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WASHINGTON N’EST PAS CONTENT DE LA CHINE NOUVELLE EN AMÉRIQUE CENTRALE

WASHINGTON N’EST PAS CONTENT DE LA CHINE NOUVELLE EN AMÉRIQUE CENTRALE

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25.04.2019

Alors qu’il apparaît clairement que le soutien de l’administration Trump, jusqu’ici infructueux, au changement de régime au Venezuela vise également à viser l’énorme présence financière de la Chine auprès du régime de Maduro, la nouvelle récente d’un succès pétrolier majeur dans les eaux cubaines va clairement s’intensifier les tensions géopolitiques. Et cela ne concerne pas seulement le Venezuela, la Guyana et le Brésil.

La société pétrolière publique chinoise CNPC, par l’intermédiaire de sa filiale Great Wall Drilling, a commencé à prospecter du pétrole au large des côtes cubaines dans le cadre d’une coentreprise avec la société pétrolière publique cubaine Petroleum Company (CUPET), selon un rapport publié le 16 avril dans le pays l’agence de presse d’Etat chinoise, Xinhua. Great Wall se consacre à l’exploration pétrolière à Cuba depuis 2005, mais c’est le résultat le plus prometteur à ce jour. La technologie de forage avancée de CNPC a ouvert pour la première fois la perspective de l’exploitation pétrolière majeure au large de Cuba  .

La nouvelle intervient alors que les sanctions prises par Washington visent les revenus pétroliers du Venezuela et ses accords visant à approvisionner Cuba en pétrole à faible coût. Alors que le gouvernement Maduro continue d’insister pour que le pétrole soit livré à Cuba en dépit des sanctions, il est clair que la sécurité de l’approvisionnement devient plus risquée et que l’approvisionnement diminue.

Le 21 avril, le conseiller américain à la Sécurité nationale, John Bolton, a annoncé que Washington appliquerait une loi sur les sanctions inutilisée, qui permet aux tribunaux américains de poursuivre en justice les étrangers utilisant des biens saisis par le régime communiste. Bien que l’on ne sache pas à quel point cela va frapper Cuba, cela va clairement décourager les entreprises étrangères qui cherchent à investir à Cuba.

Cuba est réputée avoir fourni une assistance militaire à grande échelle ainsi que des milliers de médecins et de personnel médical cubains pour appuyer la présidence de Maduro au Venezuela. La présence de la Chine dans les deux pays est un motif moins connu et peut-être un motif caché derrière la déclaration de Bolton.

La présence chinoise à Cuba

Les détails des prêts chinois à l’économie cubaine sont classés secret d’État et ne sont pas divulgués. De toute évidence, Pékin a discrètement accru sa présence dans l’île des Caraïbes, un pays qui, pendant la guerre froide, était devenu un proche allié des Soviets, les mettant alors en contradiction avec la Chine. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique, malgré plusieurs tentatives de sociétés russes telles que Norilsk Nickel de s’implanter à nouveau à Cuba, les contraintes financières ont empêché toute nouvelle présence russe forte.

La Chine ne semble pas avoir de tels problèmes et investit dans un certain nombre de domaines clés de l’économie de libéralisation de Cuba. Depuis la libéralisation du commerce à Cuba au cours des deux dernières années, la Chine a vendu à Cuba des bus Yutong, des camions Sinotruk, des tracteurs YTO, des voitures Geely, des appareils électroménagers Haier ainsi que 100 locomotives de chemin de fer.

Huawei est en train de construire des points d’accès Internet sur l’île et des discussions sont en cours, sans résultat à ce jour, pour un investissement chinois de 600 millions de dollars dans une joint-venture sino-cubaine à l’usine de traitement de nickel Cuban de Las Camariocas qui n’a pas été finalisée par les Soviétiques. Cuba possède les troisièmes plus grandes réserves de nickel au monde. En 2017, Haier a ouvert une usine d’assemblage d’ordinateurs cubaine d’une capacité annuelle de 120 000 ordinateurs portables et tablettes ainsi qu’un terminal de conteneurs pour navires, Santiago de Cuba, financé par un prêt de développement chinois de 120 millions de dollars  .

Actuellement, Beijing est le principal partenaire commercial de Cuba et le plus important créancier de La Havane. Cuba importe d’importantes quantités de riz chinois, ainsi que des milliers de touristes chinois, une activité qui rapporte à Cuba environ 2 milliards de dollars par an. Le sucre et le nickel sont les deux principaux produits cubains expédiés en Chine dans un déséquilibre commercial favorable à la Chine.

Si la Chine exploite maintenant d’importantes ressources pétrolières offshore à Cuba, leur présence augmentera considérablement et le déclin du pétrole vénézuélien vers Cuba comme une sorte de paiement de troc pour le soutien militaire, médical et autre, sera atténué. Jusqu’à présent, le russe Rosneft a comblé le déficit d’importation de pétrole pour Cuba.

Une Caraïbe chinoise?

La Chine est également bien établie en tant que principal créancier étranger vis-à-vis du Venezuela. Selon certaines estimations, sa dette pourrait atteindre 61 milliards de dollars. Le pétrole vénézuélien est clairement au cœur de la relation, mais il semblerait que les sociétés chinoises cherchent également à exploiter des ressources inexploitées en or et en coltan. Depuis les déclarations de Washington en faveur de Guaido, la Chine a défendu avec brio la défense de Maduro, ce qui est inhabituel pour un État qui prétend ne jamais être impliqué dans la politique locale.

Les détails de l’ampleur des investissements chinois au Venezuela n’étant pas clairement définis, la Chine a également établi une présence majeure en Guyana, pays voisin, depuis 2018 en accueillant officiellement la petite ancienne colonie britannique dans l’Initiative Belt, Road, parfois appelée Nouvelle route économique de la soie en Chine. C’est en effet bien loin d’un projet d’infrastructure original de Beijing, dévoilé pour la première fois par Xi Jinping au Kazakhstan en 2013, qui proposait de relier toute l’Eurasie de l’océan Indien à l’Atlantique par un double réseau de ports à conteneurs en eau profonde et de lignes à grande vitesse. Au fur et à mesure de son évolution, la China BRI développe clairement une perspective mondiale, qui commence clairement à déstabiliser certains à Washington.

En Guyane, des sociétés et des fonds chinois établissent actuellement une liaison routière entre Manaus, dans le nord du Brésil, via la Guyana, ce qui permettra au Brésil d’accéder plus efficacement au canal de Panama en coupant des milliers de  kilomètres  de la voie de navigation. Des pourparlers seraient également en cours pour que la Chine construise un port en eau profonde sur la côte nord de la Guyana, afin de relier l’autoroute de la Chine à la région amazonienne du Brésil, limitrophe du Venezuela et de ses vastes richesses minérales inexploitées. Les Guyanais disent que le port routier profitera beaucoup plus à la Chine qu’à la Guyane. En tout état de cause, cela permettrait un transport efficace des navires d’Amazonie par le canal de Panama en direction de la Chine.

Et le Panama…

Si nous ajoutons à la présence économique discrète mais croissante de la Chine à Cuba, au Venezuela et au Guyana, les récentes actions de Pékin dans le canal stratégique du Panama commencent à expliquer en partie l’inquiétude croissante de Washington face aux développements au Venezuela et à Cuba.

En 2016, le groupe chinois Landbridge Group a acheté le port d’île de Margarita au Panama, dans la zone franche de Colón, le plus grand port situé du côté atlantique du canal, offrant à la société chinoise un accès intime à l’un des plus importants centres de distribution de marchandises au monde. Ils ont réalisé une expansion importante depuis qu’ils ont utilisé la société publique China Communication Construction Corp., aujourd’hui la plus grande société d’infrastructure et d’ingénierie du  monde.

Déjà en 1997, le Chinois Hutchinson Whampoa avait pris le contrôle des ports de Balboa et Cristobal construits par les États-Unis dans le cadre d’un contrat de 50 ans. Aujourd’hui, Hutchison Whampoa appartient à Cheung Kong Holdings de la famille du milliardaire chinois Li Ka Shing.

En 2017, le Panama a provoqué un choc à Taiwan et à Washington et a retiré sa reconnaissance antérieure à Taiwan en faveur de Beijing. Début avril, le président du Panama, Juan Carlos Varela, était en Chine pour discuter de son adhésion officielle à la BRI. En décembre 2018, le Chinois Xi Jinping a également effectué une visite officielle au Panama. Pékin a placé le Panama en tête de ses priorités. Les produits chinois sont les deuxièmes en volume après ceux des États-Unis empruntant le canal.

Outre le fait que la Chine possède des ports de conteneurs vitaux au Panama, tels que le port de l’île de Margarita, la Chine propose de construire une ligne ferroviaire à grande vitesse de 4,1 milliards de dollars, reliant Panama City à sa frontière avec le Costa Rica, sous la  rubrique  Belt and Road. .

Au fur et à mesure que ces relations se développent, le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador a déclaré qu’il envisageait de rejoindre Belt and Road.

Dans ce contexte stratégique, on comprend mieux pourquoi Washington commence à réagir plus fortement dans son arrière-pays, l’Amérique centrale, en invoquant la doctrine Monroe du XIXe siècle, une coquille vide de rhétorique. Ce qui manque cruellement, c’est une série d’initiatives économiques positives lancées par Washington pour aider ces pays à développer des infrastructures essentielles en Amérique centrale et en Amérique du Sud, ce qui constitue un changement radical par rapport à la diplomatie Gunboat Diplomacy. Si cela devait commencer, le climat dans la région pourrait devenir beaucoup plus favorable à la coopération avec Washington.

 

« Nouvelles perspectives orientales »

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Les États-Unis ont contribué à enfoncer le Venezuela dans le chaos et la politique de changement de régime de Trump garantira la persistance de cette situation. Par Mark Weisbrot

 

22.avril.2019 // Les Crises

Les États-Unis ont contribué à enfoncer le Venezuela dans le chaos et la politique de changement de régime de Trump garantira la persistance de cette situation. Par Mark Weisbrot

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Source : The Intercept, Mark Weisbrot, 02-02-2019

Washington essaie de renverser le gouvernement du Venezuela depuis au moins 17 ans, mais l’administration Trump se montre nettement plus agressive que les précédentes. La semaine passée, les responsables de l’administration sont passés à la vitesse supérieure en donnant leur aval à celui qu’ils ont choisi pour succéder au président vénézuélien Nicolas Maduros Moros avant même tout coup d’état. Juan Guaido, 35 ans, membre du congrès vénézuélien s’est proclamé président, et l’administration Trump, comme les gouvernements alliés, l’ont immédiatement reconnu comme tel – selon un plan arrangé à l’avance.

Il est évident que le Président Trump vise un changement de régime ; son administration ne s’en cache même pas. Et ses alliés, comme le vice président Mike Pence et le sénateur Marco Rubio, républicain de l’état de Floride, l’ont clairement annoncé.

Il serait très fâcheux de continuer dans cette voie. Les politiques de Trump ont non seulement aggravé les souffrances des vénézuéliens mais elles ont, en plus, rendu quasiment impossible pour le pays de sortir de la dépression économique et de l’hyperinflation.

Une résolution négociée du conflit politique au Venezuela est nécessaire, mais l’implication de l’administration de Trump dans le renversement illégal du régime en place exclut cette option.

Une résolution négociée du conflit politique au Venezuela est nécessaire, mais l’implication de l’administration de Trump dans le renversement illégal du régime en place exclut cette option. Pire même, la stratégie manifeste de Trump est d’accentuer les souffrances par des sanctions – dont la plupart n’ont été qu’annoncées – jusqu’à ce qu’une partie de l’armée initie un coup de force pour instaurer un nouveau régime pro-Washington.

La régularité des élections présidentielles de 2018, boycottées par l’opposition, reste à débattre, mais les problèmes principaux de la stratégie de renversement de régime découlent d’autres considérations. Le Venezuela est un pays divisé et renverser le gouvernement, même sans l’implication de Washington, ne ferait qu’augmenter cette polarisation et les risques de violences ou même de guerre civile.

Prenons l’exemple du Nicaragua, où en 1990 les Sandinistes de gauche et leurs opposants soutenus par les U.S.A. acceptèrent de résoudre leurs désaccords par une élection. Les parties ont dû accepter certaines conditions pour que les perdants ne soient pas persécutés : les Sandinistes gardèrent l’armée sous contrôle après leur échec aux élections, et la paix a été préservée.

Ce genre de compromis nécessaire serait impossible sous la stratégie de changement de régime entreprise par l’administration Trump.

Le Venezuela est politiquement polarisé et il l’est depuis que Hugo Chavez a été élu président en 1998 et qu’il a lancé sa Révolution bolivarienne. La tentative de coup d’état militaire par l’opposition contre Chavez en 2002, soutenue et encouragée par des cadres de l’administration Bush, ainsi que la volonté vacillante de l’opposition à accepter les résultats d’élections démocratiques les années suivantes ont préparé le terrain pour de longues années de défiance.

La polarisation politique du Venezuela interagit avec un schisme profond qui se retrouve dans pratiquement toute la société de l’Amérique latine : une division selon les classes et les races. Presque partout dans les Amériques, les deux sont corrélées. Cette dernière décennie, il a été facile de deviner, dans les manifestations, en s’attachant simplement aux vêtements et aux nuances du teint des participants si ceux-ci étaient des partisans ou des opposants au gouvernement. Les foules de l’opposition sont visiblement plus blanches et plus aisées que celles des groupes qui soutiennent le gouvernement vénézuélien. Durant les toutes dernières manifestations, les pauvres et les travailleurs de Caracas sont plus souvent intervenus qu’auparavant mais pas assez pour effacer la division de classe et de race entre les Chavistes et l’opposition.

Un autre vecteur de polarisation du Venezuela est la foi dans la souveraineté et l’auto-détermination. Pour les Chavistes, l’indépendance vis-à-vis des USA est centrale et leur gouvernement, quand il en avait les moyens, appliquait des politiques dans son hémisphère tendant vers plus d’indépendance pour toute la région. L’opposition et les ennemis des Chavistes par contre ont collaboré étroitement avec les gouvernements états-uniens durant les deux dernières décennies, comme cela a pu être observé durant la dernière tentative de coup d’état. L’intervention de Washington aggrave la polarisation sur la question de la souveraineté et rend l’opposition suspecte de collaboration avec un pouvoir étranger, un pouvoir qui a historiquement eu un rôle désastreux pour toute la région. Pour juger de l’animosité que cela créerait, il faut penser à ce qui a été généré aux USA par l’interférence russe dans les élections de 2016 et il faut multiplier cela par plusieurs ordres de grandeur.

L’impact polarisant de l’opération de changement de régime de Trump est ce qui la rend si dangereuse.

L’impact polarisant de l’opération de changement de régime de Trump est ce qui la rend si dangereuse. L’inflation annuelle est probablement supérieure à un million de pour cent et l’économie a très probablement diminué de 50 % durant les cinq dernières années. Des millions de personnes ont quitté le pays pour trouver du travail. L’opposition aurait presque certainement gagné les dernières élections présidentielles si elle y avait pris part. (Il faut noter que les USA auraient menacé un candidat de l’opposition, Henri Falcon, de sanctions financières personnelles s’il persistait à poser sa candidature à la présidence.)

Il faut admettre que les politiques économiques gouvernementales ont joué un rôle dans les malheurs du Venezuela mais les sanctions de Trump ont considérablement aggravé les choses depuis août 2017 en détruisant l’industrie pétrolière et en aggravant la pénurie de médicaments, laquelle a tué beaucoup de vénézuéliens. Ces sanctions ont rendu le gouvernement chaviste quasiment incapable de prendre des mesures pour sortir de l’hyperinflation et de la dépression.

Bien que les media américains soient silencieux à ce sujet, il est important de noter que les sanctions de Trump sont, à la fois, violemment immorales – à nouveau, elles tuent – et illégales. Elles sont une violation de la Charte de l’Organisation des États Américains, de celle des Nations Unies et des autres conventions internationales dont les U.S.A. font partie. Ces sanctions violent également les lois des États-Unis puisque, pour pouvoir imposer de telles mesures, le président des USA doit affirmer, et c’est là qu’est l’absurdité, que le Venezuela représente « une menace inhabituelle et extraordinaire à la sécurité nationale » des États-Unis.

Le Venezuela ne pourra pas sortir de cette crise politique avec un camp écrasant l’autre, comme le supposent les promoteurs d’un changement de régime. Le Vatican qui a joué un rôle de médiateur en 2016, l’Uruguay et le Mexique, qui sont restés neutres dans ce conflit politique, ont offert, cette semaine, leur médiation. L’équipe de Trump, qui a une énorme influence sur l’opposition, n’a montré jusqu’à maintenant aucun intérêt pour une solution pacifique.

Source : The Intercept, Mark Weisbrot, 02-02-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/les-etats-unis-ont-contribue-a-enfoncer-le-venezuela-dans-le-chaos-et-la-politique-de-changement-de-regime-de-trump-garantira-la-persistance-de-cette-situation-par-mark-weisbrot/

Pourquoi le Washington Postinvente-t-il un « dégel » entre Trump et Moscou ?

Pourquoi le Washington Postinvente-t-il un « dégel » entre Trump et Moscou ?


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 30 mars 2019

Il est parfois impossible de discerner si les écrivains duWashington Post sont idiots ou saouls.

Dans un article en première page d’aujourd’hui sur l’engagement de la Russie au Venezuela, les trois auteurs écrivent cette phrase :

Au moment où les liens entre l'administration Trump et Moscou se réchauffent, l'implication croissante de la Russie au Venezuela crée un point de tension car cela gêne les efforts des États-Unis pour forcer Maduro à quitter le pouvoir.

Quels sont, s’il vous plaît, les signes montrant que nous sommes dans un « moment où les liens entre l’administration Trump et Moscou se réchauffent » ?
L’article ne contient rien pour soutenir cette affirmation.

Les États-Unis occupent des régions de la Syrie contre la volonté de la Russie. Ils menacent la Russie en positionnant de plus en plus de forces de l’OTAN à ses frontières. Trump a quitté le traité FNI avec la Russie. Il s’est opposé à la Russie partout où il le pouvait. Rien de tout cela n’a changé.

En fait, hier, Bloomberg signalait que les États-Unis sont en train de réfléchir à de nouvelles sanctions contre la Russie pour le coup qu’à monté le MI6 en faisant disparaître Sergueï Skripal :

La Maison-Blanche a reçu une liste de nouvelles sanctions, tant attendues, à prendre contre la Russie, et destinées à punir le Kremlin pour une attaque chimique contre un ancien espion russe au Royaume-Uni, en 2018.

La semaine dernière, la Russie a envoyé une centaine de techniciens militaires et de spécialistes de la cyberdéfense au Venezuela. Ils vont tester et probablement améliorer les systèmes de défense aérienne S-300 du Venezuela. Ils aideront également à vérifier les systèmes de contrôle de la centrale hydroélectrique de Simón Bolívar et du barrage de Guri, qui ont provoqué des coupures d’électricité de grande ampleur au cours du mois dernier. Le Venezuela soupçonne que des cyberattaques américaines sont à l’origine de ces incidents.

Hier encore, l’envoyé spécial de Trump pour le Venezuela, Elliot Abrams, et le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, ont menacé la Russie de sanctions encore plus sévères pour sa présence au Venezuela :

Le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, a reçu une liste d'options pour répondre à la présence croissante de la Russie au Venezuela pour soutenir Maduro, y compris de nouvelles sanctions, a déclaré Elliott Abrams, le représentant spécial des États-Unis au Venezuela.

« Nous avons des possibilités et ce serait une erreur pour les Russes de penser qu'ils ont les mains libres ici. Ce n'est pas le cas », a déclaré M. Abrams à des journalistes du département d'État.

Le président des États-Unis, Donald Trump, a déclaré plus tôt cette semaine que la Russie devait quitter le Venezuela et que « toutes les options » étaient possibles pour forcer la Russie à le faire, après que deux avions de l'armée de l'air russe transportant près de 100 militaires ont débarqué à Caracas.

Le conseiller de Trump pour la sécurité nationale, John Bolton, a émis un deuxième avertissement vendredi dans une déclaration officielle en termes forts.

« Nous déconseillons fortement aux acteurs extérieurs à l'hémisphère occidental de déployer des moyens militaires au Venezuela ou ailleurs dans cet hémisphère, avec l'intention d'établir ou d'étendre des opérations militaires », a dit M. Bolton.

« Nous considérerons ces actes de provocation comme une menace directe à la paix et à la sécurité internationales dans la région. Nous continuerons de défendre et de protéger les intérêts des États-Unis et ceux de nos partenaires de l'hémisphère occidental », a-t-il dit.

Encore une fois, nous nous demandons : quels sont les signes montrant que nous sommes « à une époque où les liens entre l’administration Trump et Moscou sont généralement en train de se réchauffer » ?

Quel est le but d’une telle affirmation ?

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-le-washington-post-invente-t-il-des-liens-qui-se-rechauffent-entre-trump-et-moscou

Tristes épigones, espoir et sabotages

Tristes épigones, espoir et sabotages

Publié le 13 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisAmérique latine

Lorsque Alexandre le Grand mourut à Babylone, les généraux et compagnons qui avaient participé à l’épopée se disputèrent sa succession. Appelés Diadoques, ils étaient souvent déchirés entre deux visions. Ils avaient été membres à part entière de la formidable aventure et en gardaient une réelle nostalgie, un certain panache, tout en se préparant au nouveau monde qui émergeait : la division de l’empire et la constitution sur ses décombres de royaumes neufs, bien plus modestes. Leurs fils et successeurs, les Épigones, n’avaient pas ces scrupules. Jeunes premiers nés dans la pourpre, n’ayant pas connu la gloire de la conquête alexandrine, ils ne pensaient qu’à se tailler une part raisonnable de l’empire finissant. Cela donna, entre autre, le royaume ptolémaïque d’Egypte, qui finira tout de même en beauté avec la fameuse Cléopâtre.

Il arrive encore parfois que les termes diadoque ou épigone soient utilisés pour analyser une situation politique contemporaine. Cela sous-tend presque toujours une sorte de jugement de valeur, l’épigone n’étant que l’écume du diadoque, lui-même pâle comparaison d’Alexandre. Pour schématiser : De Gaulle > Pompidou > Sarkozy, ou Mitterrand > Jospin > Hollande. Plus dure est la chute…

Le système impérial américain n’est pas exempt de cet abâtardissement et l’actualité nous en donne chaque jour des preuves. Les Chroniques se sont souvent penchées sur le cas de deux des plus grandes âmes damnées de l’empire : Brzezinski, l’éminence grise, et le sénateur McCainistan. On retrouve ces pendards cyniques et géniaux dans tous les mauvais coups de Washington, du soutien aux djihadistes afghans à ceux de Syrie, du rapprochement avec les Khmers rouges au torpillage du South Stream, en passant par un nombre incalculables de guerres, d’invasions et de coups d’Etat. S’ils brûlent sûrement en enfer désormais, ils peuvent toutefois se targuer d’avoir infatigablement mis leur maestria diabolique au service de l’hégémonie US.

Apparemment, le passage de génération a été cruel pour les deux familles… Leurs épigones restent certes sur la même ligne néo-impériale que papa, mais le talent semble s’être complètement évaporé. Nous sommes passés d’une superproduction hollywoodienne, irritante mais bien ficelée, à un navet de troisième partie de soirée.

Mika est la fille de Brzezinski. N’ayant pas la carrure de son père pour élaborer les dangereuses et ingénieuses stratégies de Washington, elle se contente d’être un simple outil de propagande pour la MSN. Présentatrice sur MSNBC, l’un des plus éclatants fleurons de la presstituée, elle s’est fait connaître par un lapsus révélateur il y a deux ans. Alors qu’elle se lançait dans une énième tirade contre le grand méchant Donald, elle n’a pu s’empêcher de laisser échapper : « Trump croit qu’il contrôle ce que pensent les gens, mais ça, c’est notre boulot » :

Meghan McCain est elle aussi partie intégrante des rouages médiatiques. Elle a fait la Une il y a quelques jours en jouant la nunuche éplorée devant les « intolérables » propos d’une députée Démocrate, Ilhan Omar pour ne pas la nommer, sur la puissance du lobby pro-israélien à Washington. De quoi faire couler de chaudes et crocodilesques larmes sur le visage de la fifille McCain :

A pleurer… de rire ! Si les pères n’ont rien à redire sur le fond ressassé par leur progéniture (campagne anti-Trump, soutien à Israël et, en toile de fond, évidemment, russophobie primaire et constante), ils doivent quand même se prendre la tête à deux mains devant une telle niaiserie et un manque de brio aussi flagrant.

Tout comme ils doivent sentir les gouttes de sueur perler sur leur front devant la montée en puissance de Tulsi. Nous avons plusieurs fois évoqué la Représentante d’Hawaï et ses déclarations tonitruantes propres à faire enrager le Deep State. Elle vient de remettre ça en déclarant tout de go et publiquement que la CIA a utilisé l’argent public pour équiper Daech et Al Qaida en Syrie ! Regardez la tête du journalope, ça vaut le détour…

Le pire, c’est que la belle semble sur la pente ascendante. Elle est dans le trio de tête chez les électeurs sans affiliation politique et gagne des points pour la primaire Démocrate, même si elle est encore en retard. Mais quand on sait que le Donald est parti à 2% avant de remporter la manche Républicaine puis, donné perdantface à l’hilarante, a finalement réussi à entrer à la Maison Blanche, l’espoir reste de mise.

Reste à savoir si, même dans l’éventualité qu’elle soit élue, elle pourra résister à l’Etat profond. Ca, c’est une autre paire de manches et l’actuel occupant du Bureau ovale en est une preuve vivante. S’il fait souffler le chaud et l’effroi dans les travées du Deep State, il a indéniablement dû donner des gages à ce dernier. Le cas vénézuélien en est la meilleure illustration.

Il semble que Washington ait passé la vitesse supérieure dans sa tentative de prise de pouvoir à Caracas. C’est très vraisemblablement un sabotage électromagnétique qui a provoqué l’énorme coupure de courant qui a touché le pays en fin de semaine dernière. Chose intéressante, Pékin, qui propose d’ailleurs d’aider Maduro à restaurer l’électricité, parle ouvertement d’attaque cybernétique et accuse indirectement les Etats-Unis. Le plan était d’ailleurs dans les tuyaux du Pentagone depuis quelques années.

Et maintenant, ce sont des usines de retraitement d’eau et des terminaux pétroliers qui, par le plus grand des hasards bien évidemment, se mettent à exploser. Les Follamour de Washington ont une explication toute faite : c’est la corruption des années Maduro qui est responsable de cette « dégradation ». Douce coïncidence, ces catastrophes ont lieu simultanément, les usines, centrales électriques et dépôts pétroliers s’étant sans doute donné le mot pour arrêter de fonctionner en même temps !

La guerre semble déclarée. Après le flop de la pression « humanitaire », les bras cassés américains ont passé la vitesse supérieure et entrepris une campagne de sabotage, tactique quelque peu suicidaire s’ils veulent installer l’auto-proclamé au pouvoir. La ficelle est en effet tellement grosse que leur pion risque de voir sa légitimité torpillée dans la population vénézuélienne. Même les euronouilles, l’air gêné, préfèrent regarder ailleurs, c’est dire…

***

Un immense merci à tous ceux, très nombreux, qui ont eu l’extrême gentillesse de faire un don et de l’accompagner d’ailleurs de messages très touchants. Cela représente beaucoup plus que de l’argent, c’est une reconnaissance magnifique de, j’ose le mot, la qualité des Chroniques. Soyez-en, du fond du cœur, remerciés, chers amis et lecteurs.

Venezuela : 57% de la population affirme que Maduro est le président légitime

Venezuela : 57% de la population affirme que Maduro est le président légitime


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 11 février 2019

La légitimité d’un dirigeant peut être mieux déterminée en interrogeant les gouvernés.

La firme de sondage indépendante vénézuélien Hinterlaces a interrogé directement 1 580 Vénézuéliens pour savoir qui ils considéraient comme le président légitime du Venezuela.

57% ont déclaré que Nicolás Maduro était le président légitimé. 32% ont déclaré Juan Guaidó. 11% ne savaient pas ou n’ont pas répondu.

Le service de recherche scientifique réputé du Bundestag allemand a indiqué que la reconnaissance, par l’étranger, d’un président ne confère pas de légitimité. La légitimité d’un président exige qu’il dispose de capacités effectives au niveau exécutif dans le pays. Tant que cela n’est pas établi, une reconnaissance doit être considérée comme une ingérence dans les affaires intérieures du pays étranger. Une telle ingérence, commise par les gouvernements allemand et autres, est incompatible avec le droit international.

Alfred-Maurice de-Zayas, professeur de droit international et avocat de longue date aux Nations Unies, confirme cette opinion. Il écrit :

Les membres des Nations Unies sont liés par la Charte. Les articles 1 et 2 affirment le droit de tous les peuples à se déterminer eux-mêmes, l'égalité souveraine des États, l'interdiction du recours à la force et de l'ingérence économique ou politique dans les affaires intérieures des états souverains.

Pourtant, ces principes fondamentaux d’ordre international sont violés de manière flagrante dans le cas du Venezuela.

En ignorant la volonté du peuple vénézuélien et l’état de droit, les médias américains continuent de fabriquer le consentement pour un changement de régime au Venezuela.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/venezuela-57-de-la-population-affirme-que-maduro-est-le-president-legitime

 

Le rapprochement entre l´Alliance du Pacifique et le Mercosur

Le rapprochement entre l´Alliance du Pacifique et le Mercosur

Les pays membres de l´Alliance du Pacifique (Mexique, Colombie, Pérou et Chili) viennent de signer conjointement avec les Etats du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay)  un plan  d´actions concrètes. Celui-ci vise à renforcer l´intégration régionale et le libre-échange entre ces deux espaces. Ce rapprochement pourrait à terme créer un marché regroupant 79% de la population d´Amérique Latine et 85% de son PIB. Pour le moment, les négociations engagées entre les deux organisations restent embryonnaires. Malgré un contexte favorable dû à une convergence politique entre les 8 pays, les divisions idéologiques intrinsèques des deux structures ralentissent ce processus d´intégration.     

mercosur alliance du pacifique
Une future alliance continentale ?

L´Alliance du Pacifique (2011) et le Mercosur (1991) sont les deux organisations d´intégrations régionales les plus dynamiques du continent sud-américain. Ces dernières ont longtemps été opposées. La première reprochait à la seconde son côté trop politisé et son manque de dynamisme économique. Tandis que le Marché commun du sud considérait l´Alliance comme trop proche des positions nord-américaines. Paradoxalement, le contexte macroéconomique actuel est particulièrement favorable au rapprochement de ces deux entités. En effet, la guerre commerciale dans laquelle s´est engagée le président américain Donald Trump, a poussé les pays sud-américains à adopter diverses stratégies pour dépasser les conséquences du recul protectionniste. L´une d´entre elle est justement de renforcer ses liens de libre-échange et diversifier ses partenaires commerciaux. L’accommodement entre ces deux communautés s´inscrit dans ce mouvement.

Parmi les 8 pays engagés dans ces négociations, seul l´Uruguay est actuellement présidé par un gouvernement ouvertement socialiste. Andres Manuel Obrador, le président mexicain de gauche récemment élu ne prendra ses fonctions qu´en décembre prochain. Par ailleurs, celui-ci n´est pas opposé au  libre-échange, ce qui rompt avec la tradition anti-libérale de la gauche sud-américaine. Le Mercosur et l´Alliance du Pacifique expérimentent ainsi  pour la première fois une convergence politique. L´ouverture commerciale du marché commun sud-américain avaient été longtemps bloquée au nom du protectionnisme latino-américain prôné par l’Argentine de la Présidente Kirchner et le Brésil de la Présidente Rousseff. Or, les deux géants sud-américains, désormais présidés par Macri et Temer, embrassent des doctrines plus libérales. Ces derniers souhaitent attirer de nouveaux  investisseurs et diversifier leurs partenaires commerciaux afin de relever leurs économies en pleine crises structurelles.

Des avancées mais des limites idéologiques

Le document signé par les deux blocs est un plan d´action qui soutient le commerce des biens, la mobilité des personnes et les débouchés des start-ups et des entreprises moyennes. Celui-ci préconise notamment la suppression des barrières douanières et non douanières et davantage de coopération en matière de réglementation. Les négociations tournent actuellement autour de la question de l´abaissement des droits de douanes dans les secteurs sensibles du continent : l´agroalimentaire et l´automobile. L’objectif de ces discussions reste néanmoins clair,  il s´agit de renforcer le libre-échange et le multilatéralisme en Amérique latine.

Pour autant, les deux communautés ont encore beaucoup de chemin à faire pour parvenir à un accord total qui aboutirait à la création d´une zone de libre-échange commune. En effet, les deux blocs ne possèdent pas la même structure et ne se sont pas formées selon les mêmes paradigmes idéologiques. D´un côté l´Alliance du Pacifique est une entité apolitique fondée sur la promotion du libre-échange. Les pays qui composent cette communauté possèdent des accords commerciaux avec plus de 50% des pays du monde. D´un autre côté, le Mercosur est construit selon une idéologie protectionniste et possède des traités avec seulement 15% des Etats du monde. Cette communauté dispose d´une forte identité politique axée sur la défense des intérêts sud-américains. Ce manque de complémentarité intrinsèque pourrait ralentir ce processus de régionalisation. Malgré ces nombreux défis, les 8 Etats ont promis de se réunir tous les 6 mois pour se tenir au courant de leurs avancées et planifier de nouveaux plans. A terme, une zone d´intégration commune  réunissant la majorité des pays sud-américains pourrait voir le jour.

About Vincent VEAUCLIN

Vincent Veauclin est étudiant à Sciences Po Saint Germain en Laye. Passionné par la géopolitique latino-américaine. Il est rédacteur aux Yeux du Monde depuis 2018.