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Europa Orientalis

Europa Orientalis

9 Juillet 2020

Cela n’a évidemment pas fait la Une des médias mais il se passe des choses fort intéressantes dans l’Est du Vieux continent, case importante de notre Grand jeu.

On sait que la Hongrie de l’abominable Orban des neiges a tendance à sortir des clous depuis un certain nombre d’années : refus répété d’obtempérer aux injonctions euronouilliques, opposition aux sanctions contre la Russie, participation précoce aux Nouvelles routes de la Soie… Dans les salles de contrôle impériales de Washington et de Bruxelles, la petite ampoule rouge de Budapest clignote avec insistance, provoquant un agacement récurrent.

Les dernières nouvelles ne feront rien pour les rassurer. En avril, alors que l’Europe occidentale se débattait dans les affres pandémiques, un très important accord tripartite voyait le jour sur les bords du beau Danube bleu : la Chine financerait la construction d’une ligne TGV entre Belgrade et Budapest. Les acteurs n’ont pas perdu de temps et ont finalisé le montage financier il y a deux semaines.PUBLICITÉ

Le projet est considérable à plus d’un titre :

  • Il s’agit du deuxième plus gros projet d’infrastructure de l’histoire en Hongrie après la centrale nucléaire russe de Paks. Moscou et maintenant Pékin : chez les Magyars, l’UE et les Etats-Unis sont aux abonnés absents.
  • C’est le premier grand projet lié aux routes de la Soie financé par la Chine au sein de l’Union européenne.
  • L’objectif est, à terme, de relier le port « chinois » du Pirée en Grèce.
  • La ligne renforcera l’axe Hongrie-Serbie, pays européens parmi les plus favorables à la Russie et à la multipolarité.

Si on y ajoute les autres Etats (en rose sur la carte) entretenant plutôt de bonnes relations avec la Russie, les « alliances » de revers de Moscou sur le Vieux continent commencent à prendre une forme intéressante. Est-ce tout à fait un hasard si c’est précisément par ce corridor amical que passera l’extension du Turk Stream ?

La dernière fois que nous en avions parlé, les dirigeants serbe et bulgare venaient « de se rencontrer pour inspecter l’avancement des travaux du Balkan Stream, la branche du Turk Stream à destination du Sud-est européen. La construction a pris un peu de retard pour cause de coronavirus mais Borissov, devenu russogazolâtre, veut le tube fin prêt pour la fin de l’année. »

Budapest entre officiellement dans la danse ! Le 19 juin, l’autorité de régulation du pays a entériné la construction du tronçon entre la Hongrie et la Serbie qui devrait être terminé d’ici octobre 2021. Le fidèle lecteur de nos Chroniques, lui, en avait eu la prédiction il y a tout juste un an : « La Serbie, via Gastrans, compagnie appartenant à Gazprom, vient de recevoir une première livraison de 7 000 tonnes de tubes afin de construire une connexion avec la Hongrie. » Il n’y a pas de fumée sans feu… ni de tubes sans gazoduc.

Balkans qui rient, Ukraine qui pleure ? Cette dernière a en tout cas définitivement fait une croix sur les juteux frais de transit et autres ristournes gazières, qui lui seraient pourtant fortement nécessaires vu l’état de son économie. Puisqu’on parle du paradis post-maïdanite, il s’y passe d’ailleurs des choses très curieuses.

Nous avons plusieurs fois expliqué que l’élection de Zelensky était un message de la population pour tourner la page du putsch, mais que la junte installée par Washington en 2014 tentait désespérément de s’accrocher aux branches et de torpiller toute tentative de dégel entre Kiev et Moscou. La camarilla impériale fait cependant grise mine depuis quelques semaines. Si les infos dont on va parler n’ont pas fait le tour du globe, elles n’en sont pas moins importantes, indiquant peut-être un intéressant changement de direction.

Le 25 juin, une commission parlementaire refusait d’accepter la nomination au poste de ministre de l’Education d’un certain Serhiy Shkarlet. Le gouvernement passait outre et l’imposait quand même. La chose serait sans intérêt si le sieur Serhiy n’avait été membre et même candidat de l’honni Parti des Régions de Ianoukovitch, l’ancien président renversé par le coup d’Etat. Diantre ! un russophile à l’Education alors que, en son temps, Svoboda avait rêvé de faire de ce ministère un instrument de l’ukrainisation forcée. On comprend que certains soient perturbés…

A peu près au même moment, l’ex-mentor de Zelensky, Kolomoiski, remportait un contrat public pour la fourniture de kérosène à l’armée de l’air. Si l’accord paraît certes quelque peu improbe, c’est autre chose qui fait s’arracher les cheveux des maïdanites, qui tient en la personne de l’oligarque lui-même. En novembre, nous évoquions ce personnage sulfureux :

En Ukraine, le rapprochement entre le nouveau président et la Russie, que nous avons évoqué à plusieurs reprises, inquiète les officines médiatiques occidentales. Le nom d’Igor Kolomoiski n’est pas inconnu des lecteurs de nos Chroniques : autrefois grand argentier des bataillons nationalistes, il avait au fil du temps mis de l’eau dans son bortsch, comme en mai dernier où, dans un discours remarqué, il se lâchait en diatribes contre le FMI et les Occidentaux : « C’est votre jeu, votre géopolitique. Vous n’en avez rien à faire de l’Ukraine. Vous voulez atteindre la Russie et l’Ukraine n’est qu’un prétexte. »

Il a remis ça il y a dix jours, au grand dam du New York Times qui s’en étrangle de rage : « Les Russes sont plus forts, nous devons améliorer nos relations avec eux. Les gens veulent la paix et une bonne vie, ils ne veulent plus être en guerre. Et vous, Américains, vous nous forcez à être en guerre, sans même nous en donner les moyens. Vous [l’UE et l’OTAN] ne nous aurez pas, il n’y a aucun intérêt à perdre du temps en discussions vides. Les prêts du FMI pourraient facilement être remplacés par des prêts russes. Nous prendrons 100 milliards de dollars de la Russie, je pense qu’elle serait ravie de nous les donner aujourd’hui (…) S’ils sont intelligents avec nous, nous irons du côté des Russes. Leurs tanks seront positionnés près de Varsovie, votre OTAN chiera dans son froc et devra acheter des Pampers. » Clair et sans ambages…

Le bonhomme inquiète d’autant plus le camp impérial que son groupe média, 1+1, accueille parmi ses actionnaires Viktor Medvechuk, pro-russe notoire, d’ailleurs sanctionné par le camp autoproclamé du Bien après l’annexion de la Crimée. Il n’en fallait pas plus pour provoquer les cris d’orfraie : Zelensky est un pion de Moscou, ma bonne dame !

En cette fatale dernière semaine de juin, la junte maïdanite allait d’ailleurs boire le calice jusqu’à la lie. Et on ne sera pas tout à fait surpris de savoir que c’est Micha qui, de nouveau, a mis les pieds dans le plat. Nous annoncions son retour il y a trois mois :

S’il est quelqu’un qui, en tant que pion impérial, a participé à toutes les vicissitudes du Grand jeu dans le pourtour russe ces dernières années, c’est bien Mikhaïl Saakachvili.

Géorgien arrivé au pouvoir par la révolution sorosienne de 2003, déclencheur de la désastreuse (pour lui) guerre de 2008 qui a torpillé la marche de son pays vers l’OTAN, ses nombreux abus le poussent finalement à se sauver du Caucase pour gagner des cieux plus cléments. En 2014, il revient sous les projecteurs en Ukraine, suite au putsch organisé par Washington. Mais là encore, la romance tourne court […]

Après son expulsion définitive d’Ukraine, on pouvait se dire que le multi-fugitif avait enfin compris et profiterait d’une retraire dorée dans quelque fac américaine. Détrompez-vous, Micha est de retour !

A la surprise générale, le néo-président ukrainien Zelensky vient en effet de lui offrir le poste de vice-Premier ministre. « Surprise » n’est pas un faible mot, car le retour de l’éléphant dans le magasin de porcelaine risque de faire des vagues en tous sens.

Son antagonisme avec Poutine est légendaire et l’on peut s’étonner du choix de Zelensky. On sait que depuis son accession au pouvoir, celui-ci avait lentement dégelé les relations avec Moscou. Le mois dernier, le remaniement ministériel, voulu par lui, avait entraîné un torrent de lamentations des officines impériales (ici ou ici) : trop pro-russe, pas assez pro-occidental. La nomination du boutefeu géorgien vient maintenant brouiller les pistes. A moins que ce soit un moyen de désamorcer l’opposition qui ne manquera pas de pousser les hauts cris quand un plan d’ouverture vis-à-vis du Donbass sera officialisé ? L’avenir nous le dira.

Le Kremlin est de toute façon bien moins embêté par cette promotion que ne l’est le baby Deep State ukrainien au service de Washington. Si ce dernier partage avec Saakachvili une même détestation de la Russie, d’insurmontables conflits d’égo rendent la situation explosive. Ainsi avec Arsen Avakov, inamovible ministre de l’Intérieur de la junte depuis le putsch de 2014 et conservé à son poste par Zelensky. Une réunion officielle restée dans toutes les mémoires avait vu Micha le qualifier ouvertement de « voleur » et Avakov lui répliquer en lui balançant un verre d’eau au visage.

Les prochains mois risquent d’être sportifs du côté de Kiev…

Bingo, ça n’a pas traîné. Dans une interview à la télé, l’éléphant du Caucase a médusé les russophobes, restés sans voix :

« La Russie est largement devant l’Ukraine en terme de réformes. Les problèmes y sont réglés bien plus vite et avec plus d’efficacité qu’ici (…) Les Russes nous battent sur le front des réformes. » Et, histoire de bien remuer le couteau dans la plaie : « L’Etat ukrainien n’existe pas. La société est divisée en groupes et en clans, dirigés par des bureaucrates et leurs patrons. C’est comme si, ici, les gens naissaient avec des puces électroniques leur assignant d’entrée tel rôle au service de tel groupe. » Aux dernières nouvelles, Chocochenko en a fait une jaunisse.

Au-delà de l’anecdote, ces nouvelles semblent indiquer du côté de Kiev un profond changement, presque intellectuel. La russophobie primaire, sport national de la junte déchue, paraît ne plus être de mise, même chez un agité du bocal comme Saakachvili. A suivre…

Dans la mythologie grecque, Momos était la déesse du sarcasme et de la moquerie. Il semble bien que la belle se soit réveillée de son sommeil olympien pour jeter son dévolu sur l’Europe de l’est. Alors que l’Ukraine s’apaise peu à peu, le flambeau de la névrose a été reprise par sa voisine septentrionale. En mai, nous revenions sur la situation en Biélorussie :

Le trublion Loukachenko n’en finit pas de faire des siennes, et nous ne parlons pas ici de ses mesures quelques peu folkloriques pour lutter contre le coronavirus, au premier rang desquelles la consommation apparemment nécessaire et suffisante de vodka.

Si le président biélorusse est vu comme un allié de Moscou, les frictions entre ces deux-là ne sont pas nouvelles. Elles surgissent régulièrement, souvent causées par une querelle sur le prix du gaz ou du pétrole, dans un contexte plus général de vraie-fausse intégration entre les deux pays. Tout rentre généralement dans l’ordre quand le grand frère russe accepte de faire une ristourne. Jusqu’à la prochaine crise…

Justement, le Kremlin vient peut-être de se lasser définitivement de Loukachenko, d’autant plus que le sémillant moustachu n’a pas désavoué les appels du pied de l’OTAN en février dernier, quelques jours après avoir reçu en grande pompe le pompeux Pompeo à Minsk. Cette tactique habituelle pour faire monter les enchères commence sans doute à exaspérer Moscou. Ceci pourrait expliquer une petite nouvelle passée inaperçue mais susceptible de peser lourd à l’avenir sur cette case importante de l’échiquier eurasiatique.

Les prochaines élections présidentielles auront lieu fin août et un nouveau candidat est apparu. Le nom de Viktor Babariko ne vous dit sans doute rien mais, tout récemment, il était encore président du conseil d’administration de BelGazpromBank qui, comme son nom l’indique, est liée au géant gazier russe. S’il se défend d’être l’homme de Moscou, son parcours professionnel doit tout de même instiller quelques doutes dans l’esprit de Pompeo & Co.

Peut-il gagner ? Loukachenko, qui se présente pour la sixième (!) fois, avait l’habitude de verrouiller l’appareil pour atteindre des scores soviétiques mais il semble que ce ne sera plus le cas cette année. L’économie s’écroule, la nomenklatura n’est plus avec lui et il traverse une crise de légitimité sans précédent. Si l’ami Babariko remporte l’élection, verra-t-on un rapprochement supplémentaire voire une intégration avec la Russie ? Beaucoup de questions et peu de réponses pour l’instant…

Là non plus, ça n’a pas traîné : Babariko a tout simplement été arrêté ! Les faits se sont déroulés le 18 juin, le jour même où il a annoncé avoir les 100 000 signatures nécessaires pour participer à la présidentielle, provoquant d’énormes manifestations à Minsk.

Sentant qu’il y était allé un peu fort, mais préférant doubler la mise plutôt que revenir en arrière, Loukachenko (qui est évidemment le seul à avoir ses 100 000 signatures) a crié au complot. Et là, notre divine Momos a dû écrire le script de la tragi-comédie : le liderissimo moustachu accuse sans rire la Russie et la Pologne d’être derrière les tentatives de déstabilisation. Ce serait bien la première fois que Moscou et Varsovie se retrouvent dans le même camp !

Ironie de l’histoire, Loukachenko, qui a tenté pendant des années de se présenter comme l’intermédiaire entre Est et Ouest, risque maintenant de se mettre tout le monde à dos, Russie comme Occident. Pour sa population, c’est déjà fait, et deux hypothèses s’offrent à nous.

S’il « gagne » l’élection et parvient à contenir la colère populaire en restant au pouvoir, il sera vraisemblablement obligé de faire amende honorable et d’aller à son Canossa moscovite. Le pays est profondément dépendant de la Russie, notamment sur le plan énergétique, et toute tentative de diversifier son approvisionnement (voir les récentes œillades à tonton Sam) n’est que symbolique, comme le reconnaît lui-même un think tank impérial.

S’il est débordé par un soulèvement populaire, il sera très intéressant de voir dans quel sens celui-ci ira : pro-russe ou pro-occidental ? Nous avons vu il y a quelques années que les inénarrables ONG américaines avaient une présence non-négligeable en Biélorussie, même s’il ne faut sans doute pas y exagérer leur importance. Dans le même temps, la population est majoritairement russophone et russophile et un scénario à l’ukrainienne semble difficilement envisageable.

Il reste un mois jour pour jour avant les élections. Il sera à suivre avec attention…

***

Un très grand merci aux fidèles lecteurs qui continuent de faire des dons au blog. Votre générosité m’honore, croyez-le bien.

Avec gratitude.Tag(s) : #Europe#Ukraine#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/07/europa-orientalis.html

UNE REVENANTE

Une revenante

26 Juin 2020

Qui ne se souvient de Victoria Nuland, dont l’heure de gloire sonna lors d’un glacial hiver il y a de cela quelques années ?

En décembre 2013, Victoria Nuland distribuait des cookies aux manifestants. Deux mois plus tard, lors d’une conversation téléphonique avec l’ambassadeur américain à Kiev, enregistrée et rendue publique par les facétieux services secrets russes, la représentante de l’administration Obama ne distribue plus des petits gâteaux mais les futurs postes de ministres, faisant et défaisant le gouvernement ukrainien ! C’est à cette occasion que, en désaccord avec Berlin sur l’attribution d’un ou deux maroquins, elle prononce son fameux « Que l’UE aille se faire foutre ! ».

Émergeant de leur léthargie, les dirigeants européens froncent un sourcil, déclarent haut et fort que ces paroles sont inacceptables puis, sans doute épuisés par leur audace, retombent dans leur somnolence. Que de hauts responsables états-uniens misent sur le renversement à venir du gouvernement légal et décident du futur de l’Ukraine ne semble pas les gêner plus que cela…PUBLICITÉ

Désormais, la course au putsch est lancée. Victoria « Fuck the EU » Nuland a clairement annoncé la couleur : les États-Unis ont investi, depuis 1991, cinq milliards de dollars afin de « promouvoir le développement des institutions démocratiques et établir une bonne gouvernance », autrement dit installer un régime ami à Kiev. Le Maïdan est le moment ou jamais d’arracher l’Ukraine à la sphère russe et de l’arrimer à la communauté atlantique. En filigrane, évidemment, l’avancée de l’Otan vers la Russie, objectif depuis toujours des stratèges américains.

Il est vrai que la dame a un parcours impérial de toute beauté. Mariée au néo-cons Robert Kagan, Victoria Nuland a d’abord été adjointe de Madeleine « Kosovo » Albright, puis ambassadrice permanente de Bush Jr à l’OTAN, conseillère pour la politique étrangère de Dick Cheney, envoyée spéciale de l’hilarante Clinton et enfin secrétaire d’Etat assistante pour l’Europe et l’Eurasie sous l’administration Obama. Démocrates, Républicains, tout y passe du moment que c’est pour la cause supérieure. Elle connaît son Grand jeu sur le bout des doigts…

Le départ de Barack à frites et l’élection de Trump ont été, on l’imagine aisément, une bien mauvaise nouvelle pour cette russophobe affirmée, même si elle flâne dans divers think tanks et reste membre du directoire du N.E.D, dont la passion pour les regime change n’est plus à démontrer.

Sortie de son cryo-sommeil, la gorgone vient de publier une diatribe contre l’abominable Poutine des neiges où elle ressasse les habituels poncifs éculés. La Russie est faible mais elle a profité de l’impotence du leadership américain (sous Donaldinho, évidemment) pour perpétrer ses malfaisantes agressions : violer la loi internationale, les traités sur le contrôle des armements, la souveraineté de ses voisins et l’intégrité des élections aux Etats-Unis et même, pourquoi pas après tout, en Europe ! Mais l’ours qui fait si peur n’est en réalité qu’un colosse aux pieds d’argile qui prie pour que le camp du Bien mette fin aux sanctions.

Dans cet indigeste laïus apparaissaient quelques menaces voilées : renforcement du flanc oriental de l’OTAN, appui à l’Ukraine, maintien des forces américaines en Syrie pour que « Poutine ne devienne pas le maître du Moyen-Orient » etc. Et enfin, un véritable petit morceau d’anthologie que ne renierait pas Soros :

« Les Etats-Unis et leurs alliés devraient résister aux tentatives de Poutine de couper sa population du monde extérieur (!) et parler directement aux Russes à propos des bénéfices qu’ils pourraient retirer à travailler ensemble et du prix qu’ils ont payé à cause de la répudiation du libéralisme par Poutine ». C’est beau comme du Walt Disney, même s’il ne faut pas être grand clerc pour y voir un encouragement à l’élaboration d’une « révolution colorée »…

La perpétuelle politique de « changement de régime » est de plus en plus décriée dans certains secteurs états-unien – témoin, ce remarquable article qui montre la réussite très aléatoire de ces manigances (39% de succès, principalement à une autre époque et dans des pays relativement faibles) et les effets néfastes à long terme pour l’influence américaine (dont les organismes, innocents comme coupables, sont maintenant systématiquement surveillés/expulsés). Cela n’empêche apparemment pas l’amie Nuland de fantasmer un nouveau Maïdan plus à l’est.

Ces inepties infantiles ont au moins un mérite : montrer que la politique impériale ne changera jamais vis-à-vis de Moscou. Si l’on en doutait encore, il suffit de lire les recommandations du Republican Study Committee, groupe rassemblant plusieurs faucons du parti Républicain à la Chambre des représentants. Dans un rapport de 120 pages sobrement intitulé « Renforcer l’Amérique et contrer les menaces globales », la camarilla appelle à l’adoption par le Congrès des « plus dures sanctions de l’histoire » contre la Russie, l’Iran et la Chine.

Si ce document n’est qu’un ensemble préconisations parfois outrancières (comme celle de qualifier sans rire la Russie d’« Etat soutenant le terrorisme ») et non une proposition de loi, il montre l’état d’esprit fanatique qui règne chez les élites illuminées et déclinantes outre-Atlantique. Il n’y aura jamais de reset américano-russe, il ne peut y en avoir…

Et l’on se demande parfois si le Kremlin l’a tout a fait intégré. L’approche jugée trop conciliante de Poutine envers Washington est un vieux serpent de mer qui refait surface à intervalles réguliers, et fait s’arracher les cheveux à une flopée de sites alternatifs depuis fort longtemps. Sans aller jusque là, on peut effectivement s’interroger sur la retenue de Vladimirovitch vis-à-vis d’un empire qui tente pourtant de lui faire subir toutes les avanies et n’a aucune intention de s’accommoder de lui.

Il y a trois mois, Moscou avait une occasion en or de faire payer la monnaie de sa pièce à l’aigle, embourbé dans la dégringolade des cours du pétrole. Pourtant, sans que l’on sache trop pourquoi, Poutine a une nouvelle fois refusé de franchir le Rubicon. Si ce geste de bonne volonté visait à alléger les sanctions, notamment contre Rosneft, il s’est fourré le doigt dans l’œil. Le Heartland ne peut et ne pourra jamais rien attendre de la thalassocratie impériale.

Errare humanum est, perseverare diabolicumTag(s) : #Etats-Unis#Russie

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rififi-a-kiev

22 Mai 2020

22 Mai 2020

Début avril, trois ex-ambassadeurs américains en Ukraine ont signé une mignonne tribune appelant la Russie à abandonner le Donbass en échange de la levée des sanctions occidentales. Si le ton général n’est pas vindicatif, plutôt conciliant même, les éléments de langage et autres clichés sont enfilés à la chaîne tels des perles : Poutine regrette amèrement son « agression », les sanctions coûtent très cher à la Russie et le poids financier du conflit ukrainien lui est presque insupportable.

Une analyse remarquée de Foreign Policy – la revue alterne le pire et le meilleur ces derniers temps – balaie d’un revers cette jolie fable, démontant point par point ces « vœux pieux ». L’auteur fusille l’argumentaire des ambassadeurs qui surestime la pression des sanctions, sous-estime les raisons stratégiques russes et passe complètement à côté du fait que c’est Kiev, non Moscou, qui capitulera probablement la première.

Les sanctions ne coûtent à la Russie que 0,2% de son PIB annuel (et non 1% comme l’affirment les plénipotentiaires) et le Kremlin peut compter sur ses énormes réserves d’or, de devises étrangères et son Fonds de richesse pour faire le dos rond. D’autant que, nous en avions parlé il y a peu, le régime de changes flottants du rouble est également un amortisseur conséquent.PUBLICITÉ

L’article continue en mettant les pieds dans le plat, expliquant les véritables tenants et aboutissants stratégiques du conflit comme nous l’avions fait nous-même il y a bien longtemps :

11 mai 2014 : Poutine ne reconnaît pas le référendum séparatiste du Donbass

C’est l’une des clés permettant de comprendre la stratégie de Poutine en Ukraine et pourtant, elle n’est jamais relevée. Et pour cause ! Ce serait revenir sur plus d’un an de désinformation systématique de nos faiseurs d’opinion qui se rengorgent sur le « danger russe » et « l’invasion russe de l’Ukraine » (alors qu’un môme de 5 ans pourrait comprendre que si la Russie voulait vraiment conquérir l’est ukrainien, ça aurait été torché en cinq jours, certainement pas un an et demi !). Comment expliquer que Poutine n’a pas reconnu le désir d’auto-détermination des séparatistes pro-russes du Donbass si l’on affirme dans le même temps qu’il cherche à annexer le Donbass ? Aïe, voilà un os pour nos propagandistes en herbe… Alors on évacue purement et simplement l’une des deux contradictions. Ce faisant, on condamne le public à ne rien comprendre à ce qui se passe là-bas.

Petit retour en arrière.

Après le putsch, le nouveau régime au pouvoir à Kiev est pro-occidental et, suivant le désir de ses parrains américains, veut prendre le chemin de l’OTAN (plus que de l’UE d’ailleurs, ce qui montre l’imbécilité des dirigeants européens, bonnes poires dans toute cette affaire). A Moscou, on tremble. Perdre la base navale de Sébastopol, verrou stratégique de la Mer noire et ouverture sur la Méditerranée, pire, voir cette base devenir américaine ! Et voir l’OTAN s’installer aux portes de la Russie, alors que promesse avait été faite en 1991 à Gorbatchev que l’alliance militaire n’avancerait pas vers l’Est. Impossible… La réaction de Poutine sera fulgurante (notons qu’il est en réaction dans toute cette affaire, pas en expansion) et se fera sur deux axes :

  • récupérer la Crimée et la rattacher à la Russie.
  • créer un conflit gelé en Ukraine même, paralysant Kiev et l’empêchant d’entrer dans l’OTAN.

Le premier volet est connu, inutile d’y revenir en détail. Un Khroutchev passablement bourré avait donné la Crimée à l’Ukraine d’un trait de plume, un soir de beuverie de 1954. Depuis la dislocation de l’URSS en 1991, la Russie louait (cher) la base de Sébastopol, accord qui était toujours susceptible d’être remis en question quand un gouvernement pro-US arrivait au pouvoir à Kiev. Suivant l’exemple occidental au Kosovo, Moscou a pris le prétexte (d’ailleurs réel) du droit à l’auto-détermination des peuples pour organiser le référendum de rattachement à la Russie. Apparemment, les Criméens ne s’en plaignent pas trop.

Mais c’est surtout le deuxième volet qui est intéressant. Poutine n’a aucune intention d’annexer l’est ukrainien, bien au contraire ! Son but était de créer un conflit gelé à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Selon la charte de l’OTAN, un pays ayant un conflit ouvert ou gelé sur son territoire ne peut faire acte de candidature. Et ça, on le sait parfaitement à Moscou. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le cas de figure se présente. Trois pays de l’ex-URSS ont, sous la direction de gouvernements formés aux Etats-Unis, fait mine de vouloir entrer dans l’organisation atlantique : Géorgie, Moldavie et Ukraine. Moscou a alors activé/soutenu les minorités russes en lutte contre le gouvernement central, les conflits gelés dans ces trois pays (Ossétie et Abkhazie en Géorgie, Transnistrie en Moldavie et maintenant Donbass en Ukraine) les empêchant d’entrer dans l’OTAN. Ce que fait Poutine dans l’Est ukrainien n’est donc que la réplique de ce que la Russie a déjà fait ailleurs, il n’y a aucune surprise. Pour lui, il est donc hors de question d’accepter que le Donbass se rattache à la Russie, contrairement aux sornettes racontées ici et là : il le veut à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Statut d’autonomie, armement, soutien diplomatique, aide humanitaire… tout ce que vous voulez, mais à l’intérieur des frontières ukrainiennes !

Cela explique pourquoi Poutine était bien embêté lorsque les séparatistes pro-russes ont organisé leur référendum. Il a d’abord tenté de les en dissuader, puis il a refusé d’en reconnaître les résultats. Cela explique aussi que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, Poutine est mal vu par les pro-russes du Donbass ainsi que par les courants nationalistes russes qui rêvent tous d’une Novorossia indépendante ou de son rattachement à la Russie.

Vladimir Vladimirovitch fait un numéro d’équilibriste, soutenant suffisamment les séparatistes pour qu’ils ne se fassent pas annihiler tout en douchant assez cyniquement d’ailleurs leurs espoirs d’un rattachement à la Russie, éliminant les leaders séparatistes indépendantistes (Strelkov, Mozgovoi, Bezner) pour les remplacer par des chefs plus enclins à se contenter d’une large autonomie (Zakarchenko, Givi, Motorola), le tout alors que Kiev (et les Etats-Unis derrière) font tout pour faire déraper la situation et que certains bataillons néo-nazis (Azov, Aidar, Tornado etc.) bombardent sciemment les civils russophones. Pour l’instant, Poutine s’en sort avec une maestria peu commune, mais seul l’avenir nous dira si l’équilibriste est finalement arrivé de l’autre côté.

Tout comme la cause profonde du conflit syrien tient en deux mots – arc chiite -, la problématique de la crise ukrainienne se résume elle-aussi en deux mots : conflit gelé. Pendant des années, votre serviteur a prêché dans le désert, incompris des russophiles et russophobes primaires, persuadés qu’ils étaient, les uns que Poutine venait sauver les habitants du Donbass, les autres que l’abominable ours des neiges voulait envahir l’Ukraine puis, tant qu’on y est, l’Europe toute entière. Si le Kremlin a effectivement à cœur de protéger les russophones de l’Est du pays, ce n’était qu’en seconde instance : l’objectif premier a toujours été de créer un conflit gelé, torpillant l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN. Il est plaisant de commencer enfin à le lire de-ci de-là.

L’article de Foreign Policy conclut que, si l’un des duettistes jette l’éponge, ce sera vraisemblablement Kiev qui est, comme toujours, au bord du gouffre ; son économie est touchée de plein fouet par le coronavirus (baisse de 7,7% prévue cette année) et ses finances sont en capilotade. Mais ce sont surtout deux chiffres qui plient définitivement l’affaire : les dépenses liées au conflit du Donbass représentent peu ou prou 5,5% du PIB ukrainien, seulement 0,1% du PIB russe. N’en déplaise aux folâtres ambassadeurs, si l’un des deux doit rendre les armes, ce sera l’Ukraine.

Coïncidence amusante, un sondage mené en février matérialise ce rapport de force. 54% des Ukrainiens interrogés sont bien disposés à l’égard de la Russie contre 33% qui pensent le contraire, ce qui montre en creux, une fois de plus, à quel point le putsch du Maïdan a été contre-nature. De l’autre côté de la frontière par contre, les Russes sont de moins en moins bienveillants envers leur voisin : 41% (-15) contre 47% (+16). Tout un symbole…

Un malheur ne venant jamais seul, le panier de crabes à la kiévienne se déchire à gros coups de pince. Le parquet a ouvert une enquête sur le rôle de l’ex-président Porochenko dans le Bidengate. Les charges de « trahison » et « abus de pouvoir » n’ont pas du tout plu au roi du chocolat qui a hurlé sans rire au complot russe. En cause, un échange de bon procédé : tu vires le procureur en charge de l’enquête sur fiston Biden en échange d’un prêt d’un milliard de dollars.

Toujours est-il que le climat est délétère entre Poroclown et le nouveau président, dont les camps passent leur temps à s’envoyer des invectives. L’ancien chef de l’administration de Porochenko, lui, a eu une idée originale : réclamer 200 milliards de dollars à l’OTAN, rien que ça !

Admirez l’argumentaire : à la chute de l’URSS, Kiev a renoncé à l’arsenal nucléaire qui était présent sur son territoire. Cela a fait économiser d’énormes sommes à l’OTAN en terme de contrôle de la prolifération et il serait normal que l’Occident montre un peu sa gratitude par un gros chèque. A défaut d’entrer dans l’Alliance atlantique, autant la faire payer.

Ainsi va la vie dans le paradis post-maïdanite…Tag(s) : #Ukraine#Russie

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Il revient !


Il revient !

24 Avril 2020

S’il est quelqu’un qui, en tant que pion impérial, a participé à toutes les vicissitudes du Grand jeu dans le pourtour russe ces dernières années, c’est bien Mikhaïl Saakachvili.

Géorgien arrivé au pouvoir par la révolution sorosienne de 2003, déclencheur de la désastreuse (pour lui) guerre de 2008 qui a torpillé la marche de son pays vers l’OTAN, ses nombreux abus le poussent finalement à se sauver du Caucase pour gagner des cieux plus cléments. En 2014, il revient sous les projecteurs en Ukraine, suite au putsch organisé par Washington. Mais là encore, la romance tourne court, comme nous le rapportions il y a trois ans :

Comme si elle n’avait pas assez de problèmes, la junte post-Maïdan est d’ailleurs confrontée à une nouvelle difficulté, inattendue (ou presque) : l’inénarrable Saakachvili refait des siennes. L’ex-gouverneur d’Odessa, dépossédé de sa nationalité ukrainienne après l’avoir été de la géorgienne, poursuivi un peu partout par la justice, s’est lancé dans une croisade personnelle contre son ancien ami Poroclown. Comme au Moyen-Orient, comme partout, les pions de l’empire refluant se déchirent et l’imMonde en perd son latin :PUBLICITÉ

Le danger n’est évidemment pas comparable, mais le parallèle est frappant : défié depuis trois ans sur sa frontière orientale, où les séparatistes du Donbass soutenus par la Russie sont en terrain conquis, l’Etat ukrainien a subi un nouveau coup à son autorité et à sa crédibilité, dimanche 10 septembre, à plus de 1 000 km de là, sur sa frontière avec la Pologne.

La traversée du poste-frontière Medyka-Cheguyni par Mikheïl Saakachvili, dimanche 10 septembre, relève en partie du Grand-Guignol, indissociable de la stratégie du coup d’éclat permanent de l’ancien président géorgien (2003-2013) devenu opposant au président ukrainien, Petro Porochenko. Emportant à sa suite des dizaines de journalistes, des centaines de partisans et des soutiens aussi divers que la très populiste ancienne première ministre Ioulia Timochenko ou le député libéral et réformateur Mustafa Nayyem, M. Saakachvili a joué toute la journée à cache-cache avec les gardes-frontières ukrainiens.

En train, en bus, à pied, M. Saakachvili a tout tenté pour mettre à exécution sa promesse de rentrer en Ukraine, un mois et demi après la décision des autorités de Kiev de le priver de sa nationalité et de son passeport ukrainiens. C’est finalement dans la confusion et dans un climat de violence – certes limitée – que l’opération s’est achevée, lorsque les partisans de l’ancien président ont pris d’assaut le cordon de gardes-frontières déployé face à la frontière polonaise au prétexte d’empêcher l’accès à une route prétendument minée.

L’image de ces policiers bousculés, qui a tourné en boucle sur les sites ukrainiens et étrangers, est aussi désastreuse pour Kiev que le fut la décision, fin juillet, de priver « Micha » de sa nationalité ukrainienne, accordée en grande pompe en 2015 au moment de sa nomination au poste de gouverneur de la région d’Odessa. Le prétexte invoqué, celui d’irrégularités dans son dossier, n’avait trompé personne : la décision visait à écarter un rival.

Depuis, il vilipende régulièrement le gouvernement et l’accuse, à raison connaissant le panier de crabes ukrainien, de tous les maux. A Moscou, certains sont morts de rire…

Ayant réussi à revenir à Kiev, c’est finalement sur son toit (!) que le saltimbanque avait été arrêté par les forces de sécurité lancées par Porochenko :http://cdn.embedly.com/widgets/media.html?src=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fembed%2Fu1DnQ0AeUpE%3Fwmode%3Dtransparent%26feature%3Doembed&wmode=transparent&display_name=YouTube&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3Du1DnQ0AeUpE&image=https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2Fu1DnQ0AeUpE%2Fhqdefault.jpg&key=a42c510231f911e1a92e4040d3dc5c07&type=text%2Fhtml&schema=youtube

Après son expulsion définitive d’Ukraine, on pouvait se dire que le multi-fugitif avait enfin compris et profiterait d’une retraire dorée dans quelque fac américaine. Détrompez-vous, Micha est de retour !

A la surprise générale, le néo-président ukrainien Zelensky vient en effet de lui offrir le poste de vice-Premier ministre. « Surprise » n’est pas un faible mot, car le retour de l’éléphant dans le magasin de porcelaine risque de faire des vagues en tous sens.

Son antagonisme avec Poutine est légendaire et l’on peut s’étonner du choix de Zelensky. On sait que depuis son accession au pouvoir, celui-ci avait lentement dégelé les relations avec Moscou. Le mois dernier, le remaniement ministériel, voulu par lui, avait entraîné un torrent de lamentations des officines impériales (ici ou ici) : trop pro-russe, pas assez pro-occidental. La nomination du boutefeu géorgien vient maintenant brouiller les pistes. A moins que ce soit un moyen de désamorcer l’opposition qui ne manquera pas de pousser les hauts cris quand un plan d’ouverture vis-à-vis du Donbass sera officialisé ? L’avenir nous le dira.

Le Kremlin est de toute façon bien moins embêté par cette promotion que ne l’est le baby Deep State ukrainien au service de Washington. Si ce dernier partage avec Saakachvili une même détestation de la Russie, d’insurmontables conflits d’égo rendent la situation explosive. Ainsi avec Arsen Avakov, inamovible ministre de l’Intérieur de la junte depuis le putsch de 2014 et conservé à son poste par Zelensky. Une réunion officielle restée dans toutes les mémoires avait vu Micha le qualifier ouvertement de « voleur » et Avakov lui répliquer en lui balançant un verre d’eau au visage.

Les prochains mois risquent d’être sportifs du côté de Kiev…

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/04/il-revient.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Accord russo-ukrainien: une aubaine pour le gaz russe ?

Accord russo-ukrainien: une aubaine pour le gaz russe ?

Quentin PARES 1 avril 2020 ActualitéActualités analyséesEnergieMondialisation et enjeux Leave a comment

Le 30 décembre dernier, l’Ukraine et la Russie ont annoncé s’être mis d’accord sur un nouveau contrat gazier. Cet accord met fin à une décennie de conflit entre Gazprom et Naftogaz. Les deux compagnies se sont ainsi entendues sur un volume de gaz annuel de 65 Gm3 en 2020 puis 40 entre 2021 et 2024. Pourtant, quelques mois avant la date limite, très peu d’observateurs auraient pu parier sur la probabilité d’un tel accord. Retour sur les raisons qui ont conduit les deux parties à s’entendre.

Le gaz, vecteur de conflit entre l’Ukraine et la Russie depuis la fin de l’URSS

L'accord russo-ukrainien entérine la marginalisation de la route ukrainienne du gaz russe vers l'Europe
Depuis cette année, la route ukrainienne est devenue marginale dans l’approvisionnement du gaz russe vers l’Europe.

Depuis la disparition de l’URSS en 1991, le gaz est une pomme de discorde entre l’Ukraine et la Russie. Trois facteurs de conflit peuvent être ainsi identifiés : le transit, la question du prix et la dette gazière ukrainienne.

En matière de transit, la centralité du territoire ukrainien a contraint Moscou à s’acquitter de lourds frais de passage pour son gaz. Or, en l’absence de méthodes de calcul universelles, ces frais constituent un vecteur de tension. Côté russe, des frais de transit élevés sont ainsi synonymes de hausse des prix pour les consommateurs européens et donc de pertes de marché pour Gazprom. À l’inverse, côté ukrainien, le sujet est rapidement devenu un enjeu de souveraineté nationale. Les revenus du transit forment, en outre, le cœur de la manne financière de l’oligarchie ukrainienne.

À ce conflit sur le transit du gaz s’ajoute également la question du prix payé par le consommateur ukrainien. Longtemps bénéficiaires de prix subventionnés sous l’URSS, les ukrainiens ont en effet offert des concessions politiques en échange de rabais sur le prix du gaz. Selon cette logique, la Russie pouvait ainsi bénéficier d’une base navale à Sébastopol dans la Crimée ukrainienne. Or, cette politique prit fin en 2014 avec l’annexion de la Crimée entraînant pour Kiev une hausse rapide de sa facture gazière.

Enfin, le dialogue gazier russo-ukrainien fut longtemps l’otage de la question de la dette gazière. Du fait de la vétusté du réseau (selon Naftogaz) ou d’une politique délibérée de siphonnage (selon Gazprom), Kiev doit à l’entreprise russe plusieurs milliards de dollars (3,1 selon Kiev, 5,3 d’après Moscou). Pour mettre fin à ce contentieux, les deux parties ont fait appel à la Cour d’arbitrage de Stockholm. Cette dernière a donné raison à Naftogaz en 2017, provoquant ainsi l’ire de Moscou.

Un accord gazier a priori positif pour l’Ukraine à court terme…

Pour Kiev, l’accord signé le 30 décembre dernier est un pas important dans l’agenda réformiste du président Zelensky. L’accord gazier renforce en effet une récente embellie diplomatique  marquée par la libération de prisonniers ukrainiens et la reprise des négociations sous le format « Normandie ». Ce réchauffement diplomatique permet en retour au gouvernement ukrainien d’avoir les mains libres pour réformer un pays rongé par la corruption et le chômage.

L’accord gazier consacre cette politique réformiste. D’une part, la fin du monopole de Naftogaz a joué un rôle considérable pour rassurer Gazprom sur la question du siphonnage. D’autre part, l’accord autorise l’accès des tiers au réseau et ainsi fait jouer les vertus de la concurrence. Il faut également ajouter que l’accord facilite le recours aux « flux rebours » permettant à l’Ukraine de s’approvisionner auprès des autres pays européens.

Enfin, l’accord stipule que Gazprom doit payer 7,3 milliards de dollars en frais de transit. C’est 2% de plus que dans le contrat précédent. Autre succès : l’entreprise russe accepte de verser 3 milliards de dollars à l’Ukraine en échange d’un abandon de toutes poursuites juridiques. Pour le gouvernement Zelensky, il s’agit donc d’un accord positif tant sur le plan diplomatique que financier.

… mais en réalité très favorable à Gazprom sur le long-terme

Côté russe, en revanche, l’accord peut être à première vue considéré comme étant en demi-teinte. En effet, en cédant aux exigences financières du gouvernement ukrainien, Gazprom a révélé une certaine fébrilité face aux transformations du marché gazier européen. Confrontée à la nouvelle concurrence du GNL (gaz naturel liquéfié) américain, l’entreprise russe s’est retrouvée devant un véritable dilemme.

D’un côté, la Russie cherche à diversifier ses voies d’approvisionnement vers l’Europe. Elle a ainsi décidé de doubler la capacité du gazoduc North Stream (55 gm3) qui la relie à l’Allemagne (North Stream 2). Plus au Sud, elle cherche à contourner l’obstacle ukrainien en étendant le gazoduc TurkStream aux Balkans et à la Hongrie. Ce nouveau tracé permettra d’ailleurs d’alimenter la Roumanie sans passer par la Transnistrie, objet de contentieux avec la Moldavie.

Cependant, si le TurkStream a été inauguré en janvier 2020, ses extensions vers le Sud de l’Europe ne seront prêtes au mieux qu’à la fin 2021. En outre, le North Stream 2 a été retardé par des poursuites juridiques et par les sanctions américaines. On estime au début d’année 2021 la date de lancement du gazoduc. Dans ce contexte, Gazprom aurait pu rapidement se retrouver dans l’incapacité de fournir une partie de sa clientèle européenne. En cela, l’accord était donc impératif pour lui donner de la flexibilité jusqu’à ce que les gazoducs non-ukrainiens soient achevés.

On comprend dès lors mieux pourquoi Gazprom s’est montrée conciliante sur la question du transit et de la dette. Bien qu’en cédant sur le coût, elle a en réalité gagné sur la durée du contrat. S’achevant en 2024, celui-ci donne à Gazprom le temps de mettre en service ses nouveaux gazoducs et ainsi de se passer totalement de la route ukrainienne à partir de 2025.

L’entreprise russe sort donc renforcée de cet accord. Si elle s’est inclinée sur la question du transit, Gazprom n’en a pas moins gravé dans le marbre la marginalisation progressive de l’Ukraine comme route d’approvisionnement du gaz vers l’Europe.

Sources :

Simon Pirani et Jack Sharples, « The Russia-Ukraine gas transit deal: opening a new chapter », The Oxford Institute For Energy Studies, 26 février 2020.  

Céline Marangé, Angélique Palle et Sami Ramdani, « Le gazoduc North Stream 2 : enjeux politiques et stratégiques », IRSEM, décembre 2018.

Aurélie et Thierry Bros, Géopolitique du gaz russe : vecteur de pouvoir et enjeu économique, Les carnets de l’observatoire, novembre 2017.Share

About Quentin PARES

Quentin Pares est diplômé d’un Master 2 de Grenoble Ecole de Management (GEM) et est étudiant à l’IRIS. Il est spécialisé dans les questions énergétiques et d’économie internationale.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/mondialisation-enjeux/energie/43074-accord-russo-ukrainien-aubaine-gaz-russe

DES FRAPPES AÉRIENNES SYRIENNES ET RUSSES DÉTRUISENT DAVANTAGE DE VÉHICULES DANS LE GRAND IDLIB

#SYRIA 22.02.2020 – 7726 vues    5.2 ( 17 votes)

DES FRAPPES AÉRIENNES SYRIENNES ET RUSSES DÉTRUISENT DAVANTAGE DE VÉHICULES DANS LE GRAND IDLIB

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Avions Su-25 en Syrie. IMAGE DU FICHIER: Vadim Grishankin / Bureau de presse et d’information du ministère russe de la Défense / TASSu

Tard le 21 février, des avions de combat syriens et russes ont effectué une série de frappes aériennes sur le Grand Idlib, visant plusieurs véhicules dans la région du nord-ouest.

Selon des sources progouvernementales, au moins neuf véhicules, dont de nombreux chars de combat, ont été détruits entre les villes de Mjdlya et Sarmin, dans le sud d’Idlib. Les véhicules ont probablement été fournis par la Turquie à ses mandataires dans la région.

Il y a deux jours, l’armée turque et ses mandataires, y compris Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), affilié à al-Qaïda, ont lancé une attaque à grande échelle contre les positions de l’AAS dans la ville d’al-Nayrab, dans le sud d’Idlib.

L’armée arabe syrienne (SAA), soutenue par les forces aérospatiales russes (VKS), a repoussé l’attaque en quelques heures. Les frappes syriennes et russes ont détruit plus d’une douzaine de véhicules, dont quatre chars de combat M60 Sabra MK II des forces armées turques. Une vidéo des grèves a été publiée plus tôt.

D’intenses frappes aériennes syriennes et russes visent désormais la campagne du sud d’Idlib. La Turquie et ses mandataires pourraient planifier une nouvelle attaque contre les positions de l’AAS dans la région.

https://southfront.org/syrian-russian-airstrikes-destroy-more-vehicles-in-greater-idlib/

Ukraine – La cour anti-corruption lance une enquête sur Porochenko et Obama

GÉOPOLITIQUE

Ukraine – La cour anti-corruption lance une enquête sur Porochenko et Obama

« Renat Kouzmine, député ukrainien de la plateforme d’opposition « Pour la vie », a déclaré que la Haute Cour Anti-corruption d’Ukraine (VASU) a ordonné au Bureau National Anti-corruption (NABU) de lancer une enquête sur le coup d’État qui a eu lieu dans le pays et sur la corruption, dans le cadre de laquelle les noms de l’ancien président ukrainien Petro Porochenko, de l’ancien président américain Barack Obama, et de l’ancien vice-président américain Joe Biden sont mentionnés. »

https://www.les-crises.fr/revue-de-presse-du-19-01-2020/

Des infos sur l’accident de l’avion ukrainien près de Téhéra

Des infos sur l’accident de l’avion ukrainien près de Téhéran


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama − Le 10 janvier 2020

Reuters se pose la question : « Qui allez-vous croire, moi ou vos yeux menteurs ? »

L’agence de presse (pas) digne de confiance a tweeté ça hier :

SA plane crash
Un avion militaire sud-africain s’est écrasé au Congo, aucun signe de dommages importants.  Agrandir

L’avion sud-africain qui s’est écrasé est de toute évidence totalement ruiné, mais Reuters affirme pourtant qu’il n’y a « aucun signe de dommages importants ».

Reuters est une agence britannique et les Britanniques ont un humour particulier : « Ce n’est qu’une égratignure » et « Juste une blessure superficielle », dit le chevalier noir (vidéo).

Le tweet de Reuters n’était pas une erreur. L’info publié sur le site de Reuters (capture d’écran) porte la même image et le même titre.

Le texte sous l’image dit :

Des travailleurs congolais de l'aviation se tiennent à côté de l'épave d'un avion militaire sud-africain C-130 Hercules qui s'est écrasé à l'aéroport de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo 

9 janvier 2020 REUTERS/Djaffer Al Katanty

Le texte de l’article dit :

GOMA, République démocratique du Congo (Reuters) - Un avion militaire sud-africain s'est écrasé jeudi à l'aéroport de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, a déclaré un porte-parole de l'ONU.

Des vidéos sur les médias sociaux ont montré de la fumée s'élevant de l'avion mais deux sources à l'aéroport, s'exprimant sous couvert d'anonymat, ont déclaré qu'il ne semblait pas que l’avion ait subi des dégâts majeurs.

 Reportage de Fiston Mahamba et Hereward Holland ; Rédaction d'Aaron Ross ; Révisé par John Stonestreet

Au moins cinq employés de Reuters ont contribué à l’histoire. L’affirmation des deux sources qu’il cite est évidemment fausse. Elle fait quand même partie de l’histoire et même du gros titre. Vingt-quatre heures plus tard, même après qu’elle ait été tournée en dérision sur Twitter, l’histoire est toujours en ligne.

Considérez ce qui précède lorsque vous lisez des rapports dans lesquels des fonctionnaires anonymes affirment que l’Iran a abattu le vol ukrainien PS 752 au-dessus de Téhéran.

Cela pourrait être le cas. Mais ce n’est qu’une explication possible de l’accident. L’accident peut avoir été causé par des problèmes techniques ou autres. Les rumeurs et les affirmations d’un fonctionnaire anonyme ne sont pas des preuves. Pas plus que les vidéos de provenance inconnue. Les États-Unis mènent une guerre économique contre l’Iran et ils ont la volonté et les moyens de fabriquer de telles allégations. Nous ne saurons avec certitude ce qui s’est passé que lorsque les vraies indices auront fait l’objet d’une enquête par les autorités désignées.

Certains des commentaires à l’article d’hier sur l’accident étaient en désaccord avec mon avertissement disant que les preuves présumées d’un tir de missile sont encore insuffisantes et que d’autres causes sont très bien possibles. Ils devraient tenir compte de l’avertissement fait par la hiérarchie de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) :

L'OACI est en contact avec les États concernés et les aidera si on le lui demande. Ses dirigeants soulignent qu'il importe d'éviter les spéculations sur la cause de la tragédie et d’attendre les résultats de l'enquête, conformément à l'annexe 13 de la Convention relative à l'aviation civile internationale (Convention de Chicago).

L’avertissement a été réitéré hier :

L'OACI continue de demander que l'on réduise les spéculations sur les causes possibles de l'accident jusqu'à ce que l'enquête de l'Annexe 13 puisse être conclue et que ses résultats officiels soient confirmés.

Entre-temps, les corps ont été retirés du site de l’accident et les débris ont été recueillis et triés par type.

Ce matin, le chef de l’Administration de l’aviation civile iranienne a donné une conférence de presse (vidéo) basée sur ce que les responsables savent actuellement. Mon impression est qu’il est une personne sérieuse et raisonnable. La traduction d’Aljazeerah en direct et en anglais n’était pas bonne. Aucune des questions n’a été traduite mais certains points des officiels étaient compréhensibles :

  • Pour autant que l’on sache, l’avion n’a pas été touché par un missile.
  • Le jugement doit être retenu jusqu’à ce que toutes les informations techniques soient disponibles.
  • Après le décollage, le pilote a contacté la tour de contrôle de l’aéroport pour obtenir la permission de monter à 26 000 pieds. La permission a été accordée.
  • Deux minutes plus tard, un incendie s’est déclaré dans l’avion.
  • Il n’y a pas eu de communication après cela, mais les pilotes étaient peut-être trop occupés. L’enregistreur vocal du cockpit donnera plus de réponses.
  • Douze groupes ont été formés pour enquêter sur l’accident et sur le lieu de l’accident.
  • Les responsables américains ont affirmé avoir des documents ou d’autres preuves qui montrent un incident de missile. S’ils en ont, ils sont tenus de les présenter à l’enquête.
  • La vidéo montre que l’avion en feu a volé pendant 60 à 70 secondes. Si l’avion avait été touché par un missile, il aurait immédiatement chuté et il y aurait eu un très grand champ de débris comme cela s’est produit avec le vol MH17 en Ukraine.
  • Tous les pays touchés par l’accident peuvent nommer une personne de liaison ou participer à l’enquête.

Suit une explication du départ retardé de l’avion :

  • L’avion est arrivé la nuit précédant le vol.
  • Les deux pilotes se sont rendus à l’hôtel pour se reposer, mais seulement pendant trois heures.
  • Les passagers étaient pour la plupart des vacanciers qui avaient beaucoup de bagages.
  • Le processus d’embarquement a pris beaucoup de temps.
  • Les conditions météorologiques à ce moment-là n’étaient pas non plus adéquates.
  • Le pilote a demandé un supplément de carburant.
  • Le nombre de passagers, les bagages et le carburant supplémentaire dépassaient la capacité de l’avion.
  • Le pilote a ordonné à l’équipe au sol de décharger quelques bagages.
  • Tout ceci était un processus normal qui peut se produire sur n’importe quel vol.

On dit que l’enquête pourrait s’étendre sur une longue période, même plus longue que l’habituelle année. Selon leur état, l’extraction des données des boîtes noires peut également prendre un mois ou deux. La conférence de presse se termine par une demande de calme et de soutien à l’enquête.

Des images des boîtes noires non ouvertes ont été diffusées sur Iran TV. Elles semblent avoir des dommages extérieurs mineurs mais je suis sûr que la mémoire permanente à l’intérieur est intacte.

Des enquêteurs et des observateurs de plusieurs pays et de Boeing ont rejoint leurs collègues iraniens et aideront à trouver les causes de l’accident.

Les enquêteurs ukrainiens sont arrivés et se sont rendus sur le lieu de l’accident. Des responsables ukrainiens anonymes se plaignent (ukr) que les Iraniens ont « explosé » les débris :

"Les débris sont ramassés par des bulldozers. L'Iran est-il intéressé par une enquête de qualité ?" - source dans la commission interministérielle de l'Ukraine.

Les Iraniens ont utilisé un chargeur frontal à roues pour aider à ramasser les parties lourdes des débris. Ce n’est pas vraiment un bulldozer.


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Les Ukrainien se plaignent également que le processus de collecte est trop rapide et peut endommager certaines pièces. Eh bien, l’avion s’est écrasé et il y a eu une grosse explosion de carburant. Il n’y aura presque pas de pièces non endommagées.

Le site du crash du MAX éthiopien qui s’est abattu l’année dernière avait également été nettoyé en trois jours. Il est peu probable que le fait de trier les pièces en gros tas (structure, moteurs, électronique) avant de les emporter pour les stocker et les analyser cause des dommages supplémentaires. En Ukraine, on peut encore trouver des pièces du vol MH17 à l’endroit même où l’avion s’est écrasé.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/des-infos-sur-laccident-de-lavion-ukrainien-pres-de-teheran

Nord Stream 2.0 – Donbass 4.0 – Idlib 6.0

Nord Stream 2.0 – Donbass 4.0 – Idlib 6.0

19 Décembre 2019

Ça bouge sur plusieurs cases de l’échiquier du Grand jeu et, comme souvent, la Russie est au cœur des événements.

Les sanctions de dernière minute décidées par le Congrès US contre le Nord Stream II sont la dernière pierre d’une politique qui vient de très loin. En juin 2017, nous rapportions :

Si quelqu’un doutait encore que les Américains tentèrent, tentent et tenteront de torpiller l’intégration de l’Eurasie et d’isoler énergétiquement la Russie, une membre du comité des Affaires étrangères du Congrès a rappelé fin mai les fondamentaux de la politique étrangère de son pays :

Les Etats-Unis devraient agir contre le projet russe de gazoduc afin de soutenir la sécurité énergétique de l’Union européenne [défense de rire ; qui eut cru que la novlangue pouvait être amusante ?] L’administration Obama et l’UE ont travaillé contre le Nord Stream II (…) L’administration Obama a fait de la sécurité énergétique européenne une question de haute priorité de la politique étrangère américaine. L’administration Trump serait bien avisée de continuer sur cette voie.

Las. Ces sanctions visant les compagnies qui aident à la pose du tube viennent beaucoup trop tard et, comme l’admet crûment Bloomberg, les Etats-Unis concèdent la défaite sur le Nord Stream II.

Dans sa conférence marathon annuelle, Poutine a eu des mots intéressants sur l’Ukraine, ménageant intelligemment la chèvre et le chou. Il a ouvert la porte à une poursuite du transit gazier (réduit) par le territoire de son voisin, désamorçant les dernières réticences européennes alors que le tube baltique entre dans la dernière ligne droite. En évoquant un prix raisonnable, il offre aussi un biscuit à Zelensky alors que les relations bilatérales se réchauffent tout doucement.

Dans le même temps, il a toutefois balayé d’un revers de main tout changement des accords de Minsk et insisté sur un statut spécial du Donbass. Pour Moscou, un conflit gelé et/ou un Donbass autonome au sein d’une Ukraine fédérale tuera dans l’œuf la marche de Kiev vers l’euro-atlantisme. Comme nous l’avons expliqué à de nombreuses reprises, c’est l’objectif premier du Kremlin depuis 2014 et c’est devenu la hantise des think tanks impériaux.

En Syrie, l’interminable feuilleton de la reprise d’Idlib entame une nouvelle saison. Après des bombardements non-stop de l’aviation syro-russe (140 en trois jours) sur les défenses barbues, l’armée syrienne a bougé et commencé l’offensive. A la pointe du combat, les fameuses Tiger Forces bien connues de nos lecteurs et désormais renommées 25ème Division des forces spéciales. Les premiers gains territoriaux n’ont pas tardé…

Assiste-t-on à une campagne générale contre Idlib ? Pas si vite… Il semble que, dans un premier temps, l’objectif soit l’autoroute M5 et la ville de Ma’arat al Numan. Nous avions expliqué son importance il y a quelques mois, après la reconquête de Khan Cheikhoun :

Hama est maintenant définitivement sécurisée tandis que le moral des rebelles modérément modérés en a pris un (très) sérieux coup. Il se murmure d’ailleurs que Jaysh al-Izza, groupe qui avait bénéficié pendant longtemps des largesses de la CIA en missiles anti-tanks TOW, est en voie de dissolution après avoir perdu un nombre considérable de combattants et la plupart de son matériel de guerre.

Surtout, la reconquête de Khan Cheikhoun pourrait ouvrir la voie à une offensive plus générale et la réduction d’un autre saillant, plus vaste, centré sur Ma’arat al Numan :

Que cette protubérance soit liquidée et c’est Idlib elle-même, capitale djihadiste entre toutes, qui serait directement sous les feux de l’actualité et, plus prosaïquement, des tirs loyalistes.

Relation de cause à effet ? Des rumeurs font état d’un possible et énième false flag chimique en préparation tandis que le public new yorkais de Times Square est soumis à une propagande aussi ahurissante qu’imbécile (voir cette vidéo). En cas de provocation chimique des modérément modérés, la réaction de la MSN occidentale sera intéressante alors que la manipulation de Douma sort au grand jour…Tag(s) :

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/12/nord-stream-2.0-donbass-4.0-idlib-6.0.html

 #Russie#Gaz#Ukraine#Moyen-Orient

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Confirmations

Confirmations

12 Décembre 2019

Ces derniers jours ont apporté leur lot de nouvelles intéressantes, dont plusieurs confirment ce que nous disons ici, parfois depuis longtemps et pas toujours en accord avec la doxa alternative qui, dans sa lutte contre le système impérial, a tendance à idéaliser tous ceux qui s’y opposent. Ce blog, lui, s’est toujours efforcé de faire la part des choses et de rapporter les faits tels qu’ils sont pour une meilleure compréhension des événements. Si l’empire américain et ses filiales s’y font régulièrement esquinter, ce n’est jamais aux dépens de la vérité. Petit florilège de nouvelles qui apportent de l’eau au moulin des Chroniques

Ce que nous écrivions le 12 novembre a pu causer une certaine gêne :

A peine notre dernier billet sur le recul impérial en Amérique latine était-il publié que la Bolivie était le théâtre d’un coup d’Etat qui fleure bon la CIA. Les ressemblances avec le Maïdan ukrainien sont d’ailleurs assez frappantes : un président quelque peu naïf, une opposition violente, liée à Washington, des pontes de la police et de l’armée qui trahissent leur gouvernement et retournent leur veste, une chasse aux sorcières qui débute…

Un coup d’Etat, donc ? Oui mais… Ce blog se doit avant tout d’être objectif et il faut reconnaître que l’ami Evo n’est pas non plus blanc comme neige. Personne n’a bien compris pourquoi le comptage des voix a soudain été arrêté pour finalement désigner Morales gagnant alors qu’il n’était qu’en ballotage favorable. Certaines vidéos montrent que ses partisans n’avaient rien à envier non plus à l’opposition sur le plan de la violence. Plus généralement, on peut difficilement contester que la Bolivie, y compris parmi sa propre base électorale, était lasse d’un président qui s’accrochait de plus en plus au pouvoir.

C’est lui-même qui, en 2009, avait inscrit dans la Constitution la limitation à deux mandats présidentiels. Pourtant, il se présentait là pour la quatrième fois ! Il avait déjà fait un tour de passe-passe en obtenant de la justice que son premier mandat (2006-2010) ne soit pas pris en compte. Puis, en 2016, il a perdu le référendum l’autorisant à se représenter mais une nouvelle et commode décision de justice a purement et simplement annulé le résultat du vote ! Dans un remake digne de l’euronouillerie, le tribunal a considéré que briguer une fonction est un droit de l’homme supérieur à la Constitution ou au résultat d’un référendum. Bref, vous l’aurez compris, Evo a quand même donné le bâton pour se faire battre…

Géopolitiquement, qu’est-ce que ça nous donne ? Pas grand chose à vrai dire. La Bolivie de Morales était une voix anti-impérialiste assumée mais, petit pays, elle n’a jamais beaucoup pesé sur la scène internationale. Comme nous le disions il y a trois jours, la perte de l’Argentine et la tangente prise par le Brésil, les deux poids-lourds du continent, sont autrement plus dramatiques pour Washington que le gain éventuel, somme toute modeste, de la Bolivie. Chose très intéressante, le Brésil a ouvert son espace aérien à l’avion d’Evo qui rejoignait l’exil mexicain. De quoi s’interroger, du côté de DC la Folle, sur les véritables intentions de Bolsonaro qui a d’ailleurs eu des paroles inhabituellement modérées  concernant les événements boliviens.

Quoi ? Rendre l’immaculé Evo Morales partiellement responsable de la situation ? Ne pas se lâcher en imprécations contre Bolsonaro mais, au contraire, lui reconnaître une évolution intéressante ? Vous n’y penser pas, voyons, cachez ce billet que je ne saurais voir. Et de fait, certains sites qui ont l’habitude de republier nos articles se sont curieusement abstenus cette fois-ci. Et pourtant…PUBLICITÉ

Une très intéressante interview a été accordée par Andrónico Rodriguez, leader cocalero et héritier présomptif d’Evo.

S’il ne se gêne pas pour appeler un chat, un chat (et un putsch, un putsch), il n’est pas tendre non plus envers le Movimiento Al Socialismo, son propre parti. Selon lui, une autocritique est absolument nécessaire car le MAS a perdu les masses (jeu de mot non voulu) : népotisme, copinage, conformisme, éloignement de la base… Et encore ne mentionne-t-il pas, ou seulement en filigrane, le non respect du référendum de 2016 et le viol flagrant de la Constitution par Evo.

Si la semi-junte qui a pris temporairement le pouvoir ne fait certes rien pour se faire aimer, les élections sont toujours programmées et personne n’a parlé d’une interdiction du MAS. Avec un candidat responsable tel l’ami Andrónico (quel nom !), le parti du président déchu peut parfaitement gagner le suffrage et refermer la page de ce vrai-faux coup d’Etat.

Toujours est-il que Morales a quitté le Mexique pour s’installer en Argentine afin de mieux coordonner la stratégie de son mouvement et peut-être même plus si l’on considère que les deux pays ont une frontière commune…

L’arrivée d’Evo dans la pampa a été permise par l’élection d’Alberto Fernández le mois dernier :

(…) le grand voisin argentin pourrait à nouveau être de la partie. Nous l’expliquions en août :

En Argentine, le président Mauricio Macri, gentil toutou des USA, vient de se prendre une volée aux élections primaires, répétition générale de l’élection présidentielle du mois d’octobre. Pour Washington, c’est une bien mauvaise nouvelle, d’autant que le grand vainqueur est le parti de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, elle aussi bien connue des lecteurs. Nous en parlions entre autres dans un billet consacré à l’établissement d’une base radar chinoise dans la pampa :

L’accord sino-argentin avait été signé en 2015, du temps de Cristina Kirchner, égérie de la multipolarité. Ironie du sort, l’objet de l’accord se réalise sous son successeur et adversaire, pion de l’empire comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Macri, dans la plus pure tradition des leaders latino-américains dévoyés, est l’homme de paille des Etats-Unis en Argentine, permettant l’installation de deux bases US dans son pays, plaçant sa fortune chez son maître, s’attirant les louanges de son suzerain.

… et acceptant avec gloutonnerie tout accord avec le FMI visant à esclavagiser un peu plus son pays. Sans surprise, la Cristina, maintenant sénatrice, s’y oppose résolument et préfère les prêts de la banque des BRICS ou de la Chine. D’où la base radar, facilité donnée au dragon contre des espèces sonnantes et trébuchantes à un moment où l’Argentine était étranglée financièrement. Le combat continue entre la pasionaria et le vassal. Macri est largement devancé par C.K dans les projections du premier tour (39%-30%). Quel que soit le résultat, la base chinoise est là pour rester, l’accord ayant été signé pour 50 ans.

C’était l’année dernière et les sondages étaient en deçà de la réalité. Si Cristina ne s’est pas présentée elle-même, son parti a gagné par 47% contre 32%. Un retour du clan Kirchner à la Casa Rosada apporterait à coup sûr un regain d’activité au processus de multipolarité en Amérique du Sud, un temps mis à mal par la destitution de Dilma au Brésil et l’élection de Macri. On se rappelle que l’Argentine de Cristina, bien que ne faisant pas officiellement partie des BRICS, y faisait souvent figure de membre associé, ce qui sera sans doute à nouveau le cas dans deux petits mois…

Bingo. Le 27 octobre, Alberto Fernández, protégé de Cristina, a gagné dès le premier tour, renvoyant Macri à ses chères études. Si sa prise de fonction se fera en décembre, les stratèges américains commencent déjà à se ronger les ongles. Dans un geste ô combien symbolique, Fernández a accordé sa première interview internationale à Correa, l’ancien président équatorien et bête noire de l’imperium US, sur la chaîne russe RT.

Intronisé le 10 décembre à la plus grande joie de ses supporters, le nouveau président a eu pour premier geste d’accorder l’asile politique à Evo. Un geste fort à destination de Washington…

Quant à Bolsonaro, il prend chaque semaine ou presque la tangente vis-à-vis d’une administration Trump auparavant idolâtrée et qui n’a cessé de le décevoir. Les récentes promesses de la Maison Blanche d’imposer des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium ne sont que le dernier chapitre d’une longue liste de couleuvres à avaler pour le Brésil, dont le président lorgne de plus en plus vers Pékin. D’une sinophobie toute donaldienne à ses débuts, il en vient aujourd’hui à déclarer que les deux pays « sont nés pour marcher côte à côte ».

Ce lent retournement de Bolsonaro va sans doute en indisposer certains qui, empreints d’un manichéisme surrané, préfèreraient rejeter définitivement le trublion dans le camp impérial, mais il était en réalité dans les tuyaux depuis un certain temps. Ca ne veut pas dire que le sieur Jair ait définitivement embrassé la cause de la multipolarité ni qu’il ne retombera pas, à l’occasion, dans ses travers américanolâtres, mais cela montre simplement que le monde est un peu plus compliqué qu’un film hollywoodien en noir et blanc…

A 10 000 kilomètres de là, l’Ukraine est revenue sous les feux de l’actualité. La première rencontre entre Poutine et Zelinsky, à Paris pour les discussions dites du « format Normandie », a envoyé des ondes de choc dans le Deep State. Aucune avancée spectaculaire bien sûr, c’est impossible en l’état actuel des choses, mais l’important est ailleurs. Le gel du conflit du Donbass inquiète les officines de l’empire qui commencent à évoquer l’idée d’abandonner purement et simplement l’Est de l’Ukraine afin que le reste du pays prenne résolument le chemin de l’euro-atlantisme.

Tiens tiens, mais n’est-ce pas exactement ce que nous expliquons depuis des années, parfois dans l’incompréhension générale ?

11 mai 2014 : Poutine ne reconnaît pas le référendum séparatiste du Donbass

C’est l’une des clés permettant de comprendre la stratégie de Poutine en Ukraine et pourtant, elle n’est jamais relevée. Et pour cause ! Ce serait revenir sur plus d’un an de désinformation systématique de nos faiseurs d’opinion qui se rengorgent sur le « danger russe » et « l’invasion russe de l’Ukraine » (alors qu’un môme de 5 ans pourrait comprendre que si la Russie voulait vraiment conquérir l’est ukrainien, ça aurait été torché en cinq jours, certainement pas un an et demi !). Comment expliquer que Poutine n’a pas reconnu le désir d’auto-détermination des séparatistes pro-russes du Donbass si l’on affirme dans le même temps qu’il cherche à annexer le Donbass ? Aïe, voilà un os pour nos propagandistes en herbe… Alors on évacue purement et simplement l’une des deux contradictions. Ce faisant, on condamne le public à ne rien comprendre à ce qui se passe là-bas.

Petit retour en arrière.

Après le putsch, le nouveau régime au pouvoir à Kiev est pro-occidental et, suivant le désir de ses parrains américains, veut prendre le chemin de l’OTAN (plus que de l’UE d’ailleurs, ce qui montre l’imbécilité des dirigeants européens, bonnes poires dans toute cette affaire). A Moscou, on tremble. Perdre la base navale de Sébastopol, verrou stratégique de la Mer noire et ouverture sur la Méditerranée, pire, voir cette base devenir américaine ! Et voir l’OTAN s’installer aux portes de la Russie, alors que promesse avait été faite en 1991 à Gorbatchev que l’alliance militaire n’avancerait pas vers l’Est. Impossible… La réaction de Poutine sera fulgurante (notons qu’il est en réaction dans toute cette affaire, pas en expansion) et se fera sur deux axes :

  • récupérer la Crimée et la rattacher à la Russie.
  • créer un conflit gelé en Ukraine même, paralysant Kiev et l’empêchant d’entrer dans l’OTAN.

Le premier volet est connu, inutile d’y revenir en détail. Un Khroutchev passablement bourré avait donné la Crimée à l’Ukraine d’un trait de plume, un soir de beuverie de 1954. Depuis la dislocation de l’URSS en 1991, la Russie louait (cher) la base de Sébastopol, accord qui était toujours susceptible d’être remis en question quand un gouvernement pro-US arrivait au pouvoir à Kiev. Suivant l’exemple occidental au Kosovo, Moscou a pris le prétexte (d’ailleurs réel) du droit à l’auto-détermination des peuples pour organiser le référendum de rattachement à la Russie. Apparemment, les Criméens ne s’en plaignent pas trop.

Mais c’est surtout le deuxième volet qui est intéressant. Poutine n’a aucune intention d’annexer l’est ukrainien, bien au contraire ! Son but était de créer un conflit gelé à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Selon la charte de l’OTAN, un pays ayant un conflit ouvert ou gelé sur son territoire ne peut faire acte de candidature. Et ça, on le sait parfaitement à Moscou. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le cas de figure se présente. Trois pays de l’ex-URSS ont, sous la direction de gouvernements formés aux Etats-Unis, fait mine de vouloir entrer dans l’organisation atlantique : Géorgie, Moldavie et Ukraine. Moscou a alors activé/soutenu les minorités russes en lutte contre le gouvernement central, les conflits gelés dans ces trois pays (Ossétie et Abkhazie en Géorgie, Transnistrie en Moldavie et maintenant Donbass en Ukraine) les empêchant d’entrer dans l’OTAN. Ce que fait Poutine dans l’Est ukrainien n’est donc que la réplique de ce que la Russie a déjà fait ailleurs, il n’y a aucune surprise. Pour lui, il est donc hors de question d’accepter que le Donbass se rattache à la Russie, contrairement aux sornettes racontées ici et là : il le veut à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Statut d’autonomie, armement, soutien diplomatique, aide humanitaire… tout ce que vous voulez, mais à l’intérieur des frontières ukrainiennes !

Cela explique pourquoi Poutine était bien embêté lorsque les séparatistes pro-russes ont organisé leur référendum. Il a d’abord tenté de les en dissuader, puis il a refusé d’en reconnaître les résultats. Cela explique aussi que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, Poutine est mal vu par les pro-russes du Donbass ainsi que par les courants nationalistes russes qui rêvent tous d’une Novorossia indépendante ou de son rattachement à la Russie.

Vladimir Vladimirovitch fait un numéro d’équilibriste, soutenant suffisamment les séparatistes pour qu’ils ne se fassent pas annihiler tout en douchant assez cyniquement d’ailleurs leurs espoirs d’un rattachement à la Russie, éliminant les leaders séparatistes indépendantistes (Strelkov, Mozgovoi, Bezner) pour les remplacer par des chefs plus enclins à se contenter d’une large autonomie (Zakarchenko, Givi, Motorola), le tout alors que Kiev (et les Etats-Unis derrière) font tout pour faire déraper la situation et que certains bataillons néo-nazis (Azov, Aidar, Tornado etc.) bombardent sciemment les civils russophones. Pour l’instant, Poutine s’en sort avec une maestria peu commune, mais seul l’avenir nous dira si l’équilibriste est finalement arrivé de l’autre côté.

N’en déplaise à ceux qui voudraient voir en Vladimirovitch un chevalier blanc angélique défendant les russophones, sa stratégie vise avant tout à préserver la Russie en stoppant net l’expansion de l’OTAN vers le Heartland. Stratégie géniale mais aussi, il faut le reconnaître, cynique. Ces Chroniques l’ont tout de suite vu, les think tanks impériaux commencent tout juste à s’en apercevoir, confirmant en creux ce que le fidèle lecteur sait depuis le début…Tag(s) : #Amérique latine#Ukraine#Russie

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