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Le pape combien de divisions ? Par Guillaume Berlat

19.août.2018 // Les Crises

Le pape combien de divisions ? Par Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 02-07-2018

« Il faut, comme Dumersais l’observe après plusieurs écrivains, distinguer avec soin la cour de Rome, le pape et le Saint-siège » (Jean Le Rond d’Alembert). Il est vrai qu’il est difficile, parfois impossible pour le béotien de distinguer des concepts qui lui apparaissent voisins mais en réalité ne sont pas si proches qu’il n’y paraît à première vue. D’où vraisemblablement, la difficulté qui existe à porter un jugement objectif sur le bilan de l’action d’un pape. La tâche est d’autant plus ardue que le descendant de Saint Pierre est une personnalité aussi atypique et non conformiste que l’est celle du pape François, Jorge Mario Bergoglio né en 1936 à Buenos Aires (Argentine). Cinq ans après son élection (13 mars 2013) par le conclave, quels sont les premiers enseignements que l’on peut tirer du pontificat du 266e pape de l’Église catholique dans un monde aussi complexe qu’imprévisible ?

Rarement en manque d’imagination, nos perroquets à carte de presse ne font pas dans la mesure, sombrant dans l’excès alors que la prudence s’impose pour juger de son action à l’intérieur et à l’extérieur de la Cité dont il est le chef d’État. Comment juger sérieusement l’action d’un souverain pontife sur la base de sondages d’opinion (volatils par nature) alors que son action se place dans le temps long de l’intemporel (celui de l’éternité) et dans la dimension spirituelle (celle de la religion catholique) ?1 Ne dit-on pas dans les couloirs feutrés du Vatican que « le diplomate séduit, le gestionnaire déçoit » !

VOLONTÉ AFFFIRMÉE ET ASSUMÉE DE RÉFORME EN PROFONDEUR

La critique est aisée, l’art est difficile, y compris lorsque l’on sait que les voies du Seigneur sont impénétrables. Après une longue période de papamania, les critiques se font jour à l’intérieur et à l’extérieur du Vatican. Qu’en est-il des projets de réforme du pape François tant en ce qui concerne les structures que les esprits ? Que dire de la sévérité des médias ?

Une réforme des structures par les mentalités : le plaidoyer pour la « dignité humaine »

Si l’on en croit les sondages des cœurs et des âmes, les Chrétiens plébiscitent « en même temps » sa volonté de secouer le conservatisme de la Curie romaine2, voire ses excès d’apparat, en un mot son progressisme tout en critiquant sa gestion du scandale de la pédophilie (Cf. les réactions hostiles lors de son dernier déplacement en Amérique latine et, plus particulièrement, en Argentine)3. Les experts du Vatican considèrent que s’est ouverte, avec ce voyage en pays de connaissance, la crise la plus violente de son pontificat, cinq ans après son élection, le 13 mars 2013. Ce que l’on découvre au fil des ans est que le pape François met constamment l’accent sur la défense des faibles, des démunis, des méprisés face aux forts et aux puissants.

De Lampedusa, où il fulmine contre la « mondialisation de l’indifférence » qui laisse périr les migrants en mer, au discours de Santa Cruz (Bolivie) qui enrôle l’Église aux côtés des « mouvements populaires », des prisons qu’il ne cesse de visiter aux « esclaves sexuels » dont il prend la défense, le pape argentin tonne comme le « Dieu argent », les trafiquants d’êtres humains et les fabricants d’armes. N’est-il pas tenté de donner de plus crédit à la parole d’un hiérarque chilien qu’à de simples fidèles ? Ne prête-t-il pas le flanc à l’accusation de cléricalisme ? Voilà pour les critiques actuelles ! Même si les choses ont évolué dans le bon sens.

Mais, notre jugement ne peut être que balancé tant il saisit l’occasion de chacune de ses rencontres annuelles avec la Curie romaine pour critiquer administration dysfonctionnelle minée par les conflits internes. Il est le premier pape à s’exprimer avec vigueur contre les forteresses du conservatisme au Vatican. Entre la parole et l’action, il existe toujours un grand pas à franchir. Cinq ans, c’est long mais c’est court. La France est bien placée pour le savoir. Le dossier noir, qui est mis à son débit, porte sur la lutte contre la pédophilie qu’il qualifie la « plus grande des désolations que l’Église est en train de subir ». Ceci le conduit à reconnaître ses « graves erreurs d’appréciation » sur le dossier des scandales de la pédophilie touchant des ecclésiastiques au Chili4 et à prendre les mesures qui s’imposent5. Ceci mérite d’être relevé et médité par nos dirigeants politiques bonimenteurs.

Une réforme des esprits par les pratiques : la querelle des anciens et des modernes

Ouvrant le pré-synode des jeunes, en présence de 285 représentants de la jeunesse du monde entier au Vatican le 19 mars 2018, le pape François, qui vient de publier un ouvrage sur la jeunesse6, affiche un ton incisif en les encourageant à parler « sans gêne » ni peur d’énoncer des « vérités crues ». Il leur rappelle que l’éducation doit permettre de conserver une « capacité d’étonnement » et « d’ouverture au mystère de l’autre ». Il ajoute que « pour avoir une éducation complète, il faut les trois langages : celui de la tête, pour bien penser, celui du cœur pour bien sentir, et celui des mains pour bien faire »7. Lors de son message pascal (1er avril 2018), le pape François fait des jeunes sa priorité (les écouter), axe d’action structurelle pour l’Église mais aussi pour le souverain pontifical.

Ne souhaitant pas s’attaquer frontalement au dogme et à son intangibilité, le souverain pontife préfère faire évoluer les pratiques en poussant le Vatican à abandonner l’entre-soi et en s’ouvrant vers l’extérieur, vers l’avenir et la jeunesse. Pour lui, il faut que les jeunes s’engagent dans « la marche de l’Église »8. Ceci relève d’une habile stratégie de contournement. À ses yeux, le prochain synode sera le temps d’un appel lancé à l’Église pour qu’elle « retrouve un dynamisme jeune et renouvelé » et cela contre « la routine » et « on a toujours fait comme ça ». L’Église doit rester en « mode créatif » dans « l’authentique tradition chrétienne », ce qui « comporte des risques ».

Une intransigeance des médias à l’égard du pape : le manque de charité chrétienne

Les médias ne laissent rien passer. Chaque erreur est stigmatisée comme l’affaire du floutage des remarques acides du pape émérite, Benoît XVI qui conduit à la démission au puissant « ministre » de la communication du Vatican, Monseigneur Dario Vigano9. Face à la polémique qui grossissait, le Vatican a été contraint de publier tout le document accompagné d’une note qui récuse toute « manipulation »10. Il est vrai que ces mêmes médias font preuve d’une bienveillance particulière lorsqu’il s’agit des bobards, des mensonges, des contre-vérités que nous servent, à longueur de journée, nos dirigeants de droite, de gauche comme de la République en marche arrière. C’est que le pape François dérange par ses saillies régulières contre « la pétrification mentale », contre la « mondanité spirituelle ». « Faire des réformes à Rome, c’est comme nettoyer le Sphinx d’Égypte avec une brosse à dent » s’exclame-t-il ! Il agace par la tendance à faire la morale à ses troupes et même à terroriser ses collaborateurs. À quand, quelques plaintes pour « burn out » pontifical ? En un mot, il dérange par son non conformisme dans un environnement conformiste, parfois traditionnaliste.

Il est difficile d’être fort à l’extérieur avec des fragilités à l’intérieur. Ce sont ces deux voies parallèles que suit le pape François depuis plus de cinq ans. Surtout dans la mesure où « le pape est le premier dont le pontificat se déroule à l’échelle du monde »11.

VOIX SINGULIÈRE ET FORTE SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE

Il y aurait beaucoup à dire de la diplomatie vaticane tant elle est complexe, souvent entourée d’un halo de mystère, les voies du Seigneur étant par nature impénétrables12. Essayons de replacer l’action du Saint-Siège dans sa dimension absolue et dans sa dimension relative !

La diplomatie vaticane dans l’absolu : une action en dehors et au-dessus des Nations

Une diplomatie ancienne. La diplomatie vaticane est bel et bien adossée à un héritage multiséculaire, mais elle doit constamment faire face à l’inattendu. Usant du réseau planétaire de ses nonciatures, la diplomatie vaticane entend œuvrer discrètement mais utilement dans le champ du temporel. Dans son discours devant l’ONU, le 4 octobre 1965, Paul VI renonce à jouer la compétition entre les Etats souverains. Il ne se dit « investi que d’une minuscule et quasi symbolique souveraineté temporelle : le minimum nécessaire pour être libre d’exercer sa mission spirituelle et assurer ceux qui traitent avec lui qu’il est indépendant de toute souveraineté dans ce monde ». Le Saint-Siège est présent dans les grandes agences et enceintes internationales. Personne ne remet en question cette présence sur la scène mondiale, ni ne conteste le fait que le Saint-Siège est un acteur incontournable des relations internationales. Après l’ouverture de relations diplomatiques avec la Russie en 2009 (Cf. visite de Vladimir Poutine au Pape le 25 novembre 2013), le Vatican a des relations avec 174 Etats, soit plus du double de ce qui existe au début du pontificat de Jean-Paul II.

Une diplomatie de l’efficacité. Pour mener sa mission, le micro-État (44 hectares) qu’est le Vatican possède un appareil doté d’une solide expérience. À la manœuvre, le cardinal Pietro Parolin décrit par un vaticaniste comme « un diplomate courtois, à l’écoute, qui joue un rôle essentiel sur les grands dossiers internationaux, notamment dans la négociation avec les FARC, la rencontre avec Kirill, le réchauffement Cuba/États-Unis »13. Même si la structure dirigée par Richard Gallagher, prélat britannique est modeste (l’équivalent d’une direction du Quai d’Orsay), elle tire sa force de la quasi-universalité de son réseau (ses nonciatures) que l’on retrouve dans 195 États dans le monde. Seuls une dizaine n’entretient pas n’entretiennent pas de relations avec le Saint-Siège, les trois plus importants étant l’Arabie saoudite, la Chine et le Vietnam. Avec son statut d’observateur, le Vatican peut faire entendre sa voix au Conseil de l’Europe (Strasbourg), à l’OSCE et à l’AIEA (Vienne) et à l’ONU (New-York). Constant sur le sujet du désarmement, il est le premier État à avoir signé le traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) en juillet 2017.

Une diplomatie des marges. La diplomatie du Vatican est astucieuse dans la mesure où elle échappe aux critères courants. Par sa nature même, le dirigeant du plus petit État au monde ne peut jouer dans la Cour des grands, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et détenteurs de l’arme nucléaire. Sa diplomatie, pour être efficace, se doit d’être une diplomatie des marges fondée sur une parole prophétique, sur un regard distancié. La diplomatie du Vatican excelle dans la discrétion et dans l’ombre, ce qui la rend d’autant plus efficace. Elle sait effectuer une distinction entre les conflits sur lesquels elle a prise et sur les autres, en ne dispersant pas inutilement. Elle essaie de faire preuve de clairvoyance dans le diagnostic des nombreux maux du XXIe siècle. Clairvoyance qui fait sérieusement défaut à nos dirigeants l’œil rivé sur le très court terme et sur le buzz.

Une diplomatie engagée. Ne redoutant pas de quelconques représailles sur le plan économique et commercial, la diplomatie du Vatican se réclame d’une diplomatie des valeurs. L’environnement14, les migrants… sont ses chevaux de bataille. Certains lui font parfois le reproche d’être un dirigeant d’ONG humanitaire, rompant avec certaines conceptions archaïques du message pontifical. Peu importe, en ces temps tourmentés, le pape François n’hésite pas à choisir ses combats à l’occasion des fêtes de Pâques 2018, en appelant à la fin de « l’extermination en cours » en Syrie ou à « la réconciliation en Terre sainte ». Il stigmatise le « génocide arménien ». Pour l’instant, il reste silencieux sur la question kurde. Pourquoi ? Jusqu’à quand ? Le pape François, c’est la force de la parole contre les dérives de notre époque, la force et la simplicité du message, la parole singulière qui appelle à revenir à l’essentiel qui fustige « la globalisation de l’indifférence ». En un mot, sans faire de mauvais jeu de mots, un « homme qui a choisi de faire de sa parole une arme contre les défis de notre temps »15. Une approche originale qui sied parfaitement à une autorité spirituelle.

La diplomatie vaticane dans le relatif : la médiation entre États16

La qualité de l’information. La force principale de la diplomatie du Saint-Siège tient à la qualité des informations qu’elle recueille aux quatre coins de la planète. Elle est informée en temps réel par son réseau irremplaçable d’informateurs discrets mais attentifs que sont les évêques, les cardinaux, les prêtres, les religieux, les missionnaires qui sont les témoins oculaires de ce qui passe partout, y compris dans les zones de crise et de guerre. Leurs rapports n’ont rien à envier à certains des télégrammes diplomatiques façon Norpois du Quai d’Orsay. Un véritable réseau d’espions en soutane, maugréent certains ! La diplomatie vaticane se déploie tous azimuts. Information à la source que le pape François tient des nombreuses visites que les chefs d’État et de gouvernement lui rendent régulièrement à Rome (Cf. celle d’Emmanuel Macron du 26 juin 2018). « Le défilé ne cesse jamais, le rythme est très soutenu », constate un diplomate européen. Certains vont jusqu’à dire que « le pape est l’aumônier les chefs d’État et de gouvernement » tant certains d’entre eux sont des visiteurs réguliers.

La spécificité du message. Délaissant le « centre », ce pape des « périphéries » est à Lampedusa, à Lesbos, en Albanie, en Géorgie, en Azerbaïdjan… Il se veut la conscience du monde. Le souverain pontife se place résolument du côté des humbles, des discriminés. Il incite les catholiques à aider les plus pauvres et accueillir les migrants (il met un bémol ces dernières semaines) tout en les appelant à faire chaque jour leur examen de conscience17. Son activité internationale est volontairement ciblée sur une quinzaine de dossiers et sur des endroits précis. Une action internationale articulée avec sa vision du monde. Autre axe de son pontificat, « l’écologie intégrale » qu’il défend dans son encyclique « Laudato Si’ » (2015). Comme le souligne Hubert Védrine : « cette encyclique, même si elle présente des côtés trop systématiques, a un impact profond. Elle conforte un mouvement ‘d’écologisation’, avenir de l’humanité et de l’économie ; c’est une contribution extraordinaire, tranquille, sans tapage, à une évolution des mentalités ». Le pape souhaite s’en tenir à la « sagesse du peuple ; le salut ne vient pas des experts qui cogitent dans leurs bureaux ». D’où sa critique marquée des élites. Il sait communiquer à la perfection. Une parole relayée chaque jour jusqu’aux confins de la planète par les 350 personnes de Radio Vatican, rebaptisée Vatican News depuis le 1er janvier 2018, sur tous les supports en 40 langues. Ce qui permet de « porter le pape au cœur du monde ». Un journaliste va même jusqu’à dire que Vatican News se situe dans « une logique de promotion de la marque pape François ».

La pertinence et l’actualité de son action. Le premier mouvement du Pape François sur le terrain géopolitique est la dénonciation de l’éventuelle intervention militaire en Syrie. Le grand mérite de François est d’avoir repris le flambeau du pape diplomate, que ce soit pour resserrer les liens avec l’orthodoxie, pour défendre la cause des chrétiens d’Orient, particulièrement menacés en Syrie, ou pour inviter Israéliens et Palestiniens à prier pour la paix au Vatican. Son voyage en Jordanie, Israël et Palestine (24-26 mai 2014) signe le retour de la diplomatie vaticane. Deux thématiques dominent son action : l’attention portée aux crises immédiates (Syrie, conflit israélo-palestinien, RCA) et un intérêt accru pour les questions sociétales (climat, environnement, économie, social, immigration avec sa visite à Lampedusa). Il porte à la une de l’actualité la cause des Rohingyas, minorité musulmane de Birmanie.

En Afrique, il joue les intercesseurs pour la paix au Mozambique, en Centrafrique et en RDC et projette de se rendre au Soudan du sud, ce que lui déconseille son entourage pour des raisons de sécurité. Avec en toile de fonds, la volonté d’être une « conscience dans la mondialisation ». Il stigmatise les marchés financiers, décrits comme des machines à enrichir un tout petit nombre au détriment de tous les autres, dans un document, qu’il n’a pas écrit, mais qu’il a approuvé : Oeconomica et pecuniariae quaequestiones18. Sa voix comme cette voie sont prises au sérieux. Sans être un diplomate de formation, il se révèle fin géopoliticien. A la diplomatie normative des traités, il préfère la diplomatie des mains jointes : « la prière possède une force politique à exploiter ». À la diplomatie de l’exclusion, particulièrement en vogue chez les dirigeants occidentaux, il préfère la diplomatie inclusive, jouant d’une grande habileté pour ménager tout le monde.

La déclaration d’amour de Jupiter à l’église catholique. De manière surprenante, alors qu’on l’attendait sur le thème de la laïcité, Jupiter se rend au Collège des Bernardins, le 9 avril 2018, pour y discourir (plus d’une heure comme à l’accoutumée) sur la relation entre l’État et l’église dont il veut réparer le lien19. Il rencontre le pape François à Rome le 26 juin 2018. Cette première visite se déroule sous de meilleurs auspices que celle de son prédécesseur qui fut lamentable et qui se déroula dans un contexte de polémique sur la personnalité de l’ambassadeur désigné pour représenter la France auprès du Saint-Siège20. Après un an de vaines polémiques, François Hollande retirera cette candidature inopportune. Le plus fort n’est pas celui que l’on croit.

« Le véritable doute consiste à douter de tout, y compris du bienfondé de ce doute » nous rappelle Descartes. Le défi, que doit relever le pape François, se situe aussi bien en interne qu’externe avec des évènements qui viennent de loin et les « sombres temps » (Hannah Arendt) d’un monde aux repères brouillés. Il veut en finir avec le temps des hypocrisies, des fausses pensées, de la bienpensance, du dogme mortifère et d’une liturgie désuète tout cela embrumé de langue de bois. Tout en ne récusant pas de traiter les problèmes du court terme, il place son action dans une vision à long terme. Il se méfie de l’impuissance du pouvoir. Pendant ce temps, la colère des peuples gronde. Le pape François cherche à regarder le réel en face. Son message prophétique est parfois dérangeant à l’instar des lanceurs d’alerte21. Comme le rappelle Marivaux « il faut avoir du jugement pour sentir que nous n’en avons point ». Alors que les cartes de la géopolitique sont rebattues et que les régimes autoritaires se multiplient, la force de la diplomatie du pape François tient à sa vertu, ne cherchant à vendre ni armes, ni à conquérir des marchés ou à gagner de l’influence par la force si ce n’est celle de ses idées. Ce qui lui procure une liberté de manœuvre indéniable et réelle bien que l’on puisse toujours dire, comme aurait dit Staline à Pierre Laval en 1935, le pape, combien de divisions ?

Guillaume Berlat
2 juillet 2018

1 Jean-Marie Guénois, La popularité du pape François faiblit chez les catholiques, Le Figaro, 13 mars 2018, pp. 1-2-3.
2 Cécile Chambraud, Les embarras du C9, le cénacle chargé de transformer la curie, Le Monde, 11-12 mars 2019, pp. 2-3.
3 Cécile Chambraud, La réforme du pape à l’épreuve de la pédophilie, dans Les cinq ans de François au Vatican, Le Monde, 11-12 mars 2018, pp. 1-2-3.
4 Cécile Chambraud, Le pape confesse ses « erreurs » sur la pédophilie au Chili, Le Monde, 13 avril 2018, p. 5.
5 Cécile Chambraud, Le pape accable l’église du Chili à propos de la pédophilie. Le Monde, 20-21-22 mai 2018, pp. 1-2.
6 Pape François, Dieu est jeune, Robert Laffont, 2018.
7 Marie Malzac, Le pape exhorte les jeunes au « courage » de parler sans fard, La Croix, 20 mars 2018, p. 18.
8 Jean-Marie Guénois, Le pape engage les jeunes dans la marche de l’Église, Le Figaro, 2 avril 2018, pp. 1-2-3.
9 Cécile Chambraud, Quand le Vatican « floute » les remarques acides de Benoît XVI, Le Monde, 23 mars 2018, p. 5.
10 Jean-Marie Guénois, Comment le Vatican a tronqué une lettre de Benoît XVI, Le Figaro, 19 mars 2018, p. 13.
11 Dominique Wolton rencontre avec le pape François (un dialogue inédit), Politique et société, éditions de l’Observatoire, 2017.
12 Constance Colonna Cesari, Dans les secrets de la diplomatie vaticane, Seuil, 2016.
13 Jérôme Cordellier, À quoi joue le pape François ? Géopolitique, Le Point, 5 avril 2018, pp. 44-45-46-47.
14 Pape François, Le souci de la Maison commune. Lettre encyclique Laudato Si’, Collège des Bernardins, 2015.
15 Céline Rouden, Wim Wenders, le pape et la force de la parole, La Croix, 14 mai 2018, p. 20.
16 Guillaume Berlat, François, un pape diplomate. Le passé recomposé, www.association-desinternationalistes.org , 15 septembre 2014.
17 Jean-Marie Guénois, L’appel du pape François pour tendre vers « la sainteté », Le Figaro, 10 avril 2018, p. 10.
18 Habemus pas d’âme, Le Canard enchaîné, 23 mai 2018, p. 8.
19 Cécile Chambraud, Macron veut réparer le lien » entre Eglise catholique et Etat, Le Monde, 11 avril 2018, p. 10.
20 François Hollande, Au Saint-Siège dans Les leçons du pouvoir, Stock, 2018, pp. 93-94.
21 Étienne de Montety, Lanceur d’alerte, Le Figaro, 13 mars 2018, p. 1.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 02-07-2018

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Le pape raye la peine de mort du catéchisme de l’Eglise

Le pape raye la peine de mort du catéchisme de l’Eglise

Le pape François au Vatican le 1er août 2018 / © AFP/Archives / Andreas SOLARO

Le pape François a inscrit pour la première fois dans le catéchisme de l’Eglise catholique une opposition catégorique à la peine de mort et a appelé l’Eglise à s’engager pour l’abolir « partout dans le monde ».

La version de 1992 du catéchisme de l’Eglise catholique – livre d’enseignement officiel qui contient les principes de la foi – tolérait encore la peine capitale dans des cas extrêmes.

Le pape argentin, très sensible au sort des détenus auxquels il rend régulièrement visite et avocat de leur réintégration dans la société, s’est toujours opposé à la peine de mort.

Pour lui, l’exécution d’un être humain « ne rend pas justice aux victimes mais attise la vengeance ».

En septembre 2015, il avait ainsi exprimé sa conviction selon laquelle il fallait « protéger et défendre la vie humaine à chaque étape de son développement », dans un discours historique devant le Congrès américain, face à des élus majoritairement d’un avis contraire.

Jean Paul II avait également saisi l’occasion d’un voyage aux Etats-Unis pour appeler à l’abolition de la peine capitale en 1999.

Benoît XVI avait pour sa part parlé de « la nécessité de faire tout ce qui est possible pour arriver à l’élimination de la peine capitale », mais sans aller jusqu’à demander de réécrire le catéchisme.

Le pape François avait plaidé pour cette réécriture en octobre, en reconnaissant au passage que l’Eglise catholique avait elle-même eu recours pendant des siècles à « cette pratique extrême et inhumaine ».

L’organisation de défense des droits de l’Homme Amnesty International a recensé en 2017 au moins 2.591 condamnations à mort dans 53 pays et près de 1.000 exécutions (en excluant la Chine qui ne communique pas sur ses milliers de sentences). Plus de deux tiers des pays dans le monde ont cependant aboli la peine de mort en droit ou en pratique.

– Dignité humaine –

« L’Eglise enseigne, à la lumière de l’Evangile, que +la peine de mort est une mesure inhumaine qui blesse la dignité personnelle+ et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde », peut-on lire dans la nouvelle version française du catéchisme.

Dans la version italienne d’origine, le texte parle en revanche de « mesure inadmissible », à l’instar de l’anglais, de l’allemand, de l’espagnol et du portugais.

Le pape avait approuvé ces modifications le 11 mai à l’occasion d’une audience avec le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Luis Ladaria.

« Pendant longtemps, le recours à la peine de mort de la part de l’autorité légitime, après un procès régulier, fut considéré comme une réponse adaptée à la gravité de certains délits et un moyen acceptable, bien qu’extrême, pour la sauvegarde du bien commun », peut-on lire dans l’introduction de la partie modifiée du catéchisme.

« Aujourd’hui, on est de plus en plus conscient que la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves », poursuit le texte.

« En outre, s’est répandue une nouvelle compréhension du sens de sanctions pénales de la part de l’Etat. On a également mis au point des systèmes de détention plus efficaces pour garantir la sécurité à laquelle les citoyens ont droit et qui n’enlèvent pas définitivement au coupable la possibilité de se repentir », ajoute encore le texte.

Dans une lettre explicative aux évêques, le gardien du dogme Mgr Ladaria retrace la prise de conscience toujours plus claire dans l’Eglise du « respect dû à chaque vie humaine ».

La nouvelle formulation « veut pousser à un engagement décisif, notamment par un dialogue respectueux et serein avec les autorités politiques », explique le cardinal. « Elle incite à créer les conditions qui permettent d’éliminer dans le monde contemporain l’institution légale de la peine de mort, là où elle est encore en vigueur ».

(©AFP / 02 août 2018 16h26)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Le-pape-raye-la-peine-de-mort-du-cat-chisme-de-l-Eglise/942075.rom

 

Emmanuel Macron bientôt chanoine

Emmanuel Macron bientôt chanoine

Emmanuel Macron

ludovic MARIN / POOL / AFP
Le président Emmanuel Macron.
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Selon le quotidien « La Croix »,  le président de la République accepte dans une lettre le titre honorifique de chanoine du Latran. Il y laisse entendre son intention d’aller en prendre possession à Rome.

Il s’agit d’une tradition hérité de Louis XI, en 1482, renouvelée en 1604 par Henri IV. Après avoir renoncé au protestantisme, le roi assassiné le 14 mai 1610 décide de faire don au Latran, la cathédrale du pape, de l’abbaye bénédictine de Clairac (Lot-et-Garonne), ainsi que de ses revenus. Depuis, les chefs d’État français sont « premier et unique chanoine honoraire de l’archibasilique majeure de Saint-Jean-de-Latran  ». Pour qu’ils reçoivent ce titre, il est de coutume qu’ils viennent à Rome, une fois élus. Nicolas Sarkozy, le 20 décembre 2007, est le dernier à avoir fait le déplacement.

Bientôt droit d’entrer à cheval dans la basilique Saint-Jean-de-Latran

Après l’élection d’Emmanuel Macron, le chapitre du Latran lui avait donc écrit afin de savoir s’il avait l’intention de prendre possession de ce titre. Selon La Croix, le chef de l’État a répondu dans une lettre qu’il acceptait officiellement le titre. Il précise aussi qu’il compte venir prendre possession de son titre lors d’un voyage à Rome, ce qui lui assure ensuite le droit théorique d’entrer à cheval dans la basilique Saint-Jean-de-Latran. Pour rappel, Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, avait fait part courant octobre du vœu d’Emmanuel Macron de venir rencontrer le pape à Rome.

La France au Latran, une si longue histoire

La France au Latran, une si longue histoire

SAINT JOHN LATERAN BASILICA

By Renata Sedmakova | Shutterstock
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Lorsqu’Emmanuel Macron prendra possession de son titre de chanoine du Latran, le 26 juin, après avoir été reçu en audience par le souverain pontife, il s’inscrira dans l’héritage de douze siècles. Une histoire qui témoigne des liens privilégiés tissés entre le Saint-Siège et la France, et toujours bien présents dans la « cathédrale du Pape ».

Le signe le plus connu, encore actuel, des liens entre la France et le Latran consiste en une cérémonie particulière, qui se déroule chaque année à Saint-Jean-de-Latran, cathédrale de l’évêque de Rome, et par là « mère de toutes les églises » du monde. C’est ici qu’est célébrée, le 13 décembre, une messe pour le bonheur et la prospérité de la France – Pro felici ac prospero statu Galliae. La date n’est pas choisie au hasard : il s’agit de l’anniversaire du roi Henri IV (1589-1610).

Cette cérémonie répond au don de l’abbaye de Clairac au chapitre de la cathédrale, en 1604. Les chanoines, reconnaissants, décident alors d’octroyer le titre de premier et unique chanoine d’honneur au chef de l’État français. Une tradition respectée depuis lors, malgré les années, les révolutions et les changements de régime.

Quant à Henri IV, sa statue en empereur romain est toujours présente dans l’enceinte de la basilique. Située un peu à l’écart, elle est dépoussiérée pour les grandes occasions telles que les visites de ses lointains successeurs républicains.

Charlemagne, précurseur

En réalité, Henri IV n’a fait que confirmer l’octroi des revenus de l’abbaye de Clairac. Car la décision, elle, avait été prise plus d’un siècle plus tôt, en 1482, par le roi Louis XI. Un choix qui concernait également d’autres églises de Rome, comme Saint-Pierre au Vatican, et qui s’explique par le souhait de la France de renforcer les liens entre la « fille aînée de l’Eglise » et le successeur de Pierre, après l’épisode des papes en Avignon.

Les historiens remontent même à Charlemagne pour dater l’origine des bienfaiteurs français du Latran. En témoigne la niche située en face de la basilique romaine, et qui abrite une riche mosaïque. Celle-ci est la seule trace d’une des salles de l’ancien palais du pape Léon III : l’abside de la salle à manger, appelée Triclinium Leoninum. Cette mosaïque représente notamment l’empereur Charlemagne et le pape Léon III, celui-là même qui couronna l’empereur à Rome, en l’an 800.

Un ciborium décoré de fleurs de lys

Mais on trouve également des signes de ce lien particulier avec la France à l’intérieur de la basilique romaine, en son cœur même. Le ciborium, cette construction en forme de grand dais qui protège l’autel et un reliquaire, porte les armes fleurs-de-lysées des rois de France, juste sous la représentation du Christ. La structure a en effet été financée par le roi Charles V en 1367-1369 pour abriter deux reliques essentielles.

À cette époque, le pape Urbain V (1362-1370) tente de ramener la papauté à Rome, sans succès. Avant de mourir en Avignon, le pontife parvient cependant à se rendre dans la Ville éternelle, et trouve le temps de faire installer deux reliquaires en argent dans le ciborium du Latran. Selon la tradition, l’un contient la tête de saint Pierre, l’autre celle de saint Paul.

Ironie de l’histoire, les reliquaires en argent seront ensuite fondus pour payer le tribut exigé par un autre dirigeant français : Napoléon Bonaparte, après le traité de Tolentino en 1797 qui pille les États pontificaux.

Mention dans la lettre du président Macron

Enfin, la cathédrale romaine contient une dernière marque de son histoire commune avec la France. Dans une petite chapelle en face de la sacristie, un monument est érigé à la gloire du roi Louis XV (1715-1774). Malgré son importance, il est méconnu puisqu’il se trouve dans une partie qui ne se visite pas.

Une référence à ce monument a toutefois été faite dans la lettre du président Macron acceptant son titre de chanoine d’honneur, révèle le Père Louis Duval-Arnould, seul autre membre français du chapitre. Signe que malgré les années et l’affirmation laïque de la République, la France n’oublie pas sa prédilection pour la ’mère de toutes les églises’.

La France au Latran, une si longue histoire

vulnérabilité télébancaire nationale

mardi 19 juin 2018

vulnérabilité télébancaire nationale

Avertissement, les considérations qui suivent n’émanant ni d’un banquier ni d’un télématicien, elles peuvent être incomplètes sur le plan technique. La déconnexion de l’Europe du sytème Visa le 1er juin 2018 appelle cependant quelques réflexions stratégiques.
Tout d’abord, il convient de noter que, là encore, la déconnexion a été géographique, pas organique. Ce ne sont pas les banques européennes qui ont été interdites de transaction Visa mais les banques situées en Europe, fussent-elles simples filiales locales de banques non européennes, étatsuniennes ou brésiliennes par exemple, tandis que les filiales hors d’Europe de banques européennes n’ont pas été affectées. Il ne s’agit cependant pas d’une simple avarie de télécommunications, puisqu’aucune autre interruption de communication filaire ou satellitaire (téléphonie, internet…) n’a été rapportée.
D’ailleurs même les transactions opérées à travers le réseau Mastercard n’ont pas été affectées, seulement celles du réseau Visa l’ont été. A ce sujet il peut être utile de rappeler que, pour la quasi-totalité des pays hormis une poignée (France, Japon, Chine, Russie et Inde sauf oubli), toutes les transactions effectuées avec une carte Visa sont traitées, en temps réel, aux Etats-Unis d’Amérique, et il en est de même pour les cartes Mastercard. Cela signifie que lorsqu’un porteur d’une carte Visa émise par une banque italienne introduit sa carte dans le lecteur d’un commerçant italien, mis à sa disposition par sa banque italienne, la transaction entre la banque italienne émettrice de la carte du client et la banque italienne propriétaire du lecteur du commerçant est traitée aux Etats-Unis, par l’entreprise Visa. S’il n’y a pas de télécommunications entre l’Italie et les Etats-Unis ce jour-là (ou si les lignes sont occupées à l’instant requis) le client italien porteur d’une carte émise par sa banque italienne ne peut pas payer le commerçant italien par le terminal mis à la disposition de ce commerçant par sa banque italienne.
La première exception historique est la France, car le réseau intzerbancaire Carte Bleue a été développé et mis en service (en 1967) plusieurs années avant que le développement international du réseau étatsunien homologue Americard (Visa) amène le groupement bancaire français à négocier un accord pour que les porteurs de cartes émises par les banques françaises puissent effectuer des paiements à l’étranger coordonnés par Visa. Mais les transactions entre banques françaises restent traitées en France, par le groupement Carte Bleue, ce qui explique que les Français n’ont pas noté d’interruption de service ce 1er juin, sauf pour leurs paiements à l’étranger voire peut-être pour certains paiements en France envers des commerçants français titulaires d’un compte bancaire à l’étranger (zone euro ou SEPA objet de moulte publicité), bel exemple d’ailleurs d’une « ouverture » européenne qui introduit une dépendance envers les Etats-Unis pour des transactions effectuées en France entre client et fournisseur français.
Sauf erreur la deuxième exception à cette dépendance fut le Japon, pour des raisons historiques similaires, et la troisième fut la Chine évidemment en retard (désormais rattrapé) sur le monde capitaliste en matière de diffusion des comptes bancaires individuels, de la compensation interbancaire et de la technologie de la carte.
Le 1er janvier 2013 sont entrées en application les mesures coercitives envers le Vatican, pour des raisons secrètes (peut-être le rapprochement tectonique envisagé entre les Eglises romaine et russe) évidemment sans rapport avec le prétexte invoqué, et dont les prochaines étapes seraient certainement allées bien au-delà du niveau bancaire puisque guère plus de quarante jours de traversée imposée du désert ont suffi pour obtenir la démission du pape Benoît. Dans la mesure où, dans ce micro-Etat, tous les terminaux de paiement et tous les distributeurs de billets appartiennent à une seule banque (la Deutsche Bank), laquelle envoie les demandes de transaction tant envers le groupement Visa que le groupement Mastercard, tous deux étatsuniens, il a suffi d’une seule décision pour interdire toutes les transactions par carte dans le pays. Pour plus d’efficacité politique cependant, et compte tenu du peu d’impact économique de l’interdiction des cartes bancaires dans un micro-Etat sans grandes entreprises ni grosses transactions commerciales ou salariales (juste quelques touristes dans les magasins de souvenirs bénitiers), la mesure fut doublée d’une interruption des virements interbancaires vers ou de l’étranger, l’entreprise belge Swift ayant accepté, sous des menaces là encore inconnues, d’interrompre ses services de messagerie interbancaire sécurisée comme cela avait été fait quelques années plus tôt pour l’Iran dans le cadre de sanctions, internationalement licites celles-là, décrétées par le Conseil de Sécurité de l’ONU. Pour mémoire, Swift fut encore sollicitée de manière illicite en 2014 contre la Russie et refusa d’obtempérer, ce pays étant un peu plus important que le Vatican. Sous ces pressions visibles, et certainement d’autres invisibles, le chef d’Etat du Vatican Joseph Ratzinger annonça le 11 février 2013 sa démission, certes canoniquement invalide comme pape puisque le canon 332 (deuxième alinéa) invalide toute démission sous la contrainte, et l’élection prochaine d’un nouveau chef d’Etat, certes canoniquement un antipape en la présence d’un pape élu (Benoît) dont la prétendue démission est canoniquement invalide. L’annonce publique de la démission du chef d’Etat fut certainement accompagnée d’une capitulation discrète mais inconditionnelle sur le litige véritable, puisque le Vatican fut reconnecté aux circuits financiers internationaux dès le lendemain même 12 février, d’une part par Swift pour les virements et d’autre part par un groupement bancaire suisse pour les paiements par carte.
Tous les gouvernements de pays souverains auraient dû tirer les conclusions de la prise de contrôle du Vatican et du Saint-Siège au moyen des outils de transactions financières internationales.
L’Inde a alors développé son propre système national afin que les transactions internes ne soient plus traitées à l’étranger.
A son tour la Russie a subi une attaque majeure en mars 2014, suite à son acceptation de la réunification après le referendum d’autodétermination de la Crimée. Sur injonction de leur gouvernement en application de ses mesures de coercition internationalement illicites, les entreprises étatsuniennes Visa et Mastercard ont cessé de traiter toutes les transactions effectuées en Crimée, même par exemple entre un touriste français porteur d’une carte bancaire française et un commerçant criméen détenteur d’un lecteur de carte délivré par une banque ukrainienne ou russe (il y en avait plusieurs). Simultanément cinq banques russes se sont vues également refuser toutes transactions par les entreprises Visa et Mastercard. Du jour au lendemain, un client russe porteur d’une carte Visa délivrée par sa banque russe ne pouvait effectuer de paiement dans un commerce russe équipé d’un lecteur Visa par une banque russe… y compris d’ailleurs si les comptes bancaires du client et du commerçant relevaient d’une même et unique banque russe. Cette situation est à méditer puisque ce 1er juin 2018 il en fut de même non seulement pour les paiements entre la carte Visa d’un client italien et le terminal Visa d’un commerce allemand (y compris sur internet), mais également entre clients et fournisseurs italiens, entre clients et fournisseurs allemands etc. dans toute l’Europe télématiquement dépendante de cette entreprise de compensation étatsunienne.
Le secteur bancaire russe, soutenu par son gouvernement, s’est mis au travail pour construire un système de compensation interbancaire national (comme celui du groupement Carte Bleue français) avant que les gens perdent l’habitude d’utiliser les cartes. Un an après le déni illicite de service (d’ailleurs jamais indemnisé aux banques russes adhérentes aux réseaux Visa et Mastercard), ce système de compensation nationale NSPK entrait en service et les titulaires de cartes Visa émises par des banques russes pouvaient de nouveau les utiliser en Russie (entre client et fournisseur disposant de comptes bancaires russes) puisque les transactions nationales n’étaient plus traitées dans un lointain pays ennemi mais au niveau national, même si ces cartes restaient inutiles pour les transactions internationales. Dès la fin 2015 les banques russes ont émis une carte nationale Mir… et depuis lors les réseaux internationaux ont proposé au groupement interbancaire russe de donner à cette carte un accès aux réseaux internationaux, comme à la Carte Bleue ou maintenant à la Union Pay chinoise, d’abord bien sûr pour les porteurs de cartes russes en déplacement à l’étranger, puis à terme pour les clients des filiales étrangères que les banques russes ouvriront petit à petit.
En ce qui concerne l’inaccessibilité du réseau Visa, seulement à partir ou en direction de l’Europe, ce 1er juin, les communiqués de l’entreprise étatsunienne Visa assurent qu’il s’agissait d’une panne technique (sans autre précision), réparée le lendemain. Qu’il s’agît en réalité d’un litige sur les commissions dites d’interchange récemment réduites par la Commission Européenne, d’une attaque étrangère bancaire, étatique ou délinquante, ou d’une toute autre affaire, les dirigeants bancaires et politiques qui ont apparemment capitulé en vingt-quatre heures ne diront rien.
Mais, dans un contexte où de plus en plus de structures mondialisatrices mises en place au nom de l’ourverture et de la liberté sont désormais détournées pour servir des conflits d’intérêts spécifiques, tous les pays économiquement souverains devraient mettre en place des systèmes nationaux de compensation interbancaire des transactions par carte. Et en ce qui concerne les pays européens, leurs banques devraient particulièrement s’en préoccuper avant de se voir imposer un système uniopéen qui donnerait à la technocratie bruxelloise les moyens de mettre un jour en place des mesures de coercition contre les banques ou les citoyens de tel ou tel pays membre rétif aux directives de la Commission ou de la BCE.
La préservation des capacités de transactions économiques interieures revêt, dans un contexte de disparition progressive des espèces, un intérêt de souveraineté nationale.

Ce que Benoît XVI a dit au pape François le jour de son élection

Ce que Benoît XVI a dit au pape François le jour de son élection

OSSERVATORE ROMANO I AFP
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Cinq ans après la renonciation de Benoît XVI, Mgr Alfred Xuereb, son ancien secrétaire, a accordé un entretien à Vatican News dans lequel il revient sur la renonciation de l’ancien souverain pontife et sa réaction à la nomination du pape François.

« Sainteté, à partir de maintenant je promets mon obéissance totale et ma prière ». Ces mots sont ceux qu’a prononcé Benoît XVI lors d’un échange avec le pape François le soir de son élection. Des mots témoignant d’une immense humilité. « Cela fait partie des moments que je ne peux pas oublier », a expliqué Mgr Xuereb, secrétaire particulier de Benoît XVI de 2007 à 2013, dans un entretien accordé à Vatican News. Et des moments inoubliables, Mgr Xuereb en a vécu beaucoup à ce poste.

Il se souvient ainsi de ce 5 février 2013, lorsque Benoît XVI l’a invité à s’asseoir dans son bureau et lui a annoncé son renoncement. « À ce moment-là, un détail m’est venu à l’esprit, raconte-t-il. Une fois, avant de célébrer la messe dans la chapelle privée, Benoît XVI était resté dans la sacristie plus longtemps que d’habitude afin de prier. Malgré le tintement de l’horloge qui marquait l’heure du début de la messe, il l’ignora et continua de se recueillir devant le crucifix dans la sacristie. J’étais convaincu, alors, qu’il priait pour quelque chose de très important. Le 5 février, lorsque j’ai écouté le pape Benoît XVI m’annoncer sa décision, j’ai compris ».

 « Il a pensé à l’Église »

Pour Mgr Xuereb, l’annonce de cette renonciation est « un acte héroïque ». « Il a pensé à l’Église, à l’amour qu’il portait pour l’Église qui était beaucoup plus grand que l’amour de soi-même, de son ego », détaille-t-il. Ayant également été secrétaire du pape François pendant un an, Mgr Xuereb est aussi revenu sur la relation entre le pape François et Benoît XVI. « Le Pape François a immédiatement donné la bonne définition: “Nous avons le privilège d’avoir le grand-père à la maison” », relate-t-il. « Nous avons donc une mémoire historique vivante à laquelle nous pouvons puiser. Et je suis sûr que le pape François fait cela ».

Dans son entretien, Mgr Xuereb confie également quelques anecdotes savoureuses sur l’élection du pape François, le 13 mars 2013. Il rapporte ainsi que le nouveau pontife a mis plus de temps que nécessaire pour arriver à la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre… car il tentait de joindre Benoît XVI au téléphone. Une tentative qui s’est soldée par un échec : « Nous étions devant la télévision ! », explique-t-il, raison pour laquelle personne n’a entendu la sonnerie.

https://fr.aleteia.org/2018/02/09/ce-que-benoit-xvi-a-dit-au-pape-francois-le-jour-de-son-election/?utm_campaign=NL_fr&utm_source=daily_newsletter&utm_medium=mail&utm_content=NL_fr

Le Vatican proche de reconnaître sept évêques choisis par Pékin

Urgent

Le ministère indien des Affaires étrangères suit l’affaire en liaison avec les autorités du Bénin et du Nigeria. Le navire, qui transporte 13 000 tonnes de pétrole brut, mouillait dans le port de Cotonou lorsqu’il a disparu. Les actes de piraterie sont fréquents dans le golfe de Guinée. Selon les médias locaux, le MT Marine Express est le deuxième bateau à disparaître dans cette région au cours du mois passé, rapporte l’AFP.

Asie-Pacifique

Le Vatican proche de reconnaître sept évêques choisis par Pékin

media Un portrait de Jésus suspendu au-dessus d’une croix dans une église de la petite ville de Dali, au Yunnan, le 10 décembre 2015. Sur le mur, écrit en chinois : «Dieu est amour». by Zhang Peng/LightRocket via Getty Images

C’est un rapprochement inédit qui se profile entre le Saint-Siège et la Chine : le Vatican serait en effet prêt à reconnaitre sept évêques choisis par Pékin. Si la route est encore longue avant une normalisation, il s’agirait d’un premier pas vers l’établissement de relations diplomatiques depuis 1951 entre le plus petit Etat du monde et l’empire du Milieu.

Avec notre correspondant à Rome,  Olivier Bonnel

« Je suis conscient que la normalisation des relations avec la Chine demande du temps et qu’elle présuppose la bonne volonté des deux parties », écrivait Benoît XVI dans sa lettre aux catholiques chinois.

Dix ans après ce document qui a fait date, son successeur semble être prêt à franchir un pas supplémentaire. Depuis des années, la pomme de discorde majeure entre Rome et Pékin concernait la nomination des évêques chinois.

Le régime communiste a toujours considéré comme une ingérence intérieure le fait que le Vatican puisse choisir les prélats. Et pour le Saint-Siège, il n’était pas question jusqu’ici d’accepter les noms choisis par les autorités chinoises.

Mais le pape François a accéléré les choses ces derniers mois et un accord aurait été trouvé sur la nomination de sept évêques. Parmi ceux-là deux faisaient partie de l’Eglise officielle et avaient été excommuniés.

En décembre dernier, une délégation vaticane envoyée en Chine aurait demandé à deux évêques « clandestins » de laisser la place à des évêques de l’Association patriotique des catholiques chinois.

Une décision qui provoque la colère de certaines voix comme le cardinal Joseph Zen, l’ancien évêque de Hong Kong et farouche opposant à un rapprochement avec Pékin.

« Il y a encore beaucoup de blessures ouvertes » concédait il y a quelques jours le cardinal Parolin, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, tout en rappelant la ligne vaticane : « sauvegarder la communion dans l’Eglise » et faisant le vœu que l’on parvienne, un jour, à ne plus parler d’évêques « clandestins » et « officiels ».

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20180203-vatican-proche-reconnaitre-sept-eveques-choisis-pekin-pape-francois

Le pape François pourrait rencontrer Emmanuel Macron avant la fin de l’année

Le pape François pourrait rencontrer Emmanuel Macron avant la fin de l’année

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Selon Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, le président de la République Emmanuel Macron souhaite rencontrer le pape François.

Présente à la messe de canonisation des 35 nouveaux saints, dont le Français Jean Lostau Navarro, ce dimanche 15 octobre, Nathalie Loiseau, ministre français des Affaires européennes, a fait savoir le « souhait » d’Emmanuel Macron de rencontrer le Pape. Un désir qui serait « partagé des deux côtés », selon elle. La date du 13 décembre, jour de la fête de sainte Lucie, où a lieu la messe à Rome pour la France, en la basilique Saint-Jean du Latran, pourrait être prochainement arrêtée.

Macron, chanoine de Latran

Cette tradition remonte à Louis XI, en 1482. Elle a ensuite été renouvelée en 1604 par Henri IV, né un 13 décembre. Après avoir renoncé au protestantisme, celui-ci décide en effet de faire don au Latran, la cathédrale du pape, de l’abbaye bénédictine de Clairac (Lot-et-Garonne), ainsi que de ses revenus. Depuis, les chefs d’État français sont chanoines honoraires de la basilique et il est de coutume qu’ils viennent à Rome, une fois élus, prendre possession de ce titre. Nicolas Sarkozy, le 20 décembre 2007, est le dernier à avoir fait le déplacement.

Le président de la République et le souverain pontife se sont déjà entretenus au téléphone. C’était le 2 juin dernier. Durant une dizaine de minutes, les deux hommes ont principalement discuté d’environnement, au lendemain de la décision du président américain Donald Trump de retirer les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Emmanuel Macron expliquait partager certaines vues du pape François. Mais cette fois, l’entretien pourrait tourner autour de la question européenne, où les deux hommes sont proches.

Des convergences sur l’Europe

Afin de souligner leurs convergences, Nathalie Loiseau a notamment mis en rapport le discours sur l’Europe qu’Emmanuel Macron a prononcé à la Sorbonne et les messages répétés du pape François appelant à relancer le projet européen sur une base humaniste. Lors d’un discours prononcé à Bologne le 1er octobre dernier, l’évêque de Rome déclarait ainsi : « Je rêve d’une Europe universitaire et mère qui, se souvenant de sa culture, qui donne espérance à ses fils et soit instrument de paix pour le monde ». Les questions bioéthiques comme la PMA et la fin de vie pourraient également être au menu de leurs échanges.

 

Le pape François pourrait rencontrer Emmanuel Macron avant la fin de l’année

 

Le pape François pourrait rencontrer Emmanuel Macron avant la fin de l’année