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Un anti-sémitisme violent sévit en Ukraine – et le gouvernement reste les bras croisés, par Lev Golinki

Un anti-sémitisme violent sévit en Ukraine – et le gouvernement reste les bras croisés, par Lev Golinki

Source : Forward, Lev Golinki, le 20 mai 2018.

Une vague d’antisémitisme a déferlé sur l’Ukraine. Rien que dans les trois dernières semaines, un leader d’extrême-droite a appelé publiquement à nettoyer l’Ukraine des « zhidi » (insulte équivalente à youpin), un mémorial de l’Holocauste a été incendié à Ternopil, des centaines de personnes ont défilé à travers Lviv en l’honneur d’une unité SS en faisant des saluts nazis, des graffitis « Mort aux youpins » ont été peints dans deux villes, la tombe d’un rabbin célèbre a été vandalisée, un camp de Roms a été attaqué et brûlé à Kiev par des militants d’extrême-droite, et des centaines d’autres ont participé à un concert néo-nazi, exhibant des svastikas et faisant le salut nazi.

Ce déferlement de haine a attiré l’attention du Congrès Juif Mondial, qui a publié une courte vidéo condamnant la montée de l’antisémitisme.

Peu après, le président ukrainien Petro Poroshenko a publié un communiqué de presse affirmant sa détermination à combattre l’antisémitisme. En retour, Ronald Lauder, président du CJM (Congrès Juif Mondial), a remercié Poroshenko pour sa déclaration et s’est déclaré « satisfait ».

Mais nous devrions pas pousser tout de suite un soupir de soulagement. Malheureusement, l’enthousiasme du CJM à accepter les paroles de Poroshenko est prématuré. Durant les quatre dernières années de gouvernement de Poroshenko, l’Ukraine a connu une hausse constante de l’antisémitisme, notamment l’apologie des collaborateurs du régime nazi, le vandalisme de sites juifs et les menaces publiques envers les Juifs – et la fréquence des incidents antisémites semble s’accélérer.

D’ailleurs, le lendemain de la publication de sa promesse vide par Poroshenko, si chaleureusement accueillie par Lauder, le ministre des affaires étrangères ukrainien a catégoriquement nié la montée de l’antisémitisme en Ukraine. Comment Poroshenko pourrait-il combattre l’antisémitisme quand son propre Ministère des affaires étrangères (sur lequel il a théoriquement autorité) refuse de reconnaître le problème ?

Après que le WJC a salué l’engagement de Poroshenko à combattre l’antisémitisme et d’autres formes de haine, un maire ukrainien a été pris en train de prononcer un discours au vitriol sur les Juifs cherchant à tuer les Gentils ; le consul ukrainien à Hambourg a été suspendu suite à des accusations pour avoir écrit des messages antisémites sur Facebook, y compris imputant aux Juifs la Seconde Guerre mondiale ; la tombe de la fille d’un rabbin vénéré a été profanée pour la cinquième fois en deux ans ; des voyous d’extrême droite ont pris d’assaut la maison d’un copropriétaire d’une chaîne de télévision ; le gang néonazi C14 a réalisé un autre pogrom contre les Roms, incendiant un campement à Lviv ; et des ultranationalistes affiliés au bataillon néonazi Azov ont mis fin à un événement LGBT parrainé par Amnesty International et Human Rights Watch à Kiev tandis que que les autorités refusaient d’agir.

Porochenko est devenu président à la suite du soulèvement sanglant de Maidan de 2013-2014, au cours duquel des Ukrainiens ordinaires sont morts pour le droit de vivre dans une nation occidentale démocratique. Mais au mieux, le gouvernement de Poroshenko a ignoré le problème de l’antisémitisme en son sein ; au pire, il l’a activement encouragé.

Célébrer les massacres de Juifs

La marche du 28 avril à Lviv, au cours de laquelle un millier de personnes ont honoré le SS Galichina, une division ukrainienne de la Waffen-SS d’Hitler, n’était pas un événement isolé planifié par un groupe marginal. La marche était le point culminant d’une célébration d’une semaine de la SS Galichina promue par le conseil municipal de Lviv. Assez bizarrement, cela comprenait un concours incitant les adolescents à soumettre des dessins de fans sur les SS.

Comment une ville européenne en vient-elle à glorifier une unité SS dont les membres ont prêté un serment personnel de loyauté à Hitler ? Il est alors utile d’avoir une bonne dose de révisionnisme historique. L’année dernière, le directeur de l’Institut ukrainien de la mémoire nationale – un département officiel du gouvernement de Kiev – a déclaré que les combattants SS Galichina étaient en fait des « victimes de guerre ». Ceci, bien sûr, soulève la question : si les SS étaient des victimes, qu’ont fait les Juifs et d’autres ethnies pour avoir été massacrés ?

La SS Galichina est loin d’être le seul groupe paramilitaire issu de la Seconde Guerre mondiale approuvé par les autorités ukrainiennes modernes. En 2015, le Parlement ukrainien a adopté des lois proclamant l’Organisation des nationalistes ukrainiens, qui a collaboré avec les nazis et a été responsable de la liquidation de milliers de Juifs, et l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, qui a procédé au nettoyage ethnique de 70 000 à 100 000 Polonais, ainsi que d’autres ethnies de son propre chef, comme héros de l’Ukraine.

Grâce aux lois de Kiev, ainsi qu’aux campagnes publiques menées par l’Institut de la mémoire nationale (dont le budget en 2018 est d’environ deux millions de dollars), ces bouchers sont aujourd’hui célébrés dans tout le pays.

Il n’est pas surprenant que cette glorification des antisémites par l’Etat s’accompagne souvent de manifestations antisémites. Le 1er janvier 2017, des milliers de personnes ont défilé à Kiev en l’honneur du leader de l’OUN, Stepan Bandera. Des slogans « Jews Out ! » ont résonné dans la foule, mais le lendemain, la police a nié avoir entendu quoi que ce soit d’antisémite. En juin dernier, Lviv a organisé un festival de trois jours en l’honneur du chef de l’UPA Roman Shukhevych, et une synagogue a été incendiée pendant les festivités. En novembre, Radio Free Europe a rapporté avoir vu des saluts nazis alors que 20 000 hommes brandissant des flambeaux défilaient en l’honneur de l’UPA , vandalisant les monuments commémoratifs de l’Holocauste et les sites religieux

Vandaliser les monuments commémoratifs de l’Holocauste et les sites religieux

Les vandales antisémites en Ukraine ne se soucient guère d’originalité. Le mémorial de l’Holocauste récemment incendié à Ternopil a été profané à quatre reprises au cours de l’année écoulée. Mais ce n’est qu’un seul mémorial : d’autres sites de l’Holocauste, centres juifs, cimetières, tombes et lieux de culte sont régulièrement vandalisés avec des croix gammées, des runes SS et des insultes.

Le vandalisme généralisé a atteint un point tel que le ministère israélien des Affaires étrangères a pris la mesure inhabituelle d’exiger publiquement que les autorités ukrainiennes commencent à enquêter sur ces agressions. Un appel similaire a été lancé par le directeur du Comité juif ukrainien dans un éditorial du New York Times, qui soulignait l’apathie du gouvernement concernant la protection des sites religieux et des sites de l’Holocauste.

Menacer publiquement les Juifs

L’incident du 2 mai à Odessa, lorsque Tetiana Soikina, responsable régionale de l’organisation ultranationaliste le Secteur Droit, a promis de se débarrasser des « youpins », survient au milieu d’une série d’appels similaires à la violence de la part de personnalités publiques. En mars 2017, la députée Nadiya Savchenko, autrefois célébrée par les médias occidentaux sous le nom de « Ukrainian Nelson Mandela », a explosé dans une tirade antisémite en direct à la télévision. « Pourquoi personne ne parle de ce que les gens disent… youpins d’aujourd’hui ? » a demandé un interlocuteur. « Bonne question », a répondu Savchenko. « Oui, notre gouvernement a du sang non ukrainien, pour ainsi dire. Que faut-il faire à ce sujet ? Nous devons penser et agir ».

À peine deux mois plus tard, un général des services de sécurité ukrainiens a publié des menaces manifestes, promettant d’exterminer les « zhidi », ce qui a incité la Ligue Anti-Diffamation (ADL) à exiger son éviction par Poroshenko (aucune mesure n’a été prise). Quelques mois plus tard, le responsable régional du parti d’extrême droite Svoboda s’est déchaîné dans un discours antisémite, après que des juifs locaux ont protesté contre le fait qu’une statue de Symon Petliura, un autre « héros » ukrainien responsable des pogroms de masse, ait été érigée. « Habituez-vous à nos règles ou soyez punis », a dit le chef Svoboda, encourageant ses compatriotes ukrainiens à « remettre les minorités à leur place ».

Malheureusement, les fonctionnaires et les dirigeants des partis qui ont fait de telles déclarations l’ont fait en toute impunité. Et, bien que Poroshenko ait promis une réaction « immédiate » des forces de l’ordre aux menaces publiques de Soikina, un porte-parole du ministère ukrainien de l’Intérieur a déclaré que l’appel de Soikina à nettoyer le pays des Juifs n’était pas « intrinsèquement discriminatoire ni un appel à la violence ». Il est fort probable que Soikina, comme les autres, ne subira aucune conséquence pour ses actes.

Persécution des Roms

L’histoire nous apprend que qui s’attaque aux Roms finit, tôt ou tard, pas s’attaquer aux Juifs.

Une courte vidéo des récents pogroms anti-Roms est glaçante : des voyous cagoulés pourchassent des femmes et des enfants terrifiés au milieu d’une capitale européenne, alors que la fumée noire du tabor (campement) rom en flammes remplit l’arrière-plan. Les femmes appellent une l’aide qui ne vient pas. En fait, lorsque la police, honteuse, a fini par ouvrir une enquête, elle a qualifiée l’affaire de « hooliganisme », ce qui montre l’indifférence choquante avec laquelle les Roms sont considérés.

Mais l’aspect le plus inquiétant ici est qu’il s’agit au moins du quatrième pogrom anti-Roms en Ukraine au cours des deux dernières années.

En septembre 2016, deux douzaines de Roms ont été contraints de fuir un village d’Odessa après que les habitants ont incendié leurs maisons. Le gouverneur d’alors d’Odessa a réagi en louant les actions des villageois, déclarant que le village avait été pendant longtemps un repaire « d’asociaux » et qu’il partageait pleinement les préoccupations de la foule. La seule chose que la police a faite, c’est de garantir un « couloir sûr » pour que les Roms puissent évacuer. En mai 2017, un Rom a été tué lors d’une attaque à Kharkov ; selon des témoins, les autorités locales ont été impliquées dans la fusillade. Le même mois, un groupe d’hommes a attaqué des familles roms dans une gare de Kiev.

Les récents pogroms anti-roms de Kiev se distinguent cependant par le fait qu’elles ont été revendiquées avec fierté par C14, un gang néo-nazi qui a gagné en influence au cours de l’année écoulée. Les actions de C14 ont conduit Amnesty International à publier une déclaration urgente avertissant que les radicaux « se sentent intouchables… les autorités, le plus souvent, n’agissent pas », et n’importe qui, y compris les Juifs, pourraient être les prochains sur la liste.

Les exemples ci-dessus ne représentent qu’une petite partie du caractère profondément inquiétant de l’antisémitisme et de l’incapacité ainsi que du refus de Poroshenko d’affirmer la primauté du droit. Ils n’incluent pas les attaques généralisées contre les communautés LGBT, ni la façon dont les groupes d’extrême droite perturbent les tribunaux au mépris des forces de l’ordre. Mais ils devraient être suffisants pour démontrer qu’il faudrait être d’une naïveté consternante pour accorder le moindre crédit aux promesses creuses de Poroshenko.

Les Juifs américains devraient absolument se réjouir du caractère démocrate de Poroshenko, mais seulement après que les organisations chargées de surveiller l’antisémitisme mondial auront confirmé que la situation en Ukraine s’améliore, et non le contraire. D’ici là, « la satisfaction » est la dernière chose que ceux qui s’intéressent à l’antisémitisme devraient ressentir à propos de l’Ukraine.

Lev Golinkin est l’auteur de A Backpack, a Bear, and Eight Crates of Vodka [Un sac à dos, un ours et huit caisses de vodka, NdT].

Source : Forward, Lev Golinki, le 20 mai 2018.

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.


Symboles et saluts nazis durant une marche des nationalistes ukrainiens, par Cnaan Liphshiz

Source : Jewish Telegraphic Agency, Cnaan Liphshiz, 29-04-2018

Des centaines de personnes ont participé à une marche nationaliste dans la ville ukrainienne de Lviv, exhibant des symboles nazis en mémoire d’une unité de Waffen SS au sein de laquelle servirent de nombreux volontaires locaux.

Eduard Dolinsky, directeur du Comité Juif Ukrainien, a condamné la marche de samedi en l’honneur de la 14ème division de grenadiers de la SS, ou Division SS Galicie, la désignant comme « un événement scandaleux, qui ne devrait pas être autorisé en Ukraine, à la gloire des tueurs de Juifs et d’autres victimes ».

Andrew Srulevitch, le directeur des affaires européennes à la Ligue Anti-Diffamation [organisation qui se décrit comme un rassemblement d’activistes, experts et enseignants qui lutte contre l’antisémitisme et toutes les formes de haine, NdT] a écrit sur Tweeter dimanche que « les dirigeants ukrainiens doivent condamner de telles manifestations pendant lesquelles les extrémistes ukrainiens glorifient les divisions SS ukrainiennes (Division SS “Galicie”), en faisant le salut nazi au beau milieu d’une des plus grandes villes d’Ukraine ».

Cette manifestation a eu lieu à l’occasion du 75ème anniversaire de la création de la Division SS Galicie sous l’égide des nazis. Elle a été organisée par un ensemble d’organisations nationalistes fédérées sous le nom de Corps National de la région de Lviv, selon le site d’information Zaxid. En plus des symboles de la Waffen SS, plusieurs dizaines de participants brandissaient des pancartes portant l’insigne de la Division SS « Galicie ».

Cette manifestation faisait suite à une série d’actes de vandalisme contre des sites juifs.

Dans la ville de Ternopli à l’ouest de l’Ukraine, un peu plus de 100 km à l’est de Lviv, un monument commémorant l’Holocauste a été incendié jeudi. Il s’élève à l’endroit où des milliers de juifs ont été sauvagement assassinés par les nazis et la police locale. Les enregistrements des caméras de surveillance montrent un homme s’approchant rapidement, lançant un engin incendiaire sur le monument puis s’enfuyant tandis que l’incendie éclatait. Ce même monument a été attaqué à trois reprises depuis 2017.

Également la semaine dernière, dans la ville de Poltava, dans l’Est de l’Ukraine, une svastika et les mots “Heil Hitler” ont été peints à la bombe sur un monument à la mémoire des victimes de l’Holocauste. Les vandales, qui n’ont pas été identifiés, ont aussi écrit « Mort aux youpins ».

Quelque 110 km au Nord-Est de Ternopil, à Ostroh, des pèlerins juifs ont constaté vendredi que la tombe du Rabbin Shmuel Eliezer Eideles, un érudit du 17e siècle, avait été vandalisée, selon Hamodia.

À Odessa, un énorme graffiti qui disait « Les Juifs à la mer » a été écrit sur la façade d’un hôtel, côté mer.

Ces incidents et la manifestation coïncident avec la publication, dans les médias ukrainiens, d’une lettre signée par 57 membres du Congrès américain condamnant la législation ukrainienne qui, selon eux, « glorifie des collaborateurs des Nazis ». Cette lettre est la réprimande publique la plus dure de l’antisémitisme de l’Ukraine, par des élus américains, depuis des années. Il y est aussi écrit que le monde voit « une ascension de cette idéologie haïssable ».

En Ukraine, la révolution en 2013 qui a mis fin au régime d’un allié-clé du Kremlin s’est accompagnée d’une vague nationaliste. Celle-ci coïncide avec ce que des chercheurs israéliens sur l’antisémitisme ont appelé, en janvier, une augmentation massive d’incidents antisémites liés à l’inaction du gouvernement.

La glorification des combattants qui se sont alliés avec les Nazis contre la domination russe a considérablement augmenté après 2013. En 2015, le Parlement ukrainien a voté une loi qui criminalise la négation « de l’héroïsme » de certains de ces alliés de l’Allemagne nazie, qui ont supervisé l’extermination quasi-totale des Juifs de la région.

Source : Jewish Telegraphic Agency, Cnaan Liphshiz, 29-04-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

 

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Un article appelle au bombardement du pont de Crimée

Un article appelle au bombardement du pont de Crimée


Il montre comment la guerre de l’information est menée


Par Andrew Korybko – Le 26 mai 2018 – Source Oriental Review

Crimean BridgeUn collaborateur du Washington Examiner a appelé l’Ukraine à bombarder le nouveau pont de Crimée. Tom Rogan a imploré le nouvel allié des États-Unis en Europe de l’Est à frapper le dernier projet d’infrastructure de la Russie avec des frappes aériennes afin de le rendre temporairement inutilisable dans une opération fantastique qui, selon lui, pourrait même recevoir un soutien militaire américain. Tout en reconnaissant que la Russie riposterait presque certainement, Rogan estime que les bénéfices en terme de soft power l’emporteraient sur les coûts en hard power en raison de l’immense symbolisme que serait l’Ukraine bombardant ce pont, une position ultra-extrémiste qui prouve son radicalisme idéologique.


Il appelle fondamentalement Kiev à commettre une attaque terroriste contre un actif civil, un crime flagrant qui pourrait à son tour provoquer une réaction militaire écrasante de la part de l’armée russe, et tout cela pour faire de la propagande contre le président Poutine.

Mis à part le fait que la suggestion de Rogan est contre-productive pour l’État ukrainien qu’il prétend défendre, sa diatribe dans le Washington Examiner est un abus de la liberté de parole parce qu’elle sert à rationaliser le terrorisme et à l’excuser préventivement. Non seulement cela, mais l’auteur ferait certainement l’objet d’une enquête et serait même immédiatement détenu et interrogé par le FBI s’il exhortait publiquement quiconque à bombarder un pont américain.

Tom Rogan
Le comité d’enquête russe (RIC) a ouvert une procédure pénale contre le journaliste américain Tom Rogan, qui a imploré l’Ukraine de faire sauter le pont de Crimée

Comme cela arrive souvent, l’agresseur profite de cette guerre de l’information pour se présenter maintenant comme la victime, Rogan courtisant la sympathie du public, après avoir été piégé par des comédiens russes célèbres et alors qu’il fait l’objet d’une procédure pénale contre lui à Moscou.

C’est ainsi que les opérations de gestion de la perception fonctionnent généralement parce qu’elles voient souvent un provocateur dire quelque chose d’absolument absurde pour déclencher une réaction de la part du destinataire, après quoi la réponse de la victime ou du pays est recadrée comme une attaque hostile et non provoquée pour confirmer le biais de perception souhaité auprès du public. Que ce soit la véritable intention de Rogan ou non, on dirait qu’il se positionne pour devenir le porte-flambeau de la croisade anti-russe après le décès du sénateur McCain.

L’article présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 25 mai 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/un-article-appelle-au-bombardement-du-pont-de-crimee

 

Pourquoi la Russie ne réplique-t-elle pas ?

Pourquoi la Russie ne réplique-t-elle pas ?


Par Dmitry Orlov – Le 24 mai 2018 – Source Club Orlov

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Beaucoup de commentateurs ont remarqué un fait curieux : lors du défilé du 9 mai sur la Place Rouge à Moscou, Poutine est apparu en présence du Premier ministre israélien Netanyahou. À cette même époque, l’armée de l’air israélienne tirait des missiles sur des cibles syriennes et iraniennes en Syrie (Une grande partie des défenses aériennes syriennes ont été détruites [avec quelques réserves, NdT]) et les Syriens ont tiré sur des positions israéliennes sur les hauteurs du Golan (territoire syrien occupé, aussi cela n’a donc pas compté comme une attaque contre Israël à proprement dit). Pourquoi la Russie n’a-t-elle pas pris la défense de son allié syrien ? De plus, on parlait de vendre le très puissant système de défense antiaérien S-300 de la Russie à la Syrie, mais cette offre a été retirée par la suite. Est-ce vraiment là le comportement d’un allié ?

Ou prenons un autre exemple : les relations entre la Russie et l’Ukraine sont dans une spirale descendante depuis le putsch de Kiev en 2014 qui a renversé le gouvernement constitutionnel. La région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, souffre d’un affrontement militaire, et elle est en proie à des provocations ukrainiennes contre la Russie et des sanctions économiques et politiques de la part des États-Unis et de l’UE en réponse à l’annexion de la Crimée et au conflit instable dans le Donbass qui a fait près de dix mille morts. Et pourtant, le principal partenaire commercial de l’Ukraine reste… la Russie. Non seulement la Russie continue-t-elle à commercer avec l’Ukraine, mais elle a également absorbé un exode de réfugiés économiques, exportés par une économie ukrainienne effondrée, un exode qui se compte en millions de personnes. La Russie a réinstallé ces réfugiés, leur a permis de trouver du travail et leur permet d’envoyer de l’argent à leurs proches en Ukraine. En outre, la Russie a refusé de reconnaître politiquement les deux républiques séparatistes de l’Est de l’Ukraine. La seule réponse réelle de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine a été de revendiquer la Crimée. Mais cela coule plus ou moins de source : la Crimée faisait partie de la Russie depuis 1783, et le transfert de la Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine, sous Nikita Khrouchtchev en 1954, violait la Constitution de l’URSS qui était en vigueur en ce temps.

Encore un autre exemple : les États-Unis, avec l’Union européenne agissant comme un serviteur obéissant, ont imposé diverses sortes de sanctions à la Russie depuis la loi Magnitski en 2012 qui a été poussée par l’oligarque incroyablement corrompu William Browder. Ces sanctions ont parfois été quelque peu dommageables, parfois utiles (stimulant le remplacement des importations en Russie) et parfois tout simplement sans intérêt. La Russie est trop grande, trop importante et trop puissante pour quiconque, même une entité aussi grande que les États-Unis et l’UE réunis, pour l’isoler ou la faire plier en imposant des sanctions. Dans certains cas, il y a eu un puissant effet boomerang qui a causé plus de souffrances aux sanctionneurs qu’aux sanctionnés. Mais la Russie n’a pas vraiment fait grand-chose pour y remédier, si ce n’est de travailler au remplacement des importations et d’établir des relations commerciales avec d’autres nations plus amicales. Elle aurait pu nuire aux États-Unis, par exemple, en bloquant la vente de pièces en titane sans lesquelles Boeing ne serait plus en mesure de construire ses avions. Ou elle pourrait interdire la vente de moteurs de fusée aux États-Unis, et les États-Unis seraient alors incapables de lancer des satellites. Mais la Russie n’a rien fait de tout cela. Au lieu de cela, elle n’a cessé de répéter que ces sanctions sont improductives et inutiles.

Un autre : en violation des accords conclus entre la Russie et les pays de l’OTAN, l’OTAN s’est étendue jusqu’à la frontière russe et a récemment transformé les petits États baltes d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie en une sorte de parc militarisé juste à côté de la frontière russe. L’OTAN y stationne des milliers de soldats et les entraîne à… attaquer la Russie. La Russie s’est plainte de cela, mais a continué à commercer avec tous les pays concernés. En particulier, elle a continué à fournir de l’électricité aux pays baltes et à utiliser les ports de la Baltique pour expédier ses produits. Lorsque la Lettonie a récemment interdit l’utilisation du russe dans les écoles (un tiers de la population est russe) et a commencé à violer les droits des Russes lituaniens qui tentaient de lutter contre cet affront, les Russes eux-mêmes ont avalé cet acte flagrant de discrimination anti-russe sans broncher. En Lettonie, les lumières sont toujours allumées et les trains de marchandises russes chargés roulent encore de l’autre côté de la frontière.

« Pourquoi cela ? », pourriez-vous me demander. « Pourquoi une telle attitude passive contre ces nombreux délits, magouilles et blessures ? » On ne peut pas dire que la Russie est trop grande pour être touchée. Les sanctions en 2012 ont été un fléau, puis en 2014 l’économie russe a pris un sérieux coup (mais la plupart du temps à cause des prix plus bas de l’énergie, pas de sanctions). Le rouble a perdu la moitié de sa valeur et le taux de pauvreté de la Russie a grimpé. Que se passe-t-il alors ?

Pour comprendre cela, vous devez prendre du recul et regarder le contexte global.

  • La Russie est le plus grand pays du monde en taille, mais certainement pas en termes de population. Ses frontières sont très bien défendues, mais elles s’étendent sur 61 000 kilomètres.
  • La Fédération de Russie est russe de nom, mais elle comprend plus d’une centaine de nations différentes, les Russes ethniques représentant un peu plus de 80% et six autres nations ayant plus d’un million de membres.
  • Elle est bordée par 16 États souverains, plus que tout autre pays, y compris deux frontières maritimes (avec le Japon et les États-Unis) et deux autres États non reconnus à l’échelle internationale (Abkhazie et Ossétie du Sud).
  • Elle a la plus grande diaspora au monde, avec entre 20 et 40 millions de Russes (selon la façon dont vous les comptez) vivant en dehors de la Russie proprement dite. La plus grande communauté russe à l’étranger est aux États-Unis et compte environ 3 millions de personnes.
  • Les troupes de maintien de la paix russes ont servi dans de nombreux pays autour de la Russie et dans le monde entier − Abkhazie ; Ossétie du Sud ; Arménie ; Transnistrie ; Tadjikistan ; Bosnie ; Kosovo ; Angola ; Tchad ; Sierra Leone ; Soudan − et continuent d’empêcher les conflits latents de se transformer en guerre ouverte.
  • L’immensité de la Russie et sa richesse en ressources naturelles en font l’un des principaux fournisseurs de produits économiquement essentiels dans le monde, notamment le pétrole, le gaz, l’uranium et le charbon qui empêchent les lampes de geler dans des dizaines de pays. Peu importe ce qui ne va pas dans les relations internationales, elle doit rester un fournisseur stable et fiable.

Dans cet environnement, contrer les gestes hostiles (et surtout futiles) émanant de l’autre côté de l’océan avec d’autres gestes hostiles (et généralement futiles) serait contre-productif : certaines personnes seraient touchées, et il est probable qu’elles seraient Russes.

Ainsi, une partie de l’approche gagnante consiste à se débrouiller, en maintenant les meilleures relations possibles avec autant de pays que possible, les voisins en particulier, parlant à tous dans chaque conflit et essayant de désamorcer et d’équilibrer soigneusement les intérêts disparates de tous. La Russie entretient de bonnes relations avec l’Iran et l’Arabie saoudite, qui sont des ennemis jurés, et avec la Syrie et Israël, qui se tirent dessus.

L’autre partie de l’approche gagnante pour affronter un monde extérieur de plus en plus hostile est de s’organiser doucement pour une autarcie limitée ; ne pas se fermer au monde, mais prendre des mesures pondérées pour devenir relativement invulnérable à ses vicissitudes. La Russie est déjà autosuffisante en énergie, fait des progrès dans son autosuffisance alimentaire, et le prochain défi est d’atteindre l’autosuffisance en matière de technologie et de finance.

Vu dans ce contexte, les échecs apparents de la Russie à agir avec force se révèlent être des étapes d’un équilibre prudent :

  • Les Israéliens bombardent la Syrie tandis que Netanyahou est à une place d’honneur lors du défilé à Moscou. La Syrie riposte en bombardant son propre territoire sur les hauteurs du Golan. Puis la Russie décide de ne pas vendre le système S-300 à la Syrie. Qu’est-ce qui vient de se passer ? Eh bien, Israël vient de reconnaître le Jour de la Victoire, le 9 mai, comme sa propre fête nationale. Un tiers des Israéliens sont en fait russes, et beaucoup d’entre eux se sont sentis très fiers d’être Russes ce jour-là, et ont participé à de grandes parades qui ont été diffusées à la télévision russe. Face à la montée de l’antisémitisme en Europe et aux néo-nazis incontrôlables en Ukraine, la Russie et Israël sont unis. Ensuite, il y a le fait qu’Israël n’aime pas qu’il y ait des Iraniens en Syrie. Ils ont certainement le droit de le faire, étant donné que les Iraniens continuent de parler de la façon dont Israël devrait être détruit [C’est l’avis de l’auteur, NdT]. Mais la présence iranienne en Syrie est sur invitation, ce n’est donc pas la préoccupation de la Russie. Voir Israël bombarder la Syrie n’aide pas la Russie, mais ce n’était pas la première fois et ce ne sera pas la dernière. La Syrie a réussi à abattre des missiles israéliens et à tirer sur des Israéliens sur les hauteurs du Golan. C’était une nouvelle évolution, une escalade et les escalades sont toujours mauvaises. Vendre le système S-300 aux Syriens aurait permis à la Syrie d’abattre n’importe quoi en l’air venant d’Israël, et comme la situation vient juste de s’envenimer, leur donner la possibilité d’augmenter le niveau d’escalade pouvait sembler une mauvaise idée.
  • L’Ukraine provoque continuellement la Russie et viole les droits des huit millions de Russes qui y vivent, et pourtant la Russie reste le plus grand partenaire commercial de l’Ukraine. Qu’est-ce que cela donne ? Eh bien, il y a le fait désagréable que l’Ukraine est actuellement gouvernée par des gens qui, pour employer un terme russe très spécifique, sont « inadéquats ». C’est un régime illégal, immensément corrompu, soutenu par un autre régime qui par delà l’océan est, en passant, aussi plutôt « inadéquat », dirigé par un bouffon ridicule qui est à son tour contrarié à tout instant par un « État profond » immensément corrompu. Mais ce sont des faits temporaires, et en aucun cas, ils ne l’emportent sur le fait intemporel que les Russes et les Ukrainiens sont essentiellement les mêmes personnes (à l’exception de quelques tribus qui habitent principalement à l’ouest du pays qui fut pendant des siècles un no man’s land au cœur de l’Europe centrale, juste à côté de la Transylvanie, d’où viennent les vampires). Les Russes et les Ukrainiens sont génétiquement indissociables, et il y a de nombreuses nations en Russie qui sont beaucoup plus différentes culturellement des Russes que les Ukrainiens. La stratégie gagnante dans ce cas est d’éviter de faire du mal à l’Ukraine, car elle se blesse déjà assez elle-même et parce que cela ne ferait que blesser d’autres Russes. Au lieu de cela, il est plus logique d’être patient et d’attendre. En fin de compte, les Ukrainiens en auront assez et prendront les choses en main, se débarrasseront de ces bons-à-rien et de leurs donneurs d’ordre outre-mer et la relation deviendra finalement plus normale
  • En ce qui concerne les sanctions occidentales, la Russie a imposé des contre-sanctions et elles étaient intelligentes. La Russie a interdit diverses catégories d’importations alimentaires en provenance de l’UE. Cela a permis d’augmenter la production alimentaire en Russie et d’amener la Russie vers l’autosuffisance. Étant donné que les agriculteurs dans l’UE sont politiquement assez puissants, cela a rendu les sanctions américaines impopulaires en Europe. Ajoutez à cela le fait que les États-Unis veulent maintenant sanctionner les importations d’énergie russe en Europe, forçant les Européens à acheter cette énergie aux États-Unis, dont les approvisionnements sont beaucoup plus chers et moins fiables, et vous pouvez voir pourquoi les Européens en ont déjà assez de l’ingérence de Washington. Bien sûr, après avoir abandonné une grande partie de leur souveraineté, il y a longtemps, les Européens font face à de grandes difficultés pour essayer de la récupérer, mais au moins ils commencent à y penser. C’est déjà une victoire pour la Russie : elle a besoin de pays indépendants et souverains comme voisins, et non pas d’une bande de vassaux irresponsables aux ordres de Washington. En ce qui concerne l’imposition de contre-mesures envers les États-Unis eux-mêmes, cela causerait plus de dommages économiques sans obtenir d’avantages politiques.
  • Sur l’empiètement de l’OTAN sur les frontières russes, les slogans anti-russes des milices baltes et les troupes de l’OTAN s’entraînant à « attaquer la Russie », pour être franc, les Russes se sentent un peu insultés, mais ils n’ont pas vraiment peur. Tout le monde sait que l’OTAN fait partie du racket des institutions de défense américaines. Son but est de voler des cargaisons d’argent, pas de faire des armes qui fonctionnent ou de former des armées qui peuvent se battre. Il y a maintenant un peu de blindage et de main-d’œuvre de l’OTAN prépositionnés dans les pays baltes, mais pas assez pour envahir réellement la Russie d’une manière significative. Et s’ils le font, ils se sentiront très vite très seuls. Vous voyez, les blindés de l’OTAN ne passent pas sous la plupart des ponts et ne peuvent pas parcourir de grandes distances sur des terrains accidentés comme les blindés russes. Ils doivent être transportés sur le champ de bataille en train ou sur des camions à plate-forme sur les routes fédérales. Ou ils doivent être expédiés via des ports en eau profonde. Donc, tout ce que la Russie a à faire, c’est de frapper des ponts et des installations portuaires en lançant des missiles d’à peu près n’importe où, puis de détruire le relativement petit contingent d’envahisseurs, et ce sera fini. L’OTAN le sait, et donc toute cette activité dans les pays baltes n’est qu’un moyen d’acheminer de l’argent vers les États baltes économiquement anémiques et en cours rapide de dépeuplement. Ils souffrent déjà; pourquoi les blesser plus. En ce qui concerne les droits des Russes en Lettonie, on pourrait penser qu’ils ne voient pas d’inconvénient à ce qu’ils soient violés, sinon ils déménageraient en Russie où il y a beaucoup de place pour eux. Ils méritent un fort soutien moral, bien sûr, mais c’est vraiment leur combat, pas celui de la Russie.

Cela ne fait pas de cet article la lecture la plus excitante au monde, mais qu’il en soit ainsi. Les gens recherchent sur Internet des histoires sur des tournants dramatiques, surtout parce qu’ils s’ennuient. Il arrive souvent que les développements les plus importants manquent de sensations, mais cela ne les rend pas moins importants. Par exemple, la Russie réduit ses dépenses de défense, car elle sera bientôt complètement réarmée. Les États-Unis et l’OTAN peuvent-ils faire de même ? Non ! Si jamais ils essayaient, l’establishment américain de la Défense corromprait une nouvelle série de membres du Congrès et de sénateurs, et les dépenses prodigues reprendraient immédiatement. Les Russes peuvent donc rester tranquillement assis, les bras croisés, et regarder la faillite des États-Unis. Ce sera certainement un tournant dramatique des événements ; vous devrez juste attendre.

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

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Retrouvez Dmitry Orlov sur Arte TV pour quelques jours (à partir de 14′), une interview assez honnête, juste un peu caricaturale avec un peu de pub pour le Salon de la Collapsologie.

Traduit par Hervé, relu par Catherine pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-la-russie-ne-repond-pas

 

Des menaces proférées contre un diplomate russe au siège de l’Onu

2 mai 2018
Des menaces proférées contre un diplomate russe au siège de l’Onu

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova a fourni des détails concernant l’incident impliquant un diplomate russe et des Ukrainiens en treillis, qui s’est produit au siège de l’Onu à New York.

Des «vétérans de l’ATO» (opération dite antiterroriste que l’armée ukrainienne mène dans le Donbass) ont menacé mercredi un diplomate russe qui participe aux travaux du comité de l’information de l’Assemblée générale de l’Onu, a annoncé vendredi à New York la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova.

«L’Ukraine a invité des « vétérans de l’ATO », y compris des personnes présentées comme des snipers venus du sud-est de l’Ukraine, à une manifestation médiatique. Après cette manifestation, ces personnes en treillis se sont approchés d’un représentant de la Russie, un employé du service de presse du ministère des Affaires étrangères, et l’ont menacé physiquement. Des personnes en treillis se baladaient au siège de l’Onu, ils criaient, prenaient en photo des diplomates russes et lançaient des menaces. Il s’agit de menaces directes», a indiqué Mme Zakharova qui, elle aussi, participe aux réunions du comité.

Selon elle, l’incident s’est produit lors de «la conférence sur la propagande et les intox que la délégation ukrainienne a organisé le 9 mai au siège de l’Onu, la présentent comme faisant partie des travaux du comité de l’information».

 

La porte-parole a qualifié la conférence organisée par l’Ukraine comme un élément de la «politique de Kiev visant à intimider les employés du ministère russe des Affaires étrangères chargés de l’information», rappelant que les données personnelles des représentants de la diplomatie russe figuraient sur le site internet ukrainien Mirotvorets («Pacificateur»), qui répertorie les «ennemis de l’Ukraine».

La délégation russe a mis le comité de l’information de l’Assemblée générale au courant de l’incident, sans préciser le pays. Mais la porte-parole de la diplomatie ukrainienne «a pris la parole pour dire que son pays avait organisé cette manifestation».

«Imaginez notre surprise quand le président du comité a répondu que le comité n’avait tenu aucune manifestation sous son égide», a noté Mme Zakharova.

Le comité s’est vu présenter une copie du communiqué de presse mis en ligne sur le site de la représentation permanente de l’Ukraine et indiquant que la manifestation organisée dans la salle du Conseil économique et social de l’Onu (ECOSOC) se déroulait sous l’égide du comité de l’information.

 

«Le comité a assuré à la Russie qu’il s’opposerait à de telles pratiques dans l’avenir. Ces promesses ont été faites devant tous les pays membres du comité. Le président du comité a été obligé de se justifier et a plusieurs fois répété qu’aucune manifestation n’avait eu lieu sous l’égide du comité», a précisé la porte-parole.

Selon Mme Zakharova, l’Ukraine «ment aux pays membres».

«Nous assistons à une situation unique. La représentation de l’Ukraine, qui a tenu une manifestation contre la propagande et les fake-news, a elle-même diffusé une fake-news affirmant que cette manifestation faisait partie des travaux du comité de l’information de l’Assemblée générale», a conclu Maria Zakharova.

 

SOURCE    

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/05/des-menaces-proferees-contre-un-diplomate-russe-au-siege-de-l-onu.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Pour construire une “Europe de la paix”, la France doit sortir de l’OTAN, par Thomas Guénolé

5.mai.2018 // Les Crises

Pour construire une “Europe de la paix”, la France doit sortir de l’OTAN, par Thomas Guénolé

Source : Huffington Post, Thomas Guénolé, 04/05/2018

Au lieu de contribuer ainsi à jouer avec le feu, les grandes puissances de l’Union européenne pourraient passer de l’Europe de la guerre à l’Europe de la paix.

Pour construire une “Europe de la paix”, la France doit sortir de l’OTAN.

Les grandes puissances membres de l’Union européenne se trouvent à un moment charnière. Que ce soit en Ukraine, en Libye, en Syrie ou en Irak, l’une après l’autre les poudrières s’accumulent et s’embrasent à leur voisinage. Or, depuis plusieurs années leur tendance est au suivisme de la ligne pyromane de Washington: que ce soit en s’impliquant activement dans ces conflits, en participant à une stratégie de la tension envers la Russie, ou encore en relançant la course aux armements sur le continent européen. Ainsi bâtissent-elles une “Europe de la guerre”, qui transforme l’argument massue pro-Union européenne, “L’Europe-c’est-la-paix”, en mensonge.

Sur la question syrienne, leur position est à la fois va-t’en-guerre et incohérente. Ce fut flagrant avec les situations d’Alep et de La Ghouta. En particulier, le second cas servit de motif à des bombardements sur la Syrie. Ces frappes aériennes ont été présentées comme un devoir face aux attaques chimiques de Bachar al-Assad sur les civils, crime de guerre ayant franchi une “ligne rouge”. En réalité cette position ne tient pas. D’abord, il est absurde de décider vial’arbitraire de quelques grandes puissances que les morts civils d’une guerre sont inacceptables si c’est une attaque chimique, mais acceptables si c’est par bombardement “classique” ou à la machette. Ensuite, aller jusqu’aux frappes aériennes pour les crimes de guerre imputés à telle puissance, mais rester silencieux sur ceux de telle autre, c’est un “deux poids deux mesures” qui disqualifie l’argument moral sous-jacent. De fait, cette contradiction est insoutenable: bombarder la Syrie en accusant son gouvernement d’attaques chimiques sur des civils; mais se taire sur la dizaine de milliers de morts et les millions de civils en détresse humanitaire provoqués au Yémen par les bombardements de l’Arabie saoudite.

À cela s’ajoute la “jurisprudence Colin Powell”: il ne peut plus être question que telle grande puissance, le cas échéant une fiole à la main, décrète la culpabilité d’une autre et que sur sa seule bonne parole, il nous faille valider une chose aussi grave que des bombardements – c’est-à-dire un acte de guerre. Avant de bombarder quiconque pour punir des crimes de guerre, il faut attendre l’identification certaine des coupables par une enquête de l’organisme compétent de la communauté internationale, en l’occurrence le secrétariat technique de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). A défaut, l’on aboutit à l’invasion étatsunienne de l’Irak pour neutraliser des armes de destruction massive que Saddam Hussein ne possédait pas: une invasion qui fit plus d’un million de morts selon le rapport conjoint “Body Count : Casualty Figures after 10 years of the ‘War on Terror” de l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (prix Nobel de la paix 1985), de Physicians for Social Responsibility, et de Physicians for Global Survival. De surcroît, l’on ne saurait bombarder un pays sans avoir au moins un mandat des Nations-Unies, certes plus difficile à obtenir depuis que Washington, Paris et Londres ont outrepassé le mandat obtenu pour agir en Libye, jusqu’à renverser le gouvernement de Mouammar Kadhafi.

Plus simplement, la position des grandes puissances de l’Union européenne sur la question syrienne pose le problème d’un récit trompeur : “les gentils contre les méchants”. En fait, le conflit oppose aujourd’hui le régime autoritaire de Bachar al-Assad à des groupes armés islamistes, tels qu’Al-Qaida en Syrie ou ce qui reste de l’organisation “Etat islamique”. Quant aux forces qui veulent une Syrie laïque et démocratique, elles sont hélas depuis longtemps réduites à la portion congrue. Comme l’a résumé Robert Baer, ancien spécialiste de la CIA pour ce pays, en 2014: “Il n’y a pas de rebelles modérés en Syrie”. Dépeindre autrement la situation, c’est soit faire de la propagande, soit prendre ses désirs pour la réalité.

A ces acteurs s’ajoutent des puissances, grandes ou régionales, qui s’immiscent dans la guerre pour pousser ou défendre leurs propres intérêts dans la région. La Russie intervient pour soutenir son allié syrien, qui héberge une de ses rares bases à l’étranger. Flanqués de leurs alliés européens, les Etats-Unis interviennent au contraire pour subvertir cet Etat lié à la Russie et pousser ainsi plus loin leurs positions dans la région. L’Iran intervient pour maintenir son allié syrien et contenir l’expansion de ses rivaux régionaux. La Turquie se focalise sur le containment des enclaves kurdes qui émergent lorsque s’affaiblit l’Etat central en Syrie ou en Irak. L’Arabie saoudite cherche à participer au conflit sur le terrain de peur d’être marginalisée face à Ankara et Téhéran. En toile de fond, la rivalité croissante de ces trois puissances pour le leadership régional les encourage à intensifier leurs ingérences: ainsi l’actuelle guerre civile au Yémen est-elle indirectement, derrière les forces gouvernementales et les rebelles houthis, une guerre entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Similairement, il n’est pas interdit de penser que si Washington, Paris et Londres ont procédé aux récentes frappes aériennes, c’était surtout pour revenir dans le jeu géopolitique par un acte symbolique spectaculaire (des bombes sur des installations militaires syriennes vidées après qu’ils ont eux-mêmes prévenu la Russie). Le “processus d’Astana” mené en tripartite par Moscou, Téhéran et Ankara menaçait en effet, humiliation géopolitique suprême, de résoudre le conflit syrien sans les Etats-Unis.

Toujours est-il que l’accumulation des actes de guerre unilatéraux par ces puissances porte le risque croissant de déclencher un conflit régional majeur, à l’instar des guerres balkaniques du début du 20ème siècle. L’implication des plus grandes puissances militaires du monde – Etats-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Arabie saoudite, Turquie… – porte même en germe un conflit bien plus vaste. Cette situation n’est pas sans rappeler celle décrite par l’historien Christopher Clark dans Les Somnambules pour la 1ère Guerre Mondiale: à tort, chacun part du principe que ses intérêts à lui sont légitimes et raisonnables, que ceux des autres ne le sont pas, et que c’est aux autres de faire l’effort de courber l’échine ; ceci, jusqu’à la déflagration globale.

Au lieu de contribuer ainsi à jouer avec le feu, les grandes puissances de l’Union européenne, France en tête, pourraient passer de l’Europe de la guerre à l’Europe de la paix. A très court terme, cela supposerait de garantir une enquête indépendante de l’OIAC sur les attaques chimiques en Syrie, afin que sur cette base les coupables soient châtiés, qui qu’ils soient. Cela supposerait aussi d’organiser, conformément à la position des Nations-Unies, une grande conférence internationale de négociations sur l’avenir de la Syrie, avec toutes les puissances impliquées, qu’elles soient grandes ou régionales. Compte tenu du rapport de force, un objectif raisonnable serait d’obtenir alors en Syrie : la protection de toutes les minorités ; le progrès des libertés fondamentales pour la population dans son ensemble ; l’arrêt total des fournitures d’appui et d’armes aux belligérants, en particulier aux groupes armés islamistes ; et l’élimination concertée de ces derniers. Inévitablement, cela supposerait plus largement qu’une conférence similaire traite globalement la poudrière du Moyen-Orient, avec autour de la table aussi bien l’Iran, l’Arabie saoudite et la Turquie que la Russie, les Etats-Unis et les plus grandes puissances d’Europe.

À dire vrai, l’Europe de la guerre prévaut également sur la question ukrainienne. Là aussi, sa position est trompeuse. Il y aurait d’un côté les milices pro-russes fascisantes, adeptes des violences contre les civils ukrainophones, tournées vers la Russie ; et de l’autre les militants de la liberté et de la démocratie, tournés vers l’Europe et les Etats-Unis. Plus largement, lors de la “Révolution Euromaïdan” de 2013, qui a vu des manifestations à Kiev renverser le président pro-russe Viktor Ianoukovitch, il y aurait eu d’un côté un gouvernement corrompu, népotique et pro-Kremlin; et de l’autre des forces politiques démocratiques, intègres et pro-Union européenne. Logiquement, ces mêmes puissances européennes soutiendraient donc le gouvernement ukrainien au nom de la démocratie et des droits de l’Homme.

Là encore, cette position ne tient pas. D’abord, si le président pro-russe renversé en 2013 était effectivement à la tête d’une oligarchie corrompue et népotique, multipliant les actifs bancaires de son fils par dix de 2010 à 2012, les figures de proue du camp opposé ne sont pas en reste. Par exemple, Ioulia Tymochenko, célèbre égérie pro-Union européenne, fait partie elle aussi des oligarques ukrainiens richissimes qui ont participé dans les années 1990, comme dans la Russie des années Eltsine, à de vastes privatisations mêlant clientélisme, affairisme, népotisme et pratiques mafieuses politico-financières. En d’autres termes, en Ukraine le choix n’est pas entre des oligarques corrompus pro-Kremlin et des combattants de la démocratie et de la liberté : il est entre des oligarques corrompus pro-Kremlin et des oligarques corrompus pro-Washington. Plus grave: parmi les forces politiques qui ont renversé le gouvernement pro-russe de 2013 pour installer à sa place un pouvoir pro-OTAN, l’on trouve des néonazis assumés. Par exemple, l’actuel président du parlement ukrainien, Andry Parouby, est le fondateur du Parti social-nationaliste d’Ukraine, c’est-à-dire du parti néonazi ukrainien créé en 1991. De plus, les violences commises par des milices nationalistes sur des civils sont attestées dans les deux camps: à l’est, par des milices pro-Kremlin sur des civils ukrainophones; à l’ouest, par des milices pro-OTAN sur des civils russophones.

Bref, en réalité il y a là une confrontation très dure d’intérêts géopolitiques incompatibles entre une grande alliance, l’OTAN, et une grande puissance, la Russie, dans ce pays que le géopolitologue étatsunien Zbigniew Brzeziński considérait déjà dans son livre Le Grand Echiquier comme un espace stratégiquement crucial pour Washington. A cet égard, la question ukrainienne s’inscrit dans le contexte plus large du dépeçage systématique de la sphère d’influence russe en Europe par les Etats-Unis et leurs alliés européens, en avalant les pays concernés dans l’OTAN et dans l’Union européenne – généralement dans cet ordre.

L’Europe qui participe à cette expansion géopolitique étatsunienne déraisonnable aux marches de la Russie est clairement une Europe de la guerre, de l’hybris ; et non pas une Europe de la paix. Tandis que l’Ukraine reste une poudrière, les grandes puissances de l’Union européenne, France en tête, pourraient changer leur fusil d’épaule, ou plutôt délaisser leur fusil, en prenant l’initiative d’une conférence paneuropéenne sur les frontières du continent européen, avec par conséquent autour de la table l’ensemble des pays dudit continent, Russie incluse. C’est une chose de répéter en se bouchant les oreilles l’intangibilité sacrée des frontières en Europe, dans le déni de chamboulements récents tels que l’éclatement de la Yougoslavie dès les années 1990. C’en est une autre d’examiner la situation rationnellement, pour constater ceci: il n’y a plus de principe de stabilité des frontières en Europe, depuis qu’en dehors de toute décision de la communauté internationale via les Nations-Unies, l’OTAN a imposé unilatéralement la partition de la Serbie, avec pour résultat l’indépendance du Kosovo. A cet égard, l’intervention militaire unilatérale de Moscou pour imposer l’indépendance de la Crimée, suivie de son annexion, est la fille de l’intervention militaire unilatérale de Washington pour imposer l’indépendance du Kosovo.

Une telle conférence paneuropéenne sur les frontières, qui aurait dû avoir lieu dès la chute de l’URSS, pourrait avoir comme objectif raisonnable de les stabiliser en établissant explicitement leurs tracés, ce qui romprait le principe d’instabilité propagé ces quelque vingt-cinq dernières années de part et d’autre du rapport de force. Elle pourrait également organiser un effort de démilitarisation d’une partie du continent. En particulier, démilitariser l’essentiel de l’Europe centrale et la neutraliser (au sens “proclamer des pays neutres”) serait un bon moyen de faire chuter la tension actuelle, irrespirable, entre l’est et l’ouest du continent.

Ceci pose la question plus large de la course aux armements sur le continent européen. Les Etats-Unis entendent ne plus contribuer dans les proportions actuelles aux dépenses militaires de l’OTAN. Ils exigent donc que leurs alliés d’Europe révisent à la hausse leurs propres dépenses: le secrétaire d’Etat Mike Pompeo est d’ailleurs récemment venu le leur marteler à Bruxelles sitôt confirmé dans ses fonctions. Dans un contexte d’austérité obligatoire encore renforcée par le traité budgétaire européen de 2012, il est très tentant pour les grandes puissances de l’Union européenne de répondre par la mutualisation la plus poussée possible de leur effort capacitaire: d’où la résurrection récente du thème de “l’Europe de l’armement”. Si l’on ajoute à cela l’actuelle stratégie de la tension face à Moscou, qui multiplie les mainmises sur des ex-satellites de la Russie pour en faire des membres de l’OTAN littéralement à ses portes, le risque d’un double engrenage de la course aux armements et du bellicisme contaminant toute l’Europe est bien réel.

Avant de se soumettre aux desiderata de Washington, il est donc temps de soulever la question qui fâche: à quoi sert l’OTAN? Elle ne sert pas à défendre la démocratie: la Grèce a pu en rester membre lorsqu’elle était sous la botte du “régime des colonels”. Elle ne sert pas à défendre les droits de l’Homme: des pays qui accumulent les violations des libertés fondamentales, tels la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan, peuvent eux aussi en rester membres. Plus prosaïquement, elle sert tout simplement à rassembler dans une même alliance militaire les vassaux des Etats-Unis de part et d’autre de l’Atlantique Nord.

Plutôt que d’intensifier l’Europe de la guerre, les grandes puissances de l’Union européenne pourraient au contraire saisir l’opportunité du désengagement militaire des Etats-Unis pour désarrimer de l’OTAN la défense européenne. La France pourrait être à l’avant-garde du mouvement: soit en quittant l’organisation; soit en quittant seulement son commandement intégré, comme elle le fit une première fois en 1966. Dans les deux cas, elle redeviendrait une grande puissance non-alignée, garante de sa souveraineté grâce à sa propre force armée, et extérieure aux aventures bellicistes dont l’accumulation sous l’égide de Washington s’accélère depuis deux décennies. Comme ce fut le cas hier, de Charles de Gaulle à François Mitterrand et jusqu’au duo Chirac-Villepin, Paris serait alors un facteur de paix et de concertation des nations, en sa qualité de grande puissance indépendante qui veut et peut dialoguer avec toutes les puissances dans l’intérêt supérieur de la paix.

Source : Huffington Post, Thomas Guénolé, 04/05/2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/pour-construire-une-europe-de-la-paix-la-france-doit-sortir-de-lotan-par-thomas-guenole/

 

[Le Point] – Iran, Syrie, Ukraine… et si Paris jouait gagnant ?

[Le Point] – Iran, Syrie, Ukraine… et si Paris jouait gagnant ?

Par Caroline Galactéros Le Point.fr – 27 avril 2018

POINT DE VUE. La France pourrait réussir un coup de maître diplomatique en réunissant trois solitudes : celles de Trump, Poutine et Rohani.

Et si le pire n’était pas sûr ? Et si, pendant que se donne la mascarade dangereuse d’un monde sorti de ses gonds et pris de vertige belliqueux, pendant que l’on assiste dépités à la mise en scène infantile d’un mauvais scénario (accord sur le nucléaire iranien mis en danger, braises de guerre savamment ranimées en Syrie, Ukraine menaçant de s’embraser de nouveau), on était en fait à la veille d’un chef-d’œuvre… de production française ? Et si les frappes en Syrie n’étaient qu’une très dommageable farce tragi-comique et que, tandis que tout le monde a le nez en l’air, comme dans un festival mondial des cerfs-volants, l’essentiel se jouait en coulisses ?

L’essentiel ? En matière de diplomatie, c’est le cœur, généralement secret et invisible, d’un projet audacieux. Cela requiert une vision, une ambition, une opportunité, un « alignement des planètes », une approche intégrative, du tempérament, de l’entregent, du sang-froid et d’autres choses encore, mais surtout une « idée de manœuvre » générale… Celle-là pourrait s’apparenter à une triangulation géniale. Et si le génie l’emportait, alors, la France, sa crédibilité, sa voix, son aura et une part de son avenir sur la carte du monde seraient sauvées. Bref, un coup de maître. Qui ferait paraître bien ridicules et anachroniques les combats d’arrière-garde de nos statutaires domestiques enfiévrés…

Évidemment, les positions de chacun des acteurs de cette pièce d’auteur, toujours à la merci d’un happening violent, ne sont pas aussi radicales que je les présente ici. Il y a des nuances, des ambivalences dans leur jeu, et l’on peut trouver moult faits et paroles qui semblent contredire ce tableau brossé à grands traits. Néanmoins, le « Kairos à l’envers » est bien là, sous nos yeux. C’est parce que tout va mal que c’est le moment d’agir pour un mieux.

Trois solitudes

Le président américain est un homme puissant mais très seul, cerné de toutes parts par des faucons qui le menacent du pire s’il n’obéit pas, qui jugent son pragmatisme de businessman trop constructif et surtout nuisible à leur volonté d’en découdre tous azimuts pour nourrir un complexe militaro-industriel plus vorace que jamais et le mythe de « la nation indispensable ». Comment ? Tout d’abord en déstabilisant Téhéran au profit d’Israël qui craint une Perse renaissante… et concurrente, dont, au-delà de l’ambition nucléaire, la modernité sociale, le niveau culturel et technologique et l’envergure démographique menacent son monopole régional. En éloignant définitivement la Russie de l’Union européenne et de la perspective cataclysmique, pour l’Otan et son maître, d’un continent sortant de l’enfance stratégique. En cherchant enfin à faire basculer la Syrie sous influence saoudo-turque, cette protégée de Moscou qui a survécu à toutes les manigances et manifeste la résilience d’un peuple et d’un État de façon humiliante pour une Amérique en déroute morale et politique depuis l’aventure irakienne. Trump doit donc survivre à l’intérieur et reprendre la main à l’extérieur.

Le président Rohani, lui aussi, est isolé, fragilisé et en mauvaise posture interne. Il a péniblement convaincu les plus durs du régime de conclure un accord douloureux pour la souveraineté iranienne, qui limitait considérablement leur capacité de sanctuarisation par l’acquisition de la capacité nucléaire militaire. Tout cela contre la promesse d’une levée des sanctions… très partielle et qui n’a pas vraiment eu lieu. Gros investissement donc et petit rapport. L’extraterritorialité du droit américain s’exerce plus que jamais pour figer, geler le marché iranien. En faisant peser le chantage à la sortie unilatérale de l’accord nucléaire prévue… le 12 mai prochain, l’Amérique cherche probablement à négocier en position de force avec Téhéran un avantage concurrentiel initial décisif par rapport au reste du monde qui rêve tout haut du marché iranien. Les industriels européens trépignent, mais se laissent faire, Bruxelles ne les soutient pas, qui plie docilement sous le joug normatif proprement scandaleux de Washington. L’ouverture de l’Iran au monde est en panne, le développement économique impossible, la jeunesse iranienne s’impatiente, les manifestations se préparent… Les enchères montent, les déclarations peu amènes s’entrechoquent et Israël n’attend pour frapper qu’un faux pas du régime, i.e. la reprise de son programme d’enrichissement militaire en cas de rupture de l’accord de 2015.

Vladimir Poutine aussi est seul. Réélu triomphalement, presque seul maître à bord en Syrie, il est l’organisateur de la Coupe du monde de football qui, bien plus que les Jeux olympiques, va permettre d’ici quelques semaines à des millions de personnes, au grand dam de l’Occident, de découvrir enfin que la Russie n’est pas le pays des ogres maléfiques ni un vaste goulag à ciel ouvert. Alors, on teste son sang-froid, on veut le forcer à réagir, on le soumet à un enchaînement de provocations inédit : fournées successives de sanctions visant son premier cercle et cherchant à le déstabiliser économiquement, affaire Skripal, attaque chimique de la Ghouta, contournement humiliant du veto russe au Conseil de sécurité pour lancer des frappes, soutien militaire aux groupuscules ukrainiens qui veulent en découdre avec les indépendantistes de l’ouest du pays, etc. Mais il a compris. Il fait répondre, pied à pied, ses lieutenants éminents qui déroulent un argumentaire qu’il faut bien dire assez embarrassant pour nous. Il en appelle au respect du droit international et à la promotion d’un multilatéralisme tempéré. Il cherche ainsi à faire survivre son pays (comme d’ailleurs devrait le faire l’UE qui n’a rien compris au piège) face à la nouvelle bipolarité stratégique américano-chinoise qui se structure et prend l’ensemble du Vieux Continent en tenailles.

Une manœuvre en triptyque

La France peut réunir ces trois solitudes, qui sont le fruit d’égarements profonds et d’entêtements stériles. Point d’angélisme dans une telle espérance, c’est tout l’inverse ! C’est PRAG-MA-TIQUE, c’est la remise en équation stabilisatrice d’une situation qui est en train d’échapper à ses apprentis sorciers et peut menacer la paix mondiale. C’est précisément dans ce genre de configuration que Paris est à son affaire, puissance singulière et inégalable quand elle le veut, dans le rôle de médiateur créatif et constructif, dans la proposition d’un chemin d’intelligence et d’apaisement en rupture franche avec le dogmatisme, l’alignement et la partialité qui trahissent tant nos valeurs que nos intérêts.

Il s’agirait donc pour Paris de déployer une manœuvre en triptyque consistant à :

– Aider Donald Trump à raison garder sur l’Iran, même si le jusqu’au-boutisme de ses grands subordonnés trouve écho dans sa propre perception négative de l’accord, toutefois essentiellement liée à la personne de son initiateur, Barack Obama. Il faut néanmoins l’aider à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, et parallèlement le convaincre d’empêcher son entourage de ranimer les braises ukrainiennes en lui proposant, contre un soutien russe réitéré et concret au respect des accords de Minsk et à la mise en place d’un dispositif international de contrôle frontalier, d’en finir clairement avec la menace d’une intégration de Kiev dans l’Otan, ligne rouge russe. Cet accord de « swap diplomatique » permettrait par ricochet à Paris et à Washington, toujours avec, et non plus contre Moscou, de mettre en chantier le troisième pilier d’une « déconfliction » globale qui pourrait enfin faire espérer au peuple syrien la fin d’un trop long martyre. Les trois capitales devraient pour cela s’entendre, n’en déplaise à madame Mogherini, qui croit apparemment qu’il suffit de dire que « la Syrie n’est pas un échiquier ni un jeu géopolitique » pour que ce soit le cas, afin de réduire de conserve l’engeance djihadiste d’Idlib et sélectionner quelques interlocuteurs supportables et représentatifs pour participer à un processus politique enfin efficace et crédible de sortie de crise sous l’égide de l’ONU. L’Amérique pourrait rester officiellement en Syrie, mais cette fois-ci de façon constructive, et prendre part à la réduction des dernières poches terroristes comme au relèvement du pays. Une façon peut-être de redorer un blason terni par une « empreinte » irakienne très douloureusement ressentie.

– Aider Vladimir Poutine à trouver sa place dans le nouvel épisode du grand jeu qui se déploie au Moyen-Orient et d’abord en Syrie… S’il mène la danse sur le plan militaire et dispose d’une considérable capacité d’entraînement ou de nuisance, Idlib, province syrienne de 2,5 millions d’habitants et concentration ultime d’islamistes de tous bords succédanés de Daech et d’Al-Qaïda, pourrait devenir, si l’Occident s’en mêlait encore, le tombeau de l’influence russe après les tentatives avortées d’Alep et de la Ghouta. Ce serait là le comble du cynisme occidental, et la démonstration que la paix n’intéresse décidément personne. Moscou trouverait à son tour des terrains de représailles en Europe ou ailleurs. Car la fiction a pris le pas sur le réel récalcitrant. La manipulation est désormais pratiquée larga manu pour renverser les tables trop stables et l’on préfère accuser sans trêve Damas, Moscou et Téhéran (en oubliant opportunément Ankara et Riyad…) que de reconnaître que ces malheureux civils sont les boucliers humains des djihadistes que nous avons follement soutenus et que le régime et ses alliés veulent réduire à juste raison. La toute récente Conférence des donateurs sur la Syrie, qui vise pour « l’Occident » à reprendre pied via l’ONU face au processus d’Astana-Sotchi torpillé cyniquement, vient peut-être d’être mise à profit pour initier une possible convergence tactique russo-européenne au bénéfice général de l’apaisement. En contrepartie, le président russe pourrait plaider auprès de Damas pour que Paris, qui croit qu’on l’attend encore en Syrie alors que son président inflige démenti sur démenti à cette étrange présomption, soit réinséré autrement que formellement dans un dispositif de négociation et associé au relèvement du pays. C’est à Moscou que bien des choses se jouent.

– Aider enfin l’Iran et son président (modéré parmi les conservateurs) à prévenir une nouvelle tentative de déstabilisation politique et sociale et une agression israélienne, en convainquant Trump de ne pas dénoncer l’accord nucléaire. C’est la ligne rouge pour les durs du régime qui se figeront dès lors dans une posture vengeresse et reprendront l’enrichissement de l’uranium. C’en est une autre, ou plutôt un chiffon rouge pour Tel-Aviv qui n’attend que cela pour frapper. Il faut donc conduire Téhéran à juger de son intérêt global d’amender légèrement l’accord contre une véritable ouverture commerciale et financière du pays, et surtout l’assurance d’une signature américaine digne de ce nom. Ne nous leurrons point cependant. Ce qui vient de se passer en Corée du Nord ne peut constituer un précédent applicable à l’Iran. De fait, Donald Trump a fait de nécessité vertu et a reconnu le passage de Pyongyang au statut de puissance nucléaire, donc sanctuarisée désormais contre une attaque américaine. C’est cela seulement qui a permis d’annoncer l’arrêt des essais et de faire retomber la tension avec Pékin.

Un pont entre l’Est et l’Ouest

Une manœuvre de cette envergure est dans les cordes présidentielles. Il faut de la vision, de l’audace et l’intelligence relationnelle indispensable pour faire apparaître le possible et faire ressentir à chacun tout l’intérêt de participer à quelque chose d’inédit et de bon. Paris doit aussi faire agir des émissaires de haute volée, patients, discrets, tenaces, qui voient loin, aient le cœur chaud et la tête froide, des hommes d’expérience et de culture. Espèce rare… Nous en avons quelques-uns. Un, en tout cas, qui œuvre très utilement, en profondeur, dans le temps… et au bon endroit. Au cœur du dispositif. C’est une vraie joie et c’est rassurant. Il faut prier pour que les mauvais génies, les carriéristes inconscients si peu soucieux de l’intérêt national et de la volatilité de la paix du monde, les envieux, les frustrés, les torpilleurs professionnels de tout ce qui marche, les stratèges en chambre et au petit pied le laissent donner sa mesure et ne gâchent pas ses succès pour des gloriettes stériles.

Que gagnerait la France à cette acrobatie magistrale ?

Le plaisir du bel ouvrage, la perspective de revenir dans un jeu d’où nos fautes lourdes passées nous ont expulsés, le sentiment aussi de faire quelque chose de bien pour les peuples syrien, ukrainien, iranien. N’est-ce point là précisément l’un des objectifs affichés de notre politique étrangère ?

Mais ce serait surtout l’occasion de reprendre enfin notre place naturelle, singulière, utile, entre Est et Ouest, celle d’un pont, d’un chemin frayé entre des volontés de puissance et des vanités désespérantes dont tant d’innocents paient le prix. Enfin une vraie contribution au bien commun. Un succès présidentiel sans précédent depuis des lustres, un atout maître pour le rôle de la France en Europe, donc une bonne nouvelle pour celle-ci.

Source : http://www.lepoint.fr/invites-du-point/caroline-galacteros/galacteros-iran-syrie-ukraine-et-si-paris-jouait-gagnant-26-04-2018-2213821_2425.php#xtmc=caroline-galacteros&xtnp=1&xtcr=1

L’affrontement entre l’Ukraine et la Russie se déplace dans la sphère religieuse

0 avril 2018
L’affrontement entre l’Ukraine et la Russie se déplace dans la sphère religieuse

En annonçant une procédure pour la création d’une Église orthodoxe indépendante, le pouvoir ukrainien veut signifier sa volonté de se séparer de la Russie.

 

Que l’annonce vienne du président ukrainien lors d’un voyage d’État en Turquie était un premier indice que l’affaire n’est pas strictement religieuse. Petro Poroshenko n’a d’ailleurs pas cherché à s’en cacher : le lancement d’une initiative pour la création d’une Église orthodoxe ukrainienne unifiée est une question de « géopolitique », a-t-il lancé aux parlementaires ukrainiens.

La déclaration initiale s’est faite à Istanbul le 17 avril, à la suite d’une longue rencontre entre le président ukrainien et le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomeos, l’autorité la plus importante pour la reconnaissance officielle d’une nouvelle Église orthodoxe. Coup politique pour le président ukrainien à un an de l’élection présidentielle, la question de l’autocéphalie est aussi une conséquence de la division de l’orthodoxie dans le pays.[…]

Le Patriarcat de Moscou est en perte de vitesse

Les temps changent, note le sociologue Mikhail Mishchenko : « Le nombre d’Ukrainiens se reconnaissant dans le Patriarcat de Kiev augmente de manière constante depuis 2000, représentant 29 % aujourd’hui ». Le Patriarcat de Moscou est lui en perte de vitesse depuis 2010 : 15 % des Ukrainiens s’en revendiquent.[…]

Le Patriarcat de Kiev s’était joint aux manifestants du Maidan

La reconnaissance d’une Église orthodoxe ukrainienne voudrait dire, pour le Patriarcat de Moscou, « qu’il ne serait plus dépositaire de la naissance historique de l’Église slave », note Nicolas Kazarian. Difficile à avaler pour Moscou, qui pourrait agiter le spectre d’une fragmentation de l’orthodoxie pour bloquer l’autocéphalie.

Au-delà des symboles, l’affrontement entre les deux Églises trouve aussi racine dans l’actualité récente. Les tensions entre le Patriarcat de Moscou et celui de Kiev ont ainsi atteint leur paroxysme avec la révolution de 2014 et le conflit dans l’Est du pays.

Tandis que des prêtres du Patriarcat de Kiev se sont joints aux manifestants du Maidan, le Patriarcat de Moscou a très vite été accusé d’être à la solde de la Russie et de soutenir les séparatistes. Les scandales se sont depuis succédé, contribuant à creuser le fossé entre les deux Églises et permettant au pouvoir ukrainien de présenter l’autocéphalie comme un enjeu de sécurité autant que de construction nationale.

 

La Croix

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/05/l-affrontement-entre-l-ukraine-et-la-russie-se-deplace-dans-la-sphere-religieuse.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/05/l-affrontement-entre-l-ukraine-e

L’implication des forces de l’OTAN dans la guerre du Donbass: Opération UNIFIER

vendredi 27 avril 2018

L’implication des forces de l’OTAN dans la guerre du Donbass: Opération UNIFIER

Il est courant d’entendre parler de l’aide apportée par les pays de l’OTAN à l’armée ukrainienne, bien que l’Ukraine ne fasse pas partie de l’OTAN, bien qu’elle ait un conflit ouvert sur son territoire. Une aide en fournitures, vêtements, formation. Mais l’armée de DNR vient d’accuser les formateurs de l’OTAN d’avoir participé au tir à l’artillerie sur la ville de Yacinovataya. Il semblerait que beaucoup de lignes rouges soient franchies ces derniers temps …

Selon la Convention sur le Statut de l’OTAN, cette organisation bénéficie d’avantages impressionnants. Inviolabilité des locaux et des correspondances, ainsi que de tout document. Immunité des personnes, mais également des experts qui travaillent ponctuellement auprès de l’OTAN sur des missions concrètes. Interdiction de contrôle ou de réglementation concernant les fonds de l’organisation et leur circulation à l’intérieur des pays de l’OTAN. Exonération d’impôts, de taxes et de droits de douanes sur ces avoirs et revenus, également fonciers. Bref, l’OTAN est une entreprise qui marche, qui veut être un Etat dans l’Etat, avec ses règles qui ne peuvent relever de la juridiction nationale. Une super-structure qui suit ses règles et ses intérêts.

C’est alors que l’on apprend qu’avec d’autres pays de l’OTAN, comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne par exemple, le Canada est très actif en Ukraine. Dans le cadre d’un programme lancé après le Maïdan, qui s’appelle Opération UNIFIER:
L’opération UNIFIER constitue la mission des Forces armées canadiennes (FAC) visant à soutenir les forces armées ukrainiennes en Ukraine. Cette opération vise principalement à leur offrir de l’aide en matière d’instruction militaire. Cela les aidera à améliorer et à établir leur capacité militaire. Les FAC coordonnent leur instruction avec celle offerte par les États‑Unis et par d’autres pays qui aident de la même façon. L’instruction militaire s’inscrit dans le soutien global du Canada à l’Ukraine. (…) L’intention est d’aider l’Ukraine à demeurer souverain, sécuritaire et stable.
L’implication politique n’est pas cachée. Et sur Twitter, ces forces canadiennes sont très fières et très actives. L’on trouve ainsi le compte du Lieutenant-Colonel Fraser Auld. Cet individu a un parcours intéressant:

His extra-Regimental postings have included tank and recce Tactics Instructor at the Armour School, Task Force Kandahar Tactical Plans Officer in Afghanistan, Base Operations Officer in Petawawa, Executive Assistant to the Deputy Commanding General of the NATO Training Mission in Afghanistan, and Director of Army Staff 2 at Canadian Army Headquarters.

Lieutenant-Colonel Auld has deployed on four operational tours: in 2001 as a Reconnaissance Troop Leader in Bosnia-Herzegovina; in 2005 as the Second-in-Command of the Reconnaissance Squadron assigned to NATO’s Kabul Multi-National Brigade; in 2008-09 with Task Force Kandahar; and, in 2012-13 with the NATO Training Mission in Afghanistan.


Sur son compte twitter, l’on trouve beaucoup d’informations. Ainsi, ces officiers canadiens participent à la mise aux normes de l’OTAN des champs de tirs. Pour un pays, je le rappelle qui ne fait pas partie de l’OTAN et a un conflit ouvert sur son territoire:

Notre équipe travaillait pour s’assurer que les champs de tirs étaient sûres, avaient du succès et étaient au standards de pour les forces armées d’Ukraine. En commençant avec les compétences de base, nous nous assurons que les manœuvres complexes se dérouleront bien.
Exemple parmi d’autres. Mais qui prend un relief particulier, lorsque l’on apprend que lors de manœuvres encadrées par des officiers de l’OTAN, des tirs d’artillerie ont touché la ville de Yacinovataya. Edouard Bassourine, vice-commandant des forces militaires de DNR, a accusé les forces de l’OTAN d’avoir utilisé l’artillerie de calibre 120 et 82 mm contre le village lors de la formation au tirs des soldats ukrainiens sur du matériel de tir AN/TPQ fourni par les Etats-Unis. Par ailleurs, ces complexes d’artilleries sont déjà installés non loin de Donetsk, sur les toits de plusieurs immeubles (civils) dans la petite ville de Avdeevka.
Est-ce la manière dont le Canada envisage la protection de la souveraineté ukrainienne?
 
Nous sommes assez loin des normes éthiques, morales, de la défense des valeurs démocratiques qui sont censées être les valeurs fondatrices de l’OTAN, cette volonté soi-disant marquée – tout au moins affichée – de privilégier le règlement pacifique des conflit.
 
La voie démocratique de l’Ukraine passe-t-elle par les tirs d’artillerie coordonnés par les soldats de l’OTAN contre les villes du Donbass?

3 commentaires:

  1. De toutes façons les multinationales ont, par définition, des conseils d’administration cosmopolites, des USA, Canada, … , les militaires de l’OTAN et occidentaux sont devenus mercenaires. L’argent est roi de ce monde, « on paye donc vous devez être d’accord avec nous »
    https://fr.sputniknews.com/international/201804271036122252-onu-washington-soutien/

    Répondre

  2. J’espère que la Russie a un oeil sur le Donbass. La prochaine provocation viendra probablement de là. Ce sont des minables capables du pire. L’affaire Krispal, le soit disant emploi d’armes chimiques en Syrie, montrent qu’il leur suffit seulement d’un gros mensonge pour déclencher les hostilités.

    Répondre

  3. J’avoue être halluciné par l’ampleur et le rythme des mensonges occidentaux, malaxés par des organes de presse appartenant à des groupes d’intérêt privés, que tant de gens avalent indistinctement par leur poste de télévision…
    Je souhaite aux peuples non alignés (sur les USA ou la finance) d’être vigilants et solidaires !

    http://russiepolitics.blogspot.fr/2018/04/limplication-des-forces-de-lotan-dans.html?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed:+RussiePolitics+(Russie+politics)

À propos de fake news : des nouvelles du vol MH17 abattu en Ukraine en 2014…

À propos de fake news : des nouvelles du vol MH17 abattu en Ukraine en 2014…


… le pilote qui a abattu le MH17 malaisien ne parlera plus


Par Stratediplo − Le 6 mars 2018 − Source stratediplo

Débris du MH17 abattu en 2014
Débris du MH17 abattu en 2014  ©nbcnews.com

 

Vladislav Volochine s’est éteint le 18 mars dans sa chambre, d’une balle en plein cœur à l’âge de vingt-neuf ans. Pour mémoire, il s’agissait du pilote (alors capitaine) ukrainien qui avait abattu le vol malaisien MH17 le 17 juillet 2014.

La thèse retenue est celle du suicide, même si quelques journaux mentionnent qu’il se serait tiré plusieurs balles dans le cœur (la plupart ne mentionnent qu’une balle). Une enquête de principe a été ouverte par la police, comme l’exige la loi en cas de décès par arme à feu et à plus forte raison sachant que l’immatriculation du pistolet trouvé près de lui avait été ôtée. Son épouse dit l’avoir trouvé mourant dans leur chambre après avoir entendu un coup de feu. Elle a déclaré qu’il avait reçu la veille un appel téléphonique qui avait semblé l’abattre et qu’il n’avait pas voulu en parler.

Évidemment la presse anglaise, à commencer par le Daily Star, accuse la Russie.

Certes l’entourage de Volochine explique que, depuis la tragique méprise du 17 juillet 2014 qui a coûté la vie à trois cents personnes, il n’était plus le même et se trouvait profondément dépressif. Mais c’était un officier, conscient de ses responsabilités de chef de famille avec deux enfants très jeunes. La presse antirusse déclare qu’il a quitté l’armée de l’air « suite aux accusations proférées par la Russie » ce qui est faux puisqu’elles ne l’ont plus touché depuis qu’il les a démenties (spontanément ou sur ordre) en 2014 et qu’il était certainement mieux judiciairement protégé comme officier en service que comme civil. Les conséquences de son obéissance aux ordres du 17 juillet l’ont personnellement beaucoup affecté mais il n’a démissionné de l’armée de l’air que deux ans et demi plus tard, en janvier 2017, pour des raisons économiques.

Dans beaucoup de pays les officiers font vœu d’austérité et de frugalité, mais en ex-Ukraine faillie même la solde à l’air d’un commandant (s’il refuse la corruption) permet difficilement de payer un loyer et de nourrir quatre personnes et c’est pareil pour tous les grades d’officier dans toutes les armes, d’après l’intéressé. Pour expliquer sa démission, Volochine a aussi raconté que les pilotes devaient s’équiper sur leur solde pour améliorer leur sécurité. La combinaison des pilotes est de très mauvaise qualité, déchirable et inflammable, aussi ils en achètent ailleurs, comme lui qui avait commandé la sienne en Biélorussie. Ils n’ont pas de bottines et pilotent en espadrilles ou mocassins de sport selon leurs moyens et des réseaux de volontaires leur offrent casque et masque modernes achetés en Russie. Pour s’engager dans l’armée ukrainienne il fallait posséder un sens du devoir certain, qui ressemble peu à la désertion d’un suicidé.

Le 16 juillet 2014, le régime « Maïdan » de Kiev a annoncé le déploiement d’au moins 27 systèmes anti-aériens Bouk-M1, alors que la résistance au coup d’État du 22 février ne possédait pas d’aéronefs. Le 17 au matin il a fait installer des missiles air-air, exceptionnellement déstockés à cet effet sur deux Sukhoï-25 normalement voués à l’appui-feu (cibles au sol).

Lorsque la Russie a confirmé le plan de vol de son avion présidentiel revenant ce jour-là du sommet BRICS à Fortaleza (Brésil) on a mis en alerte les pilotes et après son passage au-dessus de la Pologne − communiqué par un pays tiers puisque l’Ukraine n’avait pas de satellite au-dessus de l’Europe de l’Est cette semaine-là −  on a activé le radar de poursuite Koupol, d’une portée de 85 km stationné depuis peu près de Styla. Mais celui-ci a accroché un avion erroné, le Boeing 777 malaisien venant d’Amsterdam qui était passé au-dessus de Varsovie à la même altitude (10000 mètres) quarante minutes après l’Iliouchine 96 russe.

L’avion approchant, on a alors fait décoller au moins un Sukhoï-25 et il semble même qu’on ait ordonné à la cible de modifier sa trajectoire et son altitude. Vu de l’arrière et de dessous (conditions de tir) à quelques kilomètres de distance, le nom de la compagnie marqué au-dessus et en avant des ailes était invisible et le pilote a pris les bandes longitudinales bleue et rouge de l’avion malaisien pour les bandes rouge et bleue décrites pour l’avion russe. L’expert aéronautique allemand Peter Haisenko a déterminé d’après les débris que l’avion avait d’abord reçu un missile R60 qui aurait seulement détruit le moteur droit, puis qu’on avait mitraillé au canon de 30 mm la cabine de pilotage (ce qui confirme les observations de l’équipe de récupération de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) tuant les pilotes mais n’interrompant pas le vol de l’avion et qu’enfin on aurait mitraillé la carlingue, l’explosion des réservoirs dans les ailes coupant alors l’avion en deux et provoquant sa chute. En rentrant à la base d’Aviatorskoïe, le Sukhoï-25 de Volochine n’avait plus ses missiles, lui-même a déclaré qu’on l’avait envoyé descendre une cible erronée et le soir au cercle, en apprenant par la télévision la tragédie du Boeing malaisien, Volochine a déploré devant d’autres officiers que cet avion se soit trouvé « au mauvais endroit au mauvais moment ».

Le 8 août un accord secret entre les gouvernements néerlandais, belge, australien et le régime issu du coup d’État du 22 février en Ukraine confiait aux Pays-Bas (pays d’origine de la majorité des victimes) l’enquête sur la destruction en vol du Boeing, en excluait la Malaisie et accordait à chacun de ces pays un droit de veto sur la diffusion des futurs résultats de l’enquête. La Russie immédiatement accusée et détentrice (car voisine) de preuves matérielles ne fut pas admise à y participer, de même que la Malaisie qui le demandait pourtant avec insistance puisque l’avion était non seulement la propriété d’une entreprise malaisienne mais également une portion du territoire malaisien − comme un navire d’ailleurs, en cas de naissance ou décès en vol (ce qui était le cas) il est enregistré par l’état-civil du pays d’immatriculation.

Les États-Unis d’Amérique ont refusé de communiquer à cette commission d’enquête partiale les photographies que leur satellite Key Hole (entre autres) avait prises en survolant la zone au moment même de la tragédie, ce qu’ils cachèrent d’ailleurs pendant plusieurs jours jusqu’à ce que la Russie le prouve. Ladite commission d’enquête n’a jamais réclamé (et a laissé détruire par l’Ukraine) l’enregistrement des communications entre le Boeing et le contrôle aérien de Dniepropetrovsk, toujours examiné dans des cas similaires comme la Russie l’avait immédiatement rappelé et recommandé.

Le régime ukrainien a fait pilonner la zone de l’écrasement chaque fois que les équipes de l’OSCE s’en approchaient, toujours après l’avoir annoncé. Le 21 juillet le Conseil de Sécurité de l’ONU a dû exiger, par sa résolution 2166 présentée par l’Australie (pour la Malaisie non membre) et soutenue par la Russie, un cessez-le-feu dans la zone de l’épave, que le régime ukrainien a ensuite violé tous les jours puis unilatéralement « annulé » le 7 août et lorsque le 8 août la Russie a proposé une nouvelle résolution appelant l’Ukraine à respecter ce cessez-le-feu les États-Unis y ont opposé leur veto.

Pendant quatre mois la commission d’enquête partiale refusa d’aller visiter le lieu sécurisé par la République de Donetsk (qui lui avait envoyé les boîtes noires récupérées sous le feu ukrainien) jusqu’à ce que cette dernière s’adressât à la Malaisie qui annonça alors l’envoi d’une mission médico-légale et technique… ce qui décida le gouvernement néerlandais à envoyer précipitamment une équipe pour enlever (voler) les débris appartenant à la Malaisie.

Pour sa part la presse abonnée aux trois grandes agences de presse de l’Alliance Atlantique multipliait les mensonges, déclarant que le Sukhoï-25 plafonnait à 7 600 m, présentant comme russe un convoi militaire (avec missile Bouk) aisément identifiable comme ukrainien filmé à Krasnoarmeïsk, prétendant prouver l’absence de systèmes anti-aériens ukrainiens dans la région par des images satellites prises une semaine après le drame, puis tentant de faire croire à son public que la Russie aurait introduit des armes anti-aériennes en Ukraine juste pour ce forfait puis les aurait retirées, etc. Comme Stratediplo l’écrivait le 23 décembre 2014, « la vérité sur le vol MH17 ne sera jamais publiée ».

Après son départ de l’armée de l’air Volochine est entré comme cadre civil à l’aéroport de Mykolaïev où il faisait fonction de directeur ce qui lui pourvoyait un salaire un peu meilleur pour entretenir sa famille. Il est difficile de croire qu’il l’ait soudain abandonnée à la misère [en se suicidant] sans une incitation très forte, faisant peut-être justement appel à sa responsabilité de protéger sa famille.

Le suicide sur ordre de Volochine annoncerait-il un réchauffement du plat MH17 ?

Dans un article à diffusion limitée du 4 janvier 2015, Stratediplo écrivait, suite à l’offre hypocrite de trente millions de dollars par l’agence de détectives allemande Wifca pour des informations, que « c’est le capitaine ukrainien Vladislav Volochine qui a été envoyé descendre l’Iliouchine 96 qui ramenait le président Vladimir Poutine du Brésil le 17 juillet […], mais il serait surprenant qu’il vive vieux ».

Stratediplo

http://lesakerfrancophone.fr/a-propos-de-fake-news-des-nouvelles-du-vol-mh17

Dmitri Peskov : « Les Européens ne sont plus des partenaires fiables »

Dmitri Peskov : « Les Européens ne sont plus des partenaires fiables »

Dmitri Sergueïevitch Peskov est l’un des plus proches collaborateurs de Vladimir Poutine. Il travaille à ses côtés depuis l’accession de celui-ci au pouvoir, en 2000. Aujourd’hui secrétaire de presse ‒ porte-parole ‒ du Kremlin, il a accepté, au lendemain de la réélection du président russe, de recevoir Le Courrier de Russie pour faire un point sur la situation politique internationale.

Le Courrier de Russie : Comment jugez-vous l’atmosphère politique internationale qui a entouré cette élection présidentielle en Russie, par rapport à celle de 2012 ? Est-elle pire ou équivalente ?

Dmitri Peskov : La tension va croissant, avec, cette fois, une agressivité vraiment sans précédent de la part de certains États. Je parle évidemment du scandale de la Grande-Bretagne accusant la Russie d’une chose à laquelle notre pays n’est aucunement lié. Et cela sans aucune preuve, sans aucune raison… excepté l’affirmation : « La Russie est coupable ». C’est vraiment difficile à expliquer ou à comprendre. Il y a aussi de très profondes contradictions entre les déclarations de certains pays et leur attitude en Syrie, qui ne nous aident pas dans la recherche d’un règlement politique et diplomatique et mettent en danger l’intégrité territoriale de ce pays, faisant toujours craindre sa désintégration. Sans parler de bien d’autres problèmes. Donc, notre estimation générale est que l’atmosphère internationale est très tendue et, malheureusement, nous observons tous un processus de démantèlement du droit international et de l’ancien système des relations internationales.

« Il faut être deux pour danser le tango »

La Russie fait tout son possible pour normaliser ses relations avec les pays européens et les États-Unis. Mais il faut être deux pour danser le tango… S’il n’y a aucune réciprocité, on ne peut y parvenir. Toutefois, nous restons globalement optimistes et pensons que, tôt ou tard, s’imposera l’idée que de bonnes relations sont bénéfiques pour chacun et pour tous. Il faut être patient. Nous sommes essentiellement concentrés sur des objectifs de réformes intérieures autour du programme de développement économique très ambitieux du président Poutine, et nous avons beaucoup à faire pour les mettre en œuvre. Mais nous serons très heureux de constater l’existence, chez nos interlocuteurs, d’une volonté politique de normalisation des relations avec nous.

Dmitri Peskov sur scène avec le président Vladimir Poutine lors de la conférence de presse annuelle. Crédits : kremlin.ru
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, sur scène avec le président Vladimir Poutine lors de la conférence de presse annuelle. Crédits : kremlin.ru

« Pourquoi devrions-nous avoir à prouver quoi que ce soit ? »

LCDR : Les Occidentaux dénoncent les ambitions politiques de la Russie. Ils la soupçonnent de vouloir casser le système politique international à son profit. Comment réagissez-vous à ces accusations et à ces soupçons ?

D.P. : Nous ne réagissons pas. Pourquoi devrions-nous avoir à prouver quoi que ce soit ? Ce n’est pas nécessaire. Nous montrons notre volonté d’entretenir, à l’avenir, des relations justes et équilibrées, nous souhaitons coopérer dans le domaine commercial et économique, dans le domaine des investissements russes à l’étranger, notamment en Europe. Nous recevons aussi de nombreux investisseurs européens et faisons beaucoup pour leur offrir un contexte d’opérations stable et fiable. Il est d’ailleurs remarquable qu’en dépit de cette atmosphère de tension globale, un grand nombre d’entreprises étrangères restent et se développent en Russie et n’ont nullement l’intention de quitter le pays. Il existe en fait une contradiction manifeste : les tensions diplomatiques et politiques entre certains États et nous ne correspondent pas à l’intérêt manifeste de leurs hommes d’affaires pour la Russie et ne se traduisent pas par des tensions commerciales réelles.

LCDR : La France peut-elle jouer un rôle particulier dans l’amélioration de ce dialogue ?

D.P. : Nos présidents se parlent. Ils vont avoir aujourd’hui un entretien téléphonique. Cela ne signifie pas qu’ils soient d’accord sur tout. Ils ont de nombreux points de divergence, néanmoins la volonté d’échanger, le désir de trouver des solutions aux problèmes actuels, de régler nos différends par le dialogue et non par la confrontation, existent. C’est une chose à laquelle nous accordons une très grande valeur. Et c’est une excellente base pour le développement de nos relations et de diverses formes de coopération futures.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avant la grande conférence de presse du président Poutine du 14 décembre 2017. Crédits : Kremlin.ru
Dmitri Peskov, avant la grande conférence de presse du président Poutine du 14 décembre 2017. Crédits : Kremlin.ru

LCDR : Le récent boycott, par le président Macron, du stand russe au Salon du Livre de Paris où la Russie était l’invitée d’honneur, peut-il affecter cette relation ?

D.P. : Nous comprenons très bien qu’il existe une solidarité transatlantique et que la Grande-Bretagne cherche des soutiens parmi ses alliés. Cela dit, tôt ou tard, ils [les Britanniques, ndlr] vont devoir prouver leurs accusations, et nous espérons que, s’ils échouent dans cette tentative ‒ ce dont nous ne doutons pas ‒, de nombreux alliés comprendront qu’ils doivent repenser leur position envers eux.

« Les relations entre Moscou et Pékin sont fondées sur la non-ingérence et la non-interférence dans les affaires de politique intérieure »

LCDR : Le président chinois Xi Jinping, dans le message de félicitations qu’il a adressé à Vladimir Poutine pour sa réélection, estime que les relations sino-russes sont exemplaires et qu’elles constituent un « exemple pour l’édification d’un nouveau type de relations internationales ». De quel nouveau type de relations s’agit-il ?

D.P. : Ce n’est pas un nouveau système. En fait, c’est le retour à l’ancien système, à celui, traditionnel, des relations intergouvernementales, le seul valable et durable dans le contexte actuel. Cette approche entre Moscou et Pékin est fondée sur la non-ingérence dans les affaires intérieures, la non-interférence dans les questions relevant de la souveraineté nationale et le respect mutuel des traditions et du système politique de chacun. Cette approche nous permet de trouver de multiples points de convergence, bénéfiques à nos interactions. Nous avons de nombreux projets communs, la Chine est l’un de nos principaux partenaires commerciaux. Nous sommes très satisfaits du niveau de relations entre nos deux pays et du dialogue franc et ouvert entre nos deux leaders.

« Vous ne pouvez prétendre être un médiateur utile en Syrie en prenant le parti d’un camp »

LCDR. : Pour revenir à la Syrie, comment la France peut-elle se rendre utile dans le processus de règlement politique ?

D.P. : Vous savez, pour participer à un processus de sortie de crise et de règlement politique, vous devez vous situer dans une position médiane. Vous ne pouvez pas prendre parti pour un camp ou un autre et prétendre, en même temps, être un médiateur utile. Pour jouer un rôle, il faut aussi être attendu et accepté par les parties en conflit. Nous pensons qu’il est important que la France joue un rôle dans le règlement de la question syrienne, mais la France est partie de la coalition internationale dirigée par les Américains. Elle doit donc se déterminer. La Russie fait beaucoup en Syrie. Elle essaie de jouer un rôle important pour sauver ce pays des attaques massives du terrorisme international qui sont très largement sous-estimées. Cela prendra du temps, beaucoup de temps, et nécessitera des efforts. Il est, je le répète, essentiel d’empêcher la désintégration politique et territoriale de la Syrie, faute de quoi les conséquences pour la région toute entière sont imprévisibles.

Des sapeurs russes dans une ville syrienne en ruines. Crédits : ministère de la défense russe.
Des sapeurs russes dans la ville syrienne d’Alep. Crédits : ministère de la Défense russe.

«Les Occidentaux ont soutenu un coup d’État au cœur de l’Europe »

LCDR : En Europe et en France, on ne comprend pas toujours la manière russe, jugée assez lapidaire, voire elliptique, de communiquer, d’expliquer quelles sont les positions politiques du pays. Ne pensez-vous pas qu’il serait utile pour Moscou d’améliorer sa communication, pour une meilleure compréhension mutuelle ?

D.P. : Nous avons le même problème avec les Européens, parce qu’ils ne peuvent plus être considérés comme des partenaires fiables pour nous. Ils sont tout à fait imprévisibles. Concernant la récente affaire en Grande-Bretagne par exemple, l’attitude de Londres ne peut être sérieusement analysée. Assez fréquemment, nous ne comprenons pas la logique de différentes capitales européennes, leur langage, leurs objectifs réels. Ainsi, pourquoi prennent-ils des décisions contraires à leurs intérêts économiques ? Pourquoi adoptez-vous des sanctions contre la Russie en prenant pour prétexte la situation en Ukraine ? Pourquoi déclarez-vous que la Crimée est occupée par la Russie, en fermant les yeux sur le fait que presque 100% de la population de ce territoire veut Poutine comme président et vote pour lui ? Est-ce que cela pourrait se produire dans un territoire occupé ? Évidemment non. En refusant de voir cette évidence, vous prenez des sanctions et mettez du même coup en péril les intérêts de vos entreprises. Incompréhensible… Nous sommes prêts à nous montrer très patients et à expliquer encore et encore notre point de vue à nos homologues européens, mais nous n’observons pas de disposition comparable chez eux, nous constatons même un manque de bonne volonté en la matière…

LCDR : S’agissant de la Crimée, il est difficile d’invoquer la volonté des peuples à disposer d’eux-mêmes, si par ailleurs vous souhaitez des relations internationales fondées sur le respect de la souveraineté nationale…

D.P. : Ce qui s’est passé en Crimée doit être bien compris : il y a eu en Ukraine, au cœur de l’Europe, un véritable coup d’État, soutenu par les États-Unis et par des puissances européennes, visant à faire basculer le pays dans l’orbite de l’OTAN et de l’Union européenne.

Propos recueillis par Caroline Galacteros

Docteur en Science politique, Caroline Galactéros est la présidente du think tank Géopragma. Elle dirige également le cabinet d’intelligence stratégique Planeting. Auteur du blog Bouger les Lignes, elle a publié Manières du monde. Manières de guerre (Nuvis, 2013) et Guerre, technologie et société (Nuvis, 2014).