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Les États-Unis et l'UE envisagent un accord commercial sur les fruits


Les États-Unis et l’UE envisagent un accord commercial sur les fruits

Les États-Unis et l'UE envisagent un accord commercial sur les fruits

Les pourparlers commerciaux entre les États-Unis et l’UE reprennent soudainement leur plein essor – mais ils ne se transformeront pas rapidement en quelque chose d’aussi ambitieux que le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement qui a frappé les rochers en 2016.

S’exprimant mercredi à Davos, le président américain Donald Trump a prédit un accord avec Bruxelles avant les élections américaines de novembre et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré aux médias allemands qu’une sorte d’accord pourrait être conclu « dans quelques semaines ».

Pourtant, même le calendrier de Trump est serré pour un pacte commercial à part entière et von der Leyen a souligné qu’elle envisageait un accent plus limité et tripartite sur «la technologie, le commerce et l’énergie».

La Commission européenne a refusé de développer ses remarques, mais les négociateurs des deux parties ont longtemps travaillé sur deux accords pour aligner les normes technologiques et les évaluations de conformité sur tout, des jouets et de l’électronique aux ascenseurs et aux dispositifs médicaux.

En novembre, la chef du commerce sortant Cecilia Malmström a déclaré qu’un tel accord était proche et que l’UE attendait que les États-Unis le prennent.

Trump a déclaré qu’il avait une «date très précise» à l’esprit pour un accord américano-européen. Lorsqu’on lui a demandé si c’était avant les élections de novembre, il a répondu: « Je pense que nous aurons un accord avant. »

Von der Leyen a déclaré au quotidien allemand Die Welt qu’elle et Trump avaient «discuté d’un processus où nous allons nous asseoir ensemble de manière très sérieuse et régler les différents points de conflit et également convenir relativement rapidement d’un accord, car je crois que personne n’a intérêt à entrer dans des différends commerciaux au cours des prochains mois. »

Lorsqu’on lui a demandé à quelle vitesse un accord était possible, elle a répondu: « Nous parlons de quelques semaines, les experts sont déjà assis ensemble et travaillent. »

Pour l’Europe, un accord léger allégerait une partie de la pression.

Depuis 2018, lorsque Washington a imposé des droits de douane sur l’acier et l’aluminium européens, Trump a recherché des points de pression pour utiliser la politique commerciale afin de réduire le déficit commercial de marchandises des États-Unis avec l’UE. Depuis lors, il a également imposé des droits sur des produits européens allant du vin aux avions pour se venger des subventions européennes accordées à la société aérospatiale Airbus, le principal rival de Boeing, et a également menacé à plusieurs reprises d’imposer des tarifs sur l’industrie automobile européenne.

Dans le passé, l’UE et les États-Unis ont pu utiliser un accord cosmétique pour apaiser les tensions. En 2018, le prédécesseur de von der Leyen, Jean-Claude Juncker, a convenu d’un accord politique avec Trump en s’engageant à acheter plus de soja américain et de gaz naturel liquéfié pour éviter les tarifs des voitures. En réalité, Bruxelles n’avait pas le pouvoir de faire de telles promesses car les achats se font sur un marché libre.

Le principal obstacle à la relance d’un accord TTIP à part entière est l’agriculture. L’Europe a catégoriquement refusé d’inclure un chapitre de négociation sur l’agriculture dans les négociations commerciales transatlantiques, et la position américaine traditionnelle a été qu’un accord ne serait pas possible sans lui.

L’autre principale complication est que le président français Emmanuel Macron et le Parlement européen refusent d’approuver les accords commerciaux avec les pays qui n’ont pas ratifié l’accord de Paris sur le climat. Trump a entamé le processus de retrait américain.

Le commissaire européen au commerce, Phil Hogan, a toutefois suggéré cette semaine qu’un compromis sur l’agriculture, au moins, pourrait être possible.

« Nous essayons donc de voir comment, grâce à la coopération réglementaire, nous pourrions envisager des barrières non tarifaires comme un moyen de mettre les questions agricoles sur la table », a déclaré Hogan lors d’un événement BusinessEurope à Bruxelles lundi.

« Nous ne pourrons pas convenir d’un mandat au sein de l’Union européenne pour autoriser l’agriculture, mais ils [les États-Unis] ne pourront pas non plus accepter d’inclure les marchés publics, les questions maritimes ou l’agenda » Buy American «  », a-t-il déclaré.

Mais Hogan a ajouté qu’une approche alternative – la suppression des barrières réglementaires sur les produits agricoles – pourrait sortir de cette impasse et aiderait les agriculteurs américains et européens.

« Nous avons une longue liste des deux côtés » des barrières réglementaires dans l’agriculture, a déclaré Hogan, qui pourraient être « résolues » dans le cadre d’un accord commercial.

Les normes alimentaires sont toutefois un territoire politique explosif et ont suscité l’hostilité envers les pourparlers initiaux du TTIP.

Quel que soit l’objectif de Trump avec l’UE, il a indiqué que les négociations ne seraient pas faciles. Il s’est plaint que les États-Unis accusaient un déficit de «150 milliards de dollars et plus depuis de nombreuses années … avec l’Union européenne. Ils ont des barrières commerciales où vous ne pouvez pas faire du commerce, ils ont des tarifs partout. Ils rendent cela impossible. Ils sont, franchement, plus difficiles à faire affaire avec la Chine.

https://news-24.fr/les-etats-unis-et-lue-envisagent-un-accord-commercial-sur-les-fruits/ »

Pompeo : la nouvelle politique américaine autorise l’assassinat des dirigeants russes et chinois avec des drones

Michelduchaine

Défenseur de la Terre/Defender of the Earth

Pompeo : la nouvelle politique américaine autorise l’assassinat des dirigeants russes et chinois avec des drones

 ~ MICHEL DUCHAINE

Le président Trump, et non pas de manière indirecte, a mis l’assassinat de Vladimir Poutine «sur la table» dans le cadre d’une nouvelle politique, en contradiction directe avec le droit américain et le droit international. Il ne s’agit pas seulement d’une politique générale à l’encontre de ceux que Washington considère comme des ennemis, mais la Russie a été spécifiquement répertoriée comme cible des assassinats au plus haut niveau afin de parvenir à un changement de régime.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, lors d’un discours politique à l’Institut Hoover de l’Université de Stanford le 13 janvier 2020, a présenté la nouvelle politique. Le titre du discours était «La restauration de la dissuasion, l’exemple iranien».

L’institution Hoover a une longue histoire de liens avec la CIA et reçoit des fonds privés secrets de divers «étranges compagnons de chambrée» :

– la Bradley Foundation, citée par le Council of Islamic American relations pour son islamophobie et son semis de haine.

– La Fondation de la famille Scaife, dirigée depuis longtemps par Richard Mellon Scaife, aujourd’hui décédé, un milliardaire extrémiste de droite qui employait une armée d’agents de sécurité privés utilisés pour menacer des membres de la presse, y compris l’implication dans la mort de Steve Kangas, fondateur de la presse indépendante américaine.

– La Castle Rock Foundation, une façade pour Adolf Coors, l’un des plus grands bailleurs de fonds de l’extrémisme de droite et de la russophobie aux États-Unis

– La Fondation Koch, le plus grand bailleur de fonds du déni du climat grâce aux bénéfices de l’industrie houillère

L’ancien président Herbert Hoover, longtemps accusé de ne pas avoir répondu aux besoins d’une nation affamée au cours des 4 premières années de la grande dépression, pour laquelle la Hoover Institution est nommée, était un ardent défenseur   Hitler dans sa guerre contre Russie.

Ce n’est que récemment, après avoir été supprimée pendant 50 ans, que l’analyse de la Seconde Guerre mondiale par Herbert Hoover, «Freedom Betrayed» (La liberté trahie), a été publiée par la Hoover Institution. Dans ce travail, la «trahison» entrait en guerre contre Hitler et combattait aux côtés de la Russie.

Vous voyez, le point mort haut (PMH)   pour les conservateurs américains a toujours été la destruction de la Russie et l’asservissement du peuple russe au nom de l’État profond. [1]

Dans son discours à l’Institut Hoover, Pompeo, a clairement déclaré qu’une attaque contre la Russie, contre ses dirigeants et même contre le président Poutine, faisait partie intégrante de la nouvelle politique américaine sous sa direction.

Il a en outre précisé: «L’importance de la dissuasion ne se limite pas à l’Iran. Dans tous les cas, nous devons défendre la liberté. C’est tout l’intérêt du travail du président Trump pour faire de nos militaires les plus forts que la terre ait jamais vus. »

C’était, bien sûr, avant que les missiles iraniens ne pénètrent facilement dans les défenses américaines (les missiles défensifs américains Patriot n’ont rien vu venir) dans une attaque humiliante avec, selon Trump, «aucune victime». Le 16 janvier 2020, cependant, le Pentagone a annoncé que 11 membres de l’armée américaine servant à la base aérienne d’Assad a été évacuée à Landstuhl, en Allemagne, afin d’être soignée pour des blessures. [2]

Trump a menti, mais rien comparé aux menaces sauvages de Pompeo contre une nation dont l’arsenal nucléaire stratégique éclipse considérablement celui des États-Unis, et qualitativement, de manière écrasante.

«L’assassinat du général iranien  Suleimani est un exemple d’une nouvelle stratégie américaine visant à terroriser ses adversaires. Cela vaut à la fois pour l’Iran, la Chine et la Russie.

Les États réalisent maintenant les possibilités de la position la plus forte que nous ayons jamais eue à l’égard de l’Iran. Nous le retenons pour l’instant. Mais pour vraiment protéger la liberté, il est important de contenir tous les ennemis. C’est tout l’intérêt du travail du président Trump. C’est pourquoi il s’efforce si fort de faire de notre armée la plus forte qui ait jamais été. »

Lorsque le secrétaire d’État Pompeo, après des mois de planification, a poussé pour l’assassinat par drone du général iranien Soleimani, architecte en chef de la guerre terrestre contre l’EI/ISIS, n’attendait-il pas peu la réaction de l’Iran?

Lorsque, quelques jours plus tard, l’Iran a détruit la plus grande base américaine au Moyen-Orient avec une attaque dévastatrice de missiles balistiques, forçant les États-Unis à reculer et à demander plus de sanctions.

Le vrai problème est de savoir dans quelle mesure la rhétorique de Pompeo est réelle et dans quelle mesure Pompeo et Trump bluffent. Une chose qui est devenue claire, cependant, est que Trump et même Pompeo, diplômé de l’infâme «classe de 1986» de West Point, un foyer de extrémistes russophobes appelé “the West Point Mafia,” «la mafia de West Point», ne sont pas scolarisés dans les réalités de la guerre.

Du Daily Beast:

« Un compte rendu de la réunion dans le livre à paraître Un génie très stable: Donald J. Trump’s Testing of America dépeint Trump de plus en plus en colère alors que ses généraux tentaient de lui enseigner les bases fondamentales de l’histoire américaine de l’après-guerre.

Le livre indique que la réunion a eu lieu six mois après la présidence de Trump après que ses généraux se soient inquiétés des «trous béants» dans la connaissance de Trump des principales alliances américaines. L’idée était d’amener Trump dans la salle de situation du Pentagone, où les chefs militaires, selon le plan, lui donneraient un cours intensif sur qui étaient les alliés des États-Unis, pourquoi ils méritaient d’être gardés sur le côté et où diable ils se trouvaient. (Trump ne savait pas)

Cependant, la réunion semble sombrer dans le chaos presque immédiatement. Le secrétaire d’État Tillerson, alors secrétaire à la Défense, Jim Mattis, et le directeur du Conseil économique national, Gary Cohn, se seraient relayés pour expliquer leurs arguments à Trump. Mais Trump aurait d’abord semblé s’ennuyer avant de se mettre en colère.

Trump se serait alors plaint de l’accord nucléaire iranien du président Obama et de la durée de la guerre en Afghanistan. Chaque fois, ses généraux auraient tenté d’expliquer en douceur pourquoi son point de vue sur ces questions géopolitiques complexes n’était peut-être pas tout à fait exact. C’est apparemment lors d’une conversation sur l’Afghanistan que Trump a fait pété les plombs.

Le président aurait qualifié l’Afghanistan de «guerre des perdants» et aurait dit à ses chefs militaires: «Vous êtes tous des perdants… Vous ne savez plus comment gagner… Je veux gagner… Nous ne gagnons plus de guerres… Nous dépensons 7 billions de dollars, tout le monde (sauf nous) a obtenu le pétrole et nous ne gagnons plus. » Il a été rapporté que Trump était tellement en colère à ce stade qu’il ne respirait plus correctement.

Dans son commentaire le plus incendiaire, Trump – un homme qui, rappelez-vous, a réussi à fuir ses obligations militaires au Vietnam en raison d’un supposé problème d’épine osseuse – aurait dit aux forces rassemblées: «  Je n’irais pas en guerre avec vous les gars … Vous êtes un tas de drogués et de bébés.

Ce commentaire aurait laissé tout le monde présent totalement abasourdi. Tillerson était «visiblement bouillonnant» et a décidé de prendre la parole. Le secrétaire d’État a déclaré: « Non, c’est tout simplement faux … Monsieur le Président, vous avez totalement tort. Rien de tout cela n’est vrai.  » Lorsque la réunion a pris fin peu de temps après, Tillerson se serait tenu avec un petit groupe de confidents et aurait dit: » Trump est un crétin (supprimé). «  »

Conclusion

La déclaration de Pompeo à la Russie, sa menace ouverte contre un dirigeant étranger, insouciance, orgueil ou folie?

Le président Trump est-il prêt à soutenir Pompeo, comme il l’a fait avec l’assassinat désastreux de Soleimani?

Nous devons alors nous demander comment de telles déclarations peuvent être faites sans réaction du Congrès ou des médias, pas un seul mot? L’Amérique est-elle devenue suicidaire?

Source : Viral NEO: Pompeo, New US Policy Authorizes Drone Strikes on Russian, Chinese Leaders

https://michelduchaine.com/2020/01/23/pompeo-la-nouvelle-politique-americaine-autorise-lassassinat-des-dirigeants-russes-et-chinois-avec-des-drones/

Tout savoir sur le procès en destitution de Donald Trump qui démarre ce mardi

Tout savoir sur le procès en destitution de Donald Trump qui démarre ce mardi

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21/01/2020 | Baptiste Lambert | 5 min de lecture

Isopix

C’est ce mardi (19h, heure belge) que débutent officiellement les débats du procès en destitution de Donald Trump. Un procès historique puisque seuls deux autres présidents ont subi le même sort: Bill Clinton (1998) et Andrew Johnson (1868). Un procès dont on connait la probable issue mais qui n’est pas pour autant sans enjeux.

  1. De quoi est accusé Donald Trump ?

Le président des États-Unis fait face à deux chefs d’accusation. Il sera d’abord jugé sur ce qu’on appelle l’affaire ukrainienne. En cause, un coup de téléphone entre Donald Trump et son homologue ukrainien Volodymyr Zelenskiy. Appel à l’origine d’un deal: une enquête sur son plus grand rival démocrate, Joe Bidden, contre une aide militaire précieuse.

En outre, le président des États-Unis est aussi accusé d’avoir entravé le travail du Congrès dans ce dossier, bloquant la transmission de documents et témoignages lors de l’enquête de la Chambre des représentants

Dans un dossier de 111 pages, la Chambre des représentants (à majorité démocrate) demande au Sénat (à majorité républicaine) de se prononcer et le cas échéant de destituer le 45e président des États-Unis.

AP Photo/Manuel Balce Ceneta)

2. Quels sont les étapes du procès ?

Les 100 sénateurs sont les jurés de ce procès hors norme présidé par le chef de la Cour suprême: John Roberts. 7 personnes sont désignées procureurs. Le plus connu d’entre eux est aussi la bête noire de Donald Trump: le démocrate Adam Schiff.

La première étape a lieu ce mardi. Il s’agit de fixer les règles. Les sénateurs vont devoir préciser le temps alloué à l’accusation et à la défense, déterminer la durée des questions, et surtout, citer ou non des témoins à comparaître. Les démocrates veulent interroger des proches conseillers de Donald Trump, ce qui leur a été refusé lors de la procédure devant la Chambre des représentants.

Si pas de témoin, on se dirige vers un procès très court, pas plus de deux semaines. Dans le cas contraire, la procédure pourrait durer un mois. Bill Clinton en avait eu pour 5 semaines à titre d’exemple. On sait que Donald Trump doit prononcer son discours sur l’Etat de l’Union (sorte de rentrée des classes) le 4 février. Un procès court lui permettrait d’en tirer avantage.

Au milieu, Adam Schiff, bête noire de Donald Trump et désigné procureur lors du procès en destitution. EPA-EFE/MICHAEL REYNOLDS

3. Que risque vraiment Donald Trump ?

Cela a déjà été maintes fois précisé. Le rapport de force au Sénat est à l’avantage des républicains. Or une majorité des deux tiers (67 sénateurs) est indispensable pour destituer le président. Les démocrates sont 47. Il y a donc 20 sénateurs républicains à aller chercher: improbable.

4. Quelles conséquences politiques ?

Si le président risque une destitution, et même une procédure d’emprisonnement, dans les faits, ce procès est avant tout politique. Les sénateurs n’agiront pas en juge mais en hommes et femmes politiques.

Face à l’issue quasi certaine, le but des démocrates et de leur cheffe Nancy Pelosi est tout simplement de pourrir la vie à Donald Trump. De lui mettre la pression le plus longtemps possible. Mieux: que sa campagne pour l’élection de 2020 soit perturbée. Tout dépendra des témoins. Les témoignages passent généralement à la télévision devant des millions de téléspectateurs. Il ne faudrait pas que les détails enfoncent encore un peu plus le président.

A contrario, Donald Trump pourrait rebondir sur l’issue favorable du procès. Et jouer son rôle favori: celui de Calimero. Victime des médias et de ses opposants politiques. Le véritable verdict du procès sera en fait les élections du 3 novembre prochain. Les sondages divisent toujours les États-Unis en deux camps avec 15% d’indécis. Ce sont eux qui détiendront la clé de la réélection ou non de Donald Trump.

Source: BusinessAM

https://fr.businessam.be/tout-savoir-sur-le-proces-en-destitution-de-donald-trump-qui-demarre-ce-mardi/

Dérive de l’Iran vers le comportement US et israélien

Dérive de l’Iran vers le comportement US et israélien

par Thierry Meyssan

Au-delà de l’épreuve de force à laquelle se livrent Washington et Téhéran, Thierry Meyssan met en évidence le changement profond de comportement de l’Iran. Ce pays, jadis sourcilleux sur le respect du Droit international, l’ignore aujourd’hui, rejoignant ainsi les États-Unis et Israël qui ne l’ont jamais admis.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 21 JANVIER 2020 DEUTSCHENGLISHESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSРУССКИЙTÜRKÇE

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JPEG - 29.7 koL’Iran captait l’attention du monde entier lors de ses interventions devant les Nations Unies. Il portait haut les couleurs des peuples face à l’impérialisme. Il ne reste rien aujourd’hui de cet héritage.Le président Mahmoud Ahmadinjed à la tribune de la 65ème session de l’Assemblée générale de l’Onu, le 23 septembre 2010, remet en cause la version officielle des attentats du 11-Septembre 2001 aux USA.

Les 195 États membres de l’Onu prétendent vouloir résoudre leurs conflits sans recourir à la guerre, mais au Droit. Celui-ci repose depuis sa création par la Conférence de La Haye de 1899 sur une idée simple : de même que les particuliers —y compris les dirigeants politiques— acceptent de se préserver de la guerre civile en se soumettant au Droit national, de même les États peuvent se préserver de la guerre en se soumettant volontairement au Droit international.

Par « Droit international » j’entends les procédures qui régissent les relations entre les États, pas celles qui, de Nuremberg au TPI, légalisent le jugement des vaincus par leurs vainqueurs.

Trois membres de l’Onu affichent désormais leur incompréhension du Droit international, tandis que d’autres n’y font plus référence et, après avoir dénaturé le concept de « Droits de l’homme » [1], préfèrent un « multilatéralisme fondé sur des règles » [2].

Trois États hors du Droit

- Le premier, ce sont les États-Unis, qui depuis leur création il y a deux siècles, s’affirment une nation « à nulle autre pareille ». Selon leur mythe national, ils furent un refuge pour la secte puritaine des « Pères pèlerins » du Mayflower et le sont aujourd’hui pour tous les persécutés, religieux et politiques. Au nom de quoi ils ont toujours refusé d’appliquer les traités internationaux en droit interne ; jugent les comportements d’autrui avec sévérité, mais absolvent a priori leurs ressortissants qui agissent de même ; et refusent que toute juridiction internationale s’intéresse à leurs affaires intérieures [3]. C’est la raison profonde pour laquelle ils poussèrent les autres pays à adhérer à la Société des Nations, mais s’y refusèrent. S’ils acceptèrent les principes du Droit international durant la Guerre froide, de la création de l’Onu à la disparition de l’URSS, ils revinrent dès qu’ils le purent à leur comportement antérieur. Ainsi, en 1999, ils attaquèrent en toute illégalité la République fédérale de Yougoslavie, emportant avec eux leurs vassaux de l’Alliance atlantique. Puis, ils lancèrent sous de faux prétextes des guerres en Afghanistan, en Iraq, et en Libye. Leurs attaques contre des Iraniens, dans deux pays du Moyen-Orient, l’Iraq et le Yémen, le 3 janvier 2020, sont toutes aussi illégales.

- Le second fut Israël dès sa proclamation unilatérale, le 14 mai 1948, en violation du processus de partage de la Palestine géographique imaginé par les Nations Unies. Depuis soixante-dix ans, Tel-Aviv observe le Conseil de sécurité voter des résolutions qu’il bafoue. Chaque fois que des sanctions sont envisagées contre lui, il peut compter sur la protection des États-Unis et n’y est pas soumis. Il se considère comme éternellement menacé et ne peut survivre que par la guerre ; une position culturelle qui prendra peut-être fin lorsque ses citoyens se définissant comme juifs (Likoud) seront moins nombreux que ceux se définissant comme Israéliens (Blanc-Bleu).

- Il en existe désormais un troisième : l’Iran. Depuis toujours, Téhéran a exécuté ses leaders opposants à étranger, partout dans le monde, mais jamais des ressortissants étrangers. Par exemple, le shah Mohammad Reza Pahlavi fit assassiner le philosophe Ali Shariati à Londres puis, après 1978, le gouvernement islamique fit assassiner des contre-révolutionnaires en Europe. Jamais ces meurtres n’étaient officiellement revendiqués. Durant la guerre imposée par l’Iraq, l’Iran fit attaquer des intérêts de ses ennemis à l’étranger ; par exemple, l’attentat contre les forces états-uniennes et françaises de l’Onu à Beyrouth en 1983. Mais celui-ci fut réalisé par des proxys libanais (qui plus tard participèrent à la fondation du Hezbollah) et dirigé contre les activités illégales de soldats de cette force (la réunion secrète régionale de la CIA). Or, depuis deux ans, des forces iraniennes ont plusieurs fois tiré, sans le revendiquer, des missiles sur Israël depuis le territoire syrien en violation du cessez-le-feu syro-israélien de 1973. Et, ce mois-ci, des missiles ont officiellement été tirés depuis l’Iran sur des forces états-uniennes en Iraq, en violation de la souveraineté de Bagdad [4].

Les États-Unis se pensent comme la nation des persécutés et ne sauraient donc recevoir de conseils des autres, les persécuteurs. Israël s’imagine comme le refuge d’un peuple menacé et ne saurait donc recevoir de conseils de ceux qui l’ont ignoré ou pire violenté. Mais l’Iran ?

L’évolution de l’Iran

Comment expliquer cette évolution, sinon par un changement profond du Pouvoir ? Tout a commencé à se dérégler fin 2013 et l’on assiste depuis 2017 à des manifestations, non seulement à Téhéran et à Ispahan, mais dans tout le pays. Petit à petit les institutions se sont transformées. Le système judiciaire indépendant de l’Exécutif et du Législatif est devenu un organe de répression politique [5], allant jusqu’à condamner à huis-clos à 15 ans de réclusion pour des motifs secrets l’ancien vice-président nationaliste Hamid Baghaie [6]. Le Conseil des Gardiens, qui —durant la Révolution— devait veiller à écarter des élections les agents de l’étranger, est devenu un organe de censure de l’opposition allant jusqu’à qualifier l’équipe de l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad de « mauvais musulmans » (sic). Alors qu’en islam, la fonction cléricale est de dire le droit, nous assistons à une reprise en main du pouvoir par un clergé qui viole tous les principes juridiques.

Nous ne cessons de le dire depuis 6 ans : ceci n’a rien à voir avec l’opposition entre pro et anti-Occidentaux, ni avec la question des croyances. C’est le retour du problème séculaire des Iraniens : la vénération aveugle de la fonction cléricale, quelque soit la confession dominante. Il n’aura pas de solution sans séparation constitutionnelle des pouvoirs civils et religieux. À toutes les époques, sous toutes sortes de religions dominantes, sous toutes sortes de régimes, il s’est posé.

Je le répète, cela n’a rien à voir avec la Révolution de 1978, laquelle contrairement à une idée reçue en Occident, ne s’est pas faite avec le clergé, mais aussi contre lui. L’ayatollah Khomeiny avait été rejeté par ses pairs qui ne se sont ralliés à lui qu’après sa victoire. Ils ont alors fait du zèle pour faire oublier leurs excès antérieurs. Si nous nous référons aux documents officiels états-uniens déjà déclassifiés [7], le conseiller de Sécurité nationale d’alors, Zbigniew Brzeziński, considérait le clergé comme l’allié des USA face à un shah devenu trop gourmand. Il organisa le retour de l’imam Khomeiny en pensant à tort qu’il était comme les autres religieux. Il fut désappointé dès son discours anti-impérialiste au cimetière Behesht-e Zahra.

De nombreux acteurs du Proche-Orient ont compris cette évolution à commencer par le Hezbollah et la Syrie. Ils ont tous deux pris leurs distances avec la politique intérieure iranienne. En pleine guerre, Damas n’a pas eu d’ambassadeur d’Iran pendant plus d’un an. Les Occidentaux, eux, n’ont pas perçu ce changement parce qu’ils sont prisonniers de leur propre propagande contre la Révolution de 1978. Ils interprètent les mouvements actuels en Iran en fonction de leurs innombrables tentatives de renversement de régime et pas en observant les comportements des Iraniens.

Les explications des USA et de l’Iran devant le Conseil de sécurité

Comme à chaque intervention militaire à l’étranger, après leurs échanges de bombes, les USA et l’Iran ont assuré le Conseil de sécurité qu’ils agissaient dans le respect de la Charte des Nations unies.

La lettre de l’ambassadrice Kelly Craft annonçant l’assassinat du général Qassem Soleimani, le 2 janvier 2020, est surréaliste [8].
- Elle ne fait pas référence à la tentative simultanée d’assassinat de son adjoint, le très secret Abdul Reza Shahlai, au Yémen [9].
- Elle égrène une série d’accusations contre des alliés de l’Iran, mais aucune contre la cible elle-même.
- Les accusations du président Trump d’attaque imminente de quatre ambassades US par Soleimani n’y sont plus évoquées. Elles ont d’ailleurs été infirmées par le secrétaire à la Défense, Mark Esper [10].
Le seule accusation contre l’Iran lui-même est la réplique du 7 janvier.

La lettre de l’ambassadeur Majid Takht Ravanchi est tout aussi affligeante [11].
- Elle établit la légalité d’une réplique iranienne, mais pas de cette réplique. Rien n’autorise l’Iran à frapper le territoire iraquien sans autorisation du gouvernement de Bagdad.

D’ailleurs, l’Iraq a immédiatement protesté contre les agissements des Etats-Unis et de l’Iran [12]

L’intérêt du Droit international

Beaucoup pensent qu’il n’y a pas de raison de respecter le Droit si les autres s’en moquent. C’est qu’ils le perçoivent comme une contrainte et non comme une protection.

Dans son Léviathan, le philosophe Thomas Hobbes, qui avait vécu la guerre civile anglaise (1642-1651), montrait que les individus doivent tout entreprendre pour se protéger du chaos. Ceux qui ont affronté les armées jihadistes savent à quel point il avait raison, les autres, endormis par leur confort, l’ignorent. Hobbes allait même jusqu’à penser qu’il vaut mieux un État autoritaire que les affres du chaos. Il acceptait des dérives de l’État qu’il comparait au Léviathan, la bête monstrueuse qui ferme les enfers.

Au demeurant, le Droit international n’a rien de monstrueux. Il ne heurte aucune conscience. S’en écarter menace la paix et donc notre vie à tous.Thierry Meyssan

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[1] « Théorie et pratique des Droits de l’homme », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 1er octobre 2019.

[2] « Multilatéralisme ou Droit international ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 3 décembre 2019.

[3] Lire les actes du colloque organisé par le Carr Center for Human Rights Policy : American Exceptionalism and Human Rights, Michael Ignatieff, Princeton University Press (2005).

[4] « Estados Unidos / Irán : a propósito de sus recientes cartas remitidas al Consejo de Seguridad de Naciones Unidas relativas a sus acciones militares », Nicolas Boeglin, Derecho Internacional Público. Costa Rica, 13 de enero de 2020.

[5] « La Justice iranienne défie les partis politiques… sauf un », Réseau Voltaire, 15 août 2017.

[6] « Procès secret : 15 ans de prison ferme pour le vice-président d’Ahmadinejad », Réseau Voltaire, 28 mars 2018.

[7Foreign Relations of the United States. Iran : Revolution, January 1977–November 1979 (Under Declassification Review) ; Iran : Hostage Crisis, November 1979–September 1980 (In Production) ; Iran : Hostage Crisis, September 1980–January 1981 (Under Declassification Review), US Secretary of State.

[8] « Notification US de l’élimination de Qassem Soleimani », par Kelly Craft, Réseau Voltaire, 8 janvier 2020.

[9] “On the day U.S. forces killed Soleimani, they targeted a senior Iranian official in Yemen”, John Hudson, Missy Ryan and Josh Dawsey, The Washington Post, January 10, 2020.

[10] “Esper says he « didn’t see » specific evidence showing Iranian threat to 4 U.S. embassies”, Melissa Quinn, Face The Nation, CBS, January 12, 2020.

[11] « Notification iranienne du bombardement de bases US », par Majid Takht Ravanchi, Réseau Voltaire, 8 janvier 2020.

[12] « Violations iraniennes de la souveraineté iraquienne », par Mohammed Hussein Bahr Aluloom‎‎, Réseau Voltaire, 9 janvier 2020.

https://www.voltairenet.org/article208953.html

Variations autour du “boucher de Damas”

Variations autour du “boucher de Damas”

Analyse

   mardi 15 octobre 2019

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Variations autour du “boucher de Damas”

15 octobre 2019 – La sanctification des Kurdes est une des deux constantes les plus fermes de la narrative-Système pour ce qui concerne l’explication de l’“Orient [très-]compliqué” en mode-postmoderne, notion qu’il s’agit de simplifier pour mieux articuler le simulacre de service. L’autre “des deux constantes les plus fermes”, installée en 2011, c’est “le boucher de Damas”, alias Assad, président syrien. Quoi qu’il se passe, l’impératif du simulacre est de retrouver Assad menaçant d’une boucherie n’importe qui, pour le plaisir et pour le vice partagés, et particulièrement une boucherie des Kurdes. Nous sommes à un de ces points de rupture qui font naître un malaise diffus dans le bon équilibre de la presseSystème ; il est en effet impossible pour l’instant de transformer en FakeNews/DeepFake le fait que le “boucher de Damas” pourrait bien être celui qui sauverait éventuellement les Kurdes sanctifiés des griffes réputées impitoyables du Turc Erdogan.

Ainsi y a-t-il une invasion et une riposte à l’invasion sur le terrain d’une part, et d’autre part une singulière gymnastique imposée aux plumitifs et porte-voix de la presseSystème, contraints par leur loyauté invertie à respecter les logiques ontologiques du simulacre qui ne peuvent permettre l’association des Kurdes-sanctifiés et du “boucher de Damas”. Alors, on trouve de vagues expressions telles que “les Kurdes contraints de demander de l’aide à Damas”, ou des geigneries plus affectivistes, comme celle du Monde (« Réduits à solliciter le renfort de Damas, les Kurdes pleurent la fin d’un monde »), qui ne font qu’acter les illusions kurdes alimentées par les constructions faussaires et simulacres de ceux qui, aujourd’hui, pleurent leur destin (le bloc-BAO).

En d’autres termes plus élégants, il y a comme une insupportable exaspération devant cette si parfaite opérationnalisation de la maxime de Bossuet si souvent citée ces dernières années, si parfaitement illustrative de l’irresponsabilité, de la pensée réduite à l’affectivisme, c’est-à-dire si représentative absolument de notre époque : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes »… Comment ces gens d’un autre siècle, bien avant les merveilles des modernes et le culte de l’intelligence technicienne et postmoderne, et bientôt complètement artificielle, parvenaient-ils à éclairer et à embrasser d’une seule phrase au rythme étourdissant la catastrophe intellectuelle de l’ampleur de celle que nous connaissons aujourd’hui, et dans laquelle nous progressons sans un instant songer à tirer quelque enseignement de notre consternante stupidité avec comme supplétif notre lâcheté illuminée d’un hybris de boîte de nuit disco ? Oui, comment accomplissaient-ils de telles merveilles  de langage qui nous expliquait à nous-mêmes si promptement justemet avant que nous n’existions ?

Il y a certes beaucoup à dire dans les considérations opérationnelles sur les choses en cours, comme celles qui pourraient accompagner le fait du retrait US de leur protection des Kurdes, de l’absence de contingents français ou britanniques pour cette mission, eux qu’on déploya si promptement contre le “boucher de Damas”, aux côtés des djihadistes.

(« Al Nosra fait du bon boulot », comme disait en 2012 Fabius, alors ministre des affaires étrangères et aujourd’hui président du Conseil Constitutionnel, dans une déclaration depuis contestée, jusqu’au Decodex du Monde, mais dont il est facile de comprendre, au-delà des faits, de ces faits que tout le monde considèrent aujourd’hui comme Fake & Fuck comme on parlait de Zig & Puce, de comprendre combien elle correspondait parfaitement à la perception de l’esprit de la chose : le bloc-BAO soutenait tous ceux, y compris et surtout les djihadistes dont il est toléré dans certains cas d’observer que ce sont des “terroristes islamistes”, qui tiraient sur le “Boucher de Damas”, – autre fait Fake Fuck jusqu’à la gueule dans ce surnom de “Boucher de Damas” issu d’une presse sensationnaliste et résistancialiste d’après la Libération, lorsque le danger s’était dissipé ; un de ces surnoms pavloviens dont on attend qu’il suscite la pensée comme on salive devant un plat appétissant. Qu’importe de toutes les façons, toutes ces finaudes directions politiques et intellectuelles du bloc-BAO sont prisonnières des marchés d’armement, des symposiums et des tours-hôtel-gratte-ciel, des parcours de golf dans le désert du Golfe, des mirages technologistes des étendues sablonneuses et postmoderniste.)

Difficultés de perspective

On voit quelle charge terrible de communication, outre les horreurs bien réelles de ce conflit sans fin, pèsent sur les simulacres de langage et de jugement ; il s’agit de la production du déterminisme-narrativistequi emprisonne totalement l’esprit des acteurs occidentaux comptables de leur narrative(le “boucher de Damas” contre les démocrates-libérateurs éventuellement et essentiellement djihadistes) de cette phase de l’interminable tragédie syrienne, phase et drame directement dépendant de la communicationSystème. Il faut donc, pour se rapprocher de la vérité-de-situation syrienne, se tourner vers des sources qui ne sont pas infectées par ces pathologies ; des sources déterminant les vérités-de-situation opérationnelles sans en céder une seconde à l’affectivisme subversif des pensées du bloc-BAO qui conditionnent les jugements-PC occidentaux comme autant de verrous des dossiers destinés aux “chers auditeurs”.

Cette démarche de salubrité psychologique et intellectuelle n’empêche pas de constater qu’à partir de données beaucoup plus acceptables les appréciations de l’évolution de la situation, si elles s’accordent sur le sens des opérations en cours, vont dans des directions extrêmement différentes quant aux prolongements stratégiques et politiques, et même eschatologiques pour certains. C’est d’une autre hauteur que les sottises occidentales, irrémédiablement conduites à raisonner dans les sous-sols de l’analyse, mais ce n’en est pas moins significatif quant aux variations constatées qui rendent si difficiles de tracer une perspective.

Nous allons développer ici plusieurs approches de sources différentes et certainement pas du même “camp”, qui donneront des appréciations de la situation générale.

• Jubilation d’E.J. Magnier

Le site SicSemperTyrannis (STT) a repris tous les tweets d’Elijah J. Magnier, dans la soirée du 13 octobre. Connaissant les positions de Magnier, on comprend que ces appréciations sont triomphantes, envisageant même que la fin de la guerre en Syrie approche très rapidement, à l’avantage d’Assad. Même si ces jugements sont écrits dans le feu de l’action dont ils rendent compte, ils restent significatifs d’une façon de voir les derniers événements dans un sens proprement triomphal.

« L’armée syrienne est à Manbij maintenant. Une autre force de l’armée syrienne se dirige vers l’avance turque soutenue par les Kurdes syriens. 
» Il suffisait de l’annonce du retrait américain pour que la perspective de la fin de la guerre en Syrie se développe brusquement en un temps record.
» Les Kurdes se sont mis d’accord sur tous les points demandés par Damas et la Russie en est le garant. Les Kurdes font désormais partie des forces alliées syriennes de sécurité. L’armée syrienne a accepté de prendre en charge tous les prisonniers de l’ISIS, les familles et les personnes en fuite. L’Europe devra désormais s’arranger directement avec Assad. […]
» Cette situation – le retrait des forces américaines et le comportement des USA avec les Kurdes après des années de combats sur le terrain – aidera énormément la Russie à confirmer sa crédibilité et son engagement envers ses alliés et son partenariat sincère en tant que substitut aux États-Unis complètement indignes de confiance.
» Important : L’avancée de l’armée syrienne ne signifie pas un affrontement avec les forces turques. La Russie est en train de parvenir à un accord global avec la Turquie et Damas pour mettre un terme à l’opération militaire dès que possible.
» L’objectif principal est atteint : le retrait des forces américaines de Syrie. La Turquie craignait un YPG, la branche syrienne du PKK, puissant et bien armé avec les équipements et la protection des États-Unis. Maintenant que les États-Unis se retirent, Damas ne permettra aucune attaque ou menace contre la Turquie et n’acceptera pas une partition kurde [Rojava]indépendante. L’accord d’Adana [de 1998] est de nouveau sur les rails. »

• Trump serait-il fin, même par mégarde ?

Les commentaires de TTG, l’un des principaux collaborateurs du colonel Lang, sont particulièrement favorables à cette vision de Magnier. (Lang et son équipe, des connaisseurs en matière d’activités militaires, sont depuis longtemps des admirateurs des capacités manœuvrières et combatives de l’armée d’Assad.) Surtout, pour TTG, la surprise vient du rôle de Trump dans cette phase, qu’il juge complètement coordonnée avec celle des Russes. TTG juge que Trump a complètement débordé et pris à contrepied les extrémistes washingtoniens et autres neocons, les plaçant devant le fait accompli des responsabilités générales confiées aux Russes, et retirant les forces US de cette nasse syrienne que lui-même, Trump, a toujours dénoncée comme par rapport aux intérêts US.

(Son jeu par rapport à la Turquie est également productif dans sa sinuosité : on semble d’abord donner le feu vert à Erdogan, on hésite, on lui demande d’arrêter, on lui impose des sanctions, coupant l’herbe sous les multiples pieds di Congrès qui entendait voter lui-même des sanctions dans la pompe et la solennité.)

 « Damas est en voie d’atteindre son objectif ultime de reprendre le contrôle de tout son territoire et d’atteindre la paix grâce à VV Poutine et à l’aide bienvenue et nécessaire de DJ Trump. Il n’y a pas d’autre façon de juger de la situation. […]
» Je pense cependant que le SDF kurde cessera très bientôt d’exister. Ces forces seront intégrées directement dans la SAA de Damas ou deviendront des auxiliaires des NDF. Les Kurdes ne recevront pas leur semi-autonomie, mais ils seront vivants, sur leurs terres ancestrales et sous la gouvernance de Damas.
» Les neocons du monde entier gémiront dans les ténèbres et grinceront des dents. Ils reprocheront toujours à Trump d’avoir “perdu la Syrie”. Mais croyez-moi, moi qui n’ai absolument aucun respect pour cet homme, Trump a agi dans le meilleur sens possible. Sa volonté de travailler avec Poutine va refaire de la Syrie un pays stabilisé. Poutine n’aurait pas pu orchestrer cela sans la volonté (ou l’audace) de Trump de se battre contre tout le gouvernement américain.  Tant mieux pour lui, même s’il ne réalisait pas vraiment ce qu’il faisait. Il peut considérer cela comme une victoire pour le peuple américain. »

• Un affrontement Russie-Turquie ?

Le site israélien DEBKAFiles a eu une approche plus nuancée, sinon dramatique dans ceci qu’il estime qu’il y a la possibilité d’un affrontement direct entre Russes et Turcs. Pour le reste il juge que, sans aucun doute, Poutine est l’homme qui domine la situation dans la région. DEBKAFiles apporte des précisions intéressantes sur les modalités des négociations entre Syriens du gouvernement Assad et Kurdes, quant au rôle joué par les Russes comme maîtres d’œuvre : les négociations ont eu lieu sur la base russe en Syrie de Khmeimim, sous la présidence des militaires russes.

 « La décision du président Donald Trump de retirer les troupes américaines de la confrontation turco-kurde de dimanche 13 octobre a provoqué un réalignement fulgurant des grandes puissances sur le champ de bataille du nord-est de la Syrie: la tâche de protéger les Kurdes des excès de l’opération turque est passée à Vladimir Poutine et à l’armée syrienne. Lundi, les forces gouvernementales syriennes avaient atteint les villes kurdes de Kobani, Manbij et Raqqa, alors que les troupes turques s’apprêtaient à attaquer les deux premières. Selon certaines informations, l’armée syrienne se trouvait déjà à l’intérieur de ces villes, mais, selon les sources militaires de DEBKAfile, elle ne peut pas résister à une avance turque sans le soutien russe.
» Comme l’avait prédit samedi DEBKAfile, les rouages de ce revirement ont été mis en route par un accord conclu par les dirigeants kurdes des Forces de défense syriennes (SDF) soutenues par les États-Unis avec les responsables du régime Assad au centre de commandement russe de la base aérienne de Khmeimim près de Latakia. Leurs réunions étaient présidées par des officiers russes. Se sentant abandonnés par le recul américain, les Kurdes ont rapidement accepté de renoncer à leur lutte pour un État indépendant et de se contenter d’un statut autonome pour leurs provinces du nord-est en échange de la prise en charge par l’armée syrienne de la défense de leurs villes en danger.
» L’accord, qui est entré en vigueur dans les 24 heures, a encore des dispositions délicates à préciser : 
» • La nature exacte du régime autonome kurde et les relations avec le gouvernement central à Damas.
» • Les frontières des terres sous domination kurde.
» • Le sort des SDF kurdes.
» • Jusqu’où le président russe Vladimir Poutine sera-t-il prêt à intervenir pour arrêter l’avance de l’armée turque dans le nord de la Syrie ?
» Les forces syriennes n’étant pas prêtes à une bataille à grande échelle contre l’armée turque sans le soutien de l’armée et de l’aviation russes, la Turquie et la Russie sont au seuil d’un conflit militaire majeur.
» La façon dont Poutine doit gérer cette situation difficile est encore à déterminer. Il pourrait être en mesure de la maîtriser en plaçant Erdogan devant un discret ultimatum pour qu’il renonce sinon il se trouvera dans la perspective d’hostilités directes avec l’armée russe. Quoi qu’il en soit, le président russe est en train d’apparaître dans le désordre créé par l’opération turque comme étant sur le point d’atteindre l’objectif primordial de son intervention dans le conflit syrien : placer toutes les parties du pays sous la domination centrale du régime Assad. »

• Une Troisième Guerre mondiale ?

Enfin, un article de WSWS.org, dont la version initiale (anglais) a paru le 14 octobre, et la version française le 15 octobre 2019. Nous empruntons ici la deuxième partie de l’article, celle qui envisage les perspectives à terme et les possibilités de conflit élargi qu’entraînent l’invasion turque et les réactions syrienne et iranienne (et sans doute russe).

Comme d’habitude la vision de ce site que nous connaissons bien est catastrophique (escalade montant à la possibilité d’un affrontement nucléaire), et il est d’un jugement négatif sur à peu près tous les acteurs : les Turcs, pour leur agression autant que pour diverses actions de liquidation et autres atrocités qui sont détaillées ; les USA dont la tactique de retrait et d’abandon des Kurdes a accéléré la crise, avec des détails intéressants sur les tractations entre US et Kurdes pour annoncer le départ des premiers fustigés comme une “trahison” par leurs interlocuteurs kurdes ; les “puissances capitalistes” en général dont la responsabilité initiale du chaos moyen-oriental est avéré, etc. Le commentaire reste plus factuel sur les positions des Syriens, des Iraniens et bien sûr des Kurdes ; mais surtout, la deuxième partie de l’article enchaîne sur les troubles autour de l’affrontement du fait de l’invasion turque, des détails sur de récents attentats sont donnés dans le cadre de la tension entre l’Iran et l’Arabie, qui est une composante parallèle de la crise, etc.

Au-delà, WSWS.orgreste imperturbablement pessimiste et catastrophiste. Son analyse est que cette nouvelle phase de la guerre en Syrie doit déclencher un enchaînement dont le terme risque d’être un conflit au plus haut niveau. Les “travailleurs” (prolétaires) sont donc placés devant la pire des perspectives : « Les travailleurs sont face à la possibilité concrète d’une 3e Guerre mondiale. » Et la solution est bien entendu que ces “prolétaires de tous les pays, unissez-vous” : il est toujours piquant, sinon intéressant, de voir deux ou trois des derniers paragraphes consacrés à cette vieille lune constamment ressuscitée pour porter le coup de grâce au “capitalisme international” ; on lira donc cette partie de conclusion jusqu’à son terme, comme on faisait boire aux gamins de l’huile de foie de morue au temps de la jeunesse du capitaine PhG…

« …En même temps, le conflit irano-saoudien s’intensifie sur fond d’attaques mutuelles visant des pétroliers qui transportent des ressources critiques pour l’économie mondiale. Le mois passé, les USA et l’Arabie saoudite ont accusé sans preuve l’Iran d’avoir lancé des frappes en Arabie saoudite qui ont fait flamber le cours du pétrole. Puis le 11 octobre, deux missiles ont touché un pétrolier iranien Sabiti au large de l’Arabie saoudite en mer Rouge.
» Ali Chamkhani, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a dit hier que l’Iran se vengerait en frappant des cibles qu’il s’est refusé à nommer. “Nous avons formé un comité spécial pour investiguer l’attaque contre le Sabiti … Son rapport ira bientôt aux autorités pour une décision finale,” a-t-il dit à Fars News. “Le brigandage et les méfaits en haute mer visant à mettre en danger les navires commerciaux ne jouiront d’aucune impunité.”
» Les responsables saoudiens se sont refusés à tout commentaire, et la 5e flotte américaine au Bahreïn dans le Golfe persique a prétendu n’avoir aucune information. Mais dans la presse internationale on suppose que l’Arabie saoudite a soit organisé, soit toléré la frappe contre le Sabiti.
» L’escalade militaire entre les régimes capitalistes au Moyen Orient pose un danger imminent pour la population non seulement de la région, mais du monde entier. Les travailleurs ne peuvent accorder aucun soutien aux préparatifs militaires de ces divers régimes réactionnaires. L’Amérique, l’Europe, la Russie et la Chine étant toutes profondément impliquées dans la guerre syrienne, une guerre au Moyen Orient pourrait stopper l’approvisionnement mondial en pétrole et provoquer une large escalade militaire. Les travailleurs sont face à la possibilité concrète d’une 3e Guerre mondiale.
» Selon CNN, la milice SDF en Syrie, vulnérable aux frappes aériennes turques et dépassée en nombre par les Turcs, aurait dit à Washington qu’ils demanderaient à la Russie d’attaquer la Turquie afin de protéger les SDF et l’armée syrienne. La Turquie étant légalement un allié des USA et de l’Europe dans l’OTAN, une telle attaque pourrait forcer les USA et ses alliés européens soit à rompre l’alliance de l’OTAN, vieille de 70 ans, soit à attaquer la Russie pour défendre la Turquie.
» “Vous nous laissez nous faire massacrer”, a dit le chef des SDF Mazloum Kobani Abdi à des responsables américains à Washington jeudi. “Vous refusez de protéger le peuple, mais vous ne voulez pas qu’une autre force vienne nous protéger. Vous nous avez vendus.”
» Mazloum s’est emporté contre les responsables américains qui lui interdisaient de chercher une alliance avec la Russie et insistaient pour qu’il continue malgré les frappes turques: “J’ai besoin de savoir si oui ou non vous pouvez protéger mon peuple et empêcher ces bombes de nous tomber dessus. Parce que sinon, j’ai besoin de négocier un accord avec la Russie et avec le régime Assad maintenant et inviter leur aviation à protéger cette région.”
» Mais les forces américaines battent en retraite, et le secrétaire à la Défense américain Mark Esper a déclaré à la télévision dimanche que le conflit entre Turcs et Kurdes “empire à vue d’œil.” Vu les tentatives kurdes d’arranger une alliance avec la Syrie et la Russie, a-t-il ajouté, Trump “nous a ordonné d’entreprendre une retraite délibérée de nos forces de la Syrie du nord.”
» Esper a ajouté qu’il ne laisserait “pas des soldats américains au milieu d’un conflit de longue date entre les Turcs et les Kurdes. Ce n’est pas pour cela que nous sommes en Syrie.”
» Il a dit que l’armée turque rejette les appels du Pentagone à un cessez-le-feu avec les Kurdes et adopte des visées plus larges à l’intérieur de la Syrie. “Ces dernières 24 heures, on a su qu’ils comptent vraisemblablement aller plus loin au sud qu’au départ, et à l’ouest”, a-t-il dit. Il a ajouté que “exactement toutes les choses” dont Washington avait averti les dirigeants turcs en cas d’une invasion turque de la Syrie étaient en train de se produire, y compris la libération de dizaines de milliers de combattants de l’État islamique détenus en prison par les forces kurdes.
» Ces conflits marquent la débâcle de trois décennies de guerres impérialistes menées par Washington et ses alliés européens depuis la guerre du Golfe contre l’Irak en 1991. Leur incitation de conflits nationaux, ethniques et sectaires, afin de diviser pour mieux régner cette région stratégique et riche en pétrole, l’a mise au bord de l’explosion. Des anciens alliés des USA se retournent contre eux sur fond d’un discrédit généralisé qui pèse sur la guerre et toute la classe politique capitaliste parmi des centaines de millions de travailleurs au Moyen Orient, en Amérique et en Europe.
» Des journalistes de RFI sur la frontière syrienne ont témoigné de la profonde colère parmi les civils et les soldats turcs contre la politique américaine. Un a dit à RFI, “Les États-Unis n’ont pas peur de Dieu, ils sont sûrs de leur force. Mais ils mettent 15 heures en avion pour arriver ici alors qu’est-ce qu’ils viennent y faire ? Ils se mêlent de nos affaires et ils se comportent comme un lutteur qui ne se battrait qu’avec ceux qu’il sait pouvoir battre. Quand il est face à un concurrent de poids, il l’évite.”
» La force qui exprime de manière progressive cette colère sourde contre la guerre impérialiste est la classe ouvrière internationale et la résurgence de la lutte des classes. Les manifestations contre les régimes militaires irakien, soudanien et algérien, et une vague de grèves dans l’automobile, les lycées et les mines aux États-Unis soulignent la radicalisation croissante des travailleurs. Mais ce mouvement international est face à de vastes dangers et à de vastes tâches.
» Dans la mesure où cette colère grandissante est canalisée derrière les ambitions militaires des États capitalistes rivaux, des guerres mondiales vraiment catastrophiques peuvent éclater, comme deux fois au 20e siècle. Il est essentiel de mobiliser des travailleurs indépendamment de tous les États capitalistes dans un mouvement international anti-guerre de la classe ouvrière pour le socialisme. »

Clin d’oeil saoudien

Dans un tel contexte, la visite de Poutine en Arabiepourrait apparaître comme un clin d’œil plein de malice, ou si l’on veut une sorte d’événement extra-terrestre, surtout dans ce contexte de crise aigue qui fait l’essentiel de cette analyse. Les Russes sont amis sinon très amis du Syrien Assad et des Iraniens, qui sont des adversaires quasiment jurés des Saoudiens, et l’Iran notamment au bord de la guerre avec l’Arabie. On sait également, pour prendre un cas encore plus brûlant, que la Turquie est un allié stratégique de la Russie qui reçoit de formidables systèmes sol-air russes S-400, alors que le risque d’un affrontement terrestre entre forces russes et turques en Syrie est aujourd’hui, dans la séquence crisique actuelle, un risque quotidien.

Poutine a précisé à l’occasion de cette visite qu’il n’était nullement automatique que les adversaires des pays du Moyen-Orient dont la Russie est amie devinssent des adversaires de la Russie. On conviendra après tout que c’est une certaine forme de bon sens, surtout au Moyen-Orient, – mais nous dirions, surtout dans notre époque. Il faut admettre que ce bon sens ne va pas de soi car, justement dans ces périodes de tension, l’amitié d’un pays exige souvent, de la part de cet ami, que cette amitié se construise sur des intérêts communs, c’est-à-dire très souvent des antagonismes communs.

Il se trouve que nous touchons là un caractère très spécifique de notre époque, déjà abordé plus haut avec la narrative du “boucher de Damas” (Assad), qui est la puissance extraordinaire du PC (Politiquement-Correct) dans le flux d’une non moins extraordinaire puissance qu’est celui de la communication. Qu’on croit ou non au PC (ceux qui sont concernés plus haut par la narrative-“boucher de Damas” y croient et sont des cas pathologiques zombifiés), il reste que le PC existe pour tous. Nul ne peut s’abstenir d’y sacrifier, mais il y a dans la manière l’expression de ce que l’on pense du PC. Tous nos journalistes de la presseSystème, nos “zombiesSystème”, ont la manière directe du croyant. Un homme comme Poutine, qui entretient une certaine forme d’humour, a une façon telle d’y sacrifier qu’on voit bien quel est son opinion à ce propos, et souvent un sourire en coin ou un clin d’œil nous en convainc.

Cette visite en Arabie autant que les terribles affaires de la Syrie et des diverses crises, à côté de leur côté tragique qui est évident, répondent également à ces simulacres. L’arrivée de gens de la trempe d’un Trump, – les deux mots vont bien, – ont fondamentalement renforcé cette situation. Trump peut dire une succession de contradictions qu’on aura le loisir de nommer “mensonges”, si l’on veut et d’ailleurs justement, mais s’agit aussi du jeu PC/non-PC qui fait que les paroles ont une relativité stupéfiante dans une réalité désintégrée. Le comportement de Trump dans l’affaire syrienne, son jeu à la fois approbateur et menaçant dans un enchaînement vertigineux, constituent une parfaite intégration dans la forme complètement désordonnée des relations… Plutôt que “mensonges”, employez donc le mot “désordre-des-mots” qui est une façon d’accompagner le tourbillon des choses (“tourbillon crisique”) pour pouvoir en extraire telle ou telle occasion qui convient à ses propres intérêts. Ce n’est ni glorieux ni de la grande diplomatie, c’est simplement une façon de s’adapter à des événements qui nous dépassent de telles hauteurs qu’il ne nous reste plus que l’occasion de chaparder en passant.

Bien entendu, les gens dont nous parlions avec Trump et Poutine, qui ont ce qu’on a décrit en commun (cette vision du PC complètement relative et hors de toute conviction) sont par ailleurs fort différent mais cela n’importe pas dans cette sorte d’action qu’on décrit ici. Les croyants-PC, par contre, sont, eux, de véritables zombiesSystème, sans surprise, et ils sont d’ailleurs sans surprise dans leurs propos réducteurs et de micro-moraline, et ils ne sont d’aucun intérêt pour nous.

Cela pour dire que, malgré tous les signes ici et là, nous ne croyons pas vraiment, comme Magnier l’enthousiaste, à « la perspective de la fin de la guerre en Syrie se développe brusquement en un temps record ».Par contre la première proposition de ce cri d’enthousiasme est vraie (« Il suffisait de l’annonce du retrait américain pour que la perspective de la fin de la guerre en Syrie se développe brusquement en un temps record »), car il s’agit bien d’un retrait américain, de même que Poutine est plus que jamais maître du jeu dans cette région.

Non, l’important, c’est l’effet de ce qui s’est passé en Syrie sur la situation intérieure de Washington D.C., alias “D.C.-la-folle”, car c’est là-bas, dans le creuset de l’effondrement, que tout se passe ; là-bas, where the action is, – et la Syrie y laissera des traces.

https://www.dedefensa.org/article/variations-autour-du-boucher-de-damas

Appel aux armes, l’Otan mobilisée sur deux fronts

Appel aux armes, l’Otan mobilisée sur deux fronts

par Manlio Dinucci

Conformément à un vieux projet énoncé en 2013, l’Allemagne est parvenue à convaincre le président Trump de déployer des troupes européennes au Moyen-Orient sous commandement Otan. L’Alliance, de son côté, prend la chose comme une opportunité pour se déployer dans la région Indo-Pacifique et devenir une organisation mondiale, notamment en s’appuyant sur la question taïwanaise. Pour préserver sa crédibilité, l’Otan doit montrer qu’elle conserve sa force face à la Russie et organisera de gigantesques manœuvres, Defender Europe 20.RÉSEAU VOLTAIRE | ROME (ITALIE) | 18 JANVIER 2020 ITALIANOESPAÑOL

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JPEG - 49.7 koLe grand navire amphibie USS Batam sera de retour au Moyen-Orient. En 2002, il avait été utilisé par le secrétaire à la Défense Colin Powell pour abriter une prison secrète. Plusieurs milliers de combattants furent enlevés sur différents champs de bataille et torturés en eaux internationales pour y être conditionnés, puis relâchés.

NATOME : voilà comment le président Trump, qui se vante de son talent pour créer des acronymes, a déjà baptisé le déploiement de l’Otan au Moyen-Orient, qu’il a requis par téléphone au secrétaire général de l’Alliance Stoltenberg. Celui-ci a immédiatement accepté que l’Otan doive avoir « un rôle accru au Moyen-Orient, en particulier dans les missions d’entraînement ». Il a donc participé à la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, en soulignant que l’UE doit rester à côté des États-Unis et de l’Otan parce que, « même si nous avons fait d’énormes progrès, Daesh peut revenir ». Les États-Unis cherchent de cette façon à impliquer les alliés européens dans la situation chaotique provoquée par l’assassinat, autorisé par Trump lui-même, du général iranien Soleimani dès son débarquement à Bagdad.

Après que le parlement iraquien a délibéré l’expulsion des plus de 5 000 soldats US présents dans le pays avec des milliers de mercenaires du Pentagone, le Premier ministre Abdul-Mahdi a demandé au département d’État d’envoyer une délégation pour établir la procédure de retrait. Les USA —a répondu le Département— enverront une délégation « non pas pour discuter le retrait des troupes, mais le dispositif adéquat de forces au Moyen-Orient », ajoutant qu’à Washington on est en train de fixer un accord sur « le renforcement du rôle de l’Otan en Iraq correspondant au désir du président que les Alliés partagent la charge dans tous les efforts pour notre défense collective ».

Le plan est clair : remplacer, totalement ou en partie, les troupes US en Iraq par celles des alliés européens, qui se trouveraient dans les situations les plus risquées, comme le démontre le fait que l’Otan même, après l’assassinat de Soleimani, a suspendu les missions d’entraînement en Iraq.

Outre le front méridional, l’Otan est mobilisée sur le front oriental. Pour « défendre l’Europe de la menace russe », est en train de préparer l’exercice Defender Europe 20, qui verra en avril et mai le plus grand déploiement de forces US en Europe des 25 dernières années. 20 000 soldats, dont quelques milliers de la Garde nationale provenant de 12 États US, arriveront des États-Unis qui se joindront à 9 000 déjà présents en Europe pour un total d’environ 30 000. À leurs côtés 7 000 soldats de 13 pays européens de l’Otan, dont l’Italie, et deux partenaires, la Georgie et la Finlande. En plus des armements qui arriveront d’outre-Atlantique, les troupes US utiliseront 13 000 chars, cannons autopropulsés, blindés et autres véhicules militaires provenant de « dépôts pré-positionnés » US en Europe. Des convois militaires avec véhicules blindés parcourront 4 000 km à travers 12 artères, opérant avec des avions, des hélicoptères, des drones et des unités navales. Des parachutistes US de la 173ème Brigade et des Italiens de la Brigade Folgore sauteront ensemble en Lettonie.

L’exercice Defender Europe 20 prend un relief ultérieur, dans la stratégie des USAet de l’Otan à la suite de l’aggravation de la crise moyen-orientale. Le Pentagone, qui l’an dernier a envoyé 14 000 soldats de plus au Moyen-Orient, est en train d’envoyer dans cette même région certaines forces qui se préparaient à l’exercice de guerre en Europe : 4 000 parachutistes de la 82ème Division aéroportée (dont quelques centaines de Vicenza) et 4 500 Marines dont ceux du navire d’assaut amphibie USS Bataan. D’autres forces, avant ou après l’exercice en Europe, pourraient être envoyées au Moyen-Orient. La planification du Defender Europe 20, précise le Pentagone, reste cependant inchangée. En d’autres termes, 30 000 soldats US s’exerceront à défendre l’Europe d’une agression russe. Un scénario qui ne pourrait pas survenir réellement, notamment parce que dans l’affrontement ce ne sont pas des chars qui seraient utilisés mais des missiles nucléaires ; mais un scénario utile pour semer la tension et alimenter l’idée de l’ennemi.

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci

Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016 ; Guerra nucleare. Il giorno prima. Da Hiroshima a oggi : chi e come ci porta alla catastrofe, Zambon 2017 ; Diario di guerra. Escalation verso la catastrofe (2016 – 2018), Asterios Editores 2018.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

https://www.voltairenet.org/article208956.html?__cf_chl_jschl_tk__=0bf5661f51e5bfa12b90c81eadf7994a6dd1bbe4-1579540141-0-AXfsF8-drdagygkG3eVV1m4Q_tciW3IEPFvUqa8QVwiKI7snFvuoiy_Z2zSt2_AVt8pMRzy1RqGaqoGrDE-gr9TfjISw5t2IDc7unLK28EqcVO1EkEAi5LxF3R00xv4sJL2GZ3IPJhVUdwt9f2uDjiFnp98KZc3lR96rrS4rezUKHCSKepwxYZhH3EABlQo1plL5HcnVCXDMDPhDhYVLXR6LralBYt2AoOqRgWnSZ8R6OLo2plH8ZwDcZ1LSyK2jxjwpJES35bynBhN3I7AAo9UwDu6a_pMSvBq25l-7DtaC

Le réarmement du monde

Le réarmement du monde

Matteo Gruszewski 

17 janvier 2020 Afrique et Moyen-OrientAmériqueAmérique du NordAsie et OcéanieChineEuropeFranceGéopolitique & Relations InternationalesIndeInternationalProche et Moyen-OrientRussieSituations décryptées Leave a comment

En 2018, à la conférence de Munich sur la sécurité, Sigmar Gabriel (alors ministre des Affaires étrangères de l’Allemagne), déclare : « Les Européens sont les derniers végétariens dans un monde de carnivores géopolitiques ». Le monde post Guerre Froide, apaisé, que les Européens avaient idéalisé s’avère être une chimère. La paix entre les nations est une lointaine utopie, et le monde se réarme.

cartographie du commerce d'armements réarmement
Plus grands exportateurs de matériel de défense et leur principaux clients (SIPRI, 2017)

Le retour au réarmement

Depuis son élection, Donald Trump a annoncé son intention de se désengager globalement des traités internationaux signés par ses prédécesseurs.  Après l’accord sur le nucléaire iranien en mai 2018, Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis du Traité sur le commerce des armes (ATT) en avril 2019. Ce traité, adopté par l’ONU en 2013, vise à réguler le commerce licite tout en luttant contre le commerce illicite des armes conventionnelles.

En juillet 2019, les Etats-Unis sortent ensuite du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF).  Ils accusent la Russie de ne pas respecter ses engagements, privant ainsi le monde d’un traité de désarmement historiquement fondamental. En 1987, sa signature par Mikhaïl Gorbatchev consacrait ainsi la fin de la crise des euromissiles amorcée en 1976. Si l’attitude américaine traduit un retour à l’unilatéralisme, il n’empêche qu’elle s’appuie sur un argument sécuritaire : faire face au réarmement du monde.

En effet, de 2017 à 2018, les dépenses de défense ont augmenté de 2,6% pour s’élever à 1800 milliards de dollars selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute). De plus, on observe sur la période 2012-2016 une augmentation de 8,4% des ventes d’armes par rapport aux cinq années précédentes (2011-2015)

Un réarmement qui se généralise

Cette tendance au réarmement n’est pas seulement alimentée par les États-Unis et la Chine. Certes, les deux pays représentent respectivement 36% et 9% des dépenses militaires mondiales. La Chine poursuit une militarisation effrénée et fulgurante. Pékin dispose déjà de deux porte-avions, alors qu’un troisième est en construction. L’Empire du Milieu a également dévoilé un destroyer de 4e génération type 055 entièrement made in China.

Le reste du monde s’arme aussi. L’Inde se hisse désormais à la quatrième place des puissances militaires mondiales, dépassant ainsi la France selon le power index de Global Fire Power. La commande des 36 Rafales en 2016 à Dassault Aviation illustre clairement les ambitions indiennes. Arabie Saoudite, Algérie, Émirats-Arabes Unis, Turquie, Corée du Sud, la liste des puissances militaires en ascension est encore longue.

Cette dilution de la puissance de feu dans l’espace mondial, bien qu’il soit encore largement dominé par les États-Unis, la Chine et dans une moindre mesure l’Europe, met en exergue la complexification de l’ordre mondial et ses recompositions. Le réarmement dénote de deux phénomènes intimement liés. Premièrement, de plus en plus de pays s’affirment et pèsent dans le jeu géopolitique régional voire mondial. La Turquie en est un parfait exemple. Deuxièmement, ces stratégies de défense expriment de forts sentiments d’insécurité régionaux, comme c’est le cas pour la Corée du Sud ou pour les Émirats Arabes Unis.

Le champ de bataille se transforme

réarmement des armes nouvelles
Les drones de combat, nouvelles armes du XXIe siècle

Outre la dimension quantitative du réarmement mondial, les caractéristiques de ce dernier évoluent aussi, et de deux manières. Les moyens se métamorphosent dans l’innovation, et le champ de bataille se déplace. Concernant l’innovation, les armes s’améliorent et changent. La Russie a annoncé en décembre 2019 le déploiement de son missile hypersonique Avangard, « pratiquement invincible » selon Vladimir Poutine. De plus, les drones ou l’introduction de l’intelligence artificielle dans des armes autonomes transforment totalement la réalité du terrain.

L’autre mutation du champ de bataille, c’est qu’il va maintenant du cyberespace jusqu’à l’espace. Les dangers de la cyberguerre ont notamment conduit la Chine et la Russie (avec le « Runet ») à lancer des politiques d’« internet souverain » pour fonctionner de manière indépendante des réseaux internationaux. Parallèlement est en train de se jouer une deuxième saga de la « Guerre des Etoiles » reaganienne, avec une « arsenalisation » sino-russo-américaine de l’espace. Si Mac Mahan était né au XXIe siècle, « qui contrôle l’espace contrôle le monde » aurait pu être sa nouvelle maxime.

Conclusion : et l’Europe dans tout ça ?

Entourée d’un « cercle de feu » composé de crises, de menaces et de conflits, comment l’Europe se situe-t-elle ? On remarque une volonté grandissante de consolider une pensée stratégique, encore absente hier de la politique européenne. « Europe must also learn the language of power », déclare la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen. Des initiatives sont à relever, comme la Coopération Structurée Permanente de 2017 (CSP ou PESCO) ou le Fonds Européen de Défense prévu pour 2021. Dans un contexte de crise de l’OTAN et de montée de menaces, la défense européenne fait son nid. Ces initiatives suffiront-elles ? Et surtout, parviendront-elles à dépasser les innombrables divisions européennes ?

Sources :

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17 janvier 2020 Afrique et Moyen-OrientAmériqueAmérique du NordAsie et OcéanieChineEuropeFranceGéopolitique & Relations InternationalesIndeInternationalProche et Moyen-OrientRussieSituations décryptées Leave a comment

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/international/42710-le-rearmement-du-monde

Mais pourquoi les pêcheurs chinois découvrent-ils autant de petits sous-marins espions dans leurs filets ?

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Décryptages » Mais pourquoi les pêcheurs chinois découvrent-ils autant de petits sous-marins espions dans leurs filets ?POLITIQUE19 janvier 2020© ReutersIllustrationsETRE PRIS LA MAIN DANS LE SAC

Mais pourquoi les pêcheurs chinois découvrent-ils autant de petits sous-marins espions dans leurs filets ?

La Chine a découvert que des sous-marins d’espionnage rodaient sur son territoire. Le pays a donc demandé à ses pêcheurs de les récupérer.AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN01023Avec Emmanuel Lincot

Le gouvernement chinois demande à ses pêcheurs de récupérer des « torpilles et sous-marins d’espionnage » dans les eaux territoriales chinoises en face du Japon et de la Corée du Sud. Le gouvernement chinois paierait entre 40,000 et 72,000$ en récompense pour chaque objet trouvé.

Atlantico : Ces découvertes sont-elles nouvelles ? La Chine fait-elle de même ?

Emmanuel Lincot : Elles se sont amplifiées depuis ces dernières années. La première prise la plus médiatique par la marine chinoise d’un drone sous marin américain croisant au large des Philippines, pourtant situé dans des eaux territoriales internationales, mais que la Chine revendique comme siennes, avait en 2016 fait déjà grand bruit. La Chine procède de même en effet. Moins visibles que les drones aériens, les drones sous-marins n’en sont pas moins extrêmement importants dans les dispositifs de surveillance des littoraux adverses. Ils s’avèrent utiles pour contrôler les flux des navires en toute discrétion et plus particulièrement ceux des sous-marins mais aussi pour mesurer la salinité des eaux et leur température. Les drones de nouvelles générations seront en mesure d’intervenir dans les abysses pour rompre les câbles, détruire les communications, numériques notamment. Ce qui n’est pas sans poser des problèmes de nature sécuritaire; les communications Internet se faisant en majorité par voie sous-marine et non – contrairement à ce que l’on pourrait croire- par satellite. Que la Chine ait mis en scène ses pêcheurs récompensés comme d’authentiques patriotes participe d’un nationalisme outrancier et a valeur d’avertissement adressé aux étrangers.

Le gouvernement chinois a tapé du poing sur la table en expliquant que le Japon et la Corée étaient protégés par les Etats-Unis et donc que ces objets seraient une menace venant des américains. Ces découvertes peuvent-elles raviver les tensions entre les deux pays ? Quels peuvent être les effets sur le Japon ou la Corée ?

Emmanuel Lincot : C’est une façon de préparer l’opinion à de possibles mesures de représailles. Ces révélations surviennent dans un contexte de crise: tensions en mer de Chine, élections à Taïwan, et guerre commerciale avec les les États-Unis qui, quoi qu’en dise Donald Trump, va dans les faits, se poursuivre. Le fait d’accuser explicitement les États-Unis revient pour Pékin à vouloir ménager ses plus proches voisins coréen et japonais.

Le gouvernement américain s’est défendu de la notion d' »espionnage »; expliquant que ces « sous-marins » équipés de caméras servaient à explorer les fonds marins pour la recherche. Les Etats-Unis font-ils de même dans d’autres mers ou eaux territoriales ? (en Europe par exemple). 

Emmanuel Lincot : Vérité au-dessus des Pyrénées, mensonge en deçà….Bref, que les Américains disent vrai ou faux importe peu ici. Cette rivalité s’inscrit dans une lutte plus globale. Il s’agit, côté chinois et dans tous les cas, de disqualifier l’adversaire pour conditionner psychologiquement l’opinion à des mesures de représailles éventuelles. Une chose est certaine, c’est que les États-Unis ont créé une escadre de drones sous-marin. Ils sont opérationnels sur toutes les mers du monde. Côté européen, ils sont utilisés dans la surveillance des littoraux méditerranéens en crise, comme ceux de la Libye, mais aussi le suivi des navires russes.

https://www.atlantico.fr/decryptage/3586079/mais-pourquoi-les-pecheurs-chinois-decouvrent-ils-autant-de-petits-sous-marins-espions-dans-leurs-filets–lincot

Les Européens s'inquiètent de l'accord sino-américain


Les Européens s’inquiètent de l’accord sino-américain

L’UE craint que les entreprises européennes soient les victimes collatérales de l’accord conclu à Washington. Pékin s’est engagé à acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains en plus sur deux ans.

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A Washington le nouveau commissaire européen au commerce, Phil Hogan, n’a pas caché son inquiétude sur les conséquences de l’accord commercial sino-américain. (PPE/SIPA)Par Frédéric SchaefferPublié le 19 janv. 2020 à 14h05Mis à jour le 19 janv. 2020 à 15h48

La trêve conclue avec Pékin, Donald Trump va-t-il être tenté de s’en prendre à l’Europe ? Malgré l’ouverture à Washington de son procès en destitution, le président américain se rendra cette semaine au Forum de Davos où il devrait évoquer avec la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, les tensions commerciales croissantes entre les Etats-Unis et l’Union européenne. Parmi l’éventail de questions qui divisent les deux alliés, le projet français de taxer les géants du numérique est au coeur des préoccupations de Washington, qui a menacé la France de représailles .

Au-delà, les Européens craignent de faire les frais de l’accord commercial conclu mercredi dernier entre les Etats-Unis et la Chine. Si l’accord limite les risques d’escalades qui pourraient ralentir l’économie mondiale cette année, certaines chancelleries s’inquiètent du fait que Pékin se soit engagé à acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains en plus sur deux ans, craignant que les entreprises européennes soient les victimes collatérales de cet accord bilatéral.PUBLICITÉAds by Teads

Saisie de l’OMC

« Nous n’avons pas analysé le document en détail, mais nous le ferons. Et s’il y a un problème de conformité à l’OMC, bien sûr, nous ferons valoir nos arguments », avait indiqué dès jeudi le nouveau commissaire européen au Commerce Phil Hogan , effectuant sa première visite à Washington. Le lendemain, l’ambassadeur de l’Union Européenne en Chine, Nicolas Chapuis, enfonçait le clou : « les objectifs quantitatifs [de l’accord sino-américain, NDLR] ne sont pas compatibles avec l’OMC s’ils entraînent des distorsions commerciales. Si tel était le cas, nous irions devant l’OMC pour régler cette question », indiquait-il lors d’une conférence de presse à Pékin. Invité dès jeudi au ministère chinois des Affaires étrangères, Nicolas Chapuis a indiqué y avoir « reçu des assurances formelles que les entreprises européennes ne seraient en aucun cas affectées par l’accord ». Outre les achats de biens, l’Union européenne va surveiller de près que les ouvertures du marché financier promises par Pékin ne bénéficient pas uniquement aux acteurs américains.

Distorsion de marché

« Washington dicte à la Chine ce qu’elle devrait acheter aux Etats-Unis. L’accord réécrit les règles de la mondialisation et créé une distorsion du marché à une échelle sans précédent », déplore Joerg Wuttke, président de la Chambre de commerce européenne en Chine. Ce dernier ne cache pas les défis qui attendent les entreprises non-américaines qui exportent ou sont présentes en Chine. « Nous nous demandons quelle est notre place », s’interroge-t-il.

En Chine, la croissance au plus bas depuis 29 ans

En Chine, toujours moins de naissances

Frédéric Schaeffer  (Correspondant à Pékin)

https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/les-europeens-sinquietent-de-laccord-sino-americain-1164227

500 millions de dollars payés par l’Arabie saoudite pour le déploiement des soldats américains dans le pays

500 millions de dollars payés par l’Arabie saoudite pour le déploiement des soldats américains dans le pays

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17/01/2020 | Kathy De Schrijver | 4 min de lecture

Le président Américain Donald Trump lors de sa premire visite à l’étranger en 2017 auprès du roi saoudien Salmane ben Abdelaziz Al Saoud (Isopix)

Depuis septembre dernier, de nombreux soldats américains protègent l’Arabie saoudite de possibles attaques iraniennes. Mais cela a un coût. Riyad vient d’y participer à hauteur de 500 millions de dollars.

Lorsque l’Iran a attaqué les installations pétrolières saoudiennes, l’Arabie saoudite a fait appel aux USA pour leur venir en aide. Des milliers de soldats américains ont alors été déployés sur place. Le Pentagone a aussi fait envoyer des balises anti-missiles.

‘Conformément aux directives du président visant à accroître le partage des charges des partenaires, le ministère de la Défense a engagé l’Arabie saoudite à partager le coût de ces déploiements, qui soutiennent la sécurité régionale et dissuadent l’hostilité et l’agression’, explique le commandant Rebecca Rebarich, porte-parole du Pentagone. 500 millions de dollars ont donc été versé aux USA fin de l’année passée.

De nouveaux paiements sont à prévoir

L’Arabie saoudite et les USA doivent maintenant recalculer le coût de la présence des Américains sur le sol saoudien. ‘Des discussions sont en cours pour formaliser un mécanisme de contributions futures qui compensera le coût de ces déploiements’, a annoncé cdt. Rebecca Rebarich. De nouveaux paiements pourraient donc être demandés. Le Pentagone affirme que ça ne mènera pas forcément au déploiement de forces supplémentaires.

L’augmentation des troupes américains au Moyen-Orient est à l’opposé des volontés de Donald Trump. Le président américain a déclaré à maintes reprises qu’il souhaitait faire revenir ses hommes au pays. C’était d’ailleurs l’un des points de sa campagne présidentielle. Il avait, par exemple, demandé le rapatriement des troupes en Syrie. Une demande qui avait choqué le Congrès, considérant qu’il abandonnait les forces démocratiques syriennes, leur allié dans la lutte contre l’État islamique.

Cependant, la présence de troupes américaines en Arabie saoudite est sûrement un avantage pour les USA dans le conflit qui l’oppose à l’Iran. Même si l’Arabie n’est pas frontalière avec l’Iran, elle s’y trouve à un jet de pierre. Une situation certainement très pratique pour surveiller les défenses et attaques iranienne.

L’arabie Saoudite habituée au partage des couts avec les USA

Ce n’est pas la première fois que l’Arabie saoudite doit participer au coût du déploiement des Américains dans leur pays. Avec le Koweit et d’autres états du Golfe, l’Arabie a dû payer 36 milliards de dollars. Dans quel but? Couvrir les coûts de la Guerre du Golfe en 1990 et 1991.

En 2018, les USA ont aussi demandé le remboursement de 331 millions de dollars à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Il était question ici de payer les ravitaillements en vol des avions saoudiens lors de la guerre au Yémen.

Lire aussi: Quand le roi Salmane reçoit la plus haute distinction pour ses efforts humanitaires

Source: CNN

https://fr.businessam.be/500-millions-de-dollars-payes-par-larabie-saoudite-pour-le-deploiement-des-soldats-americains-dans-le-pays/