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L'UE invite à Bruxelles le ministre iranien des Affaires étrangères

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L’UE invite à Bruxelles le ministre iranien des Affaires étrangères

© Sputnik .INTERNATIONAL11:35 05.01.2020(mis à jour 12:11 05.01.2020)URL courteDossier:Mort du général iranien Soleimani (31)102021S’abonner

Appelant à la désescalade des tensions au Moyen-Orient ravivées à nouveau par l’assassinant du général iranien Soleimani, l’UE a invité le chef de la diplomatie iranienne à Bruxelles.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a invité à Bruxelles le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, annonce dimanche un communiqué de l’UE, qui exhorte une nouvelle fois à la «désescalade» des tensions au Moyen-Orient.

© SPUTNIK . ANTON BISTROVTéhéran met en garde Trump après ses menaces contre «52 sites» iraniensLe Haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère a fait part de cette invitation, sans donner de date précise, dans un communiqué détaillant l’entretien téléphonique qu’il a eu ce week-end avec M. Zarif, et dont il s’était déjà fait l’écho samedi soir dans un tweet.

M. Borrell et M. Zarif ont évoqué «l’importance de préserver l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPoA en anglais, ndlr) qui reste crucial pour la sécurité mondiale».

Le chef de la diplomatie européenne «a confirmé qu’il était résolu à continuer à jouer pleinement son rôle de coordonnateur et à maintenir l’unité des participants restants pour appuyer l’accord et sa pleine application par toutes les parties».

L’accord de Vienne menacé

Cet accord, négocié entre l’Iran et le groupe «5+1» (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité – Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie -, ainsi que l’Allemagne), offrait un allègement des sanctions de l’Onu à l’encontre de Téhéran qui s’était engagé en échange à garantir la nature exclusivement civile de son programme nucléaire.

Paris a appelé samedi 4 janvier l’Iran à préserver l’accord de Vienne malgré l’assassinat en Irak du puissant général iranien Soleimani dans un raid américain et à la veille d’une possible annonce par Téhéran de mesures de relance de son programme nucléaire. Cette mort a, de l’avis de nombreux experts, quasiment torpillé toutes chances de sauver l’accord nucléaire.

La crainte d’une escalade 

Depuis l’assassinat de Soleimani, la communauté internationale redoute une déflagration au Moyen-Orient.

L’Iran a promis de venger la mort du général qu’il a qualifiée d’acte de terrorisme international.

Donald Trump, qui a ordonné l’attaque du drone, a averti que Washington avait identifié 52 sites en Iran et qu’ils les frapperaient «très rapidement et très durement» si la République islamique attaque du personnel ou des objectifs américains

.https://fr.sputniknews.com/international/202001051042707497-lue-invite-a-bruxelles-le-ministre-iranien-des-affaires-etrangeres/

Les visées coloniales de l’Union européenne sur l’Arctique

Les visées coloniales de l’Union européenne sur l’Arctique

RÉSEAU VOLTAIRE | 10 DÉCEMBRE 2019 ITALIANOESPAÑOLENGLISHTÜRKÇEDEUTSCH

https://www.voltairenet.org/article208517.html

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Le Conseil européen des Affaires étrangères s’est réuni, le 9 décembre 2019 à Bruxelles, pour statuer sur sa politique en Arctique.

Sans vergogne, le Conseil a déclaré qu’il « reconnaît la responsabilité première des États de l’Arctique dans le développement de l’Arctique, mais considère également que nombre de problèmes affectant la région sont de nature mondiale et sont traités plus efficacement par le biais d’une coopération régionale ou multilatérale, en particulier le Conseil de l’Arctique et y compris via le système des Nations Unies » [1] (sic).

En d’autres termes, de même que le président Emmanuel Macron avait déclaré lors du sommet du G7 à Biarritz que le sort de l’Amazonie ne relevait pas uniquement des États de la région, mais aussi les membres du G7, le Conseil européen remet en cause la souveraineté des États de l’Arctique.

Cependant, alors qu’en août dernier, le président du Conseil, Donald Tusk, avait ignoré l’OTCA (Organisation du traité de coopération amazonienne), cette fois le Conseil, présidé par Charles Michel, mentionne le Conseil de l’Arctique. A la différence de l’OTCA, le Conseil de l’Arctique ne réunit pas seulement les États ayant une partie de leur territoire dans la région, mais associe également les populations indigènes.

Malgré cette précaution oratoire, ce discours marque clairement un retour en arrière à la période coloniale.

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[1] “The Council recognises the primary responsibility of the Arctic States for the development of the Arctic but also considers that many of the issues affecting the region are of a global nature and are more effectively addressed through regional or multilateral cooperation in particular the Arctic Council and including via the UN system”. (CFSP/PESC 942)

https://www.voltairenet.org/article208517.html

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Relais à l’opération Atalanta

DCPiraterie maritime

Relais à l’opération Atalanta

 5 décembre 2019Nicolas Gros-Verheyde 291 Views  Aucun commentaire

(B2) Le commodore José António Vizinha Mirones a pris le commandement mardi (3 décembre) de l’opération européenne anti-piraterie au large de la Somalie (EUNAVFOR ATALANTA). L’amiral italien Armando Paolo Simi lui a remis le bâton de commandement.

(crédit : EUNAVFOR Atalanta)

Il exercera à bord du navire amiral espagnol ESPS Victoria, une frégate missiles guidées de la classe Oliver Hazard Perry, avec un nouvel état-major de la force. Le navire italien ITS Antonio Marceglia rentrant au pays. C’est la 33e rotation de l’opération qui a démarré en 2008.

Le commandant de la force exerce le commandement et le contrôle des différentes forces militaires présentes dans la zone d’opérations (avions, hélicoptères, navires) et est responsable de la planification, de l’orchestration et de l’exécution des activités militaires tactiques. Il contribue aussi à la planification opérationnelle qui se déroule au QG des opérations à Rota, Cadix.

(NGV)FacebookTwitterLinkedInWhatsAppPrintFriendlyPrintPartager

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l’université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 – Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

https://www.bruxelles2.eu/2019/12/05/relais-a-loperation-atalanta/

La commission européenne sera enfin opérationnelle en fin de semaine

La commission européenne sera enfin opérationnelle en fin de semaine

Par Sabine Syfuss-Arnaud le 26.11.2019 à 16h34ABONNÉS

La commission européenne a été adoubée mercredi 27 novembre au Parlement européen. La présidente Ursula von der Leyen s’est présentée avec toute son équipe devant les eurodéputés pour être définitivement confirmée avec son collège à la tête du Berlaymont. Le scrutin électronique à la majorité simple lui a assuré la majorité. Et la possibilité de commencer son mandat le 1er décembre.

Ursula von der leyen

LA COMMISSION DE L’ALLEMANDE URSULA VON DER LEYEN A ÉTÉ ADOUBÉE PAR LE PARLEMENT EUROPÉEN ET OPÉRATIONNELLE DIMANCHE.POOL/AFP – LUDOVIC MARIN

Ça y est, enfin ! Mercredi 27 novembre, l’Europe est en ordre de marche. Après des semaines de psychodrames et de paralysie au moment de l’audition des commissaires choisis par les capitales, la Commission de l’Allemande Ursula von der Leyen a été adoubée par le Parlement européen. L’hémicycle réuni à Strasbourg a voté « oui », « non » ou s’est abstenu face à l’ensemble de l’équipe. La bulle bruxelloise a fait et refait ses comptes, et le « oui » l’a emporté

https://www.challenges.fr/monde/la-commission-europeenne-devrait-etre-adoubee-demain-27-novembre-au-parlement_686746

Caroline Galactéros – Vers un nouveau Yalta

Caroline Galactéros – Vers un nouveau Yalta


Par Hervé – Source le Saker Francophone

Nous vous proposons aujourd’hui une note de lecture géopolitique sur le dernier livre de Caroline GalactérosVers un nouveau Yalta. Il s’agit d’un recueil de chroniques de ces 5 dernières années, de 2014 à 2019, articulées autour de 4 axes, l’Occident, la Russie, l’Orient et sur les points de vue de l’auteur autour des récents événements, et notamment la Guerre en Syrie qui concentre les intérêts de tous les grands acteurs géopolitiques.

Ce livre nous a été proposé par Jean Sirapian, des excellentes éditions Sigest qui est aussi l’éditeur de Valérie Bugault. J’avoue que cette association a piqué ma curiosité, Mme Galactéros ayant une vraie surface médiatique, aurait pu faire le choix d’un éditeur plus connu. Voyons ensemble ce que ce livre nous dit du monde contemporain.

Par delà les analyses géopolitiques, on sent que l’auteur à une cible, les dirigeants français. « Ouvrez les yeux, arrêtez de vous leurrer, comportez vous comme des dirigeants responsables »« Soyez des Hommes », pourrait-on même entendre. Elle appelle à retrouver une dynamique gaullienne, un état et des dirigeants au service de la population, défendant ses intérêts sur tous les fronts, extérieur comme intérieur. Elle commence bien l’histoire moderne au moment ou la France échappe à l’AMGOT américain mais même si elle critique assez violemment les États-Unis, ce pays transparaît largement comme un simple monstre froid qui défend férocement ses intérêts, souvent à nos dépends, sans vraiment cette dimension messianique qui occupe souvent nos colonnes.

Il semble donc manquer une partie de l’Histoire. On aurait aimé l’entendre parler de mai 68 comme de la 1ère révolution colorée, des massacres en Amérique centrale, en Asie sous couvert de containment du communisme alors que la part sombre des dirigeants américains consiste souvent à un pillage sauvage de la planète, partout où il est possible de se remplir les poches, au nom d’une destinée manifeste bien commode. Où sont les millions de morts des guerres américaines, ce pays qui sera passé de la barbarie à la décadence sans connaître la civilisation ?

Il est difficile de savoir si c’est une limite que l’auteur se donne pour rester en contact avec le monde « réel » des plateaux parisiens ou si la marche est difficile à franchir même pour notre si franche colonel. Un des premiers chapitres, où la diplomatie française, fantomatique il est vrai, en prend encore une fois pour son grade, est symbolique avec en sous-titres :

  • Se garder du moralisme
  • Définir notre objectif
  • Se tourner vers la Russie
  • Cesser de se tromper sur l’Iran
  • Augmenter le budget de la défense

Le cadre de la réflexion est institutionnel, trouver au sein de l’état les leviers pour reconfigurer la stratégie de la France, lâcher les licornes et revenir sur terre avec un plan d’actions, des moyens et une vision. Ce chapitre finit par une volonté d’une pédagogie résolue et décomplexée de l’opinion publique. Arrêtons de prendre nos concitoyens pour des imbéciles.

Certes oui mais pour raconter quelle Histoire ? Si certains dossiers étaient dévoilés, que resterait-il de l’Occident ? Il est fort possible que le guillotinage de quelques têtes couronnées ne suffise pas à calmer les populations quand elles vont prendre conscience de ce qui s’est réellement joué depuis 70 ans, sans parler d’avant. Nos oligarchies sont allées trop loin, c’est pour elles un combat de vie ou de mort. L’auteur le dévoile cependant en filigrane de ce livre, la Libye, l’Irak, le Yémen, la Syrie, des centaines de milliers, des millions de morts, il faudra bien que quelqu’un paye pour que ces gens reposent en paix et que leurs familles puissent enfin faire leur deuil.

Il en va sans doute de notre survie collective. Ce ne sont pas seulement les États-Unis ou Israël qui se sont bâtis sur une mer de sang, crime originel qui n’en finit pas de les ronger, mais aussi depuis trois décennies, tout le camp occidental. Il faudra assumer les délires sanglants de nos dirigeants qu’on aura d’une certaine manière laissés faire au delà de la propagande.

Mais on peut aussi s’attacher au contenu strict de ce livre et de ses chroniques. Pour ceux qui viennent de se réveiller du brouillage médiatique ou qui souhaitent repasser le fil de ces dernières années, vous trouverez dans ce livre force détails, analyses, commentaires pour comprendre en quasi temps réel, les divers rebondissements de ces guerres moyen-orientales, cet orient compliqué qui est en train de se transformer en cimetière de nos illusions, en espérant qu’on en reste là et que nos soldats, voire nos enfants n’aillent pas s’y faire trouer la peau dans des combats qui nous concernent si peu.

Si le quai d’Orsay avait pris le temps de lire les analyses de Mme Galactéros, la diplomatie française aurait pu éviter bien des erreurs. Ce livre est donc aussi un formidable témoignage que tout était possible dès les premiers jours et que ce sont des choix issus d’une volonté qui nous ont amenés là ou nous sommes, une volonté incarnée par des gens, des réseaux.

Si vous découvrez la Grand Jeu de la géopolitique, c’est aussi un régal de comprendre touche par touche le petit jeu subtil, puéril parfois, des différents acteurs, d’analyser le stratégie russe ou chinoise, leur patience, leur respect des institutions pourtant souvent hostiles. Le monde diplomatico-militaire réel est fait de rencontres, d’actions, de recul, d’audace, de lâcheté. Ce livre déroule donc des faits, des dates, des lieux, il parcourt aussi les méandres de la géographie aux confins du monde.

L’écriture est dynamique et le style agréable sans trop de circonvolutions, droit au but si je puis dire. On ne s’ennuie pas à lire ou relire les chroniques de cette fin des temps, enfin ceux de ces oligarchies prédatrices dont la fin semble programmée. On peut remercier l’auteure d’avoir été le témoin courageux de cette époque, préférant le chemin escarpé et étroit de la réalité aux ors de la république fut ce-t-elle en treillis.

Pour finir et avant notre traditionnelle interview, nous vous proposons de découvrir Mme Galactéros dans un format long chez Thinkerview.


Interview de Caroline Galactéros du 15 Novembre 2019

https://youtu.be/9QePE_pAP9I

Mme Galactéros est docteure en Sciences politiques, auditeur de l’IHEDN, colonel dans la réserve opérationnelle des armées, géopolitologue. Elle a longtemps travaillé dans l’évaluation et la prospective stratégiques pour les Services de l’État. Elle dirige le cabinet d’intelligence stratégique PLANETING et préside le Think and Action Tank GEOPRAGMA qu’elle a fondé en 2018 et qui se consacre à la promotion du réalisme éthique en relations internationales.

Bonjour Mme Galactéros, merci d’avoir accepté cet interview avec le Saker Francophone. J’avoue que vos chroniques sont d’une telle richesse qu’il a été difficile de sélectionner un nombre limité de questions. Vous balayez en 390 pages une grande partie de l’histoire du 20ème siècle depuis la Seconde Guerre Mondiale jusqu’aux derniers développement de la Guerre en Syrie.

SF : Pour commencer, je voudrais revenir sur cette curiosité pour moi qu’est le choix des éditions Sigest ? Est-ce le signe de l’excellence de leur travail ou un choix par défaut devant des portes fermées ? D’ailleurs, si on s’intéresse aux sources de publications de vos chroniques, on perçoit un net glissement de sites institutionnels vers des sites disons alternatifs y compris votre propre blog. La réalité de vos analyses est-elle si insupportable à entendre pour certaines oreilles ?

CG : Les Editions Sigest me semblent sérieuses et ce n’est pas un choix par défaut, mais le résultat d’une rencontre cordiale avec leur directeur, Jean Sirapian et de l’opportunité concomitante d’une découverte de l’Arménie que je ne connaissais point. Un voyage passionnant et la confirmation d’un rôle potentiel important de ce pays comme pont entre la France et l’Eurasie…

À ma connaissance, nul ne m’a encore ouvertement fermé de porte et je ne les force jamais. Sans doute le devrais-je parfois, considérant l’urgence de la situation de mon pays et sa déroute diplomatique et stratégique. Par ailleurs, j’achève un essai sur la politique étrangère française telle que je souhaite pour mon pays, qui paraîtra – je l’espère au printemps prochain- chez un grand éditeur connu et reconnu. Mes analyses que je veux mesurées, équilibrées et sans parti pris ou biais idéologique, dérangent parfois – précisément du fait de ces caractéristiques- certains esprits engoncés dans une pensée dogmatique et hors sol. Ce n’est pas bien grave. Il leur devient de plus en plus difficile de nier certaines évidences géopolitiques et stratégiques. J’ai toujours réfléchi et écrit par conviction et en liberté. C’est l’histoire en marche qui déchire la fumée d’utopies dangereuses et met désormais du vent dans mes voiles. Du moins je souhaite le croire. Par ailleurs, je publie régulièrement dans le Figaro Vox et chez Marianne qui ne me semblent pas vraiment des médias « alternatifs » …

SF : Comment s’informe Caroline Galactéros en 2019 ? On parle de l’effondrement du poids des médias officiels. Le ressentez-vous vous aussi ? Quelles sont vos autres sources d’information, notamment des sources étrangères ?

CG : Je lis beaucoup, je voyage aussi le plus possible et je rencontre moults personnes de tous horizons géographiques et politiques. J’écoute le tumulte du monde et j’essaie de sortir de l’ethnocentrisme qui nous afflige tous plus ou moins pour me mettre à la place des autres. Pour mieux comprendre, il faut aussi ressentir. Je me suis toujours appliquée, depuis le début de ma vie professionnelle, à laisser les situations et les êtres résonner en moi. Je cherche le lien et le partage, qu’il soit celui du malheur, de la fureur ou de l’espoir. J’essaie d’opérer cette « conversion du regard » essentielle pour l’intelligence du monde et des hommes. Au fil des ans et des expériences, cet effort n’en est plus vraiment un, mais bien plutôt un goût et un réflexe. Pour le reste, je structure mon analyse du monde et des questions stratégiques au sens large à partir de mon expérience pratique des questions internationales et des théâtres de crise ou de conflit qu’il m’a été donné d’approcher.

SF : Que pensez vous de cette nouvelle opinion sur Internet qui se pique de se mêler de tout y compris de géopolitique ? Quelles passerelles sont possibles ? Comment imaginez-vous de recréer ces liens distendus ou rompus avec le peuple ?

CG : Je crois que la géopolitique est centrale pour appréhender le monde dans sa richesse et sa complexité. Les affaires sont plus que jamais géopolitiques, l’économie aussi. Nos concitoyens en prennent conscience et s’essaient eux aussi à l’interprétation. Cela donne le pire et le meilleur aussi parfois. Les réseaux sociaux sont une chambre d’écho formidable des préoccupations humaines de toute nature, pas seulement les vecteurs de désinformation, de manipulation ou de fake news. Finalement, la liberté de conscience progresse et il devient plus difficile pour certains médias encore prisonniers plus ou moins consentants de tabous politiques ou d’inhibition intellectuelle, de contrôler la diffusion et l’interprétation des faits. Après, tout est question de capacité à recouper, à douter, à exercer son esprit critique.

SF : Pour en venir à votre livre, ce titre un « nouveau Yalta » suggère fortement l’idée que le monde serait à nouveau sur le point d’être découpé en zones d’influence. L’avez-vous écrit pour conjurer le sort ou n’y a-t-il aucune échappatoire face aux forces centrifuges qui menacent d’instaurer une Guerre Froide 2.0 ?

CG : Je crois que le monde, entré en vibration en 1989 puis en 2001, est en train de chercher son équilibre. La « guerre » n’est plus froide mais d’une tiédeur diffuse. L’idéologie occidentale qui se prétendait neutre et universelle a fait la preuve de son cynisme dans bien des pays. L’Occident doit se repenser en grand et stratégiquement, il ne pourra survivre que sur trois pieds : États-Unis (si ils le veulent), Europe et Russie, dans une projection vers l’Eurasie. Je m’attache en conséquence à faire de la pédagogie stratégique sur cette nécessité vitale à mon sens, et ce n’est pas simple tant les intérêts institutionnels, corporatistes ou matériels sont puissants et rétifs à évoluer. Quoiqu’il en soit, deux grands ensembles autour de la Chine et de l’Amérique se constituent, mais il n’y aura pas cette fois-ci, d’alignement strict et inconditionnel en dessous de ce nouveau duopôle. Les autres grands acteurs régionaux ou globaux entendent nouer des partenariats « à la carte » et ont compris que, dans cette nouvelle configuration, leur sécurité comme leur développement dépendront de leur agilité à faire valoir leurs atouts et leur capacité de nuisance aussi…

SF : Votre premier texte fait remonter le début de nos mauvaises décisions à la Guerre du Kosovo puis au si fameux 11 Septembre. D’autres pensent que c’est la fin du dollar-or en 1971 et plus encore la fin de l’URSS qui sont les vraies dates du début du déclin de l’Empire occidentaliste, comme si la chute d’une civilisation était inscrite dans les gènes de sa surpuissance. Qu’en pensez-vous ? Peut-on même remonter plus loin, aux révolutions industrielles, peut-être, selon la citation « Les Lumières, c’est désormais l’industrie » qui aurait terrifiée Stendhal ?

CG : C’est la conception de la victoire comme d’une destruction de toute altérité, une volonté de dominer en écrasant les autres et le refus de chercher un équilibre et une coopération sur un pied d’égalité et qui ne soit pas un asservissement qui sont à l’origine du déclin occidental. Dans le domaine militaire, cela se voit évidemment plus clairement encore comme en témoigne sinistrement l’explosion du terrorisme islamiste. C’est ce que l’on appelle l’impuissance de la puissance. Quant à l’utopie technicienne, elle est source de progrès mais aussi de régressions humaines. J’en avais déjà beaucoup parlé dans mon livre de 2013 « Manières du monde, manières de guerre » (ed Nuvis)

SF : On peut sentir sans rien trahir votre inclination pour une alliance avec la Russie pour contrebalancer le monde anglo-saxon mais aussi une forte défiance envers la Chine. Si pour la Russie, ce choix est presque appelé par beaucoup en dehors du Système, la Chine, si elle est une redoutable nation-commerçante, n’a jamais fait preuve d’impérialisme comme l’Occident ou le monde islamique. Pourquoi alors une telle position qui peut laisser supposer une sorte d’alignement  sur la position d’un Kissinger, jouer la Russie contre la Chine ? Pourquoi pas la Russie et la Chine pour permettre aux trois pôles plus l’Iran et la Turquie, de s’équilibrer tout au long des Routes de la Soie qui ne seraient plus dès lors une exclusivité chinoise ?

CG : Je suis tout à fait d’accord avec vous ! C’est ce que nous devons faire. L’Eurasie est la bonne et juste dimension d’une nouvelle ère de croissance et de coopération pour l’Europe comme pour la Russie et, à l’autre bout du bloc eurasiatique, pour la Chine. Mais il faut pour cela changer profondément d’état d’esprit en Europe, prendre nos intérêts en main, cesser de nous voir comme trop petits ou divisés, jouer collectif et souverain à la fois, ce qui n’est nullement antinomique. Notre problème est un problème de perception, de trop longue inhibition et d’acceptation de diktats d’outre Atlantique qui ne sont plus audibles et qui surtout sont destructeurs pour nos sociétés et nos économies. On me rétorquera que la France comme l’Europe, n’ont d’autre choix que d’obéir à Washington, car sinon, l’Amérique nous fera payer cher notre rébellion, ruinera nos économies, nous fermera ses marchés, nous isolera, nous diabolisera ad nauseam. En fait, les règles du jeu et le rapport de force changeront du tout au tout lorsque le dollar aura enfin été détrôné de sa suprématie dans les échanges internationaux et que la Lawfare pratiquée par les États-Unis pour imposer l’extraterritorialité de leurs règles et désignations de l’ennemi en fonction de leurs seuls intérêts aura vécu. C’est en cours mais cela va prendre encore un peu de temps.

Pour l’heure, l’État qui aurait l’audace de prendre la tête d’une telle fronde, par exemple en refusant d’appliquer les sanctions contre la Russie ou l’Iran serait séance tenante cloué au pilori. Ce n’est pas un risque, c’est sans doute une forte probabilité… tant que nous serons seuls. Mais nous ne le serions pas longtemps. Une fois le choc initial tenu, nombre d’autres États européens -notamment tout le sud de l’Europe- dont les économies sont entravées à l’instar de la nôtre par l’extraterritorialité américaine, nous rejoindraient et les États-Unis alors devraient très vite réviser leurs positions sauf à voir une grande partie de l’Europe leur échapper. Il en va d’ailleurs de même face à l’OTAN, qui ne protège plus l’Europe mais veut juste lui faire rendre gorge pour poursuivre des engagements militaires hasardeux. Et puis, quel sort plus enviable nous attend-il si nous restons pétrifiés et aux ordres ? La double dévoration américano-chinoise, la découpe et la vente par appartements de l’UE, et la certitude d’une insignifiance stratégique définitive. L’Amérique elle-même, obsédée depuis plus de dix ans au moins par son nouveau challenger chinois, ne veut maintenir son emprise stratégique et commerciale que pour nous neutraliser et nous empêcher de grandir stratégiquement en faisant masse critique avec la Russie, avec laquelle nous avons pourtant d’évidents intérêts sécuritaires, industriels, énergétiques communs. Les États-Unis lorgnent ultimement sur le marché énergétique chinois, mais ils n’y arriveront pas.

Au plan civilisationnel, il y a évidemment selon moi une bien plus grande convergence entre la Russie et l’Europe qu’entre l’Europe et la Chine, mais je ne vois pas du tout la Chine comme une ennemie ni même une adversaire. C’est un concurrent et un partenaire potentiel crucial pour notre avenir en Eurasie. Je suis la première à considérer légitime qu’une puissance, quelle qu’elle soit, cherche à promouvoir ses intérêts nationaux. Je suis aussi fervente partisane d’une coopération entre l’Europe et la Chine, mais, de même qu’une alliance stratégique et sécuritaire ne signifie pas l’allégeance, la coopération économique ne doit pas se transformer en dépendance critique ni en renoncement souverain. L’Europe doit s’affranchir de la tutelle économique, stratégique et normative américaine sans tomber sous une autre dépendance. La dynamique des Routes de la Soie appliquée à certains pays africains ou asiatiques a déjà montré qu’il faut rechercher une coopération équilibrée donc renforcer nos propres économies.

SF : Sur notre blog, on suit deux dossiers autour de la technologie occidentale et en l’occurrence américaine, les déboires du Boeing 737 Max et ceux du F-35. La corruption généralisée aux États-Unis pourrait même laisser envisager la disparition de Boeing et de Looked-Martin. Comment analyser vous cette situation ? Qu’est ce que cela dit de l’Empire Américain ?

CG : Vous allez bien vite en besogne à mon avis. La lutte en ces domaines est planétaire, et ses enjeux financiers et économiques, donc électoraux, sont colossaux. Ne sous-estimons pas l’Empire, même affaibli.

SF : Si on prolonge cette question, vous tournez pas mal autour du pot mais en filigrane, vous portez un message assez fort sur nos « partenaires » américains qui se permettent assez largement de s’essuyer les crampons sur les états européens et qui seraient/sont le principal obstacle à notre souveraineté. Du coup, suivez vous par exemple les débats autour des volontés sécessionnistes aux États-Unis, de la Californie au Texas, les hispanophones qui lorgnent vers le Mexique, même le Vermont qui se sent pousser des ailes ? Ce pays pourrait-il basculer dans une guerre civile avec une partition du pays de facto avant de l’être de jure ? N’y aurions nous d’ailleurs pas intérêt ?

CG : Je ne suis nullement favorable à la déstabilisation ou au démembrement des États, quels qu’ils soient. La non-ingérence est pour moi l’une des pierres angulaires de la coexistence internationale. Je critique assez les ingérences ou l’interventionnisme occidental au Moyen-Orient ou en Europe même pour ne pas m’autoriser à souhaiter la déstabilisation américaine.

SF : Pour beaucoup il faut compléter la grille de lecture géopolitique par d’autres à la fois connexes et intriquées. Que pensez vous du rôle de l’énergie dans nos sociétés et des risques en terme d’approvisionnement notamment en Europe ? Avez vous un avis sur ce fameux Peak Oil théorisé notamment par l’ASPO ? Que pensez vous aussi de la thermodynamique et du concept d’entropie à l’échelle de notre civilisation ?

CG : La civilisation humaine est structurellement entropique. De même que le conflit est partie inhérente, essentielle, des relations humaines de toutes natures. Polemos est au principe même de l’humanité. Quant au Peak Oil, il n’est pas advenu et la fin du pétrole n’est pas pour demain. Même s’il est intéressant de voir tous les grands groupes énergétiques et pétroliers se lancer dans la recherche de nouvelles sources d’énergie… et de profit. Plus généralement, la grille de lecture énergétique des conflits me semble structurante pour leur compréhension, notamment pour celle des ingérences extérieures, mais cette dimension est presque systématiquement sous-estimée dans les analyses mainstream qui lui préfère l’explication par les élans moralisateurs et démocratiques ou la ferveur droit-de-l’hommiste qui dissimulent pourtant de bien prosaïques arrières pensées…

SF : On peut aussi parler de la monnaie. Avec la fin de l’hégémonie américaine, on assiste à la fin du dollar comme monnaie de réserve mondiale. Voyez vous venir un nouveau Bretton Woods ? À quoi peut-on s’attendre ? Que pensez-vous aussi des DTS du FMI ?

CG : Vous voyez large… Le Yuan deviendra sans doute un jour la monnaie du « contre monde » dans laquelle se fera une grande partie du commerce mondial. Le dollar devra composer et l’extraterritorialité américaine perdra son levier principal de pression sur une grande partie du monde qui aura alors le choix de pouvoir s’affranchir sans mourir. Derrière cette lutte se déploie un conflit normatif fondamental, celui de visions différentes du monde et du développement humain et politique souhaitable portées par des « modèles » concurrents. C’est le propre d’une dimension impériale que de chercher à influer sur tous les aspects du développement des sociétés humaines, bien au-delà de ses propres frontières. On peut le faire par la guerre, l’économie, l’exemple ou les trois… Le hard, le soft, le smart ou le sharp power ne sont que des vecteurs de conviction dans cette projection tous azimuts de la puissance et de l’influence.

SF : Pour revenir sur la Russie, ce pays semble avoir tout pour lui, de l’espace, des ressources en tout genre, de l’eau, et même une âme… Pourrait-elle avoir à moyen terme, surtout en cas de raréfaction énergétique, une politique donnant-donnant, énergie contre le retour d’une réelle souveraineté des états européens, gage de sécurité pour elle par rapport à une incroyable et ignominieuse cabale russophobe organisée par les oligarchies occidentales ? Pourquoi devrait-elle nous alimenter en énergie si cela est si mal payé en retour ? Est ce que le fameux discours aux ambassadeurs d’Emmanuel Macron en cette fin août n’est pas le signe d’un pivot européen vers la Russie, timide certes ?

CG : Je l’appelle de mes vœux depuis des années et je l’espère profondément. Nous avons perdu bien du temps en faux procès et en dogmatisme infantile. Pour l‘instant, la Russie cherche son positionnement optimal entre Chine et États-Unis, se déploie vers l’Eurasie, structure à travers l’OCS (Organisation de Coopération de Shangaï) et l’UEE (Union Economique Eurasiatique) une « contre OTAN » et un nouvel espace d’influence politico-économico-sécuritaire. Elle déploie son influence au Moyen-Orient de manière magistrale (Syrie, Libye, Arabie Saoudite, Égypte, etc…), place ses pions en Afrique (où elle pourrait selon moi utilement coopérer avec la France en matière sécuritaire et économique pour faire pièce aux ambitions chinoises et américaines) et pose les limites de sa bonne volonté en Europe. Les États-Unis (et les Européens avec eux qui en font plus directement les frais, as usual) ont fait une faute stratégique majeure en cherchant à faire basculer de force l’Ukraine dans l’Alliance atlantique. Ce choc initial pour Moscou a paradoxalement été l’occasion d’un coup d’arrêt mis à son élan trop longtemps unilatéral vers la coopération politique vers l’UE. L’Ukraine a été un moment de double bascule initiant le reflux de l’influence américaine en Europe et le déploiement de l’influence russe au Moyen-Orient à la faveur du drame syrien.

SF : Page 35 de votre livre, vous parlez de Nouveau Gouvernorat Mondial. Pourquoi pas gouvernance mondiale ou Nouvel Ordre Mondial, cette fameuse et si controversée expression pourtant employée par nombre de présidents des pays occidentaux dans les années 90 et 2000 ? Que pensez-vous du mondialisme comme idéologie ? Du désir de certaines élites comme les hommes de Davos de faire disparaître les nations issues du traité de Westphalie ?

CG : La gouvernance mondiale est en crise. Le Nouvel ordre mondial est une utopie occidentaliste qui a vécu. L’hyper puissance américaine aussi. Les États et les peuples sont partout en rébellion de plus en plus ouverte. Et pas seulement contre des potentats ou des tyrans. Ils résistent à l’arasement identitaire et culturel. Le populisme que l’on dénonce est essentiellement la marque d’un sentiment de dépossession profonde et de mise à mal du sentiment d’appartenance culturelle et nationale. Il est regrettable que les grands partis de gouvernement, pour céder à l’air du temps ou éviter d’avoir à trancher, se soient à ce point coupés des préoccupations profondes de leurs électorats et les aient jetés dans les bras de formations extrêmes qui ont beau jeu de les récupérer en leur proposant d’autres réductions idéologiques tout aussi stupides que les doxas indigentes des premiers. Il faut aider les nations et cesser de croire en un mondialisme qui est une violence et une uniformisation grave de la diversité humaine. Le mondialisme, comme tous les -ismes, est une dérive, une perversion. À rebours des tartes à la crème libertarienne, les États et les frontières sont les plus grands protecteurs des individus, surtout les plus faibles. Les efforts pour les faire éclater n’ont abouti qu’à la propagation d’un communautarisme dangereux car instrumentalisé par l’extrémisme religieux, et souvent ridicule car outrancier dans ses revendications corporatistes, dérisoires voire indécentes à l’échelle de la misère du monde… J’appelle de mes vœux un équilibre mondial fondé sur le respect de la souveraineté des États, celui de leurs frontières, la non-ingérence dans leurs affaires intérieures, la coopération sur un pied d’égalité, le dialogue et la confiance. Comme vous le voyez, la route reste longue, mais passionnante.

SF : Merci Madame Galactéros.

Relu par Kira pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/caroline-galacteros-vers-un-nouveau-yalta

Les Tchèques vont prendre le commandement de la mission EUTM Mali

Les Tchèques vont prendre le commandement de la mission EUTM Mali

 21 novembre 2019Nicolas Gros-Verheyde  Aucun commentairecommandementEUTM MaliRépublique Tchèque

(B2) Présents dans EUTM Mali depuis le début, les Tchèques vont passer à la vitesse supérieure. Ils prendront le commandement de la mission de l’UE de formation de l’armée malienne l’année prochaine

Le contingent tchèque à EUTM Mali en octobre lors de la cérémonie de remise des médailles (crédit : Armée tchèque)

Le général Aleš Opata, chef de l’état-major de l’armée, l’a confirmé, ce mercredi (20 novembre) lors de la réunion annuelle du commandement tchèque. « Une des priorités de l’armée tchèque reste les missions à l’étranger ».

En relais des Autrichiens

Les Tchèques vont ainsi prendre le relais des Autrichiens qui assurent actuellement le commandement de la mission déployée au Mali depuis juin 2019, au 2e semestre 2020. C’est le général de brigade Frantisek Ridzak, actuel directeur des systèmes d’information et de communication de l’armée, qui sera le chef de la mission EUTM Mali. Ce durant six mois à compter de juin 2019 (selon nos dernières informations). C’est la première fois qu’une mission/opération militaire sur le sol africain est commandé par un officier venu d’un pays d’Europe centrale. Ce qui témoigne d’un engagement notable de Prague sur ce terrain.

Un certain consensus politique

Cet effort est soutenu à la fois par le chef du gouvernement et le chef d’État. Ce qui, dans le contexte de la politique locale, n’est pas un petit succès. « Le terrorisme international reste une menace mondiale » a ainsi déclaré hier aux officiers le président Milos Zeman, marquant au passage son « refus de la possibilité de retirer les troupes de l’Alliance d’Afghanistan ». Je suis « très heureux que notre armée soit active dans les missions étrangères » a salué le Premier ministre Andrej Babiš.

Une présence continue tchèque

Pour les Tchèques, le terrain malien n’est pas nouveau. Ils ont été présents de façon continue, depuis février 2013, c’est-à-dire le début de la mission, assurant une fonction essentielle : la protection des bases (Bamako et Koulikoro), les escortes armées des personnes, ainsi que la force de réaction rapide, tout comme la formation de membres des forces armées maliennes notamment dans les missions de protection VIP.

Un contingent de 120 militaires

Cette présence n’est pas symbolique. 120 militaires tchèques sont actuellement présents dans la mission. Pour la plupart, selon la dernière relève, ils appartiennent au 72ème bataillon mécanisé de Přáslavice. Une unité habituée aux missions délicates : un détachement revient de Bagram en Afghanistan où il était chargé de sécuriser la base de l’Otan avec les Géorgiens, Américains et Afghans.

Acquérir une expérience africaine

Pour près de la moitié d’entre eux, c’est cependant un premier déploiement à l’étranger. Ils « viennent acquérir en Afrique une expérience précieuse » explique le capitaine Marek Maxim Švancara, officier média de l’armée tchèque. Contrairement aux missions en Afghanistan, et encore plus en Europe. ils vont devoir « faire face à un éventail plus large de tâches, des températures et une humidité plus élevée », sans compter la « possibilité de maladies tropicales, les exigences accrues au niveau linguistiques, comme des conditions de vie plus rustiques ». Une épreuve africaine utile.

Le défi n’est pas mince

Les Tchèques devront à la fois assurer la continuité des missions, mais aussi son évolution, selon ce que décideront les ministres de la Défense de l’UE, à l’issue de la revue stratégique qui vient de démarrer (lire : Sahel. Une inquiétude européenne de plus en plus accrue. Faut-il changer le logiciel d’EUTM Mali). L’enjeu est de ‘durcir’ les formations et d’assurer aussi un peu de mentoring, en se déplaçant au besoin en dehors de Bamako (le QG de la mission) et Koulikoro (le centre de formation). Ce durcissement pourrait venir en complément de l’opération de forces spéciales (lire : Plusieurs pays européens s’engagent ou songent à s’engager au Mali (opération Takuba).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Un ‘surge’ pour les missions PSDC au Sahel et en Somalie. EUTM Mali et EUNAVFOR Atalanta réorientées ?FacebookTwitterLinkedInWhatsAppPrintFriendlyPrintPartager

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l’université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 – Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

https://www.bruxelles2.eu/2019/11/21/les-tcheques-vont-prendre-le-commandement-de-la-mission-eutm-mali/

Von der Leyen et Borrell martèlent que l’UE doit « apprendre à parler le langage de la puissance »

Von der Leyen et Borrell martèlent que l’UE doit « apprendre à parler le langage de la puissance »

le 14 novembre 2019

Von der Leyen et Borrell

Les deux dirigeants, qui vont entrer en fonction à Bruxelles le 1er décembre, annoncent des intentions martiales, voire impériales (éditorial paru dans l’édition de Ruptures du 28/10/19, et mis à jour)

Ursula Von der Leyen prendra ses fonctions à la tête de la Commission européenne le 1er décembre – en principe. L’ancienne ministre allemande de la Défense n’a pas attendu pour dévoiler son état d’esprit martial.

« Aujourd’hui, le soft power ne suffit plus si nous voulons nous affirmer dans le monde comme Européens » – Ursula Von der Leyen

Dans un discours prononcé à Berlin le 8 novembre, précisément à l’occasion du trentième anniversaire de la chute du Mur de Berlin, elle a tenu de mâles paroles, passées hélas trop inaperçues. Pour la future plus haute dirigeante de l’UE, « l’Europe doit apprendre à parler le langage de la puissance ». Et pour que tout soit clair, elle a martelé : « aujourd’huile soft power ne suffit plus si nous voulons nous affirmer dans le monde comme Européens ».

Il est vrai qu’elle avait été précédée dans ce registre par le futur Haut représentant pour la politique extérieure et la sécurité de l’UE. Lors de son audition par les eurodéputés, le 7 octobre dernier, Josep Borrell avait déjà préparé le terrain par un tir d’artillerie. A 72 ans, l’actuel chef de la diplomatie espagnole, a une longue carrière derrière lui, commencée au sein du Parti socialiste espagnol (PSOE) et jalonnée de nombreux portefeuilles ministériels (ainsi que de quelques scandales). Il présida également l’europarlement de 2004 à 2007.

Ovation

Il a donc suscité l’enthousiasme de ses anciens collègues – qui l’ont salué en conclusion par une ovation debout – en exposant ses intentions, à commencer par un discours très dur à l’égard de Moscou. Pas question de lever les sanctions, a-t-il notamment martelé. Une profession de foi peu surprenante pour un homme qui avait proclamé, il y a quelques mois, que « la Russie, notre vieil ennemi, est redevenue une menace », ce qui avait provoqué un incident diplomatique avec Moscou.

Pour l’UE, il ne s’agit certes pas d’un virage à 180°. Cependant, l’actuelle titulaire du poste, l’Italienne Federica Mogherini, a régulièrement été soupçonnée de trop d’indulgence vis-à-vis du Kremlin, notamment par les Etats membres de l’Est, désormais ravis de l’inflexion revendiquée par son successeur. Ce dernier a d’ailleurs affirmé son intention (comme bien d’autres avant lui), de modifier les prises de décision en matière de politique extérieure : celles-ci devraient, selon lui, ne plus nécessiter l’unanimité. Une telle évolution est, en l’état, improbable (elle suppose l’accord de toutes les capitales), mais elle en dit long sur les ambitions des dirigeants de l’UE.

Et pas seulement vis-à-vis de la Russie. M. Borrell a en effet martelé que l’Union devait désormais « apprendre à utiliser le langage de la force » afin de s’affirmer comme une puissance dans le monde. Pour cela, il faudrait, a-t-il poursuivi, renforcer les capacités militaires de celle-ci, notamment en sortant du placard les « groupements tactiques ». Ces bataillons multinationaux avaient été créées en 2004 mais n’ont jamais été utilisés. Certes, cette perspective n’est pas réaliste à court terme, pour des raisons de divergences d’intérêts et de stratégies entre Etats membres, mais son énoncé donne le ton. D’autant que M. Borrell n’a pas manqué de signaler qu’on pouvait bien financer tout cela sur le Fonds baptisé « facilité européenne de paix » (bonjour Orwell), soit 10,5 milliards d’euros.

Pour M. Borrell, la crédibilité de l’UE se joue d’abord dans sa capacité à aider l’Ukraine contre l’« expansionnisme russe »

Pour M. Borrell, la crédibilité de l’UE se joue d’abord dans sa capacité à aider l’Ukraine contre l’« expansionnisme russe » ; ainsi que dans les Balkans qualifiés de « priorité pour notre politique extérieure ». Dès lors, le futur chef de la diplomatie européenne a annoncé qu’il comptait effectuer son premier déplacement officiel au Kosovo. Une annonce d’autant plus remarquable que l’Espagne est l’un de seuls pays de l’UE à n’avoir pas reconnu l’indépendance de cette province qui avait fait sécession de la Serbie grâce aux bombardements que l’OTAN – dont les pays européens – mena en 1999. Madrid est en effet réticent aux proclamations d’indépendance, car confronté aux revendications séparatistes catalanes. Mais la tentation de « l’Europe puissance » prime tout… En tout cas, la priorité affichée par le futur Haut Représentant rappelle cette sentence formulée il y a vingt ans par Bernard Kouchner selon laquelle « l’Europe commence à Pristina » (la capitale du Kosovo), manière de signifier que la véritable intégration européenne ne peut se fonder que sur une guerre.

Très en verve, le dirigeant espagnol a également évoqué l’immigration : « la poussée de la jeunesse africaine représente une chance pour l’Europe », a-t-il affirmé. Comprendre : pour les patrons européens. Les mauvais esprits rapprocheront cet appétit pour la mondialisation d’une phrase lâchée il y a un an devant des étudiants. Il se lamentait alors des difficultés d’unir l’Europe, là où les Etats-Unis s’étaient constitués facilement – « il leur a suffi de tuer quatre indiens », avait-il lâché en rigolant… Il s’était excusé par la suite, et fut vite pardonné puisque cette fascinante analyse historique n’émanait pas d’un dirigeant « populiste » ou d’extrême droite.

Précisément, M. Borrell a tenu à déclarer sa haine au « nationalisme », proclamant qu’il détestait les frontières. Cette ultime affirmation n’a rien d’anodin. Car une entité qui ne se reconnaît pas de frontière, cela se nomme précisément : un empire.

Cela méritait bien une ovation.

https://ruptures-presse.fr/actu/leyen-borrell-langage-puissance-empire/

Emmanuel Macron souhaite-t-il enterrer l’OTAN ?

Emmanuel Macron souhaite-t-il enterrer l’OTAN ?

Interview8 novembre 2019Le point de vue de Jean-Pierre Maulny

Les déclarations d’Emmanuel Macron, qui a décrit l’OTAN comme étant en état de mort cérébrale, ont interpellé, mais aussi fait resurgir la question du rôle et de la nécessité de l’OTAN. Quelle place donner à l’OTAN dans la dynamique européenne ? Le point de vue de Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’IRIS.

Emmanuel Macron a déclaré à The Economist que l’OTAN était en état de mort cérébral : veut-il enterrer l’OTAN ?

Les propos d’Emmanuel Macron ont en effet été très forts. Il a en tous cas le (grand) mérite de placer la question politique au centre du débat et de ne pas s’enfermer dans des questions techniques qui finissent par nous faire perdre le sens de l’histoire.

Or quel est le sens de l’histoire ? Le monde est progressivement en train d’être géré par un duopole composé des États-Unis et de la Chine, et dont l’Europe est totalement absente. Normalement l’OTAN doit permettre un dialogue transatlantique sur les questions de sécurité : cette organisation doit faire le lien entre l’Europe et les États-Unis. C’est ainsi que l’OTAN se présente elle-même comme une organisation politique. Or que se passe-t-il actuellement ? Les États-Unis prennent des décisions unilatérales : ce fut le retrait de l’accord sur le nucléaire iranien l’année dernière puis l’annonce du retrait des troupes américaines de Syrie suivi d’un accord avec les Turques pour créer une zone de sécurité au nord de la Syrie. Toutes ces mesures sont prises d’une part au détriment des intérêts de sécurité des Européens et d’autre part sans que ces derniers aient été consultés par leur allié américain. L’OTAN n’est pas que l’article 5, la clause d’assistance mutuelle, c’est aussi l’article 4 qui prévoit que « Les parties se consulteront chaque fois que, de l’avis de l’une d’elles, l’intégrité territoriale, l’indépendance politique ou la sécurité de l’une des parties sera menacée. ». Or que voyons-nous dans les faits ? Les États-Unis ne consultent pas leurs alliés quand ils prennent une décision qui peut affecter la sécurité de ceux-ci et l’OTAN ne joue pas son rôle car elle ne prend pas l’initiative de rappeler à Washington son devoir sur ce sujet. Or, dans le cas de l’intervention turque en Syrie, le risque est important pour la France de voir des combattants de Daech être libérés et menacer son territoire. Parallèlement le président américain ne cesse de répéter que les Européens ne paient pas pour leur défense, ce qui est faux. Tous les pays européens augmentent leur budget de défense depuis 3 ans, et laissent en conséquence planer des doutes sur la solidarité américaine en cas d’attaque d’un des pays européens de l’OTAN. D’où la réponse du président français à la question portant sur le caractère pérenne de la clause d’assistance mutuelle de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord : « Je ne sais pas ».

On voit donc que la question n’est pas principalement celle de l’OTAN mais celle de la relation entre l’Europe et les États-Unis. Et le message du Président français est clair : face à cette situation, l’Europe doit prendre en main son destin dans le domaine de la sécurité car sinon nos pays ne seront pas protégés et l’Union européenne ne pèsera d’aucun poids sur la scène internationale. Il faut rappeler aux citoyens qu’il n’y a pas d’armée de l’OTAN, il n’y a que des armées nationales qui peuvent agir dans le cadre de l’OTAN ou dans tout autre cadre d’ailleurs. Donc l’OTAN sans les capacités militaires des États-Unis n’est plus l’OTAN, c’est l’Union européenne ou peu s’en faut.

Enfin, ce « rappel à l’ordre » du Président français a lieu un mois avant un sommet de l’OTAN à Londres où les Américains se feront fort de demander des concessions aux Européens sur divers sujets (révision des contributions au budget de l’OTAN, ouverture du Fonds européen de défense aux entreprises américaines) sans qu’à aucun moment personne ne songe à rappeler les États-Unis à leurs devoirs en tant qu’allié au sein de l’OTAN.

OTAN, défense européenne, architecture de sécurité européenne : comment s’articule tout cela ?

Il faut faire attention à ne pas confondre toutes les structures et tous les concepts. L’OTAN et l’Union européenne sont compétentes en matière de défense. Les deux institutions ont une clause d’assistance mutuelle mais l’OTAN a normalement la primauté en matière de sécurité collective. Reste que les capacités militaires sont nationales et qu’on peut aujourd’hui avoir un doute sur la garantie de sécurité des Américains. De ce fait, le discours de Macron a pour objectif de transmettre le message suivant : développons nos capacités militaires au sein de l’Union européenne, en s’appuyant sur des initiatives que sont la coopération structurée permanente et le Fonds européen de défense, car les Européens doivent mieux prendre en compte leur sécurité, les Américains le demandent, et que nous ne pouvons pas compter éternellement sur l’aide de Washington. Mais développer les capacités militaires européennes dans le cadre de l’Union européenne ne veut pas dire mettre en cause l’OTAN, puisque de toute façon ce sont les armées des pays membres de l’Union européenne qui seront renforcées et qui pourront servir soit dans le cadre de l’Union européenne soit de l’OTAN.

Quant à l’architecture de sécurité européenne, auquel le président Macron fait référence dans son entretien à The Economist, on ne peut l’opposer à l’OTAN. C’est un concept qui avait été développé après la fin de la guerre froide par François Mitterrand et qui consistait à nouer un dialogue permanent de sécurité avec la Russie sur la sécurité européenne. 30 ans après la chute du mur de Berlin, Emmanuel Macron remet cette proposition au goût du jour, jugeant qu’on ne peut rester dans cette situation de tension permanente avec la Russie. Cela ne veut en aucun cas dire que l’on cède à toutes les demandes de la Russie, mais simplement que l’on met tout en œuvre pour créer une structure de dialogue de sécurité paneuropéen. Et naturellement cette architecture de sécurité européenne ne sera pas une alliance militaire et ne suppose pas la disparition de l’OTAN, cela se situe sur un autre plan.

Nos partenaires européens vont-ils suivre Emmanuel Macron ?

C’est certainement le défi le plus ardu à relever pour Emmanuel Macron. Il est certain que les pays européens au Nord et à l’Est de l’Union européenne sont très inquiets de la résurgence de la menace russe et ont une attitude qui consiste à dire « ne fâchons pas Mr Trump, sinon il cessera de nous défendre face à la Russie ». Or il est nécessaire de faire comprendre à ces pays que le désengagement des États-Unis de la sécurité de l’Europe n’est pas lié au président Trump. C’est une tendance de long terme qui a commencé avec le président Obama et qui se poursuivra après novembre 2020, quel que soit le président élu aux États-Unis à la fin de l’année prochaine. Donc « penser européen » en matière de sécurité ce n’est pas vouloir écarter les Américains. C’est simplement nous montrer responsables vis-à-vis de nos citoyens pour leur dire : nous allons vous protéger. Pour la France, cela implique parallèlement de ne pas négliger le ressenti de ces pays vis-à-vis de la menace russe, sinon nous ne serons pas crédibles, surtout si nous voulons nouer parallèlement un dialogue de sécurité avec la Russie pour bâtir une architecture de sécurité européenne. Cela suppose également que les Russes fassent des gestes sur le dossier ukrainien car ils ont intérêt à ce que nous puissions bâtir cette architecture de sécurité européenne. Cela suppose enfin que la France arrive à convaincre qu’elle agit au profit de tous les pays de l’Union européenne et non à son seul profit. On comprend donc que les conditions à remplir pour obtenir un succès sont nombreuses et parfois contradictoires. La marge de manœuvre est limitée mais elle existe. Il faut donc que le président Macron, après avoir présenté le « film » de son entretien à The Economist produise désormais le « making-of » pour faire comprendre aux partenaires européens qu’il ne joue pas contre eux mais pour eux.

https://www.iris-france.org/141734-emmanuel-macron-souhaite-t-il-enterrer-lotan%e2%80%89/

Le ralentissement économique sème le trouble dans l’UE

Le ralentissement économique sème le trouble dans l’UE

Par : Jorge Valero | EURACTIV.com | translated by Nathanaël Herman

 9:31 (mis à jour:  10:33)

EPA-EFE/OLIVIER HOSLET [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Langues : English

   

Les États membres de l’UE devraient se préparer à « tous les scénarios », alors que l’économie européenne continue de ralentir et ne devrait pas reprendre de si peu, avertit la Commission européenne dans ses dernières prévisions économiques.

L’économie européenne vient d’entrer dans une nouvelle phase. Alors que la production a augmenté tout au long de cette décennie, comme en témoignent les chiffres impressionnants des dernières années, « ce n’est plus le cas à l’heure actuelle », a signalé le commissaire des Affaires économiques, Pierre Moscovici.

Selon les chiffres présentés le jeudi 7 novembre, la zone euro devrait connaitre une croissance de 1,1 % cette année et de 1,2 % en 2020 et 2021. Les estimations de juillet, elles, prévoyaient une augmentation de 1,2 % du PIB en 2019 et de 1,4 % en 2020.

La croissance économique de l’ensemble de l’UE stagnera à 1,4 % pendant les deux prochaines années, un chiffre revu à la baisse par rapport aux prévisions de juillet 2018 qui l’établissaient à 1,6 %.

Pierre Moscovici a déclaré qu’il s’agissait « d’un nouveau régime » par rapport aux anciennes prévisions, étant donné que son équipe ne s’attend plus à une relance économique dans les deux prochaines années.

En Europe, le chômage se stabilise et la croissance cale

La croissance dans la zone euro est restée stable au troisième trimestre, mais à un niveau faible de 0,2%, signe d’une stagnation de l’activité en Europe, selon l’Office européen de statistiques Eurostat. Un article de notre partenaire, la Tribune.

« Nous devons être prêts à tous les scénarios », a-t-il affirmé.

Marco Buti, chef de la direction générale des affaires économiques et financières à la Commission européenne, a expliqué dans le document présenté que ce ralentissement économique appelé à durer constituait un « changement majeur » et se fondait « sur l’évaluation que de nombreuses caractéristiques de ce ralentissement mondial perdureront ».

Malgré cette évaluation maussade, M. Moscovici a souligné que l’économie européenne continuerait de croître, mais plus lentement, et qu’une récession économique n’était pas envisagée par l’exécutif européen.

Mais il a ajouté qu’ « il fallait faire en sorte que ce “plateau” ne soit pas “un plafond”, car nous avons, de l’autre côté, des risques de baisse qui pourraient se matérialiser ».

Il s’est, en outre, aligné sur les avis de la Banque centrale européenne (BCE) et d’autres institutions, appelant ainsi les États membres avec des finances publiques plus saines, comme les Pays-Bas et l’Allemagne, à investir plus pour stimuler l’économie.

D’après le commissaire, ce boost n’est pas urgent, mais les gouvernements nationaux avec de la marge budgétaire devraient y réfléchir « pour que nous soyons en mesure de réagir rapidement ».

Macro Buti argue que les États membres avec de meilleures situations budgétaires devraient profiter des très faibles (voire négatifs) coûts de financement, afin d’investir dans des projets « avec un retour social, environnemental et économique élevé ».

Les tensions commerciales mondiales continuent d’inquiéter l’exécutif européen.

« La recrudescence des tensions commerciales et l’incertitude de ce secteur ont très probablement eu des effets néfastes permanents sur le commerce international » a écrit M. Buti, qui dirigera le cabinet du commissaire désigné à l’Économie, Paolo Gentiloni.

L’italien Paolo Gentiloni réussit son oral devant les eurodéputés

L’ancien chef du gouvernement italien Paolo Gentiloni a reçu l’aval du Parlement européen le 3 octobre pour devenir commissaire européen à l’Économie, malgré la position délicate de son pays en matière budgétaire.

Les pays

Dans le cas de l’Allemagne, la Commission a légèrement ajusté son PIB à 0,04, mais diminué sa croissance économique de 0,4 % afin d’atteindre 1 % pour l’année, une tendance qui devrait se maintenir en 2021.

L’économie allemande compensera la baisse de la demande mondiale et des investissements avec sa consommation privée et une dette publique « modérément expansionniste ».

Parmi les plus grandes économies de l’UE, l’Espagne devrait endurer les plus grosses pertes. Selon les prévisions, son PIB devrait chuter de 0,4 % cette année et l’année prochaine (1,9 % en 2019 et 1,5 % en 2020). En 2021 l’économie espagnole devrait augmenter de 1,4 %.

L’office national de la statistique est à l’origine de la moitié de la baisse, car il a apporté des modifications à l’historique de données, mais l’économie espagnole a aussi été affectée par le ralentissement du rythme de la croissance qui s’inscrit dans une période d’incertitude au niveau mondial.

La production française devrait également décélérer à environ 1,3 % cette année et l’année prochaine, puis à 1,2 % en 2021. La consommation contribuera à compenser le ralentissement de l’investissement et l’impact des tensions commerciales sur les exportations.

L’économie italienne « ne montre encore aucun signe de reprise significative », après la stagnation enregistrée l’année dernière, selon les prévisions. La croissance économique n’atteindra que 0,1 % cette année, puis 0,4 % et 0,7 % en 2020 et 2021, respectivement.

Selon l’évaluation de la Commission, Rome ne parviendra pas non plus à équilibrer ses comptes publics, comme le gouvernement de coalition l’avait convenu avec la Commission. Le déficit et de la dette continueront d’augmenter au cours des deux prochaines années en raison de la croissance plus faible et de l’augmentation des coûts des mesures antérieures.

La dette publique italienne devrait ainsi passer de 134,8 % de son PIB en 2018 à 137,4 % en 2021.

Langues : English

https://www.euractiv.fr/section/economie/news/as-economy-slows-commission-tells-member-states-to-be-ready-for-all-scenarios/

Décomposition impériale

Décomposition impériale

9 Novembre 2019

Moins spectaculaire que les guerres américaines ratées, moins médiatique que les tentatives de putsch qui ne prennent plus, le mouvement tectonique du reflux de l’empire suit son cours, inexorable. Le schéma est classique, presque mécanique…

Années 90 : après l’éclatement de l’URSS, le système impérial est à son apogée. Il est alors pris d’une véritable folie des grandeurs qui finira par causer sa perte.

Années 2000 (ère Bush) : victime d’hybris, il s’engage dans un certains nombre de fiascos coûteux et retentissants (Irak, Afghanistan), et provoque la résurgence de ses rivaux (Russie, Chine, OCS).

Années 2000-2010 (ère Obama) : sentant le vent tourner, ils s’arc-boute sur ses fondamentaux (Europe totalement vassalisée, presstituée noyautée comme jamais) pour tenter de durer, au risque d’imploser.

A bien des égards, la géopolitique ressemble à la physique pure. Plus un corps, soumis à une pression intense, se comprime, plus il est instable et susceptible de provoquer des réactions en chaîne. C’est ce qui finit par arriver

Qui aurait imaginé, même dans ses rêves les plus fous, voir le système impérial US se décomposer aussi rapidement ? Certes, il y avait eu des signes avant-coureurs : crise grecque, montée des «  »populismes » » (entre huit guillemets) en Europe, multiplication des voix discordantes concernant la politique anti-russe (Hongrie d’Orban, Italie, Slovaquie, République tchèque, Grèce, industriels allemands etc.), record d’impopularité des hommes de paille de Washington (Flamby Ier rejoignant les rois fainéants mérovingiens dans le palmarès des dirigeants les plus détestés de l’histoire de France)…

Mais l’année 2016 restera comme l’apothéose de ce détricotage. En mai dernier, avant le sommet du G7 à Tokyo, un eurocrate envisageait le « scénario de l’horreur » :

Imaginez si, au lieu de Barack Obama, François Hollande, David Cameron et Matteo Renzi, nous avons Donald Trump, Marine Le Pen, Boris Johnson et Beppe Grillo.

Un mois plus tard, le scénario tant honni commençait à se mettre en place, au grand dam de Washington, Bruxelles et de leurs relais médiatiques. Le Brexit envoya des ondes de choc (…) Ce n’était pourtant rien en comparaison de ce qui allait se passer trois mois plus tard, au cœur même de l’empire, la deuxième étape du « scénario de l’horreur », le changement tectonique représenté l’élection du Donald.

2016 fut en effet le début de la fin : Brexit, Trump, guerre pétrolière américano-saoudienne, perte ou trahison des alliés, dédollarisation, fiasco ukrainien, dégringolade de la branche médiatique… Ce qui avait été patiemment bâti au cours de longues décennies se défaisait à vue d’œil. Et si le Deep State réussissait à sauver quelques meubles, par exemple en récupérant partiellement le Donald, plus rien ne serait comme avant. Comme la marée basse laisse sur le sable les traces de son passage, le reflux de l’empire mettait à jour ses contradictions criantes et ses dysfonctionnements inhérents.

Les éléments, auparavant maintenus sous la chape (de plomb) du manteau américain, étaient désormais livrés à eux-mêmes. Certains comme les euronouilles, complètement perdus, couraient dans tous les sens comme des poulets sans tête. D’autres, tel le sultan, jouaient les électrons libres et se rapprochaient dangereusement de l’autre camp. Partout, l’unité faisait place à la dissension. Sur le Vieux continent :

L’Europe américaine sera-t-elle mise à mort par ceux-là même qui étaient censés la régénérer ? L’on peut sérieusement se poser la question quand on voit le divorce grandissant entre l’UE et les pays d’Europe centrale et orientale, fers de lance de la « Nouvelle Europe » si chère aux néo-cons. Le pied droit de Washington donne des coups au pied gauche et c’est tout le système vassalique européen qui risque de tomber.

Rappelons d’abord que la construction européenne fut, dès le départ, un projet américain. Des archives déclassifiées montrent que les soi-disant « pères de l’Europe » – Schuman, Spaak ou le bien-nommé Monet – travaillaient en réalité pour les Etats-Unis. Pour Washington, il était en effet plus aisé de mettre la main sur le Vieux continent par le biais d’une structure globale noyautée de l’intérieur que de négocier pays par pays avec des dirigeants indépendants.

La chute du Mur et l’intégration à l’UE des anciennes démocraties populaires n’étaient que le cache-sexe de l’avancée de l’OTAN vers la Russie. Mieux encore, ces pays nouvellement libérés de la tutelle soviétique et férocement anti-russes pour des raisons historiques compréhensibles étaient susceptibles d’établir un nouveau rapport de force très favorable aux Etats-Unis au sein de l’UE face à certaines poussées de fièvre frondeuse toujours possibles de la « vieille Europe » (De Gaulle, Chirac et Schroeder…)

Or, au moment où les institutions européennes sont noyautées et soumises comme jamais aux désidératas US, le château de cartes est en train de s’écrouler… Ce sont d’abord les sanctions anti-russes qui ont créé une brèche. Si elles furent accueillies avec des transports de joie par la Pologne et les pays Baltes, leur réception en Hongrie, en Slovaquie et même en République tchèque fut bien plus mesurée, c’est le moins qu’on puisse dire. Première cassure au sein de la « nouvelle Europe ».

Et maintenant, la question des réfugiés pourrait bien sonner l’hallali. La Pologne, pays ô combien pro-US, refuse tout à fait d’obéir aux injonctions des institutions elles aussi ô combien pro-US de Bruxelles. Diantre, Brzezinski n’avait pas prévu ça…

Il n’avait pas non plus prévu ce qui allait se passer dans le Golfe en juin 2017 :

La grande affaire très commentée de ces derniers jours est la mise au ban du Qatar par l’Arabie saoudite et ses quelques affidés de circonstance. Si c’était dans les tuyaux depuis une bonne semaine, c’est un véritable séisme dans la région, les précédentes querelles n’ayant jamais conduit à une rupture des relations diplomatiques (…)

Le Conseil de Coopération du Golfe est la pierre angulaire de l’empire américain dans la région – un peu comme l’UE en Europe – et il est aujourd’hui au bord du gouffre. Après le Brexit, le Qatarxit ? A Washington, les stratèges impériaux ne doivent pas être aux anges… Le Koweït et Oman ont en tout cas refusé de suivre leurs collègues et de rompre leurs relations avec Doha, ce qui fissure encore un peu plus l’organisation  (…)

Deux piliers du pétrodollar et soutiens du djihadisme en conflit, CCG en crise, Turquie ballotée, Etat profond US divisé… Il faut prendre la rupture saoudo-qatarie pour ce qu’elle est : une énième convulsion du « camp du Bien », un émiettement supplémentaire de l’empire.

Il n’en fallait pas plus à CNN pour accuser… les hackers russes ! Audiard nous avait prévenu : les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Derrière cette nouvelle dégénérescence de la presstituée se cache tout de même une réalité : c’est Noël au Kremlin, qui se garde toutefois de tout triomphalisme.

Les groupies de l’hégémonie américaine ne peuvent maintenant que constater les dégâts :

Un mélancolique article du Jerusalem Post intitulé « Les sommets d’Asie centrale qui montrent que Washington perd prise » nous rappelle une nouvelle fois, si l’en était besoin, que derrière les strass et paillettes de l’événementiel, l’empire américain est inexorablement engagé sur la pente descendante.

A Bichkek, au Kirghizstan, a eu lieu la grand-messe annuelle de l’Organisation de Coopération de Shanghai, incluant désormais l’Inde et le Pakistan. On y a vu Modi et Khan échanger des blagues, Xi et Rouhani renforcer leur coopération, Poutine rencontrer ses homologues chinois, iranien, indien ou pakistanais. Si le président iranien, Etat observateur, s’est fait remarquer en critiquant vertement l’unilatéralisme US et en offrant des privilèges économiques aux membres de l’OCS qui investiraient en Iran, il n’a pas été le seul. A Bichkek, on a parlé multipolarité, Routes de la Soie et intégration de l’Eurasie, pour le plus grand malheur de qui vous savez…

Le jour suivant, au Tadjikistan voisin, le sommet CICA (Conférence pour l’Interaction et la Confiance en Asie) a réuni du beau monde. Les représentants d’une trentaine de pays y participaient dont Poutine, Xi (qui a fêté son 66ème anniversaire avec le président russe), Rouhani, Erdogan ou encore Al Thani, l’émir du Qatar. On sait que ce dernier, depuis la rupture avec l’Arabie saoudite, a une furieuse tendance à se rapprocher de Téhéran et des géants de l’Eurasie. Ses multiples rencontres bilatérales d’hier sont là pour le prouver, notamment avec la Chine et l’Iran, qui a par ailleurs également reçu le soutien turc face au harcèlement américain.

L’hybris impériale – sanctions contre la Russie et l’Iran, guerre économique contre la Chine, menaces contre la Turquie, sanctions saoudiennes contre le Qatar – tend naturellement à rapprocher ces pays et accélère l’inévitable mouvement d’intégration du grand continent, bientôt irrigué par le gaz russe et les Routes de la Soie chinoises. Le monde multipolaire du XXIème émerge sous nos yeux…

Ce qui nous amène aux délectables nouvelles de ces derniers jours, qui remuent encore un peu plus le couteau dans le cœur des petits génies de Washington. Au Royaume-Uni, l’énième report du Brexit par les manigances des députés a poussé le Premier ministre Johnson à organiser des élections générales, prévues dans cinq semaines. Sans surprise, elles mettront aux prises les conservateurs de ce même Johnson et le Labour de Jeremy Corbyn. Si certains articles versent allègrement dans l’hyperbole, parlant de « lutte pour l’âme britannique », un aspect fondamental n’est pourtant jamais abordé : l’accélération du détricotage de l’empire.

Johnson est en effet favorable à l’OTAN mais ne peut, on le sait, voir en peinture l’Union européenne et fut l’un des principaux leaders de la campagne du Leave. A l’opposé, Corbyn est un de ces européistes indécrottables mais a toujours été très critique vis-à-vis de l’impérialisme américain et favorable à un rapprochement avec la Russie. S’il ne réclame plus l’abolition de l’Alliance atlantique, comme c’était encore le cas en 2012, nul doute que la politique étrangère de Londres prendrait un tour nouveau s’il était élu.

OTAN contre UE, alors que ces deux piliers de l’hégémonie américaine en Europe étaient auparavant synonymes, Brexit ou OTANxit (ou du moins une sérieuse prise de distance). Heureusement que McCain n’est plus là pour voir ça…

Et puisqu’on parle d’elle, les déclarations tonitruantes de Macron affirmant que l’OTAN est « en état de mort cérébrale » ont jeté un énorme pavé dans la mare, provoquant les cris d’orfraie de Berlin et de Bruxelles, la fébrilité dans les salles de rédaction et l’amusement de Moscou, qui a d’ailleurs tout lieu de se réjouir des appels du même à « rouvrir un dialogue stratégique avec la Russie ».

Ce n’est pas la première fois que l’actuel président français s’écarte de la ligne vassale de son prédécesseur. S’il n’a pu s’empêcher d’y retomber en certaines occasions, par exemple lors du false flag chimique n°3, l’occupant de l’Elysée est capable de faire montre d’une relative indépendance, comme nous le relations il y a plus de deux ans :

Alerte dans les officines du système impérial, la plaque européenne commence à dangereusement se rapprocher de sa consoeur russe et nos hypothèses se voient une nouvelle fois confirmées. Après la réception de Poutine par Macron à Versailles, nous écrivions :

D’abord, pourquoi inviter Poutine, dans les fastes de Versailles qui plus est ? Notons que, mis à part le traditionnel voyage du 15 mai à Berlin pour retrouver Merkel, c’est le premier dirigeant étranger que rencontre Macron dans un format bilatéral (les discussions avec Trump, Trudeau, Erdogan & Co ayant eu lieu en marge des sommets de l’OTAN et du G7). Relevons également que la somptueuse réception du « tsar de toutes les Russie » au château du roi-soleil n’a pas été du goût des habituels thuriféraires du système impérial.

Ainsi, le président français était demandeur, ce que l’enguirlandement médiatique fanfaron tente d’occulter (…)

Un reset franco-russe, qu’évoque également le peu russophile Financial Times, serait donc dans les tuyaux à la demande de Paris. Ceci pourrait expliquer pourquoi, au-delà des pathétiques flonflons médiatiques et du sauvetage de face macronien sur des questions aussi existentielles que les LGBT de Tchétchénie ou les méchants médias russes, on a furieusement l’impression que Bobobankster s’est aligné sur Poutine.

Sur la Syrie, « l’objectif absolu est la lutte contre le terrorisme, l’éradication des groupes terroristes, en particulier Daech ». Tiens, il y aurait des modérés pas si modérés que ça finalement et Assad ne doit plus partir… Plus intéressant encore, la fameuse phrase sur les armes chimiques que toute la MSN saoudisée a rapportée, persuadée qu’elle est dirigée contre Damas, mais que personne n’a pris la peine de décrypter :

« J’ai indiqué qu’une ligne rouge très claire existe de notre côté : l’utilisation d’une arme chimique par qui que ce soit fera l’objet de représailles et d’une riposte immédiate. »

Les mots importants sont en gras. Ainsi, Assad ne serait pas le seul à disposer et à être susceptible d’utiliser des armes chimiques… Est-ce une reconnaissance en creux du false flag de Khan Cheikhoun ? A noter que le soir même, Vladimirovitch a répété dans une interview destinée au public français qu’il n’y avait aucune preuve de l’implication du gouvernement syrien dans cette attaque. Pour mieux appuyer ce qu’il a dit, voire prouvé, quelques heures plus tôt à Macron sous les lambris versaillais ?

Concernant l’Ukraine, Poutine a pris le bâton, déclarant que c’était une affaire intérieure à ce pays et qu’il fallait tenir Kiev pour responsable des atteintes aux accord de Minsk, le tout sans être contredit par son hôte. Et je ne mentionne pas les formules répétées sur « le rôle indispensable de la Russie »…

Assiste-t-on à un changement de direction de l’euronouillerie, désormais orpheline de son maître américain ? Si Macron dit tout haut ce que Merkel pense tout bas – et il y a de bonnes raisons de croire que le premier est le porte-parole de la seconde -, on est peut-être en train d’assister à un rééquilibrage du Vieux continent. L’avenir nous le dira… Mais on comprendrait mieux alors la flagornerie de la caste médiatique, cachant sous les épithètes dithyrambiques une redirection peu glorieuse pour elle.

On en prend le chemin… Dans la foulée de la visite du réaliste Le Drian à Moscou, c’est en effet une véritable bombe qu’a lancé Macron dans un entretien à huit quotidiens européens paru aujourd’hui. Dans le texte :

Le vrai aggiornamento que j’ai fait sur ce sujet, c’est que je n’ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout. Personne ne m’a présenté son successeur légitime. Assad est un ennemi de son peuple [tous les éléments de langage n’ont pas disparu du jour au lendemain, ndlr] mais pas de la France. Mes lignes sont claires. Un : la lutte absolue contre tous les groupes terroristes. Ce sont eux, nos ennemis. Deux : la Syrie ne doit pas devenir un Etat failli [failed State]. Nous avons besoin de la coopération de tous pour éradiquer les terroristes, en particulier de la Russie.

Dios mio, McCain, Barack à frites, Flamby, l’hilarante, le Seoud et autres joyeux lurons de la clique impériale doivent s’arracher les cheveux. L’imMonde est vert de rage et la presse israélienne rapporte l’info pour le moins fraîchement.

Le président Macron semble en passe de devenir nettement plus sage que le candidat Macron. Un Trump inversé en quelque sorte… Si le Donald a tout le mal du monde à contrer le Deep State, c’est néanmoins son élection qui a permis le détricotage de l’empire dont les composantes s’égaillent maintenant dans la nature.

En plein dans le mille. Le reflux américain a laissé sur la grève les composantes du système impérial qui, nouvellement autonomes, s’éparpillent et prennent des directions inimaginables il y a peu encore.

Pire ! les propres pions de Washington arrivés fraîchement au pouvoir se mettent eux aussi à tourner casaque, notamment en Amérique latine. Au Brésil, Bolsonaro a fait un flip flop digne d’une grande patineuse en allant courtiser les investissements chinois. Ce n’est pas une surprise pour le fidèle lecteur de nos Chroniques, car certains signes étaient annonciateurs :

Un mot encore sur le traditionnel sommet des BRICS en marge du G20. Il était intéressant de voir le comportement de l’américanolâtre néo-président brésilien dans cette structure de facto opposée à Washington. Les bruits alarmistes et peut-être inventés sur une possible exclusion du Brésil ne se sont pas traduits dans les faits et les oreilles de Bolsonaro ont dû quelque peu sursauter en entendant Poutine appeler à la dédollarisation ou défendre le Venezuela, point sur lequel le leader brésilien a préféré éviter de polémiquer avec son homologue russe. Bolsonaro, que d’aucuns pensaient il y a quelques mois qu’il mettrait des bâtons dans les roues des BRICS, a même partiellement épousé les discours sur le multilatéralisme en critiquant le protectionnisme unilatéral d’un certain pays…

Entre un Bolsonaro qui met de l’eau dans son maté et un Lula qui vient de sortir de prison et pourrait reprendre le chemin du pouvoir, l’expérience « américaine » du Brésil a peut-être tourné (très) court. L’occasion de redonner un regain d’énergie aux BRICS, d’autant que le grand voisin argentin pourrait à nouveau être de la partie. Nous l’expliquions en août :

En Argentine, le président Mauricio Macri, gentil toutou des USA, vient de se prendre une volée aux élections primaires, répétition générale de l’élection présidentielle du mois d’octobre. Pour Washington, c’est une bien mauvaise nouvelle, d’autant que le grand vainqueur est le parti de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, elle aussi bien connue des lecteurs. Nous en parlions entre autres dans un billet consacré à l’établissement d’une base radar chinoise dans la pampa :

L’accord sino-argentin avait été signé en 2015, du temps de Cristina Kirchner, égérie de la multipolarité. Ironie du sort, l’objet de l’accord se réalise sous son successeur et adversaire, pion de l’empire comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Macri, dans la plus pure tradition des leaders latino-américains dévoyés, est l’homme de paille des Etats-Unis en Argentine, permettant l’installation de deux bases US dans son pays, plaçant sa fortune chez son maître, s’attirant les louanges de son suzerain.

… et acceptant avec gloutonnerie tout accord avec le FMI visant à esclavagiser un peu plus son pays. Sans surprise, la Cristina, maintenant sénatrice, s’y oppose résolument et préfère les prêts de la banque des BRICS ou de la Chine. D’où la base radar, facilité donnée au dragon contre des espèces sonnantes et trébuchantes à un moment où l’Argentine était étranglée financièrement. Le combat continue entre la pasionaria et le vassal. Macri est largement devancé par C.K dans les projections du premier tour (39%-30%). Quel que soit le résultat, la base chinoise est là pour rester, l’accord ayant été signé pour 50 ans.

C’était l’année dernière et les sondages étaient en deçà de la réalité. Si Cristina ne s’est pas présentée elle-même, son parti a gagné par 47% contre 32%. Un retour du clan Kirchner à la Casa Rosada apporterait à coup sûr un regain d’activité au processus de multipolarité en Amérique du Sud, un temps mis à mal par la destitution de Dilma au Brésil et l’élection de Macri. On se rappelle que l’Argentine de Cristina, bien que ne faisant pas officiellement partie des BRICS, y faisait souvent figure de membre associé, ce qui sera sans doute à nouveau le cas dans deux petits mois…

Bingo. Le 27 octobre, Alberto Fernández, protégé de Cristina, a gagné dès le premier tour, renvoyant Macri à ses chères études. Si sa prise de fonction se fera en décembre, les stratèges américains commencent déjà à se ronger les ongles. Dans un geste ô combien symbolique, Fernández a accordé sa première interview internationale à Correa, l’ancien président équatorien et bête noire de l’imperium US, sur la chaîne russe RT.

Le renouveau de la multipolarité qui se prépare en Amérique du Sud va de pair avec le rôle jamais vu qu’y joue Moscou, au grand dam du Deep State dont les think tanks sonnent le tocsin :

« Il est clair que la Russie est en Amérique latine pour y rester et qu’elle étend son influence – notamment en essayant d’assurer les moyens de menacer les USA au sein même de l’hémisphère occidental. Le désarroi de la politique étrangère américaine a clairement facilité cette évolution. Etant donné l’actuel chaos à Washington [ ! ], il faudra un temps considérable avant que les Etats-Unis ne puissent établir une stratégie coordonnée visant à contrer ou, au moins, atténuer ces menaces. L’Amérique latine est devenue un théâtre d’opérations réel pour les Russes à cause de la négligence des Etats-Unis et de leurs politiques erronées. »

Au-delà de l’alarmisme peut-être exagéré de l’establishment impérial, trop longtemps habitué à l’hégémonie et qui voit surgir avec horreur son rival là où il ne l’attendait pas, une chose est sûre : en Amérique, comme en Europe ou au Moyen-Orient, l’empire US recule terriblement…Tag(s) : #Etats-Unis#Europe#Amérique latine#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/11/decomposition-imperiale.html