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Temporel et spirituel

Cette vidéo arrive, comme promis, en suite à celle faite sur la crise de l’église orthodoxe en Ukraine. Nous ne reviendrons pas sur cette crise. Nous referons une vidéo quand le cycle sera définitivement terminé. Mais ce que l’on peut dire aujourd’hui c’est que ce qui se passe en Ukraine depuis 2014 est toujours entre le tragique et le grotesque, sachant que le grotesque l’emporte plutôt.

Je voudrai profiter de cette crise, qui finalement correspond à l’immixtion du pouvoir temporel, du pouvoir de l’Etat dans la vie d’une Eglise, pour tirer des leçons du point de vue historique et des éléments de comparaison avec des événements de l’histoire de la Russie ou de l’Europe en général.

 

En Europe Occidentale, la séparation du temporel et du spirituel date d’il y a à peu près 1000 ans dans ce qu’on a appelé la Réforme Grégorienne. On ne reviendra pas sur cette Réforme mais je vous recommande, pour ceux que cela intéresse, le livre de Sylvain Gouguenheim (La Réforme Grégorienne, De la lutte pour le sacré à la sécularisation du monde), qui est un excellent médiéviste, d’avantage connu pour un autre ouvrage, Aristote au Mont Saint-Michel, que je vous recommande également même si ce n’est pas le sujet de notre vidéo, qui traite de la manière dont l’héritage philosophique grec nous est parvenu en Europe occidentale.

 

Revenons à la séparation du temporel et du spirituel caractéristique de la civilisation chrétienne en tant qu’elle illustre le fameux « rendez à César ce qui est à César ».

On peut dire que paradoxalement, la France s’est construite en opposition aux tentatives impériales et aux tentatives d’hégémonie temporelle de Rome sur les Nations. Ainsi, un roi pourtant sanctifié comme Saint Louis, s’est affirmé contre les pouvoirs de la Papauté. En France, nous n’avons pas attendu 1905, pour avoir une séparation du temporel et spirituel. A cette époque, il n’y a avait pas de guerre de religion, donc aucune raison de s’en prendre à la religion catholique comme l’a fait la IIIème République, sauf pour des raisons idéologiques, ce qui était le cas.

Ce qui est intéressant également, c’est que ce qu’il se passe en ce moment en Ukraine a aussi eu lieu en France car dès l’instant que le pouvoir temporel a été indépendant de Rome en France, il a voulu contrôler aussi sa propre Eglise, d’où la Déclaration de quatre articles qui a échoué à mettre en place l’Eglise Galicane. Plus tard, au moment de la Révolution Française, un événement a lieu, lequel correspond exactement à ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine : on exige des prêtres qu’ils prêtent serment sur la Constitution, ce qui est problématique du point de vue de la liberté de la foi, d’où l’apparition des prêtres jureurs et prêtres réfractaires, fidèles à Rome et à leur foi. Soulignons par ailleurs, ce qui est utile pour anticiper ce qui va se passer en Ukraine, que ces prêtres jureurs, une fois que l’Etat a cessé de les payer, ont laissé place à l’Eglise légitime catholique qui l’a emportée.

L’Eglise orthodoxe de Russie donne un exemple plus profond de l’empiétement du temporel sur le spirituel qui ne date d’ailleurs pas de l’URSS mais de Pierre Le Grand, qui était sous l’influence d’une éminent théologien de l’époque, Théophane Prokopovitch, qui lui-même est passé par le Vatican et a ensuite été très attiré par la Réforme, où il n’y a pas de véritable séparation entre temporel et spirituel. Tout est systématiquement sur le principe du cujus regio, ejus religio, qui est un peu la règle qui sort des guerres de religions et de la Guerre de Trente Ans, c’est-à-dire la règle disant que les peuples ont la foi du Prince, ce qui s’oppose à la liberté de la foi.

Ainsi, par exemple, dans le Royaume de Suède, quand Bernadote s’en empare, sa femme et ses enfants catholiques doivent avoir une dérogation spéciale du Parlement suédois pour garder leur religion. De la même manière, la séparation du temporel et du spirituel pour la Suède protestante date de l’année 2000.

Si on regarde l‘Angleterre, le chef de l’Etat est aussi le chef de l’Eglise, c’est la Reine d’Angleterre. L’Eglise anglicane peut être assimilée aux églises réformées.

Aux Etats-Unis, on prête serment sur la Bible et sur les billets, il est inscrit « In God We Trust ». On peut éventuellement discuter de quel Dieu il s’agit, mais le fait est qu’il y a un aspect fusionnel entre le temporel et le spirituel qui est amené par la Réforme Protestante.

 

Ainsi, Théophane Prokopovitch parvient à convaincre Pierre Le Grand qu’il doit appliquer la même méthode et que le Patriarcat n’est pas nécessaire, puisque le Patriarcat, c’est lui et qu’il ne reste que la concilirité, avec une Assemblée qui prend les décisions mais qui demeure contrôlée par l’Empereur. D’où, jusqu’en février 1917, il n’y a pas de Patriarche dans les territoires de la Russie. Il ne revient donc qu’en février 1917 quand Nicolas II abdique et que la Ière République Russe est proclamée. De nouveau, il y a un Patriarche, mais il ne dure pas longtemps puisque les Bolcheviques arrivent et pendant les années 1920-1930, les chrétiens orthodoxes deviennent des martyrs dans un des pires moments de la chrétienté entre 1918 et 1941.

L’invasion allemande change la donne puisque Staline comprend que la population russe n’a pas envie de mourir pour le Bolchevisme ou Staline, mais plutôt pour la Patrie et pour Dieu. Staline envoie donc chercher dans les camps de concentration les prêtres et évêques qui ne sont pas encore morts et les fait venir à Moscou pour leur proposer une alliance contre l’envahisseur, ce qui se traduit par un retour d’une certaine liberté religieuse en échange d’un appui dans la lutte contre les nazis. Ce qui reste du Clergé accepte.

Cette liberté donnée sera reprise en partie après la guerre parce que Staline essaie de faire oublier la Grande Guerre Patriotique pour réveiller la Russie (voir à ce propos le livre de Jean Lopez sur les questions militaires, Joukov, l’homme qui a vaincu Hitler). Même les vétérans ne sont pas pris en compte et c’est seulement Joukov qui leur accordera un traitement digne. On célébrera alors vraiment la Grande Guerre Patriotique.

L’arrivée de Khrouchtchev permet également un assouplissement et une pratique religieuse plus ou moins tolérée même si l’Eglise orthodoxe est étroitement contrôlée par le Parti Communiste et le KGB et qu’on y inclut de force les gréco-catholiques. Mais contrairement à l’époque impériale, il y a donc un patriarche, bien qu’étroitement contrôlé et la question religieuse perd de son importance, à tel point qu’à la fin des années 1980, alors qu’on est dans une période d’ouverture et d’euphorie, Gorbatchev autorise les fidèles orthodoxes à célébrer le millénaire de la Russie (de la Rus’ de Kiev). Il y a des processions partout et les gens veulent se faire baptiser. On baptise dans la Neva et partout où l’on peut. On s’aperçoit qu’après 70 ans de communisme, la foi n’est pas morte. L’Eglise orthodoxe et le Patriarcat de Moscou bénéficient pour la première fois depuis Pierre Le Grand d’une liberté presque totale. Tout en étant une Eglise autocéphale, elle est libre du temporel puisque le pouvoir d’Eltsine puis de Poutine n’a aucun droit vis-à-vis de la conciliarité, ce qui n’empêche pas que Poutine et Medvedev s’affichent dans les cérémonies religieuses pour montrer que la Russie est un pays orthodoxe.

Malheureusement, cette liberté aura un prix. En 1990, pour la première fois, le Patriarcat de Moscou est autorisé à présenter des candidats qui ne seront pas présélectionnés par le PC. Ils sont trois : Alexis II, d’origine Balte, qui sera élu ; un ukrainien de Donetsk ; mais aussi Lenitsenko, qui lui était très ambitieux mais ne parviendra même pas au 2e tour et retourne en Ukraine humilié où il est lié au président Kravtchouk qui lui propose de créer une église nationale indépendante de l’Eglise de Russie.

 

En conclusion, on peut dire que ce n’est pas nouveau que le temporel tente d’empiéter sur le spirituel. C’est arrivé dans notre histoire et dans l’histoire russe et cela arrive encore en Angleterre constitutionnellement. Mais systématiquement, on constate que ce sont les Eglises indépendantes qui l’emportent. Donc si on se fonde sur les précédents historiques, à n’en pas douter, le Patriarcat de Moscou l’emportera en Ukraine.

https://stratpol.com/temporel-et-spirituel/

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Les cris d’orfraie de Porochenko sur un «couloir de Crimée» préparent le terrain à une attaque sous faux drapeau

Les cris d’orfraie de Porochenko sur un «couloir de Crimée» préparent le terrain à une attaque sous faux drapeau


Par Andrew Korybko –  Le 10 décembre 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoPorochenko, le président ukrainien, sonne une nouvelle fois l’alarme sur une invasion russe, après avoir propagé des infox sur un soi-disant projet de « couloir de Crimée » à Moscou.

Le dirigeant ukrainien a déclaré que son ennemi juré de l’Est projetait de s’emparer des villes côtières de Marioupol et de Berdiansk, toutes deux sur la mer d’Azov, afin de relier le Donbass à la péninsule de Crimée, chose qualifiée par Dmitry Peskov, porte-parole du Kremlin, de « totalement absurde, une nouvelle tentative d’attiser les tensions ». Ce dernier a ajouté que ces propos pouvaient être influencés par l’approche des élections présidentielles en Ukraine, prévues au printemps prochain. Mais toute rhétorique mise à part, la Russie n’a aucune raison objective de créer un tel « couloir », puisqu’elle a déjà construit et mis en service le pont de Crimée sur le détroit de Kertch, qui assure ses accès directs au territoire réunifié.

Le président ukrainien Porochenko, lors de l’inauguration d’une nouvelle église indépendante à Kiev

Le Donbass n’est reconnu par la Russie que comme région rebelle d’Ukraine, et les zones qui le séparent de la Crimée ne sont même pas parties dans la guerre civile ukrainienne. Peut-être que certains démagogues dans les médias et/ou certains rebelles du Donbass ont essayé de se faire mousser en lançant une telle idée, mais cela n’en fait pas une option sérieuse pour la Russie : cela impliquerait une intervention militaire sur le territoire de l’Ukraine, ainsi que l’annexion de ces zones, choses que Moscou n’a jamais pratiquées dans l’histoire, et n’a aucune intention de se mettre à pratiquer. L’incident récent dans le détroit de Kertch a prouvé que la Russie pouvait neutraliser toute menace navale aux abords et au sein de la mer d’Azov, et la Russie n’a aucune raison militaire de vouloir s’emparer de ces villes côtières ukrainiennes.

Ce qui semble plutôt se distinguer de tout ceci est un pré-conditionnement par Porochenko du public occidental à s’attendre à des mouvements rebelles dans la zone, ce qui pourrait bien indiquer la préparation de provocations militaires par l’Ukraine avant les élections, aux fins de générer une réponse qui pourra, une fois décontextualisée, déformée et sur-amplifiée entrer dans le cadre que souhaite donner aux événements M. Porochenko. C’est bien cela qui peut expliquer les déclarations ridicules du dirigeant ukrainien, qui dénonce la présence de 80 000 soldats russes et de 900 chars d’assaut sur son propre territoire et à proximité de celui-ci ; ces déclarations soutiennent grossièrement le prétexte « publiquement plausible » sur la scène intérieure ukrainienne, visant à instaurer la loi martiale, à appeler les soldats de réserve, et pourquoi pas à se préparer pour le scénario d’attaque sous faux drapeau énoncé ci-avant.

Le « couloir de Crimée » constitue une pure invention, mais c’est le jeu des intérêts politiques intérieurs de Porochenko de faire semblant d’y croire ; s’il parvient ne serait-ce qu’en partie à manipuler les perceptions internationales autour de cette fable, peut-être en y ajoutant des provocations à destination des rebelles, il pourrait en retirer de grands bénéfices stratégiques, en se positionnant comme seul dirigeant ukrainien en mesure de défendre son pays de la soi-disant « agression russe ». On pourrait voir une intensification de l’assistance de l’OTAN, et l’approbation tacite par l’Occident d’un trucage du scrutin à venir, ou d’un report de celui-ci aux calendes grecques, pour cause de « période de guerre ». Tout ceci est extrêmement dangereux, car comme le rappelle le livre, « Les plans les mieux conçus des souris et des hommes souvent ne se réalisent pas ».

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le vendredi 7 décembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-cris-dorfraie-de-porochenko-sur-un-couloir-de-crimee-preparent-le-terrain-a-une-attaque-sous-faux-drapeau

 

La rupture entre Russie et Ukraine : un changement radical dans le processus de modernisation de l’espace post-soviétique ?

La rupture entre Russie et Ukraine : un changement radical dans le processus de modernisation de l’espace post-soviétique ?

Par Laurent CHAMONTIN, le 7 décembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Diplômé de l’École Polytechnique. Écrivain et russophone, Laurent Chamontin est auteur de L’empire sans limites. Pouvoir et société dans le monde russe, éd. De l’Aube, 2014 et de Ukraine et Russie : pour comprendre, éd. Diploweb, 2017. Il a vécu et voyagé dans l’espace post-soviétique. Membre du Conseil scientifique du Diploweb.com.

Le douloureux divorce en cours entre l’Ukraine et la Russie est paradoxalement le signe que ces deux pays partagent parfois les mêmes problèmes face à la modernisation. L’héritage légué par la « réforme par en haut » ne peut être ignoré ni en Russie ni en Ukraine. Laurent Chamontin en fait ici une démonstration argumentée et stimulante.

IL Y A quelques 500 ans, une course à la puissance commença entre les pays d’Europe de l’Ouest, ce qui conduisit finalement au remplacement de l’antique société agraire héritée de l’ère néolithique par une autre, d’un type entièrement nouveau [1].

Des conditions favorables – institutions pré-démocratiques dynamiques et contexte de compétition frénétique entre des pays comparables en termes de puissance [2] – eurent pour résultat un changement social sans précédent – « de l’état traditionnel, agraire, rural, patriarcal, holiste à une société moderne, industrielle ou « post-industrielle », urbaine, démocratique, individualiste » [3].

Cette transition – que nous appellerons « modernisation » ci-après, à la suite d’Anatoli Vichnevski – ne pouvait pas rester sans conséquences pour le reste du Monde, qui eut en premier lieu à éprouver les effets du dynamisme économique et militaire qu’elle rendait possible.

En ce qui concerne la Moscovie et son successeur l’empire russe, la réaction à ce défi commença au début du XVIIIe siècle, en recourant à une forme politique russe caractéristique : la « réforme par en haut ».

Avec l’expérience totalitaire, le XXe siècle fut un point extrême en la matière, qui permit de d’atteindre un point de non-retour en ce qui concerne le processus de modernisation. Cependant, il conduisit notoirement à un résultat en demi-teintes, qu’il s’agisse des conditions économiques, sociales, démographiques ou politiques.

Cette modernisation quelque peu incomplète pose inévitablement le problème de son achèvement. La « réforme par en haut » restera-t-elle la force motrice de la modernisation dans les décennies à venir ? Les hauts et les bas de l’État continueront-ils à imprimer leur rythme à la vie publique, comme ils l’ont fait pendant le XXe siècle ?

Une forme profondément enracinée : la « réforme par en haut »

Il est important, avant d’entrer dans la discussion de ces questions, d’insister sur la nécessité d’inclure dans son champ l’Ukraine aussi bien que la Russie. Si la crise russo-ukrainienne depuis 2014 peut être vue comme une tentative de Kiev de sortir de la sphère d’influence de Moscou et de rejeter tout concept de monde russe, cela ne signifie pas pour autant que l’Ukraine puisse ignorer les problèmes posés par la modernisation à la russe.

En effet, l’empreinte de quelques 300 ans de russification dans tous les domaines de la vie n’a pas pu être effacée en seulement 25 ans d’existence indépendante [4]. De fait, on pourrait même avancer que le douloureux divorce en cours est un signe indéniable de ce que ces deux pays partagent les mêmes problèmes. En bref, l’héritage légué par la « réforme par en haut » ne peut être ignoré ni en Russie ni en Ukraine.

La persistance de cette forme est indissociable de conditions géographiques et stratégiques très spécifiques qui ont pesé sur le cours de l’histoire russe jusqu’à aujourd’hui [5]. De fait, les dimensions exceptionnelles du territoire qui a servi de cadre à l’expansion de l’empire ont clairement eu leur part dans une inertie de la société qui a été un casse-tête pour les dirigeants de toutes les époques.

En effet, l’histoire russe depuis les origines se déroule dans un contexte de très faible densité de population : le niveau de 30 habitants par kilomètre carré est atteint en France au XIIIe siècle, et seulement aujourd’hui en Russie occidentale, pour ne rien dire de la Sibérie et de l’Extrême-Orient russe.

Cet état de choses ne peut être sans conséquences pour la dynamique sociale, dans la mesure où il entrave le développement des liaisons horizontales et de l’économie de marché, ainsi que celui des relations avec l’Europe.

Pour la même raison, la relation entre la population et l’État a toujours été intermittente, ce qui n’a pas permis d’établir concrètement une relation constructive entre ces deux acteurs. Deux formes bien connues de l’histoire russe illustrent par excellence cet état de fait. La première est le célèbre village Potemkine. La seconde est la fuite dans la plaine sauvage, permettant d’échapper aux contraintes d’un État à la main notoirement lourde – cette fuite étant précisément permise par l’immensité du territoire.

En plus de ce contexte, il faut avoir à l’esprit le faible enracinement de la propriété privée rurale, en liaison avec l’abondance de la terre, les traditions autoritaires héritées du joug mongol, et l’effort tenace des dirigeants pour éradiquer toute forme d’auto-administration municipale – de la conquête de Novgorod à l’abolition du Droit de Magdebourg à Kiev en 1835 [6].

Tout ceci pris simultanément permet de comprendre le développement d’un État qui ne tolère aucune sorte de limitation de jure et tire tout le parti possible de sa position de puissance continentale excentrée. En accord avec ce contexte, les traits caractéristiques de la modernisation dans cette zone sont le rôle crucial du pouvoir impérial, soumis à la pression d’une Europe qui se modernise et surtout préoccupé par l’accroissement de sa force militaire, l’absence de contrepouvoirs et des forces sociales réticentes, en liaison avec l’absence d’incitations visibles.

Il ne fait aucun doute que cette modernisation autoritaire en vase clos a laissé des traces profondes dans les idées et les attitudes au sujet de l’Europe : elle doit être vue comme la raison ultime de la prédominance sur le long terme du conservatisme et du messianisme russe en politique [7].

La rupture entre Russie et Ukraine : un changement radical dans le processus de modernisation de l'espace post-soviétique ?
Ukraine, Lviv, marché près de la gare ferroviaire.

Les résultats en demi-teinte de la modernisation

Concrètement, les bolcheviks n’eurent pas d’autre choix que de composer avec cet héritage et de revenir à l’antique modèle de « réforme par en haut ». Cependant ils le firent à leur manière. En effet, sous l’empire, le vase clos n’était pas parfaitement hermétique et ses effets étaient limités en pratique par la possibilité de voyager à l’étranger, par les engagements internationaux du gouvernement et par le souci qu’il avait de sa réputation [8] . Tous ces facteurs d’atténuation disparurent après 1917, ce qui permit une accélération sans précédent de la modernisation – dans les conditions du totalitarisme.

Cela ne signifie en aucune manière que V. I. Lénine et ses camarades pouvaient ignorer le contexte local. En effet, « dans la Russie des années vingt seule pouvait gagner une stratégie des changements qui permettrait de concilier une modernisation « instrumentale » réellement révolutionnaire avec le maintien de nombreuses institutions et valeurs traditionnelles fondamentales » [9].

En d’autres termes, la modernisation fut limitée dès le début par ses conditions initiales. De fait, « elle a permis à l’URSS d’emprunter de nombreux acquis instrumentaux des sociétés occidentales (technologies modernes, formes extérieures de vie, sciences, instruction, etc.) (…) mais elle n’a pu créer les mécanismes sociaux adéquats qui assurent leur développement autonome (économie de marché, structure sociale moderne, institutions modernes de la société civile, démocratie politique, etc.) » [10].

Aujourd’hui les États successeurs de l’URSS doivent faire face à une compétition mondiale plus intense que jamais, où de nouveaux acteurs comme la Chine et l’Inde ont émergé. Ils doivent aussi composer avec l’héritage en demi-teintes de cette modernisation conservatrice et avec les problèmes structurels que celle-ci n’a pas permis de résoudre, en particulier la dépendance vis-à-vis des exportations de matières premières, la dépendance vis-à-vis des technologies étrangères, la dégradation des infrastructures, la corruption, la stagnation sociale et politique. Cela signifie que la modernisation, quoiqu’ayant atteint un point de non-retour, n’est pas encore terminée.

En ce qui concerne la suite de celle-ci, la résurgence actuelle de la puissance militaire russe combinée avec l’autoritarisme pourrait faire croire à un retour de la « réforme par en haut ». Cependant les conditions qui ont conféré son exceptionnelle permanence à ce mécanisme ont commencé à changer de manière significative.

L’achèvement de la modernisation dans les conditions du XXIe siècle : un jeu complexe

Comme évoqué ci-dessus, la « réforme par en haut » est le produit de la combinaison entre un État hors de contrôle monopolisant l’initiative, une société passive et un vase clos de dimensions continentales.

Le vase clos ne peut évidemment disparaitre en un jour, pour ne rien dire de l’empreinte qu’il a laissé dans les mentalités. Considérons un individu vivant quelque part dans la basse vallée de la Volga, ne parlant que le russe, n’ayant pas assez d’argent pour voyager hors de l’ex-URSS et recevant ses informations exclusivement par la télévision d’État russe. Cet individu, loin d’être seul dans son cas, peut difficilement avoir une vision exacte du monde de l’étranger lointain.

Cependant l’étanchéité du confinement a commencé à se dégrader, dans la mesure où la liberté de voyager existe effectivement, et où le transport de masse a accru la mobilité des populations de manière extraordinaire. De plus, en dépit des difficultés qui pèsent sur son utilisation en Russie, Internet joue aussi son rôle dans la mise en relation de ses habitants avec le reste de l’humanité.

De surcroit, avec cette liberté de voyager, l’émigration et la fuite des cerveaux sont aujourd’hui des faits massifs aussi bien en Russie qu’en Ukraine [11]. Si les émigrants peuvent avoir un effet positif sur l’économie grâce au transfert de devises vers leur patrie, leur départ prive celle-ci de talents nécessaires à sa modernisation. En particulier, à moins que des politiques énergiques ne soient mises en place pour limiter la fuite des cerveaux et attirer les éléments talentueux, l’ouverture du vase clos pourrait bien avoir un impact négatif sur la croissance et la diversification de l’économie, pourtant urgentes et nécessaires.

Cette émigration massive illustre sans équivoque la capacité qu’ont les individus de voter avec leurs pieds, montrant par là même que les sociétés sont aujourd’hui loin d’être passives en face de la mondialisation. La modernisation incomplète de l’ex-URSS était en fait suffisamment complète pour donner aux populations des attentes en termes de bien-être et de niveau de vie. Ceci est aussi la cause profonde de l’agitation qui peut survenir quand les dirigeants ignorent ces attentes, comme la crise politique ukrainienne de 2014 l’a dramatiquement montré.

Si l’autonomie et l’énergie de la société civile sont plus visibles en Ukraine qu’en Russie, cela ne signifie pas que celle-ci est passive dans ce dernier cas : simplement, elle évolue dans des conditions où l’équilibre interne des forces est plus favorable à l’État. L’écho rencontré par les initiatives d’Alexeï Navalny suffit en soi à rappeler que le monopole de l’État sur la vie publique fait partie du passé.

De plus, la puissance latente de la société civile en Russie est sans aucun doute possible l’un des facteurs qui ont conduit à la sur-réaction de Moscou pendant la crise ukrainienne. Le renversement de Viktor Yanoukovitch entrait directement en conflit avec le récit nationaliste élaboré par le Kremlin pour détourner la population de la tentation de la critique sociale [12]. Pour des élites moscovites à la légitimité sociale et fonctionnelle incertaine, l’annexion de la Crimée (2014) et la déstabilisation du Donbass (2014 – ) ont permis de contrôler le potentiel social explosif que la révolution ukrainienne pourrait avoir dans leur pré carré [13].

Si l’État ne peut ignorer les attentes de la société mentionnées plus haut, il n’est pas en fait dans une position idéale pour y répondre, en raison de l’héritage de l’Histoire. En effet, le modèle bien ancré de la « réforme par en haut », combiné avec des habitudes autoritaires profondément enracinées et avec l’absence de contrepouvoirs a conduit à un modèle d’État hautement dysfonctionnel, envahi par la corruption et peu capable de fournir à la population « la santé, l’éducation, la gestion des infrastructures, l’ordre public » [14], pour ne rien dire des conditions qui permettraient de tirer tout le parti de la créativité des entrepreneurs.

D’autre part, comme partout ailleurs, l’État est mis au défi et sa position affaiblie par le développement des liaisons horizontales, à l’intérieur de la population comme avec le monde extérieur. Cela signifie en particulier que la destruction complète de ces liaisons horizontales n’est plus possible et que, si l’autoritarisme peut revenir, le totalitarisme ne le peut pas. De plus, en dépit des embardées de la politique extérieure russe, Moscou n’est pas en mesure de se déconnecter complètement de la mondialisation.

En d’autres termes, aussi bien en Russie qu’en Ukraine, l’État est aujourd’hui mis en difficulté par l’émergence de la société civile et des oligarques, et il se trouve dans une position assez inconfortable pour répondre à ce défi. La situation est rendue encore plus complexe par la rupture récente entre la Russie et l’Ukraine : il y a maintenant deux pôles de puissance concurrents là où il y avait auparavant un vase clos sous l’emprise de l’empire russe, et, comme relevé ci-dessus, toute évolution du processus de modernisation dans l’un des deux pays a et aura inévitablement un écho dans l’autre.

*

La restauration de la puissance russe mise en scène depuis 2014 visait à répondre aux attentes latentes de pouvoir tout puissant que des siècles de « réforme par en haut » ont profondément ancrées dans les mentalités. Cependant, quand on regarde l’envers du décor, le rôle de l’État au XXIe siècle est loin d’être évident, y compris dans le cas ukrainien où des mesures structurelles lourdes ont été prises sous l’égide des institutions internationales et devraient commencer à porter leurs fruits. De fait, il est plus facile de discerner ce qui n’arrivera pas plutôt que ce qui arrivera quant à sa contribution à des réformes qui restent urgentes.

Une modernisation instrumentale sous direction étatique a été réalisée au XXe siècle, avec un coût humain et économique exorbitant. Les sociétés à demi modernisées qu’elle a produites ont des attentes pressantes en matière de bien-être et de niveau de vie, alors même qu’elles doivent composer avec un État hautement dysfonctionnel, qui peut difficilement être vu comme la force motrice des étapes à suivre de ce processus.

La révolution ukrainienne de 2014 a mis en lumière l’importance qu’a prise la société civile dans la vie politique et sociale. Elle a aussi rendu celle-ci plus complexe, dans la mesure où la rupture entre Kiev et Moscou a pour résultat une compétition entre ces deux pôles de puissance.

Ainsi, la multiplication des acteurs autonomes rend indubitablement le processus de modernisation plus complexe qu’auparavant. La question des modalités d’une coopération future entre la société civile et l’État reste largement béante – surtout si l’on pense au discrédit auquel ce dernier doit faire face, en liaison avec son caractère dysfonctionnel et sa faible capacité à entretenir une discussion d’égal à égal avec les forces sociales. La seule chose que l’on puisse affirmer avec certitude est que l’ère de la « réforme par en haut » est terminée.

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https://www.diploweb.com/La-rupture-entre-Russie-et-Ukraine-un-changement-radical-dans-le-processus-de-modernisation-de-l.html

Porochenko a tout faux : papa Bush, l’Ukraine et la réécriture de l’Histoire

Porochenko a tout faux : papa Bush, l’Ukraine et la réécriture de l’Histoire


2015-09-15_13h17_31-150x112Par Moon of Alabama – Le 1er décembre 2018

Au début de la semaine, Petro Porochenko, président de l’Ukraine, a tenté de provoquer une guerre avec la Russie afin de rester au pouvoir en annulant les prochaines élections.

Aujourd’hui, il tente de gagner les faveurs des États-Unis en faisant des remarques sur le décès de l’ancien président américain George H.W. Bush.

Петро Порошенко @poroshenko – 10:59 utc – 1 Dec 2018

L’ancien président américain George W. Bush est décédé. Vrai leader et homme d’État. Cet homme – une légende – sous la présidence duquel le monde a vu la fin de la guerre froide. Cet homme – une époque – qui a ensuite vu le rétablissement de l’indépendance de l’Ukraine.

Porochenko a non seulement pleuré le mauvais président Bush, il a également induit en erreur à propos de la réalité historique. Bush le père a en effet “assisté au rétablissement de l’indépendance de l’Ukraine”. Mais cela s’est produit contre son ferme avis.

Bush avait craint que le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev ne soit trop faible et qu’une dissolution de l’Union soviétique ne débouche sur un chaos total. Il s’est rendu à Moscou et à Kiev pour tenter de maintenir la cohésion de l’union des deux pays. Le 1er août 1991, quelques mois avant le référendum de décembre, au cours duquel l’Ukraine avait voté en faveur du retrait de l’Union soviétique, il s’était rendu à Kiev et avait prononcé un discours devant le parlement ukrainien.

Les phrases fondamentales :

Je viens ici pour vous dire que nous soutenons la lutte de ce grand pays pour la démocratie et la réforme économique. À Moscou, j’ai présenté notre approche. Nous soutiendrons ceux qui, au centre et dans les républiques, recherchent la liberté, la démocratie et la liberté économique. Les Américains ne soutiendront pas ceux qui cherchent l’indépendance afin de remplacer une tyrannie lointaine par un despotisme local. Ils n’aideront pas ceux qui font la promotion d’un nationalisme suicidaire fondé sur la haine ethnique.

Bush a dit aux membres de la Verkhovna Rada [Parlement ukrainien] de ne pas chercher l’indépendance, mais de rester dans une union avec la Russie et d’autres républiques soviétiques. Bush était conseillé par le réaliste Brent Scowcroft et cela se voyait. Le discours a été rédigé par Condoleeza Rice, mais Bush l’a personnellement modifié pour souligner ce point majeur : l’indépendance de l’Ukraine était dangereuse car elle conduirait au fascisme.

[Bush le savait parce qu’il avait été directeur de la CIA. La CIA a travaillé avec ou contrôlé les organisations fascistes ukrainiennes tout au long de la guerre froide. (Voir “Collaborateurs: les renseignements alliés et l’organisation des nationalistes ukrainiens”  Hitler’s Shadows – Nazi War Criminals, U.S. Intelligence and the Cold War (pdf).)]

Le chroniqueur (néo) conservateur du New York Times, William Safire, l’a qualifié de discours de “Poule mouillée de Kiev”. Safire pensait que Bush avait mal jugé la question. L’histoire a prouvé que la vision des néocons, qui infestent jusqu’à nos jours la politique étrangère américaine, est fausse et que la vision réaliste est juste.

Les habitants de la moitié orientale de l’Ukraine sont d’origine et de culture russes, tandis que la moitié occidentale est habitée par les Ruthènes de Galicie et par diverses autres nationalités. Les Galiciens s’étaient déjà montrés enclins à un “nationalisme suicidaire basé sur la haine ethnique” lorsqu’ils s’étaient alliés aux envahisseurs nazis et avaient immédiatement commencé à massacrer des Polonais, des Juifs et des Russes. L’Ukraine, qui signifie littéralement «la région des frontières», est intrinsèquement instable :

L’Ukraine occidentale n’a été rattachée à la Russie qu’à l’époque de Staline. Pendant des siècles, elle était sous le contrôle culturel, religieux et / ou politique de l’empire austro-hongrois et de la Pologne.

L’Ukraine occidentale est unifiée dans son hostilité envers les Russes, qu’ils considèrent comme des envahisseurs et des occupants. Au cours des vingt dernières années, alors que l’Ukraine tentait de se démarquer de son passé et de son idéologie soviétiques, elle a choisi le nationalisme de l’Ukraine occidentale comme alternative.

Les habitants de l’est sont fâchés que des bannières, des affiches et des graffitis pro-Bandera apparaissent dans toute l’Ukraine, et par la réécriture de l’histoire en général, où les nationalistes violents qui ont combattu aux côtés des Nazis sont traités comme des héros tandis que les Russes, qui ont souffert sous Staline pas moins que les Ukrainiens, sont dénigrés.

Tout ce qui s’est passé après l’indépendance de l’Ukraine, et particulièrement après le coup d’État inconstitutionnel de 2014, contrôlé par les États-Unis, prouve que H.W. Bush avait raison. Une Ukraine dans une Fédération de Russie beaucoup plus grande ne serait pas une poudrière et certainement beaucoup mieux lotie qu’aujourd’hui.

Le régime carrément fasciste qui est maintenant promu dans la Kiev de Porochenko, avec le soutien des néocons américains et l’aide des forces spéciales américaines, ne fera que séparer davantage le pays.

Il y a peu de choses à dire sur Bush père. C’était un criminel de guerre, tout comme d’autres présidents américains. En tant que directeur de la CIA, il a supervisé et couvert le terrorisme parrainé par l’État. En tant que président, il a attaqué l’Irak sous un faux prétexte. Il a ordonné la destruction complète du réseau électrique irakien, dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui. Il s’agissait d’un crime de guerre, toutes les infrastructures de base étant protégées par les Conventions de Genève. Il a ensuite détruit le pays avec des sanctions punitives qui ont tué un demi million d’enfants irakiens.

En plus de cela, il a engendré des fils médiocres.

Bon débarras.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/jjporochenko-a-tout-faux-papa-bush-lukraine-et-la-reecriture-de-lhistoire

 

Trump annule in fine sa rencontre avec Poutine au G20 à cause de l’Ukraine

Le président américain Donald Trump embarque dans Air Force One à la base militaire d’Andrews, près de Washington, le 29 novembre 2018 / © AFP / SAUL LOEB

Le président américain Donald Trump a finalement annulé sa rencontre avec son homologue russe Vladimir Poutine en marge du sommet du G20, qui s’ouvre vendredi à Buenos Aires, environ une heure après avoir estimé que leur entrevue se déroulerait à un « moment très opportun », sur fond d’escalade avec l’Ukraine.

« En partant du fait que les navires et les marins n’ont pas été restitués par la Russie à l’Ukraine, j’ai décidé qu’il serait mieux pour toutes les parties concernées d’annuler ma rencontre préalablement prévue en Argentine avec le président Vladimir Poutine », a tweeté M. Trump.

« J’ai hâte (de participer) de nouveau à un Sommet constructif (avec M. Poutine) dès que la situation sera résolue! », a-t-il ajouté.

Il a fait cette annonce quelques dizaines de minutes après avoir décollé en hélicoptère de la Maison Blanche pour embarquer à bord d’Air Force One, à destination de Buenos Aires.

Selon la porte-parole de l’exécutif Sarah Sanders, il a pris sa décision d’annuler cette rencontre après avoir discuté dans l’avion avec le secrétaire général de la Maison Blanche John Kelly et le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, et par téléphone avec son conseiller à la sécurité nationale John Bolton, qui se trouve actuellement au Brésil.

Juste avant de quitter la Maison Blanche, le milliardaire républicain avait estimé que le sommet du G20 représentait un « moment très opportun » pour discuter avec son homologue russe.

« Je vais probablement rencontrer le président Poutine. Nous n’avons pas annulé cette rencontre. J’y songeais mais nous ne l’avons pas fait », avait-il dit.

– Une « agression » –

Un peu plus tôt, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov avait fait savoir que Washington avait « confirmé la rencontre » bilatérale en marge du sommet du G20, précisant qu’elle était fixée à samedi « autour de midi » et « pourrait durer près d’une heure ».

M. Peskov avait énuméré les sujets qui auraient pu être abordés par les deux chefs d’Etat: « Les relations bilatérales, la sécurité stratégique, le désarmement et les conflits régionaux ».

La confrontation entre l’Ukraine et la Russie, réactivée par l’arraisonnement au large de la Crimée de trois navires militaires ukrainiens dimanche, menaçait d’avoir des répercussions sur le sommet de Buenos Aires.

« Je vais avoir un rapport complet dans l’avion sur ce qu’il s’est passé en la matière et cela déterminera ce que nous allons faire », avait relevé M. Trump jeudi avant son départ, qualifiant de « très importantes » les discussions avec M. Poutine.

Dans un entretien au Washington Post mardi, le président américain avait menacé d’annuler la rencontre avec le président russe. « Peut-être que je ne ferai pas cette entrevue », avait-il déclaré, soulignant « ne pas aimer cette agression » en Ukraine.

En revanche, a précisé Mme Sanders, M. Trump va participer à une réunion trilatérale avec les Premiers ministres japonais Shinzo Abe et indien Narendra Modi. Elle a également souligné que ces rencontres en tête à tête avec d’autres dirigeants, citant explicitement le président turc Recep Tayyip Erdogan, seraient des apartés en marge du sommet et non des bilatérales formelles.

(©AFP / (29 novembre 2018 19h33)

https://www.romandie.com/news/Trump-annule-in-fine-sa-rencontre-avec-Poutine-au-G20-a-cause-de-l-Ukraine/975374.rom

Confirmation de notre version de l’incident de Kertch

Confirmation de notre version de l’incident de Kertch

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La Russie a rendu publics trois interrogatoires des marins ukrainiens faits prisonniers lors de l’incident de Kertch, le 25 novembre 2018, et un document (photo) saisi sur un des navires.

Selon ce document et ces vidéos, l’incident avait été planifié par l’Ukraine en coopération avec des puissances étrangères. Deux officiers des services de Renseignement militaires ukrainiens se trouvaient à bord pour coordonner les opérations. Ce sont eux qui ont interdit aux marins de répondre aux messages des Russes lorsque les navires de guerre sont entrés dans les eaux territoriales russes revendiquées par l’Ukraine.

Selon notre collaborateur Valentin Vasilescu, des avions de reconnaissance électromagnétique US et israélien ont survolé la zone avant l’incident afin de détecter les défenses russes [1].

Israël, n’est pas membre de l’Otan, mais dispose d’un bureau de liaison au siège de l’Otan à Bruxelles. Durant le coup d’État de Kiev, quatre officiers et trente et un soldats israéliens participaient aux combats de la place Maïdan pour le compte du parti ex-nazi Svoboda, dans le cadre du service secret stay-behind de l’Alliance.

L’opération de Kertch semble avoir été commanditée par l’Otan en vue de créer une « menace russe » qui justifierait l’adhésion de l’Ukraine à l’Alliance. Elle a été supervisée par l’ambassadeur Kurt Volker. Celui-ci a été recruté par la CIA lors de ses études à l’université de Georgetown. Après avoir travaillé au siège de l’Agence à Langley, il a incorporé le service diplomatique et est devenu « conseiller » de Richard Hoolbroke durant les guerres de Yougoslavie. Il devint l’assistant de Victoria Nuland lorsqu’elle était ambassadrice à l’Otan et lui succéda à ce poste. Il est aujourd’hui ambassadeur à Kiev.

[1] « À qui profite l’incident du détroit de Kertch ? », par Valentin Vasilescu, Traduction Avic, Réseau Voltaire, 29 novembre 2018.

http://www.voltairenet.org/article204151.html

Ukraine – Porochenko a provoqué un conflit avec la Russie pour obtenir des pouvoirs dictatoriaux – Il a échoué

Ukraine – Porochenko a provoqué un conflit avec la Russie pour obtenir des pouvoirs dictatoriaux – Il a échoué


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 27 novembre 2018

Le président ukrainien Petro Porochenko a tenté de soutenir son taux d’approbation pour les prochaines élections en provoquant un incident militaire. C’était un pari et ça a échoué.

Trois bateaux ukrainiens, un remorqueur et deux canonnières, ont tenté de naviguer depuis la mer Noire à travers le détroit de Kertch jusqu’à la mer d’Azov. Le détroit de Kertch est une eau territoriale de la Russie depuis que la Crimée a voté pour rejoindre la Russie. Le “passage innocent” est autorisé mais nécessite le respect des lois et règlements des eaux territoriales.

Carte de profondeur – Mer d’Azov Bleu foncé – moins de 5 mètres, bleu clair – moins de 10 mètres, blanc – moins de 13,5 mètres agrandir

L’Ukraine n’accepte pas la décision du peuple de Crimée et insiste sur le fait que la péninsule fait toujours partie de son territoire. Le président ukrainien Petro Porochenko a envoyé les bateaux avec l’ordre de ne pas coordonner leur passage avec les autorités russes. Les marins capturés le confirment. Il voulait évidemment provoquer une réaction violente de la part de la Russie.

Le gouvernement de l’Ukraine a pratiquement reconnu que la mission avait une intention néfaste :

Les services de sécurité de l’État ukrainien ont déclaré que ses officiers de renseignement faisaient partie de l’équipage de navires de guerre ukrainiens saisis par la Russie lors d’une confrontation près de la Crimée.

L’agence SBU a déclaré mardi dans un communiqué que les officiers menaient des opérations de contre-espionnage pour la marine ukrainienne, en réponse à une “pression physique et psychologique” des services d’espionnage russes. Il n’en a pas dit plus, mais a exigé que la Russie arrête une telle activité.

Les services de renseignement russes du FSB ont annoncé lundi dernier qu’il y avait des officiers du SBU à bord des navires ukrainiens, qualifiant ce fait de “provocation” organisée par l’Ukraine.

Quelle est la vraie raison pour laquelle ces agents étaient à bord des canonnières ukrainiennes ?

Et pourquoi l’équipage du remorqueur était-il armé de mitrailleuses lourdes ?


Quelques marins ukrainiens ont été légèrement blessés lorsque les garde-côtes russes ont tiré sur l’un des bateaux.


Les canonnières de la classe Gurza-M ont été construites sur un chantier naval que Porochenko possédait à cette époque. Il a profité de leur commande. Ils peuvent être utiles pour la surveillance des rivières mais pas de la mer.

Les garde-côtes russes n’ont eu aucun problème pour désarmer les navires et capturer les équipages. Un tribunal de Crimée a ordonné que les marins soient détenus pendant deux mois supplémentaires, le temps de répondre aux accusations de violation de frontière.

En 1988, les États-Unis ont tenté d’organiser une acrobatie similaire dans la mer Noire. Deux navires de la marine américaine équipés de matériel d’espionnage ont pénétré dans les eaux territoriales soviétiques près de la Crimée. Ils ont été virés (vidéo) par des navires soviétiques et ont été suffisamment intelligents pour partir avant que la situation ne dégénère.

L’intention de Porochenko était de provoquer un incident lui permettant de se présenter comme président de guerre. Les élections approchent et tous les sondages le montrent inférieur à 10% et loin derrière deux autres candidats. Il a tenté d’utiliser l’incident pour introduire la loi martiale dans toute l’Ukraine.

La loi martiale donnerait à Porochenko le plein contrôle du pays. Il pourrait supprimer n’importe quel gouvernement régional ou local, mettre un terme à l’opposition politique et censurer les médias. Il serait en mesure de reporter indéfiniment les prochaines élections.

En juillet dernier, Yulia Tymoshenko, qui est en tête des sondages pour les prochaines élections, avait averti que Poroshenko prendrait cette mesure (traduction automatique) :

Le dirigeant de Batkivshchyna, Yulia Tymoshenko, affirme que l’un de ses principaux concurrents à la prochaine élection présidentielle, le chef d’État en exercice, Petro Poroshenko, aurait concu un “plan extrêmement dangereux” pour perturber le scrutin en intensifiant la guerre au Donbass et en imposant la loi martiale en Ukraine. Le politicien a fait une telle déclaration sur la chaîne de télévision UA First.
Timochenko a déclaré que Porochenko “ne veut pas” de tenir des élections présidentielles afin de “garder le pouvoir”, ….

Il a essayé de faire peur au Parlement pour qu’il accepte ses plans :

“Les données des services de renseignement parlent d’une menace extrêmement sérieuse”, a déclaré Porochenko dans un discours télévisé lundi, brandissant une pile de papier qui, a-t-il déclaré, était un rapport de renseignement détaillant les forces russes massées près de la frontière. Lors d’une session du Conseil de sécurité des Nations Unies convoquée à la demande de l’Ukraine lundi soir, le représentant du pays, Volodymyr Yelchenko, a affirmé que les ports de Marioupol et de Berdyansk situés dans la mer d’Azov étaient menacés.

C’est bien sûr un non-sens total. La Russie n’a aucun intérêt à déclencher une guerre avec l’Ukraine. Elle n’a rien à y  gagner.

Le Parlement doit voter sur l’introduction de la loi martiale et les partis d’opposition ont reconnu le tour de force de Porochenko pour ce qu’il était. Ses plans ont été rejetés. Porochenko s’est retiré avec son plan. Au lieu de la période de loi martiale renouvelable de 60 jours qu’il souhaitait, il a dû se contenter de 30 jours. Et cela ne suffisait toujours pas :

Les partis politiques rivaux – la Patrie de l’ancien Premier ministre Ioulia Timochenko, le Parti social-dépendant du maire de Lviv Andriy Sadovyi et du populiste Oleh Lyashko – ont exigé de nouvelles concessions. Ils souhaitaient une confirmation immédiate, plutôt que la simple promesse, que les élections se dérouleraient le 31 mars. Ils ont cherché à limiter la loi martiale à un certain nombre de régions plutôt qu’à l’ensemble du pays et se sont opposés à tout projet de limitation des libertés constitutionnelles des Ukrainiens. Leur crainte n’était pas seulement que la campagne soit limitée, mais que Porochenko obtienne des pouvoirs quasi dictatoriaux.

Il y aura désormais une loi martiale limitée, mais seulement dans les régions limitrophes de la Russie ou de la mer Noire. L’opposition et ses soutiens étrangers s’assureront que son utilisation ne deviendra pas incontrôlable. Il y aura un appel limité de troupes de réserve, mais la plupart des réservistes l’ignoreront probablement. Avec la date des élections fixée au 31 mars par le parlement, Porochenko ne dispose d’aucun outil juridique pour la reporter. À moins bien sûr qu’il réussisse à provoquer une vraie guerre, soit avec les rebelles qui tiennent les oblasts de Donetsk et Lougansk, soit avec la Russie elle-même. Les bellicistes fous de l’Atlantic Council l’invitent à faire exactement cela :

Même si l’Ukraine est sous-estimée, elle a des options. Elle peut entreprendre des opérations pour lever le blocus, même si elles seraient probablement infructueuses étant donné les forces envoyées par Moscou. Néanmoins, elle ne peut accepter passivement cette atteinte à sa souveraineté et à son intégrité. L’Ukraine doit envisager avec la plus grande attention une opération spéciale susceptible de perturber le pont construit par Moscou sur le détroit de Kertch, qui relie la Crimée à la Russie. Mais ce n’est pas tout. L’Ukraine devrait inviter les États-Unis et l’OTAN à envoyer une flotte de navires armés pour se rendre à Marioupol, la principale ville de la côte de la mer d’Azov, et défier la Russie de tirer ou d’empêcher l’OTAN d’exercer son droit de visite dans les ports ukrainiens. Ces navires devraient être armés et munis d’une couverture aérienne, mais avoir pour instruction de ne pas tirer s’ils ne sont pas agressés.

Même Porochenko n’est pas assez bête pour répéter sa provocation manquée dans le détroit de Kertch. Le pont de Kertch est gardé. Ses piliers sont énormes car il a été construit près d’une faille, il est capable de résister aux tremblements de terre. Une unité de sabotage devrait apporter plusieurs tonnes d’explosifs puissants pour en endommager un. Pour atteindre Marioupol dans la mer d’Azov, les navires doivent traverser le détroit de Kertch. Le passage est un canal artificiel très étroit avec seulement 8 mètres de profondeur. Hors du canal tout navire dont le tirant d’eau est supérieur à 2-3 mètres n’a aucune marge de manœuvre pour naviguer. La Russie n’a même pas besoin de bateaux ni d’avions pour la protéger. Quelques canons le long de la côte peuvent facilement contrôler le passage. Aucun commandant de marine sensé ne tentera de passer le détroit par la force.

La Russie a  déjà prévenu, mettant en garde contre toute nouvelle manœuvre “téméraire” et déployant un système de missiles anti-navires  dans le détroit de Kertch afin de s’assurer que toute nouvelle provocation aurait des conséquences mortelles.

Poroshenko pourrait commencer une provocation ailleurs. Il pourrait tenter de reconquérir l’aéroport de Donetzk. Mais si ça le démange de perdre encore plus de combats, une guerre à part entière est hors de question. L’armée de Kiev a le moral bas et serait vaincue en quelques jours.

Le règne de Porochenko est catastrophique pour l’Ukraine. Dans plusieurs villes, le chauffage central et l’alimentation en eau chaude sont interrompus. Dix mille personnes devront geler au cours de l’hiver, certaines jusqu’à la mort. Depuis l’arrivée au pouvoir de Porochenko, des millions de travailleurs ukrainiens compétents ont fui ou sont allés travailler à l’étranger, pour la plupart en Russie. Les régions les plus industrialisées sont fermement entre les mains des rebelles. La majorité de la population est pauvre, la bureaucratie totalement corrompue et le pays au bord de la faillite.

Des dizaines d’affaires de corruption seront probablement engagées contre Porochenko lui-même dès qu’il perdra le pouvoir. S’il est intelligent, il quittera l’Ukraine le jour même de la fin de son mandat. Les réactions internationales ont montré que Porochenko n’avait plus aucune valeur. Alors que les pays russophobes, Pologne et Pays baltes, ont appelé à davantage de sanctions contre la Russie, les poids lourds européens, l’Allemagne et la France, ont appelé à une désescalade et à des négociations directes entre la Russie et l’Ukraine. (Merkel lui dit fermement de se retirer.) La réaction américaine a été tardive et faible. Trump a renvoyé le problème aux Européens.

Pedro Porochenko quittera la scène politique en homme méprisé. Mais il sera également beaucoup plus riche après avoir dépouillé l’État ukrainien partout où il le pouvait. Les Ukrainiens devraient récupérer leur argent avant de le renvoyer à l’étranger.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/ukraine-porochenko-a-provoque-un-conflit-avec-la-russie-pour-obtenir-des-pouvoirs-dictatoriaux-il-a-echoue

 

 

La Russie empêche la marine ukrainienne de militariser la mer d’Azov

La Russie empêche la marine ukrainienne de militariser la mer d’Azov


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 25 novembre 2018

Le gouvernement ukrainien, dirigé par l’oligarque Petro Porochenko, est en pleine campagne électorale. C’est une des raisons pour lesquelles il lance de nouvelles provocations contre la Russie. Hier, les forces ukrainiennes ont occupé une ville située dans la zone neutre entre la partie contrôlée par le gouvernement et la zone de Donetsk tenue par les rebelles. [Des quartiers résidentiels de Donetsk viennent aussi d’être bombardés par l’armée ukrainienne, NdT].

Aujourd’hui, la marine ukrainienne a envoyé un remorqueur et deux petits canonniers, des Gurza M de fabrication ukrainienne, pour traverser le détroit de Kertch et rejoindre la mer d’Azov. Lorsque les navires sont entrés dans les eaux russes sans annoncer leur intention, un navire de la garde côtière russe a percuté (vidéo) et endommagé le remorqueur. Les deux navires militaires se sont échappés sans pouvoir franchir le détroit. Les photos montrent la mêlée en mer.

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Avec le retour de la Crimée entre les mains des Russes, le détroit de Kertch fait partie du territoire russe. Le Traité sur le statut juridique de la mer d’Azov et du détroit de Kertch, signé en 2003 par la Russie et l’Ukraine, prévoit que l’entrée de navires militaires en mer d’Azov n’est autorisée que par consentement mutuel. L’Ukraine est en train de contester le traité devant un tribunal. (Pour une analyse juridique de l’affaire, voir 1, 2, 3.)

Le gouvernement ukrainien, poussé par les États-Unis, veut établir un nouveau port militaire dans la mer d’Azov. Deux des navires de sa marine, un navire de sauvetage et un remorqueur, sont passés par le détroit, le 23 septembre. En octobre, le gouvernement russe a averti qu’il ne permettrait plus la militarisation de la mer d’Azov. Certains faucons américains veulent pourtant que les navires de l’OTAN y entrent. Cette mer a une profondeur maximale de 7 mètres. Les frégates américaines typiques ont un tirant d’eau de plus de 10 mètres. Quel navire de l’OTAN ou des États-Unis pourrait donc s’y rendre ? Comme la Russie contrôle fermement le seul point d’entrée dans la mer et peut facilement attaquer depuis la terre n’importe quel navire y naviguant, l’idée est incroyablement stupide.

Le détroit de Kertch est maintenant bloqué par un grand cargo que les Russes ont ancré sous le nouveau pont de Kertch.

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Le passage est fermé et un certain nombre de navires sont regroupés des deux côtés.

Image du trafic à 15:45 utc via MarineTraffic – Agrandir

La provocation ukrainienne pourrait bien avoir pour but de gêner la rencontre entre le président Trump et Poutine, prévue pour le 30 novembre lors du sommet du G20 en Argentine. Les ukrainiens devraient pourtant se montrer plus prudents. Il est fort possible que la Russie bloque le trafic commercial vers le port ukrainien de Marioupol en réponse à tout nouvel incident. Le grand perdant de cette provocation inutile serait encore l’Ukraine.

Mise à jour du 26 novembre 2018.

Les garde-côtes russes ont finalement arrêté les trois navires ukrainiens et leurs équipages pendant qu’ils se trouvaient dans les eaux russes. Ils avaient de nouveau tenté de passer illégalement de la mer Noire à la mer d’Azov en franchissant le détroit de Kertch. La partie ukrainienne affirme que deux de ses marins ont été blessés.

Depuis que la Crimée a voté pour redevenir russe, le détroit de Kertch est une eau territoriale russe. Les navires peuvent franchir le détroit mais sont tenus de prendre un pilote et de se soumettre à des inspections si la garde côtière russe l’exige. La partie ukrainienne comprend qu’il s’agit de mesures juridiques. Elle l’a admis dans un reportage publié en août par la radio américaine RFL/RE :

[La Garde maritime ukrainienne, par l’intermédiaire de son porte-parole,] Poliakov a déclaré que bien que les actions de la Russie soient ” provocatrices “, en raison de l’accord controversé de 2003 sur la coopération et l’utilisation partagée de la mer d’Azov et du détroit de Kertch, ” Tout ce que fait la Russie ici est techniquement légal “.

Les trois navires ukrainiens ont tenté de traverser les eaux russes sans en informer les autorités russes et sans engager de pilotes. Depuis que la Russie a construit le pont de Kertch, d’une valeur de 3,7 milliards de dollars, qui relie la Crimée à la Russie, les commentateurs américains et les politiciens ukrainiens menacent régulièrement de faire sauter ce pont :

“Le pont Kertch est une infrastructure ennemie. Il relie un territoire occupé au continent du pays agresseur, c’est pourquoi il s’agit d’une infrastructure ennemie”, a déclaré M. Mosiychuk à l’antenne de canal 112 en Ukraine.

Selon lui, “tout pays normal” en état de guerre s’efforce de détruire les infrastructures ennemies. Répondant à la question de savoir s’il détruirait personnellement le pont, il a dit qu’il le ferait s’il était ministre de la Défense.

Il est donc compréhensible que les Russes fassent preuve de prudence concernant tout trafic à proximité.

Suite à l’incident d’hier, le président ukrainien, Pedro Porochenko, a proposé de déclarer la loi martiale. Le Parlement devra se prononcer à ce sujet. C’est une mesure très commode pour Poroshenko, car elle lui permettra de reporter la date des élections générales de mars 2019. Porochenko traîne dans les sondages à environ 8% des votes.

La Russie a demandé qu’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU se tienne aujourd’hui à 11h00. Le passage du détroit de Kertch est de nouveau ouvert aux navires civils.

Les habituels russophobes des milieux politiques “occidentaux” profitent de l’incident pour exiger davantage de mesures à l’encontre de la Russie. Le groupe de pression de l’industrie de l’armement, l’Atlantic Council , dirige la manœuvre :

Anders Åslund, un haut responsable résident du Centre eurasien de l’Atlantic Council, a déclaré : “L’OTAN et les États-Unis devraient envoyer des navires de guerre dans la mer d’Azov pour garantir qu’elle reste ouverte à la navigation internationale.”

Une telle action, dit Åslund, “serait pleinement conforme à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982 et à la Convention de Montreux de 1936 concernant le régime du détroit”.

Anders Aslund fait partie du “groupe local américano-canadien” dans l’opération secrète d’influence du Foreign Office britannique décrite ici il y a deux jours. Il est manifestement incapable de lire une carte marine ou une convention de l’ONU. La tentative ukrainienne de traverser le détroit de Kertch sans le consentement de la Russie constitue une violation des articles 7, 19 et 21 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (pdf) :

Article 7 : “Sous réserve des dispositions de la présente Convention, les navires de tous les États, qu’ils soient côtiers ou enclavés, jouissent du droit de passage innocent dans la mer territoriale”.

Article 19-1 : ” Le droit de passage est dit innocent tant qu’il ne porte pas atteinte à la paix, au bon ordre ou à la sécurité de l’État côtier. Ce passage se fera conformément à la présente convention et aux autres règles du droit international.”

Article 21-4 : “Les navires étrangers qui exercent un droit de passage innocent dans une mer territoriale doivent se conformer à toutes les lois et réglementations [de l’État côtier] et à toutes les réglementations internationales généralement acceptées relatives à la prévention des abordages en mer.

Il y aura à nouveau beaucoup de bruit dans les médias au sujet des ” méchants Russes “ et des nouvelles demandes de sanctions encore plus inutiles. Mais l’affaire est claire. C’est la marine ukrainienne qui a volontairement tenté de passer de la mer Noire à la mer d’Azov en franchissant les eaux territoriales russes sans tenir compte des lois et règlements de l’État côtier. La Russie avait tout à fait le droit d’en empêcher le passage et de saisir les bateaux ukrainiens.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-russie-empeche-la-marine-ukrainienne-de-militariser-la-mer-dazov

 

La marine ukrainienne viole l’espace maritime russe

La marine ukrainienne viole l’espace maritime russe

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La marine de guerre ukrainienne a délibérément violé l’espace maritime russe en Crimée, le 25 novembre 2018.

Considérant l’entrée des vedettes blindées d’artillerie Berdyansk et Nikopol et du remorqueur Yani-Kapou dans ses eaux territoriales comme un acte hostile, la Russie les a arraisonnées. Le conseil de Sécurité et de Défense ukrainien a proposé au président Petro Porochenko d’introduire la loi martiale « pour 60 jours ». Le conseil de Sécurité des Nations unies devrait se réunir en urgence à la demande des deux parties.

L’Ukraine ne reconnaît pas le rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie à la suite du référendum d’autodétermination de 2014. Par conséquent, elle considère que le territoire terrestre et maritime de la Crimée est le sien. Depuis l’ouverture du pont russe entre les deux rives du détroit de Kertch, la marine ukrainienne militarise la mer d’Azov, y transférant ce qui lui reste de marine nationale.

La Russie ne reconnaît pas le coup d’État perpétré à Kiev avec l’aide des États-Unis au profit de groupes nazis. Considérant que les putschistes ont pris diverses mesures contre la minorité russe d’Ukraine, dont la suppression du statut de la langue russe, la Fédération de Russie a accepté le référendum d’autodétermination de la Crimée et l’a accueillie en son sein. Elle ne s’est par contre pas prononcée sur le statut de la région séparatiste du Donbass qui a également demandé son rattachement à la Fédération et où les combats se poursuivent.

Se heurtant au blocus de la presqu’île de Crimée par l’Ukraine, Moscou a construit un pont entre les deux rives du détroit de Kertch. Face à la militarisation ukrainienne de la mer d’Azov, le FSB a institué une procédure de fouille des navires marchands, aussi bien ukrainiens que russes, entrant et sortant du canal de Kertch-Enikal. Ces fouilles, en général de 3 heures, ont parfois duré jusqu’à 36 heures, provoquant des désordres dans les ports ukrainiens de Berdyansk et de Marioupol et dans les ports russes.

Le 21 novembre, la Russie avait émis un communiqué mettant en garde contre la militarisation de la mer d’Azov [1].

Porochenko fait de l’Église orthodoxe russe une «Église d’État» et tombe dans un piège

Porochenko fait de l’Église orthodoxe russe une «Église d’État» et tombe dans un piège

Porochenko fait de l’Église orthodoxe russe une «Église d’État» et tombe dans un piège

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Piotr Porochenko a exigé des représentants de l’Église orthodoxe russe, dont il fait une Église d’État, qu’ils quittent le territoire ukrainien. Le Patriarcat de Moscou n’a pas tardé à réagir à cette déclaration en rappelant qu’il y avait en Ukraine une Eglise canonique orthodoxe ukrainienne qui jouissait du soutien de la majorité de la population.

Utilisant l’adjectif «russe» dans sa forme qui qualifie l’État (rossiïsky) et non le groupe ethnique (russky), le Président ukrainien a enjoint les représentants de l’Église orthodoxe russe* de quitter le territoire de son pays précisant qu’ils n’avaient «rien à y faire». L’emploi d’un adjectif pour un autre n’a pas échappé à l’attention du Patriarcat de Moscou qui a immédiatement réagi à l’appel de Piotr Porochenko dans un entretien accordé à Sputnik.

«Est-il normal que le Conseil de sécurité de Russie sous la présidence de Poutine se réunisse en urgence au Kremlin avec la question à son agenda de savoir comment défendre l’Église orthodoxe russe* en Ukraine», a-t-il notamment annoncé en ajoutant que les représentants du Patriarcat n’ont «rien à faire» dans son pays et qu’ils doivent rentrer «chez eux, en Russie».

Le Patriarcat de Moscou a commenté pour Sputnik cette déclaration du Président ukrainien.

«En Ukraine, il n’y a aucun représentant de l’Église orthodoxe russe*. Bien plus, selon des diptyques appliqués dans le monde orthodoxe, cette organisation n’existe pas. L’Eglise orthodoxe ukrainienne ne représente que le peuple ukrainien, qui, dans sa grande majorité, la soutient, elle et ses représentants», a souligné l’interlocuteur de Sputnik.

*Adjectif qui qualifie l’Etat et pas le groupe ethnique

https://fr.sputniknews.com/societe/201811071038806985-declaration-porochenko-eglise-orthodoxe-russe/