Archives pour la catégorie Turquie

Les pays musulmans demandent une « force de protection internationale » pour les Palestiniens

Les pays musulmans demandent une « force de protection internationale » pour les Palestiniens

Le président turc Recep Tayyip Erdogan (centre), entouré du premier ministre palestinien Rami Al Hamdallah (gauche) et du secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique, le 18 mai 2018 à Istanbul / © AFP / Yasin AKGUL

Les pays musulmans ont appelé vendredi à l’envoi d' »une force de protection internationale » dans les Territoires palestiniens après le bain de sang de Gaza, lors d’un sommet à Istanbul convoqué par le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a accusé Israël d’user de méthodes dignes des nazis.

Les représentants des 57 pays regroupés au sein de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), ont appelé à « une protection internationale pour le peuple palestinien, y compris par l’envoi d’une force de protection internationale », selon le communiqué final du sommet.

L’OCI a en outre condamné « en les termes les plus forts les actions criminelles dans forces israéliennes dans les Territoires palestiniens occupés, notamment dans la bande de Gaza », où près de 60 Palestiniens sont morts lundi sous les balles israéliennes en manifestant contre le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem.

Le texte accuse l’administration américaine « de soutenir les crimes d’Israël, y compris en le protégeant au Conseil de sécurité de l’ONU ».

Il épingle aussi Washington pour le transfert de son ambassade à Jérusalem, y voyant un « acte de provocation et d’hostilité contre la nation islamique ».

Il appelle l’ONU à mettre sur pied « une commission d’enquête internationale » pour faire la lumière sur le bain de sang de Gaza.

A l’ouverture du sommet, M. Erdogan, qui tire à boulets rouges sur Israël depuis lundi, a comparé le traitement réservé par l’Etat hébreu aux Palestiniens de Gaza à la persécution des Juifs sous les nazis.

– Appel à l’unité –

« Il n’y a pas de différence entre les atrocités subies par le peuple juif en Europe il y a 75 ans et la brutalité dont souffrent nos frères à Gaza », a lancé le président turc.

Il a accusé les dirigeants « d’un peuple qui a subi toutes sortes de tortures dans les camps de concentration durant la Seconde guerre mondiale » d’attaquer les Palestiniens « en usant de méthodes similaires à celles des nazis ».

Avant d’ouvrir le sommet, M. Erdogan avait reconnu en haranguant des milliers de manifestants rassemblés dans le centre d’Istanbul pour apporter leur soutien aux Palestiniens, que le monde musulman avait « échoué dans le test de Jérusalem », n’ayant pas réussi à empêcher le transfert de l’ambassade américaine vers la ville sainte depuis Tel-Aviv.

« Les violations commises (par Israël) à Jérusalem et en Palestine s’expliquent par les divisions et les différends entre les musulmans eux-mêmes », a-t-il ajouté.

« Nous devons nous sacrifier pour défendre nos lieux saints. Si nous devions nous unir, Israël ne pourrait pas poursuivre ses violations », a-t-il encore dit.

Lors de la manifestation, le Premier ministre turc Binali Yildirim a pour sa part accusé Israël « d »imiter Hitler et Mussolini ».

Le Premier ministre palestinien Rami Hamdallah, présent à Istanbul pour participer au sommet de l’OCI, s’est aussi adressé à la foule. Il a accusé l’administration américaine de chercher à « provoquer un conflit religieux dans la région » en transférant son ambassade en Israël à Jérusalem.

– « Silence » –

Issu de la mouvance islamo-conservatrice, M. Erdogan se pose en ardent supporteur de la cause palestinienne et ne cache pas son soutien au mouvement islamiste palestinien Hamas à Gaza, bête noire des autorités israéliennes. Ce discours trouve un écho chez l’électorat traditionnel du président turc candidat à sa propre succession lors des élections anticipées prévues le 24 juin, et lui a permis de bâtir une certaine popularité dans le monde arabe.

La réunion d’Istanbul s’est tenu au moment où le monde arabo-musulman est miné par des divisions et des rivalités qui rendent peu probables des mesures concrètes à l’égard d’Israël.

L’Arabie saoudite, dont le ministre des Affaires étrangères Adel al-Jubeir était présent à Istanbul, et ses alliés du Golfe ainsi que l’Égypte, voient d’un mauvais œil le soutien de la Turquie d’Erdogan à des mouvements comme les Frères musulmans et le Hamas, ainsi qu’au Qatar, qu’ils cherchent à isoler.

Ryad et ses alliés, qui semblent avoir assoupli leurs positions vis-à-vis d’Israël, seraient en outre réticents à d’éventuelles actions susceptibles de heurter Washington, dont ils espèrent le soutien pour endiguer l’Iran chiite, qu’ils voient comme la principale menace dans la région.

Parmi les chefs d’État qui ont assisté au sommet figurent le roi Abdallah de Jordanie, le président iranien Hassan Rohani, son homologue soudanais Omar el-Béchir, ainsi que les émirs du Qatar et du Koweït.

Dans une apparente pique à l’adresse de Ryad, M. Rohani a ainsi critiqué dans son discours « le silence de certains pays », sans lequel « les sionistes n’auraient pas osé une telle brutalité ».

La Turquie et Israël s’écharpent à coups d’invectives et de sanctions diplomatiques depuis la répression sanglante des manifestations de Gaza.

Ankara a renvoyé provisoirement l’ambassadeur d’Israël en Turquie Eitan Naeh et le consul général d’Israël à Istanbul. Israël a pris une mesure similaire à l’encontre du consul général turc à Jérusalem.

(©AFP / 19 mai 2018 00h53)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Les-pays-musulmans-demandent-une-force-de-protection-internationale-pour-les-Palestiniens/919487.rom

Publicités

Les muscles américains en Syrie pour effrayer la Turquie et l’Iran

Les muscles américains en Syrie pour effrayer la Turquie et l’Iran

FacebookVKBloggerLiveJournalTwitterGoogle+EmailPrintPartager

11.05.2018

Les Etats-Unis ont achevé la construction d’une troisième base dans la région de Manbij, où la Turquie voulait envoyer ses troupes pour évincer les milices kurdes. La présence militaire américaine pourrait être un bastion pour attaquer l’Iran.

La majorité de l’ordre de 15 bases militaires américaines, à l’exception d’Eth-Tanf, se trouve sur les territoires contrôlés par la milice kurde dans le nord de la Syrie, à l’est de l’Euphrate. L’expansion de la présence militaire américaine inquiète les participants au format Astana: la Turquie, la Russie et l’Iran, qui sont les garants des quatre «zones de désescalade» en Syrie.

Au début du mois de mai, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui a blâmé Washington à plusieurs reprises pour avoir tenté de détruire la Syrie, a déclaré que les Etats-Unis préparaient des militants contre le gouvernement de Bashar Assad.

La même position est tenue par l’Iran, qui considère toute présence militaire sans le consentement de ses alliés comme illégale. Téhéran est également préoccupé par l’alliance américaine avec les Kurdes, dont le nombre en Iran, selon diverses estimations, est de huit millions.

La Turquie est le plus inquiet, le seul pays à avoir mené une opération militaire ouverte contre les YPG, sur les territoires desquels les Etats-Unis ont établi leurs bases. En janvier-mars, les forces armées turques ont chassé les miliciens kurdes d’Afrin (opération Olive Branch) au nord-ouest de la Syrie. Ensuite, ils se préparaient à aller plus loin – à Manbij. Mais, contrairement à Afrin, que la coalition américaine contre l’Etat islamique a annoncé en dehors de sa zone de responsabilité, le Pentagone a fourni aux Kurdes des garanties claires pour Manbij. Non seulement il y a eu des renforts militaires envoyés face à trois cents forces spéciales américaines, mais il y a trois mois, la construction d’une autre base militaire a commencé.

Dans la nouvelle garnison de Manbije, filmée par le photographe de l’agence Reuters, les militaires français sont également stationnés, a précisé Sharfan Darwish, porte-parole des Forces démocratiques syriennes (SDF), basé sur les YPG kurdes. Les militaires américains et français patrouillent le front entre le SDF et les forces pro-turques après qu’Ankara ait lancé la «branche d’olivier». Darvish a noté:

Après l’attaque turque sur Afrin et l’augmentation des menaces turques contre Manbiju, les forces de la coalition ont construit une base pour surveiller et protéger la frontière (entre les belligérants)

La Turquie considère les YPG comme une organisation terroriste et la continuation du Parti des travailleurs du Kurdistan, avec lequel la Turquie se bat sur son propre territoire. Le programme d’Erdogan est de nettoyer toute la frontière de 800 kilomètres avec la Syrie des partisans kurdes, en recourant à une intervention sur le territoire étranger si nécessaire. L’activation des Etats-Unis dans la région et le manque d’intérêt pour les négociations avec Erdogan éloignent de plus en plus Ankara de Washington.

Le docteur en sciences historiques de l’université d’Istanbul Mehmet Perincek considère que la nouvelle base militaire américaine dans le nord de la Syrie est plus qu’une simple menace pour la Turquie:

La nouvelle base de l’Amérique à Manbij n’est pas seulement contre Assad, l’intégrité territoriale de la Turquie, mais aussi contre la Russie et même la Chine. Après tout, s’il y a un Kurdistan indépendant, il va s’imposer contre toute l’Eurasie. La Turquie, l’Iran et la Russie devraient unir leurs forces non seulement contre la terreur des fondamentalistes, mais aussi contre les séparatistes « 

Lors du dernier sommet d’Ankara, les dirigeants de la Russie, de l’Iran et de la Turquie ont, dans une déclaration commune, évoqué précisément la lutte contre les «agendas séparatistes», faisant allusion aux plans américains d’effondrement de la Syrie.

Le renforcement de la présence militaire des États-Unis en Syrie est également pertinent à la lumière de l’escalade de la confrontation israélo-iranienne près des hauteurs du Golan après la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord nucléaire avec l’Iran. Les points forts dans les territoires kurdes, en plus des bases américaines dans les pays du Golfe Persique, sont de nouvelles têtes de pont du Pentagone pour attaquer l’Iran.

Le renforcement des Américains à Manbij n’est pas rentable à la fois pour Téhéran et pour Ankara. Mais cela signifie-t-il que dans le cas d’Israël et des frappes américaines contre l’Iran, la Turquie soutiendra son voisin?

Réalisant que les plans américains sont sérieux, et que la situation est au final, un résultat déplorable pour l’Iran, la Turquie peut soutenir ces coups, car il y a un an Ankara critiquait l’Iran, disant qu’il essayait de transformer la Syrie et l’Irak en Etats chiites.

Les Etats-Unis ont un puissant levier sur la Turquie sous la forme de sanctions pour l’achat de S-400 russes et en contournant le boycott américain de l’Iran, ce qui pourrait contraindre Ankara à s’abstenir de toute solidarité avec la République islamique d’Iran.

Perincek estime que parmi les principaux objectifs des possiles frappes américaines contre l’Iran est l’intention de détruire le format Astana.

Les États-Unis et Israël ont longtemps voulu gâcher le processus d’Astana, qui les empêche de réaliser leurs plans dans la région. L’attaque contre l’Iran est une continuation des provocations, comme les Khimataks de Salisbury et la Douma syrienne, appelés à diviser l’alliance de la Turquie, de l’Iran et de la Russie.

« En cas de guerre avec l’Iran, la Turquie devrait montrer sa solidarité avec elle, car seule la coopération avec Téhéran Ankara peut combattre le séparatisme et garantir son intégrité territoriale » – a résumé Perincek.

Comme Ankara va réagir, c’est difficile à dire. La Turquie est membre de l’OTAN, dépendante de plusieurs aspects des États-Unis, mais en même temps elle est mécontente de l’alliance de Washington avec les Kurdes et de la dissimulation de Fethullah Gülen en Pennsylvanie. D’autre part, Ankara est dans une alliance situationnelle avec Téhéran en Syrie et a des liens commerciaux étroits avec les Iraniens. L’histoire montre que les alliances sont vérifiées non par des mots, mais par des actions concrètes. L’état tendu actuel des relations turco-américaines et turco-israéliennes suggère que le pays sur les rives du Bosphore n’a plus d’incitation à l’intervention américaine et israélienne contre l’Iran que lors de l’agression américaine contre l’Irak en 2003, quand Ankara a refusé de fournir ses bases à ses alliés de l’OTAN.

http://katehon.com/article/us-muscles-syria-scare-turkey-and-iran

Le hasard fait que la Syrie se trouve sur la plus colossale plaque de réserve de gaz du monde…

Le hasard fait que la Syrie se trouve sur la plus colossale plaque de réserve de gaz du monde…

Publié par Brujitafr sur 10 Mai 2018, 07:39am

Catégories : #ACTUALITES, #CONFLICTS DANS LE MONDE, #3 ème guerre mondiale

Le hasard fait que la Syrie se trouve sur la plus colossale plaque de réserve de gaz du monde…

Un conflit qui dure depuis seize mois et qui aurait fait des milliers de morts selon une comptabilité tenue soigneusement par les médias des pays occidentaux qui attribuent insidieusement les morts uniquement au régime de Damas et non aussi aux insurgés armés lourdement par les Occidentaux avec l’argent des roitelets du Golfe.

Les chrétiens ont peur de servir de variables d’ajustement d’un conflit qui les dépasse. Ce conflit, un siècle après les accords de Sykes-Picot, met en jeu les mêmes acteurs avec en plus, les Etats-Unis, la Russie et la Chine et…Israël. Les dépouilles sont toujours les mêmes, les dirigeants arabes faibles, lâches qui continuent à s’étriper pour le plus grand bien de l’Empire et de ses vassaux. Avec cette fois-ci, un coup d’arrêt à la tentation d’Empire, de la part de puissances asiatiques qui s’affirment.

Que se passe t-il réellement, et pourquoi Assad ne tombe pas malgré les communiqués triomphalistes présentant des personnalités qui ont lâché le pouvoir, le général Tlass, l’ambassadeur de Syrie en Irak qui s’enfuit au Qatar… Un autre round de négociations sur le règlement pacifique en Syrie s’est tenu dernièrement à Moscou.

Cette fois, le ministère des Affaires étrangères de Russie a invité le président du Conseil national syrien (CNS) Abdel Basset Sayda. Mais il n’y a pas eu de rapprochement de positions. D’autre part, l’émissaire international Kofi Annan, qui poursuit sa tournée en Iran, a rencontré Bachar el-Assad en Syrie pour tenter de trouver une issue au conflit dans le pays. Il a annoncé lundi 9 juillet 2012 être tombé d’accord avec le président Bachar el-Assad sur une « approche » qu’il soumettra aux rebelles syriens.

La diabolisation des médias occidentaux

Et si la version matraquée tous les jours par les médias français n’était pas la bonne ? C’est en tout cas l’avis du politologue Gérard Chalian, sur le plateau de « C dans l’air » du 14 juin 2012, sur France 5 : ce qu’il dit c’est que ce n’est pas uniquement un méchant contre des gentils et que la volonté d’intervention et les hésitations des Occidentaux ne sont pas forcément liées à des sentiments purement humanistes. Il dit qu’une intervention impliquerait beaucoup de conséquences géopolitiques.

Pour lui, ce qui se passe en Syrie est avant tout une affaire politique et non humanitaire. C’est en fait, l’exacerbation du conflit artificiel sunnite /chiite avec d’un côté pour les sunnites l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Union européenne, les Etats-Unis et Israël et de l’autre, les chiites, c’est-à -dire les Alaouites aidés par l’Iran. Le but de la manipulation est de casser l’Iran et de réduire le Hezbollah.

Nous verrons qu’il existe aussi l’argument énergétique. Le témoignage d’une Française, épouse d’un Franco-Syrien, qui a séjourné en Syrie du 19 mai au 12 juin 2012, est édifiant : « Alors que ce pays offrait une totale sécurité, les « Amis de la Syrie » y ont semé la violence. A Alep, des bandes armées ont fait leur apparition dans le 2e semestre 2011 : kidnapping, demandes de rançons… Une mafia très lucrative. Nous avons eu connaissance de nombreux récits d’enlèvements à toute heure et à tout endroit à Alep à un rythme quasi quotidien.

Les enfants ont pris l’habitude de téléphoner à leurs parents dès leur arrivée et départ de l’école. Les militaires et policiers sont les cibles privilégiées pour ceux qui sont payés pour tuer. Ainsi, un commandant de 35 ans a été abattu de 2 balles dans la tête un matin à 8 h 30 alors qu’il achetait du pain. Les commerçants ferment sur ordre d’hommes armés qui menacent de brûler leur boutique. Ainsi, le 2 juin, à la Médine (anciens souks) tout était fermé. Les médias français parlent alors de grève générale anti-régime. Lors de manifestations pro Bachar, des hommes armés s’infiltrent et se mettent à tirer dès que la foule est dense.

Ceci est filmé et envoyé aux chaînes de télévision. Le pouvoir conseille de ne pas faire de manifestations de soutien pour éviter ces tueries. La population, qui est confrontée aux kidnappings, bombes, asphyxie des commerces, connaît des difficultés d’approvisionnement en fuel, essence et gaz. Il n’y a pas pénurie en Syrie, mais les véhicules de transport sont attaqués et brûlés sur les routes. » (1)

« Pour ceux qui à l’étranger souhaitent apporter leur aide, il est impossible de virer de l’argent et impossible d’en retirer sur place (d’un compte en France par exemple). A Damas, tout semble comme avant, vie diurne et nocturne, malgré la menace des bombes. Cependant, beaucoup d’hôtels ont fermé, le tourisme est inexistant. A Homs, un seul quartier reste occupé par les rebelles. Les habitants se sont réfugiés dans les villages alentour chez la famille ou des amis.

Sur les grands axes routiers, l’ASL effectue des contrôles et abat sur le champ un militaire présent. (…) Il n’y a pas de guerre civile en Syrie, les communautés continuent de vivre en harmonie. Il y a des actes de barbarie et de violence de la part de mercenaires et de l’ASL contre des minorités pour provoquer une guerre civile. (…) Monsieur Sarkozy a en son temps exprimé au patriarche maronite venu le rencontrer que les chrétiens d’Orient devaient laisser leur pays aux musulmans et que leur avenir était en Europe. L’Occident applique en Syrie le même scénario qu’en Irak et en Libye. (…) L’opposition en Syrie participe de façon légale au changement. Les gens sont écoeurés par le manque d’objectivité des médias français. La seule source, l’Osdh, basée à Londres, est animée par un Frère musulman, payé par les services secrets britanniques. »(1)

L’argument énergétique

Le professeur Imad Fawzi Shueibi analyse les causes et les conséquences de la récente position de la Russie au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le soutien de Moscou à Damas n’est pas une posture héritée de la Guerre froide, mais le résultat d’une analyse en profondeur de l’évolution des rapports de force mondiaux. La crise actuelle va cristalliser une nouvelle configuration internationale, qui d’un modèle unipolaire issu de la chute de l’Union Soviétique, va évoluer progressivement vers un autre type de système qui reste à définir. Inévitablement, cette transition va plonger le monde dans une période de turbulences géopolitiques.

L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi : la Syrie, centre de la guerre du gaz au Proche-Orient. C’est ainsi que Imad Fawzi Shueibi analyse la situation actuelle. Il écrit : L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi. (2)

« Avec la chute de l’Union soviétique, les Russes ont réalisé que la course à l’armement les avait épuisés, surtout en l’absence des approvisionnements d’énergie nécessaires à tout pays industrialisé. Au contraire, les USA avaient pu se développer et décider de la politique internationale sans trop de difficultés grâce à leur présence dans les zones pétrolières depuis des décennies. C’est la raison pour laquelle les Russes décidèrent à leur tour de se positionner sur les sources d’énergie, aussi bien pétrole que gaz. (…) Moscou misa sur le gaz, sa production, son transport et sa commercialisation à grande échelle. Le coup d’envoi fut donné en 1995, lorsque Vladimir Poutine mis en place la stratégie de Gazprom. (…) Il est certain que les projets Nord Stream et South Stream témoigneront devant l’Histoire du mérite et des efforts de Vladimir Poutine pour ramener la Russie dans l’arène internationale et peser sur l’économie européenne puisqu’elle dépendra, durant des décennies à venir, du gaz comme alternative ou complément du pétrole, avec cependant, une nette priorité pour le gaz. A partir de là , il devenait urgent pour Washington de créer le projet concurrent Nabucco, pour rivaliser avec les projets russes et espérer jouer un rôle dans ce qui va déterminer la stratégie et la politique pour les cent prochaines années. Le fait est que le gaz sera la principale source d’énergie du XXIe siècle, à la fois comme alternative à la baisse des réserves mondiales de pétrole, et comme source d’énergie propre.(…) Moscou s’est hâté de travailler sur deux axes stratégiques : le premier est la mise en place d’un projet sino-russe à long terme s’appuyant sur la croissance économique du Bloc de Shanghai ; le deuxième visant à contrôler les ressources de gaz. C’est ainsi que furent jetées les bases des projets South Stream et Nord Stream, faisant face au projet états-unien Nabucco, soutenu par l’Union européenne, qui visait le gaz de la mer Noire et de l’Azerbaïdjan. S’ensuivit entre ces deux initiatives une course stratégique pour le contrôle de l’Europe et des ressources en gaz.

 

 

Le projet Nord Stream relie directement la Russie à l’Allemagne en passant à travers la mer Baltique jusqu’à Weinberg et Sassnitz, sans passer par la Biélorussie. Le projet South Stream commence en Russie, passe à travers la mer Noire jusqu’à la Bulgarie et se divise entre la Grèce et le sud de l’Italie d’une part, et la Hongrie et l’Autriche d’autre part. »(2)

« Pour les États-Unis, poursuit le professeur Imad, le projet Nabucco part d’Asie centrale et des environs de la mer Noire, passe par la Turquie et devait à l’origine passer en Grèce, mais cette idée avait été abandonnée sous la pression turque. Ce projet, écrit le professeur Imad, bat de l’aile. A partir de là , écrit-il, la bataille du gaz a tourné en faveur du projet russe. En juillet 2011, l’Iran a signé divers accords concernant le transport de son gaz via l’Irak et la Syrie. Par conséquent, c’est désormais la Syrie qui devient le principal centre de stockage et de production, en liaison avec les réserves du Liban. C’est alors un tout nouvel espace géographique, stratégique et énergétique qui s’ouvre, comprenant l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban. Les entraves que ce projet subit depuis plus d’un an donnent un aperçu du niveau d’intensité de la lutte qui se joue pour le contrôle de la Syrie et du Liban.

Elles éclairent du même coup le rôle joué par la France, qui considère la Méditerranée orientale comme sa zone d’influence historique, devant éternellement servir ses intérêts, et où il lui faut rattraper son absence depuis la Seconde Guerre mondiale. En d’autres termes, la France veut jouer un rôle dans le monde du gaz où elle a acquis en quelque sorte une « assurance maladie » en Libye et veut désormais une « assurance-vie » à travers la Syrie et le Liban. (…) L’empressement de la coalition Otan-Etats-Unis-France à mettre fin aux obstacles qui s’élevaient contre ses intérêts gaziers au Proche-Orient, en particulier en Syrie et au Liban, réside dans le fait qu’il est nécessaire de s’assurer la stabilité et la bienveillance de l’environnement lorsqu’il est question d’infrastructures et d’investissement gaziers. La réponse syrienne fût de signer un contrat pour transférer vers son territoire le gaz iranien en passant par l’Irak. Ainsi, c’est bien sur le gaz syrien et libanais que se focalise la bataille, alimentera-t-il. » (2)

« De plus, poursuit le professeur Imad, la coopération sino-russe dans le domaine énergétique est le moteur du partenariat stratégique entre les deux géants. Il s’agit, selon les experts, de la « base » de leur double veto réitéré en faveur de la Syrie. Parallèlement, Moscou affiche sa souplesse concernant le prix du gaz, sous réserve d’être autorisé à accéder au très profitable marché intérieur chinois. (…) En conséquence, les préoccupations des deux pays se croisent au moment où Washington relance sa stratégie en Asie centrale, c’est-à -dire, sur la Route de la soie. (…) Cet aperçu des mécanismes de la lutte internationale actuelle permet de se faire une idée du processus de formation du nouvel ordre international, fondé sur la lutte pour la suprématie militaire et dont la clé de voûte est l’énergie, et en premier lieu le gaz. La « révolution syrienne » est un paravent médiatique masquant l’intervention militaire occidentale à la conquête du gaz. Quand Israël a entrepris l’extraction de pétrole et de gaz à partir de 2009, il était clair que le Bassin méditerranéen était entré dans le jeu et que, soit la Syrie serait attaquée, soit toute la région pourrait bénéficier de la paix, puisque le XXIe siècle est supposé être celui de l’énergie propre. Selon le Washington Institute for Near East Policy (Winep, le think tank de l’Aipac), le Bassin méditerranéen renferme les plus grandes réserves de gaz et c’est en Syrie qu’il y aurait les plus importantes. La révélation du secret du gaz syrien fait prendre conscience de l’énormité de l’enjeu à son sujet. Qui contrôle la Syrie pourrait contrôler le Proche-Orient. » (2)

L’argument religieux : sunnite versus chiite

Un autre argument de basse intensité est le conflit artificiel sunnite-chiite. Le conflit en Syrie est devenu, écrit Bernard Haykel spécialiste du Moyen-Orient à l’université Princeton, une guerre par procuration entre Riyadh et Téhéran. Pendant de longues années, le salafisme a été le vecteur d’influence de l’Arabie Saoudite. Mais cette doctrine a créé des monstres, notamment Al-Qaîda, qui se sont retournés contre le régime des Al Saoud. Aujourd’hui, l’anti-chiisme et le discours contre l’Iran sont utilisés par la monarchie pour que les Saoudiens, à 90% sunnites, fassent bloc derrière le régime. Cela pourrait devenir aussi la nouvelle base des relations avec les États-Unis. Il a montré comment le régime saoudien tente de tirer son épingle du jeu dans le grand chambardement du printemps arabe. » (3)

« Mais c’est la Syrie qui est au centre de l’attention de l’Arabie Saoudite. Le roi s’est prononcé contre le régime de Bachar Al Assad. Il a rappelé son ambassadeur à Damas. Les Saoudiens estiment que l’Iran est aujourd’hui une menace réelle pour leur pays. Ils jugent que si Bachar Al Assad est renversé, ce sera un revers important pour l’influence de l’Iran dans la région. Il y a donc un flot d’argent saoudien qui vise à radicaliser les sunnites syriens, comme en 2006-2007 au Liban quand il s’agissait de radicaliser les sunnites locaux contre le Hezbollah. Riyadh ne considère plus qu’un changement dans la région est mauvais. « Enfin, elle tente de promouvoir cette approche à Washington. » L’Arabie Saoudite est sous protection militaire des Etats-Unis », conclut Bernard Haykel. » « Ces deux pays entretiennent aussi des relations commerciales fortes, dominées par les hydrocarbures et les ventes d’armes. » (3)

 

Le résultat de cette anomie

 

Quels sont les perdants et quels sont les gagnants ? Le grand perdant est d’abord et avant tout le peuple syrien qui paie le prix fort d’une guerre qui le dépasse. Il devient clair que la clé de la réussite économique et de la domination politique réside principalement dans le contrôle de l’énergie du XXIe siècle : le gaz. C’est parce qu’elle se trouve au coeur de la plus colossale réserve de gaz de la planète que la Syrie est sur une plaque tectonique énergétique. Une nouvelle ère commence, celle des guerres de l’énergie. Le grand gagnant dans tous les cas est Israël qui réussit – sans y participer – à affaiblir ses adversaires, l’Iran, les pays arabes qui ne comptent plus et le Hezbollah. On l’aura compris, la paix en Syrie n’est pas pour demain. Hélas !

Chems Eddine Chitour

1. http://www.afrique-asie.fr/nous-ecrire/27-actualite32/3216-desinformation-mais-que-se-passe-t-il-en-syrie.html3/07/12

2. Imad Fawzi Shueibihttp://www.voltairenet.org/La-Syrie-centre-de-la-guerre-du 8 mai 2012

3. Bernard Haykel : Le conflit en Syrie est devenu une guerre par procuration entre Riyadh et Téhéran. Conférence École des Hautes études en sciences sociales, Paris, mardi 22 mai 2012

Source : https://www.legrandsoir.info/refondation-energetique-du-moyen-orient-la-plaque-tectonique-syrienne.html

http://www.brujitafr.fr/2018/05/le-hasard-fait-que-la-syrie-se-trouve-sur-la-plus-colossale-plaque-de-reserve-de-gaz-du-monde.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Corne d’Afrique : la nouvelle guerre chaude ?

Corne d’Afrique : la nouvelle guerre chaude ?

Début 2018, deux évènements ont amené à la rupture des relations entre les Emirats Arabes Unis et la Somalie. Ces tensions bilatérales ravivent des tensions régionales plus larges entre les Emirats et le Qatar, la Turquie et l’Egypte, qui à terme, pourraient déboucher sur un ou plusieurs conflits.

Emirats-Somalie, chronique d’une rupture annoncée

Carte de la Somalie et des territoires sécessionnistes

Début 2018, trois sacs émiratis non déclarés sont saisis par la douane de l’aéroport de Mogadiscio. Ils contenaient près de 10 millions de dollars. Cette affaire marque le début d’un conflit entre les deux Etats.

La Somalie s’inquiète que cet argent soit destiné à la province sécessionniste du Somaliland, au nord-ouest du pays. Depuis les années 90, le pays est en proie au chaos, et le gouvernement internationalement reconnu n’a longtemps eu d’autorité que sur la région de Mogadiscio, la capitale. Le sud est aujourd’hui principalement contrôlé par le gouvernement et par le groupe islamiste Harakat Al-Shabab Al-Mujahideen (abrégé en Al Shabab), le nord-ouest a proclamé son indépendance sous le nom de Somaliland (ancienne colonie britannique alors que le reste du pays était une colonie italienne), et le nord-est est autonome sous le nom de Puntland, sans que son statut final n’ait été clairement défini. Le Somaliland se comporte comme une République indépendante, bien que non-reconnue, et de nombreux reportages journalistiques montrent la réussite de la région à préserver la sécurité et à construire des institutions démocratiques, du moins en apparence. Les Emirats Arabes Unis se sont intéressés à cette région. Ils y ont signé un accord avec les autorités locales : Dubai World Port développe de nouvelles infrastructures dans le port de Berbera, et les Emirats y construisent une base militaire. Les autorités somaliennes n’ont pas été consultées dans ces négociations et considèrent ces projets comme illégaux.

L’incident a accéléré la rupture. Suite à la saisie des sacs d’argent, Abu Dhabi a mis fin à la coopération avec la Somalie, arrêté les subventions pour certains programmes, notamment hospitaliers. Lors d’une rencontre du 23 avril entre le président du Somaliland et une délégation émiratie, les deux autorités se sont engagées à augmenter leur coopération bilatérale, ce qui laisse à penser que les Emirats reconnaissent le Somaliland comme Etat. Du côté de Mogadiscio, bien que la rupture ne soit pas la solution souhaitée, c’est la fierté nationale qui prime : la souveraineté somalienne ne peut être vendue à des puissances étrangères. Du côté du Puntland, le discours est différent : les autorités locales veulent conserver la coopération avec les Emirats. Le président du Puntland a d’ailleurs affirmé que plus de 3 millions de dollars sur les 9,6 saisis étaient destinés au financement de soldats émiratis déployés sur son territoire. Il n’est pas impossible que le Puntland proclame à terme son indépendance, surtout si Abu Dhabi est prêt à le reconnaître à demi mot, comme dans le cas du Somaliland.

La riposte turco-qatarie

Derrière ce conflit se cachent d’autres tensions : la rivalité entre le camp sunnite traditionaliste, mené ici par l’Egypte et les Emirats Arabes Unis, et celui des islamistes, mené par le Qatar et la Turquie. Lors de la crise du Qatar de 2017, la Somalie a refusé de rompre ses relations avec Doha. Le Qatar est effectivement une puissance économique de premier choix pour la Somalie, tout comme son allié turc. Erdogan est l’un des rares chef d’Etat à se rendre en Somalie, Turkish Airlines est l’une des seules compagnies internationales à desservir Mogadiscio, et l’aide humanitaire turque est importante et nécessaire pour la Somalie. Ainsi, quelle que soit la crise, Doha et Ankara soutiennent Mogadiscio, économiquement, militairement (la Somalie accueille une présence militaire turque à Jaziira, près de la capitale, depuis 2017) et médiatiquement : Al Jazeera a largement couvert la crise somalo-émiratie.

Mais l’influence des deux pays a un prix : Doha et Ankara soutiennent différents groupes islamistes. Un ancien ambassadeur turc a par exemple avoué avoir rencontré et financé des membres d’Al Shabab, qui a fait allégeance à Al Qaeda en 2012. Le parti pro-Frères Musulmans, Al Islah, bénéficie également d’un important soutien de la part des deux puissances. Ces formes d’islam politique sont perçues comme des menaces directes pour Abu Dhabi, qui craint une déstabilisation des pouvoirs traditionnels, mais également par l’Egypte. La rivalité entre Al Sissi et Erdogan n’est plus à prouver. Le soutien turc aux Frères Musulmans à travers le monde, la base de Jaziira, et plus récemment la crainte de la construction d’une autre base sur l’île de Suakin au Soudan, sont perçus comme des menaces pour le Caire.

Guerre froide, guerre chaude ?

Cette “guerre froide” du monde sunnite pourrait déborder sur d’autres conflits. Au Yémen, on observe déjà des divisions internes au camp sunnite : les Emirats soutiennent les groupes indépendantistes sudistes lorsque le Qatar soutient Al Islah au Yémen.

L’Ethiopie a commencé la construction d’un barrage sur le Nil, en accord avec le Soudan mais qui déplait à l’Egypte. En revanche, le Caire est plutôt proche de l’Érythrée, dictature militaire qui a un conflit territorial à la fois avec l’Ethiopie et avec le Soudan. Le journaliste Fred Oluoch de The East African rappelle le potentiel risque de guerre, bien qu’il soit démenti par les quatre États. Il faut d’ailleurs garder en mémoire que les Emirats ont également une base à Assab, en Érythrée. Il semble donc probable que l’Afrique de l’est devienne le prochain terrain des règlements de compte entre les Emirats, le Qatar, la Turquie et l’Egypte.

About Thomas CIBOULET

Diplômé de Sciences Po et étudiant à l’Inalco. S’intéresse aux relations internationales, avec un intérêt particulier pour les régions d’Asie centrale et du Caucase.

Qu’est-ce que les EAU ont à gagner en déstabilisant la Somalie ?

Qu’est-ce que les EAU ont à gagner en déstabilisant la Somalie ?


Par Andrew Korybko – Le 12 avril 2018 – Source Oriental Review

Somalia flagLes événements récents suggèrent que les EAU tentent de déstabiliser la Somalie pour la jeter dans une crise sécuritaire à plusieurs niveaux afin de piéger l’allié turc du Qatar dans un bourbier et compenser la montée en puissance de la grande puissance éthiopienne, le rival régional de l’Égypte.

La choses arrivent souvent par trois

La Somalie a été secouée par trois développements liés au cours des dernières semaines, qui montrent que les Émirats arabes unis se consacrent à déstabiliser le pays afin de faire avancer cyniquement leurs grands intérêts stratégiques dans la région aux dépens de Mogadiscio. Les Émirats ont signé un accord controversé avec la région séparatiste de Somaliland pour construire une base navale dans le golfe d’Aden, après quoi une querelle politique entre le président du pays et le président du Parlement s’est soldée par un affrontement armé fortuitement résolu avant le début des tirs. Au début de la semaine, les autorités somaliennes ont saisi près de 10 millions de dollars en espèces dans un avion des Émirats arabes unis qui devaient être disséminés dans le pays à des fins non encore divulguées, ce qui a coïncidé avec la démission du président du Parlement juste avant un vote de défiance contre lui.

Le baril de poudre africain

En analysant ces trois événements dans un continuum par étapes, on peut affirmer que les EAU tentent de déstabiliser la Somalie pour se venger du refus de Mogadiscio de couper les liens avec le Qatar et de son accord avec Ankara pour autoriser une base militaire turque dans le pays. La Turquie est alliée au Qatar, où elle a aussi une base militaire, ce qui en fait le rival des Émirats arabes unis dans le contexte de la guerre froide du Golfe qui sévit dans la région de la Corne de l’Afrique via deux conflits centrés sur l’Éthiopie et Djibouti. Le géant enclavé est en désaccord avec l’Égypte au sujet du Grand barrage de la Renaissance, projet éthiopien, construit sur le Nil Bleu et dont le Caire prétend que l’État arabe dépendra toujours à l’avenir, tandis que le petit pays côtier vient de donner un coup de pied aux Émirats arabes unis et a repris le contrôle du plus grand port du pays. Les dynamiques régionales sont telles qu’elles pourraient facilement déborder dans une guerre régionale, rendant ainsi la Corne de l’Afrique contemporaine étrangement similaire structurellement aux Balkans d’avant la Première Guerre mondiale.

Debout face à la « Petite Sparte »

La Somalie a jusqu’ici évité d’être entraînée dans la guerre froide du Golfe et pensait probablement que sa « neutralité » dans ce différend l’empêcherait d’être déstabilisée et de devenir un champ de bataille entre puissances extra-régionales, mais il semble maintenant que les EAU lancent asymétriquement des mesures agressives contre le pays dans le but d’étendre leur nouvelle sphère d’influence, du golfe d’Aden dans toute la région, en supprimant toutes les forces qui se dressent sur son chemin. À cette fin, Abu Dhabi voit le président « Farmaajo » comme un obstacle en raison de son refus féroce de s’incliner devant les Émirats en coupant les liens avec le Qatar et son accord avec la Turquie pour construire une base militaire sur la côte de l’océan Indien. C’est un étalage de souveraineté inacceptable que l’hégémon surnommé la « Petite Sparte » ne pouvait tout simplement pas tolérer.

Le plan directeur

Somaliland agrees to UAE naval base
Le Somaliland accepte la base navale des EAU

Les EAU ont revendiqué la Somalie en renforçant « l’indépendance » de fait du Somaliland à travers la récente entente de base navale dans le port côtier de Berbera, qui a incité les législateurs somaliens à réagir avec fureur à Mogadiscio, malgré leur incapacité à l’empêcher. Puis, « provoqués » par la forte condamnation du gouvernement internationalement reconnu, les EAU ont cherché à exploiter les failles politiques préexistantes au sein de l’État en provoquant la récente crise entre le président et son président parlementaire. La prochaine étape de la campagne de déstabilisation est censée voir les Émirats financer un « mouvement liberté/démocratie » antigouvernemental (d’où les 9,6 millions de dollars saisis de l’avion des Émirats arabes unis) soit dirigé par l’ancien « speaker » au Parlement ou un de ses alliés, pour faire pression sur le président de reconsidérer le refus précédent de son gouvernement de couper les liens avec le Qatar et permettre à l’allié de Doha d’établir une base navale en dehors de la capitale. Si cette première provocation de type guerre hybride ne réussit pas à atteindre ses objectifs, il est prévisible que les EAU pourraient aller jusqu’à déclencher un nouveau cycle de guerre civile dans le pays afin de piéger leurs rivaux dans un bourbier.

Chocs et effrois régionaux

Les conséquences d’un nouveau cycle de guerre généralisée et multi-sites (donc plus complexe que celle simplement entre le gouvernement et ses alliés contre Al Shabaab) pourraient facilement amener la Turquie à tomber dans le scénario tentant de la « dérive de la mission » qui consiste à renforcer son aide aux pays partenaires pour compenser le retrait prévu de l’Union africaine d’ici 2020. Non seulement cela, mais Al Shabaab et peut-être même Daech pourraient profiter de la descente aux enfers du pays dans la guerre civile pour devenir une menace régionale plus dangereuse, qui pourrait à son tour contaminer l’Éthiopie dont la puissance s’accroît, toujours prompte à intervenir une fois de plus militairement. Cela dit, le leader régional est en train de vivre une « transition politique » sensible et sa situation intérieure tendue pourrait exploser si un conflit somalien imminent débordait sur ses frontières et bouleversait son fragile équilibre ethno-politique.

Réflexions finales

Aussi cynique que cela puisse paraître, ces deux « scenarii sombres » feraient avancer les grands objectifs stratégiques des EAU en attirant l’allié turc du Qatar et ses partenaires somaliens dans un bourbier en développement tout en déstabilisant l’Éthiopie au nom d’une Égypte subordonnée au CCG. Le chaos qui en résulterait pourrait créer des « fenêtres d’opportunité » pour que les EAU étendent leur influence plus profondément dans la Corne de l’Afrique et « justifient » leurs partenariats militaires avec l’Érythrée et le Somaliland, sans parler des autres États ou de futures régions séparatistes pourraient émerger au même moment. Bien entendu, il est encore trop tôt pour dire si cela arrivera ou non, mais il est néanmoins important d’être conscient des intérêts des EAU vis-à-vis de la Somalie et de la façon dont ils pourraient être promus via les derniers événements déstabilisants pour lesquels la responsabilité d’Abu Dhabi est engagée dans ce pays crucialement positionné. Si la trajectoire descendante actuelle n’est pas rapidement évitée, ce qui pourrait être le cas si la prudence prévalait, alors la Somalie pourrait à nouveau sombrer dans une guerre civile. Il est donc urgent que ses citoyens soient informés de ce qui se passe et pourquoi ils doivent faire le maximum pour l’empêcher.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/quest-ce-que-les-eau-ont-a-gagner-en-destabilisant-la-somalie

La Russie veut se passer du dollar pour les paiements pétroliers

La Russie veut se passer du dollar pour les paiements pétroliers


Par Irina Slav – Le 9 Avril 2018 – Source oilprice.com

Putin Khamenei
« La Russie envisage de remplacer le dollar américain pour les paiements de pétrole brut dans les accords avec la Turquie et l’Iran », a déclaré le ministre de l’Énergie Alexander Novak, cité par RT.

Selon Novak, « il est entendu que nous devons nous diriger vers l’utilisation des monnaies nationales dans nos contrats. Il y a un besoin pour cela et c’est aussi le souhait des parties. Cela concerne à la fois la Turquie et l’Iran − nous envisageons une option de paiement en monnaie nationale avec eux. Cela nécessite certains ajustements dans les secteurs financier, économique et bancaire. »

L’Iran, sous la menace du retour des sanctions américaines a décidé, il y a deux mois, d’abandonner le billet vert en tant que devise pour ses importations. Une directive du ministère de l’Industrie, du Secteur minier et du Commerce a ordonné aux commerçants de cesser de passer des commandes d’importation en dollars américains. L’argument à l’appui de la décision était que l’Iran n’avait pas accès aux transactions en dollars à cause des sanctions et que le supprimer comme monnaie de paiement à l’importation lui rendrait la vie bien plus facile.

Le pays a émergé comme un allié fort de la Russie, d’autant plus que les deux partagent la douleur des sanctions. En novembre dernier, rappelle RT, l’ayatollah Ali Khamenei a exhorté le président Vladimir Poutine à se joindre à lui pour quitter le dollar comme monnaie de transaction et le remplacer par des monnaies nationales pour « isoler les Américains ».

La quête de l’Iran contre le dollar a également abouti l’an dernier à un accord bilatéral entre les banques centrales d’Iran et de Turquie pour le commerce des devises nationales. La Russie est actuellement en négociations avec Téhéran pour faire de même, bien qu’il y ait des sceptiques qui pensent que passer du billet vert aux monnaies nationales est plus facile à dire qu’à faire.

En outre, « l’avènement des cryptomonnaies pourrait faciliter l’éloignement du dollar en tant que monnaie de règlement du commerce international du pétrole », a récemment déclaré un analyste. Dans une note de décembre 2017, Stephen Brennock, de PVM Oil Associates, a déclaré que les cryptos pourraient aider les pays producteurs de matières premières à passer du dollar aux cryptomonnaies pour réduire leur dépendance au billet vert. « Dans le même temps, a-t-il dit, cela réduirait leur exposition aux risques de mouvement du dollar et aux effets des sanctions, qui ont typiquement pour effet de couper l’accès du pays ciblé au financement international. »

Irina Slav

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-russie-veut-se-passer-du-dollar-pour-les-paiements-petroliers

Livraisons des S-400 russes: Ankara n’accepte pas le langage des sanctions

Livraisons des S-400 russes: Ankara n’accepte pas le langage des sanctions

© Sputnik . Alexei Danichev
International

URL courte
2180

La diplomatie turque s’est indignée du langage des sanctions concernant les livraisons de systèmes de défense antiaérienne russes S-400 et a affirmé qu’elle ne pouvait pas être traitée de cette manière.

La Turquie n’accepte pas le langage des sanctions au sujet des livraisons de systèmes de défense antiaérienne russes S-400 et il ne faut pas lui parler sur ce ton, a déclaré ce vendredi le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, à l’issue de négociations avec le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, lors d’une rencontre en marge de la rencontre des chefs de la diplomatie des pays de l’Otan à Bruxelles.

«Nous avons évoqué le dossier des S-400 avec Mike Pompeo. Nous lui avons dit que nous avions besoin de ces systèmes. Le processus concernant les S-400 a été achevé avant les sanctions […] Les déclarations du type « si vous achetez des S-400, nous décréterons des sanctions », ça ne passera pas. Pour les S-400, c’est fini, mais il nous faut toujours des systèmes de défense anti-aérienne. Si nos alliés nous font une bonne proposition sur les Patriot ou d’autres systèmes, nous les examinerons», a-t-il souligné.

Les États-Unis ont imposé début avril de nouvelles sanctions contre 38 hommes d’affaires, officiels et sociétés russes. Sur la liste, on trouve entre autres le fournisseur d’armes russe Rosoboronexport et le géant Rusal. Wess Mitchell, secrétaire d’État adjoint américain chargé de l’Europe et de l’Eurasie, avait précédemment affirmé que l’achat de S-400 russes par Ankara pourrait avoir un impact négatif sur la livraison de F-35 à la Turquie.

En septembre dernier, le Service fédéral russe pour la coopération militaire et technique (FSVTS) a annoncé que Moscou et Ankara avaient signé un accord sur la livraison de plusieurs systèmes S-400 à la Turquie. Début avril, à l’issue de négociations avec le Président turc, Vladimir Poutine a confirmé qu’il était prévu d’accélérer les livraisons des S-400 à Ankara.Selon le secrétariat de l’industrie de défense de la Turquie, Ankara achètera deux batteries qui seront desservies par des personnels turcs. La Turquie s’est également entendue avec la Russie sur la coopération technologique en vue de la fabrication du système en Turquie

https://fr.sputniknews.com/international/201804271036131906-turquie-defense-antiaerienne-langage-sanctions/

Macron pourrait piéger la France dans un bourbier au nord de la Syrie comme au Mali

Macron pourrait piéger la France dans un bourbier au nord de la Syrie comme au Mali


Par Andrew Korybko – Le 9 avril 2018 – Source Oriental Review

French and Syrian flagsLa France a déclaré qu’elle envoyait des troupes au nord de la Syrie pour soutenir les Kurdes.

Le président Macron a annoncé la décision sans précédent de Paris après avoir rencontré des dirigeants kurdes dans la capitale française la semaine dernière, une décision dénoncée en résumé par Ankara comme le « dépassement d’une ligne rouge ». Ankara dénonce un pays d’Europe occidentale soutenant le terrorisme avec ce que la Turquie considérerait ironiquement comme une « invasion » de la Syrie. Les conflits intra-OTAN atteignent un point d’ébullition avec les États-Unis, la Grèce et maintenant la France s’alignant tous contre les intérêts régionaux de la Turquie en réponse à l’approche multipolaire d’Ankara après le coup d’État. Cela exerce une énorme pression sur le président Erdogan pour reculer ou faire dangereusement face aux conséquences de cet acte. Le dirigeant turc a refusé de reculer et il est maintenant contraint d’affronter les perspectives d’un soutien conjoint américano-français à ce que son gouvernement considère comme des terroristes kurdes, ce qui ne fera que renforcer son désir d’intensifier la réorientation stratégique de son pays vers l’Est.

Non seulement cela, mais la Turquie pourrait contrer asymétriquement le déploiement militaire hostile de la France via les forces pro-Ankara dans le nord de la Syrie. Les médias turcs ont divulgué l’emplacement de chaque base où les forces françaises seraient censées être déployées comme ils l’ont fait pour les Américains l’été dernier, ce qui peut être interprété comme une menace tacite que les troupes des deux pays pourraient être ciblées par des groupes armés sympathisants de la Turquie dans le cadre de la « guerre civile de la Rojava » qui se déroule dans le nord de la Syrie. Les plans de la France pour aider les États-Unis sur ce champ de bataille et même de les remplacer, dans une certaine mesure. Si Trump confirme « très bientôt » ses intentions de quitter le pays, cela pourrait inévitablement conduire Paris à un second bourbier malien. Elle serait alors contrainte de lutter contre les rebelles dans ce qui est devenu une « guerre civile à plusieurs niveau dans une guerre civile » et non contre les terroristes.

Les développements rapides montrent que l’ancien modèle de colonialisme ne fonctionne plus dans les sociétés post-coloniales où les anciens colonisateurs cherchaient à exploiter les groupes minoritaires contre la majorité. Les habitants du nord-est de la Syrie ne permettront pas à leur ancien colonisateur de retourner dans leur pays et d’utiliser les Kurdes pro-occidentaux comme outil de substitution pour supprimer la majorité arabe. En outre, la Turquie coopère avec la Russie via le processus de paix d’Astana et atteindra vraisemblablement un éventuel « compromis » pour au moins restituer nominalement les territoires que ses groupes rebelles alliés contrôlent à l’autorité du gouvernement syrien. Cela se fera probablement après avoir sécurisé sa position géopolitique par la prochaine « révision constitutionnelle » mandatée par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui conduira probablement à un certain degré de « décentralisation ». La France, cependant, n’a pas l’intention de faire la même chose vis-à-vis de ses mandataires et de la Russie, de sorte qu’elle représente une menace beaucoup plus grave pour la souveraineté syrienne que la Turquie en ce moment.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/macron-pourrait-pieger-la-france-dans-un-bourbier-au-nord-de-la-syrie-comme-au-mali

L’UE ne financera pas la colonisation d’Afrin souhaitée par la Turquie

L’UE ne financera pas la colonisation d’Afrin souhaitée par la Turquie

Des soldats de l’Armée syrienne libre fête la capture d’Afrin, qui était aux mains de l’YPG, le 18 mars 2018. [EPA-EFE/AREF TAMMAWI]

La Turquie souhaite envoyer des réfugiés syriens dans la région kurde d’Afrin, contrôlée par l’armée turque depuis le début de l’année. L’UE s’est immédiatement distanciée de ce projet.

Selon plusieurs sources, Ankara veut installer des réfugiés syriens dans la région d’Afrin,  une enclave kurde au Nord-Ouest de la Syrie, afin de fragiliser les Kurdes qui y vivent.

En janvier, l’armée turque a lancé une offensive aérienne et terrestre dans la région, officiellement contre la milice des Unités de protection du peuple (YPG) kurdes, qui menacerait sa sécurité. Or l’YPG est le principal allié des États-Unis contre l’État islamique en Syrie. Une alliance qui fâche Ankara, qui estime que le mouvement est lié au PKK, un parti interdit en Turquie et considéré comme terroriste.

Selon les spécialistes occidentaux, les vraies raisons de cette opération étaient en fait d’empêcher la création d’un mini-État kurde hostile à la Turquie, qui compte une importante minorité kurde et tente par tous les moyens d’éviter un mouvement séparatiste.

Faruk Kaymakcı, l’ambassadeur turc auprès de l’UE assure cependant que l’opération avait pour seul but de « stabiliser et sécuriser la région pour que les habitants qui se sont réfugiés en Turquie [350 000 personnes selon lui] puissent y retourner ».

Lors d’une rencontre à Varna, en Bulgarie, Recep Tayyip Erdoğan aurait demandé la coopération de l’UE dans la réinstallation de Syriens en Syrie. Dans le cadre d’un accord conclu en pleine crise migratoire, l’UE a promis des tranches d’aide de 3 milliards d’euros à Ankara.

« L’UE doit approuver la seconde tranche de 3 milliards », a souligné l’ambassadeur. « Malgré le fait qu’elle ait été promise, à ce jour, seul 1,9 milliard de la première tranche a été envoyé. L’UE et la Turquie discutent à présent de la manière la plus efficace de dépenser les 3 milliards suivants pour les Syriens. »

L’accord migratoire UE-Turquie, une réussite sur le papier, mais un échec humanitaire

Deux ans après sa signature, l’accord d’immigration entre l’UE et la Turquie a fait chuter le nombre d’arrivées en Grèce. Mais les conditions de vie des réfugiés en Grèce restent catastrophiques. Un article de notre partenaire, Euroefe.

 

Euractiv a voulu savoir si l’Union pourrait financer l’installation de réfugiés dans la région d’Afrin, un projet qui ressemble dangereusement à un nettoyage ethnique, même si Ankara assure vouloir reconstruire hôpitaux et logements.

« La situation en Syrie est terriblement compliquée », a répondu un fonctionnaire européen impliqué dans la préparation de la conférence sur l’avenir de la Syrie et de la région. « Pour répondre très brièvement à votre question, dans les conditions actuelles, nous ne pouvons pas soutenir ce projet. »

Résultat mitigé au sommet UE-Turquie

Le sommet de Varna entre les dirigeants des institutions européennes et le président turc s’est conclu sans que les parties parviennent à un compromis. Mais aussi sans nouveau scandale.

Il explique que le président avait déjà tenté d’obtenir un soutien européen pour mettre en place des « zones sécurisées » dans le nord de la Syrie pour y construire des villages. L’Europe n’avait pas donné suite.

Maja Kocijancic, porte-parole de Federica Mogherini, a pour sa part rappelé que l’accord UE-Turquie prévoit des aides pour les réfugiés syriens sur le territoire turc, et non ailleurs.

https://www.euractiv.fr/section/l-europe-dans-le-monde/news/official-eu-will-not-fund-turkish-plan-to-settle-refugees-in-afrin/

Le plan secret des USA visant Damas a été déjoué

Le plan secret des USA visant Damas a été déjoué

Whatsapp
email
Linkedin
Facebook
Twitter
Partager sur
15 avril, 2018
Note d’analyse

Elijah J. Magnier

Donald Trump a dû redescendre du piédestal sur lequel il était monté il y a quelques jours en rassemblant une force militaire imposante et une puissance de feu rappelant « l’opération Tempête du désert », sans toutefois engager les forces terrestres. Le « plan A » prévoyait une attaque dévastatrice sur la Syrie afin de détruire son armée, le palais présidentiel, ses centres de commandement et de contrôle, ses troupes d’élite, ses entrepôts militaires et de munitions stratégiques, ses radars, ses systèmes de défense et les institutions de ses dirigeants politiques.
Le centre de recherche syrien de Barzé bombardé pendant la nuit du 14 avril 2018

 Le rôle de la Russie avant et après, l’attaque des USA, du Royaume-Uni et de la France, révélé

Avant la triple attaque contre la Syrie par les USA, la Grande-Bretagne et la France, la Russie et le président Vladimir Poutine, en personne, ont maintenu des contacts intensifs jusqu’à 4 heures du matin, afin de réduire la portée de l’attaque et passer à un « plan B » sans conséquence. Dans ses prises de contact avec plusieurs chefs d’État, la Russie a rejeté toute frappe susceptible de paralyser l’armée syrienne, et a informé les dirigeants de Damas que l’Occident allait dorénavant mûrement réfléchir avant de changer radicalement l’équilibre du pouvoir au Levant.

Mais quelle est la véritable raison de ces frappes ? Est-ce la prétendue « attaque chimique » à Douma ? L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques était déjà à Damas et ses membres sont allés à Douma samedi pour inspecter le lieu où l’attaque chimique en question aurait eu lieu. Pourquoi alors n’ont-ils pas attendu de connaître les résultats avant de frapper ?

Des sources à Damas expliquent qu’avant l’intervention militaire des USA, du Royaume-Uni et de la France, l’armée syrienne et ses alliés, avec l’appui de la Russie, étaient en train de mener une attaque d’envergure dans la région rurale d’Idlib et avaient atteint l’aéroport d’Abou al-Duhur lorsque subitement ils ont cessé leur opération pour ce diriger vers la Ghouta.

En effet, la Russie avait informé les dirigeants syriens d’un grand rassemblement de troupes sur la base militaire occupée par les USA à Al-Tanf, à la frontière syro-irakienne, où des dizaines de milliers de mandataires des USA suivent un entraînement militaire continu. Les Russes avaient décelé des mouvements inhabituels et compris que les USA se préparaient à dépêcher leurs mandataires vers la Ghouta orientale, afin d’établir un lien avec les quelque 30 000 djihadistes qui se trouvaient encore dans la Ghouta. Une attaque était planifiée en même temps qu’une diversion provenant de Daraa, au sud de la Syrie, de façon à attaquer le sud de Damas pour duper l’armée syrienne et ses alliés en les amenant à réduire le nombre de leurs combattants autour de la capitale.

Selon les sources, le plan consistait à soutenir leurs mandataires et les djihadistes de la Ghouta pour qu’ils atteignent Damas et en prennent le plein contrôle. Sauf que le déplacement de l’opération militaire de la région rurale d’Idlib à la Ghouta a contrecarré le plan américain qui consistait à imposer à la Russie un confinement forcé à Lattaquié et Tartous pour parvenir enfin à un changement de régime. Ce « plan de génie » aurait gâché tous les efforts déployés par la Russie après presque trois ans de participation soutenue à la guerre en Syrie, tout en permettant aux USA de prendre le dessus, au moment même où Moscou et l’armée syrienne étaient sur le point de mettre fin à la guerre en Syrie, il ne reste que quelques poches de résistance à libérer.

La riposte de la Russie dans la Ghouta a réduit le plan des USA en miettes, en imposant le retrait de dizaines de milliers de militants de la Ghouta avec leurs familles, vers le nord de la Syrie. La capitale est dorénavant beaucoup plus sûre et il ne reste plus qu’une zone au sud de Damas occupée par al-Qaeda et le groupe armé « État islamique » (Daech), au camp de Yarmouk et à al-Hajar al-Aswad.

Aujourd’hui, la Russie a vidé la frappe des USA, du Royaume-Uni et de la France de son contenu et de son objectif en imposant une « attaque restreinte » sans valeur, qui a très peu de chance de changer quoi que ce soit sur le terrain en Syrie.

Lorsque la Russie a promis d’abattre tout missile lancé contre la Syrie, Trump a répondu ceci : « Tiens-toi prête Russie, parce qu’ils arrivent, beaux, nouveaux et intelligents ». Après la frappe, la Russie a répliqué : « Nous avons utilisé de vieux systèmes de défense antiaérienne soviétique contre ces missiles intelligents, nouveaux et très coûteux lancés par les Américains ». Mais ce n’est pas tout. Les frappes des USA et du Royaume Uni.ont atteint des objectifs qu’Israël bombarde pratiquement à partir d’une base régulière. En ayant réussi à intercepter les deux tiers des missiles, comme l’a affirmé la Russie, la Syrie perçoit l’attaque comme une sorte « d’entraînement avec des munitions réelles, en préparation à une éventuelle attaque israélienne sur le territoire syrien ». Israël est très déçu et ne semble pas du tout apprécier le résultat final.

Faisant preuve de retenue et de maîtrise de soi, le secrétaire à la Défense James Mattis, qui avait dit « le Pentagone n’a toujours pas de preuves indépendantes pour confirmer qu’il y a eu une attaque chimique en Syrie la semaine dernière », a signalé que toute attaque de grande envergure en Syrie pouvait provoquer un engagement direct de la Russie et une riposte mortelle contre des objectifs des USA. Mattis a accepté une « frappe honorable » pour sauver la face de son patron inexpérimenté. La frappe du trio en Syrie semble avoir redoré le blason du président syrien Bachar al-Assad. Les gens sont sortis célébrer dans les rues de Damas, en se moquant de l’attaque de l’Occident contre leur pays !

Le trio a évité de provoquer directement la Russie, en contournant les bases et les théâtres opérationnels des Russes au lieu de les survoler. La Russie a imposé sa présence et a provoqué la marine américaine et la marine française en effectuant des simulations d’attaques aériennes, afin de montrer qu’elle était prête à rétorquer. La marine russe était positionnée à l’opposé de la côte libanaise afin de couvrir cette partie et d’éviter les angles morts.

Moscou est parvenu à éviter une confrontation directe avec Washington à l’extérieur de son territoire. La Syrie est entourée de bases militaires US (Israël, Jordanie, al-Tanf, Hassaké, Arabie saoudite, Koweït, Qatar, Bahreïn, Irak, Turquie). La Russie se souvient comment Leonid Brejnev est tombé dans le piège que lui avait tendu la CIA en 1979, en soutenant les moudjahidines six mois avant l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Zbigniew Brzezinski a dit que l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques avait été délibérément provoquée par les USA : « C’était une excellente idée. Elle a entraîné les Soviétiques dans la guerre afghane et nous leur avons procuré une guerre du Vietnam. » Presque 40 ans plus tard, Poutine a évité de tomber dans le même piège. Quelle sera la prochaine étape ?

Maintenant que la sécurité de Damas est assurée, tous les yeux sont tournés vers la ville d’Idlib, au nord de la Syrie, qui est sous le contrôle d’Al-Qaeda. Pourquoi Idlib?

La situation dans le camp de Yarmouk, au sud de Damas, semble liée directement à celle qui prévaut à Foua et Kafraya. Lors des négociations de Zabadani, Al-Qaeda et les alliés de Damas se sont entendus pour qu’al-Yarmouk d’une part, et les deux villes assiégées au nord de la Syrie d’autre part, ne soient pas attaquées. Cependant, Damas fait pression pour nettoyer la capitale complètement, en tentant de persuader ses alliés de revenir sur leurs engagements précédents.

En ce qui concerne Daraa et Quneitra dans le sud, il semble que personne en Syrie n’est prêt à provoquer les USA et Israël en ce moment de tension. Il se pourrait qu’ils ne s’en occupent qu’à la toute fin. Dans la Badia (les steppes syriennes), Daech est complètement encerclé et n’a d’autre choix que d’attendre son extermination dans les prochains mois.

Idlib demeure un problème malgré l’entente économique et financière entre les Turcs, les Russes et les Iraniens. Il ne fait aucun doute que des différences marquées de nature économique existent entre ces partenaires à propos de la Syrie.

Le président turc Erdogan a exprimé son soutien, puis sa satisfaction, à l’égard des frappes américaines en Syrie. La Russie a répondu en lui demandant de remettre la ville d’Afrin au gouvernement syrien. L’envoyé spécial iranien pour les affaires syriennes, Ali Akbar Velayati, a dit ouvertement qu’Idlib est le prochain objectif. Il est donc possible que la Turquie se retire des dizaines de postes d’observation qu’elle possède autour d’Idlib, comme les Russes l’ont fait à Afrin avant l’attaque turque. La Russie s’attend aussi à ce qu’Erdogan annule d’un jour à l’autre la vente précédemment convenue de missiles S-400.

Ainsi, l’aiguille de la boussole pointe vers Idlib, Rastan et Jisr al-Shoughour et les forces armées syriennes se rassemblent dans la région rurale de Lattaquié, en étant prêtes à diviser Idlib après avoir libéré les nombreux villages qui l’entourent.

Ce qui nous amène à la prochaine représentation d’une « attaque chimique » sur le théâtre opérationnel de l’armée syrienne et de ses alliés. Les USA vont-ils défendre Al-Qaeda ? Pourquoi pas ? Il n’a jamais vraiment été question d’utilisation d’armes chimiques, puisque ce sont les USA, eux-mêmes, qui possèdent le plus gros arsenal d’armes chimiques au monde. Le véritable enjeu, c’est la défaite des USA et la domination du Levant par la Russie.

Tags:
etats-unis, russie, syrie, royaume-uni