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Kurt Volker et la stratégie américaine en UKraine

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Entretenir plus de bains de sang en Ukraine, par James W. Carden

Source : James W. Carden, Consortium News, 14-10-2017

Aux USA, les libéraux qui haïssent la Russie et les néoconservateurs se joignent pour viser à plus de guerres en Ukraine, alors que les perspectives de résolution pacifique et rationnelle s’étiolent, explique James W. Carden.

En janvier dernier, le sénateur John McCain a conduit une délégation avec son comparse de longue date le sénateur Lindsey Graham, à un contingent de troupes ukrainiennes non loin de la ligne de front à l’Est de l’Ukraine. En présence du président ukrainien Petro Poroshenko, Graham a dit aux soldats : « votre combat est notre combat… 2017 sera l’année de l’offensive. Nous allons tous rentrer à Washington et nous allons faire pression contre les Russes. »

McCain a promis aux troupes assemblées : « nous ferons tout ce que nous pouvons pour vous procurer ce dont vous avez besoin. »

Quand on examine les longues carrières des deux sénateurs républicains, il est difficile d’échapper à la conclusion de la blague que McGeorge Bundy a dit au célèbre chroniqueur de la Guerre Froide Joe Alsop – « qu’il ne l’avait jamais vu se rendre nulle part où le sang pouvait couler d’où il ne soit jamais revenu en demandant plus de sang » – s’applique entièrement à McCain et à Graham.

En effet, la loi du mois dernier sur l’autorisation de la Défense nationale montre que – à défaut d’autre chose – McCain et Graham peuvent tenir parole : le projet de loi récemment voté sur les crédits de défense prévoit 500 millions de dollars, dont « une assistance défensive fatale » à Kiev faisant partie des 640 milliard de dollars de dépenses globales.

L’aide arrive à point nommé pour le président ukrainien Porochenko, dont la cote de popularité tourne autour de 16%. Dans le but d’éviter la possibilité d’un coup d’État d’extrême droite, Porochenko en revient à frapper les tambours de guerre, promettant, eh bien, plus de sang.

Dans un discours peu couvert à l’Académie militaire américaine de West Point le 19 septembre, Porochenko a promis que « les armes américaines nous aideront à libérer le Donbass et à récupérer les territoires ukrainiens ». Il a également noté que l’Ukraine dépensait environ 6% de son PIB « Une somme », a-t-il observé, « beaucoup plus important que les exigences pour les membres de l’OTAN ».

Clairement, la condamnation par Washington des gouvernements qui mènent la guerre « contre leur propre peuple » reste sélective, en fonction de qui commet le meurtre et qui meurt. Dans ce cas, il semblerait que les Ukrainiens russophones ne comptent simplement pas.

En plus de promettre une guerre plus large dans le Donbass, Porochenko a promis à plusieurs reprises qu’il essayera de devenir membre de l’OTAN. En août, lors d’une visite du secrétaire américain à la Défense James Mattis, Porochenko a déclaré : « Notre caravane ukrainienne est en marche et nous avons une route à parcourir : une large autoroute euro-atlantique menant à l’adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN. »

Les violations des droits de l’homme de l’Ukraine

Il y a un certain nombre d’objections à un autre cycle d’expansion de l’OTAN. Comme je l’ai rapporté en février 2015 : « Le gouvernement [ukrainien] actuel a, selon des organisations qui ne peuvent guère être qualifiées de sympathisantes du Kremlin (Human Rights Watch, Amnesty International, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), commis des crimes de guerre dans sa tentative de battre les séparatistes soutenus par la Russie dans le Donbass. […] La principale considération de l’OTAN ne devrait pas être de savoir si l’OTAN rendra l’Ukraine plus sûre, mais si l’Ukraine rendra l’OTAN plus sûre. La réponse est évidente. »

Il est vrai que le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a insisté, aussi récemment que ce mois-ci dans les médias nationaux russes, que l’OTAN n’envisageait pas l’adhésion de l’Ukraine, disant à Sputnik : « Il n’y a pas de plan d’action pour l’adhésion sur notre agenda ». Stoltenberg a également déclaré, comme il l’a fait lors d’un discours devant le parlement ukrainien en juillet, qu’il croit que l’Ukraine « a le droit de choisir ses propres arrangements de sécurité », notant ensuite que « le mois dernier, l’OTAN a accueilli le Monténégro comme 29e membre de notre Alliance. Cela montre que la porte de l’OTAN reste ouverte. »

Donc, le problème ne semble pas disparaître.

La pression de Porochenko pour rejoindre l’OTAN, qui se déroule dans le contexte de relations s’aggravant entre les États-Unis et la Russie, ignore, peut-être délibérément, l’une des principales causes du bourbier dans lequel se trouvent Kiev et Moscou. La crainte de Moscou, qui n’était pas infondée, était que l’Ukraine puisse rejoindre l’OTAN, ce qui a contribué à déclencher la crise ukrainienne début 2014.

Dans les semaines qui ont précédé l’annexion de la Crimée par la Russie (et juste un peu plus d’un mois avant le début des hostilités dans le Donbass), trois anciens présidents ukrainiens (Leonid Kravtchouk, Leonid Koutchma et Viktor Youchtchenko) ont appelé le régime post-Maïdan à renoncer à l’accord de Kharkiv de 2010 qui a permis à la Russie de baser sa flotte navale dans la mer Noire en Crimée (en échange d’un rabais sur le gaz naturel russe).

Il n’est peut-être pas déraisonnable que cette dernière action, en plus des protocoles de politique étrangère et de sécurité intégrés dans l’accord d’association avec l’Union européenne (signé en juin 2014 par Porochenko), conduise le gouvernement russe à soupçonner à tout le moins que l’OTAN pose les bases pour une absorption éventuelle de l’Ukraine dans l’alliance.

En effet, le lancement par Kiev de son « Opération antiterroriste » violente et aveugle contre le Donbass – avec pour effet d’intimider et d’aliéner des citoyens russophones par ailleurs loyaux dans l’est du pays – a certainement joué un rôle dans la décision du Kremlin de venir à l’aide des rebelles plus tard dans l’été 2014 et encore à Debaltseve au début de l’année suivante.

Des options moins dangereuses

Une alternative raisonnable à l’adhésion à l’OTAN serait un traité sur le modèle du Traité d’État autrichien de 1955, qui était un accord conclu entre les quatre puissances d’occupations de la fin de la Seconde Guerre mondiale (États-Unis, URSS, Grande-Bretagne et France) qui garantissait à l’Autriche son indépendance « Avec la compréhension », selon le Département d’État américain, « que l’État autrichien nouvellement indépendant déclarerait sa neutralité, créant une zone tampon entre l’Est et l’Ouest », signifiant qu’il ne rejoindrait ni l’OTAN ni les pays soviétiques sous le traité de Varsovie.

Charles Bohlen, le diplomate américain légendaire qui a servi comme ambassadeur à Moscou de 1953-57, a rappelé dans ses mémoires « Témoin de l’Histoire » que, en ce qui concerne le Traité d’État autrichien, il croyait « que les dirigeants du Kremlin, et probablement les chefs militaires soviétiques, décidèrent qu’une Autriche véritablement neutre avait plus de valeur pour la Russie soviétique que l’entretien d’un pays divisé où l’Armée rouge n’occuperait qu’une petite moitié. »

La situation dans l’Autriche d’après-guerre – occupée par l’Est et l’Ouest – n’est pas parfaitement analogue à la situation actuelle en Ukraine, mais il semble y avoir des leçons à retenir de l’intuition de Bohlen, que les motifs du Kremlin pourraient inspirer la diplomatie occidentale.

Mais au lieu d’essayer de mettre en œuvre l’accord de paix de Minsk (qui demande que le Donbass reste en Ukraine mais avec une plus grande autonomie vis-à-vis de Kiev) ou de chercher une alternative raisonnable aux questions de sécurité nationale,qui sont bien sûr pressantes et embarrassantes, Porochenko continue de sonner l’alarme sur une autre, cette fois illusoire, invasion russe.

Dans un récent discours devant le parlement ukrainien, Porochenko a affirmé « qu’il y a de plus en plus de preuves que la Russie se prépare à une guerre offensive de dimension continentale. »

Pourtant, le danger n’est peut-être pas aussi clair et aussi présent que Porochenko l’a décrit. Comme l’a observé Mary Dejevesky du journal anglais The Independant : « L’OTAN elle-même avait organisé des exercices dans la mer Noire et avant cela dans et autour des confins ouest de l’Ukraine. Qui, doit-on se demander ici, menace qui ? »

En effet, si la Russie était sur le point de lancer une guerre terrestre en Europe de l’Est, aurait-elle réduit son budget de défense de 25% à 48 milliards de dollars par an, comme l’a annoncé récemment le Kremlin?

Aussi difficile que cela puisse être de le croire pour notre solide bande de nouveaux guerriers de la Guerre froide (dont quelquesuns n’ont guère de connaissances au sujet des relations américano-russes sur lesquelles ils décident si souvent de pérorer), la pression pour un règlement pacifique en Ukraine ne vient pas de Washington, mais de Moscou et de Berlin.

Néanmoins, l’impasse persiste : une résolution du conflit ukrainien – à travers la mise en œuvre des accords de Minsk, ainsi qu’un règlement des problèmes de sécurité en suspens de toutes les parties en conflit – semble rester tragiquement hors d’atteinte.

James W. Carden a servi comme conseiller sur la politique de la Russie au Département d’État américain. Actuellement auteur au magazine The Nation, son travail a été publié dans le Los Angeles Times, Quartz, The American Conservative et The National Interest.

Source : James W. Carden, Consortium News, 14-10-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/entretenir-plus-de-bains-de-sang-en-ukraine-par-james-w-carden/

15 réponses à Entretenir plus de bains de sang en Ukraine, par James W. Carden

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Espagne – Ukraine. Nations réelles contre Nations fictives.

Espagne – Ukraine. Nations réelles contre Nations fictives.

Le cas catalan n’est absolument pas comparable à celui du Donbass car l’Espagne est une Nation millénaire alors que l’Ukraine est une Nation idéologique indépendante depuis 26 ans

.stratpol.com/espagne /ukraine

Critiqué par l’OTAN, Poutine parle longuement de la politique russe en Ukraine

Critiqué par l’OTAN, Poutine parle longuement de la politique russe en Ukraine

NATO Criticism of Russia’s Ukraine Policy Is Answered by Putin


Eric ZuessePar Eric Zuesse – Le 30 octobre 2017 – Source Strategic Culture

Un partisan de l’OTAN a critiqué le président russe Vladimir Poutine pour la politique Ukraine de la Russie, le 19 octobre 2017, lors de la réunion annuelle du Club Valdaï à Sotchi. Poutine a riposté avec la déclaration la plus détaillée à ce jour, décrivant le renversement, en février 2014, du président de l’Ukraine, Viktor Ianoukovitch, démocratiquement élu, comme un « coup d’État » de l’Occident, en particulier de l’UE (qu’il a blâmée pour cela, plutôt que les États-Unis).

Asle Toje, un partisan norvégien de l’alliance militaire anti-russe de l’OTAN, avait soulevé cette question en demandant à Poutine :

« Et l’Ukraine ? Du point de vue européen, la balle est fermement dans le camp de la Russie. Le conflit est semi-gelé et les sanctions censées être dynamiques sont devenues semi-permanentes. Qu’est-ce que la Russie a l’intention de faire à ce sujet ? »

Poutine a répondu :

« Eh bien, nous pensons que la balle est dans le camp de l’Europe, parce qu’en raison de la position totalement non constructive – je choisis mes mots pour ne pas paraître grossier – des anciens membres de la Commission européenne, la situation est allée jusqu’au coup d’État. »

Rappel :

Le 4 février 2014, l’agent que le président américain Barack Obama avait chargé de planifier le coup d’État, Victoria Nuland, amie de longue date de Hillary Clinton, a désigné, à l’ambassadeur des États-Unis en Ukraine, la personne qui devrait diriger le pays à la fin du coup d’État, 23 jours plus tard, le 27 février : « Yats est le gars qui a l’expérience économique et l’expérience du gouvernement, il doit être nommé », a-t-elle dit à l’ambassadeur, Geoffrey Pyatt, et « Yats » Iatseniouk a obtenu le poste de Premier ministre, parce qu’Obama souhaitait que Ioulia Timochenko, farouchement antirusse, soit portée à la présidence de l’Ukraine lors d’une élection, afin de pouvoir qualifier le changement de gouvernement de démocratique, c’est-à-dire élu, non imposé – comme dans le cas de Yats.

Cependant, Timochenko avait trop la réputation publique d’être un agent des États-Unis (et un escroc) pour gagner, et Petro Porochenko a donc remporté l’élection à sa place. Cette élection s’est déroulée dans toutes les régions à majorité ukrainienne du pays, sans permettre le vote des populations dans la plupart des régions majoritairement russophones, où l’homme renversé par Obama, Ianoukovitch, l’avait emporté par plus de 75% des voix lors de la dernière élection démocratique en Ukraine, qui était l’élection présidentielle de 2010 – la dernière élection dans laquelle les Ukrainiens de toutes les régions du pays ont voté. Bien que Porochenko ait été anti-russe, il ne l’était pas autant que Timochenko. Iatseniouk était le subordonné de Timochenko, il avait été choisi par Nuland parce que l’administration Obama pensait qu’après l’élection présidentielle, Yats remettrait le gouvernement à Timochenko, qui dirigeait le parti politique de Yats.

Poutine a blâmé l’UE pour le coup d’État, bien que, en fait, Catherine Ashton, la ministre des Affaires étrangères de l’UE, apprenant le 26 février 2014 que ce renversement avait été un coup d’État et non une révolution démocratique, a exprimé sa stupéfaction et sa déception mais a continué de mener à bien le plan de l’administration Obama pour l’intégration de l’ancienne alliée de la Russie dans l’UE et, comme prévu, dans l’OTAN, afin que des missiles nucléaires américains puissent être installés à la frontière russe aussi près de Moscou que possible, pour une attaque éclair contre la Russie, afin de conquérir le pays. En outre, dans ses instructions à l’ambassadeur à Kiev, Nuland a dit« F-k the UE », car l’aristocratie de l’UE n’était pas aussi désireuse de conquérir la Russie que l’aristocratie américaine. Les aristocraties de l’UE auraient voulu que Vitaly Klitschko dirige l’Ukraine, mais celui-ci n’était pas rageusement anti-russe, comme Timochenko et Iatseniouk. Poutine le savait, il savait que le coup d’État avait été réalisé par les États-Unis et non par l’UE.

Poutine a ensuite décrit le coup d’État ainsi :

« Il y a eu des émeutes soutenues par les États-Unis – à la fois financièrement, politiquement et dans les médias – et dans toute l’Europe.

Ils ont soutenu la prise de pouvoir inconstitutionnelle, sanglante, avec des victimes, et ont poussé les choses jusqu’à une guerre dans le sud-est de l’Ukraine. La Crimée a déclaré son indépendance et sa réunification avec la Russie, et maintenant vous pensez que nous sommes à blâmer pour cela ? Est-ce nous qui avons provoqué le coup d’État anticonstitutionnel ? La situation actuelle est le résultat d’une prise de pouvoir armée anticonstitutionnelle en Ukraine, et l’Europe est à blâmer, parce qu’elle l’a soutenue.

Ce qu’il aurait été plus facile de dire à l’époque, c’est ceci : ‘Vous avez mis en scène un coup d’État, et pour finir, nous sommes les garants.’ En tant que garants, les ministres des Affaires étrangères de la Pologne, de la France et de l’Allemagne ont signé un document, un accord entre le président Ianoukovitch et l’opposition.

Trois jours plus tard, l’accord a été piétiné et où étaient les garants ? Demandez-leur, où étaient ces garants ? Pourquoi n’ont-ils pas dit : ‘S’il vous plaît, remettez les choses telles qu’elles étaient. Ramenez Ianoukovitch au pouvoir et tenez des élections démocratiques constitutionnelles.’ Ils avaient toutes les chances de gagner, à cent pour cent, sans aucun doute. Non, il fallait plutôt qu’ils le fassent par un coup d’État armé. Eh bien, nous avons été confrontés à ce fait, l’avons accepté et signé les accords de Minsk.

Mais les dirigeants ukrainiens actuels sabotent chaque paragraphe de ces accords, et tout le monde peut parfaitement le voir. Ceux qui sont impliqués dans le processus de négociation sont pleinement conscients de cela, je vous l’assure. Aucun pas n’a été fait pour la mise en œuvre des accords de Minsk. Tout le monde dit : ‘Les sanctions ne seront levées que lorsque la Russie se conformera aux accords de Minsk.’ Tout le monde s’est depuis longtemps rendu compte que les dirigeants actuels de l’Ukraine n’étaient pas en mesure de s’y conformer. Maintenant que la situation dans ce pays a atteint son paroxysme en matière d’économie et de politique intérieure, et que la police utilise le gaz contre les manifestants, attendre que le président ukrainien fasse au moins un petit pas pour appliquer les accords de Minsk est un exercice futile. Je ne suis pas sûr qu’il puisse accomplir ceci. Mais il n’y a pas d’alternative, malheureusement. Par conséquent, nous garderons le format Normandie aussi longtemps que nos collègues le voudront, et nous nous efforcerons de mettre en œuvre les accords de Minsk que vous avez mentionnés. »

Poutine n’a jamais blâmé le gouvernement américain pour ce coup d’État, mais il en connaît au moins autant là-dessus que le dirigeant de la firme Stratfor – la CIA privée – qui a décrit l’événement comme « le coup d’État le plus flagrant de l’histoire » parce qu’il avait été très bien documenté par des conversations téléphoniques fuitées et d’autres preuves solides. Il n’y avait aucun doute que le Département d’État américain l’avait dirigé, et, finalement, la preuve est devenue publique que Google et le Département d’État américain préparaient déjà l’opération depuis 2011.

Poutine a continué sa réponse :

« Il ne suffit pas d’interpeller la Russie, il est également nécessaire d’influencer la position de Kiev. Maintenant, ils ont pris une décision sur la langue, interdisant l’utilisation des langues des minorités ethniques à l’école. La Hongrie et la Roumanie ont soulevé des objections. La Pologne a également fait quelques commentaires à ce sujet. Cependant, l’Union européenne dans son ensemble est silencieuse. Pourquoi ne condamnent-ils pas cela ? C’est le silence.

Maintenant, ils ont érigé un monument à Simon Petlioura. C’était un homme aux opinions nazies, un antisémite qui a tué des juifs pendant la guerre. À part le Congrès juif sioniste, tout le monde est silencieux.Avez-vous peur de blesser vos clients à Kiev, c’est ça ? Ces choses ne sont pas faites par le peuple ukrainien, elles sont faites à l’initiative des autorités compétentes. Mais pourquoi gardez-vous le silence ? »

Poutine demandait à l’UE de rester neutre sur la question ukrainienne, pas au gouvernement américain, car Poutine a compris que le gouvernement américain voulait conquérir la Russie et prendre l’Ukraine pour faire avancer cet objectif. alors que beaucoup de pays dans l’UE veulent plutôt avoir la paix et commercer avec la Russie et ne désirent pas l’envahir. Poutine a laissé tomber l’Amérique, dont le gouvernement est – avec l’Ukraine et le Canada – le seul défenseur du nazisme – c’est-à-dire du fascisme raciste – à l’ONU. Mais il sait que s’il blâme le gouvernement américain pour le coup d’État, cela rendra plus difficile les efforts de l’UE pour s’éloigner des États-Unis vers la neutralité, car une telle accusation ne ferait qu’unifier l’OTAN et non la rompre. Il pourrait être en mesure de sélectionner quelques membres de l’UE, pour les mener vers la neutralité et les éloigner des objectifs de l’OTAN d’envahir la Russie, mais cela ne peut fonctionner que s’il minimise la véritable compétition pour le pouvoir entre le gouvernement US qui veut conquérir la Russie et le gouvernement russe qui veut rester une nation libre et indépendante pour protéger sa souveraineté nationale. La raison pour laquelle Poutine blâme l’UE à la place des États-Unis est donc tactique. Ce qu’il dit est particulièrement intéressant : « Ces choses ne sont pas faites par le peuple ukrainien, elles sont faites à l’initiative des autorités compétentes. Mais pourquoi gardez-vous le silence ? » Là, il interpelle les Européens anti-nazis, pour qu’ils se détachent du régime américain pro-nazi d’aujourd’hui. Il dit : opposez-vous à cela, démarquez-vous publiquement.

Puis, il continue :

« J’espère que cela finira par arriver. Je peux voir l’intérêt de nos partenaires, principalement l’intérêt de nos partenaires européens, à résoudre ce conflit. Je peux voir un réel intérêt. Angela Merkel fait beaucoup de choses, investit son temps, s’implique profondément dans ces questions. L’ancien président de la France et le président Macron sont également attentifs. Ils travaillent vraiment là-dessus. Cependant, il est nécessaire de travailler non seulement techniquement et technologiquement, mais politiquement. Il est essentiel d’exercer une certaine influence sur les autorités de Kiev, les amener à faire au moins quelque chose.En fin de compte, l’Ukraine elle-même a intérêt à normaliser nos relations.

Maintenant, ils sont allés nous imposer des sanctions, comme l’a fait l’UE. Nous avons répondu à notre façon. Le président [ukrainien] me demande : ‘Pourquoi as-tu fait ça ?’ Je dis : ‘Écoute, vous avez introduit des sanctions contre nous.’ C’est juste stupéfiant ! »

Il se réfère ici aux autorités de Kiev, et non aux autorités de Washington, car il sait que les Européens dont il parle savent que l’Ukraine est maintenant une nation vassale des États-Unis. Il sait qu’ils savent ce qu’il sait à ce propos. Ensuite, il s’adresse vraiment, non pas aux dirigeants de l’Ukraine, mais plutôt au peuple de l’Ukraine, quand il dit :

« Je crois que cela devient évident et, surtout, cela devient évident pour l’écrasante majorité des citoyens ukrainiens. Nous aimons l’Ukraine et je considère vraiment le peuple ukrainien comme une nation fraternelle, si ce n’est comme une nation, une partie de la nation russe.

Même si les nationalistes russes n’aiment pas cela et les nationalistes ukrainiens n’aiment pas cela non plus, c’est ma position, mon point de vue. Tôt ou tard, cela se produira – la réunification, non pas au niveau interétatique, mais en termes de restauration de nos relations. »

De nombreux sondages ont montré que beaucoup d’Ukrainiens se sentent fraternels envers les Russes. Il essaie de faire appel à ces personnes, de chercher une restauration de l’alliance précédente : la Russie avec les anti-nazis d’Ukraine, au lieu de l’Amérique avec les pro-nazis ukrainiens.

Le questionneur de Poutine, le pro-OTAN Asle Toje, aurait pu répliquer à ce que disait ce dernier, mais il est resté complètement silencieux, peut-être parce qu’il savait que s’il s’opposait à ce que Poutine disait, celui-ci aurait eu une excellente occasion de réagir en faisant allusion au rôle réel joué par l’OTAN – les États-Unis – en Ukraine, le rôle nazi, et peut-être aussi une allusion à la célèbre déclaration de l’Américaine nazie Victoria Nuland « F-k the UE ! », quand elle a donné ses instructions, le 4 février 2014, pour la composition du prochain gouvernement de l’Ukraine. dirigé par les nazis ukrainiens rageusement anti-russes.

Hamid Karzaï, l’ancien dirigeant de l’Afghanistan – ou du moins de Kaboul – était aussi l’un des participants à cette conférence, et il a parlé de la longue histoire de son pays comme un pion dans le Grand Jeu des aristocraties impériales qui mènent des guerres de conquête pour établir des empires et s’emparer des terres des autres. Ensuite, il a commenté spécifiquement le rôle que la prise de l’Ukraine en 2014 avait joué dans la dernière phase du Grand Jeu :

« Sur l’Ukraine et le conflit là-bas, j’étais dans mes dernières années de gouvernement quand cette crise a émergé en Ukraine. Moi, et mes proches collègues du gouvernement sur les questions de politique étrangère et de sécurité, nous nous sommes réunis. Je leur ai dit que l’Ukraine faisait partie de l’Union soviétique et qu’après l’effondrement de l’Union soviétique et l’émergence des États indépendants, l’Ukraine était l’un des pays les plus proches de la Russie pour les relations ethniques, économiques et culturelles. ainsi qu’en termes de valeur que l’Ukraine représente pour la Russie. Donc, mon approche était celle du sentiment et de la sensibilité, mais en gardant à l’esprit le sentiment russe, en gardant à l’esprit la sensibilité russe dans cette région. Voyons cela de la façon suivante : si la Russie essayait de faire du Canada un allié du pacte de Varsovie contre l’Amérique, que ferait l’Amérique ? Ils agiraient plus agressivement que ce que la Russie a fait. En Crimée : pour ce que je comprends, la Crimée a été donnée à l’Ukraine en 1957, est-ce vrai ? Donc, elle faisait partie du territoire russe ».

Son argument selon lequel « si la Russie essayait de faire du Canada un allié du Pacte de Varsovie contre l’Amérique, que ferait l’Amérique ? » était simplement rhétorique, car dans la crise des missiles cubains de 1962, les États-Unis avaient déjà montré ce qu’ils feraient. Si la Russie plaçait des missiles sur les frontières de l’Amérique, ou à proximité, les États-Unis lanceraient une guerre nucléaire contre la Russie. Pour certaines raisons, les Américains ont estimé que cette réponse – menaçant d’une Troisième guerre mondiale – était justifiée pour l’Amérique d’alors, en 1962, mais par ailleurs ne pense pas que ce serait une réponse justifiée de la part de la Russie, maintenant, quand la symétrie est dans l’autre camp, et encore plus que ce n’était le cas en 1962 – parce que l’Ukraine est juste à la frontière russe. Mais, bien sûr, cela serait encore plus justifié dans le cas présent, car la conquête de la Russie est devenue, en 2006, l’objectif stratégique quasi-officiel de l’Amérique, remplaçant l’ancienne doctrine acceptée par les deux parties d’une politique stratégique de maintien de la paix – sous l’égide de la Destruction Mutuellement Assurée (ou MAD) – qui consistait à maintenir un équilibre des armements nucléaires afin d’éviter une Troisième guerre mondiale, au lieu de vouloir la gagner – comme c’est la doctrine US depuis 2006. La Russie croit toujours à la Destruction Mutuellement Assurée, mais l’Amérique est maintenant en quête de l’or, de la victoire nucléaire. C’était implicitement la politique des États-Unis et de l’OTAN depuis le 24 février 1990, mais elle est devenue, depuis 2006, en objectif  dénommé primauté nucléaire, soit la capacité des États-Unis à gagner un conflit nucléaire contre la Russie – conquérir la Russie.

La récente déclaration – du 19 octobre – de Poutine est la plus large qu’il ait jamais faite sur la question ukrainienne, mais ce n’est pas la seule déclaration qu’il a faite à ce sujet.

Un an avant cette dernière discussion à Valdaï, le 12 octobre 2016, lors du huitième forum d’investissement de VTB Capital La Russie vous appelle ! à la recherche d’investissements étrangers en Russie :

« Vous venez de parler de la crise en Ukraine, mais nous n’avons pas fait un coup d’État en Ukraine, n’est-ce pas ? Ils ont caché que, dans une large mesure, ils ont soutenu une opposition radicale, une façon inconstitutionnelle de changer le pouvoir, bien que cela aurait pu être fait différemment : l’ancien président Ianoukovitch avait accepté toutes les exigences et était prêt à organiser des élections anticipées. Ils ont contribué à un coup d’État, et pour quoi ?

Devant le fait accompli, nous avons été contraints de protéger la population russophone du Donbass, nous avons été contraints de répondre aux aspirations des habitants de la Crimée voulant le retour dans la Fédération de Russie, alors a immédiatement commencé un nouveau déchaînement de politique anti-russe et l’imposition de sanctions.

Vous venez de parler des accords de Minsk. Mais nous ne sommes pas les saboteurs de la mise en œuvre de ces accords. »

À cette occasion, parce qu’il répondait à une question qui avait été soulevée par Rick Boucher, ancien membre du Congrès des États-Unis, et maintenant associé dans un cabinet d’avocats, M. Poutine avait été plus direct, en disant : « Nous n’avons pas apporté un coup d’État en Ukraine. Avons-nous fait cela ? Non. D’autant plus que nos partenaires américains ne cachent pas que, dans une large mesure, ils étaient en coulisse, soutenant et finançant une opposition radicale, pour provoquer un changement de pouvoir inconstitutionnel. » Mais il était ambigu quant à savoir si l’Amérique était simplement derrière, « ils étaient en coulisse » ou au lieu de cela ont agi « pour provoquer un changement de pouvoir inconstitutionnel »  [c’est-à-dire en coup d’État]. De toute façon, il n’y a aucun enregistrement de la réponse de Boucher à la déclaration de Poutine.

L’ambiguïté est la norme dans les discours politiques, on le voit partout, et lorsqu’elle apparaît, des raisons tactiques sont habituellement évoquées.

Encore plus tôt, le 23 mai 2014, quelques mois après le coup d’État américain, Poutine participait à la session plénière du 18e Forum économique international de Saint-Pétersbourg, et répondait à une question de Geoff Cutmore de CNBC :

« Le président Ianoukovitch a décidé de reporter la signature et d’engager des discussions supplémentaires. Qu’est-ce qui vient ensuite ? Un coup d’État. Peu importe comment vous choisissez de l’appeler, une révolution ou autre chose. C’est un coup d’État avec l’usage de la violence et des forces militantes. Qui est de quel côté maintenant ? Qui utilise quels outils du passé ou du futur ?

Il est impératif d’être très prudent en ce qui concerne les institutions publiques des nations émergentes, car sinon les choses peuvent déraper vers le chaos, ce qui est exactement ce qui s’est passé en Ukraine. La guerre civile et le chaos sont déjà là. Qui en profite ? Pourquoi l’ont-ils fait, si Ianoukovitch acceptait tout ? Ils devaient plutôt aller voter, et les mêmes personnes seraient au pouvoir maintenant, mais légalement. Nous, comme des idiots, leur paierions les 15 milliards de dollars que nous avions promis, en maintenant les prix du gaz bas pour eux et en continuant à subventionner leur économie…

Voyons les choses en face. Nous sommes tous des adultes ici, n’est-ce pas ? Des gens intelligents et éduqués. L’Occident a soutenu le coup d’État inconstitutionnel. De fait, n’est-ce pas ? Non seulement par le biais des cookies infâmes [allusion à Nuland distribuant des cookies aux insurgés sur la place Maïdan, NdT], mais à travers le soutien médiatique, politique et que sais-je encore. Pourquoi l’a-t-il fait ?

Très bien. Et maintenant vous pensez que tout est de notre faute ? Nous avons proposé un dialogue et on nous l’a refusé. Et après ? La dernière fois que j’étais à Bruxelles, nous avons convenu de conserver ce dialogue ouvert. C’était avant le coup d’État. M. Ulyukayev – il est assis là en face de moi – un homme respectable, parlant anglais correctement, un esprit absolument axé sur le marché, l’un de nos meilleurs spécialistes de l’économie, a été appelé pour consultation. Demandez-lui ce qu’il en pense, après la fin de la session. Je ne m’y attarderai pas maintenant. Mais il n’y a pas eu de consultations. Rien que des slogans.

Quelle est la suite ? Ils ont fait un coup d’État et ne veulent pas nous parler. Que sommes-nous supposés penser ? La prochaine étape fera entrer l’Ukraine dans l’OTAN. Ils ne nous interrogent jamais sur notre opinion, et nous avons découvert au cours des deux dernières décennies qu’il n’y a jamais de dialogue sur cette question. Tout ce qu’ils nous disent, c’est  : ‘Ce ne sont pas vos affaires, cela ne vous concerne pas.’ Nous leur disons : ‘Une infrastructure militaire approche de nos frontières.’, ils répondent : ‘Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas contre vous.’ Donc, demain, l’Ukraine pourrait finir par être membre de l’OTAN, et la prochaine chose que vous savez, c’est qu’un complexe de défense antimissile américain sera stationné sur son territoire. Personne ne nous parle jamais non plus à ce sujet. Ils nous disent simplement : ‘Ce n’est pas contre vous, et cela ne vous concerne pas’

Si nous n’avions pas fait ce que nous avons fait en Crimée, la Crimée aurait été bien pire qu’Odessa où les gens ont été brûlés vifs. Et il n’y a pas d’explications, pas de vraies condamnations par qui que ce soit. Il n’est pas encore clair qui l’a fait, je veux dire la tragédie à Odessa. »

Il a dit ceci, contre l’Ouest, après que la preuve soit portée à la connaissance du public, hormis à l’Ouest, que c’était en fait le régime américain qui avait fait le coup, et qui avait embauché des nazis ukrainiens pour le réaliser,

En première page du New York Times, le 23 octobre 2017, est paru un reportage sur les efforts déployés par les républicains au Congrès américain pour se concentrer sur autre chose que la prétendue manipulation du Russiagate dans la campagne électorale de 2016 aux États-Unis, et sur les efforts des Démocrates du Congrès pour se concentrer uniquement sur ces allégations. Cette histoire du New York Times en première page employait négligemment l’expression « les efforts extraordinaires d’un pouvoir hostile pour perturber la démocratie américaine », comme si c’était déjà prouvé, au lieu d’être seulement une ligne de propagande incessante du Parti démocrate pour expliquer la défaite électorale d’Hillary Clinton. La propagande des médias américains fait de telles choses pour attiser au maximum la haine de son public contre les Russes, et surtout contre le gouvernement russe, et ainsi promouvoir le scénario de la guerre contre la Russie. Poutine sait quelle est l’origine de cette marche vers la Troisième Guerre mondiale, et qu’elle n’est pas en Europe. Il sait qu’elle a eu plus que sa part de guerres, mais que les Américains sont plus malléables à ce sujet, mieux contrôlés par l’aristocratie qui possède le complexe militaro-industriel de la nation.

Eric Zuesse

 

http://lesakerfrancophone.fr/critique-par-lotan-poutine-parle-longuement-de-la-politique-russe-en-ukraine

 

Comment savoir si la Russie a envahi l’Ukraine ?

Comment savoir si la Russie a envahi l’Ukraine ?


Orlov
Orlov

Par Dmitry Orlov – Le 1er septembre 2014 – Source Club Orlov via Le Grand Soir

Jeudi dernier le gouvernement ukrainien, relayé par le porte parole de l’OTAN, a déclaré que l’armée russe avait envahi l’Ukraine. Eh bien, c’est peut-être vrai, qu’en savons-nous ? Ils l’ont déjà dit le 13 août et aussi le 17 août, et chaque fois sans preuve ou avec de fausses preuves. Mais laissons-leur le bénéfice du doute.

Jugez-en vous-même. Voilà la liste des 10 signes qui vous permettront de déterminer si c’est vrai que la Russie a envahi l’Ukraine jeudi dernier ou s’il s’agit d’une nouvelle invention (à porter au crédit de Roman Kretsoul)

Parce que si la Russie était entrée jeudi dernier en Ukraine, voilà à quoi ressemblerait la situation samedi après-midi.

1. L’artillerie ukrainienne est silencieuse. Elle ne bombarde plus les quartiers résidentiels de Donetsk et de Lougansk. C’est parce qu’elle a été localisée avec une grande précision avant l’opération et que, avant jeudi après-midi, elle a été complètement anéantie par des attaques aériennes et des tirs de roquette au sol ; c’était le premier point du programme. Les habitants se réjouissent de voir leur terrible épreuve prendre fin.

2. L’activité militaire sur le terrain, à Donetsk et à Lougansk a complètement changé de nature. À la place des petits groupes de résistants, il y a maintenant des bataillons russes de 400 hommes et des dizaines de blindés suivis des convois de véhicules de soutien (camions citerne, communications, cuisines de campagne, hôpitaux de campagne, etc.) Le flux des véhicules entrant et sortant est incessant, et on peut facilement le voir sur les photos des systèmes de reconnaissance ou des satellites. À cela s’ajoute le flot continu des échanges radios en russe que tout le monde peut intercepter sans problème ; l’opération est devenue impossible à cacher.

3. L’armée ukrainienne a vite disparu. Les soldats et les officiers ont enlevé leurs uniformes, abandonné leurs armes et font de leur mieux pour se fondre dans la population locale. Personne ne pense que l’armée ukrainienne a la moindre chance contre l’armée russe. La seule et unique fois où l’Ukraine a remporté une victoire militaire contre la Russie, c’était à la bataille de Konotop en 1659, mais à l’époque, l’Ukraine avait comme allié le puissant Khanat de Crimée et, vous l’avez peut-être remarqué, cette fois-ci la Crimée n’est pas dans le camp de l’Ukraine.

4. Il y a des checkpoints russes partout. On laisse passer les civils locaux mais tous ceux qui sont associés à un gouvernement, étranger ou local, sont retenus pour être questionnés. Un système de filtration a été mis en place pour renvoyer les conscrits ukrainiens démobilisés chez eux, mais les volontaires et les officiers sont enfermés dans des centres de détention préventive pour déterminer si des crimes de guerre ont été commis sur leur ordre.

5. La plupart des postes frontières sont maintenant sous contrôle russe. Certains sont soutenus par l’aviation, l’artillerie et des bataillons de chars pour dissuader l’OTAN d’essayer d’envahir l’Ukraine. On laisse passer les marchandises civiles et humanitaires. Les hommes d’affaires aussi, à condition qu’ils remplissent les formulaires adéquats (qui sont en russe).

6. La Russie a instauré une zone d’exclusion aérienne sur toute l’Ukraine. Tous les vols civils ont été annulés. Il y a une foule d’employés du Département d’État étasunien, d’agents de la CIA et du Mossad et d’employés d’ONG occidentales qui se retrouvent coincés à l’aéroport de Borispol à Kiev. Certains appellent nerveusement tous ceux qu’ils connaissent sur leur portable. Les politiciens occidentaux exigent d’être immédiatement évacués, mais les autorités russes veulent les garder sur le territoire pour établir leur éventuelle complicité dans des crimes de guerre.

7. Les dirigeants ukrainiens, jamais avares de paroles jusqu’ici, comme le président Porochenko, le député Iatseniouk et d’autres, ne donnent plus d’interview aux médias occidentaux. Personne ne sait au juste où ils sont. Le bruit court qu’ils ont déjà quitté le pays. La foule a envahi les résidences qu’ils ont abandonnées et elle est sidérée d’y trouver des toilettes en or pur. Les oligarques ukrainiens sont eux aussi introuvables, excepté le seigneur de guerre Igor Kolomoisky, qui, abandonné par ses hommes de main, a été retrouvé mort d’une crise cardiaque dans sa résidence (selon The Saker).

8. Les 800 000 Ukrainiens réfugiés en Russie commencent à rentrer chez eux en masse. Ils vivaient dans des village de tentes, la plupart dans la région voisine de Rostov, mais avec l’hiver qui arrive, ils ont hâte de rentrer à la maison maintenant que les bombardements ont cessé. En même temps qu’eux, des équipes de reconstruction, des camions de ciment et des wagons plats chargés de tuyaux, de câbles et d’acier d’armature arrivent en quantité pour réparer les dégâts causés par les bombardements.

9. L’activité diplomatique et militaire internationale est intense, surtout en Europe et aux États-Unis. Les armées sont en alerte maximale, les diplomates courent d’une conférence à l’autre autour du globe. Le président Obama vient juste de tenir une conférence de presse pour annoncer que “Nous n’avons pas encore de stratégie en Ukraine.” Ses conseillers militaires lui disent que sa stratégie habituelle de “bombarder un peu pour voir” ne servira à rien dans le cas présent.

10. Kiev s’est rendu. Il y a des tanks russes sur la place Maïdan. L’infanterie russe éponge ce qui reste de la Garde Nationale ukrainienne. Un couvre-feu est instauré. La conquête de Kiev ressemble à l’opération “Shock and Awe” de Bagdad : quelques boums suivis d’un soupir.

Armés de cette liste, vous devriez être capables de dire si oui ou non la Russie a envahi l’Ukraine jeudi dernier.

Dmitry Orlov

 

http://lesakerfrancophone.fr/comment-savoir-si-la-russie-a-envahi-lukraine

Le “flop” des experts chantres de la débâcle économique Russe ! L’ONU passe à l’explication de texte … Par Hélène Clément-Pitiot

Source : Viableco, Hélène Clément-Pitiot, 03-10-2017

Nous nous chargeons ici de commenter les éléments-clefs d’un rapport officiel (ici le pdf), qui traite de l’effet des sanctions contre la Russie qui vient d’être rendu public en septembre 2017 dans une publication des Nations Unis. Notre analyse fait aussi référence à des travaux menés depuis plusieurs années en coopération avec les collègues de l’IPEN RAN1 de Moscou et qui ont donné lieu à différentes présentations académiques durant nos séminaires communs2.

Idriss Jazairy est un expert indépendant, il a été mandaté par le conseil des droits de l’homme de l’ONU. Suite à une visite faite en Russie en avril 2017, il a publié un rapport pour les Nations Unies. Il y évalue les aspects négatifs des mesures de coercition unilatérales imposées par les pays occidentaux à la Fédération de Russie (FR)…les fameuses « sanctions » destinées à amener ce pays souverain à se soumettre aux pressions occidentales.

Environ 36 pays3 ont décidé d’un commun accord d’imposer ces sanctions à la FR au regard de la situation dans le sud-est de l’Ukraine.
Il s’agit par ces mesures de faire pression sur la RF pour faire arrêter les hostilités dans l’Est de l’Ukraine, assurer une paix en maintenant l’intégrité du territoire de l’Ukraine. Ce dernier point revient à ignorer le referendum d’autodétermination des populations de la Crimée pour placer la région à nouveau sous injonctions et sous contrôle ukrainiens4.

Une série de sanctions a été promulguée à partir de mars 2014 en plusieurs étapes à laquelle se sont rajoutées en décembre 2016 des sanctions sensées punir l’ingérence russe, supposée, dans l’élection présidentielle américaine.

Ces mesures de coercitions revêtent plusieurs aspects :
-restrictions de déplacement et gel des avoirs et des ressources pour des individus
-sanctions sectorielles (finance, défense, énergie) contre des entités actives dans l’économie de la FR dont l’interdiction des investissements et la prohibition des transactions commerciales (import. et export.) portant sur certains biens et technologies.
-limitation des transactions financières.

A ces mesures, la FR a répondu par des contre-sanctions, des refus d’octroyer des visas à l’entrée du territoire à discrétion et un embargo ciblé interdisant l’importation en FR de certains produits alimentaires en provenance d’Australie, du Canada, de Norvège, des USA et de l’UE5

I Commentaire des éléments de premier plan :
Dans le paragraphe du rapport ONU centré sur l’évaluation des impacts des sanctions, soulignons d’abord les points placés en exergue et en finale par le rapporteur:

  • L’expert prend soin de souligner que les mesures coercitives sélectionnées par les pays occidentaux sont des mesures très classiques, appliquées habituellement en coercition contre les économies de pays en voie de développement ; elles sont, dans le cas qui nous occupe, appliquées à la FR, acteur de poids et d’importance stratégique dans la communauté internationale. L’auteur insiste sur le niveau élevé d’intégration de la FR dans l’économie globale – quid de l’isolement de la Russie tant affiché dans les média?- , ainsi que sur la capacité de l’économie de la FR pour réagir immédiatement à un changement de réalité. Résilience et capacité de réaction sont présentées par l’observateur, comme les éléments qui ont fait de cette expérience un «cas unique».6. Ces commentaires tranchent avec les propos qui circulent communément sur le sujet et qui brouillent la lecture du réel. Des experts avaient bien vite pris le parti de clamer la « débâcle » de l’économie russe sur les ondes ont trop rapidement laissé de côté l’essentiel par manque de prudence.7. L’emprise des conventions avec ses partitions obligées pour être entendu et célébré dans les media et sur le podium académique français a semble t-elle, une nouvelle fois, eu raison de la rigueur intellectuelle de beaucoup de collègues experts ex-Russie. Un triste constat.

Dans un contexte ainsi déterminé par l’aveuglement conventionnel professionnalisé, impossible de réaliser qu’il puisse y avoir un biais pervers d’appliquer des sanctions destinées à des pays en voix de développement à un pays de la nature de la Russie… Les experts comme les journalistes se sont trouvés être prisonniers de leur propre rhétorique. Les plus assurés et loquaces, allant même jusqu’à afficher leur scepticisme quant au positionnement de la Russie dans les BRICS, faute de succès économiques… Une façon de faire plaisir à l’arène politique en dénigrant toujours plus pour s’économiser de regarder le réel. Isolée et décadente tels devaient être les mots de conclusion du constat. Des mots/maux sans appel, promesses de tant de soubresauts printaniers, annoncés en cadence répétée dans des pages qui se seraient voulues bien plus prophétiques8. La légèreté et les erreurs d’analyse que le rapport de L’ONU met en lumière chez ces experts académiques « standards » ont pollué la réflexion jusqu’aux instance d’analyse et de conseil au service des professionnels français du business en Russie.9.

  • Le rapporteur pour l’ONU souligne aussi un point clef dans sa conclusion du paragraphe consacré à la liste des effets des sanctions : une réalité, observable aussi dans tous les pays qui ont subi des sanctions unilatérales, il s’agit de la réaction de “rally around the flag” (rassemblement sous le drapeau) qui permet à la population d’accepter les inconvénients causés par les sanctions. Dans la situation présente et compte tenu de l’histoire longue du peuple russe, cet effet s’est manifesté avec d’autant plus de force. Ensuite à mesure que la substitution aux importations fonctionnait et les produits russes envahissant les rayons alimentaires, c’est bien au contraire l’effet cumulatif qui a joué comme une affirmation de la capacité de réaction vitale du pays, source de fierté retrouvée.

Sur ce point encore comment pardonner les erreurs d’anticipation de nos experts proclamés? Sont-elles simplement de l’ignorance du contexte, de l’histoire et des mentalités du pays? L’économie est insérée dans une espace géopolitique de long terme, ceux qui se targuent d’ouverture institutionnaliste auraient du y être plus vigilants encore. Impossible scientifiquement de se contenter d’effet de com. et de conventions médiatisées lorsque l’on sait qu’en économie les mécanismes dynamiques comptent.10. Ils vont chercher leurs origines dans l’histoire, la géographie, en somme l’identité collective des peuples. Le courage n’est pas une donnée économique, il ne se modélise pas ; n’en déplaise à nos experts spécialistes ex-russophobie qui croyaient pouvoir ainsi s’en passer doublement.

II Evaluation des sanctions et de leurs dérapages

  • Sanctions unilatérales vs biais concurrentiels chez les partenaires
    En matière d’application des sanctions et du contrôle, il a été noté que d’un pays à l’autre, la rigueur pouvait varier… La concurrence vive entre les USA et l’UE et celle pas moins acerbe au sein de l’UE ont renforcé les aléas. La Russie est devenue de plus en plus le champ de bataille de partenaires occidentaux surtout enclins à dérober des parts de marché aux plus intimidables. En ce qui concerne les acteurs français, le moment lourd de symboles et de conséquences fut celui de l’amende de 9 milliards qu’a due payer la BNP à la juridiction des USA11. Il a eu un effet dévastateur sur le moral des entreprises et des banques françaises. Cette situation d’incertitude a été aggravée pour nos entreprises quand L’Etat français a refusé de délivrer à la FR les navires de classe Mistral, annulant de ce fait une transaction qui était pourtant exclue du champs des sanctions. Le jeu d’intimidation entre concurrents des affaires avait ainsi trouvé un levier interne au pays pour se manifester avec plus de dureté. Les instances du business français en Russie subissaient de plein fouet l’intimidation politique et ne comprenant pas combien symbolique était ce sujet, elle furent plus que frileuses pour soutenir les pétitions en faveur de la livraison des navires . Le paradoxe est qu’ainsi, au lieu de soutenir la confiance des entreprises, elles ont alimenté la confusion, en créant un environnement « anti-business », qui a laissé la place libre aux concurrents de la France. Les firmes allemandes et italiennes ont pu profiter de cette concurrence faussée. Au grand jour, ces réalités relationnelles au sein de l’UE mais aussi au sein du business française se sont données à voir. Combien d’années seront nécessaires pour redresser réputation et confiance et engranger de nouveaux partenariats efficaces en Russie?12.

 

  • Des contre sanctions nettes, précis, efficaces et plus équitablesLe rapporteur ONU précise qu’à cette asymétrie des sanctions occidentales a correspondu une application des contre-sanctions alimentaires, plus faciles à cerner- et qui ont touché de façon plus équitable les pays ciblés.
  • Un ajustement réussi sur le plan macroéconomique : «This is evidence of a successful adjustment». Ce n’est pas une surprise pour des économistes qui ont travaillé sur le terrain et à l’écoute des gens, des chiffres en laissant à leur place les humeurs politiques. Cette dynamique très intéressante à comprendre car elle montre une nouvelle fois qu’une économie est toujours capable de rebond13. Il s’agit en effet d’un ajustement complexe et réussi entre les sanctions et contre sanctions doublé de l’impact de la baisse des prix énergétiques. Les sanctions ont commencé a être appliquées à un moment où les prix énergétiques chutaient significativement, il est difficile d’isoler l’effet choc des sanctions de l’effet choc des prix. Il en va de même pour l’évaluation de l’évolution du niveau de vie de la population. Le rapport mentionne que la croissance annuelle qui dépassait 4% sur les années 2012 et 2013 s’est inversée significativement jusqu’au premier trimestre 2016. Le pourcentage des personnes vivants sous le seuil de pauvreté est remonté à 13,5% de la population.14. L’étude nous dit que les personnes les plus touchées furent assurément les plus vulnérables : l’expert cite les 7-16 ans15, les femmes actives et les retraités. Ces 2 chocs combinés ont causé une réduction de croissance : -1,3 % en 2013 (déjà avant les sanctions) puis de -0,7% en 2014 et -2,8% en 2015. L’ adaptation de l’économie significative que les rencontres régulières entre les équipes du CEMI-EHESS et l’IPEN RAN nous ont permis de suivre dans le détail a été effective en 2016 (-0,02%) alors que les prix énergétiques étaient encore bien bas. La croissance est redevenue positive par la suite sans que les mesures de coercitions via les sanctions n’aient été levées.
    Le rapport prend aussi soin de souligner que sur les 12 derniers mois avant sa publication, le rouble s’est apprécié de 15% par rapport au dollar.
  • Intéressante prise en compte des effets sur la marché du travail. L’expert mandaté par l’ONU souligne le dynamisme du marché du travail russe: Alors que les PME auraient perdu près de 15% de leur main-d’oeuvre sur la période, étant incitées à réduire leur investissement du fait du climat des sanctions, le chômage demeurait autour de 5,5-5,6 % sur l’ensemble du territoire. La compensation par la dynamique d’accélération via la substitution aux importations et la relocalisation d’activités a joué pleinement.
  • Déterminants du rétablissement : les hypothèses misent en avant par l’étude :

– Politique anticyclique de flottaison du rouble16.
– Accroissement des interventions du secteur public pour pallier les contraintes de financement (sanctions) portant sur les firmes. Soutien au développement rapide des secteurs agricoles et industriels de substitution mais aussi des filières d’innovations. Les financements externes ont été remplacés par des financements domestiques en roubles à des taux bonnifiés17
Maîtrise de l’inflation, qui en Russie -nous ne le répèterons jamais assez-, est un élément structurel du paysage économique. Elle dépend largement des réseaux de distribution sur ce territoire très vaste. Une supervision des conditions de concurrence a notablement corrigé assez rapidement les dérapages inflationnistes causés par la fermeture des marchés occidentaux, une fois que les nouveaux canaux d’approvisionnement de substitution ont été mis en place. Il y a eu ainsi un certain délai pour que soit effective la maîtrise délicate de l’inflation dans ce contexte. Ce délai a entretenu les déclarations de nos « experts ex-flop » qui n’ont pas hésité à ressortir le concept de la « stagflation » en Russie!18. L’observateur de l’ONU lui souligne que gouvernement de RF a pris soin de limiter l’impact de cette inflation conjoncturelle de réaffectations des approvisionnements en accroissant les allocations de retraite au moment crucial. Ces remarques qui ponctuent le rapport amènent à réaffirmer le bien-fondé et l’efficacité des actions du gouvernement russe pour corriger l’effet négatif des sanctions : «The economy demonstrated great resilience and a capacity to adapt to new circumstances through Government-assisted restructuring to promote local funding of projects formerly funded by external sources»19.

  • Cette diversification que les « experts » ne sauraient voir... Quelle surprise […]

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Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

12 réponses à Le “flop” des experts chantres de la débâcle économique Russe ! L’ONU passe à l’explication de texte … Par Hélène Clément-Pitiot

Rothschild décroche un appel d’offres pour privatiser le système de transport de gaz en Ukraine – Mainmise sur le hub gazier de l’Europe

Rothschild décroche un appel d’offres pour privatiser le système de transport de gaz en Ukraine – Mainmise sur le hub gazier de l’Europe

Hub gazier en Ukraine

Pour celles et ceux qui se demandent pourquoi le Maïdan, et la guerre en cours dans le Donbass ont lieu, l’un des motifs les plus évidents est le motif géopolitique des États-Unis, qui veulent couper l’Ukraine de la Russie (voir « Le Grand échiquier » de Zbigniew Brzezinski) et rapprocher ainsi encore un peu plus les bases, soldats et missiles de l’OTAN des frontières de cette dernière.

Mais il y a derrière toute cette géopolitique qui sert les intérêts américains, des intérêts financiers supranationaux évidents. Bien avant le Maïdan, et encore plus après, bon nombre de compagnies ont lorgné sur l’Ukraine.

De Monsanto qui rêve de racheter les terres agricoles ukrainiennes à pas cher pour faire pousser des OGM sur le tchernoziom (cette terre très fertile qui se trouve en Ukraine, et qui en a fait historiquement le grenier à blé de l’URSS), aux entreprises de gaz de schiste (dont certains champs gaziers visés sont je vous le donne en plein dans le mille, dans le Donbass), en passant par ceux qui espèrent racheter les usines ukrainiennes pour une bouchée de pain une fois son industrie détruite par la rupture des relations économiques avec la Russie, il y a là de quoi s’enrichir sur le dos du peuple ukrainien. Et tant pis si celui-ci finit dans la guerre civile et la misère.

Il faut rajouter à ces cibles presque purement financières (car alimentation et énergie ont aussi une portée géopolitique évidente), une cible qui est à la fois lourde sur le plan géopolitique et sur le plan financier : le réseau de transport gazier. Car l’Ukraine est un nœud gazier central pour la livraison du gaz russe à l’Europe, comme le montre cette carte du groupe Gazprom :

Gazoducs russes

C’est d’ailleurs cette position centrale dans la livraison du gaz, dont l’Europe a tant besoin (la Russie fournissant près du tiers du gaz consommé en Europe), et les conflits récurrents entre l’Ukraine et la Russie depuis le premier Maïdan de 2004, qui représentent un danger pour l’approvisionnement du continent. Ce n’est pas pour les beaux yeux de Porochenko que Merkel et Hollande ont tant poussé pour la signature des accords de Minsk. Mais parce que l’Allemagne a vu là le risque de voir l’Ukraine s’effondrer totalement, et ses approvisionnements en gaz russe avec.

C’est aussi à cause de cela, que l’Allemagne pousse à présent pour la construction du gazoduc Nord Stream 2, qui lui permettra de continuer à recevoir directement le gaz russe, en contournant le nœud problématique que constitue l’Ukraine actuelle.

L’Ukraine exerce un chantage sur l’Europe grâce au fait qu’elle a la main sur le robinet et peut couper ou prélever une partie de l’approvisionnement en gaz de l’UE (il faut rappeler que l’Ukraine a ainsi volé jusqu’à 15 % du gaz destiné à l’Europe lors du conflit gazier qui a éclaté après le premier Maïdan, la révolution orange). C’est ce qui explique les réactions hystériques de Kiev concernant les projets Turkish Stream et Nord Stream 2, qui la priveraient de son pouvoir de nuisance, et donc de son poids géopolitique.

Une fois posé ce cadre, on comprend mieux l’importance de l’information qui a été publiée par Interfax le 13 octobre (version anglaise disponible ici), sur le fait que la banque Rothschild basée à Milan (Italie), a remporté l’appel d’offre pour fournir des services de banque d’investissement à Naftogaz pour dégrouper les activités de transport gazier et trouver des partenaires pour gérer le système de transport de gaz en Ukraine.

Si la valeur du contrat de la banque Rothschild se monte à 98 millions de Hryvnias (soit 3,15 millions d’Euros), le coût total évalué pour ce travail est estimé à 193,3 millions de Hryvnias (soit 6,213 millions d’Euros), comme le montre la fiche de l’appel d’offre sur le site du système ProZorro.

Tout ce charabia peut sembler un peu obscur, alors je vais expliquer un peu ce que cela recouvre et les implications de ce contrat.

Tout d’abord qu’est-ce que le dégroupage ? Il faut savoir que Naftogaz (société détenue à 100 % par l’état ukrainien), comme indiqué sur son site, gère toute la filière du gaz, mais aussi du pétrole, de la production jusqu’à la distribution en passant par le transport. La partie gestion du réseau de transport gazier est dévolue à sa filiale Ukrtransgaz (100 % détenue par Naftogaz et donc par l’état ukrainien).

Ça c’est la situation actuelle, en gros via sa filiale Ukrtransgaz, Naftogaz contrôle et gère les gazoducs qui parcourent le pays. C’est d’ailleurs Naftogaz qui paye Gazprom (le fournisseur de gaz russe), pour le gaz que reçoit l’Ukraine de son voisin (et les factures impayées de Naftogaz sont à l’origine des conflits gaziers entre les deux pays).

Alors qu’est-ce que cet appel d’offre va changer ? Dégrouper le système de transport du gaz en Ukraine signifie que ce dernier va s’ouvrir à la concurrence. En clair le système de transport du gaz (les gazoducs) contrôlé jusqu’ici par une entreprise d’état, va être vendu (d’abord partiellement, puis sûrement totalement par après) à des sociétés privées.

Et c’est là que Rothschild intervient en tant que « banque d’investissement ». Le rôle de la banque va être de conseiller Naftogaz pour choisir la ou les meilleures sociétés à qui revendre des morceaux/parts du système de transport gazier qu’elle détient. En clair, comment privatiser le réseau public tout en retirant un maximum de bénéfices.

L’idée à terme c’est que le hub gazier ukrainien n’appartienne plus à l’État ukrainien, mais à une ou des entreprises privées, et donc finalement aux investisseurs et à des banques comme Rothschild, qui ne va certainement pas se gêner pour placer en avant comme acheteurs des sociétés qu’elle finance (via des prêts ou des actions/obligations) ou conseille, afin elle aussi d’en retirer un maximum de bénéfices.

Dès lors ce ne sera plus l’Ukraine en tant qu’état qui aura la main sur le robinet de gaz de l’Europe, mais des entreprises privées et des banques, dont certainement la banque Rothschild (dont le passif en terme d’investissements sanglants, dès le 19e siècle, est facile à trouver en ligne sur Investopedia ou le site du Telegraph).

L’Ukraine est en train d’être dépecée et vendue morceau par morceau sur le marché, pour le plus grand bénéfice des financiers. Et au vu de l’importance géopolitique, stratégique et financière du hub gazier qu’est l’Ukraine, il est plus qu’inquiétant de voir des banques d’investissement au passif aussi sanglant que celui de la banque Rothschild mettre la main dessus.

Il faut garder à l’esprit qu’à l’heure actuelle, la plupart des guerres des dernières décennies dans le monde, et celles qui se préparent, sont avant tout des guerres de ressources naturelles (pétrole, gaz, métaux précieux), et que ces guerres sont un marché très rentable pour ceux qui investissent dedans. Certaines familles, comme celle des Rothschild, se sont ainsi énormément enrichies, sur le sang et la mort de soldats qui croyaient défendre leur patrie, mais n’étaient là que pour participer à l’enrichissement de quelques-uns.

Christelle Néant

https://dnipress.com/fr/posts/rothschild-decroche-un-appel-doffres-pour-privatiser-le-systeme-de-transport-de-gaz-en-ukraine-mainmise-sur-le-hub-gazier-de/

D’Ukraine et d’Afghanistan

D’Ukraine et d’Afghanistan

22 Septembre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Ukraine, #Etats-Unis, #Russie, #Asie centrale

Parmi les nombreux enseignements du sommet des BRICS à Xiamen début septembre, il est une perle que nous n’avions pas rapportée. De la bouche même de Vladimirovitch :

Interrogé sur l’éventuelle décision américaine de fournir des armes létales au régime de Kiev, Poutine a répondu en termes délicieusement ambigus que les républiques autoproclamées de Donestk et Lugansk pourraient à leur tour vendre des armes sur des théâtres d’opération où les Etats-Unis sont présents. Traduction : Si vous armez l’Ukraine, nous armons les Talibans. Mauvaise nouvelle pour Washington qui a justement décidé en août l’augmentation (légère, soyons justes) du contingent militaire dans le Royaume de l’insolence

On se demande d’ailleurs ce que ces 3 900 soldats changeront alors que la guerre afghane est plus ou moins perdue pour l’empire comme nous l’expliquions au printemps :

Peut-on imaginer une victoire talibane totale dès cette année ? Russes, Chinois et Pakistanais s’y sont plus ou moins préparés, on l’a vu. Les généraux américains sont pessimistes et, impuissants, expliquent leur défaite en accusant comme d’habitude Moscou, bouc-émissaire universel. Pour notre part, restons prudents : 2017 semble un peu juste pour voir le royaume de l’insolence tomber totalement aux mains des enturbannés. Les enclaves gouvernementales sont puissamment protégées et certaines provinces échappent encore presque entièrement aux Taliban.

Néanmoins, l’issue finale du conflit ne fait guère de doute et il sera très intéressant de voir ce que fera l’administration Trump, actuellement dans une impasse. La guerre n’est plus gagnable et coûte aux Etats-Unis 44 Mds de $ chaque année, ce qui est une hérésie pour un président obsédé, sincèrement pour le coup, par l’endettement et les gaspillages. D’un autre côté, le Donald vit par l’image et ne veut pas rester dans l’histoire comme celui qui a « perdu la guerre d’Afghanistan » et ordonné le retrait pur et simple des troupes US. Dilemme qui empoisonne chaque jour un peu plus Washington.

Le tombeau des empires a encore frappé. Après Gengis Khan (dont les hordes invincibles y avaient connu leur seule défaite et avaient dû s’y reprendre à deux fois), les Britanniques victoriens et l’Armée rouge, les Américains l’apprennent maintenant à leurs dépens…

Devant l’inexorable avancée talibane, le gouvernement afghan et son parrain américain pourraient curieusement, et en désespoir de cause, faire leur une stratégieà la Bachar. A partir de 2012, face à la montée des groupes modérément modérés et au morcellement du territoire syrien, Damas avait renoncé à assurer la sécurité sur la totalité du pays pour se concentrer sur les axes/villes importants, laissant le reste aux djihadistes qui n’allaient d’ailleurs pas tarder à s’entre-dévorer.

Cela fonctionnera-t-il en Afghanistan ? Rien n’est moins sûr… Contrairement aux « rebelles » syriens, les Talibans sont unis et mus par la certitude de leur légitimité nationale. S’ils ne reçoivent pas d’aide extérieure, Kaboul n’en reçoit pas plus (l’appui américain ne représente qu’une parcelle de l’énorme soutien irano-russe dont Assad a bénéficié). Si en plus le Kremlin – « les républiques de Donetsk et de Lugansk » pour reprendre le langage diplomatique de Poutine – menace maintenant d’armer les Talibans…

On comprend dans ces conditions que Washington se sente une soudaine envie de « coopérer » avec Moscou en Afghanistan, ce qui n’a pas manqué de provoquer les sarcasmes de la diplomatie russe :

« Les sanctions, ce sont les Américains qui les ont introduites. Vous devez les lever si vous voulez coopérer avec nous »

Quant aux livraisons à Kiev, auxquelles le Donald semble naturellement opposé, c’est le flou le plus total. Toujours pas d’armes létales avait affirmé Mattis fin août, contredit maintenant par Chocochenko mais qui parle seulement de radars de DCA et de surveillance en mer (l’abominable Poutine des neiges préparerait-t-il une invasion amphibie ?) La rencontre entre les présidents des deux pays en marge de l’Assemblée générale de l’ONU n’a pas apporté plus de réponses.

Comme si elle n’avait pas assez de problèmes, la junte post-Maïdan est d’ailleurs confrontée à une nouvelle difficulté, inattendue (ou presque) : l’inénarrable Saakachvili refait des siennes. L’ex-gouverneur d’Odessa, dépossédé de sa nationalité ukrainienne après l’avoir été de la géorgienne, poursuivi un peu partout par la justice, s’est lancé dans une croisade personnelle contre son ancien ami Poroclown. Comme au Moyen-Orient, comme partout, les pions de l’empire refluant se déchirent et l’imMondeen perd son latin :

Le danger n’est évidemment pas comparable, mais le parallèle est frappant : défié depuis trois ans sur sa frontière orientale, où les séparatistes du Donbass soutenus par la Russie sont en terrain conquis, l’Etat ukrainien a subi un nouveau coup à son autorité et à sa crédibilité, dimanche 10 septembre, à plus de 1 000 km de là, sur sa frontière avec la Pologne.

La traversée du poste-frontière Medyka-Cheguyni par Mikheïl Saakachvili, dimanche 10 septembre, relève en partie du Grand-Guignol, indissociable de la stratégie du coup d’éclat permanent de l’ancien président géorgien (2003-2013) devenu opposant au président ukrainien, Petro Porochenko. Emportant à sa suite des dizaines de journalistes, des centaines de partisans et des soutiens aussi divers que la très populiste ancienne première ministre Ioulia Timochenko ou le député libéral et réformateur Mustafa Nayyem, M. Saakachvili a joué toute la journée à cache-cache avec les gardes-frontières ukrainiens.

En train, en bus, à pied, M. Saakachvili a tout tenté pour mettre à exécution sa promesse de rentrer en Ukraine, un mois et demi après la décision des autorités de Kiev de le priver de sa nationalité et de son passeport ukrainiens. C’est finalement dans la confusion et dans un climat de violence – certes limitée – que l’opération s’est achevée, lorsque les partisans de l’ancien président ont pris d’assaut le cordon de gardes-frontières déployé face à la frontière polonaise au prétexte d’empêcher l’accès à une route prétendument minée.

L’image de ces policiers bousculés, qui a tourné en boucle sur les sites ukrainiens et étrangers, est aussi désastreuse pour Kiev que le fut la décision, fin juillet, de priver « Micha » de sa nationalité ukrainienne, accordée en grande pompe en 2015 au moment de sa nomination au poste de gouverneur de la région d’Odessa. Le prétexte invoqué, celui d’irrégularités dans son dossier, n’avait trompé personne : la décision visait à écarter un rival.

Depuis, il vilipende régulièrement le gouvernement et l’accuse, à raison connaissant le panier de crabes ukrainien, de tous les maux. A Moscou, certains sont morts de rire…

En tacticien hors pair, c’est le moment que choisit le Kremlin pour lancer une proposition sous forme de bombe, qui n’étonnera cependant pas le fidèle lecteur de nos Chroniques : le déploiement de casques bleus dans l’est de l’Ukraine, le long de la ligne de front. Poroclown ne s’y trompe pas, dénonçant « la volonté de la Russie de légaliser la situation et de geler le conflit à jamais ». Nous expliquions cette stratégie il y a déjà plus de deux ans, parfois dans l’incompréhension générale non seulement de la presstituée officielle mais aussi de nombre de sites d’info alternative :

11 mai 2014 : Poutine ne reconnaît pas le référendum séparatiste du Donbass

C’est l’une des clés permettant de comprendre la stratégie de Poutine en Ukraine et pourtant, elle n’est jamais relevée. Et pour cause ! Ce serait revenir sur plus d’un an de désinformation systématique de nos faiseurs d’opinion qui se rengorgent sur le « danger russe » et « l’invasion russe de l’Ukraine » (alors qu’un môme de 5 ans pourrait comprendre que si la Russie voulait vraiment conquérir l’est ukrainien, ça aurait été torché en cinq jours, certainement pas un an et demi). Comment expliquer que Poutine n’a pas reconnu le désir d’auto-détermination des séparatistes pro-russes du Donbass si l’on affirme dans le même temps qu’il cherche à annexer le Donbass ? Aïe, voilà un os pour nos propagandistes en herbe… Alors on évacue purement et simplement l’une des deux contradictions. Ce faisant, on condamne le public à ne rien comprendre à ce qui se passe là-bas.

Petit retour en arrière.

Après le putsch, le nouveau régime au pouvoir à Kiev est pro-occidental et, suivant le désir de ses parrains américains, veut prendre le chemin de l’OTAN (plus que de l’UE d’ailleurs, ce qui montre l’imbécilité des dirigeants européens, bonnes poires dans toute cette affaire). A Moscou, on tremble. Perdre la base navale de Sébastopol, verrou stratégique de la Mer noire et ouverture sur la Méditerranée, pire, voir cette base devenir américaine ! Et voir l’OTAN s’installer aux portes de la Russie, alors que promesse avait été faite en 1991 à Gorbatchev que l’alliance militaire n’avancerait pas vers l’Est. Impossible… La réaction de Poutine sera fulgurante (notons qu’il est en réaction dans toute cette affaire, pas en expansion) et se fera sur deux axes :

– récupérer la Crimée et la rattacher à la Russie.

créer un conflit gelé en Ukraine même, paralysant Kiev et l’empêchant d’entrer dans l’OTAN.

Le premier volet est connu, inutile d’y revenir en détail. Un Khroutchev passablement bourré avait donné la Crimée à l’Ukraine d’un trait de plume, un soir de beuverie de 1954. Depuis la dislocation de l’URSS en 1991, la Russie louait (cher) la base de Sébastopol, accord qui était toujours susceptible d’être remis en question quand un gouvernement pro-US arrivait au pouvoir à Kiev. Suivant l’exemple occidental au Kosovo, Moscou a pris le prétexte (d’ailleurs réel) du droit à l’auto-détermination des peuples pour organiser le référendum de rattachement à la Russie. Apparemment, les Criméens ne s’en plaignent pas trop.

Mais c’est surtout le deuxième volet qui est intéressant. Poutine n’a aucune intention d’annexer l’est ukrainien, bien au contraire : son but était de créer un conflit gelé à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Selon la charte de l’OTAN, un pays ayant un conflit ouvert ou gelé sur son territoire ne peut faire acte de candidature. Et ça, on le sait parfaitement à Moscou. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le cas de figure se présente. Trois pays de l’ex-URSS ont, sous la direction de gouvernements formés aux Etats-Unis, fait mine de vouloir entrer dans l’organisation atlantique : Géorgie, Moldavie et Ukraine. Moscou a alors activé/soutenu les minorités russes en lutte contre le gouvernement central, les conflits gelés dans ces trois pays (Ossétie et Abkhazie en Géorgie, Transnistrie en Moldavie et maintenant Donbass en Ukraine) les empêchant d’entrer dans l’OTAN. Ce que fait Poutine dans l’Est ukrainien n’est donc que la réplique de ce que la Russie a déjà fait ailleurs, il n’y a aucune surprise. Pour lui, il est donc hors de question d’accepter que le Donbass se rattache à la Russie, contrairement aux sornettes racontées ici et là : il le veut à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Statut d’autonomie, armement, soutien diplomatique, aide humanitaire… tout ce que vous voulez, mais à l’intérieur des frontières ukrainiennes !

Cela explique pourquoi Poutine était bien embêté lorsque les séparatistes pro-russes ont organisé leur référendum. Il a d’abord tenté de les en dissuader, puis il a refusé d’en reconnaître les résultats.

Cela explique aussi que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, Poutine est mal vu par les pro-russes du Donbass ainsi que par les courants nationalistes russes qui rêvent tous d’une Novorossia indépendante ou de son rattachement à la Russie.

Vladimir Vladimirovitch fait un numéro d’équilibriste, soutenant suffisamment les séparatistes pour qu’ils ne se fassent pas annihiler tout en douchant assez cyniquement d’ailleurs leurs espoirs d’un rattachement à la Russie, éliminant les leaders séparatistes indépendantistes (Strelkov, Mozgovoi, Bezner) pour les remplacer par des chefs plus enclins à se contenter d’une large autonomie (Zakarchenko, Givi, Motorola), le tout alors que Kiev (et les Etats-Unis derrière) font tout pour faire déraper la situation et que certains bataillons néo-nazis (Azov, Aidar, Tornado etc.) bombardent sciemment les civils russophones. Pour l’instant, Poutine s’en sort avec une maestria peu commune, mais seul l’avenir nous dira si l’équilibriste est finalement arrivé de l’autre côté.

Il y est arrivé… L’actuelle proposition de déploiement de casques bleus est la conséquence logique de cette brillante stratégie au long cours ; acceptée, elle ruinerait toute possibilité pour l’OTAN d’accueillir l’Ukraine en son sein et de s’étendre vers l’Est afin d’atteindre la frontière russe. La junte ukie et le Deep State impérial l’ont bien compris, qui enragent et feront tout pour torpiller le projet. Pas sûr cependant qu’ils soient en position de force face au simple principe de réalité.

 

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/09/d-ukraine-et-d-afghanistan.html

Ukraine: la liberté de religion est menacée

Ukraine: la liberté de religion est menacée

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Malgré l’indépendance réciproque des Églises et de l’État, les liens informels entre les deux sphères demeurent importants. Naturellement, les religions, qui proposent de « grandes options ultimes », se préoccupent de la vie des hommes sous tous ses aspects : culturels, moraux, sociaux, économiques. Il n’y en a rien de surprenant. Mais l’Eglise n’est pas légitime d’agir comme un parti en vue de reconquérir ou participer à l’exercice du pouvoir. Toutefois, il arrive souvent qu’elle est utilisée comme un instrument de guerre politique.

Quand les désaccords religieux deviennent politisés

L’Eglise forme aussi la conscience des citoyens, engage à la solidarité et à l’amour de la patrie. L’une de ses missions consiste à réconcilier le pays. Ce qui est d’ailleurs difficile si l’Eglise est divisée elle-même, comme c’est le cas en Ukraine.

Ce pays, qui compte environ 25 millions d’orthodoxes, est représenté par plusieurs Eglises de cette confession. L’Eglise orthodoxe du Patriarcat de Moscou constitue la principale d’entre elles et demeure toujours sous l’autorité de la Russie en dépit d’un certain statut d’autonomie acquis en 1990. La deuxième est l’Eglise orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Kiev qui est née en 1992 d’un schisme avec celle de Moscou. Elle n’est pas reconnue par le monde orthodoxe.

La révolution de 2014 a certainement aggravé le clivage entre l’Église ukrainienne du Patriarcat de Moscou et celle du Patriarcat de Kiev. Selon le politologue et philosophe ukrainien Mikhaïl Minakov, la «révolution de la dignité» a abouti à une corruption éhontée, à un nationalisme militant et au déclin des libertés. Il s’agit également de la liberté de religion. Depuis 2014, les églises rattachées au Patriarcat de Moscou ont subi un grand nombre des attaques de la part des nationalistes qui profitent des désaccords religieux pour l’utiliser comme un outil d’influence.

Un exemple parmi d’autres des violences des néo-nazis envers les croyants est l’incident qui s’est passé à Nikolayev, dans le Sud du pays. Des ultra-nationalistes ukrainiens sont venus saccager le chantier de construction d’une église orthodoxe du patriarcat de Moscou. Ils ont insulté puis frappé les croyants qui essayaient de les empêcher d’entrer sur le chantier, y compris des femmes âgées. Après avoir pénétré sur le site, ils se sont mis à détruire les fondations de la future église.

En 2016, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe s’est réunie pour examiner un rapport sur la persécution de l’Eglise orthodoxe ukrainienne qui relève du Patriarcat de Moscou. Chapelles vandalisées, incendies volontaires, agressions physiques d’ecclésiastiques. Tous ces crimes ont été enregistrés et déposés devant les membres de l’OSCE.

Mais le plus effrayant, c’est la réaction des représentants de l’Eglise du Patriarcat de Kiev et des autorités ukrainiennes. Il s’agit plutôt de la non-réaction et même de l’approbation des actes violents. De quelles valeurs démocratiques parle-t-on dans le pays où les religieux approuvent l’agression contre les croyants? L’Union Européenne a vraiment de quoi interroger les autorités ukrainiennes.

Il est évident que les violations du droit à la liberté de religion ou de conviction non seulement déstabilisent la société ukrainienne mais aussi sapent le projet d’intégration européenne.

En effet, l’Ukraine avec ses handicaps (outre les des attaques perpétrées contre certains de ses concitoyens, elle subit une crise économique destructrice avec une chute du PIB de 18% depuis 2014) apparaît comme le voisin qu’il vaut mieux garder éloigné de soi.

Christine Benoît

News sans frontières

 

https://www.mondialisation.ca/ukraine-la-liberte-de-religion-est-menacee/5608912

L’ex-président géorgien Saakachvili empêché de rentrer en Ukraine

L’ex-président géorgien Saakachvili empêché de rentrer en Ukraine

  • Charismatique réformateur arrivé au pouvoir en Géorgie à la suite de la Révolution de la Rose en 2003, M. Saakachvili a dirigé ce pays pendant une décennie
    Charismatique réformateur arrivé au pouvoir en Géorgie à la suite de la Révolution de la Rose en 2003, M. Saakachvili a dirigé ce pays pendant une décennie | EPA

Sébastien GOBERT.

L’Ukraine a bloqué dimanche à la frontière polonaise un train transportant l’ex-président géorgien Mikhaïl Saakachvili. Il tentait de rentrer dans le pays pour chercher à recouvrer la citoyenneté ukrainienne dont l’a privé le président Petro Porochenko

« Ils se comportent comme des sauvages, ils ne respectent rien ! Ils ont même le culot de bloquer un train en territoire polonais, qui n’est pas sous leur juridiction ! ». Mikhaïl Saakachvili (49 ans) parle d’une voix indignée, à la gare ferroviaire de Przemysl, près de la frontière ukrainienne. Indigné, enragé même, l’ancien président géorgien l’est depuis que Petro Porochenko l’a déchu de sa citoyenneté ukrainienne fin juillet. Une initiative qu’il dénonce comme une punition injustifiée, afin de l’écarter de la scène politique kiévienne.

Ce 10 septembre, Mikhaïl Saakachvili est aussi confus. Il avait prévu une longue marche, très médiatisée, pour rentrer de Pologne à l’Ukraine. Elle a tourné à la farce pendant la majeure partie de la journée. Son projet initial de passer la frontière en bus a été abandonné à cause de gros bras nationalistes déployés côté ukrainien. De nombreux ennemis de Mikhaïl Saakachvili ont promis des représailles physiques au cas où il rentrerait en Ukraine. Il s’est donc rabattu, avec plusieurs personnalités politiques et des dizaines de journalistes, sur un train à destination de Kiev. Un train, puis deux, qui n’ont jamais quitté la gare de Przemysl.

« Empêcher que l’exécutif ne vire dans l’arbitraire »

« Ici, dans ce train à quai, c’est la lutte contre l’autoritarisme de Petro Porochenko. S’il peut se permettre de traiter Saakachvili comme cela, il peut s’en prendre à tout le monde », commentait, maquillage soigné et tailleur de luxe, Ioulia Timochenko. L’ancienne égérie de la Révolution Orange, venue en soutien de Mikhaïl Saakachvili, voit dans les mésaventures de Mikhaïl Saakachvili un parallèle avec les procès politisés et l’emprisonnement que lui avait imposé Viktor Ianoukovitch, en 2011. « Aujourd’hui, ce n’est pas à propos de Saakachvili », confirme Moustafa Nayyem, député, un des initiateurs de la Révolution. « Il s’agit de sauver l’héritage du Maïdan, et d’empêcher que l’exécutif ne vire dans l’arbitraire ».

Après trois heures d’attente, la tension est montée parmi les politiciens. Le non-départ du train semblait être une indication claire que les autorités ukrainiennes ne souhaitaient pas revoir Mikhaïl Saakachvili sur leur territoire. L’excitation est aussi montée parmi les passagers du train, retardés par la situation. Si « Misha » avait été accueilli par des applaudissements à son arrivée à la gare, c’est dans le brouhaha de fortes altercations qu’il a décidé de repartir en bus, vers un autre poste-frontière. À quelques kilomètres, à Medyka, c’est sans encombre que le bus a passé les contrôles côté polonais. En lui rendant son passeport, un garde-frontière prévient Mikhaïl Saakachvili : « Vous pouvez avoir des problèmes, votre passeport n’est plus valide ».

Quelques mètres plus loin, c’est en effet des problèmes qui se dressent devant le bus. La route, y compris le passage piéton, sont fermés, ceinturés par un cordon de militaires en uniforme. La longue marche de Mikhaïl Saakachvili pourrait s’arrêter ici.

 

http://www.ouest-france.fr/monde/l-ex-president-georgien-saakachvili-empeche-de-rentrer-en-ukraine-5236907?utm_source=neolane_of_newsletter-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_newsletter-generale&utm_content=20170911&vid=1752223&mediego_euid=1752223