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Tristes épigones, espoir et sabotages

Tristes épigones, espoir et sabotages

Publié le 13 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisAmérique latine

Lorsque Alexandre le Grand mourut à Babylone, les généraux et compagnons qui avaient participé à l’épopée se disputèrent sa succession. Appelés Diadoques, ils étaient souvent déchirés entre deux visions. Ils avaient été membres à part entière de la formidable aventure et en gardaient une réelle nostalgie, un certain panache, tout en se préparant au nouveau monde qui émergeait : la division de l’empire et la constitution sur ses décombres de royaumes neufs, bien plus modestes. Leurs fils et successeurs, les Épigones, n’avaient pas ces scrupules. Jeunes premiers nés dans la pourpre, n’ayant pas connu la gloire de la conquête alexandrine, ils ne pensaient qu’à se tailler une part raisonnable de l’empire finissant. Cela donna, entre autre, le royaume ptolémaïque d’Egypte, qui finira tout de même en beauté avec la fameuse Cléopâtre.

Il arrive encore parfois que les termes diadoque ou épigone soient utilisés pour analyser une situation politique contemporaine. Cela sous-tend presque toujours une sorte de jugement de valeur, l’épigone n’étant que l’écume du diadoque, lui-même pâle comparaison d’Alexandre. Pour schématiser : De Gaulle > Pompidou > Sarkozy, ou Mitterrand > Jospin > Hollande. Plus dure est la chute…

Le système impérial américain n’est pas exempt de cet abâtardissement et l’actualité nous en donne chaque jour des preuves. Les Chroniques se sont souvent penchées sur le cas de deux des plus grandes âmes damnées de l’empire : Brzezinski, l’éminence grise, et le sénateur McCainistan. On retrouve ces pendards cyniques et géniaux dans tous les mauvais coups de Washington, du soutien aux djihadistes afghans à ceux de Syrie, du rapprochement avec les Khmers rouges au torpillage du South Stream, en passant par un nombre incalculables de guerres, d’invasions et de coups d’Etat. S’ils brûlent sûrement en enfer désormais, ils peuvent toutefois se targuer d’avoir infatigablement mis leur maestria diabolique au service de l’hégémonie US.

Apparemment, le passage de génération a été cruel pour les deux familles… Leurs épigones restent certes sur la même ligne néo-impériale que papa, mais le talent semble s’être complètement évaporé. Nous sommes passés d’une superproduction hollywoodienne, irritante mais bien ficelée, à un navet de troisième partie de soirée.

Mika est la fille de Brzezinski. N’ayant pas la carrure de son père pour élaborer les dangereuses et ingénieuses stratégies de Washington, elle se contente d’être un simple outil de propagande pour la MSN. Présentatrice sur MSNBC, l’un des plus éclatants fleurons de la presstituée, elle s’est fait connaître par un lapsus révélateur il y a deux ans. Alors qu’elle se lançait dans une énième tirade contre le grand méchant Donald, elle n’a pu s’empêcher de laisser échapper : « Trump croit qu’il contrôle ce que pensent les gens, mais ça, c’est notre boulot » :

Meghan McCain est elle aussi partie intégrante des rouages médiatiques. Elle a fait la Une il y a quelques jours en jouant la nunuche éplorée devant les « intolérables » propos d’une députée Démocrate, Ilhan Omar pour ne pas la nommer, sur la puissance du lobby pro-israélien à Washington. De quoi faire couler de chaudes et crocodilesques larmes sur le visage de la fifille McCain :

A pleurer… de rire ! Si les pères n’ont rien à redire sur le fond ressassé par leur progéniture (campagne anti-Trump, soutien à Israël et, en toile de fond, évidemment, russophobie primaire et constante), ils doivent quand même se prendre la tête à deux mains devant une telle niaiserie et un manque de brio aussi flagrant.

Tout comme ils doivent sentir les gouttes de sueur perler sur leur front devant la montée en puissance de Tulsi. Nous avons plusieurs fois évoqué la Représentante d’Hawaï et ses déclarations tonitruantes propres à faire enrager le Deep State. Elle vient de remettre ça en déclarant tout de go et publiquement que la CIA a utilisé l’argent public pour équiper Daech et Al Qaida en Syrie ! Regardez la tête du journalope, ça vaut le détour…

Le pire, c’est que la belle semble sur la pente ascendante. Elle est dans le trio de tête chez les électeurs sans affiliation politique et gagne des points pour la primaire Démocrate, même si elle est encore en retard. Mais quand on sait que le Donald est parti à 2% avant de remporter la manche Républicaine puis, donné perdantface à l’hilarante, a finalement réussi à entrer à la Maison Blanche, l’espoir reste de mise.

Reste à savoir si, même dans l’éventualité qu’elle soit élue, elle pourra résister à l’Etat profond. Ca, c’est une autre paire de manches et l’actuel occupant du Bureau ovale en est une preuve vivante. S’il fait souffler le chaud et l’effroi dans les travées du Deep State, il a indéniablement dû donner des gages à ce dernier. Le cas vénézuélien en est la meilleure illustration.

Il semble que Washington ait passé la vitesse supérieure dans sa tentative de prise de pouvoir à Caracas. C’est très vraisemblablement un sabotage électromagnétique qui a provoqué l’énorme coupure de courant qui a touché le pays en fin de semaine dernière. Chose intéressante, Pékin, qui propose d’ailleurs d’aider Maduro à restaurer l’électricité, parle ouvertement d’attaque cybernétique et accuse indirectement les Etats-Unis. Le plan était d’ailleurs dans les tuyaux du Pentagone depuis quelques années.

Et maintenant, ce sont des usines de retraitement d’eau et des terminaux pétroliers qui, par le plus grand des hasards bien évidemment, se mettent à exploser. Les Follamour de Washington ont une explication toute faite : c’est la corruption des années Maduro qui est responsable de cette « dégradation ». Douce coïncidence, ces catastrophes ont lieu simultanément, les usines, centrales électriques et dépôts pétroliers s’étant sans doute donné le mot pour arrêter de fonctionner en même temps !

La guerre semble déclarée. Après le flop de la pression « humanitaire », les bras cassés américains ont passé la vitesse supérieure et entrepris une campagne de sabotage, tactique quelque peu suicidaire s’ils veulent installer l’auto-proclamé au pouvoir. La ficelle est en effet tellement grosse que leur pion risque de voir sa légitimité torpillée dans la population vénézuélienne. Même les euronouilles, l’air gêné, préfèrent regarder ailleurs, c’est dire…

***

Un immense merci à tous ceux, très nombreux, qui ont eu l’extrême gentillesse de faire un don et de l’accompagner d’ailleurs de messages très touchants. Cela représente beaucoup plus que de l’argent, c’est une reconnaissance magnifique de, j’ose le mot, la qualité des Chroniques. Soyez-en, du fond du cœur, remerciés, chers amis et lecteurs.

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Venezuela : 57% de la population affirme que Maduro est le président légitime

Venezuela : 57% de la population affirme que Maduro est le président légitime


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 11 février 2019

La légitimité d’un dirigeant peut être mieux déterminée en interrogeant les gouvernés.

La firme de sondage indépendante vénézuélien Hinterlaces a interrogé directement 1 580 Vénézuéliens pour savoir qui ils considéraient comme le président légitime du Venezuela.

57% ont déclaré que Nicolás Maduro était le président légitimé. 32% ont déclaré Juan Guaidó. 11% ne savaient pas ou n’ont pas répondu.

Le service de recherche scientifique réputé du Bundestag allemand a indiqué que la reconnaissance, par l’étranger, d’un président ne confère pas de légitimité. La légitimité d’un président exige qu’il dispose de capacités effectives au niveau exécutif dans le pays. Tant que cela n’est pas établi, une reconnaissance doit être considérée comme une ingérence dans les affaires intérieures du pays étranger. Une telle ingérence, commise par les gouvernements allemand et autres, est incompatible avec le droit international.

Alfred-Maurice de-Zayas, professeur de droit international et avocat de longue date aux Nations Unies, confirme cette opinion. Il écrit :

Les membres des Nations Unies sont liés par la Charte. Les articles 1 et 2 affirment le droit de tous les peuples à se déterminer eux-mêmes, l'égalité souveraine des États, l'interdiction du recours à la force et de l'ingérence économique ou politique dans les affaires intérieures des états souverains.

Pourtant, ces principes fondamentaux d’ordre international sont violés de manière flagrante dans le cas du Venezuela.

En ignorant la volonté du peuple vénézuélien et l’état de droit, les médias américains continuent de fabriquer le consentement pour un changement de régime au Venezuela.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/venezuela-57-de-la-population-affirme-que-maduro-est-le-president-legitime

 

Le rapprochement entre l´Alliance du Pacifique et le Mercosur

Le rapprochement entre l´Alliance du Pacifique et le Mercosur

Les pays membres de l´Alliance du Pacifique (Mexique, Colombie, Pérou et Chili) viennent de signer conjointement avec les Etats du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay)  un plan  d´actions concrètes. Celui-ci vise à renforcer l´intégration régionale et le libre-échange entre ces deux espaces. Ce rapprochement pourrait à terme créer un marché regroupant 79% de la population d´Amérique Latine et 85% de son PIB. Pour le moment, les négociations engagées entre les deux organisations restent embryonnaires. Malgré un contexte favorable dû à une convergence politique entre les 8 pays, les divisions idéologiques intrinsèques des deux structures ralentissent ce processus d´intégration.     

mercosur alliance du pacifique
Une future alliance continentale ?

L´Alliance du Pacifique (2011) et le Mercosur (1991) sont les deux organisations d´intégrations régionales les plus dynamiques du continent sud-américain. Ces dernières ont longtemps été opposées. La première reprochait à la seconde son côté trop politisé et son manque de dynamisme économique. Tandis que le Marché commun du sud considérait l´Alliance comme trop proche des positions nord-américaines. Paradoxalement, le contexte macroéconomique actuel est particulièrement favorable au rapprochement de ces deux entités. En effet, la guerre commerciale dans laquelle s´est engagée le président américain Donald Trump, a poussé les pays sud-américains à adopter diverses stratégies pour dépasser les conséquences du recul protectionniste. L´une d´entre elle est justement de renforcer ses liens de libre-échange et diversifier ses partenaires commerciaux. L’accommodement entre ces deux communautés s´inscrit dans ce mouvement.

Parmi les 8 pays engagés dans ces négociations, seul l´Uruguay est actuellement présidé par un gouvernement ouvertement socialiste. Andres Manuel Obrador, le président mexicain de gauche récemment élu ne prendra ses fonctions qu´en décembre prochain. Par ailleurs, celui-ci n´est pas opposé au  libre-échange, ce qui rompt avec la tradition anti-libérale de la gauche sud-américaine. Le Mercosur et l´Alliance du Pacifique expérimentent ainsi  pour la première fois une convergence politique. L´ouverture commerciale du marché commun sud-américain avaient été longtemps bloquée au nom du protectionnisme latino-américain prôné par l’Argentine de la Présidente Kirchner et le Brésil de la Présidente Rousseff. Or, les deux géants sud-américains, désormais présidés par Macri et Temer, embrassent des doctrines plus libérales. Ces derniers souhaitent attirer de nouveaux  investisseurs et diversifier leurs partenaires commerciaux afin de relever leurs économies en pleine crises structurelles.

Des avancées mais des limites idéologiques

Le document signé par les deux blocs est un plan d´action qui soutient le commerce des biens, la mobilité des personnes et les débouchés des start-ups et des entreprises moyennes. Celui-ci préconise notamment la suppression des barrières douanières et non douanières et davantage de coopération en matière de réglementation. Les négociations tournent actuellement autour de la question de l´abaissement des droits de douanes dans les secteurs sensibles du continent : l´agroalimentaire et l´automobile. L’objectif de ces discussions reste néanmoins clair,  il s´agit de renforcer le libre-échange et le multilatéralisme en Amérique latine.

Pour autant, les deux communautés ont encore beaucoup de chemin à faire pour parvenir à un accord total qui aboutirait à la création d´une zone de libre-échange commune. En effet, les deux blocs ne possèdent pas la même structure et ne se sont pas formées selon les mêmes paradigmes idéologiques. D´un côté l´Alliance du Pacifique est une entité apolitique fondée sur la promotion du libre-échange. Les pays qui composent cette communauté possèdent des accords commerciaux avec plus de 50% des pays du monde. D´un autre côté, le Mercosur est construit selon une idéologie protectionniste et possède des traités avec seulement 15% des Etats du monde. Cette communauté dispose d´une forte identité politique axée sur la défense des intérêts sud-américains. Ce manque de complémentarité intrinsèque pourrait ralentir ce processus de régionalisation. Malgré ces nombreux défis, les 8 Etats ont promis de se réunir tous les 6 mois pour se tenir au courant de leurs avancées et planifier de nouveaux plans. A terme, une zone d´intégration commune  réunissant la majorité des pays sud-américains pourrait voir le jour.

About Vincent VEAUCLIN

Vincent Veauclin est étudiant à Sciences Po Saint Germain en Laye. Passionné par la géopolitique latino-américaine. Il est rédacteur aux Yeux du Monde depuis 2018.