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Xi Jinping à Paris : pourquoi le président chinois arrive moins en position de force qu’on pourrait le croire

VISITE OFFICIELLE
Xi Jinping à Paris : pourquoi le président chinois arrive moins en position de force qu’on pourrait le croire

Atlantico : Xi Jinping est arrivé ce dimanche en France pour une visite officielle de trois jours. Alors qu’il est contesté au sein même du parti communiste chinois et que les tensions entre la Chine et les Etats-Unis sont nombreuses, qu’a-t-il à gagner de cette visite en France ? L’importance de l’alliance entre la Chine et la France est-elle plus importante aux yeux du président chinois qu’on ne pourrait le croire ?

Emmanuel Lincot : L’histoire nous dira si Xi Jinping joue son va-tout dans la promotion de sa politique des Nouvelles Routes de la soie auprès des Européens et dans le reste du monde à un moment crucial de sa propre évolution au sein du Parti Communiste Chinois. Sa politique semble de plus en plus contestée et les plans de relance en Chine même butent sur des faits têtus: l’économie chinoise est en récession. Cette stratégie des Nouvelles Routes de la soie doit répondre à cet écueil auquel se conjugue un changement de paradigme de l’économie chinoise. Elle n’est déjà plus l’ « atelier du monde » mais un laboratoire d’expérimentation pour l’économie du  numérique.

La coopération technologique dans ce contexte avec l’Europe est absolument cruciale d’autant que les sanctions américaines produisent chaque mois davantage leurs effets. La relation par ailleurs avec la France s’inscrit dans la célébration du 55ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la France du général De Gaulle et la République populaire de Chine. Une relation d’exception qui confère à la France un statut envié en tant qu’interlocuteur privilégié voire exclusif de la Chine pour l’ensemble des pays de l’Union Européenne. Un signe ne trompe d’ailleurs pas: la chancelière allemande et Jean-Claude Juncker recevront aux côtés du Chef de l’Etat français le Président Xi Jinping.

Barthélémy Courmont : Cette visite, autant que la relation Chine-Europe, est de fait très important pour le président chinois. La Chine est confrontée à de multiples défis, en parallèle à son affirmation de puissance sur la scène internationale. Défis économiques avec un modèle de croissance modifié et un risque d’impact social. Défis écologiques, sécuritaires… il serait illusoire de considérer que tout va pour le mieux en Chine. Dans ce contexte, la légitimité des dirigeants est exposée et, au sein de l’Etat-parti, il est vrai que la légitimité de Xi Jinping est exposée à des critiques de ceux qui manifestent leur désaccord avec sa politique. Plusieurs courants cohabitent au sein du Parti communiste chinois, et chacun attend son heure en mettant en avant les failles dans la gouvernance.

Ainsi, Xi Jinping n’est pas à l’abri d’une remise en cause de son leadership, en particulier dès lors que ce sont les initiatives qu’il a lui même formulées qui piétinent. C’est précisément le cas de la relation Chine-Europe. Que ce soit en matière de gouvernance mondiale ou de relations économiques et commerciales, Pekin voit dans l’Europe un partenaire de premier plan. Et le contexte de guerres commerciales avec Washington ne fait que renforcer ce sentiment. Xi Jinping s’est résolument engagé à accentuer les échanges avec l’Europe, et la visite d’Emmanuel Macron en Chine en janvier 2018 fut accueillie par les dirigeants chinois comme la possibilité d’entraîner, derrière la France, toute l’Union européenne dans son sillage, le long de ces nouvelles roues de la soie devenues obsessionnelles pour le président chinois.

La réalité est plus nuancée : la France s’inquiète autant qu’elle se réjouit des perspectives de ces nouvelles routes de la soie ; et l’influence de Paris sur les autres capitales européennes reste limitée. Les projets chinois divisent les partenaires européens plus qu’ils ne les rassemblent, et c’est en ordre très dispersé que l’UE s’avance vers la Chine, là où c’est précisément un accord avec l’ensemble de l’Union que recherche Xi Jinping.

Mardi Xi Jinping s’entretiendra avec ses homologues français et allemand ainsi que Jean-Claude Juncker. S’il cherchera à gagner l’appui de l’Europe pour son projet de nouvelles routes de la soie, quels autres sujets pourraient être au cœur des discussions ?

Emmanuel Lincot : Il pourrait être également question des problèmes sécuritaires. La disparition de l’Etat Islamique en Mésopotamie l’amène à se recomposer en Asie centrale. En Afghanistan bien sûr mais aussi au Baloutchistan et au Cachemire. Ces régions sont gangrénées par le terrorisme international et peuvent contaminer d’autres pays en pleine restructuration. Je pense au Kazakhstan où la dispute pour le pouvoir a déjà commencé. Les problèmes du climat le seront aussi et en matière d’économie verte, les Européens peuvent proposer à la Chine nombre de compétences à condition que le projet des Nouvelles Routes de la soie soit ouvert à une réelle réciprocité et que les entreprises européennes puissent réellement investir en Chine.

Barthélémy Courmont : Xi Jinping veut que l’UE dans son ensemble adhère à son projet des nouvelles routes de la soie. C’est ce qui sera évoqué. Si Emmanuel Macron s’est montré mesuré quant à l’implication de la France, Angela Merkel et Jean-Claude Junker se sont montrés très sceptiques, voire critiques. Même son de cloche du côté de la Commission. Xi Jinping a compris que si l’adhésion de pays d’Europe centrale et orientale, de la Grèce, de l’Italie… fait avancer son projet, ce n’est qu’une fois que ce dernier s’étendra à échelle continentale qu’il pourra être qualifié de succès.

La question de la gouvernance mondiale sera également au cœur des discussions, dans un contexte marqué par un repli de Washington et la nécessité d’avancer ensemble sur les enjeux environnementaux, numériques, sécuritaires… La Chine ne peut plus aujourd’hui être cantonnée dans un rôle de puissance exportatrice, et encore moins d’usine du monde. C’est désormais une grande puissance dont l’implication sur la scène internationale est indispensable. Les convergences entre Européens et Chinois sur ces questions, au-delà des difficultés économiques et des divergences profondes sur des sujets indispensables comme les droits de l’homme, doivent être rappelés, et c’est tout l’enjeu de ces rencontres de mardi, le moment le plus important de la tournée européenne de Xi Jinping.

L’Italie a rejoint hier le club des pays européens ayant conclu un protocole d’accord avec Pékin dans le cadre des nouvelles routes de la soie. A contrario, Paris et Berlin sont toujours très réticents à se joindre à cette initiative. Quel est le poids réel de ce désaccord sur l’actuelle crise de l’Union Européenne ? Et par extension, quelles pourraient-être les conséquences d’une avancée sur ce projet entre Paris, Berlin et Pékin ?

Emmanuel Lincot : Les Nouvelles Routes de la soie sont révélatrices de différends profonds entre Européens. En ce sens, soit elles donneront la possibilité à Bruxelles d’un sursaut soit elles enterreront définitivement le projet européen. Nous sommes arrivés à un seuil de toute façon critique dont la Chine est le révélateur. Dans nos choix d’éthique également car coopérer avec la Chine pose aussi des questions sur nos responsabilités en tant que démocraties de faire le jeu de l’une des plus grandes dictatures du monde.

Barthélémy Courmont : Le fait que l’Italie se soit engagée dans les projets chinois sans prendre soin d’en discuter avec ses partenaires européens, de faire cavalier-seul, est une faute qui est à replacer dans le contexte politique de ce pays, et de la relation houleuse qu’il entretient avec Berlin et plus encore Paris. L’Italie n’est pas le premier pays à adhérer au projet chinois, mais il est le premier membre du G7, fondateur des institutions européennes et accessoirement troisième économie de l’Union après le départ du Royaume-Uni.  Ce qui était problématique mais finalement minime dans le cas de pays comme la Grèce devient critique avec l’Italie et les divisions européennes générées par la stratégie chinoise passent un cap. À ce titre, notons d’ailleurs que les nouvelles routes de la soie sont jusqu’à présent plus déstabilisantes que stabilisantes en Europe, ce qui n’est pas sinon plus une bonne nouvelle pour Pékin.

Dans l’état actuel, un consensus européen est impossible, et cela a évidemment des répercussions politiques. Regardez le cas de la Suède qui vient d’annoncer être disposée à accueillir des réfugiés ouïgours… les divisions entre Européens sur la question chinoise rappellent à certains égards les dissonances sur le lien transatlantique en marge de la guerre d’Irak en 2003. Sauf que cette fois, c’est l’avenir de l’Union, sa cohésion, son poids sur la scène internationale et son économie qui sont en jeu.

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Nord Stream 2 au cœur de la succession de Jean-Claude Juncker

Nord Stream 2 au cœur de la succession de Jean-Claude Juncker

  

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Derrière le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, se tient son ancien directeur de campagne et actuel directeur de cabinet, le juriste allemand Martin Selmayr. C’est lui qui exerce la réalité du pouvoir, son patron étant notoirement gravement malade.

Selmayr est membre du Parti démocrate-chrétien belge flamand et passe pour être l’homme de Washington à la Commission. Il promeut aujourd’hui la candidature de Manfred Weber (photo), le leader de l’Union paneuropéenne de Bavière, à la présidence de la Commission en mai 2019.

Weber a été investi à 80 % par le Groupe du Parti populaire européen, dont le Parti démocrate-chrétien flamand de Martin Selmayr est membre.

Manfred Weber considère comme prioritaire de bloquer la construction du pipeline russe Nord Stream 2. Cette décision, si elle était prise, contraindrait l’Union européenne à se fournir en énergie à un coût plus élevé, mais auprès des États-Unis.

https://www.voltairenet.org/article205715.html

Cretinho pour de bon ?

Cretinho pour de bon ?

Publié le 23 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisMoyen-OrientAmérique latine

Qui pourrait oublier les ondes de choc provoquées par l’élection de Donald Trump à la présidence américaine en novembre 2016 ?

Le système impérial est en pleine crise de nerf : banksters, volaille médiatique, euronouilles et néo-conservateurs sont en émoi. Ce ne sont que sanglots dans la voix, yeux mouillés et regrets éternels.

Après le Brexit, voilà un nouveau coup dur pour l’establishment qui nous assurait pourtant que l’abominable Donald des neiges n’avait aucune chance. Comme pour le Brexit, comme pour le référendum de 2005… A l’Elysée, Flamby n’avait préparé qu’une seule lettre de félicitations (pour Clinton !) tandis que la clique américanisante est sous le choc en Allemagne. Quant à la boboïtude médiatique, n’en parlons pas… Les soutiens internationaux de Clinton, eux, font grise mine et l’on imagine aisément les visages tirés et soucieux à Riyad, Kiev ou Doha.

En un mot comme en cent :

Depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts. Il était prévisible que le Deep State ferait tout pour harceler, pressurer et finalement récupérer l’indélicat occupant de la Maison Blanche, et torpiller le possible rapprochement américano-russe. A plusieurs reprises, nos Chroniques se sont demandées si le Donald s’était couché devant le marais qu’il était censé drainer : démission forcée de Flynn en février 2017, false flagchimique de Khan Cheikhoun et débarquement de Bannon en avril 2017, menaces ubuesques et cyniques contre Assad en juin 2017, nouveau false flag chimique de Douma et nomination du moustachu néo-con Bolton en avril 2018, retrait de l’accord sur le nucléaire iranien et transfert de l’ambassade US à Jérusalem en mai 2018, soumission à la junte ukrano-américaine lors de l’incident de Kertch en décembre 2018, tentative flagrante de putsch au Venezuela depuis janvier 2019, attaques répétées contre le Nord Stream II, multiplications des sanctions contre à peu près tout le monde… Ca fait beaucoup.

Et pourtant, subsistait toujours un doute. Le Donald faisait de la résistance, par exemple en rencontrant (se soumettant à, selon le système impérial) Poutine par deux fois (juillet 2017 et juillet 2018), en insistant plusieurs fois sur un retrait américain de Syrie, ou encore en critiquant sans gants l’OTAN et l’UE.

Faut-il parler au passé de ce regimbement contre l’Etat profond ? Creinho a-t-il définitivement remplacé Donaldinho ? L’évolution récente pousse en ce sens. Trump semble une nouvelle fois (une fois de trop ?) avoir flanché en renonçant au retrait syrien. Certaines rumeurs prétendent qu’un millier de soldats US (la moitié du contingent actuel) resterait dans les zones reprises par les Kurdes à Daech dans l’Est du pays, toujours dans l’optique de couper l’axe chiite, objectif principal de l’empire au Moyen-Orient. A noter tout de même que le général Dunford, chef d’état-major des armées, a réfuté le chiffre, déclarant qu’il n’y avait « aucun changement au plan annoncé en février » et que les militaires continuaient « à mettre en œuvre le plan du président pour n’y laisser qu’une présence résiduelle ». Résiduelle, certes, mais pas absente comme il était prévu initialement. Et le renouvellement de l’aide financière aux inénarrables Casques blancs, « héroïques » selon la terminologie orwellienne de Washington, pourrait indiquer un prochain false flag chimique. Douce coïncidence, ils ont souvent lieu en avril…

La reconnaissance du plateau du Golan comme faisant partie d’Israël n’est pas trumpienne en soi et le Congrès planche déjà sur la question depuis quelques mois. La chose peut d’ailleurs être vue sous deux angles différents : On continue à rogner l’arc chiite en restant en Syrie et on vous donne en plus le Golan ou, au contraire, Prenez le Golan en compensation de notre retrait de la région. Toujours est-il que, si cette annonce a évidemment été reçue avec contentement à Tel Aviv, elle a provoqué un tollé partout ailleurs : Russie, Iran, Chine, Turquie, Tulsi, euronouilles etc., tous s’opposent à cette décision illégale et dangereuse. Les justifications délirantes qui accompagnent l’oukase de Washington – Dieu a envoyé Trump pour sauver Israël de l’Irandixit Pompeo – est représentative des visions eschatologiques des grands empires finissants à travers l’histoire.

Puisque l’on parle de délire, la tragi-comique visite de Bolsonaro aux Etats-Unis figure également en bonne place. Excursion surprise au QG de la CIA, déclarations infantiles du neuneu Ministre de l’économie (« We love Disneyland and Coca Cola ») et surtout, proposition du Donald d’intégrer le Brésil dans l’OTAN ! Pour celui qui, il y a deux ans, pensait sérieusement mettre fin à l’Alliance atlantique, quel retournement de veste… Il y a peu de chance que ce scénario illusoire, d’ailleurs immédiatement remis en cause par les euronouilles (il n’y a que nous, les Européens, qui pouvons être vos vassaux au sein de l’OTAN), aboutisse. En sus des raisons déjà invoquées, il ne prendra pas parmi l’establishment militaire brésilien, passablement énervé par les génuflexions de Bolsonaro devant l’empire et inquiet de l’utilisation du Brésil comme base arrière d’une éventuelle intervention au Venezuela.

Puisque nous en parlons, des bruits font de plus en plus état d’une possible opération militaire américaine contre Maduro. Si tel est le cas, ce qui reste quand même à vérifier, les Follamours du Potomac sont-ils tout à fait sérieux ? Veulent-ils réellement engager l’empire déclinant dans un énième bourbier ? Rien n’est moins sûr, mais le fait même que l’on évoque la possibilité en dit long sur la mue d’un président qui s’était fait élire sur un programme dénonçant les coûteuses et pathétiques guerres de Washington. Les zélotes impériaux de la guerre froide contre Moscou se portent à merveille et claironnent sur tous les toits leur désir d’en découdre, tandis que des pans entiers de l’électorat du Donald, échauffés par ses multiples trahisons, intérieures comme internationales, se détournent de lui.

On en saura plus très bientôt, alors que le point final a été mis au rapport Mueller, censé enquêter sur la supposée collusion entre Trump et Moscou. Rien ne dit qu’il sera rendu public, mais il a été remis à la justiceet ses principales conclusions le seront sans doute au Congrès ces prochaines heures. L’absence de révélations fracassantes ou d’inculpations serait un coup énorme porté au Deep State qui, depuis deux ans, pourrit la présidence du Donald, peut-être ainsi obligé de donner des gages guerriers à son adversaire. Verra-t-on alors un nouveau retournement de veste de la Houppette blonde, revenant aux sentiments relativement pacifistes qui l’habitaient à ses débuts ? Les jours prochains nous en diront plus…

Union européenne​Brexit : May à Bruxelles pour plaider pour un bref report

Union européenne​Brexit : May à Bruxelles pour plaider pour un bref report

La Première ministre britannique a officiellement demandé mercredi un report au 30 juin de la date de sortie du Royaume-Uni de l’UE. Donald Tusk veut conditionner ce délai à une ratification, la semaine prochaine, de l’accord de retrait par le Parlement britannique. La question sera au cœur d’un sommet des Vingt-Huit ce jeudi dans la capitale belge.

La tâche de Theresa May à Bruxelles, ce jeudi 21 mars, “n’a rien d’évident” alors que“l’exaspération à l’égard du Royaume-Uni atteint de nouveaux sommets”, constate le Financial Times. D’autant que “la confiance accordée à Mme May et à son gouvernement” est de ‘zéro’”, étrille un négociateur de haut niveau de l’UE cité par le quotidien économique. À J-8 de l’échéance, la Première ministre, qui a échoué par deux fois à faire valider son accord de retrait par les parlementaires britanniques et s’est vu refuser l’organisation d’un nouveau vote cette semaine par le président de la Chambre des communes, va tenter de convaincre ses homologues européens de lui accorder un court report du Brexit.

La chef du gouvernement a officiellement demandé mercredi, dans une lettre au président du Conseil européen, un délai de trois mois, jusqu’au 30 juin, avant la sortie de l’Union européenne. Mais, note The Telegraph, Donald Tusk “a rejeté une prolongation inconditionnelle” : il recommande aux Vingt-Sept un feu vert si le texte de retrait conclu entre Londres et l’UE en novembre est au préalable ratifié lors d’une troisième présentation au Parlement britannique en début de semaine prochaine.

Une exigence qui “augmente considérablement les chances d’une sortie sans accord”, estime le journal conservateur. “Voilà de quoi nous ronger les ongles pendant les prochains jours, avec Downing Street lancé dans une course contre la montre pour gagner des soutiens pour l’accord de May et la tenue d’un vote dans les deux chambres du Parlement”s’alarme pour sa part The Guardian.

Les conclusions du sommet “à peine préparées”

Sans modification de la législation, le Brexit doit avoir lieu vendredi prochain. Toute éventuelle extension requiert l’approbation unanime des États membres. Difficile de prédire l’issue de la rencontre de jeudi, estime le Financial Times :

Bruxelles a mis en garde Theresa May contre la date du mois de juin, arguant qu’elle poserait des problèmes pratiques pour les élections du Parlement européen prévues en mai. En raison de la grande incertitude qui règne à Londres, les conclusions du sommet sont à peine préparées. Il y a de nettes différences entre la France, qui menace de bloquer tout délai sans un plan clair du Royaume-Uni, et l’Allemagne, qui laisse entrevoir une approche plus clémente. Les États membres sont ouverts à un court délai pour permettre la ratification, ou à un délai plus long pour permettre un ‘processus politique’ au Royaume-Uni. Mais il n’y a pas de consensus sur les termes.”

The Times juge de son côté “peu probable, mais pas impossible” que les dirigeants de l’UEchangent de position face aux arguments de Theresa May. “Les choses peuvent changer et changent effectivement pendant un sommet”, écrit le journal.

“Cul-de-sac”

Reste aussi à savoir si les parlementaires britanniques seront prêts à approuver un accord qu’ils ont déjà rejeté à deux reprises – les 15 janvier et 12 mars. Dans une allocution prononcée à Downing Street mardi soir, Theresa May a ouvertement rejeté la responsabilité de la crise sur le Parlement. En déclarant qu’il était “grand temps” que les députés prennent une décision au sujet du Brexit et que le public en avait “assez”, elle a suscité la fureur des élus de tous bords, rapporte le Guardian“Elle entre dans un cul-de-sac de plus en plus étroit”, a tancé une ancienne ministre. “Nous sommes maintenant au beau milieu d’une crise nationale de grande ampleur”, a accusé le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn. “La politique britannique semble être au point de rupture”analyse même la BBC.

“Si (May) échoue (à faire approuver son accord), comme beaucoup de ses propres ministres le pensent, Bruxelles tiendra un sommet d’urgence à quelques heures de l’échéance du 29 mars et proposera soit une longue prolongation, soit un Brexit sans accord”, explique The Telegraph. Mais une extension longue ne signifierait pas pour autant qu’une sortie sans accord ne pourrait pas avoir lieu. “Les députés auraient alors jusqu’au 23 mai pour faire adopter le projet de loi par les Communes et les Lords afin de ratifier l’accord de retrait”, complète The Times. “Les Brexiters feront tout ce qu’ils peuvent pour retarder le processus dans l’espoir de déclencher une sortie sans accord automatique le 23 mai. Ils pensent que l’accord de Mme May est pire qu’aucun accord et feront tout leur possible pour y parvenir.”

La clause de solidarité de l’Otan s’appelle article V, pas article F-35 (Parly)

La clause de solidarité de l’Otan s’appelle article V, pas article F-35 (Parly)

(B2) Invité par le think tank américain Atlantic Council, la ministre française des Armées a assumé lundi (18 mars) un discours particulièrement offensif envers Washington.

L’Otan ne sert pas à vendre des armes

C’est probablement le passage le plus sévère du discours de Florence Parly : « J’entends parfois parler de protectionnisme. Je dis : réfléchissez-bien. La Belgique achète des F-35. La Suède achète des Patriot. La Pologne achète des Himars. L’Europe a le marché de l’armement le plus ouvert. Je suis personnellement préoccupée à l’idée que la solidarité de l’Otan puisse être soumise à l’achat d’équipement par les alliés. L’alliance doit être inconditionnelle, sinon ce n’est pas une alliance. La clause de solidarité de l’Otan s’appelle article V, pas article F-35. »

Une Europe forte doit être autonome

« Construire une autonomie européenne ne doit en aucun cas être perçu comme une menace envers les États-Unis » insiste Florence Parly. Les armées (européennes) ont besoin de matériels qui répondent à une culture stratégique commune qui reste à développer. Consolider l’industrie européenne est un moyen d’améliorer les capacités. Avec 20 types d’avions de combats (contre 6 pour les États-Unis), les Européens souffrent d’une multitude de chaînes de maintenance, de spécificités d’approvisionnements et de capacités.

Washington a besoin d’une Europe forte

« Ce n’est pas non plus une raison pour les États-Unis de se désengager, au contraire », assure-t-elle. Qu’il s’agisse du terrorisme ou de la résurgence des États puissances, USA et Europe font face aux mêmes menaces. Tout éloignement entre les deux bords de l’Atlantique ne ferait qu’affaiblir les uns et les autres. Une telle distance pourrait alors inciter la Russie à mener des agressions comparables à celles qui ont visé la Géorgie et l’Ukraine, contre un pays de l’Otan : la notion de solidarité risquerait en effet, dans un tel contexte, de perdre en capacité de dissuasion.

(Romain Mielcarek)

Télécharger le discours de Florence Parly.

Un sous-marin portugais en Méditerranée

Un sous-marin portugais en Méditerranée

(B2) Le sous-marin portugais Trident a pris la mer lundi (18 mars) pour rejoindre l’opération maritime européenne EUNAVFOR Sophia de lutte contre les trafics de migrants

Une mission : la collecte d’informations sur les trafiquants

Le navire devrait rester deux mois sur zone, avec une mission principale : la collecte d’informations. Celles-ci seront partagées « avec les autorités régionales responsables du sauvetage en mer, en vue d’identifier les navires surpeuplés de migrants », les passeurs et leurs commanditaires. L’objectif est de « contribuer ainsi à la diminution du risque de perte de vies humaines dans la région » indique la marine portugaise.

Une contribution à Sea Guardian

Le ‘Trident’ va aussi apporter son soutien à l’opération ‘Sea Guardian‘ de l’OTAN, en mettant à disposition ses capacités et ses systèmes de collecte d’informations dans le domaine de la connaissance de la situation maritime dans la région méditerranéenne, qui seront partagés avec la structure de commandement de l’Alliance.

Une femme à bord

Parmi les 36 militaires, une femme. C’est la première fois qu’un submersible portugais embarque une femme au sein de son équipage, annonce l’état-major des forces armées portugaises.

Un outil bien discret

(commentaire) Ce n’est pas la première fois en revanche qu’un sous-marin est employé dans l’opération Sophia. Récemment, un sous-marin grec avait été utilisé. Et des sous-marins français ou italien ont aussi été activés dans le passé. Le côté discret, insoupçonnable, de ce navire permet d’assurer une surveillance tout azimut de la côte libyenne et des alentours, pour observer les différents trafics et mouvements militaires — le trafic des êtres humains n’est pas souvent le seul objectif des sous-mariniers.

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

© B2 / Bruxelles2. Vous désirez approfondir, bénéficier de décryptages complets, d’informations plus exclusives… Continuez votre lecture sur B2 Pro. C’est aussi le meilleur moyen de soutenir ce blog et d’en permettre sa pérennité. Nicolas Gros-Verheyde, diplômé en droit européen à l’université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 – Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

Le “parti américain” dans les institutions Ue

L’art de la guerre

Le “parti américain” dans les institutions Ue

Manlio Dinucci

© Manlio Dinucci

Mardi 19 mars 2019

“La Russie ne peut plus être considérée comme un partenaire stratégique et l’Union européenne doit être prête à lui imposer d’ultérieures sanctions si elle continue à violer le droit international” : c’est ce qu’établit la résolution approuvée par le Parlement européen le 12 mars avec 402 voix pour, 163 contre et 89 abstentions. La résolution, présentée par la parlementaire lettone Sandra Kalniete, nie avant tout la légitimité des élections présidentielles en Russie, en les qualifiant de “non-démocratiques”, et en présentant ainsi le président Poutine comme un usurpateur.

Elle accuse la Russie non seulement de “violation de l’intégrité territoriale de l’Ukraine et de la Géorgie”, mais de l’”intervention en Syrie et de l’interférence dans des pays comme la Libye”, et, en Europe, d’interférence visant à influencer les élections et à attiser les tensions”. Elle accuse la Russie de “violation des accords de contrôle des armements”, en lui attribuant la responsabilité d’avoir fossoyé le Traité FNI. Elle l’accuse en outre d’ “importantes violations des droits de l’homme en Russie, y compris tortures et exécutions extra-judiciaires”, et d’”assassinats perpétrés par des agents de renseignement russes au moyen d’armes chimiques sur le sol européen”.

Au terme de ces accusations et d’autres, le Parlement européen déclare que le Nord Stream 2 -le gazoduc destiné à doubler la fourniture de gaz russe à l’Allemagne à travers la Mer Baltique- “accroît la dépendance européenne vis-à-vis de l’approvisionnement en gaz russe, menace le marché intérieur européen et ses intérêts stratégiques […] et qu’il doit donc y être mis fin”.

La résolution du Parlement européen répète fidèlement, non seulement dans ses contenus mais dans ses paroles mêmes, les accusations que les USA et l’Otan adressent à la Russie. Et chose plus importante, il répète fidèlement la demande de bloquer le Nord Stream 2 : objectif de la stratégie de Washington visant à réduire les fournitures énergétiques russes à l’Union européenne pour les remplacer par celles provenant des États-Unis ou en tous cas de compagnies étasuniennes.

Dans ce même cadre entre la communication de la Commission européenne aux pays membres, dont l’Italie, ayant l’intention d’adhérer à l’initiative chinoise de la Nouvelle Route de la Soie : la Commission les prévient que la Chine est un partenaire mais aussi un concurrent économique et, chose de la plus haute importance, “un rival systémique qui promeut des modèles alternatifs de gouvernance”, en d’autres termes des modèles alternatifs à la gouvernance jusque là dominée par les puissances occidentales.
La Commission avertit qu’il faut avant tout “sauvegarder les infrastructures digitales critiques de menaces potentiellement sérieuses contre la sécurité”, dérivant de réseaux 5G fournis par des sociétés chinoises comme Huawei mise au ban par les États-Unis. La Commission européenne répète fidèlement l’avertissement des États-Unis aux alliés. Le Commandant Suprême Allié en Europe, le général étasunien Scaparrotti, a averti que les réseaux mobiles ultra-rapides de cinquième génération joueront un rôle de plus en plus important dans les capacités guerrières de l’Otan : de ce fait ne sont pas admises de “légèretés” de la part des alliés.

Tout cela confirme quelle influence exerce le “parti américain”, puissant camp transversal qui oriente les politiques de l’Union le long des lignes stratégiques USA/Otan.

En construisant la fausse image d’une Russie et d’une Chine menaçantes, les institutions Ue préparent l’opinion publique à accepter ce que les États-Unis sont en train de préparer pour “défendre” l’Europe : les États-Unis -a déclaré à CNN un porte-parole du Pentagone- se préparent à tester des missiles balistiques avec base à terre (interdits par le Traité FNI enterré par Washington), c’est-à-dire de nouveaux euromissiles qui feront à nouveau de l’Europe la base et en même temps la cible d’une guerre nucléaire.

Édition de mardi 19 mars 2019 de il manifesto
https://ilmanifesto.it/il-partito-americano-nelle-istituzioni-ue/
Traduit de l’italien par M-A P.

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.manlio_dinucci.190319.htm

La claque d’AKK à Macron

La claque d’AKK à Macron

POSTÉ LE 19 MARS , 2019, 10:25

Emmanuel Macron n’a décidément pas de chance. Il vient d’écrire une lettre « aux citoyens d’Europe » (eh oui, la France, c’est trop petit pour lui !).

Cette lettre est, disons-le tout net, d’un style assez médiocre (le discours de la Sorbonne, l’année dernière, était aussi européiste, mais bien mieux composé) et n’a guère d’autre intérêt que de poser son auteur en chef de file d’une Europe « progressiste », par opposition au « danger populiste » représenté par Viktor Orban ou Matteo Salvini.

Cependant, dans cette étrange division de l’Europe que M. Macron prétend unir, celui-ci ne dispose que d’un unique allié : Angela Merkel, elle-même en fin de course et menacée par la progression de l’AfD.

Ironie du sort, c’est pourtant de l’entourage d’Angela Merkel qu’est venue la claque que vient de recevoir Emmanuel Macron.

Annegret Kramp-Karrenbauer, dauphine de Mme Merkel, qui vient de prendre la présidence de la CDU, a répondu par une lettre intitulée « Faisons l’Europe comme il faut ».

Cette lettre ne se prive pas d’enregistrer tous les abandons de souveraineté que propose M. Macron.

Beaucoup de médias disaient naguère que les critiques du traité d’Aix-la-Chapelle reposaient sur des « fake news ».

Mais « AKK » donne raison aux lanceurs d’alerte en disant que l’UE devrait obtenir un siège au conseil de sécurité de l’ONU – ce qui revient à demander à la France d’abandonner son siège.

Elle somme, à mots à peine couverts, la France d’abandonner toute politique autonome.

Naguère, Angela Merkel avait forcé Nicolas Sarkozy à abandonner son projet d’Union pour la Méditerranée en réclamant qu’y participent tous les États de l’UE. De même, aujourd’hui, la présidente de la CDU prie la France d’abandonner sa politique africaine ou sa politique de défense. On voit mal M. Macron résister à des « prières » qui correspondent si bien à ses vœux les plus chers.

Mais il est cocasse aussi qu’AKK refuse tout net les propositions de M. Macron en faveur du fédéralisme. Elle veut bien une politique étrangère européenne ou une politique européenne de défense, si cela permet à l’Allemagne de s’offrir à moindre coût un siège à l’ONU ou une dissuasion nucléaire. Elle réclame même une « solidarité européenne » pour la crise migratoire. Mais certainement pas de communautarisation des dettes ou d’européanisation de la protection sociale !

Et d’ajouter – et, cette fois, je serai d’accord avec elle : « Refonder l’Europe ne se fera pas sans les États-nations. » M. Macron ferait bien de méditer cela !

Opacité démocratique : mais pourquoi la France a-t-elle demandé à Bruxelles de repousser les négociations commerciales avec les Etats-Unis après les élections européennes ?

QUELQUE CHOSE À DÉCLARER ?
Opacité démocratique : mais pourquoi la France a-t-elle demandé à Bruxelles de repousser les négociations commerciales avec les Etats-Unis après les élections européennes ?

Atlantico: Comment expliquer ce choix du gouvernement ?

Christophe Bouillaud: D’abord par un minimum de réalisme électoral. Comme je l’ai déjà dit dans vos colonnes, il est évident pour toute personne sachant lire un sondage d’opinion que la majorité des Français se positionne comme assez peu favorable à l’approfondissement de la mondialisation dans tous ses aspects. A la veille d’une élection de mi-mandat, comme l’est en pratique l’élection européenne de mai 2019 pour Emmanuel Macron, il parait donc raisonnable pour un représentant du pouvoir à Paris de faire une telle demande à ses pairs européens de remettre toute négociation à après les élections. En raison de cette hostilité majoritaire de l’opinion publique française, il est très urgent d’attendre, de ne pas voir cette question d’un éventuel accord commercial avec les Etats-Unis s’inviter dans le débat électoral français, et bien sûr d’empêcher les opposants de s’en saisir pour accroître leur audience électorale. Ils ne sont pas dans une forme politique excellente, mais qui sait l’un ou l’une d’entre eux pourrait saisir avec toute la vigueur voulue la perche ainsi tendue.

En voulant éviter l’émergence de cette question dans le débat électoral, le gouvernement ne prend-il pas le risque de donner une impression de dissimulation sur cette question?

Oui, si s’enclenche à ce propos un « effet Streisand ». En reportant les négociations transatlantiques à après les élections européennes, il y a bien sûr le risque que les opposants présentent dans leur propagande électorale ce report comme la preuve même que quelque chose de très délétère pour les électeurs français se prépare en coulisses – le « poulet au chlore » risque par exemple de sortir des placards. De fait, toutes les rumeurs sur le contenu même des négociations pourront commencer à circuler, et le gouvernement n’aura donc pas de moyens de démentir ces allégations, puisqu’officiellement, les négociations seront au point mort.

En réalité, il n’y a guère de bonne solution pour le gouvernement actuel. En effet, puisqu’il veut aller vers un approfondissement du libre-échange dont la majorité de nos concitoyens ne veut pas, il ne peut que louvoyer. Qu’il autorise la Commission à engager les négociations commerciales ou qu’il demande qu’on les retarde, il reste que ce gouvernement voit toujours l’approfondissement du libre-échange comme une chose positive, en contradiction avec la majorité du pays. Mais si j’ose dire, être contre la majorité du pays ne semble pas le déranger plus que cela, tant qu’il ne perd pas les élections européennes.

En quoi un tel choix paraît incompatible avec la logique du « Grand débat » initié par le gouvernement ?

C’est sûr que, si le gouvernement se croyait en mesure de convaincre les électeurs des bienfaits de l’approfondissement du libre-échange, que ce soit avec les Etats-Unis ou avec tout autre pays, il se lancerait bravement dans la bataille électorale en soulignant que les négociations transatlantiques constituent l’amorce d’une relance bienvenue du commerce mondial, d’une relance créatrice d’emplois en France. Or il sait bien que c’est peine perdue de se lancer dans une telle démonstration vu l’état du corps électoral français, d’où sa tentation de sursoir, et surtout de ne pas débattre de ce sujet pendant la campagne électorale des européennes.

Ce genre d’évitement cadre cependant mal avec la rhétorique officielle du «Grand débat », où les Français ont été invités à discuter des orientations majeures du pays. Pour ne prendre qu’un seul exemple, c’est tout de même bien contradictoire de faire réfléchir d’un côté les Français à la transition environnementale dans le cadre « Grand Débat », et, de l’autre, de laisser ouverte la possibilité de négocier un approfondissement du libre-échange avec les Etats-Unis de Donald Trump, dont la vision économique se situe pourtant à l’antithèse exacte de ce qu’il faudrait faire pour réduire les émissions de gaz à effets de serre. Sauf erreur de ma part, D. Trump a retiré son pays des « Accords de Paris » signés à la COP 21. Ou alors, est-ce que les Européens, dont notre propre gouvernement, pensent sérieusement qu’ils pourraient imposer leur vision de la transition environnementale, inscrite dans ces mêmes Accords,  à un Donald Trump ? Les négociations commerciales engagées avec les Etats-Unis ressemblent tout de même fort à un chantage de D. Trump à notre égard. Est-ce bien sérieux d’y aller sans exercer un contre-chantage si l’on se veut le défenseur des intérêts européens –dont celui environnemental réaffirmé il y a peu lors de la tournée africaine d’Emmanuel Macron ? Mais alors il faudrait assumer le conflit avec le dit Trump, et là je doute que les Européens soient aussi unis qu’ils le prétendent.

Cependant, si l’on prend de manière plus réaliste le « Grand Débat » pour ce qu’il est jusqu’ici, un immense exercice de pédagogie de l’action gouvernementale, qui, d’ailleurs, ne semble avoir mobilisé que les milieux sociaux les plus proches de sa base électorale, il est assez logique que le commerce international soit exclu de la discussion. Il est, je le répète, de notoriété publique désormais que les Français y sont « réfractaires ».

La question du commerce international est-elle une exception en ce sens ? Quels sont les sujets qui ont pu être considérés comme « trop importants » pour être débattus durant la campagne ? En quoi s’agit-il d’une opportunité pour les oppositions ?

L’autre sujet sur lequel on voit bien que le gouvernement actuel cherche à temporiser n’est autre que la réforme promise des retraites. Le mouvement des « Gilets jaunes » a commencé, entre autres doléances, sur la question de l’augmentation de la CSG pour les retraités. Il y a eu un recul partiel sur cette mesure au mois de décembre 2018, mais le gouvernement maintient la non-indexation de fait des retraites en 2019 et en 2020. En fait, cette question des retraites est largement liée au dysfonctionnement de l’économie française et à sa désindustrialisation dans le cadre de la zone Euro. Remettre la réforme des retraites à plus tard permet donc déjà au gouvernement de ne pas lier les aspects macroéconomiques du financement des retraites et l’insertion de la France dans l’économie européenne. Bien sûr, cela évite aussi de donner aux partis d’opposition un motif de mobilisation. En effet, tout montre que la réforme des retraites ira vers une détérioration rapide du statut économique des retraités, alors même que déjà une partie d’entre eux sont en grande difficulté.  Dans le fond, le gouvernement reste largement maître de l’agenda médiatique des européennes. Ce sont ses propres réformes qui font nouvelle et débat. Les oppositions ne sont pas vraiment en mesure d’imposer leurs propres thèmes.

Plus généralement, aussi paradoxal que cela puisse paraître s’agissant d’une élection européenne, le gouvernement a tout intérêt  à ne pas avoir trop à préciser ce qu’il veut faire au niveau européen. En effet, les deux premières années du quinquennat Macron ont montré qu’il n’existait pas de volonté très affirmée de réformes en Europe. La nouvelle direction de la CDU vient ainsi d’enterrer tous les beaux projets de mutualisation budgétaire portés par Emmanuel Macron, mais ce n’est qu’un épisode d’une série de refus venant de nombreux dirigeants européens. En réalité, le plus probable est qu’après mai 2019 et avec la nouvelle Commission européenne, tout continue, lentement et sans inspiration, comme actuellement. Il est plus facile pour le gouvernement de monter tout un barnum autour des valeurs européennes menacée, surtout face au Rassemblement national, pas très technique sur les dossiers, que de dire de manière réaliste ce qu’on pourra réellement modifier.

 

https://www.atlantico.fr/decryptage/3568487/opacite-democratique–mais-pourquoi-la-france-a-t-elle-demande-a-bruxelles-de-repousser-les-negociations-commerciales-avec-les-etats-unis-apres-les-elections-europeennes–christophe-bouillaud

Le retour de Marco Polo ou les complications d’un monde post-impérial

Le retour de Marco Polo ou les complications d’un monde post-impérial

Publié le 17 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in EuropeChineEtats-UnisEconomie

Lorsque le 22 mars, le président chinois Xi Jinping débarquera à Rome pour une très importante visite, l’esprit de Marco Polo flottera dans l’air. S’il ne fut pas le premier Occidental à emprunter la route de la Soie, le célèbre Vénitien laissa à la postérité la description de la Chine et ses merveilles dans son Devisement du monde.

Sept siècles plus tard, le gouvernement italien lance un pavé dans la marre en voulant rejoindre les Nouvelles routes de la Soie, le tentaculaire projet de Pékin visant à intégrer économiquement l’Eurasie, hantise de l’empire américain. Sans surprise, Washington a déjà réagi, en affirmant sans rire que cela « dégraderait l’image internationale de l’Italie ».

Cette dernière n’est pourtant pas le premier pays européen à adhérer au projet chinois et le fidèle lecteur sait que la Hongrie du grand méchant Orban est sur les rangs depuis trois ans, rejointe ensuite par la Grèce ou encore le Portugal. Mais le poids de l’Italie est autrement important : membre du G7, quatrième pays européen en termes de population et d’économie, sa décision pourrait « briser la glace » pour les autres et entraîner plusieurs pays dans son sillage. D’autant que cette intégration aux routes de la Soie ferait bénéficier des prêts de la BAII, à propos de laquelle un petit rappel n’est pas inutile :

La fameuse Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII) a été lancée en fanfare à Pékin cette semaine [juillet 2015, ndlr]. Plus de 300 délégués de 57 pays ont assisté à la signature. Rappelons que la BAII concurrencera la Banque mondiale sous influence américaine et sera la cheville ouvrière du cauchemar absolu des stratèges états-uniens : l’intégration de l’Eurasie. Elle financera – sans doute en coopération avec l’autre Goliath bancaire créé récemment, la banque des BRICS – les infrastructures liées au phénoménal projet continental de routes de la Soie visant à relier l’Europe à l’Extrême-Orient en évitant les mers, marginalisant considérablement les Etats-Unis.

L’entrée de Rome dans la danse serait une situation gagnant-gagnant, l’Italie pouvant ainsi financer la reconstruction de ses infrastructures vieillissantes (cf. catastrophe du pont de Gênes) et vendre son Made in Italy aux consommateurs chinois qui en sont friands. Un seul perdant dans cette affaire : Washington.

L’analyse pourrait s’arrêter là et conclure à une nouvelle baffe dans la tête impériale. Pourtant, si ce dernier point n’est pas discutable, les choses sont en réalité bien plus compliquées et entrent dans la lignée de ce que nous prédisions au lendemain de l’élection du Donald il y a plus de deux ans :

Le deuxième mandat d’Obama avait sans doute porté à son paroxysme l’affrontement des deux blocs. Entre 2013 et 2015, le système impérial américain, incluant ses dépendances européenne et médiatique, s’est arc-bouté, uni, resserré presque jusqu’à l’étouffement. Un objet trop compressé finit par se fissurer, puis éclater – simple loi physique. Géopolitiquement, cela nous a donné le Brexit et l’élection de Trump.

Nous entrons maintenant dans une ère aléatoire de recomposition, un nouvel ordre mondial que les tenants de l’ordre ancien voient avec horreur et qu’ils tentent désespérément, et avec de moins en moins de succès, de ralentir. Voici venue l’ère des électrons libres, de la restructuration internationale et des nouveaux paradigmes.

Le rapprochement italo-chinois est éclairant à cet égard et un excellent article de Tom Luongo l’analyse en détail. Résumons la complexité de la situation en quelques points :

  1. Le ralliement de Rome aux Nouvelles routes de la Soie est poussé par le Mouvement 5 étoiles et son leader, Di Maio.
  2. Cette annonce a été accueillie avec des cris d’orfraie par Trump, Merkel mais aussi par la Ligue de Salvini, autre composante essentielle du gouvernement italien, pourtant alliée à Di Maio.
  3. La position de Salvini recoupe grosso modo celle de l’anti-système « de droite » partout en Europe (Le Pen, Wildeers, UKIP etc.) : oui à la multipolarité russo-chinoise sur le plan géopolitique contre l’hégémonie américaine, mais non à l’invasion chinoise sur le plan économique.
  4. Merkel, qui ne veut pas voir l’Italie jouer un rôle important en Europe, s’oppose à l’accord Rome-Pékin. Ce faisant, elle se retrouve curieusement dans le même camp que Salvini, qu’elle déteste par ailleurs (migrants, fédéralisme européen etc.)
  5. Ironie du sort, elle se retrouve également dans le même bateau que le Donald, à qui elle s’oppose sur à peu près tous les autres sujets (gaz russe, paiement pour le stationnement des troupes US, protectionnisme vs libre-échange etc.)
  6. Dans ce maelstrom, l’euronouillerie est complètement perdue, ne sachant que faire avec la Chine. Elle est encore plus désemparée face aux Etats-Unis de Trump, comme le montre la délirante séance du Parlement européen d’il y a trois jours, au cours de laquelle les députés ont d’abord voté une série d’amendements contre la reprise des négociations commerciales avant… de voter dans la foulée pour annuler leur propre résolution !

Dans le nouveau monde aux recompositions complexes créées par le reflux impérial, Bruxelles est déboussolée. Vassal eurocratique cherche suzerain désespérément…

 

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Revue de presse nationale et internationale.

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