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La visite du Pape François au Maroc fait toujours parler d’elle

La visite du Pape François au Maroc fait toujours parler d’elle

La visite du Pape François au Maroc constitue une étape majeure vers la consécration de la paix et de la tolérance dans le monde, a affirmé la Section Côte d’Ivoire de la Fondation Mohammed VI des Oulémas africains.

“La Section Côte d’Ivoire de la Fondation Mohammed VI des Oulémas africains félicite et salue avec déférence SM le Roi Mohammed VI et Sa Sainteté le Pape François pour cette rencontre historique dans la tradition de leurs prédécesseurs”, peut-on lire dans un communiqué de cette instance, parvenu samedi à la MAP.

“En recevant le Souverain pontife, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Amir Al-Mouminine, président du Comité Al Qods, que Dieu L’assiste et Le préserve, perpétue l’action de Son auguste père dans le cadre de la fraternité abrahamique”, fait remarquer le communiqué, signé par le président de la section ivoirienne de la Fondation, le Cheikhoul Aïma Boikary Fofana, notant que “cette rencontre est un message d’espoir et un signal fort émis par les deux hautes autorités religieuses dont les communautés constituent une partie importante de l’humanité”.

Selon la même source, le message commun en faveur de la paix et de l’équité va impacter positivement les esprits et contribuer au maintien de la coexistence pacifique interreligieuse, soulignant que “l’Appel d’Al Qods”, plein de sagesse, suscite beaucoup d’espoir car il met l’accent sur l’amour, la fraternité et l’équité.

“Cet appel commun, en réaffirmant la nécessité de cohabiter dans la paix et la fraternité, va faire date et contribuera à réduire les postures conflictuelles”, soutient la section Côte d’Ivoire de la Fondation Mohammed VI des Oulémas africains.

En effet, poursuit le texte, comme l’a souligné SM le Roi Mohammed VI, Amir Al-Mouminine, les trois religions abrahamiques existent “pour s’ouvrir l’une à l’autre et pour se connaitre”, afin de lutter contre le radicalisme par la co-connaissance, ajoutant que cela permettra de relever, à travers l’éducation, les nouveaux défis d’un monde globalisé où ce ne sont pas que les vertus qui se partagent.

Dans cette optique, la création en 2015 de l’Institut Mohammed VI de Formation des Imams prédicateurs et prédicatrices de Rabat a permis d’accueillir et de former près de 1500 pensionnaires venus des pays d’Afrique et d’Europe (dont la Côte d’Ivoire et la France), conclut le communiqué.

Le Pape François a effectué les 30 et 31 mars dernier, une visite officielle au Maroc, à l’invitation du roi Mohammed VI. Cette visite a été marquée, notamment, par la signature par le roi Mohammed VI et le Pape François de l’Appel d’Al Qods, qui a souligné la nécessité de préserver la Ville Sainte comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

S.L. (avec MAP)

عائشة الشنا توجه رسالة للحكومة والمغاربة

Benzine: la visite du pape au Maroc est « importante car elle arrive à un moment où au nom du religieux, on tue »




Benzine: la visite du pape au Maroc est « importante car elle arrive à un moment où au nom du religieux, on tue »


Vendredi 29 Mars 2019 modifié le Vendredi 29 Mars 2019 – 22:58





Autres articles
L’islamologue franco-marocain, Rachid Benzine, estime que la visite du pape François au Maroc les 30 et 31 mars à l’invitation du Roi Mohammed, Commandeur des croyants, est une visite importante qui « arrive à un moment où au nom du religieux, on tue que ce soit dans des mosquées, des synagogues ou des églises ».
Pour M. Benzine, il est important que les deux chefs d’Etat et leaders religieux « puissent avoir des paroles de paix et des paroles d’estime de l’Autre ».

Vendredi 29 Mars 2019 – 18:38


Le Commandeur des Croyants et le Pape





Le Commandeur des Croyants et le Pape


Jeudi 28 Mars 2019 modifié le Jeudi 28 Mars 2019 – 17:48


par Mustapha Tossa




Le Commandeur des Croyants et le Pape
Le Pape et le Commandeur des Croyants réunis sur une même photo forment une icône d’une grande signification politique. Non pas uniquement parce que les deux leaders, l’un de l’église catholique, l’autre de la communauté des musulmans incarnent cet indispensable dialogue des religions qui participent à la pacification des esprits et à l’apaisement des cœurs, mais aussi parce que leur rencontre et leurs échanges interviennent dans un contexte international sur lequel pèsent d’angoissantes nuages.

Aussi bien dans l’Europe chrétienne qu’en terre d’islam, l’intolérance menace de devenir une industrie florissante, la xénophobie un investissement politique lucratif, l’exclusion une posture à la mode et la confrontation au nom de la religion une pratique banalisée et dangereuse. C’est dans ce contexte de chocs de cultures, de possibles de confrontations avec des dynamiques religieuses et identitaires, que des grandes consciences comme le chef de l’église catholique et le Commandeur des croyants fassent entendre leurs proximités politiques et religieuses est un signal fort à destination de tous ceux qui sont tentés par l’extrémisme ou le populisme

Un des grands enjeux de la rencontre entre le Pape François et le Roi Mohammed VI est de signifier à la communauté des croyants de toutes obédiences, notamment à tous ces jeunes passionnés par leur foi et qui veulent faire cohabiter dans un même espace modernité et religiosité, qu’un dialogue intelligent est non seulement possible mais indispensable à la paix dans le monde, qu’une bataille commune contre les radicalités de tout genre est la seule voie pour se prémunir des tentations subversives, que les principes de cohabitation et de vivre ensemble ne sont pas des concepts vains ou chimériques. Au Maroc, pays du vivre ensemble et de l’œcuménisme, ces approches possèdent un sens pratique.

Trente-quatre ans après le Pape Jean Paul II, le Pape François foulera la terre d’un pays le Maroc qui a beaucoup changé. Il découvrira un royaume en plein mouvement, porté par une dynamique de changement et d’adaptation aux évolutions du monde. Dans ce pays à la jeunesse imposante, à la fois avide d’inscrire son action dans le grand destin de la mondialisation tout en conservant ses précieux particularismes, le Pape François aura à dialoguer avec un pays où les grandes lignes ont bougé sur les grandes préoccupations sociétales, au point parfois de devenir un pays précurseur dans un espace arabe et africain régi par les conservatismes paralysants et les insurmontables poids des traditions.

Sur le plan religieux, incarnant dans l’ADN de son régime politique un islam de la modération et du juste milieu, le Maroc, porté par la commanderie des croyants est devenu une grande fabrique des stratégies de lutte contre les discours radicaux, avec un savoir-faire, une expertise reconnue internationalement. Le tout nourri par une inconstatable légitimité religieuse qu’incarne le Roi du Maroc.

Aussi bien pour une Afrique dont une partie de la jeunesse déboussolée par les frustrations de la mondialisation pourrait être tentée par les sirènes mélodieuses mais trompeuses du discours radical, qu’une Europe qui perçoit la posture islamique comme une menace pour ses croyances et son identité, le Maroc aspire à jouer un rôle modération conceptuelle qui éteint les flammes de la radicalité et des ruptures.

Non seulement le Royaume donne l’exemple sur le plan de l’élaboration de la parole religieuse mais il s’illustre aussi sur le plan de la pratique des politiques d’accueil des migrants. Une problématique chère au Pape François qui en a fait un des emblèmes de son mandat à la tête du Vatican. Tandis que d’autre pays se livrent sans vergogne à la chasse aux migrants, les considérant presque sources de leur malheur, le Maroc s’est distingué par une politique d’accueil dont la générosité et l’humanisme correspond à tout point de vue aux valeurs prônées par l’église catholique. C’est cette même église qui se bat au quotidien sur les territoires européens pour que cessent les exclusions et les stigmatisations qui frappent les migrants. Le Maroc perçoit ces migrants non comme une menace susceptible de déstabiliser ses équilibres mais comme une richesse capable de renforcer ses atouts. Sur ce terrain-là, Le Pape François et le Roi Mohammed VI pourront dérouler les mêmes ambitions et les mêmes objectifs.

Jeudi 28 Mars 2019 – 12:22


Visite du Pape aux Émirats : la réussite du soft power de la tolérance ?

Visite du Pape aux Émirats : la réussite du soft power de la tolérance ?

Début février, le pape s’est rendu aux Émirats Arabes Unis pour une visite historique. C’est la première fois qu’un pontife se rend dans la péninsule arabe. Pour Abou Dabi, cette venue est l’aboutissement d’un long processus diplomatique visant à faire des Émirats, un leader de la tolérance au Moyen-Orient.

Ville de Dubaï, Emirats Arabes Unis
Pendant combien de temps encore les Émirats pourront-ils mettre en œuvre leur soft power de la tolérance ?

Pour les dirigeants émiratis, la visite du chef religieux est un symbole fort qui entérine la « politique de la tolérance » menée depuis plusieurs années déjà. En effet, depuis 2016, la tolérance a été institutionnalisée au niveau étatique. Dotée de son propre ministère et d’un « comité suprême », elle fait partie intégrante de la politique étrangère émiratie. L’action du comité suprême se concentre sur sept domaines : tolérance dans la communauté, dans l’éducation, au travail, dans la pratique culturelle, dans la législation et dans les médias.

Ce programme ambitieux est couronné par un autre objectif majeur : faire des Émirats un « modèle de tolérance ». Ainsi, en novembre 2018, Dubaï a accueilli le premier Mondial de la Tolérance. De plus, le président émirati, Khalifa ben Zayed Al Nahyane, a décidé de faire de la tolérance le thème du débat national de 2019, une tradition annuelle qui vise à affirmer les valeurs de la Fédération.

Un soft power de la tolérance en renfort d’un succès économique 

Depuis les années 2010, les Émirats sont parvenus à s’imposer comme un acteur régional majeur. Le pays a notamment relevé un défi de taille : celui de la diversification de l’économie. Si les autres états du Golfe sont également engagés dans des politiques similaires, Abou Dabi est l’exemple de réussite le plus probant. En effet, la Fédération a misé sur une stratégie d’ouverture aux investisseurs étrangers qui s’est révélée payante. Elle fut la première, parmi ses voisins, à autoriser l’acquisition intégrale d’entreprises locales par des étrangers. Ainsi, les Émirats sont devenus une plaque tournante pour les marchés du transport, de la finance, du commerce et du tourisme.

Cette image de pays accueillant est chérie par les autorités qui misent sur la croissance du tourisme pour se détacher de la dépendance aux énergies fossiles. C’est dans ce contexte que fut inauguré, en 2017, l’extension du musée du Louvre dans la capitale émiratie. Dans une dynamique similaire, le premier temple hindou du pays est en cours de construction et sera finalisé fin 2020. L’érection de cet édifice est accompagnée d’une symbolique forte dans un état où travaillent 2,8 millions d’Indiens (sur une population de 9,4 millions).

Une présence rassurante pour les Occidentaux dans une région troublée

La tolérance religieuse est un aspect particulièrement important dans la mise en œuvre du soft power émirati. De fait, la Fédération a fait de la lutte contre le terrorisme islamiste l’une de ses priorités. Cette stratégie lui a permis de se rapprocher des États-Unis, un allié de taille. De plus, Abou Dabi a, par plusieurs fois, rappelé son engagement pour la protection des communautés chrétiennes, minoritaires au Moyen-Orient. Ce positionnement est perçu favorablement par les Occidentaux qui y voient la possibilité de coopérer avec un acteur modéré aux valeurs semblables.

Une idéologie qui se heurte à la réalité des faits

Si les Émirats se présentent comme les champions de la tolérance et de la diversité, cette idéologie ne semble pas s’appliquer au domaine politique. En effet, le « respect des formes d’expression » est fortement contraint quand il s’agit de critiquer le régime en place. Ainsi, en 2017, Ahmed Mansoor Al-Shehhi, un activiste politique, a été arrêté et condamné, en 2018, pour avoir « insulté le statut et le prestige » de la nation. De fait, la tolérance semble être réservée au domaine culturel et, tout particulièrement, aux cultures étrangères.

De plus, la politique d’ouverture a parfois créé des tensions entre étrangers et populations locales. En effet, les Émiratis ne représentent que 15% de la population totale. Ainsi, certains ont exprimé leurs craintes de voir disparaître la culture émiratie, un thème qui a d’ailleurs été repris par les acteurs politiques. Afin de pallier ces doléances, le gouvernement a assuré avantages économiques et distinctions culturelles aux locaux. Cette politique, sur le long terme, peut s’avérer dangereuse car elle contribue à la mise en place d’une société à deux vitesses.

De même, sur la scène internationale, l’idéologie de la tolérance ne se combine pas toujours avec la réalité des décisions émiratis. Ainsi, dans son combat contre le terrorisme islamiste, Abou Dabi s’est allié à des groupes radicaux comme les milices salafistes au Yémen, afin de défaire ses ennemis.

La stratégie du soft power de la tolérance semble être un succès pour les Émirats. Néanmoins, cette dernière est parfois limitée par la réalité des faits. De plus, l’économie connaît un ralentissement important, en partie dû aux politiques visant à protéger les intérêts des locaux face aux étrangers. Ainsi, l’avenir de la diplomatie de la tolérance pourrait être menacé par des antagonismes nationaux.

Sources

https://www.ispionline.it/it/pubblicazione/geopolitics-tolerance-inside-uaes-cultural-rush-22155

https://worldview.stratfor.com/article/popes-visit-and-emirati-soft-power

https://www.stratfor.com/region/middle-east-and-north-africa/united-arab-emirates

https://worldview.stratfor.com/article/why-uaes-short-term-labor-fix-will-create-long-term-problems

About Clara JALABERT

Clara JALABERT est étudiante en troisième année à Sciences Po Paris. Passionnée par les relations internationales et l’histoire, elle souhaite poursuivre son parcours dans le journalisme.

Le Vatican représenté aux JO des plus petits États d’Europe

Le Vatican représenté aux JO des plus petits États d’Europe

© Athletica Vaticana
L’équipe de l’Athletica Vaticana devant Saint-Pierre de Rome

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Des prêtres, des gendarmes ou encore des gardes suisses : voilà l’équipe qui, probablement, représentera le Vatican aux prochains jeux Olympiques des plus petits États d’Europe ! Un évènement qui aura lieu au Monténégro du 27 mai au 1er juin 2019.

L’Athletica Vaticana ! Il s’agit de la première association sportive reconnue par le Saint-Siège dont la gestion a été confié au Conseil pontifical de la Culture qui a désormais un département consacré au sport, dirigé par Melchor Sanchez de Tosca. Constituée de 70 membres travaillant au sein du Vatican, tous les membres ont en commun la passion du sport. Au programme : marathon, ultra-marathon, course de haies, sprint, demi-fond. Mais l’association ne veut pas se limiter à l’exploit sportif et cherche aussi par ce biais à promouvoir la solidarité, la spiritualité et l’amitié.

« Les marathoniens du Pape »

Mais comment est née l’Athletica Vaticana ? L’idée de constituer cette équipe est née de façon totalement spontanée par la rencontre de nombreux travailleurs du Vatican lors de leur course matinale sur les bords du Tibre. Car courir c’est créer des liens d’amitié et faire acte de charité. Par la suite, la Secrétairerie d’État a décidé de donner à cette association une position juridique officielle en la confiant au Conseil pontifical de la Culture. L’Athletica Vaticana est alors née !

Depuis sa création, « les marathoniens du Pape », comme on les appelle, tentent d’appliquer au mieux le message du Saint-Père. Il y un an, deux migrants ont rejoint les rangs et, avec le soutien de l’aumônerie du Vatican, le groupe organise des repas pour les plus démunis et participe à des courses caritatives.

Thierry a troqué la hallebarde pour les baskets

Parmi les participants, on compte de nombreux membres de la Garde suisse, corps militaire ayant la responsabilité de veiller en permanence sur le Pape. Conscients de l’héritage de cette charge instituée par Jules II en 1506, les Gardes tentent, tant bien que mal, de concilier une vie normale avec le service.

© Athletica Vaticana

Parmi eux, l’hallebardier Thierry Roch, originaire de la région de la Glâne (canton de Fribourg) et arrivé à Rome au début du mois de février 2017. Ce sportif, passionné de courses depuis cinq ans, est un membre actif de l’association : « La course à pied est pour moi l’un des moyens les plus efficaces pour s’évader et évacuer le stress du quotidien. De plus, on a l’occasion de reprendre contact avec la nature, que ce soit en forêt, en montagnes, près de la mer, nous sommes toujours près du Créateur », confie-t-il à Aleteia.

Mais, la Garde suisse ne laisse pas beaucoup de temps et le service prend énormément de temps. Il est donc parfois difficile de concilier le sport et l’engagement auprès du Pape : « À la fin de la journée, nos jambes nous le rappellent assez vite généralement. Mais il est très important de garder une activité physique. Généralement, je pars courir avant le service. Même si celui-ci commence très tôt le matin. J’aime l’ambiance qui règne à Rome à l’aube. C’est presque parfois incroyable de se trouver près de monuments tels que le Colisée ou la fontaine du Trevi sans même une âme qui vive. Si le service me le permet, j’enfile mes chaussures de course chaque jour. Je dirais que c’est également un moyen de ne pas avoir le mal du pays et de retrouver un peu de Suisse entre les pins parasols de la Villa Pamphili. »

© Athletica Vaticana

Prière du marathonien

Découvrez  la « prière du marathonien », composée par l’Athletica Vaticana et traduite en 36 langues :

Merci, Seigneur,
Parce que tu me fais courir
Et ne me laisses pas seul au km 35
Du grand marathon de la vie.

Merci, Seigneur,
Pour la beauté de la course tout seul
Dans les bois et parmi les gens, avec le froid et la chaleur,
La pluie et le vent.

Merci, Seigneur,
D’être à mes côtés dans les moments de fatigue
Quand la sueur voile mes yeux,
la fatigue plie mes jambes
et que je voudrais m’arrêter.

Mais j’avance avec toi.
Cette course faite avec humilité et passion
Est une prière de louange pour toi
Que je répète aussi dans les derniers, interminables,
195 mètres du marathon de ma vie.

Et je te remercie, Seigneur,
Pour les années avec lesquelles je partage la joie
De courir épaule contre épaule.

Seigneur, en me faisant le signe de la croix
Je commence à courir, certain que ton sourire
Accompagnera mes foulées.

Que fait le pape François à Noël ?

Que fait le pape François à Noël ?

POPE FRANCIS GREETS THE ROMAN CURIA

©VATICAN POOL/CPP

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Entre rencontres, visites et messages spirituels : découvrez le Noël du souverain pontife.

La période de Noël est l’un des temps forts de l′Église catholique. Pour son chef, c’est notamment l′occasion de s’adresser aux chrétiens et plus particulièrement à ses plus fidèles collaborateurs. En général, quelques jours avant la fête de la Nativité, le souverain pontife rassemble les membres de la Curie romaine dans la salle Clémentine du Palais apostolique pour leur adresser ses vœux. Un moment solennel que le pape a déjà utilisé pour glisser quelques remarques bien inspirées.

Cette année, le pape François s’est servi de ses vœux de Noël à la Curie romaine pour lancer un appel ferme aux membres du clergé coupables d’abus sexuels : « Convertissez-vous, rendez-vous à la justice humaine et préparez-vous à la justice divine ! ». C′est également  dans ce cadre que le pape avait prononcé un discours qui avait fait mouche en 2014, décrivant la Curie comme un « corps complexe » exposé à des dysfonctionnements. S′en était alors suivie une liste de 15 maladies à éviter absolument.

Le chef du plus petit État du monde profite également de cette journée pour rencontrer l’ensemble des employés du Saint-Siège, accompagnés de leur famille. Il se mêle alors à ces « invisibles » pour les remercier de leur travail en coulisses : qu’ils soient jardiniers, agents de nettoyage, huissiers, chefs de service, liftiers chargé de gérer les ascenseurs… et tant d’autres . Il a particulièrement pris le temps cette année de les saluer longuement, sans hésiter à tenir de petites conversations avec les uns et les autres ni à embrasser les enfants ou bénir le ventre de certaines femmes enceintes. Un épisode particulièrement touchant.

C′est en général ce même jour que le 266e pape choisit de se rendre auprès de son vénérable prédécesseur, retiré au monastère Mater Ecclesiae. Depuis sa renonciation en 2013, le pape émérite Benoît XVI, s′est retiré là, au cœur des Jardins du Vatican. Ainsi chaque année, selon une coutume bien ancrée, le pape François vient présenter ses vœux de Noël à Benoît XVI. Un geste qui fait partie de la simplicité de la relation entre les deux hommes qui en profitent pour échanger, calmement, à l′abri des regards et des oreilles, quelques paroles sur l’année écoulée.

De la messe de Noël au fameux Urbi et Orbi

Le cœur de cette période reste bien entendu la nuit du 24 au 25 décembre, lorsque le Très-Haut se fait petit enfant et qu′Il est célébré dans toutes les paroisses de Rome et du monde. Pour l’occasion, le pape François préside la messe de minuit à la gigantesque basilique Saint-Pierre de Rome. Cette célébration est souvent introduite par un très beau et très vénérable chant : la calende, un antique texte annonçant la naissance du Christ. C′est dans ces circonstances que le Souverain pontife avait l’année dernière qualifié la naissance du Christ « d’étincelle révolutionnaire de la tendresse de Dieu ».

Le lendemain se tient la fameuse bénédiction « Urbi et orbi » (à la ville et au monde), le traditionnel message pour la paix prononcé depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre. Un moment rare, puisqu’il a lieu deux fois seulement au cours de l′année, à Noël et à Pâques, retransmis sur les télévisions du monde entier. Bien souvent la place Saint-Pierre est inondée de dizaines de milliers de pèlerins à cette occasion. Gardes suisses et gendarmes du Vatican sont revêtus de leurs plus beaux atours et postés sur le parvis de la basilique.

Cette bénédiction est l’occasion pour le chef des quelque 1,3 milliard de catholiques dans le monde de délivrer un message d′une portée universelle. Depuis la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre, il est courant de voir le pontife faire un point sur les pays du monde touchés par des conflits. Ainsi, l′année dernière, il avait notamment invoqué la paix pour Jérusalem et pour toute la Terre sainte, mais également pour la Syrie, l’Irak, le Yémen et divers pays d′Afrique.

Le premier pape sud-américain réserve en outre certaines surprises. Comme ce fut le cas en 2014, il ne serait pas improbable cette année de voir surgir sur la place Saint-Pierre une petite Ford focus bleue et de voir l’homme en blanc en descendre pour se recueillir devant la crèche, installée au centre de l′esplanade. Ou encore de le voir partager le traditionnel repas de Noël du 26 décembre avec les personnes démunies. Il n’y aurait rien de surprenant encore à ce que « le pape des pauvres », comme beaucoup le qualifient, participe à une petite fête organisée en l’honneur des plus pauvres chaque année au Vatican par la congrégation religieuse des missionnaires de la charité de sainte Mère Teresa.

Un message pour vous du Rédacteur-en-Chef

Le pape dénonce le « vacarme de quelques riches » qui éteint les cris des pauvres

Le pape dénonce le « vacarme de quelques riches » qui éteint les cris des pauvres

Cité du Vatican – Le pape François a dénoncé jeudi le « vacarme des quelques riches » qui rend inaudible « le cri des pauvres » à l’occasion de la deuxième Journée mondiale des pauvres.

Le souverain pontife a célébré la messe dimanche à la basilique Saint Pierre de Rome en présence de 6.000 personnes pauvres et noté que « l’injustice est la racine perverse de la pauvreté ».

« Le cri des pauvres devient chaque jour plus fort, mais chaque jour moins écouté, dominé par le vacarme de quelques riches, qui sont toujours moins nombreux et toujours plus riches », a-t-il stigmatisé.

« Demandons la grâce d’entendre le cri de celui qui vit dans des eaux tumultueuses », a-t-il ajouté. « C’est le cri des nombreux Lazare qui pleurent, tandis qu’une poignée de riches fait des banquets avec ce qui, en justice, revient à tous ».

Le pape devait ensuite partager au Vatican le repas de 3.000 personnes démunies.

Le Vatican propose également des soins médicaux gratuits. L’an passé, à l’occasion de la première Journée mondiale des pauvres, plus de 600 personnes avaient ainsi été traitées.

Des initiatives similaires doivent se tenir dans différents diocèses en Italie et dans le monde.

Depuis le début de son pontificat en 2013, le pape dénonce la « mondialisation de l’indifférence » et dit vouloir une « Eglise pauvre pour les pauvres », d’où le nom de François, le « poverello » d’Assise.

(©AFP / 18 novembre 2018 10h45)

https://www.romandie.com/news/Le-pape-d-nonce-le-vacarme-de-quelques-riches-qui-teint-les-cris-des-pauvres/972404.rom

Le pape combien de divisions ? Par Guillaume Berlat

19.août.2018 // Les Crises

Le pape combien de divisions ? Par Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 02-07-2018

« Il faut, comme Dumersais l’observe après plusieurs écrivains, distinguer avec soin la cour de Rome, le pape et le Saint-siège » (Jean Le Rond d’Alembert). Il est vrai qu’il est difficile, parfois impossible pour le béotien de distinguer des concepts qui lui apparaissent voisins mais en réalité ne sont pas si proches qu’il n’y paraît à première vue. D’où vraisemblablement, la difficulté qui existe à porter un jugement objectif sur le bilan de l’action d’un pape. La tâche est d’autant plus ardue que le descendant de Saint Pierre est une personnalité aussi atypique et non conformiste que l’est celle du pape François, Jorge Mario Bergoglio né en 1936 à Buenos Aires (Argentine). Cinq ans après son élection (13 mars 2013) par le conclave, quels sont les premiers enseignements que l’on peut tirer du pontificat du 266e pape de l’Église catholique dans un monde aussi complexe qu’imprévisible ?

Rarement en manque d’imagination, nos perroquets à carte de presse ne font pas dans la mesure, sombrant dans l’excès alors que la prudence s’impose pour juger de son action à l’intérieur et à l’extérieur de la Cité dont il est le chef d’État. Comment juger sérieusement l’action d’un souverain pontife sur la base de sondages d’opinion (volatils par nature) alors que son action se place dans le temps long de l’intemporel (celui de l’éternité) et dans la dimension spirituelle (celle de la religion catholique) ?1 Ne dit-on pas dans les couloirs feutrés du Vatican que « le diplomate séduit, le gestionnaire déçoit » !

VOLONTÉ AFFFIRMÉE ET ASSUMÉE DE RÉFORME EN PROFONDEUR

La critique est aisée, l’art est difficile, y compris lorsque l’on sait que les voies du Seigneur sont impénétrables. Après une longue période de papamania, les critiques se font jour à l’intérieur et à l’extérieur du Vatican. Qu’en est-il des projets de réforme du pape François tant en ce qui concerne les structures que les esprits ? Que dire de la sévérité des médias ?

Une réforme des structures par les mentalités : le plaidoyer pour la « dignité humaine »

Si l’on en croit les sondages des cœurs et des âmes, les Chrétiens plébiscitent « en même temps » sa volonté de secouer le conservatisme de la Curie romaine2, voire ses excès d’apparat, en un mot son progressisme tout en critiquant sa gestion du scandale de la pédophilie (Cf. les réactions hostiles lors de son dernier déplacement en Amérique latine et, plus particulièrement, en Argentine)3. Les experts du Vatican considèrent que s’est ouverte, avec ce voyage en pays de connaissance, la crise la plus violente de son pontificat, cinq ans après son élection, le 13 mars 2013. Ce que l’on découvre au fil des ans est que le pape François met constamment l’accent sur la défense des faibles, des démunis, des méprisés face aux forts et aux puissants.

De Lampedusa, où il fulmine contre la « mondialisation de l’indifférence » qui laisse périr les migrants en mer, au discours de Santa Cruz (Bolivie) qui enrôle l’Église aux côtés des « mouvements populaires », des prisons qu’il ne cesse de visiter aux « esclaves sexuels » dont il prend la défense, le pape argentin tonne comme le « Dieu argent », les trafiquants d’êtres humains et les fabricants d’armes. N’est-il pas tenté de donner de plus crédit à la parole d’un hiérarque chilien qu’à de simples fidèles ? Ne prête-t-il pas le flanc à l’accusation de cléricalisme ? Voilà pour les critiques actuelles ! Même si les choses ont évolué dans le bon sens.

Mais, notre jugement ne peut être que balancé tant il saisit l’occasion de chacune de ses rencontres annuelles avec la Curie romaine pour critiquer administration dysfonctionnelle minée par les conflits internes. Il est le premier pape à s’exprimer avec vigueur contre les forteresses du conservatisme au Vatican. Entre la parole et l’action, il existe toujours un grand pas à franchir. Cinq ans, c’est long mais c’est court. La France est bien placée pour le savoir. Le dossier noir, qui est mis à son débit, porte sur la lutte contre la pédophilie qu’il qualifie la « plus grande des désolations que l’Église est en train de subir ». Ceci le conduit à reconnaître ses « graves erreurs d’appréciation » sur le dossier des scandales de la pédophilie touchant des ecclésiastiques au Chili4 et à prendre les mesures qui s’imposent5. Ceci mérite d’être relevé et médité par nos dirigeants politiques bonimenteurs.

Une réforme des esprits par les pratiques : la querelle des anciens et des modernes

Ouvrant le pré-synode des jeunes, en présence de 285 représentants de la jeunesse du monde entier au Vatican le 19 mars 2018, le pape François, qui vient de publier un ouvrage sur la jeunesse6, affiche un ton incisif en les encourageant à parler « sans gêne » ni peur d’énoncer des « vérités crues ». Il leur rappelle que l’éducation doit permettre de conserver une « capacité d’étonnement » et « d’ouverture au mystère de l’autre ». Il ajoute que « pour avoir une éducation complète, il faut les trois langages : celui de la tête, pour bien penser, celui du cœur pour bien sentir, et celui des mains pour bien faire »7. Lors de son message pascal (1er avril 2018), le pape François fait des jeunes sa priorité (les écouter), axe d’action structurelle pour l’Église mais aussi pour le souverain pontifical.

Ne souhaitant pas s’attaquer frontalement au dogme et à son intangibilité, le souverain pontife préfère faire évoluer les pratiques en poussant le Vatican à abandonner l’entre-soi et en s’ouvrant vers l’extérieur, vers l’avenir et la jeunesse. Pour lui, il faut que les jeunes s’engagent dans « la marche de l’Église »8. Ceci relève d’une habile stratégie de contournement. À ses yeux, le prochain synode sera le temps d’un appel lancé à l’Église pour qu’elle « retrouve un dynamisme jeune et renouvelé » et cela contre « la routine » et « on a toujours fait comme ça ». L’Église doit rester en « mode créatif » dans « l’authentique tradition chrétienne », ce qui « comporte des risques ».

Une intransigeance des médias à l’égard du pape : le manque de charité chrétienne

Les médias ne laissent rien passer. Chaque erreur est stigmatisée comme l’affaire du floutage des remarques acides du pape émérite, Benoît XVI qui conduit à la démission au puissant « ministre » de la communication du Vatican, Monseigneur Dario Vigano9. Face à la polémique qui grossissait, le Vatican a été contraint de publier tout le document accompagné d’une note qui récuse toute « manipulation »10. Il est vrai que ces mêmes médias font preuve d’une bienveillance particulière lorsqu’il s’agit des bobards, des mensonges, des contre-vérités que nous servent, à longueur de journée, nos dirigeants de droite, de gauche comme de la République en marche arrière. C’est que le pape François dérange par ses saillies régulières contre « la pétrification mentale », contre la « mondanité spirituelle ». « Faire des réformes à Rome, c’est comme nettoyer le Sphinx d’Égypte avec une brosse à dent » s’exclame-t-il ! Il agace par la tendance à faire la morale à ses troupes et même à terroriser ses collaborateurs. À quand, quelques plaintes pour « burn out » pontifical ? En un mot, il dérange par son non conformisme dans un environnement conformiste, parfois traditionnaliste.

Il est difficile d’être fort à l’extérieur avec des fragilités à l’intérieur. Ce sont ces deux voies parallèles que suit le pape François depuis plus de cinq ans. Surtout dans la mesure où « le pape est le premier dont le pontificat se déroule à l’échelle du monde »11.

VOIX SINGULIÈRE ET FORTE SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE

Il y aurait beaucoup à dire de la diplomatie vaticane tant elle est complexe, souvent entourée d’un halo de mystère, les voies du Seigneur étant par nature impénétrables12. Essayons de replacer l’action du Saint-Siège dans sa dimension absolue et dans sa dimension relative !

La diplomatie vaticane dans l’absolu : une action en dehors et au-dessus des Nations

Une diplomatie ancienne. La diplomatie vaticane est bel et bien adossée à un héritage multiséculaire, mais elle doit constamment faire face à l’inattendu. Usant du réseau planétaire de ses nonciatures, la diplomatie vaticane entend œuvrer discrètement mais utilement dans le champ du temporel. Dans son discours devant l’ONU, le 4 octobre 1965, Paul VI renonce à jouer la compétition entre les Etats souverains. Il ne se dit « investi que d’une minuscule et quasi symbolique souveraineté temporelle : le minimum nécessaire pour être libre d’exercer sa mission spirituelle et assurer ceux qui traitent avec lui qu’il est indépendant de toute souveraineté dans ce monde ». Le Saint-Siège est présent dans les grandes agences et enceintes internationales. Personne ne remet en question cette présence sur la scène mondiale, ni ne conteste le fait que le Saint-Siège est un acteur incontournable des relations internationales. Après l’ouverture de relations diplomatiques avec la Russie en 2009 (Cf. visite de Vladimir Poutine au Pape le 25 novembre 2013), le Vatican a des relations avec 174 Etats, soit plus du double de ce qui existe au début du pontificat de Jean-Paul II.

Une diplomatie de l’efficacité. Pour mener sa mission, le micro-État (44 hectares) qu’est le Vatican possède un appareil doté d’une solide expérience. À la manœuvre, le cardinal Pietro Parolin décrit par un vaticaniste comme « un diplomate courtois, à l’écoute, qui joue un rôle essentiel sur les grands dossiers internationaux, notamment dans la négociation avec les FARC, la rencontre avec Kirill, le réchauffement Cuba/États-Unis »13. Même si la structure dirigée par Richard Gallagher, prélat britannique est modeste (l’équivalent d’une direction du Quai d’Orsay), elle tire sa force de la quasi-universalité de son réseau (ses nonciatures) que l’on retrouve dans 195 États dans le monde. Seuls une dizaine n’entretient pas n’entretiennent pas de relations avec le Saint-Siège, les trois plus importants étant l’Arabie saoudite, la Chine et le Vietnam. Avec son statut d’observateur, le Vatican peut faire entendre sa voix au Conseil de l’Europe (Strasbourg), à l’OSCE et à l’AIEA (Vienne) et à l’ONU (New-York). Constant sur le sujet du désarmement, il est le premier État à avoir signé le traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) en juillet 2017.

Une diplomatie des marges. La diplomatie du Vatican est astucieuse dans la mesure où elle échappe aux critères courants. Par sa nature même, le dirigeant du plus petit État au monde ne peut jouer dans la Cour des grands, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et détenteurs de l’arme nucléaire. Sa diplomatie, pour être efficace, se doit d’être une diplomatie des marges fondée sur une parole prophétique, sur un regard distancié. La diplomatie du Vatican excelle dans la discrétion et dans l’ombre, ce qui la rend d’autant plus efficace. Elle sait effectuer une distinction entre les conflits sur lesquels elle a prise et sur les autres, en ne dispersant pas inutilement. Elle essaie de faire preuve de clairvoyance dans le diagnostic des nombreux maux du XXIe siècle. Clairvoyance qui fait sérieusement défaut à nos dirigeants l’œil rivé sur le très court terme et sur le buzz.

Une diplomatie engagée. Ne redoutant pas de quelconques représailles sur le plan économique et commercial, la diplomatie du Vatican se réclame d’une diplomatie des valeurs. L’environnement14, les migrants… sont ses chevaux de bataille. Certains lui font parfois le reproche d’être un dirigeant d’ONG humanitaire, rompant avec certaines conceptions archaïques du message pontifical. Peu importe, en ces temps tourmentés, le pape François n’hésite pas à choisir ses combats à l’occasion des fêtes de Pâques 2018, en appelant à la fin de « l’extermination en cours » en Syrie ou à « la réconciliation en Terre sainte ». Il stigmatise le « génocide arménien ». Pour l’instant, il reste silencieux sur la question kurde. Pourquoi ? Jusqu’à quand ? Le pape François, c’est la force de la parole contre les dérives de notre époque, la force et la simplicité du message, la parole singulière qui appelle à revenir à l’essentiel qui fustige « la globalisation de l’indifférence ». En un mot, sans faire de mauvais jeu de mots, un « homme qui a choisi de faire de sa parole une arme contre les défis de notre temps »15. Une approche originale qui sied parfaitement à une autorité spirituelle.

La diplomatie vaticane dans le relatif : la médiation entre États16

La qualité de l’information. La force principale de la diplomatie du Saint-Siège tient à la qualité des informations qu’elle recueille aux quatre coins de la planète. Elle est informée en temps réel par son réseau irremplaçable d’informateurs discrets mais attentifs que sont les évêques, les cardinaux, les prêtres, les religieux, les missionnaires qui sont les témoins oculaires de ce qui passe partout, y compris dans les zones de crise et de guerre. Leurs rapports n’ont rien à envier à certains des télégrammes diplomatiques façon Norpois du Quai d’Orsay. Un véritable réseau d’espions en soutane, maugréent certains ! La diplomatie vaticane se déploie tous azimuts. Information à la source que le pape François tient des nombreuses visites que les chefs d’État et de gouvernement lui rendent régulièrement à Rome (Cf. celle d’Emmanuel Macron du 26 juin 2018). « Le défilé ne cesse jamais, le rythme est très soutenu », constate un diplomate européen. Certains vont jusqu’à dire que « le pape est l’aumônier les chefs d’État et de gouvernement » tant certains d’entre eux sont des visiteurs réguliers.

La spécificité du message. Délaissant le « centre », ce pape des « périphéries » est à Lampedusa, à Lesbos, en Albanie, en Géorgie, en Azerbaïdjan… Il se veut la conscience du monde. Le souverain pontife se place résolument du côté des humbles, des discriminés. Il incite les catholiques à aider les plus pauvres et accueillir les migrants (il met un bémol ces dernières semaines) tout en les appelant à faire chaque jour leur examen de conscience17. Son activité internationale est volontairement ciblée sur une quinzaine de dossiers et sur des endroits précis. Une action internationale articulée avec sa vision du monde. Autre axe de son pontificat, « l’écologie intégrale » qu’il défend dans son encyclique « Laudato Si’ » (2015). Comme le souligne Hubert Védrine : « cette encyclique, même si elle présente des côtés trop systématiques, a un impact profond. Elle conforte un mouvement ‘d’écologisation’, avenir de l’humanité et de l’économie ; c’est une contribution extraordinaire, tranquille, sans tapage, à une évolution des mentalités ». Le pape souhaite s’en tenir à la « sagesse du peuple ; le salut ne vient pas des experts qui cogitent dans leurs bureaux ». D’où sa critique marquée des élites. Il sait communiquer à la perfection. Une parole relayée chaque jour jusqu’aux confins de la planète par les 350 personnes de Radio Vatican, rebaptisée Vatican News depuis le 1er janvier 2018, sur tous les supports en 40 langues. Ce qui permet de « porter le pape au cœur du monde ». Un journaliste va même jusqu’à dire que Vatican News se situe dans « une logique de promotion de la marque pape François ».

La pertinence et l’actualité de son action. Le premier mouvement du Pape François sur le terrain géopolitique est la dénonciation de l’éventuelle intervention militaire en Syrie. Le grand mérite de François est d’avoir repris le flambeau du pape diplomate, que ce soit pour resserrer les liens avec l’orthodoxie, pour défendre la cause des chrétiens d’Orient, particulièrement menacés en Syrie, ou pour inviter Israéliens et Palestiniens à prier pour la paix au Vatican. Son voyage en Jordanie, Israël et Palestine (24-26 mai 2014) signe le retour de la diplomatie vaticane. Deux thématiques dominent son action : l’attention portée aux crises immédiates (Syrie, conflit israélo-palestinien, RCA) et un intérêt accru pour les questions sociétales (climat, environnement, économie, social, immigration avec sa visite à Lampedusa). Il porte à la une de l’actualité la cause des Rohingyas, minorité musulmane de Birmanie.

En Afrique, il joue les intercesseurs pour la paix au Mozambique, en Centrafrique et en RDC et projette de se rendre au Soudan du sud, ce que lui déconseille son entourage pour des raisons de sécurité. Avec en toile de fonds, la volonté d’être une « conscience dans la mondialisation ». Il stigmatise les marchés financiers, décrits comme des machines à enrichir un tout petit nombre au détriment de tous les autres, dans un document, qu’il n’a pas écrit, mais qu’il a approuvé : Oeconomica et pecuniariae quaequestiones18. Sa voix comme cette voie sont prises au sérieux. Sans être un diplomate de formation, il se révèle fin géopoliticien. A la diplomatie normative des traités, il préfère la diplomatie des mains jointes : « la prière possède une force politique à exploiter ». À la diplomatie de l’exclusion, particulièrement en vogue chez les dirigeants occidentaux, il préfère la diplomatie inclusive, jouant d’une grande habileté pour ménager tout le monde.

La déclaration d’amour de Jupiter à l’église catholique. De manière surprenante, alors qu’on l’attendait sur le thème de la laïcité, Jupiter se rend au Collège des Bernardins, le 9 avril 2018, pour y discourir (plus d’une heure comme à l’accoutumée) sur la relation entre l’État et l’église dont il veut réparer le lien19. Il rencontre le pape François à Rome le 26 juin 2018. Cette première visite se déroule sous de meilleurs auspices que celle de son prédécesseur qui fut lamentable et qui se déroula dans un contexte de polémique sur la personnalité de l’ambassadeur désigné pour représenter la France auprès du Saint-Siège20. Après un an de vaines polémiques, François Hollande retirera cette candidature inopportune. Le plus fort n’est pas celui que l’on croit.

« Le véritable doute consiste à douter de tout, y compris du bienfondé de ce doute » nous rappelle Descartes. Le défi, que doit relever le pape François, se situe aussi bien en interne qu’externe avec des évènements qui viennent de loin et les « sombres temps » (Hannah Arendt) d’un monde aux repères brouillés. Il veut en finir avec le temps des hypocrisies, des fausses pensées, de la bienpensance, du dogme mortifère et d’une liturgie désuète tout cela embrumé de langue de bois. Tout en ne récusant pas de traiter les problèmes du court terme, il place son action dans une vision à long terme. Il se méfie de l’impuissance du pouvoir. Pendant ce temps, la colère des peuples gronde. Le pape François cherche à regarder le réel en face. Son message prophétique est parfois dérangeant à l’instar des lanceurs d’alerte21. Comme le rappelle Marivaux « il faut avoir du jugement pour sentir que nous n’en avons point ». Alors que les cartes de la géopolitique sont rebattues et que les régimes autoritaires se multiplient, la force de la diplomatie du pape François tient à sa vertu, ne cherchant à vendre ni armes, ni à conquérir des marchés ou à gagner de l’influence par la force si ce n’est celle de ses idées. Ce qui lui procure une liberté de manœuvre indéniable et réelle bien que l’on puisse toujours dire, comme aurait dit Staline à Pierre Laval en 1935, le pape, combien de divisions ?

Guillaume Berlat
2 juillet 2018

1 Jean-Marie Guénois, La popularité du pape François faiblit chez les catholiques, Le Figaro, 13 mars 2018, pp. 1-2-3.
2 Cécile Chambraud, Les embarras du C9, le cénacle chargé de transformer la curie, Le Monde, 11-12 mars 2019, pp. 2-3.
3 Cécile Chambraud, La réforme du pape à l’épreuve de la pédophilie, dans Les cinq ans de François au Vatican, Le Monde, 11-12 mars 2018, pp. 1-2-3.
4 Cécile Chambraud, Le pape confesse ses « erreurs » sur la pédophilie au Chili, Le Monde, 13 avril 2018, p. 5.
5 Cécile Chambraud, Le pape accable l’église du Chili à propos de la pédophilie. Le Monde, 20-21-22 mai 2018, pp. 1-2.
6 Pape François, Dieu est jeune, Robert Laffont, 2018.
7 Marie Malzac, Le pape exhorte les jeunes au « courage » de parler sans fard, La Croix, 20 mars 2018, p. 18.
8 Jean-Marie Guénois, Le pape engage les jeunes dans la marche de l’Église, Le Figaro, 2 avril 2018, pp. 1-2-3.
9 Cécile Chambraud, Quand le Vatican « floute » les remarques acides de Benoît XVI, Le Monde, 23 mars 2018, p. 5.
10 Jean-Marie Guénois, Comment le Vatican a tronqué une lettre de Benoît XVI, Le Figaro, 19 mars 2018, p. 13.
11 Dominique Wolton rencontre avec le pape François (un dialogue inédit), Politique et société, éditions de l’Observatoire, 2017.
12 Constance Colonna Cesari, Dans les secrets de la diplomatie vaticane, Seuil, 2016.
13 Jérôme Cordellier, À quoi joue le pape François ? Géopolitique, Le Point, 5 avril 2018, pp. 44-45-46-47.
14 Pape François, Le souci de la Maison commune. Lettre encyclique Laudato Si’, Collège des Bernardins, 2015.
15 Céline Rouden, Wim Wenders, le pape et la force de la parole, La Croix, 14 mai 2018, p. 20.
16 Guillaume Berlat, François, un pape diplomate. Le passé recomposé, www.association-desinternationalistes.org , 15 septembre 2014.
17 Jean-Marie Guénois, L’appel du pape François pour tendre vers « la sainteté », Le Figaro, 10 avril 2018, p. 10.
18 Habemus pas d’âme, Le Canard enchaîné, 23 mai 2018, p. 8.
19 Cécile Chambraud, Macron veut réparer le lien » entre Eglise catholique et Etat, Le Monde, 11 avril 2018, p. 10.
20 François Hollande, Au Saint-Siège dans Les leçons du pouvoir, Stock, 2018, pp. 93-94.
21 Étienne de Montety, Lanceur d’alerte, Le Figaro, 13 mars 2018, p. 1.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 02-07-2018

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Le pape raye la peine de mort du catéchisme de l’Eglise

Le pape raye la peine de mort du catéchisme de l’Eglise

Le pape François au Vatican le 1er août 2018 / © AFP/Archives / Andreas SOLARO

Le pape François a inscrit pour la première fois dans le catéchisme de l’Eglise catholique une opposition catégorique à la peine de mort et a appelé l’Eglise à s’engager pour l’abolir « partout dans le monde ».

La version de 1992 du catéchisme de l’Eglise catholique – livre d’enseignement officiel qui contient les principes de la foi – tolérait encore la peine capitale dans des cas extrêmes.

Le pape argentin, très sensible au sort des détenus auxquels il rend régulièrement visite et avocat de leur réintégration dans la société, s’est toujours opposé à la peine de mort.

Pour lui, l’exécution d’un être humain « ne rend pas justice aux victimes mais attise la vengeance ».

En septembre 2015, il avait ainsi exprimé sa conviction selon laquelle il fallait « protéger et défendre la vie humaine à chaque étape de son développement », dans un discours historique devant le Congrès américain, face à des élus majoritairement d’un avis contraire.

Jean Paul II avait également saisi l’occasion d’un voyage aux Etats-Unis pour appeler à l’abolition de la peine capitale en 1999.

Benoît XVI avait pour sa part parlé de « la nécessité de faire tout ce qui est possible pour arriver à l’élimination de la peine capitale », mais sans aller jusqu’à demander de réécrire le catéchisme.

Le pape François avait plaidé pour cette réécriture en octobre, en reconnaissant au passage que l’Eglise catholique avait elle-même eu recours pendant des siècles à « cette pratique extrême et inhumaine ».

L’organisation de défense des droits de l’Homme Amnesty International a recensé en 2017 au moins 2.591 condamnations à mort dans 53 pays et près de 1.000 exécutions (en excluant la Chine qui ne communique pas sur ses milliers de sentences). Plus de deux tiers des pays dans le monde ont cependant aboli la peine de mort en droit ou en pratique.

– Dignité humaine –

« L’Eglise enseigne, à la lumière de l’Evangile, que +la peine de mort est une mesure inhumaine qui blesse la dignité personnelle+ et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde », peut-on lire dans la nouvelle version française du catéchisme.

Dans la version italienne d’origine, le texte parle en revanche de « mesure inadmissible », à l’instar de l’anglais, de l’allemand, de l’espagnol et du portugais.

Le pape avait approuvé ces modifications le 11 mai à l’occasion d’une audience avec le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Luis Ladaria.

« Pendant longtemps, le recours à la peine de mort de la part de l’autorité légitime, après un procès régulier, fut considéré comme une réponse adaptée à la gravité de certains délits et un moyen acceptable, bien qu’extrême, pour la sauvegarde du bien commun », peut-on lire dans l’introduction de la partie modifiée du catéchisme.

« Aujourd’hui, on est de plus en plus conscient que la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves », poursuit le texte.

« En outre, s’est répandue une nouvelle compréhension du sens de sanctions pénales de la part de l’Etat. On a également mis au point des systèmes de détention plus efficaces pour garantir la sécurité à laquelle les citoyens ont droit et qui n’enlèvent pas définitivement au coupable la possibilité de se repentir », ajoute encore le texte.

Dans une lettre explicative aux évêques, le gardien du dogme Mgr Ladaria retrace la prise de conscience toujours plus claire dans l’Eglise du « respect dû à chaque vie humaine ».

La nouvelle formulation « veut pousser à un engagement décisif, notamment par un dialogue respectueux et serein avec les autorités politiques », explique le cardinal. « Elle incite à créer les conditions qui permettent d’éliminer dans le monde contemporain l’institution légale de la peine de mort, là où elle est encore en vigueur ».

(©AFP / 02 août 2018 16h26)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Le-pape-raye-la-peine-de-mort-du-cat-chisme-de-l-Eglise/942075.rom

 

Emmanuel Macron bientôt chanoine

Emmanuel Macron bientôt chanoine

Emmanuel Macron

ludovic MARIN / POOL / AFP
Le président Emmanuel Macron.
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Selon le quotidien « La Croix »,  le président de la République accepte dans une lettre le titre honorifique de chanoine du Latran. Il y laisse entendre son intention d’aller en prendre possession à Rome.

Il s’agit d’une tradition hérité de Louis XI, en 1482, renouvelée en 1604 par Henri IV. Après avoir renoncé au protestantisme, le roi assassiné le 14 mai 1610 décide de faire don au Latran, la cathédrale du pape, de l’abbaye bénédictine de Clairac (Lot-et-Garonne), ainsi que de ses revenus. Depuis, les chefs d’État français sont « premier et unique chanoine honoraire de l’archibasilique majeure de Saint-Jean-de-Latran  ». Pour qu’ils reçoivent ce titre, il est de coutume qu’ils viennent à Rome, une fois élus. Nicolas Sarkozy, le 20 décembre 2007, est le dernier à avoir fait le déplacement.

Bientôt droit d’entrer à cheval dans la basilique Saint-Jean-de-Latran

Après l’élection d’Emmanuel Macron, le chapitre du Latran lui avait donc écrit afin de savoir s’il avait l’intention de prendre possession de ce titre. Selon La Croix, le chef de l’État a répondu dans une lettre qu’il acceptait officiellement le titre. Il précise aussi qu’il compte venir prendre possession de son titre lors d’un voyage à Rome, ce qui lui assure ensuite le droit théorique d’entrer à cheval dans la basilique Saint-Jean-de-Latran. Pour rappel, Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, avait fait part courant octobre du vœu d’Emmanuel Macron de venir rencontrer le pape à Rome.