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“Swinging London”

Swinging London

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   mardi 03 décembre 2019

   Forum

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Swinging London

3 décembre 2019 – Jamais je n’aurais pensé utiliser pour une “réunion” de l’OTAN cette expression, si à la mode dans les années 1960 entre Beatles et Rolling Stones, caractérisant le rythme effréné de la capitale anglaise sortie de sa soi-disant torpeur victorienne pour balancer les “Swinging Sixties” à la face de la modernité triomphante du monde. C’est pourtant le cas, me semble-t-il, – “never say never”, – pour la “réunion” dont tout le monde vous dit, les amis, que cela va swinguer diablement.

… En effet, “réunion” et pas “sommet”, comme nous le fait remarquer l’avisé WSWS.org dont j’entends bien utiliser, sans vergogne inutile mais avec le respect qui importe, quelques parties et extraits de son texte de ce  3 décembre 2019 fort bien documenté et plein d’espérance pour la classe ouvrière… Explication :

« L’OTAN a déclassé l’intitulé de la rencontre de deux jours à Londres de “sommet” à “réunion des dirigeants”, pour éviter d’avoir à publier un communiqué officiel que Trump ou d’autres chefs d’État pourraient refuser de signer. L’an dernier, on a assisté à l’effondrement spectaculaire du sommet du G7 à Québec, lorsque Trump a refusé à la dernière minute de signer le communiqué convenu par le Canada, le Japon, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France et l’Italie. Entretemps, au cours de l’année écoulée, les tensions internationales au sein de l’OTAN n’ont cessé de s’aggraver… »

On a déjà vu divers motifs de cette aggravation, à mon avis les plus importants, dans  l’un ou  l’autre texte récent où le président français tient incontestablement la vedette. En effet, c’est une analogie assez étrange que celle qu’on relève entre ces deux personnages-là si différents, d’être, chacun dans leur genre et chacun avec leur style, les deux perturbateurs principaux de l’usine à gaz otanienne, de son ordre établi et paisiblement assoupi, au rythme de furieuses menaces antirusses et anathèmes antichinois qui sont comme comme autant de paisibles ronflements suivant l’aimable cliquetis des chenilles de quelques chars de passage. On vous le dit : si ce n’était eux, avec en plus Erdogan comme Grand Mamamouchi déguisé en cerise sur le gâteau, tout serait pour le mieux dans la meilleure des réunions au sommet, à Londres plus swinging que jamais, demain et le jour d’après.

« “Les alliés de l’OTAN approchent le sommet de Londres avec un sentiment d’appréhension”, observe Karen Donfried, du groupe de réflexion du German Marshall Fund. “Bien peu prévoient un rassemblement qui unifiera l’ensemble en aveuglant les fissures croissantes dans la cohésion.”
» De plus en plus, Trump n’est plus considéré comme le seul chef d’État dont les remarques pourraient provoquer une crise diplomatique majeure. “Ce serait un grand hommage à la valeur que tous les alliés de l’OTAN accordent à l’institution si nous parvenons à passer cette réunion sans que le président Trump, le président Emmanuel Macron ou le président Recep Tayyip Erdogan ne disent ou fassent quelque chose de dommageable pour l’alliance”, a déclaré Kori Schake, ancien responsable du Conseil national de sécurité dans le gouvernement Bush, à Bloomberg News. »

Effectivement, il aurait été injuste d’oublier l’exotique empoignade entre Macron et Erdogan. Elle est pourtant tellement d’actualité, je veux dire comme illustration du chaos du monde et du billard à 2019 bandes que sont devenus la politique des relations internationales et le classement entre “ami” et “ennemi”, avec des observations de la sorte que “l’ami de mon ennemi est l’ennemi de mon ennemi qui est devenu mon ami”.

Ils s’empoignent tellement, Macron-Erdogan, qu’ils en arrivent à boucler la boucle ; puisqu’Erdogan menace de mettre son veto “aux plans de l’OTAN visant la Russie à partir de la Pologne et des États baltes” si la susdite-OTAN ne proclame pas “terroriste” le YPG kurde tant chéri par Macron ; alors que ce même Macron demande une chose prioritairement, qu’on cesse donc d’ennuyer la Russie avec des postures de menaces et des cliquetis de chenilles de chars en goguette, notamment en Pologne et dans les États baltes.. 

« Au cours des derniers jours, Macron a également échangé des insultes avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a déclaré à l’intention de Macron, vendredi : “Je vous le dirai à nouveau lors de la réunion, vérifiez d’abord votre propre mort cérébrale.” Erdogan a également déclaré qu’il n’appartenait pas à Macron de discuter de la question de savoir si la Turquie devait rester au sein de l’OTAN ou si elle devait être expulsée. Erdogan a critiqué Macron pour son soutien à la milice des unités de protection du peuple kurde syrien (YPG), que le gouvernement turc a qualifiée de groupe terroriste.
» Erdogan a également menacé de s’opposer aux plans militaires de l’OTAN visant la Russie à partir de la Pologne et des États baltes, si l’OTAN n’inscrivait pas collectivement le YPG comme organisation terroriste. »

Pourtant, poursuit le commentateur de WSWS.org, l’OTAN a son utilité. Cette organisation sert fort bien à coordonner des déploiements, des provocations, des discours furieux, et même l’une ou l’autre “chouette petite guerre” de temps en temps, ce qui contribue dit-on à faire taire les récriminations de la classe ouvrière et à fabriquer un simulacre d’entente et de coude-à-coude entre tous ces pays qui sont rassemblés en une alliance au succès sans précédent dans l’histoire, et dont je ne sais plus à quoi elle sert… Mais si, pardi ! qui sert “ à coordonner des déploiements, des provocations, des discours furieux, et même l’une ou l’autre ‘chouette petite guerre’”, – ce qui montre combien l’OTAN n’est pas loin d’avoir inventé le mouvement perpétuel.

…Ainsi aurions-nous enfin percé le Grand Mystère qui plonge le Sphinx lui-même dans des abîmes de réflexion : mais à quoi donc peut bien servir l’OTAN, elle qui rassemble sous la houlette américaniste tant de pays qui, pris individuellement, sont autant de marionnettes très-fidèles de l’américanisme, sauf l’un ou l’autre qu’il n’est pas très habile de mélanger aux autres ?

Enfin bref… L’OTAN a inventé le mouvement perpétuel point-barre, et cela suffit à notre bonheur et à l’honneur de notre civilisation.

« Près de 30 ans après la dissolution de l’Union soviétique par la bureaucratie stalinienne en 1991, qui a privé l’OTAN d’un ennemi commun, il est de plus en plus clair que des conflits profondément enracinés selon des intérêts stratégiques et économiques antagonistes déchirent les principales puissances de l’OTAN. Face à la défaite de leur guerre par procuration de huit ans en Syrie et dans les guerres au Moyen-Orient, les puissances de l’OTAN se préparent à une escalade sans le moindre souci de conséquences potentiellement catastrophiques. Cette voie a été empruntée pour tenter de faire face à l’opposition croissante des travailleurs dans les pays membres et aux divisions croissantes entre eux. »

Mais je m’en voudrais de vous faire perdre  de vue l’un des derniers points soulevés par l’article cité, qui concerne l’une des conquêtes les plus fructueuses de l’organisation, – je veux parler de l’Ukraine et de son sémillant président Zelenski. En effet, il faut savoir que ce président Zelenski-là est chapeauté de drôlement près, comme chacun sait, par le truculent oligarque ukrainien Kolomoïski qui est en train d’ébaucher une nouvelle extension de sa fortune vers l’Est, c’est-à-dire vers l’ami russe, au moyen d’un succulent  trafic de Pampers qu’il compte bien vendre à l’OTAN pour que cette sublime organisation en équipe ses innombrables divisions blindées et néanmoins incontinentes… On pourrait imaginer que Zelenski soit invité à suivre par la grosse patte bonhomme de Kolomoïski, non ?

« …En particulier, les divisions tactiques sur la politique étrangère impérialiste américaine qui sous-tendent la campagne du Parti démocrate pour destituer Trump et le dénoncer comme un traître pro-russe sont étroitement liées à des conflits explosifs au sein de l’OTAN.
» Alors que Merkel, Macron, Poutine et le président ukrainien Vladimir Zelenski devaient se rencontrer pour négocier une trêve à Paris le 9 décembre, sans la participation de Washington, le quotidien de référence Washington Post a averti que la crise de destitution pourrait renforcer par inadvertance la main des puissances européennes en Ukraine.
» Dans son éditorial, le Post écrit : “Pratiquement tous les hauts fonctionnaires qui ont travaillé sur les relations (avec l’Ukraine) au cours des deux dernières années ont démissionné ou ont témoigné dans l’enquête de destitution et ont été dénoncés par le président. … Tout cela affaiblit considérablement la position de M. Zelenski, d’autant plus qu’il envisage de rencontrer M. Poutine, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron. Ces deux derniers feront probablement pression sur les Ukrainiens pour obtenir des concessions pour satisfaire la Russie, car un accord leur permettrait de réparer les relations européennes avec la Russie”. »

En général, je l’avoue, je me méfie des réunions qu’on vous annonce comme “explosives”, ou de tout autre événement à la prévision catastrophique. Cela, c’est un réflexe appris d’“avant”, je veux dire avant le “nouveau monde”, quand on parvenait à s’arranger sur les sujets de grande discorde que l’on voyait venir, grâce à la raison et au sens commun. Mais aujourd’hui, tel ou tel exemple montre qu’il y a un côté “le pire est toujours le plus probable“ dans notre époque, comme si l’idée selon laquelle les catastrophes prévisibles étaient souvent évitables selon l’acte de l’ancienne sagesse, étaient devenues la fatalité que les catastrophes prévisibles sont devenues inévitables, comme si enfin nous n’avions plus ni raison ni sens commun pour écarter des événements sur lesquels nous n’avons plus aucun contrôle.

Alors, prudence prudence… Même les plus fins limiers, comme un Bruno Tertrais, que j’avais rencontré en passant, jeune expert en herbe et imberbe à la DAS (Délégation aux Affaires Stratégiques à la défense) de Perrin de Brichambaut, exultant d’un patriotisme touchant après la victoire de la France en Coupe du Monde (celle de Paris, 1999) ; devenu depuis une anguille sachant naviguer, grand-maître du parti neocon des salons parisiens, exquisement proaméricaniste et otanien du Quai d’Orsay au boulevard Saint-Germain,  – eh bien, même lui adopte une attitude prudente, désapprouvant discrètement la crudité des mots de Macron mais non points ses intentions, et terminant (ou commençant, je ne sais plus très bien et de toutes les façons c’est selon la façon dont on lit l’article qui n’est nulle part ailleurs que  dans Le Monde) par ce “p’têt ben qu’oui, ptêt ben qu’non” : « Il est tout à fait possible que l’OTAN puisse célébrer son 100e anniversaire en 2049. Mais si le sommet de Londres se transforme en un déballage sans précédent des différends entre alliés, il pourrait entrer dans l’histoire comme le début de la fin de l’OTAN. »

Bref, il peut très bien faire très beau demain et après dans le Swinging New London, mais il est bien possible qu’il nous en tombe une sacrée bonne drache… Que Sera Sera

https://www.dedefensa.org/article/swinging-london

LA POLICE MILITAIRE RUSSE EST ATTAQUÉE DANS LE NORD DE LA SYRIE

RAPPORT SUR LA GUERRE EN SYRIE – LE 3 DÉCEMBRE 2019: LA POLICE MILITAIRE RUSSE EST ATTAQUÉE DANS LE NORD DE LA SYRIE

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Rapport sur la guerre en Syrie - Le 3 décembre 2019: La police militaire russe est attaquée dans le nord de la Syrie

Trois officiers de la police militaire russe ont été légèrement blessés par l’explosion d’un engin explosif improvisé près de leur véhicule blindé dans le nord-est de la Syrie, a rapporté le ministère russe de la Défense le 2 décembre. L’incident s’est produit alors que la police militaire russe accomplissait une tâche de reconnaissance le long de la route. mission de patrouille conjointe russo-turque à environ 1,5 km à l’ouest du village de Coran.

L’attaque par IED est devenue la plus récente d’une longue série de provocations contre les patrouilles turques et russes dans le nord-est de la Syrie. Auparavant, des radicaux affiliés aux Forces démocratiques syriennes dirigées par les Kurdes tentaient de bloquer les patrouilles et même de leur lancer des pierres et des bombes à essence.

Ces attaques ont été temporairement arrêtées après le 20 novembre, les forces de sécurité du SDF, Asayish, ont présenté des excuses publiques pour l’incident «malheureux» avec le lancement de bombes d’essence et ont promis de travailler pour prévenir de tels cas à l’avenir. Néanmoins, il semble que la faction radicale pro-américaine au sein de la direction kurde soit trop forte et que les provocations se poursuivent.

Si de tels actes font de réelles victimes parmi le personnel russe, cela pourrait contraindre Moscou à reconsidérer son approche visant à contenir les actions militaires turques contre les groupes armés kurdes dans le nord-est de la Syrie.

Les forces russes et turques effectuent des missions de patrouille en vertu du mémorandum signé le 22 octobre à Sotchi entre la Russie et la Turquie. Des unités de la police militaire russe coordonnent leurs actions avec le service des frontières syrien et l’armée turque. L’objectif est de fournir une assistance pour assurer la sécurité des citoyens et maintenir l’ordre, ainsi que pour contrôler la mise en œuvre d’un mémorandum sur le retrait des groupes armés kurdes et de leurs armes à environ 30 km de la frontière.

Les affrontements entre l’armée syrienne et les forces dirigées par Hayat Tahrir al-Sham se sont poursuivis près de Rasm al-Ward et d’Istablat, dans le sud-est d’Idlib. Ces villages restent de facto un no man’s land au milieu d’intenses duels d’artillerie et de frappes aériennes. Des sources progouvernementales affirment que les militants ont subi de lourdes pertes. Cependant, ils ainsi que des sources militantes ont fourni peu de preuves pour confirmer ces affirmations.

Des frappes aériennes syriennes et russes ont également touché des fortifications et des dépôts d’armes appartenant à des militants près de Kafr Nabl, de Maarat Al-Numan et de Kafr Sijnah.

L’armée syrienne déploie actuellement des renforts près du front dans le sud d’Idlib. Cela peut indiquer que les forces gouvernementales prévoient de réagir aux attaques récentes des militants par une opération terrestre propre.

https://southfront.org/syrian-war-report-december-3-2019-russian-military-police-came-under-attack-in-northern-syria/

    

Une menace pour la Russie : Poutine dénonce l'expansion continue de l'OTAN

Une menace pour la Russie :

Poutine dénonce l’expansion continue de l’OTAN 3 déc. 2019, 14:43 © Sputnik/Alexei Druzhinin/Kremlin via REUTERS Source: Reuters Le président russe Vladimir Poutine, le 23 novembre 2019 (image d’illustration)

Alors que le sommet du 70e anniversaire de l’OTAN ouvre ses portes, le chef d’Etat a rappelé qu’il était prêt à coopérer avec l’Alliance militaire, dont il déplore toutefois la politique d’expansion jusqu’aux frontières de la Russie.

En dépit du comportement «pas correct voire grossier» de l’OTAN envers Moscou, la Russie est prête a coopérer avec l’Alliance atlantique, a fait savoir le président russe Vladimir Poutine à l’occasion d’une réunion avec des responsables militaires à Sotchi ce 3 décembre.

Lire aussi Le sommet de l’OTAN s’ouvre sur fond de désaccords majeurs entre ses membres (EN CONTINU) «Nous avons exprimé à plusieurs reprises notre volonté de coopérer avec l’OTAN, sur des menaces réelles comme le terrorisme international, les conflits armés locaux et le danger de la prolifération des armes de destruction massives», a ainsi déclaré le président russe, cité par les agences de presse.

Alors que le sommet du 70e anniversaire de l’OTAN se tient les 3 et 4 décembre dans un contexte de fortes tensions internes – notamment en raison de l’intervention turque en Syrie qui divise en son sein –

le Kremlin s’est par ailleurs refusé à tout commentaire sur le sujet. «Ce ne sont pas nos affaires», a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, cité par l’agence Tass. «Cela devient nos affaires quand l’Alliance menace la sécurité de la Russie», a-t-il précisé.

L’OTAN traverse une crise majeure, révélée par la sortie d’Emmanuel Macron début novembre, sur l’«état de mort cérébrale» de l’alliance, suite aux désaccords entre ses membres concernant l’intervention turque en Syrie.

Des propos violemment critiqués par le président turc Recep Tayyip Erdogan ainsi que par le chef d’Etat américain Donald Trump. En amont du sommet, le chef d’Etat turc a prévenu qu’il avait l’intention de bloquer un plan de l’Alliance militaire concernant les pays baltes et la Pologne tant que celle-ci ne reconnaîtra pas comme «terroriste» la milice kurde des YPG, combattue par Ankara.

Lire aussi : «Personne n’a plus besoin de l’OTAN que la France» : Trump tire à boulets rouges sur Macron International

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/international/68517-menace-pour-russie-poutine-denonce-expansion-continue-otan?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications

Qui sont les supplétifs syriens de la Turquie ? (2/2)

Qui sont les supplétifs syriens de la Turquie ? (2/2)

Edgar VAUQUELIN 29 novembre 2019 Proche et Moyen-OrientSituations décryptéesSujets chaudsSyrieTurquie Leave a comment

Entre août 2016 et octobre 2019, la Turquie a mené trois opérations militaires d’envergure en Syrie. L’objectif principal était de repousser le plus loin possible de sa frontière les Forces démocratiques syriennes. Cette coalition arabo-kurde alliée des Occidentaux a aidé à vaincre Daech en Syrie. Elle est menée par les Unités de protection du peuple (YPG), ennemi désigné d’Ankara sur le théâtre syrien. En effet, la Turquie leur reproche leur affiliation au PKK, organisation politique kurde qu’Ankara considère terroriste.

Au cours de ses incursions en Syrie, l’armée turque a ainsi pu compter sur le soutien de groupes rebelles syriens. Ces derniers ont assuré pour elle le rôle de supplétifs. Ces groupes pro-turc étaient rassemblés au sein de deux coalitions, le Front national de libération et l’Armée nationale syrienne. Elles ont annoncé leur fusion en octobre dernier. Bien qu’il soit impossible de traiter de ces groupes de façon exhaustive étant donné leur diversité, nous pouvons en distinguer deux types : ceux issus de l’ASL et ceux proches du djihadisme. 

Partie II : Les groupes proches du djihadisme

Le groupe Jaych al-Islam combat aujourd'hui aux côtés de l'armée de la Turquie en Syrie.
Des combattants de Jaych al-Islam dans la Ghouta orientale, en 2017.

En plus des combattants issus de l’Armée syrienne libre, la Turquie a également coopté, depuis 2016, plusieurs groupes de combattants proches du djihadisme. Cela a d’ailleurs suscité des remous au sein même de la sphère islamiste. Nous tenterons ici de dresser un tableau des plus importants de ces groupes.

Ahrar al-Cham

Dès les premières années du conflit syrien et jusqu’en 2017, le groupe Harakat Ahrar al-Cham constitue l’un des principaux groupes salafistes en Syrie. Il compte entre 10 000 et 20 000 hommes fin 2013. Ahrar al-Cham est créé en janvier 2012 par des militants djihadistes libérés de la prison de Seydnaya par le régime. Le groupe a longtemps entretenu des liens étroits avec Al-Nosra, la franchise syrienne d’Al-Qaida. Les deux organisations envisagent même un temps une fusion. Entre mars 2015 et janvier 2017, la collaboration entre Arhar al-Cham et Al-Nosra permit notamment à la rébellion de s’emparer de la ville d’Idlib. Jusqu’à la fin de l’année 2016, Ahrar al-Cham est constamment tiraillé entre une faction dure de ses dirigeants, favorables à une alliance avec Al-Nosra, et une faction plus modérée, favorable à une entente avec la Turquie et les pays du Golfe.

En septembre 2016, Ahrar al-Cham apporte son soutien à l’intervention turque au Nord de la Syrie, ce qui provoque des tensions avec Al-Nosra, opposé à toute influence étatique. Finalement, en janvier 2017, une guerre ouverte éclate entre les frères ennemis salafistes. Le conflit tourne en juillet à l’avantage d’Al-Nosra (alors rebaptisée Hayat Tahrir al-Cham, après une fusion avec d’autres groupes rebelles). Affaibli par cette défaite, Ahrar al-Cham fusionne, en février 2018, avec la Harakat Nour al-Din al-Zenki, autre groupe islamiste radical. La Harakat Ahrar al-Cham et Zenki rejoignent officiellement la coalition pro-Turquie au sein du FNL le 1er août 2018.

Ahrar al-Charkiya

Ahrar al-Charkiya est une organisation à la trajectoire complexe. Début 2016, Abou Marya Qahtani, ancien cadre de Daech, fonde officiellement ce groupe. Il est aujourd’hui dirigé par Abou Hatem Chakra, ancien membre d’Ahrar al-Cham. Les combattants qui le composent sont pour beaucoup issus des rangs de Daech ou d’Al-Nosra. En octobre dernier, il participe à l’Opération Source de Paix, aux côtés de l’armée turque. Le groupe commet alors de nombreuses exactions, rapportées par les ONG.

Ahrar al-Charkiya s’est notamment fait remarquer par des chants djihadistes, la destruction de magasins d’alcool et des pillages. Ces débordements, que le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme de l’ONU qualifie de “crimes de guerre“, visent notamment les populations kurdes. Ils posent ainsi la question de la responsabilité de la Turquie dans ces exactions, puisque les groupes agissent sous son contrôle. D’autant que certaines analyses prêtent au Président Erdogan une volonté de nettoyage ethnique à l’encontre des kurdes au Nord de la Syrie. Cela servirait son objectif d’empêcher une continuité territoriale entre les populations kurdes de Syrie et de Turquie.

Jaych al-Islam

Parmi les autres groupes islamistes radicaux cooptés par la Turquie, l’on peut également citer Suqour al-Cham ou Jaych al-Islam. Ce dernier fut longtemps l’entité rebelle la plus puissante dans la région de Damas, avant d’en être expulsé en 2018. Le groupe était dirigé par la famille Allouche, proche de l’Arabie saoudite. Son chef charismatique, Zahran Allouche, est tué en 2015 par un raid des forces loyalistes. Il était le tenant d’un discours salafiste très hostile aux minorités religieuses, notamment alaouite et chiite. Son cousin, Mohammed Allouche, était l’un des représentants de l’opposition syrienne lors des négociations internationales tenues à Astana en 2017. L’expulsion du groupe du Sud de la Syrie a permis à la Turquie de l’intégrer parmi ses supplétifs.

Tous ces groupes sont donc tenants d’un islam radical, et avaient initialement pour objectif d’appliquer la charia en Syrie. Ils se distinguent néanmoins de groupes comme Daech ou Al-Qaida par le fait qu’ils n’appellent pas au djihad au niveau international, du moins dans leurs déclarations officielles.Share

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About Edgar VAUQUELIN

Edgar Vauquelin est étudiant en Master 2 science politique à l’IEP d’Aix-en-Provence. Il s’intéresse à la géopolitique du Moyen-Orient, notamment aux groupes armés non-étatiques et au facteur religieux dans la politique de la région.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/situations-decryptees/42255-qui-sont-suppletifs-syriens-turquie-2

Qui sont les supplétifs syriens de la Turquie ? (1/2)

Qui sont les supplétifs syriens de la Turquie ? (1/2)

Edgar VAUQUELIN 22 novembre 2019 Proche et Moyen-OrientSituations décryptéesSujets chaudsSyrieSyrieTurquie Leave a comment

Entre août 2016 et octobre 2019, la Turquie a mené trois opérations militaires d’envergure en Syrie. L’objectif principal était de repousser le plus loin possible de sa frontière les Forces démocratiques syriennes. Cette coalition arabo-kurde alliée des Occidentaux a aidé à vaincre Daech en Syrie. Elle est menée par les Unités de protection du peuple (YPG), ennemi désigné d’Ankara sur le théâtre syrien. En effet, la Turquie leur reproche leur affiliation au PKK, organisation politique kurde qu’Ankara considère terroriste.

Au cours de ses incursions en Syrie, l’armée turque a ainsi pu compter sur le soutien de groupes rebelles syriens. Ces derniers ont assuré pour elle le rôle de supplétifs. Ces groupes pro-turc étaient rassemblés au sein de deux coalitions, le Front national de libération et l’Armée nationale syrienne. Elles ont annoncé leur fusion en octobre dernier. Bien qu’il soit impossible de traiter de ces groupes de façon exhaustive étant donné leur diversité, nous pouvons en distinguer deux types : ceux issus de l’ASL et ceux proches du djihadisme.

Partie I : Les groupes issus de l’Armée syrienne libre

Supplétifs syriens de la Turquie
Le major Yasser Abdel Rahim, chef du groupe Faylaq al-Cham, en octobre 2015.

Formée en juillet 2011, l’Armée syrienne libre (ASL) constituait la principale force d’opposition au régime d’Assad au début du conflit. Des groupes plus radicaux l’ont ensuite supplantée. Les groupes qui en sont issus, combattant aujourd’hui aux côtés de l’armée turque, représentent un éventail idéologique extrêmement large.

Après la perte de leur bastion d’Alep-est, reconquis par les forces loyalistes en 2016, les groupes de l’ASL ont retrouvé du service avec les opérations Bouclier de l’Euphrate et Rameau d’olivier, menées par la Turquie au nord de la Syrie entre 2016 et 2018. Ce nouvel engagement, dicté en grande partie par l’opportunisme, a conduit ces supplétifs à délaisser le combat contre le régime, au profit des intérêts de leur parrain turc, qui les arme, les forme et les finance.

Les chiffres sur le nombre de combattants au sein de l’Armée nationale syrienne varient en fonction des sources. L’on estime qu’ils seraient entre 50 000 et 110 000 hommes, en comptant les groupes proches du djihadisme. Il faut cependant considérer ces chiffres avec précaution. L’on peut de plus dégager deux tendances parmi ces forces dites « modérées » : les groupes arabes, pouvant être tant laïcs qu’islamistes, et les groupes turkmènes.

Groupes rebelles arabes

Il n’existe pas d’unité idéologique au sein des forces rebelles arabes. La guerre menée par la Turquie contre les Forces démocratiques syriennes est en effet l’occasion pour des groupes rebelles ayant connu la défaite dans d’autres régions du pays de prendre une forme de revanche. Parmi les groupes les plus importants, on peut citer notamment Faylaq al-Cham, constituant le bras armé des Frères musulmans syriens. Le groupe comptait entre 8500 et 10 000 combattants en septembre 2018. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, c’est l’un des groupes rebelles les plus importants au nord de la Syrie.

C’est à cette époque que, dans la logique de l’accord russo-turc sur la poche rebelle d’Idlib, le groupe acceptait de quitter ses positions dans la zone démilitarisée prévue par ledit accord, preuve de l’influence de la Turquie sur le groupe. La tendance Frères musulmans est donc représentée au sein des rebelles pro-turc, bien qu’elle soit loin de constituer un vecteur commun à l’ensemble des forces arabes sunnites.

Groupes turkmènes en Syrie

Les combattants d’origine turkmène constituent l’autre tendance importante. La Syrie compte historiquement une minorité ethnique turkmène, en grande partie turcophone et proche de la culture turque. Cela explique la présence de groupes de combattants dont l’idéologie est souvent proche du néo-ottomanisme. Ces groupes, qui défendent la particularité culturelle de leur minorité, constituent donc des alliés naturels pour Ankara. Le plus important d’entre eux est sans doute la Division Sultan Mourad. Créée en mars 2013, elle tire son nom de Mourad II, sultan ottoman au XVe siècle. Après avoir été très actif dans la bataille d’Alep, le groupe participe en août 2016 à la prise de la ville de Jarablous, à la frontière turco-syrienne, par les forces turques.

Les groupes turkmènes, dont les noms font souvent référence à des figures emblématiques de l’Empire ottoman, communiquent largement sur les réseaux sociaux. Leurs membres s’y affichent alors en faisant de la main le signe de ralliement des Loups gris, organisation d’extrême-droite turque. En effet, ces groupes, qui comptent parmi leurs membres des combattants étrangers venus de Turquie ou d’Asie centrale notamment, sont souvent proches du nationalisme turc.Share

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About Edgar VAUQUELIN

Edgar Vauquelin est étudiant en Master 2 science politique à l’IEP d’Aix-en-Provence. Il s’intéresse à la géopolitique du Moyen-Orient, notamment aux groupes armés non-étatiques et au facteur religieux dans la politique de la région

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/situations-decryptees/42171-qui-sont-suppletifs-syriens-turquie-1.

ANKARA MENACE DE REPRENDRE SON OFFENSIVE EN SYRIE

ANKARA MENACE DE REPRENDRE SON OFFENSIVE EN SYRIE

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22.11.2019Syrie

La Turquie a menacé de reprendre son offensive Source de Paix si les milices kurdes ne se retirent pas complètement de la frontière turco-syrienne, a annoncé le 18 novembre le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu.

Selon le ministre cité par l’agence Anadolu, Moscou et Washington «n’ont pas encore rempli» leurs engagements. «Cela doit être fait», sinon, comme l’a promis M.Cavusoglu, Ankara «fera ce qu’il faut» pour assurer la sécurité de ses frontières.

«Si nous n’obtenons pas le résultat escompté, nous ferons ce qu’il faut, comme ce que nous avons déjà fait dans l’opération [lancée, ndlr.]», a déclaré M.Cavusoglu.

«Nous devons éliminer la menace terroriste à nos portes», a-t-il ajouté.

La Turquie a lancé le 9 octobre une offensive en territoire syrien contre les milices kurdes YPG, qu’elle considère comme terroristes. Après des rencontres séparées entre Recep Tayyip Erdogan, Vladimir Poutine et Donald Trump, deux accords ont été conclus avec Moscou et Washington en vue du retrait des YPG du nord-est de la Syrie.

Selon le Centre russe pour la réconciliation en Syrie, les forces kurdes ont abandonné leurs positions à la frontière et des patrouilles menées par l’armée turque et l’armée russe ont été mises en place. La première a eu lieu le 1er novembre.

Source: Sputnik

https://katehon.com/fr/article/ankara-menace-de-reprendre-son-offensive-en-syrie

TRUMP ERDOGAN ET LES KURDES

TRUMP ERDOGAN ET LES KURDES

Le 9 octobre 2019, La Turquie présidée par Recep Tayyip Erdogan lance une offensive au au nord de la Syrie, région hautement conflictuelle contrôlée par les Kurdes depuis quelques années. Cette attaque orchestrée par Ankara avait pour objectif la prise de contrôle sur la région en y siégeant son armée et ainsi, créer une zone tampon tant espérée. Quelques jours avant l’attaque, Erdogan s’entretient avec le président américain à la recherche d’une alliance. Trump aura finalement étrangement tweeté son support à Ankara, interprété par plusieurs telle une trahison à la cause kurde. Quels rapports entretiennent ces trois acteurs et quel débouché les attends?

La Turquie et les Kurdes, retour en arrière

Historiquement, la Turquie maintient depuis longtemps un rapport conflictuelles avec l’entité kurde. Tantôt sur son propre territoire, parfois sur les zones frontalières, Ankara se bat vigoureusement depuis plus d’un siècle contre la menace d’une nation sans état qui cherche désespérément une souveraineté territoriale nommée Kurdistan. 

En 1978, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation politique et militaire qualifiée de terroriste par la Turquie et ses alliées, a été fondée à Ankara. Mouvements de révoltes et combats armés, le PKK se bat pour l’indépendance et a réussi à inspirer la création d’autres groupes armées (Parti de l’union démocratique (PYD), en Syrie, et le Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK)) et à se faire des alliés. Le plus gros bassin de la population kurde se trouve au sud de la Turquie et présente une menace à l’unité territoriale turque. Ankara est depuis à l’offensive et son seul objectif est le contrôle de son territoire et cela, à n’importe quel prix.

L’ENTITÉ KURDE

L’entité Kurde

L’entité Kurde

Entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie, les kurdes aux origines Indo-européennes (perses) majoritairement sunnite, vivent depuis des siècles sur ces territoires et se battent encore à ce jour pour la création d’un État nommé Kurdistan. L’autonomie territoriale a été inscrite dans le traité de Sèvre en 1920 et envisageait la création du Kurdistan en Turquie. Les turques combattent farouchement l’idée et trois années plus tard, le projet est retiré du Traité de Lausanne de 1923. Quelques décennies plus tard,  les kurdes maintiennent leurs efforts grâces à différentes alliances et parviennent à créer une région autonome au Nord de l’Irak. Malgré les conflits politiques au sein même des différents groupes kurdes, les combattants continues leurs campagnes afin de garder le contrôle de la région et se retrouvent aujourd’hui au front contre la menace grandissante du groupe armée Daesh. Malgré toutes les difficultés, le souhait de voir naître un pays souverain persiste.

Les américains, tantôt allié kurde, tantôt l’allié des turques?

L’agenda américain est présent au dans la zone moyen-orientale/

Kurdistan,  pétrolement riche

La guerre syrienne

Quel sera le prochain Tweet

 Cette attaque a eu pour conséquence la remise en cause des alliances stratégiques de la région, commençant par l’alliance américano-kurde. Q

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L’ARMÉE SYRIENNE REPREND SES OPÉRATIONS AU SOL DANS LE SUD-EST D’IDLIB ET S’EMPARE DE LA VILLE

#FROMTHEFRONT #SYRIA 24.11.2019 – 805 vues    4.8 ( 6 votes)

L’ARMÉE SYRIENNE REPREND SES OPÉRATIONS AU SOL DANS LE SUD-EST D’IDLIB ET S’EMPARE DE LA VILLE

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Très tôt le 24 novembre, l’armée arabe syrienne (ASA) a repris ses opérations terrestres dans le sud-est d’Idlib, lançant une attaque acharnée sur la ville de Misherfah.

Les unités de l’armée ont pris d’assaut la ville en quelques heures et ont réussi à la sécuriser complètement à la suite de violents affrontements avec Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), affilié à Al-Qaïda, et le Front national de libération (NFL) soutenu par la Turquie.

L'armée syrienne reprend ses opérations au sol dans le sud-est d'Idlib et s'empare de la ville

Cliquez pour voir la carte en taille réelle. Source: (@Suriyakmaps) sur Twitter.

HTS et la NFL ont lancé une contre-attaque pour reprendre la ville. Cependant, la tentative a échoué, les deux groupes ayant subi davantage de pertes.

Plusieurs militants de HTS et de la NFL auraient été tués ou blessés alors qu’ils tentaient de conserver leurs positions à Misherah.

Plus tôt cette semaine, la SAA a pris d’assaut la ville. Cependant, une contre-attaque de HTS et de la NFL a forcé les unités de l’armée à se retirer en quelques heures.

Le SAA pourrait progresser davantage dans le sud-est d’Idlib dans les prochaines heures. Des avions de combat russes et syriens ont déjà lancé des frappes aériennes sur plusieurs villes de la région.

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Qui sont les supplétifs syriens de la Turquie ? (1/2)

Qui sont les supplétifs syriens de la Turquie ? (1/2)

Edgar VAUQUELIN 22 novembre 2019 Proche et Moyen-OrientSituations décryptéesSujets chaudsSyrieSyrieTurquie Leave a comment

Entre août 2016 et octobre 2019, la Turquie a mené trois opérations militaires d’envergure en Syrie. L’objectif principal était de repousser le plus loin possible de sa frontière les Forces démocratiques syriennes. Cette coalition arabo-kurde alliée des Occidentaux a aidé à vaincre Daech en Syrie. Elle est menée par les Unités de protection du peuple (YPG), ennemi désigné d’Ankara sur le théâtre syrien. En effet, la Turquie leur reproche leur affiliation au PKK, organisation politique kurde qu’Ankara considère terroriste.

Au cours de ses incursions en Syrie, l’armée turque a ainsi pu compter sur le soutien de groupes rebelles syriens. Ces derniers ont assuré pour elle le rôle de supplétifs. Ces groupes pro-turc étaient rassemblés au sein de deux coalitions, le Front national de libération et l’Armée nationale syrienne. Elles ont annoncé leur fusion en octobre dernier. Bien qu’il soit impossible de traiter de ces groupes de façon exhaustive étant donné leur diversité, nous pouvons en distinguer deux types : ceux issus de l’ASL et ceux proches du djihadisme.

Partie I : Les groupes issus de l’Armée syrienne libre

Supplétifs syriens de la Turquie
Le major Yasser Abdel Rahim, chef du groupe Faylaq al-Cham, en octobre 2015.

Formée en juillet 2011, l’Armée syrienne libre (ASL) constituait la principale force d’opposition au régime d’Assad au début du conflit. Des groupes plus radicaux l’ont ensuite supplantée. Les groupes qui en sont issus, combattant aujourd’hui aux côtés de l’armée turque, représentent un éventail idéologique extrêmement large.

Après la perte de leur bastion d’Alep-est, reconquis par les forces loyalistes en 2016, les groupes de l’ASL ont retrouvé du service avec les opérations Bouclier de l’Euphrate et Rameau d’olivier, menées par la Turquie au nord de la Syrie entre 2016 et 2018. Ce nouvel engagement, dicté en grande partie par l’opportunisme, a conduit ces supplétifs à délaisser le combat contre le régime, au profit des intérêts de leur parrain turc, qui les arme, les forme et les finance.

Les chiffres sur le nombre de combattants au sein de l’Armée nationale syrienne varient en fonction des sources. L’on estime qu’ils seraient entre 50 000 et 110 000 hommes, en comptant les groupes proches du djihadisme. Il faut cependant considérer ces chiffres avec précaution. L’on peut de plus dégager deux tendances parmi ces forces dites « modérées » : les groupes arabes, pouvant être tant laïcs qu’islamistes, et les groupes turkmènes.

Groupes rebelles arabes

Il n’existe pas d’unité idéologique au sein des forces rebelles arabes. La guerre menée par la Turquie contre les Forces démocratiques syriennes est en effet l’occasion pour des groupes rebelles ayant connu la défaite dans d’autres régions du pays de prendre une forme de revanche. Parmi les groupes les plus importants, on peut citer notamment Faylaq al-Cham, constituant le bras armé des Frères musulmans syriens. Le groupe comptait entre 8500 et 10 000 combattants en septembre 2018. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, c’est l’un des groupes rebelles les plus importants au nord de la Syrie.

C’est à cette époque que, dans la logique de l’accord russo-turc sur la poche rebelle d’Idlib, le groupe acceptait de quitter ses positions dans la zone démilitarisée prévue par ledit accord, preuve de l’influence de la Turquie sur le groupe. La tendance Frères musulmans est donc représentée au sein des rebelles pro-turc, bien qu’elle soit loin de constituer un vecteur commun à l’ensemble des forces arabes sunnites.

Groupes turkmènes en Syrie

Les combattants d’origine turkmène constituent l’autre tendance importante. La Syrie compte historiquement une minorité ethnique turkmène, en grande partie turcophone et proche de la culture turque. Cela explique la présence de groupes de combattants dont l’idéologie est souvent proche du néo-ottomanisme. Ces groupes, qui défendent la particularité culturelle de leur minorité, constituent donc des alliés naturels pour Ankara. Le plus important d’entre eux est sans doute la Division Sultan Mourad. Créée en mars 2013, elle tire son nom de Mourad II, sultan ottoman au XVe siècle. Après avoir été très actif dans la bataille d’Alep, le groupe participe en août 2016 à la prise de la ville de Jarablous, à la frontière turco-syrienne, par les forces turques.

Les groupes turkmènes, dont les noms font souvent référence à des figures emblématiques de l’Empire ottoman, communiquent largement sur les réseaux sociaux. Leurs membres s’y affichent alors en faisant de la main le signe de ralliement des Loups gris, organisation d’extrême-droite turque. En effet, ces groupes, qui comptent parmi leurs membres des combattants étrangers venus de Turquie ou d’Asie centrale notamment, sont souvent proches du nationalisme turc.Share

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About Edgar VAUQUELIN

Edgar Vauquelin est étudiant en Master 2 science politique à l’IEP d’Aix-en-Provence. Il s’intéresse à la géopolitique du Moyen-Orient, notamment aux groupes armés non-étatiques et au facteur religieux dans la politique de la région.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/situations-decryptees/42171-qui-sont-suppletifs-syriens-turquie-1

L’eau, nouveau paradigme de la géopolitique du XXIème siècle (2/3)

L’eau, nouveau paradigme de la géopolitique du XXIème siècle (2/3) 

Alexandre CAPEL 19 novembre 2019 EauEnvironnementMondialisation et enjeuxRessourcesSituations décryptées Leave a comment

Ressource naturelle essentielle à la vie, l’eau n’a jamais semblé aussi accessible et abondante qu’aujourd’hui. Ouvrir le robinet pour voir de l’eau couler est devenu un geste quotidien pour une grande partie de la population mondiale. Pourtant, celle-ci vient de plus en plus à manquer sur une planète que l’on sait bleue.

L'eau un enjeu géopolitique
“A quarter of Humanity faces looming water crises”, New York Times, 6 août 2019.

Une problématique qui ne connaît pas de frontières

La carte publiée par le New York Times, conçue à partir du rapport du World Ressources Institut, permet de comprendre l’absence de frontières lorsque l’on vient à parler des problématiques de l’eau. La comparaison des situations “hydro-sécuritaires” des différents pays incite d’ailleurs à sortir d’une vision ethnocentrée.

Au-delà de cette absence de frontières, Alexandre Taithe, chargé de recherches à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) estime que l’internationalisation de l’eau a entrainé les problématiques actuelles. La création de nouveaux États, notamment après 1945, a transformé certains cours d’eau nationaux en cours d’eau internationaux. Même si ces derniers traversent parfois des régions à la géographie et au climat très différents, il n’en demeure pas moins que les problématiques auxquelles sont confrontées les gouvernements et les populations sont parfaitement identiques.

La surexploitation, la pollution des fleuves, les sécheresses et les pénuries sont ainsi des contraintes qui s’expriment de manière indifférenciée. À ce titre, Franck Galland, chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique et spécialiste des questions sécuritaires liées à l’eau considère que “ces peuples sont pourtant des plus divers, tant d’un point de vue ethnique que religieux. Sunnites, Chiites ; mais encore Chinois, Perses et Arabes partagent les mêmes peines, mais également les mêmes espérances dans les solutions qui peuvent être apportées pour soulager leurs maux” [1].

Tour d’horizon des situations hydro-sécuritaires

  • Chine

La Chine est confrontée, dans sa partie septentrionale, à des niveaux de stress hydrique importants. Ceux-ci seraient équivalents à ceux de l’Algérie et de Djibouti. Le pays connaît une dégradation significative de la qualité et de la quantité de ses eaux souterraines et de surfaces. En plus de cela, les rejets industriels et domestiques deviennent un enjeu crucial pour le régime de Pékin. De nombreuses rivières et grands fleuves chinois sont en effet sévèrement pollués.

  • Iran

L’Iran et sa capitale Téhéran ne peuvent pas compter sur les faibles précipitations qui s’abattent chaque année sur le pays pour éviter les pénuries d’eau. Les constructions de barrages impulsées par les différents gouvernements ont empêché certaines rivières d’atteindre de nombreuses régions semi-arides ou arides. Ces barrages ont dans le même temps rendu impossible la reconstitution des aquifères. Par ailleurs, le régime, dans sa quête d’autonomie face à l’Occident, a parfois été jusqu’à encourager une agriculture extrêmement gourmande en eau.

  • Arabie Saoudite

Le royaume d’Arabie Saoudite, qui a bâti sa richesse sur le pétrole est aujourd’hui confronté à d’importantes pénuries d’eau. En effet, dans un pays où il pleut rarement et où la consommation d’eau est deux fois plus élevée que la moyenne mondiale, les réserves souterraines s’épuisent rapidement. Les nappes aquifères fossiles d’où provient la majeure partie de l’eau pompée, pourraient ainsi être asséchées sous vingt-cinq ans, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

  • Turquie, Syrie, Irak

L’avancée du “projet du sud-ouest anatolien” menace l’approvisionnement en eau de la Syrie et de l’Irak. Deux des plus grands fleuves du monde, le Tigre et l’Euphrate, traversent pourtant ces deux pays. Ce projet, dont l’objectif est de couvrir à hauteur de 25% la consommation d’électricité de la Turquie en construisant 22 barrages et 19 centrales hydrauliques sur l’Euphrate, pourrait permettre à Ankara de contrôler le débit de ce dernier. Face à ce “réveil de l’amont”, la Syrie et l’Irak semblent donc pris en otage alors même que la situation hydrique et sécuritaire des deux pays était d’ores et déjà sérieusement dégradée.

  • Égypte, Éthiopie

La situation “hydro-sécuritaire”, dans la zone du Grand Nil est assez similaire à la situation turco-irako-syrienne. La construction du barrage de la Renaissance en Éthiopie menace sérieusement l’Égypte, qui se considère pourtant comme le “gardien du Nil”. Le barrage devrait être à terme le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique. La baisse du débit du fleuve aurait des conséquences désastreuses, notamment au niveau du barrage d’Assouan. Situé en aval,  celui-ci assure au pays une sécurité énergétique et hydrique.

  • Europe

Les problématiques liées à l’eau impactent aussi le vieux continent. Si les répercussions n’ont pas (encore) la même ampleur que dans certains pays du Proche et du Moyen-Orient, elles ne sont pas pour autant anecdotiques. La France, l’Espagne et l’Italie sont confrontés chaque année, à des épisodes caniculaires de plus en plus violents. Ces pays doivent ainsi limiter leur consommation en eau, notamment en interdisant l’irrigation agricole. Aux Pays-Bas, la montée des eaux se conjugue désormais avec la sécheresse que connaissent certaines régions. Même le sud de l’Angleterre – qui n’est pas particulièrement connu pour son climat aride – semble manquer d’eau.

Sources

– Somini Sengupta, “A quarter of Humanity faces looming water crises”, New York Times, 6 août 2019.

– Ruth MICHAELSON,“Oil built Saudi Arabia – will a lack of water destroy it?”, The Guardian, 6 août 2019.

– Peter HARLING, « L’Irak assoiffée par la folie humaine », Orient XXI, 12 Septembre 2019.

Notes

[1] Franck Galland, Le grand jeu : chronique géopolitique de l’eau, CNRS édition, 2014Share

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About Alexandre CAPEL

Passionné par les relations internationales, je suis actuellement étudiant en Double diplôme Droit européen et international au sein de l’Université Toulouse 1 Capitole (L1 et L2) et de l’Université de Bangor (L3 et M1) au Royaume-Uni. Je m’intéresse particulièrement à la politique étrangère de l’UE ainsi qu’à la région du Proche et du Moyen-Orient.

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