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Les succès de la diplomatie russe au Moyen-Orient

Les succès de la diplomatie russe au Moyen-Orient

par Thierry Meyssan

Les changements politiques qui transforment le Moyen-Orient depuis deux mois sont la résultante non pas de l’écrasement de protagonistes, mais de l’évolution des points de vue iranien, turc et émirati. Là où la puissance militaire états-unienne a échoué, la finesse diplomatique russe a réussi. Refusant de se prononcer sur les crimes des uns et des autres, Moscou parvient à pacifier lentement la région.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 20 AOÛT 2019 عربيESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEΕΛΛΗΝΙΚΆРУССКИЙENGLISH

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Depuis cinq ans, la Russie a multiplié les démarches pour rétablir le Droit international au Moyen-Orient. Elle s’est particulièrement appuyée sur l’Iran et la Turquie dont elle ne partage pourtant pas la manière de penser. Les premiers résultats de ce patient exercice diplomatique redessinent les lignes de partage au sein de plusieurs conflits.

De nouveaux rapports de force et un nouvel équilibre se mettent discrètement en place dans la vallée du Nil, au Levant et dans la péninsule arabique. Au contraire, la situation se bloque dans le Golfe persique. Ce changement considérable et coordonné touche différents conflits apparemment sans lien entre eux. Il est le fruit de la patiente et discrète diplomatie russe [1] et, dans certains dossiers, de la relative bonne volonté US.

À la différence des États-Unis, la Russie ne cherche pas à imposer sa vision du monde. Elle part au contraire de la culture de ses interlocuteurs qu’elle modifie par petites touches à son contact.

Recul des jihadistes et des mercenaires kurdes en Syrie

Tout à commencé le 3 juillet : un des cinq fondateurs du PKK, Cemil Bayik, publiait une tribune libre dans le Washington Postappelant la Turquie à ouvrir des négociations en levant l’isolement de son prisonnier le plus célèbre : Abdullah Öcalan [2]. Soudain, les visites en prison du leader des Kurdes autonomistes de Turquie, interdites depuis 4 ans, furent à nouveau autorisées. Cette ouverture fut immédiatement considérée comme une trahison par le Parti républicain du peuple qui manqua à l’appel de l’AKP le 23 juin à Istanbul, infligeant une sévère défaite électorale au candidat du président Erdoğan.

Simultanément, les combats reprenaient dans la zone occupée par Al-Qaïda au Nord de la Syrie, le gouvernorat d’Idleb. Cet Émirat islamique n’a pas d’administration centrale, mais une multitude de cantons affectés à des groupes combattants divers. La population est nourrie par des « ONG » européennes affiliées aux services secrets de ces pays et la présence de l’armée turque dissuade les jihadistes de tenter de conquérir le reste de la Syrie. Cette situation étant peu avouable, la presse otanesque présente l’Émirat islamique d’Idleb comme le paisible refuge des « opposant modérés à la dictature d’Assad » Soudain, Damas, appuyé par un soutien aérien russe, a commencé à reconquérir le territoire et l’armée turque à se retirer en silence. Les combats sont extrêmement meurtriers, en tout premier lieu pour la République. Cependant, après plusieurs semaines, l’avancée est notable, de sorte que si rien ne l’arrête, la province pourrait être libérée en octobre.

Le 15 juillet, à l’occasion du troisième anniversaire de la tentative de l’assassinat dont il fut l’objet et du coup d’État improvisé qui suivit, le président Erdoğan annonçait la redéfinition de l’identité turque, non plus sur une base religieuse, mais nationale [3]. Il révélait aussi que son armée allait balayer les forces du PKK en Syrie et transférer une partie des réfugiés syriens dans une zone frontalière de 30 à 40 kilomètres de profondeur. Cette zone correspond à peu près à celle dans laquelle le président Hafez el-Assad avait autorisé, en 1999, les Forces turques à réprimer d’éventuels tirs d’artillerie kurde. Après avoir annoncé que le Pentagone ne pouvait pas abandonner ses alliés kurdes, des émissaires états-uniens vinrent à Ankara faire le contraire et approuver le plan turc. Il s’avère que, comme nous l’avons toujours dit, les chefs du « Rojava », ce pseudo État autonome kurde en terre syrienne, sont presque tous de nationalité turque. Ils occupent donc la région qu’ils ont nettoyée ethniquement. Leurs troupes, de nationalité syrienne, envoyèrent alors des émissaires à Damas pour demander la protection du président Bachar el-Assad. Rappelons que les Kurdes sont une population nomade sédentarisée au début du XXème siécle. Selon la Commission King-Crane et la conférence internationale de Sèvres (1920), un Kurdistan n’est légitime que dans l’actuel territoire turc [4].

Il est peu probable que la France et l’Allemagne laisseront la Syrie reconquérir la totalité de l’Émirat islamique d’Idleb et abandonneront leur fantasme de Kurdistan, n’importe où (en Turquie, en Iran, en Iraq ou en Syrie, mais pas en Allemagne où ils sont pourtant un million). Ils pourraient y être contraints.

De même, malgré les discussions actuelles, il est peu probable que si la Syrie se décentralise, elle accorde la moindre autonomie à la région qui fut occupée par les Kurdes turcs.

Après plusieurs années de blocage, la libération du Nord de la Syrie repose uniquement sur le changement de paradigme turc, fruit des erreurs états-uniennes et de l’intelligence russe.

Partition de facto du Yémen

Au Yémen, l’Arabie saoudite et Israël soutiennent le président Abdrabbo Mansour Hadi en vue d’exploiter les réserves pétrolières qui sont à cheval sur la frontière [5]. Ce dernier doit faire face au soulèvement des zaïdites, une école du chiisme. Avec le temps, les Saoudiens ont reçu l’aide des Émiratis, et la Résistance zaïdites de l’Iran. Cette guerre, alimentée par les Occidentaux, provoque la pire famine du XXIème siècle.

Cependant, contrairement à l’organisation des deux camps, le 1er août, les gardes-côtes émiratis ont signé un accord de coopération transfrontalier avec la police des frontières iranienne [6]. Le même jour, le chef de la milice yéménite financée par les Émirats (dite « Conseil de transition du Sud » ou « Ceinture de sécurité » ou encore « séparatistes »), Abu Al-Yamana Al-Yafei, a été assassiné par les Frères musulmans du parti Islah financé par l’Arabie saoudite [7].

À l’évidence l’alliance entre deux princes héritiers d’Arabie et des Émirats, Mohammed ben Salmane (« MBS ») et Mohammed ben Zayed Al Nahyane (« MBZ »), est malmenée.

Le 11 août la milice soutenue par les Émirats prenait d’assaut le palais présidentiel et divers ministères à Aden, malgré le soutien de l’Arabie au président Hadi ; lequel était déjà réfugié depuis longtemps à Riyad. Le lendemain, « MBS » et « MBZ » se rencontraient à La Mecque en présence du roi Salmane. Ils rejetaient le coup d’État et appelaient leurs troupes respectives au calme. Le 17 août les pro-Émiratis évacuaient en bon ordre le siège du gouvernement.

Durant la semaine où les « séparatistes » avaient pris Aden, les Émirats contrôlaient de facto les deux rives du très stratégique détroit de Bab el Mandeb reliant la mer Rouge à l’océan Indien. Maintenant que Riyad a préservé son honneur, il va falloir accorder une contrepartie à Abou Dhabi.

Sur ce champ de bataille, le changement est imputable aux seuls Émirats qui, après avoir payé un lourd tribu, tirent la leçon de cette guerre ingagnable. Prudents, ils se sont d’abord rapprochés des Iraniens avant d’envoyer ce coup de semonce à leur puissant allié et voisin saoudien.

Chaises musicales au Soudan

Au Soudan, après que le président Omar el-Béchir (Frère musulman dissident), ait été renversé par des manifestations de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC) et que la hausse du prix du pain ait été annulée, un Conseil militaire de transition était placé au pouvoir. Dans la pratique, cette révolte sociale et quelques milliards de pétro-dollars permettait à l’insu des manifestants de faire passer le pays d’une tutelle qatarie à une autre saoudienne [8].

Le 3 juin, une nouvelle manifestation de l’ALC était dispersée dans le sang par le Conseil militaire de transition, faisant 127 morts. Face à la condamnation internationale, le Conseil militaire engageait des négociations avec les civils et concluait un accord le 4 août, qui fut signé le 17. Pour une période de 39 mois, le pays sera gouverné par un Conseil suprême de 6 civils et de 5 militaires, dont l’accord ne précise pas les identités. Ils seront contrôlés par une Assemblée de 300 membres nommés et non pas élus, comprenant 67 % de représentants de l’ALC. Il n’y a évidemment rien de démocratique là dedans et aucune des parties ne s’en plaint.

L’économiste Abdallah Hamdok, ancien responsable de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique deviendra Premier ministre. Il devrait obtenir la levée des sanctions dont le Soudan fait l’objet et réintégrer le pays dans l’Union africaine. Il fera juger l’ancien président Omar el-Béchir dans le pays afin de lui garantir de ne plus pouvoir être extradé à La Haye, devant le Tribunal pénal international.

Le véritable pouvoir sera détenu par le « général » Mohammed Hamdan Daglo (dit « Hemetti »), qui n’est pas général, ni même soldat, mais chef de la milice employée par « MBS » pour mater la Résistance yéménite. Durant ce jeu de chaises musicales, la Turquie —qui dispose d’une base militaire sur l’île soudanaise de Suakin pour encercler l’Arabie saoudite— n’a rien dit.

De fait la Turquie accepte de perdre à Idleb et au Soudan pour gagner contre les mercenaires pro-US kurdes. Seul ce dernier enjeu est vital pour elle. Il aura fallu beaucoup de discussions pour qu’elle se rende compte qu’elle ne pouvait pas gagner sur tous les tableaux à la fois et qu’elle hiérarchise ses priorités.

Les États-Unis contre le pétrole iranien

Londres et Washington poursuivent leur concurrence, entamée il y a soixante dix ans, pour contrôler le pétrole iranien. Comme à l’époque de Mohammad Mossadegh, la Couronne britannique entend décider seule ce qui lui appartient en Iran [9]. Tandis que Washington, ne veut pas que ses guerres contre l’Afghanistan et l’Iraq profitent à Téhéran (conséquence de la doctrine Rumsfeld/Cebrowski) et entend fixer le prix mondial de l’énergie (doctrine Pompeo) [10].

Ces deux stratégies se sont télescopées lors de la saisie du pétrolier iranien Grace 1 dans les eaux de la colonie britannique de Gibraltar. L’Iran a, à son tour, arraisonné deux tankers britanniques dans le détroit d’Ormuz prétendant —insulte suprême— que le principal transportait du « pétrole de contrebande », c’est-à-dire du pétrole subventionné iranien acheté par Londres au marché noir [11]. Lorsque le nouveau Premier ministre, Boris Johnson, réalisa que son pays était allé trop loin, il eut la « surprise » de voir la justice « indépendante » de sa colonie libérer le Grace 1. Immédiatement Washington émit un mandat pour le saisir à nouveau.

Depuis le début de cette affaire, les Européens font les frais de la politique états-unienne et protestent sans grandes conséquences [12]. Seuls les Russes défendent non pas leur allié iranien, mais le Droit international comme ils l’ont fait à propos de la Syrie [13] ce qui leur permet d’avoir une ligne politique toujours cohérente.

Dans ce dossier, l’Iran fait preuve d’une très grande ténacité. Malgré le virage clérical de l’élection de cheik Hassan Rohani, en 2013, le pays se réoriente vers la politique nationale du laïque Mahmoud Ahmadinejad [14]. Son instrumentation des communautés chiites en Arabie saoudite, à Bahreïn, en Iraq, au Liban, en Syrie, au Yémen pourrrait se transformer en un simple soutien. Là encore, c’est des longues discussions d’Astana que ce qui est évident pour les uns l’est devenu pour les autres.

Conclusion

Avec le temps, les objectifs de chaque protagoniste se hiérarchisent et leurs positions se précisent.

Conforme à sa tradition, la diplomatie russe ne cherche pas, à la différence de l’états-unienne, à redessiner les frontières et les alliances. Elle tente de démêler les objectifs contradictoires de ses partenaires. Ainsi a t-elle aidé l’ancien Empire ottoman et l’ancien Empire perse à s’éloigner de leur définition religieuse (les Frères musulmans pour le premier, le chiisme pour le second) et à revenir à une définition nationale post-impériale. Cette évolution est extrêmement visible en Turquie, mais suppose un changement de têtes en Iran pour se réaliser. Moscou ne cherche pas à « changer les régimes », mais certains aspects des mentalités.

Thierry Meyssan

[1] Voir les paragraphes 3, 4, 5 et 10 de la « Déclaration conjointe de la Russie, de l’Iran et de la Turquie relative à la Syrie », Réseau Voltaire, 2 août 2019, et les comparer avec les déclarations des réunions précédentes.

[2] “Now is the moment for peace between Kurds and the Turkish state. Let’s not waste it”, by Cemil Bayik, Washington Post (United States) , Voltaire Network, 3 July 2019.

[3] « La Turquie ne s’alignera ni sur l’Otan, ni sur l’OTSC », « La Turquie renonce une seconde fois au Califat », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 et 13 août 2019.

[4] « Les projets de Kurdistan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 septembre 2016.

[5] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[6] « إيران والإمارات توقعان اتفاقا للتعاون الحدودي« , RT, 01/08/19.

[7] “Missile fired by Yemen rebels kills dozens of soldiers in port city of Aden”, Kareem Fahim & Ali Al-Mujahed, The Washington Post, August 1, 2019.

[8] « Le renversement d’Omar el-Béchir », par Thierry Meyssan ; « Le Soudan est passé sous contrôle saoudien », « La Force de réaction rapide au pouvoir au Soudan », Réseau Voltaire, 16, 20 & 24 avril 2019.

[9] « Londres défend ses lambeaux d’Empire face à l’Iran », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 23 juillet 2019.

[10] « La nouvelle Grande stratégie des États-Unis », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 26 mars 2019. “Advancing the U.S. Maximum Pressure Campaign On Iran” (Note : The graph was distributed with the text !), Voltaire Network, 22 April 2019.

[11] « Royaume-Uni/Iran : « Grace 1 » et « British Heritage » », Réseau Voltaire, 11 juillet 2019.

[12] « Déclaration conjointe des chefs d’État et de gouvernement de France, d’Allemagne et du Royaume-Uni à propos de l’Iran », Réseau Voltaire, 14 juillet 2019.

[13] “Russian comment on the seizure of the Panama-flagged tanker by Gibraltar authorities ”, Voltaire Network, 5 July 2019.

[14] Par laïque, nous entendons que le très mystique président Ahmadinejad voulait séparer les institutions religieuses et politiques et mettre fin à la fonction platonicienne du Guide de la Révolution.

https://www.voltairenet.org/article207362.html

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[1] Voir les paragraphes 3, 4, 5 et 10 de la « Déclaration conjointe de la Russie, de l’Iran et de la Turquie relative à la Syrie », Réseau Voltaire, 2 août 2019, et les comparer avec les déclarations des réunions précédentes.

[2] “Now is the moment for peace between Kurds and the Turkish state. Let’s not waste it”, by Cemil Bayik, Washington Post (United States) , Voltaire Network, 3 July 2019.

[3] « La Turquie ne s’alignera ni sur l’Otan, ni sur l’OTSC », « La Turquie renonce une seconde fois au Califat », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 et 13 août 2019.

[4] « Les projets de Kurdistan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 septembre 2016.

[5] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[6] « إيران والإمارات توقعان اتفاقا للتعاون الحدودي« , RT, 01/08/19.

[7] “Missile fired by Yemen rebels kills dozens of soldiers in port city of Aden”, Kareem Fahim & Ali Al-Mujahed, The Washington Post, August 1, 2019.

[8] « Le renversement d’Omar el-Béchir », par Thierry Meyssan ; « Le Soudan est passé sous contrôle saoudien », « La Force de réaction rapide au pouvoir au Soudan », Réseau Voltaire, 16, 20 & 24 avril 2019.

[9] « Londres défend ses lambeaux d’Empire face à l’Iran », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 23 juillet 2019.

[10] « La nouvelle Grande stratégie des États-Unis », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 26 mars 2019. “Advancing the U.S. Maximum Pressure Campaign On Iran” (Note : The graph was distributed with the text !), Voltaire Network, 22 April 2019.

[11] « Royaume-Uni/Iran : « Grace 1 » et « British Heritage » », Réseau Voltaire, 11 juillet 2019.

[12] « Déclaration conjointe des chefs d’État et de gouvernement de France, d’Allemagne et du Royaume-Uni à propos de l’Iran », Réseau Voltaire, 14 juillet 2019.

[13] “Russian comment on the seizure of the Panama-flagged tanker by Gibraltar authorities ”, Voltaire Network, 5 July 2019.

[14] Par laïque, nous entendons que le très mystique président Ahmadinejad voulait séparer les institutions religieuses et politiques et mettre fin à la fonction platonicienne du Guide de la Révolution.

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Syrie : la Turquie dépêche un convoi en soutien aux rebelles, Damas dénonce une action «agressive»

Syrie : la Turquie dépêche un convoi en soutien aux rebelles, Damas dénonce une action «agressive»

19 août 2019, 13:15

Syrie : la Turquie dépêche un convoi en soutien aux rebelles, Damas dénonce une action «agressive»

© Murad Sezer Source: ReutersUn véhicule blindé de transport de troupe de l’armée turque (image d’illustration).

Damas accuse Ankara de soutenir les terroristes, après l’envoi d’un convoi chargé de munitions de l’armée turque dans la province d’Idleb, dans le nord de la Syrie. Les autorités turques affirment que leur convoi a été visé, faisant plusieurs morts.

Dans le conflit syrien, la Turquie poursuit sa politique du fait accompli. Ce 19 août, un convoi de l’armée turque chargé de munitions a franchi la frontière. Avec pour but, selon l’agence de presse syrienne SANA qui cite une source proche du ministère syrien des Affaires étrangères, d’apporter un soutien logistique aux milices pro-turques dans le gouvernorat d’Idleb. Damas va jusqu’à accuser la Turquie de chercher à «aider les terroristes vaincus de Jahbat al-Nosra [groupe terroriste affilié à al-Qaïda]».

L’entrée du convoi turc en Syrie a été confirmée par un correspondant de l’AFP sur place qui a fait état d’environ 50 véhicules militaires, dont des blindés, des transporteurs de troupes et au moins cinq chars. La colonne se dirigeait vers Maaret al-Noomane, ville située à 15 kilomètres au nord de Khan Cheikhoun, dans le sud de la province d’Idleb.

Ankara condamne l’attaque de son convoi

Plus tard, le ministère turc de la Défense, cité par Reuters, a rapporté que ce convoi aurait été attaqué par une frappe aérienne qui aurait fait trois morts civils et 12 blessés, selon Ankara. Les autorités syriennes n’ont pas commenté dans l’immédiat. 

Toutefois, une source du ministère syrien des Affaires étrangères et des Expatriés citée par Sana (avant l’attaque du convoi turc) avait expliqué tenir la Turquie pour «pleinement responsable des conséquences de cette violation flagrante de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la République arabe syrienne». Dénonçant «une violation scandaleuse des dispositions du droit international», la même source avait par ailleurs averti que l’armée syrienne continuerait «à traquer» les derniers terroristes présents à Khan Cheikhoun et dans les autres régions du pays.

Damas dénonce une manœuvre «agressive» 

Lire aussiSyrie : la Turquie annonce une offensive contre les forces kurdes au-delà de l’Euphrate

L’envoi du convoi par Ankara, qualifié selon Reuters de manœuvre «agressive» par Damas, pourrait rendre la situation dans le nord de la Syrie encore plus explosive. «Des véhicules turcs chargés de munitions […] ont pris la direction de Khan Cheikhoun pour secourir les terroristes […], ce qui confirme encore une fois le soutien apporté par le régime turc aux groupes terroristes», a fustigé une source au ministère syrien des Affaires étrangères, citée par l’agence officielle Sana. «Ce comportement hostile du régime turc n’affectera en aucun cas la détermination de l’armée syrienne à continuer à traquer le reste des terroristes à Khan Cheikhoun jusqu’à ce que tout le territoire syrien soit nettoyé», a ajouté la même source, citée par l’AFP. 

La veille, l’armée régulière syrienne est entrée dans la ville de Khan Cheikhoun, pour la première fois depuis 2014. Depuis plusieurs jours, l’armée syrienne progresse avec succès sur le terrain, repoussant des groupes armés djihadistes, dont Hayat Tahrir al Cham, ainsi que des rebelles soutenus par Ankara.

Lire aussi : Syrie : une base russe ciblée par des drones explosifs, Moscou annonce avoir repoussé l’attaque

International

https://francais.rt.com/international/65077-syrie-turquie-depeche-convoi-soutien-rebelles-damas-condamne-action-agressive?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications

La Turquie renonce une seconde fois au Califat

La Turquie renonce une seconde fois au Califat

par Thierry Meyssan

En islam, le rôle du pape n’échoit pas à un théologien, mais comme dans le Christianisme à l’époque romaine, au chef d’État le plus puissant. La fonction de calife est donc devenue un enjeu politique bien plus que spirituel. Après avoir cru que le Califat de Daesh offrait à la Turquie la possibilité de retrouver sa grandeur ottomane, le président Erdoğan a réalisé qu’au contraire, il précipitait son pays dans la barbarie.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 13 AOÛT 2019 عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆITALIANOPORTUGUÊSРУССКИЙROMÂNĂESPAÑOLTÜRKÇE

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Message vidéo du président Erdoğan à l’occasion de la Fête du sacrifice 2019.

Au XVIIIème siècle, lors de la guerre de Crimée, le Tsar fut le premier chef d’État à reconnaître le double rôle politique et spirituel du calife. Constantinople avait perdu militairement, mais son sultan conservait un pouvoir sur les âmes des Tatars.

Les sultans s’étaient auto-proclamés successeurs de Mahomet au nom de la place qu’ils avaient conquise dans l’Histoire du monde musulman par la puissance de leur sabre. En l’absence de rivaux, ils assumaient la direction spirituelle de ces fidèles, y compris hors de leur Empire.

À la fin de la Première Guerre mondiale, lorsque celui-ci fut définitivement vaincu et dissout, Mustafa Kémal se trouva bien embarrassé de cet héritage. Il tenta de séparer le pouvoir temporel qu’il avait pris en main, du pouvoir spirituel, qu’il essaya vainement de transmettre successivement à une personnalité arabe, puis à une autre indienne. En définitive, il ne trouva d’autre issue que d’abolir le Califat, le 5 mars 1924, afin de pouvoir moderniser la Turquie [1]

Pour le roi d’Angleterre et chef de l’Église anglicane, George V, il devenait possible de récupérer le califat dans une de ses colonies et par là même de s’emparer du pouvoir spirituel sur l’ensemble des musulmans. C’est ce que tenta vainement le roi Fouad Ier en Égypte colonisée.

En 1928, Hassan el-Banna créa la Confrérie des Frères musulmans pour régénérer la société égyptenne. Son activité était exclusivement moralisatrice. Cependant, elle posa dès le départ qu’une fois le mode de vie du peuple « islamisé », il faudrait rétablir l’unité des musulmans autour du Califat, puis de l’étendre au monde. Le roi Fouad Ier vit en elle un puissant soutien à son régime collaborationniste avec l’Empire britannique. Elle présenta donc des candidats aux élections législatives de 1942 et fit assassiner le Premier ministre laïque, en 1948, selon les attentes du roi Farouk.

Le philosophe de la Confrérie, Sayyed Qutb décrivit quant à lui le Califat non comme un idéal à atteindre dans un lointain futur, mais comme le fruit mûr de la régénération sociale. Anouar el-Sadate, avec qui il avait servi d’agent de liaison entre la Confrérie et les « Officiers libres », parvint à la présidence égyptienne grâce au soutien de la CIA. Il islamisa la société et prépara sa proclamation comme calife par le Parlement. Mais la Confrérie qui ne l’entendait pas ainsi le fit assassiner par le Jihad islamique d’Ayman al-Zawahiri [2].

Identiquement Daesh a pu considérer —contre l’avis d’Ayman al-Zahawiri, devenu émir d’Al-Qaïda— qu’il avait imposé l’ordre « islamique » et atteint la société parfaite à Rakka. Ils était donc en droit de proclamer le Califat, le 14 juin 2014.

Selon le compte-rendu de la participation des services secrets turcs à la réunion préparatoire de la conquête de l’Iraq par Daesh (Amman, 27 mai au 1er juin 2014), révélé par le quotidien turc Özgür Gündem, cette proclamation n’a pas été évoquée par les participants anglo-israélo-US [3]. Il est donc possible qu’il s’agisse là d’une initiative des mercenaires de l’État islamique allant au-delà de leur mission. Quoi qu’il en soit, pour Ankara, le Califat était l’occasion de reconquérir le pouvoir spirituel perdu sur l’ensemble du monde musulman.

Logiquement la Turquie islamiste a soutenu sans réserve Daesh. Seule la Russie a dénoncé cet état de fait, d’abord lors du G20 d’Antalya (novembre 2015), puis à travers cinq rapports de Renseignement remis au Conseil de sécurité des Nations unies entre le 29 janvier et le 17 mai 2016 [4].

L’échec militaire du Califat face aux armées syrienne et iraquienne a renvoyé à la Turquie la pire image d’elle-même qu’elle pouvait avoir. Il n’y a pas de différence entre les hordes de cavaliers de Tamerlan fonçant sur Bagdad et les convois de Toyota prenant Mossoul [5]. Pas de différence non plus entre le génocide des non-musulmans —dont les chrétiens arméniens— par le sultan Habdul Hamid II, puis les Jeunes Turcs, et celui des Kurdes yézédis et les décapitations en chaine de laïques. En quelques mois, tout le travail accompli par Mustafa Kémal pour sortir de la barbarie les « enfants du loup des steppes » et construire une Turquie moderne a été réduit à néant.

Il faut donc prendre très au sérieux le changement intervenu à Ankara à l’occasion du 3ème anniversaire de la tentative d’assassinat du président Recep Tayyip Erdoğan à Marmara et du coup d’État improvisé qui suivit. La voie des Frères musulmans a conduit ce pays dans une impasse d’horreur et de violence. Après s’être imaginé comme le « Protecteur » de la Confrérie, l’AKP doit revenir à une séparation de la morale des mœurs et de la politique, dans le sillage d’Atatürk. Ce n’est pas un choix, mais une nécessité vitale [6].

La propagande selon laquelle le pseudo-« Rojava » n’abriterait aucun élément de Daesh et l’accord flou conclu avec les États-Unis à propos du Nord de la Syrie ne changeront rien à ce revirement. Il ne font que repousser à un peu plus tard cette clarification. Ankara ne peut que poursuivre le processus d’Astana-Nour.

C’est pourquoi, dans son message vidéo pour la Fête du Sacrifice, le président Recep Tayyip Erdoğan a rappelé le caractère unitaire de ce rituel en mémoire de la révélation judéo-christiano-musulmane d’Abraham, puis les victoires militaires turques, et terminé par un appel incongru à la prévention routière. Ankara se tourne avec prudence vers une redéfinition de son identité, non plus religieuse, mais nationaliste, non plus exclusive, mais inclusive.Thierry Meyssan

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[1The Inevitable Caliphate ? A History of the Struggle for Global Islamic Union, 1924 to the Present, Reza Pankhurst, Oxford University press, 2013.

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[2] « Les Frères musulmans en tant qu’assassins » par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 21 juin 2019.

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[3] « Daesh réalise le rêve des Frères musulmans : le Califat », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 26 juillet 2019.

[4] – 1. « Renseignements relatifs au commerce illégal d’hydrocarbures auquel se livre l’État islamique d’Iraq et du Levant », 29 janvier 2016. 
 2. « Recrutement de combattants terroristes étrangers à destination de la Syrie, facilitation de leurs mouvements transfrontières vers ce pays et livraisons d’armes aux groupes terroristes opérant sur son territoire », 10 février 2016. 
 3. « Trafic d’antiquités de Daesh », 8 mars 2016. 
 4. « Livraisons d’armes et de munitions de la Turquie vers le territoire syrien tenu par Daesh », 18 mars 2016. 
 5 « Approvisionnement de l’État islamique d’Iraq et du Levant en composantes destinées à la fabrication d’engins explosifs improvisés », Réseau Voltaire, 17 mai 2016.

[5] Au XIVème siècle les Mongols conquirent l’Asie occidentale. Ce sont leurs descendants qui fondèrent l’Empire ottoman.

[6] « La Turquie ne s’alignera ni sur l’Otan, ni sur l’OTSC », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 août 2019

https://www.voltairenet.org/article207319.html.

RAPPORT SUR LA GUERRE EN SYRIE – 9 AOÛT 2019: LES MILITANTS EN RETRAITE DANS LE NORD-OUEST DE HAMA

#FROMTHEFRONT #RUSSIA 09.08.2019 – 610 vues    5 ( 1 votes)

RAPPORT SUR LA GUERRE EN SYRIE – 9 AOÛT 2019: LES MILITANTS EN RETRAITE DANS LE NORD-OUEST DE HAMA

 49 200Partagez00       72 faire un donRapport sur la guerre en Syrie, le 9 août 2019 

Rapport sur la guerre en Syrie - 9 août 2019: Les militants en retraite dans le nord-ouest de Hama

Hayat Tahrir al-Sham et d’autres groupes militants dans le nord de Hama sont en perte de vitesse sous la pression des forces gouvernementales.

Le 8 août, l’Armée arabe syrienne (ASA) et ses alliés ont libéré le village de Sakhar et le sommet d’une colline à proximité. Des activistes progouvernementaux ont déclaré que les forces spéciales de la SAA avaient envahi la défense des militants à Sakhar tôt le matin, les forçant à se retirer du village et de ses environs. Au moins 10 militants et 4 pièces d’équipement militaire, y compris un char de combat, ont été éliminés lors de la récente opération offensive de l’ASA.

Le cours de l’offensive en cours montre que le SAA cherche probablement à contourner la ville du nord par la ville de Kafr Zayta, contrôlée par les militants, avant que les troupes gouvernementales ne commencent à prendre d’assaut ce fort. Dans ce cas, les forces gouvernementales devront sécuriser leur flanc en libérant les colonies d’al-Habit et de Kafr Ayn.

L’offensive de la SAA est en cours d’élaboration dans le cadre d’une intense campagne de bombardement menée par l’armée de l’air syrienne. Des frappes aériennes d’avions de guerre russes sont également rapportées. Le 8 août, l’Observatoire syrien pour les droits de l’homme, militant, a déclaré que des avions syriens et russes avaient effectué 75 frappes sur des cibles dans les provinces d’Idlib et de Hama au cours des dernières 24 heures.

Au moins cinq civils, dont deux enfants, ont été blessés dans une nouvelle attaque à la roquette lancée par un militant contre les villages d’Al-Haffah et d’Al-Qardahah, dans le nord de Lattakia. Les radicaux ont également tenté de prendre pour cible la base aérienne de Hmeimim, en Russie, mais ont touché des cibles civiles à 2 km au nord-est de la base. Deux civils ont été tués et quatre autres ont été blessés. Les attaques contre la base aérienne russe sont souvent menées par des groupes déployés à Kbani et dans ses environs.

Damas a dénoncé le nouvel accord «corridor de paix» turco-américain sur le nord-est de la Syrie, le qualifiant d ’« agression flagrante »contre la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays.

Le gouvernement syrien a déclaré que cette initiative « exposait le partenariat américano-turc à l’agression contre la Syrie, qui sert les intérêts de l’entité de l’occupation israélienne et les ambitions expansionnistes de la Turquie ».

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Des hélicoptères turcs évacuent deux membres des services blessés dans le nouvel attentat d’Afrin (vidéo)

De nouvelles photos révèlent les lourdes pertes des militants lors des récentes batailles dans le nord de Hama

En vidéo: Opération offensive de l’armée syrienne dans le nord de Hama

La livraison à Severomorsk, en Russie, interdite pendant un mois après l’explosion d’une fusée

https://southfront.org/syrian-war-report-august-9-2019-militants-on-retreat-in-northwestern-hama/


Vases communicants en Syrie ?

Vases communicants en Syrie ?

7 Août 2019

Si le feuilleton d’Idlib n’en finit pas de ne pas finir et demeure une épine dans le pied des loyalistes, victorieux par ailleurs, un déblocage pourrait peut-être prochainement voir le jour, qui aurait d’importantes répercussions sur une bonne partie du territoire syrien. Le conditionnel reste cependant de mise, tant les négociations en coulisses sont complexes et mettent en scène une multiplicité d’acteurs aux objectifs différents : Damas, les Turcs, Moscou, les Kurdes, les Américains, l’Iran.

L’espoir d’un rapprochement entre Assad et les Kurdes sous la houlette russe ayant fait long feu (torpillage US mais aussi entêtement de Damas sur l’autonomie à donner aux Kurdes), l’on semble se diriger lentement mais durablement vers une recomposition qui était déjà dans les tuyaux depuis un bout de temps, un troc qui, selon le principe des vases communicants, verrait Ankara « donner » Idlib aux Syro-Russes en échange d’un feu vert contre le Rojava kurde.

Si l’idée n’est pas nouvelle, certains éléments peuvent laisser penser que cette fois, ça pourrait être la bonne, comme n’est pas loin de le penser Frédéric Pichon. Début août, Moscou a usé d’un ton inhabituellement direct, donnant 24 heures aux Turcs pour faire respecter l’accord sur le retrait des barbus de la DMZ. Ankara ayant évidemment été incapable de faire quoi que ce soit et HTS ayant refusé tout net, les Syro-Russes sont passés à l’offensive. Les Sukhois s’en donnent à cœur joie et il se murmure même que les spetsnaz ont mis la main à la pâte avec quelques opérations derrière les lignes.

Dans le même temps, Erdogan a menacé encore une fois, mais plus fort que de coutume, d’envahir le Rojava kurde. Certes, c’est presque devenu une habitude chez lui et d’aucuns n’y verront qu’un énième chantage, mais le ton semble cette fois plus assuré. A tel point que les Américains, parrains des SDF, se sont crus obligés à plusieurs reprises d’avertir sévèrement le sultan de ne pas franchir le Rubicon (ou l’Euphrate en l’occurrence). On doit bien s’amuser au siège de l’Alliance atlantique…

L’accord conclu in extremis entre Ankara et Washington reste vague et, comme les autres, pourrait ne déboucher sur rien de concret, auquel cas les Turcs seraient susceptibles de mettre, pour une fois, leurs menaces à exécution. Cela n’arrangerait évidemment pas les affaires de l’empire, pris entre le marteau de son allié otanien et l’enclume de sa chair à canon kurde syrienne. Amusante coïncidence, cela embêterait également son grand ennemi iranien !

Une invasion turque du Rojava repousserait en effet les Kurdes plus au Sud, vers la frontière syro-irakienne, interface de l’arc chiite. Cette concentration de troupes hostiles, cornaquées par Washington, près du noeud stratégique d’Al Bukamal rendrait la situation explosive et ne serait pas du tout bien reçue à Téhéran…

Nous n’en sommes pas encore là et n’y serons peut-être jamais, même s’il convient de ne pas en écarter tout à fait la possibilité. Les premiers éléments de réponse commenceront à tomber dans les jours/semaines à venir. Le sultan s’est-il une nouvelle fois contenté d’aboyer ou va-t-il, cette fois, réellement mordre ? L’offensive syro-russe sur l’Idlibistan sera-t-elle une nouvelle fois arrêtée après quelques villages repris ou est-elle partie pour durer ? Comment dit-on wait and see en turco-arabo-kurde ?

Tag(s) : #Moyen-Orient

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/08/vases-communicants-en-syrie.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

La Turquie ne s’alignera ni sur l’Otan, ni sur l’OTSC

La Turquie ne s’alignera ni sur l’Otan, ni sur l’OTSC

par Thierry Meyssan

Après trois années de retrait relatif de la scène internationale, la Turquie a précisé sa voie. Tout en restant membre de l’Alliance atlantique et de son commandement intégré, elle entend prendre son indépendance. Elle ne recevra d’ordres ni de l’Alliance atlantique, ni du Traité de sécurité collective. Au plan intérieur, tout en se définissant comme musulmane, elle souhaite intégrer les minorités sur une base nationale et combattre les éléments subordonnés aux États-Unis.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 6 AOÛT 2019 عربيΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSROMÂNĂРУССКИЙTÜRKÇE

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Sous le portrait du fondateur de la Turquie moderne, le laïque Mustafa Kemal Atatürk, Recep Tayyip Erdoğan essaye de poursuivre le relèvement de la Turquie.

La Turquie change et les projections de George Friedman, fondateur de Stratfor, s’avèrent fausses. Si l’ancien Empire ottoman doit se développer, ce ne sera pas en vassal des États-Unis.

Plutôt que de juger la Turquie en regard des normes occidentales et de se moquer de son « nouveau sultan », nous devons comprendre comment « l’homme malade de l’Europe » tente de se relever de son retard culturel sur la modernité et de sa défaite de la Première Guerre mondiale, sans pour autant nier sa spécificité historique et géographique. En effet, un siècle après, la voie insufflée par Atatürk n’est pas arrivée à son terme et les problèmes demeurent.

Nous avons cru qu’avec l’AKP, la Turquie devenait une démocratie islamique inclusive, comparant sa doctrine à celle de la démocratie-chrétienne européenne. Progressivement, elle renouait avec sa grandeur ottomane en devenant le porte-parole du monde musulman. Soutenue par les États-Unis, elle était appelée à devenir une puissance économique de premier plan. Poursuivant sa modernisation et son occidentalisation, elle tournait alors le dos à son premier client, la Libye, puis à son partenaire économique la Syrie, et s’engageait toujours plus avec l’Ouest.

Cependant, la tentative d’assassinat à Marmaris du président Recep Tayyip Erdoğan nouvellement élu, le 15 juillet 2016, qui tourna en coup d’État improvisé, échoua lamentablement à renverser la donne. Durant trois ans, l’AKP a tenté de digérer cette course folle. Il s’est lancé dans une introspection de sa politique. Il a mis en scène le troisième anniversaire du coup d’État, pour clarifier ses positions.

Premièrement, contrairement à ce que l’on avait cru comprendre, la Turquie moderne n’est ni avec l’Ouest, ni avec l’Est. Elle se définit comme un pays à cheval entre les deux mondes, mi-asiatique mi-européen, ce que ni son adhésion à l’Alliance atlantique, ni sa participation aux guerres occidentales du « Printemps arabe » ne changent.

C’est ce qu’illustre l’achat du système anti-aérien russe, S-400. Ankara revendique à la fois son appartenance à l’Otan et sa capacité à acheter des armes à l’adversaire de l’Alliance. Il précise même, à raison, que rien dans les textes ne lui interdit ce choix, ni n’autorise qui que ce soit à le sanctionner.

Plus que jamais les Turcs sont « les enfants du loup des steppes » qui conquirent l’Asie et une partie de l’Europe. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre les négociations d’Astana (Russie-Iran-Turquie) pour la paix en Syrie. Ou encore les déclarations anti-impérialistes de la délégation turque à la Conférence des non-alignés de Caracas.

Deuxièmement, la Turquie assoit son indépendance économique sur son projet énergétique avec le Turkish Streamet l’exploration de la zone maritime exclusive chypriote. C’est évidemment le point faible. Certains tronçons du gazoduc russo-européen qui passe par la Turquie sont déjà opérationnels. Mais la Commission européenne peut toujours s’y opposer sur pression US ; l’importance des investissements ne pèsera pas plus dans la balance que pour Nord Stream 2. Enfin, selon le Droit international, la Turquie n’a aucun droit dans la zone maritime exclusive chypriote et le soutien de la fantoche République turque de Chypre du Nord est nul et non avenu.

C’est dans ce contexte que le ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, vient d’annoncer la suspension de l’accord migratoire avec l’Union européenne (juste après le paiement de 2 milliards d’euros annuels).

Troisièmement, la Turquie rompt avec le modèle financier anglo-saxon. Le niveau de vie a connu un effondrement progressif depuis la guerre occidentale contre la Libye et plus encore durant la guerre également occidentale contre la Syrie. Ankara a donc décidé brutalement de reprendre en main sa banque centrale et d’abaisser son taux d’intérêt de 24 % à 19,75 %. Nul ne sait quelle sera la conséquence économique de cette décision.

Quatrièmement, contrairement à la période inclusive 2002-2016, être Turc est toujours possible pour les minorités, mais pas pour les individus qui ont conclu des alliances à l’étranger. Depuis le coup d’État, une gigantesque purge a jeté hors de l’armée et de l’administration tous ceux qui étaient soupçonnés d’entretenir des liens de subordination avec les États-Unis, et particulièrement les disciples de Fethullah Gülen (réfugié en Pennsylvanie). Des centaines de milliers de citoyens ont été emprisonnés. La guerre n’a pas repris contre la minorité kurde, mais contre les Kurdes alliés de Washington.

Contrairement à la perception que nous en avons, Recep Tayyip Erdoğan n’impose pas une dictature par mythomanie personnelle, mais recourt à la violence pour changer le cap de son pays.

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Le président Erdoğan, ancien cadre de la Millî Görüş (une organisation d’extrême-droite contre les non-musulmans), a accordé en 2017 une dérogation autorisant la construction exceptionnelle d’un église. Il en a posé la première pierre, le 3 août 2019.

Cinquièmement, la Turquie se définit comme un État musulman respectueux des minorités. Le président Erdoğan vient par exemple de poser la première pierre d’une église syriaque à Istanbul. Ce choix est incompatible avec son soutien aveugle à la Confrérie des Frères musulmans et à son projet de Califat. La « solidarité musulmane » est une illusion dénuée de sens et —comme pour l’Iran— il lui faut choisir de quel « islam » elle parle. D’ores et déjà, elle a rompu avec sa posture précédente en ne soutenant plus aussi fortement les musulmans du Xinjiang chinois.

Actuellement, l’armée turque occupe Chypre-Nord, mène une guerre en Iraq, en Syrie et en Libye, et se déploie tout autour de l’Arabie saoudite : au Qatar, au Koweït, au Soudan et en mer Rouge. Cet activisme tous azimuts ne peut pas durer et sûrement pas en opposition aussi bien avec Israël qu’avec l’Alliance atlantique.

Tout ceci offre en fait de nouvelles perspectives dont les États-Unis ne veulent pas. D’ores et déjà l’ancien ministre de l’Économie, Ali Babacan, et l’ancien Premier ministre Ahmet Davutoğlu se sont liés à l’ancien président de la République, Abdullah Gül. Ce dernier, qui avait renoncé à rivaliser avec son ex-partenaire Erdoğan lors des élections législatives, considère que la défaite de l’AKP aux municipales —notamment à Istanbul— ouvre la possibilité de prévenir l’instauration d’une dictature. Ensemble, ils tentent d’organiser avec l’aide de la CIA une dissidence au sein de l’AKP. Il s’agit pour Langley de réaliser par voie électorale le même objectif que la tentative d’assassinat manquée du président Erdoğan, en 2016.

« Si l’on n’est pas déçu par eux, par qui le serait-on ? », a déclaré le président Erdoğan.

Thierry Meyssan

https://www.voltairenet.org/article207225.html

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CHANGEUR DE JEU: CE QUI SE CACHE DERRIÈRE LE CONFLIT AMÉRICANO-TURC SUR LE CONTRAT S-400

O#RUSSIAMilitary Analysis 01.08.2019 – 30,097 vues    4.6 ( 10 votes)

CHANGEUR DE JEU: CE QUI SE CACHE DERRIÈRE LE CONFLIT AMÉRICANO-TURC SUR LE CONTRAT S-400

 458 61 2Share1 5572Faire un donGame Changer 

Game Changer: What's Behind US-Turkish Conflict Over S-400 Deal

Selon le ministère turc de la Défense nationale, le premier lot de systèmes de défense antimissile russe S-400 a été réceptionné le 25 juillet. En plus de faire les gros titres dans le monde entier et de susciter une réaction sévère de la part des États-Unis, cette présentation montre la volonté de la Turquie de mettre en place une politique de défense indépendante et une politique étrangère dans son propre intérêt, malgré toutes les difficultés auxquelles elle pourrait être confrontée sur cette voie.

Le système de défense antimissile russe S-400, selon Stratfor, est le « meilleur système complet ». Il se prépare depuis environ 30 ans. Son développement a commencé à la fin des années 1980 et il a été officiellement annoncé en 1993.

Les premiers tests du système ont été menés avec succès en 1999 à Kapustin Yar, à Astrakhan, et le S-400 devait être déployé par l’armée russe en 2001. En 2003, le système n’était toujours pas déployé en Russie. Après plusieurs revers, il a finalement été mis en service en 2007.

  • Le pack S-400 Triumph comprend un système de gestion de combat 30K6E, six systèmes SAM 98ZH6E, des chargeurs 48N6E3 et (ou) 48N6E2 ainsi que des installations de maintenance pour 30TsE. L’utilisation du 48N6E SAM est possible.
  • Un lanceur Erector Transporter S-400 possède quatre conteneurs de missiles. Chaque conteneur peut contenir un missile sol-air 48N6E ou quatre missiles 9M96.
  • Le S-400 peut être utilisé avec un ensemble semi-mobile de radars et de missiles remorqués. Il est généralement remorqué par le camion russe 6 × 6 BAZ-6402-015.
  • Il faut 5 à 10 minutes pour définir les ressources du système depuis la position de déplacement et environ 3 minutes supplémentaires pour le configurer sur prêt depuis la position déployée.

Le S-400 a une portée de détection de cible d’environ 600 km, tout en pouvant suivre simultanément environ 300 cibles. La vitesse maximale de la cible peut atteindre 4 800 m / s, environ 14 Mach.

Il peut simultanément engager environ 36 cibles, ou 72 missiles guidés. Il peut engager une cible aérodynamique comprise entre 3 et 250 km, tandis qu’une cible balistique peut être engagée à 60 km.

  • Les forces armées russes disposent de plusieurs S-400, situés à différentes positions, ainsi que de plans visant à équiper l’amiral Nakhimov, croiseur de bataille de la classe Kirov, du missile anti-aérien 48N6DMK dérivé du S-400 basé à terre. D’ici 2020, la Russie prévoit de créer 28 régiments S-400, comprenant chacun deux ou trois bataillons. Chaque bataillon comprend à son tour au moins huit lanceurs avec 32 missiles et un poste de commandement mobile.
  • Deux systèmes S-400 sont déployés en Syrie pour protéger le personnel russe.
  • Depuis 2016, le Bélarus dispose de deux systèmes de missiles S-400, tous deux fournis gratuitement par la Russie, conformément à l’accord de 2011.
  • La Chine a reçu son premier régiment S-400 en mai 2018 et effectué avec succès des tests en août 2018. Il était un problème pour que la Russie ait dû envoyer des dizaines de missiles de remplacement au début de 2019, car un cargo russe, portant apparemment une version exportatrice du S L’intercepteur le plus perfectionné de -400, le 40N6E, a été contraint de rentrer chez lui à la suite de dommages subis lors d’une tempête dans la Manche. Le 25 juillet 2019, la Russie a commencé la livraison du deuxième régiment du système de défense antimissile S-400 de la Chine ; .
  • En octobre 2017, l’Arabie saoudite a annoncé qu’elle avait finalisé un accord pour la fourniture du système de défense antimissile S-400. Sans surprise, l’allié clé des États-Unis au Moyen-Orient n’a pas fait l’objet de sanctions et d’avertissements constants concernant l’achat de la S-400. En février 2019, le Royaume et la Russie ont tenu des consultations sur le S-400.
  • Le système de défense antimissile S-400 devrait entrer en service en Inde en octobre 2020. Les États-Unis ont menacé l’Inde de sanctions à l’encontre de la décision de l’Inde d’acheter le système de défense antimissile S-400 à la Russie. Jusqu’à présent, cela s’est avéré aussi efficace que les menaces contre la Turquie.
  • En janvier 2018, le Qatar aurait engagé des négociations approfondies en vue de l’achat de la S-400, mais aucune information supplémentaire n’a été fournie depuis.
  • Diverses rumeurs et confirmations de responsables du Pakistan, d’Irak, d’Iran et d’Égypte ont suscité de l’intérêt pour le S-400.

Les États-Unis s’opposent fermement à l’achat de S-400 par ses alliés, mais principalement par la Turquie, qui était un partenaire clé du programme d’avion d’attaque interarmées F-35. Selon des responsables américains, ils craignaient constamment de l’utiliser pour voler les secrets de l’avion de combat. La Turquie soutient depuis plus d’un an que l’accord avait été conclu et que les États-Unis ne pouvaient rien faire pour le dissuader d’acheter, malgré les menaces de sanctions et autres actions agressives.

Dans un dernier effort et dans un effort absurde, la sénatrice républicaine américaine Lindsey Graham, au nom du président américain Donald Trump, a laissé entendre que la partie turque pourrait choisir de «tout simplement pas allumer» son système de 2 milliards de dollars pour éviter des difficultés dans les relations turco-américaines. . Cette proposition absurde a ensuite été répétée par le secrétaire d’État américain Mike Pompeo.

Les médias américains affirment que les négociations sur une offre des États-Unis à la Turquie d’acheter un système de missile Raytheon Patriot sont toujours en cours malgré la livraison du S-400. Cela n’a aucun sens, mais le nouveau secrétaire américain à la Défense, Mark Esper, était après tout un lobbyiste de Raytheon. Quoi qu’il en soit, le coût du projet Patriot proposé est de 3,5 milliards de dollars, contre 2 milliards de dollars pour le système russe.

Un autre facteur qui explique pourquoi les dirigeants politiques militaires américains s’opposent aux livraisons de systèmes de missiles de défense antiaériens à la pointe de la technologie russe à d’autres États est que de tels accords contribuent aux programmes de développement de la Russie dans ce domaine. À l’heure actuelle, l’armée russe met au point et teste des intercepteurs du système de missile antimissile balistique A-235 Nudol et de son arme antisatellite. Le système devrait remplacer l’actuel système de défense des attaques nucléaires de Moscou et de la région environnante, l’A-135 Amur.

Selon les rapports, le Nudol fonctionnera en trois étapes:

  • Longue portée, basé sur l’intercepteur 51T6 et capable de détruire des cibles jusqu’à 1500 km d’altitude et jusqu’à 800 km d’altitude
  • Moyenne portée, une mise à jour de l’intercepteur 58R6, conçue pour frapper des cibles à des distances allant jusqu’à 1000 km, à des altitudes allant jusqu’à 120 km
  • Courte portée (intercepteur 53T6M ou 45T6 (basé sur le 53T6)), avec une portée opérationnelle de 350 km et un plafond de vol de 40 à 50 km

Le contractant principal du projet est Almaz-Antey, qui a créé la S-300, la S-400 et travaille sur la S-500.Selon des experts militaires, l’avenir des systèmes de défense antimissile A-235 et S-500 constituera la base du système de défense aérospatiale intégré et complet de la Russie, qui inclura une variété d’outils de détection modernes basés au sol.

L’expérience et les fonds supplémentaires obtenus par Almaz-Antey et des experts militaires russes lors de la mise en œuvre des accords S-300 et S-400 dans le monde et de leur utilisation dans les zones de conflit telles que la Syrie permettront à la Russie de rendre ses systèmes de défense aérospatiale encore plus sophistiqués et plus sophistiqués. efficace.

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S-400 contre F-35 : la Turquie et la question du monde multipolaire

S-400 contre F-35 : la Turquie et la question du monde multipolaire

Posted on  23 juillet 2019 by  admin

S-400 arrivant en Turquie

ANALYSE : Après le début de la livraison des S-400 russes à la Turquie, les Etats-Unis ont décidé d’exclure Ankara du programme de chasseur F-35. Ces deux événements consécutifs sont loin d’être anecdotiques, selon Alexis Feertchak, membre fondateur de Geopragma*.    

L’affaire des S-400 et des F-35 n’est pas qu’une affaire de gros sous, ni d’armements. Très symboliquement, les premiers éléments du système défensif russe à longue portée sont arrivés sur le sol turc le 12 juillet, soit 72 heures avant la date anniversaire de la tentative de putsch contre Recep Erdogan (15-16 juillet 2016). Pour de nombreux experts, le président turc et ses proches considèrent, sans le dire formellement, que la tentative de coup d’Etat a au moins été avalisée par les Etats-Unis (ce qui a été le cas pour tous les coups d’Etat en Turquie depuis 1945).

F-35A

Que ces rumeurs soient véridiques ou non, cette lecture du mystérieux putsch manqué produit une réelle cassure dans la relation entre Ankara et Washington. Nous assistons depuis lors à un rapprochement accéléré de la Turquie avec la Russie, dont l’ampleur a peut-être été sous-estimée. Ce sont visiblement des renseignements russes (et iraniens) transmis rapidement à Erdogan qui lui ont permis d’échapper au putsch alors qu’il se trouvait le 15 juillet 2016 dans un hôtel à Marmaris, où le commando putschiste est arrivé trop tard. L’avion dans lequel le président turc a quitté en urgence son lieu de villégiature aurait aussi été « verrouillé » par des F-16 putschistes, illustration de la place particulière qu’a occupée l’Armée de l’air turque dans la tentative de coup d’Etat. Le message turc envoyé aux Etats-Unis en déployant des S-400 est donc clair puisque, selon toute vraisemblance, ces missiles seront déployés autour du palais présidentiel.

Et ensuite, des chasseurs russes pour la Turquie ?

La décision des Etats-Unis, le 22 juillet 2019, d’exclure la Turquie du programme F-35 prend un sens très particulier dans ce contexte car Ankara pourrait décider de se tourner vers la Russie pour équiper son aviation de chasse. Ce scénario est, à l’heure actuelle, possible si la pression américaine se maintient (avec des sanctions financières attendues). Depuis plusieurs mois, les Turcs feraient d’ores et déjà le plein de pièces détachées pour leurs F-16, le chasseur américain de 4ème génération [1] constituant aujourd’hui le principal appareil de l’Armée de l’air turque (entre 200 et 250 appareils). Il leur faudra tenir le temps de trouver une alternative au F-35, chasseur américain de 5ème génération qui devait remplacer les vieux F-4 puis les F-16.

Su-35S

Le jour de la décision américaine d’exclure la Turquie du programme F-35, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, a tenu ce propos, beaucoup plus précis qu’il n’en a l’air à première vue : «Si les F-35 ne sont pas livrés, la Turquie peut répondre à ses besoins par d’autres sources en attendant de produire ses propres avions». Ces mots renvoient à la proposition russe de fournir à la Turquie des Su-35. Il s’agit de l’ultime évolution du Su-27, chasseur russe de 4ème génération (qui a fait son premier vol en 1977, trois ans après le F-16 américain). En service dans les forces russes depuis 2012, le Su-35 est un point d’étape entre les chasseurs de la fin de la Guerre froide et l’avion de 5ème génération, le Su-57, encore en phase d’essai, mais qui devrait entrer en service au sein des forces russes cette année (dans une version provisoire équipée du système propulsif du Su-35 dans la mesure où le nouveau moteur nommé « Izd. 30 » n’est pas encore au point). La Russie a par ailleurs présenté fin mars le Su-57E, version destinée à l’export, ce qui n’est pas anodin vu le contexte (même si, comme le rappelle l’excellent blogueur Red Samovar, le nouveau chasseur russe n’est pas encore ouvert officiellement à l’exportation).

La Turquie dans l’OTAN, jusqu’où ?

C’est donc assez logiquement que d’aucuns s’interrogent sur la possibilité pour la Turquie de se doter du Su-57 ou d’un chasseur dérivé de celui-ci. En réalité, la Turquie aura peu d’alternatives si son exclusion du programme F-35 se confirme à l’avenir. Dans son propos, Mevlüt Çavuşoğlu n’évoque pas seulement le Su-35 mais aussi le programme turc d’avion de 5ème génération dit TF-X qu’Ankara mène de façon indigène, en l’occurrence à travers Turkish Aerospace. Soyons néanmoins clair sur ce point : la Turquie n’est pas en mesure de concevoir et produire un tel chasseur de A à Z sans une aide étrangère. Après la solution transitoire des Su-35, on peut donc envisager, encore une fois comme hypothèse, que Moscou et Ankara s’associent pour développer conjointement un nouveau projet de chasseur pour la Turquie en partant du Su-57 russe. Mais ce scénario est en revanche militairement et politiquement très lourd car il implique qu’un pays membre de l’OTAN – stratégique puisque verrouillant le flanc sud de l’Alliance – se dote d’avions non compatibles avec les standards otaniens. L’interopérabilité avec les autres forces armées de l’Alliance et même avec les matériels turcs d’origine occidentale s’en trouverait réduite drastiquement, d’autant que les Russes n’accepteraient jamais une telle porosité entre leur matériel et ceux de l’OTAN. Un tel scénario pourrait correspondre au souhait d’Erdogan de gagner en autonomie (un peu comme les Egyptiens qui se dotent de MiG-29 et de Su-35 pour ne pas dépendre uniquement des F-16 américains), mais les conséquences stratégiques pour un membre de l’Alliance seraient bien plus grandes que dans le cas égyptien.

Su-57

Le scénario du Su-35 puis d’un projet conjoint partant du Su-57 n’est pas sans rappeler non plus les relations entre la Russie et l’Inde, autre pays à cheval entre Moscou et Washington du point de vue de ses armements. Au début des années 2000, la Russie a autorisé l’Inde à produire localement sous licence une version modernisée du Su-27, le Su-30, devenu pour l’occasion le Su-30MKI. C’est aujourd’hui le principal appareil de l’aviation indienne (272 exemplaires commandés au total). En 2009, Moscou et New Delhi se sont associés dans le projet FGFA destiné à produire en Inde et pour l’Inde un chasseur de 5e génération ayant pour base le Su-57 russe, mais avec certaines technologies indiennes. En 2018, New Delhi a décidé de se retirer du projet, de nombreux désaccords existant entre les deux pays (sur le coût, les retards du côté russe, les insuffisances industrielles du côté indien, etc.). Mais, ce mois-ci, le chef de l’Armée de l’air indienne, B.S. Dhanoa, a expliqué que l’Inde pourrait finalement décider de se doter d’une version indienne du Su-57 une fois que celui-ci serait entré en service au sein des forces russes. Ce possible retour du projet FGFA se double d’une éventuelle modernisation des Su-30MKI annoncée ce lundi par l’Armée de l’air indienne dans un média russe. En l’état actuel des choses, le plus probable pour les vingt prochaines années est que l’Inde dispose de Su-30MKI modernisés dans un standard qui les rendrait très proches des Su-35, puis qu’elle opte pour une version indienne du Su-57 (sans compter l’achat de Rafale et d’autres appareils, qui ne constitueraient pas l’épine dorsale de l’aviation indienne, mais qui viendraient la renforcer). Une solution qui ressemble trait pour trait au scénario de plus en plus ouvertement évoqué aujourd’hui à Moscou et Ankara pour les forces aériennes turques.

Turquie-Russie : un rapprochement durable ?

Le Juan Carlos

Reste à savoir si cette évolution est viable pour la Turquie. Ankara possède en effet une puissante industrie d’armements, intimement liée aux technologies occidentales, que ce soit avec les Etats-Unis ou l’Allemagne. Une redirection industrielle vers la Russie aurait un coût économique certain, au moins transitoire et peut-être même durable. Par exemple, la Turquie souhaitait ces dernières années devenir la première puissance musulmane dotée d’un porte-avions (d’un porte-aéronefs pour être plus précis). Son exclusion du projet F-35 devrait enterrer ce rêve. La Turquie construit en effet sur son sol un navire amphibie d’assaut, le TCG Anadolu, dérivé des navires espagnols de classe Juan Carlos. Ces navires multirôles, sorte de gros Mistral (26.000 t de déplacement contre 20.000), disposent en plus d’un tremplin qui leur permet de déployer le chasseur F-35B prévu pour des décollages courts et des atterrissages verticaux (type d’avions que les anglo-saxons nomment STOVL). Avec ce chasseur, l’Anadolu serait ainsi devenu une sorte de petit «porte-avions».

Si les Soviétiques étaient en pointe en matière d’avions STOVL (le projet de Yak-141, dont les plans ont été transmis aux Américains en 1991, a même servi au développement du F-35B), les Russes n’en produisent plus et sont loin d’en mettre de nouveau en service. Des rumeurs persistantes font état d’un projet chinois en cours de conception, mais si celui-ci s’avère bien réel, il faudra des années avant de pouvoir observer un tel chasseur déployé sur les porte-hélicoptères de Type 75, actuellement en construction en Chine. D’ici la prochaine décennie, l’Anadolu devrait donc se satisfaire d’hélicoptère et de drones, mais ne pourra pas déployer d’aéronefs à voilure fixe.

Pour Moscou, offrir ses meilleures technologies à un pays membre de l’OTAN représente aussi un risque qui nécessite des garanties quant à la pérennité de son rapprochement avec Ankara. Pour cela, Recep Erdogan doit pouvoir se maintenir fermement au pouvoir. Rien n’indique que son autorité soit suffisamment étendue, son horizon suffisamment dégagé, comme l’ont montré les élections municipales à Istanbul et à Ankara. La profonde crise économique qui secoue la Turquie ne devrait rien arranger et devrait même empirer si des sanctions américaines sévères étaient votées.

Les armes russes et le monde multipolaire

S-400

Reste que, pour l’instant, la Turquie semble ne pas hésiter dans son bras de fer avec Washington et son flirt avec Moscou. Ce jeu de billard à trois bandes permet aussi de mesurer la dimension stratégique et politique des exportations d’armements pour Moscou. Pour l’Inde et la Turquie, pourtant alliés des Etats-Unis, l’achat de telles armes leur permet à la fois de marquer leur indépendance vis-à-vis de Washington et d’améliorer leur propre industrie (les Russes étant plus enclins aux transferts de technologie que les Américains). Le combo S400 comme système de défense aérienne stratégique et Soukhoï Su-35 voire demain Su-57 (ou dérivés) comme chasseur multirôles apparaît comme un idéal-type de ce positionnement géopolitique, qui n’est pas non plus étranger à la Chine, encore légèrement dépendant de Moscou pour certaines technologies militaires.

Pékin est ainsi doté du S-400 et du Su-35, mais a revanche choisi de développer son propre chasseur de 5ème génération (non sans « emprunts » technologiques à la Russie et aux Etats-Unis…), le J-20, qui dispose encore, pour l’instant, d’un moteur russe (celui du Su-35). Quant à l’Iran, qui ne dispose pas vraiment d’une réelle aviation (à part les reliquats de F-4, F-5 et F-14 américains datant d’avant 1979), il a en revanche reçu de la Russie le système S-300PMU2 (version la plus moderne du système antérieur au S-400) en 2018. Des similitudes qui disent beaucoup de l’état du monde multipolaire, où certains Etats s’appuient sur la Russie, puissance de taille intermédiaire, pour jouer les médiateurs entre les deux géants américain et chinois. Pour notre plus grand malheur, ce rôle de médiation, les Etats européens ne le jouent que très marginalement dans la mesure où ils ne réagissent que faiblement aux débordements de Washington et sont en l’occurrence incapables de répondre à l’extraterritorialité du droit américain. La crise américano-iranienne reflète plus que tout cette perte d’influence européenne, Téhéran formant aujourd’hui un véritable trio régional avec la Russie et la Turquie sous l’œil bienveillant de la Chine. Il fait peu de doute que les prochains contrats d’armements avec Téhéran seront signés à Moscou et à Pékin.

[1] Les avions de chasse font l’objet d’une classification en générations, qui vaut ce qu’elle vaut. Comme toute classification, elle a quelque chose de réducteur, mais permet de s’y retrouver simplement. La quatrième génération recouvre les chasseurs supersoniques apparus à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Les principaux représentants sont, du côté américain, les F-15 et les F-16, du côté soviétique, les Su-27 et MiG-29. Les chasseurs dits de cinquième génération, qui font actuellement l’objet d’une course entre les Etats-Unis, la Russie et la Chine, réunissent plusieurs critères supplémentaires : furtivité, hypermaniabilité, multirôles, fusion des données, etc. Les deux plus connus aux Etats-Unis sont les F-22 et F-35. Les Chinois ont mis en service en 2018 le Chengdu J-20 et les Russes devraient mettre en service cette année le Su-57. De même que le F-35 américain, le russe et le chinois sont néanmoins loin d’être pleinement opérationnels. Entre ces deux générations, certains avions sont à mi-chemin, empruntant seulement certaines caractéristiques à la 5ème génération, à l’image du Dassault Rafale français ou des Su-35 et MiG-35 russes, qui ne sont pas furtifs. On parle parfois de génération 4+, 4++ ou 4.5 pour les caractériser. Il faut garder à l’esprit que tout ceci reste théorique. Par exemple, le F-35 est souvent critiqué pour son manque de maniabilité, qui s’explique en partie par sa grande furtivité. Avec leur Su-57, les Russes privilégient eux la première variable et moins la seconde. Bref, il est toujours difficile d’installer les voyageurs sur le lit de Procuste.

* Diplômé de Sciences Po Paris, Alexis Feertchak est membre fondateur de Geopragma, journaliste au Figaro et rédacteur en chef d’iPhilo.

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Relations Ankara-Téhéran : rapprochement envers et contre tout

Relations Ankara-Téhéran : rapprochement envers et contre tout

Harold MICHOUD 1 juillet 2019 ActualitéActualités analyséesAfrique et Moyen-OrientIranProche et Moyen-OrientTurquie Leave a comment

Les huit pays qui bénéficiaient d’une dérogation américaine pour importer le pétrole iranien sont depuis mai 2019 soumis aux mêmes menaces de sanction que les autres. Ce dernier volet de sanctions a suscité de vives réactions de Pékin et d’Ankara, toutes deux bénéficiaires du régime d’exception. La politique d’étranglement économique de l’Iran par les États-Unis peut désormais menacer tout pays commerçant avec Téhéran.

Ankara et Téhéran ont des objectifs géopolitiques communs qui améliorent leur relation.
Iran et Turquie ont de nombreux objectifs communs

Ankara a annoncé à contrecœur appliquer les consignes de Washington, en raison d’un lien stratégique fort avec la Maison Blanche. Alors que les relations entre Turquie et Iran allaient de l’avant, la pression américaine pourrait y porter un coup d’arrêt.

En effet, les rapports entre Iran et Turquie sont complexes. Une convergence politique sur de nombreux dossiers laissait cependant penser à un rapprochement géopolitique entre l’ancienne perse et l’ancien empire ottoman.

A l’aune de ce changement géostratégique, soulignons les intérêts géopolitiques que les deux puissances régionales ont en commun.

Une ambition de grandeur régionale et de politique intérieure

Tout d’abord, ces deux prestigieuses civilisations veulent jouer un rôle régional de premier plan. Et, pour se différencier des nations arabes, il est nécessaire de prendre des positions fortes. C’est le cas du dossier syrien, dans lequel les deux pays sont devenus des interlocuteurs indispensables. Même si leurs positions politiques sont divergentes, les accords d’Astana de 2017 ont démontré une capacité de dialogue avancé.

Leur rapprochement politique inquiète de facto l’Arabie Saoudite pour qui l’axe chiite, la pression perse mais également l’idéologie des Frères musulmans représentent un danger.

Ensuite, en terme de politique intérieure, Ankara et Téhéran ont le même soucis de la question kurde (15 millions en Turquie, 10 millions en Iran). Les deux nations font face à des mouvements indépendantistes kurdes et les répriment de la même manière. De plus, les deux pays ont refusé de reconnaître le référendum Kurde irakien. En revanche, il n’y a pas d’opération militaire antikurde conjointe en Syrie.

Un partenariat économique et énergétique

D’un point de vue économique, le président Erdogan voit d’un bon œil le fait de commercer avec l’Iran. La politique de l’AKP s’inscrit en effet depuis 20 ans dans la « gestion de bon voisinage ». Cela permet également à Ankara de ne pas dépendre des monarchies du Golfe. L’Iran fournit 16,2% de la consommation de gaz et 22,4% de la consommation de pétrole turc. Il y a donc un partenariat énergétique très fort entre les deux pays.

L’Iran est même dépendant de la consommation turque en raison de manque en infrastructure de raffinement du gaz. Téhéran n’a actuellement pas les capacités de liquéfier son gaz, principalement en raison des sanctions internationales qui l’empêchent d’accéder à certaines technologies. La Turquie est donc un intermédiaire essentiel dans ce domaine. A cela s’ajoute l’axe stratégique ambitionné par l’Iran, à savoir l’ouverture sur la Méditerranée afin de contourner le détroit d’Ormuz et celui de Bab El-Mandeb. Son projet de gazoduc en Syrie a été stoppé par la guerre. Il semblait donc que la Turquie puisse offrir une alternative.

Ankara fait entendre sa voix et maintient son partenariat tant bien que mal

La Turquie s’est toujours abstenue de voter des sanctions contre son voisin tout en se proposant comme intermédiaire sur les négociations sur le dossier du nucléaire iranien. Ces tentatives de dialogues semblent bien perçues à Téhéran, parmi les membres modérés du régime.

Bien que les agendas politiques de ces deux nations millénaires soient différent, il semble en revanche peu probable que leur entente cesse. La virulence de la condamnation turque à l’égard de la politique américaine sur le dossier iranien le prouve. Il n’est pas vu d’un bon œil par Ankara de devoir trancher entre la première puissance économique mondiale et son voisin géographique et partenaire régional. En souhaitant s’éloigner du bloc occidental, il semble probable que la Turquie tentera à nouveau de jouer les intermédiaires dans le dossier. Ankara a en effet intérêt à calmer la situation. Il en va de ses intérêts économiques, énergétiques, géopolitiques mais également de son rayonnement international.

Pour preuve, le 19 juin, le chef de la diplomatie turque s’est rendu en Iran. Il y a inauguré l’implantation de bureaux de la Turkish Airlines, compagnie aérienne turque, signe d’une relation bilatérale accrue.

Sources :

-“10 chiffres pour mieux comprendre l’Iran”, Capital.fr, 27 janvier 2016, https://www.capital.fr/entreprises-marches/10-chiffres-pour-mieux-comprendre-l-iran-1099303

-“Le MAE turc, Cavusoglu effectuera une visite en Iran les 20 et 21 juin”, actualité-news.com, 18 juin 2019, http://www.actualite-news.com/fr/international/europe/turquie/15102-le-mae-turc-cavusoglu-effectuera-une-visite-en-iran-les-20-et-21-juin

-“Regards géopolitiques sur l’Iran”, Revue Hérodote n°169, 2e trimestre 2018Share

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About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant en Master II de Grenoble Ecole de Management. Il s’intéresse particulièrement aux questions de Défense et de gestion de crise dans les relations internationales.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/41196-relations-ankara-teheran-rapprochement

Libye : La Turquie Menace De Cibler Directement Les Forces De Haftar

Libye :  La Turquie menace de cibler directement les forces de Haftar 25

Analysis

Libye : La Turquie Menace De Cibler Directement Les Forces De Haftar

Posted on 30/06/2019 AuthorStrategika51Comments(11)    4.7(645)

Très peu de temps après avoir menacé la Turquie de représailles après la perte de Gharyan, les forces de Khalifa Haftar ont commencé à cibler les intérêts turcs en Libye.

Sept ressortissants turcs ont été détenus et fortement maltraités par des éléments de l’Armée Nationale Libyenne (A.N.L) en Cyrénaïque.

Un drone de reconnaissance de l’Armée turque a été pris pour cible par les tirs de DCA de l’Armée Nationale Libyenne de Khalifa Haftar près de l’aéroport international de Mitiga à Tripoli.

Des milices de Haftar ont également tiré des obus en direction de navires cargo supposés appartenir à des armateurs turcs près des côtes libyennes.

Ankara a fortement réagi suite à la capture de ses ressortissants en Libye en lançant un ultimatum à Haftar.

Ankara a exigé la libération de ses ressortissants en Libye dans les délais les plus brefs sinon les forces et les milices armées du Maréchal Haftar seront des cibles légitimes des forces armées turques.

Une action militaire directe en Libye n’est plus à exclure.

https://strategika51.org/archives/64137