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L’Égypte pose les conditions de sa levée du siège de Gaza

L’Égypte pose les conditions de sa levée du siège de Gaza

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Alors que les envoyés spéciaux US, Jared Kushner et Jason Greenblatt, sont arrivés en Égypte après avoir été reçus en Jordanie et en Arabie saoudite, le cabinet du président al-Sissi a annoncé qu’il soutenait un volet du plan de paix US.

Le Caire lèverait le siège de Gaza si les pays du Golfe construisaient un port et un aéroport à Gaza et si le Hamas restituait les prisonniers israéliens qu’il détient.

http://www.voltairenet.org/article201610.html

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Sommet Trump/Kim : ce que Kushner a murmuré à l’oreille de MBS

Sommet Trump/Kim : ce que Kushner a murmuré à l’oreille de MBS

#ArabieSaoudite

Le commentateur saoudien anonyme, auteur de révélations fracassantes sur le système des ben Salmane, dévoile que Kushner a partagé des secrets avec son ami MBS concernant le sommet historique de Singapour

Jared Kushner, gendre et conseiller de Donald Trump, aurait fait des révélations rassurantes à MBS
MEE's picture
14 juin 2018
Dernière mise à jour :
14 juin 2018

« Kushner a révélé au prince héritier saoudien des secrets que ne détient qu’un cercle très restreint à la Maison-Blanche, des secrets qu’ignore même le Congrès. » Le premier tweet du très informé commentateur saoudien anonyme, qui utilise le pseudonyme Mujtahidd, est un bon préambule pour les révélations qu’il publie sur Twitter.

Quels secrets se sont confiés les deux amis, Jared Kushner, conseiller et gendre du président Donald Trump, et Mohammed ben Salmane, prince héritier du Royaume d’Arabie saoudite ?

Traduction : « Kushner a révélé au prince héritier saoudien des secrets que ne détient qu’un cercle très restreint à la Maison-Blanche, des secrets qu’ignore même le Congrès… » 

« MBS était très inquiet suite à l’annonce du sommet Trump/Kim. Il craignait qu’un tel événement puisse être réédité avec l’Iran, marquant une ouverture du président américain envers Téhéran – qui tournerait donc le dos au prince héritier », explique Mujtahidd. Le 12 juin, un sommet historique a réuni le président américain et son homologue nord-coréen, Kim Jong-un,  à Singapour. Une rencontre inédite qui s’est soldée par la signature d’un accord de dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Chantage

Selon Mujtahidd, « Kushner a expliqué à Mohammed ben Salmane que Trump voulait propager l’image d’un homme de paix en rencontrant Kim, avant d’affronter militairement l’Iran. »

Les deux trentenaires sont réputés proches. Une proximité souvent critiquée, notamment quand le prince saoudien se vanta auprès du prince héritier d’Abou Dabi, Mohammed ben Zayed, que le conseiller de Trump « était dans sa poche ». Les deux hommes ont eu de nombreuses rencontres et semblent être sur la même longueur d’ondes face aux gros dossiers du Moyen-Orient – Jared Kushner est conseiller sur ce dossier auprès de son beau-père. En tête de liste des dossiers : le conflit israélo-palestinien, mais surtout, l’Iran, une obsession saoudienne.

À LIRE ► Le prince héritier Mohammed ben Salmane a soudoyé Donald Trump, selon un lanceur d’alerte saoudien

Autre détail révélé par Kushner – visé par l’enquête du FBI sur une éventuelle collusion entre la Russie et l’équipe de campagne de l’actuel président américain – à son ami saoudien : « le leader nord-coréen était d’accord pour annoncer la dénucléarisation totale de son pays avant la tenue du sommet de Singapour. Mais, Pékin, ayant remarqué l’enthousiasme de Trump devant cette perspective, a décidé de faire du chantage à Washington : pas de sommet entre Trump et Kim si les États-unis ne mettent pas un terme à leur guerre commerciale contre la Chine. »

Pékin aurait donc fait donc pression sur Kim Jong-un pour qu’il recule sur la dénucléarisation, ce qu’il fit, toujours selon les révélations de Mujtahidd. Pour rappel, le premier vice-ministre des Affaires étrangères nord-coréen Kim Kye-gwan avait, dans une volte-face surprenante, annoncé le 16 mai dernier, que Pyongyang allait reconsidérer la tenue du sommet de Singapour si les États-unis continuaient à insister sur une dénucléarisation unilatérale. Washington a réagi en annulant le sommet, avant que les deux parties n’en reviennent à de meilleurs sentiments.»

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (Reuters)

La relance du processus de désescalade a été possible, d’après Mujtahidd, grâce aux concessions de Trump aux Chinois. « Secrètement, Trump a promis à la Chine de faire cesser la guerre commerciale qu’il mène contre elle ». Le président américain aurait même donné une garantie de sa « bonne foi » : « Il a levé les sanctions contre la société chinoise d’équipements téléphoniques, ZTE, accusée dans un premier temps d’espionnage économique et technique ».

MBS tout fier

C’est ainsi que Pékin a permis au leader nord-coréen de s’engager à nouveau sur l’accord nucléaire. Le 27 mai, Trump a confirmé dans un tweet qu’un accord avait été trouvé pour solder l’affaire ZTE : moyennant une amende d’1,3 milliard de dollars, l’équipementier chinois va pouvoir importer à nouveau les composants américains dont il a besoin pour ses propres produits.

« Mohammed ben Salmane, après les explications de Kushner, s’est senti rassuré par le fait que la confrontation avec l’Iran est en bonne route »

– Mujtahidd

« Mais le Congrès a refusé la décision de Trump concernant ZTE. Alors, comme l’a révélé Kushner à ben Salmane, le président américain a promis aux Chinois d’user de son droit de véto pour contrecarrer le Congrès », poursuit Mujtahidd. « Quant à la guerre commerciale contre la Chine, Trump a chargé son secrétaire au Commerce, en coordination avec les Chinois, de mettre sur pied un scénario de désescalade graduelle qui n’éveille pas l’attention de l’Europe avec laquelle il s’est accroché au sommet du Canada ».

Concluant sa série de tweets, Mujtahidd rapporte que « Mohammed ben Salmane, après les explications de Kushner, s’est senti rassuré par le fait que la confrontation avec l’Iran est en bonne route. Il est actuellement dans un état excessif de fierté et d’orgueil, parce qu’il est en possession de secrets que ne détient même pas le Congrès, ni de nombreuses autres institutions américaines, des secrets concernant un évènement aussi majeur que le sommet Trump/Kim. Il n’arrête pas de s’en vanter dans son petit cercle. »

Middle East Eye n’a pas été en mesure de vérifier les allégations de Mujtahidd au moment de la publication.

http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/sommet-trumpkim-ce-que-kushner-murmur-l-oreille-de-mbs-2050263473

Ce que la politique de domination énergétique de Trump signifie pour le monde, par Alastair Crooke

24.juin.2018 // Les Crises

Ce que la politique de domination énergétique de Trump signifie pour le monde, par Alastair Crooke

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 05-06-2018

Il y a deux semaines, nous avons écrit sur la façon dont la politique étrangère du président Trump s’était en quelque sorte « repliée sur elle-même » dans un « néo-américanisme ». Nous avons cité Russell-Mead, professeur de politique étrangère américaine, qui suggérait que la métamorphose du 8 mai de Trump (la sortie de la Joint Comprehensive Plan of Action, JCPOA [l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, NdT]), représentait quelque chose de nouveau, un changement de direction (lui qui était un habile négociateur), vers « une ère néo-américaine de la politique mondiale – plutôt qu’une ère post-américaine [Obama-iste] ». « L’administration veut accroître le pouvoir des États-Unis, plutôt que de s’adapter à son déclin (comme l’aurait fait Obama). Pour l’instant, au moins, le Moyen-Orient est la pièce maîtresse de cette nouvelle affirmation », estime Russell-Mead, expliquant que cette nouvelle impulsion de Trump provient de ses instincts qui lui disent que la plupart des Américains sont tout sauf désireux d’un monde “post-américain”. Les partisans de M. Trump ne veulent pas de longues guerres, mais ils ne se résignent pas non plus au déclin national ».

Il y a là quelque chose de paradoxal : Trump et sa base déplorent le coût et l’engagement de l’immense parapluie défensif américain, disséminé à travers le monde par les internationalistes (sentiments aggravés par l’ingratitude supposée de ses bénéficiaires) – mais le Président veut « élargir le pouvoir américain, plutôt que de s’ajuster au déclin ». C’est-à-dire qu’il veut plus de pouvoir, mais moins d’empire. Comment pourrait-il résoudre la quadrature du cercle ?

En fait, un indice est apparu presque un an plus tôt, lorsque le 29 juin 2017, le Président a utilisé un mot tout à fait inattendu dans un discours lors d’un événement du Département de l’énergie : Libérer l’énergie américaine. Au lieu de parler de l’indépendance énergétique américaine, comme on pouvait s’y attendre, il a plutôt annoncé une nouvelle ère de « domination » de l’énergie américaine.

Dans un discours « qui cherchait à souligner une rupture avec les politiques de Barack Obama », note le Financial Times, M. Trump a lié l’énergie à son programme America First… Il a déclaré « La vérité est que nous avons maintenant des réserves d’énergie presque illimitées dans notre pays. Nous sommes vraiment aux commandes, et vous savez quoi ? Nous ne voulons pas que d’autres pays nous privent de notre souveraineté et nous disent quoi faire et comment le faire. Ça n’arrivera pas. Avec ces ressources incroyables, mon administration visera non seulement la tant attendue indépendance énergétique américaine, mais aussi la domination énergétique américaine ».

Il semble, comme l’explique Chris Cook, que Gary Cohn, qui était alors conseiller économique en chef du Président, ait joué un rôle dans la genèse de cette ambition. Cohn (alors chez Goldman Sachs), avec un collègue de Morgan Stanley, a conçu en 2000 un plan pour prendre le contrôle du marché mondial du pétrole par le biais d’une plateforme de négociation électronique basée à New York. En résumé, les grandes banques ont attiré d’énormes sommes « d’argent géré » des opérateurs financiers (des fonds spéculatifs, par exemple), vers le marché, pour parier sur les prix futurs (sans qu’elles ne prennent jamais réellement livraison de pétrole brut : le commerce du « pétrole papier », plutôt que du pétrole physique). Et, en même temps, ces banques travaillaient en collusion avec les principaux producteurs de pétrole (y compris, plus tard, l’Arabie Saoudite) pour préacheter du pétrole physique de telle manière que, en conservant, ou en déversant du brut physique sur le marché, les grandes banques de New York ont pu « influencer » les prix (en créant une pénurie ou une surabondance).

Pour donner une idée de la capacité de ces banquiers à « influer » sur les prix, mi-2008, on estimait que quelque 260 milliards de dollars d’investissements (spéculatifs) d’argent « géré » étaient en jeu sur les marchés de l’énergie, éclipsant complètement la valeur du pétrole qui est effectivement extrait en mer du Nord chaque mois, entre 4 et 5 milliards de dollars au plus. Ces jeux d’options pétrolières « papier » l’emporteraient donc souvent sur les « fondamentaux » de l’offre réelle et de la demande réelle de l’utilisateur final.

Pour Cohn, la « première étape » consistait donc, pour les États-Unis, à gérer le marché du négoce, à la fois en termes de prix et d’accès, les concurrents des américains, tels que l’Iran ou la Russie, pouvant accéder au marché à des conditions moins avantageuses, voire pas du tout. La « deuxième étape » présumée a été de soutenir la production américaine de pétrole de schiste, de construire de nouveaux terminaux américains d’exportation de GPL [Gaz de Pétrole Liquéfié, NdT] et de développer la prospection pétrolière et gazière américaine, tout en forçant le reste du monde, de l’Allemagne à la Corée du Sud et à la Chine, à acheter des exportations américaines de gaz. « Troisièmement », avec les exportations de pétrole du Golfe déjà sous l’égide des États-Unis, il y avait alors deux grands producteurs d’énergie du Moyen-Orient hors de la zone « d’influence » du cartel (tombant davantage dans le « cœur » stratégique de production d’énergie de la Russie) : L’Iran – qui est maintenant visé par une opération de changement de régime et dont les exportations de pétrole font l’objet d’un blocus, et l’Irak, qui fait l’objet d’intenses pressions politiques (douces, comme la menace de sanctions en vertu de la loi Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) pour forcer son adhésion à la sphère occidentale.

Comment reformuler simplement, cette notion de domination énergétique ? Les États-Unis – si la domination de l’énergie réussissait – contrôleraient simplement le robinet du développement économique – ou son absence – pour ses concurrents que sont la Chine et l’Asie. De cette manière, les États-Unis auraient également le pouvoir de réduire les revenus de la Russie. En bref, les États-Unis pourraient étrangler les plans de développement économique de la Chine et de la Russie. Est-ce la raison pour laquelle le JCPOA a été révoqué par le Président Trump ?

Voici donc la quadrature du cercle (plus de puissance américaine, mais moins d’empire) : Les objectifs américains de Trump pour « dominer », non pas par le biais de l’infrastructure permanente des mondialistes du parapluie de défense américain, mais en utilisant intelligemment le dollar américain et le monopole de la compensation financière, en protégeant et en contrôlant étroitement la technologie américaine et en dominant le marché de l’énergie, qui, à son tour, constitue pour les concurrents des USA un interrupteur marche/arrêt de la croissance économique. De cette façon, Trump pourra ‘ramener les soldats à la maison’, sans pour autant que l’Amérique perde sa position hégémonique. Le conflit militaire deviendrait un dernier recours.

Le conseiller principal Peter Navarro a déclaré sur NPR [la radio publique aux USA, NdT] cette semaine : « nous sommes en mesure de les empêcher [les Chinois] de mettre nos entreprises de haute technologie en faillite » et « d’acheter nos joyaux technologiques… Chaque fois que nous produisons une innovation, la Chine vient l’acheter ou la voler ».

Le plan de Trump serait-il le suivant : La domination du marché et la guerre commerciale pour prolonger la « suprématie » de l’Amérique en matière de technologie, de finance et d’énergie, au lieu d’être réduits à s’adapter au déclin ? Et, en agissant de la sorte, réduire – ou du moins retarder – l’émergence de rivaux ? Dans ce contexte, deux questions se profilent immédiatement : Cette formule est-elle l’adoption, par l’administration américaine, du néo-conservatisme tant haï par la base électorale de Trump ? Et, deuxièmement, l’approche peut-elle fonctionner ?

Il ne s’agit peut-être pas de néo-conservatisme, mais plutôt de retravailler un thème. Les néo-conservateurs américains voulaient, en majorité, porter des coups aux parties du monde qu’ils n’aimaient pas, pour y substituer quelque chose qui leur convenait. La méthode Trump est plus machiavélique.

Les racines de ces deux courants de pensée résident cependant – plus qu’en partie – dans l’influence de Carl Schmitt sur la pensée conservatrice américaine par l’intermédiaire de son ami Leo Strauss, à Chicago (que Trump ait, ou non, lu ces deux hommes, les idées circulent toujours dans la sphère américaine). Schmitt a soutenu que la politique (contrairement aux idées libérales et humanistes) n’a rien à voir avec la justice ou l’équité dans le monde – qui sont du ressort des moralistes et des théologiens. La politique, pour Schmitt, est une question de pouvoir et de survie politique, rien de plus.

Les progressistes (et les internationalistes), a suggéré Schmitt, ont du mal à utiliser le pouvoir pour écraser les forces alternatives qui émergent : leur vision optimiste de la nature humaine les amène à croire en la possibilité de médiations et de compromis. L’optique de Schmitt, se moquant bien de telles positions humanistes, privilégie le rôle du pouvoir, pur et simple, basé sur la compréhension de la nature véritable des « autres » et des rivaux. Ce point semble toucher aux fondamentaux du raisonnement de Trump : Obama et les « progressistes » étaient prêts à sacrifier les « joyaux de la couronne » de « notre culture » (expertise financière, technologique et énergétique) dans le cadre d’une « action positive » multilatérale qui aurait aidé les États moins développés (comme le rival Chinois, tout en en haut de l’échelle). C’est peut-être la raison pour laquelle Trump s’est retiré de l’accord sur le climat : Pourquoi aider des rivaux potentiels, tout en imposant des handicaps volontaires à sa propre civilisation ?

C’est sur cette base très étroite (l’impératif de garder le pouvoir américain intact), que les néo-conservateurs et les partisans de Trump se retrouvent. Ils partagent aussi le mépris pour les humanistes utopiques prêts à brader les joyaux de la civilisation occidentale pour d’autres idéaux humanistes afin d’aider les rivaux de l’Amérique à se développer et à dépasser l’Amérique et sa civilisation (dans cette optique).

Le terrain d’entente entre les deux courants s’exprime avec une candeur remarquable à travers le commentaire de Berlusconi selon lequel « nous devons être conscients de la supériorité de notre civilisation [occidentale] ». Steve Bannon dit à peu près la même chose, bien qu’exprimée en termes de bien-fondé de la sauvegarde d’une civilisation judéo-chrétienne occidentale (qui serait menacée).

Ce sens de l’avantage civilisationnel, qui doit à tout prix être recouvré et préservé, contribue peut-être en partie (mais pas entièrement) à expliquer le soutien inconditionnel que Trump apporte à Israël : S’adressant à Channel Two d’Israël, Richard Spencer, un des principaux dirigeants de l’Alt-Right américaine (qui est une des composantes de la base électorale de Trump), a souligné le sentiment profond de spoliation ressenti par les Blancs, dans leur propre pays [les États-Unis] :

« … un citoyen israélien, quelqu’un qui comprend votre identité, qui a le sentiment de l’appartenance à une nation et à un peuple, qui est marqué par l’histoire et l’expérience du peuple juif, vous devriez le respecter comme moi, qui ai des sentiments analogues à l’égard des Blancs. Vous pourriez dire que je suis un sioniste blanc – dans le sens où je me soucie de mon peuple, où je veux une patrie sûre pour nous et pour nos proches. Tout comme vous voulez une patrie sûre en Israël. »

En fait, la tentative de tirer parti de la culture des élites américaines, en leur fournissant les armes que sont le dollar et l’hégémonie énergétique supposée avec son emprise sur les transferts de technologie, peut-elle réussir à s’accrocher à la « culture » américaine (dans la conception réductionniste de la base de Trump) ? C’est la question à soixante-quatre mille dollars [Sorte de jeu des mille francs américain NdT], comme on dit. Cela pourrait aussi provoquer une réaction inverse, tout aussi puissante ; et beaucoup de choses peuvent se produire au niveau national aux États-Unis, d’ici aux élections de mi-mandat de novembre, qui pourront soit confirmer le président au pouvoir – soit le déstabiliser. Il serait risqué de tenter des analyses au-delà de cet échéance.

Mais il y a un point plus important. Tandis que Trump est obnubilé par la civilisation et l’hégémonie américaines, les dirigeants non-occidentaux d’aujourd’hui pensent de manière tout aussi passionnée qu’il est temps pour « le siècle américain » de céder le pas. Tout comme, après la Seconde Guerre mondiale, les anciens États coloniaux voulaient l’indépendance. Désormais, ces dirigeants veulent mettre fin au monopole du dollar, ils veulent se retirer de l’ordre mondial dirigé par les États-Unis avec leurs institutions dites « internationales » ; ils veulent « exister » à leur manière, avec leur culture propre – et ils veulent retrouver leur souveraineté. Il ne s’agit pas seulement d’un nationalisme culturel et économique, mais d’un point d’inflexion significatif – loin de l’économie néolibérale, de l’individualisme et du mercantilisme brut – vers une expérience humaine plus épanouie.

Le raz-de-marée, après la Seconde Guerre mondiale, était certainement irréversible. Je me souviens même que les anciennes puissances coloniales européennes ont par la suite déploré leur retrait forcé : « Ils vont [les anciennes colonies] le regretter », ont-elles prédit avec assurance. (En fait non, ils ne l’ont jamais fait.) La marée monte en force aujourd’hui et s’est même étendue à l’Europe, où, qui sait, les Européens auront peut-être le courage de repousser les manœuvres financières et commerciales de Trump : il s’agira là d’un test déterminant pour la suite des événements.

Mais ce qui est différent aujourd’hui (par rapport à l’époque), c’est que l’hégémonie monétaire, l’avance technologique et la « domination » énergétique ne sont pas du tout garanties pour les occidentaux. Elles ne leur appartiennent plus. Elles ont commencé à migrer, il y a quelque temps.

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 05-06-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/ce-que-la-politique-de-domination-energetique-de-trump-signifie-pour-le-monde-par-alastair-crooke/

Kafka, stratège crisique entre la Turquie et le F-35

Kafka, stratège crisique entre la Turquie et le F-35

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Kafka, stratège crisique entre la Turquie et le F-35

Dans ces temps difficiles pour l’alliance transatlantique, sans parler de la complexité de la situation syrienne, il était évident que si vous mettiez au départ en présence le président turc Erdogan, le Congrès des États-Unis et le F-35, vous risquiez de connaître des complexités labyrinthiques et une sorte de tragédie-bouffe kafkaïenne. La situation se corsait encore plus si les Turcs avaient entretemps commandé le missile sol-air russe S-400, transaction inadmissible pour les USA et cas de rupture des livraisons non encore commencées de F-35 au Turquie ; et que dire de plus si Erdogan, dans un de ces emportements lyriques dont il a le secret, annonçait que non seulement il achetait du S-400 mais qu’il proposait aux Russes une production commune du S-500 ?

(Pour l’instant et à notre connaissance simplement, les Russes n’ont rien dit de public ni d’officiel sur ce projet à première vue assez baroque, c’est-à-dire “erdogien” de “développement/production en commun” du S-500. [Le S-500 est actuellement en développement final en Russie. Il s’agit du dernier-né de la série des missiles sol-air à longue distance de la Russie, et on lui prête de grandes capacités antimissiles, y compris contre des ICBM, y compris contre d’éventuels missiles hypersoniques.] Laissons voir venir tout cela…)

Mais tenons-nous au F-35, l’affaire étant déjà bien assez compliquée avec ce seul acteur. Depuis qu’il est apparu que la Turquie semblait s’intéresser au S-400 russe (peut-être, éventuellement, puis de plus en plus sûrement, c’est presque fait, etc…), jusqu’à signer un contrat avec la Russie en décembre 2017, les USA ont commencé leur valse des pressions et des menaces. Le facteur JSF est apparu vers la fin 2017 (s’il y a achat de S-400, la vente des F-35 est remise en question) parce que le S-400 est une des nombreuses obsessions US, et sans doute l’une des plus puissantes, concernant la Russie. On arrive aujourd’hui dans un goulot d’étranglement avec un étrange couple de deux nouvelles : le vote du Sénat vers une interdiction conditionnelle de livrer le F-35 à la Turquie et la pseudo-“livraison” des deux premiers F-35 à la Turquie, avec la précision qu’ils resteront aux USA et ne seront certainement pas transférés à la Turquie d’ici l’été 2019… Voici ce qu’il se passe plus précisément :

• Lundi, le Financial Times, journal éminemment sérieux, annonçait que le Sénat avait entamé par un premier vote la procédure législative interdisant le transfert de chasseurs F-35, alias JSF, à la Turquie, pour punir ce pays d’avoir acheté des missiles sol-air S-400 russes et, d’une façon plus générale, pour approfondir ses liens stratégiques avec la Russie. Mais concentrons-nous sur le sort immédiat du F-35 pour la Turquie…

« Le Sénat américain a voté pour bloquer les transferts du chasseur F-35 vers la Turquie, reflétant une tension croissante avec un allié clé de l’OTAN, ce qui pourrait finalement bloquer la vente de 100 avions d’une valeur de près de 10 milliards de dollars. Une clause bipartisane ajoutée à la loi sur l’autorisation de défense nationale – qui a été adoptée par le Sénat lundi soir par un vote de 85 à 10 – interdirait le transfert de F-35 en Turquie jusqu’à ce que le secrétaire à la défense soumette un plan de participation au programme qui comprend l’attribution de la production de pièces à chaque pays… »

• Aujourd’hui, TRT, un réseau turc avec des éditions françaises sur son site, annonce que le Pentagone annonce qu’il va livrer deux F-35 à la Turquie dès demain 21 juin.

« Un porte-parole du Pentagone, Mike Andrews, a fait savoir que la livraison à la Turquie de deux chasseurs F-35 aurait lieu jeudi lors d’une cérémonie qui sera organisée dans la ville de Fort Worth dans l’État du Texas. […] […D]ans une première étape les avions de combat passeraient à la base aérienne de Luke en Arizona. Par la suite les pilotes turcs entameront l’entretien et les vols de formation sur F-35.

» Andrews a précisé que le Pentagone ne ferait pas de commentaire au sujet du projet de résolution adopté par le Sénat et bloquant la vente des F-35 à la Turquie. “La Turquie est l’un des plus importants alliés de l’Otan et un des pays participants au programme des F-35 depuis 2002”, a-t-il ajouté. »

• La chose n’avait pas échappé aux avisés rédacteurs du FT, qui terminaient leur article dont nous avons cité plus haut l’entame très sensationnaliste sur la décision du Sénat des États-Unis par cette précision :

« Lockheed Martin, le fabricant du F-35, a déclaré qu’il s’attend toujours à remettre les F-35 initiaux à la Turquie lors d’un échange cérémoniel à Fort Worth au Texas le 21 juin, probablement avant que le projet de loi ne devienne loi. Les pilotes turcs doivent être entraînés dans l’avion dans le pays, mais les avions eux-mêmes ne sont pas programmés pour quitter les États-Unis pendant au moins un an, donnant au Pentagone le temps de trouver une solution pour honorer la nouvelle loi. Mais l’intervention créera des obstacles bureaucratiques pour les responsables américains, qui affirment que les relations entre les deux alliés de l’OTAN ont atteint leur plus bas depuis l’invasion du nord de Chypre par la Turquie en 1974. »

Les déclarations pompeuses ou tonitruantes concernant la Turquie, la politique des USA et le JSF ne font qu’illustrer trois imbroglios, et peut-être quatre, accompagnant le destin du programme Joint Strike Fighter, dit JSF, dit F-35, comme illustration, symbole et tronc central de la crise du technologisme dans tous ses aspects (y compris de politique étrangère, de communication, etc.). Vanté depuis 1993-1995 comme étant l’avion de combat du XXIème siècle, sans doute le seul à pouvoir tenir cette place jusqu’en 2075 avec entre 6 000 et 10 000 exemplaires vendus (ces diverses affirmations datant de la fin du siècle précédent), le JSF-devenu-F-35 avance aujourd’hui au rythme d’une écrevisse qui s’aventurerait dans des sables mouvants tandis que l’usine de Fort Worth produit des F-35 comme des petits pains. Chaque avancée du programme découvre de nouveaux problèmes dont la solution doit être “rétrofitée” sur tous les exemplaires déjà produits  quand ceux-ci ne sont pas purement et simplement déclassés pour le seul entraînement basique, tandis que les chefs de la force aérienne israélienne se sont vus confier par Lockheed Martin (LM) la mission héroïque de nous convaincre, off the record, qu’ils utilisent en service opérationnel et secret leurs F-35 avec des résultats éblouissants.

Cette insistance de LM à faire faire bonne figure de communication à son avion de combat se comprend du point de vue commercial, comme se comprend son insistance à livrer quasiment “de force” quoique symboliquement les premiers exemplaires pour la Turquie pour installer ce pays dans la chaîne générale de financement et de logistique de l’avion à l’exportation. L’USAF et le Pentagone suivent, sinon précèdent LM pour empêcher le poste budgétaire du F-35 (largement au-delà du trillion [$1 000 milliards] d’ici 2025) d’être mis en question par des indiscrétions comptables ou une curiosité déplacée du Congrès.

Dans ce montage à la Ponzi, l’exportation joue un rôle déterminant du point de vue de la communication, pour imposer la poursuite du programme dans le cadre du Congrès et poursuivre le rabattage des clients. Cette voie n’est pas simple, d’autant que s’y glissent des susceptibilités : LM voudrait bien, avec la bénédiction de l’USAF, aller voir du côté des pays du Golfe, notamment l’Arabie, mais Israël, surtout à cause des pressions de son propre lobby (l’AIPAC) et du Congrès cette fois dans une situation un peu schizophrénique, doit tenir son rôle de l’exclusivité dans la fable de la “domination” du ciel au Moyen-Orient en s’opposant à toute vente à un pays arabe d’un avion de combat aussi exceptionnel, même à l’Arabie dont on connaît pourtant les liens avec les mêmes Israéliens.

Là-dessus, le Congrès met son grain de sel. Arrosé comme une éponge de subventions de LM et du complexe militaro-industriel, les parlementaires se sont pourtant trouvés un os à ronger dans le cadre de leur antirussisme né du Russiagate, avec l’affaire Turquie-S-400. Le Pentagone soutient à peu près tout le monde, et dans ce cas aussi bien ceux qui veulent à tout prix vendre le F-35 à la Turquie, et ceux qui veulent l’interdire. La situation actuelle est donc surréaliste : on livre les deux premiers F-35 à la Turquie demain, mais on les garde aux USA en les confiant aussitôt aux mains propres et vertueuses de l’USAF qui contrôlera l’un ou l’autre pilote d’origine turque en l’autorisant à faire bouger le manche à balai, tandis que s’élabore le projet de loi définitif qui interdira au moins temporairement toute vente de F-35 à la Turquie, à charge pour le Pentagone de trouver « une solution pour honorer la nouvelle loi » tout en livrant ses précieux avions à la Turquie, – à condition que la Turquie n’acquiert pas de S-400, ce qui semble pourtant déjà fait… Que ceux qui ont compris nous écrivent.

… Certainement, Erdogan ne manquerait pas de le faire (nous écrire) si nous insistions, car il se trouve dans cette affaire comme un poisson dans l’eau. Maître des contrepieds, des retournements de veste, des promesses lancées en l’air et qui ne retombent jamais, Erdogan jouerait plutôt la montre dans la confusion. Il s’agirait de laisser se développer la situation d’impasse à “D.C.-la-folle”, entre le Congrès d’une part (pas de F-35 si S-400 il y a), LM et l’USAF d’autre part (les F-35 à tout prix, on verra après). La seule chose assurée nous semble-t-il du côté d’Erdogan, après sa réélection s’il est réélu, est de tenir le marché S-400 jusqu’au bout parce qu’il a besoin de bonnes relations avec la Russie et de l’ouverture d’une nouvelle voie d’armements stratégiques ; quant au reste…

Et les Russes ? dira-t-on. Il nous semble plutôt qu’ils sourient avec une certaine philosophie, après tout pas mécontents du succès à l’export de leur S-400, avec le renforcement en réputation que cela produit pour la communication, autant que des problèmes que les commandes de S-400 soulèvent dans les pays acheteurs dans leurs relations avec les USA. L’Inde, par exemple, est dans la même position que la Turquie, puisque décidée jusqu’ici à commander du S-400. (Par contre, l’Inde n’a pas de F-35 en commande et l’aventure turque a fait voler en éclats les derniers nouveaux espoirs de lui vendre du F-35 nés chez LM après le rapprochement stratégique des USA avec l’Inde ; lequel rapprochement stratégique va sentir peser à son tour le poids du courroux anti-S-400 de “D.C.-la-folle”.)

Tout cela n’a pas vraiment d’importance, d’un point de vue stratégique dirions-nous. Il s’agit d’une illustration, comme nous l’avons remarqué, de la crise de l’effondrement du technologisme représentée avec un exceptionnel brio par le F-35. Le reste est affaire d’une pincée de dizaines de $milliards par-ci par-là, d’une paralysie générale des relations stratégiques en général, d’un développement constant et géométrique de l’univers-simulacre que crée la communication.

 

Mis en ligne le 20 juin 2018 à 17H05

http://www.dedefensa.org/article/kafka-stratege-crisique-entre-la-turquie-et-le-f-35

Le Commandement indo-pacifique pour «contenir» la Chine à travers l’Inde

Le Commandement indo-pacifique pour «contenir» la Chine à travers l’Inde


Par Andrew Korybko – Le 11 juin 2018 – Source Oriental Review

US Indo-Pacific CommandL’armée américaine a rebaptisé son Commandement du Pacifique en Commandement de l’Indo-Pacifique comme un moyen de signaler fortement son intérêt croissant pour l’Inde et son océan éponyme.

L’importance de ce développement ne doit pas être sous-estimée, car cela constitue la base stratégique de la politique américaine de « confinement de la Chine » du XXIe siècle. La République populaire dépend tout autant de l’océan Indien que du Pacifique en raison du rôle joué par cette masse d’eau pour faciliter le commerce avec l’Europe et l’Afrique et le commerce de l’énergie avec le Moyen-Orient. C’est pourquoi il est impératif pour les USA de rendre prioritaire ces opérations militaires dans cet océan et ses environs, le Rimland. À cette fin, l’Amérique a entamé une relation militaro-stratégique révolutionnaire avec l’Inde par le biais de l’accord logistique 2016 du LEMOA qui permet aux deux grandes puissances d’utiliser leurs installations respectives dans le cadre de ce que l’ancien secrétaire d’État Rex Tillerson a décrit il y a quelques mois comme un partenariat planifié pour l’ensemble du XXIe siècle.

Les États-Unis envisagent que l’Inde devienne un rempart contre la Chine et fonctionne comme un partenaire majeur de Washington « dirigé dans l’ombre » pour la « contenir », bien qu’ils reconnaissent qu’elle ne pourra probablement pas maintenir ce rôle trop longtemps à moins de recevoir un soutien multilatéral, appelé « Quad », qui impliquerait également le Japon et l’Australie et pourrait officieusement être appelé « Hex » avec le Vietnam et la participation de la France. Un accord de type LEMOA entre l’Inde et la France pour utiliser également mutuellement leurs installations militaires de l’océan Indien donnerait à New Delhi le potentiel d’étendre massivement sa portée stratégique dans la région et de remplir son destin géopolitique soutenu par les États-Unis. Modi a conclu un accord pour développer une base dans l’île de Sabang en Indonésie, près de l’embouchure du détroit de Malacca.

Indo-Pacific Command
Commandement de l’Indo-Pacifique

Une nouvelle constellation de Grande puissance, encouragée par les Américains, est donc en train de se former à travers le Rimland indo-pacifique en voyant l’Inde, l’Indonésie et le Japon approfondir leur intégration stratégique multilatérale. Washington souhaite que New Delhi joue le rôle d’Hégémon régional dans l’océan Indien, Tokyo dans le Pacifique, et Jakarta pour relier les deux dans l’archipel d’Asie du Sud-Est reliant leurs deux plans d’eau. Étant donné que la moitié de cette grande stratégie implique géographiquement l’océan Indien, il est donc approprié que l’ancien Commandement du Pacifique mette à jour son nom pour le Commandement de l’Indo-Pacifique afin de mieux refléter l’essentiel de ses efforts futurs.

L’étape suivante qui pourrait être attendue serait pour les États-Unis d’organiser une soi-disant « huitième flotte » dans la région de l’océan Indien afin de concentrer plus efficacement son orientation stratégique dans cette partie du monde. La Septième flotte basée au Japon couvre la même zone d’opérations maritimes que le Commandement indo-pacifique, qui comprend la moitié de l’océan Indien au sud et à l’est de son pays homonyme. Il serait donc logique de « décentraliser » les opérations en mettant en place une branche régionale distincte qui soit réellement basée dans ce plan d’eau. Bien que la cinquième flotte basée a Bahreïn resterait probablement responsable des activités autour de la péninsule arabique, la Sixième flotte basée en Italie ne devrait pas s’occuper de l’Afrique de l’Est comme elle le fait déjà car tout ce qui est à l’est du Cap de Bonne Espérance tomberait sous la zone de responsabilité de la huitième flotte.

Pour ne pas être mal compris, il n’y a actuellement aucun projet sérieux pour créer une huitième flotte, mais il est logique que cela puisse finalement suivre le fait de rebaptiser le Commandement du Pacifique en tant que Commandement de l’Indo-Pacifique, et naturellement d’avoir une base opérationnelle dans l’océan Indien soit à Diego Garcia soit quelque part sur le continent sud-asiatique afin de mieux « contenir » la Chine.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 8 juin 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-commandement-indo-pacifique-pour-contenir-la-chine-a-travers-linde

 

vulnérabilité télébancaire nationale

mardi 19 juin 2018

vulnérabilité télébancaire nationale

Avertissement, les considérations qui suivent n’émanant ni d’un banquier ni d’un télématicien, elles peuvent être incomplètes sur le plan technique. La déconnexion de l’Europe du sytème Visa le 1er juin 2018 appelle cependant quelques réflexions stratégiques.
Tout d’abord, il convient de noter que, là encore, la déconnexion a été géographique, pas organique. Ce ne sont pas les banques européennes qui ont été interdites de transaction Visa mais les banques situées en Europe, fussent-elles simples filiales locales de banques non européennes, étatsuniennes ou brésiliennes par exemple, tandis que les filiales hors d’Europe de banques européennes n’ont pas été affectées. Il ne s’agit cependant pas d’une simple avarie de télécommunications, puisqu’aucune autre interruption de communication filaire ou satellitaire (téléphonie, internet…) n’a été rapportée.
D’ailleurs même les transactions opérées à travers le réseau Mastercard n’ont pas été affectées, seulement celles du réseau Visa l’ont été. A ce sujet il peut être utile de rappeler que, pour la quasi-totalité des pays hormis une poignée (France, Japon, Chine, Russie et Inde sauf oubli), toutes les transactions effectuées avec une carte Visa sont traitées, en temps réel, aux Etats-Unis d’Amérique, et il en est de même pour les cartes Mastercard. Cela signifie que lorsqu’un porteur d’une carte Visa émise par une banque italienne introduit sa carte dans le lecteur d’un commerçant italien, mis à sa disposition par sa banque italienne, la transaction entre la banque italienne émettrice de la carte du client et la banque italienne propriétaire du lecteur du commerçant est traitée aux Etats-Unis, par l’entreprise Visa. S’il n’y a pas de télécommunications entre l’Italie et les Etats-Unis ce jour-là (ou si les lignes sont occupées à l’instant requis) le client italien porteur d’une carte émise par sa banque italienne ne peut pas payer le commerçant italien par le terminal mis à la disposition de ce commerçant par sa banque italienne.
La première exception historique est la France, car le réseau intzerbancaire Carte Bleue a été développé et mis en service (en 1967) plusieurs années avant que le développement international du réseau étatsunien homologue Americard (Visa) amène le groupement bancaire français à négocier un accord pour que les porteurs de cartes émises par les banques françaises puissent effectuer des paiements à l’étranger coordonnés par Visa. Mais les transactions entre banques françaises restent traitées en France, par le groupement Carte Bleue, ce qui explique que les Français n’ont pas noté d’interruption de service ce 1er juin, sauf pour leurs paiements à l’étranger voire peut-être pour certains paiements en France envers des commerçants français titulaires d’un compte bancaire à l’étranger (zone euro ou SEPA objet de moulte publicité), bel exemple d’ailleurs d’une « ouverture » européenne qui introduit une dépendance envers les Etats-Unis pour des transactions effectuées en France entre client et fournisseur français.
Sauf erreur la deuxième exception à cette dépendance fut le Japon, pour des raisons historiques similaires, et la troisième fut la Chine évidemment en retard (désormais rattrapé) sur le monde capitaliste en matière de diffusion des comptes bancaires individuels, de la compensation interbancaire et de la technologie de la carte.
Le 1er janvier 2013 sont entrées en application les mesures coercitives envers le Vatican, pour des raisons secrètes (peut-être le rapprochement tectonique envisagé entre les Eglises romaine et russe) évidemment sans rapport avec le prétexte invoqué, et dont les prochaines étapes seraient certainement allées bien au-delà du niveau bancaire puisque guère plus de quarante jours de traversée imposée du désert ont suffi pour obtenir la démission du pape Benoît. Dans la mesure où, dans ce micro-Etat, tous les terminaux de paiement et tous les distributeurs de billets appartiennent à une seule banque (la Deutsche Bank), laquelle envoie les demandes de transaction tant envers le groupement Visa que le groupement Mastercard, tous deux étatsuniens, il a suffi d’une seule décision pour interdire toutes les transactions par carte dans le pays. Pour plus d’efficacité politique cependant, et compte tenu du peu d’impact économique de l’interdiction des cartes bancaires dans un micro-Etat sans grandes entreprises ni grosses transactions commerciales ou salariales (juste quelques touristes dans les magasins de souvenirs bénitiers), la mesure fut doublée d’une interruption des virements interbancaires vers ou de l’étranger, l’entreprise belge Swift ayant accepté, sous des menaces là encore inconnues, d’interrompre ses services de messagerie interbancaire sécurisée comme cela avait été fait quelques années plus tôt pour l’Iran dans le cadre de sanctions, internationalement licites celles-là, décrétées par le Conseil de Sécurité de l’ONU. Pour mémoire, Swift fut encore sollicitée de manière illicite en 2014 contre la Russie et refusa d’obtempérer, ce pays étant un peu plus important que le Vatican. Sous ces pressions visibles, et certainement d’autres invisibles, le chef d’Etat du Vatican Joseph Ratzinger annonça le 11 février 2013 sa démission, certes canoniquement invalide comme pape puisque le canon 332 (deuxième alinéa) invalide toute démission sous la contrainte, et l’élection prochaine d’un nouveau chef d’Etat, certes canoniquement un antipape en la présence d’un pape élu (Benoît) dont la prétendue démission est canoniquement invalide. L’annonce publique de la démission du chef d’Etat fut certainement accompagnée d’une capitulation discrète mais inconditionnelle sur le litige véritable, puisque le Vatican fut reconnecté aux circuits financiers internationaux dès le lendemain même 12 février, d’une part par Swift pour les virements et d’autre part par un groupement bancaire suisse pour les paiements par carte.
Tous les gouvernements de pays souverains auraient dû tirer les conclusions de la prise de contrôle du Vatican et du Saint-Siège au moyen des outils de transactions financières internationales.
L’Inde a alors développé son propre système national afin que les transactions internes ne soient plus traitées à l’étranger.
A son tour la Russie a subi une attaque majeure en mars 2014, suite à son acceptation de la réunification après le referendum d’autodétermination de la Crimée. Sur injonction de leur gouvernement en application de ses mesures de coercition internationalement illicites, les entreprises étatsuniennes Visa et Mastercard ont cessé de traiter toutes les transactions effectuées en Crimée, même par exemple entre un touriste français porteur d’une carte bancaire française et un commerçant criméen détenteur d’un lecteur de carte délivré par une banque ukrainienne ou russe (il y en avait plusieurs). Simultanément cinq banques russes se sont vues également refuser toutes transactions par les entreprises Visa et Mastercard. Du jour au lendemain, un client russe porteur d’une carte Visa délivrée par sa banque russe ne pouvait effectuer de paiement dans un commerce russe équipé d’un lecteur Visa par une banque russe… y compris d’ailleurs si les comptes bancaires du client et du commerçant relevaient d’une même et unique banque russe. Cette situation est à méditer puisque ce 1er juin 2018 il en fut de même non seulement pour les paiements entre la carte Visa d’un client italien et le terminal Visa d’un commerce allemand (y compris sur internet), mais également entre clients et fournisseurs italiens, entre clients et fournisseurs allemands etc. dans toute l’Europe télématiquement dépendante de cette entreprise de compensation étatsunienne.
Le secteur bancaire russe, soutenu par son gouvernement, s’est mis au travail pour construire un système de compensation interbancaire national (comme celui du groupement Carte Bleue français) avant que les gens perdent l’habitude d’utiliser les cartes. Un an après le déni illicite de service (d’ailleurs jamais indemnisé aux banques russes adhérentes aux réseaux Visa et Mastercard), ce système de compensation nationale NSPK entrait en service et les titulaires de cartes Visa émises par des banques russes pouvaient de nouveau les utiliser en Russie (entre client et fournisseur disposant de comptes bancaires russes) puisque les transactions nationales n’étaient plus traitées dans un lointain pays ennemi mais au niveau national, même si ces cartes restaient inutiles pour les transactions internationales. Dès la fin 2015 les banques russes ont émis une carte nationale Mir… et depuis lors les réseaux internationaux ont proposé au groupement interbancaire russe de donner à cette carte un accès aux réseaux internationaux, comme à la Carte Bleue ou maintenant à la Union Pay chinoise, d’abord bien sûr pour les porteurs de cartes russes en déplacement à l’étranger, puis à terme pour les clients des filiales étrangères que les banques russes ouvriront petit à petit.
En ce qui concerne l’inaccessibilité du réseau Visa, seulement à partir ou en direction de l’Europe, ce 1er juin, les communiqués de l’entreprise étatsunienne Visa assurent qu’il s’agissait d’une panne technique (sans autre précision), réparée le lendemain. Qu’il s’agît en réalité d’un litige sur les commissions dites d’interchange récemment réduites par la Commission Européenne, d’une attaque étrangère bancaire, étatique ou délinquante, ou d’une toute autre affaire, les dirigeants bancaires et politiques qui ont apparemment capitulé en vingt-quatre heures ne diront rien.
Mais, dans un contexte où de plus en plus de structures mondialisatrices mises en place au nom de l’ourverture et de la liberté sont désormais détournées pour servir des conflits d’intérêts spécifiques, tous les pays économiquement souverains devraient mettre en place des systèmes nationaux de compensation interbancaire des transactions par carte. Et en ce qui concerne les pays européens, leurs banques devraient particulièrement s’en préoccuper avant de se voir imposer un système uniopéen qui donnerait à la technocratie bruxelloise les moyens de mettre un jour en place des mesures de coercition contre les banques ou les citoyens de tel ou tel pays membre rétif aux directives de la Commission ou de la BCE.
La préservation des capacités de transactions économiques interieures revêt, dans un contexte de disparition progressive des espèces, un intérêt de souveraineté nationale.

General Electric : amende dérisoire après «la vente de notre souveraineté nucléaire aux Américains»?

General Electric : amende dérisoire après «la vente de notre souveraineté nucléaire aux Américains»?

General Electric : amende dérisoire après «la vente de notre souveraineté nucléaire aux Américains»? Source: RT
Alexandre Leraître et David Gendreau

Après la menace brandie par Bercy d’une amende de 34 millions d’euros pour General Electric qui n’a pas tenu sa promesse en termes de création d’emplois, Alexandre Leraître et David Gendreau reviennent sur le rachat d’Alstom par le groupe américain.

Alexandre Leraître et David Gendreau, réalisateurs du documentaire Guerre fantôme : la vente d’Alstom à General Electric étaient les invités du JT ce 19 juin sur RT France.

Alors que General Electric pourrait devoir payer une amende de 34 millions d’euros pour ne pas avoir tenu son engagement à créer un millier d’emplois en France, les deux réalisateurs ont commenté cette menace du gouvernement et sont revenus pour RT France sur les enjeux de la vente d’Alstom au groupe américain.

Amende «dérisoire» pour un chiffre d’affaires annuel de 100 milliards d’euros

General Electric n’a pas tenu ses promesses : pas de surprise ? «Tout le monde le savait parmi les gens qui connaissaient bien le sujet», a affirmé l’un des deux journalistes qui ont côtoyé aussi bien les syndicats que les employés d’Alstom dans le cadre de leur enquête. Et son collègue d’ajouter : «Ça va leur coûter moins cher de payer une amende dérisoire de 34 millions d’euros sachant qu’ils font un chiffre d’affaires annuel d’à peu près 100 milliards d’euros.»

Citant des sources syndicales, David Gendreau a par ailleurs souligné que beaucoup de sites du groupe étaient aujourd’hui menacés en France.

Rachat d’Alstom : «Déstabilisation des Américains pour contrôler un secteur stratégique»

Insistant sur ce qu’il assimile à «la vente de [la] souveraineté nucléaire [de la France] aux Américains», Alexandre Leraître a rapidement tenu à rappeler les enjeux majeurs liés au rachat d’Alstom par General Electric : «On a vendu [aux Américains] la maintenance des turbines de toutes nos centrales nucléaires, la maintenance des turbines du porte-avion CDG, des systèmes de radars, de la dissuasion nucléaire navale au niveau des sous-marins.» Confirmant les propos de son collègue, David Gendreau a ajouté : «On a perdu une grosse partie de notre indépendance avec cette affaire.»

Les journalistes n’ont pas manqué de rappeler que l’actuelle politique étrangère américaine de Donald Trump prouvait que Washington était capable de «mettre un pays sous embargo». Alexandre Leraître a souligné que les Etats-Unis avaient déjà pris de telles mesures contre la France lors de la guerre en Irak, à laquelle Paris avait refusé de participer, affirmant que l’affaire Alstom pourrait dorénavant permettre à Washington de «faire pression sur la diplomatie française».

Déplorant une dynamique de désengagement de l’Etat français, les journalistes n’ont pas caché leur inquiétude de voir les Américains prendre le contrôle de secteurs stratégiques à coups de «déstabilisations».

L’Etat ne regrette rien… «par atlantisme» ?

Interrogé sur d’éventuels regrets que pourrait éprouver l’Etat français au vu des conséquences de la vente d’Alstom, David Gendreau a rappelé que la commission d’enquête montée à ce sujet «n’a[vait] mené à rien» poursuivant ainsi : «On n’a pas l’impression qu’ils prennent la mesure [de l’enjeu], par atlantisme peut-être.»

Alexandre Leraître a par ailleurs affirmé avoir des retours expliquant qu’il existait des consignes de discrétion : «Ils veulent qu’on en parle le moins possible.»

Les journalistes ont enfin affirmé que des menaces pesaient sur la souveraineté de la France au vu de certaines affaires en cours autour notamment des entreprises Airbus ou Naval Group. Avec la mise en avant d’histoires de corruption puis la saisie de la justice américaine chargée d’enquêter sur celles-ci, le mode opératoire des affaires en cours se rapprocherait en effet de l’affaire du rachat d’Alstom.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

https://francais.rt.com/entretiens/51748-general-electric-amende-derisoire-vente-souverainete-nucleaire-americains

Comment se positionne Donald Trump ?

Comment se positionne Donald Trump ?

Élu pour réaliser un changement de paradigme, le président Trump ne cesse d’étonner ceux qui le prennent pour un hurluberlu. Il ne fait pourtant que mettre en œuvre les idées qu’il a développées au cours de sa campagne électorale, s’inscrivant dans une tradition politique bien ancrée dans l’histoire états-unienne, quoique longtemps négligée. Écartant sa communication, Thierry Meyssan analyse ses actes au regard de ses engagements.

| Damas (Syrie)

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Lors de la campagne électorale présidentielle US, nous avons montré que la rivalité entre Hillary Clinton et Donald Trump ne portait pas tant sur leur style que sur leur culture [1]. L’outsider mettait en cause la domination puritaine sur les États-Unis et réclamait le retour au compromis originel de 1789 —celui de la Bill of Rights— entre les révolutionnaires qui se battaient contre le roi George et les grands propriétaires terriens des 13 colonies.

N’étant pas si novice que cela en politique, il avait déjà manifesté son opposition au système le jour même des attentats du 11-septembre [2], puis par la suite avec la polémique qu’il entretint sur le lieu de naissance du président Obama.

De même, nous n’avons pas interprété la fortune de Donald Trump comme le signe évident qu’il mènerait son action au service des plus riches, mais comme la preuve qu’il défendrait le capitalisme productif contre le capitalisme spéculatif.

Nous avons souligné qu’au plan extérieur, les présidents George W. Bush et Barack Obama ont pris l’initiative des guerres d’Afghanistan, d’Iraq, de Libye et de Syrie, mettant en œuvre la stratégie de l’amiral Cebrowski de destruction des structures étatiques de tous les États du « Moyen-Orient élargi » [3] ; tandis qu’au plan intérieur, ils ont suspendu la Bill of Rights ; que cet ensemble aboutit à la dévalorisation et à la paupérisation des « petits blancs ».

Au contraire, Donald Trump ne cessait de dénoncer l’Empire américain et d’annoncer le retour aux principes républicains. Il se réclamait d’Andrew Jackson (1829-37) [4] et se faisait adouber par les anciens collaborateurs de Richard Nixon (1969-74) [5].

Il synthétisait sa pensée en politique intérieure avec le slogan « Make America Great Again ! », c’est-à-dire non plus la poursuite de la chimère impériale, mais le retour au « rêve américain » d’enrichissement personnel. Et sa politique extérieure avec le slogan « America First ! », que nous interprétions non pas au sens qui lui fut donné durant la Seconde Guerre mondiale, mais à celui dont il disposait à l’origine. Nous ne voyions donc pas en lui un néo-nazi, mais un politicien qui refuse d’engager son pays au service des élites transnationales.

Plus surprenant, nous pensions impossible qu’il parvienne à un accord culturel avec la minorité mexicaine et nous pronostiquions qu’il faciliterait à terme une séparation à l’amiable, l’indépendance de la Californie (CalExit) [6].

Notre lecture des objectifs et de la méthode de Donald Trump laissait cependant ouverte la question de la capacité d’un président US à modifier la stratégie militaire de son pays [7].

Écrivant durant deux ans à contre-courant de la totalité des commentateurs, nous avons été classés à tort comme partisans de Donald Trump. C’est mal interpréter le sens de notre travail. Nous ne sommes pas électeurs états-uniens et nous ne soutenons donc aucun candidat à la Maison-Blanche. Nous sommes analystes politiques et nous tentons uniquement de comprendre les faits et d’anticiper leurs conséquences.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

- Nous devons nous concentrer sur les faits et éliminer toute sa communication de notre raisonnement.
- Nous devons distinguer ce qui revient à Donald Trump, de ce qui est la continuité de ses prédécesseurs et de ce qui relève de l’air du temps.

Au plan intérieur

Donald Trump a soutenu une manifestation de suprémacistes blancs à Charlottesville et le droit à porter des armes, y compris après la tuerie de Parkland. Ces positions ont été interprétées comme un soutien aux idées d’extrême-droite et à la violence. Bien au contraire, il s’agissait pour lui de promouvoir les « Droits de l’homme » version US, tels qu’énoncés dans les deux premiers amendements de la Bill of Rights.

On peut évidemment dire tout le mal que l’on pense de la définition états-unienne des « Droits de l’homme » —dans la tradition de Thomas Paine [8], nous ne cessons de la critiquer—, mais c’est une autre question.

Faute de moyens, l’achèvement du Mur à la frontière mexicaine, qui avait été construit par ses prédécesseurs, est loin d’être terminé. Il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions. La confrontation avec ceux des immigrés hispaniques qui refusent de parler anglais et de s’intégrer au compromis de 1789 n’a toujours pas eu lieu. Donald Trump s’est juste contenté de supprimer le service en espagnol de la communication de la Maison-Blanche.

Abordant la question de l’évolution climatique, Donald Trump a rejeté l’Accord de Paris, non pas parce qu’il serait indifférent à l’écologie, mais parce que celui-ci impose un règlement financier qui bénéficie aux seuls responsables des Bourses d’échange des droits d’émission de CO2 [9].

En matière économique, Donald Trump n’est pas parvenu à imposer sa révolution : exonérer les exportations et imposer les importations. Il a cependant retiré son pays des traités de libre-échange non encore ratifiés, comme l’Accord de partenariat transpacifique. Alors que sa Border Adjustment Tax a été retoquée par le Congrès, il tente aujourd’hui de contourner les parlementaires et de créer des taxes prohibitives sur l’importation de certains produits, ce qui soulève la stupeur des alliés de son pays et la colère de la Chine [10].

De même, Donald Trump patine dans le lancement de son programme rooseveltien de construction d’infrastructures, dont il n’a pour le moment trouvé que 15 % du financement. Et il n’a pas encore lancé son programme de recours aux cerveaux étrangers pour améliorer son industrie quoi que celui-ci soit annoncé dans sa Stratégie nationale de sécurité [11].

En définitive, le peu qu’il a déjà accompli a suffit à relancer la production et l’emploi dans son pays.

Au plan extérieur

Pour liquider l’Empire américain, Donald Trump avait annoncé son intention de stopper le soutien aux jihadistes, de dissoudre l’Otan, d’abandonner la stratégie Cebrowski et de rapatrier ses troupes d’occupation. Il est évidemment beaucoup plus difficile de réformer la première administration fédérale, les Forces armées, que de changer par décret les règles économiques et financières.

Le président Trump a prioritairement placé des personnes sûres à la tête du département de la Défense et de la CIA de manière a écarter toute tentative de rébellion. Il a réformé le Conseil national de Sécurité en diminuant le rôle du Pentagone et de la CIA [12]. Il a immédiatement mis fin aux « révolutions colorées » et autres coups d’État qui avaient caractérisé les administrations précédentes.

Puis, il a convaincu les pays arabes, dont l’Arabie saoudite, de cesser leur soutien aux jihadistes [13]. Les conséquences de cette décision n’ont pas tardé à se manifester avec la chute de Daesh, en Iraq et en Syrie. Simultanément, Donald Trump a différé la dissolution de l’Otan à laquelle il s’est contenté d’ajouter une fonction anti-terroriste [14]. En attendant, dans le contexte de la campagne britannique contre Moscou, l’Alliance développe activement son dispositif anti-Russe [15].

Donald Trump n’a conservé l’Otan que pour contrôler les vassaux des États-Unis. Il a délibérément discrédité le G7, renvoyant ses alliés désemparés à leurs propres responsabilités.

Pour interrompre la stratégie Cebrowski au « Moyen-Orient élargi », Donald Trump prépare une réorganisation de la zone autour de son retrait des accords avec l’Iran (JCPoA et accord bilatéral secret) et de son plan de règlement de la question palestinienne. Si ce projet, que la France et le Royaume-Uni tentent de saboter, a peu de chance de parvenir à instaurer une paix régionale, il permet de paralyser les initiatives du Pentagone. Toutefois, les officiers supérieurs se préparent à appliquer la stratégie Cebrowski dans le « bassin des Caraïbes ».

L’initiative de règlement du conflit coréen, dernier vestige de la Guerre froide, devrait lui permettre de remettre en question la raison d’être de l’Otan. Les alliés ne se sont engagés dans cette organisation que pour prévenir en Europe une situation comparable à celle de la guerre de Corée.

À terme, les Forces armées US ne devraient plus être utilisées pour écraser de petits pays, mais exclusivement pour isoler la Russie, voire pour empêcher la Chine de développer ses « Routes de la soie ».

[1] « Les États-Unis vont-ils se réformer ou se déchirer ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 25 octobre 2016.

[2] Voir l’intervention de Donald Trump sur New York 9, le 11 septembre 2011.

[3] « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

[4] “Trump has picked a deeply disturbing hero”, Michael Gerson, The Washington Post, March 16, 2017.

[5] “Donald Trump’s ‘America First’ Foreign Policy Speech”, by Donald Trump, Voltaire Network, 27 April 2016.

[6] « Le bilan et les perspectives de Donald Trump », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 décembre 2017.

[7] « L’alternance du Pouvoir impérial », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 15 novembre 2016.

[8] Thomas Paine, Rights of Man (Droits de l’Homme), Londres part 1 1791, part 2 1792.

[9] « 1997-2010 : L’écologie financière », par Thierry Meyssan, Оdnako (Russie) , Réseau Voltaire, 26 avril 2010.

[10] « USA : Impérialisme contre ultra-impérialisme », « Guerre économique ou « guerre absolue » ? », par Jean-Claude Paye, Réseau Voltaire, 26 février et 31 mai 2018.

[11] Security Strategy of the United States of America, White House, December 18, 2017

[12] “Presidential Memorandum : Organization of the National Security Council and the Homeland Security Council”, by Donald Trump, Voltaire Network, 28 January 2017. « Donald Trump dissout l’organisation de l’impérialisme états-unien », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 30 janvier 2017.

[13] “Presidential Memorandum : Plan to Defeat the Islamic State of Iraq and Syria”, by Donald Trump, Voltaire Network, 28 January 2017. “Donald Trump’s Speech to the Arab Islamic American Summit”, by Donald Trump, Voltaire Network, 21 May 2017.

[14] “Remarks by Donald Trump at NATO Unveiling of the Article 5 and Berlin Wall Memorials”, by Donald Trump, Voltaire Network, 25 May 2017.

[15] « L’Otan non « obsolète » se prépare avec Mattis à d’autres guerres », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 16 février 2017.

 

http://www.voltairenet.org/article201516.html

Visite surprise de Netanyahu en Jordanie

Visite surprise de Netanyahu en Jordanie

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Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a réalisé une visite surprise à Amman. Il était accompagné du directeur du Mossad, Yossi Cohen. La délégation a été reçue par le roi Abdallah II.

Selon nos informations, les entretiens ont porté sur l’implantation de force pro-iraniennes au Sud de la Syrie et —avant l’arrivée de la délégation US composée de Jared Kushner et Jason Greenblatt— sur le plan de paix états-unien.

- Israël et la Jordanie observent avec inquiétude la préparation d’une offensive de l’armée arabe syrienne et de ses alliés au sud du pays. Les deux pays ont reconnu qu’il n’y a pas de troupes iraniennes en Syrie, mais uniquement des conseillers militaires. Cependant, ils craignent que le Hezbollah et des milices chiites afghanes et irakiennes pro-iraniennes ne s’installent dans la région.

- Israël et la Jordanie tentent de rapprocher leurs points de vue pour faire bloc face au plan de paix US. Ils se seraient accordés sur la « solution à deux États », dont l’État palestinien serait la Jordanie élargie à la Cisjordanie. Dans cet esprit, les deux leaders ont examiné les moyens de faciliter le transport et le commerce entre la Jordanie et la Cisjordanie. La question de la souveraineté jordanienne sur les sanctuaires religieux, juifs, chrétiens et musulmans de Jérusalem a également été actée.

 

http://www.voltairenet.org/article201577.html

Donald Trump se paie Angela Merkel, dont l’avenir est en sursis en Allemagne

Donald Trump se paie Angela Merkel, dont l’avenir est en sursis en Allemagne

Donald Trump s’est invité par un tweet dans la crise politique en Allemagne, marquée par la fronde d’une partie de la droite contre la chancelière Angela Merkel sur la question migratoire.

Nouveau duel entre Angela Merkel et Donald Trump, ici le 13 juin au G7 canadien.
Nouveau duel entre Angela Merkel et Donald Trump, ici le 13 juin au G7 canadien. (Reuters)
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En grande difficulté en Allemagne, Angela Merkel a reçu en prime une leçon de Donald Trump lundi. Elle est arrivée par un tweet du président des Etats-Unis. « Le peuple allemand est en train de se retourner contre ses dirigeants alors que l’immigration secoue la coalition déjà fragile de Berlin. La criminalité en Allemagne est très en hausse. Grosse erreur dans toute l’Europe que de laisser entrer des millions de personnes qui ont si fortement et violemment changé leur culture! », a tweeté le dirigeant républicain. « Nous ne voulons pas que ce qui se passe avec l’immigration en Europe se passe avec nous! », a-t-il ajouté.

Lire aussi – Angela Merkel va-t-elle perdre son poste de chancelière?

Cette ingérence de la part du président américain intervient alors qu’Angela Merkel joue son avenir sur cette question des migrants. La chancelière subit une fronde sans précédent de l’aile la plus à droite de sa coalition gouvernementale, emmenée par le ministre allemand de l’Intérieur Horst Seehofer. Ce dernier, à la tête de la CSU bavaroise, a menacé lundi de fermer les frontières de l’Allemagne « en juillet » aux migrants s’il n’y avait pas d’accord entre les dirigeants européens lors de leur sommet des 28 et 29 juin à Bruxelles. Il envisage ainsi de refouler aux frontières tous les demandeurs d’asile ayant été enregistrés dans un autre pays de l’UE, le plus souvent l’Italie ou la Grèce, soit la quasi-totalité d’entre eux.

Deux semaines décisives d’ici au sommet européen

L’ultimatum a aussitôt été rejeté par la conservatrice, figure de la CDU qui est l’alliée historique à la CSU. Angela Merkel, qui avait accueilli plus d’un million de demandeurs d’asile en 2015 et 2016, a expliqué qu’il n’y aura aucune fermeture « automatique » aux demandeurs d’asile mais elle a promis de tout faire pour trouver d’ici-là des accords bilatéraux et européens sur la question. « Nous ne voulons pas agir de manière unilatérale, non-concertée et dommageable pour des tiers », a-t-elle dit. La Commission européenne a elle aussi soutenu que « seule une solution européenne » pouvait être apportée au défi migratoire qui divise l’UE.

Les deux semaines qui viennent s’annoncent donc décisives et compliquées pour Angela Merkel, car il semble improbable qu’elle puisse trouver une solution satisfaisante à la fois pour ses alliés bavarois et pour l’Italie, qui réclame pour sa part la répartition des demandeurs d’asile en Europe. Angela Merkel reçoit justement lundi soir son homologue italien Giuseppe Conte, dont le pays refuse désormais l’accès à ses ports aux navires d’ONG secourant des migrants en Méditerranée. La chancelière doit aussi s’entretenir mardi le président français Emmanuel Macron et celui de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Une réunion de dirigeants européens avant le sommet de l’UE est aussi évoquée.