Archives pour la catégorie Union Européenne

Enquête approfondie de l’UE sur le projet d’union entre Alstom et Siemens

Enquête approfondie de l’UE sur le projet d’union entre Alstom et Siemens

L’union entre Alstom et Siemens scrutée par la Commission européenne / © AFP/Archives / SEBASTIEN BOZON

La Commission européenne, gendarme de la concurrence en Europe, a ouvert vendredi une enquête approfondie sur le projet d’union du constructeur ferroviaire français Alstom avec les activités mobilités de l’allemand Siemens.

Annoncée en septembre l’année dernière, cette fusion historique permettrait aux deux entreprises de tenir tête au chinois CRRC et au canadien Bombardier.

Alstom, qui fabrique notamment le TGV, et la division transport de Siemens, qui produit l’ICE, avaient signé fin mars leur accord de rapprochement.

Mais l’exécutif européen explique dans un communiqué craindre que cette « concentration ne réduise la concurrence pour la fourniture de plusieurs types de trains et de systèmes de signalisation ».

Par conséquent, Bruxelles compte examiner si ce projet de rachat « priverait les opérateurs ferroviaires européens d’un choix de fournisseurs et de produits innovants et conduirait à une hausse des prix » qui pourrait par ricochet porter préjudice aux clients passagers.

La Commission a désormais jusqu’au 21 novembre 2018 pour adopter une décision. L’ouverture d’une enquête approfondie ne préjuge en rien de l’issue de la procédure.

Le 8 juin dernier, Siemens et Alstom n’avaient pas exclu de retarder leur fusion au 1er semestre 2019.

Alstom avait alors justement invoqué comme raisons de ce retard « les travaux préparatoires de pré-notification (auprès des autorités de la concurrence, ndlr) extensifs et des efforts nécessaires à la collecte de données dans plusieurs pays ».

Cette union avait suscité en septembre dernier une polémique en France, une partie de la classe politique dénonçant la prise de contrôle par un groupe allemand d’un fleuron de l’industrie française. L’intersyndicale d’Alstom était opposée à ce projet, craignant des fermetures de sites et des suppressions d’emplois en France.

En revanche en Allemagne, le projet n’a guère suscité d’émoi et a été perçu comme salutaire pour le rail européen mais aussi pour le pays.

(©AFP / 13 juillet 2018 17h31)

https://www.romandie.com/news/Enqu-te-approfondie-de-l-UE-sur-le-projet-d-union-entre-Alstom-et-Siemens/936337.rom

 

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Où en est l’objectif de 2% de l’OTAN ? Trump dit-il vrai ?

Où en est l’objectif de 2% de l’OTAN ? Trump dit-il vrai ?

(B2) Le président américain Trump le serine à tout bout de champ. Et ce devrait être un des sujets majeurs du sommet de l’OTAN les 11 et 12 juillet prochains : il faut dépenser plus pour la défense. Est-ce justifié ? Qui respecte aujourd’hui cet objectif ? Quelles sont les arrières-pensées du président Trump ?

Qui respecte aujourd’hui l’objectif de 2% ?

Le mouvement est engagé jure-t-on à l’Alliance. Selon le dernier rapport publié aujourd’hui, quatre pays membres remplissaient l’objectif de 2% en 2017 -2018 : les États-Unis (3,50%), la Grèce (2,27%), l’Estonie (2,14%) et le Royaume-Uni (2,10%), et quatre autres devraient l’atteindre en 2018 ou en sont tout proches : Lettonie (2,00%), Pologne (1,98%), Lituanie (1,96%) et Roumanie (1,93%). C’est encore faible. Trump le sait et appuie là où cela fait mal : les pays membres de l’Alliance ne respectent que peu leurs engagements… NB : les pourcentages indiqués sont extraits d’estimations pour 2018 réalisées par l’OTAN).

Et la France ?

La France n’est pas très loin de cet objectif, selon les statistiques OTAN (1,81%). Mais elle l’aurait déjà atteint si on prend en compte tous les éléments selon la Cour des comptes. Lire : La France a déjà atteint l’objectif de 2% de l’OTAN ! dixit la Cour des comptes.

Comment expliquer que les pays augmentent leurs dépenses et que l’augmentation soit si nulle ?

Une explication : la croissance économique retrouvée. Même si certains pays ont augmenté leur budget de défense, cette augmentation est annulée par la croissance économique, comme l’a confirmé à B2 un diplomate occidental. « À politique inchangée, l’augmentation du budget de la défense dû qu’à une augmentation légère du pourcentage du PIB consacré à la défense, du fait de l’augmentation de la croissance économique ».

Quand l’objectif de 2% est redevenu d’actualité ?

Ce n’est pas Donald Trump qui en a été le vecteur (contrairement à ce qu’on pourrait croire), c’est le contexte international, notamment à l’Est de l’Europe. C’est en particulier l’offensive russe en Ukraine, avec l’annexion de la Crimée au printemps 2014 et l’agitation rebelle dans l’Est du pays, qui remettent cette question ardemment sur le devant de l’actualité. En septembre 2014, lors du sommet du Pays de Galles, les pays de l’OTAN s’engagent ainsi à cesser de couper dans leurs dépenses de défense et de les augmenter progressivement vers l’objectif de 2% de leur PIB d’ici 2024.

Cet objectif est-il garant d’une défense efficace ?

Pas du tout. Cet objectif mathématique ne rend pas compte de l’effort particulier de certains pays (PIB par habitant par exemple), ni ne rend compte de la qualité de l’investissement, comme de la volonté politique. Certains pays ont un investissement inférieur à 2% du PIB et ont, malgré tout, une défense opérationnelle (exemple : le Danemark). D’autres remplissent cet objectif (exemple : la Grèce) mais n’ont pas vraiment les moyens d’être efficaces. La réalité est donc complexe, comme le démontre notre analyse complète (qui vient de paraître) : Le vrai faux débat du partage du fardeau. Entre mythes et réalités.

Pourquoi Trump agite-t-il cet objectif ?

C’est un argument de commercial en chef. Ce message ‘made in USA’ n’est pas nouveau en soi. Mais en mettant en défaut, de façon beaucoup plus incisive, ses principaux alliés, Donald Trump crédibilise l’idée — qu’il répand à foison dans l’opinion américaine — que les États-Unis paient pour tout le monde, à l’aide d’un outil facilement mesurable, quasi mathématique. Il justifie au passage les mesures de rétorsion économique (comme la hausse des droits de douane sur l’acier) envers ces ‘profiteurs’ d’Européens. En obligeant les Européens à accélérer le pas, il les met enfin en demeure de s’équiper. Et quoi de mieux que le matériel américain, disponible, opérationnel, interopérable, et souvent moins cher (à l’achat du moins) pour cela. Le 2% est, en fait, surtout un moyen de dire ‘achetez US, et vite’.

Quand Trump dit si les Européens dépensent plus, les Américains dépenseront moins, dit-il vrai ?

Non. Cela n’a aucun rapport. L’objectif de 2% ne correspond pas au budget des frais communs de l’Alliance atlantique ni à ce qui serait à un budget commun de défense. Le budget de défense américain obéit à certains impératifs qui ne sont pas automatiquement ceux de l’OTAN. A l’inverse, les budgets de défense des pays européens ne satisfont pas automatiquement tous les objectifs américains.

Cette maxime de Donald Trump est donc une pure absurdité, économique comme politique. Si on la prend au pied de la lettre, elle signifierait que le gouvernement fédéral américain entend diminuer le budget de la défense (ce qui n’est pas la tendance actuelle). Elle engendrerait également une baisse des emplois US (le secteur de la défense US étant particulièrement protégé et peu propice aux importations). Ce qui est totalement contraire à la politique de Trump.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Pour tout savoir :

Nicolas Gros-Verheyde

© B2 / Bruxelles2. Vous désirez approfondir, bénéficier de décryptages complets, d’informations plus exclusives… Continuez votre lecture sur B2 Pro. C’est aussi le meilleur moyen de soutenir ce blog et d’en permettre sa pérennité. Nicolas Gros-Verheyde, diplômé en droit européen à l’université Paris I Pantheon Sorbonne, journaliste professionnel depuis 1989, a fondé B2 – Bruxelles2 en 2008. Il également correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest et La Lettre de l’expansion et intervenant pour BX1 (Tv Bruxelles). Il a été auditeur de la 65e session de l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

Les USA et l’Otan évincent l’UE en crise

« L’art de la guerre »

Les USA et l’Otan évincent l’UE en crise

Le président Trump reste contraint par le système US de défendre l’Otan, principal outil actuel de l’impérialisme transnational. Malgré ses tentatives, ses vassaux refusent de s’affranchir et de voler de leurs propres ailes. Il poursuit donc la politique de ses prédécesseurs : infantiliser les Européens et les tourner contre la Russie. Anticipant une possible dissolution de l’Union européenne, une partie de ses membres s’est un peu plus engagé dans l’Otan.

| Rome (Italie)

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Refusant à la fois de prendre son indépendance des États-Unis et de tomber sous la coupe des contestataires européens, un groupe d’États conduit par la France a choisi de renforcer sa subordination à l’Otan.

Deux sommets, tous deux à Bruxelles à deux semaines de distance, représentent le statu quo de la situation européenne. La réunion du Conseil européen, le 28 juin, a confirmé que l’Union, fondée sur les intérêts des oligarchies économiques et financières à commencer par celles des plus grandes puissances, est en train de s’effriter à cause de conflits d’intérêt ne se limitant pas à la question des migrants.

Le Conseil de l’Atlantique-Nord —auquel participeront les 10-11 juillet les chefs d’État et de gouvernement des 22 pays UE (sur un total de 28) membres de l’Alliance (avec la Grande-Bretagne sortant de l’Union)— renforcera l’Otan sous commandement US. Le président Donald Trump aura ainsi en main des cartes plus fortes au Sommet bilatéral qu’il tiendra cinq jours plus tard, le 16 juillet à Helsinki, avec le président russe Vladimir Poutine.

De ce que le président US stipulera à la table des négociations dépendra fondamentalement la situation de l’Europe. Que les USA n’aient jamais voulu une Europe unie comme allié d’égal à égal n’est pas un mystère. Pendant plus de 40 ans, durant la Guerre froide, ils la tiennent subordonnée comme première ligne de la confrontation nucléaire avec l’Union Soviétique. En 1991, la Guerre froide finie, les États-Unis redoutent que les alliés européens puissent mettre en question leur leadership ou juger désormais inutile l’Otan, dépassée par la nouvelle situation géopolitique. D’où la réorientation stratégique de l’Otan toujours sous commandement US, reconnue par le Traité de Maastricht comme « fondement de la défense » de l’Union européenne, et son élargissement à l’Est liant les ex-pays du Pacte de Varsovie plus à Washington qu’à Bruxelles.

Au cours des guerres de l’après-Guerre froide (Irak, Yougoslavie, Afghanistan, à nouveau Irak, Libye, Syrie), les États-Unis traitent en sous-main avec les plus grandes puissances européennes (Grande-Bretagne, France, Allemagne) en partageant avec elles les zones d’influence, tandis que des autres (Italie comprise) ils obtiennent ce qu’ils veulent sans substantielles concessions.

L’objectif fondamental de Washington est non seulement de garder l’Union européenne en position subordonnée mais, à plus forte raison, d’empêcher la formation d’une aire économique qui embrasse toute la région européenne, Russie comprise, en se reliant à la Chine par l’intermédiaire de la naissante « nouvelle route de la soie ». D’où la nouvelle Guerre froide qu’on a fait exploser en Europe en 2014 (durant l’administration Obama), les sanctions économiques et l’escalade de l’Otan contre la Russie.

La stratégie du « diviser pour régner », c’est-à-dire du diviser pour dominer, d’abord camouflée sous des habits diplomatiques, se trouve désormais mise en lumière. En rencontrant en avril le président Macron, Trump a proposé que la France sorte de l’Union européenne, en lui offrant des conditions commerciales plus avantageuses que celles de l’UE. On ne sait pas ce qui est en train de se décider à Paris. Mais significatif est le fait que la France ait lancé un plan qui prévoit des opérations militaires conjointes d’un groupe de pays de l’UE indépendamment des mécanismes décisionnels de l’UE : l’accord a été signé à Luxembourg, le 25 juin, par la France, l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas, l’Espagne, le Portugal, l’Estonie et le Royaume-Uni, qui pourra ainsi y participer même après la sortie de l’UE en mars 2019. L’Italie, a précisé la ministre française de la défense Florence Parly, n’a pas encore apposé sa signature pour « une question de détails, pas de substance ».

Le plan a été en fait approuvé par l’Otan, car « il complète et potentialise la rapidité des forces armées de l’Alliance ». Et, souligne la ministre italienne de la défense Elisabetta Trenta, comme « l’Union européenne doit devenir un producteur de sécurité au niveau mondial, pour le faire elle doit renforcer sa coopération avec l’Otan ».

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

http://www.voltairenet.org/article201797.html

Otan: face à Trump, le sommet des peurs européennes

Otan: face à Trump, le sommet des peurs européennes

Donald Trump, en route vers un sommet du G7, à la base aérienne de Bagotville, au Canada, le 8 juin 2018 / © AFP/Archives / Lars Hagberg

Les dirigeants de l’Otan appréhendent leur sommet avec Donald Trump, mercredi et jeudi à Bruxelles, car ils s’attendent à être mis sous pression, sinon rudoyés, par un président américain vindicatif, exigeant le partage du fardeau financier, au risque d’affaiblir la crédibilité de l’Alliance.

Les Européens craignent même que M. Trump ne cherche à les diviser, par de possibles concessions à la Russie juste avant sa rencontre historique avec Vladimir Poutine le 16 juillet à Helsinki, selon plusieurs analystes.

Déçue de l’échec du G7, la France espère que le sommet de l’Otan « montrera l’unité des alliés » et que « tous les partenaires fassent les efforts auxquels ils se sont engagés », a indiqué lundi l’Elysée.

Mais « notre crainte, c’est que cela ne soit pas atteint », poursuit-on de même source. « Personne ne sait ce que ce va dire Trump. Même ses équipes ne le savent pas », s’est d’ailleurs inquiétée une source diplomatique.

Fin juin, M. Trump a adressé un courrier comminatoire à neuf membres de l’Otan, dont l’Allemagne, le Canada et la Norvège, pour les sommer de respecter leur engagement de porter leurs dépenses militaires à 2% de leur PIB en 2024.

L’Otan / © AFP / AFP

Le partage des dépenses sera un des principaux points du sommet, a confirmé le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, dont le pays, la Norvège, est au nombre des mauvais élèves fustigés par Washington.

– « Un sommet pénible » –

« Ce sommet va être pénible », prédit un diplomate européen sous couvert de l’anonymat. « Sa réussite dépendra de l’humeur de Donald Trump », précise un responsable de l’Alliance.

« Avec la présidence Trump, une forme d’incertitude profonde saisit l’ensemble des acteurs européens », souligne l’eurodéputé français Arnaud Danjean, spécialiste des questions de défense.

Dépenses militaires des Etats de l’Otan / © AFP / Gillian HANDYSIDE

« Il ne s’agit pas seulement de doutes sur la fiabilité des engagements américains au sein de l’Alliance, mais également des orientations d’une politique étrangère américaine erratique, pouvant, par isolationnisme comme par aventurisme, heurter plus ou moins directement les intérêts de sécurité européens », analyse-t-il.

En outre, pour Pierre Vimont, ancien numéro 2 de la diplomatie européenne, la première grande rencontre bilatérale Trump-Poutine, quelques jours plus tard, est « beaucoup plus importante » pour le président américain que le sommet de l’Otan.

« Il va vouloir obtenir quelque chose de sa rencontre avec le président russe, une percée sur le dossier ukrainien, bloqué malgré les efforts déployés par la France et l’Allemagne », estime le diplomate français, chercheur associé au centre de réflexion Carnegie Europe.

En restant récemment évasif sur la question de la Crimée, annexée par la Russie en 2014, Donald Trump « a envoyé un message à Poutine », relève Thomas Carothers, vice-président de la Fondation Carnegie.

Le conflit en Ukraine / © AFP / Jochen GEBAUER, Jonathan JACOBSEN

« L’objectif de Poutine est la division entre les Etats-Unis et les Européens et les divisions entre les Européens. Il va se délecter pendant le sommet de l’Otan », pronostique cet expert américain.

– Hantise de la division –

L’étalage des divisions est la hantise de Jens Stoltenberg. Le chef de l’Otan ne peut nier les sérieuses divergences opposant les Etats-Unis aux autres membres de l’Alliance. Mais il veut croire qu’elles seront tues pendant le sommet.

Pourtant, l’imprévisibilité du président américain alimente toutes les hypothèses.

Le président américain Donald Trump au sommet de l’Otan à Bruxelles le 25 mai 2017 / © POOL/AFP/Archives / Matt Dunham

« Il pourrait faire annuler l’exercice +Trident Juncture+ prévu à l’automne en Norvège et annoncé comme le plus important jamais réalisé par l’Otan depuis la fin de la Guerre froide au motif que cela pourrait être considéré comme une menace par la Russie et que cela va coûter très cher aux contribuables américains », raisonne ainsi Ian Bond, expert de la Russie au think tank Centre for European Reform (CER).

Au-delà, les doutes entretenus par Donald Trump sur sa volonté réelle de faire intervenir automatiquement les Etats-Unis en cas d’attaque contre un des Alliés, comme le stipule l’article 5 du traité de l’Otan, ou sur un redéploiement des troupes américaines stationnées en Allemagne, poussent désormais certains Européens à accélérer la cadence pour se rendre autonomes.

« L’Europe de la Défense est une construction nécessaire dans ce contexte », soutient Florence Parly, la ministre française des Armées.

La France a enrôlé huit autres membres de l’UE, dont l’Allemagne et le Royaume-Uni, dans un Groupe européen d’intervention capable de mener rapidement une opération militaire, une évacuation dans un pays en guerre ou d’apporter une assistance en cas de catastrophe.

« Ces efforts sont complémentaires à ceux menés au sein de l’Otan », assure Mme Parly.

Donald Trump dira sûrement son sentiment lors de la signature à Bruxelles d’une nouvelle déclaration commune sur la coopération UE-Otan.

(©AFP / 09 juillet 2018 15h26)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Otan-face-Trump-le-sommet-des-peurs-europ-ennes/934853.rom

Crise migratoire : Trump pourrait voler au secours de l’Italie pour diviser l’Europe

Crise migratoire : Trump pourrait voler au secours de l’Italie pour diviser l’Europe


Par Andrew Korybko – le 20 juin 2018 – Source Oriental Review

Matteo Salvini, vice président du Conseil et ministre de l’intérieur italien

Le gouvernement populiste, qui vient d’arriver au pouvoir, a promis de traiter en priorité la crise des migrants, et il n’est donc pas surprenant qu’il ait déjà pris des mesures visant à apporter des résultats tangibles à ses électeurs. Matteo Salvini, dirigeant du parti euro-réaliste de la Ligue du Nord, et actuellement vice président du conseil et ministre de l’intérieur, a déclaré : « Je suis partisan de l’OTAN, mais nous sommes attaqués. Nous demanderons à l’OTAN de nous défendre. Nos préoccupations sont nombreuses quant à des infiltrations terroristes. L’Italie est attaquée par le sud, pas par l’est. » Cette déclaration importante réaffirme l’engagement de son pays comme pilier de l’euro-atlantisme, mais réinterprète la finalité de cet engagement, le faisant basculer du sentiment anti-russe répandu dans l’establishment vers une utilisation plus pratique, en réponse aux réseaux de traite des personnes.

Se donnant les moyens de ses promesses, il a refusé l’accostage d’un bateau empli de centaines de migrants dans tout port italien, écrivant sur Facebook que « Malte n’accepte personne. La France renvoie les gens à la frontière, l’Espagne défend sa frontière les armes à la main. À compter d’aujourd’hui, l’Italie va également se mettre à refuser la traite humaine, et à refuser le commerce de l’immigration illégale. » Son projet anti-migrant se déploie donc en deux volets, la première partie s’occupant de sécurité extérieure en empêchant l’infiltration de nouveaux migrants illégaux en Italie, alors que la deuxième est intérieure, et prévoit de s’occuper de ceux qui sont déjà rentrés sur le sol italien. L’Italie demande l’aide de l’OTAN sur le premier volet, ce qui se justifie dans la mesure où l’Italie est bien membre de l’alliance, et paye une contribution annuelle pour en faire partie.

Crise de migrants

Mais le problème réside en ce que l’establishement euro-libéral de l’Union Européenne s’oppose à voir un quelconque de ses membres s’élever contre les migrations illégales ; et c’est ici que les euro-réalistes de Rome peuvent tirer parti du déchirement transatlantique en cours entre Washington et Bruxelles. La sixième flotte américaine est ancrée à Naples, et porte la responsabilité de l’ensemble de la Méditerranée, et avec Trump sur la même longueur d’onde que Salvini, il est possible que le Pentagone prenne la main sur cette mission. L’action serait favorable aux intérêts américains, en ce qu’elle approfondirait les relations avec l’Italie dans l’organisation d’une mission de patrouille vers le sud, face à l’Afrique ; un équivalent aux actions organisées avec la Pologne face à la Russie, les États du sud et de l’est européen gagnant en importance stratégique face à des États plus centraux que sont le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, qui voient dans le même temps leurs liens avec les USA se dégrader sur fond de différends commerciaux.

L’invocation de Salvini d’une assistance de l’OTAN aux fins de briser les réseaux de trafic de personnes, pourrait donc bien donner aux USA l’opportunité d’agir dans la division européenne, qui prendrait sa place dans le cadre de leur offensive multi-facettes contre l’UE.

Cet article constitue une retranscription partielle de l’émission radio CONTEXT COUNTDOWN, diffusée sur Sputnik News le 15 juin 2018.

Traduit par Vincent, relu par Cat, vérifié par Diane pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/crise-migratoire-trump-pourrait-voler-au-secours-de-litalie-pour-diviser-leurope

 

Union européenne. Les chiffres de la dette. LHK

Union européenne. Les chiffres de la dette. LHK

Billets ciel

L’histoire de la construction de l’Union européenne est avant tout une histoire d’endettement public. La preuve en un graphique:

dette publique pays europe.PNG

Le volume cumulée d’endettement de l’UE atteint en 2017 le chiffre respectable de 12, 46664 billions d’euros (à ne pas confondre avec le billion américain!).

Cela revient à  un endettement cumulé de 12 466 640 000 000 euros, soit 12 trillions d’euros (référence de mesure US)

Maintenant, la question est de savoir qui a créé la monnaie de crédit équivalente? Vous pensez que ce sont les banques centrales? Eh bien vous n’y êtes pas du tout.

Cette monnaie a été créée par quelques très grandes banques commerciales…

Les élus créateurs de cette monnaie privée à destination du public ET garantie par les peuples et les patrimoines communs se sont enrichis d’autant! Oubliez donc le 1%  que l’on vous présente comme étant les plus riches de la planète… Le méga-pactole est ailleurs…

La confirmation de ce que nous démontrons depuis 2011 a été confirmée par la Radio Télévision Suisse (organe d’Etat). Dans le cadre de la récente votation sur Monnaie pleine, le média écrivit ceci

« Aujourd’hui, la BNS émet les billets de banques et les pièces de monnaie, ce qui représente moins de 10% de la masse monétaire en circulation dans le pays. Le reste, c’est ce qu’on appelle « la monnaie scripturale », la monnaie virtuelle. Elle est créée par les banques privées lorsqu’elles allouent des crédits à une entreprise ou à un particulier. »

RTS, 10h25, « Monnaie pleine » propose un changement de système https://www.rts.ch/info/suisse/9623259-l-initiative-monnaie-pleine-est-balayee-et-la-loi-sur-les-jeux-d-argent-acceptee.html#timeline-anchor-13h55

Le média oublie de préciser que la partie la plus importante de création monétaire est à destination du secteur public.

Ce sont des dettes considérées comme sûres et qui, elles, sont créées à 100% du néant. Les réserves exigées pour les crédits commerciaux et aux particuliers ne sont plus jugées nécessaires dans le cas d’une dette publique garantie par le patrimoine et … les richesses des peuples.

12,5 trillions d’euros est le pactole que s’offre le marché de la haute finance (par opposition aux banques commerciales locales).

L’interface-clé de cette architecture entre l’argent des peuples et la haute finance internationale est la banque centrale qui rachète ces dettes souveraines au prix fort avec… notre argent que notre banque locale est forcée d’y déposer pour répondre aux « exigences de liquidités« , pour assurer la stabilité du système bancaire, etc.

Voilà pourquoi dans le cas de la Suisse, il fallait rejeter Monnaie pleine et dénoncer haut et fort la politique monétaire,  spéculative et orientée vers la haute finance internationale, de la BNS.

LHK

Résultats de l’initiative Monnaie pleine qui fut balayée par le peuple et les cantons suisses:

https://www.rts.ch/imports/flux/votations/rig/module-tabs.html?voteid=4077#rig-vote-4077-result-117045-vs

monnaie pleine NON.PNG

 

Douguine : « Poutine est entouré de libéraux »

Douguine :
« Poutine est entouré de libéraux »


Un entretien avec Alexandre Douguine est toujours fascinant, ici il parle du Moyen-Orient, de l’Eurasie et de la Grèce


Alexander DuginPar Alexandre Douguine – Le 18 juin 2018 – Source Russia Insider

Cet entretien est accordé au portail géopolitique grec Geopolitics & Daily News

Question : – Dr. Douguine, ces dernières années, nous avons été témoins d’une tension croissante entre les États-Unis, l’UE et la Russie. Certains disent que cela rappelle « l’époque de la guerre froide ». Partagez-vous la même opinion ou y a-t-il quelque chose de plus ?

Alexandre Douguine : – La guerre froide était la confrontation entre deux camps idéologiques. Maintenant, il n’y a plus de distinction claire dans le domaine de l’idéologie, mais plutôt deux versions de la même démocratie libérale – avancée dans le cas des États-Unis et de l’UE et retardée dans le cas de la Russie.

Nous supposerions donc que cela devrait réduire considérablement la tension. Mais ce n’est pas le cas. Nous devons alors chercher la raison des tensions croissantes dans un autre domaine que l’idéologie. Le plus probable est que les raisons de la « nouvelle guerre froide » sont cette fois géopolitiques.

Mais il est légitime de poser la question.

Est-ce qu’en réalité ce n’était pas une guerre froide idéologique entre le capitalisme et le socialisme, mais plutôt dans le contexte historique beaucoup plus large du moment, une Grande Guerre des Continents (GWoC) ?

Cette GWoC est la base même de la compréhension géopolitique de l’histoire – pouvoir maritime contre pouvoir continental, Eurasiste contre Atlantique. Si nous pouvons nous accorder là-dessus, tout devient logique et clair. Il y a la bataille éternelle entre deux types de civilisations – la civilisation de la mer dynamique (progressiste et marchande) et la civilisation territoriale statique (conservatrice et héroïque) : Carthage contre Rome, Athènes contre Sparte [dans ces deux cas la victoire est revenue aux forces territoriales, NdT ].

Ainsi, la nouvelle escalade est le résultat de la renaissance de la Russie après le coup mortel qu’elle a reçu dans les années 1990. C’est le retour du pouvoir tellurique, la nouvelle montée en puissance de l’Eurasie qui est le principal fait expliquant cette nouvelle guerre froide. C’est, en fait, la vieille guerre froide, la guerre froide « éternelle ». Dans la décennie  1990, il y avait un semblant de victoire irrévocable du pouvoir maritime – d’où la mondialisation et l’unipolarité.

Mais maintenant nous pouvons voir que c’était juste un moment, une occasion qui s’est présentée. La reprise du pouvoir par la Russie, ainsi que la résistance de la Chine, du monde islamique et la vague de populisme en Occident prouvent que cette occasion est perdue. Les élites mondialistes sont sur la défensive. Le dragon est blessé mais il est toujours là. Il essaie de se défendre et c’est la principale cause des nouvelles hostilités.

Quel est votre point de vue sur les récents événements qui se déroulent au Moyen-Orient ? Voyez-vous des chances d’équilibrage ou devons-nous faire l’expérience d’un conflit « total » entre tous les participants ?

Je vois la région du Moyen-Orient comme la principale région où l’architecture du monde futur et le nouvel équilibre des pouvoirs sont en jeu. Ce n’est pas un jeu chaotique « tous contre tous », c’est un épisode décisif de la GWoC (Grande Guerre des Continents).

D’un côté il y a la Russie, l’Iran et en partie la Turquie (se distanciant de plus en plus des États-Unis) avec un soutien discret de la Chine. C’est le camp multipolaire – le bloc eurasien. De l’autre côté, il y a les États-Unis et leurs mandataires – les États de l’OTAN, Israël et l’Arabie Saoudite. Ils représentent le pôle mondialiste, les forces unipolaires.

Ce n’était pas exactement ce que Trump avait promis à ses électeurs (il promettait d’arrêter les interventions et de retirer des troupes du Moyen-Orient), mais plutôt un ordre du jour néoconservateur classique. Trump est pris en otage par les néocons. Peut-être que c’était le prix d’un accord politique : Trump a donné la politique étrangère aux néocons et a gagné un certain soutien dans ses réformes intérieures.

Mais le Moyen-Orient est un espace de la plus grande importance. Si l’Eurasie gagne, il y aura un ordre mondial multipolaire et le moment unipolaire sera terminé une fois pour toutes – au moins pour très longtemps. Si les atlantistes l’emportent, ils gagneront du temps un certain délai avant leur inévitable chute. Le dragon blessé survivra un peu plus longtemps.

Mais de toute façon, le Moyen-Orient est crucial. C’est là que le sort de l’humanité est décidé.

Ces derniers mois, nous avons assisté à un « changement de position » de la Russie vis-à-vis de la Turquie, passant d’une confrontation directe à un soutien total à tous les niveaux. Quels sont, selon vous, les caractéristiques de cette nouvelle situation entre les deux pays ?

C’est le problème majeur de la multipolarité. La Turquie est rejetée par le système unipolaire et condamnée à être scindée. Donc, elle ne peut survivre que dans le camp eurasien.

La Turquie est entrée dans l’OTAN dans des circonstances historiques spéciales, c’était alors un pas raisonnable face à une éventuelle agression de Staline. La décision était basée sur des calculs rationnels. Dans les années 1990 du XXe siècle et surtout en 2000, la situation a radicalement changé.

La Russie ne représente plus une menace existentielle pour la Turquie, mais les États-Unis et l’OTAN en général sont devenus le défi. Avec la politique américaine au Moyen-Orient et sa stratégie concernant les Kurdes, la Turquie en tant qu’État national est condamnée.

Donc, la Turquie et la Russie ont tous les arguments rationnels pour s’allier.

Il est évident que dans les deux pays le lobby atlantiste est très influent. Il essaie de saboter ce processus – c’est la destruction de l’avion russe, le meurtre de notre ambassadeur (russe) et d’autres provocations qui ont été préparées afin de détruire cette alliance. Quand les atlantistes ont compris qu’ils ne pouvaient pas arrêter cela, ils ont tenté de renverser Erdogan par un coup d’État en juillet 2016.

À ce moment crucial, la Russie a apporté à la Turquie un soutien discret mais décisif.

– Les relations entre la Grèce et la Russie ont connu beaucoup de « hauts et de bas » ces dernières années. Où en est cette relation maintenant, à votre avis ?

– La Grèce est un pays orthodoxe fraternel. Les Russes sont les héritiers de Byzance et de la culture grecque, nous sommes des descendants civilisationnels des Grecs. Le Mont Athos est toujours la capitale sainte de notre spiritualité. Donc, culturellement, nous sommes les meilleurs amis.

Sur le plan politique, la Grèce n’est pas un pays souverain car elle est maintenant totalement contrôlée par l’UE et les mondialistes. Les populistes de gauche de Syriza ont essayé de briser cet esclavage mais ont échoué malgré l’énorme soutien populaire. Les populistes de droite sont marginalisés et réprimés par l’élite mondialiste empêchant ainsi leur expansion naturelle.

Ainsi, la Grèce en tant que pays est prise en otage par l’UE, elle n’est pas libre. Ce n’est pas un sujet de la géopolitique, mais un objet. La Russie pourrait aider à libérer la Grèce de l’occupation atlantiste mais la tâche principale devrait être accomplie par les Grecs eux-mêmes.

Les relations entre deux États sont une chose et les relations entre leurs citoyens sont tout autre chose.

Les relations entre les États sont définies par l’OTAN et l’UE. Donc elles ne peuvent pas être bonnes, car elles ne reflètent pas la volonté des grecs, mais la position consolidée du pouvoir maritime. Par contre la relation entre les peuples est assez bonne, car les Russes aiment les Grecs, ils ont une dette envers la culture grecque qui a donné leur identité orthodoxe chrétienne, leur grammaire, leur langue et leur style spirituel.

Mais la vraie Grèce pour nous est la Grèce du peuple pas des élites. C’est le Mont Athos en Grèce – notre bien-aimée Montagne Sainte – de Saint Cosmas d’Étolie, Saint Paisios du Mont Athos et Geronda Ephraim de Vatopedi.

Ce n’est que depuis quelques semaines que V. Poutine a été réélu à la présidence de la Russie avec un pourcentage significatif de votes. Cependant, il y a des voix, même en Russie, qui soulignent son incapacité à sortir le pays de l’isolement et à offrir aux citoyens russes un meilleur mode de vie. Que pensez-vous de la situation de la Russie à l’intérieur des frontières et que pensez-vous que les citoyens russes attendent de leurs dirigeants dans les années à venir ?

J’ai écrit un livre spécial sur Poutine – Poutine contre Poutine. Là, j’explique la dualité essentielle de Poutine. Il a un double aspect. D’une part, il a sauvé la Russie de la décadence qui semblait inévitable et a rétabli la souveraineté et l’indépendance de l’État russe. Il est donc un héros et notre peuple comprend bien que pour notre grandeur nous sommes obligés de payer le prix fort. Donc, il n’y a pas de critiques de Poutine pour la Crimée ou les sanctions.

Tout cela est au contraire une raison pour le soutenir davantage. Il est donc principalement soutenu par les Russes pour les mêmes raisons que l’Occident (les mondialistes) le déteste.

D’autre part, il est entouré de libéraux (nous les appelons la sixième colonne) qui lui restent fidèles personnellement mais essaient d’imposer à la société des politiques suicidaires. C’est la deuxième face de Poutine, qui est bicéphale, comme l’aigle impérial byzantin et russe.

Le niveau de justice sociale dans la Russie actuelle est proche de zéro, la corruption sauvage est florissante, la vie spirituelle et la culture sont dans un état de profonde dépression. Et c’est la préoccupation de l’autre face de Poutine.

Alors nous sommes forts et unis avec Poutine devant ses ennemis à l’étranger – ils le détestent précisément pour les raisons qui nous le font aimer, mais nous ne sommes pas heureux de la confiance qu’il accorde aux libéraux, dans le gouvernement et ailleurs.

– Merci Dr. Douguine pour cette interview.

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

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Migrations : une crise, des crises, quelle crise ?

Migrations : une crise, des crises, quelle crise ?

(B2) Entre sommets, mini-sommets et rencontres extraordinaires, c’est bien la dixième fois en trois ans que les leaders de l’Union européenne se retrouvent ce jeudi (28 mai) avec, sur leur table, un des dossiers les plus chauds : les migrations

Une crise qui n’est pas que politique, elle est réelle

Certes les chiffres ne sont plus aussi alarmants qu’en 2015 ou 2016, où l’Europe devait faire face à un pic d’environ 1,2 million de demandeurs d’asile. Mais la situation n’est pas réglée pour autant. La Grèce fait toujours face à des arrivées continuelles de migrants (environ 2000 par mois). En Italie, on n’est plus au chiffre de 15 ou 20.000 arrivées par mois comme en 2015. Le flux a diminué environ de 75% selon les dernières estimations. Il continue cependant à raison de quelques milliers par mois et il devrait s’accélérer durant ces semaines d’été où la mer est plus calme.

Une arrivée concentrée de navires toujours possible

Si la tendance actuelle se poursuit, on pourrait donc se retrouver certains jours avec une petite dizaine de bateaux lancés à partir des côtes libyennes, et plusieurs milliers de personnes à secourir dans le même temps. C’est le même principe : entre juin et août, le nombre d’arrivées double ou triple par rapport aux mois d’hiver. Une série de naufrages, avec plusieurs dizaines de morts n’est pas à exclure. A cela il faut ajouter que l’Italie est à bout de souffle. Avec près de 700.000 personnes recueillies en mer (678.298 très exactement selon le dernier chiffre OIM) depuis 2012, dont près des 2/3 par les navires des garde-côtes, de la Guardia di Finanza et de la marine italienne, l’effort n’est pas négligeable. Accueillir des dizaines de milliers de migrants ou de réfugiés n’est pas une aubaine.

Une politique de tête dans le sable

Dire qu’il y a une crise politique est donc plutôt réducteur, et trop facile. C’est, une nouvelle fois, se mettre la tête sous le sable. Oui, il y a une crise politique qui est latente, celle d’un lent repli sur soi, de petits nationalismes, mais elle n’a pas commencé au printemps 2018 avec l’arrivée au pouvoir de la Ligue du nord en Italie (article à suivre). Mais il y a aussi un vrai problème non pas tant de flux, mais de déséquilibre migratoire en Europe, de désorganisation du secours en mer, de la gestion et de la répartition des personnes récupérées ensuite, et d’un manque de solidarité patent. Et ceci ne date pas d’une dizaine de jours et d’un ou deux bateaux (Aquarius et Lifeline) laissés à la dérive. La réalité, honteuse, c’est qu’on a laissé l’Italie (et la Grèce) se dépatouiller tous seuls avec le problème. On peut ne pas être d’accord avec l’idéologie de Matteo Salvini. Mais l’impétueux ministre italien de l’Intérieur a une qualité : il a réussi à mettre les pieds dans le plat et a obligé les Européens à se pencher sur le problème. Il serait temps !

L’alarme donnée depuis quatre ans

Depuis plusieurs années, les différents dirigeants qui se sont succédé à Rome (qu’ils s’appellent Enrico Letta, Matteo Renzi, Paolo Gentiloni) ont sonné l’alarme et appelé à l’aide les Européens (Lire : Ne laissez pas l’Italie seule en Méditerranée (Letta)). Les Européens ont bougé mais à leur manière, lentement, sans se presser.

Les Italiens ont fait le job

L’Italie a pris en charge les secours dans le no man’s land — normalement la zone libyenne. Jusqu’à aujourd’hui, le centre MRCC de Rome a géré les appels, réparti les navires et coordonné tous les secours bien au-delà de sa zone légale de secours. Personne ne s’est jamais plaint. L’Italie est même allé au-delà de ses responsabilités en autorisant tous les navires à débarquer les rescapés ainsi récupérés. Il existe d’autres ports sûrs à proximité des côtes libyennes (en Tunisie notamment). Mais tout le monde trouvait cela bien, sans chercher à combler ce vide ou pallier les carences.

Une impéritie de quelques États

C’est cette impéritie, non pas des institutions européennes, qui ont plutôt bien fait leur travail, présenté des idées, des plans, des propositions (1), mais de l’ensemble des États européens qui fait qu’il y a crise aujourd’hui. Outre la solidarité naturelle qui devrait jouer entre tous les pays, deux pays en particulier ont une responsabilité particulière dans cette crise. La France et le Royaume-Uni notamment — ainsi que l’OTAN — ont joué en 2011 un jeu dangereux non pas vraiment dans l’intervention militaire (à ses débuts) mais dans sa poursuite et sa transformation dans un objectif de faire tomber le régime Kadhafi (2).

Quelles solutions mettre en place à court terme ?

Ce ne sont pas les plate-formes de débarquement ou autres hotspots qui vont résoudre la question.

Réagir dans les 24h ou 48h

La crise d’aujourd’hui mérite une réponse rapide non pas d’ici quelques semaines ou quelques mois, mais dans les 24 ou 48 heures qui viennent. Les navires vont continuer de partir de Libye ou de Tunisie, de déjouer les (éventuels) blocages des garde-côtes, et arriver au large. Il faudra bien alors venir en aide aux naufragés. Si ce ne sont les navires des ONG, ce seront (comme avant que les ONG arrivent) les navires marchands ou les navires de guerre qui croisent nombreux au large qui devront s’y coller. Droit de la mer oblige. Une règle de fer obligeant à répondre à tout SOS.

Avoir une structure de gestion de crise des navires

Actuellement, la répartition des responsabilités en cas de prise en charge d’un navire par l’Italie ou Malte se fait un peu au petit bonheur, au niveau politique, ou par les diplomaties directement entre elles. Il n’existe pas de structure dédiée à cette coordination et répartition européenne. On pourrait penser à Frontex pour être dotée de ce rôle. Mais des solutions provisoires peuvent être trouvées.

Renforcer le MRCC italien

La solution la plus simple et la plus rapide, c’est de renforcer le MRCC italien avec des officiers venant de différents pays et des agents en charge de l’asile pour permettre la coordination de l’accueil des navires et la répartition de leur ‘cargaison’ humaine. L’idée des plate-formes de débarquement (hors UE) ou des centres contrôlés (semi-fermés) dans l’Union européenne est une solution à moyen terme, pas une solution d’urgence.

Quelles solutions mettre en place à moyen terme ?

Le moyen terme ce n’est pas trois quatre ans mais plutôt dans les six prochains mois.

Soutenir les garde-côtes libyens

On ne peut pas se cacher les yeux. Il est nécessaire de remettre sur pied une force de garde-côtes bien dotée, bien payée. Cela nécessite de fournir les vedettes et bateaux demandés (une bonne dizaine), et de mettre en place un plan de formation plus important. Seuls 213 marins ont été formés. Ce n’est pas suffisant. Cela nécessite de former plusieurs centaines de personnes.

Mettre en place un MRCC à Tripoli ou en Libye

Il importe, si on veut avoir une zone de secours libyenne conséquente, d’avoir un centre de coordination des secours en mer, reconnu comme tel et doté de moyens conséquents. Une expertise européenne pourrait être bienvenue. NB : Un tel soutien avait été procuré au centre de gestion de crise en Égypte et dans le Golfe.

Conclure un accord avec les Tunisiens

Une bonne partie des flux (qui s’est monté à un cinquième récemment) arrive désormais de Tunisie, avec des Tunisiens. En cause sûrement la situation économique. Car il est difficile de considérer qu’il y a une situation générale impliquant un droit d’asile quasi-automatique (comme pour les Syriens). Il importe de mettre en place un accord avec Tunis, avec financements et soutiens matériels à la clé.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Pour essayer de mieux gérer les flux, la Commission a présenté en 2016 une réforme globale du système d’asile européen, mettant sur la table des législateurs européens plusieurs textes, parfois ambitieux. Elle a débloqué des financements, par l’intermédiaire de l’agence Frontex, permettant en quelque sorte de financer l’action en mer des Italiens. La Haute représentante a mis sur pied (avec certains États membres) une opération (EUNAVFOR Med Sophia) dont les résultats ne sont peut-être pas faramineux mais qui a le mérite d’exister. Etc.
  2. Les Européens et les Italiens avaient passé avec la Libye, sous l’impulsion de Romano Prodi, un accord assez semblable dans l’esprit avec celui passé avec la Turquie.

L’UE peut-elle devenir un partenaire pour la Russie ?

L’UE peut-elle devenir un partenaire pour la Russie ?


2015-09-15_13h17_31-150x112Par The Saker – Le 15 juin 2018 – Source thesaker.is

[Cette analyse a été écrite pour la revue Unz]

La confirmation de la nomination (quoique quelque peu remanié) du « bloc économique » du gouvernement Medvedev a suscité de nombreux commentaires, certains meilleurs que d’autres. Aujourd’hui, je veux m’intéresser à une hypothèse spécifique qui peut être résumée comme ceci : Poutine a décidé de ne pas purger le « bloc économique » impopulaire du gouvernement russe parce qu’il voulait présenter à l’UE des « visages connus » et des partenaires auxquels elle fait confiance. Juste maintenant, avec le comportement insensé de Trump s’aliénant la plupart des leaders européens, c’est le moment parfait pour ajouter un « attrait » russe à la « poussée » américaine et aider au rapprochement de l’UE avec la Russie.

En renommant les « libéraux » russes (c’est un euphémisme pour les entités du genre de l’OMC/Banque mondiale/FMI/etc.), Poutine a rendu la Russie aussi attractive que possible pour l’UE. En fait, l’énorme succès du sommet de Saint-Pétersbourg et du Forum parlementaire est la preuve que cette stratégie fonctionne.

Cette analyse repose sur une hypothèse cruciale : l’UE, dans de bonnes conditions, pourrait devenir un partenaire pour la Russie.

Mais cette hypothèse est-elle justifiée ? Personnellement, je ne le crois pas, et je vais essayer d’exposer les raisons de mon scepticisme :

Premièrement, il n’y a pas d’« UE », du moins pas en termes politiques. Plus important encore, il n’y a pas de « politique étrangère de l’UE ». Oui, il y a des États membres de l’UE, des dirigeants politiques, il y a une grande communauté d’affaires dans l’UE et il y a beaucoup d’organisations européennes, mais l’UE n’existe pas, surtout pas en termes de politique étrangère. La meilleure preuve de cela est la façon dont la soi-disant « UE » a été ignorée en Ukraine, puis avec les sanctions anti-russes, la gestion de l’invasion d’immigrants illégaux, et maintenant avec Trump. Au mieux, l’UE peut être considérée comme un protectorat/colonie américaine, certains sujets étant « plus égaux que d’autres » (par exemple, le Royaume-Uni versus la Grèce). La plupart des États membres (tous ?) de l’UE obéissent abjectement aux États-Unis, ce qui n’est pas surprenant étant donné que même le soi-disant « leader européen » ou « poids lourd de l’UE » – l’Allemagne – n’a qu’une souveraineté très limitée. Les dirigeants de l’UE ne sont rien d’autre qu’une élite compradore qui se fout des opinions et des intérêts des citoyens européens. Le fait indéniable est que la soi-disant « politique étrangère de l’UE » est allée à l’encontre des intérêts vitaux des peuples d’Europe pendant des décennies et que ce phénomène ne fait que s’aggraver.

Deuxièmement, l’organisation la plus puissante et la plus unifiée en Europe n’est même pas une organisation de l’UE, mais l’OTAN. Et l’OTAN, en termes réels, n’est rien moins qu’à 80% les USA. Oubliez ces armées européennes féroces, elles sont toutes bidons. Non seulement elles ne représentent aucune force crédible (étant trop petites, trop mal entraînées, sous-équipées et mal commandées), mais elles dépendent complètement des États-Unis pour une longue liste de capacités critiques et de « multiplicateurs de force » : commandement, contrôle. En outre, en matière de formation, de planification des forces, d’acquisition, de déploiement et de maintenance des systèmes d’armement, les États membres de l’UE sont également totalement dépendants des États-Unis. La raison ? Le budget militaire américain éclipse totalement tout ce que les États de l’UE peuvent dépenser, alors ils dépendent tous de l’Oncle Sam. Bien sûr, la figure de proue de l’OTAN – le secrétaire général – est généralement une non-entité qui fait des déclarations bruyantes et européennes (je pense à Stoltenberg comme parfait exemple), mais l’OTAN n’est pas dirigée par le secrétaire général de l’OTAN. En réalité, elle est dirigée par le Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), qui est à la tête du grand quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE) et ces hommes sont aussi rouges, blancs et bleus que possible [c’est à dire américains, NdT]. Oubliez les « Eurocorps » ou toutes les autres « armées européennes » – c’est du pipeau, comme l’éclat récent de Trudeau face à Trump. En réalité, dans l’UE, comme au Canada, ils savent tous qui est le patron. Et voici le fait le plus important : l’OTAN a désespérément besoin de la Russie pour justifier sa propre existence ; si les relations avec la Russie s’améliorent, alors l’OTAN n’aura plus de raison d’être. Pensez-vous vraiment que quelqu’un va laisser cela se produire ? Je n’en suis pas sûr ! Et maintenant, les Européens sont occupés à demander plus de troupes américaines sur leur sol, pas moins, et ils prétendent tous être terrifiés par une invasion russe, d’où la nécessité d’exercices militaires de plus en plus nombreux à proximité de la frontière russe. Et, juste pour évoquer toutes ses bases, l’OTAN s’étend maintenant progressivement en Amérique latine.

Troisièmement, il y a une longue liste de gouvernements de l’UE qui ont absolument besoin de continuer d’entretenir de mauvaises relations avec la Russie.

Ils incluent :

1 – Les gouvernements impopulaires qui ont besoin d’expliquer leurs propres échecs par les actions néfastes d’un épouvantail extérieur. Un bon exemple est la façon dont les autorités espagnoles ont accusé la Russie pour la crise en Catalogne. Ou les Britanniques avec leur « Brexit ». Les Suédois font encore mieux, ils préparent déjà leur opinion publique à une « ingérence russe » dans le cas où les résultats des élections ne s’avèrent pas être ce dont ils ont besoin.

2 – Les gouvernements dont la rhétorique a été si hystériquement anti-russe qu’ils ne peuvent plus reculer. Les meilleurs exemples : le Royaume-Uni et Merkel. Mais puisque la plupart (mais pas tous) des États de l’UE ont réagi au coup monté Skripal sur la base d’affirmations Britanniques « hautement probables » et au nom de la « solidarité », ils sont maintenant tous coincés en tant que complices de cette politique. Il n’y a aucun moyen pour qu’ils admettent avoir été couillonnés par les rosbifs.

3 – Les putes de l’UE : ce sont des États dont la seule politique est d’assister les États-Unis contre la Russie. Ces États s’affrontent de la façon la plus abjecte pour voir qui sera le plus lèche-cul dans la catégorie du « serviteur loyal le plus fidèle et le plus volontaire des États-Unis ». Les meilleurs exemples sont, bien sûr, les trois mini-États baltes, mais la pôle position doit aller aux « Polacks  farouchement patriotiques » qui sont maintenant prêts à payer l’oncle Sam pour son occupation militaire (même si ce dernier essaie de les racketter pour des milliards de dollars). Il est vrai que maintenant que les subventions de l’UE s’épuisent, la situation de ces États devient de plus en plus désastreuse et ils savent que le seul endroit où ils peuvent encore obtenir de l’argent est les États-Unis. Donc, ne vous attendez pas à ce qu’ils changent d’avis de sitôt (même si la Bulgarie a déjà réalisé que tout le monde dans l’Ouest s’en fout).

4 – Les gouvernements qui veulent réprimer toute dissidence interne en accusant tout mouvement/parti politique patriotique ou indépendant d’être « payé par le Kremlin » et de représenter les intérêts russes. Le meilleur exemple est la France dans sa façon de traiter le Front national. Je dirais que la plupart des États membres de l’UE travaillent d’une manière ou d’une autre à la création d’un « État de sécurité nationale » parce qu’ils réalisent (à juste titre) que les Européens sont profondément frustrés et s’opposent aux politiques européennes (d’où tous les référendums anti-UE perdus par les élites dirigeantes).

Contrairement à un mythe très souvent répété, les intérêts économiques européens ne représentent pas une force puissante contre la russophobie. Pourquoi ? Regardez l’Allemagne : malgré toute l’implication de celle-ci (et de Merkel personnellement) en Ukraine, et malgré toute la rhétorique stupide sur « La Russie agresseur » qui « ne respecte pas les accords Minsk », le North Stream va de l’avant ! Oui, l’argent parle, et la vérité est que tandis que les sanctions anti-russes ont coûté des milliards à l’Europe, les grands intérêts financiers (disons la société française Total) ont trouvé des moyens d’ignorer/contourner ces sanctions. Oh, bien sûr, il y a un lobby pro-commerce en faveur des intérêts russes en Europe. C’est réel, mais il n’a tout simplement pas le pouvoir des forces anti-russes dans l’UE. C’est la raison pour laquelle, depuis des années, plusieurs politiciens et personnalités de l’UE ont fait des commentaires sur la levée des sanctions, mais quand ils ont voté, ils ont tous voté selon les directives des vrais patrons.

À propos, la russophobie de l’UE n’est pas générée que par les États-Unis. Nous avons clairement vu que le jour où Trump a suggéré que le G7 (ou, plus exactement, le G6 + 1) avait besoin de ré-inviter la Russie, ce sont les Européens qui ont dit « non ! ». Dans la mesure où il existe une « position de l’UE » (même très discrète et très faible), elle est surtout antirusse, en particulier dans le nord de l’Europe. Donc, quand l’Oncle Sam dit aux Européens d’obéir et de s’engager dans l’éreintement russe habituel, ils se mettent rapidement en ligne, mais dans les rares cas où les États-Unis ne poussent pas un programme anti-russe, les politiciens européens disent soudainement « non ». Soit dit en passant, malgré toutes les déclarations de Trump sur le retour de la Russie au G6 + 1, les États-Unis sont toujours occupés à imposer plus de sanctions à cette dernière.

Les mini-guerres en cours, entre les USA et l’UE – sur le commerce, l’Iran et Jérusalem – ne signifient nullement que la Russie puisse automatiquement en bénéficier. Encore une fois, le meilleur exemple est le dernier sommet désastreux du G6 + 1 au cours duquel Trump s’est généreusement aliéné tout le monde pour voir ensuite le G6 répéter sa position anti-russe, même si le G6 + 1 a besoin de la Russie beaucoup plus que la Russie n’a besoin du G7 (et même en vérité pas du tout !). Tout comme les dirigeants américains et israéliens peuvent être en désaccord et, à l’occasion, se battre les uns les autres, cela ne signifie nullement qu’ils ne sont pas fondamentalement comme cul et chemise. Il suffit de penser aux « familles » mafieuses qui peuvent être en « guerre » les unes contre les autres, mais cela ne signifie nullement que cela profite au reste de la population que tous les gangsters escroquent.

La crise ukrainienne ne profitera qu’aux forces anti-russes en Europe. Il y a une très forte probabilité pour que, dans un futur proche, le régime ukronazi essaye de reconquérir la Novorussie (DNR/LRN). Je soutiens que le résultat d’une telle attaque ne fait aucun doute – les Ukronazis vont perdre. La seule question est la suivante : dans l’intérêt de qui vont-ils perdre ?

Option 1 : ils perdent face aux forces combinées due la DNR et de la LNR. C’est probablement le résultat le plus probable. Si cela se produit, il y a une très forte probabilité de contre-attaque de la Novorussie pour libérer la plupart des régions de Donetsk et de Lougansk, en particulier les villes de Slaviansk et de Marioupol. Attendu que le comportement passé est le meilleur indicateur du comportement futur, nous pouvons être assurés de ce que sera la réaction à Kiev et en Occident : la Russie sera accusée pour tout cela. Les Anglosionistes n’admettront jamais que le régime ukronazi a perdu une guerre civile contre son propre peuple parce que les Novorusses n’accepteront jamais un régime nazi chez eux. Ainsi, une victoire des Novorusses se traduira par encore plus de russophobie hystérique.

Option 2 : les Ukronazis réussissent leur attaque et menacent d’envahir Donetsk, Lougansk et le reste de la Novorussie. Poutine ne peut tout simplement pas permettre que cela se produise. Il a fait cette promesse à plusieurs reprises et il l’a récemment répétée lors de sa « ligne ouverte » avec le peuple russe. Si les Russes sont forcés d’intervenir, ce ne sera pas une invasion terrestre massive – ce n’est pas nécessaire. La Russie a la puissance de feu nécessaire sous la forme de frappes de missiles et d’artillerie pour détruire les forces ukronazies qui attaquent et pour imposer une zone d’exclusion aérienne sur toute la région de la Novorussie. Si Kiev continue et lance une attaque à grande échelle contre la Russie proprement dite, les forces armées ukrainiennes seront totalement désintégrées et cesseront le combat dans les 48 heures. Ce scénario est ce que j’appelle le « rêve neocon » car une telle intervention russe ne sera pas imaginaire, mais bien réelle et le Kremlin confirmera même tout cela très publiquement et reconnaîtra probablement les deux Républiques novorusses comme ce qui s’est passé le 8 août 2008 lorsque Saakachvili a décidé d’envahir l’Ossétie du Sud. Ainsi, les Anglosionistes auront (enfin !) la « preuve » que la Russie est l’agresseur, les Polonais et les Baltes se prépareront à une invasion russe « imminente » sur leurs territoires et je pense qu’il y a de bonnes chances pour que les forces de l’OTAN entrent dans l’ouest de l’Ukraine pour « arrêter les Russes », même si les Russes n’ont absolument aucun désir (ni même aucune raison valable) de vouloir envahir le reste de l’Ukraine et encore moins, la Pologne, la Suède ou les États baltes.

J’admettrais qu’il y a encore une petite possibilité pour qu’une attaque ukronazie ne se produise pas. Peut-être que Porochenko & Co. vont se dégonfler (ils connaissent l’état réel des escadrons de la mort ukies et des bataillons de volontaires) et il est même possible que la récente menace de Poutine sur les « conséquences graves pour l’État ukrainien » aura l’effet nécessaire. Mais qu’arrivera-t-il,  même si cette attaque n’a pas lieu ? Les dirigeants de l’UE et le régime ukronazi à Kiev accuseront toujours la Russie en voyant l’Ukraine devenir un État failli. Quel que soit le scénario que vous trouvez plus probable pour l’Ukraine, les choses ne feront que s’aggraver et tout le monde accusera la Russie.

La crise en Syrie ne profitera qu’aux forces anti-russes en Europe. Il devient de plus en plus clair que les États-Unis tentent maintenant une reconquista de la Syrie ou, au moins, un éclatement de la Syrie en plusieurs zones, y compris celles contrôlées par les États-Unis. À l’heure actuelle, les États-Unis et les bons terroristes ont perdu la guerre, mais cela ne les empêche pas d’en rallumer une nouvelle, surtout en réorganisant, en recyclant, en redéployant et, surtout, en rebaptisant les mauvais terroristes survivants en  bons. Ce plan est soutenu par l’argent saoudien et la puissance de feu israélienne. En outre, la Russie rapporte maintenant que les forces spéciales américaines travaillent déjà avec les (nouveaux) bons terroristes pour – vous l’aurez deviné – préparer une nouvelle attaque chimique contre les Syriens. Et pourquoi pas ? Cela a fonctionné parfaitement déjà plusieurs fois, pourquoi ne pas recommencer ? À tout le moins, cela donnerait aux États-Unis un autre moyen d’envoyer leurs Tomahawks pour montrer leur efficacité – même s’ils échouent à nouveau, les faits n’ont pas d’importance ici. Et ne vous méprenez pas, une « victoire » américaine en Syrie (ou au Venezuela) serait un désastre non seulement pour la région, mais pour tous les pays qui veulent devenir souverains (voir l’excellent article d’André Vltchek sur ce sujet ici). Et, encore une fois, la Russie sera blâmée pour tout cela et, avec des cinglés certifiés comme Bolton, les forces russes pourraient même être attaquées. Comme je l’ai déjà écrit plusieurs fois, c’est loin d’être terminé. Tout comme dans le cas ukrainien, un accord pourrait être conclu (au moins les responsables militaires américains et russes se parlent-ils encore) mais mon opinion personnelle est que conclure n’importe quel accord avec Trump est aussi futile que de conclure un accord avec Netanyahou : on ne peut faire confiance à aucun des deux, ils vont rompre toutes les promesses en un clin d’œil. Et si l’enfer se déchaîne en Syrie et/ou en Iran, l’OTAN veillera à ce que les Européens se rangent tous rapidement et docilement (« solidarité », vous vous rappelez ?).

En résumé, l’UE a peu de chances de devenir un partenaire viable pour la Russie et l’avenir semble plutôt sombre.

Une objection à mon pessimisme est le succès indéniable du récent sommet de Saint-Pétersbourg et du Forum parlementaire. Cependant, je crois qu’aucun de ces événements n’était vraiment centré sur l’Europe, mais sur le monde en général (voir l’excellent rapport de Gilbert Doctorow sur ce sujet ici). Oui, la Russie se porte très bien et alors que les médias anglo-sionistes aiment parler de « l’isolement » de celle-ci, le fait est que c’est l’Empire qui est isolé, tandis que la Russie et la Chine ont un énorme succès en construisant le monde multipolaire avec lequel elles veulent remplacer l’Empire. Alors qu’il est vrai que les dirigeants occidentaux préfèrent voir un « bloc économique » libéral dans le nouveau gouvernement russe, le reste du monde n’a aucun désir de ce genre (surtout si l’on considère combien de pays ont souffert de terribles épreuves entre les mains de l’OMC, la Banque Mondiale, le FMI etc.).

Conclusion

L’Empire anglo-sioniste n’est pas basé aux USA, ni dans l’UE, ni en Israël, ni ailleurs sur la planète. C’est une entité transnationale avec des variations régionales et qui groupe différents centres d’intérêt sous son égide. Vous pouvez le considérer comme un gang criminel gigantesque rackettant toute la planète en échange de « protection ». Penser qu’en présentant un visage « libéral » à ces voyous, vous gagnerez leur soutien est extrêmement naïf car ces gars-là ne se soucient pas de votre visage : ce qu’ils veulent, c’est votre soumission. C’est Vladimir Poutine qui l’a dit le mieux : « Ils ne veulent pas nous humilier, ils veulent nous soumettre, résoudre leurs problèmes à nos dépens ».

Cependant, si l’UE est, à toutes fins pratiques, inexistante, la Russie peut, et s’engagera avec différents États membres de l’UE. Il y a une énorme différence entre, disons, la Pologne et l’Italie, ou le Royaume-Uni et l’Autriche. De plus, l’UE n’est pas seulement dysfonctionnelle, elle est également non viable. La Russie bénéficierait énormément de l’effondrement ou de la réforme profonde de l’UE actuelle, car l’UE actuelle est une pure création du genre Bilderberg soutenue par les États-Unis et non le genre d’Europe dont les Européens ont besoin. En fait, je dirais même que l’UE est le plus grand danger pour les peuples du continent européen. La Russie devrait donc utiliser ses ressources pour encourager la coopération bilatérale avec les États membres de l’UE et ne prendre aucune mesure susceptible de renforcer (voire de légitimer) les organisations dérivées de l’UE telles que le Parlement européen, la Cour européenne des droits de l’homme, etc., ce sont toutes des entités qui cherchent à saper la souveraineté de tous leurs membres, y compris la Russie. Poutine l’a mieux dit quand il a récemment déclaré que « soit la Russie est un pays souverain, soit il n’y a pas de Russie ».

Quels que soient l’idéologie et les slogans, tous les empires sont intrinsèquement mauvais et intrinsèquement dangereux pour tout pays désireux d’être véritablement souverain. Si la Russie (et la Chine) veulent créer un monde multipolaire, elles doivent se désengager progressivement de ces entités transnationales qui sont totalement contrôlées par l’Empire, c’est vraiment aussi simple. Au lieu de cela, la Russie doit engager les pays, les partis politiques et les forces qui défendent ce que de Gaulle appelait « l’Europe des patries ». L’Empire anglosioniste et l’UE connaissent tous les deux la crise la plus profonde de leur histoire et leur destin est scellé. Tôt ou tard, un à un, les pays européens retrouveront leur souveraineté, tout comme la Russie. Ce n’est que si les peuples européens parviennent à recouvrer leur souveraineté que la Russie pourra rechercher de véritables partenariats en Occident, ne serait-ce que parce que la masse continentale eurasienne, en développement et en intégration, offre d’énormes possibilités économiques qui pourraient être très bénéfiques pour les nations européennes. Une Europe prospère « de l’Atlantique à l’Oural » est encore une possibilité, mais cela n’arrivera que lorsque l’actuelle Union européenne et l’OTAN seront remplacées par de véritables institutions européennes et que les élites européennes actuelles seront remplacées par des souverainistes.

Le peuple russe, l’UE, et j’ajouterais les États-Unis, ont tous le même but et le même ennemi : ils veulent recouvrer leur souveraineté, se débarrasser de leurs élites corrompues et franchement traîtresses, et se libérer de l’hégémonie de l’Empire anglosioniste. C’est pourquoi la question de la « vraie souveraineté » – et des valeurs traditionnelles nationales – est, je crois, l’idée politique la plus unificatrice et la plus puissante pour vaincre l’Empire. Ce sera une longue lutte, mais le résultat ne fait aucun doute.

The Saker

PS : juste au moment où j’envoyais ce texte je suis tombé sur cet article de Paul Craig Roberts « L’Europe est-elle trop encombrée pour normaliser ses relations avec la Russie ? ». Lisez-le aussi !

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/lue-peut-elle-devenir-un-partenaire-pour-la-russie

 

Les États-Unis sont contre le Nord Stream II en raison de l’initiative des «Trois Mers»

Les États-Unis sont contre le Nord Stream II en raison de l’initiative des «Trois Mers»


La géopolitique du Nord Stream II devient de plus en plus complexe.


Par Andrew Korybko – Le 1er juin 2018 – Source Oriental Review

Nord Steam 2Le deuxième gazoduc sous-marin direct entre la Russie et l’Allemagne continue de subir de fortes pressions de la part des États-Unis, qui sont totalement contre sa construction et menacent même de sanctionner ceux qui sont impliqués dans le projet. L’Allemagne est le moteur économique de l’UE et reçoit beaucoup de ressources qui alimentent ses usines de Russie, faisant ainsi de son partenariat énergétique un exemple naturel de coopération gagnant-gagnant et de confirmation des théories économiques fondamentales de l’offre et de la demande. Cela dit, c’est précisément à cause des implications politiques profondes de ce partenariat que les États-Unis s’y opposent si fortement, parce qu’ils craignent que Moscou oriente Berlin vers le monde multipolaire à long terme.


Il serait contreproductif que la Russie utilise les exportations d’énergie comme une arme comme les États-Unis le font en instillant la peur et en trompant l’Europe en lui faisant croire qu’elle est la pierre angulaire de sa politique après les différends gaziers pro-américains de l’Ukraine, au milieu des années 2000. Washington est d’avis que des relations plus étroites et plus dignes de confiance entre ces deux grandes puissances continentales rendraient plus difficile pour l’Amérique de dominer la politique étrangère de l’Allemagne. L’acte d’équilibrage subséquent de Berlin entre l’Est et l’Ouest serait préjudiciable aux conceptions unipolaires des États-Unis, dans leur être même. Il y a donc des allusions provocatrices mais entièrement trompeuses sur le fait qu’il s’agit d’un « nouveau pacte Molotov-Ribbentrop ».

three-seas-initiative-2017

Cette rhétorique est formulée car elle vise principalement à attirer un auditoire polonais qui souffre d’une paranoïa intrinsèque envers ses deux grands voisins pour des raisons historiques bien connues et tente donc d’exploiter la controverse artificielle sur le gazoduc Nord Stream II afin de remplacer l’Allemagne en tant que principal partenaire européen des États-Unis. Les intérêts de l’Amérique sont évidents car ce pays entend continuer à vendre son GNL plus coûteux sur le continent via le terminal de Świnoujście en Pologne et via d’autres réceptacles ailleurs. Les États-Unis veulent également une présence plus affirmée dans la région du projet des Trois Mers, parce qu’elle se situe juste entre l’Allemagne et la Russie.

Le projet Nord Stream II est donc une arme à double tranchant contre les États-Unis, car il réduirait ses activités GNL rentables mais fournirait en même temps un prétexte stratégique pour « légitimer » sa présence en Pologne et dans les pays baltes. Les États-Unis seraient en mesure de creuser un fossé entre la Russie et l’Allemagne à travers cet « Intermarium » dirigé par les Polonais, ce qu’ils voulaient faire depuis un moment, avec ou sans sanctions contre ce deuxième pipeline sous-marin. Cette évolution, déjà en cours mais fortement accélérée par la construction de Nord Stream II, a pour but d’entraver un rapprochement russo-allemand multidimensionnel mais pourrait, à sa manière, inciter les deux grandes puissances à aller encore plus loin.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 01 juin 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-etats-unis-sont-contre-le-nord-stream-ii-en-raison-de-linitiative-des-trois-mers

 

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Revue de presse nationale et internationale.

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