les fruits du « Printemps arabe ». La Turquie se retourna contre l’un de ses principaux clients, la Libye, puis l’un de ses principaux partenaires, la Syrie.

En 2013, le Pentagone adapta la « guerre sans fin » aux réalités rencontrées sur le terrain. Robin Wright publia deux cartes rectificatives dans le New York Times. La première portait sur la division de la Libye, la seconde sur la création d’un « Kurdistan » ne touchant que la Syrie et l’Iraq et épargnant la moitié orientale de la Turquie et l’Iran. Elle annonçait aussi la création d’un « Sunnistan » à cheval sur l’Iraq et la Syrie, la partition de l’Arabie saoudite en cinq et du Yémen en deux. Cette dernière opération débuta en 2015.

Très heureux de ce rectificatif, l’état-major turc se prépara aux événements. Il conclut des accords avec le Qatar (2017), Koweït (2018) et le Soudan (2017) pour y installer des bases militaires et encercler le royaume saoudien. Lequel finança en 2019 une campagne de presse internationale contre le « Sultan » et un coup d’État au Soudan. Simultanément, la Turquie soutint le nouveau projet de « Kurdistan » épargnant son territoire et participa à la création du « Sunnistan » par Daesh sous le nom de « Califat ». Cependant, les interventions russe en Syrie et iranienne en Iraq firent échouer ce projet.

En 2017, le président régional Massoud Barzani organisa un référendum d’indépendance au Kurdistan iraquien. Immédiatement, l’Iraq, la Syrie, la Turquie et l’Iran comprirent que le Pentagone, revenant à son plan initial, s’apprêtait à créer un « Kurdistan libre » en charcutant leurs territoires respectifs. Ils se coalisèrent pour y faire échec. En 2019, le PKK/PYG annonça qu’il préparait l’indépendance du « Rojava » syrien. Sans attendre, l’Iraq, la Syrie, la Turquie et l’Iran se concertèrent à nouveau. La Turquie envahit le « Rojava », pourchassant le PKK/YPG, sans grande réaction des armées syrienne et russe.

En 2019, l’état-major turc acquit la conviction que le Pentagone, ayant renoncé provisoirement à détruire la Syrie, du fait de la présence russe, s’apprêtait désormais à détruire l’État turc. Pour repousser l’échéance, il tenta de réactiver la « guerre sans fin » en Libye, puis de menacer les membres de l’Otan des pires calamités : l’Union européenne de subversion migratoire et les États-Unis d’une guerre avec la Russie. Pour ce faire, il ouvrit aux migrants sa frontière avec la Grèce et attaqua les armées russe et syrienne à Idleb où elles bombardaient les jihadistes d’Al-Qaïda et de Daesh. qui s’y étaient réfugiés. C’est cet épisode que nous vivons aujourd’hui.JPEG - 49.3 koLa carte rectificative du projet de « remodelage du Moyen-Orient élargi », publiée par Robin Wright.

Le Protocole additionnel de Moscou

L’armée turque a occasionné des pertes russes et syriennes en février 2020, tandis que le président Erdoğan multipliait les coups de téléphone à son homologue russe, Poutine, pour faire baisser d’une main la tension qu’il provoquait de l’autre.

Le secrétaire d’État US, Mike Pompeo, s’est engagé à contenir les appétits du Pentagone si la Turquie aidait ce dernier à relancer la « guerre sans fin » en Libye. Ce pays est divisé en un millier de tribus qui s’affrontent autour de deux leaders principaux, agents patentés de la CIA, le président du Conseil présidentiel, Fayez el-Sarraj, et le commandant de l’Armée nationale, Khalifa Haftar.

La semaine dernière, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’Onu pour la Libye, le professeur Ghassan Salamé, a été prié de démissionner pour « raison de santé ». Il a obtempéré, non sans avoir exprimé sa mauvaise humeur lors d’une conférence de presse. Un axe a été constitué pour soutenir al-Sarraj par la Confrérie des Frères musulmans autour du Qatar et de la Turquie. Une seconde coalition est née autour d’Haftar avec l’Égypte et les Émirats arabes unis, mais aussi l’Arabie saoudite et la Syrie.

C’est le grand retour de cette dernière sur la scène internationale. La Syrie est auréolée de ses neuf années de Résistance victorieuse à la Confrérie et aux États-Unis. Deux ambassades libyenne et syrienne ont été ouvertes en grande pompe, le 4 mars, à Damas et à Benghazi.

Par ailleurs, l’Union européenne, après avoir solennellement condamné le « chantage turc aux réfugiés », envoya la présidente de la Commission observer le flux de réfugiés à la frontière gréco-turque et le président du Conseil sonder le président Erdoğan à Ankara. Celui-ci confirma qu’un arrangement était possible si l’Union s’engageait à défendre l’« intégrité territoriale » de la Turquie.JPEG - 49.6 koAvec un malin plaisir, le Kremlin a mis en scène la reddition de la Turquie : la délégation turque se tient debout, contrairement à l’habitude où l’on fournit des chaises aux invités ; dans son dos, une statue de l’impératrice Catherine la Grande rappelle que la Russie était déjà présente en Syrie au XVIIIème siècle. Enfin, les présidents Erdoğan et Poutine sont assis devant une pendule commémorative de la victoire russe sur l’Empire ottoman.

C’est donc sur cette base que le président Vladimir Poutine a reçu au Kremlin, le président Recep Tayyip Erdoğan, le 5 mars. Une première réunion, restreinte, de trois heures a été consacrée aux relations avec les États-Unis. La Russie se serait engagée à protéger la Turquie d’une possible partition à la condition qu’elle signe et applique un Protocole additionnel sur la stabilisation de la situation dans la zone de désescalade d’Idleb [2]. Une seconde réunion, également de trois heures mais ouverte aux ministres et conseillers, a été consacrée à la rédaction de ce texte. Il prévoit la création d’un corridor de sécurité de 12 kilomètres de large autour de l’autoroute M4, surveillé conjointement par les deux parties. En clair : la Turquie recule au Nord de l’autoroute qui est rouverte et perd la ville de Jisr-el-Chogour, bastion des jihadistes. Surtout, elle doit appliquer enfin le mémorandum de Sotchi qui prévoit de ne soutenir que l’opposition armée syrienne, censée être démocratique et non pas islamiste, et de combattre les jihadistes. Or, cette « opposition armée démocratique » n’est qu’une chimère imaginée par la propagande britannique. De fait la Turquie devra soit tuer elle-même les jihadistes, soit poursuivre et terminer leur transfert d’Idleb (Syrie), vers Djerba (Tunisie), puis Tripoli (Libye) comme elle avait commencé de le faire en janvier.

En outre, le 7 mars, le président Poutine a contacté l’ancien président Nazerbayev pour étudier avec lui la possibilité de déployer sous les auspice de l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) des « chapkas bleues » kazakhs en Syrie. Cette option avait déjà été envisagée en 2012. Les soldats kazakhs ont la particularité d’être musulmans et non pas orthodoxes.

L’option de s’en prendre désormais à l’Arabie saoudite plutôt qu’à la Turquie a été activée par le Pentagone, croit-on savoir à Riyad, bien que le président Trump lui impose de délirantes commandes d’armement en échange de sa protection. La dissection de l’Arabie saoudite avait été envisagée par le Pentagone dès 2002 [3].

Des missiles ont été tirés cette semaine contre le palais royal à Riyad. Le prince Mohamed ben Salmane (dit « MBS », 34 ans) a fait arrêter son oncle, le prince Ahmed (70 ans), et son ancien concurrent et ex-prince héritier, le prince Mohamed ben Nayef (60 ans), ainsi que divers autres princes et des généraux. La province chiite de Qatif, où plusieurs villes ont déjà été rasées, a été isolée. Le prix du baril de pétrole a chuté à 31 dollars, menaçant la viabilité de l’industrie du pétrole de schiste aux USA. Les explications officielles sur les querelles de succession et le coronavirus ne suffisent pas [4].Thierry Meyssan

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[1] « J’ai effectué 33 ans et 4 mois de service actif, et durant cette période, j’ai passé la plupart de mon temps en tant que gros bras pour le monde des affaires, pour Wall Street, et pour les banquiers. En bref, j’étais un racketteur, un gangster au service du capitalisme. J’ai aidé à sécuriser le Mexique, plus particulièrement la ville de Tampico, au profit des groupes pétroliers américains en 1914. J’ai aidé à faire de Haïti et de Cuba un endroit convenable pour que les hommes de la National City Bank puissent y faire des profits. J’ai aidé au viol d’une demi-douzaine de républiques d’Amérique centrale au bénéfice de Wall Street. J’ai aidé à purifier le Nicaragua au profit de la banque américaine Brown Brothers de 1902 à 1912. J’ai apporté la lumière en République dominicaine au profit des entreprises sucrières américaines en 1916. J’ai livré le Honduras aux entreprises fruitières américaines en 1903. En Chine, en 1927, j’ai aidé à ce que l’entreprise Standard Oil fasse ses affaires en paix. » in War Is a Racket, Smedley Butler, Feral House (1935)

[2] “Additional Protocol to the Memorandum on Stabilization of the Situation in the Idlib De-Escalation Area”, Voltaire Network, 5 March 2020.

[3] « Taking Saudi out of Arabia« , Powerpoint de Laurent Murawiec pour une réunion du Défense Policy Board (July 10, 2002).

[4] “Two Saudi Royal Princes Held, Accused of Plotting a Coup”, Bradley Hope, Wall Street Journal ; “Detaining Relatives, Saudi Prince Clamps Down”, David Kirkpatrick & Ben Hubbard, The New Yok Times, March 7, 2020.

https://www.voltairenet.org/article209434.html

ERDOGAN/MONDE ARABE : AVEC UN TEL AMI, PAS BESOIN D’ENNEMI !


ERDOGAN/MONDE ARABE : AVEC UN TEL AMI, PAS BESOIN D’ENNEMI !

La politique menée par Recep Tayyip Erdogan, qui préside aux destinées de la Turquie depuis 2002, rappelle étrangement les errements d’un lointain prédécesseur : Adnan Menderes. Comme l’actuel trublion, Menderes était arrivé au pouvoir démocratiquement – à travers les urnes – sur un programme de rupture totale avec le kémalisme. Se démarquant de la traditionnelle neutralité de la Turquie kémaliste sur le plan international, il engagea son pays dans la guerre froide contre l’Union soviétique, l’avait fait adhérer dès 1952 à l’OTAN, devenant un membre central du Pacte de Bagdad dirigé à l’époque contre l’Égypte nassérienne et la Syrie, qui adhéraient – elles – aux principes de la conférence de Bandoeng et du « neutralisme positif » face à Washington et Moscou. Il menace la Syrie voisine d’invasion, ce qui la poussa dans les bras de l’Union soviétique en 1957, puis de Nasser en 1958. Il se rapproche d’Israël et de la France coloniale dans sa guerre contre le peuple algérien. A l’ONU, la Turquie s’aligne systématiquement sur la position française. Elle vote contre l’inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée générale de l’ONU de la question algérienne comme relevant de la décolonisation, estimant, contrairement à tous les autres pays musulmans, que c’est une affaire franco-française !

La politique anti-arabe de la Turquie menée par Menderes et, plus tard, par ses successeurs, ne s’est pas limitée à l’Algérie. Lors du conflit militaire entre la Tunisie indépendante sous Bourguiba – qui voulait récupérer la base de Bizerte encore sous occupation française en juillet 1961 – le régime turc s’est spontanément porté solidaire de la France coloniale.

DE MENDERES A ERDOGAN : UNE CERTAINE CONTINUITE

Menderes mène une politique ultra-libérale, caractérisée par la libération des échanges, de l’investissement et des crédits. La Turquie s’ouvre aux capitaux étrangers et privatise une partie des entreprises publiques. On promeut l’importation de marchandises étrangères (radios, télévisions, automobiles, textiles), le niveau de vie global des Turcs augmente, ainsi que la richesse du pays. Mais avec l’arrêt des prêts et dons américains, les déficits explosent, l’endettement s’envole, obligeant Menderes à changer radicalement de politique pour éviter une faillite de l’État. C’est l’austérité, le retour de l’autoritarisme, voire de l’absolutisme, la répression de toute voix discordante dans les médias, l’épuration de l’administration, de la justice, de l’armée et l’interdiction des meetings publics.

Il ne s’agit là que de quelques exemples des dérives, des comportements populistes et démagogiques qui avaient caractérisé la politique du grand écart menée alors par Menderes de 1950 jusqu’en 1960, année où il est destitué par l’armée turque qui le condamne à mort pour « violation de la constitution ». Un scénario auquel Erdogan a échappé de justesse – en 2016 – avec l’avortement du coup d’Etat militaire qui lui avait permis de mener des purges massives au sein de l’armée, de l’administration, de la justice et des médias. Pas moins de 50 000 arrestations de putschistes présumés, de 100 000 fonctionnaires licenciés ! Il en a profité aussi pour purger son parti, l’AKP, de tous ses adversaires supposés ou réels et instaurer un régime présidentiel concentrant entre ses mains tous les pouvoirs au prix d’un amendement constitutionnel à la limite de la légalité.

Cette dérive autoritaire s’accompagne d’une érosion grandissante de sa popularité. On l’a constaté – en avril 2019 – avec la perte d’Istanbul, la capitale économique de la Turquie, sa ville natale, celle qui lui a servi pendant un quart de siècle de tremplin pour s’emparer du pouvoir et s’y incruster. Le nouveau maire Ekrem Imamoglu à peine investi, avait promis « la fin des extravagances et de l’arrogance » ! Cette cinglante défaite doublée de la perte des principales villes du pays, dont Ankara et Izmir et d’une crise financière sans précédent, loin de ramener l’histrion islamo-nationaliste à plus de réalisme, n’a fait que le rendre plus hystérique et incontrôlable à la fois sur le plan intérieur et extérieur.

DE « zéro problème avec les voisins » à « zéro voisin sans problème » !

Si la politique de « zéro problème avec les voisins » – prônée dès 2001 par l’ancien mentor d’Erdogan – Ahmet Davutoglu, dans son livre Profondeur stratégique, avait, dans les premières années du règne de l’AKP (Parti de la justice et du développement), séduit quelques naïfs, force est de constater qu’elle prête aujourd’hui à sourire. Cette politique devait permettre à la Turquie d’accéder au rang de puissance globale en consolidant son rôle de pôle régional, notamment en établissant des relations étroites avec les pays arabes qui l’entourent. Près de deux décennies après, le bilan est, proprement désastreux !

Non seulement Erdogan est, aujourd’hui en conflit larvé avec son ancien théoricien Davutoglu, mais il fait aussi face à une montagne de conflits et de guerres avec tous ses voisins, proches ou moins proches. Le « zéro problème » s’est mué en « mille et un problèmes » avec presque tout le monde. Ou, comme l’écrivait ironiquement L’Express dans son numéro du 19 janvier 2016, la doctrine du « zéro problème avec les voisins » s’est transformée en « zéro voisin sans problème » !

Pour le spécialiste de la Turquie à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, Jean-Baptiste Le Moulec, Ahmet Davutoğlu cité à un moment comme possible dauphin d’Erdogan, a en fait, comme ce dernier, « une vision simpliste et binaire du monde divisé entre musulmans et non musulmans ».

Inutile de dresser un inventaire à la Prévert de tous ceux qui sont tombés dans le piège de cette arnaque géopolitique promue par Erdogan et ses acolytes. La Syrie, qui a eu le malheur, dans son souci de rééquilibrer son alliance avec l’Iran chi’ite, de recourir à un partenariat avec la Turquie, dite « sunnite », s’en mord les doigts. Elle a découvert, à ses dépens, que derrière la vision modernisatrice du régime turc – qui se présentait comme promoteur d’un islam réconcilié avec la modernité et la tolérance, et ouvert sur l’Europe – se cachait une stratégie de reconquête du monde arabo-islamique, se servant de la confrérie des Frères musulmans et des groupes terroristes qui en sont dérivés. Ainsi, après avoir échoué à convaincre le président syrien Bachar al-Assad d’intégrer des Frères musulmans au pouvoir, il a déclaré une guerre sans merci à ce pays n’hésitant pas à recruter, équiper et financer la myriade de groupes terroristes et islamistes qui y sèment la terreur.

La résilience de l’Etat et de la société syriennes face au plan islamiste turc, et l’entrée en action de l’allié russe – qui avait déjà sauvé la Syrie en 1957 de l’invasion annoncée par Adnan Menderes – ont calmé, provisoirement, les ardeurs bellicistes d’Erdogan. Car sur le terrain, le rapport de forces n’évolue pas en faveur de ses protégés et complices. L’armée loyaliste n’est plus aujourd’hui qu’à quelques kilomètres d’Idlib, la capitale de la province du même nom. Faisant semblant de courir à leur secours, pour désamorcer la pluie de critiques sur son double jeu et son prétendu lâchage des rebelles islamistes, Erdogan envoie son armée d’occupation barrer la route à l’avancée de l’armée syrienne et de ses alliés vers le verrou stratégique de Saraqib. L’accrochage meurtrier qui s’ensuivit, provoquant la mort de soldats turcs, ouvre la voie à une nouvelle redistribution des cartes, voire à un conflit direct avec la Russie.

Si impulsif soit-il, Erdogan aura-t-il la témérité de franchir ce pas, tant les intérêts mutuels de Moscou et d’Ankara sont désormais imbriqués et considérables ? Il ne lui reste que les gesticulations et les fanfaronnades pour calmer la colère de ses protégés terroristes dans leur réduit d’Idlib. Mais plutôt que de jouer le jeu du réalisme et de mettre en application ses engagements pris à Astana et à Sotchi, il y a plus de trois ans, de mettre hors d’état de nuire les groupes terroristes assiégés dans ce minuscule territoire, et d’œuvrer à une sortie de crise basée sur la réconciliation nationale, la lutte contre le terrorisme, et le retrait de tout le territoire syrien, il a eu l’outrecuidance d’invoquer le droit de poursuite prévu par l’accord d’Adana signé entre les deux pays en 1998 – que la Turquie n’a fait qu’ignorer depuis 2011.

La réaction officielle syrienne à ces divagations n’a pas tardé. Les mensonges d’Erdogan à propos de l’accord d’Adana, qu’il piétine tous les jours, déclare l’agence officielle syrienne Sana, montrent à quel point la Turquie viole ses propres engagements qu’elle avait pris en vertu de l’accord d’Adana qui consistait à assurerla sécurité des frontières entre les deux pays, et« qui vise en fait à lutter contre le terrorisme ». Cela démontre sans équivoque le peu de cas que le dirigeant turc fait, non seulement des accords internationaux passés et du droit international, mais aussi des engagements récents pris à Astana et à Sotchi.

ERDOGAN ET LA « SYRIANISATION » DE LA LIBYE

Son manque à la parole donnée et aux engagements pris s’étend, aussi étonnant que cela puisse être, à ses propres supplétifs et obligés terroristes à qui il avait promis la victoire en Syrie. Il leur fait miroiter désormais une autre « victoire », dans la Tripolitaine cette fois-ci. A en croire Ahmed Mesmari – le porte-parole de l’Armée nationale libyenne commandée par le maréchal Khalifa Haftar -, la Turquie poursuit, parallèlement à son occupation du territoire syrien dans l’Est, le Nord et dans le réduit d’Idlib, le transfert de mercenaires syriens vers la Libye. Ils seraient au nombre de 2 500, avec un objectif final de 6 000 combattants.

Inutile de dire que ces départs forcés – orchestrés par Erdogan – sont ressentis comme « une véritable trahison » par la population syrienne dans le nord de la Syrie. Certains l’accusent même de double trahison : d’abord en les laissant tomber à Idlib, et ensuite en les transformant en chair à canon en Libye, au service des Frères musulmans.

Isolé du monde arabe, dont il ambitionnait le leadership, ne comptant plus que sur les Frères musulmans et leur bienfaiteur qatari pour sauver ce qui peut encore être sauvé de son crédit évanescent, la Turquie islamiste se rabat sur le front libyen pour continuer à exister diplomatiquement. Cela étant, elle ne fait que multiplier le nombre de ses ennemis et adversaires. L’axe de ses ennemis s’élargit jour après jour. Hormis la Syrie – en guerre directe avec elle depuis 2011 – l’Égypte de Sissi, qui voit rouge et combat de toutes ses forces la constitution d’un sanctuaire « frèriste » à Misrata et Tripoli, la majorité des pays du Golfe – à l’exception notable du Qatar – l’Union européenne, notamment la Grèce et Chypre et les pays du Maghreb rejettent en bloc les ingérences turques en Libye. La Tunisie et l’Algérie ont réaffirmé leur refus catégorique d’un quelconque rôle turc dans le conflit libyen. Erdogan est considéré, en effet, comme juge et partie, voire un pompier pyromane.

IMPENITENT PÊCHEUR EN EAUX TROUBLES

Lors de sa rencontre avec le président algérien fraîchement élu – Abdelmadjid Tebboune – le président turc, faisant semblant d’ignorer la sensibilité des questions mémorielles entre l’Algérie et la France – a cherché à les instrumentaliser en jetant de l’huile sur le feu. Oubliant les divers génocides perpétrés par l’Empire ottoman et plus tard les Jeunes Turcs contre les Arméniens, les Assyriens, les Kurdes, les Arabes et les Grecs, Recep Tayyip Erdogan, a même déclaré avoir discuté avec son homologue du passé colonial et génocidaire français en Algérie, allant jusqu’à avancer un chiffre imaginaire de cinq millions d’Algériens assassinés par la France en 132 ans de colonisation !

Mal lui en a pris. Il a été sèchement rappelé à l’ordre. Le ministère algérien des Affaires étrangères a, immédiatement recadré le récidiviste turc dans un communiqué officiel exprimant sa surprise face à « une déclaration faite par le Président turc Erdogan… attribuée au président de la République Abdelmadjid Tebboune ». « Les déclarations d’Erdogan ne participaient pas aux efforts consentis par l’Algérie et la France pour régler les problèmes de mémoire ».Autrement dit : occupez-vous de vos affaires !

Cette prise d’armes n’est pas sans rappeler les précédents commentaires acerbes de l’ancien Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia (actuellement en prison dans le cadre de la chasse aux sorcières contre les anciens piliers du régime de Bouteflika) contre Erdogan sur le même sujet à l’occasion de la visite de ce dernier à Alger en janvier 2012. Voulant répliquer à l’adoption, en 2011, par le parlement français d’une loi reconnaissant le génocide arménien par l’Empire ottoman, Erdogan avait accusé à son tour la France d’avoir perpétré un génocide en Algérie. Pour rappel Emmanuel Macron a reconnu, lors de sa campagne présidentielle en 2017, que « la colonisation fait partie de l’histoire française et c’est un crime contre l’humanité », alors qu’Erdogan et tous ses prédécesseurs ont catégoriquement refusé de reconnaître les massacres qu’ils avaient commis contre leurs minorités.

La réplique de l’ancien Premier ministre de Bouteflika à Erdogan, alors simple Premier ministre, mérite d’être rappelée pour rafraîchir la mémoire de certains amnésiques. « Chacun est libre dans la défense de ses intérêts, mais personne n’a le droit de faire du sang des Algériens un fonds de commerce ». La Turquie, a-t-il rappelé, « avait voté à l’ONU contre la question algérienne de 1954 à 1962 » pendant la guerre d’indépendance contre la France. « La Turquie, qui était membre de l’OTAN pendant la guerre d’Algérie, et qui l’est encore, avait participé comme membre de cette Alliance à fournir des moyens militaires à la France dans sa guerre en Algérie », avait-il conclu.
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Peut-on encore faire confiance à un pays qui se présente comme « ami » du monde arabe et musulman, un « ami » qui a fait, et qui fait encore, tant de mal à ce monde ?

MAJED NEHME – Directeur d’Afrique-Asie.
 
 
Cet article est également publié en anglais dans l’hebdomadaire londonien The Arab Weekly le 10 février 2020.

La rédaction

https://prochetmoyen-orient.ch/erdogan-monde-arabe-avec-un-tel-ami-pas-besoin-dennemi/

Sous le regard de Catherine…


Sous le regard de Catherine…

5 Mars 2020

Ironie du sort ou pique du Kremlin à l’égard du sultan, c’est à l’ombre de la statue de Catherine II que s’est déroulée la rencontre entre Poutine et Erdogan. Quand on sait que la tsarine de toutes les Russies a, en son temps, mis une fessée à l’empire ottoman, la coïncidence est parlante…

Ainsi donc, Moscou et Ankara ont fini par signer un cessez-le-feu mettant fin (temporairement ?) aux hostilités à Idlib. Puisque les Russes ont décidé, il y a un mois, de ne pas s’opposer frontalement aux Turcs qui envahissaient le territoire syrien en envoyant convoi sur convoi, la cessation des hostilités était la conséquence logique de toute l’affaire.

Si le cessez-le-feu en soi peut être vu comme un revers pour Damas dans sa volonté de remettre la main sur toute la Syrie, ses clauses sont par contre une défaite cinglante pour le sultan. Les récentes conquêtes loyalistes sont entérinées et les demandes d’Ankara de revenir aux limites de Sochi sont balayées d’un revers de main, tout comme le fait d’établir une zone d’exclusion aérienne.

Plus intéressant encore, la M4 est neutralisée, des patrouilles russo-turques y sont prévues et une ceinture de 12 km (6 au nord, 6 au sud) est censée la protéger.

Or cette route passe en plein milieu de l’Idlibistan. Le sort de la zone barbue (1) au sud de la M4 est inconnu mais, si la voie est réellement sécurisée, les modérément modérés se trouveront coupés de leurs arrières. Dès lors, une évacuation n’est pas impossible, ce qui ferait gagner aux loyalistes une portion significative de territoire sans combattre.

Deuxième point intéressant, dont personne ne parle : quid de Jisr al-Chogour ? Cette place-forte djihadiste (2), perdue par le gouvernement en 2015, se trouve sur la M4 et est donc comprise dans le cordon de sécurité. Peut-on décemment imaginer que les milices qui la tiennent désarmeront ? Toujours est-il que, dans le cas où cet accord serait réellement mis en place, la vision de soldats russes patrouillant au milieu des regards acérés des djihadistes tchétchènes ou turkmènes vaudrait son pesant d’or.

Nous n’en sommes pas là, car le respect du cessez-le-feu est tout sauf sûr et Al Qaeda s’est déjà prononcé contre. Si la trêve est rompue, les Syro-Russes, dont la position est légitimée par l’accord, devraient être en position de force pour reprendre l’offensive. En voyant sortir le sultan, il paraît que la Grande Catherine n’a pu s’empêcher de sourire…

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/03/sous-le-regard-de-catherine.html

On trouve des empreintes de la France partout chez les groupes terroristes d’Idlib

On trouve des empreintes de la France partout chez les groupes terroristes d’Idlib


Par Steven Sahiounie − Le 3 mars 2020 − Source Mint Press News

Wassim Nasr, un journaliste spécialiste des réseaux djihadistes à FRANCE 24, s’est récemment entretenu via Skype avec le chef du groupe djihadiste Furkat-al-Ghuraba, une filiale d’Al-Qaïda à Idlib, et recruteur de djihadistes français, Omar Omsen.

De nombreux terroristes français se trouvent aujourd’hui à Idlib, luttant pour établir un État islamique à partir d’une petite partie de la Syrie laïque. Leur rêve est une utopie sunnite à la frontière turque, où ils peuvent bénéficier du plein soutien du président turc Erdogan, qui est à la tête du parti AKP, un parti des Frères musulmans qui domine la Turquie depuis une vingtaine d’années.

Le fait d’être à la frontière turque leur offre le luxe d’être nourris et habillés par des agences d’aide internationales, comme le Programme alimentaire mondial des Nations unies, et d’autres groupes humanitaires qui distribuent des fournitures aux civils, ainsi qu’à leurs fils, frères, époux ou père qui sont à la solde d’al-Qaïda, financé par le Qatar et certaines monarchies du Golfe arabe. Les groupes humanitaires, y compris les Nations unies, travaillent comme des facilitateurs, prolongeant la souffrance des innocents en continuant les approvisionnements. Si les besoins quotidiens des familles des terroristes avaient été coupés, ces derniers auraient été contraints de fuir en Turquie, et éventuellement en Europe, pour bénéficier d’une plus grande partie des avantages gratuits offerts par la « Mère Merkel », en référence au chancelier allemand Angela Merkel.

Les terroristes français ont été recrutés directement en France, et non par internet. Le réseau Sevran, un réseau de recrutement de terroristes installé à Sevran, près de Paris, opérait à partir d’une salle de prière informelle, car il ciblait des jeunes hommes avec un mélange sophistiqué de tactiques psychologiques et, selon certains, de tactiques d’hypnose acquises par al-Qaïda au cours des décennies passées en Afghanistan, pays qui est connu pour ses compétences en hypnose perfectionnées qui existaient avant que les agents de terrain de la CIA ne débarquent mais qui ont été utilisées par la CIA dans son programme de djihad pour contrer la présence soviétique sur place.

Le recruteur djihadiste français, Omar Omsen, a simulé la mort en août 2015, pour réapparaître des mois plus tard dans une interview télévisée. On ignore combien de terroristes ont simulé leur mort pour effacer leur identité et se réinventer plus tard en Europe ou aux États-Unis.

Une photo non datée du recruteur français de État Islamique, Omar Omsen

Le gouvernement français a commencé à soutenir les terroristes en Syrie à partir de 2011, lorsque la CIA a ouvert son premier bureau à Adana, en Turquie, juste à la frontière d’Idlib. Les présidents français, de Sarkozy à Hollande, en passant par Macron, ont tous suivi le projet de « changement de régime » ordonné par les États-Unis en Syrie. En 2017, le président américain Trump a mis fin au programme de soutien de la CIA à al-Qaïda en Syrie. Cependant, al-Qaïda est pleinement opérationnel à Idlib et bénéficie d’un soutien très évident au plus haut niveau, sous forme d’armes, de munitions, de missiles anti-aériens, de drones et de salaires.

Les rebelles modérés syriens

En septembre 2015, le président syrien Assad a imputé la crise des réfugiés en Europe au soutien de l’Occident aux terroristes. En référence à la photo virale en ligne d’un enfant syrien échoué sur une plage turque, il a déclaré : « Comment pouvez-vous être triste de la mort d’un enfant en mer et ne pas avoir de sentiments pour les milliers d’enfants qui ont été tués par les terroristes en Syrie ? Et, aussi pour les personnes âgées, pour les femmes et les hommes ? Ces doubles standards européens ne sont plus acceptables ». Il a ajouté : « L’Occident soutient les terroristes depuis le début de cette crise, lorsque celui-ci a déclaré qu’il s’agissait d’un « soulèvement pacifique » – comme ils l’ont appelé. Ils ont dit plus tard que c’était une opposition modérée et maintenant ils disent que ce sont des terroristes genre al-Nusra et ISIS ». Jibhat al-Nusra est la filiale d’Al-Qaïda en Syrie et contrôle Idlib.

En juin 2015, le procès à Londres d’un Suédois, Bherlin Gildo, accusé de terrorisme en Syrie, s’est effondré après qu’il soit devenu clair que les services de renseignement britanniques avaient armé les mêmes groupes que ceux que l’accusé soutenait. L’accusation a abandonné l’affaire, apparemment pour éviter d’embarrasser les services de renseignements. Les agents des services de renseignement français travaillaient main dans la main avec les États-Unis et le Royaume-Uni en Syrie.

Un an après le début de la rébellion syrienne, les États-Unis et leurs alliés ne se sont pas contentés de soutenir et d’armer une opposition qu’ils savaient dominée par des groupes sectaires extrêmes ; ils étaient prêts à approuver la création d’une sorte d’ »État islamique« . L’habitude occidentale de jouer avec les groupes djihadistes, qui reviennent ensuite pour les mordre, remonte au moins à la guerre des années 1980 contre l’Union soviétique en Afghanistan, qui a favorisé la création d’al-Qaïda sous la tutelle de la CIA.

Sotchi 2018

L’accord exigeait que la Turquie évince les terroristes tels que Jibhat al-Nusra, en permettant à la Turquie de mettre en place 12 postes d’observation à Idlib pour séparer les terroristes des civils non armés. Cependant, près de deux ans après la conclusion de l’accord, la Turquie n’a pas respecté ses engagements et Moscou a ouvertement accusé la Turquie d’aider les terroristes. Cela a conduit à l’offensive de l’armée arabe syrienne à Idlib qui a commencé en décembre 2019 pour libérer les civils et éliminer tous les terroristes. Cette opération militaire est en cours et les Syriens, avec l’aide de la puissance aérienne russe, ont fait des progrès spectaculaires.

Les procès fantômes de la France

En janvier 2020, un tribunal parisien a jugé quelques terroristes français partis en Syrie, mais la majorité des accusés étaient déjà morts. Les médias français ont qualifié ce procès de « procès fantôme« .

Antoine Ory, l’un des avocats de la défense, a déclaré : « En France, en 2020, on refuse de rapatrier les vivants mais on juge les morts ». La France a pour politique de ne pas rapatrier ses terroristes, même s’ils sont des milliers en Syrie.

L’histoire de Hatay

La frontière entre la Syrie et la Turquie est une ligne relativement droite d’est en ouest jusqu’au fleuve Oronte, puis elle s’abaisse soudainement et se dirige vers le sud sur environ 80 miles. Ce morceau de terre manquant manifestement à la Syrie a été donné à la Turquie par la France en 1939 pour assurer que la Turquie se battrait pour la France contre l’Allemagne d’Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale.

Emmanuel Navon עמנואל נבון✔@emmanuelnavon - 28 mars 2019

La Turquie a arraché la province d'Alexandretta à la Syrie française en 1939 après un référendum truqué.

Le Conseil de sécurité de l'ONU va-t-il condamner ce changement territorial unilatéral ? #GolanHeights

Appelée Liwa Iskanderoun par les Syriens, la province est maintenant appelée Hatay, on y trouve les villes d’Antakya et d’Iskenderun, qui étaient auparavant connues sous les noms d’Antioche et d’Alexandretta. Cette région se trouve du côté turc d’Idlib.

En 1939, la région était composée d’un mélange de nationalités, avec des Turcs, des Turkmènes, des Arabes sunnites, des Alaouites, des Arméniens et des Grecs. Leurs descendants parlent encore aujourd’hui l’arabe, contrairement au reste de la Turquie qui ne parle que le turc. Avant 2011, le président turc Erdogan et le président syrien Assad avaient une relation très étroite et un accord a été signé pour construire un barrage de l’amitié syro-turque de 28 millions de dollars sur le fleuve Oronte. Hatay a été transformé en un lieu de rassemblement pour les terroristes internationaux, y compris des Français, qui ont afflué en Syrie pour participer à l’attaque des États-Unis, de l’OTAN et de l’UE contre la Syrie en vue d’un « changement de régime », et aujourd’hui le monde assiste à une possible guerre ouverte.

Steven Sahouni est un analyste politique et écrivain syrien indépendant basé au Liban

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/on-trouve-des-empreintes-de-la-france-partout-chez-les-groupes-terroristes-didlib