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Des infos sur l’accident de l’avion ukrainien près de Téhéra

Des infos sur l’accident de l’avion ukrainien près de Téhéran


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama − Le 10 janvier 2020

Reuters se pose la question : « Qui allez-vous croire, moi ou vos yeux menteurs ? »

L’agence de presse (pas) digne de confiance a tweeté ça hier :

SA plane crash
Un avion militaire sud-africain s’est écrasé au Congo, aucun signe de dommages importants.  Agrandir

L’avion sud-africain qui s’est écrasé est de toute évidence totalement ruiné, mais Reuters affirme pourtant qu’il n’y a « aucun signe de dommages importants ».

Reuters est une agence britannique et les Britanniques ont un humour particulier : « Ce n’est qu’une égratignure » et « Juste une blessure superficielle », dit le chevalier noir (vidéo).

Le tweet de Reuters n’était pas une erreur. L’info publié sur le site de Reuters (capture d’écran) porte la même image et le même titre.

Le texte sous l’image dit :

Des travailleurs congolais de l'aviation se tiennent à côté de l'épave d'un avion militaire sud-africain C-130 Hercules qui s'est écrasé à l'aéroport de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo 

9 janvier 2020 REUTERS/Djaffer Al Katanty

Le texte de l’article dit :

GOMA, République démocratique du Congo (Reuters) - Un avion militaire sud-africain s'est écrasé jeudi à l'aéroport de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, a déclaré un porte-parole de l'ONU.

Des vidéos sur les médias sociaux ont montré de la fumée s'élevant de l'avion mais deux sources à l'aéroport, s'exprimant sous couvert d'anonymat, ont déclaré qu'il ne semblait pas que l’avion ait subi des dégâts majeurs.

 Reportage de Fiston Mahamba et Hereward Holland ; Rédaction d'Aaron Ross ; Révisé par John Stonestreet

Au moins cinq employés de Reuters ont contribué à l’histoire. L’affirmation des deux sources qu’il cite est évidemment fausse. Elle fait quand même partie de l’histoire et même du gros titre. Vingt-quatre heures plus tard, même après qu’elle ait été tournée en dérision sur Twitter, l’histoire est toujours en ligne.

Considérez ce qui précède lorsque vous lisez des rapports dans lesquels des fonctionnaires anonymes affirment que l’Iran a abattu le vol ukrainien PS 752 au-dessus de Téhéran.

Cela pourrait être le cas. Mais ce n’est qu’une explication possible de l’accident. L’accident peut avoir été causé par des problèmes techniques ou autres. Les rumeurs et les affirmations d’un fonctionnaire anonyme ne sont pas des preuves. Pas plus que les vidéos de provenance inconnue. Les États-Unis mènent une guerre économique contre l’Iran et ils ont la volonté et les moyens de fabriquer de telles allégations. Nous ne saurons avec certitude ce qui s’est passé que lorsque les vraies indices auront fait l’objet d’une enquête par les autorités désignées.

Certains des commentaires à l’article d’hier sur l’accident étaient en désaccord avec mon avertissement disant que les preuves présumées d’un tir de missile sont encore insuffisantes et que d’autres causes sont très bien possibles. Ils devraient tenir compte de l’avertissement fait par la hiérarchie de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) :

L'OACI est en contact avec les États concernés et les aidera si on le lui demande. Ses dirigeants soulignent qu'il importe d'éviter les spéculations sur la cause de la tragédie et d’attendre les résultats de l'enquête, conformément à l'annexe 13 de la Convention relative à l'aviation civile internationale (Convention de Chicago).

L’avertissement a été réitéré hier :

L'OACI continue de demander que l'on réduise les spéculations sur les causes possibles de l'accident jusqu'à ce que l'enquête de l'Annexe 13 puisse être conclue et que ses résultats officiels soient confirmés.

Entre-temps, les corps ont été retirés du site de l’accident et les débris ont été recueillis et triés par type.

Ce matin, le chef de l’Administration de l’aviation civile iranienne a donné une conférence de presse (vidéo) basée sur ce que les responsables savent actuellement. Mon impression est qu’il est une personne sérieuse et raisonnable. La traduction d’Aljazeerah en direct et en anglais n’était pas bonne. Aucune des questions n’a été traduite mais certains points des officiels étaient compréhensibles :

  • Pour autant que l’on sache, l’avion n’a pas été touché par un missile.
  • Le jugement doit être retenu jusqu’à ce que toutes les informations techniques soient disponibles.
  • Après le décollage, le pilote a contacté la tour de contrôle de l’aéroport pour obtenir la permission de monter à 26 000 pieds. La permission a été accordée.
  • Deux minutes plus tard, un incendie s’est déclaré dans l’avion.
  • Il n’y a pas eu de communication après cela, mais les pilotes étaient peut-être trop occupés. L’enregistreur vocal du cockpit donnera plus de réponses.
  • Douze groupes ont été formés pour enquêter sur l’accident et sur le lieu de l’accident.
  • Les responsables américains ont affirmé avoir des documents ou d’autres preuves qui montrent un incident de missile. S’ils en ont, ils sont tenus de les présenter à l’enquête.
  • La vidéo montre que l’avion en feu a volé pendant 60 à 70 secondes. Si l’avion avait été touché par un missile, il aurait immédiatement chuté et il y aurait eu un très grand champ de débris comme cela s’est produit avec le vol MH17 en Ukraine.
  • Tous les pays touchés par l’accident peuvent nommer une personne de liaison ou participer à l’enquête.

Suit une explication du départ retardé de l’avion :

  • L’avion est arrivé la nuit précédant le vol.
  • Les deux pilotes se sont rendus à l’hôtel pour se reposer, mais seulement pendant trois heures.
  • Les passagers étaient pour la plupart des vacanciers qui avaient beaucoup de bagages.
  • Le processus d’embarquement a pris beaucoup de temps.
  • Les conditions météorologiques à ce moment-là n’étaient pas non plus adéquates.
  • Le pilote a demandé un supplément de carburant.
  • Le nombre de passagers, les bagages et le carburant supplémentaire dépassaient la capacité de l’avion.
  • Le pilote a ordonné à l’équipe au sol de décharger quelques bagages.
  • Tout ceci était un processus normal qui peut se produire sur n’importe quel vol.

On dit que l’enquête pourrait s’étendre sur une longue période, même plus longue que l’habituelle année. Selon leur état, l’extraction des données des boîtes noires peut également prendre un mois ou deux. La conférence de presse se termine par une demande de calme et de soutien à l’enquête.

Des images des boîtes noires non ouvertes ont été diffusées sur Iran TV. Elles semblent avoir des dommages extérieurs mineurs mais je suis sûr que la mémoire permanente à l’intérieur est intacte.

Des enquêteurs et des observateurs de plusieurs pays et de Boeing ont rejoint leurs collègues iraniens et aideront à trouver les causes de l’accident.

Les enquêteurs ukrainiens sont arrivés et se sont rendus sur le lieu de l’accident. Des responsables ukrainiens anonymes se plaignent (ukr) que les Iraniens ont « explosé » les débris :

"Les débris sont ramassés par des bulldozers. L'Iran est-il intéressé par une enquête de qualité ?" - source dans la commission interministérielle de l'Ukraine.

Les Iraniens ont utilisé un chargeur frontal à roues pour aider à ramasser les parties lourdes des débris. Ce n’est pas vraiment un bulldozer.


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Les Ukrainien se plaignent également que le processus de collecte est trop rapide et peut endommager certaines pièces. Eh bien, l’avion s’est écrasé et il y a eu une grosse explosion de carburant. Il n’y aura presque pas de pièces non endommagées.

Le site du crash du MAX éthiopien qui s’est abattu l’année dernière avait également été nettoyé en trois jours. Il est peu probable que le fait de trier les pièces en gros tas (structure, moteurs, électronique) avant de les emporter pour les stocker et les analyser cause des dommages supplémentaires. En Ukraine, on peut encore trouver des pièces du vol MH17 à l’endroit même où l’avion s’est écrasé.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/des-infos-sur-laccident-de-lavion-ukrainien-pres-de-teheran

Nord Stream 2.0 – Donbass 4.0 – Idlib 6.0

Nord Stream 2.0 – Donbass 4.0 – Idlib 6.0

19 Décembre 2019

Ça bouge sur plusieurs cases de l’échiquier du Grand jeu et, comme souvent, la Russie est au cœur des événements.

Les sanctions de dernière minute décidées par le Congrès US contre le Nord Stream II sont la dernière pierre d’une politique qui vient de très loin. En juin 2017, nous rapportions :

Si quelqu’un doutait encore que les Américains tentèrent, tentent et tenteront de torpiller l’intégration de l’Eurasie et d’isoler énergétiquement la Russie, une membre du comité des Affaires étrangères du Congrès a rappelé fin mai les fondamentaux de la politique étrangère de son pays :

Les Etats-Unis devraient agir contre le projet russe de gazoduc afin de soutenir la sécurité énergétique de l’Union européenne [défense de rire ; qui eut cru que la novlangue pouvait être amusante ?] L’administration Obama et l’UE ont travaillé contre le Nord Stream II (…) L’administration Obama a fait de la sécurité énergétique européenne une question de haute priorité de la politique étrangère américaine. L’administration Trump serait bien avisée de continuer sur cette voie.

Las. Ces sanctions visant les compagnies qui aident à la pose du tube viennent beaucoup trop tard et, comme l’admet crûment Bloomberg, les Etats-Unis concèdent la défaite sur le Nord Stream II.

Dans sa conférence marathon annuelle, Poutine a eu des mots intéressants sur l’Ukraine, ménageant intelligemment la chèvre et le chou. Il a ouvert la porte à une poursuite du transit gazier (réduit) par le territoire de son voisin, désamorçant les dernières réticences européennes alors que le tube baltique entre dans la dernière ligne droite. En évoquant un prix raisonnable, il offre aussi un biscuit à Zelensky alors que les relations bilatérales se réchauffent tout doucement.

Dans le même temps, il a toutefois balayé d’un revers de main tout changement des accords de Minsk et insisté sur un statut spécial du Donbass. Pour Moscou, un conflit gelé et/ou un Donbass autonome au sein d’une Ukraine fédérale tuera dans l’œuf la marche de Kiev vers l’euro-atlantisme. Comme nous l’avons expliqué à de nombreuses reprises, c’est l’objectif premier du Kremlin depuis 2014 et c’est devenu la hantise des think tanks impériaux.

En Syrie, l’interminable feuilleton de la reprise d’Idlib entame une nouvelle saison. Après des bombardements non-stop de l’aviation syro-russe (140 en trois jours) sur les défenses barbues, l’armée syrienne a bougé et commencé l’offensive. A la pointe du combat, les fameuses Tiger Forces bien connues de nos lecteurs et désormais renommées 25ème Division des forces spéciales. Les premiers gains territoriaux n’ont pas tardé…

Assiste-t-on à une campagne générale contre Idlib ? Pas si vite… Il semble que, dans un premier temps, l’objectif soit l’autoroute M5 et la ville de Ma’arat al Numan. Nous avions expliqué son importance il y a quelques mois, après la reconquête de Khan Cheikhoun :

Hama est maintenant définitivement sécurisée tandis que le moral des rebelles modérément modérés en a pris un (très) sérieux coup. Il se murmure d’ailleurs que Jaysh al-Izza, groupe qui avait bénéficié pendant longtemps des largesses de la CIA en missiles anti-tanks TOW, est en voie de dissolution après avoir perdu un nombre considérable de combattants et la plupart de son matériel de guerre.

Surtout, la reconquête de Khan Cheikhoun pourrait ouvrir la voie à une offensive plus générale et la réduction d’un autre saillant, plus vaste, centré sur Ma’arat al Numan :

Que cette protubérance soit liquidée et c’est Idlib elle-même, capitale djihadiste entre toutes, qui serait directement sous les feux de l’actualité et, plus prosaïquement, des tirs loyalistes.

Relation de cause à effet ? Des rumeurs font état d’un possible et énième false flag chimique en préparation tandis que le public new yorkais de Times Square est soumis à une propagande aussi ahurissante qu’imbécile (voir cette vidéo). En cas de provocation chimique des modérément modérés, la réaction de la MSN occidentale sera intéressante alors que la manipulation de Douma sort au grand jour…Tag(s) :

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/12/nord-stream-2.0-donbass-4.0-idlib-6.0.html

 #Russie#Gaz#Ukraine#Moyen-Orient

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/12/nord-stream-2.0-donbass-4.0-idlib-6.0.html

Confirmations

Confirmations

12 Décembre 2019

Ces derniers jours ont apporté leur lot de nouvelles intéressantes, dont plusieurs confirment ce que nous disons ici, parfois depuis longtemps et pas toujours en accord avec la doxa alternative qui, dans sa lutte contre le système impérial, a tendance à idéaliser tous ceux qui s’y opposent. Ce blog, lui, s’est toujours efforcé de faire la part des choses et de rapporter les faits tels qu’ils sont pour une meilleure compréhension des événements. Si l’empire américain et ses filiales s’y font régulièrement esquinter, ce n’est jamais aux dépens de la vérité. Petit florilège de nouvelles qui apportent de l’eau au moulin des Chroniques

Ce que nous écrivions le 12 novembre a pu causer une certaine gêne :

A peine notre dernier billet sur le recul impérial en Amérique latine était-il publié que la Bolivie était le théâtre d’un coup d’Etat qui fleure bon la CIA. Les ressemblances avec le Maïdan ukrainien sont d’ailleurs assez frappantes : un président quelque peu naïf, une opposition violente, liée à Washington, des pontes de la police et de l’armée qui trahissent leur gouvernement et retournent leur veste, une chasse aux sorcières qui débute…

Un coup d’Etat, donc ? Oui mais… Ce blog se doit avant tout d’être objectif et il faut reconnaître que l’ami Evo n’est pas non plus blanc comme neige. Personne n’a bien compris pourquoi le comptage des voix a soudain été arrêté pour finalement désigner Morales gagnant alors qu’il n’était qu’en ballotage favorable. Certaines vidéos montrent que ses partisans n’avaient rien à envier non plus à l’opposition sur le plan de la violence. Plus généralement, on peut difficilement contester que la Bolivie, y compris parmi sa propre base électorale, était lasse d’un président qui s’accrochait de plus en plus au pouvoir.

C’est lui-même qui, en 2009, avait inscrit dans la Constitution la limitation à deux mandats présidentiels. Pourtant, il se présentait là pour la quatrième fois ! Il avait déjà fait un tour de passe-passe en obtenant de la justice que son premier mandat (2006-2010) ne soit pas pris en compte. Puis, en 2016, il a perdu le référendum l’autorisant à se représenter mais une nouvelle et commode décision de justice a purement et simplement annulé le résultat du vote ! Dans un remake digne de l’euronouillerie, le tribunal a considéré que briguer une fonction est un droit de l’homme supérieur à la Constitution ou au résultat d’un référendum. Bref, vous l’aurez compris, Evo a quand même donné le bâton pour se faire battre…

Géopolitiquement, qu’est-ce que ça nous donne ? Pas grand chose à vrai dire. La Bolivie de Morales était une voix anti-impérialiste assumée mais, petit pays, elle n’a jamais beaucoup pesé sur la scène internationale. Comme nous le disions il y a trois jours, la perte de l’Argentine et la tangente prise par le Brésil, les deux poids-lourds du continent, sont autrement plus dramatiques pour Washington que le gain éventuel, somme toute modeste, de la Bolivie. Chose très intéressante, le Brésil a ouvert son espace aérien à l’avion d’Evo qui rejoignait l’exil mexicain. De quoi s’interroger, du côté de DC la Folle, sur les véritables intentions de Bolsonaro qui a d’ailleurs eu des paroles inhabituellement modérées  concernant les événements boliviens.

Quoi ? Rendre l’immaculé Evo Morales partiellement responsable de la situation ? Ne pas se lâcher en imprécations contre Bolsonaro mais, au contraire, lui reconnaître une évolution intéressante ? Vous n’y penser pas, voyons, cachez ce billet que je ne saurais voir. Et de fait, certains sites qui ont l’habitude de republier nos articles se sont curieusement abstenus cette fois-ci. Et pourtant…PUBLICITÉ

Une très intéressante interview a été accordée par Andrónico Rodriguez, leader cocalero et héritier présomptif d’Evo.

S’il ne se gêne pas pour appeler un chat, un chat (et un putsch, un putsch), il n’est pas tendre non plus envers le Movimiento Al Socialismo, son propre parti. Selon lui, une autocritique est absolument nécessaire car le MAS a perdu les masses (jeu de mot non voulu) : népotisme, copinage, conformisme, éloignement de la base… Et encore ne mentionne-t-il pas, ou seulement en filigrane, le non respect du référendum de 2016 et le viol flagrant de la Constitution par Evo.

Si la semi-junte qui a pris temporairement le pouvoir ne fait certes rien pour se faire aimer, les élections sont toujours programmées et personne n’a parlé d’une interdiction du MAS. Avec un candidat responsable tel l’ami Andrónico (quel nom !), le parti du président déchu peut parfaitement gagner le suffrage et refermer la page de ce vrai-faux coup d’Etat.

Toujours est-il que Morales a quitté le Mexique pour s’installer en Argentine afin de mieux coordonner la stratégie de son mouvement et peut-être même plus si l’on considère que les deux pays ont une frontière commune…

L’arrivée d’Evo dans la pampa a été permise par l’élection d’Alberto Fernández le mois dernier :

(…) le grand voisin argentin pourrait à nouveau être de la partie. Nous l’expliquions en août :

En Argentine, le président Mauricio Macri, gentil toutou des USA, vient de se prendre une volée aux élections primaires, répétition générale de l’élection présidentielle du mois d’octobre. Pour Washington, c’est une bien mauvaise nouvelle, d’autant que le grand vainqueur est le parti de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, elle aussi bien connue des lecteurs. Nous en parlions entre autres dans un billet consacré à l’établissement d’une base radar chinoise dans la pampa :

L’accord sino-argentin avait été signé en 2015, du temps de Cristina Kirchner, égérie de la multipolarité. Ironie du sort, l’objet de l’accord se réalise sous son successeur et adversaire, pion de l’empire comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Macri, dans la plus pure tradition des leaders latino-américains dévoyés, est l’homme de paille des Etats-Unis en Argentine, permettant l’installation de deux bases US dans son pays, plaçant sa fortune chez son maître, s’attirant les louanges de son suzerain.

… et acceptant avec gloutonnerie tout accord avec le FMI visant à esclavagiser un peu plus son pays. Sans surprise, la Cristina, maintenant sénatrice, s’y oppose résolument et préfère les prêts de la banque des BRICS ou de la Chine. D’où la base radar, facilité donnée au dragon contre des espèces sonnantes et trébuchantes à un moment où l’Argentine était étranglée financièrement. Le combat continue entre la pasionaria et le vassal. Macri est largement devancé par C.K dans les projections du premier tour (39%-30%). Quel que soit le résultat, la base chinoise est là pour rester, l’accord ayant été signé pour 50 ans.

C’était l’année dernière et les sondages étaient en deçà de la réalité. Si Cristina ne s’est pas présentée elle-même, son parti a gagné par 47% contre 32%. Un retour du clan Kirchner à la Casa Rosada apporterait à coup sûr un regain d’activité au processus de multipolarité en Amérique du Sud, un temps mis à mal par la destitution de Dilma au Brésil et l’élection de Macri. On se rappelle que l’Argentine de Cristina, bien que ne faisant pas officiellement partie des BRICS, y faisait souvent figure de membre associé, ce qui sera sans doute à nouveau le cas dans deux petits mois…

Bingo. Le 27 octobre, Alberto Fernández, protégé de Cristina, a gagné dès le premier tour, renvoyant Macri à ses chères études. Si sa prise de fonction se fera en décembre, les stratèges américains commencent déjà à se ronger les ongles. Dans un geste ô combien symbolique, Fernández a accordé sa première interview internationale à Correa, l’ancien président équatorien et bête noire de l’imperium US, sur la chaîne russe RT.

Intronisé le 10 décembre à la plus grande joie de ses supporters, le nouveau président a eu pour premier geste d’accorder l’asile politique à Evo. Un geste fort à destination de Washington…

Quant à Bolsonaro, il prend chaque semaine ou presque la tangente vis-à-vis d’une administration Trump auparavant idolâtrée et qui n’a cessé de le décevoir. Les récentes promesses de la Maison Blanche d’imposer des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium ne sont que le dernier chapitre d’une longue liste de couleuvres à avaler pour le Brésil, dont le président lorgne de plus en plus vers Pékin. D’une sinophobie toute donaldienne à ses débuts, il en vient aujourd’hui à déclarer que les deux pays « sont nés pour marcher côte à côte ».

Ce lent retournement de Bolsonaro va sans doute en indisposer certains qui, empreints d’un manichéisme surrané, préfèreraient rejeter définitivement le trublion dans le camp impérial, mais il était en réalité dans les tuyaux depuis un certain temps. Ca ne veut pas dire que le sieur Jair ait définitivement embrassé la cause de la multipolarité ni qu’il ne retombera pas, à l’occasion, dans ses travers américanolâtres, mais cela montre simplement que le monde est un peu plus compliqué qu’un film hollywoodien en noir et blanc…

A 10 000 kilomètres de là, l’Ukraine est revenue sous les feux de l’actualité. La première rencontre entre Poutine et Zelinsky, à Paris pour les discussions dites du « format Normandie », a envoyé des ondes de choc dans le Deep State. Aucune avancée spectaculaire bien sûr, c’est impossible en l’état actuel des choses, mais l’important est ailleurs. Le gel du conflit du Donbass inquiète les officines de l’empire qui commencent à évoquer l’idée d’abandonner purement et simplement l’Est de l’Ukraine afin que le reste du pays prenne résolument le chemin de l’euro-atlantisme.

Tiens tiens, mais n’est-ce pas exactement ce que nous expliquons depuis des années, parfois dans l’incompréhension générale ?

11 mai 2014 : Poutine ne reconnaît pas le référendum séparatiste du Donbass

C’est l’une des clés permettant de comprendre la stratégie de Poutine en Ukraine et pourtant, elle n’est jamais relevée. Et pour cause ! Ce serait revenir sur plus d’un an de désinformation systématique de nos faiseurs d’opinion qui se rengorgent sur le « danger russe » et « l’invasion russe de l’Ukraine » (alors qu’un môme de 5 ans pourrait comprendre que si la Russie voulait vraiment conquérir l’est ukrainien, ça aurait été torché en cinq jours, certainement pas un an et demi !). Comment expliquer que Poutine n’a pas reconnu le désir d’auto-détermination des séparatistes pro-russes du Donbass si l’on affirme dans le même temps qu’il cherche à annexer le Donbass ? Aïe, voilà un os pour nos propagandistes en herbe… Alors on évacue purement et simplement l’une des deux contradictions. Ce faisant, on condamne le public à ne rien comprendre à ce qui se passe là-bas.

Petit retour en arrière.

Après le putsch, le nouveau régime au pouvoir à Kiev est pro-occidental et, suivant le désir de ses parrains américains, veut prendre le chemin de l’OTAN (plus que de l’UE d’ailleurs, ce qui montre l’imbécilité des dirigeants européens, bonnes poires dans toute cette affaire). A Moscou, on tremble. Perdre la base navale de Sébastopol, verrou stratégique de la Mer noire et ouverture sur la Méditerranée, pire, voir cette base devenir américaine ! Et voir l’OTAN s’installer aux portes de la Russie, alors que promesse avait été faite en 1991 à Gorbatchev que l’alliance militaire n’avancerait pas vers l’Est. Impossible… La réaction de Poutine sera fulgurante (notons qu’il est en réaction dans toute cette affaire, pas en expansion) et se fera sur deux axes :

  • récupérer la Crimée et la rattacher à la Russie.
  • créer un conflit gelé en Ukraine même, paralysant Kiev et l’empêchant d’entrer dans l’OTAN.

Le premier volet est connu, inutile d’y revenir en détail. Un Khroutchev passablement bourré avait donné la Crimée à l’Ukraine d’un trait de plume, un soir de beuverie de 1954. Depuis la dislocation de l’URSS en 1991, la Russie louait (cher) la base de Sébastopol, accord qui était toujours susceptible d’être remis en question quand un gouvernement pro-US arrivait au pouvoir à Kiev. Suivant l’exemple occidental au Kosovo, Moscou a pris le prétexte (d’ailleurs réel) du droit à l’auto-détermination des peuples pour organiser le référendum de rattachement à la Russie. Apparemment, les Criméens ne s’en plaignent pas trop.

Mais c’est surtout le deuxième volet qui est intéressant. Poutine n’a aucune intention d’annexer l’est ukrainien, bien au contraire ! Son but était de créer un conflit gelé à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Selon la charte de l’OTAN, un pays ayant un conflit ouvert ou gelé sur son territoire ne peut faire acte de candidature. Et ça, on le sait parfaitement à Moscou. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le cas de figure se présente. Trois pays de l’ex-URSS ont, sous la direction de gouvernements formés aux Etats-Unis, fait mine de vouloir entrer dans l’organisation atlantique : Géorgie, Moldavie et Ukraine. Moscou a alors activé/soutenu les minorités russes en lutte contre le gouvernement central, les conflits gelés dans ces trois pays (Ossétie et Abkhazie en Géorgie, Transnistrie en Moldavie et maintenant Donbass en Ukraine) les empêchant d’entrer dans l’OTAN. Ce que fait Poutine dans l’Est ukrainien n’est donc que la réplique de ce que la Russie a déjà fait ailleurs, il n’y a aucune surprise. Pour lui, il est donc hors de question d’accepter que le Donbass se rattache à la Russie, contrairement aux sornettes racontées ici et là : il le veut à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Statut d’autonomie, armement, soutien diplomatique, aide humanitaire… tout ce que vous voulez, mais à l’intérieur des frontières ukrainiennes !

Cela explique pourquoi Poutine était bien embêté lorsque les séparatistes pro-russes ont organisé leur référendum. Il a d’abord tenté de les en dissuader, puis il a refusé d’en reconnaître les résultats. Cela explique aussi que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, Poutine est mal vu par les pro-russes du Donbass ainsi que par les courants nationalistes russes qui rêvent tous d’une Novorossia indépendante ou de son rattachement à la Russie.

Vladimir Vladimirovitch fait un numéro d’équilibriste, soutenant suffisamment les séparatistes pour qu’ils ne se fassent pas annihiler tout en douchant assez cyniquement d’ailleurs leurs espoirs d’un rattachement à la Russie, éliminant les leaders séparatistes indépendantistes (Strelkov, Mozgovoi, Bezner) pour les remplacer par des chefs plus enclins à se contenter d’une large autonomie (Zakarchenko, Givi, Motorola), le tout alors que Kiev (et les Etats-Unis derrière) font tout pour faire déraper la situation et que certains bataillons néo-nazis (Azov, Aidar, Tornado etc.) bombardent sciemment les civils russophones. Pour l’instant, Poutine s’en sort avec une maestria peu commune, mais seul l’avenir nous dira si l’équilibriste est finalement arrivé de l’autre côté.

N’en déplaise à ceux qui voudraient voir en Vladimirovitch un chevalier blanc angélique défendant les russophones, sa stratégie vise avant tout à préserver la Russie en stoppant net l’expansion de l’OTAN vers le Heartland. Stratégie géniale mais aussi, il faut le reconnaître, cynique. Ces Chroniques l’ont tout de suite vu, les think tanks impériaux commencent tout juste à s’en apercevoir, confirmant en creux ce que le fidèle lecteur sait depuis le début…Tag(s) : #Amérique latine#Ukraine#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/12/confirmations.html

Sommet au «format Normandie» : les quatre dirigeants s'engagent à stabiliser l'est ukrainien 9 déc. 2019

Sommet au «format Normandie» : les quatre dirigeants s’engagent à stabiliser l’est ukrainien 9 déc. 2019, 23:53 © REUTERS/Charles Platiau/Pool Les quatre dirigeants du sommet au format Normandie, le soir du 9 décembre à Paris.

Les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de la Russie et de l’Ukraine ont convenu ce 10 décembre, de mettre en œuvre des mesures de soutien au cessez-le-feu pour l’est de l’Ukraine, afin de «stabiliser» la région d’ici la fin de l’année. A l’issue du sommet au «Format Normandie» qui s’est tenu ce 9 décembre à Paris, les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de la Russie et de l’Ukraine ont convenu, via un communiqué, des mesures pour stabiliser la situation dans la zone de conflit dans l’est de l’Ukraine.

Dans le détail, il s’agit de «mesures de soutien au cessez-le-feu» pour l’est de l’Ukraine afin de «stabiliser» la région d’ici la fin de l’année. Le retrait de forces dans trois zones disputées devrait être opéré d’ici fin mars 2020.  «Nous avons avancé sur le désengagement, les échanges de prisonniers, le cessez-le-feu et l’évolution politique» et «nous avons demandé pour les quatre mois à venir à nos ministres de travailler […] en vue d’organiser des élections locales, avec l’objectif d’un nouveau sommet dans quatre mois», a précisé le président français, Emmanuel Macron, lors de la conférence de presse avec les trois autres dirigeants qui concluait le sommet parisien.

Un «pas important» pour Vladimir Poutine Ce sommet au format Normandie constitue un «pas important» vers une désescalade, s’est félicité le chef d’Etat russe Vladimir Poutine, affirmant que des bases avaient été posées pour «croire en un processus de paix qui va dans la bonne direction». Le président russe a insisté à de nombreuses reprises sur le fait que l’Ukraine devait modifier sa Constitution afin d’accorder un statut spécial pour le Donbass, conformément aux accords de Minsk.

Interrogé par la presse sur une possible souplesse sur les accords de Minsk, le chef d’Etat russe a fait valoir qu’il convenait de ne pas toucher aux engagements déjà adoptés par les parties du format Normandie. C’est d’ailleurs l’un des points de divergence bien palpable lors de ce sommet. Sous pression de l’opinion publique dans son pays, le président Volodymyr Zelensky a déclaré que l’Ukraine n’accepterait pas une «fédéralisation» et ne permettra à personne d’«influer son vecteur de développement».  Ne pas oublier «les gens ordinaires» «Nous devons nous assurer qu’il n’y a pas de queues interminables, que les milliers de gens ordinaires qui vivent dans cette zone puissent passer aisément», a également déclaré Vladimir Poutine, à propos de la ligne de contact entre les territoires sous contrôle des rebelles est-ukrainiens et le reste de l’Ukraine. «N’oublions pas les gens ordinaires qui y vivent. Tous nos accords doivent améliorer leurs vies, non pas dans le futur, mais maintenant.»

En outre, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé un important échange de prisonniers avec les rebelles de l’Est ukrainien en décembre. Il a également fait savoir son accord sur un élargissement du mandat de l’OSCE dans le processus de règlement du conflit et lui a accordé un accès total à la zone de conflit. Le chef d’Etat ukrainien a pour autant jugé les avancées issues de ce sommet trop limitées : «Beaucoup de questions ont été abordées, mes homologues ont dit que c’est un très bon résultat pour une première rencontre. Pour moi, je le dis honnêtement, c’est très peu : je voudrais résoudre un plus grand nombre de problèmes», a-t-il déclaré. Un nouveau sommet dans quatre mois

Enfin, la chancelière allemande Angela Merkel et Emmanuel Macron ont annoncé qu’un autre sommet devrait se tenir dans quatre mois entre les représentants des quatre pays.

Le chef d’Etat français a d’ailleurs rappelé, lors de la conférence de presse, que le «format Normandie» constituait le seul format diplomatique permettant de mettre en œuvre les accords de paix de Minsk. Le «format Normandie» a été conçu en 2014 pour tenter d’arrêter le conflit dans l’est de l’Ukraine. Les combats entre les autorités ukrainiennes et deux républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk ont ​​éclaté après un coup d’Etat à Kiev, qui a renversé le président Victor Ianoukovitch. Les pourparlers ont finalement abouti à un plan de paix, connu sous le nom d’«accords de Minsk», début 2015. Lire aussi : «Format Normandie» à Paris : un sommet pour tenter de mettre fin au conflit ukrainien  International

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Moscou en roue libre

Moscou en roue libre

24 Novembre 2019

Il est des périodes bénies des Dieux où tout ou presque fonctionne, où les fondamentaux géopolitiques et l’événementiel concordent pour aller dans la direction voulue. C’est ce qu’est en train de vivre le Kremlin. Une flopée de bonnes nouvelles pour Moscou, soigneusement cachées par notre chère MSN, a en effet fleuri ces derniers temps…

En Ukraine, le rapprochement entre le nouveau président et la Russie, que nous avons évoqué à plusieurs reprises, inquiète les officines médiatiques occidentales. Le nom d’Igor Kolomoiski n’est pas inconnu des lecteurs de nos Chroniques : autrefois grand argentier des bataillons nationalistes, il avait au fil du temps mis de l’eau dans son bortsch, comme en mai dernier où, dans un discours remarqué, il se lâchait en diatribes contre le FMI et les Occidentaux : « C’est votre jeu, votre géopolitique. Vous n’en avez rien à faire de l’Ukraine. Vous voulez atteindre la Russie et l’Ukraine n’est qu’un prétexte. »

Il a remis ça il y a dix jours, au grand dam du New York Times qui s’en étrangle de rage : « Les Russes sont plus forts, nous devons améliorer nos relations avec eux. Les gens veulent la paix et une bonne vie, ils ne veulent plus être en guerre. Et vous, Américains, vous nous forcez à être en guerre, sans même nous en donner les moyens. Vous [l’UE et l’OTAN] ne nous aurez pas, il n’y a aucun intérêt à perdre du temps en discussions vides. Les prêts du FMI pourraient facilement être remplacés par des prêts russes. Nous prendrons 100 milliards de dollars de la Russie, je pense qu’elle serait ravie de nous les donner aujourd’hui (…) S’ils sont intelligents avec nous, nous irons du côté des Russes. Leurs tanks seront positionnés près de Varsovie, votre OTAN chiera dans son froc et devra acheter des Pampers. » Clair et sans ambages…

On ne peut tout à fait exclure un coup de pression vis-à-vis de l’empire pour obtenir plus d’argent, mais le ton et le fait que ces sorties commencent à se répéter ne trompent pas. Le « paradis » post-maïdanite est un merdier sans fond qui en a dégrisé plus d’un. Aux Russes de faire effectivement preuve d’intelligence ; six ans après le putsch US, ils disposent d’une fenêtre afin de récupérer l’Ukraine en douceur ou, du moins, de la neutraliser durablement. Les discussions actuelles sur l’or bleu entre Gazprom et Naftogaz pourraient éventuellement servir ce dessein.

Puisque l’on parle énergie, le moins que l’on puisse dire est que ça gaze pour Moscou. Le Turk Stream en est aux derniers réglages et les premiers flux gaziers devraient circuler le mois prochain… au moment même où, de l’autre côté de l’Eurasie, le Sila Sibirii entrera en fonction. Deux gazoducs sinon rien, et c’est soudain l’échiquier de Brzezinski qui se met à trembler.

Il se passe des choses extrêmement intéressantes en Asie du Sud-est, symbolisant à merveille la lente mais sûre passation de pouvoir entre l’empire américain déclinant et la multipolarité menée par la Russie. Sur l’exemple du Vietnam, le fougueux président philippin Duterte a profité de son voyage à Moscou, début octobre, pour inviter Rosneft à s’établir en Mer de Chine méridionale afin d’y explorer les richesses énergétiques.

On connaît l’importance de ces zones maritimes dans le Grand jeu :PUBLICITÉ

En mer de Chine méridionale, la dispute tourne autour de deux archipels inhabités mais stratégiquement de la plus haute valeur : les Paracels et surtout les Spratleys, également revendiqués par le Vietnam, les Philippines, la Malaisie, Brunei et le gouvernement chinois nationaliste de Taïwan. En mer de Chine orientale, on se rappelle la dangereuse querelle sino-japonaise des îles Senkaku/Dyaoshu, culminant en 2012-2013 mais toujours latente.

Si les journaux ont narré l’événement, certains faisant même parfois un effort pour « comprendre » la situation, analysant la lutte pour le contrôle de l’une des routes maritimes les plus stratégiques du globe, la toile de fond est malheureusement totalement occultée. Elle explique pourtant tout…

Une carte vaut parfois tous les discours. Nous sommes évidemment en plein Grand jeu, qui voit la tentative de containment du Heartland eurasien par la puissance maritime américaine. Les disputes territoriales autour des Spratleys, des Paracels ou des Senkaku/Dyaoshu ne concernent pas une quelconque volonté de mettre la main sur d’éventuelles ressources énergétiques ou routes stratégiques, ou alors seulement en deuxième instance. Il s’agit avant tout pour le Heartland, la Chine en l’occurrence, de briser l’encerclement US et de s’ouvrir des routes vers le Rimland et vers l’océan, exactement comme la Russie le fait sur la partie ouest de l’échiquier avec ses pipelines et ses alliances de revers.

La lutte de Pékin contre Washington dans les mers de Chine a pour effet secondaire d’effrayer les autres pays riverains qui, s’ils n’ont pas d’appétence particulière pour l’aigle américain, ne veulent pas non plus voir le dragon débouler jusqu’à eux. C’est notamment le cas du Vietnam ou des Philippines, et nous en revenons à Duterte : ses appels du pied à Rosneft sont une manière de contrer la convoitise chinoise.

Mais là où les choses prennent une tournure étonnante, c’est que c’est désormais à la Russie et non plus aux Etats-Unis qu’on fait appel. Fut un temps pas si lointain où n’importe quel président philippin aurait encouragé Exxon ou une autre major anglo-saxonne à prospecter ces mers, avec l’US Navy pour sécuriser le tout. L’empire a vécu et c’est maintenant vers Moscou que les regards se tournent.

Les Russes engrangent les dividendes d’une politique qui, bien loin des effets de com’ à l’occidentale, ne transige ni sur ses valeurs ni sur ses alliés, tout en ne fermant la porte à personne (Iraniens, Saoudiens, Palestiniens ou Israéliens passent par exemple leur temps à Sochi). Il y a quatre ans, nous résumions cette approche par une parabole quelque peu exotique :

La pensée russe en matière de stratégie extérieure fait penser à un rhinocéros qui dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit, avançant lentement mais fermement, inexorablement, et finissant par mettre tout le monde d’accord.

De fait, à l’opposé des simagrées américains qui suscitent le doute y compris parmi les composantes impériales, l’inamovible ours russe inspire la confiance. On l’a vu en Syrie, on le voit maintenant jusqu’en Asie du Sud-est.

Reste à savoir quelle sera la réaction du Kremlin qui, assurément, prendra la chose avec des pincettes. Contrarier la Chine est en effet hors de question. La symbiose entre les deux poids-lourds eurasiatiques est telle que Stratfor va jusqu’à évoquer l’Entente cordiale du début du XXème siècle entre la France et l’Angleterre, assez solide pour survivre aux deux guerres mondiales. Début octobre, Poutine a même lâché une bombe lors de la seizième édition du toujours intéressant Club Valdaï : « Nous sommes en train d’aider nos collègues chinois à créer un système d’alerte précoce pour la défense antimissile. Cela va fondamentalement, drastiquement muscler la défense de la République populaire. Aujourd’hui, il n’y a que les États-Unis et la Russie qui disposent de ce type de système. »

De quoi mettre encore plus sur les nerfs les stratèges de Washington, déjà passablement inquiets du partenariat sino-russe. Les kriegspiel simulés du Pentagone se terminent invariablement par une déculottée américaine face à l’une ou l’autre de ses bêtes noires et Foreign Policy s’alarme : avec leurs nouvelles technologies (dont les fameux missiles hypersoniques), Russes et Chinois mettent fin à deux siècles d’American way of war, basé sur l’attaque à partir de points invulnérables.

Pour en finir sur les questions d’armement, Vladimirovitch vient de lever un (petit) coin du voile sur la mystérieuse explosion du 8 août sur une base militaire du grand Nord russe : les scientifiques tués travaillaient à une arme « sans équivalent ». Si l’hypothèse de plusieurs observateurs se révèle juste, il s’agit du développement d’un missile à propulsion nucléaire, c’est-à-dire un projectile à portée illimitée car mû par un moteur dit éternel.« Une autonomie qui pourrait lui permettre de prendre des trajectoires inattendues, de faire des détours et de sortir des schémas de déplacement prévisibles », comme l’explique un spécialiste de l’université de Princetown. Les Américains s’y étaient bien essayé dans les années 60 mais avaient, devant l’inextricable complexité de la chose, rapidement abandonné le projet…

En Iran, Moscou est également vue comme une planche de salut. Décision de se passer du SWIFT pour les échanges inter-bancaires en septembre, accords commerciaux avec l’Union Economique Eurasienne en octobre, prêt de quelques milliards à l’Iran en novembre. La Russie, dont la santé financière insolente ravit d’ailleurs jusqu’à Wall Street, fait tout pour maintenir son allié à flot et pourrait peut-être en être récompensée dans les énormes projets pétroliers du South Pars.

Or noir toujours au Venezuela, qui a vu sa production bondir de manière étonnante en octobre. Le Kremlin n’y est évidemment pas étranger, comme nous l’expliquions il y a deux mois :

Washington sanctionne les exportations de pétrole de Caracas ? Qu’à cela ne tienne : Rosneft est devenu le principal acquéreur d’or noir du Venezuela (40% en juillet, 66% en août) et fait office d’intermédiaire entre sa compagnie nationale (la PDVSA) et ses acheteurs internationaux, notamment indiens et chinois. Le géant russe abandonne de plus en plus le dollar, le monde continue d’acheter du pétrole vénézuélien, le gouvernement légal de Caracas continue de recevoir des dividendes ô combien précieux et les sanctions impériales sont contournées…

Le pauvre auto-proclamé en est tout retourné. Celui qui se voyait devenir président par la grâce de Bolton n’y arrive décidément plus, ses appels à manifester étant une suite de flops retentissants :

À peine une centaine de personnes ont manifesté lundi à Caracas contre le président socialiste Nicolas Maduro, à l’appel du chef de l’opposition Juan Guaido, qui peine à mobiliser. Malgré les drapeaux jaune, bleu et rouge du Venezuela, les slogans, ou les panneaux affichant des messages comme « Rue sans retour », le cœur n’y est plus. « On n’arrive à rien avec ça », se lamente Antonio Figueroa, en référence aux rassemblements contre le chef de l’État. Samedi, quelque 5000 personnes, selon l’AFP, ont manifesté dans les rues de Caracas, soit bien moins que les dizaines de milliers de personnes que Juan Guaido réunissait juste après s’être proclamé président par intérim le 23 janvier.   

On imagine les dents grincer du côté de Washington, qui voit désormais ses manigances presque systématiquement et partout contrées par l’ours. Comme si cela ne suffisait pas, le sommet Russie-Afrique, le premier du genre, a marqué tous les esprits. Il y a un mois, quarante-trois chefs d’Etat et de gouvernement ont fait le déplacement de Sochi, qui devient une véritable plaque-tournante mondiale. Si aucune annonce majeure n’a été faite, le sommet a été un succès diplomatique indéniable et symbolise l’entrisme russe sur le continent auquel on assiste depuis quelques années, y compris dans le pré carré français comme en Centrafrique.

Europe, Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Afrique… Défendant bec et ongles ses alliés, retournant ceux de l’empire, profitant de l’inexorable reflux américain, le provoquant parfois, jouant habilement de la diplomatie, de l’énergie ou de la guerre, Moscou donne le la de la politique internationale et se pose de plus en plus en patron.Tag(s) : #Russie#Ukraine#Gaz#Pétrole#Extrême-Orient#Chine#Etats-Unis#Moyen-Orient#Amérique latine

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La Russie rend à l’Ukraine trois navires militaires capturés il y a un an

La Russie rend à l’Ukraine trois navires militaires capturés il y a un an

18 nov. 2019, 11:36

La Russie rend à l'Ukraine trois navires militaires capturés il y a un an

Source: SputnikBateaux saisis par la marine russe.

Moscou a annoncé que les trois navires militaires ukrainiens saisis pour violation des eaux territoriales russes près de la Crimée en 2018, avaient été rendus à Kiev. Les diplomaties des deux pays doivent se rencontrer à Paris prochainement.

La diplomatie russe a annoncé le 18 novembre que les trois navires militaires ukrainiens arraisonnés par les gardes-côtes russes le 25 novembre 2018 au niveau du détroit de Kertch en Crimée avaient été ramenés dans les eaux neutres de la mer Noire. 

«Trois navires de la marine ukrainienne, qui avaient violé en novembre 2018 la frontière russe lors d’une provocation délibérée de Kiev dans le détroit de Kertch, et qui avaient été saisis par les forces de l’ordre russes, ont été remis à l’Ukraine», peut-on lire dans un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères. Moscou a néanmoins fait savoir que la Russie allait «continuer à réprimer fermement toute provocation aux frontières». 

Une décision qui «renforce la confiance», selon Macron

Emmanuel Macron a salué l’annonce de la restitution par la Russie des navires ukrainiens. Dans un communiqué, l’Elysée commente : «Ce geste était attendu et contribue à renforcer la confiance dans le dialogue entre la Russie et l’Ukraine.»Lire aussiMoscou ouvre le feu pour arrêter des navires de guerre ukrainiens ayant violé ses eaux territoriales

L’Ukraine, de son côté, ne renonce pas aux poursuites internationales entreprises contre la Russie dans le cadre de cette affaire. «Alors que [les navires] Nikopol , Berdyansk et Ianyi Kapou se dirigent vers Odessa, l’équipe du ministère [ukrainien] des Affaires étrangères se dirige vers La Haye, où [le 21 novembre] les premières audiences du tribunal arbitral dans cette affaire de violation de l’immunité des trois navires ukrainiens et des 24 membres de leur équipage auront lieu», a déclaré la vice-ministre ukrainienne des Affaires étrangères, Olena Zerkal, sur Facebook. 

Les équipages des deux navires de patrouilles et du remorqueur de la marine ukrainienne avaient été précédemment libérés dans le cadre d’un accord d’échange de prisonniers entre Ukraine et Russie en septembre dernier. 

Les trois navires avaient été capturés pour avoir navigué dangereusement dans les eaux territoriales russes au niveau du détroit de Kertch. Après avoir refusé de quitter la zone, les marins ukrainiens ont été faits prisonniers pour être entrés illégalement en territoire russe. L’incident avait donné lieu à une nouvelle crise entre les deux pays, le président Petro Porochenko avait décrété la loi martiale dans le pays et Vladimir Poutine avait dénoncé une «provocation» orchestrée dans un but électoraliste par le président ukrainien. 

Ce retour des navires ukrainiens, qui a lieu dans un contexte de détente entre les deux pays, intervient quelques jours après l’annonce de négociations au «format Normandie» prévues le 9 décembre à Paris. Dans le communiqué annonçant la tenue de cette réunion réunissant la France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine, la première de ce type depuis 2016, a souligné que des «avancées majeures [étaient] intervenues depuis l’été dans les négociations».

Lire aussi : Ukraine : un sommet au «format Normandie» aura lieu le 9 décembre à Paris

International

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Le Format Normandie : une impasse ou une escroquerie ? par Karine Bechet-Golovko

Le Format Normandie : une impasse ou une escroquerie ? par Karine Bechet-Golovko

samedi 16 novembre 2019, par Comité Valmy

L’on vient d’apprendre que suite à une conversation téléphonique entre Macron et Zelensky, le Format Normandie devrait se réunir à Paris le 9 décembre. L’Allemagne a confirmé, la Russie n’a pas encore officiellement réagi à ce moment. Il est vrai que la question centrale n’est pas résolue : le Donbass doit-il être ukrainien ou russe, car il ne peut être viable de manière autonome ? Se rendre à Paris avant d’avoir clairement pris position sur cette question, dans le meilleur des cas ne sert à rien, dans le pire des cas peut avoir des conséquences fâcheuses, et pour le Donbass, et pour la Russie. Car derrière le Donbass, l’enjeu est le retour de la Crimée et donc une blessure politique profonde de la Russie.

Après un coup de téléphone de Macron à Zelensky, rappelant l’aide inconditionnelle de la France à l’Ukraine (dans son combat démocratique contre l’assaillant russe – traduction de l’auteur), la date du 9 décembre a été avancée pour la réunion du Format Normandie, puisque, selon l’Elysée, des avancées ont eu lieu concernant le Donbass.

Certes, après plusieurs tentatives infructueuses, dans deux zones de combat, les forces armées ont été, de part et d’autre, retirées à distance respectueuse. Mais l’armée ukrainienne a intensifié son attaque sur le reste du front, par exemple le 13 novembre, le village de Troudovsky aux alentours de Donetsk, a été attaqué notamment au lance-grenade, faisant un blessé civil. L’armée continue ailleurs à utiliser aussi le lance-mortier contre les habitations, voir le texte ici de Donbass Insider. Il serait donc abusif de dire que les armes se taisent et que militairement le conflit est épuisé.

De toute manière, tant qu’un conflit militaire n’est pas épuisé, il est inutile de chercher une solution politique. La solution politique résulte du rapport des forces en jeu et celui-ci n’est pas encore stabilisé. En ce sens, la réunion du Format Normandie est une impasse.

Mais par ailleurs, ce Format Normandie peut aussi être une escroquerie. Car si des forces politiques en Russie ne sont pas prêtes à appliquer le scénario criméen à cette région, laisser le Donbass dans le cadre ukrainien ne peut comporter aucune garantie pour les populations pro-russes locales, largement majoritaires. Toutes les pseudo-garanties juridiques promises pour reprendre par le jeu politique une région qui commence à peser lourd dans le jeu international ne sont que temporaires et peuvent toujours être remises en cause. Ce que le droit fait, le droit peut le défaire.

Stratégiquement, la Russie ici ne peut pas recourir au compromis. Laisser le Donbass en Ukraine, sans que la situation politique ait changée à Kiev, c’est condamner le Donbass à subir la propagande anti-russe comme à Odessa ou à Kharkov. Les conseillers de Zelensky insistent sur le « retour mental du Donbass« , c’est-à-dire l’intégration des populations du Donbass dans l’idéologie post-Maïdan.

Sachant que, pour les stratèges atlantistes qui guident l’action de Kiev, le Donbass n’est que le premier pas. Le but est la Crimée. Pas tant pour la Crimée, que contre la Russie. La politique de recherche constante du compromis développée par la Russie ces derniers temps est perçue comme un signe de faiblesse en Occident, comme signe de rejet du conflit direct. Or, mieux vaut ne pas entrer dans un rapport de forces que d’abandonner en cours de route. En récupérant la Crimée, en facilitant la distribution des passeports russes dans le Donbass, en systématisant l’aide humanitaire, la Russie a joué un jeu donnant aux populations locales des espoirs. Sur la scène internationale, son action est perçue comme une entrave au jeu atlantiste dans la région. Se retirer maintenant aurait des conséquences politiques d’une importance non négligeables, notamment dans le jeu politique intérieur russe, déjà perturbé avant les prochaines élections présidentielles.

Il est évident que les autres parties du Format Normandie, la France et l’Allemagne, exercent une pression sans précédent sur la Russie pour lui forcer la main. C’est un tournant qui va être très significatif. Pas tant pour le Donbass, que pour a Russie elle-même. Ce qui intéresse finalement le clan atlantiste, dont Macron est aujourd’hui le héraut.

Karine Bechet-Golovko
17 novembre 2019
Russie Politics

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11550

Un coup, un mort et une route

Un coup, un mort et une route

12 Novembre 2019

A peine notre dernier billet sur le recul impérial en Amérique latine était-il publié que la Bolivie était le théâtre d’un coup d’Etat qui fleure bon la CIA. Les ressemblances avec le Maïdan ukrainien sont d’ailleurs assez frappantes : un président quelque peu naïf, une opposition violente, liée à Washington, des pontes de la police et de l’armée qui trahissent leur gouvernement et retournent leur veste, une chasse aux sorcières qui débute…

Un coup d’Etat, donc ? Oui mais… Ce blog se doit avant tout d’être objectif et il faut reconnaître que l’ami Evo n’est pas non plus blanc comme neige. Personne n’a bien compris pourquoi le comptage des voix a soudain été arrêté pour finalement désigner Morales gagnant alors qu’il n’était qu’en ballotage favorable. Certaines vidéos montrent que ses partisans n’avaient rien à envier non plus à l’opposition sur le plan de la violence. Plus généralement, on peut difficilement contester que la Bolivie, y compris parmi sa propre base électorale, était lasse d’un président qui s’accrochait de plus en plus au pouvoir.

C’est lui-même qui, en 2009, avait inscrit dans la Constitution la limitation à deux mandats présidentiels. Pourtant, il se présentait là pour la quatrième fois ! Il avait déjà fait un tour de passe-passe en obtenant de la justice que son premier mandat (2006-2010) ne soit pas pris en compte. Puis, en 2016, il a perdu le référendum l’autorisant à se représenter mais une nouvelle et commode décision de justice a purement et simplement annulé le résultat du vote ! Dans un remake digne de l’euronouillerie, le tribunal a considéré que briguer une fonction est un droit de l’homme supérieur à la Constitution ou au résultat d’un référendum. Bref, vous l’aurez compris, Evo a quand même donné le bâton pour se faire battre…

Géopolitiquement, qu’est-ce que ça nous donne ? Pas grand chose à vrai dire. La Bolivie de Morales était une voix anti-impérialiste assumée mais, petit pays, elle n’a jamais beaucoup pesé sur la scène internationale. Comme nous le disions il y a trois jours, la perte de l’Argentine et la tangente prise par le Brésil, les deux poids-lourds du continent, sont autrement plus dramatiques pour Washington que le gain éventuel, somme toute modeste, de la Bolivie. Chose très intéressante, le Brésil a ouvert son espace aérien à l’avion d’Evo qui rejoignait l’exil mexicain. De quoi s’interroger, du côté de DC la Folle, sur les véritables intentions de Bolsonaro qui a d’ailleurs eu des paroles inhabituellement modérées  concernant les événements boliviens.

A 10 000 kilomètres de là, lundi, un curieux personnage a été retrouvé mort près de son appartement d’Istanbul. Accusé avec vraisemblance par Moscou d’être lié aux services secrets britanniques, James Le Mesurier était le fondateur des sinistrement célèbres Casques blancs, proches des barbus modérément modérés et spécialistes ès false flag chimiques.

A-t-il été liquidé par ses parrains parce qu’il en savait trop ? Son élimination faisait-elle partie de l’accord russo-turc sur le Nord syrien ? Est-ce un simple accident ? Pour l’instant, mystère…

Rien d’étrange en revanche devant l’inexorable avancée des Nouvelles routes de la Soie. Les derniers accords en date concernent la Grèce et une foule de contrats signés pour faire du pays de Périclès l’une des portes d’entrée vers l’Europe. Cette branche du réseau eurasien passe par le port du Pirée, déjà partiellement chinois et dont la croissance vertigineuse depuis quelques années en fera bientôt le premier port méditerranéen.

Les autres voies de la Soie ne sont pas en reste, comme en Asie centrale où l’influence économique du dragon est impossible à concurrencer. La blague locale est d’ailleurs cruelle pour l’UE : « Personne ne peut refuser l’offre chinoise, personne ne peut comprendre l’offre européenne ». En Russie, c’est un monumental pont qui verra le jour sur la Volga, afin d’écourter la route entre l’empire du Milieu et le Vieux continent. Brzezinski et McCain sont heureux de ne plus être là pour constater le désastre…

Tag(s) : #Amérique latine#Moyen-Orient#Chine#Europe#Etats-Unis

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/11/un-coup-un-mort-et-une-route.html

Trump et Zelensky veulent la paix avec la Russie…

Trump et Zelensky veulent la paix avec la Russie…


…les fascistes s’y opposent


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama − Le 14 novembre 2019

NBC News n’est pas impressionné par le premier jour du cirque de destitution de Trump,  animé par les démocrates. Mais il manque de noter en quoi consiste réellement le conflit :

C’était substantiel, mais pas dramatique.

A la manière réservée des anciens diplomates diplômés de Harvard, Bill Taylor et George Kent ont ouvert mercredi la phase publique de la procédure de mise en accusation du président Donald Trump en témoignant d’un stratagème qu’ils ont décrit comme étant non seulement extrêmement peu orthodoxe, mais aussi directement contraire aux intérêts américains.

« Il est clairement dans notre intérêt national de dissuader toute nouvelle agression russe », a déclaré Taylor, ambassadeur par intérim des États-Unis en Ukraine et ancien combattant de la guerre du Vietnam, en expliquant pourquoi la décision de Trump de suspendre l’aide convenue par le Congrès, pour contrer la cible la plus immédiate de l’expansionnisme russe, ne s’alignait pas sur la politique américaine.

Mais à un moment où les démocrates sont simultanément désireux d’influencer l’opinion publique en faveur de l’éviction du président, tout en craignant que leurs audiences ne piétinent, ou se retournent contre eux, ce premier tour ressemblait davantage à une répétition générale de costumes pour une pièce en un acte, qu’à la soirée d’ouverture d’une comédie musicale à succès de Broadway.

« En violation directe des intérêts américains », déclare NBC, citant un membre de l’État profond qui déclare « qu’il est clairement dans notre intérêt national » de donner des armes à l’Ukraine.

Mais est-ce vraiment dans l’intérêt national des États-Unis ? Qui l’a défini comme tel ?

Le président Obama était opposé à l’idée de donner des armes à l’Ukraine, et n’en a jamais donné malgré les pressions de certains milieux. La décision d’Obama était-elle contre l’intérêt national américain ? Où est-il accusé par les démocrates ou les membres les plus profonds de l’État ?

Ce qui nous amène au point vraiment critique de toute la question. Qui définit ce qu’est « l’intérêt national » en matière de politique étrangère ? Voici un point sur lequel, pour une fois, je suis d’accord avec la revue de droite National Review où Andrew McCarthy écrit :

Sur la question cruciale des intérêts de l’Amérique dans la dynamique Russie / Ukraine, je pense que la communauté politique a raison et que le président Trump a tort. Si j'étais président, même si je résisterais aux provocations gratuites, je ne m'associerais pas publiquement à l'illusion qu'une amitié stable est possible (ou, franchement, souhaitable) avec la dictature anti-américaine de Poutine, qui dirige son pays comme une famille de la mafia et agit en fonction de ses ambitions revanchardes.

Mais voyez-vous, tout comme la communauté des politiciens, je ne suis pas le président, Donald Trump l'est.

Et c’est là que la communauté des politiciens et moi nous divergeons. C'est le président, et non la bureaucratie, qui a été élu par le peuple américain. Cela le place - pas le Conseil de sécurité nationale, le département d'État, la communauté du renseignement, les militaires et leurs experts en la matière - en charge de l'élaboration des politiques. Si nous voulons rester une république constitutionnelle, c’est ainsi que cela doit fonctionner.

Nous avons fait le même diagnostic :

La Constitution des États-Unis "autorise le président à proposer et à négocier lui-même les accords entre les États-Unis et d'autres pays".

La Constitution ne donne aucun pouvoir à la "communauté politique gouvernementale", ni à "l'administration", ni à la "vision consensuelle des diverses agence" et certainement pas au seul Lieutenant-Colonel Vindman pour définir les intérêts stratégiques des États-Unis et leur politique étrangère. C'est le président dûment élu qui fait cela.

et :

Le président n'aime pas la manière dont la "politique américaine" a été élaborée. Il croit à juste titre qu'il a été élu pour la changer. Il avait exprimé son opinion sur la Russie pendant sa campagne et avait remporté les élections. Ce n'est pas une "influence maligne" qui le pousse à vouloir de bonnes relations avec la Russie. C'est sa propre conviction, légitimée par les électeurs. ...
 
C'est le président qui établit les politiques. L'essaim bourdonnant des exécutants autour de lui - qui servent "à son gré" - est là pour les mettre en œuvre.

Il y a un autre point à souligner concernant les affirmations de NBC. Il n’est pas dans l’intérêt de l’Ukraine d’être un substitut de l’antagonisme profond des États-Unis à l’égard de la Russie. Le baron voleur Iber Kolomoisky, qui, après le coup d’État du Maidan, avait financé les fascistes de l’ouest de l’Ukraine qui se sont battus contre l’est du pays, a déclaré ce qui suit directement dans son entretien avec le NYT :

M. Kolomoisky, largement considéré comme la personnalité la plus puissante de l’Ukraine en dehors du gouvernement, compte tenu de son rôle de parrain du président nouvellement élu, Volodymyr Zelensky, a connu un retour d'affection remarquable, il a dit : "Il est temps que l'Ukraine renonce à l'Ouest et retourne vers la Russie."
 
"Ils sont plus forts dans tous les cas. Nous devons améliorer nos relations", a-t-il déclaré, comparant le pouvoir de la Russie à celui de l'Ukraine. "Les gens veulent la paix, une bonne vie, ils ne veulent pas être en guerre. Et vous, les américains, vous nous nous obligez à être en guerre et ne nous donnez même pas l'argent pour cela" ...

M. Kolomoisky [..] a déclaré au Times, lors d’une discussion profanatrice que l’Occident avait échoué en Ukraine, ne fournissant pas assez d’argent et n'ouvrant pas suffisamment ses marchés.

Au lieu de cela, a-t-il ajouté, les États-Unis utilisent simplement l'Ukraine pour tenter d'affaiblir leur rival géopolitique. "La guerre contre la Russie, a-t-il déclaré, jusqu'au dernier Ukrainien." La reconstruction des liens avec la Russie est devenue nécessaire pour la survie économique de l'Ukraine, a déclaré M. Kolomoisky. Il a prédit que le traumatisme de la guerre passera. ...
 
M. Kolomoisky a déclaré qu'il cherchait fébrilement les moyens de mettre fin à la guerre, mais il a refusé de divulguer des détails, car les Américains "vont tout gâcher et se mettre en travers de la route".

L’interview de Kolomoisky est évidemment un ballon d’essai pour les politiques que Zelensky veut poursuivre. Comme Trump, il a fait campagne pour travailler à de meilleures relations avec la Russie. Il a reçu près de 73% des votes.

L’Ambassadeur Taylor et les autres participants au spectacle de clown d’hier à la Chambre, seraient certainement en mesure  «de pourrir la situation et d’entraver  l’action» si Zelensky poursuivait ouvertement la politique qu’il avait promise à ses électeurs. Ils sont associés aux fascistes ouest-ukrainiens avec lesquels ils ont organisé le coup d’État du Maidan :

La décision de Zelensky d’accepter des pourparlers avec la Russie sur l’avenir de l’est de l’Ukraine, au début du mois d’octobre, a suscité un tollé de la part d’une minorité relativement petite mais très forte d’Ukrainiens opposés à tout accord avec la Russie. Les manifestations ont été relativement de courte durée, mais les perspectives d'une fin négociée de la guerre dans la région du Donbass oriental sont devenues plus lointaines à la lumière de cette opposition interne. ...
 
Les partisans de la guerre avec la Russie sont l'ex-président Porochenko et deux factions parlementaires, European Solidarity et Voice, dont les soutiens se trouvent principalement dans l'ouest de l'Ukraine. Mais surtout, ils peuvent également compter sur des groupes paramilitaires de droite composés d’anciens combattants de la phase la plus chaude de la guerre dans le Donbass en 2014-5.

Environ 20% seulement des Ukrainiens sont favorables à la poursuite de la guerre contre les séparatistes de l’est, que la Russie soutient. Lors de l’élection présidentielle, Porochenko n’a recueilli que 25% des suffrages. Son parti, European Solidarity, a remporté 8,1% des voix lors des élections législatives. Voice a atteint 5,8%.

En poursuivant le conflit avec la Russie, l’État profond des États-Unis veut ignorer les souhaits non seulement des électeurs américains, mais aussi ceux de l’électorat ukrainien. Cet état d’esprit non démocratique est un autre point qui les unit aux fascistes ukrainiens.

Zelensky devrait ignorer les fauteurs de guerre de l’ambassade américaine à Kiev et intenter une action en justice pour une paix immédiate avec la Russie – il devrait également enquêter sur l’influence indue de Biden. La reprise des relations avec la Russie est également la mesure la plus simple et la plus efficace que l’Ukraine puisse prendre pour redresser son économie ruinée.

C’est dans l’intérêt national de l’Ukraine et des États-Unis.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/trump-et-zelensky-veulent-la-paix-avec-la-russie

Ukraine : un sommet au «format Normandie» aura lieu le 9 décembre à Paris

Ukraine : un sommet au «format Normandie» aura lieu le 9 décembre à Paris

15 nov. 2019, 16:24

Ukraine : un sommet au «format Normandie» aura lieu le 9 décembre à Paris

© Mikhail Palinchak Source: SputnikLa dernière réunion au Format Normandie a eu lieu à Berlin, en octobre 2016 (image d’illustration).

Selon l’Elysée, une réunion au «format Normandie» se tiendra le 9 décembre à Paris. Ce sommet «permettra d’ouvrir une nouvelle séquence de mise en œuvre des accords de Minsk», d’après la présidence française.

Une première depuis 2016 : une réunion au «format Normandie», réunissant la France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine aura lieu le 9 décembre prochain à Paris. Selon un communiqué de l’Elysée, cité par Reuters, ce sommet «se tiendra alors que des avancées majeures sont intervenues depuis l’été dans les négociations, qui ont notamment permis le désengagement des troupes dans plusieurs zones de tension, et permettra d’ouvrir une nouvelle séquence de mise en œuvre des accords de Minsk». 

Depuis l’été, les déclarations en faveur d’une réunion quadripartite s’étaient multipliées. Le 7 août, le président russe Vladimir Poutine et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, avaient annoncé leur volonté d’organiser une réunion selon ce format lors d’un entretien téléphonique. Emmanuel Macron avait, dans la foulée, apporté son soutien à l’initiative. Lors du sommet du G7 à Biarritz, le 26 août, le président français avait estimé que les conditions étaient réunies pour que la réunion ait lieu dans les prochaines semaines en France. 

La date du sommet a par la suite tardé à être fixée, notamment en raison du report, à plusieurs reprises, du processus de séparation des forces dans le Donbass, établi comme l’une des conditions nécessaires à l’organisation de cette réunion. Le 9 novembre, le retrait des troupes de l’Ukraine et des insurgés avait finalement commencé, ouvrant la voie à la décision rendue publique ce 15 novembre. 

Lire aussi : Poutine salue les avancées dans le Donbass et veut une prorogation de la loi sur son statut spécial

International

https://francais.rt.com/international/67899-sommet-format-normandie-aura-lieu-9-decembre?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications