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Principaux risques d’un Brexit sans accord, selon Londres

Principaux risques d’un Brexit sans accord, selon Londres

Le ministre britannique chargé du Brexit Dominic Raab à Londres, le 23 août 2018 / © POOL/AFP / PETER NICHOLLS

Permis de conduire non valables, frais d’itinérance mobile, problèmes juridiques: le gouvernement britannique a publié jeudi une deuxième série de notes techniques analysant les risques entourant l’éventualité d’une absence d’accord avec l’Union européenne pour l’après-Brexit et les remèdes qu’il préconise.

Parmi les risques déjà identifiés dans de précédentes notes figurent aussi la hausse des frais bancaires et de la paperasse bureaucratique.

– Permis de conduire, passeport:

Le permis de conduire britannique pourrait ne plus être suffisant pour voyager dans l’UE, avertit le gouvernement qui souligne que ses ressortissants pourraient être obligés d’obtenir un permis international. Quant à ceux qui choisiraient de s’établir dans un pays de l’UE, il leur faudra sans doute repasser le permis.

Autre tracasserie à prévoir: les voyageurs devront s’assurer d’une durée de validité de plus de six mois s’ils ne veulent pas se voir refuser l’entrée de l’espace Schengen.

– Retour des frais d’itinérance mobile:

La suppression de ces surcoûts payés par l’utilisateur lorsqu’il téléphonait depuis l’étranger depuis juin 2017 au sein de l’UE ne « pourra plus être garantie » aux Britanniques, souligne le gouvernement qui dit qu’il pourrait légiférer pour limiter leur hausse.

– Problèmes juridiques:

Il pourrait devenir plus compliqué et coûteux de résoudre certains contentieux transfrontaliers familiaux comme les divorces ou commerciaux, les cours européennes pouvant notamment ne pas reconnaître les jugements émis au Royaume-Uni.

– Hausse des frais bancaires:

Calendrier du Brexit / © AFP / Gillian HANDYSIDE

Les Britanniques pourront être confrontés à « une hausse des coûts et des procédures plus lentes » pour leurs transactions avec le continent, tandis que « le coût de l’usage des cartes bancaires entre le Royaume-Uni et l’UE risque d’augmenter ».

Les consommateurs qui achètent en ligne verraient aussi leurs frais augmenter parce que les colis livrés au Royaume-Uni ne pourront plus prétendre à une TVA allégée.

– Paperasse:

Les entreprises commerçant avec l’UE seraient aussi confrontées à une hausse de leurs coûts pour cause de frais douaniers et de paperasse supplémentaires.

C’est pour cela, qu’elles devraient « si nécessaire, faire les démarches pour renégocier les termes commerciaux reflétant tout changement dans les procédures douanières et taxes, et tout nouveau droit de douane qui pourraient s’appliquer ».

Par ailleurs, les tests de produits menés par des organismes certifiés au Royaume-uni pourront ne pas être reconnus et nécessiter de nouveaux tests par un organisme certifié dans l’UE.

– Les services financiers:

Londres met en garde les clients à travers l’Espace économique européen (EEE) sur le fait qu’ils ne pourront plus faire appel aux services d’une banque d’investissement basée au Royaume-Uni tandis que les accords transfrontaliers ne seront plus valides.

Les banques peuvent éviter les perturbations en mettant en place des filiales dans l’UE, ce que de nombreux établissements ont déjà commencé à faire.

L’Union européenne et ses espaces / © AFP / Aude GENET, Sophie RAMIS

– Médicaments:

Le Royaume-Uni quittera l’Agence européenne du médicament mais continuerait de reconnaître les tests et certifications européennes pour éviter une double procédure et une rupture de la chaîne d’approvisionnement.

Les banques du sang et les producteurs de produits à base de sang continueraient de se conformer aux exigences de l’UE tandis que les lois européennes sur les organes et tissus seront incorporées dans la loi britannique, ajoute le gouvernement selon qui une sortie sans accord risque toutefois de mettre en difficulté les couples britanniques qui font appel au don de sperme pour procréer car ils ne pourront plus faire appel aux banques de spermes européennes.

Le ministre du Brexit, Dominic Raab, a souligné que le Royaume-Uni allait aussi stocker des médicaments pour six semaines supplémentaires, en plus des trois mois de stocks actuels.

– Aide humanitaire:

Le gouvernement britannique continuera de financer les programmes humanitaires actuellement financés par l’UE, « où les organisations britanniques assurent la direction de projet ou sont les seules exécutantes ».

– Tabac:

Une régulation britannique remplacera la législation européenne. Il faudra aussi introduire une nouvelle iconographie pour les paquets de cigarettes, « les droits pour les photos existantes étant la propriété de la Commission européenne ».

(©AFP / (13 septembre 2018 17h35)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Principaux-risques-d-un-Brexit-sans-accord-selon-Londres/953395.rom

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Sévère mise-en-garde de la Russie qui est prête à réagir à une nouvelle frappe en Syrie

C’est en tout cas ce que la Russie veut faire savoir et à bon entendeur, salut! En effet la Russie a annoncé de vastes manœuvres navales en Méditerranée, alors « que l’USS Ross, un destroyer américain, est entré en Méditerranée le 25 août dernier, armé de 28 missiles de croisière Tomahawk capables de frapper n’importe quelle cible en Syrie,«  Selon le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov.

«Nous prévoyons de déployer plus de 25 navires sous le commandement du croiseur lance-missiles Amiral Oustinov. Près de 30 avions participeront à ces exercices, dont des bombardiers stratégiques Tu-160», a fait savoir le ministère de la Défense russe dans un communiqué de presse. Les manœuvres devraient avoir lieu du 1er au 8 septembre.

Alors que l’ONU évoque la présence de quelque «10 000 terroristes» dans la province d’Idlib, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré : «Le foyer de terroristes qui s’est formé là-bas n’annonce rien de bon si l’inaction actuelle se prolonge.»

Les manœuvres navales engagées par la Russie, principale alliée de la Syrie, constituent donc selon lui une «hausse des mesures de précaution tout à fait fondée et justifiée.»

Ceci alors que depuis un mois la Russie ne cesse de dénoncer le projet d’une nouvelle fausse attaque chimique en Syrie, prétexte à de nouveaux bombardements occidentaux dont la menace a été brandie par John Bolton, conseiller américain à la sécurité nationale le 22  août. Menace réitérée par Emmanuel Macron récemment. Attaque chimique dont l’armée syrienne serait accusée alors que celle-ci s’apprête à  délivrer la région d’Idlib des supplétifs islamistes non avoués de la coalition américaine. Comme pour les prétendues attaques chimiques de la Ghouta ou d’Alep par Damas, à chaque fois il s’agit pour la coalition occidentale de protéger ses supplétifs terroristes qui combattent sous faux drapeau pour ses intérêts cachés. Il en est ainsi à chaque fois que ceux-ci sont acculés par l’armée syrienne. Une diabolisation médiatique est un bon moyen de faire diversion en pointant du doigt « le régime de Bachar el-Assad » afin de paralyser l’élan libérateur. Un piège qui a déjà souvent fonctionner mais aujourd’hui la Russie sonne la fin de la récréation.

Hier c’était l’envoyé spécial des Nations unies (ONU) en Syrie, Staffan de Mistura, qui faisait part de sa préoccupation du risque d’une catastrophe humanitaire dans la province d’Idlib, alors que l’armée syrienne est en passe de reprendre le contrôle de cette région où les groupes djihadistes seraient au nombre de 10 000 selon une estimation du représentant de l’ONU. L’homme demandait étrangement, hier, à Moscou, Téhéran et Ankara de convaincre Damas de surseoir à son offensive dans la province d’Idlib, redoutant que les deux camps n’aient recours à des armes chimiques. (Source) Étrange façon de lutter contre les terroristes et les armes prohibées que de demander au pouvoir légitime de ne pas finir de libérer son pays de l’occupation ennemie!

Les précédentes frappes américano-anglo-françaises dans la Ghouta orientale contre la Syrie, en avril dernier, avaient pris pour prétexte de semblables prétendues attaques chimiques attribuées sans la moindre preuve à Damas. Il semble d’ailleurs, qu’en réalité il n’y ait pas eu d’attaque chimique tandis que des témoins au contraire, ont dénoncé une mise-en-scène de la part de l’Occident et de ses alliés islamistes sous faux drapeau, pour simuler une telle attaque, ainsi que le dénonce clairement et arguments à l’appui, plus bas, l’ambassadeur russe à Washington, Anatoly Antonov, dans un message qu’il a publié sur Facebook et dans lequel il met en garde Washington.

Sévère mise-en-garde de Mocou

Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue syrien tenue ce 30 août, a fait part de la détermination de la Russie à aider la Syrie à mener à bien la reconquête intégrale de son territoire. «Nous avons des faits sous les yeux [la mise en chantier de’une fausse attaque chimique ndlr], et nous avons adressé une mise en garde forte à nos partenaires occidentaux de ne pas jouer avec le feu», a-t-il annoncé. Des navires russes ont d’ailleurs été aperçus ces derniers jours faisant route vers la Syrie, avant même l’annonce des manœuvres.

Cité par Reuters, le Ministre russe des Affaires étrangères a rappelé que le gouvernement syrien avait parfaitement le droit de combattre les groupes djihadistes. «Il reste encore la tâche de liquider les foyers restants de terrorisme, avant tout dans la zone de désescalade d’Idlib», a-t-il déclaré. De son côté, le ministre des Affaires étrangères syrien, Walid al-Moualem, a confirmé que la Syrie était déterminée à «aller jusqu’au bout» dans sa lutte pour libérer la province d’Idlib, dont il estime qu’elle est principalement tenue par les islamistes du Front al-Nosra ou Front Fatah al Cham (branche syrienne d’Al-Qaïda). Sergeï Lavrov a encore exhorté les Occidentaux, qui font mine de considérer les djihadistes comme de simple rebelles à Bachar-el-Assad, à ne pas utiliser les djihadistes comme des «pions» sur l’échiquier géopolitique.

Alors que l’envoyé de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, s’inquiétait d’un usage d’armes chimiques par l’armée syrienne ainsi que par les combattants rebelles, le ministre syrien a martelé que son pays ne possédait pas d’armes chimiques. Il a en outre assuré que l’armée syrienne tenterait autant que possible d’éviter les pertes civiles lors de l’offensive à venir.

Dans un message Facebook publié le 30 août, «en réponse aux questions des médias», l’ambassadeur russe à Washington, Anatoly Antonov a confirmé avoir rencontré des représentants spéciaux des États-Unis pour la Syrie, le 27 août:

Vendredi dernier, nous avons envoyé une lettre au Département d’État des États-Unis pour demander l’arrangement [d’une] réunion dès que possible. Nous sommes reconnaissants à David Satterfield et à ses collègues pour leur brève réaction à notre demande. (…).

L’essentiel est que nous ayons exprimé nos inquiétudes concernant les signaux américains de préparer de nouveaux bombardements sur la Syrie sous prétexte de l’utilisation possible d’armes chimiques par les Syriens. Nous avons souligné qu’une telle perspective nous préoccupe beaucoup. Nous avons appelé Washington pour fournir des informations non retardées sur les raisons pour lesquelles le sujet de l’utilisation d’armes chimiques par Damas est alimenté.

Nous avons noté qu’une telle rhétorique du côté américain pourrait servir de signal à différents groupes terroristes et organisations pseudo-humanitaires comme les «casques blancs» pour préparer une autre provocation. Nous avons fourni des détails sur les préparatifs du groupe militant «Front Fatah al cham» (ancien «Front al-Nosra») pour commettre une autre provocation avec l’utilisation d’agents toxiques contre la population civile dans le gouvernorat d’Idlib afin de blâmer les forces gouvernementales pour ce crime.

Nous avons informé nos collègues de la livraison de 8 conteneurs de chlore à la ville de Jisr al-choughour, qui ont ensuite été transférés par les activistes de Hizb al Islami al Turkistani au village de Hallouz où un groupe de combattants spécialement entraînés a déjà été déployés (ont été formés sous la direction de la compagnie militaire privée britannique « Olive Group »). Leur tâche consiste à simuler le sauvetage de victimes d’attaques chimiques. À cette fin, il est même prévu d’exploiter des enfants pris en otage.

Nous avons exprimé directement nos préoccupations. Cette provocation préparée avec la participation active des forces de renseignement britanniques peut servir de prétexte à la «troïka» occidentale (Washington-Londres-Paris) pour lancer une nouvelle frappe aérienne contre les infrastructures militaires et civiles syriennes.

Nous avons averti les États-Unis de ne pas s’engager dans une autre agression sans fondement et illégale contre la Syrie. Une nouvelle aggravation de la situation en Syrie ne serait dans l’intérêt national de personne et seul les terroristes en bénéficieraient. Nous nous attendons à ce que nos préoccupations soient entendues. Nous espérons que les États-Unis déploieront tous les efforts possibles pour empêcher l’utilisation d’agents toxiques par les terroristes et agiront de manière responsable, comme membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. (Source: message facebook de M. Antonov.)

L’annonce d’importantes manœuvres en Méditerranées de la part de la marine russe aujourd’hui, alors que le destroyer de guerre américain est déjà présent en Méditerranée, semble bien manifester la détermination de la part du Kremlin de donner du poids à ses avertissements pour la cas où ceux-ci n’auraient pas été bien pris au sérieux.

L’arme « invincible » de la Russie

En effet le Pentagone n’ignore pas que la Russie a les moyens de paralyser les systèmes électroniques de n’importe quel bâtiment et autres aéroplanes, depuis ses déboires en Méditerranée ou en Mer Noire. La Russie ayant pris une avance déterminante dans ce domaine technologique. Mais plus performant encore, Vladimir Poutine a annoncé officiellement en mars dernier une série d’armes nucléaires offensives «dont aucune autre armée que la nôtre ne possède l’équivalent», ajoutant: «Nous avons entamé le développement de nouveaux types d’armes balistiques qui n’empruntent pas les trajectoires balistiques durant leur vol vers leur cible, ce qui rend inutiles et tout à fait insensés les systèmes antimissiles». Annonce que le Pentagone a pris très au sérieux, selon de nombreux articles de la presse américaine. Par cette nouvelle technologie d’armement la Russie s’est dotée des moyens de se faire entendre et respecter des USA et de l’Otan, ainsi que le Président l’avait clairement expliqué: Vous n’avez pas voulu nous écouter ? Maintenant vous allez le faire!  Ceci en riposte au mépris constant des USA qui ne cessent de se rapprocher toujours plus des frontières russes en les menaçant, en dépit de leurs engagements.

Photo: Frégate russe Pytlivy traversant le détroit du Bosphore le 25 août 2018

Voir aussi: 

Émilie Defresne

http://www.medias-presse.info/severe-mise-en-garde-de-la-russie-qui-est-prete-a-reagir-a-une-nouvelle-frappe-en-syrie/97298/

Washington ne financera plus l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens

samedi 1er septembre 2018
Gilles Paris, Le Monde

Washington ne financera plus l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens

Les Etats-Unis envisagent par ailleurs d’exiger de l’UNRWA une réduction drastique du nombre de Palestiniens considérés comme des réfugiés.

La menace s’est concrétisée vendredi 31 août pour l’Autorité palestinienne. Après des mois de tensions, Washington a annoncé par la voix du département d’Etat qu’il allait réduire à néant sa participation au fonctionnement de l’agence des Nations unies (ONU) chargée spécifiquement des réfugiés palestiniens (UNRWA).

Cette suppression s’ajoute à celle de 200 millions de dollars (172 millions d’euros) d’aide bilatérale décidée le 25 août. L’aide globale des Etats-Unis aux Palestiniens s’élevait en 2017 à plus de 350 millions de dollars. Une somme liée au rôle longtemps prépondérant des Etats-Unis dans le conflit israélo-palestinien.

Un peu plus tôt, Berlin avait annoncé une augmentation « substantielle » de sa contribution à l’UNRWA et appelait ses partenaires européens à faire de même. L’agence aide plus de trois millions de Palestiniens, parmi les cinq millions enregistrés comme réfugiés, notamment à travers ses écoles et ses centres de santé. Sa capacité de travail est en « jeu », a écrit le ministre allemand des affaires étrangères, Heiko Maas, dans une lettre à ses homologues européens, réunis à Vienne jeudi et vendredi.

Ces ressources, poursuit-il dans la lettre, ne suffiront pas à compenser le retrait américain et, par conséquent, l’Union européenne (UE) doit « faire de nouveaux efforts ». La présence de cette agence est « un facteur clé pour la stabilité, en particulier dans la bande de Gaza ». Sa paralysie pourrait « déclencher une réaction en chaîne incontrôlable », met en garde M. Maas.

« Expansion sans fin et exponentielle »

Début 2018, l’administration de Donald Trump avait déjà coupé de moitié sa participation à l’UNRWA. L’aide avait été réduite à environ 60 millions de dollars.

Le 25 août, le département d’Etat avait ensuite annoncé son intention de réorienter vers « des programmes hautement prioritaires ailleurs » la somme de 200 millions de dollars prévus pour des programmes en Cisjordanie et à Gaza. Cinq jours plus tard, le Washington Post avait assuré sans être démenti que la dernière tranche d’aides à l’UNRWA serait également supprimée prochainement.

S’exprimant devant la Foundation for Defense Democracies, un think-tank pro israélien de Washington, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, avait laissé entendre, le 30 août, que son pays interrompra cette aide jusqu’à ce que l’agence des Nations unies se réforme, citant le contenu des enseignements qu’elle dispense dans ses très nombreux établissements scolaires, jugés agressifs vis-à-vis d’Israël.

Tout en invitant les pays arabes du Golfe à plus s’impliquer financièrement auprès de l’agence, elle avait également ajouté comme condition la définition par l’UNRWA d’un « nombre juste » de réfugiés palestiniens. Vendredi, la porte-parole du département d’Etat, Heather Nauert, a indiqué que « l’expansion sans fin et exponentielle de la communauté de bénéficiaires n’est pas viable ».
Modifier les paramètres de la négociation

Cette mention renvoie aux courriers internes à l’administration de Donald Trump publiés le 3 août par le magazine Foreign Policy. Chargé depuis l’arrivée à la Maison Blanche de son beau-père de la préparation d’un plan de paix israélo-palestinien, son gendre et conseiller Jared Kushner y fait état de son intention de liquider « une agence qui perpétue le statu quo, qui est corrompue, inefficace et qui n’aide pas à la paix ».

Selon le Washington Post, les Etats-Unis envisagent d’exiger de l’UNRWA une réduction drastique du nombre de Palestiniens considérés comme des réfugiés, qui s’élève aujourd’hui à cinq millions de personnes. L’administration Trump souhaiterait que ce statut soit limité aux personnes en vie au moment de la création de l’agence, il y aura bientôt soixante-dix ans, soit environ un dixième du total. « Il ne revient pas à l’administration américaine de définir le statut des réfugiés palestiniens », a réagi le représentant de l’Autorité palestinienne à Washington, Husam Zomlot.

Il ne s’agit pas de la première tentative de la part des Etats-Unis de modifier les paramètres de la négociation entre Israël et les Palestiniens en violation des résolutions de l’ONU. En décembre 2017, le locataire de la Maison Blanche avait ainsi reconnu unilatéralement Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu, alors que les Palestiniens souhaitent établir la leur dans la partie annexée par la force en 1967.
Donald Trump a estimé, le 28 janvier, aux côtés du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, à Davos, en Suisse, que cette décision a retiré la question du partage de Jérusalem, particulièrement délicate, de la table d’éventuelles négociations. « Nous n’avons plus à en parler », a-t-il affirmé.
La mesure « la plus anti-israélienne » de Trump

La réduction a minima du nombre de réfugiés palestiniens s’inscrit dans la même logique qui épouse fidèlement les positions israéliennes. Elle est accompagnée par le feu vert tacite donné par Washington à l’expansion des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens, une autre rupture de taille avec les administrations précédentes, démocrates comme républicaines.

Le coup de force américain sur Jérusalem a cependant entraîné une crise sans précédent avec l’Autorité palestinienne. La préparation du plan de paix de Jared Kushner, annoncé de longue date mais qui tarde à se concrétiser, se limite pour l’instant au dialogue du gendre du président des Etats-Unis avec les autorités israéliennes, élargi ponctuellement aux capitales arabes alliées de Washington.

Redoutant une déstabilisation des territoires palestiniens, l’ancien négociateur américain Aaron David Miller a jugé, jeudi sur son compte Twitter, que l’assèchement des fonds de l’UNRWA serait la mesure « la plus anti-israélienne » prise par Donald Trump depuis son arrivée à la Maison Blanche.

Gilles Paris, correspondant à Washington

http://www.france-palestine.org/Washington-ne-financera-plus-l-agence-de-l-ONU-pour-les-refugies-palestiniens

Syrie: Lavrov espère que les Occidentaux ne vont pas « entraver l’opération antiterroriste » à Idleb

Syrie: Lavrov espère que les Occidentaux ne vont pas « entraver l’opération antiterroriste » à Idleb

Moscou – Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a déclaré mercredi espèrer que les pays occidentaux ne vont pas « entraver l’opération antiterroriste » à Idleb, dernière région syrienne échappant au contrôle des forces gouvernementales.

« J’espère que nos partenaires occidentaux ne vont pas encourager des provocations, ne vont pas entraver l’opération antiterroriste » à Idleb, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse avec son homologue saoudien Adel al-Joubeir, alors que le régime de Damas ambitionne de reprendre la région.

Le sort de la province d’Idleb a suscité ces derniers jours l’inquiétude des Occidentaux, qui ont mis en garde mardi contre les « conséquences catastrophiques » d’une offensive militaire, à l’occasion d’une réunion consacrée à la situation humanitaire en Syrie à l’ONU.

M. Lavrov a en outre accusé les Occidentaux de « réchauffer activement » le thème d’une « soit-disant attaque chimique » qui sera imputée au gouvernement syrien.

La région d’Idleb (nord-ouest), frontalière de la Turquie, est dominée à 60% par Hayat Tahrir al-Cham (HTS, formé de membres de l’ex-branche d’Al-Qaïda) et compte également une multitude de groupes rebelles.

Une offensive du régime y semble imminente mais dépend aussi d’un accord avec la Turquie, parrain traditionnel des rebelles, les tractations entre Moscou et Ankara s’étant intensifiées ces dernières semaines.

« Il y a une compréhension politique totale entre Moscou et Ankara: il est urgent de dissocier ce qu’on appelle l’opposition modérée des terroristes et de préparer une opération contre eux, en minimisant autant que possible les risques pour la population civile », a assuré M. Lavrov mercredi.

« Dans tous les cas, il est nécessaire de liquider cet abcès », a-t-il ajouté.

Les médias russes ont rapporté que la Russie avait renforcé ces derniers jours sa présence militaire au large de la Syrie, par crainte de frappes des Occidentaux visant les forces de Bachar al-Assad après une « provocation » des rebelles.

Elle dispose désormais, selon la presse russe, du plus gros contingent naval au large de la Syrie depuis le début du conflit en 2011.

Mardi, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov a affirmé que les combattants de Hayat Tahrir al-Cham étaient « proches de mener à terme une provocation très grave » avec « l’utilisation de substances chimiques contenant du chlore » dans la région d’Idleb.

(©AFP / 29 août 2018 13h41)

https://www.romandie.com/news/Syrie-Lavrov-esp-re-que-les-Occidentaux-ne-vont-pas-entraver-l-op-ration-antiterroriste–Idleb_RP/949253.rom

Le Congrès des USA a réactivé la loi nommée NOPEC pour contrer l’OPEP et l’OPEP+

Le Congrès des USA a réactivé la loi nommée NOPEC pour contrer l’OPEP et l’OPEP+.


Par Andrew Korybko – Le 6 août 2018 – Source orientalreview.org

Officiellement dénommée « Loi sur les cartels ne produisant et n’exportant pas de pétrole » [« No Oil Producing and Exporting Cartels Act », NdT], NOPEC constitue l’essence de ce qu’on peut appeler une « guerre législative » : elle autorise les USA à imposer ses lois nationales, de manière extra-territoriale, en autorisant son propre gouvernement à poursuivre en justice les pays de l’OPEP et de l’OPEP+, tels la Russie, suite à leurs décisions coordonnées de contrôler les prix du pétrole. Mais ces actions en justice restent inapplicables selon le droit international, et c’est là que le refus des pays ciblés d’honorer ces décisions de justice risque, dans le pire des scénarios, de déclencher des sanctions de la part des USA ; toute cette série d’événements est pensée pour servir plusieurs objectifs stratégiques.

Le premier objectif des USA, briser l’axe russo-saoudien qui constitue le cœur de l’OPEP+, amène au second, détricoter toute la structure de l’OPEP, et proclamer la libéralisation de l’industrie énergétique dans un grand marché libre mondial. Ce serait clairement à l’avantage des USA, qui visent à devenir une superpuissance d’exportation énergétique, mais le pays doit commencer par neutraliser la compétition avant d’y parvenir, d’où cette déclaration de guerre économico-hybride au travers de NOPEC. En pratique, on pourrait voir les USA menacer d’un premier jeu de sanctions les pays impliqués dans les accords de l’OPEP et de l’OPEP+, suite à quoi ils pourraient cibler d’un deuxième jeu de sanctions les autres parties qui continuent de faire des affaires avec ces pays.

OPEP

L’objectif de cette approche est d’intimider les vassaux européens des USA, pour les forcer à se soumettre à leurs exigences, afin de faire de l’Europe un marché captif des exportations énergétiques américaines, ce qui explique également pourquoi Trump veut jeter aux orties les autorisations d’exportations de GNL (gaz naturel liquéfié) vers l’UE. Si toutes ces manœuvres devaient réussir, elles pourraient venir encore plus éroder l’indépendance stratégique européenne – déjà une peau de chagrin – et surtout abîmer à long terme les économies des rivaux énergétiques des USA, qui deviendraient vulnérables à des manipulations politiques. Dans le même temps, les USA ont récemment dévoilé le projet « Afrique Énergie » [« Power Africa », NdT], visant à investir 175 milliards de dollars dans des projets gaziers sur le continent, en vue d’implanter des sociétés américaines sur les frontières énergétiques de la Tanzanie, du Mozambique et d’autres pays. Ces sociétés devenant par là des fournisseurs de premier plan de la Chine, rivale des USA, l’accès à l’énergie de Pékin serait plus soumis au bon vouloir américain que jamais auparavant.

Si, à l’inverse des médias dominants qui ne considèrent NOPEC que comme une nouvelle loi populiste, on le considère comme une salve d’ouverture dans la guerre de l’énergie, lancée en parallèle de la guerre commerciale, alors on peut comprendre la portée de super-arme stratégique de cette décision ; son efficacité dépendra bien sûr en pratique de sa mise en application par les décideurs américains. Il est trop tôt pour dire si cette décision rebattra les cartes – la loi n’est pas encore promue – mais à supposer qu’elle le soit jamais, elle pourrait bien marquer l’histoire comme développement énergétique le plus important depuis la création de l’OPEP, du gaz naturel liquéfié, et des technologies de fracturation hydraulique.

Cet article constitue une retranscription partielle de l’émission radio context countdown, diffusée sur Sputnik news le vendredi 3 août 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/lamerique-sapprete-a-declencher-sa-super-arme-nopec-contre-les-russes-et-les-saoudiens

 

Le camp occidental à l’épreuve de l’arme économique : les leçons du CoCom

Le camp occidental à l’épreuve de l’arme économique : les leçons du CoCom

À peine la République fédérale d’Allemagne a-t-elle officialisé la construction du controversé gazoduc Nord Stream 2 le 16 mai 2018, que la Pologne et les États-Unis d’Amérique ont sans surprise fait part de leur opposition à ce projet. Ce gazoduc devant s’étendre sous la mer Baltique sur 1200 kilomètres pour relier la Russie à l’Allemagne, devrait assurer à cette dernière un approvisionnement de 55 milliards de m³ d’hydrocarbures russes par an tout en évitant à la Russie d’avoir à payer des frais de transit à l’Ukraine et la Pologne. Les autorités allemandes donnèrent le feu vert au projet en mars 2018, suivies par la Finlande en avril, les travaux débutèrent dès le mois de mai dans la ville de Lubmin.

Les représentants polonais et américains ont réagi avec une hostilité prévisible face à ce projet qu’ils avaient maintes fois dénoncé comme étant une « menace pour la stabilité européenne ». Ainsi, la rencontre entre le Ministre des Affaires Étrangères polonais, Jacez Czatupowitc et le secrétaire d’État américain Mike Pompeo le 21 mai 2018 fut l’occasion pour la Pologne d’aborder le sujet et notamment de s’assurer d’une éventuelle pression américaine sur les compagnies européennes impliquées dans la construction du gazoduc1 après que le représentant américain en Ukraine, Kurt Volker, ait fait part de l’intention des États-Unis de recourir à ces méthodes.

Dans un contexte de tensions croissantes avec la Russie placée sous sanctions et face à un éventuel recours à des moyens de rétorsion économique de la part des Américains, il convient de s’interroger sur les performances de « l’arme économique » à la lumière d’expériences antérieures. Ainsi cet article sera consacré à un sujet méconnu de la Guerre Froide à savoir le Coordinating Commitee for Multilateral Export Controls (CoCom), Cette organisation, fondée en 1949 et rattachée à une annexe de l’Ambassade des États-Unis à Paris, fut le fruit de débats houleux entre puissances occidentales pour contrôler les transferts technologiques vers le bloc socialiste qui en était dépendant.

Cette politique de « containment économique » et son instrument principal, le CoCom, furent maintenus à divers degrés tout au long de la Guerre Froide jusqu’à l’Arrangement de Wassenaar en 1994, et auront fortement impliqué les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, non sans controverses constantes; l’enjeu portant sur une question délicate et lourde de conséquences : les États-Unis et leurs alliés pouvaient-ils se permettre de commercer avec l’Union soviétique ?

Si la question n’a jamais pu faire l’unanimité entre les parties concernées aux États-Unis, elle le put encore moins entre les membres du CoCom.

Stratégie visant à tempérer les Soviétiques pour les uns, ou risque de leur « vendre la corde » pour d’autres, chaque pays du CoCom va progressivement mettre en œuvre sa propre conception de ce commerce selon ses perceptions de sécurité nationale durant la Guerre Froide.

La présente analyse portera sur ces deux extrêmes entre lesquels le CoCom se retrouva tiraillé durant les années 80 dans un contexte de « guerre fraîche » marqué par la volonté américaine de reprendre la lutte anticommuniste sous l’impulsion du président Ronald Reagan.

 

Présentation de la Nouvelle Politique Economique de Lénine, Affiche d'époque

 

I/ Le commerce Est-Ouest, entre ouverture et confrontation

La lutte idéologique entre le camp occidental et le bloc de l’Est durant la Guerre Froide n’a pas consacré une rupture des relations commerciales. Le rapport de force était à première vue en faveur des Occidentaux. En effet, n’en déplaise aux tenants du mythe des miracles de l’économie socialiste, la Russie soviétique a toujours affiché une dépendance prononcée vis-à-vis des technologies occidentales qui furent indispensables à son développement comme l’ont démontrée plusieurs études, les plus notables étant celles du professeur Antony Sutton2.

À titre d’exemple, dans les années 20, la NEP3 a permis l’ouverture de 350 concessions en Union soviétique encourageant l’implantation d’entreprises occidentales dont le capital technologique fut le principal, si ce n’est l’unique facteur de redressement économique de ce pays ravagé par la guerre civile. Les concessions furent ensuite supprimées par Staline pour recourir aux « accords d’assistance technique » accordant à certaines compagnies occidentales la possibilité d’apporter leur savoir-faire pour aider à la réalisation des grands projets industriels en Union soviétique. La période de la Détente, marquée par un apaisement des tensions et un relâchement des contrôles, fut l’occasion pour les Soviétiques d’acquérir une multitude de technologies occidentales au profit de leur potentiel économique…ainsi que militaire.

Comme l’avait jadis si bien résumé le professeur Carroll Quigley : « Des sociétés telles que la Russie soviétique, qui ont, par manque de tradition scientifique, démontré une faible créativité technologique, peuvent néanmoins constituer une menace pour la civilisation occidentale par l’usage, à immense échelle, d’une technologie presque entièrement importée de cette même civilisation occidentale »4.

Un bref descriptif de secteurs militaires clés soviétiques ayant bénéficié des transferts technologiques occidentaux, permettrait d’étayer ces propos ainsi que d’établir l’échec du CoCom et des espoirs de pacification à l’aube de la présidence de Reagan :

La flotte soviétique, la plus imposante au monde, était constituée à 60% de vaisseaux construits à l’Ouest, tout comme 80% de leur machinerie5. Les technologies furent obtenues auprès de la Burgmeister & Wain of Coppenaghen et Litton Industries6. Ce furent certains de ces bateaux qui acheminèrent les missiles à Cuba et qui ravitaillèrent Haiphong en équipements.7

L’industrie automobile fut érigée avec l’aide d’entreprises occidentales telles que Fiat et Ford entre les années 30 et 608. Certains véhicules militaires, plagiats de modèles occidentaux, furent utilisés en Afghanistan et contre l’effort de guerre américain au Vietnam.

Les missiles soviétiques positionnés en Europe ont largement bénéficié du savoir-faire occidental notamment celui de l’entreprise américaine Bryant Chucking Grinder Company dont les roulements à billes ont accru la précision des tirs soviétiques et la menace qu’ils incarnaient pour la sécurité européenne9.

Nous aurions pu rajouter à ce bilan les secteurs agricoles et chimiques, mais ces données suffisent pour établir que le commerce avec l’URSS, que certains avaient promu dans l’optique « d’adoucir » les Soviétiques, eut les effets inverses : l’Occident loin d’avoir acheté la paix a plutôt « vendu la corde10 ». En considérant les nombreux efforts aussi bien légaux qu’officieux que les Soviétiques déployaient pour se procurer en technologies, ce fut pour remédier à une véritable hémorragie technologique occidentale que Reagan voulut remanier le CoCom dont les défaillances appelaient à certaines rectifications.

Au regard de ce besoin obsessionnel des Soviétiques en technologies occidentales, on pourrait facilement être tenté comme Antony Sutton, de conclure qu’un blocage pur et radical des transferts technologiques auraient pu permettre de mettre l’URSS à genoux et ainsi précipiter la fin de la Guerre Froide. Toutefois cette vision relève de l’idéal tant le contrôle des technologies impliquait des considérations multiples qui transcendaient le simple recours à la coercition ou à d’autres mesures draconiennes.

 

II/ Des orientations américaines aux contradictions occidentales

Le contrôle des exportations est une initiative principalement américaine. À l’aube de la Guerre Froide les Etats-Unis en usèrent pour faire pression sur l’URSS à travers le « Control Act » en 1949, plaçant les biens exportés sous contrôle, mais aussi sur les pays occidentaux par le « Battle Act » en 1951 leur faisant perdre la protection américaine en cas de commerce avec le bloc socialiste. C’est dans ce contexte qu’apparu le CoCom11, souvent comparé à un « club » ne reposant sur aucun traité ou accord et dépendant de la bonne volonté des États membres pour réguler les transactions technologiques vers l’URSS, les pays du Pacte de Varsovie et la Chine Populaire.

Le CoCom a établi trois listes de biens devant être soumis à des licences : les munitions, les biens nucléaires et les biens à « double-usage » tout en accordant des possibilités de « ventes exceptionnelles »12. Enfin, il opérait selon deux notions anglo-saxonnes de guerre économique entre lesquelles il alternait selon la nécessité, à savoir l’effet de levier (« Leverage ») et « Linkage »13, le premier consistant à exploiter politiquement un avantage économique, tandis que le second revient à user d’actions économiques pour faire pression sur une cible.

Le contrôle américain sur les pays européens était certes bien établi à l’issue de la Deuxième Guerre Mondiale lorsque ceux-ci étaient trop exsangues pour se permettre de risquer de perdre la protection américaine, mais à mesure qu’ils opérèrent leur redressement économique, ils obtinrent une marge de manœuvre se traduisant par plusieurs écarts.

En effet, chaque pays membre s’était doté d’une conception propre du commerce Est-Ouest et d’une législation commerciale qui ne s’alignait pas forcément sur les directives américaines.

Ainsi la France, capitale des sympathies mondiales envers le communisme, recourait au commerce Est-Ouest afin d’affirmer sa souveraineté et se démarquer de l’hégémonie américaine. Le commerce avec l’Est bénéficiait d’un large consensus et le monde des affaires pouvait compter sur la bienveillance de l’État. Si la tendance était au laxisme jusqu’en 1981, la France, tout en renforçant ses contrôles, a préservé le souci de sa souveraineté.

Le Royaume-Uni, de par ses traditions commerciales, s’adonnait au commerce avec l’Est afin de subvenir à ses besoins économiques internes. Cependant l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979 marque un assujettissement à la politique américaine de contrôle.

La RFA constituait le maillon faible du CoCom. Cela est dû au fait que son commerce avec la RDA n’était pas considéré comme du commerce extérieur et occasionnait des fuites de technologies qui n’ont pas été l’objet de contrôles au sein du CoCom.

Le Japon enfin s’illustrait par son laxisme. La loi assurait la liberté d’exportation et les contrôles ne se limitaient qu’aux entreprises sur le sol japonais sans s’étendre à leurs filiales à l’étranger.

 Le commerce des pays membres du CoCom avec l'URSS et les pays du Pacte de Varsovie (source: RHOADES W. E.; CoCom, technology transfer and its impact on national security; Calhoun: The NPS Institutional Archive; 1989; p.127)Figure: Le commerce des pays membres du CoCom avec l’URSS et les pays du Pacte de Varsovie (source: RHOADES W. E.; CoCom, technology transfer and its impact on national security; Calhoun: The NPS Institutional Archive; 1989; p.127)

De par son caractère informel, les décisions prises au sein du CoCom ne revêtaient aucune forme contraignante vis-à-vis des États membres qui ont toute latitude pour appliquer les mesures du CoCom à leur convenance. Ainsi s’opposent deux conceptions de l’embargo : celle de sécurité (établir des contrôles stables) et celle de sanctions (selon les initiatives soviétiques)14. Les États-Unis alternant par opportunisme entre les deux mais toujours en désaccord avec ses alliés. Si on peut admettre qu’il existait un consensus pour le contrôle des exportations de technologies stratégiques (non sans réserves de la part des pays européens), le principal litige porte sur la définition de « bien stratégique ».

Les listes de biens à placer sous contrôle ne peuvent donc faire l’unanimité parmi les membres du CoCom, les Américains suivant une démarche intransigeante, souhaitaient restreindre le commerce par des listes élargies, tandis que les Européens volontaristes préféraient préserver leurs liens commerciaux avec l’Est par des listes de contrôle limitées.

Les deux parties procédaient fréquemment à des accusations mutuelles d’hypocrisie, les Européens souhaitant défendre leurs intérêts économiques à l’Est et n’hésitant pas à remettre en cause les directives du CoCom au moindre empiètement de celui-ci sur leur souveraineté. Les Américains étaient en proie à une pression interne de la part de leurs industriels, ces derniers se sentant lésés par rapport à leurs concurrents européens bénéficiant de restrictions plus souples de la part de leurs pays respectifs

Ces éléments mettent en exergue un double paradoxe résultant d’une dépendance mutuelle: l’URSS bien qu’étant fortement dépendante des technologies occidentales est tout de même parvenue à se maintenir à niveau face au camp occidental, tandis qu’inversement, les pays et industriels occidentaux, bien qu’exposés à la menace soviétique, ont tout de même poursuivi voire défendu le commerce de technologies avec le bloc de l’Est en affichant une réticence opiniâtre envers toute injonction ou interférence américaine dans leurs activités économiques.

Un constat qui appelle sérieusement à relativiser les concepts libéraux inspirés de Montesquieu pour lequel « l’effet naturel du commerce est de porter à la paix »…

Reagan et Gorbatchev

III/ Les faux espoirs du renforcement des contrôles

Lorsque Reagan accéda à la présidence en 1981, la détérioration des relations américano-soviétiques avait déjà été consommée depuis Carter. L’invasion de l’Afghanistan en 1979 sonna le glas de la Détente et les États-Unis réagirent en prenant certaines mesures répressives.

En 1979 fut promulguée l’Export Administration Act (EAA) accordant au président un droit de regard sur les exportations suivi d’un embargo sur le grain en 1980. La politique de Reagan s’inscrivit dans cette tendance, constatant l’échec du « commerce pacifique » et concevant une nouvelle approche du commerce Est-Ouest à imposer aux membres du CoCom. Celle-ci s’aligna sur les recommandations faites en 1976 par le « Rapport Bucy »15 insistant sur un contrôle prioritaire et sélectif quant aux technologies à « double usage » et limitant l’accès aux technologiques américaines aux membres du CoCom. La procédure se conforme également à l’approche du National Security Council (NSC) prônant un renforcement du CoCom, le besoin de convaincre les Alliés du bien-fondé des contrôles des exportations, des mesures collectives et une adhésion de l’Est à l’éthique commerciale de l’Ouest16.

La guerre économique paraissait être une opportunité dans la mesure où certains observateurs percevaient en URSS les prémisses d’un effondrement économique; le refus de transferts technologiques pouvait donc accentuer cette phase de déclin et acculer l’URSS vers des compromis en terme de consommation et investissement dont les effets pouvaient se conjuguer à la course à l’armement, infligeant à l’URSS le coup de grâce17.

Cette stratégie est issue de l’optique américaine selon laquelle les contributions technologiques au secteur industriel soviétique bénéficient par ricochet au secteur militaire18, conception rompant avec la « compartimentalisation » adoptée par les autres pays du CoCom pour lesquels le secteur militaire est indépendant des technologies civiles issues du secteur économique19. Vis-à-vis des Alliés, les États-Unis vont alterner entre 2 tendances : les « multilatéralistes » et les « unilatéralistes » chacune prônant une posture distincte au sein du CoCom et qui vont inspirer la démarche à suivre à l’occasion de deux crises majeures.

La première est celle de la construction du gazoduc d’Urengoy, certainement l’exemple le plus représentatif d’une gestion calamiteuse d’embargo multilatéral issue d’une initiative unilatérale.

En réaction aux troubles survenus en Pologne en 1980, Reagan met ses menaces à exécution et décide en décembre 1981 de suspendre toutes les licences d’exportations portant sur les biens et composants censés assurer la construction d’un gazoduc sibérien20. Il fallut cependant contraindre les membres du CoCom à suivre cette démarche. Le 18 juin 1982 l’interdiction est étendue aux filiales des entreprises américaines ainsi qu’aux entreprises étrangères produisant les équipements sous licence. Ceci avait engendré de fortes tensions avec les pays européens membres du CoCom dont les entreprises sont pénalisées par l’extraterritorialité d’une décision américaine, d’autant que ceux-ci voient Reagan paradoxalement lever l’embargo sur le grain21 au profit des fournisseurs américains. Les gouvernements français et britanniques incitèrent ouvertement leurs entreprises à passer outre les directives de Reagan et leurs obligations vis-à-vis du CoCom, contraignant le président américain à lever l’embargo en novembre 1982. Le gazoduc sera finalement construit au profit de l’URSS.

Plusieurs conclusions sont à retenir de cette expérience : nous pouvons considérer cet incident comme la preuve que l’unilatéralisme américain est défaillant, plutôt que d’obtenir le soutien des Alliés, les Américains ont réussi à se les aliéner, ceux-ci considérant certaines variables (dépendance envers le gaz soviétique, intérêts économiques) comme prenant le pas sur leurs obligations envers le CoCom.

L’unilatéralisme s’étant révélé inapproprié à l’issue de cette crise, l’Administration Reagan se vit donc acculée vers le multilatéralisme pour renforcer, non sans peine, le CoCom après 1982.

Les États-Unis présentèrent au CoCom un triple projet : l’élargissement des listes de contrôle, le renforcement des sanctions et enfin le renforcement de la structure institutionnelle du CoCom. Les Européens n’étaient disposés à entreprendre une guerre économique qu’à la condition que les produits concernés aient effectivement une importance militaire. Ainsi, lors de la réunion de 1982, 58 produits sur 100 proposés par les Américains furent ajoutés aux listes. S’ajoutent l’année suivante l’application directe de contrôles pour les 10 biens prioritaires susceptibles de détournement et en 1984, l’interdiction d’exporter certains équipements de communication. Les États-Unis purent obtenir la création en 1985 d’un sous-comité (STEM) renforçant le poids des représentants de la Défense face à ceux du Commerce au sein du CoCom mais seulement après une série de compromis avec leurs partenaires occidentaux22.

Ce développement multilatéral du CoCom suscita certes des plaintes croissantes d’officiels soviétiques, cependant ce succès relatif est à nuancer pour certaines raisons : ces renforcements sont limités à l’intérieur des frontières de l’Ouest et s’accompagnent de la réticence persistante des Européens ; les États-Unis ayant renoncé à l’unilatéralisme, étaient contraints de composer avec des partenaires peu disposés à suivre les nouvelles procédures sur le long-terme d’où de nouvelles plaintes venant de ces derniers qui percevaient les freins à la réexportation de technologies américaines comme une atteinte aux lois internationales. Ces contrôles internes ont finalement nuit à la volonté des pays du CoCom de coopérer, les Européens et les Japonais y percevant des velléités unilatéralistes inavouées des Américains.

Les failles de ce nouveau paramétrage seront mises à nu à l’occasion du scandale Toshiba-Kongsberg en 1987. Ces deux entreprises avaient vendu aux Soviétiques des machines-outils sous licence indispensables à la modernisation de leurs sous-marins nucléaires compromettant davantage la sécurité de l’Europe de l’Ouest23. En réaction, le Sénat américain, par le Garn Amendment, a exigé la fermeture du marché américain à toutes les entreprises qui ne se conforment pas aux réglementations du CoCom en guise de sanctions. Paradoxalement, cette mesure fut désavouée par l’Administration Reagan qui craignait de voir les pays européens appliquer les mêmes restrictions à l’encontre des entreprises américaines en représailles. De surcroît, une telle initiative unilatérale n’aurait fait que compromettre le CoCom24. Il fallut privilégier la voie multilatérale en coopération avec le Japon et la Norvège. Des sanctions à l’encontre de Toshiba et de la Kongsberg-Vapenfabrik furent bel et bien appliquées en plus d’un engagement accru du Japon dans le contrôle des technologies sensibles.

L’ampleur de cette crise décida les autres membres du CoCom à renforcer leur coopération avec les États-Unis au sein du CoCom. Ce revirement aurait pu être encourageant si, entre 84 et 89, la RFA n’avait pas à son tour manqué à ses obligations en permettant à la Imhausen-Chemie de construire des installations chimiques en Libye tout en négligeant de soumettre ses produits aux contrôle du CoCom avec la complicité silencieuse des autorités fédérales allemandes…

L’arrivée au pouvoir de Gorbatchev et l’apaisement des tensions avec les États-Unis qu’il va consacrer achèveront de convaincre Reagan d’assouplir sa politique de contrôle en 1986.

 

Reagan et Trump

Conclusion: de Ronald à Donald

L’expérience du CoCom est édifiante dans le contexte actuel puisqu’elle permet de relativiser le leadership américain parmi ses alliés sur le plan économique. Si la domination militaire et diplomatique américaine demeure une constante encore aujourd’hui au sein de l’OTAN, le domaine économique constitue le talon d’Achille de cette suprématie. C’est précisément sur le plan économique que toute l’hétérogénéité du camp occidental nous est révélée au grand jour, chacun des pays membres disposant de spécificités économiques particulières divergentes sur lesquelles peuvent buter les intérêts américains.

Donald Trump, ayant pris ses fonctions de président des États-Unis en 2016, se retrouvent confrontés à certains enjeux auxquels fit face son prédécesseur Reagan. Si le recours aux sanctions économiques à l’encontre de la Russie fut appliqué suite au rattachement de la Crimée à la Russie en mars 2014, les résultats mitigés, voire contreproductifs obtenus ne plaident pas en faveur de cette politique. Les relations économiques étant intrinsèquement mutuelles, les sanctions constituent des armes à double-tranchant pouvant mener à l’impasse25

Ainsi, la partie occidentale de l’Union Européenne, notamment l’Allemagne, est plus soucieuse de préserver ses rapports économiques avec la Russie et par conséquent moins disposée à avaliser toutes les directives de Washington.

Face au gazoduc Nord Stream 2, les Américains peuvent compter sur l’appui des pays d’Europe de l’Est membres de l’Initiative des Trois Mers26 dont les intérêts, comme l’a reconnu le général L. Jones de l’Atlantic Council, sont « davantage alignés sur la perception américaine du monde, que nos alliés traditionnels d’Europe de l’Ouest »27.

Quand bien même les États seraient amenés à coopérer dans une politique de boycott contre la Russie, les milieux d’affaires qui y sont implantés risquent fort d’affirmer leur désapprobation.

La Russie constitue un cas particulier dans l’approche des politiques de guerre économique. Qu’importe qu’elle ait été, selon Lénine, « un apanage semi-colonial du capitalisme » au temps du tsarisme, ou « un marché captif » d’après Antony Sutton sous le communisme. Ce pays a paradoxalement toujours su ranger cette dépendance économique et technologique prononcée envers l’Occident parmi ses atouts jusqu’à la rendre mutuelle.

Les perspectives économiques qu’offre la Russie et sa place incontournable sur le marché mondial susciteront immanquablement l’intérêt d’acteurs étrangers qui seront dès lors mus par  une volonté impérieuse de retour sur investissement. Plus les capitaux qu’ils consacreront à la Russie seront importants, plus ils seront réticents à toute politique de sanction susceptible de rendre la Russie insolvable et de compromettre leurs profits.

Ainsi, tout comme pour le gazoduc d’Urengoy, rien ne saurait garantir une annulation du projet de Nord Stream 2 prévu pour 2019 d’autant que les efforts américains pour obtenir l’annulation de Nord Stream 1 en 2012 se sont révélés infructueux.

Tout comme au temps du CoCom, rien ne saurait non plus assurer que la menace de sanctions à l’encontre de compagnies impliquées dans des projets avec la Russie pourrait les dissuader de poursuivre leurs activités d’autant que cette mesure a déjà été sèchement désavouée par les protestations de l’Allemagne et de l’Autriche en juin 2017.

La prise en compte des résultats mitigés du CoCom sous Reagan ne devrait-elle pas inviter Trump à plus de circonspection dans la tentation de l’usage de l’arme économique face à la Russie de Poutine?

 

Hédi ENNAJI

 

Bibliographique sélective:
  • BERTSCH G. K. (sous la direction de); Controlling east-west trade and technology transfer, power, politics and policies; éd. Duke University Press; 1988; Georgia; 508 p.
  • BUCHAN D.; Incidences stratégiques du commerce est-ouest; éd. Bosquet; coll. Hermès; Paris; 1985; 169 p.
  • HANSON P.; Trade and technology in Soviet-Western relations; éd. Macmillan Press LTD; Hong Kong; 1981; 271 p.
  • HOLIDAY G. D.; Technology transfer to the USSR, 1928-1937 and 1966-1975: The role of Western technology in Soviet economic development; éd. Westview Press; Colorado; 1979; 225 p.
  • LACHAUX C., LACORNE D., LAMOUREUX C.; De l’arme économique; éd. Fondation pour les études de Défense Nationale; coll. Les 7 épées; Paris; 1987; 406 p.
  • LAÏDI S.; Histoire mondiale de la guerre économique; éd. Perrin; Paris; 2016; 576 p.
  • MASTANDUNO M.; Economic Containment, CoCom and the politics of East-West trade; éd. Cornell University Press; New York; 1992; 353 p.
  • OFFICE OF TECHNOLOGY ASSESSMENT; Technology and east-west trade; éd. Allanheld Osmun & co; New Jersey; 1981; 303 p.
  • PARROTT B. (sous la direction de); Trade, technology, and Soviet-American relations; éd. Indiana University Press; Bloomington; 1985; 394 p.
  • SANDBERG M.; Learning from capitalists, A study of Soviet assimilation of Western technology; éd.Almqvist & Wiksell International; Göteborg; 1989; 264 p.
  • SEUROT F.; Le commerce est-ouest; éd Economica; Paris; 1987; 174 p.
  • SUTTON A. C.; National suicide, military aid to the Soviet Union; éd. Arlington House; New York; 1974; 283 p.

https://stratpol.com/le-camp-occidental-a-lepreuve-de-larme-economique-les-lecons-du-cocom/

Les critiques formelles d’Israël par l’UE ne sont qu’un écran de fumée

Les critiques formelles d’Israël par l’UE ne sont qu’un écran de fumée


Stephen Lendman

Par Stephen Lendman – Le 3 août 2018 – Source son blog

L’UE entretient des relations normales avec Israël sur les plans politique, économique, financier, technologique et culturel.

La critique, lorsqu’elle est formulée, exclut tout ce qui pourrait donner lieu à des démarches concrètes pour obliger l’État juif à rendre compte de ses actes criminels.

Bruxelles n’a jamais rien fait pour s’opposer à ses décennies d’occupation illégale, sa violation des lois, normes et standards internationaux fondamentaux, son blocus suffoquant de Gaza, ses trois guerres d’agression sur la bande de Gaza, quantités d’autres violations des droits de l’homme et des droits civils, sa guerre non déclarée contre la Syrie, son soutien à EI et à d’autres terroristes, ainsi que quantités d’autres crimes trop graves pour qu’on puisse les ignorer.

Le chef de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, soutient les agendas impérialistes américains et israéliens, leur militarisme et leur belligérance, leur mépris pour la paix et la stabilité du monde.

Ses médias ont rapporté les critiques creuses qu’elle a adressées au ministre d’extrême-droite israélien de la sécurité publique, Gilad Erdan :

« L’UE rejette fermement les accusations selon lesquelles elle est impliquée dans le financement d’activités qui soutiennent le terrorisme ou les terroristes. »

ajoutant :

« Les accusations israéliennes sont ‘sans fondement et inacceptables, vagues et non étayées’. » Mogherini répondait à Erdan qui avait accusé l’UE et ses partenaires de soutenir des groupes qu’Israël qualifie faussement de terroristes, et de boycotter Israël.

Le régime de Netanyahou accusait les groupes palestiniens de défense des droits de l’homme d’avoir des liens avec le Front populaire de libération de la Palestine qu’il qualifie mensongèrement d’organisation terroriste comme le Hamas, le Hezbollah et tous les groupes qui résistent au terrorisme d’État israélien.

Par ailleurs, jeudi, les chefs de mission de l’UE à Jérusalem et à Ramallah ont déclaré qu’ils « expriment leur vive inquiétude devant l’inauguration officielle, le 1er août, d’un centre touristique, géré par une organisation de colons, dans le quartier Batn al-Hawa/Silwan de Jérusalem-Est occupée, dans un bâtiment d’où cinq ménages appartenant à la famille palestinienne Abu Nab ont été expulsés en 2015 ».

ajoutant :

« Environ 180 ménages palestiniens à Jérusalem-Est, dont une centaine dans la seule ville de Batn al-Hawa, risquent d’être expulsés de leurs maisons, ce qui favorisera la poursuite de la colonisation de la ville, comme dans le cas présent.

 Les missions de l’UE à Jérusalem et à Ramallah rappellent les conclusions et déclarations successives du Conseil des affaires étrangères dans lesquelles l’UE a réitéré sa forte opposition à la politique de colonisation d’Israël et aux mesures prises dans ce contexte, y compris les expulsions et les démolitions.

Les activités de colonisation à Jérusalem-Est compromettent sérieusement la possibilité que Jérusalem serve de future capitale des deux États, elles sont illégales en vertu du droit international et compromettent la solution à deux États et la perspective d’une paix durable. »

Ni l’UE, ni les États-Unis, ni l’ONU, ni les dirigeants du monde n’ont fait quoi que ce soit pour contraindre Israël à répondre de plus d’un demi-siècle de développement illégal de colonies de peuplement sur des terres palestiniennes volées.

Ils n’ont jamais rien fait de concret pour s’opposer aux crimes d’Israël dont la liste est trop longue et l’horreur trop grande  pour qu’on puisse les ignorer.

La critique purement formelle et non-accompagnée de démarches concrètes pour obtenir qu’Israël rende des comptes est vide de sens, cela revient à donner un feu-vert à l’État hébreu pour faire ce qui lui plaît.

La dernière fois que l’UE a formulé un de ses vaines critiques à l’encontre du régime de Netanyahou, c’est quand il a alloué 4,5 millions de shekels au Centre du patrimoine juif yéménite pour mettre en place un projet illégal d’implantation près de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem-Est occupée.

Cela fait partie du projet de longue date d’Israël de coloniser toutes les terres de Judée et de Samarie qui ont quelque valeur, de déposséder les habitants autochtones de la Palestine, de voler tout ce qui leur appartient.

Stephen Lendman est né en 1934 à Boston, Massachussets. Après avoir travaillé pendant sept ans comme analyste en recherche marketing, il a rejoint l’entreprise familiale où il est resté jusqu’à sa retraite à la fin de l’année 1999. Il a commencé à écrire sur les grands enjeux mondiaux et nationaux à l’été 2005, et participe à des émissions de radio sur le Progressive Radio Network trois fois par semaine, où sont débattues les grandes questions mondiales et nationales. Lendman est lauréat du Project Censored 2008 et lauréat du prix international de journalisme 2011 du Club des journalistes mexicains.

Traduction : Dominique Muselet

http://lesakerfrancophone.fr/les-critiques-formelles-disrael-par-lue-ne-sont-quun-ecran-de-fumee

 

L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?

L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?

Par Pierre VERLUISE, le 31 juillet 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en géopolitique de l’Université Paris IV – Sorbonne. Fondateur associé de Diploweb. Chargé d’un cours semestriel de Géographie politique au sein du M.R.I.A.E de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, chercheur associé à la FRS. Auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine de livres, dont « Histoire, Géographie et Géopolitique du Proche et du Moyen-Orient », éd. Diploweb, diffusion Amazon.

Que nous apprend le revirement américain du 8 mai 2018 de la puissance de l’Iran, des Etats-Unis et de l’Union européenne ? L’Iran a été pendant un temps en capacité de « faire » et à « faire faire », jusqu’à perdre la main. Les Etats-Unis ont été en capacité de « faire et de faire faire » puis en « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Et l’Union européenne a été en incapacité d’ « empêcher de faire ».

LE 14 juillet 2015, un accord sur le nucléaire iranien est signé à Vienne par l’Iran [1] et les pays du « P 5+1 » (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne). Cet événement semble alors marquer le retour sur la scène régionale, voire mondiale, d’un Etat paria depuis de nombreuses années.

Le 8 mai 2018, le président des Etats-Unis – Donald Trump – annonce unilatéralement le retrait des Etats-Unis de cet accord, au grand dam des pays de l’Union européenne. Si la puissance peut se définir selon Serge Sur comme « la capacité de faire, de faire faire, d’empêcher de faire ou de refuser de faire », que nous apprend ce revirement au sujet de la puissance des uns et des autres ?

Considérons successivement l’Iran, les Etats-Unis et l’Union européenne.

L’Iran

Dans les années 1970, pour combler le vide laissé par le départ des Britanniques de la région, les Etats-Unis élaborent la stratégie des « deux piliers » intronisant Iraniens et Saoudiens comme garants de la sécurité régionale [2]

Cette position de partenaire privilégié des Occidentaux connaît un coup d’arrêt brutal avec la Révolution islamique de 1979. Les dirigeants iraniens cherchent alors à exporter la révolution dans les pays voisins ce qui participe à leur isolement sur la scène internationale. L’Iran n’a cependant jamais renoncé à ses ambitions régionales et une véritable réorientation stratégique a lieu, favorisée par la fin de la Guerre froide (1990) et par les conséquences du 11 septembre 2001 au Moyen-Orient. Le pays s’impose comme le leader de la résistance contre les Etats Unis et Israël… qui disposent chacun de l’arme nucléaire mais dans des proportions différentes.

Afin d’appuyer son retour diplomatique et stratégique, Téhéran décide de développer son programme nucléaire. L’énergie atomique n’est pas une idée neuve dans ce pays. Dès les années 1950, Washington et Téhéran développent des partenariats dans le cadre du programme « atoms for peace ». Avec la Révolution de 1979, le programme nucléaire est arrêté puis réactivé à la fin de la guerre Iran Irak (1980-1988). L’objectif est double, il s’agit de garantir les frontières du pays et d’offrir une protection au régime.

A Téhéran deux camps se font face. Le premier, plus conservateur, souhaite développer son programme quitte à être mis au ban des nations. Ses partisans estiment que la « Bombe » est la seule assurance vie du régime, en tant que source de prestige, et qu’elle permettrait de développer autour de l’Iran et de ses alliés un dôme protecteur. De l’autre, un camp dit « modéré » craint que l’isolement de l’Iran ne soit un handicap économique et stratégique. Ils souhaitent se servir du programme comme argument de négociation pour être réintégré au concert des nations. Ils estiment par ailleurs que le simple fait d’être capable d’obtenir la bombe suffit à se prémunir de toute agression.

L'Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?
Carte géopolitique de l’Iran dans les tensions de son environnement, fin 2015, selon Jean-Paul Budry
La légende de cette carte de l’Iran dans les tensions de son environnement comprend trois parties : L’arrière plan confessionnel ; Facteurs et forces stratégiques vus d’Iran ; L’Iran acteur des conflits et ses alliés. Réalisation Sciences Po Atelier de cartographie pour Dila Questions internationales n°77.

La signature de l’Accord de Genève en 2015 marque ainsi une victoire symbolique et diplomatique de l’Iran, lui permettant d’espérer consolider sa place d’acteur incontournable dans la stabilisation de la région. Ce qui suscite une grande inquiétude en Arabie Saoudite. L’Iran mise sur son ouverture économique en renonçant partiellement à son programme nucléaire jusqu’en 2040. Cet accord vise à ce que soit limitée l’accumulation de matière nucléaire fissile pour que l’Iran ne puisse pas développer d’arme nucléaire. L’espoir de la rapide levée des sanctions génère rapidement des flux d’entreprises étrangères dans l’intention de décrocher des contrats d’exploitation et de commercialisation des hydrocarbures ou d’accéder à un marché de 80,6 millions d’habitants en demande de consommation.

L’Iran en quelques chiffres

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L’Iran en quelques chiffres
L’Iran en quelques chiffres : superficie, population mi-2017, projection population en 2050, accroissement naturel, accroissement migratoire, indicateur de fécondité, PNB/h PPA US dollars. Source : Population et Avenir, décembre 2017, n°735, p. 21.

Ainsi, l’Iran a mis en place une stratégie axée autour de l’énergie nucléaire afin d’assurer son retour sur la scène géopolitique et stratégique internationale. Celle-ci a permis, d’une part, de contraindre les Occidentaux à accepter la réémergence du pays et de les amener à la table des négociations, illustrant ainsi la capacité de l’Iran à « faire » et à « faire faire ». Du moins jusqu’à ce que les Etats-Unis de Donald Trump se retirent de l’accord de 2015.

Les Etats-Unis

En 2002, des opposants iraniens exilés aux Etats-Unis révèlent l’existence de deux sites nucléaires cachés. Une part de la société internationale prend alors conscience que l’Iran pourrait chercher à se doter de l’arme atomique. Suivent de nombreuses années de sanctions contre l’Iran, notamment soutenues par la France.

Cependant, le président des Etats-Unis, Barack Obama, engage secrètement des approches avec l’Iran au moins un an avant que la négociation d’un accord ne parvienne sur la place publique. A l’époque, la France du président François Hollande est réticente et apparaît souvent plus dure que Washington dans ses exigences, notamment en la personne de son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Il se dit alors que « les néoconservateurs sont à Paris ».

Quoi qu’il en soit, la capacité d’entraînement des Etats-Unis de B. Obama conduit le 14 juillet 2015 à la signature d’un accord sur le nucléaire iranien par l’Iran et les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies plus l’Allemagne (« P 5+1 »). Ce qui indique, à cet instant et durant quelques années que les Etats-Unis disposent d’une « capacité de faire et de faire faire ».

Cependant, durant la campagne présidentielle de 2016 aux Etats-Unis, le candidat républicain – Donald Trump – critique vertement ce qu’il présente comme un mauvais accord. Il annonce que s’il est élu – hypothèse qui semble peu probable à beaucoup d’Européens – il dénoncera cet accord. Après avoir été élu, il entre à la Maison Blanche en janvier 2017. Et poursuit ses diatribes contre Téhéran. En octobre 2017, le président Donald Trump déclare devant le Congrès américain que l’Iran viole ses engagements, contrairement à ce que dit l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Le 8 mai 2018, le président des Etats-Unis dénonce unilatéralement l’accord de 2015. Ce qui réactive les sanctions américaines à l’encontre de l’Iran et les menaces pour les entreprises qui travailleraient avec l’Iran. Ce qui illustre à cet instant leur « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Au grand désarroi des pays de l’Union européenne.

L’Union européenne

Pensée pour construire la paix, l’Europe communautaire n’a pas dans son ADN la quête de puissance. Cependant, un début de stratégie se met en place à l’orée du XXIe siècle. Le mérite en revient au Haut représentant de l’UE pour la Politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana. Il fait adopter en 2003 par le Conseil européen la « Stratégie européenne de sécurité ». Cette stratégie vise principalement à mieux identifier les menaces, définir les objectifs stratégiques de l’Union et en dégager les implications politiques pour l’UE. La crise financière de 2008, puis les « Printemps arabes » à compter de 2011 réduisent sa concrétisation. Cependant, la mise en œuvre par étape du traité de Lisbonne (2007) à compter du 1er décembre 2009 se traduit par l’entrée en fonction d’une Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton. Sans expérience de la diplomatie, celle-ci laisse une œuvre modeste : la normalisation provisoire des relations Serbie-Kosovo et sa participation à la finalisation de l’accord au sujet du nucléaire iranien.

La deuxième Haute représentante, Federica Mogherini fait adopter le 28 juin 2016 un nouveau document de doctrine, « La Stratégie globale de l’Union européenne », dans une indifférence quasi-totale des médias, encore sous le choc du référendum en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’UE (23 juin 2016). Ce texte fait plusieurs fois explicitement référence à l’accord de 2015 comme l’alpha et l’oméga de la conception européenne du « soft power » par le multilatéralisme et la concertation.

En dépit des efforts des diplomates iraniens – notamment à Paris – pour mobiliser les pays européens afin qu’ils exercent des pressions sur D. Trump pour l’empêcher de dénoncer l’accord de 2015 [3], le président des Etats-Unis s’est pourtant retiré de cet accord le 8 mai 2018.

Ce qui indique pour l’Union européenne la mise en échec de son « soft power » et une incapacité à « empêcher de faire ». Soit tout le contraire de la puissance. En dépit des annonces faites dans les jours suivants par l’UE pour déclarer que Bruxelles allait continuer de porter l’accord de 2015, les entreprises européennes – dont Total – ont vite compris qu’elles manquaient de garanties si elles restaient en Iran. Courant juillet 2018, D. Trump s’occupe une nouvelle fois à souffler le chaud et le froid, tentant de rejouer la scène nord-coréenne. Avec des résultats à évaluer aussi bien pour la Corée du Nord que pour l’Iran…

*

Que nous apprend le revirement américain du 8 mai 2018 de la puissance des uns et des autres ? L’Iran a été pendant un temps en capacité de « faire » et à « faire faire », jusqu’à perdre la main. Les Etats-Unis ont été en capacité de « faire et de faire faire » puis en « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Et l’Union européenne a été en incapacité d’ « empêcher de faire ».

Nul doute que le coup a porté, reste à savoir les leçons que l’UE saura en tirer et les actions qu’elle pourra mettre en œuvre.


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Plus

Vidéo. J-F Daguzan (FRS) L’UE face au retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien

QUESTIONS :
. Quelle est la nouvelle stratégie européenne en terme de défense et de politique extérieure commune ?
. Quelles sont les conséquences de la remise en cause de l’accord sur le nucléaire iranien pour l’Union européenne ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

 

L’évacuation des Casques blancs en Syrie est-elle le prélude de l’ultime bataille ?

L’évacuation des Casques blancs en Syrie est-elle le prélude de l’ultime bataille ?

Trahis par les Etats-Unis à l’issue des discussions entre Trump et Poutine, les rebelles syriens seraient-ils sur le point d’essuyer l’assaut final? Le grand reporter Robert Fisk en pointent les signes. Mais la fin de la guerre dépend aussi d’autres facteurs, notamment le retour des millions de refugiés… (IGA)


S’agira-t-il de la dernière bataille ? Pendant trois ans, Idlib a été le dépotoir de toutes les milices islamistes syriennes en retraite, la dernière citadelle de tous les combattants qui ont préféré continuer le combat plutôt que de se rendre à l’armée syrienne et à l’armée de l’air russe – et au Hezbollah et, dans une moindre mesure, aux Iraniens.

Le général de brigade Suheil al-Hassan, le « Tigre » de la légende et du mythe militaire syrien – qui peut citer le poète Mutanabi par cœur mais préfère être comparé à Erwin Rommel plutôt qu’à Bernard Montgomery – conduira sûrement ses « Forces du Tigre » vers le dernier combat, le combat qui soldera les comptes entre le régime de Damas et les islamistes salafistes, armés par les occidentaux, qui ont osé essayer de renverser Bachar al-Assad. et ont échoué.

Grâce à Donald Trump, c’en est fini pour les « rebelles » de Syrie qui ont été trahis par les Américains – sûrement en fin de compte par Trump lui-même au cours des discussions secrètes qu’il a eues avec Vladimir Poutine à Helsinki, peut-être le plus important des « inconnus » de ces conversations à laquelle seuls les interprètes étaient présents- comme ils ont été trahis par les Arabes du Golfe.

Trois semaines plus tôt, les Américains avaient dit aux  » rebelles  »  qui se trouvaient au sud-ouest de la Syrie, près du plateau du Golan occupé par Israël, qu’ils ne devaient plus compter que sur leurs propres forces et qu’ils n’auraient plus de soutien militaire étasunien. Même les Casques blancs, les premiers intervenants, secouristes héroïques ou propagandistes de la guerre menée par les  » rebelles  » (faites votre choix, mais soyez sûrs qu’ils seront bientôt qualifiés de  » controversés « ) ont été évacués avec leurs familles des lignes rebelles par les Israéliens et mis à l’abri en Jordanie.

Les Israéliens sont un peu contrariés de ne pas avoir été remerciés par les unités de défense civile des Casques blancs pour leur aide humanitaire – mais qu’espèrent-ils, eux qui ont passé leur temps à attaquer les forces iraniennes, syriennes et du Hezbollah pendant la guerre, à fournir une aide médicale aux combattants islamistes de Nusrah et n’ont jamais – jamais – bombardé l’EI? Les Casques blancs veulent-ils être associés à Israël en ce moment ?

Mais les Israéliens ont obtenu ce qu’ils voulaient vraiment : une promesse russe que les Iraniens resteraient loin du plateau du Golan syrien occupé par Israël. Cela semble un peu étrange, puisqu’il y a peu de troupes iraniennes en Syrie – et ne prêtez pas attention aux sottises des  » experts  » de Washington – mais cela correspond à la conviction morbide et théâtrale de Benjamin Netanyahou que l’Iran est  » un nœud coulant terroriste  » autour du cou d’Israël. Quoi qu’il en soit, Poutine sait tout ce qu’il faut savoir sur la guerre de Syrie : les bombes ont leur mot à dire, mais le cash aussi.

Pour quelle autre raison Poutine viendrait-il d’annoncer un investissement russe de 43 milliards d’Euros dans l’industrie pétrolière et gazière iranienne ? Ne s’agirait-il pas tout simplement de rétribuer l’Iran pour son investissement dans la guerre de Syrie ? Un cadeau de Moscou qui signifierait  » merci de ce que vous avez fait mais vous pouvez partir maintenant  » qui serait couronné par la marche triomphale à Téhéran des forces  » victorieuses « , de retour en Iran après avoir fait leur devoir révolutionnaire islamique en Syrie ?

Après avoir rencontré Poutine au Kremlin il y a moins de deux semaines, Ali Akbar Velayati, le conseiller principal du  » Guide suprême  » Khamenei pour les affaires étrangères, a convenu que leurs entretiens  » concernaient la coopération russo-iranienne… ainsi que la situation dans la région, y compris l’évolution de la situation en Syrie « . Et voilà ! La Russie soutient l’économie iranienne, et en échange Poutine décide pour l’Iran en Syrie.

Il est temps pour les Iraniens, je pense. J’ai été fort choqué de voir les Iraniens de la classe moyenne, riches et très riches, arriver en masse à Belgrade le mois dernier, apportant à l’Ouest avec eux leur argent et leurs objets de valeurs à travers l’un des rares pays européens qui autorise encore l’entrée sans visa des Iraniens sanctionnés. Des vols bon marché en provenance de Téhéran et d’autres villes iraniennes atterrissent quotidiennement en Serbie, et les hôtels de Belgrade regorgent de clients parlant farsi, tous prêts – vraisemblablement – à entamer une nouvelle vie en occident. L’Union européenne, évidemment, menace le président de Belgrade de supprimer le droit qu’ont les citoyens serbes de circuler sans visa dans le reste de l’Europe, si la Serbie n’empêche pas les lucratifs  » touristes  » iraniens d’entrer sur son territoire.

Pendant ce temps, l’armée syrienne, qui combat les derniers groupes islamistes qui ne veulent pas se rendre autour de Deraa, va revenir au bord de la zone tampon des Nations Unies sur le Golan où elle était basée avant le début de la guerre civile en 2011. En d’autres termes, le « Front Sud » va tomber, ne laissant que la citadelle d’Idlib et la ville de Raqqa aux mains des milices encore fidèles aux Etats-Unis – sans doute plus pour très longtemps vu que Trump les a abandonnées à leur sort. Poutine peut probablement résoudre ce problème, s’il ne l’a pas déjà fait pendant son pow-wow avec Trump.

Mais Idlib est une autre paire de manches. Il ne fait aucun doute que nous assisterons à d’autres pourparlers de « réconciliation » parrainés par la Russie entre les autorités syriennes et les groupes rebelles à l’intérieur de la province. Il y aura des accords, privés et publics, grâce auxquels ceux qui souhaitent revenir en territoire gouvernemental pourront le faire. Mais étant donné qu’Idlib abrite les islamistes et leurs familles qui avaient auparavant rejeté de telles offres dans d’autres villes – beaucoup d’entre eux ont été évacués de la Ghouta et de Yarmouk à Damas, de Homs et d’autres villes où ils ont déposé les armes, vers la province d’Idlib – leur avenir semble plutôt sombre.

Nous voulons tous que les guerres se terminent par une « bataille finale », bien sûr. Jérusalem et Bagdad – assez étrangement – ont été les seules « capitales » ennemies envahies par les Alliés pendant la Première Guerre mondiale. Et nous savons que la prise de Berlin par les Russes a mis fin à la Seconde Guerre mondiale. On laissera de côté la chute de Saigon pour des raisons évidentes (le mauvais camp a gagné), et les différentes conquêtes des « capitales » du Moyen-Orient (Jérusalem en 1967, Beyrouth en 1982, le Koweït en 1990, Bagdad en 2003), parce qu’elles ont toutes engendré des conflits meurtriers qui perdurent jusqu’à ce jour.

Mais il ne faut pas oublier que l’armée syrienne est habitée à se battre. Tout comme l’armée de l’air russe. Il est certain que le siège par Al Nusrah de l’hôpital militaire de Jisr al-Shugour à Idlib – et le massacre de nombreux soldats syriens et de leurs familles il y a trois ans – sera dans toutes les têtes au moment de l’assaut. Moscou ne va pas laisser les islamistes rentrer « chez eux » en Tchétchénie. Et Ankara ne voudra pas laisser les vétérans d’Idlib s’installer dans les plaines d’Anatolie – surtout qu’Erdogan est toujours obsédé par le souvenir du  coup d’Etat « islamiste » d’il y a deux ans, et que des dizaines de milliers de prétendus soutiens du coup d’état languissent encore dans les luxueuses prisons turques.

L’Occident ne fera rien pour les aider. Il y a la vieille ONU à tout faire, qui pourrait, je suppose, être envoyé à Idlib dans le cadre d’une mission « temporaire » de maintien de la paix – mais cela ne plaira pas du tout à un président syrien qui a l’intention de remettre chaque kilomètre carré du pays sous le contrôle exclusif du régime. Les rebelles d’Idlib pourraient être repoussés dans un dépotoir encore plus petit dans l’enclave nord d’Afrin – déjà largement contrôlée et peuplée par les anciens amis turcs de l’EI. L’Occident ne voudra pas sûrement pas récupérer les restes de l’armée islamiste qu’il a contribué à armer. L’asile politique aux Casques blancs sera le maximum de sa générosité, avec l’aide habituelle aux réfugiés.

Mais nous devons aussi nous rappeler que les nations qui ont si longtemps cherché à renverser Assad vont maintenant essayer – tout doucement – de rétablir une certaine forme de relation avec le régime de Damas. Les diplomates français font discrètement des voyages touristiques en Syrie depuis près d’un an à partir du Liban. Il en va de même pour les autres nations européennes. Les Américains voudront aussi faire partie du casting – à la mode Trump – et à ce moment-là Poutine sera à sa disposition.

Mais qu’en est-il des cinq millions de réfugiés syriens dont les pays d’accueil – l’Europe, bien sûr, mais aussi la Turquie, le Liban, la Jordanie, l’Irak, le Koweït, l’Egypte – aimeraient beaucoup qu’ils rentrent « chez eux ». Et c’est peut-être là que se trouve la clé de la « fin de la guerre ».

Les Russes sont prêts à fournir des garanties de passage sûr pour les réfugiés – ce que ces promesses valent reste une question ouverte alors que des milliers de sans-abri craignent le régime – et les hommes de Moscou seraient déjà arrivés au Liban, qui accueille jusqu’à un million et demi de Syriens, pour discuter de la logistique. Les Arabes du Golfe – en particulier le Qatar – seraient intéressés par la reconstruction financière de la Syrie. Donc, s’ils ne se rendent pas militairement, les « rebelles » d’Idlib peuvent-ils être achetés ? Notamment par les nations arabes qui les ont soutenus en premier lieu. Ce sont les premiers jours. Mais toutes les guerres prennent fin. Et alors l’histoire recommence.

 

Source: Arrêt sur Info

https://www.investigaction.net/fr/levacuation-des-casques-blancs-en-syrie-est-elle-le-prelude-de-lultime-bataille/

 

 

 

Trump : le Déglobalisateur ?

Trump : le Déglobalisateur ?

Par Peter_Koenig-80x80_c Peter Koenig – Le 22 juillet 2018 – Source thesaker.is

On dirait que Trump devient fou furieux avec ses « politiques commerciales ». Non seulement il a contrarié l’Union européenne – qui ne mérite pas mieux, franchement – d’avoir été et d’être encore des vassaux soumis contre la volonté de 90% des Européens ; mais il a aussi réussi à mettre la Chine en rogne. Eh bien, pour la Chine, ce n’est pas très important, car elle a beaucoup d’autres marchés, y compris l’ensemble de l’Asie, et probablement de plus en plus l’Europe, qui ressent sérieusement le besoin de se détacher des États-Unis.

Ce qui est frappant, cependant, c’est que même au début du sommet du G20 en cours à Buenos Aires, en Argentine, les ministres de Trump ont clairement indiqué que faute pour l’Europe d’annuler toutes ses subventions – en se référant principalement aux subventions agricoles – et d’éliminer les représailles nouvellement imposées sur les droits de douane, de nouveaux accords commerciaux ne seront pas discutés. Peu importe que les États-Unis aient les subventions agricoles les plus élevées au monde.

De loin, cela ressemble à la guerre commerciale la plus embrouillée et absurde que les États-Unis, via Trump, mènent contre le reste du monde – à la « Make America Great Again ». Est-ce que ça marchera ? Peut-être. On ne peut jamais prédire la dynamique, surtout pas dans un monde occidental néolibéral habitué au simplisme, qui par définition est toujours faux. Sciemment et délibérément, l’Occident et ses institutions financières clés, le FMI, la Banque mondiale, la FED et la Banque centrale européenne, trompent le grand public en leur faisant croire leurs statistiques et leurs prédictions – qui, si l’on remonte dans l’histoire, ont toujours été hors des clous.

Toute vie est dynamique. Mais pour comprendre cela, il faut une pensée indépendante – que l’Occident a depuis longtemps abandonnée, malheureusement. Ainsi, en réponse au dernier fiasco commercial de Trump au G20 en Argentine, le FMI est sur les dents, estimant que cela pourrait faire baisser le PIB mondial d’au moins 0,5%. Même si c’est vrai, et alors ?

En réalité, il y a un scénario totalement différent dont personne n’ose parler. À savoir : qu’est-ce que la production locale renouvelée et la souveraineté monétaire peuvent apporter à l’économie mondiale ? Précisément ce que M. Trump dit qu’il veut apporter aux États-Unis : la production locale pour les marchés locaux et le commerce avec les pays qui respectent les avantages mutuels. Avantages mutuels qui, bien sûr, ne sont pas facilement au rendez-vous dans un accord commercial avec les États-Unis. Mais pour la question du pouvoir économique, ceux-ci sont un énorme baril de poudre. La stimulation des économies locales par le crédit interne est le moyen le plus efficace pour stimuler l’emploi local et le PIB.

Ensuite, il y a le jeu des sanctions. Ça devient de plus en plus agressif. De nouvelles sanctions contre la Russie, de nouvelles sanctions contre le Venezuela et de nouvelles sanctions lourdes contre l’Iran. Et les marionnettes européennes continuent à suivre, bien qu’elles souffrent le plus des sanctions américaines imposées aux autres, notamment parce que, « stupidité » ou peur, elles ne peuvent pas abandonner l’empire destructeur à l’agonie. Ou peut-être ces faux leaders de la construction bruxelloise sont-ils achetés ? – Oui, je veux dire achetés avec de l’argent ou des faveurs – ce n’est pas impossible, puisque les gens de la Commission européenne, qui dirigent les choses, ne sont pas élus, donc ils ne sont responsables vis-à-vis de personne.

Prenons le cas de l’Iran, Trump et ses pairs, Bolton et Pompeo, ont menacé toutes les compagnies pétrolières du monde entier de lourdes sanctions si elles continuaient à acheter des hydrocarbures en Iran au-delà de novembre 2018. Les géants européens du pétrole sont particulièrement inquiets, comme Total, ENI, Repsol et d’autres. En conséquence, ils ont annulé leurs contrats de plusieurs milliards d’euros avec l’Iran pour se protéger – et, bien sûr, leurs actionnaires. Tout récemment, j’ai parlé à un haut dirigeant de Total. Il a dit : « Nous n’avons pas le choix, car nous ne pouvons pas faire confiance à nos gens à Bruxelles pour nous protéger des sanctions de Washington. Nous devons donc chercher ailleurs pour remplir nos obligations contractuelles vis-à-vis de nos clients. Mais, a-t-il ajouté, nous n’avons pas acheté de pétrole de schiste américain ; nous négocions avec la Russie. Voilà où on en est. »

Le marché européen des hydrocarbures iraniens est estimé à environ 20% de sa production totale. Un montant, facilement pris en charge par la Chine et d’autres qui sont trop grands – et trop fiers – pour être sanctionnés par l’empire. Certains peuvent effectivement revendre des hydrocarbures iraniens, par une porte dérobée, aux sociétés pétrolières européennes autrement sanctionnées.

L’Iran dispose d’une autre arme puissante qu’il a déjà clairement annoncée :  si les États-Unis tentent sérieusement d’empêcher quiconque d’acheter du pétrole et du gaz iraniens, l’Iran peut bloquer le détroit d’Ormuz, par lequel transite quotidiennement environ 30% de tous les hydrocarbures utilisés dans le monde, dont près de la moitié vers les États-Unis. Cela pourrait augmenter le prix du pétrole de manière exponentielle et ruiner les économies de nombreux pays. Cependant, des prix plus élevés profiteraient également à la Russie, à la Chine et au Venezuela, précisément aux pays que Washington veut punir.

Une telle initiative de l’Iran provoquerait-elle une agression américaine directe ? On ne sait jamais avec les profiteurs de guerre aux États-Unis. Ce qui est sûr, c’est qu’une telle intervention ne se passerait pas sans une réponse proportionnée de la Chine et de la Russie.

De l’autre côté du scénario, imaginez : les pays embourbés dans ce gâchis mondial, provoqué par les États-Unis, commencent à nouveau à s’occuper de leurs propres intérêts, de leur propre souveraineté et indépendance vis-à-vis de la mondialisation. Ils se lancent dans des politiques économiques favorisant l’autosuffisance, la sécurité, d’abord dans le domaine alimentaire, puis se concentrent sur leurs recherches scientifiques pour construire leurs propres parcs industriels à la pointe de la technologie. Un exemple frappant est la Russie. Depuis l’imposition de sanctions, la Russie est passée d’un pays totalement dépendant des importations depuis l’effondrement de l’Union soviétique à un pays autosuffisant dans le secteur de l’alimentation et de l’industrie. Selon M. Poutine, les sanctions sont la meilleure chose qui soit arrivée à la Russie depuis la chute de l’Union soviétique. La Russie est le premier exportateur mondial de blé depuis deux ans.

Les Européens ont commencé tranquillement à réorienter leurs activités commerciales vers l’est. Les Européens ont peut-être enfin remarqué – non pas les marionnettes élitistes de Bruxelles, mais le Big Business et le grand public – que l’on ne peut pas faire confiance au partenaire transatlantique, ni à l’administration centrale européenne de Bruxelles que l’Europe s’est imposée elle-même. Ils cherchent leurs propres moyens, chacun de ces pays tente progressivement de se sortir des griffes de Washington, se détachant finalement de la domination du dollar, car ils remarquent, en hommes d’affaires avisés, que l’économie basée sur le dollar est une affaire perdante.

Et il y a le Brexit, le mouvement le plus flagrant pour s’éloigner ouvertement du dictat européen qui « limite la liberté », et qui n’est rien d’autre qu’une copie conforme du dictat économique du dollar, tel qu’il est pratiqué aux États-Unis et partout où le dollar reste la monnaie principale des contrats internationaux et la monnaie de réserve.

Le mouvement Cinq étoiles en Italie a été créé sur des prémisses similaires – se libérer de Bruxelles et des menottes de la politique de l’euro. Lors d’une première tentative de mise à l’écart de l’euro, ils ont reçu une fessée du président italien europhile, Sergio Mattarella, qui refusait d’accepter [dans le gouvernement] un ministre des Finances eurosceptique, Paolo Savona, proposé par le parti Lega Norte, partenaire de la coalition Cinq étoiles. Savona avait déclaré que l’entrée de l’Italie dans la zone euro avait été une « erreur historique ». Cette effort de l’Italie pour retrouver sa souveraineté monétaire n’est pas fini. Au contraire, il a pris de la force et de la détermination. L’Allemagne évolue dans la même direction en ouvrant discrètement ses portes à Moscou et à Pékin.

Malheureusement, ces initiatives ont peu à voir avec une nouvelle conscience, plus humaine et pacifique, mais plutôt avec les intérêts des entreprises. Mais peut-être que la prise de conscience – les retrouvailles avec l’étincelle originelle d’une humanité imprégnée de solidarité – est un processus qui se fera étape par étape.

Et si, compte tenu du mouvement des gens vers l’autodétermination, de la folie furieuse de Trump, de sa plongée dans le chaos – vers plus en plus de chaos – du jeu des sanctions sans fin, des punitions et menaces, amis et ennemis confondus, nous nous dirigions vers une véritable dé-globalisation du monde ?

Si cela devait arriver, alors nous, les 90% de la population mondiale, devrions être très reconnaissants à M. Trump, qui a montré et ouvert la voie des Lumières, celles de la dé-globalisation.

Peter Koenig est économiste et analyste géopolitique. Il est également spécialiste des ressources en eau et de l’environnement. Il a travaillé pendant plus de 30 ans avec la Banque mondiale et l’Organisation mondiale de la santé dans le monde entier dans les domaines de l’environnement et de l’eau. Il enseigne dans des universités aux États-Unis, en Europe et en Amérique du Sud. Il écrit régulièrement pour Global Research, ICH, RT, Spoutnik, PressTV, Le 21ème siècle, TeleSUR, The Saker, et d’autres sites internet. Il est l’auteur du livre  Implosion – An Economic Thriller about War, Environmental Destruction and Corporate Greed  – une fiction basée sur des faits et sur 30 ans d’expérience de la Banque mondiale dans le monde. Il est également co-auteur de The World Order and Revolution ! – Essays from the Resistance.

Note du Saker Francophone

Cet article a fait l'objet d'une analyse sur le site dedefensa.org

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/trump-le-deglobalisateur