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«La situation s’aggrave» : Vladimir Poutine propose un sommet international sur le dossier iranien ….

«La situation s’aggrave» : Vladimir Poutine propose un sommet international sur le dossier iranien 15 août 2020, 13:15 © Alexey NIKOLSKY / SPUTNIK Source: AFP Le président russe Vladimir Poutine préside une réunion par visioconférence avec des membres du gouvernement, près de Moscou, le 11 août 2020 (image d’illustration). Face à une «hausse des tensions» et aux «risques élevés d’un conflit», Vladimir Poutine a appelé le 14 août à un sommet des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, plus l’Allemagne et l’Iran, afin d’évoquer le dossier iranien. Estimant que «la question est urgente», le président russe, Vladimir Poutine, a proposé ce 14 août d’organiser «dans les plus brefs délais une rencontre en ligne» des chefs d’Etats ou de gouvernement des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Russie, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Chine), ainsi que des dirigeants de l’Allemagne et de l’Iran, dans le but de discuter du dossier iranien. C’est dans cette configuration dite «5+1» qu’avait été négocié et conclu avec l’Iran en 2015 l’accord sur le nucléaire iranien, que Washington a ensuite dénoncé en 2018. Pour Moscou, l’accord de Vienne de 2015 «a permis d’éliminer la menace d’un conflit armé» «Les discussions au Conseil de sécurité de l’ONU sur la question iranienne deviennent de plus en plus tendues. La situation s’aggrave», a ainsi estimé Vladimir Poutine dans un communiqué rendu public, le 14 août. Dénonçant des «accusations sans fondement contre l’Iran», le chef d’Etat russe a fustigé des «projets de résolution visant à détruire les précédentes décisions unanimes du Conseil de sécurité». Lire aussi Emmanuel Macron et Vladimir Poutine s’inquiètent d’une aggravation des tensions au Moyen Orient Soulignant également une «hausse des tensions» et les «risques élevés d’un conflit», le locataire du palais des Térems a fait savoir que ce sommet aura pour objectif «de définir les mesures à prendre pour éviter la confrontation et l’aggravation de la situation au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies». Nous invitons nos partenaires à examiner attentivement notre proposition Et de poursuivre : «Nous invitons nos partenaires à examiner attentivement notre proposition. L’alternative est une intensification des tensions et l’accroissement du risque de conflit. Une telle évolution doit être évitée. La Russie est ouverte à une coopération constructive avec tous ceux qui sont intéressés à s’éloigner du seuil de risque.» Vladimir Poutine a également rappelé que Moscou demeurait «attaché au Plan d’action global commun relatif au programme nucléaire iranien (JCPoA) [l’accord de Vienne signé en 2015]», qui, selon lui, «a permis d’éliminer la menace d’un conflit armé et a renforcé le régime de non-prolifération nucléaire». La France se dit ouverte et disponible à l’initiative russe Ce 14 août, l’Elysée a fait savoir que la France était ouverte à l’initiative proposée par le président russe. «Nous confirmons notre disponibilité de principe», a ainsi déclaré la présidence française, citée par Reuters. Et d’ajouter : «Nous avons déjà par le passé déployé des initiatives dans le même esprit».  Cette initiative russe d’un sommet international sur le dossier iranien intervient alors que plus tard le 14 août, le Conseil de sécurité de l’ONU a rejeté une résolution proposée par Washington visant à prolonger l’embargo sur les ventes d’armes à l’Iran, vieux de 13 ans, et qui expire le 18 octobre. Lire aussi Les Etats-Unis appellent au maintien de l’embargo sur la vente d’armes à l’Iran La Russie et la Chine sont les deux seuls pays à avoir voté contre la proposition américaine sur les 15 membres du Conseil de sécurité. Onze membres du Conseil se sont abstenus, parmi lesquels la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, alliés européens des Etats-Unis. Depuis 75 ans d’histoire des Nations Unies, l’Amérique n’a jamais été si isolée «L’incapacité du Conseil de sécurité à agir de manière décisive pour défendre la paix et la sécurité internationales est inexcusable», a réagi dans un communiqué le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo. De son côté, le président iranien a déclaré lors d’une conférence de presse retransmise à la télévision : «Les Etats-Unis ont échoué dans cette conspiration, humiliés.» Et de continuer : «A mon avis, ce jour restera dans l’histoire de notre pays et dans l’histoire de la lutte contre l’arrogance mondiale.» «Depuis 75 ans d’histoire des Nations Unies, l’Amérique n’a jamais été si isolée», a tweeté de son côté le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, après que seulement deux pays ont approuvé le projet de prolongation de l’embargo : les Etats-Unis et la République dominicaine. «Malgré tous les voyages, pressions et colportages, les Etats-Unis n’ont pu mobiliser qu’un petit pays [à voter] avec eux», a-t-il ensuite lancé, faisant allusion aux efforts de Mike Pompeo pour rallier des soutiens à la résolution américaine. «Je pense que c’est le pire accord jamais négocié», jugeait Donald Trump Les tensions entre Washington et Téhéran se sont considérablement accrues depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis en 2016. En mai 2018, les Etats-Unis décidaient de se retirer de l’accord international de Vienne sur le nucléaire iranien. Donald Trump avançait alors : «Je pense que c’est le pire accord jamais négocié», considérant le texte trop avantageux pour Téhéran. En septembre 2019, en réponse au retrait américain, la République islamique a mis en activité des centrifugeuses avancées, avec pour objectif de produire de l’uranium enrichi à 4,5%, taux prohibé par l’accord de Vienne. Les tensions ont passé un nouveau cap lorsque l’armée américaine a abattu à Bagdad en Irak, par une attaque de drone le 3 janvier 2020, Qassem Soleimani, chef de la force al-Quods, branche des Gardiens de la Révolution iranienne chargée des opérations extérieures. Washington avait accusé Soleimani d’être l’instigateur d’attaques de milices liées à l’Iran contre les forces américaines dans la région.  Pour autant, le président américain a récemment déclaré que s’il venait à être réélu novembre, il passerait des accords avec l’Iran et la Corée du Nord, autre bête noire des Etats-Unis : «Si nous gagnons, no

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/international/77894-situation-saggrave-vladimir-poutine-propose-sommet-international-sur-dossier-iranien

Secrétaire Exécutif du G5 Sahel : « Le temps des coups d’Etat est révolu »

Secrétaire Exécutif du G5 Sahel : « Le temps des coups d’Etat est révolu »

Deutsche Welle

 27 août 2020 (mis à jour:  27 août 2020)

Le Secrétaire Exécutif du G5 Sahel, Maman Sidikou. [AMISOM Public Information – Flickr]

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Le G5 Sahel, selon son Secrétaire Exécutif, exige un civil pour diriger la transition au Mali. Pour Maman Sidikou, le coup d’Etat est « d’abord un échec des Maliens ». Une interview de notre partenaire Deutsche Welle.

L’Union européenne a suspendu temporairement ses missions de formation de l’armée et de la police au Mali. L’annonce a été faite ce mercredi après le coup d’Etat militaire qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, a déclaré le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

La plupart des militaires de la force spéciale malienne ont été formés par des partenaires du pays. Ce qui soulève à nouveau des interrogations liées à la formation de ces soldats qui peinent pourtant à venir à bout des terroristes qui sévissent au Mali et dans le Sahel.

À cette question, le Secrétaire Exécutif du G5 Sahel, Maman Sidikou répond : « Il faut interroger ce qui se passe en interne, plutôt que de parler des formations données par nos partenaires ».

Dans une interview exclusive accordée à la DW, Sidikou rappelle que l’interruption d’un processus constitutionnel ne peut pas être considérée comme normale. Il avoue aussi avoir été surpris, car il estime que « le temps des coups d’Etat est révolu ».

Extrait de l’entretien avec Maman Sidikou 

DW : Comment réagissez-vous au putsch militaire qui a renversé le Président, Ibrahim Boubacar Keïta ?

Maman Sidikou : Au niveau du G5 Sahel, nous agissons dans une optique d’accompagnement des efforts de la Cédéao, en étroite collaboration avec les autres partenaires: l’Union africaine, les Nations unies. Nous sommes en mission ici, instruits par le président du G5 Sahel, le président Ghazouani, de Mauritanie, et en effet face à une situation très préoccupante pour la région.

DW : Quelle a été votre marge de manœuvre depuis le renversement du régime d’IBK?

Maman Sidikou : Nous avons continué à travailler normalement, et il n’y a pas d’interruption dans les opérations, par exemple. Il n’y a pas d’interruption dans les contacts au ministère des Affaires étrangères du Mali et dans la concertation permanente entre nos cinq chefs d’Etat et avec la Cédéao. Notre force conjointe qui est sur place continue à travailler avec l’armée malienne pour organiser nos opérations.

DW : Nous savons que ce sont les hauts gradés de l’armée malienne qui ont mené ce putsch, dont certains ont été formés en France, d’autres en Russie ou encore par le programme américain Flintlock. Est-ce que vous avez été surpris par leur mode opératoire ?

Maman Sidikou : Toute interruption d’un processus constitutionnel, surprend, étonne et n’est pas normale. C’est tout ce que je peux dire là-dessus. Mais surpris ? Oui, parce que bon, pour nous, le temps des coups d’Etat est révolu.

Nos jeunes amis du Conseil national du salut du peuple disent que ce n’est pas un coup d’Etat. Ceux qui étaient dans la rue aussi disent que c’est l’aboutissement de tout ce qu’il y avait comme tension avant.

DW : Mais est-ce que ce n’est pas un aveu d’échec de la communauté internationale ?

Maman Sidikou : Disons que c’est d’abord un échec de la communauté malienne, des Maliens eux-mêmes.

DW : La plupart des militaires (maliens), en tout cas des forces spéciales, sont formés par la communauté internationale à travers divers programmes…

Maman Sidikou : Il y a des questions à se poser à ce niveau-là, mais nos armées, d’une façon générale ont des formations dans divers pays. On ne leur apprend pas à faire des coups d’État au cours de ses formations-là. Donc il faut interroger ce qui se passe en interne, plutôt que de parler des formations données par nos partenaires.

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Sujets  

Européens se mobilisent

Européens se mobilisent

 Nicolas Gros-Verheydecatastrophe industrielleFinulLibanNitrate d’amonium  2 min read

(B2) L’attention est tournée vers le Liban aujourd’hui après l’explosion qui a touché vers 17h10 (locales) mardi (4 août) le port de Beyrouth.

Une méga catastrophe

Un bilan qui s’aggrave d’heure en heure

Au moins une centaine de morts et plus de 4000 blessés ont été comptabilisés par la Croix-Rouge libanaise. Un bilan encore très provisoire, selon le quotidien l’Orient Le jour, qui pourrait s’aggraver encore dans les prochaines heures.

Plusieurs quartiers atteints

L’explosion, gigantesque, a en effet non seulement touché la zone portuaire mais les quartiers voisins, notamment le quartier d’Achrafieh. Elle a été entendue à des kilomètres à la ronde. L’origine semble accidentelle selon des diplomates européens du « à l’explosion [en cascade] de stocks chimiques contenant de l’acide nitrique » (nitrite d’ammonium).

Hôpitaux submergés

Les hôpitaux libanais déjà aux prises avec l’épidémie de Covid-19 sont submergés. La Croix-Rouge libanaise a ouvert des centres de tri et de premiers soins dans plusieurs points de la capitale (place des Martyrs près de la mosquée Al Amin et au Forum de Beyrouth notamment).

Un navire de la FINUL touché

Un des navires que compte la force maritime des casques bleus a été touché par l’explosion et plusieurs de ses occupants blessés annonce la FINUL. Il s’agit d’une corvette de la marine du Bangladesh, le BNS Bijoy. 19 marins ont été blessés, certains assez gravement selon la FINUL. Deux hommes particulièrement seraient en état critique, selon le site Defseca.

Des ambassades européennes endommagées

Plusieurs ambassades de pays européens ont aussi été touchées. L’ambassade belge a subi « d’énormes dégâts » selon le ministre Philippe Goffin. Deux agents et deux membres de leur famille ont été légèrement blessés par des éclats de verre. L’ambassade néerlandaise a également été touchée, avec cinq blessés selon le premier ministre Mark Rutte. L’ambassade allemande comme l’ambassade autrichienne ont également atteintes. Il y a des blessés dans le personnel allemand. Du côté autrichien on précise qu’il n’est « pas certain actuellement que les bureaux de l’ambassade puissent être utilisés dans les prochains jours ».

Une aide européenne et internationale qui se mobilise

Bruxelles – UE

Le centre de coordination de la réponse d’urgence (alias ERCC, Emergency Response Coordination Centre), a activé le système de repérage satellitaire Copernicus pour dresser une rapide cartographie de la situation et venir en aide aux autorités locales, indique Janez Lenarčič, le commissaire européen chargé de la gestion de crises.

Paris

Une équipe de la sécurité civile et avec plusieurs tonnes de matériel sanitaire, et des urgentistes ont pris la direction de Beyrouth. Cela suit l’intention affichée par le président de la République. « Des secours et moyens français sont en cours d’acheminement sur place » indique par tweet Emmanuel Macron dès 21h le mardi soir.

Athènes

La Grèce a dit « se tenir prête à assister les autorités libanaises avec tous les moyens disponibles », via un communiqué des Affaires étrangères.

Prague

« La république Tchèque est prête à envoyer notre équipe spéciale de secours si demandé » précise le ministre tchèque des affaires étrangères, Jan Hamáček,

La Haye

Les Pays-Bas sont prêts à aider le Liban en matière de recherche et de sauvetage, et à apporter un soutien immédiat à la Croix-Rouge libanaise, indique Sigrid Kraag, ministre du commerce extérieur et de la coopération au développement.

(NGV)FacebookTwitterLinkedInWhatsAppPrintFriendlyPrintPartager

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l’université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 – Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

https://www.bruxelles2.eu/2020/08/gigantesque-explosion-dans-le-port-de-beyrouth-les-europeens-se-mobilisent/?utm_source=mailpoet&utm_medium=email&utm_campaign=les-newsletter-total-derniers-articles-de-notre-blog_2

SOMMET EUROPÉEN LABORIEUX : REDUCTION DE LA PAC ET DE LA DEFENSE…

SOMMET EUROPÉEN LABORIEUX : REDUCTION DE LA PAC ET DE LA DEFENSE…

Le diable se cache dans les détails, a-t-on coutume de dire lorsque l’on parvient au stade de la conclusion d’une négociation internationale ardue, encore plus lorsque vient le temps de sa mise en œuvre. Nous en tenons un exemple concret avec l’accord au forceps1 sur un plan de relance massif de l’économie européenne malmenée par la pandémie2 auxquels sont parvenus les chefs d’État et de gouvernement, réunis en live à Bruxelles le 21 juillet 2020. Consensus obtenu à l’issue d’un marathon diplomatique éprouvant de quatre jours, le plus long de ces dernières décennies3. Consensus obtenu après des échanges de noms d’oiseaux entre « pays frugaux » et autres conduits par un Emmanuel Macron déchaîné (il aurait tapé du poing sur la table comme un enfant mal appris)4. Telle est la réalité dans ce qu’elle a de plus crue dans une Europe qui manque de plus en plus d’affectio societatis. Qu’en est-il du contenu même de l’accord à vingt-sept ?

Comme toujours, il y a loin de la coupe (les 500 milliards d’euros de subventions proposés par Berlin, Paris et la Commission européenne, relayé par le Conseil européen5) aux lèvres (les 390 milliards d’euros consentis par les « radins », dont 40 milliards d’euros pour la France6, au prix d’autres concessions). C’est ce que l’on appelle un compromis diplomatique. Reconnaissons que nous ne disposons pas encore du texte intégral de l’accord pour en apprécier tous les détails, surtout ceux qui ont leur importance. Nous en saurons plus dans les semaines à venir. Le battage médiatique auxquels se sont livrés les décideurs français relayés par nos perroquets à carte de presse avant cette rencontre n’a pas permis de répondre entièrement aux promesses de l’accord franco-allemand du 18 mai 2020. Les « États frugaux » ont tenu la dragée haute au couple Macron-Merkel qui ne fait plus la loi à Bruxelles. Même s’il a le mérite d’exister, le résultat n’est pas entièrement à la hauteur des attentes françaises. Ne s’agirait-il qu’un plan pour sauver la face ?7

UN INDÉCENT BATTAGE MÉDIATIQUE FRANÇAIS EX ANTE

Comme souvent, la diplomatie jupitérienne excelle dans une pratique significative de l’arrogance à la française, celle qui consiste à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Conséquence de la déception inhérente à cette approche, les responsables français sont conduits à perdre patience et son calme.

Vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué

Dans les semaines précédant le sommet des 17 et 18 juillet 2020 (durée théorique du sommet), nous avons été soumis à un tir de barrage des communicants de l’Élysée sur le caractère historique du sommet européen avant même que les Vingt-Sept ne se soient mis d’accord sur son contenu. Et cela alors même que des États comme la Pologne et la Hongrie ont rappelé qu’il ne pourrait être question de conditionner le versement de fonds européens au respect de l’État de droit (la fameuse « Europe des valeurs »). Et cela alors même que les « États frugaux » (Autriche, Danemark, Pays-Bas8, Suède auxquels est venue se joindre la Finlande) ont fait part de leurs fortes réserves à l’égard d’un mécanisme de solidarité qui bénéficierait notamment à l’Espagne et à l’Italie9, pays considérés comme des cigales indécrottables. Ce qui devait arriver arriva. Ces derniers n’entendaient pas se faire tordre le bras tant sur le montant de l’enveloppe allouée que sur sa répartition entre subventions et prêts et sur les garanties attendues des cigales10. Il était évident, dans ces conditions, que la bataille serait rude et que la proposition franco-allemande ne serait pas adoptée en l’état.

Perdre patience et son calme

C’est ce qui fut le cas : cinq jours de bataille des chiffonniers révélatrices d’une crise profonde de l’Union européenne. Des batailles de communiqués de presse peu utiles si ce n’est pour amplifier l’étendue du dissensus. « Un accord est possible et un accord est nécessaire » à Bruxelles entre Etats européens sur le plan de relance, après trois jours de négociations jusqu’ici sans issue, estime le 20 juillet 2020 le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire. « L’enjeu de la négociation qui se joue aujourd’hui à Bruxelles c’est la présence de l’Europe parmi les grandes puissances mondiales au 21ème siècle, ou non », a-t-il aussi mis en garde sur RMC-BFMTV. « C’est l’avenir de l’Europe au 21ème siècle qui se joue dans les heures qui viennent à Bruxelles », a insisté le ministre français, alors que le président Emmanuel Macron est sorti de ses gonds pour dénoncer dimanche la mauvaise volonté de certains de ses homologues. « Si nous ne sortons pas plus forts de cette crise économique en rassemblant nos forces, en ayant ces 500 milliards de subventions européennes qui vont permettre aux économies de redémarrer, nous prendrons un tel retard que nous ne le rattraperons jamais », a encore averti Bruno Le Maire. Cet ex-diplomate ne sait toujours pas qu’une négociation est un exercice de patience, de compréhension de la position de ses opposants, non un combat de cour d’école. Il ne faut jamais aller plus vite que la musique. Rien ne sert d’élever la voix. Le plus souvent, cela s’avère contreproductif et contribue à compliquer les choses et à figer les positions antagonistes. Le Conseil européen qui s’achève le démontre, s’il en était encore besoin. Autre sujet à l’ordre du jour, le budget européen à long terme de l’Union européenne (2021-2027), de plus de 1.000 milliards d’euros, dont la plupart des dépenses sont destinées aux agriculteurs et aux pays d’Europe de l’Est.

Après un marathon homérique, l’annonce de l’accord est tombée dans la matinée du 21 juillet 2020. Alléluia ! « Deal » tweetait aux premières heures du jour, le président du Conseil européen, le belge Charles Michel suivi d’un « we did it », tout cela en français dans le texte. Bravo pour la pratique de la langue française en perdition face à l’anglais au sein de l’Union européenne ! Ce qui en dit long sur l’influence réelle de la France dans cette structure vénérée par nos fédéralistes indécrottables et aveugles.

UN REPLI DIPLOMATIQUE FRANCO-ALLEMAND EN ORDRE EX POST

Passons en revue les points d’accord, la mise en garde du parlement européen, les réactions du couple franco-allemand à la manœuvre dans ce marathon diplomatique avant d’en venir aux réserves qu’inspire cet accord en trompe-l’œil si l’on veut bien y regarder de plus près.

Les points d’accord

Quels sont les principaux points de consensus obtenus à l’issue du Conseil européen le 21 juillet 2020 ? Les « pays frugaux » ont obtenu une nouvelle répartition entre prêts et subventions dans l’enveloppe globale de 750 milliards d’euros pour le plan de relance qui viendra abonder le budget communautaire 2021-2027 de plus de 1000 milliards d’euros. La part des subventions est ramenée à 390 milliards d’euros. Ils ont engrangé une clause de conditionnalité. Les dirigeants de l’UE ont, pour la première fois, décidé de conditionner l’octroi de financements européens au respect des principes démocratiques dans l’accord. « C’est la première fois dans l’histoire de l’Europe que le budget est lié aux objectifs climatiques et au respect de l’Etat de droit pour l’octroi des financements », a affirmé Charles Michel. « La Commission européenne a proposé un instrument pour prendre des mesures à la majorité qualifiée en cas de violations de l’Etat de droit », a précisé sa présidente, Ursula von der Leyen. « Un engagement très clair a été pris pour protéger les intérêts financiers de l’Union européenne et contrôler plus strictement les fonds européens », a-t-elle ajouté. Or, on ne trouve aucune référence, si ce n’est une référence ambigüe11, de ce lien dans les conclusions du Conseil européen12. En un mot, accroissement des rabais (ils ont progressé de 43 à 56 milliards d’euros pour les sept années à venir), État de droit sur lequel les avis divergent, climat, de nombreuses concessions ont été consenties pour arracher un compromis à l’arraché des « pays frugaux » qui sont parvenus à faire bloc contre Berlin et Paris. Tout accord présente des contreparties ! Notons que pour bénéficier des subventions européennes, les États membres devront soumettre leur programme de relance à la majorité qualifiée des Vingt-Sept. Ce qui confère aux « pays frugaux un levier d’action non négligeable pour la suite, y compris pour la France. Ils ne manqueront pas d’en jouer, le moment venu. Ce dont ne parlent pas notre clergé médiatique qui répète la voix de son maître.

La mise en garde du Parlement européen

Nous sommes en présence d’un compromis a minima qui devra être approuvé par le parlement européen et par les parlements nationaux. Le président du Parlement européen, David Sassoli rappelle les priorités de son assemblée : la fin des rabais, le développement des ressources propres et le respect de l’État de droit. Dès le 23 juillet 2020, es eurodéputés ont adopté une résolution critique de l’accord européen sur le budget, à rebours des célébrations du début de semaine13. Ils contestent notamment les fortes coupes dans la santé ou la recherche. Même si le scénario est très improbable, les élus, qui sont co-décisionnaires sur les questions budgétaires, peuvent encore bloquer l’ensemble du « deal » à l’automne. Avec la résolution au ton musclé qu’il a adoptée, le Parlement européen envoie un signal clair : rien n’est encore fait pour obtenir son feu vert. En vérité, les élus ont abandonné l’idée de peser sur la structure du plan de relance de 750 milliards d’euros, et sa répartition entre prêts et subventions, qui a déjà fait l’objet d’une âpre bataille entre capitales. Mais ils veulent revoir l’architecture du budget européen sur les sept prochaines années, chiffré à 1 074 milliards d’euros, qu’ils « contestent » en l’état – un terme particulièrement raide, pour des résolutions d’ordinaire plus lisses. L’institution « ne cautionnera pas un fait accompli et est prêt à refuser de donner son approbation », lit-on dans la résolution. Dans la ligne de mire des élus : certaines des coupes décidées en début de semaine, dans les secteurs stratégiques comme la santé, la recherche ou l’éducation (Erasmus+), l’absence de garanties sur les « ressources propres » (des impôts qui permettent à l’Union européenne de se financer, indépendamment des contributions des États au budget de l’Union européenne) ou encore la mollesse de certains compromis, par exemple sur le respect de l’État de droit par les pays membres14. Nous sommes loin d’un accord « historique ».

Les réactions du couple franco-allemand

Quelles sont les réactions du couple franco-allemand ? La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron ont salué mardi une journée « historique » pour l’Union européenne lors d’une conférence de presse commune à Bruxelles. « C’est un changement historique de notre Europe et de notre zone euro », a estimé Emmanuel Macron. « Une étape majeure a été franchie ». « En deux mois, nous avons réussi à bâtir un consensus pour que ce plan de relance inédit devienne une décision et donc une réalité », s’est-il félicité. Plus sobre, Angela Merkel s’est dite « très soulagée » qu’après des négociations difficiles, l’Europe ait montré qu’elle peut encore agir ensemble ». Il s’agit d’« un signal important qui va au-delà de l’Europe », « une réponse à la plus grande crise de l’Union européenne depuis sa création », a-t-elle affirmé. Le couple franco-allemand estime avoir sauvé l’essentiel, le principe d’un endettement commun, au prix de concessions importantes. À contre-courant, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen a qualifié le plan de relance de l’Union européenne de « pire accord pour la France de toute l’histoire de l’UE », le chef des Insoumis Jean-Luc Mélenchon déplorant lui que le président Emmanuel Macron ait, selon lui, « tout cédé ». Toutes les critiques des deux extrêmes de l’échiquier politiques ne sont pas à ignorer. Parfois, elles sont pleines de bon sens, celui qui manque à notre élite énarchique. Sans parler de celles de Bruno Retailleau (président du groupe LR au Sénat) qui stigmatise : « L’Europe des petites cuisines et des grandes dépendances »

Les réserves à l’égard de cet accord

Quelles sont les réserves que l’on peut formuler sur la base de l’expérience de ces sommets sans parler de la pratique française15 ? Tout ceci est bel et bien beau dans l’absolu mais dans le relatif, la situation est plus contrastée. Rappelons que pour sauver l’enveloppe de subventions, il a aussi fallu accepter un budget communautaire contraint : réduction de la PAC16, du Fonds pour une transition juste et stabilisation de la cohésion. L’on a déshabillé Pierre pour habiller Paul. Tel est le constat d’une majorité de parlementaires européens ! Pense-t-on un seul instant que les « pays frugaux » se priveront de la possibilité de bloquer l’attribution de subventions aux pays cigales si les projets ne sont pas conformes aux critères qu’ils ont posés ? S’ils n’ont pas obtenu de droit de veto, ils ont engrangé un droit de regard des Vingt-Sept (à la majorité qualifiée) sur la manière dont les pays bénéficiaires des subventions les dépenseront. Pense-t-on un seul instant que l’on va contribuer à la relance des économies européennes par un accroissement de l’endettement et sans réforme structurelles des États comme l’Espagne17, l’Italie18 sans parler de la France ?19 Dépenser n’est pas relancer !20 Pense-t-on un seul instant que l’on va pouvoir poursuivre sur cette voie sans une harmonisation fiscale que l’on nous promet depuis des décennies ?21

Les fissures, les déchirures, qui se sont accentuées au cours de ce marathon diplomatique, ne s’effaceront pas d’un coup de baguette médiatique quoi qu’en dise Emmanuel Macron sur TF1 à 20 heures le 21 juillet 2020 (il nous dresse un tableau idyllique de ses exploits diplomatiques tout en maquillant grossièrement la réalité objective)22. Elles demeureront quoi qu’en disent certains. La solidarité européenne n’est toujours pas un acquis communautaire en dépit de toutes les pétitions de principe en ce sens. Comme dans beaucoup de domaines, la pandémie a agi comme un révélateur des fragilités existantes. Elle ne les a pas réduites contrairement à ce que certains Candide voudraient nous faire croire23.

LA DÉFAITE EN CHANTANT24

Méfions-nous de l’inflation des qualificatifs (« sommet historique », « journée historique », « plan de relance historique »25, « changement historique pour notre Europe », « plan Marshall » …) qui agrémente les déclarations finales, venant des participants (reprise par les médias ou par quelques experts qui n’ont jamais participé à la moindre négociation26) souhaitant démontrer à leurs concitoyens sceptiques à l’égard du mantra d’une Europe qui les protège que tel est bien le cas (Cf. les déclarations du président du Conseil italien) !

Souvenons-nous de ce qui est advenu du discours historique sur la refondation de l’Europe d’Emmanuel Macron à l’automne 2017 à la Sorbonne !27 Ce n’est qu’à l’usage que nous pourrons mesurer la pertinence de tels jugements de valeur. Dans le cas d’espèce, il faudra attendre plusieurs mois pour mesurer l’impact des décisions adoptées à Bruxelles le 21 juillet 2020 et avant de parler de « revanche de l’Europe »28. Une hirondelle ne fait pas le printemps. Surtout après la faillite européenne sur la gestion de la crise du coronavirus. C’est sur le temps long de la raison et non sur le temps court de l’émotion que se jugera objectivement la portée de cet accord. Emmanuel Macron, dont la côte de popularité n’est pas au beau fixe, avait bien besoin de ce succès à mettre à son crédit, lui qui procède à un remaniement de son équipe à l’Élysée (surtout la cellule communication) pour préparer l’échéance présidentielle de mai 202029.
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Replaçons cet accord dans son contexte plus global. Il se situe à la veille de la reprise des négociations sur le Brexit alors que les Britanniques sont toujours aussi inflexibles et que la Commission européenne semble moins flamboyante qu’elle ne l’était au départ. Le négociateur européen Michel Barnier juge le 23 juillet 2020 « peu probable » à ce stade que les Vingt-Sept et le Royaume-Uni parviennent à un accord commercial dans le cadre des négociations sur leur relation post-Brexit. Un sénateur italien, Gianluigi Paragone, ex-membre du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) et ancien journaliste de télévision, a lancé le même jour « l’Italexit », parti souverainiste qui vise à sortir son pays de l’Union européenne sur le mode du Brexit britannique. « L’adhésion (au mouvement) ne fera que croître, au même rythme que les mensonges que l’Europe nous raconte », a-t-il déclaré. Ce accord du 21 juillet 2020 se situe juste après que la Grande Chambre de la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) ait invalidé, dans un arrêt du 6 juillet 2020, la décision 2016/1250 de la Commission déclarant l’ « adéquation » de la protection des données assurée par l’accord Privacy Shield.30  Nouvel exemple de soumission face aux États-Unis31. Ce sommet européen, c’est bien l’été de tous les dangers

Guillaume Berlat
27 juillet 2020

1 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Négociations au forceps à Bruxelles, Le Monde, 21 juillet 2020, pp. 1-2-3.
2 Cécile Bouthelet/Thomas Wieder, Pourquoi Merkel s’est converti au plan de relance, Le Monde, 18 juillet 2020, pp. 1-2-3.
3 Camille Neveux, À Bruxelles, la relance dans la souffrance, JDD, 19 janvier 2020, p. 8.
4 Christophe Nobili, Marché conclu après quatre jours et quatre nuits de tumulte. Merkel à Macron : « Alors, euro ? ». Accord et à cri, Le Canard enchaîné, 22 juillet 2020, p. 1.
5 Virgnie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Plan de relance : un sommet de crise pour Charles Michel et l’UE, Le Monde, 17 juillet 2020, p. 4.
6 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Une percée pour aider les États affaiblis par le virus. L’Italie devra toucher 70 milliards d’euros, l’Espagne une soixantaine, et la France, 40 milliards, Le Monde, 22 juillet 2020, p. 3.
7 Martine Orange, Europe : un plan de relance pour sauver la facewww.mediapart.fr , 21 juillet 2020.
8 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Mark Rutte, l’homme du bras de fer avec l’UE, Le Monde, 18 janvier 2020, p. 2.
9 Cécile Bouthelet, L’Allemagne soucieuse d’aider les pays dont dépend son industrie, Le Monde, 18 juillet 2020, p. 3.
10 Laurent Marchand, Démocraties européennes, Ouest-France, 17 juillet 2020, p. 1.
11 Guillaume Berlat, Diplomatie : du bon usage de l’ambiguïté…www.prochetmoyen-orient.ch , 13 juillet 2020.
12 Jean-Baptiste Chastand, Hongrie et Pologne crient victoire. Un compromis ambigu a été négocié sur le respect de l’État de droit, Le Monde, 22 juillet 2020, p. 3.
13 Virginie Malingre, UE : parcours d’obstacle pour le plan de relance, Le Monde, 25 juillet 2020, p. 3.
14 Ludovic Lamant, Budget de l’UE : le Parlement européen menace de rejeter l’accordwww.mediapart.fr , 23 juillet 2020.
15 Emmanuel Lévy, La note qui dézingue le plan de relance français, Marianne, 24-30 juillet 2020, p. 19.
16 Laurence Girard, Le budget de la politique agricole commune, satisfait les agriculteurs, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 7.
17 Sandrine Morel (propos recueillis par), Pablo Iglesias : « Un renoncement historique de l’Europe à l’austérité », Le Monde, 23 juillet 2020, p. 2.
18 Jérôme Gautheret, Retour triomphal à Rome de Giuseppe Conte, Le Monde, 24 juillet 2020, p. 5.
19 Patrick Arthus, L’expansion monétaire ne fait que commencer…, Le Monde, 19-20 juillet 2020, p. 27.
20 Nicolas Baverez, « Dépenser n’est pas relancer », www.lefigaro.fr , 19 juillet 2020.
21 Éditorial, La fiscalité européenne reste à harmoniser, Le Monde, 18 juillet 2020, p. 28.
22 Claire Gatinois/Audrey Tonnelier, Emmanuel Macron vante son action européenne, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 6.
23 Jacques Myard, Accord de Bruxelles : une bombe à retardement !, http://www.comite-valmy.org/spip.php?article12035
24 Natacha Polony, La défaite en chantant, Marianne, 24-30 juillet 2020, p. 3.
25 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Europe : un plan de relance historique. L’Europe arrache un plan de 750 milliards, Le Monde, 22 juillet 2020, pp. 1-2.
26 Sylvain Kahn, L’Union européenne est maintenant un État, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 24.
27 Europe : le mensonge par omission du président-Cupidonhttps://www.les-crises.fr/europe-le-mensonge-par-omission-du-president-cupidon/ , 21 juillet 2020.
28 Éditorial, La revanche de l’Europe, Le Monde, 22 juillet 2020, p. 26.
29 Olivier Faye, Le chef de l’État continue de remanier son équipe à l’Élysée, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 2.
30 Roseline Letteron, Le Privacy Shield enterré par la CJUEwww.libertescheries.blogspot.com , 19 juillet 2020.
31 Sébastien Grob, Et à la fin c’est le dumping qui gagne, Marianne, 24-30 juillet 2020, p. 25.

https://prochetmoyen-orient.ch/sommet-europeen-laborieux-reduction-de-la-pac-et-de-la-defense/

Les trois premières fautes de Jean Castex

PORTUGUÊSTÜRKÇEJPEG - 31.5 koJean Castex est un gascon aux dents longues qui n’est pas sans rappeler le personnage d’Eugène de Rastignac créé par Honoré de Balzac. Faisant passer son ascension sociale avant toute idéologie, il a démissionné de son parti politique d’opposition le 3 juillet au matin afin de pouvoir être nommé Premier ministre d’Emmanuel Macron l’après-midi. Il est membre du Siècle, le club de l’establishment d’affaire.

L’administration française fonctionne très bien toute seule. En ce sens, c’est une des meilleures au monde. Le rôle des ministres n’est pas de se substituer aux directeurs d’administration centrale qui font tourner la machine. C’est au contraire d’adapter l’administration aux changements du monde ; de l’orienter dans le sens imaginé par le président de la République et approuvé par les citoyens lors de son élection.

Le président de la République ne peut avoir d’avis sur tout. Mais ils doit penser les Affaires étrangères et la Défense, la Police et la Justice, la Monnaie et les Impôts. C’est ce que l’on appelle les fonctions régaliennes. Actuellement, il doit repenser cet ensemble pour rétablir le contrat social face à une modification profonde des structures de la société.

Les inégalités de patrimoine se sont considérablement accrues. Au cours des dernières années, les classes moyennes ont fondu comme neige au soleil et une nouvelle classe sociale est apparue qui s’est présentée à la vue de tous lors des manifestations des Gilets jaunes. L’homme le plus riche du pays dispose d’une fortune égale à ce qu’un smicard ne parvient pas à gagner brut en un million et demi d’années. Cet écart astronomique renvoie le pays à une organisation médiévale et rend impossible tout fonctionnement démocratique.

Depuis l’accident cérébral du président Jacques Chirac, le 2 septembre 2005, il n’y a plus de pilote dans l’avion. Lors des trois élections présidentielles de 2007, 2012 et 2017, aucun des candidats élus n’a présenté de vision du pays, juste des mesures sectorielles. Privée d’un président digne de ce nom, la France est dès lors à la dérive depuis 15 ans.

Le nouveau Premier ministre français, Jean Castex, est un très haut fonctionnaire dont tout le monde loue l’efficacité et l’attention aux autres. Mais ce n’est pas un responsable politique capable de fixer des objectifs nouveaux et de repenser l’architecture du système.

Son directeur de cabinet, Nicolas Revel, est partisan d’un atlantisme féroce. Il est le fils de l’académicien Jean-François Revel et de la journaliste Claude Sarraute. Le premier était le principal agent de la National Endowment for Democracy en France. La seconde était chroniqueuse au Monde. Avec humour, elle s’est appliquée à ridiculiser les syndicats ouvriers et à valoriser les combats sociétaux. Mathieu Ricard, le frère de Nicolas, est un porte-parole du dalaï lama qui ne manque jamais une occasion de dénoncer la Chine.

Le bilan des premiers jours de Jean Castex à Matignon est catastrophique. Dans cet article, je pointerai ses trois premières décisions en matière d’organisation du gouvernement, de réponse à la pandémie et de politique européenne.

1- La réforme des cabinets ministériels

Dès la nomination de son gouvernement, le nouveau Premier ministre a réformé la règle limitative imposée par son prédécesseur à la composition des cabinets ministériels. Il a élargi le nombre des collaborateurs politiques de 10 à 15. En effet, les ministres des gouvernements d’Édouard Philippe se plaignaient de ne pas avoir d’équipe assez nombreuse pour pouvoir contrôler les administrations centrales. À quoi servaient donc leurs 10 collaborateurs ? À répondre au public et à améliorer leur image.

Certes, les ministres ne sont pas élus et n’ont donc de compte à rendre qu’au Premier ministre et au président de la République, pas directement aux électeurs. Mais comme chacun pense d’abord à sa carrière, puis à sa fonction, 10 collaborateurs de relations publiques, ce n’est pas de trop.

Dans ces conditions, il ne fallait pas créer 5 postes supplémentaires auprès de chaque ministre, mais veiller à ce que les collaborateurs engagés le soient dans l’intérêt du gouvernement, pas de l’avenir du ministre. En effet, sans préjuger de ce que chacun fera, il est évident que Jean Castex ne souhaite pas que les conseillers interférent avec l’administration, mais qu’ils informent les ministres sur les aspects techniques des dossiers. Ce n’est qu’un tout petit pas en avant qui ne règlera pas le problème.

2- Les masques obligatoires

Juste avant d’être nommé Premier ministre, Jean Castex fut chargé d’une mission sur le déconfinement après l’épidémie de Covid-19. Il est donc censé avoir réfléchi à la prévention de cette maladie.

Alors que le gouvernement précédent avait déclaré que les masques ne servaient pas à grand chose, Jean Castex les a rendus obligatoires. L’opinion publique a interprété à tort ce changement de consigne en fonction de la disponibilité de ces masques : quand il n’y en avait pas, ils ne servaient à rien, quant ils sont là, ils deviennent obligatoires.

En réalité, huit mois après le début de l’épidémie mondiale, on ne sait toujours pas comment ce virus se transmet et donc comment on peut éviter sa propagation. La différence des consignes n’est pas due à la disponibilité des masques, mais à la volonté du nouveau gouvernement de montrer qu’il prend les choses en main. Ce n’est pas une mesure médicale, mais une manière de se rassurer.

Souvenez-vous, lorsque le virus est arrivé en Occident, toutes les autorités affirmaient qu’il se propageait par contact via des surfaces solides. Une hystérie s’est emparée de l’Europe à propos des poignées de portes. Il suffisait d’en toucher une et de porter sa main au visage pour risquer la mort immédiate.

On avait en effet découvert que le virus pouvait survivre quelques heures sur des poignées de porte et même deux jours sur du carton. On en avait conclu que les lettres et paquets devaient être conservés pendant 48 heures avant de les ouvrir. Aujourd’hui, ces consignes paraissent idiotes et personne ne les suit. Pourtant, au plan scientifique, rien n’a changé. On n’en sait pas plus sur les modes de contamination aujourd’hui qu’hier. On a juste remarqué qu’il ne semble pas y avoir de transmission via des surfaces solides. On « croit » donc qu’elle se fait directement par quelques mystérieux liquides humains. L’« opinion » communément admise affirme que la maladie se transmet par les gouttelettes respiratoires. Il convient donc de porter le masque. Mais cette croyance n’est pas plus sûre que la précédente.

Je me souviens que l’on avait agi de la même manière lors de l’épidémie de sida. Le rétrovirus avait été identifié dans le sang et le sperme. On en avait conclu qu’il pouvait se transmettre par les moustiques et la fellation. Pendant trois ans, les autorités sanitaires de nombreux pays ont multiplié les messages de prévention en ce sens. Aujourd’hui, on sait qu’elles se trompaient. Le sida ne se transmet pas par les moustiques, ni par la fellation.

L’erreur est de croire qu’il suffit d’attraper un virus pour tomber malade. Or, le corps humain est prévu pour vivre avec de nombreux virus. La plupart du temps, il sait comment s’en protéger. La Covid-19 est une maladie respiratoire. Elle se transmet donc a priori comme les autres maladies respiratoires : par l’air. Si c’est le cas, les seuls masques utiles doivent être hermétiques, comme des masques à gaz utilisés par les armées ou les laboratoires P4. Les masques chirurgicaux sont au contraire de fausses protection car ils n’adhèrent pas à la peau et laissent passer l’air en de nombreux endroits.

Dans le cas où la Covid-19 se transmet comme toutes les autres maladies respiratoires —ce qui est a priori l’hypothèse la plus probable—, la prévention doit être d’aérer les espaces fermés. Ce que l’OMS avait déclaré au début de la pandémie.

Cependant, un autre problème surgit. On a installé au cours des dernières années des systèmes de climatisation dans de nombreux immeubles. Si l’air climatisé absorbe des vapeurs d’eau contaminée, toutes les autres personnes respirant cet air risquent d’être contaminées. On se souvient de l’épidémie de légionellose (une infection bactérienne pulmonaire grave) lors de la convention de l’American Legion, en 1976 à Philadelphie. La même maladie fut transmise de la même manière, en 2000, à des patients de l’hôpital européen Georges Pompidou à Paris, peu après son ouverture. Il fallut réformer tout le système de climatisation de ce gigantesque hôpital flambant neuf.

Il faut distinguer les systèmes de climatisation qui expulsent l’air à l’extérieur de ceux qui fonctionnent en circuit fermé, diffusant éventuellement la maladie dans tout l’établissement. Les contaminations dans les abattoirs, espaces climatisés en circuit fermé et à basse température, laissent à penser que cette hypothèse devrait être prise très au sérieux.

Envisager cette hypothèse, c’est envisager d’admettre que de nombreux bâtiments modernes doivent être réhabilités, comme on l’a fait avec l’hôpital Pompidou. Ce sont des budgets conséquents comparables à ceux que l’on dépense pour désamianter des immeubles.

Pour un haut-fonctionnaire, il vaut mieux ignorer cette question. Ne rien changer, agir comme d’autres États et rendre obligatoire le port du masque.

3- Le moment hamiltonien

Le projet franco-allemand du chancelier Helmut Köhl et du président François Mitterrand fut conçu durant la Guerre froide. Énoncé par le Traité de Maastricht, en 1992, il se poursuit inexorablement. L’objectif stratégique est de construire une structure supra-étatique capable de neutraliser les divergences d’intérêt entre les deux pays et de rivaliser économiquement avec les États-Unis, la Russie et la Chine. Inexorablement, les pièces du puzzle se mettent en ordre une à une comme ce fut le cas avec le Traité constitutionnel.

Vu l’opposition de nombreux peuples européens à cette construction sous contrôle US, les étapes actuelles sont difficiles à franchir, mais l’épidémie de la Covid-19 permet aux dirigeants allemands et français d’agir à la faveur de la panique sanitaire. C’est le hamiltonian moment (« moment hamiltonien »), par référence à la manière dont Alexander Hamilton fit basculer son pays d’un système de coopération entre États indépendants à une Fédération. Durant la période 1789-95, lorsqu’il fut le 1er secrétaire au Trésor des États-Unis, il fit reprendre les dettes contractées par les États membres lors de la guerre d’Indépendance par le gouvernement fédéral, créant ainsi leur dépendance. Cependant, ce ne fut que soixante-dix ans plus tard, lorsque les États du Sud refusèrent les droits de douane uniques que le gouvernement fédéral tenta de leur imposer dans l’intérêt des États du Nord que le fédéralisme s’avéra un carcan, provoquant la guerre de Sécession.

À l’issue d’un des plus longs sommets des chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne, un plan de 750 milliards d’euros a été adopté par le Conseil européen pour faciliter la reprise économique post-Covid. Il ne sera pas financé par une dévaluation de l’euro car seuls 19 États en sont membres sur 27, mais par des emprunts de 30 ans. Il devrait donc être sinon impossible du moins très difficile d’organiser des sorties de l’Union sur le modèle du Royaume-Uni durant les 30 prochaines années.

Dans un premier temps, lorsque les entreprises recevront des subventions ou des prêts européens, tout le monde se réjouira. Mais lorsque les choses iront mieux et que l’on constatera s’être aliéné pour 30 ans, la révolte grondera.

Ce plan est présenté comme une mesure d’urgence face à une terrible crise. Il ne s’agit que d’un emballage de communication comme l’atteste le fait qu’une fois adopté par le Conseil des chefs d’État et de gouvernement, il a été renvoyé devant le Parlement européen et les parlements nationaux qui ne se prononceront pas avant des mois. Durant toute cette période l’aide prétendument « d’urgence » sera bloquée.

Ce plan est accompagné d’un nouveau budget de l’UE pour les sept prochaines années. Il révèle la vraie nature de cette union : par exemple, alors que l’on communiquait sur la nouvelle « Défense européenne », son budget de la Défense est divisé par deux sans explication.

C’est ce tour de passe-passe que Jean Castex vient d’avaliser, faisant passer le rêve de puissance de Kohl et Mitterrand, puis de Merkel et Macron, avant la volonté d’indépendance des peuples. Il s’agit d’un choix d’une extrême gravité qui s’est déjà fracassé les deux fois où la France seule, puis l’Allemagne seule, l’ont tenté avec Napoléon et Hitler. Dans la version actuelle, les chefs d’État des deux pays sont d’accord entre eux, mais probablement pas leurs peuples et encore moins ceux des autres pays concernés.

Emmanuel Macron et Jean Castex ont accepté à la place des Français d’enchaîner le pays à l’UE pour 30 ans afin de récupérer 40 milliards d’euros. Mais pour quoi faire ? Pour réformer le mode de rémunération du travail et résorber le gouffre social entre les ultra-riches et les autres ? Pour indemniser les Français dont le travail a été détruit par un confinement imposé ? Ou pour gagner du temps tout en préservant la paix sociale ? Malheureusement, ces deux hommes ne veulent rien changer et cet argent sera dépensé en pure perte.

https://www.voltairenet.org/article210583.html

Lecture d’été et faits d’hiver

Lecture d’été et faits d’hiver

22 Juillet 2020

Un fort aimable compte-rendu du livre de votre serviteur par la respectée revue Conflits est l’occasion de vous encourager, chers amis, à faire passer le mot autour de vous. Les vacances d’été sont généralement un temps privilégié de lecture et de réflexion ; en cette exaltante ère de changements tectoniques, c’est même plus nécessaire que jamais afin de savoir ce qui nous attend demain.

Monde post-Covid, élections cruciales aux Etats-Unis, bouleversements au Moyen-Orient, affrontement américano-chinois exacerbé, grandes manœuvres pétrolières, Union européenne en perdition, course à l’armement… l’année 2020 restera assurément dans les annales et beaucoup n’auront sans doute pas la chance de comprendre ce qui se passe vraiment. Je ne m’avance pas beaucoup en affirmant que ce sera leur rendre un grand service que de leur conseiller (ou offrir) Le Grand jeu.

Après cet amical conseil de lecture estivale, penchons-nous rapidement aujourd’hui sur quelques nouvelles glaciales pour le système impérial.PUBLICITÉ

  • Hiver transatlantique

Décidément, pour faire suite à notre dernier billet, le Nord Stream II continue de semer la discorde. C’est au tour du puissant Bundesverband der Deutschen Industrie, principale organisation de l’industrie allemande regroupant plus de 100 000 entreprises, de se lâcher en imprécations contre les sanctions américaines.

Le BDI, qui ne dit habituellement pas un mot plus haut que l’autre, est cette fois très remonté, qualifiant les menaces US de « contraires au droit international » et de « sérieuse tension pour les relations transatlantiques ». Un officiel du gouvernement allemand en rajoute une couche sur ces « Etats-Unis [qui] utilisent les sanctions sans vergogne », affirmant que les relations entre l’Europe et l’Amérique « ont touché le fond ». Diantre.

Pour l’instant, le Donald cristallise un peu facilement toutes les rancœurs européennes. Rappelons cependant que les Démocrates, pourtant bien plus amènes envers leurs vassaux qui le leur rendent bien, sont tout aussi fanatiquement « streamophobes ». Une victoire en novembre de Biden et sa poursuite, dans ce dossier, de la politique de Trump marqueraient une rupture colossale dans le lien transatlantique…

  • Congélation schisteuse

Une mauvaise nouvelle ne venant jamais seule, rien ne s’arrange pour l’or noir américain. Halliburton, connue pour avoir fait quelques profits après l’invasion de l’Irak par Bush & Co, veut se détacher progressivement du schiste, qui n’a de toute façon jamais été rentable et qui est maintenant considéré comme une cause perdue.

Endetté jusqu’au cou, le secteur voit se multiplier les faillites, la production n’en finit pas de chuter et l’activité s’effondre :

  • Hibernation du pétrodollar ?

On sait que la possible yuanisation du Seoud, c’est-à-dire la vente de l’or noir moyen-oriental en yuans chinois et non plus en dollars, est dans les tuyaux depuis quelques années. Le jour où Riyad et ses petite sœurs pétromonarchiques franchiront le Rubicon et saperont le pétrodollar, l’empire vacillera. On sait également que cette décision se révélera fort dangereuse pour le royaume wahhabite et ses voisins, tonton Sam ne pouvant accepter de voir disparaître l’un des piliers de sa puissance.

Or, une nouvelle très intéressante nous est parvenue. Les principaux géants chinois de l’or noir sont en discussion pour mettre sur pied un cartel afin de peser de tout leur poids sur le marché pétrolier. Cette centrale d’achat sera un véritable mastodonte, important 5 millions de barils par jour et constituant tout simplement le plus gros acheteur de la planète.

Pression sur les prix et sur les livraisons bien sûr, rien que de très logique et qui n’entre pas dans notre champ d’analyse géopolitique. Mais peut-être aussi, et c’est là que les choses deviennent sérieuses, sur la monnaie de transaction, c’est-à-dire le remplacement du dollar par le yuan. Certains salivent déjà devant ce tremblement de terre. Wait and see…Tag(s) : #Pétrole#Chine#Etats-Unis#Europe#Moyen-Orient

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/07/lecture-d-ete-et-faits-d-hiver.html

Plan de relance européen : les six points clés de l’accord

Plan de relance européen : les six points clés de l’accord

Une nouvelle capacité d’emprunt, des subventions directes pour les Etats, des règles de contrôle assouplies, de nouvelles ressources à trouver… avec la crise du Covid, l’Union européenne en profite pour se moderniser.

La chancelière Angela Merkel et le président Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse, mardi au petit matin.
La chancelière Angela Merkel et le président Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse, mardi au petit matin. (Photo John Thys/Pool/AFP)

Par Les EchosPublié le 21 juil. 2020 à 13h25Mis à jour le 21 juil. 2020 à 15h30

Pour pallier les conséquences économiques et sociales de la pandémie de coronavirus, les 27 Etats européens ont trouvé un accord pour lier le prochain budget pluriannuel de l’Union européenne 2021-2027 (1.074,3 milliards de d’euros) et un plan de relance de 750 milliards d’euros. Pour la première fois, la Commission va emprunter au nom de l’Union européenne et répartir les fonds entre des prêts et des subventions accordés aux différents Etats. Le plan « est important, ciblé et limité dans le temps », précise le Conseil européen.

EDITORIAL : L’écume des jours

1 – Des subventions généreuses et inédites

Le principe de subventions a été arraché de haute lutte aux Etats frugaux qui n’en voulaient pas. Sur un total de 750 milliards d’euros , 672,5 milliards d’euros sont répartis en deux grandes catégories : les prêts (360 milliards) et les subventions (312,5 milliards). S’y ajoutent différentes lignes du budget pluriannuel pour un montant de 77,5 milliards d’euros (d’où le total de 390 milliards de subventions).

La clé de répartition de ces dernières n’est pas précisément connue. Mais on sait déjà que l’Italie, l’Espagne et la France, les trois pays les plus touchés par le Covid-19 vont, pour les deux premiers, recevoir 60 milliards d’euros de subventions, et 40 milliards d’euros pour l’Hexagone.

L’essentiel (70 %) des montants en jeu sera attribué en 2021 et 2022, le solde (30 %) pouvant glisser jusqu’en 2023. Une règle reste toutefois applicable à tous : les montants reçus ne devront pas excéder 6,8 % du revenu national brut de chaque Etat membre.

En outre, les critères retenus pour déterminer le montant de la subvention allouée pour 2021-2022 seront ceux définis par la Commission. Pour l’année suivante, 2023, il ne s’agira plus du taux de chômage observé durant la période 2015-2019, mais bel et bien l’ampleur de la récession causée par le Covid-19 en 2020, laquelle sera recalculée ensuite en agrégeant les années 2020 et 2021.

DOCUMENT : le texte de l’accord

2 – Un contrôle communautaire assoupli

Afin de pouvoir prétendre à cette aide, les Etats vont préparer des plans de relance qui décrivent les réformes et les investissements souhaités pour la période 2021-2023. La Commission devra statuer dans les deux mois et va se fonder sur des critères qui valorisent la croissance, la création d’emplois et la résilience sociale des Etats. Elle recherchera également des actions en faveur de la transition énergétique et du numérique. Il est convenu que 30 % des dépenses engagées dans le cadre du plan de relance de 750 milliards d’euros devront cibler le changement climatique afin d’atteindre l’objectif d’une neutralité carbone en 2050.

Contrairement aux souhaits des Etats frugaux, qui espéraient imposer un droit de veto, le Conseil approuvera à la majorité qualifiée la proposition de la Commission. Il y aura des objectifs à tenir pour obtenir le déblocage des fonds au fur et à mesure. Si un Etat membre estime qu’il y a des déviances, il pourra saisir le président du Conseil qui portera l’affaire lors du prochain Conseil européen. Cela ne devra pas prendre plus de trois mois et il n’est pas prévu de décision formelle à l’issue.

3 – L’Etat de droit comme condition

Pour la première fois dans l’histoire de l’Union, le versement d’aides pourra être suspendu en cas de violations de l’Etat de droit et de la démocratie. Une mesure visant clairement la Hongrie et la Pologne, deux régimes nationalistes visés par une procédure dite de « l’article 7 » pour diverses mesures ayant porté atteinte à l’indépendance de la justice et des médias, selon Bruxelles. La procédure pour « risque clair de violation grave des valeurs de l’Union » a été lancée contre la Pologne en décembre 2017 par la Commission européenne et contre la Hongrie en septembre 2018 à l’initiative du Parlement européen. Après des auditions pouvant s’étaler sur des années, elle peut aboutir à la suspension des droits de vote du pays dans l’Union, mais seulement à l’issue d’un vote à l’unanimité du Conseil européen, hautement improbable donc.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué un instrument destiné à « protéger les intérêts financiers de l’Union ». La suspension d’une aide pour atteinte à l’Etat de droit devra toutefois être approuvée par une majorité qualifiée des Etats membres, 55 % des pays de l’Union représentant les deux tiers de la population totale. Ce qui est plus difficile à réaliser que ce que prévoyait initialement la Commission. Elle envisageait que la suspension des aides soit effective sur proposition de seulement un tiers des Etats membres et qu’il appartenait au pays visé de rassembler une majorité qualifiée pour empêcher cette procédure. Devant le risque de veto de la Hongrie, la Commission avait accepté dès avant le sommet d’assouplir sa position, ce dont s’est félicité ce mardi le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, dont le pays va bénéficier aussi financièrement du plan de relance.

4 – Des rabais en hausse

« I want my money back ». Certains pays du Nord de l’Europe et du centre ont remis au goût du jour cette réplique célèbre de Margaret Thatcher, lancée le 30 novembre 1979 lors d’un sommet européen. L’accord sur le plan de relance a pu aboutir grâce à des concessions sur la participation de certains Etats membres au budget européen. Malgré l’insistance de nombreuses capitales, dont Paris, les rabais, accordés aux pays frugaux qui jugent leur contribution au budget disproportionnée par rapport à ce qu’ils reçoivent, ont été maintenus et même relevés par rapport à ce qui était prévu avant le sommet. « Pour la période 2021-2027, des corrections forfaitaires réduiront la contribution annuelle basée sur le Revenu national brut (RNB) du Danemark, de l’Allemagne, des Pays-Bas, de l’Autriche et de la Suède. […] Ces réductions brutes sont financées par tous les Etats membres en fonction de leur RNB », indique le texte de l’accord.https://tpc.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

Au palmarès, c’est l’Autriche qui obtient le plus. Son rabais sur sa contribution totale au prochain budget de l’Union européenne (2021-2027) monte à 565 millions d’euros, soit une hausse de 138 %. Suivent le Danemark avec 377 millions (+ 91 %), la Suède à 1,07 milliard (+ 34 %) et les Pays-Bas avec 1,92 milliard (+ 22 %). La France va payer en partie la facture alors que le rabais de 3,67 milliards accordé à l’Allemagne n’a pas évolué avec la négociation.

Sebastian Kurz : « l’enfant prodige» qui a joué les trouble-fêtes au sommet européen

5 – Des ressources propres à développer pour rembourser l’emprunt

C’est le prochain défi de l’Europe, et il promet de nouvelles discussions enflammées : l’UE doit à présent développer des ressources propres , dont les revenus seront notamment destinés à rembourser l’emprunt communautaire devant financer le plan de relance. Le principe a été acté lors du sommet, mais les 27 se sont gardés de trop s’avancer sur ce sujet, qui peut vite les diviser et se heurter à la règle de l’unanimité, en témoigne le débat toujours inachevé sur la taxe Gafa européenne.

A ce stade, ils ont juste acté le lancement dès 2021 d’une taxe sur les plastiques à usage unique, en lien avec le « pacte vert ». Les débats sur la taxe Gafa, sur une taxe carbone aux frontières (pour préserver la compétitivité des industries européennes appelées à diminuer leurs émissions) et sur une réforme des actuels « marchés à polluer » (Emission Trading System, ETS) attendront 2021, quand la Commission européenne détaillera ses propositions.

Cette dernière estime que l’UE pourrait accroître ses revenus de plus de 30 milliards d’euros par an via de tels dispositifs visant aussi à « soutenir sa souveraineté ». L’objectif affiché est d’avoir implanté la taxe Gafa et la taxe carbone d’ici 2023 au plus tard. Une relance de la Taxe sur les transactions financières (TTF), serpent de mer européen, est aussi en débat. La Commission européenne et les pays appelant à de fortes ressources propres, comme la France, espèrent que la perspective d’alléger la note de l’emprunt pour les Etats convaincra les réticents à se lancer sur ce sujet qui provoque aussi des divisions avec les pays du Nord, culturellement rétifs à l’idée de tels « impôts européens ».

6 – 40 milliards de subventions pour la France

Le ministre français des Finances Bruno Le Maire a été clair mardi matin sur Franceinfo : « La relance, c’est maintenant, il n’y a pas un instant à perdre, donc. Nous disposons dès maintenant de 40 milliards d’euros supplémentaires que nous allons pouvoir ajouter à l’argent du budget français […] à l’intérieur des 100 milliards » prévus pour le plan de relance nationa l sur deux ans, qui sera présenté au conseil des ministres du 24 août.

Ces 40 milliards sont dégagés sur les 390 milliards de subventions décidées par le Conseil européen pour venir en aide aux pays membres de l’UE les plus frappés par la crise, avec pour objectif des réformes économiques et l’investissement. Ils financeront ainsi les « grandes priorités » du plan français, a indiqué Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, avec une cible de 30 % de dépenses « climatiques », tant pour la partie des financements européens que nationaux.

Des chantiers multiples, qui vont du développement des nouvelles technologies (plan hydrogène, filière recyclage) à la rénovation thermique (écoles et Ehpad en premier lieu) en passant par la baisse des impôts de production pour le soutien aux entreprises, un vaste plan pour l’emploi des jeunes (exonération des charges), ou encore la réhabilitation des petites lignes de chemins de fer et le développement du fret ferroviaire.

Bercy indique que la France pourra pré-financer dès 2020 certaines dépenses de son plan de relance à hauteur de 10% du montant de la subvention européenne, qui sur le papier ne sera disponible qu’en 2021.

D.B, Y.B, R.H, M.G., V.R.

https://www.lesechos.fr/monde/europe/plan-de-relance-europeen-les-six-points-clefs-de-laccord-1225193#utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_thematique-20200721

Union européenneÀ Bruxelles, l’impasse sur le plan de relance s’éternise

Union européenneÀ Bruxelles, l’impasse sur le plan de relance s’éternise

3 MINCOURRIER INTERNATIONAL (PARIS)Lundi matin, les vingt-sept membres de l’Union européenne ne s’étaient toujours pas mis d’accord sur les conditions d’un plan de relance de 750 milliards d’euros. Cette aide massive doit permettre au continent d’affronter la récession attendue en raison du Covid-19. Les pays “frugaux” ont campé sur leurs positions. 

Dimanche matin, à la reprise des négociations pour le plan de relance économique de l’Union européenne, Angela Merkel a prévenu, note la Frankfurter Allgemeine Zeitung : “Il y a beaucoup de bonne volonté mais aussi des positions différentes. […] Il est possible qu’il n’y ait pas de résultat aujourd’hui.” La chancelière allemande avait raison de se méfier. Le sommet, qui a débuté vendredi, n’a toujours pas abouti ce lundi matin.

Les médias, dont beaucoup avaient bouclé leurs éditions alors que les discussions se poursuivaient tard dans la nuit de dimanche à lundi, s’en sont donné à cœur joieLe Temps a titrésur “l’interminable suspense de la relance”. La BBC a parlé d’un “troisième jour de querelles”. Le Soir a alterné entre “marathon” et “guerre de tranchées” pendant qu’El Paíss’est essayé à la métaphore des montagnes russes en voyant ce sommet comme “une ascension lente vers un éventuel accord et des chutes vertigineuses vers l’échec des négociations”.

Parmi les points de blocage, la répartition des 750 milliards d’euros dégagés (par l’emprunt) pour faire face à la récession provoquée par le Covid-19 L’Irish Times signale que l’économie continentale pourrait se contracter de 8,3 % en 2020.

Les pays dits “frugaux” (Pays-Bas, Suède, Danemark, et Finlande) veulent des prêts plutôt que des dons accordés aux pays les plus touchés (Espagne et Italie en particulier). Au cours du sommet, l’Allemagne et la France ont accepté de baisser la part des dons de 500 à 400 milliards d’euros et d’augmenter la part des prêts de 250 à 350 milliards. Insuffisant pour les “frugaux”, menés par Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais, et qui ne veulent pas voir les subventions dépasser les 350 milliards.

“Un résumé un peu simple mais assez précis consiste à dire que les pays frugaux ont dynamité tous les ponts l’un après l’autre”, estime El Mundo“Ils n’acceptent pas les propositions de consensus […] et ont fait monter la pression à son maximum”, poursuit le titre espagnol.

L’avenir de l’UE en question ?

Avant de se rendre à Bruxelles, Mark Rutte avait estimé les chances de succès du sommet à “moins de 50 %”, rappelle De Volksrant“Sa raideur dans les consultations […] suscite le ressentiment de l’axe franco-allemand et de vingt autres dirigeants”, observe le quotidien.

Politico Europe a relayé quasiment minute par minute l’évolution des débats. Le site revient notamment sur l’agacement visible d’Emmanuel Macron. Il a “tapé du poing sur la table”, confie un diplomate à Politico. Le président français aurait comparé l’attitude intransigeante des “frugaux” à celle de David Cameron lors des négociations budgétaires. Une référence directe au Brexit.

La séance plénière devait débuter dimanche à midi mais, en l’absence attendue de progrès, Charles Michels, le président du Conseil européen, a opté pour des discussions par petits groupes et reporté la session plénière après 19 heures.

Autre leader des Vingt-Sept frustré : Giuseppe Conte. Le président du Conseil italien, cité par La Stampa, aurait annoncé à son homologue batave : “Si nous laissons le marché unique être détruit, vous serez peut-être un héros chez vous pendant quelques jours, mais après quelques semaines, vous serez appelé à répondre publiquement devant les citoyens européens.”

Car, pour le journal polonais Rzeczpospolita“les enjeux sont énormes. Sans un accord rapide, une partie de l’Europe pourrait tomber dans une crise qui entraînerait l’érosion du marché commun, et les pays du Sud pourraient être contraints de s’interroger sur les avantages à être dans l’UE.”

L’analyse est partagée par le Guardian, selon qui l’absence d’accord pourrait “ternir le prestige de l’UE et soulever des questions sur sa capacité à agir en période de crise”. La parution britannique conclut que, même si les discussions aboutissent, “ce sommet teinté d’amertume a mis en lumière la défiance toxique qui existe entre certains leaders”.

https://reveil.courrierinternational.com/#/edition/1980566/article/1980656

Une fenêtre d’opportunité avec la Russie

Une fenêtre d’opportunité avec la Russie

GeopragmaBillet d’actualitéEuropePostRussie

Chronique de Renaud Girard* paru dans le Figaro le 29/06/2020

Le dialogue franco-russe « de confiance et de sécurité », comme le qualifie l’Elysée, a été relancé le 26 juin 2020 par un sommet en visio-conférence entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron. Ce dialogue avait été initié par le président français lorsqu’il avait invité son homologue russe à Brégançon, le 19 août 2019. Le chef de l’Etat a décidé de se rendre en Russie à la fin du mois d’août. Comment bien préparer ce sommet, avec un président russe destiné à rester au pouvoir au moins une décennie de plus ?
 
L’objectif français est de mettre un terme à la triple faille de la sécurité européenne que constituent le conflit larvé à l’est de l’Ukraine, les sanctions et contre-sanctions entre l’UE (Union européenne) et Moscou, la guerre hybride numérique menée par les services russes contre les infrastructures et sur les réseaux sociaux des pays européens.
A la fin de l’été et à l’automne 2020, une fenêtre d’opportunité s’ouvrira pour une amélioration des relations entre l’UE et la Russie. En effet, les Américains, paralysés par leur campagne électorale, ne seront plus en mesure de mettre des bâtons dans les roues. De son côté, Poutine a compris qu’il ne lui sert à rien d’attendre le résultat de ce scrutin. Dans les deux cas, il perd. Avec Joe Biden, les démocrates poursuivront leur traditionnelle confrontation antirusse, au nom des droits de l’homme. Et si Trump est réélu ? La méfiance est de rigueur car derrière les intentions attribuées à l’actuel président américain, il y a la réalité des faits : comme le constate le centre Carnegie de Moscou, jamais les relations russo-américaines n’auront été aussi mauvaises depuis la seconde guerre mondiale qu’après quatre ans de Trump. Sous Staline ou sous Brejnev, Washington n’avait pas imposé de telles sanctions envers Moscou.
 
Par ailleurs, Poutine sait que son alliance avec la Chine n’est pas le Graal. Il restera toujours une forte solidarité politique entre deux régimes autoritaires combattant les ingérences occidentales au nom des droits de l’homme. Mais la Chine traite la Russie comme un aimable fournisseur de matières premières, pas comme une puissance à égalité avec elle. Or le Kremlin n’acceptera jamais de jouer un rôle d’allié mineur, de partenaire de second rang. Depuis que Pierre le Grand (1672-1725) a pris les rênes du pays, la Russie ne l’a jamais fait. En outre, les Russes n’oublient jamais le péril à long terme d’une sinisation de la Sibérie. En revanche, dans l’hypothèse de la reconstruction d’un axe Paris-Berlin-Moscou (qui exista brièvement lors de l’opposition en 2003 à l’invasion anglo-saxonne de l’Irak), la Russie y jouerait un rôle de premier rang.
 
Cette idée n’est pas nouvelle. Après avoir scellé un partenariat fort avec l’Allemagne fédérale en invitant son chancelier à Colombey-les-Deux-Eglises en septembre 1958, le général de Gaulle, dans un discours à Strasbourg de novembre 1959, avait déjà appelé à la constitution d’une Europe « de l’Atlantique à l’Oural ». Dans une interview de 2010 au Süddeutsche Zeitung, Poutine avait parlé d’une « Europe de Lisbonne à Vladivostok ». Lors d’un discours au congrès de la CDU tenu en 2016 dans le land de Mecklembourg-Poméranie Orientale, la chancelière Merkel avait rêvé d’un espace économique s’étendant « de Vladivostok à Lisbonne ».
 
Mais ce vaste dessein n’a aucune chance de grandir si on ne comble pas les trois failles actuelles. La résolution du conflit du Donbass réside dans une loi d’amnistie et une large autonomie politico-culturelle pour cette région russophone. Cependant, elle n’avancera que si le président ukrainien parvient à se libérer des pressions nationalistes et que si le président russe contraint les dirigeants séparatistes à renoncer à l’exercice mafieux de leur pouvoir.  Les sanctions pénalisent à la fois l’UE et la Russie. Elles n’arrangent que l’Amérique. Mais les Européens ne les lâcheront jamais sans contreparties de la Russie. Elle peut en donner en Ukraine et sur la cyberguerre. En 2018, une attaque cyber russe fut débusquée dans une ferme éolienne française. Des implants hostiles allaient être posés au sein du réseau de distribution électrique Enedis, capables de déclencher à tout moment des black-out. Au lieu de se plaindre, la France devrait faire la même chose à l’égard des installations russes, afin que le Kremlin comprenne qu’il n’a pas intérêt à continuer ce petit jeu. Au lieu d’investir dans l’arme désuète d’un deuxième porte-avions, les armées françaises feraient mieux de renforcer les moyens du Commandement de la Cyberdéfense. A la dissuasion nucléaire, il convient d’ajouter une dissuasion cyber crédible. Parler en position de faiblesse avec les Russes ne sert à rien. Le général de Gaulle l’avait parfaitement compris, qui ne fit son voyage historique à Moscou de juillet 1966 qu’une fois la force de frappe française opérationnelle…

*Renaud Girard, membre du conseil d’orientation stratégique chez Geopragma

http://geopragma.fr/une-fenetre-dopportunite-avec-la-russie/

BON POUR L’EUROPE, DONC BON POUR L’ALLEMAGNE !

Proche&Moyen-Orient.ch

Observatoire Géostratégique

numéro 290 / 6 juillet 2020

BON POUR L’EUROPE, DONC BON POUR L’ALLEMAGNE !

« Ne plus dépendre des autres, ne plus se laisser intimider, et ré-entraîner l’Europe à partir sur une nouvelle base moins chimérique, plus volontaire »1Tel est l’objectif que l’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine propose aux autorités françaises pour préparer le monde d’après. Objectif réaliste et pragmatique à cent lieues des envolées lyriques du président de la République sur la construction européenne comme celle du discours refondateur de la Sorbonne du 27 septembre 2017 qui a fait pschitt2. Depuis cette date, les choses sont allées de mal en pis pour une Union européenne qui apparaît de plus en plus divisée, épuisée, impuissante à relever les immenses défis du monde du XXIe siècle. Que peut-on faire pour la remettre sur les rails ?

Une fois de plus, Hubert Védrine trace un chemin réaliste lorsqu’il écrit : « Je ne peux que redire ma conviction :’Europe doit sortir de l’impuissance et de la dépendance face aux puissances ; il faut qu’elle accepte de se métamorphoser en puissance. Ce n’est pas une question de traité, ni de procédure, ni d’intégration, mais de mental et de courage »3. Alors que l’Allemagne va prendre la présidence semestrielle tournante de l’Union européenne à compter du 1er juillet 2020, la chancelière allemande accorde un entretien spécial aux journaux du réseau Europa4. Cette prise de position, assez rare sous cette forme, donne l’occasion à Angela Merkel de préciser sa position alors que l’Europe traverse une crise existentielle sans précédent. Elle est marquée au sceau du pragmatisme – c’est une marque de fabrique pérenne – et de la solidarité – c’est une nouveauté dans la sphère financière – de la part d’une chancelière que la crise de la Covid-19 a plus renforcé sur la scène allemande que son homologue français dans l’hexagone. Il y a quelques mois encore, elle était donnée partante car peu crédible par nos Pic de la Mirandole des questions allemandes.

LE CONTEXTE EUROPÉEN : CRISE EXISTENTIELLE ET PRÉSIDENCE ALLEMANDE

La crise mondiale de la Covid-19 a laissé des traces dans les esprits tant par sa gravité que par les lacunes de l’Union européenne et le manque de solidarité de ses États membres. Pour répondre aux nombreux défis que soulève cet évènement, la présidence allemande de l’Union se veut solidaire entre Nord et Sud, Ouest et Est.

Une crise sanitaire qui a laissé des traces

Contrairement aux affirmations sur l’unité des pays européens la crise sanitaire que nous vivons a montré en vraie grandeur, pour ceux qui l’ignoraient, que tous les Etats pratiquent le chacun pour soi y compris dans l’achat des matériels et des produits5. Nous n’avons pas d’amis, nous n’avons que des alliés ou des ennemis disait Churchill. C’est le plus fort, le plus riche ou le plus agressif qui emporte la mise.  Ceux qui ont anticipé ont un avantage réel car ils ont pu se préparer et agir tandis que les autres essaient de réagir au jour le jour et la sanction économique et sociale est brutale. Comme le savent bien les militaires, la solidarité n’existe que dans les troupes entrainées qui partagent des valeurs et des objectifs. L’Europe s’est révélée incapable de répondre à la crise par des actions communes. L’OTAN non plus d’ailleurs. La fourmi nordique a géré au mieux quand la cigale méditerranéenne a sombré dans le chaos. En réalité chacun s’est débrouillé comme il a pu, en fonction de ses moyens, entre ceux qui ont considéré qu’il fallait laisser faire la nature quoi qu’il en coûte et ceux qui ont cherché à éviter la contamination par des mesures allant de l’identification des malades au confinement général. Au plan des entreprises la crise a fait découvrir pour beaucoup et confirmer pour certains les limites de la mondialisation, l’importance du patriotisme économique, et les conséquences du principe de précaution. L’économie libérale basée sur les échanges à l’échelle planétaire et la création de valeur pour l’actionnaire a montré ses limites. Les ruptures d’approvisionnement en amont ou en aval ont montré que la délocalisation pour raisons financières étaient dramatiques en cas de crise et qu’il fallait disposer de sources proches pour répondre aux imprévus. Tout en développant son niveau d’exportation, le président Trump, adepte de la doctrine de Monroe, y trouvera une raison de plus pour l’appliquer et privilégier son marché intérieur. Le président Xi Jinping fera de même pour continuer le recentrage économique de la Chine sur son propre territoire. Espérons que la France et ses industriels sauront en tirer les enseignements6. Les citoyens européens se sont tournés vers l’Etat et non vers l’Union européenne pour répondre à leurs demandes pressantes de sécurité sanitaire.

Une présidence allemande qui se veut solidaire

Ce n’est qu’un hasard – un hasard heureux, peut-être. Aujourd’hui, l’avenir de l’Union européenne est entre les mains de deux Allemandes. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a présenté, le 27 mai 2020, sa proposition pour le prochain « cadre financier pluriannuel » (CFP) du budget de l’UE (2021-2027)7. Cette proposition sera bien différente de celle qu’elle avait avancée avant la crise du coronavirus et qui n’avait pas réussi à convaincre les chefs d’Etat et de gouvernement, qui doivent en décider. Angela Merkel, qui va assumer, à partir du 1er juillet, la présidence tournante des conseils des ministres, aura la charge d’orchestrer la prise de décision définitive avant la fin de l’année. Avec Charles Michel, le président du Conseil européen, elle tente de convaincre chacun de ses homologues d’ouvrir la voie pour sortir l’ensemble de l‘Union européenne de la crise et d’organiser une relance économique durable qui prenne en compte les défis écologiques, technologiques et sociaux devant lesquels se trouvent tous les Etats membres de l’Union. Emmanuel Marcon a-t-il trouvé, enfin, des réponses à ses initiatives européennes depuis presque trois ans ? « L’initiative franco-allemande pour la relance européenne face à la crise du coronavirus », rendue publique le 18 mai 2020, est bien plus ambitieuse que ce que semble indiquer le titre. Elle est le contraire de la proposition pour une « aide d’urgence », présentée le 23 mai par « les Quatre Économes », comme s’appelle un groupe d‘Etats membres composé de l‘Autriche, le Danemark, la Suède et les Pays Bas (appelés « les Quatre Radins » ou « Quatre Frugaux » par d’autres). L’initiative franco-allemande vise un effort commun bien au-delà de la crise actuelle, causée par la pandémie, qui a freiné, voire interrompu beaucoup d’activités économiques8.

Elle cherche à préparer une relance qui assure une modernisation profonde de nos économies et non pas seulement une compensation des pertes subies et un retour à l’état des affaires d’avant la crise. Ainsi, l’initiative franco-allemande ne vise pas seulement à venir à l’aide des pays membres qui ont le plus souffert de la crise. Elle a l’ambition d’améliorer le mode de fonctionnement de l’Union pour qu’elle puisse mieux faire face aux défis futurs ainsi qu‘aux exigences d’un système international en plein changement.

La crise actuelle du coronavirus ne met pas seulement en exergue les faiblesses de la construction européenne d’aujourd’hui ; elle amplifie la concurrence entre les grandes puissances, les États-Unis et la Chine, pour la place de première puissance mondiale et, par conséquent, elle renforce le besoin pour l’Europe de choisir la place qu’elle compte occuper au niveau global. La proposition franco-allemande se situe explicitement dans le cadre de la « conférence sur l’avenir de l’Europe » lancée pour mener un grand débat démocratique sur le projet européen, ses réformes et ses priorités. Le « fonds de relance » proposé n’en est qu’une partie, bien que fondamental.

En tête de la liste des propositions se trouve l’ambition pour l’Union européenne d’établir une « souveraineté sanitaire stratégique », la santé étant une matière qui ne fait pas partie des compétences de l‘Union.

Français et Allemands proposent donc d’établir une coordination des politiques européennes en la matière, ainsi que des capacités en commun, des règles et des normes pour faire face, ensemble, aux futures épidémies – et de réduire la dépendance de l’UE par rapport aux industries sanitaires extérieures9.

Après le tableau clinique et la réponse franco-allemande, comment transformer l’essai au plan des Vingt-Sept ? Tournons-nous vers les réponses qu’apporte la chancelière allemande à la veille de la présidence allemande !

LE CONTEXTE ALLEMAND : PRAGMATISME ET SOLIDARITÉ

Au cours de cet entretien, Angela Merkel aborde différentes thématiques avec le calme, la pondération et le réalisme qui la caractérisent. Une sorte de vaste panorama sur l’état de l’Europe et du monde. Nous allons les reprendre successivement pour nous permettre de nous faire une idée sur sa stratégie au moment où elle prend la présidence semestrielle de l’Union.

Une succession de crises depuis 2007

La chancelière allemande indique qu’elle aborde cette présidence avec sérénité tant elle a connu de crises depuis 2007, date à laquelle elle a assumé sa première présidence de l’Union : rejet du traité constitutionnel par le peuple français en 2007, crise financière de 2008, turbulences de l’euro, crise des réfugiés en 2015… L’Europe a démontré qu’elle n’était pas encore assez résistante aux crises.

Aujourd’hui, la crise de la Covid-19 nous place devant un défi inédit. C’est pourquoi, Angela Merkel invite les États membres à éviter de se poser trop de questions existentielles. Elle les encourage à travailler pour maintenir le marché unique européen10 et présenter un front uni sur la scène internationale. Elle mise sur le fait que, dans ces circonstances exceptionnelles, les États membres ont un intérêt marqué à se concentrer sur les points communs.

Surtout dans un temps où « l’heure du multilatéralisme a sonné ». Il nous appartient de lutter contre le protectionnisme. Si l’Europe veut être entendue, elle doit donner le bon exemple. Toutefois, la chancelière ne se fait guère d’illusion tant les négociations à venir (en particulier celles sur l’adoption du plan de relance franco-allemand) seront difficiles. Sans parler de la conclusion du Brexit, de la relation avec la Chine ou du lancement de la conférence sur l’avenir de l’Europe qui doit aboutir au premier semestre 2022, sous présidence française.11

Une proposition de fond de relance post-Covid

Nous nous trouvons au cœur de l’action de la présidence allemande du second semestre 202012. Elle en précise d’entrée de jeu l’objectif : apporter de l’aide, nous montrer solidaires dans la mesure où les Vingt-Sept sont touchés de manière différente (adoption d’une clé de répartition différente de celle du budget ordinaire). Mais elle rajoute aussitôt qu’il reste encore beaucoup d’effort à faire par les États eux-mêmes, signifiant ainsi que la générosité allemande ne saurait être sans limites. Elle résume parfaitement sa démarche : « la recette du succès est donc que nous fassions tous du bon travail dans nos pays respectifs, et que nous augmentions en même temps la convergence dans l’UE ».

Angela Merkel explicite les raisons des évolutions de la posture allemande (avoir quitté le groupe des « frugaux », Autriche, Danemark, Pays-Bas, Suède qui rejettent le principe de subventions proposé par la Commission européenne) à l’égard des pays les plus touchés par la pandémie : « la pandémie a entraîné un énorme fardeau pour l’Italie et l’Espagne, par exemple, tant sur le plan économique et médical que, en raison de nombreux décès, sur le plan émotionnel. Dans ces circonstances, l’Allemagne ne peut pas seulement penser à elle-même, mais doit aussi être prête à faire un geste de solidarité extraordinaire. C’est dans ce sens qu’Emmanuel Macron et moi-même avons fait notre proposition »13.

Mais, pour Angela Merkel, il est important de maintenir le programme dans le cadre des traités existants. Le fond de relance ne peut pas résoudre tous les problèmes de l’Europe. Ne pas l’avoir les aggraverait. « Les menaces contre la démocratie seraient alors plus grandes. Pour que l’Europe survive, son économie doit aussi survivre ». Il y a urgence à répondre à une situation exceptionnelle tout en étant prudent sur le plan institutionnel. C’est pourquoi, plus tard, viendra la question du changement ou non des traités actuels.

Une femme à la tête de l’Eurogroupe

Tout en rappelant qu’il ne lui appartenait pas de décider en lieu et place des ministres des Finances de la zone euro, Angela Merkel a souligné que la candidate espagnole, Nadia Calvino bénéficiait du soutien allemand en raison de ses qualités reconnues mais du souci de voir des postes politiques de premier plan au sein de l’Union à des femmes.

Une Europe confrontée à l’autoritarisme

Nous n’avons pas suffisamment compris le traumatisme que représentait encore la dictature pour les pays appartenant au Pacte de Varsovie qui avaient rejoint l’Union. Leur attachement à une certaine forme d’identité nationale en est le reflet. « Nombre de pays qui ont adhéré récemment à l’Union européenne partagent à la fois l’enthousiasme suscité par l’œuvre de paix de l’Union européenne et un certain scepticisme vis-à-vis de l’Europe. Il nous faut faire preuve de compréhension face à cela. Je vois ma mission dans le fait d’œuvrer en faveur d’une Europe indépendante, libérale et caractérisée par les droits individuels fondamentaux ». La chancelière est d’autant plus sensible à ce sujet qu’elle a vécu en ex-RDA14.

Une séparation avec le Royaume Uni

Angela Merkel manifeste le désir de voir conclu un accord de séparation entre Londres et Bruxelles. Mais cela suppose que les deux parties le veuillent. Avec son pragmatisme habituel, la chancelière souligne que « Ce ne sont pas nos souhaits qui comptent mais exclusivement la réalité, c’est-à-dire, tout d’abord, ce que veut le Royaume-Uni ».

Un « no deal » ne serait dans l’intérêt de personne. Elle poursuit en rappelant qu’il revient à Boris Johnson de définir la posture britannique et d’en assurer les conséquences, en particulier si les normes n’évoluent pas de façon parallèle.

Angela Merkel invite les partenaires à se défaire de l’idée que ce sont les Vingt-Sept qui définissent ce que le Royaume-Uni devrait vouloir.

Une relation à refonder avec la Chine

Dans la perspective du sommet Union européenne/Chine initialement prévu en septembre 2020 mais reporté en raison de la pandémie, il appartient aux Vingt-Sept de définir une position commune vis-à-vis de la Chine (« Ce n’est pas si facile », précise Angela Merkel).

Outre les sujets possibles de coopération sur lesquels existent des intérêts communs (protection du climat, politique de développement en Chine, accord sur la protection des investissements toujours bloqué), il existe de nombreux points de désaccords (intérêts et valeurs, état de droit, avenir de Hongkong. Face aux menées chinoises, les Vingt-Sept doivent tout faire pour mettre en œuvre leur « capacité de résistance » en étant solidaires. Faute de quoi, l’Union s’affaiblit.

La Chine est à la fois un partenaire de coopération économique et de lutte contre le changement climatique mais aussi un concurrent au système politique différent. « En tout cas, ne pas parler ensemble, ne saurait être une bonne idée » souligne la chancelière.

Une Amérique en retrait des affaires européennes

En réponse à une question sur l’annonce d’un retrait des troupes américaines du sol allemand, Angela Merkel rappelle la doctrine classique de son pays. « Nous croyons que l’OTAN a une grande valeur pour chacun de ses États membres. En Allemagne, nous savons que nous devons davantage pour la défense et nous avons atteint d’ailleurs des augmentations considérables, ce que nous allons poursuivre pour nos capacités militaires. Les troupes américaines servent aussi bien à la protection de l’Allemagne et de la partie européenne de l’OTAN que les intérêts des États-Unis d’Amérique ».

Manière indirecte de répondre aux critiques de Donald Trump. Elle poursuit ainsi « Regardez le monde, regardez la Chine ou l’Inde : il existe d’excellentes raisons de continuer à miser sur une communauté de défense transatlantique et sur le bouclier nucléaire commun. Mais il faut bien sûr que l’Europe apporte une contribution plus importante que pendant la guerre froide. Nous avons grandi avec la certitude que les États-Unis voulaient être la première puissance mondiale. Si les États-Unis, de leur propre chef, abandonnaient désormais ce rôle, il nous faudrait mener une réflexion de fond ».

On comprend que, sur la question de la défense européenne autonome, l’Allemagne ne partage pas la vision d’Emmanuel Macron.

Une Russie avec laquelle il faut dialoguer

En dépit du constat de l’utilisation des moyens de guerre hybride par Moscou (campagnes de désinformation, de déstabilisation, meurtre du Tiergarten à Berlin…), Angela Merkel estime qu’il y a « de bonnes raisons de toujours poursuivre un dialogue constructif avec la Russie. En Syrie ou en Libye, deux pays directement voisins de l’Europe, la Russie a une influence stratégique. C’est pourquoi, je reste attachée à la coopération ». On ne saurait être plus clair.

Il n’est pire ignorant que celui qui ne veut pas savoir. Rien n’est vraiment acquis avant que tout ne soit acquis, disent les diplomates dans la dernière ligne droite d’une négociation. En un mot « tout » signifie un accord à Vingt-Sept, s’agissant du plan de relance post Covid-19. Le moins que l’on puisse dire est qu’il y a encore beaucoup de travail diplomatique de persuasion des sceptiques à faire pour parvenir à cet objectif. Mais, Angela Merkel n’est jamais aussi brillante que lorsqu’elle est dans la tourmente15. Telle Lazare, elle renaît toujours de ses cendres plus déterminée et plus sereine que jamais. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle tire sa force et sa crédibilité sur la scène internationale du fait que sa politique, sa diplomatie sont imaginées et exécutées dans la durée et non dans le temps court médiatique et émotionnel. Elle sait garder, en toutes circonstances, ses qualités de lucidité, de pondération, d’équilibre et de bon sens, excluant le lyrisme arrogant à la française. Une belle leçon de Realpolitik pour Emmanuel Macron et sa joyeuse troupe de Pieds Nickelés.

Souvenons-nous de ce qu’écrit André Comte-Sponville : « Les Français adorent donner des leçons au monde entier sans en recevoir de personne ». Aujourd’hui, l’heure est au règlement des urgences et non aux propositions de mécanos institutionnels dont les Français sont si friands tant ils aiment galoper dans les nuages au lieu de revenir sur la terre ferme. L’important est de coopérer de manière pragmatique pour éviter les controverses stupides qui mènent toujours droit dans le mur.
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La Chancelière l’a bien compris, elle qui sait parfaitement défendre l’intérêt de l’Allemagne et celui de l’Union européenne. Angela Merkel résume parfaitement sa pensée à propos du plan de relance franco-allemand : « Ce faisant bien sûr, nous agissons aussi dans notre propre intérêt. Il est dans l’intérêt de l’Allemagne que nous ayons un marché unique fort, que l’Union européenne devienne de plus en plus unie et qu’elle ne s’effondre pas. Ce qui était bon pour l’Europe était et demeure bon pour nous ».

Guillaume Berlat
6 juillet 2020

1 Hubert Védrine, Et après ?, Fayard, 2020, p. 133.
2 Guillaume Berlat, Jupiter se mue en Atlaswww.prochetmoyen-orient.ch , 2 octobre 2017.
3 Hubert Védrine, précité, p. 129.
4 Thomas Wieder (propos recueillis par), Le plaidoyer proeuropéen d’Angela Merkel. Angela Merkel : « Il est dans l’intérêt de l’Allemagne que l’UE ne s’effondre pas », Le Monde, 28-29 juin 2020, pp. 1-2-3.
5 Scott Greer/Holly Jarman/Sarah Rosenblum, « L’Europe de la santé » que le président de la République appelle de ses vœux, Le Monde, 2 juillet 2020, p. 28.
6 Ancien Directeur du renseignement à la DGSE de 2002 à 2003, Alain Juillet a ensuite occupé jusqu’en 2009 les fonctions de Haut responsable à l’intelligence économique, rattaché au Premier Ministre. Conseiller au Cabinet Orrick Rambaud Martel, il est également Président de l’Académie d’Intelligence Economique, mai 2020.
7 Pierre Avril/Anne Rovan, Von der Leyen l’ex-dauphine de la chancelière en voie d’émancipation, Le Figaro, 1er avril 2020, pp. 2-3.
8 Isabelle Lasserre, Le moteur franco-allemand a retrouvé sa puissance, Le Figaro, 1er juin 2020, p. 3
9 Detlef Puhl, Le plan « Merkron » peut-il sauver l’Union européenne ?, AFP/The Economist, 29 mai 2020.
10 Philippe Gélie, Charité bien ordonnée, Le Figaro, 1er juillet 2020, p. 1.
11 Anne Rovan, Relance, Brexit : les dossiers empoisonnés de la présidence allemande, Le Figaro,1et juillet 2020, p. 3.
12 Daniela Schwarzer, Les défis de la présidence allemande de l’Union européenne, Le Monde, 2 juillet 2020, p. 28.
13 Thomas Wieder, Au château de Meseberg, le duo Merkel-Macron affiche sa proximité, Le Monde, 1er juillet 2020, p. 6.
14 Sylvie Kauffmann, L’Europe face au doute démocratique, Le Monde, 2 juillet 2020, p. 30.
15 Pierre Avril, Dernier rendez-vous avec son destin européen pour Angela Merkel, Le Figaro, 1er juillet 2020, pp. 2-3

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