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Pourquoi une présidence Biden décevra les Démocrates progressistes

Pourquoi une présidence Biden décevra les Démocrates progressistes


Par Moon of Alabama − Le 8 septembre 2020

Une présidence Biden sera une autre déception pour les progressistes qui soutiennent la campagne des Démocrates.

Le Washington Post salue la « flexibilité » de Joe Biden sur les questions politiques :

Lorsque Joe Biden a publié des recommandations économiques il y a deux mois, elles ont inclus quelques idées qui inquiètent certains puissants banquiers : autoriser les opérations bancaires à la poste, par exemple, et faire garantir par la Réserve fédérale un compte bancaire à tous les Américains.

Mais lors d'appels privés avec les dirigeants de Wall Street, la campagne Biden a clairement indiqué que ces propositions ne seraient pas au cœur du programme de Biden.

"Ils ont essentiellement dit : 'Écoutez, c'est juste un exercice pour satisfaire les partisans de Warren, et ne lisez pas au-delà'", a déclaré un banquier d'investissement, faisant référence aux partisans libéraux de la sénatrice Elizabeth Warren (D-Mass.). Le banquier, qui a parlé sous couvert d'anonymat pour décrire des discussions privées, a déclaré que le message avait été transmis lors de plusieurs appels.

En faisant des promesses aux influences démocrates les plus progressistes tout en promettant secrètement des politiques différentes aux riches, Joe Biden suit la «flexibilité» de Barack Obama [ou le en même temps de Macron, NdT]. Au cours de sa première campagne présidentielle, Obama a promis à plusieurs reprises qu’il renégocierait l’ALENA, l’accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique. Mais derrière le dos de ses partisans, il a secrètement envoyé des émissaires au Canada pour faire savoir au gouvernement qu’il n’avait pas l’intention de tenir cette promesse :

Le Premier ministre canadien Stephen Harper a ordonné une enquête sur la façon dont les journalistes ont obtenu une note détaillant une discussion entre des diplomates canadiens et un membre de l’équipe d’Obama. La note précisait que le conseiller d’Obama avait indiqué que la critique du candidat à l’égard de l’ALENA était avant tout politique.

L’équipe d’Obama a nié son manque de sincérité, mais sa rivale Hillary Clinton a déclaré que la note montrait qu'on ne pouvait pas faire confiance à son adversaire. Les deux candidats blâment l’accord de libre-échange pour les pertes d’emplois aux États-Unis et jurent de changer ou même d’abandonner l’accord, un acte qui pourrait nuire à l’économie canadienne et aux liens entre les deux plus grands partenaires commerciaux du monde.

Biden fait preuve d’une telle « flexibilité » sur plusieurs questions :

Cette réticence à être épinglé sur des détails politiques est au cœur de la campagne de Biden, qui s'est concentrée sur un engagement de «restaurer l'âme de la nation» plutôt que sur un Saint Graal législatif particulier. Alors que Biden a émis une série de propositions, il a souvent adopté une approche tout-pour-tout-le monde, faisant parfois des déclarations publiques fortes tout en comptant sur des assistants pour apaiser les critiques dans les coulisses.

Ceux qui seraient les plus déçus d’un régime de centre-droit Biden sont les « progressistes » qui soutiennent actuellement sa campagne. Tout ce qu’on leur promet maintenant ne veut rien dire :

La campagne Biden a déclaré que les recommandations économiques avaient été faites conjointement par les partisans de Biden et du sénateur Bernie Sanders (I-Vt.) Et n'avaient jamais été conçues comme une politique officielle. ...

L'équipe Biden considère les idées des groupes de travail comme de simples recommandations, alors que de nombreux partisans de Sanders les considèrent comme contraignantes.

Dans le même temps, l’équipe de politique étrangère de Biden pullule d’interventionnistes libéraux de l’ère Obama et de néocons :

Les républicains de tendance Jamais Trump se sont infiltrés dans la campagne de Biden, offrant d'étoffer sa «coalition» avant les élections et de se frayer un chemin dans les discussions de politique étrangère, en particulier sur la Chine. Compte tenu de leur histoire commune avec les interventionnistes libéraux déjà dans la campagne, ne pensez pas une seconde qu'il n'y a pas parmi eux des néocons affamés qui tentent de prendre une place à la table. ...

Ces gars sont des membres fondateurs du consensus de politique étrangère de Washington, mélangés à des néocons Jamais Trump comme Eliot Cohen et Robert Kagan - son épouse Victoria Nuland était une haute responsable néocon du département d'État de Clinton - qui méprisent Trump depuis le début et pensent que sa politique étrangère de America First est «profondément malavisée» et conduit le pays à la «crise». Kagan, qui a ouvertement soutenu Hillary Clinton en 2016, a déjà rédigé au moins un éditorial sur la politique étrangère anti-Trump avec le conseiller principal de Biden, Anthony Blinken. 

Des loups déguisés en moutons.

Une victoire de Biden signifierait une reprise de la guerre contre la Syrie, pas de renouvellement de l’accord nucléaire avec l’Iran et d’autres politiques étrangères bellicistes :

Quiconque espère donc un assouplissement de la politique américaine vis-à-vis de l'Iran, si Biden gagnait, pourrait donner trop d'espoir à Bernie Saunders ou à "The Squad" d'être en mesure "d'arrondir les angles des positions de la politique étrangère américaine" - ils pourraient être trop optimistes. C'est tout simplement trop évident : alors que la Chine se tourne vers l'Iran et le Moyen-Orient à la recherche de la sécurité de son approvisionnement énergétique, la tentation sera de réussir, en forçant une position belliciste contre la Chine, à lier les deux (Iran et Chine), et d'essayer de faire pression pour une position politique consistant à «tuer-deux-oiseaux-avec-une-seule-pierre».

Bien sûr, les politiques d’une présidence Biden sembleraient plus polies et présentables que les manières rustres de Trump. C’est la principale raison pour laquelle l’establishment de Washington rejette Trump et soutient Biden.

Mais on peut certainement s’attendre à ce qu’une présidence Biden, remportée lors des élections, ou grâce à un schéma de révolution de couleur bien planifié par les Démocrates, soit à droite de la politique de centre-droit mise en œuvre par Barack Obama. Cela vaut aussi bien pour les questions de politique intérieure que pour la politique étrangère.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-une-presidence-biden-decevra-les-democrates-progressistes

Quelle sera la politique étrangère du prochain président US ?

Quelle sera la politique étrangère du prochain président US ?

par Thierry Meyssan

Les deux programmes des candidats Trump et Biden ne ressemblent pas à ceux des candidats précédents. Il ne s’agit plus d’ajuster les Etats-Unis aux évolutions du monde, mais de définir ce qu’ils seront. La question est existentielle, de sorte qu’il est tout à fait possible que les choses dégénèrent et se terminent dans la violence. Pour les uns, le pays doit être une nation au service des citoyens, pour les autres il doit restaurer son statut impérial.RÉSEAU VOLTAIRE | PARIS (FRANCE) | 8 SEPTEMBRE 2020عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHESPAÑOLITALIANONEDERLANDSPORTUGUÊSРУССКИЙTÜRKÇEJPEG - 35.3 koLe Bureau ovale de la Maison-Blanche cherche locataire.

La campagne présidentielle états-unienne 2020 oppose deux visions radicalement différentes des États-Unis : empire ou nation ?

D’un côté, la prétention de Washington de dominer le monde en endiguant (« containment ») les potentiels compétiteurs —stratégie énoncée par George Kennan en 1946 et suivie par tous les présidents jusqu’en 2016— ; de l’autre, le refus de l’impérialisme et la volonté de faciliter la fortune des États-uniens en général —stratégie énoncée par le président Andrew Jackson (1829-37) et reprise uniquement par le président Donald Trump (2017—20).

Chacun de ces deux camps manie une rhétorique masquant sa véritable pratique. Démocrates et Républicains se posent en hérauts du « monde libre » face aux « dictatures », en pourfendeurs des discriminations raciales, de genre et d’orientation sexuelle, et en champions de la lutte contre le « réchauffement climatique ». Les Jacksoniens, quant à eux, dénoncent tour à tour la corruption, la perversité et en définitive l’hypocrisie des précédents tout en appelant à se battre pour leur nation et non pas pour l’empire.

Les deux camps n’ont en commun que le même culte de la force ; qu’elle soit au service de l’empire (Démocrates et Républicains) ou de la nation (Jacksoniens).

Le fait que de manière inattendue les Jacksoniens soient subitement devenus majoritaires dans le pays et aient pris le contrôle du Parti républicain ajoute de la confusion, mais ne doit pas faire confondre le trumpisme avec ce qu’est l’idéologie républicaine depuis la Seconde Guerre mondiale.

Dans les faits, les Démocrates et les Républicains sont plutôt des gens aisés ou des professionnels des nouvelles technologies, tandis que les Jacksoniens —comme les « gilets jaunes » en France— sont plutôt pauvres et liés professionnellement à la terre dont ils ne peuvent pas s’échapper.

Pour la campagne 2020, les Démocrates et les Républicains font bloc derrière l’ancien vice-président Joe Biden. Celui-ci et ses partisans sont extrêmement volubiles sur leurs intentions :
- “The Power of America’s Example”, by Joseph R. Biden Jr., Voltaire Network, 11 July 2019.
- “Why America Must Lead Again. Rescuing U.S. Foreign Policy After Trump”, by Joseph R. Biden Jr., Foreign Affairs, March/April 2020.
Et surtout la déclaration des hauts fonctionnaires de sécurité nationale républicains pour le démocrate Biden :
- “A Statement by Former Republican National Security Officials”, Voltaire Network, 20 August 2020.
Au contraire, Donald Trump est fuyant par écrit :
- “Donald Trump Second Term Agenda”, by Donald Trump, Voltaire Network, 24 August 2020 (la politique étrangère est le petit paragraphe en fin de texte).

À mon sens, les principaux litiges ne sont pas énoncés, mais sont constamment sous-entendus.JPEG - 81.6 koAnimateur de télévision, Donald Trump rêve de rendre le pays au peuple comme le fit le président Andrew Jackson.

Le programme des Jacksoniens

- Dès sa prise fonction, Donald Trump a remis en cause la stratégie Rumsfeld/Cebrowsky d’anéantissement des structures étatiques de tous les pays du « Moyen-Orient élargi » sans exception et il a annoncé son souhait de faire revenir à la maison les troupes égarées dans la « guerre sans fin ». Cet objectif reste en tête de ses priorités en 2020 (« Arrêtez les guerres sans fin et ramenez nos troupes à la maison » – Stop Endless Wars and Bring Our Troops Home)

Dans la foulée, il a exclu le directeur de la CIA et le président du comité des chefs d’état-major des réunions régulières du Conseil de sécurité nationale. Ce faisant, il a privé les partisans de l’impérialisme de leur principal outil de conquête.

Voir :
- “Presidential Memorandum : Organization of the National Security Council and the Homeland Security Council”, by Donald Trump, Voltaire Network, 28 January 2017. Et « Donald Trump dissout l’organisation de l’impérialisme états-unien », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 30 janvier 2017.

Il s’en est suivi une bataille pour la présidence de ce conseil avec l’inculpation du général Michael T. Flynn, puis son remplacement par le général H. R. McMaster, l’exceptionnaliste John R. Bolton, et enfin Robert C. O’Brien.

- En mai 2017, Donald Trump a sommé les alliés des États-Unis de cesser immédiatement leur soutien aux jihadistes chargés d’appliquer la stratégie Rumsfeld/Cebrowski. Ce fut le discours de Riyad aux chefs d’État sunnites, puis aux chefs d’État et de gouvernements de l’Otan. Le président Trump avait déclaré l’Otan obsolète avant de se raviser. Il a pourtant obtenu non pas l’abandon de la politique d’endiguement (containment) de la Russie, mais la division par deux des crédits utilisés à cet effet et l’attribution des fonds ainsi préservés à la lutte contre le jihadisme. Ce faisant, il a partiellement cessé de faire de l’Otan un instrument de l’impérialisme pour la transformer en une alliance défensive. Il a donc exigé que ses membres abondent à son budget. Le soutien au jihadisme a cependant été poursuivi par les partisans de l’impérialisme avec des moyens privés, notamment le fonds KKR.

Voir :
- “Presidential Memorandum : Plan to Defeat the Islamic State of Iraq and Syria”, by Donald Trump, Voltaire Network, 28 January 2017.
- “Donald Trump’s Speech to the Arab Islamic American Summit”, by Donald Trump, Voltaire Network, 21 May 2017.
- “Remarks by Donald Trump at NATO Unveiling of the Article 5 and Berlin Wall Memorials”, by Donald Trump, Voltaire Network, 25 May 2017.

D’où ses mots d’ordre : « Éradiquez les terroristes mondiaux qui menacent de nuire aux Américains » (Wipe Out Global Terrorists Who Threaten to Harm Americans) et « Demandez aux alliés de payer leur juste part » Get Allies to Pay their Fair Share.

- Fixé comme les Démocrates et les Républicains sur le culte de la force, le Jacksonien Donald Trump a décidé de rétablir les capacités de ses armées (« Maintenir et développer la force militaire inégalée des États-Unis » – Maintain and Expand America’s Unrivaled Military Strength). À la différence de ses prédécesseurs, il n’a pas cherché à transformer la gestion délirante du Pentagone en en privatisant un à un les services, mais il a élaboré un plan de recrutement de chercheurs pour rivaliser technologiquement à nouveau avec les armées russes et chinoises.

Voir :
- “National Security Strategy of the United States of America”, December 2017. Et « La Stratégie militaire de Donald Trump », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 26 décembre 2017.

- Seule la volonté de Donald Trump de retrouver la primauté en matière de missiles est soutenue par les Démocrates et les Républicains bien qu’ils ne soient pas d’accord sur la manière d’y parvenir (« Construire un excellent système de défense de cybersécurité et un système de défense antimissile » – Build a Great Cybersecurity Defense System and Missile Defense System) : le locataire de la Maison-Blanche entend que les USA se dotent seuls de ces armes qu’il pourra éventuellement déployer sur le territoire de ses alliés, tandis que ses opposants veulent impliquer les alliés de manière à conserver leur emprise sur eux. Du point de vue des Démocrates et des Républicains, le problème n’est évidemment pas de se retirer des traités de désarmement de la Guerre froide pour construire un nouvel arsenal, mais la perte de moyens de pression diplomatique sur la Russie.JPEG - 31.5 koPoliticien professionnel, Joe Biden espère restaurer le statut impérial de l’ex-première puissance mondiale.

Le programme des Démocrates et des Républicains hors parti

Joe Biden propose de se focaliser sur trois objectifs : (1) revigorer la démocratie (2) former la classe moyenne pour faire face à la globalisation (3) reprendre le leadership global.

- Revigorer la démocratie : il s’agit selon ses propres mots de fonder l’action publique sur le « consentement éclairé » (informed consent) des États-uniens. Ce faisant, il reprend la terminologie de Walter Lipmann, en 1922, selon qui la démocratie suppose de « fabriquer le consentement » (manufacturing consent). Cette théorie a été longuement discutée par Edward Herman et Noam Chomsky en 1988. Elle n’a évidemment aucun rapport avec la définition formulée par le président Abraham Lincoln : « La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

Joe Biden estime arriver à son but en restaurant la moralité de l’action publique par la pratique du « politiquement correct ». À titre d’exemple, il condamne « l’horrible pratique [du président Trump] de séparer les familles et de placer les enfants d’immigrés dans des prisons privées », sans dire que le président Trump se contentait d’appliquer une loi démocrate pour en montrer l’inanité. Ou encore, il annonce vouloir réaffirmer la condamnation de la torture que le président Trump a justifiée, sans dire que ce dernier comme le président Obama en a déjà interdit la pratique tout en maintenant la réclusion à perpétuité sans procès à Guantánamo.

Il annonce vouloir réunir un Sommet pour la démocratie afin de lutter contre la corruption, de défendre le « Monde libre » face aux régimes autoritaires, et de faire progresser les Droits de l’homme. Au vu de sa définition de la démocratie, il s’agit d’unir les États alliés en dénonçant des boucs-émissaires de ce qui ne va pas (les « corrompus ») et en promouvant les Droits de l’homme au sens anglo-saxon et surtout pas français. C’est à dire de cesser les violences policières et non pas d’aider les citoyens à participer à la prise de décision. Ce sommet lancera un appel au secteur privé pour que les nouvelles technologies ne puissent pas être utilisées par des États autoritaires pour surveiller leurs citoyens (mais les USA et leur NSA pourront toujours y recourir dans l’intérêt du « Monde libre »).

Enfin, Joe Biden conclut ce chapitre en soulignant son rôle au sein de la Commission transatlantique pour l’intégrité électorale aux côtés de ses amis, l’ancien secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, qui renversa la Jamahiriya arabe libyenne et Michael Chertoff, l’ancien secrétaire US à la Sécurité de la patrie, qui plaça sous surveillance tous les citoyens US. Sans oublier John Negroponte qui organisa les Contras au Nicaragua puis Daesh en Iraq.

- Former la classe moyenne pour faire face à la globalisation. Posant le constat que la politique conduite depuis la dissolution de l’URSS implique une rapide disparition des classes moyennes, Joe Biden estime qu’en formant ce qui reste de classe moyenne aux nouvelles technologies, il préviendra la délocalisation de leurs emplois.

- Renouveler le leadership états-unien. Il s’agit ici, au nom de la démocratie, de stopper la progression « des populistes, des nationalistes et des démagogues ». Cette formulation permet de comprendre que la démocratie selon Joe Biden, ce n’est pas seulement la fabrication du consentement, mais aussi l’éradication de la volonté populaire. En effet, si les démagogues pervertissent les institutions démocratiques, les populistes servent la volonté populaire et les nationalistes la collectivité.

Joe Biden précise alors qu’il cessera les guerres « pour toujours » ; une formulation qui semble soutenir le même but que les Jacksoniens, mais qui diffère néanmoins de terminologie. Il s’agit en fait de valider l’adaptation actuelle du système aux limites imposées par le président Trump : pourquoi faire mourir des soldats US à l’étranger alors que l’on peut poursuivre la stratégie Rumsfeld/Cebrowski avec des jihadistes à moindre frais ? D’autant que lorsqu’il n’était que sénateur d’opposition, Joe Biden avait donné son nom au plan de partition de l’Iraq que le Pentagone tenta d’imposer.

Suit un couplet sur l’élargissement de l’Otan aux alliés latino-américains, africains et du Pacifique. Loin d’être obsolète, l’Alliance redeviendra le cœur de l’impérialisme US.

Enfin Joe Biden plaide pour le renouvellement de l’accord 5+1 avec l’Iran et des traités de désarmement avec la Russie. L’accord avec le président Hassan Rohani vise à diviser classiquement les pays musulmans en sunnites et chiites, tandis que les traités de désarmement visent à confirmer que l’administration Biden n’envisagerait pas de confrontation planétaire, mais la poursuite de l’endiguement (containment) de son compétiteur.

Le programme du candidat du Parti démocrate et des Républicains hors parti se conclut avec l’assurance de rejoindre l’accord de Paris et de prendre le leadership de la lutte contre le réchauffement climatique. Joe Biden précise qu’il ne fera pas de cadeaux à la Chine qui délocalise ses industries les plus polluantes le long de la route de la soie. Il omet par contre de dire que son ami, Barack Obama, avant d’entrer en politique, fut le rédacteur des statuts de la bourse de Chicago des échanges des droits d’émission de carbone. La lutte contre le réchauffement climatique n’est pas tant une question écologique qu’une affaire de banquiers.

Conclusion

Force est de constater que tout s’oppose à une clarification. Quatre ans de bouleversements par le président Trump ne sont parvenus qu’à substituer aux « guerres sans fin », une guerre privée de basse intensité. Il y a certes beaucoup moins de morts, mais c’est toujours la guerre.

Les élites qui jouissent de l’impérialisme ne sont pas près d’abandonner leurs privilèges.

Aussi doit-on craindre que les États-Unis ne soient contraints d’en passer par un conflit intérieur, une guerre civile, et de se disloquer comme jadis l’Union soviétique.

Thierry Meyssan

https://www.voltairenet.org/article210756.html

Tensions

Tensions

4 Septembre 2020

La tension monte aux quatre coins de l’échiquier. Si, au fil du temps, l’empire américain déclinant a dû faire une croix sur le cœur de l’Eurasie, il s’arc-boute dans sa stratégie de containment et ne veut rien lâcher. Sans surprise, les élections américaines de novembre n’arrangent rien, comme le résume symboliquement cette image :

L’équipe de campagne de Joe l’Indien a trouvé son filon : Les leçons de russe sont chères, votez (pour moi). Ce à quoi le Donald répond : Si vous votez pour Biden, vous serez obligés d’apprendre le chinois. On s’amuse comme on peut dans le Washingtonistan. Une chose est sûre : aux Etats-Unis, les deux bêtes noires de l’empire serviront de punching ball jusqu’en novembre, ce qui convient parfaitement au Deep State

A l’Ouest de l’échiquier eurasien, la farce Navalny est une énième tentative foireuse, et tellement prévisible, de découpler le Rimland européen et le Heartland russe :PUBLICITÉ

En cet auguste mois, la journaloperie a trouvé son feuilleton de l’été. Une vraie saga, avec empoisonnement raté et opposant ciblé par le terrible Poutine, mais qui peut quand même tranquillement partir à l’étranger se faire soigner, et dont la guérison miraculeuse rendrait jaloux le sanctuaire de Lourdes. Le scénario est quelque peu bancal mais nos plumitifs ne sont plus à ça près…

Derrière cette mascarade, évidemment, la pression impériale pour renouveler/durcir les sanctions euronouilliques à l’égard de Moscou, notamment à un moment charnière pour le Nord Stream II. Frau Milka a bien vu la manœuvre et veut absolument découpler les deux événements : la gazoduc n’a rien à voir avec le blogueur, meine Herren, qu’on se le dise.

Depuis, dame Angela a reçu les pressions adéquates et, en bonne euronouille feudataire, semble avoir à moitié retourné sa gabardine. Sur le cas Navalny, mais pas seulement, nous y reviendrons dans le prochain billet…

Sans surprise, le Nord Stream II est à nouveau sous le feu des critiques de tout ce que l’Allemagne et l’UE comptent de pions impériaux. C’était évidemment le but de la manœuvre alors que, comme nous l’expliquions en juillet, l’achèvement du pipeline de la discorde se jouera dans les arrêts de jeu.

Au passage, égratigner médiatiquement Moscou grâce à la presse aux ordres de Langley ne fait évidemment jamais de mal, d’autant que l’ours a le vent en poupe ces derniers temps :

En stratège avisé, Poutine rebondit sur le fiasco US [vote sur l’Iran à l’ONU, ndlr] et prend la main en proposant un sommet exceptionnel sur l’Iran. Moscou se place au centre du jeu, force tranquille vers laquelle tous les regards reconnaissants se tournent. Paris a déjà accepté le principe et les autres suivront, dont l’Allemagne, invitée en tant que signataire de l’accord de 2015. Ailleurs, dans les chancelleries mondiales, l’inexorable montée en puissance russe n’échappe à personne.

Vladimirovitch se met habilement les Européens dans la poche en leur offrant un rôle international que ne veut pas leur donner Washington, qui plus est avec la Houpette blonde à la Maison Blanche. Les déchirements euro-russes subséquents à l’affaire ukrainienne sont peu à peu en train de cicatriser, les coïncidences de vues se multiplient (Libye, Méditerranée orientale etc.) et les intérêts communs font le reste. Toujours utile dans la grande bataille énergétique autour du Nord Stream II…

Cette montée générale de tension entre Washington et Moscou, qui n’échappe pas aux observateurs avisés, est multiforme et se traduit également sur le terrain. La semaine dernière, Russes et Américains ont joué aux auto-tamponneuses en Syrie, avec quatre soldats US (légèrement) blessés. Dans les cieux, les interceptions sont en recrudescence, aussi bien dans le Grand nord qu’en mer Noire où des Sukhoïs ont virevolté autour d’un B 52 (le deuxième survol est pour le moins acrobatique) :http://cdn.embedly.com/widgets/media.html?src=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fembed%2FcPsmL3k7SR8%3Fwmode%3Dtransparent%26feature%3Doembed&wmode=transparent&display_name=YouTube&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DcPsmL3k7SR8&image=https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2FcPsmL3k7SR8%2Fhqdefault.jpg&key=a42c510231f911e1a92e4040d3dc5c07&type=text%2Fhtml&schema=youtube

L’US Air Force crie au scandale mais est bien en peine d’expliquer ce qu’elle fait si près du territoire russe. Ces maudits Ivan, leurs frontières sont trop proches de nos bases ! Ces innocents amusements ne sont certes pas nouveaux mais on notera qu’ils se multiplient souvent en période de raidissement entre les deux grands. A ce titre, les prochains mois risquent d’être encore plus sportifs.

Histoire d’avions toujours, mais de l’autre côté de l’échiquier eurasien…

Le U-2 est un aéroplane légendaire de la Guerre froide et il se murmure même avec insistance que le célèbre groupe de rock irlandais, à la recherche d’un nom, s’est est tout simplement inspiré. Qui ne se souvient en effet du 1er mai 1960, quand un de ces avions espion, décollant de Peshawar au Pakistan, fut abattu au-dessus de l’URSS, causant une grande agitation internationale ? L’oiseau noir revient encore sur le devant de la scène deux ans plus tard, lorsque ses photographies montrent les rampes de lancement soviétiques à Cuba, menant à la fameuse Crise des missiles.

Modifié et amélioré, le gaillard est toujours en activité et vient d’observer les manœuvres navales chinoises dans la mer de Bohai, pourtant proclamée comme zone d’exclusion aérienne par Pékin le temps des exercices.

Certes, la marine du dragon, la plus importante du monde en nombre de bâtiments et en phase de modernisation rapide, commence à sérieusement inquiéter le Pentagone. Mais il faut également voir dans cette provocation un élément parmi d’autres de la politique de harcèlement généralisé décidée par l’hégémon déclinant face à la puissance montante. Piège de Thucydide, quand tu nous tiens.

A Washington, la sinophobie est maintenant presque autant à la mode que la russophobie, chaque camp, on l’a vu, choisissant sa névrose (Haro sur Moscou ! pour les Démocrates, Sus à Pékin ! pour une partie des Républicains). L’offensive globale contre la Chine à laquelle nous assistons désormais ressemble fort à un chant du cygne impérial. Ce serait du moins le cas si la partie adverse manœuvrait avec intelligence et subtilité, ce qui n’est pas toujours le cas comme nous le verrons au prochain épisode…Tag(s) : #Etats-Unis#Europe#Russie#Chine

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/09/tensions.html

Trois bombardiers stratégiques lourds US B-52H escortés par des Mig-29 et des Su-27 ukrainiens approchent…

Trois bombardiers stratégiques lourds US B-52H escortés par des Mig-29 et des Su-27 ukrainiens approchent la Crimée et la mer d’Azov…

https://videopress.com/embed/WEVlMKtv?preloadContent=metadata&hd=1Des chasseurs ukrainiens Mig-29 et Su-27 escortent trois bombardiers stratégiques US B-52H au-dessus de l’Ukraine

La multiplication des vols de bombardiers stratégiques lourds US, en l’occurrence le très iconique octa-réacteurs B-52H, un des vecteurs de la triade nucléaire US près des frontières occidentales de la Russie révèle un jeu à peine secret entre Washington et Moscou. Un jeu extrêmement dangereux et qui aurait été susceptible de faire partie du scénario d’une guerre mondiale thermonucléaire il y a un peu plus de trente ans.

De la mer de Barents jusqu’à la mer Noire, des B-52H survolent au plus près les marches occidentales du sanctuaire de l’ours russe.

Pour un peu, on se croirait en plein scénario du célèbre film de Stanley Kubrick, Dr. Strangelove (Docteur Folamour pour la version française) et ce qui c’est passé en Ukraine était à proprement parler totalement impensable dans les années 90. Trois bombardiers lourds US de type B-52H pouvant emporter chacun assez de des missiles de croisière à tête nucléaire et bombes thermonucléaires pour détruire la moitié d’un pays de la taille de la France survolent une ancienne République l’ex-Union Soviétique en s’approchant de la Crimée et sondant les défenses aériennes russes à quelques dizaines de kilomètres de portée. Les gars de Kiev sont aux anges mais le réveil à la réalité risque d’être brutal et l’on perçoit que le conflit autour du Belarus focalise la somme de toutes les tensions accumulées ces vingt dernières années par l’expansion continue de l’OTAN jusqu’à la porte du Kremlin.

Les jeux sont incertains et dangereux. La réaction russe dans son sanctuaire risque d’être plus violente que prévue. Ce n’est plus al-Hasaka en Syrie ou la Mer Noire. La coalition de pays comme la Pologne, l’Ukraine, la Tchéquie et les pays Baltes dont les forces ont soutenu l’opération Barbarossa lancée par Hitler contre l’Union Soviétique en 1941 rappelle de très mauvais souvenirs aux russes. Il y a quelques années, le Président russe Vladimir Poutine évoqua le risque de voir le loup derrière la porte. C’est chose faite. Le loup avec tout ce qu’il représente dans l’imaginaire collectif russe est désormais dans le sanctuaire historique slave.

Ce mouvement de fond n’a rien à voir avec les élections US puisqu’il a été entamé dès le démantèlement de l’Union Soviétique. C’est une stratégie à long terme parvenue à un point critique.

Un Mig-31 russe aurait intercepté un avion britannique près de la Mer de Barents peu après cette dernière démonstration de force des B-52H. Le compte à rebours de lhorloge de la fin du monde a encore sauté quelques minutes.

Est-ce l’aboutissement du Grand Jeu?

https://strategika51.org/2020/09/05/trois-bombardiers-strategiques-lourds-us-b-52h-escortes-par-des-mig-29-et-des-su-27-ukrainiens-approchent-la-crimee-et-la-mer-dazov/

Grèce-Turquie : des manœuvres militaires rivales impliquant les États-Unis et la France se poursuivent malgré les appels à la désescalade

Grèce-Turquie : des manœuvres militaires rivales impliquant les États-Unis et la France se poursuivent malgré les appels à la désescalade

 Par Chantal Valery avec Raziye Akkoc à Ankara, AFP  |  26/08/2020, 18:36  |  989  mots

Des navires militaires grecs et français naviguent en formation lors d'un exercice militaire conjoint en mer Méditerranée, dans cette image non datée obtenue par Reuters le 13 août 2020.
Des navires militaires grecs et français naviguent en formation lors d’un exercice militaire conjoint en mer Méditerranée, dans cette image non datée obtenue par Reuters le 13 août 2020. (Crédits : Reuters)

Dans un contexte de tensions croissantes entre la Turquie et la Grèce, toutes deux membres de l’Otan, qui se disputent des zones maritimes riches en hydrocarbures, des manœuvres militaires distinctes impliquant ces deux pays se déroulent en ce moment mais avec d’une part, les États-Unis aux côtés des Turcs, et d’autre part, aux côtés des Grecs : Chypre, l’Italie et la France. La France a averti Ankara que la Méditerranée orientale ne pouvait pas constituer « un terrain de jeu » pour des « ambitions » nationales. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, a prévenu mardi que « la moindre étincelle pouvait conduire à une catastrophe ».

Malgré les appels à la désescalade, des manoeuvres militaires rivales ont eu lieu mercredi en Méditerranée orientale, dans un contexte de tensions croissantes entre la Turquie et la Grèce, toutes deux membres de l’Otan, qui se disputent des zones maritimes riches en hydrocarbures.

D’un côté, des navires de guerre turcs ont procédé à des exercices *avec un destroyer américain, selon le ministère turc de la Défense.

De l’autre, « Chypre, la Grèce, la France et l’Italie se sont mises d’accord pour déployer une présence commune en Méditerranée orientale dans le cadre de l’Initiative quadripartite de coopération (QUAD) », a annoncé le ministère grec de la Défense.

Trois jours de manoeuvres rivales dans la même zone disputée

Ces manoeuvres ont commencé mercredi et doivent durer jusqu’à vendredi dans le sud et le sud-ouest de Chypre, selon une source militaire.

Elles interviennent en plein accroissement des tensions entre la Turquie et la Grèce en Méditerranée orientale, où la découverte d’importants gisements gaziers ces dernières années a aggravé des disputes anciennes entre ces deux pays voisins concernant leurs frontières maritimes.

Depuis le 10 août, le bâtiment sismique turc Oruç Reis accompagné d’une escorte navale se trouve dans cette zone, provoquant l’ire d’Athènes qui a répliqué en envoyant sur place des bâtiments.

La France lance un avertissement à la Turquie

La France a averti Ankara que la Méditerranée orientale ne pouvait pas constituer « un terrain de jeu » pour des « ambitions » nationales.

« Le respect du droit international doit être la règle et non l’exception », a déclaré la ministre française des Armées Florence Parly dans un tweet.https://platform.twitter.com/embed/index.html?dnt=false&embedId=twitter-widget-0&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1298541915093315584&lang=fr&origin=https%3A%2F%2Fwww.latribune.fr%2Feconomie%2Finternational%2Fgrece-turquie-des-manoeuvres-militaires-rivales-impliquant-les-etats-unis-et-la-france-se-poursuivent-malgre-les-appels-a-la-desescalade-855647.html&siteScreenName=latribune&theme=light&widgetsVersion=223fc1c4%3A1596143124634&width=550px

Erdogan sourd aux appels à la désescalade

En dépit des appels à la désescalade en provenance de l’Europe, des Etats-Unis et de l’Otan, le président turc Recep Tayyip Erdogan a aussitôt tenu dans un discours des propos au vitriol.

Il a averti que la Turquie ne ferait « aucune concession » pour défendre ses intérêts gaziers en Méditerranée orientale, appelant ses « interlocuteurs » à « se garder de toute erreur » qui mènerait à leur « ruine », dans une allusion à la Grèce qu’il n’a pas nommée.

Les forces armées grecques sur « le qui-vive »

« Nos forces armées restent sur le qui-vive », a de son côté prévenu le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis devant le parlement, « la Grèce est aussi forte sur le terrain qu’elle l’est dans le dialogue ».

Le gouvernement grec attend que du président Erdogan qu’il « montre ce qu’il a dit à nos partenaires européens (…) c’est-à-dire qu’il amorce une désescalade dans sa rhétorique et dans ses actes », selon son porte-parole Stelios Petsas.

L’OTAN préoccupée, l’Allemagne craint « la moindre étincelle »

Le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg s’est dit « préoccupé par la situation en Méditerranée orientale », exhortant lui aussi à « la désescalade » et au « dialogue ».closevolume_off

« Nous devons trouver un moyen de régler cette situation (…) sur la base de l’esprit de solidarité entre alliés et du droit international », a-t-il lancé.

Pour le ministère chypriote de la Défense, « les tensions et les tentatives de déstabilisation en Méditerranée orientale (…) ont atteint leur pic ».

Dans le cadre de sa mission de médiation entre Ankara et Athènes, le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, avait prévenu mardi que « la moindre étincelle pouvait conduire à une catastrophe ».

« Personne ne veut régler ce différend par des moyens militaires », avait souligné le ministre allemand, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE.

La petite île grecque de Kastellorizo, située à deux kilomètres des côtes turques, cristallise la colère d’Ankara.

Selon Athènes, les eaux l’entourant sont sous souveraineté grecque, ce qui priverait Ankara de dizaines de milliers de kilomètres carrés de zones maritimes riches en gaz.

Ankara réclame « un partage équitable des eaux en Méditerranée » et s’est dit prêt mardi à « un dialogue sans conditions préalables » avec la Grèce, qui, pour sa part, s’est dite disposée à dialoguer « mais pas sous les menaces ».

Menaces de la Turquie

« Ceux qui veulent s’opposer à nous et qui sont prêts à en payer le prix, qu’ils le fassent. Sinon, qu’ils s’écartent de notre chemin », a encore averti le président Erdogan mercredi.

Selon le ministère turc de la Défense, « la frégate turque TCG Barbaros et la corvette TCG Burgazada ont effectué des manoeuvres d’entraînement militaire avec le contre-torpilleur américain USS Winston S. Churchill », le même qui avait participé à un exercice avec la Grèce lundi.

De son côté, la France a engagé trois avions de chasse Rafale, une frégate et un hélicoptère dans les manoeuvres communes, selon la ministre des Armées.

Les Italiens ont quant à eux engagé dans ces opérations une frégate, les Grecs une frégate et des moyens héliportés tandis que Chypre a déployé des moyens héliportés et un patrouilleur, selon le ministère français.

« Il y a une volonté de ces pays (…) de renforcer leur présence et de réaffirmer à la fois le droit international et la liberté de navigation », a précisé le ministère, selon lequel ce déploiement est « planifié depuis un certain temps. »

Le différend gréco-turc sera à l’ordre du jour d’un conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE jeudi et vendredi à Berlin.

https://www.latribune.fr/economie/international/grece-turquie-des-manoeuvres-militaires-rivales-impliquant-les-etats-unis-et-la-france-se-poursuivent-malgre-les-appels-a-la-desescalade-855647.html

US : l’industrie pétrolière et gazière en déclin …

US : l’industrie pétrolière et gazière en déclin …


… Les grandes banques assèchent les financements et se préparent à saisir les actifs de l’industrie pétrolière et gazière en déclin 


Par Justin Mikulka − Le 13 avril 2020 − Source DeSmog

Opérations de l’industrie pétrolière dans le bassin permien du Texas. Crédit : Justin Hamel © 2020

Les finances de l’industrie pétrolière et gazière sont si lamentables que les grandes banques qui ont financé, à perte, le boom de la fracturation envisagent maintenant de prendre la mesure inhabituelle de saisir les compagnies pétrolières qui n’ont pas les moyens de rembourser les prêts bancaires.

Reuters a rapporté que les banques étudient la possibilité de saisir les actifs des compagnies pétrolières car la voie plus traditionnelle de la faillite entraînera des pertes énormes pour les banques – alors que la saisie des actifs et leur conservation jusqu’à l’augmentation des prix du pétrole réduirait probablement ces pertes.

Buddy Clark, du cabinet d’avocats Haynes and Boone, a expliqué à Reuters que « les banques peuvent maintenant brandir de manière crédible la menace de saisir les compagnies et leurs propriétés si elles ne remboursent pas leurs prêts ».

Alors que la saisie des actifs des emprunteurs qui ne peuvent pas rembourser leurs prêts est courante dans des secteurs comme l’immobilier – en particulier l’immobilier résidentiel – c’est une mesure inhabituelle pour l’industrie du pétrole et du gaz. Reuters explique que la dernière fois que cela s’est produit, c’était lors du crash pétrolier de la fin des années 1980. Lors du dernier krach pétrolier, lorsque le prix du baril de pétrole est passé de plus de 100 à 40 dollars, il y a eu une série de faillites, mais les banques n’ont pas saisi les actifs.

La différence maintenant est que les compagnies exploitant le pétrole de schiste ont continué à augmenter leur dette – grâce aux prêts des banques – au point que la plupart de ces compagnies ne sont pas viables avec des prix du pétrole bas. Comme l’a récemment fait remarquer un observateur de l’industrie dans le New York Times« C’est comme la fin des années 80 qui était si mauvaise ».

Un nouveau point de vue qui n’existait pas dans les années 80 est le changement radical de sentiment de la part de certaines parties de la communauté des investisseurs sur la viabilité de l’industrie pétrolière. Jim Cramer, conseiller en investissement à la télévision CNBC, a déclaré que les actions pétrolières étaient dans leur « phase terminale » en janvier, avant que les prix du pétrole ne s’effondrent aux niveaux actuels et que le coronavirus n’assèche la demande mondiale de pétrole.

Plus récemment, dans un remarquable article d’opinion pour Seeking Alpha, Kirk Spano conseillait aux investisseurs de se retirer de l’industrie dès maintenant en expliquant de façon unique pourquoi il était urgent de le faire :

Nous sommes sur le point d’assister à une vague massive de faillites d’entreprises d’exploitation de schiste bitumineux gérées par des cadres voleurs qui ont emprunté sur des actifs et se sont payé des primes pendant des années sans se soucier de la valeur pour les actionnaires.

Alors que DeSmog a commenté les problèmes de fraude potentielle dans l’industrie avec des cadres qui s’enrichissent eux-mêmes alors que les entreprises qu’ils dirigent ont perdu de l’argent, il s’agit d’un changement d’attitude décidé lorsque des sites comme SeekingAlpha appellent les investisseurs à sortir et à « poursuivre les dirigeants qui ont presque tous manqué à leurs obligations fiduciaires ».

C’est pourquoi les banques envisagent maintenant de saisir les actifs des compagnies pétrolières en faillite – c’est une mauvaise option pour les banques mais c’est la meilleure qui reste.

Selon Moody’s, au troisième trimestre 2019, 91 % des dettes d’entreprises américaines en défaut de paiement étaient dues à des sociétés pétrolières et gazières.

Souvenez-vous, c’était AVANT la guerre des prix et le coronavirus. L’industrie pétrolière était déjà en difficulté avant le début de la crise actuelle.

Le financement des ventes d’actifs pétroliers a disparu

Il est compréhensible que ces mêmes banques qui ont financé l’industrie et le boom du pétrole de schiste ne soient pas intéressées à accorder de nouveaux prêts aux entreprises pour qu’elles acquièrent des actifs. Cela pose un autre problème majeur, même pour les plus grandes compagnies pétrolières qui avaient prévu de financer les opérations actuelles déficitaires en vendant des actifs.

BP avait prévu de vendre ses actifs en Alaska à la société Hilcorp pour 5,6 milliards de dollars, mais il apparaît maintenant que les grandes banques ne sont pas prêtes à prêter cet argent à Hilcorp – ce qui, selon le Wall Street Journal, signifie que l’accord est probablement mort.

C’est un exemple de la façon dont la dépendance de l’industrie pétrolière à l’égard de la dette finit par causer de sérieux problèmes. Comme nous l’avons souligné, les compagnies qui fracturent le schiste pour du pétrole ont toujours compté sur la dette, mais jusqu’à récemment, ce n’était pas un problème pour les grandes compagnies pétrolières comme BP.

Le Wall Street Journal rapporte que la raison pour laquelle BP voulait vendre ces actifs est que celle-ci est également très endettée et qu’elle prévoyait d’utiliser cette vente d’actifs pour rembourser une partie de sa dette.

Cela n’augure rien de bon pour les projets d’Exxon de financer ses activités courantes par la vente d’actifsExxon avait annoncé son intention de lever 15 milliards de dollars cette année grâce à la vente d’actifs, mais il semble qu’aucun prêteur ne soit disposé à risquer ces sommes dans des entreprises désireuses d’acheter des actifs pétroliers et gaziers.

Exxon & Total n’ont pas généré suffisamment de liquidités… pour couvrir … les dépenses et les dividendes… BP a pu couvrir son dividende, mais… les niveaux d’endettement ont augmenté. Shell avait besoin de vendre des actifs pour couvrir ses dividendes et ses rachats

La fracturation hydraulique survit par la dette, sans nouveaux prêts, elle ne peut pas continuer

Comme nous l’avons documenté sur DeSmog, au cours des deux dernières années, l’industrie américaine de la fracturation a emprunté environ 250 milliards de dollars de plus que ce qu’elle a gagné en vendant du pétrole et du gaz issus des technique de fracturation. Cela a rendu très riches de nombreux PDG de l’industrie du fracturation et une grande partie de cet argent est également allé aux banquiers de Wall Street – et ils ne le rendront pas.

Sans la possibilité d’emprunter davantage, l’industrie sera décimée. Dans un article du New York Times de la semaine dernière, la journaliste Bethany McLean a souligné cette réalité.

Le livre de McLean, Saudi America, a mis en lumière les failles fatales des finances de l’industrie de la fracturation et son article actuel résume la réalité des finances délirantes de l’industrie de la fracturation.

« En réalité, le rêve a toujours été une illusion, et son effondrement était déjà en cours. C’est parce que la fracturation du pétrole n’a jamais été financièrement viable », écrit McLean.

Les choses qui ne sont pas viables ont généralement une fin. Un jour.

De plus, la fracturation semble être une énorme bulle alimentée par la dette, et les tentatives d’éviter de le reconnaître sont probablement vouées à l’échec

Les banques le savent, c’est pourquoi elles n’accordent plus de prêts aux compagnies d’extraction de pétrole de schiste et prennent la dernière mesure désespérée de saisir les actifs des compagnies pétrolières.

Mais les banques savent aussi autre chose. Les banques sont les premières à être renflouées et elles auront beaucoup d’argent pour s’en sortir. Les grandes banques ont provoqué la crise du logement en accordant des prêts douteux – et elles ont été renflouées.

Les grandes banques ont financé l’industrie de la fracturation qui a perdu de l’argent au cours de la dernière décennie, tout comme elles ont financé la crise du logement. Mais la réalité est que, tout comme dans la crise du logement, les prochains renflouements protégeront les banques.

Ce qui est différent dans cette crise, c’est que le marché du logement a rebondi et continue à représenter une grande partie de l’économie américaine. Si des gens comme Jim Cramer ont raison et que l’industrie pétrolière est dans sa « phase terminale » – le financement futur de l’industrie pétrolière par ces banques pourrait ne pas continuer avec le laxisme imprudent qui a alimenté le grand désastre de la fracturation aux USA.

Justin Mikulka

Note du Saker Francophone

Cet article est tiré d'une série : L’industrie du schiste argileux creuse plus de dettes que de bénéfices

Traduit par Hervé, relu par Wayan pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/les-grandes-banques-assechent-les-financements-se-preparent-a-saisir-les-actifs-de-lindustrie-petroliere-et-gaziere-en-declin

Les USA appellent ouvertement l’Europe à ne pas collaborer avec la Russie, déclare Lavrov

Sergueï Lavrov

Les USA appellent ouvertement l’Europe à ne pas collaborer avec la Russie, déclare Lavrov

© Sputnik . Alexandre SherbakINTERNATIONAL20:34 22.08.2020(mis à jour 07:20 23.08.2020)URL courte4411225S’abonner

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a constaté dans une interview à la télévision russe que Washington ne se gênait «pas vraiment» en demandant aux pays européens de cesser leur coopération économique avec Moscou.

Les autorités américaines appellent ouvertement leurs collègues européens à ne pas développer de collaboration dans le domaine économique avec la Russie, a constaté le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dans une interview à la chaîne de télévision Rossia-1.

«Les Américains ne se gênent pas vraiment quand ils ont besoin de promouvoir leurs intérêts économiques. Les subtilités diplomatiques, les sous-entendus, les demi-mots ont été rejetés depuis longtemps. Vous avez parlé du secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, avec qui je communique régulièrement, la dernière conversation téléphonique remontant au 16 août. Il revenait alors d’Europe où il avait notamment fait campagne pour que les pays européens, y compris ceux qu’il a visités, ne développent pas de collaboration économique et commerciale mutuellement avantageuse avec la Russie», a-t-il indiqué.

Sergueï Lavrov (photo d'archives)

© SPUTNIK . LE SERVICE DE PRESSE DU MINISTÈRE RUSSE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRESLavrov explique comment la pandémie devrait changer la politique internationaleAinsi, en République tchèque, il a déclaré sans ambages que tous les projets de développement de l’électronucléaire dans le pays devaient être orientés vers les États-Unis et non la Russie, a fait remarquer Sergueï Lavrov.

Les USA et l’Iran

Continuant de d’analyser la politique des États-Unis, il a souligné que les tentatives du pays pour rétablir les sanctions contre l’Iran ne feraient que nuire au Conseil de sécurité de l’Onu. Il a souligné que, dans ce contexte, la Russie tenterait de dissuader Washington d’appliquer le snapback.

«Les États-Unis ne seront pas en mesure de violer la résolution du Conseil de sécurité et de déformer grossièrement le sens de la décision inscrite au registre juridique international, mais ils peuvent porter préjudice au Conseil de sécurité. Nous essaierons d’empêcher nos collègues américains de faire de telles démarches irréfléchies», a-t-il conclu.

https://fr.sputniknews.com/international/202008221044299754-les-usa-appellent-ouvertement-leurope-a-ne-pas-collaborer-avec-la-russie-declare-lavrov/?utm_source=push&utm_medium=browser_notification&utm_campaign=sputnik_fr

DiplomatieLes États-Unis défient l’ONU sur le nucléaire iranien

DiplomatieLes États-Unis défient l’ONU sur le nucléaire iranien

3 MINCOURRIER INTERNATIONAL (PARIS)Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain, a officiellement réclamé jeudi aux Nations unies le retour de sanctions contre l’Iran, qu’il accuse de ne pas respecter les termes de l’accord sur le nucléaire signé en 2015. Selon de nombreux experts, le plan a peu de chances d’aboutir puisque les États-Unis se sont retirés de cet accord en 2018. 

Les États-Unis n’allaient pas rester sur ce que Slate appelle une “défaite humiliante”. Jeudi 20 août, leur secrétaire d’État, Mike Pompeo, a officiellement réclamé à l’ONU le retour des sanctions contre l’Iran, une semaine après un vote très défavorable (deux voix pour sur quinze votants) demandant une prolongation de l’embargo sur les armes frappant le pays.

“Les États-Unis font part de cette notification au Conseil uniquement après les efforts substantiels des États membres pour remédier aux manquements significatifs de l’Iran”, a justifié M. Pompeo, présent en personne à New York. Il cite notamment l’enrichissement de l’uranium au-delà des niveaux autorisés par l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015.

Cette initiative n’a rien d’une surprise, remarque le Washington Post. Le secrétaire d’État a menacé d’un retour des sanctions depuis le printemps, poursuit le quotidien. Les quinze membres du Conseil ont désormais dix jours pour introduire une éventuelle résolution contrant le plan américain.

”Là où les choses se compliquent”, note NBC, c’est que les membres du Conseil vont probablement s’y opposer. Après tout, les États-Unis sont sortis de l’accord en mai 2018. Un souhait de Donald Trump. Cette demande de snapback – un retour sur les conditions de l’accord – ouvre donc la voie à “une bataille diplomatique” (Jerusalem Post), “une dispute juridique” (The Wall Street Journal) ou encore à une “collision” avec les partenaires américains à l’ONU (The Guardian).

L’action menée par les États-Unis va sans doute “pousser” l’administration Trump vers “une confrontation” avec la Russie et la Chine, “isoler plus encore les États-Unis de l’Europe” et “tester la crédibilité des Nations unies, déjà en difficulté”, suggère The National, un quotidien émirati.

“Les États-Unis ont unilatéralement cessé de participer” à l’accord, rappelle Josep Borrell, haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères, cité par Politico. La Russie a utilisé l’adjectif “absurde”. L’E3, le groupe formé par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni – les pays européens signataires du document – ne semble en tout cas pas souhaiter un retour des sanctions.

Une épine dans le pied de Joe Biden s’il est élu ?

Le secrétaire d’État a accusé les Européens d’avoir choisi “le camp des ayatollahs”, dénonçant un “échec de leadership”. Il considère, selon la BBC, que la résolution 2231 votée aux Nations unies pour valider l’accord donne le droit aux États-Unis de déclencher le snapback en tant que membre de l’ONU.

Mais John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump et faucon notoire, ne voit pas ce plan aboutir, tandis que Slate déplore “un piètre argument”. Le ministre des Affaires étrangères assure également que l’Iran a violé les termes de l’accord. Sauf que, observe le site, le pays respectait ces conditions jusqu’à ce que les États-Unis se retirent de cet accord. “En d’autres termes, Pompeo veut punir l’Iran pour prendre une mesure de défense légitime. […] Vous ne pouvez pas violer la loi quand ça vous arrange et insister pour que les autres respectent cette même loi.”

Pour la Süddeutsche Zeitung, l’Iran représente bien un danger et l’Europe ne peut pas faire preuve de complaisance. Mais le quotidien allemand souligne que c’est l’Amérique qui a “de nouveau rejeté la diplomatie multilatérale”. Désormais, “la seule diplomatie que connaît Washington est la menace de sanctions”, regrette le journal, invitant l’Europe “à résister à cette pression, même si elle laissera une profonde fracture dans les relations transatlantiques”.

Les critiques pleuvent également dans une tribune publiée par The Hill. Se moquant de ses qualités de négociateur, les auteurs du texte constatent que l’approche du président Trump conduira “à un Moyen-Orient plus dangereux, un Conseil de sécurité ravagé et des relations endommagées avec des gouvernements alliés de plus en plus méfiants face à l’intimidation et l’incompétence américaine”.

Donald Trump y voit peut-être le prix à payer pour son objectif principal. Le locataire de la Maison-Blanche dénonce l’accord sur le nucléaire iranien depuis des années. Il en parle régulièrement comme d’un “désastre”.

Aux yeux de Ned Price, spécialiste des relations internationales à l’université de Georgetown, interrogé par le Jerusalem Post, il cherche d’abord à empêcher autant que possible Joe Biden – s’il remporte l’élection – de relancer l’accord.” C’est un projet animé par la rancune plus que par une volonté réelle de restreindre le programme nucléaire irakien”, dénonce cet ancien porte-parole de l’administration Obama

https://wordpress.com/block-editor/post/ombre43.com

https://reveil.courrierinternational.com/#/edition/1983617/article/1983707

Les mesures américaines contre TikTok et WeChat font craindre un morcellement de l’internet

Les mesures américaines contre TikTok et WeChat font craindre un morcellement de l’internet

Entreprises & Start-upafp

Publié le 08-08-20 à 07h38 – Mis à jour le 08-08-20 à 07h39

Une interdiction des populaires applications mobiles chinoises TikTok et WeChat aux Etats-Unis pourrait fragmenter encore plus un internet mondial déjà fragile, redoutent des spécialistes du secteur.

Les mesures américaines contre TikTok et WeChat font craindre un morcellement de l'internet

246Les craintes se sont renforcées cette semaine après des décrets de Donald Trump interdisant d’ici à 45 jours toute transaction « des personnes sous juridiction américaine » avec ByteDance, la maison mère chinoise de TikTok, et Tencent, propriétaire de la plateforme WeChat.

Prises sous couvert de menace à la sécurité nationale, malgré l’absence de preuves tangibles, ces restrictions vont à l’encontre de l’idéal américain de longue date d’un internet global et ouvert et pourraient inciter d’autres pays à imiter les Etats-Unis, jugent des experts.

« C’est véritablement une tentative de fragmenter l’internet et la société globale de l’information selon une ligne de fracture américano-chinoise et d’exclure la Chine de l’économie de l’information », estime Milton Mueller, professeur à la Georgia Tech University et fondateur du Internet Governance Project.

Selon M. Mueller, cette démarche vise à « créer un pare-feu occidental », qui serait appliqué de manière globale via les sanctions économiques américaines et s’apparenterait au « Great Firewall » chinois — jeu de mot sur la « Grande Muraille » (« Great Wall ») de Chine et le pare-feu (« firewall »).

Mais cela pourrait se retourner contre les géants de la Silicon Valley car « de nombreux gouvernements nationalistes dans le monde pourraient lancer les mêmes accusations contre Apple, Google, Facebook et Twitter » au sujet de l’usage des données personnelles, indique M. Mueller.

« Ce sera la porte ouverte aux obstructions nationalistes et à la régulation de ces médias sociaux », prédit-il.

« Clean Network »

Les mesures décrétées cette semaine par Donald Trump s’inscrivent dans la lignée du projet « Clean Network » du département d’Etat, dont l’objectif est d’empêcher l’utilisation aux Etats-Unis d’applications et services chinois jugés « non fiables. »

Cette initiative pourrait conduire à une situation confuse dans certains pays, qui seraient contraints de choisir entre l’écosystème chinois et américain, affirme l’analyste indépendant Richard Windsor.

« La fracture numérique entre la Chine et l’Occident s’agrandit et des pays coincés entre les deux (en Afrique et dans certaines parties de l’Asie) devront décider de quel côté ils veulent se placer », écrit M. Windsor sur son blog Radio Free Mobile.

Pour Adam Segal, de l’organisation Council on Foreign Relations, les décisions américaines soulèvent la notion de « cyber-souveraineté », longtemps défendue par la Chine et combattue par les Etats-Unis.

« Qu’un pays ait le droit de s’isoler de l’internet mondial en interdisant ou en limitant des technologies étrangères est vraiment une idée chinoise », note M. Segal.

« Les Etats-Unis défendait l’idée opposée », celle « d’un internet libre et ouvert », poursuit-il.

M. Segal observe que l’internet mondial était déjà « sur un terrain glissant » après les décisions de pays comme la Russie et l’Inde de limiter les flux de données.

Mais les récentes mesures de Washington « sapent la capacité des Etats-Unis à promouvoir ces idées et il pourrait y avoir un retour de bâton contre les entreprises américaines », avertit le spécialiste.

Pour Daniel Castro, de la Fondation pour l’Innovation et les Technologies de l’Information, les menaces américaines feraient peser « un risque sérieux de morcellement de l’internet » si elles étaient menées à bien.

« Les Etats-Unis doivent faire attention en affirmant qu’il y a un risque pour la sécurité nationale inhérent à l’utilisation de technologies d’entreprises étrangères », affirme M. Castro.

« Si d’autres pays suivent la même logique, les entreprises américaines de la tech seront tenues à l’écart de nombreux marchés étrangers », explique-t-il.

D’autant que ces actions sont guidées par des craintes sécuritaires floues et par la croyance erronée qu’elles permettent de contrer la montée en puissance de la Chine, juge M. Mueller.

« L’administration Trump pense qu’elle peut ralentir le développement de la Chine en tant que puissance économique et technologique », fait remarquer l’expert.

« L’idée qu’il est possible d’interrompre le développement de la Chine en coupant les ponts avec eux est stupide, cela ne va pas se produire », poursuit-il.

https://www.lalibre.be/economie/entreprises-startup/les-mesures-americaines-contre-tiktok-et-wechat-font-craindre-un-morcellement-de-l-internet-5f2e37899978e2322f083694

Nouvelles des grands fonds

Nouvelles des grands fonds

17 Août 2020

Homme libre, toujours tu chériras la mer… Justement, il s’en passe de belles sous les flots, théâtre parmi d’autres de la grande rivalité entre l’empire et le Heartland et où se joue en partie l’équilibre de la terreur entre les deux grands.

On sait déjà qu’avec beaucoup moins, Moscou tient la dragée haute aux petits génies du Pentagone :

Avec un budget militaire dix fois moins élevé, Moscou donne une véritable leçon d’efficacité, ébréchant le mythe d’une Amérique performante, professionnelle, productive. Dans la course à l’armement, comme dans la conquête spatiale d’ailleurs, la réalité met souvent à mal l’image chimérique du « rêve américain » : amateurisme, gaspillages et fiascos militaro-industriels y sont légion.PUBLICITÉ

Le seul budget de l’US Navy est trois plus élevé que la totalité du budget militaire russe. Et pourtant. Dans les profondeurs abyssales comme ailleurs, aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des… annuités.

L’amiral Dave Johnson est en émoi : « Nous faisons face à des adversaires difficiles. Vous n’avez qu’à voir le Severodvinsk. Je suis tellement impressionné par ce bâtiment que j’en ai fait construire une maquette dans mes bureaux. »

La bestiole a en effet tout pour plaire (ou déplaire, c’est selon) : double coque furtive, sonar très sophistiqué, automatisation poussée (65 membres d’équipage seulement) et, très bientôt, missiles hypersoniques Zircon.

L’amirauté impériale tire la sonnette d’alarme. Certes, on connaît la propension historique des militaires à exagérer les menaces afin d’obtenir des crédits supplémentaires, mais il s’agit d’autre chose ici. Il y a deux ans, le Severodvinsk a pris un bain de minuit dans l’Atlantique et la marine américaine a totalement perdu sa trace durant des semaines. Comme le dit l’adage, perdre un sous-marin ennemi en temps de paix est déjà un casse-tête ; en tant de guerre, c’est un désastre…

Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, les Russes ont mis au point une technique pour que les submersibles navigant sous la calotte glaciaire arctique puissent tirer leurs ogives nucléaires. L’idée n’est évidemment pas nouvelle. La banquise polaire est l’abri rêvé de tout sous-marin voulant échapper à la détection adverse. Mais elle empêche à son tour de lancer des projectiles.

Durant la Guerre froide, les Soviétiques avaient déjà essayé de percer la glace avec des torpilles mais le résultat escompté n’était pas à la hauteur. Les Russes ont donc récemment mis au point des missiles perce-banquise, ouvrant la voie au missile intercontinental tiré ensuite.

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