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La Syrie, vitrine du potentiel industriel de défense russe.

La Syrie, vitrine du potentiel industriel de défense russe.

En quelques années, et grâce à des investissements massifs, la Russie a surpris par sa capacité d’adaptation et de production de matériels militaires de très haute technologie. La Syrie est devenue un théâtre vitrine du savoir faire russe. De quoi intéresser de nombreux pays acheteurs mais également susciter la crainte sur la scène internationale.

La Syrie comme vitrine de l'effort de défense russe
Le conflit syrien, lieu de test pour l’aviation russe

La Syrie, un théâtre de tests opérationnels

Le conflit syrien a, par exemple, permis les tests opérationnels de différents robots de combats téléopérés. C’est le cas pour le Platforma-M et l’Argo depuis 2016. Ces deux robots armés pour le combat permettraient des engagements en zones urbaines sans exposer inutilement les troupes assaillantes.

La modularité des équipements disponibles pour ces robots permet de s’adapter à de multiples situations. Cela explique que les différents sites proches de la Russie comme Sputnik annoncent également le développement de robot de contre-minage, ou sous-marins. Devant le succès d’utilisation des premières gammes de robots russes, la célèbre entreprise Kalachnikov développe également le sien depuis 2015: le Volk-2.

De matériels de toute nouvelle génération extrêmement performants

La protection antiaérienne russe est également un véritable domaine d’expertise qui a pu dévoiler son potentiel en Syrie. Le S-400 est actuellement d’une technologie inégalée et limite l’ampleur de tout bombardement au-dessus de zones protégées par l’armée. La Russie a donc actuellement le pouvoir de bloquer une partie de l’espace aérien syrien à l’OTAN. Israël en fait également les frais depuis 2015 et ne peut survoler l’espace aérien sous contrôle russe qu’avec leur assentiment. Le S-500, actuellement en conception, serait même, en l’état, indestructible du ciel et capable de détruire des missiles hypersoniques dans un rayon de 600 kilomètres. Ce nouveau matériel change donc totalement les doctrines de bombardement aériens.

Les forces aériennes russes ont pu, de plus, tester le Sukhoï Su-57, avion de chasse de 5egénération à même de concurrencer le F-22 américain Cependant, ces nouveaux avions furtifs n’étaient qu’à un stade de prototype.

La marine russe bénéficie également de nouveaux sous-marins depuis 2014 et a la possibilité de lancer de nouveaux missiles de croisières de catégories Kaliber en Syrie depuis la mer Caspienne. En conséquence, la distance de 1500 km n’est plus un problème technique pour un lancement de missile.

Enfin, à défaut de pouvoir posséder un budget similaire aux États-Unis, la Russie a opté pour une spécialité tout aussi efficace que les batteries anti-aériennes : la guerre électronique. Les Américains ont ainsi fait les frais de coupures de communication sur le théâtre syrien, empêchant des frappes aériennes et bloquant les communications avec leurs alliés de l’opposition. De quoi susciter des inquiétudes et une adaptation de l’entraînement américain au combat.

Des succès technologiques qui suscitent craintes et envies

Les succès industriels d’armement russe et leur expérimentation sur le théâtre syrien encouragent leur exportation. Erdogan a  même annoncé, en début 2019, vouloir acquérir des S400 russes, de quoi susciter la polémique au sein de l’OTAN et démontrer l’attractivité croissante de la Russie auprès de son voisin. Le pays vend également des armes à la République Centrafricaine, renouant ainsi avec une vieille tradition de soutien aux pays africains.

Dans un contexte de réarmement mondial, la Russie se replace au premier plan des exportations d’armes. La Syrie est devenue une véritable vitrine de son savoir-faire, ce qui ajoute une dose de cynisme à la tragédie humaine qui s’y déroule depuis 2011. Les dividendes de la paix semblent bien loin.

Sources :

-“Achat d’équipements militaires russes: Erdogan persiste et signe”, Le Figaro, mars 2019

-“Budget, équipements, compétences: que vaut l’armée russe?”, Challenges, décembre 2016

-“Système S-500: le nouveau missile détruira des cibles à 100 kilomètres d’altitude”, russiabeyond.com , avril 2017

-“DGSE, Espions, Secrets des Affaires, Crises mondiales, interview d’Alain Juillet”, Thinkerview, avril 2018

– “Platform-M, le robot combattant”, Chaire de Saint-Cyr, décembre 2015

-“Syrie, la surprise russe pour les USA”, parstoday.com, aout 2018

-“Robots armés autonomes et IA : les 825 millions de coupes budgétaires auraient pu, auraient dû, s’y investir intelligemment” , La Synthèse online, aout 2017

– “Russia’s Platform-M combat robot on display in Sevastopol”, Russia Today, juillet 2015

-“Were Russian Combat Robots Used in Syria ?”, Bellingat.com, janvier 2016

-“La Russie a testé ses avions de chasse dernier cri Su-57 au combat en Syrie”, Russia Today, mars 2018

-“L’avion de combat russe de la 5e génération Soukhoï Su-57 testé en Syrie”,Intellivoire.net, novembre 2018

– “Plus performants et dotés de missiles Kalibr, les nouveaux sous-marins russes préoccupent l’Otan”, Opex360.com, octobre 2018

– “La Russie a lancé 26 missiles de croisière à partir de la mer Caspienne sur des cibles de l’EI”, Réseau International, octobre 2015

-“La guerre en Syrie exhibe les armes russes et encourage leurs ventes”, Memri, janvier 2016

About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant en Master II de Grenoble Ecole de Management. Il s’intéresse particulièrement aux questions de Défense et de gestion de crise dans les relations internatio
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Des Su-35 ou des Su-57 russes en Turquie  à la place des F-35 ?  Par Valentin Vasilescu

Des Su-35 ou des Su-57 russes en Turquie
à la place des F-35 ?
Par Valentin Vasilescu

mercredi 17 avril 2019, par Comité Valmy

 

Des Su-35 ou des Su-57 russes en Turquie
à la place des F-35 ?

Avec la décision de l’achat par la Turquie du système anti-aérien russe S-400, le temps de la diplomatie secrète américaine semble avoir pris fin. Les États-Unis ont réagi en bloquant la livraison de l’avion F-35 à la Turquie, alors que celle-ci était partenaire dans l’élaboration du projet F-35. En effet, la Turquie a fourni de l’argent à l’avance pour avoir accès à la technologie.

Les Américains sont entièrement contre l’adoption par la Turquie du système S-400, car ils estiment que cela se faisait au détriment du système américain Patriot. Les nouveaux dirigeants militaires turcs, choisis parmi ceux qui n’ont pas fait de stages aux États-Unis, se prononcent pour cette acquisition parce que cela répond strictement à la sécurité de la Turquie. Les militaires turcs ont encore en tête l’agressivité de certains alliés du « grand ami » qui a orchestré le coup militaire, bien sûr, au nom de la démocratie.

Ces dernières années, nous assistons à une confrontation diplomatique évidente entre la Turquie et les États-Unis + les alliés américains. Rappelons-nous que la Turquie a fait son premier pas, en prenant pour cible l’Arabie Saoudite, et en publiant les détails de l’assassinat de Kashoggi. Après le refus des États-Unis de livrer le F-35, un refus auquel s’attendait la Turquie, celle-ci a évolué de manière similaire dans ses relations directes avec les États-Unis. Le ministre des affaires étrangères, M. Mevlut Cavusoglu, a annoncé que si les Américains refusaient la vente de F-35, la Turquie acquérait des avions de pointe ailleurs. Cavusoglu a nommé ces alternatives : Su-35 ou Su-57 russe.

Ces transactions constituent une première absolue parce que c’est la première fois que la Russie vend des systèmes si avancés à une armée étrangère, un membre de l’OTAN. Poutine est-il assez naïf pour offrir aux ennemis, sa technologie de pointe ? Si Poutine réussit à extraire la Turquie de la zone d’influence américaine, alors le jeu en vaudrait vraiment la chandelle. Rappelons-nous que la récente réunion de Poutine-Erdogan est la troisième réunion entre les deux présidents depuis le début du 2019, et que la tendance à la hausse des relations russo-turques a débuté avec le coup d’État raté en Turquie.

Revenons au coup d’État en 2016, qui visait l’assassinat du Président Erdogan et n’était qu’une tentative désespérée d’éliminer un adversaire de l’Amérique. Quelques heures plus tôt, Poutine avait informé Erdogan de ce qui était en train de se passer, et le conseillait de quitter la maison de vacances de Marmaris 30 minutes avant l’attaque des commandos de putschistes, et de monter à bord d’un jet privé. Et il a également mis à disposition un satellite de communication russe pour diriger les forces fidèles restantes. Cette aide a permis à la 1ère Armée turque, commandée par le général Ümit Dündar, disposée autour d’Istanbul, d’inverser le sort du coup d’état en faveur de Erdogan. Dündar a repris l’aéroport Atatürk qui était sous le contrôle des putschistes et a assuré l’atterrissage de l’avion de Erdogan.

Pourtant, les choses ne peuvent pas rester ainsi indéfiniment car Erdogan veut régler rapidement le problème des Kurdes, considérés comme des terroristes par la Turquie mais soutenus par les États-Unis. En même temps, Erdogan veut transférer aux services secrets turcs, la gestion de tous les terroristes islamistes combattant dans le nord de la Syrie, recrutés et armés par la CIA et le Pentagone via l’Arabie Saoudite, pour les empêcher d’être redirigés par les États-Unis vers d’autres « Printemps arabes ». Le véritable objectif de Erdogan est de créer son propre bloc militaire composé de la Turquie, de l’Iran et du Qatar, en tant que contrepoids à une OTAN arabe recherchée par les États-Unis. Si Erdogan, soutenu par Poutine, remporte le match qu’il mène contre les Etats-Unis et leurs alliés arabes, le rapport des forces au Proche-Orient changera radicalement au détriment des États-Unis.

Valentin Vasilescu
16 avril 2019

Traduction Avic 
– Réseau International

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11122

Des Frappes Aériennes Non- Identifiées (FANI) En Libye

Analysis

Des Frappes Aériennes Non- Identifiées (FANI) En Libye

La question du jour : quel est le pays tiers qui fournit ces fameux avions de combat fantômes dont l’un d’eux a bombardé certaines pistes de l’aéroport militaire de Mitiga près de Tripoli ?

La guerre de faible et moyenne intensités en Libye fut l’occasion pour l’usage d’aéronefs de guerre anonymes et non-identifiés pour assister l’un ou l’autre des principaux belligérants.

Des aéronefs pilotés et sans pilote des États-Unis, du Royaume-Uni, de France, d’Italie, d’Égypte, des Émirats Arabes Unis, du Qatar, de Turquie et même de certains pays d’Europe orientale (en sous-traitance avec cahier de chargé) ont participé à ces frappes aériennes non identifiées en Libye. Ce phénomène passé sous silence par les grands médias a un nom : FANI ou Frappes Aériennes Non-Identifiées.

Les forces du maréchal Khalifa Haftar avancent sur Tripoli où siège le Gouvernement d’union nationale présidé par Al-Sarraj, le seul qui soit reconnu par la communauté internationale. Cette avancée des forces de la Cyrénaïque vers la Tripolitaine aggrave un vieux clivage historique entre l’Est et l’ouest de la Libye.

https://strategika51.org/archives/62275

La querelle entre les États-Unis et la Turquie s’envenime

La querelle entre les États-Unis et la Turquie s’envenime


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama − Le 4 avril 2019

Les deux tweets ci-dessous sont une mise à jour du récent article sur les problèmes de la Turquie et sur la manière dont ils vont changer la dynamique dans le gouvernorat d’Idleb infesté de Djihad en Syrie.

Les États-Unis menacent de ne pas livrer les avions de combat F-35 commandés par la Turquie, parce que celle-ci a également acquis le système de défense antiaérien S-400 de fabrication russe. Nous avons dit que cela aurait pour conséquence une nouvelle victoire pour la Russie :

La Russie sera ravie de fournir à la Turquie des avions de combat Su-35. Ils sont indiscutablement mieux que le F-35 et seront probablement moins chers. Mais ils viendront avec un prix politique.

Les chances pour que cela se produise se sont accrues après le court échange d’hier entre les vice-présidents des États-Unis et la Turquie. Le vice-président Pence a parlé devant le Conseil Atlantique, lors du 70ème anniversaire de l’OTAN, et a déclaré que la Turquie risquait son avenir de membre de l’OTAN en raison de l’achat de S-400.

Pence a aussi tweeté :


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La réponse ne s’est pas fait attendre :
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Les forces kurdes du PKK/YPG, que les États-Unis utilisent comme force de substitution pour occuper le nord-est de la Syrie, sont en fait des terroristes légaux dès qu’elles franchissent la frontière avec la Turquie. Quelle est la valeur de l’OTAN lorsqu’elle protège les ennemis de la Turquie ?La menace de Pence est également stupide car il n’existe aucun mécanisme pour expulser un membre de l’OTAN, il ne peut partir que volontairement.

Autour du Kremlin, on pouvait entendre sauter les bouchons de champagne.

Le comportement non professionnel et menaçant de Pence et d’autres responsables de l’administration américaine va coûter cher aux États-Unis.

Comme Andrei Martyanov l’a récemment écrit :

Je peux tout à fait comprendre l'irritation ressentie par Washington à propos de toute cette situation. Après tout, la Turquie est un membre clé de l'OTAN, doté d'une armée réelle, et voyant un membre de l'OTAN se tourner vers un système d'armes de l'ennemi juré de Washington - c'est non et non. Vient ensuite la question : donc, les États-Unis arrêteront (vraiment?) les livraisons de F-35 et des technologies associées en Turquie, et alors ? Voulons-nous vraiment ouvrir cette boîte de Pandore ? Les Turcs ne sont pas des idiots, loin de là - ils savent compter, et bien qu'Erdogan puisse encore effectuer une manœuvre rapide à 180 degrés, il ne peut pas non plus ne pas tenir compte du fait qu'au lieu des F-35, la Turquie pourrait mettre la main sur une version décente de SU-35. Possible ? Oui ! Probable ? Je ne sais pas.

Mais Obama aurait dû réfléchir à deux fois avant de déclencher - ou prétendre qu'il ne connaissait pas - le coup d'État contre Erdogan en 2016. Ou, d'ailleurs, un renversement sanglant du gouvernement en Ukraine en 2014. Mais les élites américaines actuelles n'ont aucune idée que leur actions ont des conséquences.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

 

https://lesakerfrancophone.fr/la-querelle-entre-les-etats-unis-et-la-turquie-senvenime

Négocier à l’abri d’une complète soumission

Négocier à l’abri d’une complète soumission

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Négocier à l’abri d’une complète soumission

Il y a donc une “crise” majeure, sinon une “hypercrise” – puisqu’il semble qu’on peut employer ce terme, – entre la Turquie et les USA ; on connaît la cause de la chose, dont il a souvent été question ailleurs comme ici puisque le dilemme est posé depuis plus d’un an. Il s’agit de la commande de missiles antimissiles S-400 russes par les Turcs, contre laquelle les USA s’élèvent avec fureur en menaçant de supprimer la commande de 100 F-35 par la Russie (l’arrêt de la livraison de la logistique de ce programme vers la Turquie a été effective mardi).

Les derniers développement, après les rencontres des trois derniers jours à Washington en marge du 70èmeanniversaire de l’OTAN, n’ont pas arrangé les trames de cette crise, comme le signale un texte de RT.com de ce 5 avril 2019

« Le Pentagone a fermement rejeté l’offre de la Turquie de créer un groupe de travail bilatéral qui garantirait qu’aucun secret militaire des États-Unis ne soit compromis une fois qu’Ankara aura déployé les systèmes de défense aérienne russes S-400.

» Tentant de préserver une relation de travail avec Washington dans un contexte de désaccords sur l’achat par la Turquie de systèmes d’armes modernes russes, le ministre des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a proposé mercredi de créer un groupe technique bilatéral pour s’assurer que le S-400 “ne sera pas une menace, – ni pour les F-35 ni pour les systèmes OTAN”. Il a réitéré la possibilité d’un tel arrangement jeudi, avant que le Pentagone ne rejette la proposition turque, insistant sur le fait qu’elle s’oppose à ce que les armes américaines et russes travaillent côte à côte.

» “Un groupe de travail technique n’est pas une nécessité ni même une possibilité de processus de résolution que les États-Unis puissent envisager”, a déclaré le porte-parole du Pentagone, Eric Pahon. “Nous avons été clairs avec la Turquie à tous les niveaux, – le S-400 est une menace pour le programme F-35 et la sécurité de nos alliés de l’OTAN”.

» Le Pentagone a interrompu le transfert de technologie des F-35 vers la Turquie plus tôt cette semaine, “jusqu’à ce qu’Ankara abandonne son projet d’acquisition du matériel russe”. Cette décision a été suivie d’un avertissement du vice-président Mike Pence, qui a menacé d’expulser la Turquie du programme d’avions d’attaque interarmes F-35, à moins qu’il ne se comporte comme un bon allié de l’OTAN et se soumette aux conditions de Washington. La Turquie s’est jointe au Programme en 2002 et, au fil des ans, a investi plus de 1,25 milliard de dollars dans le développement et la fabrication de diverses pièces pour l’avion.

» Washington reste déterminé à faire pression sur la Turquie pour qu’elle achète des systèmes de défense antimissile Patriot de fabrication américaine. “Ce problème avec le S-400 est un problème très sérieux, a déclaré jeudi le porte-parole du Pentagone”, Charlie Summers, aux journalistes. “S’ils acceptent le S-400, ça affecterait le F-35.”

» La Turquie “pourrait convenir d’un prix” pour les Patriot anti-missiles [que les USA proposent à la Turquie], en attendant l’approbation du Congrès pour résoudre la question du F-35, mais elle ne considère pas qu’il s’agit d’une alternative au S-400, a rappelé Cavusoglu. Le ministre a également souligné que les relations avec la Russie ne sont pas considérées comme une alternative à l’alliance de l’OTAN.

» Cherchant à réduire les frictions dans les relations bilatérales, le secrétaire d’État Mike Pompeo a déclaré qu’il restait “très confiant” que les deux parties “trouveront la voie à suivre”, après une rencontre entre des diplomates américains et turcs de haut niveau. Ankara a accusé le Département d’État américain de faire de fausses déclarations et de ne pas mentionner que Pompeo avait menacé la Turquie de “conséquences dévastatrices”. »

Cette hypercrise doit être effectivement identifiée comme “hyper” parce qu’elle est semée de paradoxes qui ne font que l’aggraver d’une façon, disons artificielle. Qui dira aux Turcs que c’est pour eux une bénédiction de se voir interdire la livraison de F-35 qui sont les fers à repasser que l’on sait ? Pas les généraux de l’aviation turque qui sont bouche bée et admiratiuve devant le F-35, entre deux voyages à Washington et à Fort-Worth. Quant à leur présence comme sous-traitants dans le programme F-35, avec investissements déjà faits, les Turcs n’ont rien à perdre et pas grand’chose à gagner, contrairement à ce qu’ils imaginent : les sous-traitants connaîtront le même sort que le programme, ils seront les premiers sacrifiés dans la catastrophe industrielle et technologique sans nom que va devenir le F-35. (Les Turcs ont déjà investi ? C’est de l’argent perdu, et ils n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes.)

Pour le Pentagone, la commande turque est importante, mais dans la mesure où la condition sine qua non (pas de S-400) est respectée. Même si certains savent bien que le F-35 est une ignominie  sans nom, il reste une gloire de laz puissance technologique de l’américabnisme (“it is a sonovobitch but it is our sonovobitch”). Il est hors de question d’écarter toutes les mesures de protection et d’exclusivité autour du programme, qui sont là pour entretenir et renforcer son image, et même qui n’ont que cette mission de protection de son image ; car on ne protège pas les secrets du F-35, on protège le simulacre de communication qu’est le F-35. Il est d’autant plus impératif qu’il n’y ait l’apparence d’aucun risque couru, que le Pentagone fasse “comme si” aucune concession ne peut être faite pour assurer la “protection” à 150% de ce non-avion.

Le Pentagone sera d’autant plus dur avec la Turquie que le F-35 est une catastrophe invendable, sinon par ses arguments de communication : plus le Pentagone est faible sur ce segment énorme et monstrueux du F-35, plus il durcit sa position d’intransigeance de la Turquie qu’il considère de plus en plus comme un pion de convenance, au travers duquel il peut notamment mais en prime, – ce n’est pas négligeable, – asséner un coup assez dur à la Russie si les Turcs pouvaient avoir l’obligeance soumise d’annuler leur achat de S-400. La logique du Pentagione est simplement de dire aux Turcs : “Capitulez complètement, soumettez-vous sans réserve en annulant purement et simplement la commande des S-400, et nous pourrons commencer la négociation sur un complet pied d’égalité, en partenaires loyaux et fidèles.”

A force de jouer au plus fin ou au plus fort, selon les circonstances, les deux partenaires-adversaires vont vite se retrouver devant l’impensable pour Washington D.C. : les S-400 commençant à être livrés à la Turquie… Si c’est le cas, ce sera une surprise considérable, un événement absolument explosif. Plus que jamais, notre jugement du 9 mars 2019 nous paraît donc valable en cas de livraison, effective des S-400 (selon, le calendrier établi, livraison commençant en juillet pour un premier déploiement opérationnel en octobre) :

« On connaît les variations de position d’Erdogan et ses capacités de changement de cap, mais dans le cas des S-400 l’affaire paraît vraiment trop avancée : les Turcs ont commencé à payer les premières traites du contrat de $2,5 milliards signé fin 2017 et les premiers échanges de techniciens turcs et russes concernant le maniement des S-400 ont déjà commencé, avec la livraison des premières batteries attendues en juillet, dans quatre mois, avec une mise en service opérationnelle très rapide, en octobre.

» Cette chronologie n’intéresse pas la partie américaniste qui suit son propre agenda prospectif, dans son propre monde, et dans lequel il est prévu que les Turcs céderont parce qu’il est simplement évident qu’il est inconcevable que l’on ne cède pas aux USA. Cela fait qu’à moins d’un effondrement complet d’Erdogan, – certains jugeant qu’il risquerait une perte catastrophique d’autorité et de prestige pouvant mettre en danger sa position de président s’il renonçait aujourd’hui aux S-400, ce qu’il sait fort bien, – les livraisons de S-400 vont éclater dans la capacité de vision des USA, et surtout dans la perception de Trump, à la manière et avec l’effet d’une explosion nucléaire. C’est alors que la crise atteindra son paroxysme, avec un Trump au comble de la fureur, capable de prendre des décisions catastrophique, où l’équilibre de l’OTAN pourrait être mis en cause. »

On pourra lire, par exemple sur Sputnik.News le 4 avril 2019, les commentaires de quelques “experts” sur les divers prolongements possibles de cette hypercrise. Le propos est banal, la vision très limitée ; d’un côté, les “experts” estampillés-BAO, même s’ils sont Turcs ou Arabes, ne peuvent imaginer un monde où un pays comme la Turquie qui ne finisse par se soumettre aux États-Unis, surtout quand l’enjeu est cette pure et indestructible merveille hors-sol (le JSF) ; de même, ils ne peuvent imaginer les enchaînements de rupture et de bouleversements qui naîtraient d’une hypercrise menée à son terme.

Tout le monde joue avec le feu, comme un enfant avec des allumettes… On n’en attendait pas moins de ces excellents acteurs du drame contemporain de l’Effondrement.

 

Mis en ligne le 5 avril 2019 à 14H42

http://www.dedefensa.org/article/negocier-a-labri-dune-complete-soumission

Vents d’Est

ANALYSIS

Vents d’Est

Après avoir reconquis militairement ses territoire du sud-ouest, réduit l’antre de la bête ; placé ses troupes faces aux unités d’élite israéliennes au Golan et encerclé les bases étrangères au nord-est, Damas vise désormais la province rebelle septentrionale d’Idleb sous un protectorat turc qui ne dit pas son nom.

A cet effet, la restructuration des forces armées syriennes en une force nouvelle, compacte, plus mobile et plus flexible de termes d’intégration et de coordination interarmes et/ou avec les forces auxilliaires, supplétives ou amies, menée en partenariat avec les russes,  les iraniens et le Hezbollah libanais, devrait permettre à Damas de poursuivre sa série d’offensives ciblées et par dessus tout d’éviter toute  confrontation armée directe avec la Turquie.

La guerre en Syrie a transformé la topographie stratégique du monde. Elle a divisé les pays du Golfe qui ont dépensé presque 4% du PIB mondial pour financer ce que l’on appelle le printemps Arabe, une opération de guerre hybride à grande échelle menée par les néoconservateurs pro-sionistes influançant la politique étrangère de Washington et de ses alliés,  avec un résultat égal à zéro. Pire, Israël se retrouve non seulement plus isolé que jamais mais son obssession à semer le chaos dans ses environnements proches et immédiats pour assurer sa supériorité stratégique a grandement renforcé ce que l’on appelle l’Axe de la résistance et si les avions de combat israéliens pouvaient en 2007 pénétrer en profondeur dans l’espace aérien syrien pour bombarder un réacteur nucléaire situé en plein Deir Ezzor, ils ne peuvent plus envoyer le moindre drone dans le ciel syrien et se contentent de mener des raids aériens à partir de l’espace aérien libanais voisin.

Certaines puissances qui ont allumé et entretenu le feu en Syrie ont tenté de faire du business avec ce conflit. D’autres ont en profité pour écouler leur vieux stocks d’armes ou de créer des besoins à partir du néant.

La guerre en Syrie a mis fin au cycle du mensonge. La propagande atlantiste n’a plus les moyens de son influence. Ce discrédit est total. Au point où le président US Donald Trump lui même qualifie des médias comme le Washington Post, le New York Times ou encore CNN de « Fake News ».

A quoi ont servi tous ces troubles au Proche et Moyen-Orient ayant hanté nos journaux télévisés depuis huit années?

Le maintien et la survie de la suprématie israélienne dans la région au delà du centenaire de sa création en 2048? Avec le vote sur le caractère juif raciste, exclusif  et fasciste de l’Etat d’Israël, la survie de cette entité est désormais une chimère qu’aucune force au monde ne pourra réaliser.

L’affaiblissement de la région MENA? Cette région du monde n’est pas du tout affaiblie puisque certains pays de cette région se sont totalement sanctuarisés d’un point de vue militaire. Les cas irakien, libyen et syrien ont servi de leçon mais l’éclatante  leçon nord-coréenne a fini par mettre fin à la perception d’une hégémonie basée sur le mythe de la surpuissance.

Par contre, une grande migration humaine s’est déclenchée: des millions d’individus fuyant les zones de guerre et d’instabilité se ruent sur l’Europe. Au point où des centaines de personnes débarquent sur les plages et les rivages tous les jours sans aucune solution en perspective.

Tandis qu’à Washington on se chamaille comme de vulgaires chiffoniers au sein même de l’Etat profond alors que certains Etats de l’Union s’écroulent et  alors que l’Europe se noie sous le poids d’une nouvelle grande migration humaine, la Chine tisse en toute quiétude ses liens de coopération avec l’Eurasie, l’Afrique et les Amériques. C’est d’ailleurs les chinois qui vont reconstruire la Syrie comme ils le font en Irak.

Les anciennes puissances peuvent toujours menacer. Le monde a profondément changé. Le soleil se lève à l’Est.

https://strategika51.org/archives/21292

Le Cambodge loue un navire-centrale turc pour réduire le manque d’électricité (PM)

Le Cambodge loue un navire-centrale turc pour réduire le manque d’électricité (PM)

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 29/03/2019 20:27

Le Premier ministre cambodgien Hun Sen a annoncé vendredi avoir trouvé un accord avec la Turquie pour la location d’un navire-centrale turc afin de résoudre la pénurie actuelle d’électricité.

« En raison de la pénurie d’électricité cette année, nous devons faire venir un navire-centrale d’une puissance d’environ 200 mégawatts, à Phnom Penh », a-t-il déclaré dans un discours prononcé lors d’un forum entre le gouvernement et le secteur privé.

Avec le soutien du président turc Recep Tayyip Erdogan, les discussions sur la location d’un navire électrique menées entre Electricité du Cambodge et une compagnie d’électricité turque ont abouti à un accord jeudi, a-t-il fait savoir, avant d’ajouter que son pays louerait ce navire-centrale pour au moins trois ans.

Le Cambodge fait face à une pénurie d’électricité de 400 mégawatts pendant la saison sèche, car les centrales hydroélectriques, sa source principale d’électricité, ne sont pas en mesure de produire de l’électricité à plein régime en raison de la pénurie d’eau, a-t-il indiqué, ajoutant que la pénurie d’électricité se poursuivrait jusqu’en juin.

Le pays cherche toujours à acheter davantage d’électricité au Vietnam, au Laos et à la Thaïlande pour compenser la pénurie actuelle.

Selon le ministère des Mines et de l’Energie, l’alimentation en électricité du Cambodge en 2018 était de 2.650 mégawatts, dont 1.329 mégawatts produits par des barrages hydroélectriques.

Cretinho pour de bon ?

Cretinho pour de bon ?

Publié le 23 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisMoyen-OrientAmérique latine

Qui pourrait oublier les ondes de choc provoquées par l’élection de Donald Trump à la présidence américaine en novembre 2016 ?

Le système impérial est en pleine crise de nerf : banksters, volaille médiatique, euronouilles et néo-conservateurs sont en émoi. Ce ne sont que sanglots dans la voix, yeux mouillés et regrets éternels.

Après le Brexit, voilà un nouveau coup dur pour l’establishment qui nous assurait pourtant que l’abominable Donald des neiges n’avait aucune chance. Comme pour le Brexit, comme pour le référendum de 2005… A l’Elysée, Flamby n’avait préparé qu’une seule lettre de félicitations (pour Clinton !) tandis que la clique américanisante est sous le choc en Allemagne. Quant à la boboïtude médiatique, n’en parlons pas… Les soutiens internationaux de Clinton, eux, font grise mine et l’on imagine aisément les visages tirés et soucieux à Riyad, Kiev ou Doha.

En un mot comme en cent :

Depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts. Il était prévisible que le Deep State ferait tout pour harceler, pressurer et finalement récupérer l’indélicat occupant de la Maison Blanche, et torpiller le possible rapprochement américano-russe. A plusieurs reprises, nos Chroniques se sont demandées si le Donald s’était couché devant le marais qu’il était censé drainer : démission forcée de Flynn en février 2017, false flagchimique de Khan Cheikhoun et débarquement de Bannon en avril 2017, menaces ubuesques et cyniques contre Assad en juin 2017, nouveau false flag chimique de Douma et nomination du moustachu néo-con Bolton en avril 2018, retrait de l’accord sur le nucléaire iranien et transfert de l’ambassade US à Jérusalem en mai 2018, soumission à la junte ukrano-américaine lors de l’incident de Kertch en décembre 2018, tentative flagrante de putsch au Venezuela depuis janvier 2019, attaques répétées contre le Nord Stream II, multiplications des sanctions contre à peu près tout le monde… Ca fait beaucoup.

Et pourtant, subsistait toujours un doute. Le Donald faisait de la résistance, par exemple en rencontrant (se soumettant à, selon le système impérial) Poutine par deux fois (juillet 2017 et juillet 2018), en insistant plusieurs fois sur un retrait américain de Syrie, ou encore en critiquant sans gants l’OTAN et l’UE.

Faut-il parler au passé de ce regimbement contre l’Etat profond ? Creinho a-t-il définitivement remplacé Donaldinho ? L’évolution récente pousse en ce sens. Trump semble une nouvelle fois (une fois de trop ?) avoir flanché en renonçant au retrait syrien. Certaines rumeurs prétendent qu’un millier de soldats US (la moitié du contingent actuel) resterait dans les zones reprises par les Kurdes à Daech dans l’Est du pays, toujours dans l’optique de couper l’axe chiite, objectif principal de l’empire au Moyen-Orient. A noter tout de même que le général Dunford, chef d’état-major des armées, a réfuté le chiffre, déclarant qu’il n’y avait « aucun changement au plan annoncé en février » et que les militaires continuaient « à mettre en œuvre le plan du président pour n’y laisser qu’une présence résiduelle ». Résiduelle, certes, mais pas absente comme il était prévu initialement. Et le renouvellement de l’aide financière aux inénarrables Casques blancs, « héroïques » selon la terminologie orwellienne de Washington, pourrait indiquer un prochain false flag chimique. Douce coïncidence, ils ont souvent lieu en avril…

La reconnaissance du plateau du Golan comme faisant partie d’Israël n’est pas trumpienne en soi et le Congrès planche déjà sur la question depuis quelques mois. La chose peut d’ailleurs être vue sous deux angles différents : On continue à rogner l’arc chiite en restant en Syrie et on vous donne en plus le Golan ou, au contraire, Prenez le Golan en compensation de notre retrait de la région. Toujours est-il que, si cette annonce a évidemment été reçue avec contentement à Tel Aviv, elle a provoqué un tollé partout ailleurs : Russie, Iran, Chine, Turquie, Tulsi, euronouilles etc., tous s’opposent à cette décision illégale et dangereuse. Les justifications délirantes qui accompagnent l’oukase de Washington – Dieu a envoyé Trump pour sauver Israël de l’Irandixit Pompeo – est représentative des visions eschatologiques des grands empires finissants à travers l’histoire.

Puisque l’on parle de délire, la tragi-comique visite de Bolsonaro aux Etats-Unis figure également en bonne place. Excursion surprise au QG de la CIA, déclarations infantiles du neuneu Ministre de l’économie (« We love Disneyland and Coca Cola ») et surtout, proposition du Donald d’intégrer le Brésil dans l’OTAN ! Pour celui qui, il y a deux ans, pensait sérieusement mettre fin à l’Alliance atlantique, quel retournement de veste… Il y a peu de chance que ce scénario illusoire, d’ailleurs immédiatement remis en cause par les euronouilles (il n’y a que nous, les Européens, qui pouvons être vos vassaux au sein de l’OTAN), aboutisse. En sus des raisons déjà invoquées, il ne prendra pas parmi l’establishment militaire brésilien, passablement énervé par les génuflexions de Bolsonaro devant l’empire et inquiet de l’utilisation du Brésil comme base arrière d’une éventuelle intervention au Venezuela.

Puisque nous en parlons, des bruits font de plus en plus état d’une possible opération militaire américaine contre Maduro. Si tel est le cas, ce qui reste quand même à vérifier, les Follamours du Potomac sont-ils tout à fait sérieux ? Veulent-ils réellement engager l’empire déclinant dans un énième bourbier ? Rien n’est moins sûr, mais le fait même que l’on évoque la possibilité en dit long sur la mue d’un président qui s’était fait élire sur un programme dénonçant les coûteuses et pathétiques guerres de Washington. Les zélotes impériaux de la guerre froide contre Moscou se portent à merveille et claironnent sur tous les toits leur désir d’en découdre, tandis que des pans entiers de l’électorat du Donald, échauffés par ses multiples trahisons, intérieures comme internationales, se détournent de lui.

On en saura plus très bientôt, alors que le point final a été mis au rapport Mueller, censé enquêter sur la supposée collusion entre Trump et Moscou. Rien ne dit qu’il sera rendu public, mais il a été remis à la justiceet ses principales conclusions le seront sans doute au Congrès ces prochaines heures. L’absence de révélations fracassantes ou d’inculpations serait un coup énorme porté au Deep State qui, depuis deux ans, pourrit la présidence du Donald, peut-être ainsi obligé de donner des gages guerriers à son adversaire. Verra-t-on alors un nouveau retournement de veste de la Houppette blonde, revenant aux sentiments relativement pacifistes qui l’habitaient à ses débuts ? Les jours prochains nous en diront plus…

Les banques centrales au service des Maîtres de l’Argent

Les banques centrales au service des Maîtres de l’Argent


Par Valentin Katasonov – Le 25 février 2019 – Source Fond Stratégique de la Culture

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À la pyramide des « maîtres de l’argent » – les actionnaires de la Réserve Fédérale Américaine – sont aujourd’hui branchées la plupart des Banques centrales du monde, y compris la Banque de Russie.

Je crois que les lecteurs qui connaissent mes livres se font une bonne idée de l’architecture du système financier international moderne. Il peut être représenté sous la forme d’une pyramide, au sommet de laquelle se trouve la Réserve fédérale américaine, une société privée de type fermé. La Réserve fédérale américaine a des actionnaires, que j’appelle les « maîtres de l’argent ». Ils sont les bénéficiaires du système financier mondial mis en place, et la Réserve fédérale américaine en est le centre de contrôle. Je ne décrirai pas la structure de la pyramide tout entière, mais je noterai qu’au-dessous du sommet de la pyramide, on trouve une institution telle que la Banque centrale européenne (BCE), et qu’au niveau inférieur à celui de la BCE, se trouvent les banques centrales de la zone euro, membres de la BCE. Actuellement, les membres de la BCE sont les  banques centrales de 19 pays européens. Y compris la Banque d’Italie, dont il sera question ci-dessous.


J’ajouterai qu’aujourd’hui la majorité des Banques centrales du monde, y compris la Banque de Russie, sont incluses dans la pyramide des « maîtres de l’argent ». Le contrôle des « maîtres de l’argent » sur les Banques centrales est très efficace car presque toutes ont le statut d’institutions « indépendantes » (indépendantes de leurs États). En dehors de cette pyramide, il n’y a que quelques rares Banques centrales, dont la plus grande est la Banque centrale de la République islamique d’Iran. En ce qui concerne la Banque populaire de Chine (Banque centrale de Chine), sa position dans le système financier mondial est particulière. Sans entrer dans les détails, je dirai que la BPC pour le moment est partiellement dépendante des « maîtres de l’argent ». La situation de la Banque centrale de Chine est instable et dangereuse (nous traiterons ailleurs de la BPC d’une manière ou d’une autre).

L’Argentine, la Hongrie, la Serbie sont en révolte contre les « maîtres de l’argent ».

En de nombreux pays, la pression exercée par les « maîtres de l’argent » par l’intermédiaire des Banques centrales qui leur sont subordonnées, devient très dure et insupportable. De temps à autre, certains États tentent de soustraire les Banques centrales situées sur leur territoire au contrôle des « maîtres de l’argent », et de les placer sous le contrôle des autorités nationales. Ces tentatives sont rares, on peut les compter sur les doigts d’une main. Il y a environ dix ans, la Présidente de l’Argentine de l’époque, Christina Kirchner, a tenté de prélever environ 1/7 des réserves de change de la Banque centrale (6,6 milliards de dollars) pour payer la dette publique extérieure. C’est ce que la Banque centrale d’Argentine lui a catégoriquement refusé, et les « maîtres de l’argent » ont organisé dans les médias une campagne frénétique de harcèlement à l’encontre d’une femme courageuse. L’affaire ne s’est pas limitée à des attaques de la part des médias. Par décision du tribunal américain, les réserves de la Banque centrale d’Argentine furent gelées. Autre cas : en 2011, le Premier ministre Hongrois, Viktor Orban, avait tenté de faire adopter des amendements par le parlement du pays, annulant le statut « indépendant » de la Banque centrale, en la mettant sous le contrôle du gouvernement. Le hurlement universel a de nouveau retenti, organisé par les médias contrôlés par les « maîtres de l’argent ». Bruxelles a organisé une pression sans précédent sur Viktor Orban, qui a dû faire machine arrière, en retirant les amendements. Les déclarations du Premier ministre Hongrois après sa défaite sont caractéristiques : « La bande de bandits, qui a pris le pouvoir dans l’Union Européenne, s’occupe de la banale mise en esclavage de tous ceux qu’elle a réussi à leurrer ! En Hongrie, ils l’ont compris et tentent de s’échapper. Mais la mafia financière internationale tient fermement les Hongrois à la gorge … ». Et voici une autre déclaration de V. Orban à propos de l’histoire de cette époque : « La Hongrie a été traitée comme une colonie ».

En 2012, la petite Serbie a osé établir un contrôle de l’État sur la Banque centrale (également en modifiant la loi, abolissant son « indépendance »). Elle a été traitée de manière encore plus expéditive que la Hongrie. Quelques jours après l’adoption des amendements limitant « l’indépendance » de la Banque centrale de Serbie, les principales agences de notation ont abaissé la cote de crédit du pays. Par exemple, Fitch a commenté son pronostic négatif comme suit : « Au lieu de se concentrer sur la correction des déficits publics croissants et de la dette publique, le nouveau gouvernement a modifié la loi sur la Banque centrale de manière à miner la confiance des investisseurs, et compliquer la conclusion d’un accord d’un nouveau prêt du FMI ».

Attaques contre les Banques centrales : la Turquie et les États-Unis

Voilà deux événements de la dernière année. L’an dernier, le Président Erdogan a été réélu en Turquie. Pendant la campagne électorale, il a déclaré son intention de pousser la Banque centrale à réduire son taux directeur, qui, en réponse à Erdogan, fut augmenté jusqu’à 17,75%, une semaine avant les élections. Erdogan avait également promis qu’il chercherait une meilleure sélection des cadres dirigeants de la Banque centrale. Les tentatives frontales d’Erdogan pour changer le statut « indépendant » de la Banque centrale  n’ont pas abouti. Cependant, il a essayé de renforcer le statut du Ministère des finances, et de le placer au-dessus de celui de la Banque centrale. La lutte continue.

Un autre cas tout à fait sans précédent. Nous parlons d’une série d’attaques de la part de l’actuel Président des États-Unis, Donald Trump, contre la Réserve fédérale. Les attaques survinrent en réponse à la décision de la Réserve fédérale américaine de continuer à augmenter son taux directeur. Le 26 novembre, dans une interview auWall Street Journal, Trump déclara que « la Fed est devenue un problème beaucoup plus grave que la Chine ». À la fin de l’année dernière, Donald Trump a même menacé de demander la démission du président de la FED, Jerome Powell. Il est clair qu’aucune mesure pratique n’a été prise pour démettre J. Powell de ses fonctions de président de la FED. Mais l’événement est sans précédent. Pour la première fois depuis plus d’un siècle dans l’histoire de la Réserve fédérale américaine, le Président américain a parlé de manière aussi directe et franche de cette institution, qui était et reste le premier pouvoir en Amérique.

Les Euro-sceptiques italiens et la Banque d’Italie : la tension monte.

Et voici une autre « émeute à bord du navire ». Nous parlons de l’Italie. Au début de l’été de l’année dernière, après les élections législatives, un nouveau gouvernement a été formé au sein duquel des représentants des mouvements Cinq Étoiles et de la Ligue du Nord ont pris des positions clés. Ce sont des Euro-sceptiques qui cherchent à réviser sérieusement les relations entre Rome et Bruxelles. Et la condition pour qu’une telle révision ait lieu, est de rétablir l’ordre chez soi, en Italie. Non sans fondement, les Euro-sceptiques se représentent la Banque d’Italie comme un « cheval de Troie » grâce auquel Bruxelles mène sa politique à l’égard de Rome.

Afin de se battre contre la Banque centrale, les Euro-sceptiques italiens doivent obtenir le soutien de millions de citoyens ordinaires. Et, comme il leur semble, ce soutien ne manquera pas. Le fait est que le système bancaire italien est considéré comme l’un des plus faibles, si ce n’est de toute l’Union européenne, au moins à coup sûr de la zone Euro. Une vague de faillites de banques commerciales s’est produite dans le pays, entraînant de lourdes pertes pour des millions de déposants ordinaires. C’est à ces déposants, trompés et volés de la sorte, que les dirigeants du gouvernement euro-sceptique ont fait appel, en attirant leur attention sur le fait que les faillites étaient dues à la faute des dirigeants de la Banque d’Italie, chargée de surveiller les organismes de dépôt et de crédit. Les chefs des deux partis au pouvoir en Italie, les vice-premiers ministres Matteo Salvini (« Ligue du Nord ») et Luigi Di Maio (« Cinq étoiles »), se sont prononcés en faveur d’un changement de la direction de la Banque centrale du pays.

Di Maio (qui est également Ministre Italien du développement économique, du travail et de la politique sociale) a bloqué la nomination de l’un des directeurs généraux adjoints de la Banque, soulignant que la Banque centrale avait besoin d’un renouvellement radical de sa direction. Salvini (qui est en même temps le Ministre de l’intérieur) a pour sa part déclaré que la Banque centrale, dans son problème de personnel, avait besoin de faire « table rase », et non de permutations fragmentaires. Avant cela, les deux Vice-premiers ministres ont fait des allusions insidieuses selon lesquelles le statut de la Banque centrale devrait être radicalement changé, et qu’elle devait être privée de son « indépendance ». Le président du pays, Sergio Mattarella, préfère ne pas aborder ce sujet sensible. Le Premier ministre italien Giuseppe Conte occupe à peu près la même position. Mais le Ministre des finances et de l’économie, Giovanni Tria, ne peut éluder la question, et doit exprimer sa position à ce sujet. Et il parle prudemment en faveur de la préservation de l’indépendance de la Banque centrale.

La Banque d’Italie doit rendre l’or au peuple

Un autre thème lié à la Banque d’Italie est l’or qui figure à son bilan. Une petite remarque : les réserves d’or de l’Italie sont depuis longtemps les quatrièmes plus importantes au monde après les États-Unis, l’Allemagne et le Fonds monétaire international (la France est le pays suivant l’Italie en termes de réserves d’or). Au cours des deux dernières décennies, le volume physique de ces réserves est resté inchangé – 2 451,8 tonnes. En janvier de cette année, la part de l’or dans le volume total des réserves de change italiennes était de 65,5% (l’un des taux les plus élevés, seuls ceux des États-Unis, de l’Allemagne et du Venezuela étant supérieurs). Dans les années 70, lors de la Conférence monétaire et financière internationale en Jamaïque, il avait été décidé de démonétiser le métal jaune. Par conséquent, l’or au bilan des Banques centrales a des allures d’« anachronisme ». Mais cet « anachronisme » est présent dans de nombreuses Banques centrales, et la Banque d’Italie est particulièrement remarquable à cet égard. Bien sûr, l’or peut être qualifié d’argent extraordinaire, et cette qualité ne saurait être annulée par quelque conférence internationale que ce soit. Mais dans ce cas, il serait plus naturel que le métal jaune ne soit pas au bilan de la Banque centrale, mais à celui du Ministère des finances, pour couvrir des dépenses budgétaires extraordinaires. C’est une vérité élémentaire, mais elle a depuis longtemps déjà été retirée des manuels d’économie, sur l’ordre des « maîtres de l’argent ».

Et curieusement, les deux Vice-premiers ministres de l’actuel gouvernement italien se sont souvenus de cette élémentaire vérité. À la fin de l’année dernière, Bruxelles exigea de Rome un budget plus ou moins équilibré. En soufflant à Rome qu’il était possible d’éliminer le déficit budgétaire en procédant à une réforme des retraites (comme celle qui est imposée à notre peuple russe aujourd’hui), et en augmentant les impôts (TVA). Rome a refusé de relever la TVA, et a promis au budget une éventuelle réduction de l’âge de la retraite, et l’introduction d’un revenu de base inconditionnel (d’un montant de 780 euros par personne et de 1 032 euros par famille). Sous la pression de Bruxelles, Rome a difficilement réduit le déficit budgétaire de 2,50 à 2,04% du PIB. Et ensuite, Rome a eu l’idée de liquider le déficit budgétaire en 2019, en vendant une partie de l’énorme réserve d’or de l’Italie (environ 20 milliards d’euros seraient nécessaires). Aux prix actuels, la réserve d’or en Italie est estimée à 103 milliards de dollars, ce qui est suffisant pour combler les déficits budgétaires pendant plusieurs années.

Il n’y a qu’un seul « mais » dans cette phrase. Le gouvernement ne peut pas utiliser l’or, car il figure au bilan de la Banque d’Italie, et cette Banque centrale « indépendante » n’a pas l’intention d’abandonner ce métal au profit du Ministère des finances. Le ballon d’essai a été lancé par les auteurs de l’idée en septembre 2018. Ensuite, un article de l’économiste Gabriele Gatozzi a été publié dans les médias italiens (la première publication a été faite sur le blog du fondateur du Mouvement cinq étoiles, Beppe Grillo). L’auteur a attiré l’attention sur la taille gigantesque de la réserve d’or italienne et sur le fait que, contrairement à de nombreux autres pays européens, l’Italie n’avait jamais vendu sa réserve depuis la Conférence de la Jamaïque de 1976. Il serait temps de tirer parti de cette réserve, surtout si Bruxelles s’attend à un budget équilibré de Rome. Deux mois après la parution de cet article, le chef de la Commission du budget de la Chambre des députés, Claudio Borgi, représentant la « Ligue », a présenté un projet de loi prévoyant l’élimination de l’« anomalie », à savoir la présence de la réserve d’or au bilan de la Banque d’Italie, qui devrait être sous le contrôle direct du gouvernement.

Le 11 février, lors d’une conférence de presse, Matteo Salvini a promis que le gouvernement était prêt à régler le problème de la réserve d’or, en l’amenant à sa bonne fin logique. Il a directement déclaré que les réserves de change du pays appartenaient à ses citoyens et non à la Banque centrale dans laquelle elles sont entreposées. Je soupçonne que cette déclaration a provoqué une véritable panique à Bruxelles, car l’Italie a fait savoir ce que les politiciens et les financiers ont tu pendant de nombreuses années. À savoir que les réserves de change devaient être utilisées dans les intérêts du peuple tout entier. C’est un véritable défi lancé aux « maîtres de l’argent ».

À qui appartiennent les réserves d’or de la Banque de Russie ? Il est temps d’y penser

On transpose involontairement les événements d’Italie dans notre vie russe. Les réserves de change de la Fédération de Russie augmentent à pas de géant. Ainsi, le 1er février 2019, elles s’élevaient à 475,9 milliards de dollars, et l’année précédente (le 1er février 2018) à 447,3 milliards de USD, pour une croissance annuelle de 28,6 milliards de dollars. À ce rythme, elles pourraient dépasser la barre des 500 milliards de dollars à la fin de cette année, et de temps à autre, les responsables de notre gouvernement annoncent fièrement ces chiffres, et d’autres chiffres similaires. Mais voilà, le gouvernement n’a rien à voir avec ces réserves. L’article 2 de la loi fédérale sur la Banque centrale de la Fédération de Russie dispose que :

« Conformément aux objectifs et aux procédures établis par la présente loi fédérale, la Banque de Russie exerce le pouvoir de posséder, d’utiliser et de disposer des actifs de la Banque de Russie, y compris des réserves en or et en devises de la Banque de Russie. Les retraits et les gages desdits biens sans le consentement de la Banque de Russie ne sont pas autorisés, sauf disposition contraire de la loi fédérale. L’État n’est pas responsable des obligations de la Banque de Russie et la Banque de Russie des obligations de l’État si elles ne les ont pas assumées ou si les lois fédérales ne le prévoient pas autrement. »

Il semble que tout soit clair. S’agissant de la situation des réserves de change de la Fédération de Russie, le dicton « l’œil voit, mais la dent est paralysée » peut être appliqué. Les nouvelles venant d’Italie concernant des initiatives visant à transférer au bilan du Ministère des finances, sinon toutes les réserves de change, du moins leur partie aurifère, devraient secouer les « Représentants du peuple » de la Douma. Au début de l’année 2019, le volume d’or détenu au bilan de la Banque centrale de Russie atteignait 67,9 millions d’onces, soit 2 112 tonnes. Cet or appartient toujours à la Banque de Russie, qui, en fin de compte, n’est pas « responsable des obligations de l’État ». Or, il fut gagné par le travail de millions de nos citoyens, et devrait appartenir à la population. Par conséquent, il devrait appartenir à l’État qui, selon la constitution de la Fédération de Russie, a pour vocation de servir le peuple. Espérons qu’il y aura des forces politiques en Russie qui, à l’instar des Euro-sceptiques italiens, essaieront finalement de museler la Banque centrale, et de la forcer à servir non pas les « maîtres de l’argent », mais le peuple.

Valentin Katasonov

Traduit du russe par Carpophoros, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/les-banques-centrales-au-service-des-maitres-de-largent

 

Urnes, prison, guerre et fluidité syrienne

Urnes, prison, guerre et fluidité syrienne

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Urnes, prison, guerre et fluidité syrienne

L’article de E.J. Magnier ci-dessous a déjà été publié et repris par divers sites, en anglais et en français notamment. Il présente l’hypothèse d’une attaque d’Israël contre des cibles stratégiques syriennes et des cibles stratégiques iraniennes en Syrie selon le sentiment de l’actuel premier ministre israélien Netanyahou sur ses chances de remporter à nouveau la majorité aux élections d’avril, et d’être ou non reconduit dans ses fonctions. L’argument n’est nullement stratégique mais concerne un destin personnel : si Netanyahou perd, il ira devant la justice avec une forte possibilité, pour ne pas dire “de fortes chances”, d’être condamné et d’aller en prison ; s’il a le sentiment qu’il va perdre, il déclenchera l’attaque, c’est-à-dire la guerre, parce que dans ce cas les élections seront postposées, et sa possible condamnation reportée.

D’habitude, Magnier donne des informations assez complètes sur les positions des uns et des autres, dans le camp syrien. Ce texte, essentiellement sinon exclusivement écrit à partir de sources syriennes, se démarque partiellement mais très significativement de la méthode, en ceci qu’il ne dit absolument rien de la position russe en cas de conflit alors que cette question est tout simplement essentielle dans le cas envisagé. Il affirme la solidité et la solidarité complète de l’alliance entre la Syrie et l’Iran, par conséquent par rapport aux positions iraniennes en Syrie. Il donne quelques détails sur une implication US dans ce “projet” de Netanyahou, notamment à partir du constat du déploiement temporaire de batteries de missiles sol-air THAAD.

Par contre, Magnier ne donne aucune précision concernant l’attitude des Russes, sinon un écho de la rencontre Poutine-Netanyahou le 27 février à Moscou au cours de laquelle Poutine aurait dit à Netanyahou qu’il n’avait aucun pouvoir sur l’alliance entre la Syrie et l’Iran, et par conséquent aucun moyen d’agir sur la présence des Iraniens en Syrie (en faveur d’un retrait, comme le demandent les Israéliens). C’est assez maigre et finalement assez négatif pour la Russie, indiquant implicitement que cet acteur majeur de la crise, soit n’a aucun pouvoir réel sur une composante majeure de la situation, soit s’en lave les mains en se tenant en retrait.

On notera aussitôt que, sur cette question de la position de la ,position actuelle de la Russie dans ce qui reste, – qui est plus que jamais même si en plus soft l’imbroglio syrien, le site DEBKAFiles dont on connaît bien entendu l’orientation, a une toute autre appréciation, qui présente une situation géopolitique complètement différente. Le site israélien estime qu’un changement profond s’est produit depuis la rencontre Poutine-Netanyahou du 27 février, qui place la Russie assez loin, sinon très-loin de ses alliés syriens et iraniens.  Il s’agit d’une nouvelle du 3 mars 2019, confirmée indirectement (répétée) sur le même site le 10 mars 2019selon une analyse très critique de la coalition qui s’oppose à Netanyahou pour les élections du 6 avril. Il s’agit de l’affirmation que les Russes et les Israéliens, ou même plus précisément Poutine et Netanyahou (précision importante pour le côté israélien), ont trouvé un terrain commun qui les détachent de leurs positions conventionnelles et habituelles.

« À Moscou[le 27 février], le général Tamir Hayman, responsable des services de renseignements militaires israéliens, a déployé devant Poutine les cartes montrant les sites militaires iraniens en Syrie. Le but principal de Netanyahou lors de sa rencontre avec Poutine à ce moment-là était d’empêcher l’Iran d’établir une présence militaire en Syrie. Le dirigeant russe a répondu que Jérusalem et Moscou avaient un objectif commun: “rétablir la situation en Syrie comme avant la guerre civile qui durait depuis huit ans”.

» C’est une évolution historique pour les deux hommes. Sa signification épique a été complètement occultée par l’épouvantable campagne électorale[en Israël] et la décision du procureur général sur le dossier de corruption contre le Premier ministre. Ce qui s’est passé à Moscou, c’est que Netanyahou a rompu avec la version conventionnelle de ses propres chefs des services de renseignement, qui ont toujours affirmé qu’Assad avait perdu la guerre et que les forces israéliennes avaient détruit 90% des structures militaires iraniennes en Syrie. Reconnaissant que ni l’une ni l’autre de ces affirmations n’était réaliste, il a conclu un accord avec Poutine pour la création d’une commission conjointe russo-israélienne pour le retrait de toutes les forces étrangères de Syrie.

» Pour Poutine, il s’agit d’un geste audacieux mais calculé. Puisque Assad, dont il avait sauvé le régime, peut se rendre à Téhéran sans dire mot à Moscou[de cette visite], Poutine s’estime justifié d’introduire Israël dans les discussions sur l’avenir de la Syrie. Après les discussions du mois dernier avec l’Iranien Rouhani et le Turc Erdogan à Sotchi, le président russe fait entrer Netanyahou dans l’équation.

» Le Premier ministre s’est également engagé sur un nouveau terrain en acceptant de discuter avec le président russe des moyens de retirer “toutes les forces étrangères” de la Syrie, – tant américaine qu’iranienne, – et même de discuter des arrangements sécuritaires qui prévaudraient après leur départ. »

Bien entendu, l’on connaît ces deux sources que nous consultons régulièrement, leurs orientations politiques et idéologiques quasiment opposées, leurs recours à des sources propres qui vont en général dans le même sens et la tentation normale d’appuyer leurs analyses dans les sens favorisés. Il n’empêche que le crédit de ces deux sites, qui fait leur qualité et leur influence, les empêche d’écrire n’importe quoi et de fabriquer ce que le Système nomme vertueusement, par son expérience même, des totales FakeNewsOn se trouve donc devant deux interprétations de la situation aussi dissemblables et antagonistes que possible, et qu’on ne peut écarter avec dédain et certitude en prononçant : “Fake”.

Par conséquent et de façon symétrique, nous ne nous prononcerons certainement pas dans quelque sens que ce soit. Dans ce cas pour notre compte, l’inconnaissance doit triompher, – justement parce que ces orientations de communication si différentes, et malgré tout envisageable chacun pour ce qu’elle vaut, signalent que la situation syrienne est devenue extrêmement fluide. Tous les acteurs sont affectés par cette transformation de la substance, et par conséquent les lignes de partage, les oppositions tranchées qui pouvaient être distinguées il y a encore quelques mois (par exemple, l’alliance Syrie-Iran-Russie) deviennent plus floues et peut-être insaisissables. La folle situation washingtonienne (“D.C.-la-folle”) avec une présidence de la sorte qu’on voit, un Congrès volatile et incontrôlable, les décisions (“retrait” de Syrie) prises ou pas, exécutées ou pas, tout cela existe comme la toile de fond d’une situation dite d’hégémonie au moins au niveau de la communication, et constitue sans le moindre doute l’un des principaux foyers de l’accélération du désordre caractérisé de plus en plus par la perte de contrôle des grands axes d’intervention et des logiques à mesure. La situation syrienne évolue dans un cadre d’une étrange structuration d’“hyperdésordre”, dont le principal responsable (les USA) se trouvent écartés par leur propre tourbillon crisique intérieur.

Ci-après, le texte de Elijah J. Magnier du 7 mars 2019, traduit sur le site de l’auteur et pour la version française par Daniel G., et dont le titre complet est « La Syrie prépare ses missiles en vue de la prochaine bataille l’opposant à Israël ».

dedefensa.org

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La Syrie prépare ses missiles…

La Syrie et ses alliés préparent leurs missiles en vue de la bataille à venir contre Israël si Tel-Aviv décide d’ouvrir le feu contre des positions militaires importantes sous le contrôle de l’armée syrienne.

Des sources bien informées affirment que « tout dépend de la tournure que prendront les élections israéliennes. Si le premier ministre Benjamin Netanyahou estime qu’il a suffisamment de chances d’obtenir un second mandat, il ne se lancera pas dans un nouvel affrontement avec la Syrie et ses alliés de sitôt. La date de la prochaine bataille sera remise à plus tard. Mais s’il croit qu’il va perdre les élections, la possibilité qu’il se lance dans une bataille est très élevée. Un affrontement sérieux entre Israël d’une part, et la Syrie et l’Iran d’autre part, serait un motif suffisant pour reporter les élections. Netanyahou n’a pas grand choix : soit il remporte les élections et repousse l’action en justice contre lui, soit il se retrouve en prison ».

Le commandement des forces des USA en Europe (EUCOM) a récemment envoyé des avions militaires ainsi que 200 soldats américains, qui transportaient des batteries de missiles du système de défense antimissile balistique  THAAD  devant être déployées au sud d’Israël. La raison officielle du déploiement de ce système perfectionné ultramoderne serait en vue d’un exercice conjoint entre Israël et les USA. Les batteries du système THAAD soutiendront les systèmes d’interception de missiles déjà en place en Israël : “Dôme de fer” contre les missiles à courte portée, “Fronde de David” contre les missiles tactiques et “Arrow” contre les missiles balistiques intercontinentaux.

« Les USA ne font pas confiance au système israélien, d’où le déploiement du système THAAD pour abattre les missiles lancés par les forces syriennes ou iraniennes déployées en Syrie, comme elles l’ont promis en cas de bataille provoquée par Netanyahu. La Syrie et l’Iran ont promis tous les deux une riposte immédiate si Israël bombarde des positions militaires importantes dans ces deux pays. C’est pourquoi les USA ont décidé de prendre part à cet affrontement, car ils sont convaincus que toute nouvelle bataille sera dévastatrice pour les deux parties. »

La visite du président Bachar al-Assad à Téhéran [le 25 février] a clairement indiqué à toutes les parties impliquées dans la guerre en Syrie, tout particulièrement l’UE et les USA, que Damas ne demandera jamais à l’Iran de se retirer de la Syrie pour plaire à des tiers ou en échange de la reconstruction du pays ou de la normalisation des relations entre les Arabes et la Syrie ou entre l’Occident et la Syrie.

« La visite du président syrien en Iran a permis au président Poutine d’expliquer à son visiteur Netanyahou que Moscou ne peut aider Israël à obtenir le retrait de l’Iran de la Syrie. Les liens entre la Syrie et l’Iran sont solides (a expliqué Poutine à son invité, d’après ce qui a été rapporté à Damas) et la Russie n’est pas en mesure de faire changer cette relation stratégique entre les deux pays », a indiqué la source.

Elijah J. Magnier

http://www.dedefensa.org/article/urnes-prisonguerre-et-fluidite-syrienne