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Grèce : le retour de la droite signale le retour grec dans le grand jeu européen

EUROPE 14 AOÛT 2019

Grèce : le retour de la droite signale le retour grec dans le grand jeu européen

By: European People’s Party – CC BY 2.0

Du fait des bonnes relations du nouveau Premier ministre grec avec les dirigeants allemands et français, il est fort probable que la Grèce cherche à se poser comme un médiateur et un partenaire politique majeur pour Berlin et Paris.

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Par Alexandre Massaux.

Avec 33 % des votes aux élections européennes et 40 % des votes aux législatives grecques, le parti de centre-droit libéral a réussi, en quelques mois, à accomplir un retour fulgurant sur la scène politique grecque. Pays mis à l’écart de la géopolitique européenne depuis la crise économique, la Grèce a l’opportunité de redevenir un acteur respecté dans les affaires européennes.

UN SOUTIEN ÉCONOMIQUE INTERNATIONAL

Avec une dette de 180% du PIB, la Grèce est le pays le plus endetté au monde après le Japon. Néanmoins, la victoire de la droite a rassuré les investisseurs, amenant des taux d’emprunt bas. Il est fort probable que le passé professionnel dans le monde des affaires de Kyriákos Mitsotákis ait joué un rôle dans la confiance accrue des marchés dans la Grèce.

Là encore, le fait que Nouvelle Démocratie soit un parti classique membre d’un parti européen majeur joue en sa faveur. Il faut rappeler que Syriza, le parti de Tsipras au pouvoir jusqu’en juillet 2019, était membre du parti européen GUE/NGL composé des différents partis communistes européens et de la France insoumise. Dès lors, l’image de la Grèce auprès des institutions européennes n’est plus la même. En outre, la Grèce faisant partie de l’Eurozone, elle est normalement soumise à une certaine discipline budgétaire (même si, ironiquement, les pays en dehors de l’Eurozone sont souvent plus rigoureux dans ce domaine) afin d’assurer la stabilité de la zone euro. Le retour au pouvoir d’un parti plus classique rassure sur sa capacité de faire des réformes.

UN ATOUT POUR LE PARTI POPULAIRE EUROPÉEN DANS LA PARTIE ORIENTALE DE L’UE

La victoire de Nouvelle Démocratie aux Européennes lui donne 8 sièges au parlement européen au sein du PPE qui rassemble les partis de « droite classique » pro-Europe. Ce qui la place à la 6ème place  dans le PPE après la CDU/CSU allemande, la plateforme civique polonaise, le parti libéral national roumain et ses alliés, le Fidesz hongrois et le parti conservateur espagnol. De plus, pour la première fois depuis son adhésion à l’Union européenne, la droite grecque possède plus de sièges que la droite française (7 pour les LR) et italienne classique (7 pour Forza Italia et ses alliés). Un comble quand on sait que le nombre de sièges est lié à la population des pays et que la France et l’Italie sont environ six fois plus peuplées que la Grèce estimée à 11 millions d’habitants.

Les partis dominants du PPE étant situés, à l’exception des conservateurs espagnols, dans les pays d’Europe centrale et orientale, une telle dynamique est favorable à Nouvelle Démocratie et à la Grèce : il est fort probable que le PPE concentre son activité dans une région de l’Europe où elle possède le gros de ses députés. De plus, il ne faut  pas oublier que le PPE, bien qu’affaibli, reste le premier parti européen. Ces deux tendances offrent l’occasion au nouveau gouvernement grec de faire entendre sa voix sur la scène européenne et la bonne relation entre le nouveau Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis et la nouvelle présidente de la commission européenne Ursula von der Leyen, issue du PPE comme Christine Lagarde, donne des relais non négligeables au nouveau gouvernement grec.

UN RÔLE EN MER MÉDITERRANÉE ACCRU AVEC LA FRANCE

Les Allemands ne sont pas seuls à pouvoir profiter du retour de la droite en Grèce : la France aussi. En effet, Emmanuel Macron souhaite mener une politique européenne en mer Méditerranée. Un souhait partagé par Mitsotákis qui entretient des liens cordiaux avec le président français. La France comme la Grèce étant deux pays ayant une importance stratégique pour la Méditerranée, un tel rapprochement n’est guère surprenant.

La Grèce occupe géopolitiquement une position clé pour l’Europe et l’UE : passage vers l’Orient turc, elle a été un des lieux de transit le plus important en matière de migrants (et donc la plus touchée par cette crise). De plus, le fait d’être frontalière avec une Turquie de plus en plus autoritaire sur la scène interne et internationale n’est pas sans conséquence. Les relations entre Athènes et Ankara sont tendues depuis des décennies et le gouvernement grec a besoin du soutien occidental pour faire face à la Turquie. Dès lors, l’implication en mer Méditerranée des autres puissances majeures (surtout d’un point de vue militaire) de l’UE est utile pour la Grèce.

AVEC LES MEMBRES DE L’UE PLUTÔT QU’AVEC LA RUSSIE

L’ancien Premier ministre Alexis Tsipras avait cherché des alliés extra-européens pour pouvoir peser sur les scènes européenne et internationale. Ainsi, un rapprochement avec le président Poutine avait pu être constaté afin de faire contrepoids aux puissances occidentales comme l’Allemagne et la France et surtout afin d’avoir un autre partenaire commercial. Cette position se rapproche de celle du gouvernement hongrois. En tant que frontière entre l’Occident et l’Orient, la Grèce est en effet tentée de diversifier ses relations.

Cependant, le retour de la droite est synonyme d’un tournant vers l’ouest avec une politique davantage pro-Union européenne. Du fait des bonnes relations du nouveau Premier ministre grec avec les dirigeants allemands et français, il est fort probable que la Grèce cherche à se poser comme un médiateur et un partenaire politique substantiel pour Berlin et Paris. Certes, la Grèce pèse peu économiquement face aux autres pays majeurs de l’Europe mais dans un continent où les extrêmes montent, Nouvelle Démocratie peut mettre en avant sa modération et sa capacité à discuter avec les partenaires européens.

https://www.contrepoints.org/2019/08/14/351318-grece-le-retour-de-la-droite-signale-le-retour-grec-dans-le-grand-jeu-europeen

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L’Europe de l’Atlantique à l’Oural «n’a jamais été aussi nécessaire et urgente»

La ville de Goubkinsky dans l’Oural

L’Europe de l’Atlantique à l’Oural «n’a jamais été aussi nécessaire et urgente»

© Sputnik . Yevgeny BiyatovINTERNATIONAL16:54 08.08.2019(mis à jour 17:02 08.08.2019)URL courte6233

Compte tenu des transformations observées aujourd’hui à l’échelle internationale, le rapprochement entre la Russie et l’UE est «nécessaire et urgent» pour sauvegarder cette dernière, estime Caroline Galactéros, la Présidente de Geopragma dans un article publié dans Marianne.

La crise du détroit d’Ormuz, la politique états-unienne et d’autres événements de l’actualité internationale rendent possible un «nouveau partage du monde», écrit Caroline Galactéros, Présidente de Geopragma, Pôle français de géopolitique réaliste, dans son article publié dans le magazine d’actualité hebdomadaire Marianne. Selon elle, cela devrait «mobiliser les chancelleries occidentales» et «leur faire élaborer des politiques nouvelles».

L’Europe de l’Atlantique à l’Oural

D’après Mme Galactéros, l’une de ces politiques est le rapprochement entre Moscou et l’Union européenne.

« »L’Europe de l’Atlantique à l’Oural » — englobant la partie européenne de la Russie — n’a jamais été aussi nécessaire et urgente pour la sauvegarde de l’Union européenne, si cette dernière espère compter entre États-Unis et Chine et éviter le dépècement et la dévoration», explique-t-elle.

Néanmoins, selon Caroline Galactéros, un tel rapprochement demeure «ignominieux, inconcevable, indéfendable» aux dirigeants européens «piégés par une vision idéologique et faussée de leurs intérêts comme des nouveaux rapports de force du monde».

«L’angle mort»?

«C’est l’impensé, l’impensable, l’angle mort de la projection stratégique de l’Europe», écrit-elle, expliquant que l’avis des élites et institutions européennes est tel que la Russie, assimilée toujours à l’URSS, est «par principe vouée aux Gémonies, l’Amérique idéalisée, le péril chinois minimisé, l’Inde ignorée, le Moyen-Orient déformé et l’Afrique sous-estimée».

euro

© SPUTNIK . VLADIMIR TREFILOVLa diplomatie russe se prononce sur un passage à l’euro dans les transactions avec l’Europe«Les ravages de « la pensée magique » touchent malheureusement aussi la politique extérieure», estime Mme Galactéros.

Elle qualifie donc d’«urgent» d’établir «des bases d’une coexistence optimale entre les grands acteurs et ensembles régionaux» et d’arrêter de «croire en la chimère d’un magistère moral occidental ou simplement européen qui a volé en éclats».

«Dans un saisissant paradoxe, le dogmatisme moralisateur ne passe plus la rampe et une révolution pragmatique et éthique de la pensée stratégique occidentale s’impose», affirme-t-elle.

Ainsi, Mme Galactéros estime que la France est encore capable d’ «en prendre la tête et entrer en cohérence avec elle-même pour se protéger, compter et convaincre»

https://fr.sputniknews.com/international/201908081041898706-leurope-de-latlantique-a-loural-na-jamais-ete-aussi-necessaire-et-urgente/?utm_source=push&utm_medium=browser_notification&utm_campaign=sputnik_fr

Notes sur un durcissement général

Notes sur un durcissement général

Analyse

   vendredi 02 août 2019

   Forum

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Notes sur un durcissement général

2 août 2019 – La situation générale de la Grande Crise de l’Effondrement du Système présente actuellement plusieurs facteurs, extérieurs et intérieurs, indiquant la poursuite de la montée de la tension entre les acteurs principaux. Nous insistons sur le fait de facteurs extérieurs et intérieurs, car les situations extérieures et intérieures de ces acteurs sont de plus en plus intimement liées et répondent à la même logique de cette montée de la tension.

• Dans le domaine extérieur, la crise iranienne est le centre de l’activité crisique. En fait de “crise iranienne”, il s’agit désormais d’une crise générale d’une zone stratégique géopolitique et géoéconomique, — le Golfe persique et le détroit d’Ormouz, – où les acteurs impliqués ont des positions de plus en plus diverses et indépendantes des habituelles sources de tension, principalement les USA qui perdent de plus en plus leur capacité d’imposer leur politique anti-iranienne.

• Cette diversité et cette indépendance se manifestent sous la forme d’un durcissement général à l’encontre de la poussée belliciste constante des USA. Ce durcissement est le fait de l’Iran, qui confirme sa position déjà affirmée avec force ; de la Russie, qui s’engage de plus en plus nettement au côté de l’Iran ; des pays européens, qui repoussent les injonctions US à participer à une “coalition” navale indirectement anti-iranienne dans le Golfe (France et Allemagne), ou qui tempère un engagement initial imposé par les USA (le Royaume-Uni).

• Dans le domaine intérieur, il y a un durcissement perceptible, du côté russe et chinois, face à des troubles internes ou très-voisins qui sont perçus comme des tentatives de déstabilisation venues de l’extérieur, que ce soit ou non le cas. Il s’agit d’une position d’opposition désormais active à ce qui est supposé être une agression du type regime changeévidemment développée par les USA.

L’arraisonnement du Stena Impero

L’arraisonnement le 19 juillet du Stena Impero, pétrolier britannique passant le détroit d’Ormouz, par un commando héliporté des forces spéciales des Gardiens de la Révolution iraniens, a marqué une étape importante dans la montée de la tension de la crise iranienne mais aussi, comme nous l’avons signalé, de l’élargissement de cette crise à une zone stratégique, géopolitique et géoéconomique.

(L’action iranienne vient après la saisie du pétrolier iranien Grace 1 par les Britanniques dans le détroit de Gibraltar, et constitue évidemment une riposte dans une situation où les Iraniens tiennent une ligne d’action inflexible, correspondant au maximalisme de la politique américaniste contre eux.)

On observera que cet “élargissement” de la crise, promptement accéléré par les USA, directement ou indirectement (par Britanniques interposés), n’est pas nécessairement un avantage pour ces mêmes USA. En un sens, l’élargissement revient à accepter les règles du jeu stratégiques de l’Iran qui, dès le début de cette phase crisique, a averti que toute attaque aérienne (des USA et/ou d’Israël essentiellement) déclencherait une riposte asymétrique, par diverses actions dont la plus probable et la plus importante du point de vue international serait très probablement la fermeture du détroit d’Ormouz et l’interruption de l’acheminement du pétrole. Ensuite, cet avertissement a été nuancé par des hypothèses de scénarios alternatifs (attaque des champs pétroliers saoudiens notamment) mais l’effet de communication est resté fixé sur Ormouz, qui est un point géographique à l’extrême signification symbolique.

Par cette simple mécanique de communication, effectivement, le champ de la crise s’est “élargi” vers l’espace naval Ormouz/Golfe avec les divers incidents qu’on a vus, dont la prise du Stena Impero est le dernier en date.

Le résultat de la perception qu’on a de l’évolution de la crise est que l’Iran s’est sorti de la position de pays assiégé et isolé qu’il avait au tout début de la séquence. Nous ignorons si quelqu’un l’a voulu ainsi, mais nous croyons que c’est bien le résultat : l’Iran n’est plus pressé sur ses côtes et dans son espace aérien, la crise se joue dans l’espace naval Ormouz/Golfe, et l’Iran y marque des points devant les pays du bloc-BAOqui se découvrent de plus en plus extrêmement divisés, et même entre USA et UK dans la mesure où les Britanniques ont été lancés dans l’affrontement par les USA, puis abandonnés par eux selon une habitude bien américaniste :

« Dans un mouvement auquel on est habitué, la mosaïque du pouvoir US a doublé l’incitation faite aux Britanniques de s’engager dans la “piraterie légale” anti-iranienne selon les conceptions de Bolton par une attitude plusieurs fois réaffirmé du secrétaire d’État Pompeo selon laquelle les USA se lavent les mains de la question des pétroliers arraisonnés, du seul ressort du Royaume-Uni. »

On peut se demander si les circonstances, et l’habituelle grossièreté de l’action maximaliste et faussaire des Bolton-Pompeo n’ont pas donné un avantage stratégique imprévu à l’Iran en desserrant l’étau autour de ce pays sans qu’il abandonne sa position extrêmement dure mais justifiée. Cette évolution a “internationalisé” la crise dans sens le plus critique, c’est-à-dire en offrant une aire stratégique importante où la discorde entre alliés peut se développer et ainsi conforter la position iranienne.

Cela justifie d’autant plus de connaître les détails de l’arraisonnement du Stena Imperoque nous donne Elijah J. Magnier le 31 juillet. On sait combien ce commentateur est proche, par ses sources, des Iraniens comme il est proche des Syriens. Les détails qu’il donne rendent compte à notre sens, de la position iranienne, comme s’il s’agissait d’une version “officieuse” ; où l’on voit que l’Iran veut montrer que son intervention a été délibérée, décidée au plus haut niveau, dans une parfaite coordination, et s’inscrivant dans un plan de riposte dure aux “pression maximales” des USA. On note qu’il est affirmé “en passant” que les sabotages de pétroliers, premier acte étendant la crise au Golfe et d’abord mise au crédit de la politique de provocation de Bolton-Pompeo/USA, sont présentés sans la moindre hésitation comme une initiative iranienne (« Le Corps des gardiens de la révolution islamique [CGRI] a envoyé de nombreux messages, en abattant un drone américain, en sabotant des tankers et en en capturant un»). Les Iraniens ont admis et conclu que l’extrême dureté de leur position est extrêmement payante …

Ci-dessous une partie du texte de E.J. Magnier (traduction de Dominique Muselet).

Pourquoi le HMS Montrose n’a-t-il pas tiré ?

« […] …“Je vous ordonne de ne pas intervenir dans mon opération. Le pétrolier est sous mon contrôle. Ne mettez pas votre vie en danger”. Voilà exactement ce que l’officier de la marine iranienne des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a dit au commandant du Foxtrot 236 [le HMS Montrose]lorsque les forces spéciales iraniennes s’apprêtaient à aborder le pétrolier Stena Impero. Mais pourquoi a-t-il averti la marine britannique de “ne pas risquer la vie de ses soldats” ?
» Les radars de la marine britannique avaient découvert que des radars actifs de guidage de missiles les suivaient au moyen de radars semi-actifs depuis différentes plates-formes de lancement – des radars principaux qui pouvaient facilement engendrer une attaque intensive pour rendre le navire impuissant et éventuellement le détruire. Les missiles iraniens étaient prêts à être lancés si le commandant du navire britannique avait décidé d’ouvrir le feu sur les rapides vedettes iraniennes.
» Les lanceurs de missiles iraniens répartis tout au long de la côte iranienne qui surplombe le détroit d’Ormouz ciblaient quatre navires de guerre américains et le navire de guerre britannique et étaient prêts à attaquer. D’autres drones armés iraniens étaient dans les airs, également prêts à attaquer les cibles prévues. L’Iran n’a pas révélé, à ce jour, d’autres missiles plus sophistiqués qu’il a fabriqués et qu’il pourrait mettre en service en cas de guerre.
» Le commandant britannique du Foxtrot 236 de la Royal Navy a décidé de renoncer au Stena Impero et de laisser la diplomatie de son pays prendre la relève pour éviter les grandes pertes humaines inévitables dans une confrontation militaire.
» Cependant, le gouvernement britannique veut sauver la face. Il doit donc rejeter tout échange de pétroliers. La Royal Navy avait auparavant confisqué un superpétrolier iranien, Grace 1, à Gibraltar. Londres avait exacerbé le conflit avec l’Iran avec la décision du tribunal de Gibraltar de prolonger d’un mois l’arraisonnement du superpétrolier iranien à la demande des États-Unis.
» La seule solution envisageable est que le tribunal de Gibraltar s’abstienne de jeter encore plus d’huile sur le feu en mettant fin à la détention du Grace 1, une fois le délai d’un mois écoulé. Cela permettra à l’Iran de libérer Stena Impero du port de Bandar Abbas et de mettre fin à la crise.
» Pourquoi l’officier du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a-t-il ordonné au commandant britannique de se tenir à l’écart alors que le HMS Montrose était à portée de main, avec quatre autres frégates américaines bien armées et prêtes à attaquer ?
» Lorsque les autorités britanniques ont décidé de prolonger la saisie du “Grace 1”, cela a sonné le glas de l’initiative d’Emanuel Bonne (l’envoyé présidentiel français) pour obtenir la libération du super tanker iranien. La décision du Royaume-Uni de torpiller l’initiative de son partenaire européen et de se conformer à la position étasunienne a montré la fragilité de l’unité de l’Europe. Londres a accepté d’être un instrument de la politique de Trump.
» C’est alors que le leader iranien Sayyed Ali Khamenei a ordonné au commandant du CGRI Hussein Salameh d’arrêter le premier navire britannique et de rendre coup pour coup. Après un soigneux passage en revue de tous les navires naviguant dans la zone, Salameh a été informé à propos du Stena Impero, mais aussi des cinq navires militaires occidentaux naviguant à proximité. Le commandant du CGRI a informé Sayyed Khamenei qui a répondu, selon une source bien informée: “N’aie pas peur, Dieu est avec toi. Ils n’oseront pas nous attaquer”.
» C’est ainsi que la décision a été prise, au plus haut niveau de la hiérarchie iranienne avec les directions spirituelle, militaire et politique toutes rassemblée sous le drapeau de la “protection de l’intérêt national et la sécurité du pays.”
» Malgré la position du Royaume-Uni, l’Europe ne tombera pas dans le piège américain et ne jouera pas le rôle de bouclier dans une guerre que Washington voudrait imposer au continent. Les compagnies pétrolières britanniques sont en train de modifier les immatriculations de leurs navires et de retirer le pavillon britannique pour pouvoir traverser le détroit d’Ormuz en toute sécurité. BP, le géant pétrolier britannique qui a été le premier à le faire, évite d’envoyer des navires dans la région, en utilisant des sous-traitants. C’est une manifestation flagrante de son manque de confiance dans la décision de son propre gouvernement, qui n’est pas dans l’intérêt du Royaume-Uni mais reflète plutôt un dévouement servile à la politique de l’administration Trump.
» Les propriétaires de pétroliers qui naviguent dans le golfe Persique s’assurent contre les risques de guerre. Ils doivent maintenant payer $185 000 de plus pour les super tankers, suite aux évènements de ces derniers mois.
» Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a envoyé de nombreux messages, en abattant un drone américain, en sabotant des tankers et en en capturant un. On peut les résumer en un seul : si l’Iran ne peut pas exporter pas son pétrole, aucun pays ne le fera. L’arrivée d’un nouveau navire de la Royal Navy britannique, le HMS Duncan, ne changera rien : il s’ajoutera à la liste des cibles dont les Iraniens disposeront dans le golfe Persique en cas de guerre. La décision américaine de révoquer l’accord nucléaire a non seulement rendu le Moyen-Orient moins sûr, mais elle a également provoqué l’entrée de la Russie dans les mers chaudes de la région : L’Iran a annoncé un exercice naval conjoint avec la Russie dans les prochains mois. L’Iran fait entrer les Russes dans ce qui était autrefois le “terrain de jeu naval” des États-Unis. De toute évidence, la “pression maximale” de Washington ne donne pas les résultats escomptés par les Américains.
» Tant que Trump sera au pouvoir, la situation au Moyen-Orient ne se stabilisera pas. Rares sont ceux qui, dans le monde, ont cru le secrétaire d’État Mike Pompeo quand il a dit que les sanctions étasuniennes paralysaient l’Iran à hauteur de 95 % et que l’influence de l’Iran au Moyen-Orient était sérieusement affectée par les mesures étasuniennes.
» L’Iran défie l’hégémonie américaine et est prêt à la guerre ; il défie ouvertement les États-Unis et le Royaume-Uni. Téhéran se félicite du soutien de la Chine et de la Russie et développe sa capacité de missiles pour compenser son manque de supériorité en mer et dans les airs.
» L’Iran compte sur ses missiles pour imposer ses règles d’engagement et défie les États-Unis ainsi que le Royaume-Uni et sa tradition impériale.
» Les États-Unis ne sont plus en mesure de dicter leur loi à l’Iran ni de lui “couper les ailes”. Téhéran est en train de développer sa technologie de missiles et sa capacité nucléaire. Il est prêt pour l’étape suivante, qui consiste en un nouveau retrait partiel de l’accord nucléaire en dépit des efforts de la France et de l’Allemagne pour se distancier de la position étasunienne. Le monde continuera à concentrer son attention sur cette partie du monde et à suivre anxieusement l’évolution du bras de fer entre les États-Unis et l’Iran. »

L’Europe en croisière

L’évolution crisique (passage à la zone Ormouz/Golfe) touche donc également les pays européens dans le sens où ils sont obligés de prendre des positions plus actives que de simples déclarations soutenant le traité JCPOA sans trop mettre en accusation les USA, pourtant porteurs massifs de l’essentiel sinon de l’exclusivité de la faute. Désormais, ils doivent se déterminer par rapport aux “pressions maximales” as usualdes USA, mais exercées sur eux-mêmes cette fois, pour qu’ils participent à la coalition que les USA rêvent d’établir dans le Golfe pour protéger sur la sacro-sainte liberté de navigation, c’est-à-dire exercer des “pressions (militaires) maximales” sur l’Iran, cela avec les navires de guerre des autres qu’ils commanderaient néanmoins.

Placés devant cette sollicitation pressante des USA, les Européens sont donc obligés de prendre position, c’est-à-dire de refuser une telle option qui serait aussitôt interprétée par les Iraniens comme une sorte de préparation à la belligérance. Les Européens se trouvent coincés entre les diverses “pressions maximales” et leur engagement sans aucun doute sincère dans le traité JCPOA. Il n’est nullement assuré que le calcul US (c’est-à-dire la dynamique habituelle de la brutalité sans le moindre discernement) donne le résultat exigé par l’exceptionnalisme américaniste… Pour l’instant, les Européens tiennent et il leur sera difficile de céder à leur habituel exercice de servilité volontaire, avec un partenaire américaniste qui fait tout pour que l’éventuelle acceptation de leur proposition ressemble à une humiliation maximale et une trahison de tous leurs engagements :

« Mais la stratégie décidée par Washington, consistant à mettre la pression sur ses alliés, ne semble pas porter ses fruits. Le 31 juillet, lors d’une conférence de presse à Berlin, Ulrike Demmer, une porte-parole du gouvernement allemand, a mis fin aux espoirs étasuniens. “La priorité doit être à notre avis les efforts diplomatiques et la désescalade”, a-t-elle rappelé, précisant que “le gouvernement allemand est réticent face à la proposition concrète des États-Unis et c’est pourquoi il n’a pas proposé d’y participer”.
» [Demmer] a par ailleurs indiqué que “l’approche globale” de la politique allemande vis-à-vis de l’Iran “différ[ait] nettement de l’approche actuelle des États-Unis”. Le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, avait enfoncé le clou dans la soirée alors qu’il se trouvait en visite à Varsovie. “[L’Allemagne] ne participera pas à la mission maritime présentée et planifiée par les États-Unis”, a-t-il martelé, considérant que “la stratégie de pression maximale est erronée”. Il a ajouté ne pas vouloir d’“une escalade militaire”, préférant continuer “à compter sur la diplomatie”. Une affirmation confirmée le même jour par le vice-chancelier allemand et ministre des Finances, Olaf Scholz, qui, dans un entretien à la  ZDF, avait estimé que cette opération n’était “pas une bonne idée”.
» De leur côté, les Français ne semblent pas non plus emballés par le projet américain. “Nous ne voulons pas contribuer à une force qui pourrait être perçue comme aggravant les tensions”, avait expliqué le ministre des Armée, Florence Parly, soulignant, le 26 juillet, qu’il ne s’agirait en aucun cas de déployer des moyens militaires supplémentaires dans la région. Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, avait lui assuré que Paris, Londres et Berlin travaillaient conjointement à la mise en place d’une “mission de suivi et d’observation de la sécurité maritime dans le Golfe”. Une grande partie des Européens semblent donc préférer sauvegarder l’accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015, duquel les États-Unis s’étaient retirés de manière unilatérale en mai 2018, plutôt que de se lancer à corps perdu dans une entreprise susceptible de déboucher sur un désastre. »

… Pour les Britanniques, ils sont engagés dans ce qu’un de nos lecteurs nous signale être une “aporie”. (Voir le Forum d’un autre texte décrivant « un labyrinthe terminé par une impasse » [l’aporie en question], où l’on retrouve effectivement le parcours récent de l’intermède May-Johnson et de la Royal Navy.) Malgré les liens qui unissent Trump et Johnson, il nous paraît bien difficile que le Royaume-Uni risque une belligérance en accompagnant la coalition US dont les USA seraient par ailleurs, semble-t-il, opérationnellement absents sinon pour les commander… Par contre et connaissant les règles surprenantes de ce simulacre déguisé en tragédie-bouffe, Johnson pourrait peut-être s’entendre avec Trump, qui n’est pas insensible à la manœuvre distraiyante de faire trébucher ses principaux conseillers (Bolton-Pompeo) lorsque ces deux-là croient être en vue de la réalisation catastrophique d’une de leurs infamies.

Durcissement discret mais effectif de la Russie

Un événement important qui vient prendre discrètement sa place, c’est ce qui semble bien être un réel engagement opérationnel des Russes avec l’Iran. Comme le signale Magnier, il y a l’annonce de manœuvres navales conjointes entre Russes et Iraniens, “d’ici la fin de l’année” selon une source iranienne (sans que l’on sache s’il s’agit de la fin de l’année du calendrier grégorien, ou du calendrier iranien qui commence en mars) ; et ces manœuvres qui auront lieu dans l’Océan Indien, dans le Golfe Persique, et peut-être bien en Mer Caspienne, – ce qui implique un accord de réciprocité : la Russie soutient l’Iran dans sa crise dans le Golfe, l’Iran soutient la Russie sur son flanc Sud-Ouest avec ses embarras ukrainien et géorgien.

Spoutnik-français précise ceci : « La Russie et l’Iran ont signé un mémorandum de compréhension mutuelle visant à élargir les relations bilatérales, a annoncé Hossein Khanzadi, commandant de la Marine de la République islamique d’Iran. En visite officielle en Russie il a en outre souligné qu’un accord de ce type était sans précédent et que sa signature pouvait être qualifiée de “moment charnière dans les relations militaires entre Moscou et Téhéran”. »

Malgré sa discrétion et son profil réduit aux “opérationnels”, cet accord apparaît important dans les circonstances actuelles, et surtout il se place dans un contexte où nous distinguons un réel durcissement en Russie, vis-à-vis des pressions extérieures et de nouvelles pressions intérieures. La répression de la manifestation du 27 juillet a Moscou a été particulièrement lourde (plus de 1 000 interpellations), et les réactions aux critiques extérieures singulièrement vives quoique non sans argument, notamment après l’expression tweetée des préoccupations de la diplomatie française avec son cortège de Gilets-Jaunes (« En ce qui concerne les actions ‘disproportionnées’ de la police lors de manifestations, la France est malheureusement l’une des premières du monde »).

Cette réaction à l’encontre des Français a été répétée à plusieurs reprises, avec les précisions des “bavures” policières contre des journalistes, aussi bien que la mise à l’index de RT et de SpoutnikCela fait beaucoup de la part de la Russie de Poutine, souvent critiquée par ses opposants de droite pour la mollesse de ses réactions vis-à-vis des pressions extérieures portant sur les vertus nécessaires de la démocratie universelle. Il est possible de voir dans toutes ces circonstances, parallèlement à l’accord avec l’Iran, un durcissement russe qui s’accorde à l’évolution de la situation générale ; dans ce cas, on discutera un peu moins des vertus de la démocratie, pour agir un peu plus vivement contre ce qui est perçu comme une menace ontologique contre la sécurité et la souveraineté nationales de la Russie. Si c’est le cas, cela nous signale que l’on passe aux choses sérieuses.

De Hong Kong au Vénézuela

Ainsi mettrions-nous dans la même catégorie d’un “durcissement général” l’attitude chinoise d’une possible réaction contre les événements en cours à Hong Kong depuis une quinzaine. Cette réaction pourrait, dans certaines circonstances, prendre la forme d’une intervention armée. Que ceci soit fondé ou pas importe peu, mais il y a une similitude d’interprétation des Russes et des Chinois des événements signalés, tous perçus entièrement ou en partie comme des opérations de déstabilisation selon la technique du regime change ; et cette interprétation induit un durcissement, de la même sorte que celui des Iraniens, face à une direction américaniste perçue non seulement comme subversive mais comme étant devenue folle, d’une folie qui ne connaît plus de bornes ni de répit parce qu’elle est liée à la perception inconsciente (non reconnue et non acceptable) du déclin américaniste.

Le professeur à l’Université de Téhéran Seyed Mohammad Marandi, qui faisait partie de la délégation iranienne qui a aidé à négocier le traité JCPOA de 2015, explique rationnellement le cercle vicieux confinant à la folie (le “sentiment d’insécurité” conduisant à une paranoïa sans frein)qui affecte la direction US prise comme un tout, hors de toute question de personnes : « Les États-Unis, qui sont dans la dynamique d’un empire en déclin, sont de moins en moins tolérants à l’égard des voix dissidentes, mais je pense que cela expose aussi plus clairement le déclin des États-Unis et leur sentiment croissant d’insécurité »… Plus ils sont en déclin, plus ils veulent s’affirmer en voyant partout des menaces contre leur puissance, plus ils montrent combien ils sont devenus faibles du fait de leur déclin, plus leur déclin accélère : un tourbillon crisiqueprécipitant dans le trou noir de l’effondrement.

Cette dynamique explosive semble atteindre les limites de la tolérance pour ceux qui la subissent directement, – et même pour ceux qui la subissent indirectement, comme les Européens. A cause des actions US déclenchées sans aucune précaution ni la moindre conception tactique pour un but stratégique qui peut se rapporter soit au nihilisme soit à l’entropisation, sans aucune attention pour la légalité, sans aucune précaution pour les effets et les conséquences sur les équilibres et sur les alliances, naît et grandit ce phénomène constaté plus haut d’“élargissement” des crises conduisant à la confusion des faiseurs de crise (USA & le reste quand c’est le cas) et au désenclavement des situations d’assiégé et de solitaire de celui qui subissent l’agression. C’est le cas de l’Iran, ce pourrait être demain le cas du Vénézuela si Trump met sa menace à exécution de déployer un blocus naval contre ce pays, qui le conduirait à un risque d’une possible confrontation navale avec des pays tels que la Chine, la Russie et l’Iran ; là aussi, il y aurait “élargissement” de la crise comme on a vu plus haut pour l’Iran.

La situation intérieure des USA ne peut non plus, bien évidemment, être ignorée dans cette évolution, alors que la tension monte à l’approche de l’élection USA-2020 dans un climat de fracture du pays sans précédent, alors que les réflexions concernent désormais de manière ouverte des options de démembrement, de guerre civile ou de dictature des États-Unis. Ce climat agit d’une façon indirecte mais extrêmement puissante sur les pulsions paranoïaques de la politique extérieure. La dégradation de la situation depuis USA-2016 est proprement stupéfiante, alors que les avis des analystes capables de garder un peu de sang-froid étaient, durant la campagne échevelée USA-2016, qu’une fois l’élection faite s’opérerait un retour à un certain calme à l’intérieur du système politique et institutionnel des USA. Ainsi peut-il être admis qu’une étape importante, voire gigantesque, a été franchie entre USA-2016 et USA-2020, et bien entendu avec les conséquences de cet ébranlement sismique sur la direction US, et sur ce qui tient lieu de “politique extérieure” sont considérables.

La question de plus en plus pressante est de savoir jusqu’où les victimes de ce phénomène cosmique d’effondrement de l’“Empire” (dito, du Système) vont tenir avant de décider qu’il devient préférable, plutôt que de contenir les effets de la folie, plutôt de les accélérer dans l’espoir que la folie détruira le fou avant de déclencher des événements imprévisibles. L’attitude de l’Iran, qui n’est nullement passionnée ni affective, mais bien froidement calculée, n’est pas loin d’atteindre ce point, et les Russes et les Chinois ne sont plus très loin de l’Iran à cet égard. Lorsque nous y serons, il ne restera alors plus à l’Europe et à ses divers galopins qu’à singer l’un des épisodes d’Apollo : “Allo Bruxelles, nous avons un problème… ”

https://www.dedefensa.org/article/notes-sur-un-durcissement-general

ASSURER SEUL SA DÉFENSE ?

ACTUS – NEWSDÉFENSEG2S ASSOCIATION

G2SGénéral Desportes

ASSURER SEUL SA DÉFENSE ?


G2S

G2S5 JUILLET 2019

Soldats belges. Crédit : DR.

Pour le GDI (2S) Vincent DESPORTES, l’OTAN, tel que nous la connaissons, vit ses dernières années. Pris individuellement aucun pays, y compris la France, n’a les moyens d’assurer seul sa défense dans tous les domaines Il y a donc urgence à bâtir une défense de l’Europe avec les pays qui en partagent notre vision des enjeux.

LA DÉFENSE, OUTIL IMPÉRATIF DE L’AUTONOMIE EUROPÉENNE

Les Européens ont longtemps cru que, pour avoir éliminé la guerre sur leur propre sol, ils l’avaient éradiquée. La montée des tensions internationales, la renaissance des politiques de puissance, l’explosion du terrorisme les ramènent à la raison. La guerre a toujours un bel avenir et les rapports humains demeurent des rapports de force. Dès lors, raisonner seulement économie en acceptant le nanisme politique et militaire est une faute : on ne peut penser l’Europe sans espérer sa maturité stratégique, donc sans vouloir son autonomie, donc sans bâtir sa défense.

POURQUOI FAUT-IL CONSTRUIRE L’EUROPE DE LA DÉFENSE ?

C’est impératif d’abord, parce que, en termes de défense, l’échelle des nations européennes est dépassée. Une puissance moyenne ne peut plus se doter d’un système de défense cohérent, comme ce fut le cas jusqu’au milieu du XXe siècle. Pour deux raisons.

  • La première relève de l’expansion continue des domaines de conflictualités. La guerre n’abandonne jamais un espace dont elle s’est emparée. Il fallait hier être capable de combattre sur terre, puis sur mer ; les évolutions technologiques du XXe siècle ont imposé aux armées de détenir des capacités de combat dans la troisième dimension, air puis espace, et – pour certaines – nucléaires. Le XXIe siècle rajoute le cyberespace et il faudra demain se défendre dans tout nouvel espace conquis par l’homme. À l’expansion des espaces de guerre ne correspond nullement celui des budgets militaires de plus en plus chichement comptés. A supposer qu’il en ait la volonté politique, un État européen n’est plus en mesure de constituer en solo une capacité d’action substantielle dans les cinq espaces d’affrontement.
  • La deuxième raison relève de l’accroissement exponentiel du coût des équipements. Chaque nouvelle génération d’armement multiplie par 10 (et parfois davantage) le coût des systèmes d’armes alors même que les équipements sophistiqués fabriqués en petite série ont un coût prohibitif. Tout État est donc contraint de réduire son parc à chaque saut générationnel… ou d’accepter le décrochage technologique.

La conséquence ? Sauf pour les superpuissances dotées de vastes moyens budgétaires, le choix se fait entre un système de défense échantillonnaire, affaibli de déficiences capacitaires béantes, et le rétablissement de la cohérence et de l’exhaustivité à un niveau supranational. Pour les nations européennes, il est donc techniquement nécessaire de retrouver à ce niveau
les capacités manquantes au niveau national.

C’est ici qu’apparaît à nouveau la nécessité de l’Europe de la défense : ce niveau supranational doit être fiable. Or, si cela a été longtemps le cas de l’Alliance atlantique, c’est fini. Les Européens savent que leur défense ne vaut que par la garantie américaine… mais elle est devenue un mythe pernicieux.

Ils tentent de se rassurer : « la défense collective, c’est l’OTAN ». Exact, pour un certain temps encore… mais hasardeux !

Les États-Unis assurent la part majeure du budget de l’OTAN et quand ils seront définitivement tournés vers leur Ouest, il n’y aura plus de défense collective de l’Europe ! Ce « pivot stratégique » de l’Atlantique vers le Pacifique reflète la réalité du monde. Dans moins de vingt ans, la population américaine d’origine européenne sera devenue minoritaire et le vieux réflexe de défense de la « terre des ancêtres » aura disparu. Les États-Unis, affranchis de leur dépendance énergétique à l’égard du Proche-Orient, pourront certes connaître de brefs regains d’intérêt pour l’Europe mais soyons sans illusions : jamais plus le soldat RYAN ne viendra mourir sur une plage d’Europe… d’autant qu’il s’appellera RAMIREZ ! N’imaginons pas qu’une fois la page TRUMP tournée, le flot s’inversera : il s’agit d’une tendance lourde. Le découplage États-Unis/Europe est inéluctable : TRUMP n’est pas un accident de l’histoire.

Ne pouvant lier son destin à une puissance dont les intérêts stratégiques s’éloignent des siens, l’Europe doit prendre acte que l’OTAN n’est plus son assurance tous risques et réagir, vite : elle ne dispose plus que de quelques années pour construire son propre système de défense. À défaut, elle se trouvera fort démunie lorsque le dernier navire de l’US Navy aura quitté Anvers pour ramener à Baltimore le dernier soldat américain.

Enfin, soyons en sûrs, le monde a besoin d’Europe. Qu’on le veuille ou non, notre monde né le 26 juin 1945 à San Francisco est aujourd’hui moribond. Or, notre planète en ébullition, en mutation profonde, de moins en moins régulée par des organisations faiblissantes, notre planète a besoin d’Europe.
Une Europe née de l’entrechoquement sanglant des ambitions nationales, puis des Lumières, puis de massacres encore, une Europe devenue pôle de sagesse et d’équilibre, une Europe creuset et porteuse des valeurs humanistes, une Europe aux ambitions désormais raisonnables, facteur d’apaisement dans un monde qui court à nouveau vers le gouffre.

L’Europe doit jouer son rôle dans le monde. Mais pour cela elle doit être entendue, donc militairement forte. Car depuis que le monde existe, son histoire est ainsi faite : les valeurs ne valent que par la puissance de l’épée, la voix ne porte qu’en fonction du calibre des canons. Or aujourd’hui l’Europe, privée de puissance militaire commune, est un continent aphone. Cela explique que la France joue aujourd’hui un rôle plus important que l’Europe sur la scène internationale : elle peut s’engager concrètement, au cœur des crises. Sa voix porte bien davantage que celle de l’Europe.

QUEL MODÈLE POUR LA DÉFENSE DES PAYS EUROPÉENS ?

L’armée européenne est-elle la solution ? Elle est plutôt une Vision, mais une vision à long terme. En effet, une armée démocratique est nécessairement une armée de citoyens : tant qu’il n’y aura pas de citoyens européens, il n’y aura pas d’armée européenne. Celle-ci suppose une autorité politique légitime décidant pour les nations de l’intérêt stratégique commun, donc, si nécessaire, de l’engagement des forces – et de la mort… – au combat. Nous en sommes loin. Mais c’est une vision utile, un jalon ultime.

Il faut donc construire auparavant – et urgemment : il nous reste vingt ans tout au plus – une armée des nations européennes. Pas des 27 nations : nous n’avons plus le luxe du rêve. L’élargissement européen a été poussé par l’Oncle Sam pour dissoudre l’Europe dans l’espace : résultat brillamment atteint. De Paris à Budapest, les perceptions des menaces et des intérêts stratégiques, les cultures opérationnelles, sont trop divergentes pour que les pays de l’Union acceptent d’une seule voix de subordonner leur défense à la mise en commun de moyens dont ils auraient perdu la liberté d’emploi.

Le réalisme veut donc que l’on parte d’un noyau de nations souveraines capables de compromis stratégiques et d’érosion de leur autonomie au nom d’un intérêt supérieur accepté, dépassant les égoïsmes nationaux. Ce qui suppose une conscience claire de ce qui a été écrit plus haut, un volontarisme sans faille et un façonnage obstiné des opinions publiques pour le bien commun des citoyens. La solution aujourd’hui la plus prometteuse a fait ses preuves dans d’autres domaines – celui de la politique monétaire en particulier. C’est celle d’un Eurogroupe de défense, porté par les volontés conjointes de la France et de l’Allemagne, dans lequel les décisions seraient prises à la majorité qualifiée.

Dans un monde aux évolutions belligènes et en l’absence de capacité régulatrice internationale, il revient à l’Europe d’assumer sa défense commune. S’ils tiennent à leur civilisation, les Européens doivent se doter au plus tôt de moyens propres de défense : de manière réaliste, fermement mais pas à pas, en cessant de rêver à un ordre ancien définitivement disparu.

Peu importe, au fond, l’appellation. Ce dont l’Europe a besoin, c’est une défense de l’Europe, par l’Europe et pour l’Europe, disposant d’une capacité militaire autonome et intégrée, apte à défendre en autonomie ses intérêts et sa capacité à vivre comme elle l’entend.DéfenseÉtats-UnisEuropeG2SGénéral Desportes

https://theatrum-belli.com/assurer-seul-sa-defense/

L’Union Européenne félicite la Tunisie

L’Union Européenne félicite la Tunisie

Par IB – 6 juillet 2019 – 08:43

L’ambassadeur de l’Union Européenne en Tunisie, Patrice Bergamini, a félicité vendredi le président de la République Béji Caïd Essebsi pour la signature du décret portant sur la convocation des électeurs.

L’ambassadeur européen a assuré, dans un tweet, que la Tunisie et l’Union européenne partagent un même socle de valeurs communes, notamment la démocratie.

Le Décret en question, signé hier, devrait être publié au Journal officiel, hier, soit un jour avant l’expiration du délai fixé pour sa signature, a annoncé et précisé le député Tarek Ftiti dans une déclaration aux médias.

Conformément à l’article 101 (nouveau) de la loi électorale, le 7 juillet est le dernier délai pour la publication dans le JORT, du décret présidentiel dont la publication doit intervenir dans un délai minimum de trois mois avant le jour du scrutin pour les élections législatives, régionales, municipales et présidentielles, et dans un délai minimum de deux mois pour le référendum.

http://www.webdo.tn/2019/07/06/lunion-europeenne-felicite-la-tunisie/

http://www.webdo.tn/2019/07/06/lunion-europeenne-felicite-la-tunisie/

Commission Européenne : Ursula von der Leyen choisie pour la présidence

Europe

Commission Européenne : Ursula von der Leyen choisie pour la présidence

Par Challenges.fr le 02.07.2019 à 19h28

Les chefs d’Etat et de gouvernement européens ont décidé mardi de proposer la candidature d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission.

Commission Européenne : Ursula von der Leyen choisie pour la présidence

Commission Européenne : Ursula von der Leyen choisie pour la présidencePOOL

Les chefs d’Etat et de gouvernement européens ont décidé mardi de proposer la candidature d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission et choisi Charles Michel comme président du Conseil, Josep Borrell comme Haut représentant aux Affaires étrangères et Christine Lagarde comme présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a annoncé le président du Conseil, Donald Tusk.PUBLICITÉDÉCOUVRIR

Un road-trip sous le soleil écrasant du Mexique

Dans cette histoire exubérante et décalée, Jean-Baptiste Maudet, avec son premier roman « Matador Yankee » (Le Passage), entraine le lecteur dans une aventure rocambolesque où rien ne se passe comme prévu !LECTEURS.COMPROPOSÉ PAR LECTEURS.COM

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde, 63 ans, se dit « très honorée d’avoir été nominée pour la présidence » de la Banque centrale européenne (BCE).

« Au vu de ce qui précède, et en consultation avec le Comité d’éthique du Conseil d’administration, j’ai décidé de quitter provisoirement mes fonctions de DG (directrice générale) du FMI durant la période de nomination », a-t-elle ajouté dans un tweet.

Pour l’heure, l’institution de Washington n’a pas indiqué qui pourrait la remplacer pendant cette période. Cela pourrait être le numéro 2, David Lipton.

Les dirigeants européens se sont entendus mardi sur leur casting pour diriger l’Union européenne, qui verra deux femmes aux postes-clés: une ministre allemande, Ursula von der Leyen, à la Commission, et la Française Christine Lagarde à la BCE.

Première femme à piloter le prestigieux cabinet d’avocats d’affaires Baker McKenzie, première à occuper le poste de ministre français de l’Economie et des Finances (2007-2011) sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Mme Lagarde avait été nommée directrice générale du Fonds monétaire international en 2011 avant d’être reconduite dans ses fonctions en juillet 2016. Son second mandat devait s’achever en 2021.

(Avec AFP)

https://www.challenges.fr/monde/europe/commission-europeenne-ursula-von-der-leyen-choisie-pour-la-presidence_661883#xtor=CS4-92[Commission+Europ%C3%A9enne+%3A+Ursula+von+der+Leyen+choisie+pour+la+pr%C3%A9sidence]-661883

Accord trouvé à Bruxelles sur les nominations clés de l’Union Européenne

Accord trouvé à Bruxelles sur les nominations clés de l’Union Européenne

2 juil. 2019, 19:24

Accord trouvé à Bruxelles sur les nominations clés de l'Union Européenne

© De gauche à droite : Henry Romero / Stephane Mahe / Piroschka van de Wouw / Yuri Gripas (REUTERS)De gauche à droite : Christine Lagarde, Ursula Von der Leyen, Charles Michel, Josep Borrell.

Les dirigeants de l’UE sont parvenus à un accord. L’Allemande Ursula von der Leyen prend la tête de la Commission, et la Française Christine Lagarde celle de la BCE. Le Premier ministre belge Charles Michel prend la présidence du Conseil Européen.

Les dirigeants européens se sont entendus le 2 juillet sur leur casting pour diriger l’Union européenne, qui verra deux femmes aux postes clés : une ministre allemande, Ursula von der Leyen, à la Commission, et la Française Christine Lagarde à la Banque centrale européenne.

L’actuel Premier ministre libéral belge Charles Michel hérite lui de la présidence du Conseil européen, tandis que le poste de Haut représentant pour les Affaires étrangères est confié au ministre socialiste espagnol Josep Borrell.

Cité par Reuters, le désormais ancien président du Conseil européen Donald Tusk s’est réjoui d’une parfaite égalité des genres dans cette nouvelle équipe. «L’Europe est une femme», a-t-il résumé.

Du FMI à la BCE pour Christine Lagarde

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde se dit «très honorée d’avoir été nominée pour la présidence» de la Banque centrale européenne (BCE).

Première femme à piloter le prestigieux cabinet d’avocats d’affaires Baker McKenzie, première à occuper le poste de ministre français de l’Economie et des Finances (2007-2011) sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde avait été nommée directrice générale du Fonds monétaire international en 2011 avant d’être reconduite dans ses fonctions en juillet 2016. Son second mandat devait s’achever en 2021.Voir l’image sur Twitter

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Donald Tusk@eucopresident1 84719:04 – 2 juil. 20191 911 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

Une ministre allemande controversée à la tête de la Commission européenne

Pour prendre la tête de la Commission, le nom de l’actuelle ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen avait été proposé par le président français Emmanuel Macron.

La candidature de l’Allemande, qui a occupé plusieurs postes ministériels, avait reçu dans l’après-midi du 2 juillet le soutien des quatre pays du Groupe de Visegrad (Hongrie, Slovaquie, République tchèque, Pologne).

Proche d’Angela Merkel, Ursula von der Leyen, arrive à Bruxelles avec un bilan controversé au ministère de la Défense, mais forte d’une image d’européenne convaincue et de polyglotte.

Soutenue par le président français Emmanuel Macron, avec lequel elle affichait sa bonne entente au salon international aéronautique du Bourget en juin, cette francophile est appréciée par Paris, notamment du fait d’une bonne coopération sur les questions de défense franco-allemande. 

A la tête de l’armée allemande depuis près de six ans, cette femme de 60 ans fut un temps considérée comme la dauphine toute désignée de la chancelière, qui l’a nommée ministre dans chacun de ses quatre gouvernements (2005-2019).

Une série de scandales ont cependant éclaboussé la Bundeswehr et son ministère depuis : matériel obsolète, sous-investissements, experts surpayés, essor de l’extrême droite dans les rangs… Si bien que le verdict des Allemands est dur : selon un sondage récent du quotidien Bild, elle est considérée comme l’un des deux ministres les moins compétents du gouvernement.Voir l’image sur Twitter

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Donald Tusk@eucopresident2 20919:03 – 2 juil. 20192 651 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

Charles Michel, un Premier ministre pour prendre la présidence du Conseil européen

A la présidence du Conseil européen, Charles Michel, actuel Premier ministre belge de 43 ans, est un libéral, francophone, qui a rapidement gravi les échelons, après une arrivée précoce en politique dans l’ombre de son père, l’ancien commissaire européen Louis Michel. Bon néerlandophone, il a accepté il y a cinq ans de gouverner en coalition avec la N-VA (nationalistes flamands) un parti qui prône dans ses statuts l’indépendance de la Flandre.Voir l’image sur Twitter

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Critique de Donald Trump, Josep Borrel va piloter la diplomatie européenne

Au poste de chef de la diplomatie européenne, le socialiste espagnol Josep Borrell, 72 ans, est un Catalan fermement anti-indépendantiste. Peu adepte de la langue de bois, Josep Borrell a été très actif ces derniers mois sur le dossier vénézuélien et s’est montré régulièrement critique de l’administration Trump.Voir l’image sur Twitter

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Lire aussi : Postes clés de l’UE : les Européens peinent à s’entendre, Macron déplore «une image pas sérieuse»

International

https://francais.rt.com/international/63571-accord-trouve-sur-nominations-cles-union-europeenne?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications

UE: Macron propose la ministre allemande de la Défense pour la Commission

UE: Macron propose la ministre allemande de la Défense pour la Commission

Par Challenges.fr le 02.07.2019 à 08h05, mis à jour le 02.07.2019 à 14h35

Les chefs d’Etat et de gouvernement européens tentent de se mettre d’accord sur la désignation des nouveaux dirigeants aux postes clés de l’UE.

Commission européenne

Les 28 n’ont pas réussi à s’accorder sur le quartet des postes clés de l’UE: présidence de la Commission européenne, du Conseil, du Parlement, Haut représentant pour les affaires étrangères.EMMANUEL DUNAND / AFP

Emmanuel Macron a proposé lundi soir à Angela Merkel de désigner Ursula von der Leyen, actuelle ministre allemande de la Défense, pour la présidence de la Commission européenne, a indiqué à l’AFP une source européenne. Cette proposition fait partie des options envisagées, a ajouté cette source. Selon le quotidien allemand Die Welt paru mardi, le président du Conseil, Donald Tusk, aurait également proposé le nom de cette ministre de droite, membre du PPE.PUBLICITÉinRead invented by Teads

Le président français a également proposé à la chancelière allemande la Française Christine Lagarde, actuellement directrice générale du FMI, comme présidente de la BCE, a ajouté cette même source. Mme Merkel n’est pas contre, a-t-elle continué.

Les 28 dirigeants de l’UE sont réunis à Bruxelles pour choisir les nouveaux dirigeants de l’Union, dont celui ou celle qui présidera la Commission. Ils se retrouvaient dès 11h00 (09h00 GMT) à Bruxelles, qu’ils ont quitté lundi après 18 heures de négociations infructueuses.

Les 28 n’ont pas réussi à s’accorder sur le quartet des postes clés de l’UE: présidence de la Commission européenne, du Conseil, du Parlement, Haut représentant pour les affaires étrangères. Autant de postes à renouveler après les élections de mai, qui ont vu le tandem PPE (droite) et social-démocrate perdre le contrôle de la majorité qu’il détenait au Parlement européen.

Dimanche, un compromis soutenu par l’Allemagne, la France, l’Espagne et les Pays-Bas était pourtant en passe de faire consensus: le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans pour la Commission, l’Allemand Manfred Weber, chef de file du PPE, pour le Parlement et un couple PPE-libéral pour le Conseil et le Haut représentant.

En outre, la France pouvait, elle, demander la gouvernance de la BCE. Pour une femme, parité oblige. Une nomination pour 8 ans sur un poste qui arrive également à échéance. Mais ces arrangements entre amis, fût-ce par le couple franco-allemand, ne suffisent plus pour emporter l’adhésion d’Européens divisés.

Blocage de petits pays

Une partie du PPE refuse le compromis Macron-Merkel qui prive son chef de file Manfred Weber de la présidence de la Commission. D’autres pays ont rejeté une combinaison conclue sans eux. Proche dans la nuit, l’accord a été bloqué par de petits pays, selon une source européenne: Irlande, Lettonie, Croatie et plusieurs pays de l’est du « groupe de Visegrad » qui s’estimaient insuffisamment représentés.

Vers midi, le sommet a été interrompu avec un nouveau rendez-vous le lendemain matin, rare décision qui contraint 28 chefs d’Etat et de gouvernement à chambouler leur agenda. Fatigué après une semaine au Japon, Emmanuel Macron s’est emporté contre cet « échec », conscient que cet aveu d’impuissance allait à l’encontre de son ambition d’une UE plus forte.

« Cela donne une très mauvaise image de l’Europe, une image pas sérieuse », « pas crédible au plan international », a-t-il fustigé, regrettant « des heures passées en palabres » qui transforment l’UE en « un club de 28 qui se réunit sans jamais se décider ». Il en a profité pour réclamer une réforme de la gouvernance pour que l’UE ne soit plus « l’otage de petits groupes ».

Angela Merkel a au contraire cherché à minimiser le report, estimant que prendre son temps valait la peine pour éviter « cinq ans de tensions » en raison de mauvais choix.

Effet domino

La situation n’est pas pire qu’en 2014, où il avait fallu trois sommets pour attribuer la présidence de la Commission à Jean-Claude Juncker (PPE) et celle du Parlement à Martin Schulz, chef de file des sociaux-démocrates. Un quatrième sommet fin août avait porté sur le poste de président du Conseil et de Haut représentant.

Les consultations se sont poursuivies lundi soir entre les 28 ainsi qu’entre groupes politiques à Strasbourg, où le nouveau Parlement ouvre sa session ce mardi. Emmanuel Macron et Angela Merkel ont tous deux dit espérer un accord rapide mardi matin. Selon une source européenne, un compromis pourrait être trouvé sur le casting Timmermans-Weber.

Si les 28 échouaient de nouveau mardi à s’accorder sur des noms qui doivent respecter des équilibres géographiques, politiques et femmes/hommes, un effet domino risque de se faire sentir jusqu’à Strasbourg.

Les eurodéputés pourraient en effet choisir de retarder l’élection de leur président, l’une des variables de l’équation de Bruxelles.

(Avec AFP)

https://www.challenges.fr/monde/europe/ue-nouvelle-tentative-pour-choisir-la-nouvelle-equipe-dirigeante_661710

Accord commercial avec le Mercosur : l’agriculture européenne est-elle en danger ?

Agriculture

Accord commercial avec le Mercosur : l’agriculture européenne est-elle en danger ?

Un échange passé entre l’UE et les pays du Mercosur prévoit que 92% des taxes sur les produits sud-américains importés par l’Europe disparaîtront. De quoi inquiéter les agriculteurs européens. 

Eco Menanteau Christian MenanteauITUNESRSS

Accord commercial avec le Mercosur : l’agriculture européenne est-elle en danger ?Crédit Image : Christof STACHE / AFP | Crédit Média : RTL | Date : 01/07/2019

La page de l’émission

Christian Menanteau
Christian Menanteauédité par Cassandre Jeannin

PUBLIÉ LE 01/07/2019 À 10:29

La Commission européenne de Bruxelles vient, in extremis, de signer un accord commercial de grande ampleur avec les pays du Mercosur c’est-à-dire d’Amérique du Sud. L’encre n’est pas sèche que les polémiques enflent déjà. Cet accord historique concerne une centaine de milliards d’échanges entre les deux blocs et prévoit que 91% des taxes sur les produits européens vers le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay disparaîtront. 

Pour l’Union européenne, cela concerne prioritairement l’automobile allemande, les machines industrielles allemandes, la chimie allemande et l’habillement français avec un volet agricole en faveur des vins et alcools ou du chocolat par exemple. Le tout sera couronné par une promesse de protection de 357 appellations d’origine contrôlée, principalement sur les produits français et italiens. En échange, 92% des taxes qui frappent les exportations de ces quatre pays vers l’Union européenne seraient effacées.

La grosse aspérité de ce dossier ce sont les secteurs concernés par cet échange. L’UE s’ouvre en grand aux productions agricoles sud-américaines qui touchent des filières extrêmement sensibles : bovin, volaille et sucreCe sont des secteurs en grande difficulté, surtout en France. Ces pays piétinent l’accord de Paris sur le climat, déforestent sans état d’âme et ne répondent pas aux mêmes normes sociales et sanitaires que l’Union. Importer des viandes blanches et rouges produites à 10.000 kilomètres avec forces antibiotiques et grains arrosés de chimie, ne va pas encourager nos paysans à se lancer dans une agriculture plus vertueuse. 

Les agriculteurs français sont-ils les plus pénalisés ?

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Des vignes (illustration)

Ce n’est pas un sujet simplement franco-français mais l’agriculture française reste très parcellisée et ses éleveurs sont les plus mal lotis du secteur agricole avec seulement 12 à 15.000 euros de revenus annuels. Les consommateurs français privilégient toujours le prix et nos circuits n’ont pas assez de race de viande noble. Ceci explique qu’ils aient des difficultés à monter en gamme. 

L’irruption de la viande argentine risque d’être difficile à digérermême si la Commission prévoit 1 milliard d’euros pour étaler le choc. Le dossier a été engagé sous la première présidence de Jacques Chirac et aujourd’hui on se demande s’il faut se féliciter de la constance ou déplorer l’aveuglement de la Commission parce que tout change autour de nous. 

https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/accord-commercial-avec-le-mercosur-l-agriculture-europeenne-est-elle-en-danger-7797956882

Trump se prépare-t-il à une guerre commerciale contre l’UE ? « Les Européens sont pires que la Chine »

Trump se prépare-t-il à une guerre commerciale contre l’UE ? « Les Européens sont pires que la Chine »

 Dominique Dewitte  28 juin 2019 3 minutes read

Le président américain Donald Trump à son arrivée à Osaka pour la réunion du G20
 Getty Images

Le président américain Trump est arrivé au Japon jeudi pour la réunion annuelle du G20 qui se tiendra cette année à Osaka. Peu avant son départ, il a été interviewé à Fox Business par la présentatrice Maria Bartiromo. Le passage de Trump a duré 47 minutes et a de nouveau donné une série de citations remarquables. Une série de leaders mondiaux qui se rendront ce vendredi à Osaka n’ont pas été épargnés.

Après avoir d’abord discuté du dossier chinois et du différend commercial, Trump est passé au Japon, le pays hôte :

« Le Japon peut regarder l’attaque d’une télévision Sony »

« Nous avons un traité avec le Japon. Si le Japon est attaqué, nous participerons à la troisième guerre mondiale. Nous irons là-bas, les protégerons et risquerons nos vies. Nous allons nous battre, d’accord ? Mais si nous sommes attaqués, le Japon n’a rien à faire du tout. Il pourra regarder l’attaque que nous subirons sur une télé Sony. »

Puis il est passé à l’Allemagne :

« L’Allemagne est un pays défaillant »

« L’Allemagne profite énormément de nous. Qu’est ce que vous dites de ça ? L’Allemagne paye – l’OTAN concerne la Russie, n’est-ce pas ? Défendre l’Europe contre la Russie, voilà de quoi il s’agit. Mais l’Allemagne paye des milliards et des milliards à la Russie pour l’énergie. Ils donnent donc des milliards à la Russie et nous sommes supposés défendre l’Allemagne et l’Allemagne est malhonnête.  »

De l’Allemagne à l’Europe, il n’y avait qu’un pas :

« L’UE a été créée pour tirer parti des Etats-Unis »

« Oh oui, l’Europe est… L’Europe nous traite encore plus mal que la Chine. L’Europe, croyez-moi, écoutez, je viens d’Europe, nous en venons, vous venez d’Europe. Vous venez de nations européennes. [Bartiromo est d’origine américano-italienne, ndlr]. Les pays européens ont été établis pour tirer parti des États-Unis. Elle [l’UE] a été créé pour le commerce et pour profiter de nous, et c’est ce qu’ils font. »

« Vous savez, ils l’ont fait très intelligemment. Et ils ont Draghi, qui est… nous devrions avoir Draghi à la place de notre responsable de la FED. Draghi comme vous savez a déclaré la semaine dernière qu’il allait baisser les taux d’intérêt pour stimuler l’économie. Ils vont mettre de l’argent dans l’économie, ils vont pomper de l’argent dans l’économie, parce que leur économie est OK, mais pas terrible. »

« Je ne dis pas que l’OTAN est une mauvaise chose, je dis que c’est injuste que l’Europe, que l’Europe nous coûte 180 milliards par an – 181 milliards, d’accord ? »

« Les Européens sont pires que la Chine »

« Les Européens ont profité de nous. Je suis sérieux Pire que la Chine, ils ont des barrières commerciales pires que celles de la Chine. Ils n’achètent pas nos produits, nous achetons leurs produits. Ils nous envoient des voitures, mais ne prennent ppas nos voitures. »

«L’Europe nous a très mal traités. Maintenant, je vais vous dire ce que j’ai. Quand j’ai commencé, j’ai dit à Jean-Claude, c’est un homme fantastique, un homme d’affaires fantastique, un homme d’affaires extrêmement dur. Et puis vous avez une femme en Europe. Je ne mentionnerai pas son nom, mais on pense à elle pour prendre la place de Jean-Claude, car il prend sa retraite, d’une certaine manière. Elle déteste les États-Unis peut-être plus que quiconque que j’aie jamais rencontré. Ce qu’elle fait, ce qu’elle fait à notre pays, elle poursuit toutes nos sociétés en justice. Vous savez, nous devrions également poursuivre Google et Facebook en justice et peut-être que cela se produira, d’accord. Mais regardez Apple, ils poursuivent Apple pour des milliards de dollars. Ils poursuivent tout le monde. Cela fait qu’il est presque impossible de faire des affaires dans deux sens. »

Plus tard dans la journée, Trump a envoyé un tweet sur l’Inde: «J’attends avec impatience mon entretien avec le Premier ministre Modi sur le fait que l’Inde applique depuis des années des droits de douane élevés sur les produits américains et les a récemment augmentés. C’est inacceptable et ces droits de douane doivent être retirés ! »

Donald J. Trump@realDonaldTrump

I look forward to speaking with Prime Minister Modi about the fact that India, for years having put very high Tariffs against the United States, just recently increased the Tariffs even further. This is unacceptable and the Tariffs must be withdrawn!111 k05:47 – 27 juin 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité37,9 k personnes parlent à ce sujet

La femme que Trump ne veut pas nommer : Margrethe Vestager

La femme que Trump ne veut pas nommer est la commissaire danoise Margrethe Vestager. Elle a été officiellement nommée par le gouvernement danois cette semaine pour un nouveau mandat à la CE. C’est important parce que son parti libéral est maintenant dans l’opposition au Danemark. Cependant, selon les experts européens, les chances que Vestager succède à Juncker sont minces. Maintenant que Macron veut se débarrasser du « Spitzenkandidat » allemand Manfred Weber, les autres Spitzenkandidat Timmermans et Vestager sont également menacés d’être écartés. Beaucoup pensent cependant que la nomination de Vestager à la présidence de la Commission européenne ne ferait que donner à Trump le signe que l’Europe ne le laissera pas la berner.

Jean Claude Juncker & Margrethe Vestager

De son côté, l’interview indique que Trump pourrait aussi se préparer à une guerre commerciale contre l’Europe. Les références à Draghi, à Vestager, aux voitures allemandes, au pipeline NordStream…envoient des signaux très clairs. En arrivera-t-on à cela ? Certains ne le pensent pas, car les conséquences pour les marchés boursiers seraient brutales et Trump est connu pour mesurer la santé de l’économie au niveau des bourses. D’autre part, avec Matteo Salvini, Boris Johnson, Andrzej Duda et Viktor Orbàn, Trump aura plusieurs alliés qui n’hésiteront pas à l’aider à saboter la politique étrangère de l’UE.