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À Nouakchott, la conjonction des planètes a mis l’Europe au diapaso

À Nouakchott, la conjonction des planètes a mis l’Europe au diapason

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03 juillet, 2020
NoteLeslie Varenne

Le seul événement marquant du sommet G5 Sahel de Nouakchott a été la participation de Guiseppe Conté et Pedro Sanchez ainsi que celle d’Angela Merkel. Pour une fois, le Sahel a mis l’UE au diapason. Pour le reste, ce fut une simple mise à jour des décisions prises à Pau en janvier dernier.

Malgré la frilosité des présidents du G5 Sahel qui auraient préféré une visioconférence pour cause de pandémie, Emmanuel Macron souhaitait que ce sommet ait lieu en présentiel. Ce premier déplacement à l’étranger en dehors du continent européen depuis le coronavirus, ce mardi 30 juin, lui a permis de sortir de deux séquences douloureuses pour son gouvernement et sa majorité : la gestion de la crise sanitaire et les élections municipales. Lors de sa première déclaration devant la presse à Nouakchott, le Président français a réitéré les propos optimistes tenus le 11 juin dernier : « Nous avons, ces six derniers mois, connu de vrais succès. » Mais après tout, lorsqu’un État est engagé dans un conflit, il est de bonne guerre d’affirmer qu’il le gagne… 

Agenda européen

Dans cette même déclaration, il n’a ni masqué son contentement quant à la participation des trois Européens Guiseppe Conté, Pedro Sanchez et Angela Merkel, ni manqué de rappeler que c’est la volonté qu’il porte depuis un peu plus de trois ans. « Quand la France s’engage, c’est l’Europe qui s’engage avec elle », a-t-il formulé, ajoutant : « C’est une volonté d’européaniser la lutte contre le terrorisme dans le Sahel. »

Sur ce dossier, Emmanuel Macron bénéficie d’un très bon alignement des planètes. L’Allemagne vient de prendre la présidence tournante de la Commission européenne et ne veut apparaître en retrait ni sur le Sahel ni sur les questions de sécurité en général. En outre, la chancelière –profondément agacée par les décisions, sans préavis, de l’allié américain de transférer ses troupes stationnées en Allemagne vers la Pologne, et par les nouvelles sanctions des États-Unis concernant le gazoduc North Stream 2– semble commencer à trouver ne serait-ce qu’un peu de mérite à l’idée (toujours défendue par la France) de pouvoir opérer sérieusement entre États de l’Union européenne (UE) sans la participation de l’OTAN. Lors d’un entretien au groupe de réflexion du Conseil de l’Atlantique, la ministre allemande de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, a déclaré que l’UE pourrait soutenir de nouvelles initiatives de lutte contre le terrorisme en Afrique soi-disant pour « diminuer le besoin d’une présence américaine », ce qui en dit long sur la dépendance du monde politique allemand à la drogue douce du parapluie militaire américain !

Après avoir croisé le fer avec la France sur la question libyenne, Rome et Paris ont trouvé un terrain d’entente. L’Italie, déjà présente au Sahel par le biais d’un accord bilatéral avec le Niger et des programmes européens, semble aussi avoir envie de prendre plus de place dans le dispositif. Pour ce pays, la région est stratégique en raison du contrôle des flux migratoires et de sa proximité avec la Libye, où l’ancienne puissance coloniale a encore beaucoup d’intérêts. Cela explique la présence de Guiseppe Conté à Nouakchott. Par ailleurs, il ne déplaît pas au président du Conseil des ministres italien de faire plaisir à Emmanuel Macron puisqu’il aura besoin du soutien de la France lors des négociations sur le plan de relance de 750 milliards d’euros porté par l’exécutif européen. 

Quant à la présence de Pedro Sanchez à Nouakchott, elle correspond à son agenda africain. Il joue la carte de son pays qui est très actif dans le contrôle des flux migratoires au travers de l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex), en Mauritanie notamment, et sait bien que ces flux sont aussi ceux du terrorisme et de la drogue. En Espagne, ce voyage a été perçu comme une tentative de peser dans cette partie de l’Afrique.

Les principaux pays européens présentent donc un front uni malgré leurs divergences. Mais si le Sahel semble mettre tout le monde d’accord, c’est seulement parce que les intérêts et les calendriers coïncident. Emmanuel Macron profite d’une conjonction d’égoïsmes nationaux pour tenter de donner corps à son rêve d’une Europe « unie et solidaire ». Cela ne signifie pas pour autant que l’Espagne et l’Allemagne s’engageront dans l’opération Takouba, ni à quel horizon, l’Italie, elle, hésite encore. La présence des Européens doit se lire aussi dans le cadre de la situation libyenne. La « syrianisation » de l’ancienne Jamahiriya crée un contexte chaotique et dangereux aux portes sud de l’Europe.

Le Sahel toujours aux Sahéliens ?

Le G5 Sahel a été créé à l’initiative de la Mauritanie en 2014, il comprenait comme aujourd’hui les cinq pays –Mali, Mauritanie, Niger, Burkina Faso et Tchad. Dès l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, la France a préempté cette organisation avec l’assentiment des chefs d’État africains qui voyaient là un moyen de faire payer leur guerre par des « partenaires » internationaux. Si les promesses de dons ont afflué, les résultats espérés sont restés lettre morte. Au passage, dans le communiqué final du sommet de Nouakchott, il est une nouvelle fois demandé que le G5 soit placé sous le chapitre VII des Nations unies. Cette supplique devient un marronnier. Elle est systématiquement reposée sur la table après chaque réunion. Cela n’a pourtant aucune chance d’aboutir, les États-Unis ayant toujours mis leur veto, il n’y a aucune raison pour que ce non ferme et définitif se transforme en un oui.

La Coalition pour le Sahel a, elle, été créée par la France en avril 2020. C’est une nouvelle structure qui élargit encore le champ de compétence du G5 dans l’espoir de recruter plus de parrains, si possible bienveillants et prêts à richement doter la mariée. Cette coalition repose sur quatre piliers : la lutte contre le terrorisme (un aspect particulier de la mission militaire du G5), le renforcement des capacités des forces armées et de sécurité du Sahel, la restauration de l’autorité des États et l’aide au développement. Avec un agenda aussi large, l’intérêt était acquis. De fait, cette nouvelle structure ressemble, pour l’instant, à une auberge espagnole, tous ceux qui veulent s’engager dans le Sahel y sont les bienvenus. La première rencontre, qui a eu lieu le 12 juin dernier, réunissait derrière les écrans de la visioconférence le G5, presque tous les pays européens, la Cedeao, les Nations unies, sans oublier l’Union africaine. 

Questions : le G5 résistera-t-il à toutes ces injonctions contradictoires ? Est-il soluble dans cette coalition ? Ce qui reviendrait à dissoudre totalement cette force africaine dans un ensemble d’intérêts hétéroclites tout en internationalisant encore un peu plus ce conflit. Vu de l’Élysée, c’est une « internationalisation nécessaire de la crise ». Est-ce un non-dit pour mieux diluer sa responsabilité et faciliter son exfiltration ? Vu du Sénégal par le journaliste Yoro Dia, c’est « le confinement des souverainetés » qui survient lorsque les États « ont choisi de sous-traiter leur sécurité à la France et à l’ONU ».

Des présidences affaiblies

Lors de cette réunion, l’accent a également été mis pour organiser le redéploiement des administrations, des services publics, justice, police, dans les territoires « reconquis » par la force militaire, notamment dans les pays les plus fragiles : Mali et Burkina Faso. Ce retour de l’État sera sans aucun doute difficile, voire impossible, à mettre en œuvre dans la situation sécuritaire actuelle avec en prime des Présidents très affaiblis. En outre, les campagnes électorales pour les présidentielles qui s’ouvrent au Burkina Faso et au Niger risquent fort de les déstabiliser encore un peu plus car les promesses électorales et les surenchères vont pleuvoir. 

Propos optimistes, discours volontaristes, méthode Coué ne suffisent pas toujours à gagner les guerres, le Sahel n’est pas sorti de l’auberge… espagnole !

Leslie Varenne

Cette note d’analyse a été publiée dans le journal en ligne SputnikTags:
afriqueafrique de l’ouest; sahel; union européenne

https://www.iveris.eu/list/notes/505-a_nouakchott_la_conjonction_des_planetes_a_mis_leurope_au_diapason

L’Europe hausse le ton face à la Chine

L’Europe hausse le ton face à la Chine

admin

Changement de ton. Au terme d’un sommet par vidéoconférence, lundi, avec le Premier ministre et le président chinois, Ursula von der Leyen et Charles Michel ont osé des mots particulièrement fermes . Qu’il s’agisse de cybersécurité, de relation économique, de droits de l’Homme, du statut de Hong Kong ou du climat, les présidents de la Commission européenne et du Conseil européen n’ont pas caché leurs frustrations. Pour qu’il y ait des progrès, il faut « de la coopération des deux côtés, de la réciprocité, de la confiance », a mis en garde Ursula von der Leyen, particulièrement explicite, après avoir présenté le sommet de lundi comme un simple « point de départ »

Méfiance

L’accord sur la protection des investissements, que les deux parties espéraient boucler en 2020, ne progresse plus. « La volonté politique fait défaut à Pékin », résume une source européenne. Pour Bruxelles, la relation bilatérale manque de réciprocité. Et désormais, il n’est plus question de se précipiter. « Tous les Etats-membres sont d’accord sur le fait que la substance importe plus que la vitesse », résume la même source. Ursula von der Leyen s’est faite menaçante : faute de percée cette année, il serait « difficile de développer notre agenda conjoint 2025 »

Le contexte, désormais, est à la méfiance. Vue de Bruxelles, la crise du coronavirus a accéléré certaines prises de conscience. Non seulement l’Europe a mesuré sa dépendance à l’égard de la Chine, mais elle a aussi pu constater un nouvel activisme chinois sur le front de la propagande et de la désinformation . Pointant des cyberattaques précises, la présidente de la Commission a été claire : « Cela ne peut pas être toléré. »

La reprise en main musclée de Hong Kong par Pékin est venue s’ajouter à ce tableau et raviver les craintes au sujet d’une Chine de plus en plus décomplexée et agressive. Charles Michel a fait part de sa « vive inquiétude», rappelant que l’UE soutenait le principe « un pays, deux systèmes » qui semble aujourd’hui menacé dans l’ancienne colonie britannique. « Pour l’UE, les droits de l’homme et les libertés fondamentales ne sont pas négociables », a renchéri Ursula von der Leyen. 

Stratégie défensive défensif

Alors que l’Union européenne accumule des années de frustration dans sa relation économique bilatérale avec la Chine, elle déploie désormais une stratégie nettement plus défensive à l’égard de Pékin, comme en a témoigné l’agenda de la semaine dernière. Outre le projet de mieux protéger l’UE des entreprises bénéficiant de subventions étrangères , Bruxelles a imposé des droits de douane à des entreprises chinoises qui avaient tenté de contourner les restrictions à l’exportation en Europe via des entités basées en Egypte. Et remporté une victoire définitive, par forfait , dans le long bras de fer qui l’opposait à Pékin au sujet du « statut d’économie de marché ». L’Europe, tout en cherchant une interaction constructive avec Pékin sur de nombreux sujets multilatéraux, semble déterminée à rehausser son niveau de jeu face à un partenaire désormais qualifié de « rival systémique ».

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(B2) Un cargo soupçonné de transporter des armes vers la Libye est surveillé de près par ….

Actu BlogMéditerranéeMissions UE (PSDC)Un cargo sous escorte turque soupçonné de violer l’embargo sur les armes Nicolas Gros-VerheydeEmbargo sur les armesEUNAVFOR Med IriniLibyeTurquie  2 min read

(B2) Un cargo soupçonné de transporter des armes vers la Libye est surveillé de près par l’opération européenne EUNAVFOR Med Irini

Le Cirkin, un navire marchand turc battant pavillon tanzanien a été détecté mercredi (10 juin), au sud-ouest de la Crète, se dirigeant vers la Libye. De forts soupçons sont nés que le Cirkin n’effectue pas un transport tout à fait ordinaire mais qu’il pouvait transporter des armes illégales. Il n’est pas seul, accompagné par trois navires de la marine turque. Ce qui renforce le soupçon.

L’hélicoptère de la frégate grecque Spetsai (1) a alors reçu l’ordre du commandant de l’opération EUNAVFOR Med Irini de décoller pour aller contrôler le navire. Procédure normale en cas de soupçon sur un navire. Le capitaine et l’équipage du navire marchand n’ont pas répondu aux appels d’inspection de l’hélicoptère. Ce sont les Turcs qui ont répondu, indiquant que le navire était sous protection de la République turque, selon la télévision grecque AN1 Tv, qui commente l’information. L’hélicoptère est revenu alors à bord de la frégate. Le Spetsai a cependant reçu l’ordre de suivre les navires à distance.

Commentaire : un cas d’école prévu d’avance, véritable test pour l’Union européenne 

Les Turcs sont parfaitement dans leur droit, même s’ils agissent ainsi au vu et au su de tout le monde, avec une mauvaise foi patente. C’est la stricte application du droit de la mer. Tout navire opérant une mission de service public ne peut être inspecté par un navire de guerre.

Cet argument avait d’ailleurs déjà été utilisé en son temps par le gouvernement de Tripoli pour protéger ses navires d’une incursion trop précise des navires de l’opération Sophia (2). Cette hypothèse était très probable et envisagée dès le début de l’opération Irini. C’est un vrai test pour l’Union européenne de sa capacité à imposer les règles internationales d’embargo.

Selon nos informations, la question turque pourrait être évoquée lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de lundi (15 juin) dans les points d’actualité. Au départ, c’était davantage lié à l’action du gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan dans les forages au large de l’île de Chypre. Cet épisode rajoute un dossier de plus dans des relations compliquées entre Bruxelles et Ankara.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Le Spetsai est pour l’instant le seul navire actif dans l’opération. Le San Giorgio, qui sera le navire amiral, devrait le rejoindre bientôt. Mais il était encore à quai hier.
  2. Lire : L’affaire du Lufy : un trafic d’armes intralibyen ? un problème européen ?

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l’université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 – Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

https://www.bruxelles2.eu/2020/06/un-cargo-sous-escorte-turque-soupconne-de-violer-lembargo-sur-les-armes/?utm_source=mailpoet&utm_medium=email&utm_campaign=les-newsletter-total-derniers-articles-de-notre-blog_2

L’opinion, ça se travaille… ou pas

L’opinion, ça se travaille… ou pas

8 Mai 2020

Attachons-nous dans ce billet, au titre en forme de clin d’œil à l’excellent livre paru au lendemain de l’incroyable intox de la guerre du Kosovo, à quelques nouvelles intéressantes. Si les années 90 ont marqué l’apogée d’une opinion publique crédule qui gobait tout ce que les médias occidentaux lui servaient, la situation actuelle semble quelque peu différente…

Nous avons évoqué, il y a un mois, une mauvaise nouvelle pour l’empire :

Autre sondage inquiétant pour le Deep State US, là aussi mené avant la crise coronavirienne qui n’a rien fait pour arranger les choses, une étude du très sérieux Pew Research Center montre que la confiance dans l’OTAN se détériore dangereusement parmi la population de ses pays membres.PUBLICITÉ

Si, en moyenne, 53% continuent de percevoir l’alliance atlantique de manière positive contre 27% de manière négative, la tendance ne trompe pas. Entre 2017 et 2019, les opinions positives sont passées de 62% à 52% aux Etats-Unis, 60% à 49% en France, 67% à 57% en Allemagne. Seul le Royaume-Uni post-Brexit a vu une petite augmentation (62% à 65%).

Question encore plus dérangeante, 50% (contre 38%) des interrogés pensent que leur pays ne devrait pas intervenir si un membre de l’OTAN était attaqué par la Russie ! L’article 5 a du plomb dans l’aile… La réticence est particulièrement élevée en Allemagne (60%) et surtout en Italie (66%).

L’Union européenne étant l’antichambre de l’alliance atlantique, est-ce tout à fait un hasard si la première suit la seconde dans le mouvement de défiance générale que connaît le système impérial ? Notre bonne presse l’avoue benoitement, les Français ne croient plus en l’UE. Drame à Bruxelles…

Si l’éthylique Jean-Claude n’est plus là, les euronouilles passent un bien mauvais printemps. Et encore, l’étude citée plus haut, dirigée par le très européiste Institut Jacques Delors, a-t-elle eu lieu avant le fiasco pandémique qui a définitivement ridiculisé l’UE. L’on sent, depuis quelques temps, les officines médiatiques en mode damage control ; les mots tentent encore de faire illusion mais le cœur n’y est plus.

Et puisque l’on parle de l’OTAN, un très remarqué sondage sur la jeunesse russe a été menée par le Centre Levada, dont la réputation de sérieux et d’indépendance n’est plus à faire. Si quatre jeunes sur cinq se déclare apolitiques, ce sont les autres questions qui interpellent.

Seuls 16% éprouvent le désir d’aller vivre à l’étranger et un tiers seulement considère la Russie comme européenne. Parmi les institutions les plus respectées, on trouve sans surprise le volontariat (49%) mais, chose intéressante, l’armée (44%) et le président (42%) sont en bonne place. Celles qui suscitent, au contraire, le plus de défiance sont les syndicats (44%), les partis politiques (50%) et surtout… l’OTAN (56%) !

Si le Kremlin se posait des questions sur l’après-Poutine, il peut être rassuré. Les piliers de la combativité russe dans le Grand jeu – patriotisme, président fort, armée et hostilité envers l’Alliance atlantique – sont profondément ancrés dans la jeunesse, même quand elle s’intéresse peu à la chose publique.Tag(s) : #Europe#Russie

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/05/l-opinion-ca-se-travaille.ou-pas.html

L’Afrique subsaharienne est en passe de déjouer les scénarios catastrophes prédits. Cependant, la gestion de la pandémie par les institutions internationales et les pays européens accentue la crise de confiance envers les Occidentaux et préfigure une nouvelle donne géopolitique.

07 mai, 2020
NoteLeslie Varenne, Union européenne; Etats Unis,

L’Afrique subsaharienne est en passe de déjouer les scénarios catastrophes prédits. Cependant, la gestion de la pandémie par les institutions internationales et les pays européens accentue la crise de confiance envers les Occidentaux et préfigure une nouvelle donne géopolitique.

Cette note d’analyse a été publiée dans le journal en ligne Sputnik

Comme l’ONU et l’OMS, ils ont été nombreux à prophétiser le pire en Afrique. Mélinda Gates, l’épouse de Bill, a déclaré à CNN, avec l’air compassé de ces dames patronnesses d’un autre siècle, qu’elle n’en dormait pas la nuit, elle imaginait les cadavres gisant dans les rues. Mais qui leur a soufflé ce scénario apocalyptique ? Probablement les mêmes qui ont annoncé aux dirigeants français et britannique que leurs États dénombreraient chacun, dans le pire des cas, 500.000 décès : l’impérial Collège de Londres et son mentor Neil Fergusson –qui s’était pourtant déjà lourdement trompé lors de la crise de la vache folle et de la grippe aviaire.

Le logiciel de la bêtise

L’Occident vieillissant continue de prêter attention à des modélisations, à des probabilités mathématiques vides de sens. X décès pour un pays de X habitants, multiplié par 55 États, égale des millions et des millions de morts, dixit Antonio Guterrez. En avril, le très sérieux think tank, Africa Center for Strategic Studies, l’institution universitaire pour l’Afrique du Pentagone, a publié une étude, non moins sérieuse, sur les facteurs de risque liés au coronavirus sur le continent. Ils ont choisi des critères aussi différents que l’âge médian, la liberté de la presse, la transparence gouvernementale, l’état des structures sanitaires. Puis ils ont passé torchons et serviettes au mixeur. Que croyez-vous qu’il en soit ressorti ? Des confettis… Le pays qui aurait dû être le plus impacté est le Soudan du Sud, qui dénombre à ce jour 46 cas, alors que l’Afrique du Sud, qui est en tête du nombre de personnes infectées par le coronavirus (7.220), se retrouve à la 28e place de ce classement. 

C’est un peu comme si un « scientifique » avait calculé le nombre probable de contaminés dans l’Hexagone en fonction de la capacité des Français à subir un confinement draconien sur la base de la popularité de leur Président ! Et pourtant ils l’ont fait…

Pour une fois, Dieu est noir…

L’Afrique subsaharienne francophone se réjouit d’avoir déjoué de si aberrantes et si sombres prédictions. Pour une fois, ce n’est pas sur elle que la foudre est tombée, mais sur la tête des pays riches avec leurs systèmes de santé perfectionnés.

Il fut un temps pas si lointain, en avril 2019, où l’OTAN pressait ses alliés de jouer un plus grand rôle en Afrique pour, entre autres, se prémunir des menaces sanitaires en provenance de ce continent. Mais personne, absolument personne, n’avait envisagé le scénario inverse. 

Bien sûr, il reste une part de méfiance et de doute quant au devenir de l’épidémie. Difficile encore d’appréhender la réalité des chiffres. Dans les pays francophones d’Afrique subsaharienne, certains États gonflent le nombre de cas pour toucher la « rente Covid », d’autres les minorent par manque de tests et/ou pour jouer les bons élèves. D’autres encore pratiquent un savant alliage : un peu mais point trop… Cependant, force est de constater que le virus reste circonscrit dans le milieu des élites et n’atteint pas ou très peu les quartiers populaires densément peuplés. À tel point que les populations se demandent: « Mais où est ce corona ? » Quel est donc ce virus qui ne s’en prend qu’aux grandes puissances et aux nantis de leurs pays ?

Ici et là, au Mali, au Burkina Faso, au Niger, des révoltes éclatent un peu partout pour en finir avec les restrictions des libertés prises pour lutter contre la pandémie. Les manifestants demandent la réouverture des marchés, des lieux de culte et l’abrogation des couvre-feux. L’exaspération est telle que les chefs d’État se voient dans l’obligation de lever une à une les mesures liberticides.

L’effet « Mira »

À cette colère s’en ajoute une autre, celle déclenchée par les propos du chef de service de réanimation de l’hôpital Cochin à Paris, Jean-Paul Mira, qui a émis l’idée de tester des vaccins sur les Africains. Elle a été encore renforcée par la volonté affichée de l’OMS, de Bill Gates et du GAVI (une organisation internationale qui promeut la vaccination), tous deux importants bailleurs de cette institution, de vacciner toute la planète avec le concours de l’Union européenne qui a lancé un téléthon pour financer les recherches. S’il s’avérait que le SARS-COV-2 soit un virus saisonnier et qu’il ne survive pas à l’été, comme le pensent certains scientifiques, ce serait une absurdité, une de plus. Qu’importe, le ridicule ne tue plus…

Le 3 avril, aux côtés de Mike Hamer, l’ambassadeur des États-Unis à Kinshasa, le monsieur Ebola de la République démocratique du Congo annonçait fièrement qu’un vaccin contre le SARS-COV-2 serait testé en été et que son pays avait été choisi pour ces essais cliniques. Quelques jours plus tard, devant la levée de boucliers de ses compatriotes, penaud, le docteur Muyembé rétropédalait.

Toutes ces pitreries risquent fort d’avoir des effets délétères en faisant naître une défiance portant sur l’ensemble des vaccins, dont certains sont pourtant absolument nécessaires comme la fièvre jaune, le BCG, etc. Finalement, le ridicule peut tuer…

Comme en 40

À cette exaspération envers les prophètes de la collapsologie s’est donc ajoutée une violente réaction contre tous ceux qui prônent ce vaccin « miracle et obligatoire ». Le baromètre de la confiance envers les institutions internationales OMS, ONU, de l’Union européenne et de la France, qui n’était déjà pas au beau fixe, a viré à l’avis de tempête. Mais comme d’habitude, les concernés, sûrs d’eux-mêmes, ne mesurent pas l’intensité du rejet et ne changent surtout rien.

Ces signaux forts viennent se greffer à d’autres, plus faibles mais qui pourraient avoir des conséquences majeures à plus ou moins long terme. La « séquence coronavirus » a été le révélateur des fragilités des grandes puissances. L’Afrique francophone a vu ses anciens colonisateurs, français et belges, compter leurs morts chaque soir, elle a vu leurs doutes, leurs hésitations et les comportements incohérents de leurs dirigeants.  Elle a vu leurs citoyens subir des incarcérations volontaires et des pénuries. Au passage, en Afrique, il y a des masques « grand public » disponibles partout et pour tout le monde.

Dans les esprits, cela rappelle la guerre de 14-18, lorsque le doute s’est installé quant à l’invincibilité du colonisateur. Un doute qui s’est transformé en conviction avec la défaite de 1940, quand l’occupant est devenu l’occupé… Dès lors, les indépendances devenaient inéluctables.

Les premières pierres d’un début de changement de paradigme sont déjà posées. L’épidémie a permis au Maroc de déployer une intense diplomatie sanitaire, en livrant des masques et des médicaments à d’autres pays du continent. Le Sénégal s’est affiché en pointe sur les recherches et les traitements. Le Président malgache, Andry Rajoelina, a joué un joli coup avec sa potion Covid-Organics qui fait fureur dans toute l’Afrique. La Guinée-Bissau a même affrété un airbus pour transporter le produit afin de le distribuer aux 14 pays de la Cedeao.

Des débats, qui ne sont certes pas nouveaux, sur la dette et l’efficacité de l’aide au développement sont appréhendés à la lumière de l’impuissance qu’ont montrée les grandes puissances et de ce qui est vécu comme le passage d’une époque à une autre. Dans un entretien récent, l’ancien Premier ministre burkinabè, Tertius Zongo, a déclaré : « À plus long terme, il nous faudra raisonner différemment le monde. La crise va donner l’opportunité à une forme, sans doute pas de déglobalisation, mais tout du moins de raisonnement en termes de blocs. » Ce qui signifierait la fin de l’hyperpuissance américaine et celle de l’hégémonie occidentale. Le coronavirus aurait ainsi accéléré l’avènement d’un monde multipolaire. Il n’est pas encore interdit d’être optimiste…

Leslie VarenneTags:
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https://www.iveris.eu/list/notes/494-en_afrique_limage_de_loccident_sort_tres_abimee_de_la_crise_sanitaire

Les multinationales françaises à l’offensive contre la transition écologique

Les multinationales françaises à l’offensive contre la transition écologique

mercredi 15 avril 2020, par Maxime CombesMots-clés > FinanceÉcologie et SociétéCampagne > Justice sociale et climatique

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Article initialement publié dans Basta !

Un document révèle le lobbying mené actuellement par les grandes entreprises françaises auprès de la Commission, notamment du secteur automobile, pour reporter ou annuler toute régulation européenne en matière climatique ou écologique. Bien loin de l’image verte qu’elles tentent de se donner dans les médias.

Les dirigeants des entreprises multinationales françaises Renault, L’Oréal, Danone, Saint Gobain, Nestlé, Engie et Suez viennent de signer une tribune dans Le Monde et plusieurs médias européens, aux côtés notamment de Pascal Canfin (député européen LREM, ex-écologiste), Laurent Berger (secrétaire général de la CFDT), Elisabeth Borne (ministre de la Transition écologique) ou encore Yannick Jadot (député européen écologiste), appelant à mettre en œuvre des «  investissements pour la relance verte et la biodiversité  », qui doivent « servir d’accélérateurs de la transition vers la neutralité climatique et des écosystèmes sains ».

Au même moment, ces mêmes entreprises multinationales, et de nombreuses autres, regroupées au sein de l’Association française des entreprises privées (AFEP) [1], font du lobbying auprès de la Commission européenne pour obtenir le report ou l’annulation de nombreuses initiatives de transition écologique que la Commission envisageait de mettre en œuvre dans le cadre du Pacte vert européen. Ce « Green deal européen » a pour ambition d’orienter l’ensemble des politiques publiques européennes vers la lutte contre le réchauffement climatique. Il est d’ailleurs présenté par les auteurs de la tribune comme ayant «  le potentiel pour reconstruire notre économie sur la base d’un nouveau modèle de prospérité ».

Aides publiques aux gros pollueurs jugées « indispensables »

Rendu public par le média Contexte, le document de l’AFEP est pourtant très clair : au nom de l’urgence économique, les dirigeants des multinationales françaises proposent tout simplement de reporter de plusieurs mois ou années toute nouvelle régulation européenne en matière écologique ou climatique. La directive sur les émissions industrielles pour réduire les polluants et gaz à effet de serre (GES) ? « Ce n’est pas le moment de modifier un cadre juridique qui est efficace et a fait ses preuves », affirme l’AFEP qui préconise un report d’au moins un an, alors que tous les experts appellent à un durcissement des règles. Même demande sur le nouveau plan d’action sur l’économie circulaire (pour limiter les déchets et l’obsolescence des produits ou favoriser le recyclage et les filières courtes).

Plus explicite encore : alors que la Commission envisage de se doter d’objectifs de réduction d’émission de GES plus ambitieux à l’horizon 2030, l’AFEP préconise de prendre le temps « d’une analyse d’impact approfondie » qui ne serait rendue publique qu’en 2021. Les dirigeants des multinationales françaises veulent reporter aussi longtemps que possible toute augmentation de l’ambition climatique européenne.

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Extrait du document de l’AFEP révélé par le site d’information Contexte le 14 avril 2020

Enfin, l’AFEP demande à la Commission européenne de « traiter en priorité la question du maintien des quotas gratuits et des aides d’État » : les industriels français veulent continuer à bénéficier de subventions pour payer la taxe carbone bien moins cher que les ménages français, ce qui revient à les subventionner lorsqu’ils rejettent des émissions de GES dans l’atmosphère. Ces aides publiques aux gros pollueurs sont jugées « indispensables pour une partie de l’industrie  ». Business Europe, l’équivalent du Medef européen désormais dirigé par Pierre Gattaz, a transmis des demandes similaires de reports au Commissaire en charge du Green Deal européen, Frans Timmermans.

L’AFEP ne veut pas reporter ou édulcorer les seules mesures écologiques. En matière de fiscalité, l’AFEP propose de reporter d’un an « l’obligation de reporting électronique » ainsi que la mise en œuvre de la directive sur l’échange automatique et obligatoire d’informations dans le domaine fiscal. Deux éléments clefs pour que les pouvoirs publics puissent œuvrer de manière efficace contre l’évasion fiscale. L’AFEP demande également la suspension des négociations sur la fiscalité internationale à l’OCDE.

Accélérer les mesures économiques qui renforcent les intérêts des multinationales

La note évoque également plusieurs mesures qu’il faudrait « accélérer » : le lobby administré par Axa, BNP-Paribas, L’Oréal, Korian (groupe privé gérant de nombreux Ephad), Total ou encore Sanofi, demande à être associée à la « co-construction des solutions de sortie de crise », à limiter les investissements directs étrangers et à défendre leurs parts de marché sur les marchés européens. En résumé, l’AFEP veut que Bruxelles préserve ou renforce les positions et intérêts des multinationales, sans prendre des mesures climatiques qui pourraient les indisposer.

Bien moins connue que le Medef, l’AFEP est pourtant le grand lobby des grandes entreprises françaises. Elle réunit presque tous les patrons du CAC 40 et de grandes entreprises étrangères ayant une présence importante en France. En 2018, elle a déclaré à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique dépenser plus d’un million et demi d’euros et disposer de 12 personnes pour faire du lobbying en France.

Tout récemment, elle a obtenu de Bruno Le Maire et de l’exécutif français qu’ils ne légifèrent pas sur l’interdiction des dividendes comme cela avait été évoqué par le gouvernement. Plusieurs de ses membres éminents, notamment le groupe L’Oréal dont le PDG Jean-Paul Agon est signataire de la tribune initiée par Pascal Canfin, et Plastic Omnium dont le PDG Laurent Burelle préside l’AFEP, prévoient toujours de verser de jolis pactoles à leurs actionnaires. A l’intérêt général, les membres de l’AFEP semblent décidément préférer choyer leurs actionnaires.

P.-S.

CC FlickR

Notes

[1L’AFEP comprend 113 entreprises membres, dont 97 françaises, parmi lesquelles Airbus, BNP Paribas, Total ou encore Vinci

https://france.attac.org/nos-idees/mettre-au-pas-la-finance-les-banques-et-les-transnationales/article/les-multinationales-francaises-a-l-offensive-contre-la-transition-ecologique

Et si le Covid-19 accélérait le basculement du monde vers l’Asie ?

Et si le Covid-19 accélérait le basculement du monde vers l’Asie ?

 Par Marc Endeweld  |  26/03/2020, 9:38  |  952  mots

(Crédits : Reuters)

LE POLITOSCOPE. En arrière-fond de la gestion sanitaire de la pandémie de la Covid-19, la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine s’accentue dans la course au leadership mondial. L’Europe, elle, aura montré son incapacité à parler d’une seule voix.

Comme un parfum de guerre froide : depuis l’émergence du SARS-CoV-2, le virus responsable de la Covid-19, la Chine et les Etats-Unis se livrent une bataille politique et médiatique de grande ampleur, n’hésitant pas à se renvoyer la responsabilité de cette crise sanitaire. Quand le président américain, Donald Trump ne cesse de vitupérer contre ce qu’il appelle « le virus chinois », plusieurs hauts diplomates chinois n’ont pas hésité en retour à accuser les États-Unis d’avoir été à l’origine de la pandémie. Le compte twitter de l’ambassade chinoise en France est même allé jusqu’à expliquer que ce nouveau coronavirus était apparu initialement sur le territoire américain !

Face à de telles théories du complot, le département d’Etat a immédiatement réagi en convoquant l’ambassadeur chinois en poste à Washington. Ces derniers soubresauts montrent à quel point la gestion de cette crise sanitaire est rendue encore plus complexe au niveau international au regard de la situation de guerre commerciale entre les deux plus grandes puissances. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, juge d’ailleurs dans Le Figaro que « cette crise globale, sans précédent depuis les guerres, révèle ou confirme qu’il n’existe pas encore de réelle communauté internationale ou qu’elle n’est pas préparée à faire face à une pandémie mondiale ».

Une Europe affaiblie

Dans ce contexte international particulièrement troublé, l’Europe apparaît comme particulièrement affaiblie face à cette crise sanitaire. Ne disposant pas de compétences et de pouvoir dans le domaine de la santé, les institutions de l’Union européenne se sont retrouvées particulièrement impuissantes. De leur côté, les Etats membres ont souvent privilégié leurs intérêts nationaux, avant de chercher un minimum de coordination, malgré les appels d’Emmanuel Macron dans ce sens. Nos démocraties pâtissent également du repli sur soi des Etats-Unis, qui ne sont même pas donnés la peine d’informer ses alliés avant d’interdire les vols en provenance de l’Union européenne…

De son côté, essayant de redorer son image internationale, la Chine est actuellement le seul pays à envoyer en masse des masques et des équipes médicales aux Etats qui en font la demande… Au point qu’on parle aujourd’hui dans les médias de « la diplomatie du masque ». Drôle de retournement alors que l’Empire du milieu était l’objet, il y a encore quelques semaines, de nombreuses critiques après avoir tardé à révéler au monde entier l’ampleur de l’épidémie  à Wuhan.

Principale porte d’entrée de la France en Chine

Cela a été peu dit, mais Wuhan est devenue depuis la fin des années 1970 la principale porte d’entrée de la France en Chine. À l’époque, c’est Deng Xiaoping qui suggéra à son homologue Valéry Giscard d’Estaing de concentrer les entreprises françaises dans cette conurbation. Depuis, de nombreux groupes français y ont installé des usines, notamment Renault, PSA, mais aussi Alstom, l’Oréal ou Total. Avant le confinement, Air France assurait des liaisons régulières entre cette ville chinoise de 10 millions d’habitants et Paris. Que l’épidémie ait éclaté à Wuhan aurait dû davantage alerter les pouvoirs publics quant à sa potentielle propagation en France.

Justement, en raison de leur impréparation, les Etats-Unis et l’Europe semblent incapables de gérer la crise de façon moderne, à la sud-coréenne, en recourant massivement aux tests, aux masques et aux nouvelles technologies. Résultat, faute d’alternative, le confinement « à la chinoise » s’impose un peu partout, de l’Italie à la Californie. De fait, l’Asie dans son ensemble – on pourrait aussi évoquer le Japon – donne au reste du monde une leçon magistrale de stratégie et de moyens. Cette Asie qui avait connu le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003, puis la grippe H1N1 en 2009.

L’enjeu des infrastructures

Et si la Covid-19 accélérait le basculement du monde vers l’Asie ? Cette crise mondiale survient à un moment charnière. Depuis une dizaine d’années, la Chine affirme de plus en plus ses prétentions géopolitiques. C’est la raison pour laquelle cette hyper-puissance en devenir a orienté la Shanghai Coopération Organisation (SCO) – qui avait été crée  initialement pour discuter des questions de sécurité régionale après la chute de l’URSS –  vers les questions d’infrastructures (avec les fameuses « routes de la Soie »), d’énergie, de recherche et de communication. À travers cette organisation, elle a su fédérer autour d’elle la Russie et plusieurs États eurasiatiques, mais également, depuis 2017, l’Inde et le Pakistan.

C’est également dans cette optique d’affirmation que depuis 2018, la Chine souhaite réduire sa dépendance au Dollar. Dans cette entreprise, la deuxième puissance mondiale réduit à bas bruit son portefeuille de bons du Trésor américain, comme la Russie d’ailleurs. Dans sa guerre contre les Etats-Unis, l’Empire du milieu parie ainsi sur ses réserves considérables en or (la Chine en est le premier producteur mondial), et comme si cela ne suffisait pas, la banque populaire de Chine (PBOC) multiplie depuis début 2019 l’acquisition d’or sur le marché international. Selon l’hebdomadaire britannique MoneyWeek, la Chine pourrait en réalité disposer de 14.000 tonnes d’or – un chiffre non officiel -… contre plus 8.000 pour les Etats-Unis.

En attendant de connaître de cette confrontation économique entre les deux plus grandes puissances, il ne faudrait pas oublier que le « modèle chinois » autoritaire n’est pas le seul et l’unique en Asie. Le Japon démocratique a prouvé lui aussi sa capacité de gestion face à l’épidémie. Les milieux financiers commencent d’ailleurs à le reconnaître. Ce 25 mars, à la Bourse de Tokyo, l’indice Nikkei a terminé sur une forte hausse de +8,04%.

https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/et-si-la-covid-19-accelerait-le-basculement-du-monde-vers-l-asie-843383.html

La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

par Thierry Meyssan

Pendant que les Européens et les Arabes sont absorbés par le coronavirus, les Anglo-Saxons changent l’ordre du monde. Sous commandement US, le Royaume-Uni a pris le contrôle de l’entrée de la mer Rouge ; les Émirats arabes unis se sont retournés contre l’Arabie saoudite et lui ont infligé une cuisante défaite au Yémen du Sud, tandis que les Houthis le faisaient au Yémen du Nord. Désormais, le Yémen est scindé en deux États distincts et l’intégrité territoriale de l’Arabie saoudite est menacée.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 24 MARS 2020 عربيENGLISHESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆPORTUGUÊSРУССКИЙ

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JPEG - 36.7 koLe président des États-Unis, Donald Trump, et le président de facto des Émirats arabes unis, le prince Mohamed ben Zayed. En silence, les deux hommes d’affaire sont en train de réorganiser le Moyen-Orient élargi.

Le président Donald Trump poursuit sa politique de retrait militaire du « Moyen-Orient élargi ». Pour ce faire, il déplace progressivement ses troupes, signe des accords avec les forces contre lesquelles elles étaient déployées (par exemple avec les Talibans) et négocie la libération de ses prisonniers. Simultanément, le Pentagone fait appel au Royaume-Uni pour prendre la tête des opérations de la nouvelle Alliance atlantique-Moyen-Orient et superviser la suite de la « guerre sans fin » au « Moyen-Orient élargi ». La Syrie est considérée comme zone d’influence russe tandis que la stratégie Rumsfeld/Cebrowski se poursuit avec la division du Yémen en deux États distincts et la préparation du démembrement de l’Arabie saoudite.

Rapatriement des agents de la CIA détenus prisonniers

Les 18 et 19 mars 2020, un citoyen US, Michael White, détenu en Iran, a été transféré de sa prison à l’ambassade de Suisse à Téhéran ; un autre citoyen US, Amer Fakhoury, détenu au Liban, a été exfiltré par les troupes états-uniennes ; enfin le président Trump a demandé publiquement l’aide de la Syrie pour retrouver un troisième citoyen US, Austin Tice.

Ces opérations sont supervisées par le discret conseiller de sécurité nationale, Robert O’Brien, qui dispose d’une solide expérience en matière de libération de prisonniers.

- Michael White a servi 13 ans dans la Marine US. Il s’est rendu en Iran pour y retrouver sa fiancée. Il a été arrêté en 2018 et condamné à 13 ans de réclusion pour espionnage. D’autres citoyens US emprisonnés en Iran —dont Morad Tahbaz, Robert Levinson, Siamak et Baquer Namazee— ne semblent pas susciter le même intérêt de Washington. Michael White a été remis à l’ambassadeur suisse Markus Leitner pour « raison de santé ». Il n’est pas libre pour autant.
- Amer Fakhoury est un célèbre collaborateur des troupes d’occupation israéliennes au Liban. Il fut membre de l’Armée du Liban-Sud, directeur de la sinistre prison de Kiam et tortionnaire. Il s’est enfui du Liban lors du retrait israélien et y est revenu, pour une raison inconnue, en septembre 2019. Il a immédiatement été reconnu et arrêté. Il a été libéré au motif d’une prescription de ses crimes, ce qui est juridiquement faux, mais interdit de quitter le territoire. Il s’est alors précipité à la méga-ambassade US d’Awkar sous la protection de l’ambassadrice Dorothy Shea, d’où il a été exfiltré en hélicoptère par les Forces spéciales US vers Chypre.
- Austin Tice est un capitaine des Marines devenu journaliste indépendant. Il a pénétré illégalement en Syrie avec l’aide des services secrets turcs avant de disparaître, en 2012, à Daraya (banlieue de Damas). Eva Filipi, l’ambassadrice de Tchéquie qui représente les intérêts US en Syrie, avait affirmé qu’il serait détenu non pas par des jihadistes, mais par les autorités syriennes. Ce que Damas a toujours démenti.

Ces trois citoyens US sont très probablement des collaborateurs ou des agents de la CIA.

- Étrangement, les Émirats arabes unis ont brisé l’embargo US et apporté des médicaments en Iran.
- Chaque faction libanaise accuse l’autre d’avoir cédé aux pressions US. Le Hezbollah assure ne pas avoir trahi la Résistance et ne pas avoir négocié secrètement avec Washington, tandis que le président du Tribunal militaire (pro-Hezbollah) a démissionné.
- C’est la première fois depuis deux décennies qu’un président états-unien sollicite publiquement l’aide de la République arabe syrienne.JPEG - 19.8 koLe secrétaire à la Défense US, Mark Esper, reçoit son homologue britannique, Ben Wallace, au Pentagone. La « relation spéciale » entre les deux pays est rétablie. Les « Cinq yeux » sont renforcés. Le Royaume-Uni prend le commandement des opérations de l’Otan-MO.

Transfert de l’encadrement militaire au Royaume-Uni

Le 5 mars, le secrétaire US à la Défense, Mark Esper, a reçu au Pentagone son homologue britannique Ben Wallace. Les deux hommes se sont partagés le commandement de la nouvelle Otan-MO [1].

Ben Wallace a ensuite prononcé un discours à l’Atlantic Council au cours duquel il a confirmé la solidité de l’alliance UK-USA et la disponibilité du Royaume-Uni. Il a également soutenu la nécessité de juger le « dictateur Bachar el-Assad » (sic), mais l’impossibilité de le faire compte tenu du soutien de l’« ours russe ». En d’autres termes, la Syrie reste un ennemi, mais on n’y touchera plus. La guerre sera déplacée [2].JPEG - 26.1 koLe secrétaire britannique à la Défense, Ben Wallace, et son homologue turc, le général Hulusi Akar, inspectent les « postes d’observation » turcs qui servent de base de repli aux jihadistes à Idleb (Syrie occupée), le 12 mars 2020. Londres assure Ankara que le Pentagone ne détruira pas la Turquie, mais l’Arabie saoudite.

Les 12 et 13 mars, Ben Wallace s’est rendu en Turquie et en Syrie occupée par les jihadistes. Il a inspecté les postes d’observation de l’armée turque à Idleb et fait parvenir 89 millions de £ de dons « humanitaires » aux familles des jihadistes. Ceux-ci ont alors commencé à attaquer les troupes turques censées les protéger, tuant plusieurs soldats turcs.

La fin du Yémen et le début de celle de l’Arabie saoudite

Poursuivant leur politique de retrait militaire et de transfert de cette fonction à des proxys, les États-Unis sont en train de transformer la guerre du Yémen. Originellement, le Pentagone prévoyait de diviser ce pays en deux selon la ligne de partage qui existait jusqu’en 1990. Il avait encouragé l’Arabie saoudite et Israël à se lancer à l’assaut du pays pour en exploiter les ressources pétrolières de la région mitoyenne du « Quart vide » [3]. L’opération avait été conduite avec l’aviation israélienne, des mercenaires colombiens sous drapeau saoudien et des troupes émiraties. Elle avait été coordonnée par un état-major tripartite (Arabie/USA/Israël) basé au Somaliland.

Cependant, le Pentagone s’appuyant sur les rivalités tribales parvint à complexifier la situation jusqu’à aboutir à un pays effectivement divisé en deux, mais aussi à une Coalition Arabie-soudite/Émirats également divisée. Il lui fallait alors —sans engager ses propres troupes— terminer la division du Yémen en deux États distincts avant de se lancer dans la division de l’ancien allié saoudien en cinq États distincts. Le Pacte du Quincy lui fait obligation de protéger le roi d’Arabie saoudite, mais ni son pays, ni son héritier [4].JPEG - 66.7 koLe souverain de facto d’Abou Dhabi et président de facto des Émirats arabes unis, Mohamed ben Zayed, a été le mentor du prince héritier saoudien, Mohamed ben Salmane. Progressivement l’élève a voulu écraser son maître. En définitive, c’est le discret MBZ qui devrait écraser l’infatué MBS.

Cette semaine, le Pentagone a dépêché un navire de guerre au large d’Aden. Il a installé des troupes britanniques sur l’ile de Socotra pour en faire une base militaire permanente avec les Émirats arabes unis et l’a armé avec des missiles Patriot. Simultanément, les Houthis du Nord soutenus par l’Iran ont attaqué victorieusement deux bases militaires saoudiennes et fait prisonniers plus de 700 soldats saoudiens, tandis que les tribus soutenues par les Émirats ont attaqué les tribus soutenues par l’Arabie saoudite à Aden. Le gouvernement d’Abdrabbo Mansour Hadi, seule autorité officiellement reconnue par l’Onu mais siégeant en exil à Riyad, a perdu le contrôle d’Aden.

Le prince héritier saoudien, Mohamed ben Salman, après avoir torturé son ami d’enfance trop brillant, après avoir assassiné ses rivaux, après avoir exécuté le chef chiite de son opposition, après avoir embastillé et dépouillé ses frères et oncles, après avoir fait découper à Istanbul un Frère musulman trop bavard, n’a plus personne pour le soutenir.

Les départements états-unien, britannique et émirati de la Défense ne communiquent pas sur ces batailles. Seuls les Houthis le font. En l’absence de communication officielle, la presse internationale est aveugle et muette.

Le Yémen du Sud est une ancienne colonie britannique et les Émirats arabes unis étaient intégrés dans l’Empire des Indes. Le Royaume-Uni, sous parapluie états-unien, reconquiert son influence dans le Golfe et en mer Rouge.

L’opposition Arabie saoudite/Axe de la Résistance n’existe plus, faute de combattants. Désormais, après l’Iran (1953-78), l’Iraq (1979-90) et l’Arabie saoudite (1991-2019), les Émirats arabes unis (2020-), sous parapluie de l’Otan-MO, sont devenus les gendarmes de la région.

Ce retournement complet de situation correspond à notre analyse de la crise. Après leur échec en Syrie, les États-Unis poursuivent leur plan de 2001 et s’apprêtent à déstabiliser l’Arabie saoudite. Le président Trump a validé cette étape à la seule condition que les troupes US n’y participent pas directement, mais que les Émirats les représentent.

Le suicide de l’Union européenne

Pendant ce temps, l’Union européenne réagit de manière inadaptée à l’épidémie de coronavirus. Au lieu de lutter contre la maladie (tests généralisés, traitement des personnes infectées à la chloroquine, soins d’urgence aux malades avec respiration artificielle et interféron Alfa 2B recombiné), elle prévient l’engorgement de ses hôpitaux (assignation à résidence de la population saine) [5]. Son économie s’est arrêtée et la Banque centrale européenne annonce une récession de 5 % si cette situation se prolonge deux semaines, mais ce sera probablement six.

Lorsque le pic de l’épidémie sera passé, elle ne sera plus une grande puissance économique et le monde sera organisé d’une manière nouvelle, sans elle.

Thierry Meyssan

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1] « NATO Go Home ! », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 février 2020.

[2] « Quelle cible après la Syrie ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 mars 2020.

[3] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[4] « Le Pacte du Quincy ne protège que le roi d’Arabie, pas son héritier », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 octobre 2018.

[5] « Covid-19 : propagande et manipulation », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 mars 2020

.https://www.voltairenet.org/article209502.html

Un nouveau monde en gestation

Un nouveau monde en gestation

21 Mars 2020

Les rédacteurs de Foreign Policy lisent-ils nos Chroniques ? Quelques jours après notre billet sur la montée en puissance du soft power humanitaire chinois en ces temps pandémiques, la revue néo-impériale a publié un article qui fera peut-être date, intitulé « Le coronavirus pourrait remodeler l’ordre mondial« . Le chapeau – « La Chine manœuvre vers le leadership mondial pendant que les Etats-Unis fléchissent » – annonce clairement la couleur et les auteurs se lamentent :

Le statut des Etats-Unis en tant que leader global durant les sept dernières décennies a été bâti non seulement sur la richesse et la puissance mais également, tout aussi important, sur la légitimité d’une bonne gouvernance intérieure, la fourniture au monde de biens et la capacité de rassembler et coordonner une réponse globale aux crises. Le coronavirus teste ces trois éléments et Washington est en train de rater l’examen.

Pendant que les Etats-Unis fléchissent, Pékin avance rapidement pour profiter des erreurs américaines, comblant le vide pour se positionner en tant que leader global. Les Chinois vantent leur propre système, fournissent une assistance matérielle aux autres Etats et aident même les gouvernements à s’organiser (…) La Chine comprend que, si elle est vue comme leader dans cette crise et que Washington donne l’impression d’être incapable de le faire, cette perception pourrait fondamentalement affaiblir la posture américaine dans les relations internationales et grandement modifier la lutte pour le leadership mondial au XXIème siècle.

Des dizaines de pays bénéficient maintenant de l’aide chinoise et les euronouilles, totalement perdus par le reflux du suzerain US, ne savent plus à quel saint se vouer. Pendant que certains tentent encore maladroitement de sauver les meubles en pointant du doigt la « propagande chinoise », d’autres sont pris d’une nostalgie résignée :

L’histoire retiendra peut-être ces journées de mars 2020, lorsque la Chine est venue au secours de l’Europe. La semaine dernière, c’était en Italie, et hier, la Chine a envoyé un million de masques en France, où il existe un risque de pénurie.

Geste symbolique d’un pays devenu une grande puissance et qui le montre à la manière dont nous, les puissants du monde d’hier, le faisions autrefois, par l’action humanitaire. Il y a, au-delà du symbole, le reflet d’un nouveau rapport de force international qui change tout.

Un article de The Intercept résume parfaitement la situation : « Pendant que les Etats-Unis incriminent la Chine pour la pandémie du coronavirus, le reste du monde lui demande son aide » Le renversement de paradigme est en effet saisissant. L’hyperpuissance américaine n’est plus que l’ombre d’elle-même et se claquemure pour contenir une épidémie dont la courbe prend une dangereuse tangente (aucun autre pays n’a connu une telle progression après autant de semaines) :

Ce qui n’empêche d’ailleurs pas les illuminés de Washington-sur-Potomac de débattre d’une escalade contre l’Iran, pourtant très durement touché par le corona. Les faucons, où l’on retrouve sans surprise Pompeo et O’Brien, le Conseiller à la Sécurité nationale, se sont toutefois cognés au mur des militaires (Esper, supremo du pentagone, ou encore Milley, le chef d’état-major), bien moins enthousiastes d’aller en découdre avec Téhéran, ce qui est d’ailleurs la ligne de Donaldinho lui-même.

Fidèle à elle-même, l’inénarrable Union européenne brille, quant à elle, par sa mollesse impuissante. Même ses thuriféraires habituels ne peuvent cacher le fiasco monumental. Comme le dit un autre article de Foreign Policy, le virus a réduit en cendres l’héritage de Merkel. Quatorze années d’européisme acharné, de péroraisons sur la « solidarité européenne » ou l’austérité financière parties en fumée en quelques jours…

Nous avions déjà vu dans un billet précédent que le président serbe ironisait sur le « conte de fée » eurocratique. Clou dans le cercueil, la Lombardie, région la plus touchée d’Italie, a fait une croix sur le soutien de Bruxelles et vient de demander l’aide de la Chine, de Cuba et… du Venezuela ! Ô ironie.

Un dernier mot sur la Russie qui, bien que de manière moins spectaculaire que Pékin, aide aussi son (proche) prochain. Des dizaines de milliers de kits de dépistage ont été fournis à tous les membres de l’Union économique eurasienne (où la solidarité semble mieux fonctionner que chez sa consœur européenne) et de l’Organisation du traité de sécurité collective, regroupant plusieurs ex-républiques de l’URSS. D’autres alliés/pays amis ont bénéficié ou bénéficieront dans les prochains jours de l’aide de Moscou : Iran, Serbie, Venezuela, Mongolie, Egypte, Italie

La presse américaine, elle, regrette que les sanctions impériales d’hier contre la Russie lui aient permis d’être bien mieux armée, aujourd’hui, que l’immense majorité des États de la planète face à la pandémie. Nous avons montré à plusieurs reprises (ici ou ici par exemple) que ces sanctions, parfois gênantes à court terme, étaient en réalité une bénédiction à long terme pour l’ours, réduisant sa dépendance vis-à-vis de l’Occident et l’obligeant à ne compter que sur lui-même.

Auto-suffisante sur le plan agricole, libre de dette et disposant de réserves considérables, la Russie va désormais empocher les dividendes de cette politique clairvoyante. « Gouverner, c’est prévoir » : personnifié par Colbert qui, en son temps, fit planter un million d’hectares d’arbres pour servir de bois de construction à la marine pour les siècles à venir, ce célèbre adage est repris avec sérénité du côté de Moscou.

Ce vieux fond de sagesse russe, ou chinoise, contraste avec le spectacle de dirigeants occidentaux sautant en tout sens comme de petites puces affolées tentant de se raccrocher aux branches. Le temps long face à l’esclavage de l’immédiateté, encore et toujours…Tag(s) : #Chine#Etats-Unis#Europe#Russie

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/03/un-nouveau-monde-en-gestation.html

Des italiens retirent le drapeau de l’Union européenne et hissent le drapeau de la République Populaire de Chine

mardi, mars 24, 2020

Strategika 51

 ΠΆΝΤΑ ῬΕΙ͂…

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Des italiens retirent le drapeau de l’Union européenne et hissent le drapeau de la République Populaire de Chine

Cette scène s’est passé à l’entrée d’un hôtel et se répète sur l’ensemble de la péninsule italienne. Des gens retirent le drapeau de l’Union européenne et certains officiels l’on brûlé avant de le remplacer par le drapeau rouge de la République Populaire de Chine. Plus rien ne sera plus comme avant en Italie et les services de renseignements US estiment que la situation politique dans la péninsule italienne est similaire à celle de l’après-guerre mondiale de 1945-1955 lorsque les communistes avaient failli devenir l’une des principales forces politiques en Italie et forcé les services spéciaux US à trafiquer les élections et à déstabiliser durablement le système politique italien. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où les italiens, toutes tendances politiques et idéologiques confondues, refusent absolument tout lien avec l’Union européenne et sont prêts à prendre les armes pour s’en libérer (les incidents armés en cours dans le sud de la péninsule italienne et dont un impliquant une base militaire de l’Otan abritant des armes nucléaires préfigurent ce que sera l’Europe des années à venir)

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