Archives pour la catégorie Turquie

La Grèce, nouvel acteur du conflit libyen

La Grèce, nouvel acteur du conflit libyen

Thomas CIBOULET 21 janvier 2020 ActualitéActualités analyséesAfrique et Moyen-OrientEuropeMaghrebProche et Moyen-OrientTurquie Leave a comment

Le 19 janvier, onze pays se sont réunis à Berlin pour un sommet sur la Libye. Le but était de trouver une solution face au risque de reprise du conflit. Si la Turquie était présente, la Grèce n’a pas été invitée, alors que les tensions entre les deux Etats s’exacerbent en Méditerranée orientale.

Haftar se rapproche de la Grèce
Le maréchal Haftar

La rivalité greco-turque en Libye

La Turquie a signé un accord avec le Gouvernement d’Union Nationale (gouvernement Sarraj) en décembre 2019. Celui-ci autorisait le déploiement de troupes turques sur le sol Libyen, tout en délimitant les Zones Économiques Exclusives entre les deux États en Méditerranée orientale. Cet accord permet à la Turquie deux choses sur le plan économique. Tout d’abord, cela redessine la carte des ZEE en Méditerranée. En effet, Ankara convoite les importantes ressources de gaz dans la Méditerranée. Celles-ci se trouvent principalement dans les eaux chypriotes, égyptiennes, israéliennes et libanaises. Le découpage des ZEE par la Turquie et le gouvernement Sarraj viole les ZEE déjà reconnues de la Grèce, de Chypre et de la Turquie, au profit d’Ankara. Le deuxième intérêt turc est de reprendre pied en Libye. Lors de la chute de Kadhafi, plusieurs contrats pour des entreprises turques sont devenus caducs. L’influence économique turque ne peut continuer que grâce au gouvernement islamiste de Sarraj, proche idéologiquement et économiquement d’Ankara.

Côté grec, l’expansionnisme turc inquiète. Des tensions existent déjà autour des îles Imia (en grec) ou Kardak (en turc) en mer Egée. Celles-ci sont inhabitées mais permettent d’agrandir la ZEE de l’État qui les contrôle. C’est le cas de la Grèce actuellement. De plus, plusieurs discours nationalistes ont été prononcés en Turquie. Le plus connu est celui de Rize par Erdogan en 2016. Le Président turc y mentionnait les « frontières du cœur » et les territoires « historiquement turcs », notamment Thessalonique en Grèce. Erdogan parlait de réviser le Traité de Lausanne de 1923, dans lequel Ankara s’estime lésée, mais où la Turquie a agrandi son territoire par rapport au Traité de Sèvres de 1920 – aux dépens de la Grèce et de l’Arménie. La rhétorique nationaliste et la militarisation grandissante de la Turquie, notamment en Méditerranée orientale, inquiètent naturellement la Grèce. L’accord turco-libyen renforce l’image d’une Turquie expansionniste à Athènes.

Le sommet de Berlin, favorable à la Turquie et hostile à la Grèce ?

Aujourd’hui, l’ordre régional en Méditerranée orientale inclut principalement la Grèce, l’Egypte, Israël et Chypre. Les quatre pays coopèrent en matière de sécurité et d’énergie. Ankara a des relations difficiles avec chacun d’entre eux, et cherche à sortir de son isolement. Son intervention en Libye lui a permis de marquer des points : les différentes parties libyennes sont invitées à Moscou pour éviter toute escalade, suivi du sommet de Berlin. Lors de ce sommet international, la Turquie est présente, mais pas Athènes.

La Grèce a immédiatement réagi. Le Premier ministre Mitsoakis a annoncé que la Grèce opposerait son veto, en tant que membre du Conseil Européen, à tout accord qui ne remettrait pas en cause le découpage des ZEE de l’accord turco-libyen. Athènes manifeste ainsi sa colère vis-à-vis de l’Europe, plus qu’une implication réelle dans la crise libyenne. L’Allemagne n’a pas vraiment fourni de réponse sur la non-invitation de la Grèce, expliquant que les raisons ne peuvent être révélées publiquement. Rappelons par ailleurs que la Tunisie, frontalière de la Libye, n’a pas été invitée à Berlin non plus. Suite à l’indignation, une invitation a tout de même été envoyée, mais Tunis a refusé d’y participer. Le sommet de Berlin a donc créé de nouvelles tensions avant même d’avoir commencé.

L’implication grandissante d’Athènes dans la crise libyenne

Ce qu’Athènes perçoit comme une exclusion a favorisé un rapprochement entre le général Haftar et la Grèce. En revenant de son voyage à Moscou, où il n’a signé aucun accord, Haftar s’est secrètement arrêté à Athènes. La Grèce a de son côté expulsé l’ambassadeur du gouvernement Sarraj. Haftar, déjà soutenu par l’Egypte, la Russie et les Emirats, semble gagner un nouvel allié. Un compte twitter non-officiel mais proche de l’Armée Nationale Libyenne (armée de Haftar) a également montré son soutien à la Grèce.

Le sommet de Berlin a toutefois laissé quelques signaux positifs pour Athènes. Tout d’abord, un rapprochement semble possible avec les Emirats ou l’Arabie Saoudite, qui soutiennent Haftar. Les Emirats cherchent notamment à ouvrir une base militaire au Niger, en soutien à Haftar. Une coopération sur les questions de sécurité est donc possible à l’avenir. Côté européen, la France semble manifester une solidarité de plus en plus ostensible. Emmanuel Macron a exigé le retour des supplétifs syriens de la Turquie en Libye. La marine grecque doit également faire partie de l’escorte du porte avion Charles de Gaulle, ce qui est perçu comme un rapprochement clair entre les marines grecque et française.

About Thomas CIBOULET

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/42759-grece-nouvel-acteur-conflit-libyen

Préparation d’une nouvelle guerre

Préparation d’une nouvelle guerre

par Thierry Meyssan

L’arrivée de nouvelles armes et de nouveaux combattants en Libye annonce une nouvelle guerre contre la population. En réalité, la situation ne s’est jamais calmée depuis l’attaque de l’Otan conformément à la stratégie Rumsfelf/Cebrowski de guerre sans fin. En franchissant une étape supplémentaire, les protagonistes ne résoudront rien, mais étendront la zone de conflit.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 7 JANVIER 2020 عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSROMÂNĂTÜRKÇEРУССКИЙ

+
JPEG - 51.1 ko

Le président Fayez Al-Sarraj mettant au point le plan d’intervention turc avec son sous-secrétaire à la Défense, le général de brigade Salah Al-Namroush.

Tous s’accordent à reconnaître que la situation dramatique actuelle de la Libye et du Sahel est la conséquence de l’intervention illégale de l’Otan en 2011. Pourtant rares sont ceux qui ont étudié cette période et tenté de comprendre comment on en est arrivé là. À défaut de réflexion, on se dirige donc vers une nouvelle catastrophe.

-
-
-
-

Il importe de conserver à l’esprit plusieurs faits que l’on s’obstine à oublier :
 La Jamahiriya arabe libyenne, créée par un coup d’Etat particulièrement peu sanglant, n’était pas une prise de pouvoir par un dictateur névrosé, mais une œuvre de libération nationale face à l’impérialisme britannique. C’était aussi l’expression d’une volonté de modernisation qui se traduisit pas l’abolition de l’esclavage et une tentative de réconciliation des populations arabes et noires d’Afrique.
 La société libyenne est organisée en tribus. Il est donc en l’état impossible d’y installer de démocratie. Mouamar Kadhafi avait organisé la Jamahariya arabe libyenne sur le modèle des communautés de vie imaginées par les socialistes utopiques français du XIXème siècle. Ce qui revenait à créer une vie démocratique locale, mais à abandonner cet idéal au niveau national. D’ailleurs la Jamahiriya est morte de ne pas avoir de politique d’alliances et donc de ne pas pouvoir se défendre.
 La Coalition qui a attaqué la Libye était dirigée par les USA qui ont masqué leur véritable objectif à leurs alliés durant tout le conflit et les ont placés devant le fait accompli (leading from behind). Après avoir clamé durant des mois qu’il n’était surtout pas question de faire intervenir l’Otan, c’est cette structure qui a commandé les opérations. Jamais Washington n’a tenté ni de protéger les civils, ni d’installer un gouvernement à sa botte, mais au contraire d’y installer des rivaux et d’empêcher la paix par tous les moyens (doctrine Rumsfeld/Cebrowski).
 Il n’y a jamais eu de révolution populaire contre la Jamahiriya, mais l’intervention d’Al-Qaïda au sol, le réveil de la division entre la Cyrénaïque et la Tripolitaine et l’intervention coordonnée par l’Otan (les Alliés dans les airs, la tribu des Misrata et les Forces spéciales qataries au sol).

Dès lors, la rivalité entre le gouvernement de Tripoli et celui de Benghazi renvoie à la division du pays avant 1951 en deux États distincts, la Tripolitaine et la Cyrénaïque, puis au réveil de cette division lors de l’agression de l’Otan. Contrairement à la réaction que l’on a spontanément, il ne s’agit pas aujourd’hui pour rétablir la paix de soutenir un camp contre un autre, mais au contraire d’unir les deux camps contre les ennemis du pays.

Actuellement, le gouvernement de Tripoli est soutenu par l’Onu, la Turquie et le Qatar, tandis que celui de Benghazi l’est par l’Egypte, les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite, la France et la Russie. Fidèles à leur stratégie, les Etats-Unis sont le seul pays à soutenir les deux camps à la fois pour qu’ils s’entretuent indéfiniment.

JPEG - 26 ko

Résolution de la Grande Assemblée nationale turque autorisant le déploiement de troupes en Libye.

-
-
-

Le principe d’une intervention militaire turque a été adopté par la Grande Assemblée nationale, à Ankara le 2 janvier 2020. Il peut être interprété de trois manières qui se cumulent :
 La Turquie soutient la Confrérie des Frères musulmans au pouvoir à Tripoli. Ce qui explique le soutien du Qatar (favorable à la Confrérie) au même gouvernement et l’opposition de l’Égypte, des Émirats et de l’Arabie saoudite.
 La Turquie développe ses ambitions régionales en s’appuyant sur les descendants des anciens soldats ottomans de Misrata. C’est pourquoi elle soutient le gouvernement de Tripoli après la prise de la capitale, en 2011, par la tribu des Misrata.
 La Turquie utilise les jihadistes qu’elle ne peut plus protéger à Idleb (Syrie). C’est pourquoi elle les transfère en Tripolitaine et partira à l’assaut de Benghazi.

L’intervention turque est légale en droit international et s’appuie sur la demande du gouvernement de Tripoli légalisé par l’accord de Skhirat (Maroc), le 17 décembre 2015, et la résolution 2259 du 23 décembre 2015. Au contraire, toutes les autres interventions étrangères sont illégales. Ceci alors même que le gouvernement de Tripoli est composé par les Frères musulmans, Al-Qaëda et Daesh. On assiste donc à une inversion des rôles, les progressistes se trouvant désormais à l’Est du pays et les fanatiques à l’Ouest.

Pour le moment, on ne trouve que quelques soldats turcs du côté du gouvernement de Tripoli, mais des soldats égyptiens, émiratis, français et russes du côté de Benghazi. L’annonce de l’envoi officiel de quelques soldats turcs supplémentaires ne changera pas grand-chose à cet équilibre, mais le transfert de jihadistes peut concerner des centaines de milliers de combattants. Il peut renverser l’échiquier.

Rappelons que, contrairement la narration occidentale, ce sont les combattants libyens d’Al-Qaëda et non pas des déserteurs syriens qui ont créé l’Armée syrienne libre au début de la guerre contre la Syrie. Le voyage retour de ces combattants est prévisible.

Seuls les milices syriennes turkmènes et la Légion du Levant (Faylaq al-Sham) se sont mises en mouvement, soit environ 5 000 combattants. Si cette migration se poursuit via la Tunisie, elle pourrait durer plusieurs années jusqu’à la libération totale du gouvernorat d’Idleb. Ce serait une excellente nouvelle pour la Syrie, mais une catastrophe pour la Libye en particulier et le Sahel en général.

On retrouverait en Libye la même situation qu’en Syrie : les jihadistes soutenus par la Turquie, face aux populations locales soutenues par la Russie ; les deux puissances évitant soigneusement de s’affronter directement tant que la Turquie est membre de l’Otan.

En s’installant à Tripoli, la Turquie contrôle désormais le second flux de migrants vers l’Union européenne. Elle pourra donc renforcer le chantage qu’elle exerce sur Bruxelles avec son propre flux depuis la Turquie.

En l’absence de frontières physiques, les armées jihadistes ne manqueront pas de déborder dans le désert, de la Libye sur l’ensemble du Sahel. Elles rendront les pays du G5-Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) encore plus dépendants des forces anti-terroristes françaises et de l’Africom. Elles menaceront l’Algérie, mais pas la Tunisie, déjà aux mains des Frères musulmans et gérant le transit des jihadistes à Djerba.

Les population sunnites du Sahel seront alors épurées et les chrétiens sahéliens seront expulsés comme l’ont été les chrétiens d’Orient.

Viendra un moment où les armées jihadistes traverseront la Méditerranée ; les îles italiennes (notamment Lampedusa) et Malte étant à environ 500 milles nautiques. La VIème Flotte US interviendra immédiatement pour les repousser en vertu des Traités de l’Atlantique-Nord et de Maastricht, mais le chaos gagnera inévitablement l’Europe occidentale. Il ne restera alors aux Européens qui ont renversé la Jamahiriya arabe libyenne que leurs yeux pour pleurer.Thierry Meyssan

<img src="https://www.voltairenet.org/rien.gif" alt="
Facebook
Twitter
Delicious
Seenthis
Digg
RSS

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan

Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump (2017).

https://www.voltairenet.org/article208777.

La reconstitution du Parti colonial français

La reconstitution du Parti colonial français
« Sous nos yeux » (13/25)

Pour l

Pour l’Union européenne le moment d’utiliser la force est venu

Victoire de la France pour la Paix

Victoire de la France pour la Paix
« Sous nos yeux » (12/25)

Le jihadisme : organisation ou idéologie ?

Le jihadisme : organisation ou idéologie ?

La classe politique française et les violations de la Constitution

La classe politique française et les violations de la Constitution
 Les articles de cet auteur
 Envoyer un message

Réseau Voltairehttps://www.voltairenet.org/article208777.html

Voltaire, édition internationaleFocus
En bref
Controverses
Fil diplomatique

En Libye, le retour du régent turc

/ En Libye, le retour du régent turc

En Libye, le retour du régent turc

6 JANVIER 2020 | POLÉMIA

Par Pierre Boisguilbert, journaliste spécialiste des médias et chroniqueur de politique étrangère ♦ Ancienne colonie italienne, la Libye avait auparavant connu longtemps la souveraineté de la Sublime Porte. Le retour annoncé de forces d’Erdogan, le sultan d’Istanbul qui se rêve régent de Tripoli, est une nouvelle donne dans le chaos installé il y a dix ans par l’intervention militaire franco-britannique, sous l’influence délétère de Bernard-Henri Lévy.


Le retour des Turcs dans l’espace arabo-musulman, un moment souhaité par certaines capitales arabes, est de plus en plus vécu du Machrek au Maghreb comme une menace. Une menace pour l’Italie aussi qui n’ignore rien de l’histoire de cette côte disputée qui fut aussi un temps espagnole.

Une histoire tumultueuse

En 1510, Pedro Navarro s’empare de Tripoli pour le compte des rois catholiques. Mais la conquête demeure fragile, et en 1530, Charles Quint la cède, ainsi que Malte, aux Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. En 1551, les troupes du sultan ottoman Soliman le Magnifique s’en emparent. Le corsaire Dragut est nommé pacha, les Turcs voulant faire de Tripoli une importante base maritime pour leurs conquêtes et la guerre de course. En 1560, les Espagnols échouent devant Djerba, ce qui met un terme à tout espoir de reconquête chrétienne de la région. Le Fezzan est totalement soumis vers 1577. Le gouvernement de la régence est confié pour trois ans à un pacha, assisté d’un Divan (conseil de gouvernement) composé d’officiers expérimentés. Dans la pratique, les janissaires exercent une forte influence sur le Divan, et s’emploient à faire nommer l’un des leurs au poste de pacha dans une tradition « prétorienne ».

La régence tire ses revenus du carrefour commercial de Tripoli. La ville se trouve au débouché des routes du commerce transsaharien qu’elle connectait au négoce méditerranéen. Elle abrite un gigantesque marché aux esclaves, bénéficiant à la fois des captures subsahariennes et chrétiennes. En plus du commerce, la Tripolitaine est la troisième base corsaire musulmane derrière les régences d’Alger et de Tunis. En juillet 1711, Ahmad, chef de la famille Karamanli, s’empare du pouvoir. Soutenu par un mouvement populaire et par le Divan de Tripoli, il élimine le pacha envoyé par Constantinople et finit par être reconnu par le sultan Ahmet III. A partir de 1816, la régence est parcourue par des révoltes internes, d’abord dans le Djebel Akhdar, puis dans le sud. Le pacha Youssouf finit par abdiquer en 1832 en faveur de l’un de ses fils. Devant le désordre régnant, et craignant que les Français, qui ont alors déjà conquis l’ancienne régence d’Alger en 1830, ne mettent également la main sur Tripoli, le gouvernement ottoman décide de reprendre le contrôle direct du pays.

Frustré par l’expansion de la France, qui a établi son protectorat sur la Tunisie, et du Royaume-Uni, qui occupe le Khédivat d’Égypte, le royaume d’Italie a de son côté ses propres ambitions coloniales. Rome voit dans l’ancienne province antique de « Libye » le territoire le plus aisé à conquérir; elle peut, par ailleurs, se prévaloir de l’avoir déjà possédée sous l’Empire romain. La bienveillance de la France et du Royaume-Uni à l’égard de leurs ambitions encourage les Italiens à agir et, en septembre 1911, l’Italie remet un ultimatum à la Sublime Porte, annonçant son intention d’occuper la Tripolitaine et la Cyrénaïque pour garantir la vie et les biens de ses propres sujets présents dans le pays. La guerre italo-turque, bien que plus difficile que prévue pour les Italiens, tourne finalement à leur avantage. Le 5 novembre 1911, un décret royal déclare la Tripolitaine et la Cyrénaïque partie intégrante du Royaume. Au printemps 1912, la zone côtière est entre les mains des Italiens. Le 17 octobre 1912, par le traité d’Ouchy, l’Empire ottoman renonce à sa souveraineté sur les régions conquises par l’Italie.

Une menace pour l’Italie et l’Afrique du Nord

Le retour des Turcs n’est pas une bonne nouvelle pour l’Italie — quoi que, au niveau des migrants ! Mais c’est surtout pire pour l’Algérie et son rêve de domination du Maghreb. Sans oublier le complexe vis-à-vis de la plus grande indépendance nationale du Maroc vis-à-vis d’Istanbul.

Pour le contexte actuel, tout a commencé il y a un mois. par la signature du traité de coopération militaire entre Fayez el-Sarraj, président du Conseil présidentiel et Premier ministre de Libye depuis 2016, et Erdogan, Depuis, les choses se sont accélérées. Le ministre libyen de l’Intérieur, Fathi Bachagha, a déclaré que son gouvernement allait demander l’aide militaire de la Turquie pour contrer l’agression du maréchal Khalifa Haftar, âgé de 76 ans et ancien compagnon de Muammar Kadhafi au sein du Mouvement des officiers libres lors du coup d’État du 1er septembre 1969 contre le régime du roi Idris Ier.

Aussitôt, le président turc a déclaré à Ankara que son pays « allait envoyer des troupes en Libye, après un vote du Parlement ». Il s’agit, selon certains observateurs, d’une entente entre frères musulmans, ceux de l’AKP turc, avec ceux de Misrata, en Libye, avec les fonds du Qatar.

Les Libyens, autour d’Al Sarraj, s’avouent ainsi incapables de contrer, seuls, Haftar. Ankara semble décidé à avancer, malgré les avertissements de l’ONU et les réticences de la communauté internationale. La décision des Frères musulmans turco-libyens survient suite aux développements sur le terrain. Les troupes de Haftar, bénéficiant du soutien égypto-émirati et du silence international, seraient en train d’avancer sur le terrain alors que Fayez el-Sarraj et ses alliés ne disposeraient plus de potentiel humain, pour résister à Haftar. En retour de ce coup de main, Ankara attend que Tripoli lui ouvre la voie du gaz naturel en Méditerranée occidentale par l’accord de frontières maritimes. Pour leur part, Le Caire et Abou Dhabi ont remué ciel et terre pour avertir d’un risque terroriste dans la région, en vantant le rôle de Haftar et en présentant Tripoli comme un repaire de terroristes. Ils semblent avoir atteint leur objectif, puisque la Maison-Blanche a appelé à l’arrêt des combats.

La question est de savoir maintenant si les Etats-Unis vont laisser faire Erdogan en Libye. L’Algérie, l’Egypte et la Tunisie seraient également directement concernées par cette éventuelle présence turque, ce qui compliquerait davantage les équilibres régionaux.

Le 26 décembre, le ministre Fathi Bachagha a averti, lors d’une conférence de presse tenue à Tunis, que si l’offensive lancée le 12 décembre par le maréchal Haftar contre Tripoli « aboutissait à la chute de la capitale libyenne », ceci entraînerait inéluctablement «la chute d’Alger et de Tunis». «Si Tripoli tombe, Tunis et Alger tomberont à leur tour », a-t-il insisté. « Il s’agit d’une tentative de semer l’anarchie dans la région et de faire main basse sur l’Afrique du Nord», alors qu’existe une «coopération importante entre la Libye, la Turquie, la Tunisie et l’Algérie ».

La défaite des organisations terroristes en Syrie et en Irak a conduit des centaines de combattants à se redéployer dans les régions du Maghreb et du Sahel.

Pour le ministre libyen, cette situation qui met en danger tous les pays de la région nécessite une coopération stratégique agressive pour faire face au danger terroriste. Le Parlement turc a donné son aval à l’intervention le 2 janvier.

Pierre Boisguilbert
06/01/2020

Source : Correspondance Polémia

https://www.polemia.com/en-libye-le-retour-du-regent-turc/

Turquie : intervenir en Libye, un enjeu régional pour Erdogan

0:31 / 2:13France 24 est une chaîne du service public français. Wikipedia 

Turquie : intervenir en Libye, un enjeu régional pour Erdogan

TURQUIE : INTERVENIR EN LIBYE, UN ENJEU RÉGIONAL POUR ERDOGAN

12 665 vues•2 janv. 20206714PARTAGERENREGISTRERFRANCE 241,77 M abonnésS’ABONNERLe Parlement turc doit décider, ce jeudi 2 janvier, de l’envoi de troupes en Libye, où les intérêts d’Ankara sont menacés, selon le président Recep Tayyip Erdogan. L’issue du vote ne fait aucun doute, explique Ludovic de Foucaud, notre correspondant à Istanbul.

Abonnez-vous à notre chaîne sur YouTube : http://f24.my/youtube En DIRECT – Suivez FRANCE 24 ici : http://f24.my/YTliveFR Notre site : http://www.france24.com/fr/ Rejoignez nous sur Facebook : https://www.facebook.com/FRANCE24.videos Suivez nous sur Twitter : https://twitter.com/F24videosPLUS

https://www.youtube.com/watch?v=m3yBLfbWGzI&feature=push-fr&attr_tag=HqVpFf7auogi3fPx%3A6https://www.youtube.com/watch?v=m3yBLfbWGzI&feature=push-fr&attr_tag=HqVpFf7auogi3fPx%3A6

Syrie/ Il était une fois le Rojava…Par Michel Raimbaud

Syrie/ Il était une fois le Rojava…Par Michel Raimbaud

Publié par Candide le 8 décembre 2019 dans Chroniques      1 Votes

Il était une fois le Rojava…

Michel Raimbaud

08 décembre, 2019

Qu’Erdogan me pardonne de revenir un siècle en arrière, à la recherche du temps perdu, quand les puissances triomphantes prétendaient refaire l’Europe sur les ruines des empires déchus et redessiner l’Orient compliqué selon leur simple bon plaisir. Nous sommes donc en 1919 et « l’homme malade » agonise. Le monde guette son ultime soupir, mais il y a dix ans que l’essentiel du pouvoir a échappé au Sultan : en avril 1909, le dernier souverain absolu, le réformateur Abdel Hamid II, a dû abdiquer sous la pression des Jeunes-Turcs. Investi illico presto, son demi-frère Mehmed V a été contraint d’accepter la tutelle d’un gouvernement dirigé par Mustafa Kemal, le nouveau gourou. C’est ainsi qu’en 1914 il a « choisi » l’alliance avec l’Allemagne, pensant sauver son trône. Décédé le 3 juillet 1918, il a laissé la Porte ouverte à tous vents. Qu’à cela ne tienne, au pied levé, il a été remplacé par son cadet Mehmet VI, qui n’a rien à refuser à ses parrains. Plus de miracle en vue. Pour l’Empire qui se retrouve dans le camp des vaincus, cette guerre sera « la der des ders» …


Michel Raimbaud

Impatientes, les deux « superpuissances » de l’époque n’ont d’ailleurs pas attendu la victoire, se partageant dès 1916 la grande « velayet » de Syrie. Qui plus est, lorsqu’ils signent avec la France les accords Sykes-Picot, nos amis britanniques ont déjà, en 1915, promis au Chérif Hussein un grand royaume arabe, avant de parrainer en 1917 le projet d’un Foyer national pour les Juifs (cf. la déclaration Balfour). La « Grande Syrie » historique sera divisée en deux : la Syrie actuelle et le Liban à la France, la Palestine et l’Irak à l’Angleterre.

Refusant un dépeçage du domaine ottoman qu’il a pourtant « facilité », Mustafa Kemal déclenche la guerre d’indépendance turque, prenant la tête d’un gouvernement émanant de la Grande Assemblée nationale constituée à Ankara en avril 1920. C’est bien vu puisque le 10 août 1920, le malchanceux Mehmed VI signe avec les Alliés le traité de Sèvres qui ne laisse à feue la Sublime Porte qu’une portion congrue de son territoire, soit moins de 380 000 kilomètres carrés (contre 1 780 000 avant la guerre). Elle renonce à toutes ses provinces arabes proche-orientales ou maghrébines, ainsi qu’à ses possessions européennes (ou ce qu’il en reste). Elle accepte de faire des concessions à la Grèce en Thrace et à l’ouest de l’Asie Mineure. A l’est, le cœur « turc » de l’Empire est entamé puisque l’on prévoit la création de deux Etats à l’est de l’Anatolie, l’un pour les Arméniens dans le nord-est et un autre pour les Kurdes, cantonné au sud-est. Le futur Kurdistan d’Irak, dont le sort est resté pendant, sera finalement remis aux Britanniques et la zone kurde d’Iran n’est pas affectée, la Perse n’étant pas belligérante. Le territoire de la Syrie actuelle n’est pas concerné. Si les cartes « ottomanes » mettent en évidence la présence kurde (pour l’essentiel l’Est anatolien, le Nord de l’Irak et la frange ouest de la Perse), on n’y trouve pas de Rojava.

Le 1er novembre 1922, Mehmed VI est contraint à l’abdication et le Sultanat disparaît. Son successeur Abdel Meçid, élu Calife par la Grande Assemblée, partira en exil en 1924, cette fonction « résiduelle » étant abolie.

Arbitraire des puissances ou volatilité de leurs engagements ? Peut-être les négociateurs réalisent-ils soudain que les Kurdes n’ont pas été trop « maltraités » par les Ottomans depuis 1453, mais qu’ils ont au contraire occupé une place privilégiée en qualité de « gardiens des marches de l’Empire » ? Signé le 24 juillet 1923 au bout d’une longue guerre de reconquête, le traité de Lausanne offre à Atatürk des conditions plus avantageuses que celui de Sèvres. Plus de présence grecque, plus de grand Etat arménien en Anatolie, et… pas d’Etat pour les Kurdes. Ceux-ci voient s’évaporer leur rêve sur la « carte du tendre » ébauchée en 1920 par l’Occident, réduits au rang de « détail » dans le règlement d’un conflit qui a amené la chute de quatre empires : l’allemand, l’austro-hongrois, le russe et l’ottoman.

C’est seulement lorsque la France mandataire quitte enfin la Syrie, en avril 1946, qu’une minorité kurde se manifestera dans la sphère politique, plus précisément lors des coups d’Etat militaires qui émaillent les années suivant l’indépendance : celui de Husni Zaïm, officier kurde issu de l’armée ottomane (en 1946), celui d’Adib Shishakli (en 1949) un kurde également qui prend le pouvoir, l’abandonne pour revenir avant d’être renversé à son tour. Cette séquence suscitera une « refonte » de l’establishment militaire et la défiance à l’égard des partis « ethniques ».

Avec l’arrivée aux affaires du parti Baath en 1963, l’arabisme devient l’élément central de la politique nationale, ce qui ne présente pas de difficulté particulière pour les Kurdes. Arabisés, ils ne sont pas perçus comme un groupe ethnique particulier. Leurs options politiques sont diversifiées (dans les années 1980/1990, on dénombrera treize « partis » pour 1,5 million de personnes). Nul ne parle de « régions kurdes ». En effet, s’il y a de toute évidence un Kurdistan en Turquie, en Irak et en Iran, la situation est différente en Syrie, en l’absence d’assise historique ou géographique. Les trois modestes cantons « kurdes » de Qamishli, Ain al Arab (Kobané) et Afrin, situés dans le nord du pays, n’ont de continuité que via les territoires turc ou irakien et sont en réalité à peuplement mixte, les Kurdes ne représentant guère qu’un tiers de la population, pour un tiers d’Arabes musulmans et un tiers de chrétiens (arabes ou se réclamant d’une identité spécifique). Le Rojava, capitale Qamishli à la frontière turco-syrienne, n’existe qu’en mythe.

En outre, une partie importante des « kurdes » de ces régions ne sont pas de souche ancienne. Si ceux du nord-ouest, en nombre réduit, y sont présents depuis trois ou quatre siècles, l’implantation d’une population sédentaire dans la Haute Djézireh (le « bec de canard ») ne remonte qu’à la seconde moitié du XIXème siècle. En 1962, on compte environ 300°000 Kurdes « apatrides » et, jusqu’à la fin de la décennie 1990, ce sont 300°000 autres demandeurs d’asile venus des pays voisins qui trouveront refuge dans ces zones, y éveillant une certaine militance. Entre les Kurdes et le gouvernement baathiste, on parle alors d’alliance stratégique. Celle-ci est rompue le 9 octobre 1998 quand le chef historique du PKK, Abdullah Ocalan, doit quitter Damas (où il vivait depuis des années), suite aux pressions et menaces d’Ankara. Les liens entre le pouvoir et les partis kurdes, syriens ou étrangers, en seront affaiblis.

Si le pourcentage « kurde » (2 millions sur une population de 22,4 millions en 2011, soit 8,8%) a doublé en un demi-siècle, c’est avant tout en raison de ces mouvements migratoires. En fait, les Kurdes syriens sont dans leur grande majorité (plus des deux tiers) répandus sur l’ensemble du territoire, présents en force à Damas et dans ses banlieues, où l’on en compte plus d’un million. Ils constituent depuis des temps immémoriaux une partie intégrante du tissu national. Ils soutiennent l’Etat et ont donné au pays nombre de hauts dirigeants, de responsables et de personnalités dans tous les domaines.

C’est à la faveur des évènements que l’on sait, à partir de 2011/2012, qu’apparaîtra le « Rojava » et que ses hérauts feront leur entrée au panthéon de l’Occident dominateur, sûr de lui et grand donneur de leçons.

Etrange, cette compassion à éclipses. Notre « axe du bien » ne brille ni par sa bonté, ni par son respect des lois internationales. S’il n’est certes pas l’inventeur de l’impérialisme, il a donné à ce dernier, non pas un supplément d’âme comme il en est persuadé, mais un supplément d’arrogance et d’hypocrisie. La pensée unique adore les images d’Epinal et les peuples mythiques, de préférence souffrants et en perdition, peu susceptibles de contester l’hégémonie de l’Occident. En revanche, tout se passe comme si nos élites avaient un problème avec le monde arabo-musulman. Le passé colonial joue un rôle dans cette approche biaisée, mais les épisodes actuels n’ont rien arrangé. D’où cette sympathie débordante pour les communautés, les peuples ou les Etats qui semblent nourrir des revendications ou une hostilité, de long terme ou de circonstance, à l’encontre de leur environnement « arabe ».

Etat imposé par le colonialisme dans le contexte que l’on sait, Israël a su exploiter à outrance cette posture réflexe et, depuis sa création en 1948, en a tiré un avantage géostratégique majeur dans la confrontation qui l’oppose à son voisinage arabe et plus largement au monde musulman. Dans cette vaste région, en pleine débâcle depuis l’écroulement de l’ordre bipolaire de la guerre froide, les affirmations identitaires, résultant de l’air du temps plus que du vent de l’Histoire, se sont multipliées. Quelles que soient leurs enseignes – assyriennes, chaldéennes, syriaques, berbères, kabyles, « africaines », coptes – elles trouvent en Occident un écho favorable. Les Kurdes font partie du tableau, et dans le chambardement actuel, les voilà devenus la coqueluche de tous ceux qui rêvent de démembrer le monde arabe, ce nouvel « homme malade » du 21ème siècle.

L’impact de l’agression de plus de cent Etats membres des Nations-Unies sur l’Etat syrien aura été tel que des activistes ont pu investir progressivement le Nord du pays et y instiller peu à peu un parfum de séparatisme, à l’ouest d’abord, puis sur la rive est de l’Euphrate, région vitale : 27% du territoire, l’eau, les barrages et l’énergie électrique, les terres, le pétrole, 80% des ressources potentielles de l’Etat. Excusons-les du peu.

Le Rojava, c’est l’ouest en langue kurde, et le mot fait référence au Kurdistan occidental, autrement dit « le Kurdistan de Syrie », présenté depuis le début des « évènements » comme un « territoire autonome de facto », créé en novembre 2013 et « peuplé en grande majorité de kurdes ». Sur quelles bases se fonde une revendication aussi exorbitante ?

A en croire la propagande, les milices « kurdes » auraient été sinon les seules, du moins les plus efficaces dans la lutte contre le terrorisme et l’Etat Islamique, se distinguant en outre par la place éminente des femmes dans leurs rangs. Pour un peu, avec des combattantes cheveux au vent systématiquement en première ligne, les « Forces Démocratiques de Syrie » ou les « Unités de Protection du Peuple » passeraient pour des légions d’amazones. La fougue supposée de ces troupes de partisans (et partisanes) s’expliquerait par leur ferveur à défendre les terres ancestrales… Le grand mot est lâché. Vue de Clermont-Ferrand, de Trebeurden ou de Saint-Pierre du Gros Caillou, la cause paraît indiscutable. A condition bien sûr qu’il s’agisse de terres « ancestrales ». Comment ne pas s’interroger sur la réalité de ce Rojava, le nouvel Eden des Kurdes sans patrie ?

Il est certes réducteur d’assimiler séparatisme kurde et les Forces Démocratiques de Syrie (Qasad en arabe et FDS en français) et/ou le Conseil Démocratique syrien, leur branche politique. Formées en octobre 2015, les FDS incorporent des rebelles de tribus arabes proches de l’Armée Syrienne Libre (ALS), des combattants d’allégeances diverses (Armée Al Sanadid) et des chrétiens du Conseil Militaire syriaque. Mais c’est l’élément kurde, les « Unités de Protection du Peuple » (Yekineyen Parastina Gel ou YPG), branche armée du Parti de l’Union Démocratique syrien, formée en 2011, qui en constitue la colonne vertébrale et le moteur. C’est lui qui polarise et capitalise le soutien des Occidentaux, Américains, Français et Britanniques, dont la présence en territoire syrien est illégale du point de vue du droit international. Que ces derniers aient utilisé ces FDS et/ou les YPG comme des alliés ou paravents et réciproquement, ne saurait justifier l’occupation de la rive Est par les uns et son usurpation par les autres, se traduisant par des pratiques mafieuses de pillage et de vol, et par des dénis du droit. On brandit des considérations sécuritaires : on redoute le chantage des Kurdes, au prétexte qu’il y aurait dans les territoires sous leur contrôle des prisons hébergeant 10 000 combattants de Daesh, dont 70 dirigeants et une dizaine de camps pour loger les 100 000 membres de leurs familles (selon Adel Bakawan). Venant de pays qui soutiennent le terrorisme contre l’Etat syrien, l’argument vaut son pesant d’or. Mais en ces temps déraisonnables, la psychanalyse est souvent plus pertinente que l’analyse. Une revue des « partenaires » possibles des séparatistes éclairera notre lanterne :

Pour les Etats-Unis dont la vision traditionnelle tourne de façon obsessionnelle autour de Tel Aviv, pas de doute possible : à Washington, on aime tellement Israël que l’on en voudrait bien deux, et la création d’un Etat kurde, qui serait ce deuxième Israël, ne peut être que bénéfique. Par ailleurs l’obsession de détruire et morceler la Syrie est telle que Washington soutient tous les sécessionnistes, les activistes kurdes en cette occasion. Ce sont donc des alliés évidents. Pour la diplomatie éléphantesque qui a les faveurs de l’Oncle Donald, la saisie des puits de pétrole syriens est un argument « stratégique » idéal. A ce stade de gangstérisme, à quoi bon évoquer la légalité internationale ? Autant demander à Al Capone de faire le baisemain aux dames avant de passer à la sulfateuse leurs maris quand ils ont trahi la Cosa Nostra.

Les Européens partagent la même obsession anti-syrienne, et les événements d’aujourd’hui leur rappellent le bon vieux temps des mandats. Pour la France, la création d’un Etat kurde dans le nord syrien va de soi et est prioritaire jusqu’à aujourd’hui. Nous ne reviendrons pas sur la colossale finesse de cette politique « arabe » revisitée. On se contrefiche bien évidemment des Kurdes, mais on ne peut laisser passer cette occasion de détruire un pays que l’on rêve de rayer de la carte. On se tamponne de la zone-tampon, ou de la zone de sécurité, l’important étant de faire comme si l’Etat syrien n’existait pas et de lui arracher une zone stratégique pour interdire sa reconstruction, une opération qui compléterait avec un siècle de retard « l’œuvre civilisatrice ». On n’en déduira pas que la France aime bien la Turquie… Mais elle ne hait point les Etats-Unis et verrait d’un bon œil l’implantation au cœur du monde arabe d’un deuxième Israël, une idée qui fait frétiller nos penseurs.

Idem pour les Grands Bretons sous la houlette de l’exotique Boris, toujours prêts à sortir quelques surprises de leur boîte à malices. Qui peut deviner les dernières nouvelles de demain : pourquoi ne déterrerait-on pas soudain la promesse faite aux Kurdes il y a un siècle en faisant du Nord syrien de nouveaux « territoires occupés » ?

S’ils ont soudain beaucoup d’amis, les Kurdes ont néanmoins un ennemi mortel : le nouveau Grand Mamamouchi. Erdogan n’aime pas l’idée d’une entité kurde en Syrie, à ses frontières, bien qu’il ait un peu joué avec le feu. Mais il peut compter sur des groupes armés d’inspiration turque, fussent-ils terroristes plus ou moins recyclés. Il peut encore miser sur la concurrence russo-américaine et tenter de nager au milieu des gros poissons, comme au temps des Ottomans. Erdogan vivant, il n’y aura pas de Rojava.

Si les activistes kurdes tentés par le séparatisme avaient un zeste de bon sens, ils verraient sûrement que Damas est finalement le recours le plus sûr. Pour le président Al Assad, la question kurde doit être replacée dans le contexte d’une société plurielle. « Nous n’avons aucun problème avec la diversité syrienne, qui est belle et riche. La diversité est une chose, mais la partition, le séparatisme et le dépeçage du pays en sont une autre absolument contraire ». Il précise : « Nous avons le droit de défendre l’intégrité du territoire national et de nous méfier des projets séparatistes ». Et de donner en exemple les Arméniens « qui ont toujours été des patriotes », s’étant intégrés sans se diluer. Selon le discours officiel, les Kurdes de Syrie n’ont pas d’agenda caché. La Syrie est une et indivisible. Le décret concernant les « Administrations locales », est en vigueur depuis 1972, et des amendements au niveau de la future Constitution garantiront les droits des Kurdes, à une seule condition : « que ceux-ci ne touchent pas à la souveraineté et à l’unité territoriale de la Syrie ».

Le gouvernement n’a pas ménagé les efforts d’ouverture : en témoigne le décret du 7 avril 2011 accordant la nationalité syrienne aux Kurdes venus jadis comme demandeurs d’asile à partir des années 50 ou 60, une mesure réclamée de longue date. Au-delà de décisions symboliques comme celle de donner une place à l’enseignement du kurde à l’université, le pouvoir a une vision œcuménique du processus de règlement : en témoigne « l’initiative nationale des Kurdes syriens » que dirige Omar Oussi, membre du Parlement, membre de la délégation du gouvernement aux pourparlers de Genève 3. La portée du geste ne saurait être sous-estimée : le PYD, le plus important des partis syriens « kurdes », dirigé par Saleh Muslim, avait été écarté de Genève par un veto turc, avec l’approbation de Riyad et de Washington, et les petites formations favorables au « Conseil national kurde » (parrainé depuis l’Irak par Massoud Barzani), étaient représentées à Genève par un seul représentant syrien, dans le cadre du « groupe de Riyad », le but étant de réserver à ce dernier et aux chefs de ses factions armées le rôle de porte-parole exclusif de « l’opposition ».

A Damas, on est soucieux d’élever le débat, et on refuse tout amalgame entre « Kurdes » et séparatistes. En visite à Idlib le 22 octobre dernier, le Président Assad rappelait que « le rôle naturel de l’Etat est de créer les conditions susceptibles de soutenir toute forme de résistance nationale contre l’occupant », mettant en lumière une évidence souvent oubliée : « Le principal facteur qui a amené les Américains, les non-Américains et les Turcs dans la région est l’existence de Syriens collaborateurs et traîtres. Nous devons traiter avec ces Syriens-là et restaurer la notion de patrie dans la société, faire en sorte que la traîtrise ne soit pas considérée comme un simple point de vue, ou une opinion politique comme une autre. Lorsque ce résultat sera atteint, les Américains partiront parce qu’ils n’auront plus ni le loisir ni la force de rester, toute grande puissance qu’ils soient ».

https://www.iveris.eu/list/notes/469-il_etait_une_fois_le_rojava

Michel Raimbaud
Ancien ambassadeur de France

Tags:
syriekurdesetats-unisfranceroyaume-uni

https://tunisitri.wordpress.com/2019/12/08/syrie-il-etait-une-fois-le-rojava-par-michel-raimbaud/

“Swinging London”

Swinging London

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   mardi 03 décembre 2019

   Forum

Il n’y a pas de commentaires associés a cet article. Vous pouvez réagir.

   Imprimer 1597

Swinging London

3 décembre 2019 – Jamais je n’aurais pensé utiliser pour une “réunion” de l’OTAN cette expression, si à la mode dans les années 1960 entre Beatles et Rolling Stones, caractérisant le rythme effréné de la capitale anglaise sortie de sa soi-disant torpeur victorienne pour balancer les “Swinging Sixties” à la face de la modernité triomphante du monde. C’est pourtant le cas, me semble-t-il, – “never say never”, – pour la “réunion” dont tout le monde vous dit, les amis, que cela va swinguer diablement.

… En effet, “réunion” et pas “sommet”, comme nous le fait remarquer l’avisé WSWS.org dont j’entends bien utiliser, sans vergogne inutile mais avec le respect qui importe, quelques parties et extraits de son texte de ce  3 décembre 2019 fort bien documenté et plein d’espérance pour la classe ouvrière… Explication :

« L’OTAN a déclassé l’intitulé de la rencontre de deux jours à Londres de “sommet” à “réunion des dirigeants”, pour éviter d’avoir à publier un communiqué officiel que Trump ou d’autres chefs d’État pourraient refuser de signer. L’an dernier, on a assisté à l’effondrement spectaculaire du sommet du G7 à Québec, lorsque Trump a refusé à la dernière minute de signer le communiqué convenu par le Canada, le Japon, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France et l’Italie. Entretemps, au cours de l’année écoulée, les tensions internationales au sein de l’OTAN n’ont cessé de s’aggraver… »

On a déjà vu divers motifs de cette aggravation, à mon avis les plus importants, dans  l’un ou  l’autre texte récent où le président français tient incontestablement la vedette. En effet, c’est une analogie assez étrange que celle qu’on relève entre ces deux personnages-là si différents, d’être, chacun dans leur genre et chacun avec leur style, les deux perturbateurs principaux de l’usine à gaz otanienne, de son ordre établi et paisiblement assoupi, au rythme de furieuses menaces antirusses et anathèmes antichinois qui sont comme comme autant de paisibles ronflements suivant l’aimable cliquetis des chenilles de quelques chars de passage. On vous le dit : si ce n’était eux, avec en plus Erdogan comme Grand Mamamouchi déguisé en cerise sur le gâteau, tout serait pour le mieux dans la meilleure des réunions au sommet, à Londres plus swinging que jamais, demain et le jour d’après.

« “Les alliés de l’OTAN approchent le sommet de Londres avec un sentiment d’appréhension”, observe Karen Donfried, du groupe de réflexion du German Marshall Fund. “Bien peu prévoient un rassemblement qui unifiera l’ensemble en aveuglant les fissures croissantes dans la cohésion.”
» De plus en plus, Trump n’est plus considéré comme le seul chef d’État dont les remarques pourraient provoquer une crise diplomatique majeure. “Ce serait un grand hommage à la valeur que tous les alliés de l’OTAN accordent à l’institution si nous parvenons à passer cette réunion sans que le président Trump, le président Emmanuel Macron ou le président Recep Tayyip Erdogan ne disent ou fassent quelque chose de dommageable pour l’alliance”, a déclaré Kori Schake, ancien responsable du Conseil national de sécurité dans le gouvernement Bush, à Bloomberg News. »

Effectivement, il aurait été injuste d’oublier l’exotique empoignade entre Macron et Erdogan. Elle est pourtant tellement d’actualité, je veux dire comme illustration du chaos du monde et du billard à 2019 bandes que sont devenus la politique des relations internationales et le classement entre “ami” et “ennemi”, avec des observations de la sorte que “l’ami de mon ennemi est l’ennemi de mon ennemi qui est devenu mon ami”.

Ils s’empoignent tellement, Macron-Erdogan, qu’ils en arrivent à boucler la boucle ; puisqu’Erdogan menace de mettre son veto “aux plans de l’OTAN visant la Russie à partir de la Pologne et des États baltes” si la susdite-OTAN ne proclame pas “terroriste” le YPG kurde tant chéri par Macron ; alors que ce même Macron demande une chose prioritairement, qu’on cesse donc d’ennuyer la Russie avec des postures de menaces et des cliquetis de chenilles de chars en goguette, notamment en Pologne et dans les États baltes.. 

« Au cours des derniers jours, Macron a également échangé des insultes avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a déclaré à l’intention de Macron, vendredi : “Je vous le dirai à nouveau lors de la réunion, vérifiez d’abord votre propre mort cérébrale.” Erdogan a également déclaré qu’il n’appartenait pas à Macron de discuter de la question de savoir si la Turquie devait rester au sein de l’OTAN ou si elle devait être expulsée. Erdogan a critiqué Macron pour son soutien à la milice des unités de protection du peuple kurde syrien (YPG), que le gouvernement turc a qualifiée de groupe terroriste.
» Erdogan a également menacé de s’opposer aux plans militaires de l’OTAN visant la Russie à partir de la Pologne et des États baltes, si l’OTAN n’inscrivait pas collectivement le YPG comme organisation terroriste. »

Pourtant, poursuit le commentateur de WSWS.org, l’OTAN a son utilité. Cette organisation sert fort bien à coordonner des déploiements, des provocations, des discours furieux, et même l’une ou l’autre “chouette petite guerre” de temps en temps, ce qui contribue dit-on à faire taire les récriminations de la classe ouvrière et à fabriquer un simulacre d’entente et de coude-à-coude entre tous ces pays qui sont rassemblés en une alliance au succès sans précédent dans l’histoire, et dont je ne sais plus à quoi elle sert… Mais si, pardi ! qui sert “ à coordonner des déploiements, des provocations, des discours furieux, et même l’une ou l’autre ‘chouette petite guerre’”, – ce qui montre combien l’OTAN n’est pas loin d’avoir inventé le mouvement perpétuel.

…Ainsi aurions-nous enfin percé le Grand Mystère qui plonge le Sphinx lui-même dans des abîmes de réflexion : mais à quoi donc peut bien servir l’OTAN, elle qui rassemble sous la houlette américaniste tant de pays qui, pris individuellement, sont autant de marionnettes très-fidèles de l’américanisme, sauf l’un ou l’autre qu’il n’est pas très habile de mélanger aux autres ?

Enfin bref… L’OTAN a inventé le mouvement perpétuel point-barre, et cela suffit à notre bonheur et à l’honneur de notre civilisation.

« Près de 30 ans après la dissolution de l’Union soviétique par la bureaucratie stalinienne en 1991, qui a privé l’OTAN d’un ennemi commun, il est de plus en plus clair que des conflits profondément enracinés selon des intérêts stratégiques et économiques antagonistes déchirent les principales puissances de l’OTAN. Face à la défaite de leur guerre par procuration de huit ans en Syrie et dans les guerres au Moyen-Orient, les puissances de l’OTAN se préparent à une escalade sans le moindre souci de conséquences potentiellement catastrophiques. Cette voie a été empruntée pour tenter de faire face à l’opposition croissante des travailleurs dans les pays membres et aux divisions croissantes entre eux. »

Mais je m’en voudrais de vous faire perdre  de vue l’un des derniers points soulevés par l’article cité, qui concerne l’une des conquêtes les plus fructueuses de l’organisation, – je veux parler de l’Ukraine et de son sémillant président Zelenski. En effet, il faut savoir que ce président Zelenski-là est chapeauté de drôlement près, comme chacun sait, par le truculent oligarque ukrainien Kolomoïski qui est en train d’ébaucher une nouvelle extension de sa fortune vers l’Est, c’est-à-dire vers l’ami russe, au moyen d’un succulent  trafic de Pampers qu’il compte bien vendre à l’OTAN pour que cette sublime organisation en équipe ses innombrables divisions blindées et néanmoins incontinentes… On pourrait imaginer que Zelenski soit invité à suivre par la grosse patte bonhomme de Kolomoïski, non ?

« …En particulier, les divisions tactiques sur la politique étrangère impérialiste américaine qui sous-tendent la campagne du Parti démocrate pour destituer Trump et le dénoncer comme un traître pro-russe sont étroitement liées à des conflits explosifs au sein de l’OTAN.
» Alors que Merkel, Macron, Poutine et le président ukrainien Vladimir Zelenski devaient se rencontrer pour négocier une trêve à Paris le 9 décembre, sans la participation de Washington, le quotidien de référence Washington Post a averti que la crise de destitution pourrait renforcer par inadvertance la main des puissances européennes en Ukraine.
» Dans son éditorial, le Post écrit : “Pratiquement tous les hauts fonctionnaires qui ont travaillé sur les relations (avec l’Ukraine) au cours des deux dernières années ont démissionné ou ont témoigné dans l’enquête de destitution et ont été dénoncés par le président. … Tout cela affaiblit considérablement la position de M. Zelenski, d’autant plus qu’il envisage de rencontrer M. Poutine, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron. Ces deux derniers feront probablement pression sur les Ukrainiens pour obtenir des concessions pour satisfaire la Russie, car un accord leur permettrait de réparer les relations européennes avec la Russie”. »

En général, je l’avoue, je me méfie des réunions qu’on vous annonce comme “explosives”, ou de tout autre événement à la prévision catastrophique. Cela, c’est un réflexe appris d’“avant”, je veux dire avant le “nouveau monde”, quand on parvenait à s’arranger sur les sujets de grande discorde que l’on voyait venir, grâce à la raison et au sens commun. Mais aujourd’hui, tel ou tel exemple montre qu’il y a un côté “le pire est toujours le plus probable“ dans notre époque, comme si l’idée selon laquelle les catastrophes prévisibles étaient souvent évitables selon l’acte de l’ancienne sagesse, étaient devenues la fatalité que les catastrophes prévisibles sont devenues inévitables, comme si enfin nous n’avions plus ni raison ni sens commun pour écarter des événements sur lesquels nous n’avons plus aucun contrôle.

Alors, prudence prudence… Même les plus fins limiers, comme un Bruno Tertrais, que j’avais rencontré en passant, jeune expert en herbe et imberbe à la DAS (Délégation aux Affaires Stratégiques à la défense) de Perrin de Brichambaut, exultant d’un patriotisme touchant après la victoire de la France en Coupe du Monde (celle de Paris, 1999) ; devenu depuis une anguille sachant naviguer, grand-maître du parti neocon des salons parisiens, exquisement proaméricaniste et otanien du Quai d’Orsay au boulevard Saint-Germain,  – eh bien, même lui adopte une attitude prudente, désapprouvant discrètement la crudité des mots de Macron mais non points ses intentions, et terminant (ou commençant, je ne sais plus très bien et de toutes les façons c’est selon la façon dont on lit l’article qui n’est nulle part ailleurs que  dans Le Monde) par ce “p’têt ben qu’oui, ptêt ben qu’non” : « Il est tout à fait possible que l’OTAN puisse célébrer son 100e anniversaire en 2049. Mais si le sommet de Londres se transforme en un déballage sans précédent des différends entre alliés, il pourrait entrer dans l’histoire comme le début de la fin de l’OTAN. »

Bref, il peut très bien faire très beau demain et après dans le Swinging New London, mais il est bien possible qu’il nous en tombe une sacrée bonne drache… Que Sera Sera

https://www.dedefensa.org/article/swinging-london

LA POLICE MILITAIRE RUSSE EST ATTAQUÉE DANS LE NORD DE LA SYRIE

RAPPORT SUR LA GUERRE EN SYRIE – LE 3 DÉCEMBRE 2019: LA POLICE MILITAIRE RUSSE EST ATTAQUÉE DANS LE NORD DE LA SYRIE

 1 40Partager00       5 faire un donLire la vidéo

Rapport sur la guerre en Syrie - Le 3 décembre 2019: La police militaire russe est attaquée dans le nord de la Syrie

Trois officiers de la police militaire russe ont été légèrement blessés par l’explosion d’un engin explosif improvisé près de leur véhicule blindé dans le nord-est de la Syrie, a rapporté le ministère russe de la Défense le 2 décembre. L’incident s’est produit alors que la police militaire russe accomplissait une tâche de reconnaissance le long de la route. mission de patrouille conjointe russo-turque à environ 1,5 km à l’ouest du village de Coran.

L’attaque par IED est devenue la plus récente d’une longue série de provocations contre les patrouilles turques et russes dans le nord-est de la Syrie. Auparavant, des radicaux affiliés aux Forces démocratiques syriennes dirigées par les Kurdes tentaient de bloquer les patrouilles et même de leur lancer des pierres et des bombes à essence.

Ces attaques ont été temporairement arrêtées après le 20 novembre, les forces de sécurité du SDF, Asayish, ont présenté des excuses publiques pour l’incident «malheureux» avec le lancement de bombes d’essence et ont promis de travailler pour prévenir de tels cas à l’avenir. Néanmoins, il semble que la faction radicale pro-américaine au sein de la direction kurde soit trop forte et que les provocations se poursuivent.

Si de tels actes font de réelles victimes parmi le personnel russe, cela pourrait contraindre Moscou à reconsidérer son approche visant à contenir les actions militaires turques contre les groupes armés kurdes dans le nord-est de la Syrie.

Les forces russes et turques effectuent des missions de patrouille en vertu du mémorandum signé le 22 octobre à Sotchi entre la Russie et la Turquie. Des unités de la police militaire russe coordonnent leurs actions avec le service des frontières syrien et l’armée turque. L’objectif est de fournir une assistance pour assurer la sécurité des citoyens et maintenir l’ordre, ainsi que pour contrôler la mise en œuvre d’un mémorandum sur le retrait des groupes armés kurdes et de leurs armes à environ 30 km de la frontière.

Les affrontements entre l’armée syrienne et les forces dirigées par Hayat Tahrir al-Sham se sont poursuivis près de Rasm al-Ward et d’Istablat, dans le sud-est d’Idlib. Ces villages restent de facto un no man’s land au milieu d’intenses duels d’artillerie et de frappes aériennes. Des sources progouvernementales affirment que les militants ont subi de lourdes pertes. Cependant, ils ainsi que des sources militantes ont fourni peu de preuves pour confirmer ces affirmations.

Des frappes aériennes syriennes et russes ont également touché des fortifications et des dépôts d’armes appartenant à des militants près de Kafr Nabl, de Maarat Al-Numan et de Kafr Sijnah.

L’armée syrienne déploie actuellement des renforts près du front dans le sud d’Idlib. Cela peut indiquer que les forces gouvernementales prévoient de réagir aux attaques récentes des militants par une opération terrestre propre.

https://southfront.org/syrian-war-report-december-3-2019-russian-military-police-came-under-attack-in-northern-syria/

    

Une menace pour la Russie : Poutine dénonce l'expansion continue de l'OTAN

Une menace pour la Russie :

Poutine dénonce l’expansion continue de l’OTAN 3 déc. 2019, 14:43 © Sputnik/Alexei Druzhinin/Kremlin via REUTERS Source: Reuters Le président russe Vladimir Poutine, le 23 novembre 2019 (image d’illustration)

Alors que le sommet du 70e anniversaire de l’OTAN ouvre ses portes, le chef d’Etat a rappelé qu’il était prêt à coopérer avec l’Alliance militaire, dont il déplore toutefois la politique d’expansion jusqu’aux frontières de la Russie.

En dépit du comportement «pas correct voire grossier» de l’OTAN envers Moscou, la Russie est prête a coopérer avec l’Alliance atlantique, a fait savoir le président russe Vladimir Poutine à l’occasion d’une réunion avec des responsables militaires à Sotchi ce 3 décembre.

Lire aussi Le sommet de l’OTAN s’ouvre sur fond de désaccords majeurs entre ses membres (EN CONTINU) «Nous avons exprimé à plusieurs reprises notre volonté de coopérer avec l’OTAN, sur des menaces réelles comme le terrorisme international, les conflits armés locaux et le danger de la prolifération des armes de destruction massives», a ainsi déclaré le président russe, cité par les agences de presse.

Alors que le sommet du 70e anniversaire de l’OTAN se tient les 3 et 4 décembre dans un contexte de fortes tensions internes – notamment en raison de l’intervention turque en Syrie qui divise en son sein –

le Kremlin s’est par ailleurs refusé à tout commentaire sur le sujet. «Ce ne sont pas nos affaires», a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, cité par l’agence Tass. «Cela devient nos affaires quand l’Alliance menace la sécurité de la Russie», a-t-il précisé.

L’OTAN traverse une crise majeure, révélée par la sortie d’Emmanuel Macron début novembre, sur l’«état de mort cérébrale» de l’alliance, suite aux désaccords entre ses membres concernant l’intervention turque en Syrie.

Des propos violemment critiqués par le président turc Recep Tayyip Erdogan ainsi que par le chef d’Etat américain Donald Trump. En amont du sommet, le chef d’Etat turc a prévenu qu’il avait l’intention de bloquer un plan de l’Alliance militaire concernant les pays baltes et la Pologne tant que celle-ci ne reconnaîtra pas comme «terroriste» la milice kurde des YPG, combattue par Ankara.

Lire aussi : «Personne n’a plus besoin de l’OTAN que la France» : Trump tire à boulets rouges sur Macron International

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/international/68517-menace-pour-russie-poutine-denonce-expansion-continue-otan?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications

Qui sont les supplétifs syriens de la Turquie ? (2/2)

Qui sont les supplétifs syriens de la Turquie ? (2/2)

Edgar VAUQUELIN 29 novembre 2019 Proche et Moyen-OrientSituations décryptéesSujets chaudsSyrieTurquie Leave a comment

Entre août 2016 et octobre 2019, la Turquie a mené trois opérations militaires d’envergure en Syrie. L’objectif principal était de repousser le plus loin possible de sa frontière les Forces démocratiques syriennes. Cette coalition arabo-kurde alliée des Occidentaux a aidé à vaincre Daech en Syrie. Elle est menée par les Unités de protection du peuple (YPG), ennemi désigné d’Ankara sur le théâtre syrien. En effet, la Turquie leur reproche leur affiliation au PKK, organisation politique kurde qu’Ankara considère terroriste.

Au cours de ses incursions en Syrie, l’armée turque a ainsi pu compter sur le soutien de groupes rebelles syriens. Ces derniers ont assuré pour elle le rôle de supplétifs. Ces groupes pro-turc étaient rassemblés au sein de deux coalitions, le Front national de libération et l’Armée nationale syrienne. Elles ont annoncé leur fusion en octobre dernier. Bien qu’il soit impossible de traiter de ces groupes de façon exhaustive étant donné leur diversité, nous pouvons en distinguer deux types : ceux issus de l’ASL et ceux proches du djihadisme. 

Partie II : Les groupes proches du djihadisme

Le groupe Jaych al-Islam combat aujourd'hui aux côtés de l'armée de la Turquie en Syrie.
Des combattants de Jaych al-Islam dans la Ghouta orientale, en 2017.

En plus des combattants issus de l’Armée syrienne libre, la Turquie a également coopté, depuis 2016, plusieurs groupes de combattants proches du djihadisme. Cela a d’ailleurs suscité des remous au sein même de la sphère islamiste. Nous tenterons ici de dresser un tableau des plus importants de ces groupes.

Ahrar al-Cham

Dès les premières années du conflit syrien et jusqu’en 2017, le groupe Harakat Ahrar al-Cham constitue l’un des principaux groupes salafistes en Syrie. Il compte entre 10 000 et 20 000 hommes fin 2013. Ahrar al-Cham est créé en janvier 2012 par des militants djihadistes libérés de la prison de Seydnaya par le régime. Le groupe a longtemps entretenu des liens étroits avec Al-Nosra, la franchise syrienne d’Al-Qaida. Les deux organisations envisagent même un temps une fusion. Entre mars 2015 et janvier 2017, la collaboration entre Arhar al-Cham et Al-Nosra permit notamment à la rébellion de s’emparer de la ville d’Idlib. Jusqu’à la fin de l’année 2016, Ahrar al-Cham est constamment tiraillé entre une faction dure de ses dirigeants, favorables à une alliance avec Al-Nosra, et une faction plus modérée, favorable à une entente avec la Turquie et les pays du Golfe.

En septembre 2016, Ahrar al-Cham apporte son soutien à l’intervention turque au Nord de la Syrie, ce qui provoque des tensions avec Al-Nosra, opposé à toute influence étatique. Finalement, en janvier 2017, une guerre ouverte éclate entre les frères ennemis salafistes. Le conflit tourne en juillet à l’avantage d’Al-Nosra (alors rebaptisée Hayat Tahrir al-Cham, après une fusion avec d’autres groupes rebelles). Affaibli par cette défaite, Ahrar al-Cham fusionne, en février 2018, avec la Harakat Nour al-Din al-Zenki, autre groupe islamiste radical. La Harakat Ahrar al-Cham et Zenki rejoignent officiellement la coalition pro-Turquie au sein du FNL le 1er août 2018.

Ahrar al-Charkiya

Ahrar al-Charkiya est une organisation à la trajectoire complexe. Début 2016, Abou Marya Qahtani, ancien cadre de Daech, fonde officiellement ce groupe. Il est aujourd’hui dirigé par Abou Hatem Chakra, ancien membre d’Ahrar al-Cham. Les combattants qui le composent sont pour beaucoup issus des rangs de Daech ou d’Al-Nosra. En octobre dernier, il participe à l’Opération Source de Paix, aux côtés de l’armée turque. Le groupe commet alors de nombreuses exactions, rapportées par les ONG.

Ahrar al-Charkiya s’est notamment fait remarquer par des chants djihadistes, la destruction de magasins d’alcool et des pillages. Ces débordements, que le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme de l’ONU qualifie de “crimes de guerre“, visent notamment les populations kurdes. Ils posent ainsi la question de la responsabilité de la Turquie dans ces exactions, puisque les groupes agissent sous son contrôle. D’autant que certaines analyses prêtent au Président Erdogan une volonté de nettoyage ethnique à l’encontre des kurdes au Nord de la Syrie. Cela servirait son objectif d’empêcher une continuité territoriale entre les populations kurdes de Syrie et de Turquie.

Jaych al-Islam

Parmi les autres groupes islamistes radicaux cooptés par la Turquie, l’on peut également citer Suqour al-Cham ou Jaych al-Islam. Ce dernier fut longtemps l’entité rebelle la plus puissante dans la région de Damas, avant d’en être expulsé en 2018. Le groupe était dirigé par la famille Allouche, proche de l’Arabie saoudite. Son chef charismatique, Zahran Allouche, est tué en 2015 par un raid des forces loyalistes. Il était le tenant d’un discours salafiste très hostile aux minorités religieuses, notamment alaouite et chiite. Son cousin, Mohammed Allouche, était l’un des représentants de l’opposition syrienne lors des négociations internationales tenues à Astana en 2017. L’expulsion du groupe du Sud de la Syrie a permis à la Turquie de l’intégrer parmi ses supplétifs.

Tous ces groupes sont donc tenants d’un islam radical, et avaient initialement pour objectif d’appliquer la charia en Syrie. Ils se distinguent néanmoins de groupes comme Daech ou Al-Qaida par le fait qu’ils n’appellent pas au djihad au niveau international, du moins dans leurs déclarations officielles.Share

  • Share
  • Enregistrer

About Edgar VAUQUELIN

Edgar Vauquelin est étudiant en Master 2 science politique à l’IEP d’Aix-en-Provence. Il s’intéresse à la géopolitique du Moyen-Orient, notamment aux groupes armés non-étatiques et au facteur religieux dans la politique de la région.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/situations-decryptees/42255-qui-sont-suppletifs-syriens-turquie-2

Qui sont les supplétifs syriens de la Turquie ? (1/2)

Qui sont les supplétifs syriens de la Turquie ? (1/2)

Edgar VAUQUELIN 22 novembre 2019 Proche et Moyen-OrientSituations décryptéesSujets chaudsSyrieSyrieTurquie Leave a comment

Entre août 2016 et octobre 2019, la Turquie a mené trois opérations militaires d’envergure en Syrie. L’objectif principal était de repousser le plus loin possible de sa frontière les Forces démocratiques syriennes. Cette coalition arabo-kurde alliée des Occidentaux a aidé à vaincre Daech en Syrie. Elle est menée par les Unités de protection du peuple (YPG), ennemi désigné d’Ankara sur le théâtre syrien. En effet, la Turquie leur reproche leur affiliation au PKK, organisation politique kurde qu’Ankara considère terroriste.

Au cours de ses incursions en Syrie, l’armée turque a ainsi pu compter sur le soutien de groupes rebelles syriens. Ces derniers ont assuré pour elle le rôle de supplétifs. Ces groupes pro-turc étaient rassemblés au sein de deux coalitions, le Front national de libération et l’Armée nationale syrienne. Elles ont annoncé leur fusion en octobre dernier. Bien qu’il soit impossible de traiter de ces groupes de façon exhaustive étant donné leur diversité, nous pouvons en distinguer deux types : ceux issus de l’ASL et ceux proches du djihadisme.

Partie I : Les groupes issus de l’Armée syrienne libre

Supplétifs syriens de la Turquie
Le major Yasser Abdel Rahim, chef du groupe Faylaq al-Cham, en octobre 2015.

Formée en juillet 2011, l’Armée syrienne libre (ASL) constituait la principale force d’opposition au régime d’Assad au début du conflit. Des groupes plus radicaux l’ont ensuite supplantée. Les groupes qui en sont issus, combattant aujourd’hui aux côtés de l’armée turque, représentent un éventail idéologique extrêmement large.

Après la perte de leur bastion d’Alep-est, reconquis par les forces loyalistes en 2016, les groupes de l’ASL ont retrouvé du service avec les opérations Bouclier de l’Euphrate et Rameau d’olivier, menées par la Turquie au nord de la Syrie entre 2016 et 2018. Ce nouvel engagement, dicté en grande partie par l’opportunisme, a conduit ces supplétifs à délaisser le combat contre le régime, au profit des intérêts de leur parrain turc, qui les arme, les forme et les finance.

Les chiffres sur le nombre de combattants au sein de l’Armée nationale syrienne varient en fonction des sources. L’on estime qu’ils seraient entre 50 000 et 110 000 hommes, en comptant les groupes proches du djihadisme. Il faut cependant considérer ces chiffres avec précaution. L’on peut de plus dégager deux tendances parmi ces forces dites « modérées » : les groupes arabes, pouvant être tant laïcs qu’islamistes, et les groupes turkmènes.

Groupes rebelles arabes

Il n’existe pas d’unité idéologique au sein des forces rebelles arabes. La guerre menée par la Turquie contre les Forces démocratiques syriennes est en effet l’occasion pour des groupes rebelles ayant connu la défaite dans d’autres régions du pays de prendre une forme de revanche. Parmi les groupes les plus importants, on peut citer notamment Faylaq al-Cham, constituant le bras armé des Frères musulmans syriens. Le groupe comptait entre 8500 et 10 000 combattants en septembre 2018. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, c’est l’un des groupes rebelles les plus importants au nord de la Syrie.

C’est à cette époque que, dans la logique de l’accord russo-turc sur la poche rebelle d’Idlib, le groupe acceptait de quitter ses positions dans la zone démilitarisée prévue par ledit accord, preuve de l’influence de la Turquie sur le groupe. La tendance Frères musulmans est donc représentée au sein des rebelles pro-turc, bien qu’elle soit loin de constituer un vecteur commun à l’ensemble des forces arabes sunnites.

Groupes turkmènes en Syrie

Les combattants d’origine turkmène constituent l’autre tendance importante. La Syrie compte historiquement une minorité ethnique turkmène, en grande partie turcophone et proche de la culture turque. Cela explique la présence de groupes de combattants dont l’idéologie est souvent proche du néo-ottomanisme. Ces groupes, qui défendent la particularité culturelle de leur minorité, constituent donc des alliés naturels pour Ankara. Le plus important d’entre eux est sans doute la Division Sultan Mourad. Créée en mars 2013, elle tire son nom de Mourad II, sultan ottoman au XVe siècle. Après avoir été très actif dans la bataille d’Alep, le groupe participe en août 2016 à la prise de la ville de Jarablous, à la frontière turco-syrienne, par les forces turques.

Les groupes turkmènes, dont les noms font souvent référence à des figures emblématiques de l’Empire ottoman, communiquent largement sur les réseaux sociaux. Leurs membres s’y affichent alors en faisant de la main le signe de ralliement des Loups gris, organisation d’extrême-droite turque. En effet, ces groupes, qui comptent parmi leurs membres des combattants étrangers venus de Turquie ou d’Asie centrale notamment, sont souvent proches du nationalisme turc.Share

  • Share
  • Enregistrer

About Edgar VAUQUELIN

Edgar Vauquelin est étudiant en Master 2 science politique à l’IEP d’Aix-en-Provence. Il s’intéresse à la géopolitique du Moyen-Orient, notamment aux groupes armés non-étatiques et au facteur religieux dans la politique de la région

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/situations-decryptees/42171-qui-sont-suppletifs-syriens-turquie-1.