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Une analyse dans une tasse de thé

Une analyse dans une tasse de thé


Par Varoujan Sirapian – Le 25 mai 2018

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En prenant l’avion vers Erevan, à la fin du mois de mars, je ne pouvais pas imaginer que j’allais vivre des jours si intenses.

Des jours « historiques » et qui ont duré moins d’un mois. Un mouvement de désobéissance civique, à l’appel de Nikol Pachinian, ex-journaliste, député d’opposition, allait commencer doucement, avec un slogan « Kayl ara, merjir Serjine » (« Fait un pas, récuse Serge »), par une marche partant de Gyumri, deuxième ville d’Arménie, avec une vingtaine de personnes. Puis, par un effet d’« avalanche », plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de personnes – d’abord des jeunes, suivis d’une population de tout âge – allait balayer le Premier ministre Serge Sargsyan nouvellement élu et considéré comme indéboulonnable. Certains ont qualifié ces évènements de « révolution de velours ».


À l’heure où sont écrites ces lignes, personne ne peut prédire ce que sera la situation dans quelques mois. En revanche, une chose est sûre : l’Arménie ne pouvait plus continuer sur cette pente, pas si douce que ça. Une oligarchie mettait en « coupe réglée » le pays, causant une émigration continue, ramenant la population en dessous des 3 millions, barre symbolique et stratégiquement catastrophique. La raison principale de cette émigration était l’injustice, la paupérisation et la perte de substance économique n’arrivant qu’en deuxième position dans les causes de cette émigration massive.

Ici comme dans d’autres cas – je pense aux récentes élections en Italie – certains analystes, se sont plu à échafauder des scénarii noircis, sans laisser le temps au nouveau gouvernement de faire ses preuves.

Dans son texte intitulé « Une révolution dans une tasse de thé », publié sur le site du Club Orlov et repris par « Le Saker francophone », Monsieur Orlov commet plusieurs graves erreurs. La première est de situer dans le temps le Royaume d’Ourartou, qui a précédé l’Arménie, vers 9000 ans avant J.-C. !

La seconde erreur commise par Monsieur Orlov, beaucoup plus grave, pour ne pas dire « insultante »m est de comparer le jeune pays qu’est l’actuelle Arménie à des complications de prostate ; ou encore de comparer les gens qui ne peuvent pas quitter le pays, contrairement à une élite qui en a les moyens, à des « rats cons comme la lune ». Nous pourrions rassurer M. Orlov : il y a bien une jeunesse de très haut niveau sur le plan des nouvelles technologies. Pour ne prendre que l’exemple de l’Université française d’Arménie (UFAR) : 85% des diplômés trouvent des emplois bien rémunérés et préfèrent donc logiquement rester en Arménie. Par ailleurs, pour pousser la comparaison de M. Orlov entre Israël et l’Arménie, deux pays ayant en effet une forte diaspora : M. Orlov prétendrait-il que les Israéliens vivant en Israël sont des imbéciles ?

On constate également, dans l’article de M. Orlov, des imprécisions et des erreurs d’appréciation géopolitiques quand il classe les pays entourant l’Arménie en deux catégories : (économiquement) inutiles ou (politiquement) hostiles. Si nous sommes d’accord avec M. Orlov pour classer la Turquie et l’Azerbaïdjan dans la catégorie hostile, nous ne comprenons pas en revanche pourquoi il considère la Géorgie et l’Iran comme inutiles. L’Arménie étant enclavée par un blocus terrestre à l’Ouest (Turquie), terrestre et aérien à l’Est (Azerbaïdjan), la Géorgie et l’Iran sont les deux poumons permettant l’import et l’export des marchandises.

Plus loin, M. Orlov invente des casques bleus russes pour le maintien du statu quo entre le Haut-Karabagh et l’Azerbaïdjan?!!! Ce monsieur devrait savoir, en tant que coprésident du groupe de Minsk, que la Russie (comme la France et les États-Unis) ne peut pas être impliquée militairement dans ce conflit.

Selon M. Orlov, ce changement de régime serait la seule faute de la CIA et de l’infâme Georges Soros : un plan orchestré entre Langley (siège de la CIA) et l’ambassade américaine d’Erevan (notons-le, la deuxième plus grande ambassade américaine au monde), un « Syndicat de la révolution de couleu ». Il est vrai que Soros, via notamment son ONG Open Society, est implanté en Arménie depuis une dizaine d’années, toutefois ses activités sont sous la stricte surveillance du Service de sécurité nationale (SSN) d’Arménie. Les organisations de Soros, qui ont voulu aussi s’implanter en Artsakh (Haut-Karabagh), ont à cet égard reçu un « niet » ferme et définitif.

Par ailleurs, selon M. Orlov : « … ils ont poussé une réforme constitutionnelle qui aurait fait passer le pays d’une république présidentielle à une république parlementaire (un pas vers le gouffre pour un pays qui est dans un état permanent de quasi-guerre à cause de voisins hostiles et de territoires contestés) ».

Primo, la réforme constitutionnelle a été voulue par l’ex-président Sargsyan et son parti majoritaire. Sargsyan ne pouvant pas être réélu pour un troisième mandat avait trouvé cette astuce pour garder la main oligarchique sur le pouvoir en changeant son costume présidentiel pour celui du Premier ministre. Mais en définitive il s’est trouvé embourbé dans ce piège, tendu par lui-même. Secundo, en admettant que le pays soit face à une guerre d’usure menée par l’Azerbaïdjan qui viole sans cesse l’accord du cessez-le-feu de 1994, on ne comprend pas très bien pourquoi ce régime parlementaire serait « un pas vers le gouffre » et moins capable de défendre le pays qu’un régime présidentiel.

Autre évaluation hasardeuse de la part de M. Orlov qui écrit : « … environ la moitié de la population arménienne, pour le dire d’une manière politiquement incorrecte, mais précise, est russe : elle parle russe, elle est adaptée culturellement à la Russie, et c’est encore une autre nation qui fait partie de la grande famille de plus de 100 nations distinctes qui se disent russes ». Ici, M. Orlov confond allègrement culture russe et régime bolchevik de l’Union soviétique. Par ailleurs, s’il est exact que 70 années de régime communiste ont laissé des traces – j’avais moi-même écrit et dit que « certaines personnes appartenant à l’ancienne génération étaient plus des homo sovieticus que des Arméniens » – il est également vrai que la nouvelle génération, issue de 27 années d’indépendance, n’a plus la même approche que celles qui l’ont précédée.

Pour terminer, M. Orlov, qui manifestement n’apprécie pas Nikol Pachinian, considère ce dernier comme un homme inconstant. Je ne sais pas si M. Orlov a lu les articles de Pachinian publiés depuis des années dans le journal Haygagan Jamanak ou écouté ses interventions largement diffusées sur des réseaux sociaux. Il verrait qu’au contraire Pachinian a été constant dans ses critiques concernant le manque de la démocratie, les élections truquées, la corruption, le monopole dans les mains de quelques oligarques… Serge Sargsyan a eu raison de dire que quelqu’un qui a obtenu 7% des voix ne peut exiger la démission du Premier ministre, sauf qu’il se basait sur les résultats officiels, lesquels comme chacun sait, ne reflétaient pas du tout la réalité. Par exemple dans le bureau de vote Kanaker/Zeïtoun où j’étais observateur en avril 2017 le parti Yelk de Pachinian avait obtenu 25% des voix, comme dans beaucoup d’autres bureaux où le score de Yelk était nettement au-dessus du résultat officiel final.

Quant au changement d’orientation politique de Pachinian, contrairement à M. Orlov qui y voit une inconstance, j’y vois moi plutôt une approche pragmatique. Pachinian est assez intelligent pour reconnaître que la géopolitique ne peut se faire qu’avec ses voisins, d’où les garanties données à la Russie quant à la continuation des bonnes relations et le respect des traités signés. M. Orlov devrait connaître la citation de Napoléon :

« Ma politique est de gouverner les hommes comme le grand nombre veut l’être […] C’est la manière de reconnaître la souveraineté du peuple. »

C’était tout le contraire depuis une vingtaine d’années en Arménie, sous les présidences Kotcharian et Sargsyan.

L’Arménie vient de tourner, sans bain de sang, une page de son histoire. Souhaitons bonne chance au nouveau gouvernement dans sa tâche difficile de redresser le pays.

Varoujan Sirapian

Directeur de la revue Europe&Orient

http://lesakerfrancophone.fr/une-analyse-dans-une-tasse-de-the

Note du Saker Francophone


Cet article est un droit de réponse demandé par un Arménien, éditeur engagé, suite à la parution sur notre blog de la traduction d'un article de Dmitry Orlov sur la révolution en Arménie. Vous pouvez aussi avoir un troisième avis avec Andrew Korybko.
À noter que la position de l'observateur est déterminante pour comprendre les avis des uns et des autres. La Russie, à travers Dmitry Orlov, voit sans doute avec inquiétude des « révolutions » éclater à ses frontières et des pays « amis » basculer ou risquer de basculer dans le camp occidentaliste, le même qui tente par tous les moyens de déstabiliser le sud de la Russie pour affaiblir cette puissance montante. Dans un cadre géopolitique global, les affaires intérieures arméniennes ne pèsent malheureusement pas lourd, elles servent juste de point d'accroche pour le grand jeu qui continue
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[Vidéo] Philippe Labro – « Une tortionnaire à la tête de la CIA »

Source : Le Point, Philippe Labro, 14/03/2018

VIDÉO. Cette semaine, le journaliste et écrivain s’inquiète de la nomination de Gina Haspel, ex-espionne américaine, à la tête de la CIA.

Elle s’appelle Gina. Gina Haspel. Numéro deux de la CIA depuis de nombreuses années, elle est devenue la première femme à diriger la célèbre agence de renseignements. À peine nommée et déjà critiquée. Alors qu’elle a été choisie, mardi 13 mars, pour remplacer l’ancien directeur, Mike Pompeo, nommé par Donald Trump au poste de secrétaire d’État, son passé d’ancienne espionne ressurgit : un passé trouble dans les prisons secrètes américaines et un scandale de torture.

« Gina aurait elle-même participé à des séances de torture, après le 11 Septembre dans ces fameuses prisons secrètes disséminées dans le monde par la CIA », lance l’écrivain. Mais le président américain s’en accommode aisément puisqu’il a toujours défendu avec ferveur les bienfaits de la torture.

« Un an à peine après avoir été nommé président, Trump change pratiquement toute la tête de son gouvernement. C’est le désordre, le chaos, la confusion, la tweetmania. Tout cela n’est pas très rassurant », conclut-il.

Source : Le Point, Philippe Labro, 14/03/2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

Une réponse à [Vidéo] Philippe Labro – « Une tortionnaire à la tête de la CIA »

  1. Michel Ickx Le 09 avril 2018 à 06h22

    Afficher/Masquer

    Ce sont les mêmes qui ont menti pour provoquer les guerres d’Irak, du Kuweit de Lybie et de Syrie. Ces gouvernants voudraient nous faire condamner la Russie pour l’empoisonnement de Skripal. Ils prétendent, devant les Nations unies, mener des enquêtes indépendantes mais ils ne sont plus crédibles.

    Ils ne reculent devant aucun crime.

    A quand un nouveau procès de Nuremberg?

    https://www.les-crises.fr/video-philippe-labro-une-tortionnaire-a-la-tete-de-la-cia/

Theresa May et Tony Blair, même combat !

Theresa May et Tony Blair, même combat !


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 13 mars 2018

Aujourd’hui, le gouvernement britannique s’est livré à des allégations peu crédibles sur les armes chimiques de Saddam Hussein l’empoisonnement de son agent double Sergueï Skripal.

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Le Premier ministre britannique, Theresa May, a déclaré (tweet) devant le Parlement :

  • Sergueï Skripal et sa fille ont été empoisonnés par un agent innervant « de qualité militaire » développé par la Russie ;
  • L’agent innervant faisait partie d’un groupe d’agents appelés « Novichok » ;
  • La Russie a développé cet agent dans le passé et serait encore capable de le faire ;
  • La Russie a un passé d’assassinats commandités par l’État ;
  • Le gouvernement britannique pense que la Russie considère certains transfuges comme des cibles légitimes ;
  • Le gouvernement britannique est arrivé à la conclusion qu’il était très probable que la Russie soit responsable de l’agression commise contre Sergueï et Ioulia Skripal.

May a ajouté :

  • Il s’agissait soit d’une action ciblée de l’État russe contre la Grande-Bretagne,
  • soit d’une perte de contrôle de l’agent innervant par les autorités russes qui l’avaient laissé tomber entre de mauvaises mains.

Je trouve toutes ces affirmations non seulement discutables mais carrément ridicules. Voici quelques faits :

Novichok, « nouveaux venus » en anglais, est un groupe d’agents chimiques de guerre mis au point en Union soviétique dans les années 1970 et 1980. Certains « nouveaux venus » sont considérés comme très toxiques.

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L’existence de ces agents chimiques a été révélée en 1992. La Russie a adhéré à la Convention sur l’interdiction du développement, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction en 1997. Elle a depuis (contrairement aux États-Unis) détruit tous les stocks restants du programme d’armes chimiques de l’Union soviétique. Elle ne produit pas d’armes chimiques.

Les formules de ces agents chimiques sont connues et ils ne sont pas produits exclusivement par les Russes :

L’un des principaux sites de fabrication était l’Institut national soviétique de recherche scientifique sur la chimie et la technologie organiques (GosNIIOKhT) à Noukous, en Ouzbékistan. De petites quantités d’armes chimiques ont peut-être été testées sur le plateau voisin d’Oust-Ourk. On peut aussi en avoir testé dans un centre de recherche à Krasnoarmeïsk, près de Moscou. Depuis son indépendance en 1991, l’Ouzbékistan collabore avec le gouvernement des États-Unis pour démanteler et décontaminer les sites où les agents Novichok et d’autres armes chimiques ont été testés et mis au point.

Les formules des différents agents Novichok ne sont pas un secret russe. Les États-Unis et le Royaume-Uni savent sûrement comment les fabriquer. Il parait d’ailleurs que les agents sont fabriqués à partir de simples composants utilisés dans l’industrie civile. Le laboratoire d’armes chimiques de Porton Down de l’armée britannique n’est qu’à environ 15 km de Salisbury, où les Skripal auraient été empoisonnés. Le gouvernement britannique prétend que Porton Down a identifié l’agent soi-disant utilisé sur les Skripal. Le laboratoire est sûrement également capable de produire de tels agents, tout comme des laboratoires similaires d’autres pays.

Maintenant réfutons les allégations de May :

  • Il parait que les agents Novichok sont jusqu’à 10 fois plus toxiques que le VX. Or une goutte de VX peut tuer une personne. Si les Skripal ont été empoisonnés par un agent aussi efficace, comment se fait-il qu’ils soient toujours en vie ?
  • L’Union soviétique, et non la Russie, a développé ces agents. Les principaux travaux ont été effectués en Ouzbékistan.
  • La Russie est probablement en mesure de recommencer à produire ces agents, mais beaucoup d’autres pays aussi.
  • Quel est exactement ce « passé d’assassinats commandités par l’État » en Russie ? L’affirmation britannique selon laquelle la « Russie » aurait été impliquée dans la mort de l’agent MI6 Litvinenko est grandement sujette à caution. Et je n’ai connaissance d’aucun autre cas. En fait il y a une tradition bien établie de laisser tranquilles les espions qui ont été échangés.
  • Si la Russie voit dans « certains transfuges » des cibles légitimes, pourquoi ne les tue-t-elle pas tout de suite ? Skripal vit ouvertement au Royaume-Uni depuis 2010. Pourquoi la Russie voudrait-elle le tuer, et pourquoi maintenant ?

Compte tenu de tout ce qui précède, il est absurde de prétendre qu’il est « très probable » que la Russie en soit responsable.

Cette probabilité est aussi grande que celle que Saddam Hussein frappe le Royaume-Uni avec un missile doté d’une arme chimique en moins de 45 minutes, comme l’a prétendu mensongèrement un autre gouvernement britannique.

Les assertions de May aujourd’hui sont tout aussi crédibles que les absurdités de Tony Blair sur Saddam.

Il est beaucoup plus probable que la cause de tout cela soit l’implication de Skripal dans le dossier Steele et l’opération CIA/MI6 contre Donald Trump. A-t-il été attaqué parce qu’il a menacé de dire ce qu’il savait ?

Traduction : Dominique Muselet

http://lesakerfrancophone.fr/theresa-may-et-tony-blair-meme-combat

 

Pompeo au secrétariat d’État et Haspel à la CIA

Pompeo au secrétariat d’État et Haspel à la CIA

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Le président Donald Trump a annoncé le remplacement du secrétaire d’État Rex Tillerson par le directeur de la CIA, Mike Pompeo, lui même remplacé par son adjointe, Gina Haspel.

Le président s’était particulièrement heurté à son secrétaire d’État à propos de la Russie, de l’Iran et de la Corée du Nord. Tillerson considérait comme indispensable de diaboliser la Russie ; il s’opposait à la rupture de l’accord 5+1 ; et à tout dialogue de chef d’État à chef d’État avec le président Kim.

Gina Haspel est unanimement considérée comme une des meilleures espionnes de la CIA par ses collègues et tout aussi unanimement mise en cause par les politiciens de Washington. Elle a dirigé la prison secrète de l’Agence en Thaïlande et y a supervisé les horreurs commises sur Abu Zubaydah et Abd al-Rahim al-Nashiri. Elle incarne à ce titre les tortures généralisées de l’ère Bush. C’est la première fois qu’une femme accède à la direction de la CIA.

http://www.voltairenet.org/article200090.html

Un espion empoisonne un espion : y a-t-il un lien avec la campagne anti-Trump ?

Un espion empoisonne un espion : y a-t-il un lien avec la campagne anti-Trump ?


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 8 mars 2018

Dimanche, un ancien agent double russo-britannique et sa fille ont été grièvement blessés lors d’un mystérieux incident à Salisbury, en Angleterre. Le gouvernement britannique dit que tous les deux ont été « exposés à un agent innervant ». Les médias s’interrogent sur l’usage de Sarin et de VX, deux agents innervant mortels utilisés dans les armes chimiques. Des fonctionnaires qui préfèrent garder l’anonymat ne font pas mystère qu’à leurs yeux « la Russie est coupable ».

De nouveaux rapports mettent toutefois en lumière d’importantes connexions entre cet incident et la campagne de propagande anti-Trump/anti-Russie menée par l’administration Obama et par l’équipe de Hillary Clinton pendant sa campagne électorale.

Sergueï Skripal était au départ colonel dans un service de renseignement militaire russe. Au début des années 1990, il a été recruté par l’agent du MI6 Pablo Miller. Il a continué d’espionner pour les Britanniques après sa retraite en 1999. Le FSB russe prétend que le MI6 britannique lui a versé 100 000 dollars pour ses services. À cette époque, un officier russe ne gagnait que quelques centaines de dollars par mois. Skripal a finalement été démasqué en 2004 et deux ans plus tard il a été condamné pour espionnage pour le compte de la Grande-Bretagne. Il a été condamné à 18 ans de prison et en 2010, lui et d’autres agents ont été échangés dans un large accord d’échange d’espions entre les États-Unis et la Russie. Skripal s’est réfugié en Grande-Bretagne et il vit depuis à Salisbury, ouvertement et sous son propre nom. Sa femme et son fils sont morts de causes naturelles au cours des dernières années. Le seul proche parent qui lui reste est sa fille qui vit en Russie.

La semaine dernière, sa fille a pris l’avion pour la Grande-Bretagne et est venue le voir à Salisbury. Le dimanche, ils sont allés au pub et au restaurant. À un moment donné, ils ont été empoisonnés ou se sont empoisonnés eux-mêmes. Ils se sont effondrés sur un banc public. Ils sont maintenant en soins intensifs. Un policier qui est arrivé rapidement sur les lieux a également été sérieusement empoisonné.

Les autorités ont refusé de nommer la substance soupçonnée d’être à l’origine de l’empoisonnement, mais :

Lundi, les médias locaux ont rapporté que la substance trouvée sur les lieux ressemblait au fentanyl : un opioïde mortellement puissant qu’on peut se procurer même dans les rues tranquilles de Salisbury.

Le gouvernement britannique insinue que les Russes sont impliqués :

La tentative de meurtre de l’ex-espion russe Sergeuï Skripal et de sa fille, Ioulia, au moyen d’un agent innervant est un acte « impudent et irresponsable » a déclaré Amber Rudd.

M. Skripal et sa fille sont toujours gravement malades après avoir été retrouvés inconscients sur un banc dans le centre-ville de Salisbury dimanche. (…)

Mme Rudd a déclaré aux députés qu’il s’agissait d’un « crime scandaleux » et ajouté que le gouvernement « agirait sans hésitation à mesure que les faits seraient établi ».

Elle a refusé de spéculer sur le fait que l’État russe aurait pu être impliqué dans l’attaque, affirmant que l’enquête de la police devrait être basée sur des « faits et non sur des rumeurs ».

Pendant que le gouvernement britannique prépare les faits dont il a besoin, posons-nous la question toujours essentielle du mobile.

Ce ne peut pas être une vengeance russe contre Skripal pour son double-jeu passé. L’espion a été incarcéré dans des prisons russes pendant quatre ans et vit ouvertement à Salisbury depuis huit ans. Pourquoi attendre si longtemps pour le tuer ? De plus, la Russie n’a certainement pas besoin de davantage de propagande anti-russe dans les médias « occidentaux ». Si un service russe voulait tuer quelqu’un, il le ferait beaucoup plus discrètement.

L’ancien ambassadeur britannique Craig Murray soupçonne un autre mobile et un autre coupable :

Craig Murray @CraigMurrayOrg – 10:21 – 8 mar 2018

« La russophobie est extrêmement profitable aux industries de l’armement, de la sécurité et de l’espionnage, et la russophobie renforce la loyauté des électeurs intellectuellement limités pour les conservateurs. Le motif le plus convaincant de l’attaque Skripal est la volonté d’attiser la russophobie. »

L’ambassadeur Murray souligne également que Salisbury, où l’incident s’est produit, se trouve à seulement 15 km de Porton Down, un site d’essais d’armes chimiques géré par le gouvernement britannique. Comme l’a noté la BBC dans un reportage sur cet endroit :

« …. des agents chimiques tels que le VX et le gaz moutarde sont toujours fabriqués là… »

Mais je crois que Craig Murray se trompe. La russophobie peut être attisée sans prendre la peine de tuer publiquement un espion à la retraite et sa fille.

Il y a plus de chances de trouver un mobile dans le rapport étroit qui unit l’incident à une autre affaire importante. Selon le Telegraph britannique aujourd’hui :

« Un consultant en sécurité qui a travaillé pour la firme qui a monté le dossier controversé sur Donald Trump était un proche de l’agent double russe qui a été empoisonné le week-end dernier, d’après ce qu’on dit.

Le consultant, dont le Telegraph refuse de donner le nom, habitait près de chez le Colonel Skripal et le connaissait depuis quelque temps. »

(…)

Le Telegraph dit que le Colonel Skripal a déménagé à Salisbury en 2010 dans le cadre d’un échange d’espions et qu’il est devenu l’ami d’un consultant en sécurité employé par Christopher Steele qui a monté le dossier sur Trump.

Le consultant en sécurité britannique, selon un compte du réseau social LinkedIn qui vient d’être supprimé d’Internet, est également basé à Salisbury.

Sur le même compte LinkedIn, l’homme avait écrit qu’il avait travaillé pour Orbis Business Intelligence, selon les rapports.

Meduza a donné le nom de l’homme que le Telegraph refusait de nommer. Il s’agit de :

« Pablo Miller, qui à l’époque se faisait passer pour Antonio Alvarez de Hidalgo et travaillait à l’ambassade de Grande-Bretagne à Tallinn. Le Service fédéral de sécurité russe a déclaré que Miller était en fait un agent infiltré du MI6 chargé de recruter des Russes. »

Orbis est l’entreprise de Christopher Steele et Sergueï Skripal était un agent avec lequel Steele lui-même était probablement impliqué :

« Steele a passé plus de vingt ans au MI6, et la plupart de ses missions portaient sur la Russie. Pendant trois ans, dans les années 1990, il a espionné à Moscou sous couverture diplomatique. Entre 2006 et 2009, il a dirigé le bureau russe du service au siège du MI6 à Londres. Il parlait couramment le russe et était considéré par tout le monde comme un expert de ce pays. »

Steele était un agent sous couverture du MI6 à Moscou quand Skripal a été recruté et a communiqué des secrets russes au MI6. Il a aussi dirigé le bureau de Russie, donc tout ce qui concerne Skripal est passé par lui. Il est très probable qu’ils se connaissaient personnellement. Pablo Miller, qui travaillait pour la firme de Steele, vivait dans la même ville que Skripal et les deux hommes semblent être devenus amis après que Miller a recruté Skripal. Miller ou quelqu’un d’autre a tenté de dissimuler le lien avec Steele en supprimant le compte LinkedIn.

Voici quelques questions qu’on peut se poser :

  • Skripal a-t-il aidé Steele à monter le « dossier » sur Trump ?
  • Les anciennes connexions de Skripal ont-elles été utilisées pour contacter d’autres personnes en Russie et leur poser des questions sur les basses œuvres de Trump ?
  • Skripal a-t-il menacé de tout révéler ?

S’il y a un lien entre le dossier Steele et Skripal, ce qui me semble très probable, alors il y a un certain nombre de personnes et d’organisations qui pourraient vouloir le tuer. Beaucoup de gens et d’officiels douteux des deux côtés de l’Atlantique ont participé au lancement et au déroulement de la campagne anti-Trump/anti-Russie. Il y a plusieurs enquêtes en cours, et il se pourrait qu’un jour, du linge très très sale soit déballé. Supprimer Skripal tout en en accusant la Russie apparaît comme un moyen fort commode de se débarrasser d’un témoin potentiellement gênant.

Le point le plus curieux dans l’affaire est la visite de la fille. Elle venait tout juste d’arriver de Moscou pour rendre visite à son père esseulé quand tous deux ont été empoisonnés d’une manière plutôt spectaculaire. Il doit y avoir une raison pour laquelle elle a été impliquée là-dedans.

  • Lui apportait-elle de mauvaises nouvelles ?
  • Ont-ils décidé que le suicide était la seule issue ?
  • Le Fentanyl a-t-il été acheté localement comme l’a rapporté la presse locale ?

Ou

  • Le vieillard esseulé Sergueï Skripal se préparait-il à retourner dans son pays natal, la Russie ?
  • A-t-il offert, pour se faire pardonner, une sorte de « cadeau » au gouvernement russe que sa fille devait rapporter à Moscou ?
  • Quelqu’un l’a-t-il découvert et voulu l’empêcher ?

Toutes ces questions ne sont que des spéculations. Mais le lien entre Steele et Skripal est bien trop profond pour n’avoir aucun rapport avec cette affaire. Il mérite certainement d’être approfondi.

Malheureusement, il est probable que le gouvernement britannique et son cousin américain vont concocter une nouvelle histoire pour expliquer que « la Russie est coupable » que les gens crédules avaleront tout ça et que ça en restera là. Dans l’histoire qu’il racontera, il y aura un complot russe « impudent et irresponsable »  et une tentative « scandaleuse » de la part de Poutine lui-même de tuer publiquement un ami des Anglais avec des armes de destruction massive très dangereuses. Cela servira ensuite à créer de nouvelles tensions, à imposer davantage de sanctions à la Russie et à vendre davantage d’armes.

Mais il est peu probable que cette histoire officielle soit la vraie.

Traduction : Dominique Muselet

http://lesakerfrancophone.fr/un-espion-empoisonne-un-espion-y-a-t-il-un-lien-avec-la-campagne-anti-trump

 

Russiagate : les poupées russes de la conspiration

Russiagate : les poupées russes de la conspiration

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09 mars, 2018
Note d’analyse

Jean-Luc Baslé

Russiagate est une succession d’évènements qui s’emboîtent les uns dans les autres, et débouchent sur une conspiration (1). C’est l’illustration de la politisation des services secrets américains et du mépris d’une élite pour la démocratie. En poursuivant les rêves des Paul Wolfowitz, William Kristol et autres Robert Kagan, des hommes politiques comme John McCain, Lindsey Graham, John Bolton et bien d’autres précipitent le déclin d’une nation qu’ils considèrent exceptionnelle. Cette affaire Russiagate est non seulement désastreuse pour les Américains qui dans leur ensemble n’ont pas conscience des enjeux, elle est aussi extrêmement dangereuse pour l’humanité par la résurgence de la Guerre froide qu’elle engendre.

La démission de Debbie Wasserman Schultz

 

L’affaire débute le 15 juin 2016. Selon CrowdStrike, une société informatique spécialisée dans le renseignement, un logiciel malveillant aurait été introduit par les Russes dans l’ordinateur de la Convention Nationale Démocrate (CND). Un rapport de Christopher Steele, ancien membre du MI6, équivalent britannique de la DGSE, corroborerait l’accusation.

Le 22 juillet, WikiLeaks publie 19.000 courriels de la CND, révélant que la direction du Parti démocrate, en accord avec Hillary Clinton, s’oppose à la candidature de Bernie Sanders à l’élection présidentielle. Debbie Wasserman Schultz, la présidente de la Convention démocrate, démissionne. WikiLeaks précise que sa source n’est pas russe. Cette dernière affirmation est confirmée par Craig Murray, ancien ambassadeur britannique, qui dit avoir rencontré la personne à l’origine de la fuite, car il s’agit d’une fuite informatique, c’est-à-dire d’un transfert de donnés de l’ordinateur du Parti démocrate vers une clé USB, et non d’un piratage, c’est-à-dire d’une opération commandée de l’extérieur par un hacker. Le lanceur d’alerte se cache sous le pseudonyme Guccifer 2.0, et serait selon toute vraisemblance Seth Rich, membre du Parti démocrate, assassiné près de son domicile le 10 juillet 2016. Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, a offert une récompense de 20.000 dollars à toute personne fournissant des informations conduisant à l’arrestation de l’assassin.

Il ne s’agit donc pas d’une interférence russe mais d’un règlement de compte à l’intérieur du Parti démocrate visant à faire taire les opposants à la candidature d’Hillary Clinton. L’accusation d’interférence repose sur le rapport Steele qui se révèlera être sans valeur, et les affirmations de CrowdStrike dont l’un des dirigeants est Dmitri Alperovich, émigré russe, connu pour son antipathie envers Poutine. Plus tard, on apprendra que le dossier Steele a été payé par la Convention démocrate.

 

L’affaire Michael Flynn et ses rebondissements

 

Donald Trump nomma le général Michael Flynn Conseiller à la sécurité nationale. Pendant la période de transition, entre l’élection et l’inauguration, Michael Flynn a eu plusieurs entretiens avec Sergey Kislyak, l’ambassadeur russe. Rien d’illégal à cela mais interrogé par le FBI, il nia leur existence. Dans un pays où le mensonge est la faute suprême depuis que George Washington reconnut à l’âge de six ans qu’il « ne pouvait pas mentir », cette dissimulation était inacceptable et Michael Flynn dut démissionner. Bien entendu, ce n’était pas là la vraie raison. Selon certains, Flynn aurait admis sa faute pour sauver son fils qui était l’objet d’une enquête du procureur spécial, Robert Mueller. Plus vraisemblablement, sa déchéance tient aux propos qu’il tint, le 10 août 2015, lors d’un entretien avec Mehdi Hasan, journaliste d’Al Jazzera. Il était alors directeur de l’Agence de renseignement de la Défense. Il déclara que le gouvernement américain avait pris, en pleine connaissance de cause, la décision d’apporter son soutien à Al-Qaeda et aux Frères musulmans. C’est un secret de polichinelle mais un crime de lèse-majesté aux yeux des néoconservateurs.

L’affaire aurait pu en rester là mais des esprits chagrins se sont inquiétés de savoir comment le FBI était au courant de ses entretiens avec Sergey Kislyak ? La réponse se trouve dans le fonctionnement des Cours de surveillance du renseignement étranger. Ces cours d’exception autorisent les agences de renseignement à procéder à des écoutes téléphoniques sans que la preuve justifiant la demande ne soit apportée. C’est ainsi que Michael Flynn fut mis sur écoute. Son mensonge inutile et maladroit l’a condamné. Il encourt cinq ans de prison.

Des esprits curieux ont voulu savoir pourquoi Michael Flynn souhaitait parler à l’ambassadeur russe. Ils apprirent que le 22 décembre 2016, Michael Flynn appela Sergey Kislyak à la demande de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, lui-même agissant pour le compte de Benjamin Netanyahu. Barack Obama avait décidé de ne pas opposer son veto à la résolution 2334 du Conseil de sécurité condamnant la colonisation israélienne en territoire palestinien. L’objet de l’appel était de faire pression sur la Russie pour qu’elle oppose son veto à la résolution. Israël n’étant pas un ennemi des Etats-Unis la démarche de Jared Kushner ne peut être considérée comme un acte de trahison. En revanche, elle tombe probablement sous le coup du Logan Act de 1799 qui menace d’emprisonnement toute personne non autorisée à négocier avec un gouvernement en désaccord avec les Etats-Unis.

 

Un dossier vide

 

Russiagate repose sur trois accusations : la première, la Russie a piraté l’ordinateur de la Convention démocrate; la seconde, elle était de connivence avec Donald Trump pour l’aider à gagner l’élection présidentielle; enfin, elle a aussi tenté d’interférer par d’autres moyens dans le processus électoral. Le dossier comporte quatre grands documents : le rapport Christopher Steele du 20 juin 2016, la déclaration conjointe du 7 octobre 2016, le rapport du FBI du 29 décembre 2016, et celui des dix-sept agences du renseignement du 6 janvier 2017. Le dossier comprend aussi la mise en accusation de plusieurs membres de l’équipe de campagne de Donald Trump, et de treize citoyens et trois entreprises russes. Il y a aussi la note de Davin Nunes, rapporteur de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants qui conteste les conclusions des agences de renseignement, et la réponse du Parti démocrate.

L’accusation de piratage n’a jamais été démontrée. Le Parti démocrate et CrowdStrike n’ont pas autorisé le FBI à examiner l’ordinateur. Le FBI était en droit d’exiger qu’il lui soit remis. Il ne l’a pas fait. Son attitude est incompréhensible. Des experts ont démontré qu’il était impossible de pirater 1.976 mégabytes en 87 secondes alors qu’il était possible de les transférer sur une clé USB dans ce laps de temps. Aucun démenti n’a été apporté à leur démonstration. Le 7 mars 2017, WikiLeaks révèle que la CIA dispose d’un programme qui lui permet de pirater des informations dans n’importe quel ordinateur tout en laissant des traces laissant à penser que le pirate est une puissance étrangère. L’information n’a pas été démentie.

Aucun des quatre grands documents cités plus haut n’apporte la preuve d’une connivence russo-américaine ou d’une interférence russe dans le processus électoral. La validité juridique de l’inculpation de Michael Flynn est douteuse, compte tenu du procédé utilisé pour l’obtenir. Les mises en accusation des membres de la campagne électorale n’ont rien à voir avec l’élection. Le directeur de la campagne, Paul Manafort, et le conseiller aux affaires étrangères, Carter Page, sont inculpés d’irrégularités financières dans leurs affaires personnelles.

La mise en accusation de citoyens et entreprises russes par le procureur spécial Robert Mueller est d’un ridicule achevé. Elle leur reproche d’avoir tenu des propos calomnieux sur la toile dans l’intention de diviser et de troubler l’électoral américain. L’accusation est si grotesque que Rod Rosenstein, secrétaire d’état au ministère de la justice, crut bon de préciser que la manœuvre russe n’avait eu aucun effet sur l’élection. Elle n’avait qu’un but bassement commercial, sans portée politique. Alors pourquoi tout ce remue-ménage ? Parce qu’il convient de démontrer aux Américains que la Russie est l’ennemi juré des Etats-Unis. La Russie s’oppose en effet aux visées hégémoniques de Washington au Moyen Orient et en Europe de l’est.

L’absence de preuves n’empêche pas des hommes politiques et des commentateurs de parler d’acte de guerre. Jerrold Nadler, député de New York, y voit un nouveau Pearl Harbor. Thomas Friedman, éditorialiste du New York Times, y voit aussi un Pearl Harbor et, pour faire bonne mesure, y ajoute le 11 septembre. Ces parallèles sont grotesques. L’attaque japonaise détruisit la quasi-totalité de la flotte du Pacifique et fit 3.500 tués ou blessés. Le 11 septembre réduit en cendres plusieurs immeubles au cœur de Wall Street et tua 3.000 personnes. Ceux qui tiennent ces propos irresponsables sont-ils conscients de l’effet qu’ils produisent sur les dirigeants de la seconde puissance nucléaire mondiale et du regain de tension qu’ils génèrent ? C’est très dangereux, comme le notent le journaliste Max Blumenthal, et le professeur Stephen Cohen, spécialiste de la Russie.

 

Réactions de Donald Trump et de Vladimir Poutine

 

Hormis ses tweets rageurs et le licenciement du directeur du FBI, James Comey, Donald Trump s’est montré peu combatif dans cette affaire. Cette campagne de dénigrement l’affaiblit personnellement et l’empêche de conduire une politique de détente à l’égard de la Russie. Pourquoi a-t-il accepté la démission de Michael Flynn ? Pourquoi n’a-t-il pas déclassifié le dossier ce qui aurait tué la conspiration dans l’œuf ? Trump est un homme seul. Il n’était pas le candidat du Parti républicain. Il n’a pas été choisi, il s’est imposé. Il ne dispose d’aucune organisation propre. Les « petits blancs » désargentés et déboussolés des Appalaches et du Midwest sont son seul soutien. C’est peu. Qui plus est, sa politique étrangère va à l’encontre de la doxa néoconservatrice. Dans ces conditions, peut-il s’attaquer à la toute puissante CIA qui ne rend de compte à personne, pas même au Sénat ?

Face aux insultes et brimades dont elle est l’objet – fermeture musclée du consulat de San Francisco, sanctions, humiliations, etc. – la Russie a fait le choix de la passivité, espérant sans doute que l’élection de Trump ferait évoluer les choses dans son sens. Ce n’est pas le cas. Au contraire, les choses risquent de s’envenimer.

Le 1er mars, Vladimir Poutine a fait un long discours devant les représentants de la Fédération de Russie. Dans les quinze dernières minutes, il a donné des détails surprenants sur une nouvelle génération de missiles. Il a précisé que ces armes, capables de neutraliser la défense américaine, n’ont aucun but offensif. Son objectif, semble-t-il, est de rétablir la parité entre les deux premières puissances nucléaires, mis à mal par les difficultés économiques qu’a connu la Russie suite à la présidence de Boris Eltsin. Un glaive dans une main, un rameau d’olivier dans l’autre, il a invité Américains et Européens à la table des négociations. Aux Etats-Unis, son message a été interprété comme un signe d’agressivité.  Poutine  «  menacerait l’Occident », titre le New York Times. Il se livrerait à « une escalade dans la rhétorique martiale », selon le Washington Post. Il s’agit là d’interprétations biaisées. Les va-t-en-guerre s’en servent pour exiger une augmentation d’un budget de la défense hors norme.

 

Fake news : de vraies fausses nouvelles

 

Une russophobie s’installe, à la manière de l’air de la calomnie du Barbier de Séville : « elle glisse, elle rôde, s’introduit dans les têtes…»… orchestrée par les médias et les agences de renseignement. Trois anciens de la CIA, James Clapper, Michael Hayden et Philip Mudd (2), sont désormais des analystes attitrés de grandes chaînes de télévision. Dans un article paru sur son site le 27 février, Paul Craig Robert, ancien secrétaire d’état au Trésor de Ronald Reagan, note que le Washington Post, le New York Times, et Bloomberg se livrent à une campagne de dénigrement systématique envers la Russie. Le 6 mars, le journaliste d’investigation Matt Taibbi relève que Drew Griffin, reporteur à CNN, est allé frapper à la porte d’une vielle dame pour la traiter de « collaboratrice russe » suite à son vote pour Donald Trump. Stephen Cohen, professeur émérite de Princeton University, s’inquiète de la tournure que prend l’enquête du procureur spécial. Toute personne ayant ou ayant eu des contacts avec des Russes est une criminelle en puissance. Stephen Cohen qui a consacré une partie de sa carrière universitaire à l’étude de la Russie et entretient des relations amicales avec de nombreux russes se sent visé. Il note, désabusé : « Après dix-huit mois d’enquête, nous avons un Russiagate sans Russie ».

Le 24 novembre 2016, le Washington Post publia une liste de 200 sites accusés de sympathie pro-russe. Cette liste est l’œuvre d’un site totalement inconnu, PropOrNot. Des noms connus et respectés comme celui de Paul Craig Roberts, de Robert Parry ou de Ron Paul sont sur la liste. La tentative est si bouffonne qu’elle tourne court. Elle obligera cependant le site officiel russe, Russian Television (RT) de s’enregistrer comme agent étranger au titre du Foreign Agent Registration Act.

L’ironie de la chose est que ces 200 sites, qui pour la plupart sont indépendants, sont accusés de disséminer des fausses nouvelles (fake news) par les émetteurs de ces fausses nouvelles. Google et Facebook ont modifié leurs programmes informatiques pour « déprioratiser » ce qu’ils considèrent de « fausses nouvelles ». Sur quels critères s’appuient-ils ? Sans critères objectifs, cette « déprioritisation » s’assimile à de la censure. A qui profite-t-elle ? Les Etats-Unis sombrent-ils dans une nouvelle croisade McCarthyienne ou sont-ils à l’aube d’une ère orwellienne ?

 

L’attitude ambigüe des agences de renseignement

 

Cette affaire aux multiples rebondissements a aussi plusieurs origines. Dans le brouhaha médiatique, il est facile d’oublier l’attitude énigmatique de James Comey, directeur du FBI, qui le 28 octobre 2016 – onze jours avant l’élection présidentielle – publia la lettre qu’il avait envoyée au Congrès demandant que le dossier des courriels d’Hillary Clinton soit rouvert. L’effet sur la candidate fut catastrophique. Elle perdit 17 points dans les sondages alors que Donald Trump en gagnait onze. Inexplicablement, James Comey retira sa demande une semaine plus tard. Pour beaucoup, y compris Hillary Clinton, cette lettre est l’une des causes de la défaite de la candidate démocrate. Cette attitude incompréhensible du FBI se retrouve à plusieurs reprises dans le dossier.

Dans le rapport des dix-sept agences de renseignement, publié le 6 janvier 2017, il est écrit : « Nous estimons que Poutine et le gouvernement russe souhaitaient accroître les chances du candidat Trump en discréditant son adversaire. Les conclusions des trois agences [CIA, FBI et NSA] concordent sur ce point. La CIA et le FBI en sont convaincus. La NSA émet des réserves ». Quelles sont ces réserves ? Le 12 janvier 2017, James Clapper (3) déclare que le rapport Christopher Steele ne saurait être considéré comme le produit d’agences américaines de renseignement. Il n’en fut pas moins utilisé pour mettre Michael Flynn sur écoutes ! Le même James Clapper reconnut le 8 mai 2017, devant une commission du Sénat, que le rapport des dix-sept agences de renseignement était le fruit de quatre agences (4) et non de dix-sept, comme indiqué précédemment. Le 16 mai 2017, John Brennan (5) confirme cette déclaration devant une commission de la Chambre des représentants. Par ailleurs, James Clapper déclare que les douze analystes qui ont participé à sa rédaction, ont été « présélectionnés ».

Cette attitude ambigüe des agences de renseignement qui ne lasse pas d’étonner, est partagée par les politiques. Ainsi, Barack Obama qui a commissionné le rapport des dix-sept agences, admet lors de sa dernière conférence de presse du 18 janvier 2017 que leurs conclusions ne peuvent être considérées comme « définitives ». Pourquoi cette prudence de dernière minute ? Parce que si interférence il y eut, elle eut lieu sous sa présidence, ce qui le rend indirectement responsable de cette violation informatique du territoire nationale par une nation étrangère.

 

Le coup d’état permanent

 

Il est incongru de parler de coup d’état au pays de la démocratie. Néanmoins, un certain nombre de journalistes et d’hommes politiques n’hésitent pas à le faire. Pour Max Blumenthal, Russiagate est « un coup tranquille des agences de renseignement » dont l’objectif ultime est la réanimation de la Guerre froide. Le regretté Robert Parry, ancien journaliste du New York Times et fondateur du site Consortium News, partage cette opinion. David Stockman, directeur du budget de Ronald Reagan, parle de « coup en douceur ». Paul Craig Roberts y voit une conspiration contre Donald Trump, et ajoute que seul un « contre coup » peut sauver la démocratie américaine. Chris Hedges (5), ancien journaliste du New York Times, très à gauche sur l’échiquier politique, rejoint Paul Craig Roberts lorsqu’il écrit que seule une révolution ramènera la démocratie aux Etats-Unis.

La démocratie américaine a connu plusieurs coups et tentatives de coup d’Etat au 20ème siècle. En 1934, Smedley Butler, général de division le plus décoré, est approché par des représentants de Wall Street pour renverser Franklin Roosevelt, considéré comme socialiste. Il refuse. Au cours de la Convention démocrate de 1944, le vice-président Henry Wallace est ovationné onze fois par les délégués qui souhaitent sa reconduction au poste de vice-président, faisant de lui le futur président des Etats-Unis en raison de l’état de santé de Roosevelt. Il allait être ovationné une douzième fois quand un inconnu cria « au feu ». La salle fut rapidement évacuée. Le lendemain Harry Truman était nommé vice-président. Henry Wallace était un pacifiste, décidé à poursuivre la politique d’apaisement de Roosevelt envers l’Union soviétique.

L’assassinat de John Fitzgerald Kennedy est le fait d’une élite composée de représentants du pouvoir politique, militaire et financier. Il fut du côté des faucons tout au long de sa carrière, mais rejoint le camp des colombes après la crise de Cuba où, tout comme Khrouchtchev, il eut l’occasion de mesurer la profondeur de l’abysse nucléaire. Dans son discours du 10 juin 1963, il indique la voie qu’il entend suivre désormais, à savoir une politique de détente avec l’Union soviétique. Ce discours lui fut fatal. L’avenir lui donna raison. La détente était la seule voie raisonnable. Le vote de la Floride du 7 novembre 2000 qui donna la victoire à George W. Bush suite à une décision inappropriée de la Cour suprême, est une fraude électorale qui s’assimile à un coup d’Etat.

La preuve que la politique des Etats-Unis n’est plus le fait des électeurs mais d’une élite nous est donnée par le général Wesley Clark, ancien commandant des forces de l’OTAN. Dans un discours au Commonwealth Club de Californie, le 3 octobre 2007, alors qu’il est candidat à l’élection présidentielle, il fait une déclaration stupéfiante : alors qu’il visite le Pentagone une dizaine de jours après le 11 septembre, un général de ses amis l’interpelle et lui demande de l’accompagner dans son bureau. Il lui apprend que dans les cinq ans les Etats-Unis vont envahir sept nations : l’Irak, la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et l’Iran. Wesley Clark dit alors à son auditoire : « ce pays est victime d’un coup d’Etat réalisé par Wolfowitz, Dick Cheney, Donald Rumsfeld et d’une demi-douzaine d’autres personnes dans le cadre du Projet pour un nouveau siècle américain. Ils veulent déstabiliser le Moyen Orient… alors qu’aucun sénateur ou député n’en est informé, et en l’absence de débat public. » ((7-8-9)) Alors qu’il était à Londres, Roland Dumas fut approché par des émissaires lui demandant d’intervenir auprès du gouvernement français pour faciliter le succès de ce projet. Il refusa de le faire.

Il ne fait aucun doute qu’une élite contrôle les principaux leviers du pouvoir aux Etats-Unis. C’est vrai dans la plupart des démocraties. C’est dans l’ordre naturel des choses?Platon l’a expliqué jadis. Encore faut-il savoir quelle est cette élite et quels sont ses objectifs.

 

La déstabilisation comme politique étrangère

 

N’ayant trouvé aucune arme de destruction massive, George W. Bush promit aux Iraquiens une démocratie vibrante. Quinze ans plus tard, elle n’est toujours pas au rendez-vous, et les Iraquiens vivent dans un pays dévasté. Les Libyens, qui ont perdu le leader qui leur apportait le bien-être matériel à défaut de liberté, vivent dans un pays détruit et divisé. Les Syriens ont fait le choix de se rallier derrière leur « tyran sanguinaire » pour sauver leur pays. Le Yémen est dans une situation humanitaire catastrophique qui n’a d’égal que l’indifférence dont elle est l’objet en Occident. Nous voyons là l’illustration de la politique décrite par le général Wesley Clark dans son discours du 3 octobre 2007.

Les néoconservateurs sont d’une hypocrisie incroyable lorsqu’ils reprochent à tort aux Russes d’être intervenus  dans l’élection présidentielle de 2016 alors qu’ils ont porté Boris Eltsine au pouvoir en 1996. Selon Dov Levin, du Carnegie Mellon University, les Etats-Unis seraient intervenus dans 81 élections nationales entre 1946 et 2000. Mais, selon Scott Shane du New York Times, ce serait pour la bonne cause ! Pas sûr que les victimes de ces interventions partagent son opinion.

 

Un fossé entre le peuple et ses élites

 

Les évènements de ces vingt-cinq dernières années ont creusé un fossé entre le peuple et ses élites dans les nations occidentales. Les Etats-Unis n’échappent pas à cette crise de la démocratie dont les causes sont profondes et difficiles à cerner. Pour autant, la division et la corruption semblent atteindre des sommets aux Etats-Unis. Ce n’est pas le sujet de cette note, mais un bref commentaire sur les principaux acteurs de Russiagate est révélateur.

Bill et Hillary Clinton, issus de milieux modestes, sont désormais à la tête d’une fortune évaluée à 120 millions de dollars et d’une fondation que certains évaluent à plus d’un milliard de dollars. Des soupçons de conflits d’intérêt entachent cette fondation. Hillary Clinton aurait utilisé sa position de Secrétaire d’Etat pour obtenir des donations en échange de services diplomatiques. Le FBI enquêterait sur ces agissements. Hillary Clinton a monnayé au prix fort ses conférences auprès de Wall Street. Goldman Sachs lui aurait versé 675.000 dollars pour trois conférences. Cela fait désordre pour une candidate de la gauche.

Après avoir espionné les fonctionnaires du sénat qui enquêtait sur la CIA, son patron, John Brennan, a nié le fait sur NBC, l’une des grandes chaînes américaines, avant de se rétracter suite à une déclaration de l’inspecteur général de l’agence. Le procureur spécial, Robert Mueller, ancien directeur de la CIA, vient d’être absous par la Cour suprême d’abus commis envers 700 étrangers suite à l’attaque du 11 septembre. La Cour a estimé que la sécurité nationale prévalait contre les libertés civiles. James Comey, autre ancien directeur de la CIA, s’imagine en Thomas Becket. Ses collègues l’appellent le « Cardinal ». Il ferait plus tôt penser à Olivier Cromwell. Un sondage révèle que 63% des personnes interrogées ne font pas confiance aux agences de renseignement.

A l’occasion de l’élection présidentielle, le fossé entre le peuple et ses élites a été flagrant. Environ 50% des électeurs se sont abstenus. Le président étant élu avec un peu plus de 50% des voix, il n’a donc le soutient que de 25% des électeurs. L’élite qui gouverne les Etats-Unis n’a d’autre objectif que de maintenir et si possible accroître son pouvoir et sa richesse. Elle est protéiforme. Ses objectifs secondaires qui parfois s’opposent font qu’elle est sujette à des dissensions. Elle n’en a pas moins remarquablement réussi ces vingt-cinq dernières années. En pourcentage de la richesse nationale produite, ses revenus ont retrouvé leur niveau de 1929 après avoir subi une baisse considérable dans les années d’après-guerre. L’inégalité croissance qui en résulte, particulièrement au niveau des « petits blancs », explique pour partie le succès de Donald Trump.

 

Les poupées de l’élite washingtonienne

Dans cet emboîtement de poupées russes, la plus petite et non la moindre est l’éviction de Bernie Sanders dans la course à la Maison Blanche par le Parti démocrate. La seconde est l’assassinat de Seth Rich qui fait suite au mystérieux décès de Shawn Lucas le jour où il devait déposer plainte pour fraude contre le Parti démocrate dans l’affaire Sanders. La troisième est la mise en accusation de Michael Flynn par des procédés douteux. La quatrième est l’intervention d’un citoyen des Etats-Unis auprès de la Russie pour le compte d’Israël. La cinquième et dernière est l’opération de désinformation mise en place par les agences de renseignement avec la complicité du personnel politique et des médias visant à faire de la Russie l’adversaire par excellence justifiant ainsi l’énorme budget du complexe militaro-industriel au nom d’une politique hégémonique insensée.

Le tout se résume à une conspiration – la conspiration d’une élite qui, en voulant consolider son pourvoir et ses avantages, détruit la nation à laquelle elle se félicite d’appartenir. Cela n’est pas sans rappeler les aristocrates de l’Ancien régime. La Révolution et les campagnes napoléoniennes firent suite à la royauté. Aux Etats-Unis, ce pourrait être la démocratie inversée du regretté Sheldon Wolin et Armageddon.

 

Jean-Luc Baslé
Ancien directeur de Citigroup à New-York
Auteur de  » L’ euro survivra-t-il ? « 

 

(1) Considérant que Donald Trump était un électron libre et Hillary Clinton une va-t-en-guerre, l’auteur de ces lignes a recommandé en novembre 2016 aux Américains de s’abstenir, sans se faire d’illusion sur le résultat, afin de provoquer une crise constitutionnelle qui redonnerait au peuple le pouvoir que jadis Abraham Lincoln lui promit.

(2)     Les deux premiers sont d’anciens directeurs de la CIA, le troisième est un spécialiste du contre-terrorisme.

(3)     Directeur de l’Agence nationale du renseignement d’août 2010 à janvier 2017.

(4)     La CIA, la NSA, le FBI et le Bureau du directeur de la National intelligence.

(5)     Directeur de la CIA de mars 2013 à janvier 2017.

(6)     Chris Hedges fut remercié pour avoir écrit un article sur le Moyen Orient qui ne correspondait pas à la ligne éditoriale du comité de rédaction du journal.

(7)     Secrétaire d’état à la Défense de 2001 à 2005.

(8)     Vice-président des Etats-Unis de 2001 à 2009.

(9)     Ministre de la défense de 2001 à 2006.

(10)     Cercle de réflexion dont les deux principaux animateurs sont William Kristol et Robert Kagan.

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Maison Blanche : L’Irak a le virus anthrax La Russie a créé NotPetya

Maison Blanche : L’Irak a le virus anthrax La Russie a créé NotPetya


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 16 février 2018

Hier soir, la Maison Blanche a accusé l’armée russe d’avoir créé et propagé le malware destructeur « NotPetya » qui, en juin 2017 a infesté de nombreuses entreprises internationales.

Déclaration du porte-parole

En juin 2017, l’armée russe a lancé la cyber-attaque la plus destructrice et la plus coûteuse de l’histoire.

L’attaque, surnommée « NotPetya » s’est rapidement propagée dans le monde entier, causant des milliards de dollars de dégâts en Europe, en Asie, et dans les Amériques. Elle s’inscrivait dans le cadre des efforts continus du Kremlin pour déstabiliser l’Ukraine, et témoigne toujours plus clairement de l’engagement de la Russie dans le conflit en cours. Il s’agit également d’une cyber-attaque irresponsable et tous azimuts qui aura des conséquences internationales.

Cette déclaration ressemble à s’y méprendre aux déclarations précédentes accusant l’Espagne d’avoir fait exploser le Maine ou Saddam Hussein d’avoir des armes de destruction massive.

Ni les États-Unis ni personne d’autre n’a présenté la MOINDRE preuve de la MOINDRE implication russe dans la création ou la diffusion du malware NotPetya. Les États-Unis l’affirment sans pouvoir le démontrer.

Il est, en général, absolument impossible d’attribuer à qui que ce soit de telles cyber-attaques. Comme l’a expliqué John McAfee, qui a fondé une société anti-virus :

« Lorsque le FBI ou tout autre organisme affirme que les Russes ou que les Chinois ou que les Iraniens ont fait quoi que ce soit, ils mentent » a déclaré M. McAfee. (…)

« Un hacker capable d’entrer par effraction dans un système est tout à fait capable d’effacer ses traces. Si j’étais Chinois et que je voulais faire croire que les Russes l’ont fait, j’utiliserais la langue russe dans le code. J’utiliserais des techniques russes pour entrer par effraction dans les organisations, donc il n’y a tout simplement pas moyen de déterminer la source d’une attaque – c’est un mensonge. » (…)

« Je peux vous le garantir, si on a l’impression que ce sont les Russes qui l’ont fait, oui je peux vous garantir que ce n’était pas les Russes. »

Je suis d’accord avec McAfee. La CIA est certainement aussi d’accord avec lui. En effet WikiLeaks a publié un certain nombre d’outils cybernétiques de la CIA qu’une de ses sources lui avait procuré. Il s’agissait notamment de logiciels spécialement conçus pour que les attaques soient attribuées à d’autres que leurs auteurs :

« À travers le programme UMBRAGE de la Remote Devices Branch, la CIA collecte, enregistre et archive une grande quantité de techniques de piratage et de logiciels malveillants ‘volés’ à d’autres acteurs et/ou produits dans d’autres États y compris la Fédération de Russie.

Avec UMBRAGE et des programmes de ce type, la CIA peut non seulement augmenter la variété de ses attaques, mais elle peut aussi faire croire que ceux à qui ces programmes malveillants ont été volés sont à l’origine des attaques en laissant derrière elle leurs ’empreintes’. »

Presque tous les éléments qui permettent d’identifier l’origine d’une cyber-attaque peuvent aisément être falsifiés pour accuser quelqu’un qui n’a rien à voir avec elle.

Le British National Cyber Security Center, qui fait partie de l’organisation britannique d’espionnage informatique GCHQ, affirme également que l’armée russe est « presque certainement » responsable de l’attaque de NotPetya. Le Canada et les Australiens disent aussi la même chose.

Mais attention – ce ne sont PAS des sources indépendantes. Ils font partie, avec la Nouvelle-Zélande, de l’alliance d’espionnage des « Five Eyes ». D’après les dossiers de la NSA publiés par Edward Snowden, nous savons que les Five Eyes sont en pratique dirigés par la US National Security Agency :

« Un document interne cite les paroles du chef de la NSA, le lieutenant-général Keith Alexander, lors d’une visite à Menwith Hill en juin 2008 : ‘Pourquoi ne pouvons-nous pas intercepter tous les signaux tout le temps ? On dirait que cette question pourrait faire l’objet d’un bon programme d’été pour Menwith’. »

Menwith Hill est une base d’espionnage de la Royal Air force et fait partie de l’infrastructure du GCHQ. Que le responsable de la NSA puisse lui dicter son « programme d’été » montre où se trouve le vrai pouvoir.

Le gouvernement russe récuse fermement les accusations.

NotPetya était un virus destructeur qui se dissimulait sous la forme d’un ransomware 1. Il était constitué à la base d’outils d’attaque développés par la NSA qui ont ensuite été diffusés anonymement par quelqu’un dont le pseudo était Shadow-Broker. Un des vecteurs d’attaque utilisé par NotPetya était le mécanisme de mise à jour de logiciels de comptabilité fiscale communs à l’Ukraine et à la Russie. Mais le virus s’est rapidement propagé dans le monde entier :

« La banque centrale de l’Ukraine ; les ordinateurs du gouvernement ; les aéroports ; le métro de Kiev ; la compagnie d’électricité d’État Ukrenergo ; le système de surveillance des rayonnements de Tchernobyl ; et d’autres machines du pays ont été attaqués. Tout comme le géant pétrolier russe Rosneft, le cabinet d’avocats DLA Piper, le géant biopharmaceutique américain Merck, l’annonceur britannique WPP et la compagnie danoise Maersk, entre autres. »

C’est à la compagnie maritime danoise Maersk que NotPetya a causé le plus grand dommage. Elle a dû redémarrer complètement toute son infrastructure et a perdu entre 250 et 300 millions de dollars à cause de l’attaque.

La question qu’il faut toujours se poser lorsque de telles accusations sont portées est celle-ci : quel intérêt celui qui en est accusé avait-il à le faire ?

En janvier, le Washington Post a donné le coup d’envoi des accusations étasuniennes sur le malware NotPetya :

« La CIA a attribué à des pirates militaires russes une cyber-attaque qui a endommagé les ordinateurs en Ukraine l’année dernière. Leur but était de perturber le système financier de ce pays dans le cadre du soutien militaire de la Russie aux séparatistes fidèles au Kremlin. (…)

Selon des rapports classifiés cités par les responsables du renseignement américains, la CIA est arrivée, en novembre dernier, à la conclusion ‘presque sûre’ que l’agence d’espionnage militaire du GRU avait créé NotPetya. (…)

Les pirates travaillaient pour le service d’espionnage militaire GTsST, ou Main Center for Special Technology, selon la CIA. Cette unité est fortement impliquée dans le programme de cyber-attaque du GRU, qui comprend le lancement d’opérations d’influence. »

Quel aurait bien pu être le motif de l’« armée russe » de répandre un malware (mal fichu) qui détruit au hasard les fichiers informatiques d’entreprises du monde entier, y compris ceux de Rosneft, le géant russe du pétrole ? Ceux qui croient que le système financier ukrainien était la cible se trompent presque certainement. D’ailleurs aucune preuve ne vient corroborer ça. La Banque centrale ukrainienne n’a été qu’une des milliers de victimes de l’attaque.

Seulement 50 % environ des entreprises contaminées se trouvaient en Ukraine. La plupart d’entre elles n’étaient pas des sociétés financières. L’attaque a été lancée au moyen d’un mécanisme de mise à jour d’un logiciel comptable qui est également utilisé en Russie. Ce vecteur d’attaque initial a probablement été choisi simplement pour sa facilité d’utilisation. La société de logiciels comptables était très mal protégée contre les attaques. Les premiers ordinateurs infectés ont ensuite utilisé un mécanisme différent pour propager le malware à d’autres machines. L’attaque a été lancée un jour férié ukrainien, ce qui n’était pas le meilleur moyen de la propulser le plus vite possible dans toute l’Ukraine.

Le fait que l’Ukraine et la Russie aient été frappées en premier par les logiciels malveillants n’est probablement qu’une question d’horaire. Les États-Unis et la majeure partie de l’Europe occidentale dormaient encore lorsque le virus a commencé à proliférer. Il n’a fallu que quelques heures aux firmes d’anti-virus, dont la société russe Kaspersky, pour identifier les logiciels d’attaque. Une solution pour limiter les dégâts a été trouvée en moins de douze heures. Au moment où la journée de travail commençait aux États-Unis les firmes d’anti-virus avaient déjà publié des conseils et un code de protection. Si l’attaque n’avait pas été enrayée par un logiciel de protection, elle aurait affecté beaucoup plus d’ordinateurs. Et la plupart d’entre eux n’auraient pas été en Ukraine.

Il est extrêmement douteux que l’attaque NotPetya puisse être attribuée à une organisation russe comme le prétendent les Étasuniens. Il est généralement impossible d’identifier avec certitude l’origine d’une telle cyber-attaque. Il est facile à n’importe quel concepteur de virus un tant soit peu compétent de modifier le code pour que le virus paraisse avoir été créé par un tiers. La CIA elle-même développe des outils qui permettent de le faire.

Les logiciels attaquants semblaient de qualité assez médiocre. C’était un fourre-tout mal conçu créé à partir de logiciels malveillants et d’outils espions connus. L’attaque ne se limitait pas à un pays ou à une cible en particulier. Elle peut au mieux être décrite comme un acte de vandalisme d’échelle mondiale ciblant tout le monde et personne. On ne voit pas pourquoi une organisation d’État russe quelle qu’elle soit ferait quelque chose d’aussi inepte.

En 2009, la Russie a proposé de conclure un traité international interdisant les cyber-attaques. Ce sont les États-Unis, sous Obama, qui l’ont rejeté en disant que c’était « inutile » ; et ils ont continué d’élargir leurs propres capacités d’attaque.

Le gouvernement étasunien a lancé une guerre froide 2.0 contre la Russie. Le motif semble être essentiellement financier. Faire la chasse à quelques « terroristes » ne nécessite  pas de gros budgets militaires, mais déclarer la guerre à une puissance nucléaire, si.

Les accusations actuellement proférées contre la Russie ne sont pas plus fondées que les allégations passées d’armes de destruction massive en Irak. Espérons que ces nouvelles accusations n’auront pas des conséquences aussi lourdes !

Traduction : Dominique Muselet

Note

  1. Un ransomware, ou rançongiciel, est un logiciel malveillant qui prend en otage des données personnelles.

http://lesakerfrancophone.fr/maison-blanche-lirak-a-le-virus-anthrax-la-russie-a-cree-notpetya

 

Manipulation d’une élection ? Les USA l’ont fait dans 45 pays

Source : Vocativ, le 30/12/2016

Par Shane Dixon Kavanaugh

Le 30 décembre 2016

La tentative russe d’influer sur les élections de 2016 continue de consumer la politique américaine d’autant que l’administration Obama a contre-attaqué avec une série de punitions visant les agences d’espionnage et les diplomates russes. La Maison-Blanche ce jeudi (29 décembre 2016) a expulsé 35 russes suspectés d’être des agents de renseignement, et imposé des sanctions contre les deux principales agences de renseignement du Kremlin en réponse à ce que les USA considèrent comme des cyberattaques conduites par les Russes pendant la campagne électorale. Pour le moment, le Président russe Vladimir Poutine a indiqué qu’il n’entendait pas répliquer, mais que cela pourrait changer.

Ce bouillonnant “œil pour œil” a entretenu la question de l’ingérence électorale au niveau national, alimentée plus encore par la croyance, parmi les services de renseignement américains, que la Russie voulait aider Donald Trump à ravir la présidence. Cependant, aucun des deux pays n’est étranger à ce type de manœuvres électorales à l’encontre d’autres nations. En fait, de récentes recherches du politologue Dov Levin montrent que les USA ont une longue et stupéfiante expérience de tentatives d’influencer des présidentielles de pays étrangers.

Levin, un enseignant post-doctorat à l’Institut de Politique & Stratégie de l’Université Carnegie-Mellon, a trouvé que les USA ont tenté d’influencer au moins 81 élections étrangères entre 1946 et 2000. Bien souvent pratiquées dans l’ombre, ces tentatives incluent aussi bien la conduite réussie des présidentielles aux Philippines dans les années 50 par des agents de la CIA, que la divulgation préjudiciables d’informations sur les Sandinistes marxistes pour influencer les électeurs nicaraguayens en 1990. En tout, les USA auraient tenté d’influencer les élections de plus de 45 nations au niveau mondial pendant cette période, ce que démontre Levin. Dans le cas de pays comme l’Italie ou le Japon, les USA auraient tenté d’intervenir dans au moins 4 élections différentes.

Les chiffres avancés par Levin ne comprennent pas les tentatives de coups d’État militaires ou les renversements de régime suivant l’élection d’un candidat non agréé par les USA, comme par exemple quand la CIA a aidé à renverser le premier ministre iranien Mohammad Mossadegh, démocratiquement élu en 1953. Levin définit une “immixtion électorale” comme “une opération financière conçue afin de déterminer le résultat d’une élection en faveur d’un des deux camps.” Selon les recherches de Levin, cela inclut : divulgation de fausses informations ou de propagandes, création de matériau électoral pour le candidat ou le parti favori, la fourniture ou le retrait d’aides étrangères, diffusion publique de déclarations menaçant ou favorisant un candidat. Souvent, cela comprend aussi le transfert secret de larges sommes d’argent, comme par exemple lors d’élections au Japon, au Liban, en Italie, et dans d’autres pays.

Pour construire sa base de données, Levin a utilisé des documents déclassifiés des services secrets US ainsi que des rapports du Congrès sur l’activité de la CIA. Il a aussi creusé des histoires qu’il a considérées comme fiables provenant de la CIA et des activités secrètes américaines, ainsi que des recherches universitaires sur les services d’espionnages US, des histoires diplomatiques de la Guerre froide et des mémoires d’anciens fonctionnaires de la CIA. La plupart des interventions américaines dans des élections étrangères ont été bien documentées, le Chili dans les années 60 ou Haïti dans les années 90 notamment. Qu’en est-il de Malte en 1971 ? Selon Levin, les USA auraient tenté de “booster” l’économie de cette minuscule île méditerranéenne dans les mois précédant l’élection.

Les recherches montrent que la plupart des ingérences américaines eurent lieu pendant la Guerre froide et avaient pour but de contenir l’influence soviétique à travers des mouvements locaux gauchistes. Et pour être clair, les USA n’étaient pas les seuls à s’immiscer dans des élections étrangères. Selon Levin, la Russie a tenté près de 36 fois d’influencer des élections entre la fin de la seconde guerre mondiale et la fin du 20ème siècle, ce qui, combiné avec les tentatives américaines, constituent 117 ingérences pendant cette période.

Et même après la chute de l’Union soviétique en 1991, Levin a découvert que les USA continuèrent leurs opérations à l’étranger, notamment en Israël, dans l’ancienne Tchécoslovaquie et même en Russie en 1996. Depuis 2000, les USA se sont immiscés dans les élections en Ukraine, au Kenya, au Liban, et en Afghanistan, entre autres.

Source : Vocativ, le 30/12/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Une base de données retrace l’historique des ingérences américaines dans des élections étrangères

Source : NPR, le 22/12/2016

Le 22 décembre 2016

Ari Shapiro du NPR discute avec Dov Levin, le chercheur de l’Université Carnegie Mellon au sujet de la base de données historique qui révèle les ingérences américaines dans les élections étrangères au fil des années.

ARI SHAPIRO, HOST : Ce n’est pas la première fois qu’un pays a tenté d’influencer le résultat des élections d’un autre pays. Les USA l’ont fait, également, selon le décompte d’un expert, plus de 80 fois à travers le monde, entre 1946 et 2000. Cet expert est Dov Levin de l’Université Carnegie Mellon. Je lui ai demandé de nous raconter des élections où l’intervention américaine a probablement entraîné une différence dans les résultats du vote.

DOV LEVIN : Un exemple est notre intervention en Serbie, Yougoslavie, lors de l’élection de 2000. Slobodan Milosevic était candidat à sa réélection et nous ne voulions pas qu’il reste au pouvoir à la suite de sa tendance, vous savez, à perturber les Balkans et ses violations des droits de l’Homme.

Aussi, nous sommes intervenus de différentes manières au bénéfice du candidat de l’opposition, Vojislav Kostunica. Et nous avons financé l’opposition, nous l’avons aidée et participé à la campagne. Et selon mes calculs, cette aide a été cruciale pour permettre à l’opposition de l’emporter.

SHAPIRO : A quelle fréquence ces interventions sont-elles rendues publiques ou restées secrètes ?

LEVIN : C’est environ un tiers d’interventions publiques et deux-tiers qui sont secrètes. En d’autres mots, elles ne sont pas connues des électeurs visés avant l’élection.

SHAPIRO : Votre décompte ne comprend pas les coups d’État, les tentatives de changement de régime. Il semble que, selon les définitions prises en compte, le total pourrait être en fait bien plus important.

LEVIN : Vous avez raison. Je ne comptabilise pas les coups d’État secrets comme celui mené par les USA en Iran en 1953 ou au Guatemala en 1954. J’ai comptabilisé les cas uniquement quand les USA ont tenté directement d’influencer une élection au bénéfice d’un seul des candidats. Les autres cas d’interventions, je n’en discute pas. Mais si devions compter ces derniers, bien sûr le total serait plus élevé, oui.

SHAPIRO : Combien de fois d’autres pays, comme la Russie par exemple, ont tenté d’infléchir une élection par comparaison avec les États-Unis ?

LEVIN : Eh bien, d’après ma base de données, les USA sont le pays le plus adepte de cette technique. La Russie ou l’Union soviétique depuis 1945 l’a utilisé moitié moins. Mon estimation indique 36 cas entre 1946 et 2000. Nous savons que les Chinois ont également utilisé cette technique et les Vénézuéliens quand feu Hugo Chavez était encore au pouvoir et aussi d’autres pays.

SHAPIRO : Les USA sont probablement plus bruyant que tout autre pays pour tenter de promouvoir la démocratie et les valeurs démocratiques dans le monde Est-ce que cela ne vous frappe pas comme incohérence dans ce message ?

LEVIN : Cela dépend si vous souhaitez aider le côté pro-démocrate – ce qui pourrait être le cas pour l’exemple évoqué précédemment sur Slobodan Milosevic. Je pense que cela pouvait être positif pour la démocratie. Si cela aide des candidats ou partis moins “sympathiques”, alors évidemment c’est moins bénéfique.

SHAPIRO : Évidemment, votre étude sur les tentatives réalisées au 20e siècle pour influencer des élections ne prend pas en compte les attaques informatiques car les ordinateurs n’étaient pas aussi nombreux auparavant.

LEVIN : Oui.

SHAPIRO : De votre point de vue, la technologie – comme nous l’avons vu lors de l’élection de novembre – change-t-elle spectaculairement les règles du jeu ? Ou est-ce juste la dernière évolution d’un effort qui utilise tous les outils mis à sa disposition ?

LEVIN : Je dirais que c’est plutôt ce dernier cas. Je pense que les Russes, ou les Soviétiques auparavant, faisaient rarement ce type d’intervention en l’absence des outils de piratage informatique – vous savez, les rencontres de personnes à la mode ancienne, dans un parc, en secret, donnant ou recevant des informations, dans ce style…

SHAPIRO : Dov Levin travaille au sein de l’Institute for Politics and Strategy de l’Université Carnegie Mellon. Merci de nous avoir rejoint.

LEVIN : Merci beaucoup.

Source : NPR, le 22/12/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

15 réponses à Manipulation d’une élection ? Les USA l’ont fait dans 45 pays

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No News] Quand un ancien directeur de la CIA confirme que les États-Unis interfèrent dans les élections étrangères…

Encore une No News peu relayée dans les médias :

Bien entendu, le fond est connu, mais il est toujours intéressant de disposer d’aveux officiels…

Le 2 poids 2 mesures est donc flagrant…

(Billet édité)

7 réponses à [No News] Quand un ancien directeur de la CIA confirme que les États-Unis interfèrent dans les élections étrangères…   Pour lire les 7 réponses ,cliquez ,sur le lien   :

No News] Quand un ancien directeur de la CIA confirme que les États-Unis interfèrent dans les élections étrangères…

Guide des principaux think tanks aux US. Qui paye ?

Guide des principaux think tanks aux US. Qui paye ?

Your guide to top anti-Russia think tanks in US & who funds them
© Alexander Novikov / Global Look Press

Par Bryan MacDonald – Le 8 février 2018 – Source Russia Today

Contrer la Russie est devenu une industrie lucrative à Washington. Ces dernières années, l’activité des think tanks a explosé. Mais qui finance ces organisations, qui travaille pour elles et quels sont les vrais agendas en jeu ?

Dès le départ, soyons clairs, le terme « groupe de réflexion » revient essentiellement à dire plus poliment « groupe de pression ». À quelques exceptions près, ils existent pour servir – et promouvoir – les agendas de leurs bailleurs de fonds.

Cependant, particulièrement aux États-Unis, le domaine est devenu de plus en plus louche et hypocrite, les lobbyistes recevant de faux titres académiques comme Senior Non-Resident Fellow et Junior Adjunct Fellow et autres. Et cet écran de fumée sert habituellement à obscurcir les vrais objectifs de ces opérations.

Les think tanks prennent leur origine dans l’Europe de l’âge des ténèbres. Dans la France du IXe siècle, pour être précis. Mais le mouvement américain moderne s’inspire des organisations britanniques apparues environ un millénaire plus tard, dont beaucoup, comme RUSI (1831), existent encore aujourd’hui. Le concept a probablement été introduit en Amérique par l’Écossais Andrew Carnegie. Et sa Dotation Carnegie pour la paix internationale (1910) est encore influente.

Pourtant, le véritable boom dans l’industrie du think tank est venu avec l’ère de la mondialisation. Avec une augmentation de 200 % en nombre depuis 1970. Et ces dernières années, ils sont devenus plus transnationaux, avec des États étrangers et des particuliers qui les parrainent afin de gagner la faveur de Washington.

Un pays qui n’a pas pris la peine de jouer à ce jeu est la Russie. Au lieu de cela, principalement dans les secteurs de la politique étrangère et de la défense, Moscou est souvent  l’ennemi numéro un. Voici quelques éléments significatifs du racket des think tanks qui se concentrent sur les menaces russes.

  • The Atlantic Council

Fondé en 1961

Qu’est-ce que c’est ? Essentiellement l’aile académique de l’OTAN. The Atlantic Council sert à relier les personnes utiles à l’ordre du jour de l’organisation en Europe et en Amérique du Nord. Cependant, au cours des dernières années, son recrutement s’est de plus en plus concentré sur les individus ou entités qui attaquent directement la Russie, en particulier sur les médias sociaux. Vraisemblablement, c’est pour leur assurer un revenu garanti afin qu’ils puissent continuer leurs activités, sans avoir à s’inquiéter de payer les factures.

Qui sont-ils ? La liste des lobbyistes The Atlantic Council (désolé, « Camarades » !) se lit comme un annuaire téléphonique du dénigrement de la Russie. Par exemple, Dmitri Alperovitch (de Crowdstrike, qui, comme par hasard, allègue que la Russie a piraté le Comité national démocrate) est rejoint par Anders Aslund, qui a prédit l’effondrement imminent de la Russie à plusieurs reprises et qui s’est manifestement planté. Ensuite, il y a la grenade russe de Joe Biden, Michael Carpenter et son récent article dans « Foreign Affairs » qui suggère qu’il sait très peu de choses sur le pays. Pendant ce temps, Evelyn Farkas, une russophobe fanatique qui a servi dans l’administration de Barack Obama a également trouvé un gîte ici. Un autre lobbyiste intéressant de The Atlantic Council est Eliot Higgins, un expert en géolocalisation qui a fait carrière en racontant des salades sur les guerres en Ukraine et en Syrie mais qui n’est évidemment pas intéressé par l’Irak et le Yémen, où les États-Unis et leurs alliés sont impliqués, mais où la Russie n’est pas particulièrement concernée. Enfin, nous ne pouvons pas oublier Michael Weiss de CNN, analyste russe autoproclamé qui, selon tous les témoignages, n’est jamais allé en Russie et ne parle pas russe.

  • The Center for European Policy Analysis (CEPA)

Fondé en 2005

Qu’est-ce que c’est ? Malgré son nom, le CEPA est basé à Washington, pas sur le vieux continent, mais il a un avant-poste à Varsovie. Ce club se concentre spécifiquement sur l’Europe centrale et orientale et la promotion de l’ordre du jour de l’armée américaine et de la politique étrangère. Pour, selon ses propres termes, créer une « Europe centrale et orientale ayant des liens étroits et durables avec les États-Unis ».

Qu’est ce qu’il  fait ? Le CEPA constitue un foyer pour des personnages des médias qui consacrent leur carrière à s’opposer à la Russie. Il attise les tensions, même quand elles n’existent pas vraiment, sans doute dans le but d’en faire profiter les affaires de ses sponsors, qui sont fortement représentés dans l’industrie militaire. Par exemple, il a passé son temps l’année dernière à exagérer la menace des exercices militaires « Zapad » communs à la Russie et à la Biélorussie, publiant même un compte à rebours sinistre avant que l’entraînement, prévu depuis longtemps, ne commence.

La CEPA a grossièrement surestimé l’ampleur de l’événement, déclarant que « cela pourrait être l’exercice militaire le plus important depuis la fin de la guerre froide » et rejetant fondamentalement toutes les déclarations de Moscou comme étant de la « désinformation ».

Qui sont-ils ? Le chroniqueur de Times of London, Edward Lucas, fait partie du CEPA depuis des années.

 @edwardlucas
La Pologne a choisi Raytheon. Même si les missiles ne fonctionnent pas, l’Amérique défendra ses clients  http://www.the-american-interest.com/2015/04/21/poland-picks-u-s-missile-shield/ 
       La Pologne choisit le bouclier anti-missile US 

Le choix du système Patriot system pour sa défense anti-missile va renforcer la coopération avec les US dans le secteur de la défense. C'est aussi un signe que Varsovie prend au sérieux ses devoirs de défense collective.

Ce  dévoué Combattant de la Guerre froide ne semble pas avoir passé beaucoup de temps en Russie depuis longtemps et semble encore voir le pays à travers un prisme très ancré dans le passé. Ainsi, c’est plus ou moins un dinosaure déconnecté lorsqu’il s’agit d’expertise sur la Russie. Il sera bientôt rejoint par Brian Whitmore, qui arrive à bord en provenance de Radio Free Europe/Radio Liberty  et semble être encore plus mal informé que Lucas. Son travail pour le radiodiffuseur étatique américain lui a valu le titre de « Lord Haw Haw de Prague » où il est basé depuis quelques années. Le CEPA est une organisation assez fluide et, jusqu’à récemment, Anne Applebaum et Peter Pomerantsev figuraient également sur la liste des lobbyistes. Le premier est un chroniqueur polono-américain du Washington Post qui dénigre obsessionnellement la Russie et ce dernier a déjà travaillé avec Michael Weiss du Conseil Atlantique, ce qui montre à quel point le monde russophobe est petit et consanguin.

Qui paie ? Alors que d’autres groupes de réflexion essaient au moins de donner un aspect semi-organique à leur financement, le CEPA semble n’avoir aucun problème à propos de son rôle de porte-parole des entrepreneurs de la défense. Ce qui est, au moins, honnête. FireEye, Lockheed Martin, Raytheon, Bell Helicopters et BAE abondent des fonds et sont rejoints par le Département d’État américain et le Département de la Défense. Un autre payeur notable est le National Endowment for Democracy – des experts du changement de régime qui sont sûrement intéressés par le mandat du CEPA de couvrir également la Biélorussie. La Mission des États-Unis auprès de l’OTAN et la Division de la diplomatie publique de l’OTAN fournissent également des liquidités.

  • German Marshall Fund of the United States

Fondé en 1972

Qu’est-ce que c’est ? Ne vous laissez pas berner par le nom, le German Marshall Fund (GMF) est un organisme très américain ces jours-ci avec peu d’apport de Berlin. Il a été fondé par un don du gouvernement de Willy Brandt, à Bonn, pour célébrer le 25e anniversaire du plan Marshall. Ironie du sort, on se souvient aujourd’hui de Brandt comme le père de l’Ostpolitik, qui cherchait un rapprochement entre l’Allemagne et la Russie.

Qu’est ce qu’il fait ? Après la chute de l’Union soviétique, le GMF s’est transformé en un véhicule de promotion de l’influence américaine en Europe de l’Est, avec des antennes à Varsovie, Belgrade et Bucarest. Cependant, au cours des 12 derniers mois, cela a pris un tour très étrange. À la suite de l’élection du président américain Donald Trump (ironiquement un américano-allemand) le groupe de pression a lancé le projet Alliance for Securing Democracy (ASD). Sa pièce maîtresse est le Hamilton 68 Dashboard, qui semble classer les utilisateurs de médias sociaux rejetant le consensus de l’élite libérale américaine comme des trolls russes. La réaction a été très critique, même le site d’opposition russe Meduza, secrètement financé, a demandé : « comment identifiez vous les ‘amplificateurs pro-russes’ si (…) les thèmes s’accordent avec les alternatives politiques américaines ? ».

Qui sont-ils ? Le GMF, en particulier grâce à son nouveau jouet l’ASD, a une bande de lobbyistes très en vue. Parmi eux, Toomas Ilves, un fils d’émigrés estoniens d’origine américaine qui dirigeait autrefois le bureau estonien de l’ancienne radio de la CIA, Radio Free Europe, avant de devenir président de l’Estonie. Sont aussi à bord Bill Kristol, connu comme « l’architecte de la guerre en Irak » et l’ancien directeur de la CIA, Michael Morrell. L’ancien ambassadeur des États-Unis en Russie, Michael McFaul, qui a récemment annoncé qu’il abandonnait partiellement sa bourse pour l’étude du russe et qu’il avait « perdu tout intérêt à maintenir sa  capacité (sic) à parler et écrire le russe » est un autre membre de l’équipe.

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Après avoir servi dans l’équipe d’Obama, McFaul s’est réinventé en tant que personnalité de la télévision en réseau depuis 2016 avec 280 000 abonnés Twitter, dont 106 000 sont des faux, selon un audit Twitter.

Qui paie ? L’USAID est un gros bailleurs de fonds, avec un montant annuel à sept chiffres (plus d’un million). Ceci, bien sûr, soulève quelques questions pour les contribuables américains qui financent essentiellement le Hamilton 68 dashboard, ce qui peut diffamer comme agents russes les Américains qui ne sont pas d’accord avec les politiques de leur gouvernement. Le Département d’État apporte également des capitaux, tout comme l’OTAN et le ministère de la Défense de Lettonie. D’autres contributeurs intéressants sont George Soros, Airbus et Google. Alors que Boeing et l’omniprésent Raytheon sont également impliqués.

  • Institute for the Study of War

Fondé en 2007

Qu’est-ce que c’est ? Ce groupe de pression pourrait tout aussi bien s’intituler « L’Institut pour la promotion de la guerre ». Contrairement aux autres, il ne considère pas la Russie comme sa cible principale, préférant plutôt pousser à plus de conflits au Moyen-Orient. Cependant, l’influence accrue de Moscou dans cette région a amené le Kremlin dans son collimateur.

Qu’est ce qu’il fait ? L’IFTSOW s’agite pour de plus en plus d’agression américaine. Il a soutenu la poussée en l’Irak et a encouragé une plus grande implication en Afghanistan. L’IFTSOW se concentre également sur la Syrie, la Libye et l’Iran. Pas plus tard que la semaine dernière, l’une de ses lobbyistes, Jennifer Cafarella, a appelé l’armée américaine à prendre Damas, ce qui mettrait Washington en conflit direct avec la Russie et l’Iran.

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Qui sont-ils ? Kimberly Kagan est le cerveau derrière cette opération. Elle est mariée à Frederick Kagan, qui a été impliqué dans le groupe néoconservateur « Projet pour le nouveau siècle américain » avec son frère, Robert Kagan. Ce qui fait de Kimberly la belle-soeur de Victoria « f ** k the EU » Nuland.

Une autre lobbyiste est l’Ukrainienne Natalia Bugayova, impliquée dans le coup d’État de l’EuroMaïdan à Kiev en 2014. Elle a précédemment travaillé pour le Kiev Post, un journal résolument anti-russe qui défend les intérêts américains en Ukraine. Cependant, le lobbyiste le plus célèbre de l’IFTSOW a été Elizabeth O’Bagy, qui a émergé en tant qu’expert de la Syrie en 2013 et a appelé les dirigeants politiques américains à envoyer des armes lourdes aux groupes d’insurgés syriens. Elle a prétendu détenir un doctorat de l’Université de Georgetown à Washington, DC, mais c’était une fiction et une fois que les médias s’en sont mêlés, elle a été renvoyée par l’IFTSOW. Deux semaines plus tard, elle a été récompensée pour sa tromperie en trouvant un boulot avec le sénateur russophobe John McCain. O’Bagy a également collaboré avec Michael Weiss de The Atlantic Council, ce qui prouve une fois de plus à quel point le monde du plaidoyer néoconservateur russophobe américain est très soudé.

Qui paie ? De manière prévisible, Raytheon a ouvert son portefeuille. Pendant ce temps, d’autres entrepreneurs militaires américains comme General Dynamics et DynCorp sont également impliqués. L3, qui fournit des services au département de la Défense des États-Unis, au Department of Homeland Security et aux agences de renseignement gouvernementales, est également un bailleur de fonds avec Vencore, CACI et Mantech.

Bryan MacDonald

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/guide-des-principaux-think-tanks-aux-us-qui-paye

 

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