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Taxe GAFA: Washington annonce des représailles contre Paris mais les gèle

Taxe GAFA: Washington annonce des représailles contre Paris mais les gèle

Le Parlement français avait définitivement adopté le 11 juillet 2019 l’instauration d’une taxe sur les géants du numérique, faisant de la France un pays pionnier en matière d’imposition des « Gafa ».InternationalgafaParis

L’administration Trump a annoncé vendredi des mesures de rétorsion visant des produits français représentant 1,3 milliard de dollars pour punir Paris d’avoir instauré une taxe sur les géants technologiques américains mais a gelé leur application pour permettre de trouver une solution négociée au conflit.

« Le bureau du représentant américain au commerce a décidé aujourd’hui d’imposer des droits de douane supplémentaires de 25% sur les produits français d’une valeur commerciale de 1,3 milliard de dollars en réponse à l’adoption par la France d’une taxe sur les services numériques qui cible injustement les entreprises de technologie numérique américaines », ont indiqué les services de Robert Lighthizer.

Les droits de douane supplémentaires seront imposés aux produits cosmétiques et aux sacs à main.

Mais ils épargnent d’autres produits emblématiques tels que le champagne, le camembert ou le roquefort.  

En outre, « afin de laisser plus de temps pour tenter de résoudre ce litige, notamment par le biais de discussions en cours au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et en reconnaissance de l’accord de la France de retarder la perception de sa taxe jusqu’à la fin de l’année, le représentant au commerce a décidé de suspendre l’application de ces droits de douane supplémentaires pendant 180 jours », selon l’administration américaine.

Le Parlement français avait définitivement adopté le 11 juillet 2019 l’instauration d’une taxe sur les géants du numérique, faisant de la France un pays pionnier en matière d’imposition des « Gafa » (acronyme désignant Google, Amazon, Facebook et Apple) et autres multinationales accusées d’évasion fiscale.

La veille, les Etats-Unis avaient décidé de lancer une enquête pour mesurer les effets d’une telle taxe sur les entreprises américaines.

Et l’hôte de la Maison Blanche, qui a pris des mesures tarifaires agressives contre ses alliés et ses rivaux, avait menacé de droits de douane à 100% sur les produits français, notamment les fromages, les produits de beauté et les sacs à main. 

L’enquête du bureau du représentant américain au commerce (USTR) s’était achevée en janvier et avait conclu que la taxe était « déraisonnable » et discriminatoire à l’égard des entreprises américaines.

Elle a été suivie d’une période de commentaires et de demandes d’exemptions pour certaines marchandises, qui vient donc de s’achever.

Le président du lobby des entreprises du secteur, Matt Schruers a estimé dans un communiqué que « l’action d’aujourd’hui envoie le message fort que les taxes discriminatoires visant les entreprises américaines ne sont pas un moyen de moderniser la fiscalité internationale ».

A l’automne 2019, le dossier semblait sur la voie d’une résolution diplomatique.

Le projet d’accord prévoyait alors de laisser en place le nouvel impôt français sur l’activité des grands groupes de technologie jusqu’à l’entrée en vigueur d’un nouveau plan fiscal international négocié dans le cadre de l’OCDE.

La refonte de la fiscalité internationale, sous l’égide de l’OCDE, a pour objectif de mieux appréhender les activités des entreprises de ce secteur dont les substantiels profits échappent à de nombreux fiscs dans le monde.

Mais ces discussions multilatérales ont pour l’heure échoué.

– « La juste part » –

Le 17 juin, prenant acte de l’absence de progrès sur le dossier, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, avait annoncé une pause dans les discussions, suscitant la réprobation des pays partenaires et la crainte de la France de se voir imposer des tarifs douaniers sur des produits phares comme le vin.

Vendredi, le Fonds monétaire international a exhorté à un accord international pour résoudre ce conflit.

« Il est très important d’éviter les guerres commerciales, il est important d’éviter les guerres sur les fiscalités », a souligné Vitor Gaspar, directeur du département des affaires fiscales du Fonds monétaire international dans un entretien à l’AFP.

« Un accord serait très important (…) pour l’économie mondiale », a-t-il ajouté, soulignant que réduire a minima l’évasion fiscale était un outil prioritaire à l’avenir, à disposition des Etats pour trouver de nouvelles sources de revenus et réduire leur dette publique.

Il a souligné que la démarche entreprise dans le cadre de l’OCDE était « très importante dans la mesure où il y a une perception selon laquelle des entreprises extrêmement profitables et qui rayonnent à l’échelle mondiale, ne paient pas leur juste part en matière de fiscalité ».

« Il y a la perception que le système de fiscalité internationale qui avait été négocié dans le cadre de la Société des Nations il y a environ 100 ans, n’est plus adapté à son objectif », a-t-il poursuivi.

https://www.ln24.be/2020-07-11/taxe-gafa-washington-annonce-des-represailles-contre-paris-mais-les-gele

Comment les Deux Grands peuvent établir la paix au Grand Moyen-Orient

Comment les Deux Grands peuvent établir la paix au Grand Moyen-Orient

par Thierry Meyssan

Pour faire la paix, c’est assez simple : il suffit d’arrêter de se faire la guerre. Mais au Grand Moyen-Orient, c’est beaucoup plus compliqué, parce qu’il y a une multitude d’acteurs pour qui une solution, quelle qu’elle soit, doit satisfaire les revendications contradictoires. Dans ces conditions, aucune paix ne peut être totalement juste, mais elle peut au moins, et doit, garantir la sécurité de tous.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 30 JUIN 2020عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHESPAÑOLITALIANONEDERLANDSPORTUGUÊSРУССКИЙTÜRKÇE

Cet article fait suite à : « Comment Washington entend triompher », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 juin 2020.

JPEG - 33.9 koÀ Helsinki (Finlande), le 16 juillet 2018, les présidents Trump et Poutine ont débuté des négociations directes sur la cogouvernance mondiale. La presse occidentale a immédiatement développé une polémique sur l’implication russe dans les élections états-unienne de manière à masquer les avancées de ce sommet.

Durant toute l’année 2011 et le premier semestre 2012, les États-Unis et la Russie discutèrent en secret de leurs projets au Moyen-Orient élargi. Le Pentagone poursuivait la stratégie Rumsfeld/Cebrowski, c’est-à-dire le plan de destruction de toutes les structures étatiques (Afghanistan, Iraq, Libye, Syrie…), mais le président Barack Obama cherchait un moyen de se retirer militairement de la région de manière à pouvoir transférer ses troupes dans l’océan Pacifique, autour de la Chine (« Pivot to Asia »). La Russie, quant à elle, espérait retrouver son influence dans la région en s’appuyant sur la population russophone d’Israël et sur la Syrie.

Nous ne connaissons pas le contenu de ces discussions qui furent difficiles. Une polémique opposa les deux puissances tout au long du mois de juin, chacun accusant l’autre d’être du « mauvais côté de l’Histoire » [1]. Quoi qu’il en soit, Washington et Moscou convoquèrent ensemble une conférence internationale à Genève à propos de la Syrie, mais sans aucun Syrien, le 30 juin 2012. Tous deux, conscients que la guerre en Syrie n’avait rien d’une guerre civile, conclurent un Traité de paix entre eux devant leurs alliés respectifs comme témoins. Tous crurent que, malgré l’inégalité militaire entre les deux protagonistes, un nouveau Yalta, un nouveau partage du monde, avait eu lieu et que ce Traité en était la première manifestation [2].

Or, une semaine plus tard, le président français, François Hollande, organisait à Paris une réunion des « Amis de la Syrie » pour relancer le conflit [3]. Les alliés de l’Otan, en présence et avec la complicité de la secrétaire d’État Hillary Clinton [4], faisaient échouer les négociations Obama-Poutine. Le maître de cérémonie de la conférence de Genève et ancien secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, dénonçait le double jeu d’un des protagonistes et démissionnait avec fracas de sa charge d’envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, le 2 août. Inquiètes une partie des Non-alignés [5], puis la Chine [6], proposèrent de recoller les morceaux sans y parvenir.

9 ans de guerre suivirent.

En 2020, alors que le Pentagone poursuit avec constance la stratégie Rumsfeld/Cebrowski, le président Donald Trump négocie secrètement non seulement avec ses homologues Vladimir Poutine et Bachar el-Assad, et avec les deux premiers ministres Benjamin Netanyahu et Benny Gantz, mais probablement avec bien d’autres.JPEG - 54.6 koLe 20 février 2019, le président Poutine révélait devant l’Assemblée fédérale russe, les performances de ses nouvelles armes. La Russie avait récupéré son statut de Grande Puissance.

Contrairement à une idée répandue, les contradictions de la partie US ne sont pas nouvelles puisqu’elles existaient déjà il y a 9 ans, sous Barack Obama. Elles ne sont donc pas dues à Donald Trump, mais à une crise profonde et ancienne des États-Unis que les Occidentaux refusent de considérer. À la différence de son prédécesseur, il ne cherche pas à déplacer ses pions d’une région à l’autre de l’échiquier mondial, mais à ramener ses troupes à la maison. Les exigences russes, quant à elles, ont considérablement augmenté. Moscou s’est investi militairement en Syrie et y a montré la puissance de son industrie militaire renaissante et de sa nouvelle armée. La Russie, jadis en ruine à l’effondrement de l’URSS et au pillage intérieur de Boris Elstine [7], est redevenue une Grande Puissance, en se donnant de la capacité non seulement de se défendre, mais aussi de détruire son rival US ce qu’elle est le seul État au monde à pouvoir envisager. Nous parlons de la gouvernance mondiale, il s’agit bien de rapports de force.

Nous ne savons pas plus qu’en 2011 la teneur des négociations entre la Maison-Blanche et le Kremlin, mais nous pouvons déduire ce qui est en jeu à partir des événements actuels. Soit la guerre qui déchire un à un tous les États de la région se poursuit, soit les Deux Grands se partagent la région en zones distinctes, soit ils la gèrent ensemble. Il est évidemment possible de mixer ces options : appliquer l’une de ces trois formules dans toute la région ou plusieurs selon les pays.

Tout accord doit se fonder sur une analyse réaliste du Grand Moyen-Orient et non pas sur les titres des journaux. Les médias ne rendent pas compte des véritables rapports de force dans la région car ils traitent les conflits comme s’ils étaient distincts les uns des autres ce qui n’est absolument pas le cas. Tout accord ici a des conséquences sur les autres de sorte que la paix pour les uns peut signifier un désastre pour d’autres.JPEG - 33 koEn juin 2919, un nouveau sommet sur la gouvernance mondiale se réunissait à Jérusalem au niveau des conseillers nationaux de sécurité (ici Nikolaï Patrouchev et John Bolton).

Contrairement à une idée reçue, ni les Palestiniens, ni les Kurdes ne sont aujourd’hui centraux. Ils ont perdu leur cause légitime en prétendant construire des États nationaux en dehors de leurs territoires historiques. Ni les Turcs, ni les Iraniens ne représentent de danger, ils sont toujours prêts à négocier sous la table. Le problème qui fait tout échouer depuis quarante ans est la volonté de certains Anglo-Saxons de poursuivre la colonisation de la région via Israël et la résistance de certains arabes via le Hezbollah libanais. Or, la faction coloniale d’Israël conduite par Benjamin Netayanhu est aujourd’hui en perte de vitesse face à la faction nationaliste conduite par Benny Gantz. D’autre part, le Hezbollah ne peut plus compter sur ses deux parrains : la Syrie qui est très affaiblie et l’Iran qui vient de pactiser avec les Britanniques au Yémen, de s’entendre avec les États-Unis en Iraq et de s’allier militairement aux Frères musulmans en Libye.

Par conséquent, toute solution durable passe à la fois par :
- une cogestion d’Israël par les États-Unis et la Russie et par
- une gestion du Liban et de la Syrie par la Russie, sous surveillance des États-Unis.

Cette évolution aura lieu tôt ou tard, malgré l’opposition d’une partie des Israéliens, des Libanais et des Syriens, parce qu’elle est la seule qui puisse garantir la sécurité de tous.

D’ores et déjà, la partie russe s’est réorganisée en ce sens. L’ambassadeur russe pour le Levant, Alexandre Zaspikine, se concentre déjà sur le seul Liban où il est en poste, tandis que le nouvel ambassadeur russe à Damas, Alexander Efimov, a acquis la possibilité d’en référer directement au président Poutine sans passer par son ministère, où son prédécesseur en Syrie, Alexander Kinshchak, supervisera la région.

Ce qui se joue aujourd’hui a déjà échoué un très grand nombre de fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais la région a évolué et les Grandes Puissances aussi. Donald Trump est très réaliste tandis que Vladimir Poutine a un sens aigu du Droit international. S’ils parviennent tous deux à rapprocher leurs points de vue sur le Grand Moyen-Orient, cela aura aura immédiatement des conséquences positives en Extrême-Orient.

Thierry Meyssan

[1] « Du bon côté de l’Histoire », par Sergueï Lavrov, Réseau Voltaire, 17 juin 2012.

[2] « Communiqué final du Groupe d’action pour la Syrie », Réseau Voltaire, 30 juin 2012.

[3] « Discours de François Hollande à la 3ème réunion du Groupe des amis du peuple syrien », par François Hollande, Réseau Voltaire, 6 juillet 2012.

[4] “Clinton at Friends of Syrian People Ministerial Meeting”, by Hillary Clinton, Voltaire Network, 6 July 2012.

[5] “Final Statement from Tehran Consultative Meeting on Syria”, Voltaire Network, 9 August 2012.

[6] « La solution chinoise », par Thierry Meyssan, Tichreen (Syrie) , Réseau Voltaire, 5 novembre 2012.

[7] Toutes les grandes entreprises de l’URSS étaient publiques. Le président Boris Elstine rassembla des amis autour d’une table et leur distribua les joyaux industriels. Tandis que les amis du président devinrent instantanément milliardaires, l’espérance de vie des Russes chuta brutalement de 15 ans. Il aura fallu une décennie au président Vladimir Poutine pour restaurer le niveau de vie de ses concitoyens et le statut de son pays.

https://www.voltairenet.org/article210374.html

Pompeo n’exclut pas que Poutine soit invité à un sommet élargi du G7

Pompeo n’exclut pas que Poutine soit invité à un sommet élargi du G7

Par AFP -1 juillet 2020 à 19 h 00 minPartagerFacebookTwitterReddItEmailPrint

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, le 24 juin 2020 à Washington. [AFP]

Temps de lecture estimé : 2 minutes

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, n’a pas exclu mercredi que le président russe Vladimir Poutine puisse être invité à un sommet élargi du G7, tout en soulignant prendre « au sérieux » les activités de Moscou en Afghanistan.

« C’est le président qui décide s’il veut l’inviter à un sommet ou non », a déclaré le secrétaire d’État américain au cours d’une conférence de presse, alors que Donald Trump a été critiqué pour sa volonté d’inviter M. Poutine à ce sommet des pays industrialisés, bien que Moscou soit accusé d’avoir versé des primes aux talibans pour tuer des Occidentaux en Afghanistan.  

« C’est à lui de prendre cette décision », a ajouté M. Pompeo. « Mais je suis convaincu qu’il est absolument important que nous ayons des contacts plus fréquents avec les Russes ».

Selon des médias américains, des agents russes ont distribué de l’argent à des combattants « proches des talibans » pour qu’ils tuent des soldats américains ou de l’OTAN en Afghanistan.

La Russie et les talibans ont démenti en bloc ces informations, mais M. Pompeo a indiqué que les États-Unis surveillaient depuis longtemps les activités de Moscou en Afghanistan.

« Quand nous voyons des informations crédibles qui suggèrent que la Russie met des vies américaines en danger, nous y répondons d’une façon sérieuse », a-t-il déclaré. « Est-ce que nous les mettons en garde, est-ce que nous leur parlons ? La réponse est : bien sûr que nous le faisons ».

« Nous avons pris ceci au sérieux. Nous l’avons géré de façon adéquate. Les Russes vendent des armes qui mettent les Américains en danger depuis 10 ans. Nous avons exprimé notre désaccord », a-t-il ajouté.

Mais d’après ces journaux, qui s’appuient sur des sources anonymes au sein du renseignement américain, les informations ont été transmises à Donald Trump, et le conseil de Sécurité nationale de la Maison-Blanche en a discuté à la fin mars sans qu’aucune action ne soit engagée.

En outre, M. Trump a proposé une nouvelle fois début juin d’inviter au prochain sommet du G7 son homologue Vladimir Poutine, qui avait été exclu en 2014 de ce qui était alors le G8 pour avoir annexé la Crimée.

http://www.45enord.ca/2020/07/pompeo-nexclut-pas-que-poutine-soit-invite-a-un-sommet-elargi-du-g7/

Comment les Deux Grands peuvent établir la paix au Grand Moyen-Orient

Comment les Deux Grands peuvent établir la paix au Grand Moyen-Orient

par Thierry Meyssan

Pour faire la paix, c’est assez simple : il suffit d’arrêter de se faire la guerre. Mais au Grand Moyen-Orient, c’est beaucoup plus compliqué, parce qu’il y a une multitude d’acteurs pour qui une solution, quelle qu’elle soit, doit satisfaire les revendications contradictoires. Dans ces conditions, aucune paix ne peut être totalement juste, mais elle peut au moins, et doit, garantir la sécurité de tous.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 30 JUIN 2020عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHESPAÑOLITALIANONEDERLANDSPORTUGUÊSTÜRKÇE

Cet article fait suite à : « Comment Washington entend triompher », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 juin 2020.

JPEG - 33.9 koÀ Helsinki (Finlande), le 16 juillet 2018, les présidents Trump et Poutine ont débuté des négociations directes sur la cogouvernance mondiale. La presse occidentale a immédiatement développé une polémique sur l’implication russe dans les élections états-unienne de manière à masquer les avancées de ce sommet.

Durant toute l’année 2011 et le premier semestre 2012, les États-Unis et la Russie discutèrent en secret de leurs projets au Moyen-Orient élargi. Le Pentagone poursuivait la stratégie Rumsfeld/Cebrowski, c’est-à-dire le plan de destruction de toutes les structures étatiques (Afghanistan, Iraq, Libye, Syrie…), mais le président Barack Obama cherchait un moyen de se retirer militairement de la région de manière à pouvoir transférer ses troupes dans l’océan Pacifique, autour de la Chine (« Pivot to Asia »). La Russie, quant à elle, espérait retrouver son influence dans la région en s’appuyant sur la population russophone d’Israël et sur la Syrie.

Nous ne connaissons pas le contenu de ces discussions qui furent difficiles. Une polémique opposa les deux puissances tout au long du mois de juin, chacun accusant l’autre d’être du « mauvais côté de l’Histoire » [1]. Quoi qu’il en soit, Washington et Moscou convoquèrent ensemble une conférence internationale à Genève à propos de la Syrie, mais sans aucun Syrien, le 30 juin 2012. Tous deux, conscients que la guerre en Syrie n’avait rien d’une guerre civile, conclurent un Traité de paix entre eux devant leurs alliés respectifs comme témoins. Tous crurent que, malgré l’inégalité militaire entre les deux protagonistes, un nouveau Yalta, un nouveau partage du monde, avait eu lieu et que ce Traité en était la première manifestation [2].

Or, une semaine plus tard, le président français, François Hollande, organisait à Paris une réunion des « Amis de la Syrie » pour relancer le conflit [3]. Les alliés de l’Otan, en présence et avec la complicité de la secrétaire d’État Hillary Clinton [4], faisaient échouer les négociations Obama-Poutine. Le maître de cérémonie de la conférence de Genève et ancien secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, dénonçait le double jeu d’un des protagonistes et démissionnait avec fracas de sa charge d’envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, le 2 août. Inquiètes une partie des Non-alignés [5], puis la Chine [6], proposèrent de recoller les morceaux sans y parvenir.

9 ans de guerre suivirent.

En 2020, alors que le Pentagone poursuit avec constance la stratégie Rumsfeld/Cebrowski, le président Donald Trump négocie secrètement non seulement avec ses homologues Vladimir Poutine et Bachar el-Assad, et avec les deux premiers ministres Benjamin Netanyahu et Benny Gantz, mais probablement avec bien d’autres.JPEG - 54.6 koLe 20 février 2019, le président Poutine révélait devant l’Assemblée fédérale russe, les performances de ses nouvelles armes. La Russie avait récupéré son statut de Grande Puissance.

Contrairement à une idée répandue, les contradictions de la partie US ne sont pas nouvelles puisqu’elles existaient déjà il y a 9 ans, sous Barack Obama. Elles ne sont donc pas dues à Donald Trump, mais à une crise profonde et ancienne des États-Unis que les Occidentaux refusent de considérer. À la différence de son prédécesseur, il ne cherche pas à déplacer ses pions d’une région à l’autre de l’échiquier mondial, mais à ramener ses troupes à la maison. Les exigences russes, quant à elles, ont considérablement augmenté. Moscou s’est investi militairement en Syrie et y a montré la puissance de son industrie militaire renaissante et de sa nouvelle armée. La Russie, jadis en ruine à l’effondrement de l’URSS et au pillage intérieur de Boris Elstine [7], est redevenue une Grande Puissance, en se donnant de la capacité non seulement de se défendre, mais aussi de détruire son rival US ce qu’elle est le seul État au monde à pouvoir envisager. Nous parlons de la gouvernance mondiale, il s’agit bien de rapports de force.

Nous ne savons pas plus qu’en 2011 la teneur des négociations entre la Maison-Blanche et le Kremlin, mais nous pouvons déduire ce qui est en jeu à partir des événements actuels. Soit la guerre qui déchire un à un tous les États de la région se poursuit, soit les Deux Grands se partagent la région en zones distinctes, soit ils la gèrent ensemble. Il est évidemment possible de mixer ces options : appliquer l’une de ces trois formules dans toute la région ou plusieurs selon les pays.

Tout accord doit se fonder sur une analyse réaliste du Grand Moyen-Orient et non pas sur les titres des journaux. Les médias ne rendent pas compte des véritables rapports de force dans la région car ils traitent les conflits comme s’ils étaient distincts les uns des autres ce qui n’est absolument pas le cas. Tout accord ici a des conséquences sur les autres de sorte que la paix pour les uns peut signifier un désastre pour d’autres.JPEG - 33 koEn juin 2919, un nouveau sommet sur la gouvernance mondiale se réunissait à Jérusalem au niveau des conseillers nationaux de sécurité (ici Nikolaï Patrouchev et John Bolton).

Contrairement à une idée reçue, ni les Palestiniens, ni les Kurdes ne sont aujourd’hui centraux. Ils ont perdu leur cause légitime en prétendant construire des États nationaux en dehors de leurs territoires historiques. Ni les Turcs, ni les Iraniens ne représentent de danger, ils sont toujours prêts à négocier sous la table. Le problème qui fait tout échouer depuis quarante ans est la volonté de certains Anglo-Saxons de poursuivre la colonisation de la région via Israël et la résistance de certains arabes via le Hezbollah libanais. Or, la faction coloniale d’Israël conduite par Benjamin Netayanhu est aujourd’hui en perte de vitesse face à la faction nationaliste conduite par Benny Gantz. D’autre part, le Hezbollah ne peut plus compter sur ses deux parrains : la Syrie qui est très affaiblie et l’Iran qui vient de pactiser avec les Britanniques au Yémen, de s’entendre avec les États-Unis en Iraq et de s’allier militairement aux Frères musulmans en Libye.

Par conséquent, toute solution durable passe à la fois par :
- une cogestion d’Israël par les États-Unis et la Russie et par
- une gestion du Liban et de la Syrie par la Russie, sous surveillance des États-Unis.

Cette évolution aura lieu tôt ou tard, malgré l’opposition d’une partie des Israéliens, des Libanais et des Syriens, parce qu’elle est la seule qui puisse garantir la sécurité de tous.

D’ores et déjà, la partie russe s’est réorganisée en ce sens. L’ambassadeur russe pour le Levant, Alexandre Zaspikine, se concentre déjà sur le seul Liban où il est en poste, tandis que le nouvel ambassadeur russe à Damas, Alexander Efimov, a acquis la possibilité d’en référer directement au président Poutine sans passer par son ministère, où son prédécesseur en Syrie, Alexander Kinshchak, supervisera la région.

Ce qui se joue aujourd’hui a déjà échoué un très grand nombre de fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais la région a évolué et les Grandes Puissances aussi. Donald Trump est très réaliste tandis que Vladimir Poutine a un sens aigu du Droit international. S’ils parviennent tous deux à rapprocher leurs points de vue sur le Grand Moyen-Orient, cela aura aura immédiatement des conséquences positives en Extrême-Orient.

Thierry Meyssa

[1] « Du bon côté de l’Histoire », par Sergueï Lavrov, Réseau Voltaire, 17 juin 2012.

[2] « Communiqué final du Groupe d’action pour la Syrie », Réseau Voltaire, 30 juin 2012.

[3] « Discours de François Hollande à la 3ème réunion du Groupe des amis du peuple syrien », par François Hollande, Réseau Voltaire, 6 juillet 2012.

[4] “Clinton at Friends of Syrian People Ministerial Meeting”, by Hillary Clinton, Voltaire Network, 6 July 2012.

[5] “Final Statement from Tehran Consultative Meeting on Syria”, Voltaire Network, 9 August 2012.

[6] « La solution chinoise », par Thierry Meyssan, Tichreen (Syrie) , Réseau Voltaire, 5 novembre 2012.

[7] Toutes les grandes entreprises de l’URSS étaient publiques. Le président Boris Elstine rassembla des amis autour d’une table et leur distribua les joyaux industriels. Tandis que les amis du président devinrent instantanément milliardaires, l’espérance de vie des Russes chuta brutalement de 15 ans. Il aura fallu une décennie au président Vladimir Poutine pour restaurer le niveau de vie de ses concitoyens et le statut de son pays

https://www.voltairenet.org/article210374.html

Comment les États-Unis ont perdu la bataille face au SARS-CoV-2

SANTÉ1.juillet.2020 // Les Crises

Comment les États-Unis ont perdu la bataille face au SARS-CoV-2

CoronavirusCovid-19

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Source : New York Times
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Des épidémies invisibles ont surgi de partout. Les États-Unis ont ignoré les signaux d’alerte. Le New York Times analysé les habitudes de voyage, les infections cachées et les données génétiques pour montrer comment l’épidémie a échappé à tout contrôle.

Cela a commencé doucement. Un homme près de Seattle avait une toux persistante. Une femme à Chicago avait de la fièvre et le souffle court.

À la mi-février, il n’y avait que 15 cas de coronavirus connus aux États-Unis, tous ayant un lien direct avec la Chine.

« Dans quelques jours, ces 15 cas vont être réduits à près de zéro« , avait alors déclaré le président Trump.

Les patients ont été isolés. Leurs contacts ont été surveillés. Les voyages en provenance de Chine ont été restreints.

Rien de tout cela n’a fonctionné. Seule une petite partie de la réalité était visible. Quelque 2 000 infections cachées se répandaient déjà dans les grandes villes.

Infections non détectées au 15 février, selon les estimations d’une équipe de modélisation de la Northeastern University dirigée par Alessandro Vespignani

Nous avons retracé la propagation cachée de l’épidémie pour comprendre pourquoi les États-Unis n’ont pas réussi à l’arrêter.

À chaque moment crucial, les responsables américains avaient des semaines ou des mois de retard sur la réalité de l’épidémie. Ces retards ont probablement coûté des dizaines de milliers de vies.

Comment le virus est-il entré ?

L’interdiction de voyager en Chine a été un succès partiel : on estime que seule une poignée de voyageurs infectés en provenance de Chine ont pu entrer dans le pays sans être détectés avant l’imposition des restrictions le 2 février 2020.

Mais cela n’a pas suffi.

Une vaste vague de voyageurs infectés – environ 1 000, selon un modèle – est venue d’autres pays d’Asie, d’Europe et du reste du monde en février, chaque voyageur étant une étincelle dangereuse qui pouvait déclencher une épidémie plus importante.

Voyageurs infectés en février, selon les estimations de Northeastern

Beaucoup de ces infections ont disparu. Mais à la mi-février, quelques-unes se sont embrasées et sont devenues épidémiques, se propageant de manière invisible.

Estimation des infections au 15 février dans certaines villes, selon le modèle du Nord-Est. D’autres villes pourraient également avoir connu des flambées précoces.

Le pays n’était pas conscient de sa propre épidémie. De nombreux tests sortis par le C.D.C. n’ont pas fonctionné, laissant seulement de quoi tester les personnes qui avaient visité la Chine ou qui avaient été en contact avec une poignée de cas connus.

Au cours des deux semaines suivantes, les épidémies invisibles ont doublé de taille, puis ont encore doublé trois fois.

Estimation des infections au 1er mars 2020

Comment les premières épidémies se sont propagées

Fin février, les principaux experts fédéraux en matière de santé ont conclu que le virus était susceptible de se propager largement aux États-Unis et que les responsables gouvernementaux devraient bientôt exhorter le public à adopter des mesures de distanciation sociale, comme éviter les foules et rester chez soi.

Mais Donald Trump voulait éviter de perturber l’économie. C’est pourquoi, à sa demande, certains de ses conseillers en matière de santé ont dit aux Américains, fin février, de continuer à voyager à l’intérieur des États-Unis et de poursuivre leur vie normale.

Et les Américains l’ont fait. Des millions de personnes se sont déplacées à travers le pays, comme le montrent les données des téléphones portables. Certains d’entre eux portaient le virus sans le savoir.

Volume de voyages du 1er mars au 14 mars, selon les données agrégées de Cuebiq, une société de renseignement sur les données. Les itinéraires secondaires ne sont pas indiqués.

Plusieurs chercheurs du Seattle Flu Study ont ignoré les restrictions de tests du C.D.C. et ont découvert un seul cas sans antécédents de voyage fin février. C’était le premier signe que l’épidémie avait mal tourné.

Au cours des deux semaines qui ont suivi, les gens ont effectué environ 4,3 millions de voyages à partir de la région de Seattle.

Estimation des cas au 1er mars – Départ de Seattle du 1er au 14 mars

Des milliers de personnes étaient contagieuses. Des échantillons génétiques liés à l’épidémie de Seattle sont apparus dans au moins 14 États, a déclaré Trevor Bedford, professeur au Fred Hutchinson Cancer Research Center et responsable du Flu Study.

Les points rouges indiquent la proportion de voyageurs contagieux, sur la base des estimations de Jeffrey Shaman, de l’université de Columbia.

Mais Seattle n’était qu’un début. À New York, où les autorités n’avaient trouvé qu’un seul cas au 1er mars, environ 10 000 infections s’étaient propagées sans être détectées.

Les New-yorkais et les visiteurs continuaient de sortir de la ville. Plus de 5 000 voyageurs contagieux sont partis au cours des deux premières semaines de mars, selon les estimations.

Les points rouges indiquent la proportion de voyageurs contagieux, sur la base des estimations du Dr Shaman.

« J‘encourage les New-yorkais à poursuivre leur vie et à quitter la ville », a déclaré le maire Bill de Blasio le 2 mars 2020.

Les gens qui ont quitté New York City ont fait environ 2,8 millions de voyages dans la vallée de l’Hudson. Certains ont transporté le virus avec eux, et les épidémies s’y sont accélérées à la mi-mars, résultat probable des voyages depuis New York, selon une analyse du Times.

Cas connus dans la vallée de l’Hudson au 22 mars

Les gens ont également fait plus de 25 000 voyages à la Nouvelle-Orléans, où les données génétiques suggèrent qu’une importante épidémie précoce est due à des infections provenant de New York, selon Karthik Gangavarapu, un informaticien de Scripps Research, et le Dr Bedford.

Cas connus à la Nouvelle-Orléans au 22 mars

Le suivi des mutations génétiques de la signature du virus permet aux chercheurs d’estimer l’influence des premières épidémies. Au début, les variantes prédominantes dans l’épidémie de Seattle ont été trouvées plus fréquemment.

Mais des échantillons ultérieurs ont montré qu’une variante souvent trouvée dans l’épidémie de New York s’était beaucoup répandue. Une nouvelle analyse de milliers de mutations renvoie aussi directement à New York, a déclaré le Dr Bedford.

Les déplacements à partir de la ville de New York ont contribué à répandre cette variante dans tout le pays.

« New York a joué le rôle de grande gare centrale pour ce virus », a déclaré David Engelthaler, de l’Institut de recherche génomique translationnelle.

Comment les points chauds locaux ont émergé

Lorsque le président Trump a bloqué les voyages en provenance d’Europe le 13 mars, les restrictions étaient pour l’essentiel inutiles.

L’épidémie s’était déjà largement répandue dans la plupart des États depuis des semaines.

Une femme a célébré le Mardi Gras à la Nouvelle-Orléans et est ensuite retournée à Memphis, devenant le premier cas connu dans cette ville. L’épidémie de la Nouvelle-Orléans a contribué à la propagation en Louisiane et dans le Sud.

Cas connus au 22 mars – Volume de voyages du 1er mars au 14 mars

Une personne en deuil originaire d’Atlanta s’est rendue à Albany (Ga.) pour assister à des funérailles. Quelques jours plus tard, le virus a balayé la communauté dans l’une des épidémies les plus meurtrières du pays.

Un homme revenant d’un tournoi de basket à Tucson, en Arizona, aurait apporté le virus dans une petite ville de la nation Navajo, la plus grande réserve amérindienne des États-Unis. Une épidémie a éclaté dans la réserve après un rassemblement à l’église.

Comment l’épidémie a ralenti

Face à une épidémie qui avait dépassé leurs capacités de test ou de traçage, les responsables américains n’ont eu d’autre choix que de demander au public de rester chez lui.

Le 16 mars, quelques semaines après que les responsables de la santé aient conclu en privé qu’une réponse plus active serait nécessaire, le président Trump a demandé aux Américains de limiter leurs déplacements, d’éviter les groupes et de rester chez eux, au travail et à l’école, s’ils se sentaient malades. Un à un, les États ont émis des ordonnances de maintien à domicile et ont fermé des entreprises.

Jusqu’au 10 mars, le citoyen américain moyen se déplaçait à peu près normalement, selon les données du téléphone portable de Cuebiq.

Mais le 17 mars, après l’annonce de Donald Trump, une grande partie du pays a commencé à se fermer.

Réduction des déplacements constatés au 17 mars

Dans la Bay Area, sur la côte ouest, là où certains des premiers cas ont été identifiés, la plupart des personnes restaient déjà confinées chez elles.

Dès le 24 mars, une grande partie du pays avait entamé son confinement. En quelques semaines, ces arrêts ont mis fin à la croissance exponentielle du virus qui avait envahi de nombreuses régions du pays.

Mais chaque jour comptait pour stopper le virus à New York, où les dirigeants politiques ont attendu des jours cruciaux avant de fermer les écoles et d’imposer un confinement, alors que le virus se propageait de manière incontrôlée.

L’apparition de nouveaux cas s’est ralentie à San Francisco, Seattle et dans d’autres endroits où des mesures ont été prises relativement rapidement. Les lits d’hôpitaux sont restés ouverts. Le pire a été évité.

Mais à New York, la réaction a été trop tardive, a déclaré Lauren Ancel Meyers, épidémiologiste à l’université du Texas à Austin. D’autres facteurs, tels que la densité de la ville et son taux de déplacements internationaux, ont également pu jouer un rôle, a déclaré le Dr Meyers.

Dans la région de New York, plus de 22 000 décès auraient pu être évités si le pays avait commencé à se distancer socialement une semaine plus tôt seulement, estiment des chercheurs de l’université de Columbia.

Environ 36 000 décès dans tout le pays auraient pu être évités début mai si la distanciation sociale avait commencé plus tôt, selon les estimations.

Encore aujourd’hui, l’Amérique reste dans l’ignorance.

La plupart des personnes infectées ne sont jamais testées. Il n’est guère possible de retrouver et d’isoler les contacts de ceux qui ont été testés positifs. Et après l’arrêt des mesures de confinement, les nouveaux cas se sont multipliés.

Ces dernières semaines, de nouveaux foyers ont éclaté dans le Sud et l’Ouest. Ce ne sont que les cas que nous connaissons. Personne ne peut voir où le virus va aller ensuite.

Nouveaux cas confirmés du 9 juin au 23 juin

Notes :

Notre compréhension de l’épidémie précoce aux États-Unis s’appuie sur des rapports de cas, des modèles de voyage, le séquençage génétique et la modélisation de la maladie qui simule le déroulement de l’épidémie en fonction de la manière dont elle se propage et de ce que l’on sait du virus. Tous les modèles sont des estimations, et il est impossible de connaître avec certitude l’origine de chaque infection ou le nombre d’infections qui n’ont pas été confirmées par les tests.

Il n’existe pas de recensement officiel complet des cas, des décès ou des tests dans l’ensemble des États-Unis. Les cas connus proviennent d’une base de données du New York Times basée sur les informations fournies par les autorités fédérales, étatiques et locales. Les cas sont indiqués par zones statistiques de base, ou par comté pour les cas en dehors de ces zones. Les 15 premiers cas sont classés par domaine statistique. Ces étiquettes peuvent ne pas correspondre aux noms des villes exactes dans lesquelles les cas ont été observés.

Les modèles de déplacement que nous montrons représentent les mouvements entre les zones statistiques de base, sur la base de données anonymes et agrégées de localisation de téléphones portables, collectées par Cuebiq, une société de renseignement qui suit les emplacements de plus de 15 millions de téléphones portables aux États-Unis.

Les données saisissent les déplacements, et non les voyageurs uniques, et comprennent les déplacements entre les zones statistiques ainsi que les déplacements sur de plus longues distances. Certains trajets mineurs et courts ne sont pas indiqués.

La réduction des déplacements due à l’éloignement social est basée sur des mesures par Cuebiq de la fourchette médiane que les personnes de chaque zone parcourent chaque jour. Les effets de la distanciation sociale sont tirés de l’article de Lauren Gardner, et al, « Social Distancing Is Effective at Mitigating Covid-19 Transmission in the United States ».

Les estimations du nombre d’infections non détectées dans 11 villes américaines sont issues de la modélisation de la Northeastern University, tout comme les estimations du nombre de voyageurs infectés non détectés qui sont entrés aux États-Unis en provenance d’autres pays. Voir Matteo Chinazzi et Jessica T. Davis, et al. « The effect of travel restrictions on the spread of the 2019 novel coronavirus (COVID-19) outbreak » Science.

Les estimations du nombre de personnes contagieuses ayant quitté New York et Seattle proviennent de la modélisation de Sen Pei et Jeffrey Shaman de l’université de Columbia. Les estimations du nombre de décès qui auraient pu être évités grâce à une distanciation sociale plus précoce sont tirées de « Differential Effects of Intervention Timing on Covid-19 Spread in the United States » du Dr Pei et al.

Les échantillons génétiques du virus proviennent de Nextstrain. Nous montrons les échantillons regroupés par noms qui ont été attribués avant le 1er mai 2020. Le lien entre les épidémies américaines et les voyages à partir de New York est basé sur une analyse des modèles de voyage et des mutations génétiques par Trevor Bedford, professeur associé au Fred Hutchinson Cancer Research Center et à l’Université de Washington.

Les conclusions des responsables fédéraux de la santé en février sur la propagation probable du virus sont tirées du rapport du Times. Lors d’une conférence de presse tenue le 26 février, M. Trump a déclaré que le nombre de cas serait proche de zéro en quelques jours.

Les conseillers sanitaires ont exhorté les Américains à poursuivre leur vie normale lors d’une conférence de presse le 29 février. M. de Blasio a encouragé les New-Yorkais à faire de même dans un tweet le 2 mars. M. Trump a recommandé aux Américains d’éviter de voyager lors d’une conférence de presse le 16 mars.

Sources complémentaires :

Xianding Deng, Charles Chiu et al., “A Genomic Survey of SARS-CoV-2 Reveals Multiple Introductions into Northern California without a Predominant Lineage,” Science

Matthew Maurano, Adriana Heguy et al., “Sequencing identifies multiple, early introductions of SARS-CoV2 to New York City Region,” medRxiv.org

Ana S. Gonzalez-Reiche, Harm van Bakel et al., “Introductions and early spread of SARS-CoV-2 in the New York City area,” Science

Source : New York Times
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

https://www.les-crises.fr/comment-les-etats-unis-ont-perdu-la-bataille-face-au-sars-cov-2/

UNE REVENANTE

Une revenante

26 Juin 2020

Qui ne se souvient de Victoria Nuland, dont l’heure de gloire sonna lors d’un glacial hiver il y a de cela quelques années ?

En décembre 2013, Victoria Nuland distribuait des cookies aux manifestants. Deux mois plus tard, lors d’une conversation téléphonique avec l’ambassadeur américain à Kiev, enregistrée et rendue publique par les facétieux services secrets russes, la représentante de l’administration Obama ne distribue plus des petits gâteaux mais les futurs postes de ministres, faisant et défaisant le gouvernement ukrainien ! C’est à cette occasion que, en désaccord avec Berlin sur l’attribution d’un ou deux maroquins, elle prononce son fameux « Que l’UE aille se faire foutre ! ».

Émergeant de leur léthargie, les dirigeants européens froncent un sourcil, déclarent haut et fort que ces paroles sont inacceptables puis, sans doute épuisés par leur audace, retombent dans leur somnolence. Que de hauts responsables états-uniens misent sur le renversement à venir du gouvernement légal et décident du futur de l’Ukraine ne semble pas les gêner plus que cela…PUBLICITÉ

Désormais, la course au putsch est lancée. Victoria « Fuck the EU » Nuland a clairement annoncé la couleur : les États-Unis ont investi, depuis 1991, cinq milliards de dollars afin de « promouvoir le développement des institutions démocratiques et établir une bonne gouvernance », autrement dit installer un régime ami à Kiev. Le Maïdan est le moment ou jamais d’arracher l’Ukraine à la sphère russe et de l’arrimer à la communauté atlantique. En filigrane, évidemment, l’avancée de l’Otan vers la Russie, objectif depuis toujours des stratèges américains.

Il est vrai que la dame a un parcours impérial de toute beauté. Mariée au néo-cons Robert Kagan, Victoria Nuland a d’abord été adjointe de Madeleine « Kosovo » Albright, puis ambassadrice permanente de Bush Jr à l’OTAN, conseillère pour la politique étrangère de Dick Cheney, envoyée spéciale de l’hilarante Clinton et enfin secrétaire d’Etat assistante pour l’Europe et l’Eurasie sous l’administration Obama. Démocrates, Républicains, tout y passe du moment que c’est pour la cause supérieure. Elle connaît son Grand jeu sur le bout des doigts…

Le départ de Barack à frites et l’élection de Trump ont été, on l’imagine aisément, une bien mauvaise nouvelle pour cette russophobe affirmée, même si elle flâne dans divers think tanks et reste membre du directoire du N.E.D, dont la passion pour les regime change n’est plus à démontrer.

Sortie de son cryo-sommeil, la gorgone vient de publier une diatribe contre l’abominable Poutine des neiges où elle ressasse les habituels poncifs éculés. La Russie est faible mais elle a profité de l’impotence du leadership américain (sous Donaldinho, évidemment) pour perpétrer ses malfaisantes agressions : violer la loi internationale, les traités sur le contrôle des armements, la souveraineté de ses voisins et l’intégrité des élections aux Etats-Unis et même, pourquoi pas après tout, en Europe ! Mais l’ours qui fait si peur n’est en réalité qu’un colosse aux pieds d’argile qui prie pour que le camp du Bien mette fin aux sanctions.

Dans cet indigeste laïus apparaissaient quelques menaces voilées : renforcement du flanc oriental de l’OTAN, appui à l’Ukraine, maintien des forces américaines en Syrie pour que « Poutine ne devienne pas le maître du Moyen-Orient » etc. Et enfin, un véritable petit morceau d’anthologie que ne renierait pas Soros :

« Les Etats-Unis et leurs alliés devraient résister aux tentatives de Poutine de couper sa population du monde extérieur (!) et parler directement aux Russes à propos des bénéfices qu’ils pourraient retirer à travailler ensemble et du prix qu’ils ont payé à cause de la répudiation du libéralisme par Poutine ». C’est beau comme du Walt Disney, même s’il ne faut pas être grand clerc pour y voir un encouragement à l’élaboration d’une « révolution colorée »…

La perpétuelle politique de « changement de régime » est de plus en plus décriée dans certains secteurs états-unien – témoin, ce remarquable article qui montre la réussite très aléatoire de ces manigances (39% de succès, principalement à une autre époque et dans des pays relativement faibles) et les effets néfastes à long terme pour l’influence américaine (dont les organismes, innocents comme coupables, sont maintenant systématiquement surveillés/expulsés). Cela n’empêche apparemment pas l’amie Nuland de fantasmer un nouveau Maïdan plus à l’est.

Ces inepties infantiles ont au moins un mérite : montrer que la politique impériale ne changera jamais vis-à-vis de Moscou. Si l’on en doutait encore, il suffit de lire les recommandations du Republican Study Committee, groupe rassemblant plusieurs faucons du parti Républicain à la Chambre des représentants. Dans un rapport de 120 pages sobrement intitulé « Renforcer l’Amérique et contrer les menaces globales », la camarilla appelle à l’adoption par le Congrès des « plus dures sanctions de l’histoire » contre la Russie, l’Iran et la Chine.

Si ce document n’est qu’un ensemble préconisations parfois outrancières (comme celle de qualifier sans rire la Russie d’« Etat soutenant le terrorisme ») et non une proposition de loi, il montre l’état d’esprit fanatique qui règne chez les élites illuminées et déclinantes outre-Atlantique. Il n’y aura jamais de reset américano-russe, il ne peut y en avoir…

Et l’on se demande parfois si le Kremlin l’a tout a fait intégré. L’approche jugée trop conciliante de Poutine envers Washington est un vieux serpent de mer qui refait surface à intervalles réguliers, et fait s’arracher les cheveux à une flopée de sites alternatifs depuis fort longtemps. Sans aller jusque là, on peut effectivement s’interroger sur la retenue de Vladimirovitch vis-à-vis d’un empire qui tente pourtant de lui faire subir toutes les avanies et n’a aucune intention de s’accommoder de lui.

Il y a trois mois, Moscou avait une occasion en or de faire payer la monnaie de sa pièce à l’aigle, embourbé dans la dégringolade des cours du pétrole. Pourtant, sans que l’on sache trop pourquoi, Poutine a une nouvelle fois refusé de franchir le Rubicon. Si ce geste de bonne volonté visait à alléger les sanctions, notamment contre Rosneft, il s’est fourré le doigt dans l’œil. Le Heartland ne peut et ne pourra jamais rien attendre de la thalassocratie impériale.

Errare humanum est, perseverare diabolicumTag(s) : #Etats-Unis#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/06/une-revenante.html

Le Pentagone publie une liste de compagnies liées selon lui à l’armée chinoise

Le Pentagone publie une liste de compagnies liées selon lui à l’armée chinoise

Par La rédaction -25 juin 2020 à 14 h 40 minPartagerFacebookTwitterReddItEmailPrint

Le Pentagone. (AFP)

Temps de lecture estimé : 2 minutes

Le Pentagone a publié une liste de 20 compagnies chinoises, dont le géant des télécommunications Huawei, qu’il estime liées à l’armée chinoise, dernier épisode en date de la bataille économique entre Washington et Pékin, ont rapporté des médias américains.

Le spécialiste de la vidéosurveillance Hikvision figure également sur cette liste comprise dans une lettre aux parlementaires américains datée de mercredi, selon l’agence Bloomberg.  Aviation Industry Corporation of China

1-China Aerospace Science and Technology Corporation

2-China Aerospace Science and Industry Corporation

3-China Electronics Technology Group Corporation

4-China South Industries Group Corporation

5-China Shipbuilding Industry Corporation

6-China State Shipbuilding Corporation

7-China North Industries Group Corporation

8-Huawei Technologies Co.

9-Hangzhou Hikvision Digital Technology Co.

10-Inspur Group

11-Aero Engine Corporation of China

12-China Railway Construction Corporation

13-CRRC Corp.

14-Panda Electronics Group

15-Dawning Information Industry Co.

16-China Mobile Communications Group

17-China General Nuclear Power Corp.

18-China National Nuclear Power Corp.

19-China Telecommunications Corp.

20-Aviation Industry Corporation of China

« Au moment où la République populaire de Chine essaie de brouiller les lignes entre les secteurs civil et militaire, « connaître son fournisseur » devient crucial », selon un communiqué du porte-parole du Pentagone Jonathan Rath Hoffman.

Selon lui, la liste compte des compagnies « qui appartiennent ou sont contrôlées par le gouvernement chinois, l’armée ou l’industrie de la défense ».

« Nous voyons cette liste comme un outil utile pour que le gouvernement américain, les investisseurs, les institutions d’études et tous les partenaires similaires adoptent la vigilance pour des accords avec ces entités », ajoute-t-il.

Les tensions s’aggravent à la faveur de la pandémie de COVID-19 entre Pékin et Washington sur de multiples fronts, y compris le commerce. Le président américain Donald Trump a réitéré ce mois-ci ses menaces de suspendre toutes les relations y compris économiques avec Pékin.

Avant la pandémie, les deux premières puissances économiques du monde étaient parvenues à faire une trêve dans leur guerre commerciale à coups de droits de douane punitifs réciproques.

À la mi-juin, Washington a légèrement adouci les dernières sanctions prises le mois précédent contre Huawei pour protéger ses propres intérêts dans le déploiement des technologies liées à la 5G.

L’administration Trump perçoit Huawei comme une menace pour la sécurité nationale américaine, l’accusant de collusion avec les autorités chinoises, chose que le groupe nie catégoriquement.

Les États-Unis soupçonnent l’entreprise d’espionnage au profit de Pékin et se dépensent sans compter auprès de leurs alliés pour qu’ils empêchent Huawei d’accéder au marché de la 5G.

Huawei n’a pas réagi dans l’immédiat à la publication de cette liste, à l’instar des autres compagnies citées y compris Hikvision.

*Avec AFP

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Des P-8A Poseidon et RC-135W ravitaillés en vol par un KC-135 au-dessus de la mer Noire (vidéo prise par un chasseur russe)

Des P-8A Poseidon et RC-135W ravitaillés en vol par un KC-135 au-dessus de la mer Noire (vidéo prise par un chasseur russe)

 4 heures ago Strategika51

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« Le monde malade de l’Amérique »

« Le monde malade de l’Amérique »

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   lundi 22 juin 2020

   Forum

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« Le monde malade de l’Amérique »

22 juin 2020 – Le titre de cette page du Journal-dde.crisis est aussi le titre publié en 1999, ‘Le monde malade de l’Amérique’ effectivement, dont l’auteur est PhG. (*) Je trouve ce titre, rétrospectivement, à la fois excellent, comme je l’avais jugé alors, et en plus visionnaire ; je peux d’autant plus me permettre de telles considérations que c’est l’éditeur qui l’avait proposé après une recherche commune, comme résumant parfaitement ce qu’il avait ressenti à sa lecture.

Il va sans dire mais aussi bien en l’écrivant, et pour faire la transition, que c’est le texte d’Alastair Crooke qui a rappelé « Le monde malade de l’Amérique » à mon souvenir ; et précisément cette phrase qui contient, pour moi, pour ma perception, en quelques mots tout l’esprit que je découvre  dans ce texte, et cela même si l’auteur n’a pas consciemment voulu l’y mettre. (N’oubliez pas que c’est un  logocrate qui vous parle.)

« [C]e qui est indéniable, c’est que ce mouvement du “réveil” se répand dans certaines parties de l’Europe et de l’Amérique plus vite que l’infection par le Coronavirus. »

Après cela, vous ne pouvez pas dire que le monde n’est pas “malade de l’Amérique”, n’est-il pas ? Mais l’Amérique encore plus, certes, malade d’elle-même, absolument. 

Je me suis mis à la relecture de ce « Le monde malade de l’Amérique » ; il ne dépare pas le tableau que je m’évertue à peindre aujourd’hui de la situation du monde, à partir de sa matrice, ce que d’autres auteurs (Dandieu et [Robert] Aron) nommèrent le Cancer américain ; son propos de fondation sur l’Amérique reste complètement pertinent, simplement des dimensions nouvelles sont apparues, des poutres-maîtresses qui haussent décisivement l’architecture extraordinaire et surhumaine du débat en le faisant complètement métaphysique. Mais la chose, le bouquin me rappelle bien que l’idée d’une “crise de l’Amérique” a été une de ces fondamentales et constantes perceptions depuis la fin de la Guerre Froide, lorsque  William Pfaff nous parlait de la “crise d’identité” de l’Amérique, et cela en 1992 (d’où je date, avec les émeutes de Los Angeles d’avril-mai 1992, les prémisses de cette crise finale) :

« …un sentiment de désarroi comme il [Pfaff]n’en avait jamais connu dans ce pays, y compris dans les souvenirs d’enfant qu’il avait de la Grande Dépression, un sentiment de désarroi qui semblait impensable pour l’Amérique ».

« … Alors, où allons-nous maintenant, nous les Américains ? Qui sommes-nous maintenant ? Je n’ai pas de réponse. Je sais simplement que je trouve l’idée d’une nation multiculturelle ou “arc-en-ciel” peu convaincante. D’une certaine manière, c’est une idée séduisante. Elle corrige les injustices. Elle invite à un nouvel ordre social de coopération et de bonne volonté. Mais je crains que les résultats dans la réalité en soient exactement le contraire. Je ne prétends pas le savoir. Je soutiens simplement que la désorientation et l’anxiété ressenties par les Américains dans cet après-guerre, cette sorte de gueule de bois où nous plonge la fin de la guerre froide, sont liés à la perte d’une identité, – et nullement à la perte d’un ennemi. » (Dans un des trois articles de Pfaff de 1992.)

(La perte de l’identité, justement et au contraire de “la perte d’un ennemi”, c’est une pathologie, l’une des plus terribles que puisse connaître la psychologie humaine, et peut-être avons-nous inventé, sur les instances du Diable déguisé en Enfant du Bon Dieu, la pandémie de la plus épouvantable pathologie de la psychologie. Pfaff a été pour moi un de ces “passeurs” qui vous font suivre le savoir de l’intuition pour alimenter votre propre quête, dans cette chaîne spontanée de la Résistance.)

A la lumière de ces souvenirs qui restent en moi pour chercher à m’éclairer quand cela importe, quand la voie est obscure, je peux développer le sentiment, peut-être l’intuition, que cette idée de “l’esprit du texte” d’Alastair Crooke a fait naître en moi, d’autant plus que Crooke place résolument la question qu’il aborde hors des sentiers courants, battus et rebattus, de la politique et de la géopolitique. Il our l’installe fermement et sans barguigner dans la psychologie, qu’il décrit à l’occasion d’une façon qui, bien entendu, nous conduit à conclure qu’il s’agit d’une très grave pathologie de la psychologie de l’américanisme ; et de là à conclure qu’en fait, c’est l’américanisme lui-même qui est une pandémie, il n’y a qu’un tout petit pas qui est celui de l’évidence éclatante.

Bien entendu, c’est le « plus vite que l’infection par le Coronavirus » de Crooke qui m’a précipité dans l’idée de la “pandémie de l’américanisme”, et au-delà rappelé à mon souvenir le titre du “Monde malade…”. Une fois bien ancré dans cette idée, votre esprit, éclairé par l’intuition dont vous constatez qu’elle a établi une constance révélatrice (depuis 1999 et l’idée d’un éditeur), n’en démord plus : cette interprétation évidemment symbolique et nullement rationnelle d’une pandémie est la bonne, pour décrire et donner leur véritable dimension, leur  vérité-de-situation, au grand événement-USA depuis le 25 mai (la Grande-Emeute2020).

En fait, l’événement s’enchaîne parfaitement sur la crise-Covid19, une vraie pandémie celle-là, – ou bien une pandémie-faussaire, comme nous l’affirment certains, au bord de la crise de nerfs ; et voilà qui est parfait, ces nuances sinon ces contradictions d’appréciation (vraie catastrophe sanitaire d’un côté, véritable complot infra-politique et hyper-manipulateur pour d’autres), qui donnent au symbole de “la pandémie” une ampleur extrême des domaines concernés, et donc peut parfaitement y inclure la crise de la Grande-Emeute2020, aux USA et, à partir de là, globalisée vers le monde stupéfait de la galopade effrénée de cette pathologie. Les deux pandémies ont donc la même ampleur, la même ambition de globalisation, marquant dans quelle mesure assurée nous parlons bien et chaleureusement, et avec enthousiasme certes, de la même chose, – c’est-à-dire de la sublime stupidité, de l’aveuglement transcendantal, de la zombification multiethnique et antiraciste, – tout cela caractérisant la “pensée” courante, c’est-à-dire “en cours” et courant à grandes enjambées, dans les bornes culbutées de leurs socles statuaires et les frontières ouvertes du ‘Nouveau Monde’, – leur sacrément New-Brave-World, – vers l’effondrement cosmique et final.

Il n’y a donc rien à comprendre selon les références habituelles, celles de la pesante raison humaine, laquelle est si lourde de son arrogance, de ses certitudes et de sa suffisance absolument extraordinaires, de l’unicité quasi-sidérée de son discours réduit au plus petit dénominateur commun (PPDC) du balbutiement hagard nous servant en général d’expression et de communication devant l’empilement d’événements extraordinaires, – avec ce clin d’œil qui semble nous dire, le malin,  “Chchttt, faisons mine de tout comprendre puisque nous n’y comprenons rien”, en ajoutant “Ce que je ne peux étouffer, je l’embrasse”. Tout cela nous fait barboter et glapir dans une philosophie déstructurante à l’envi.

Ainsi les réactions courantes du sapiens-sapienset de sa raison-raisonnante et triomphante laissent-elles le champ libre, malgré toutes les censures du monde, à l’architecture symbolique que l’intuition nous invite à construire pour mieux apprécier la grandeur et la force des événements en cours. Il est vrai que l’on peut censurer la communication et mettre la raison en procès au nom d’une autre raison, mais l’intuition évolue dans une nature du monde hors de notre triste-monde, et les symboles qu’elle génère se jouent des obstacles du censeur.

Il se déduit de tout cela que l’ère où nous nous trouvons, qui finalement commença effectivement en 1999-2001 (guerre du Kosovo et 11-septembre), est bien celle de la pandémie, de l’infection par contamination. L’année 2020 couronne cette vérité-de-situation en liant une véritable pandémie, devenue ainsi elle-même symbolique d’elle-même, aux autres événements gigantesques qui secouent ce monde fabriqué par le Système et mis en place par son exécutant fidèle et zélé qu’est le système de l’américanisme. Le malade s’effondrera donc à l’heure dite, toujours fidèle au rendez-vous.

Note

(*) Il ne me reste que deux exemplaires de ce livre, que je garde bien entendu, – “précieusement”, je ne sais pas. ‘Le monde malade de l’Amérique’ a été, comme c’est la coutume avec moi, un remarquable worst-seller, le nombre d’exemplaires vendus se comptant en petites centaines discrètes et effacées. Je ne sais pas s’il en reste, ce qu’ils sont devenus, où l’on peut en trouver, etc., sauf l’omniprésent et détestable Amazon, bien entendu, où il  est présenté à la vente avec sept exemplaires d’occasion. Si le cœur vous en dit… (Précision : j’ignore pourquoi, le livre est présenté chez ces Yankees avec la date du 23 octobre 2003, ce qui pourrait faire croire qu’il s’agit de date [il manque l’heure !] de publication. Il n’en est rien : le livre a été publié à la fin du printemps 1999.)

https://www.dedefensa.org/article/le-monde-malade-de-lamerique

Où l’on ressort Spykman

Où l’on ressort Spykman

15 Juin 2020

« Les Etats-Unis doivent admettre, une nouvelle fois et de manière définitive, que la constellation de puissances en Europe et en Asie est une perpétuelle source de préoccupation , que ce soit en temps de guerre ou de paix. »

En ces quelques lignes, écrites en 1943, Nicholas Spykman établit ce qui sera la politique de l’empire américain pour les décennies à venir. Pour le cynique et génial professeur de Yale, l’un des pères fondateurs de la pensée stratégique états-unienne, Washington doit donc diviser/contrôler ce Rimland indiscipliné, interface entre le Heartland et l’océan mondial anglo-saxon, foyer des principaux centres de richesse et de population de la planète, et duquel étaient sorties plusieurs tentatives hégémoniques : Napoléon, l’Allemagne wilhelminienne et l’Allemagne nazie.

Est-ce un hasard si, aujourd’hui, la quasi totalité des 800 bases américaines dans le monde se trouvent dans le Rimland (en rose sur la carte) ou les mers riveraines (en rouge) ? Evidemment non. Intitulé de manière amusante La géographie de la paix, le petit livre de Spykman est en effet devenu le vade-mecum de tout stratège impérial digne de ce nom, comme le rappelle un excellent article paru récemment dans le contexte de l’affrontement grandissant entre les Etats-Unis et la Chine.PUBLICITÉ

Car, au contraire de Mackinder qui n’avait d’yeux que pour le Heartland russe, la théorie spykmanienne est bien plus souple. Si elle reconnaît l’importance du pivot du monde en tant que point nodal des différentes composantes eurasiatiques, elle s’attache tout autant sinon plus à ce qui se passe dans le Rimland, là où se joue vraiment le destin du monde. Et, chose remarquable, le bonhomme prévoit déjà l’émergence chinoise et la manière de la contrer.

Pour lui, les deux guerres mondiales ont irrémédiablement affaibli le Rimland européen, d’où plus aucune « menace » ne peut surgir : c’est désormais plus à l’Est que les choses se joueront. Il faut absolument établir un cordon de bases encerclant la Chine, ce qui sera fait très vite avec l’occupation du Japon, puis le soutien à Taïwan et à la Corée du Sud. Les naïfs qui croient encore que le régime nord-coréen n’est pas l’andouille utile de Washington devraient relire Spykman… ou nos billets :

Ceux qui voyaient dans la dynastie des Kim des résistants à l’empire se mettaient le doigt dans l’oeil. Les multiples provocations nucléaires de Pyongyang ont toujours été du pain béni pour les Américains. La pire chose qui puisse leur arriver serait la chute du régime et la disparition de la menace nord-coréenne, ce qui remettrait en question la présence militaire US au Japon et en Corée du Sud. A l’inverse, ce serait une bénédiction pour la Chine et la Russie car cela ôterait le prétexte dont use et abuse le système impérial afin de conserver ses bases dans la région. Kim III ou l’idiot utile de l’empire, nous l’avons expliqué à plusieurs reprises (iciici ou ici).

Mais pour Spykman, le containment maritime de la Chine ne suffit pas, il convient également de retourner contre elle les autres parties du Rimland, notamment la plus importante d’entre elles : la future Inde indépendante (il écrit en 1943, à un moment où celle-ci est encore colonie britannique). Il prévoit le choc entre ces deux poids lourds asiatiques, sans doute moins l’entrée de l’Inde dans l’Organisation de Coopération de Shanghai qui représente, à terme, une catastrophe géopolitique majeure pour Washington, même s’il faudra au préalable que Pékin et New Delhi mettent de côté, une bonne fois pour toutes, leurs frictions.

Avec une hauteur de vue peu commune pour l’époque, Spykman préconise même d’utiliser le Heartland russe pour contrebalancer la Chine ! C’est ni plus ni moins la position que tient aujourd’hui le courant néo-kissingérien, comme nous l’expliquions l’année dernière à l’occasion du limogeage de John Bolton :

Curieusement, et contrairement à la grande majorité du Deep State US, Bolton n’a en effet jamais présenté Moscou comme l’ennemi absolu à abattre. Ceci ne devrait nous étonner qu’à moitié, tant il est vrai que l’Etat profond, constitué de courants variés, n’est pas un tout homogène. Si sa stratégie fondamentale – diviser l’Eurasie – est forgée dans le bronze, les moyens pour y arriver font l’objet de débats et de divisions parfois importantes.

A ceux (establishment de la CIA, hauts pontes Démocrates) qui considèrent l’ours comme la Némésis suprême s’oppose la branche « kissingérienne », souhaitant au contraire jouer la Russie contre la Chine. Cette ritournelle est dans l’air depuis quelques années, autour de revues influentes (The National Interest), depuis que la folie des grandeurs impériale de la fin des années 90 puis les gaffes bushesques et obamesques ont fortement rapproché Moscou et Pékin.

Cette stratégie consistant à diviser les deux poids lourds continentaux est un grand classique de la thalassocratie anglo-saxonne. En 1900, âge d’or de l’Angleterre victorienne, Joseph Chamberlain (père de Neville, signataire des fameux accords de Munich en 1938), résumait parfaitement l’objectif fondamental de l’empire maritime : « Il est de notre intérêt que l’Allemagne s’oppose aux Russes. Notre principale crainte est de les voir s’allier. Nous devrions faire tout notre possible pour accentuer la cassure entre l’Allemagne et la Russie, ainsi qu’entre la Russie et le Japon ». Londres tentait tour à tour, selon ses gouvernements, de s’allier avec l’Allemagne contre la Russie ou avec la Russie contre l’Allemagne, l’essentiel étant que ces deux-là demeurent dans des camps opposés.

Après la Seconde Guerre Mondiale, les Etats-Unis reprennent le flambeau laissé par un Royaume-Uni déclinant, l’Eurasie remplace l’Europe et le Grand jeu passe à l’échelle-monde. Les fondamentaux, eux, ne changent guère. Dans les années 70, Kissinger (déjà) est l’artisan de la visite de Nixon en Chine populaire pour profiter de la rupture sino-soviétique et soutenir Mao contre l’URSS. Si le vénérable vieillard a aujourd’hui changé son fusil d’épaule et préfère jouer la carte russe, le scénario reste le même : séparer les deux géants eurasiatiques.

Ainsi va la pieuvre à tentacules multiples qu’est le Deep State US, uni par un même but stratégique fondamental mais divisé quant aux moyens pour y parvenir. La situation est encore compliquée par des électrons du type Soros, qui veulent s’attaquer aussi bien à la Russie qu’à la Chine tout en défendant les intérêts de sa caste oligarchique en promouvant l’afflux de réfugiés, point sur lequel Bolton et son Gatestone Institute ont toujours été, par contre, en désaccord total.

Sur ce point, Spykman est rétrospectivement très loin du compte. L’obsession du Heartland et la russophobie primaire qui en découle imprègnent tellement les classes dirigeantes américaines que le néo-kissingérisme reste très minoritaire et tout rapprochement avec Moscou est impossible. Quant au couple sino-russe, qui n’attend plus rien de Washington depuis longtemps, il n’a jamais été si soudé…Tag(s) : #Etats-Unis#Histoire#Chine

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/06/ou-l-on-ressort-spykman.html