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Israël contre les Vénézuéliens

Israël contre les Vénézuéliens

par Thierry Meyssan

Une nouvelle tentative de coup d’État a eu lieu le 24 juin au Venezuela. Thierry Meyssan relève qu’elle était dirigée à la fois contre l’administration de Nicolás Maduro et contre son opposant pro-US Juan Guaidó. En outre, selon les enregistrements des conversations des comploteurs, elle était supervisée par des Israéliens.

RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 2 JUILLET 2019 عربيENGLISHESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSROMÂNĂTÜRKÇEΕΛΛΗΝΙΚΆРУССКИЙDEUTSCH

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Le 24 juin 2019, Nicolás Maduro et Juan Guaidó devaient être éliminés au profit de Raúl Baduel.

Une énième tentative de coup d’État a eu lieu le 24 juin 2019 au Venezuela. Tous les protagonistes ont été arrêtés les 22 et 23 et le ministre de l’Information, Jorge Rodríguez, a longuement expliqué à la télévision les tenants et les aboutissants de l’affaire. Elle a été éclipsée par le malaise d’un des chefs lors de sa comparution au tribunal, puis de sa mort à l’hôpital. Elle est pourtant très instructive.

À la différence des fois précédentes, ce complot était observé depuis 14 mois par une unité du Renseignement militaire qui avait été formée par le Renseignement cubain. Durant toute cette période, les Vénézuéliens ont pénétré le groupe et surveillé ses communications audio et vidéo. Ils disposent ainsi de 56 heures d’enregistrement qui fournissent autant de preuves irréfutables.

Plusieurs des individus arrêtés avaient déjà été mêlés aux complots précédents de sorte qu’il est difficile de concevoir cette opération distincte de celles commanditées précédemment par la CIA.

Pas plus d’avenir pour l’opposition que pour le gouvernement

Deux remarques s’imposent. En premier lieu, ce complot était à la fois dirigé contre le président constitutionnel Nicolás Maduro et contre le président autoproclamé Juan Guaidó pour porter un troisième homme au pouvoir, le général Raúl Isaías Baduel.

Ce dernier, ancien chef d’état-major, puis ministre de la Défense, avait été démis de ses fonctions par le président Hugo Chávez, s’était retourné contre lui et avait pris la tête de l’opposition en 2009. Cependant, il s’avéra qu’il avait détourné de l’argent de son ministère. Il fut jugé et condamné à 7 ans de prison ferme qu’il purgea. Il fut à nouveau incarcéré durant le mandat du président Nicolás Maduro et est toujours emprisonné. Un commando devait le libérer et l’emmener à la télévision nationale pour annoncer le changement de régime.

Le fait de promouvoir un troisième président confirme notre analyse, publiée il y a deux ans [1], selon laquelle le but des États-Unis n’est pas de remplacer le régime bolivarien par un autre plus obéissant, mais de détruire les structures étatiques du pays. Du point de vue US, ni la majorité nationaliste ni l’opposition pro-US ne doivent espérer d’avenir.

Les Vénézuéliens qui suivent Guaidó et croient que le soutien US les amènera à la victoire doivent aujourd’hui constater leur erreur. L’Irakien Ahmed Chalabi et le Libyen Mahmoud Jibril sont retournés dans leurs pays dans les bagages des GI’s. Ils n’ont jamais connu le destin qu’ils espéraient.

Les analyses classiques du XXème siècle selon lesquelles les États-Unis préfèrent des gouvernements vassaux à des égaux sont dépassées au stade actuel du capitalisme financier transnational. C’est le sens de la doctrine militaire Rumsfeld/Cebrowski en vigueur depuis 2001 [2] qui a déjà dévasté le « Moyen-Orient élargi » et s’abat aujourd’hui sur le « Bassin des Caraïbes ».

Selon les enregistrements du complot, celui-ci n’était pas organisé par les États-Unis, même s’il est probable qu’ils l’aient supervisé, mais par des Israéliens. Au cours des 72 dernières années, la CIA a organisé une invraisemblable quantité de « changements de régime » par des « coups d’État » ou des « révolutions colorées ». Par souci d’efficacité, l’Agence peut confier simultanément des missions identiques à plusieurs unités, voire déléguer à des sous-traitants certaines opérations. C’est souvent le cas du Mossad qui loue également ses services à de nombreux autres clients.

Ainsi, il y a quatre ans, une autre tentative de coup d’État avait eu lieu au Venezuela. L’opération prévoyait alors divers assassinats et une manifestation qui devait prendre d’assaut le palais présidentiel de Miraflores. TeleSur avait montré que cette tentative était encadrée par des étrangers qui arrivèrent spécialement dans le pays dans les jours la précédant. Ils ne parlaient pas l’espagnol. Aussi le parcours de la manifestation avait-il était mystérieusement fléché avec des graffitis d’étoiles de David et d’instructions en hébreu.

Israël en Amérique latine

Prudemment le ministre Jorge Rodríguez a évité de se prononcer publiquement pour dire si les Israéliens qui dirigeaient le complot du 22 juin étaient ou non mandatés par leur État. De nombreux exemples attestent que c’est tout à fait possible.

Le rôle des services secrets israéliens en Amérique latine remonte à 1982. Au Guatemala, le président judéo-chrétien Efraín Ríos Montt [3] massacra 18 000 Indiens. Pendant qu’Ariel Sharon envahissait le Liban, le Mossad poursuivait dans son ombre les expériences sociales qu’il avait menées depuis 1975 dans l’Afrique du Sud de l’apartheid : créer des Bantoustans pour les Mayas ; un modèle qui sera appliqué aux Palestiniens après les Accords d’Oslo (1994). Contrairement à une lecture optimiste des événements, le fait que le Premier ministre Yitzhak Rabin ait personnellement supervisé les expérimentations sociales en Afrique du Sud [4] ne plaide pas pour sa bonne foi lorsqu’il s’est engagé à Oslo à reconnaître un État palestinien démilitarisé.

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Dans les dix dernières années, les services secrets israéliens 
 ont « autorisé » la société « privée » israélienne Global CST à conduire l’opération « Jaque » de libération d’Íngrid Betancourt, otage des FARC colombiennes (2008) [5]. 
 ont envoyé au Honduras des snipers assassiner les leaders des manifestations pro-démocratie lors du coup d’État contre le président constitutionnel Manuel Zelaya (2009) [6]. 
 ont activement participé au renversement de la présidente brésilienne Dilma Rousseff au sein de la Banque centrale, de la sécurité des Jeux olympiques de Rio de Janeiro et du Sénat (2016).

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Al-Watan #3181
(PDF – 177.9 ko)
http://Al-Watan #3181 (PDF – 177.9 ko)
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https://youtu.be/ODSmn-8s2PU

En outre, les Forces de défense israéliennes 
 ont loué une base sous-marine au Chili ; 
 ont envoyé des milliers de soldats suivre des stages de deux semaines dans la propriété de Joe Lewis en Patagonie argentine [7].Thierry Meyssan

Source 
Al-Watan (Syrie)

https://www.voltairenet.org/article206889.html


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 Al-Watan #3181
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[1] Vídéo : « Thierry Meyssan : El plan de Estados Unidos contra America latina » (entrevista con Russia Today), 22 de Mayo de 2017.

[2The Pentagon’s New Map, Thomas P. M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004. « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

[3] Le général Efraín Ríos Montt était évangélique. Il ne se définissait pas comme « chrétien », mais comme « judéo-chrétien ». NdlR.

[4] « Mandela et Israël », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 9 décembre 2013.

[5] « Israël accroît sa présence militaire en Amérique latine », Réseau Voltaire, 2 novembre 2009.

[6] « Le SouthCom prend le pouvoir dans un État membre de l’ALBA », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 29 juin 2009.

[7] « Quel projet pour Israël en Argentine ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 décembre 2017.

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Le sanctionneur arrosé

Le sanctionneur arrosé

Publié le 20 Juin 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisEconomieRussiePétrole

Lorsque les frères Lumière projetèrent, en 1895, le premier film de l’histoire cinématographique, ils n’imaginaient sans doute pas la postérité de leur Arroseur arrosé. Ces derniers temps, le rôle du jardinier crétin est repris avec ardeur, quoiqu’à son corps défendant, par l’empire qui ne semble décidément pas savoir comment s’y prendre avec ses sanctions. Jugez-en plutôt…

Depuis les sanctions contre la Russie décidées par Washington et imposées aux euronouilles en 2014, l’indice de la bourse de Moscou a gagné 100%. Les opérateurs sont stupéfaits : « Ce que le marché russe a fait est incroyable étant données les sanctions. On se demande ce qui se passerait si celles-ci étaient suspendues… » Une chose est sûre : le « philanthrope »-boursier Soros ne s’attendait certainement pas à ça.

Et comme de leur côté, les réserves dépassent à nouveau les 500 milliards d’équivalents-dollars (seul un cinquième est libellé en billets verts), retrouvant leur niveau de 2014, le Kremlin a le sourire. Oh, à propos de dédollarisation, Bruxelles et Moscou sont en discussion pour favoriser les paiements roubles-euros. Pour l’instant, 54% des exportations russes vers l’UE sont encore payées en dollars (34% en euros et 8% en roubles). Pour les exportations européennes vers la Russie, les chiffres sont déjà plus intéressants : 48% en euros, 28% en roubles et seulement 22% en dollars.

Conclusion : un certain chemin a déjà été parcouru sur la voie de la dédollarisation mais l’UE continue de payer l’énergie russe en devises US. Les Russes jouent habilement la carte de l’infatuation des euronouilles envers leur monnaie (Il faut sauver le soldat euro) pour enfoncer un clou supplémentaire dans le cercueil de la domination financière impériale, pilier de sa puissance.

Moscou a également d’autres bonnes raisons de se réjouir tandis que les stratèges de DC la Folle se prennent, eux, la tête à deux mains. Depuis les sanctions états-uniennes contre le pétrole vénézuélien, les raffineurs américains se sont découvert une soudaine passion pour… l’or noir russe, dont les importations ont triplé ! Dans un scénario kafkaïen délicieux à souhait, les USA sanctionnent Caracas mais augmentent les revenus de Moscou qui aide Caracas.

Dans la même lignée, les sanctions impériales contre le pétrole iranien obligent l’Inde, grande importatrice de naphte perse, à regarder du côté de son allié historique russe. D’où ils sont, McCainistan et Brzezinski doivent regarder tout ça d’un air consterné en s’arrachant le peu de cheveux qui leur restent…

J.-B. Pinatel : « La guerre économique de Trump »

J.-B. Pinatel : « La guerre économique de Trump »

Le Billet du Lundi du 10 juin 2019, par Jean-Bernard Pinatel*

 

Avec l’Iran et le Venezuela, Trump manie le chaud et le froid. Il passe en six mois du risque de guerre à la négociation. Il est trop facile de considérer le Président des Etats-Unis comme un bonimenteur. En effet, il se déroule, derrière le brouillard des déclarations, une guerre économique féroce dont nous subissons nous aussi les effets : elle a été l’élément déclencheur de la crise des gilets jaunes dont, bien entendu, les causes sont plus diverses et plus anciennes.

 

 

Alors pourquoi cette stratégie de tension avec le Venezuela et l’Iran ?

 

Selon différentes évaluations, le Venezuela est aujourd’hui le pays qui aurait des réserves prouvées de brut du même ordre, voire supérieures, à celles de l’Arabie Saoudite tandis que l’Iran se situe au quatrième rang mondial pour le pétrole brut et au premier rang pour le gaz naturel.

En dehors des néoconservateurs et du complexe militaro-industriel, l’opinion américaine ne veut plus voir ses boys tués à l’extérieur à cause du pétrole alors même qu’avec le pétrole et le gaz de schiste extraits du sol américain les Etats-Unis deviennent auto-suffisants, voire exportateurs.

 

 

Le problème est que, malgré les efforts extraordinaires de productivité réalisés par l’industrie d’exploration-production américaine, le pétrole de schiste n’est compétitif que si les prix du brut restent supérieurs à 60 $ le baril. En effet, cette industrie a investi à perte pendant une dizaine d’années pour réussir le tour de force extraordinaire d’abaisser son seuil de compétitivité de 80 $ le baril aux alentours de 40 $ le baril pour les nouveaux projets. Mais il faut rajouter le poids de la dette contractée. En effet pour réaliser les investissements nécessaires, la dizaine de milliers de petits et plus gros entrepreneurs qui se sont lancés dans ce nouvel eldorado ont souscrit des emprunts auprès des multiples petites banques locales américaines. Celles–ci ont titrisé immédiatement ces emprunts qui se sont disséminés dans l’ensemble du secteur bancaire américain. Les taux d’intérêts et le remboursement de cette dette viennent donc s’ajouter aux frais de forage et d’exploitation actuels.  Même si l’on manque d’études systématiques, la majorité des analystes avancent la nécessité d’avoir un baril de brut au-dessus de 60 dollars pour que ces dettes puissent être remboursées et que l’on n’assiste pas à une nouvelle crise semblable à celle des subprimes.

On comprend mieux alors les prédictions catastrophiques qui se sont multipliées quand le prix du brut est passé de 122 $ en janvier 2014 à 36 $ en janvier 2016, menaçant ainsi toute l’industrie de l’extraction du pétrole de schiste aux Etats-Unis et par contrecoup tout le système bancaire américain.

 

 

La guerre économique

 

Heureusement, l’option choisie par Trump, le business man, n’a pas été celle de Bush junior qui, selon plusieurs auteurs américains, considèrent que la guerre en Irak a été  « Blood for no Oil »

Pour Greg-Palast1, par exemple, la motivation première des conseillers de Bush était machiavélique : stopper la production de brut irakien pour maintenir les cours du brut aux alentours de 100$ et permettre ainsi de rentabiliser les investissements faits dans le pétrole et le gaz de schiste. « The invasion was not about « blood for oil », but something far more sinister: blood for no oil. War to keep supply tight and send prices skyward. Oil men, whether James Baker or George Bush or Dick Cheney, are not in the business of producing oil. They are in the business of producing profits ». 

Trump, pour l’instant, s’est contenté de l’effet des sanctions économiques contre le Venezuela et l’Iran.

Le 28 janvier 2019, l’administration Trump a interdit aux compagnies américaines d’acheter du pétrole vénézuélien tant qu’un nouveau gouvernement formé par l’opposant Juan Guaido, qui s’est auto-proclamé président, ne sera pas en mesure de recevoir les recettes.  Les exportations vénézuéliennes de brut et de carburant ont depuis chuté de 1,7 millions à 920.000 barils par jour.

De même, les sanctions américaines contre l’Iran ont fait baisser les exportations iraniennes de 1,5 millions de barils par jour (bpj) entre 2018 et 20192. Les expéditions sont en moyenne de 1,0 à 1,1 million de barils par jour (bpj) depuis mars 2019 (selon les données de Refinitiv Eikon et de trois sociétés qui suivent les exportations iraniennes), alors qu’elles représentaient au moins 2,5 millions de bpj en avril 2018, un mois avant la dénonciation par les Etats-Unis de l’accord international de 2015 sur le programme nucléaire iranien et le retour à des sanctions américaines visant l’Iran.

Les décisions de guerre économique prises par Trump ont ainsi privé le marché de l’ordre de 2,5 millions de barils jour.  L’effet s’est vite fait sentir sur le marché comme le montre le graphique précédent puisque le cours de baril de brut oscille aujourd’hui autour d’un point d’équilibre de 60$.

Une inconnue majeure demeure : combien de temps cet effet durera-t-il et maintiendra-t-il une tension sur le marché du brut ? Suffisamment de temps espérons-le pour que les dettes contractées soient remboursées et que les Etats-Unis ne se trouvent pas devant ce dilemme catastrophique d’accepter une crise financière qui peut contaminer le monde entier ou refaire une guerre  « for no oil » qui menacerait la Paix du Monde.

 

*Jean-Bernard Pinatel, membre fondateur et Vice-président de Geopragma 

 

Notes :

1. Greg Palast is a New York Times bestselling author and fearless investigative journalist whose reports appear on BBC Television Newsnight and in The Guardian. Palast eats the rich and spits them out. Catch his reports and films at www.GregPalast.com, where you can also securely send him your documents marked, « confidential ». Cité dans mon dernier livre : ”Histoire de l’islam radical et de ceux qui s’en servent”, Lavauzelle, 2011, page 146.
2.  https://investir.lesechos.fr/marches/actualites/iran-baisse-des-exportations-de-brut-avant-meme-de-nouvelles-sanctions-us-1835846.php

http://geopragma.fr/index.php/2019/06/10/j-b-pinatel-la-guerre-economique-de-trump/

Le chemin vers les guerres modernes

Le chemin vers les guerres modernes

Le président Trump mène une politique combinant menace militaire et guerre économique, et son objectif est de restaurer l’hégémonie américaine, en particulier face à la montée de la concurrence : la Chine. Pékin a acquis des connaissances technologiques et a commencé à s’étendre au-delà de ses frontières, ayant un accès plus facile à l’Asie centrale et au Pacifique que les Américains. En 2015, lorsque Trump s’est présenté aux élections, nous avons écrit :

​“​“La rhétorique de guerre de Trump est très populaire auprès de son public et va bien au-delà de la déclaration d’Obama sur l’exceptionnalisme américain. Au New Hampshire, Trump a failli déclarer la guerre à la Chine : « Regardez ce qu’ils ont fait, ils ont pris notre argent, nos emplois, notre base, notre fabrication, et nous leur devons 1,5 billion de dollars, c’est comme de la magie, ils ont tout pris, et nous leur devons de l’argent. » M. Trump n’a pas dit à son auditoire que le retour à l’emploi a un coût. Le PIB par habitant de la Chine est d’environ 7 500 dollars, tandis que le PIB par habitant des États-Unis est d’environ 55 000 dollars. La rhétorique chinoise est sans équivoque : la Chine a volé ce qui appartient aux États-Unis, et il n’est pas nécessaire de rembourser la dette américaine envers la Chine. Le monde devrait se préparer à ce que M. Trump soit le 45ème président des USA.”

Au sommaire du Bulletin Financier Gefira n°34 disponible dès maintenant

  • Une main de cartes ou les événements en cours
  • L’antisémitisme des Européens autochtones ?
  • Le grand Israël

Le président Trump veut dicter le monde entier, mais, compte tenu du fait que les États-Unis sont maintenant en conflit avec Cuba, le Venezuela, l’Iran, la Syrie, la Russie, la Chine et la Corée du Nord, une grande guerre n’est pas à prévoir de sitôt, au point que les interventions militaires en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, au Yémen et en Libye semblent peu concluantes. Washington dispose d’un arsenal d’autres mesures, comme les suivantes:

  1. mener une guerre par procuration comme le financement de la résistance afghane aux Russes dans les années 80 du siècle précédent.
  2. imposer des sanctions économiques et bloquer des comptes bancaires. Cela a très bien fonctionné contre les petits pays. Tout de même, cela semble être moins efficace dans le cas de l’Iran, et presque inefficace dans le cas de la Russie. La Chine et la Russie accélèrent leurs efforts pour mettre en place des systèmes de paiement alternatifs, et les Européens – rappelons l’adhésion de l’Allemagne au projet Nord Stream 2 au mépris de la pression américaine – ne sont pas disposés à coopérer avec les Etats-Unis à cet égard.
  3. déclencher des révolutions colorées comme la Révolution orange de 2004 en Ukraine ou la Révolution verte de 2009 en Iran. La stratégie n’a pas toujours fonctionné comme prévu : la tentative de renverser le gouvernement vénézuélien a échoué.

En passant, nous pourrions remarquer que ces révolutions pourraient aussi être utilisées par les ennemis de l’Occident. Elles ne peuvent se produire que dans des sociétés politiquement et économiquement instables, et c’est de plus en plus le sort des États-Unis et de l’Europe, tous deux déchirés par des divisions ethniques et religieuses. L’Iran, la Turquie, la Russie et la Chine peuvent armer des factions en Europe et ainsi déstabiliser ces pays de l’intérieur, comme l’ont fait les Américains en Syrie. Le gouvernement turc dispose d’un vaste réseau de mosquées Diyanet qui peuvent distribuer des armes dans les banlieues de Paris, Lyon et Marseille.

Washington a deux opinions divergentes au sujet de sa politique étrangère. Les démocrates voulaient poursuivre l’ingérence au Moyen-Orient et en particulier en Syrie, où, sous le mandat du président Barack Obama, les djihadistes de presque toutes les tendances politiques étaient armés pour expulser le président Bachar al-Assad.4 Le lobby juif de Washington s’efforce de s’opposer à l’Iran, ce qui pourrait s’avérer coûteux. La coalition formée par Téhéran avec le Liban, la Syrie et l’Irak est considérée comme une menace directe pour Israël, ce qui signifie que tôt ou tard, Tel-Aviv verra le président Trump bombarder l’Iran. Rappelons le raid israélien de 1981 sur le réacteur nucléaire irakien.

Source: AIPAC pro-Israel Lobby

Bien que la plupart des partisans de Trump ne soient pas intéressés par une guerre avec l’Iran, les tensions vont probablement s’intensifier. Les Turcs ont déjà indiqué qu’ils ne sont pas prêts à payer un prix plus élevé pour le pétrole et qu’ils pourraient tenter de contourner les sanctions.5 La rumeur dit que les Chinois ont cessé d’acheter du pétrole iranien.6 Les Chinois ont probablement apporté cette nouvelle pour tromper l’administration américaine. L’économie mondiale ne peut pas se permettre un prix élevé pour l’énergie. Si l’électeur américain voit le prix du pétrole augmenter à la pompe à la suite d’une autre guerre inutile, cela n’aidera pas le président Trump lors des élections du 3 novembre 2020.- Alas! Read more in Gefira 34

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Un think tank américain chasse le gros gibier russe, mais bute sur les USA

Un think tank américain chasse le gros gibier russe, mais bute sur les USA

La RAND Corporation est un think tank dédié à la recherche stratégique affilié au Pentagone. Elle existe depuis 1948 et représente l’incarnation même de la paranoïa des USA au cours de la Guerre froide, au point d’avoir été caricaturée dans le célèbre film Dr Folamour. Aujourd’hui, elle réémerge avec un plan pour harceler la Russie.

Plus ça change…


Par Robert Bridge
Paru sur RT sous le titre US think tank goes big-game hunting for Russia. Guess who gets shot in the foot?


Dans un plan qui voit la Russie à travers le même prisme fissuré que l’ancien ennemi idéologique de Washington, l’Union soviétique, la RAND Corporation révèle que son pire ennemi pour arriver à la domination mondiale n’est pas la Russie, mais les États-Unis eux-mêmes.

Présentée dans la comédie noire de 1964 Dr Folamour, où elle avait été rebatisée « BLAND Corporation » – le think tank à l’origine de la « La Machine infernale » qui détruirait la planète en cas d’attaque nucléaire – la notoriété de la RAND Corporation revient aujourd’hui avec un plan mal ficelé contre la Russie.

Si l’on peut dire quelque chose de positif au sujet du dernier plan suggéré par la RAND, intitulé « Obliger la Russie à une extension excessive et la déséquilibrer », c’est bien sa transparence éhontée. Il n’y a pas de cache-sexe ici. Les 12 pages terrifiantes décrivent froidement les différentes façons dont les États-Unis peuvent nuire à la Russie. Un seul problème à propos de ce plan d’ensemble du RAND. Les propositions de machinations sont sabotées à chaque fois par la maladresse des actions américaines sur la scène mondiale.

Immédiatement après l’avant-propos, par exemple, le rapport jubile sur les prix du pétrole et du gaz « bien en dessous du pic » tout en se réjouissant de l’imposition de sanctions économiques qui ont précipité le « déclin » tant attendu de la Russie. Pourtant, à peine l’encre avait-elle séché sur ces desseins sournois qu’ils étaient déjà obsolètes.

Tous les espoirs qu’avait la RAND d’enfoncer un pieu dans le cœur de la Russie à travers la stagnation des prix du pétrole et du gaz – une idée qui, soit dit en passant, est discréditée depuis longtemps – ont été naufragés par le comportement agressif des États-Unis contre le Venezuela et l’Iran, deux pays assis sur un véritable océan de réserves de pétrole.

Les prix du pétrole ont atteint leur plus haut niveau en six mois en avril, se stabilisant en mai, après que les États-Unis aient déclaré qu’ils adopteraient une position plus dure à l’encontre des pays qui violent leur embargo pétrolier de l’Iran. Cette nouvelle a été exacerbée par l’arrivée de navires de guerre américains dans le golfe Persique dans le cadre d’une rhétorique hostile de la Maison-Blanche, à laquelle Téhéran a naturellement répondu sur le même ton.

Dans le même temps, l’administration Trump – qui fait ouvertement pression pour un changement de régime au Venezuela contre le gouvernement légitime du président Nicolas Maduro – a apporté son soutien au leader fantoche Juan Guaido, dont les plans récents de putsch n’ont pas réussi à convaincre les militaires vénézuéliens.

Les exportations de pétrole du Venezuela ont diminué d’environ 40 % depuis janvier. L’ironie ici, est que les pressions de Washington contre Caracas ont forcé les raffineries de pétrole américaines à tripler la quantité de brut russe qu’elles importent pour combler le déficit.

Pendant ce temps, la RAND soutient les sanctions économiques contre Moscou dans le but de « dégrader l’économie russe », tout en oubliant de s’assurer du soutien de ses alliés à une approche aussi agressive. Or, nombreux sont ceux qui n’en veulent pas, ce qui n’est pas une surprise si l’on considère que la Russie est le quatrième partenaire commercial de l’UE.

Pas plus tard que la semaine dernière, le vice-premier ministre italien Matteo Salvini a critiqué les sanctions de l’UE à l’encontre de la Russie, arguant qu’elles ne fonctionnent pas et que « tous les gens bien » sont favorables à leur levée.

L’Allemagne n’est pas moins remontée contre Washington, parce qu’elle se prépare à imposer des sanctions aux entreprises associées à la construction du Nord Stream 2, une entreprise germano-russe visant à acheminer le gaz russe directement en Allemagne par un gazoduc sous la mer Baltique. Pour mieux comprendre la véritable source de l’hostilité américaine envers le projet, il suffit de suivre la piste de l’argent : le marchand itinérant Donald Trump n’a pas caché qu’il veut que l’UE achète du gaz naturel liquéfié (GNL) américain plus cher. Et pour mémoire, c’est l’Ukraine et non la Russie qui s’est rendue coupable d’avoir utilisé le gaz russe comme « arme politique », lorsque Kiev a coupél’acheminement à l’hiver 2009.

Une autre partie du plan propose d’encourager l’émigration de la main-d’œuvre qualifiée et de la jeunesse instruite de Russie afin de « faire mal à la Russie ». La réalité de ces politiques est qu’elles ont le potentiel de faire mal non pas à la Russie, mais aux Russes qui auraient le malheur de s’y risquer, comme Maria Butina l’a découvert à ses dépens. Née en Sibérie, Butina était partie aux États-Unis en 2016 avec un visa étudiant. Finalement, elle s’était impliquée dans des organisations pro-armes à feu, comme la National Rifle Association. Au plus fort de l’hystérie russophobe, Butina a été arrêtée par le FBI et accusée de conspiration en tant qu’agent étranger non enregistré de l’État russe « sans en avoir notifié le procureur général ».

À la lecture de ces attaques infondées contre leurs concitoyens, combien de jeunes Russes talentueux vont-ils revenir sur leurs projets éventuels de vie, de travail et d’études aux États-Unis ? C’est une question que la RAND ne se pose pas.

C’est là que l’hypocrisie et le cynisme du plan deviennent tout simplement insupportables. Le rapport préconise une fuite des cerveaux russes en attirant les gens les plus talentueux de la nation, et en même temps, il appelle les États occidentaux à interdire à la Russie l’accès à « des forums internationaux non onusiens », et préconise le « boycott d’événements tels que la Coupe du monde », des mesures qui, selon la RAND, « porteront atteinte au prestige russe ».

Il est clair que les auteurs de ce journal diabolique ont été déstablisés par le succès de la Coupe du Monde de Russie 2018, que le président de la FIFA a qualifié de plus beaux jeux jamais organisés. Pendant un mois, plus de 3 millions de fans de football du monde entier ont séjourné en Russie pour assister à des dizaines de matches dans 11 villes russes différentes. Ces invités internationaux ont eu la rare occasion de voir de leurs yeux ce qu’est vraiment la Russie, au lieu d’avoir le seul son de cloche des médias grand public de leurs pays.

En termes de relations publiques, c’était de l’or pur puisque ces millions de fans sont rentrés chez eux avec des histoires élogieuses sur la beauté, l’hospitalité et l’amabilité de la Russie – ce ne sont pas des adjectifs habituellement associés aux anciens ennemis des Américains sous la Guerre froide. Il semble que la communauté internationale, mieux informée aujourd’hui sur la Russie, sera mieux préparée à examiner de près les futures tentatives des États-Unis de boycotts des événements qu’elle organise. En même temps, le cynisme et les arrière-pensées des think tank comme RAND sont plus clairs aux yeux de tous que jamais auparavant.

Enfin, que serait un rapport de la « BLAND Corporation » sans une section lourdement dédiée aux questions militaires ? C’est ici que le lecteur entre réellement de plain-pied dans le monde du Dr Folamour. Le rapport de la RAND suppose a priori que la Russie est un ennemi, bien que Moscou ne mène pas de guerres d’agression ou d’opérations de changement de régime comme ses homologues de l’OTAN. Elle se permet en conséquence de proposer des plans d’action tout à fait désastreux, comme le déploiement d’armes nucléaires tactiques supplémentaires en Europe et en Asie, le repositionnement de systèmes de défense antimissile balistique plus près de la Russie et l’incitation à une course aux armements coûteuse par l’abandon du régime de contrôle des armes nucléaires.

Ce sont des délires de fous obsédés par la domination mondiale au point de vouloir entraîner la planète et ses habitants au bord de l’anéantissement nucléaire pour atteindre leurs objectifs déments. A l’instar du film Dr Folamour, il vaudrait mieux remiser ce plan malencontreux au rayon science-fiction, comme le 1984 d’Orwell, tout en se rappelant que de telles œuvres littéraires n’ont jamais été destinées à servir de guides, mais de mises en garde. Les gens de la RAND semblent avoir oublié cette maxime, au risque de mettre à mal la sécurité mondiale.

Traduction et note d’introduction Entelekheia

http://www.entelekheia.fr/2019/05/29/un-think-tank-americain-rand-chasse-le-gros-gibier-russe-mais-bute-sur-les-usa/

Venezuela, Iran : Trump et l’État profond

Venezuela, Iran : Trump et l’État profond

Les événements qui se sont déroulés au Venezuela et la montée de la tension entre Washington et Téhéran sont présentés de manière fallacieuse par la presse US. On ne peut rien y comprendre au vu des déclarations contradictoires de chaque camp. Il importe d’approfondir l’analyse après avoir vérifié les faits et en intégrant l’opposition entre les différents courants politiques de ces pays.

 | DAMAS (SYRIE)  

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La nouvelle donne de la Maison-Blanche et du Pentagone

Les élections parlementaires du 6 novembre 2018 ont privé le président Trump de sa majorité à la Chambre des représentants. Le Parti démocrate considérait alors sa destitution inévitable.

Bien sûr, il n’avait rien commis qui la justifie, mais une ambiance hystérique opposait les deux composantes des États-Unis exactement comme lors de la guerre de sécession [1]. Depuis deux ans, les partisans de la globalisation économique poursuivaient la piste russe et attendaient que le procureur Robert Mueller prouve la haute trahison du président Trump.

Robert Mueller avait toujours fait passer l’intérêt de l’État fédéral devant la Vérité et le Droit. C’est lui qui, lors de l’attentat de Lockerbie, avait inventé la piste libyenne sur la base d’une preuve qui fut plus tard invalidée par la Justice écossaise [2] . C’est encore lui qui affirma, après les attentats du 11 septembre 2001, que trois avions avaient été détournés par 19 pirates de l’air musulmans dont aucun ne figurait sur les listes d’embarquement [3]. Ses conclusions sur l’enquête russe étaient connues avant d’avoir commencé.

Donald Trump négocia donc sa survie politique avec l’État profond [4]. Il n’avait pas le choix. Il fut convenu que le plan Rumsfeld/Cebrowski [5] serait mis en œuvre à condition de ne pas embarquer le pays dans une grande guerre. En échange de quoi, le procureur Robert Mueller tourna casaque et déclara le président Trump exempt de trahison [6].

Dans la foulée, les faucons imposèrent le retour des néo-conservateurs. Ce groupuscule trotskiste new-yorkais, constitué autour de l’American Jewish Committee (AJC), avait été recruté par Ronald Reagan. Il avait transformé l’idéal de la « révolution mondiale » en celui de l’« impérialisme US mondial ». Depuis lors, il a participé à toutes les administrations, un jour Républicain, le lendemain Démocrate, selon la couleur du président au pouvoir. La seule exception était jusqu’ici l’administration Trump, qui ne l’avait toutefois pas renvoyé de ses agences réservées, la NED (National Endowment for Democracy) et l’USIP (United States Intitute of Peace).

C’est ainsi que le 25 janvier 2019, Elliott Abrams s’est vu confier le dossier vénézuélien au secrétariat d’État. Son nom est associé à toutes sortes de mensonges d’État et de manipulations [7]. Ce personnage fut un des architectes de l’opération Iran-Contras, en 1981-85, et de la guerre contre l’Iraq, en 2003. Dès sa nomination, il a travaillé avec le Commandement militaire US pour l’Amérique du Sud (SouthCom) à renverser le président élu Nicolás Maduro.

Il se trouve que nous connaissons à la fois la stratégie Rumsfeld/Cebrowski —que nous avons vu déployer durant quinze ans au Grand Moyen-Orient— et la déclinaison du SouthCom [8], rédigée le 23 février 2018 par l’amiral Kurt Tidd, et que Stella Calloni a révélé dans nos colonnes en mai dernier [9]. Ce qui se passe aujourd’hui en est l’application évidente.

Le fiasco vénézuélien

L’échec de l’opération US, avec la découverte de la trahison du directeur du SEBIN, le général Manuel Figuera, et le coup d’État qu’il improvisa, le 30 avril, dans la précipitation avant son arrestation, atteste l’impréparation du SouthCom ou plutôt sa méconnaissance de la société vénézuélienne. L’appareil d’État US, qui a disposé d’un semestre, n’a pas été capable de faire travailler ensemble ses différentes agences et ses hommes sur le terrain. Tandis que malgré la désorganisation du pays, l’armée bolivarienne était prête à le défendre.

La reconnaissance anticipée, par Washington, par le Groupe de Lima (sauf le Mexique) et par ses alliés, de Juan Guaidó en lieu et place de Nicolás Maduro comme président du Venezuela plonge le camp US dans d’insolubles problèmes. D’ores et déjà l’Espagne a été le premier pays à s’inquiéter de s’être privé d’interlocuteur pour les Vénézuéliens qu’elle héberge et pour les Espagnols résidant au Venezuela. Jamais, même durant un guerre, on n’avait refusé de reconnaitre la légitimité d’un président constitutionnellement élu et de son administration.

En quelques semaines, Washington a volé l’essentiel des avoirs vénézuéliens à l’étranger [10], exactement comme il l’avait fait en 2003 contre le Trésor iraquien, en 2005 contre le Trésor iranien et en 2011 contre le Trésor libyen. Cet argent n’a jamais été récupéré par les peuples propriétaires, sauf par les Iraniens lors de l’accord JCPOA. Les régimes iraquien et libyen ont été renversés et leurs successeurs se sont bien gardés de mener l’affaire en justice. Cette fois-ci la République bolivarienne a tenu bon et la situation des USA est intenable.

À plus petite échelle, il est intéressant d’observer comment Washington va gérer l’affaire de l’ambassade vénézuélienne dans la capitale US. Des policiers s’y sont présentés pour expulser ses occupants et installer à leur place une équipe désignée par Juan Guaidó. Mais les occupants légitimes ont refusé de céder, bien qu’on leur ait coupé l’eau et l’électricité. Avec le temps, ils ont reçu des renforts, dont celui du pasteur afro-américain Jesse Jackson venu leur apporter à manger. Ils ont finalement été expulsés. Maintenant, Washington ne sait plus comment se justifier.

La diversion iranienne

Sifflant la fin du match, Donald Trump a rappelé ses troupes à leur compromis : renverser Maduro « oui », s’engager dans une guerre classique « non ». Le président Donald Trump est un jacksonien ; son conseiller de sécurité, John Bolton, est un exceptionnaliste [11] ; et Elliott Abrams qui fit campagne contre eux est un néoconservateur —trois idéologies qui n’existent dans aucun autre pays (sauf les néoconservateurs en Israël)—. À l’évidence, cet attelage ne peut pas fonctionner.

Cherchant à rejeter la responsabilité de son échec au Venezuela, l’État profond a immédiatement lancé une diversion iranienne pour sauver Elliott Abrams et se débarrasser de John Bolton. La presse US protège le premier en accusant le second [12].

Sans attendre, constatant la brèche entre le Pentagone et la Maison-Blanche, les Démocrates relancèrent la piste de l’ingérence russe, cette fois en s’en prenant au fils aîné du président, Donald Jr.

Le dossier iranien est très différent du précédent. Alors qu’au Venezuela, les États-Unis ont conduit de multiples opérations depuis 2002 contre le modèle bolivarien et son aura en Amérique latine, ils n’ont commencé que l’année dernière à agir contre son peuple. Au contraire, depuis le début du XXème siècle, le peuple iranien a dû affronter le colonialisme. La famine et les maladies ont tué 8 millions d’Iraniens durant l’occupation britannique de la Première Guerre mondiale [13]. Le renversement du Premier ministre nationaliste Mohammad Mossadegh par les États-Unis et le Royaume-Uni, en 1953, suivi de son remplacement par le général nazi Fazlollah Zahedi, qui imposa la terrible répression de la Savak, est largement connu. L’arrestation d’agents de la CIA en flagrant délit dans un étage réservé de l’ambassade US continue à être présenté en Occident comme une « prise d’otage de diplomates » (1979-81), alors que Washington n’a jamais saisi la justice internationale à ce sujet et que deux Marines libérés ont confirmé la version iranienne. En 1980, les Occidentaux ont demandé à l’Iraq d’entrer en guerre contre l’Iran. Ils ont vendu des armes aux deux camps pour qu’ils s’entre-tuent et se sont battus aux côtés des Iraquiens lorsque le sort a failli tourner. Un porte-avions français participait même aux combats sans que les Français en soient informés. Cette guerre a fait 600 000 morts côté iranien. En 1988, l’armée US abattit un vol commercial d’Iran Air faisant 290 victimes civiles, sans jamais présenter la moindre excuse. Sans parler de l’ineptie des très lourdes sanctions sur le nucléaire : les États-Unis et Israël prétendent que Téhéran poursuit le programme atomique du Shah. Pourtant les documents les plus récents publiés par Benjamin Netanyahu attestent que c’est une extrapolation. Les Gardiens de la Révolution envisageaient en tout et pour tout de fabriquer un générateur d’onde de choc [14], qui certes peut entrer dans la composition d’une bombe, mais ne constitue pas en soi une arme de destruction massive.

C’est donc dans ce contexte, que l’Iran a annoncé ne plus respecter une clause de l’accord sur le nucléaire (JCPOA) comme le lui en donne le droit ce Traité lorsqu’une autre partie —les USA en l’occurrence— ne respecte pas ses obligations. En outre, il a donné deux mois à l’Union européenne pour dire si elle entend ou non respecter ses obligations. En définitive, une agence de Renseignement US a lancé une alerte selon laquelle une note du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, laissait à penser qu’il préparait des attentats contre les diplomates US à Erbil et à Bagdad.

En réponse,
- 1. Washington a envoyé le groupe militaire naval de l’USS Abraham Lincoln dans le Golfe et retiré son personnel diplomatique non-essentiel d’Iraq.
- 2. L’Arabie saoudite, qui accuse Téhéran d’avoir saboté ses installations pétrolières, appelle Washington à attaquer l’Iran. Le Bahreïn a demandé à ses ressortissants de quitter immédiatement l’Iran et l’Iraq. ExxonMobil a retiré son personnel du site iraquien de West Qurna 1.
- 3. Le commandant du CentCom, le général Kenneth McKenzie Jr., a demandé des renforts.
- 4. Le New York Times a révélé un plan d’invasion de l’Iran par 120 000 soldats états-uniens, immédiatement démenti par Donald Trump qui a appelé Téhéran à discuter.

Tout ceci n’est pas très sérieux.

Contrairement aux supputations de la presse :
- 1. Le rapport de Renseignement US sur une possible attaque de diplomates se fonde sur une note du Guide Ali Khamenei. Mais les analystes conviennent qu’une autre interprétation du même document est possible [15].
- 2. Le groupe naval US n’est pas allé dans le Golfe pour menacer l’Iran. Il devait s’y rendre de longue date pour tester le système de défense anti-missiles navals AEGIS. Un bâtiment espagnol, la frégate Méndez Núñez, qui participait à ce déplacement, a refusé de poursuivre cette mission pour ne pas s’engager dans cette embrouille. Il n’a pas franchi le détroit d’Ormuz et est resté à celui de Bab el Mandeb [16].
- 3. Le retrait du personnel diplomatique d’Iraq se situe dans le mouvement du retrait brutal du personnel diplomatique d’Afghanistan, en mars et avril [17]. Cette réorganisation des postes diplomatiques n’annonce pas de guerre. Bien au contraire, il a été négocié avec la Russie.
- 4. D’autant que sans le soutien des milices iraquiennes pro-iraniennes, les États-Unis perdraient leur implantation dans ce pays.

Malheureusement, le gouvernement iranien refuse tout contact avec le président Trump et son équipe. Il faut garder à l’esprit que cheick Hassan Rohani, lorsqu’il était parlementaire, fut le premier contact des Occidentaux dans l’affaire Iran-Contras. Il connaît personnellement Elliott Abrams. Il mit en relation l’État profond US et l’ayatollah Hachemi Rafsandjani —qui devint le milliardaire le plus riche d’Iran grâce à ce trafic d’armes—. C’est sur la base de ce service rendu que les États-Unis favorisèrent sa victoire contre l’équipe de Mahmoud Ahmadinejad —qui fut empêchée de participer à l’élection et dont les principaux membres sont aujourd’hui emprisonnés—. Il considère, à tort ou à raison, que le retrait par Donald Trump de l’accord sur le nucléaire vise à utiliser le mécontentement populaire de décembre 2017 pour le renverser. Il persiste à croire que l’Union européenne lui est favorable, bien que le Traité de Maastricht et les suivants empêchent Bruxelles de se désolidariser de l’Otan. C’est donc en toute logique qu’il a rejeté par deux fois l’offre de pourparlers de Donald Trump et attend le retour des globalistes à la Maison-Blanche.

Bien sûr, avec ce mauvais casting, on ne peut exclure que cette mise en scène dérape et provoque une guerre. En réalité, la Maison-Blanche et le Kremlin se parlent. Ni le secrétaire d’État US, Mike Pompeo, ni son homologue russe, Sergueï Lavrov, ne souhaitent se laisser embarquer dans cet engrenage.

[1] « Les États-Unis vont-ils se réformer ou se déchirer ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 25 octobre 2016.

[2] « Lockerbie : vers une réouverture de l’enquête », « L’AFP réécrit l’affaire de Lockerbie », Réseau Voltaire, 29 août 2005 et 20 mai 2012.

[3] « Listes des passagers et membres d’équipage des quatre avions détournés le 11 septembre 2001 », Réseau Voltaire, 12 septembre 2001.

[4The American Deep State : Big Money, Big Oil, and the Struggle for U.S. Democracy, Peter Dale Scott, Rowman & Littlefield (2017). Version française : L’État profond américain : La finance, le pétrole et la guerre perpétuelle, Demi-Lune, 2019.

[5] « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 2017.

[6Report On The Investigation Into Russian Interference In The 2016 Presidential Election, Special Counsel Robert S. Mueller III, March 2019.

[7] « Elliott Abrams, le « gladiateur » converti à la « théopolitique » », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 février 2005.

[8] “Plan to overthrow the Venezuelan Dictatorship – “Masterstroke””, Admiral Kurt W. Tidd, Voltaire Network, 23 February 2018.

[9] « Le « Coup de Maître » des États-Unis contre le Venezuela », par Stella Calloni, Traduction Maria Poumier, Réseau Voltaire, 11 mai 2018.

[10#Trump desbloquea Venezuela, Gabinete de Ministros de Venezuela, 2019.

[11] « L’Onu cassée par l’« exceptionnalisme » états-unien », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 2 avril 2019.

[12] “White House Reviews Military Plans Against Iran, in Echoes of Iraq War”, Eric Schmitt and Julian E. Barnes, New York Times, May 13, 2009. “Trump, frustrated by advisers, is not convinced the time is right to attack Iran”, John Hudson & Shane Harris & Josh Dawsey & Anne Gearan, Washington Post, May 15, 2019.

[13The Great Famine and Genocide in Persia, 1917–1919, Majd, Mohammad Gholi, University Press of America (2003).

[14Shock Wave Generator for Iran’s Nuclear Weapons Program : More than a Feasibility Study David Albright & Olli Heinonen, Fondation for the Defense of Democracies, May 7, 2019. (PDF – 4.3 Mo)

[15] “Intelligence Suggests U.S., Iran Misread Each Other, Stoking Tensions”, Warren P. Strobel & Nancy A. Youssef & Vivian Salama, The Wall Street Journal, May 16, 2019.

[16] « España retira la fragata ‘Méndez Núñez’ del grupo de combate de EE UU en el golfo Pérsico », Miguel González, El País, 14 de Mayo de 2019.

[17] « Beijing, Moscou et Washington s’accordent en secret sur l’Afghanistan », Réseau Voltaire, 26 avril 2019.

https://www.voltairenet.org/article206517.html

Venezuela — Erratum

Venezuela — Erratum

  

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Le Venezuela a été le théâtre d’un coup d’État improvisé, le 30 avril et le 1er mai 2019 [1]. Le directeur du SEBIN (Servicio Bolivariano de Inteligencia Nacional), le général Manuel Ricardo Cristopher Figuera, qui était en relation avec la CIA depuis plus d’un an, et allait être arrêté a tenté le tout pour le tout.

Selon ses propres déclarations, il conserverait son amitié pour le président Nicolás Maduro, mais aurait tenté de « sauver » son pays de l’influence de son entourage. C’est lui qui a prétendu, à tort, que plusieurs haut-fonctionnaires s’étaient retournés contre le régime constitutionnel.

Une cinquantaine de sous-officiers, d’officiers supérieurs et généraux, aurait fait défection. Ils ont été arrêtés ou ont pris la fuite.

Le fiasco de cette tentative de putsch a provoqué une vive tension entre le conseiller national de sécurité US, John Bolton, qui l’avait guidée, et le président Donald Trump, qui était opposé une action pouvant conduire les États-Unis à la guerre.

La seule analyse qui reste juste, est celle formulée par Thierry Meyssan sur Russia Today, il y a deux ans : le Pentagone mène une opération de destruction des structures étatiques du Bassin des Caraïbes, sans lien avec la nature des divers gouvernements de cette région. Pour ce faire, il a recours à des combattants Latino-Américains, mais n’a aucune intention d’entrer lui-même en guerre.

Nous avons publié en plusieurs langues deux articles erronés à propos des événements du 30 avril [2]. Contrairement à ce que nous indiquions, les services de Renseignement russes, qui forment actuellement leurs équivalents locaux, n’ont pas de rôle décisionnaire au Venezuela. Selon nos informations, toutes les décisions sont prises personnellement par le président Maduro, bien qu’il n’ait pas de formation spécialisé en la matière.

[1] « Coup d’État hollywoodien au Venezuela », Réseau Voltaire, 1er mai 2019.

[2] « Venezuela : comment le directeur du SEBIN a manipulé la CIA » et « Venezuela : comment le SEBIN a piégé la CIA ».

https://www.voltairenet.org/article206485.html

CARACAS COMPTE SUR L’AIDE DE LA RUSSIE ET DE LA CHINE POUR CONTOURNER LES SANCTIONS AMÉRICAINES

CARACAS COMPTE SUR L’AIDE DE LA RUSSIE ET DE LA CHINE POUR CONTOURNER LES SANCTIONS AMÉRICAINES

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Mercredi, 8 mai, 2019 – 13:49

Le Venezuela cherche des appuis pour contourner les sanctions américaines qui visent son industrie pétrolière, première source de revenus du pays. Caracas cherche aussi à abriter ses actifs de raids pilotés par Washington.

«Nous recherchons d’autres moyens de coopérer avec la Russie, la Chine et d’autres pays amis afin de contourner le blocus américain», a déclaré Jorge Arreaza, ministre des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse à l’ambassade du Venezuela le 5 mai à Moscou.

Le ministre vénézuélien a en particulier expliqué que son pays cherchait à renforcer sa coopération avec Moscou, mais aussi avec Pékin, en vue de créer un nouveau système de transactions bancaires permettant de contourner les sanctions financières imposées par les Etats-Unis.

Il a aussi souligné que la République bolivarienne souhaitait créer de nouveaux schémas de contrôle de ses actifs afin de remplacer ceux sous le contrôle de Washington. Mais il a admis que de telles méthodes de coopération ne se matérialiseraient pas du jour au lendemain.

Cette allusion concerne les actifs pétroliers, comme la société PDSVA, mais aussi Citgo, société de droit américain appartenant néanmoins à l’Etat vénézuélien. Fin janvier, l’administration américaine lui a interdit de verser ses revenus à Caracas et les a placés sous séquestre.

Depuis le début de la tentative de coup d’Etat, Juan Guaido, président autoproclamé du Venezuela adoubé par Washington, s’est affairé à exercer des pressions sur le conseil d’administration de Citgo et est parvenu à le renouveler avec des membres désormais sous contrôle de Washington.

Emprunts aux Etats-Unis et tours de passe-passe

Ainsi, le 25 avril, la société pétrolière vénézuélienne a publié un communiqué de presse cité par Reuters déclarant que «l’accord de prêt conclu en mars [l’avait] été en conformité avec toutes les lois américaines applicables».

Ce communiqué répondait à une allocution télévisée du président du Venezuela Nicolas Maduro, qui avait dénoncé précédemment «un vol et un détournement de fonds» d’un montant de 1,3 milliard de dollars au préjudice de Citgo, sans plus de précisions.

Il faisait de toute évidence référence au programme de dette contracté fin mars par le nouveau conseil d’administration auprès d’institutions financières américaines. Immédiatement, l’agence de notation Fitch avait relevé la note de Citgo de «négative» à «stable».

But de la manœuvre : éviter que 49% du capital de Citgo, valorisé à environ 10 milliards de dollars, passe aux mains du russe Rosneft, qui avait consenti fin 2018 à Citgo des prêts gagés sur ses actifs.

Plus tôt cette année, la Maison Blanche a introduit des restrictions économiques et financières contre le Venezuela. Elles comprennent l’interdiction de l’accès aux paiements en dollars américains et visent le secteur minier et les ventes de pétrole brut, qui sont essentiels pour l’économie vénézuélienne et représentent environ 98% de ses recettes d’exportation.

Le Venezuela dénonce des «détournements de fonds»

Selon le haut responsable, plus de 5 milliards de dollars ont été gelés dans les comptes à l’étranger du Venezuela après que le chef de l’opposition soutenue par les Etats-Unis, Juan Guaido, se fut déclaré président par intérim du pays fin janvier.

En mars, le ministre vénézuélien de la Communication, Jorge Rodriguez, avait de son côté estimé que plus de 30 milliards de dollars avaient été illégalement détournés du Venezuela pendant deux mois à la demande du président américain Donald Trump.

Jorge Arreaza a exprimé l’espoir que la Russie augmente les importations de pétrole du Venezuela et ses investissements dans le secteur pétrolier vénézuélien.

«Non seulement nous espérons que la Russie importera plus de pétrole, mais nous espérons aussi voir la Russie produire davantage de pétrole conjointement avec le Venezuela dans la ceinture pétrolière de l’Orénoque», a déclaré le ministre des Affaires étrangères à l’issue d’un entretien avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Toutefois, les livraisons actuelles de brut vénézuélien à la Russie et à la Chine ne lui rapportent plus de devises, car elles servent à rembourser des prêts.

Source RT France

Entretien téléphonique de SVLavrov, Ministre des affaires étrangères de la Russie, avec M. Pompeo, Secrétaire d’Etat américain

01/05/19 18 : 38

Entretien téléphonique de SVLavrov, Ministre des affaires étrangères de la Russie, avec M. Pompeo, Secrétaire d’Etat américain

921-01-05-2019

  • en-GB1  ru-RU1 

 

MESSAGE POUR LES MEDIAS

 

Le 1 er mai, à l’initiative des États-Unis, un entretien téléphonique a eu lieu entre le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, et le secrétaire d’État américain, M. Pompeo.

L’accent a été mis sur la situation au Venezuela où, à la veille de l’opposition, avec le soutien manifeste des États-Unis, a tenté de prendre le pouvoir. La Russie a souligné que l’ingérence de Washington dans les affaires intérieures d’un État souverain était considérée comme une violation flagrante du droit international. Il est indiqué que la poursuite des étapes agressives est lourde de conséquences. Seul le peuple vénézuélien a le droit de décider de son destin, ce pour quoi le dialogue de toutes les forces politiques du pays est exigé, pour lequel son gouvernement demande depuis longtemps. Une influence externe destructive, en particulier une influence déterminante, n’a rien à voir avec le processus démocratique.

Au cours de la conversation, les aspects humanitaires de la situation en Syrie ont également été abordés, en particulier la situation dans les camps de personnes déplacées de Rukban et Al-Haul. Sergueï Lavrov a plaidé pour le retour rapide des réfugiés dans leurs lieux de résidence permanente, pour lesquels le gouvernement syrien a créé les conditions nécessaires.

Certaines questions relatives aux relations bilatérales ont également été évoquées, notamment un calendrier de nouveaux contacts russo-américains.

http://www.mid.ru/ru/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/3631357

Venezuela : Guaidó s’est fait piéger – la Maison-Blanche parle de guerre

Venezuela : Guaidó s’est fait piéger – la Maison-Blanche parle de guerre

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Résumé des événements de ces dernières 48 heures au Venezuela, après la micro-tentative de coup d’Etat, mardi à Caracas, de Juan Guaidó accompagné de son mentor politique Leopoldo López et de quelques déserteurs de l’armée et du renseignement (en tout, entre 20 et 70 hommes selon les différentes sources). Comment ont-ils pu croire qu’ils allaient prendre le contrôle du pays avec une force aussi réduite ?

Explication.


Par B
Paru sur Moon of Alabama sous le titre Venezuela – Guaidó Got Snookered – White House Starts Beating War Drums


L‘échec de la tentative de coup d’État d’hier au Venezuela a considérablement nui à la réputation internationale de l’administration Trump. Elle a discrédité ses clients vénézuéliens, Juan Guaidó et Leopoldo López. Après avoir admis que leur plan de « changement de régime » avait échoué (encore une fois), la Maison-Blanche a commencé à menacer le Venezuela d’une guerre.

Ce n’était pas ainsi que les choses devaient se passer :

L’administration Trump, qui soutient Guaidó depuis qu’il a contesté pour la première fois l’autorité de Maduro il y a plus de trois mois, pensait clairement que la journée allait se dérouler différemment.

Il n’y a pas d’explication officielle sur la raison pour laquelle l’administration Trump croyait que la minable tentative de coup d’État de Juan Guaidó et de son mentor Leopoldo López allait marcher.

Certaines choses indiquent cependant que le gouvernement du président Nicolas Maduro a tendu un piège à Guaidó. Plusieurs personnes haut placées dans le gouvernement vénézuélien ont fait de fausses promesses en assurant qu’elles se joindraient au camp des Américains. Elles ont appâté Guaidó pour qu’il lance un coup d’État voué à l’échec.

Selon une synthèse du Washington Post, tout le monde s’attendait à ce que des personnes importantes changent de camp :

Le chaos qui régnait à Caracas indiquait que, même si un plan était en cours d’exécution, il ne s’était peut-être pas déroulé comme prévu.

Les annonces faites par les hauts responsables de Maduro selon lesquelles ils changeaient de camp ne se sont pas concrétisées, et l’administration Trump a semblé de plus en plus préoccupée, à mesure qu’elle débattait des prochaines étapes.

Tôt mardi, Bolton avait dit aux journalistes que Trump surveillait les développements politiques au Venezuela « minute par minute ». Bolton a également exercé une pression publique inhabituelle sur les fonctionnaires du gouvernement vénézuélien pour qu’ils renoncent à Maduro et rejoignent l’opposition politique.

« C’est un moment très délicat », a dit Bolton. « Le président veut voir un transfert pacifique du pouvoir », a-t-il ajouté, ajoutant qu’il serait possible si suffisamment de militaires et de membres du gouvernement changeaient d’allégeance.

Dans une tentative apparente de diviser le gouvernement de Maduro, M. Bolton a déclaré que de hauts responsables, y compris le ministre de la Défense Vladimir Padrino López, avaient eu des entretiens secrets avec M. Guaidó, et il leur a demandé de « tenir leurs engagements » et d’aider à renverser Maduro.

Bolton a appelé par leur nom trois fonctionnaires au Venezuela – le ministre de la Défense, le principal juge de la Cour suprême et le commandant de la garde présidentielle – pour leur demander de soutenir la prise de pouvoir de Guaidó.

Un haut responsable latino-américain a déclaré que des pourparlers de l’opposition avec Padrino et les deux autres avaient été en cours pendant « les dernières semaines » et qu’on leur avait promis de maintenir leur position actuelle s’ils se prononçaient publiquement en faveur de « l’ordre constitutionnel » qui permettrait à Guaidó de prendre le pouvoir. Le responsable, qui a parlé sous condition d’anonymat de l’évolution rapide et confuse de la situation, a déclaré que les personnes impliquées dans les négociations n’avaient pas d’explication claire de ce qui s’est passé, …

Elliott Abrams, l’envoyé spécial du gouvernement pour le Venezuela, a déclaré mardi à la presse que les États-Unis s’attendaient à ce que Padrino, ainsi que le chef de la Cour suprême nommé par Maduro et le chef de la garde nationale, déclarent leur soutien à la Constitution vénézuélienne, sinon nécessairement à Guaidó lui-même.

Il a déclaré que des personnalités de l’opposition avaient eu des discussions avec ces trois influents responsables du gouvernement de Maduro en amont des manifestations prévues.

Carlos Vecchio, ambassadeur de Guaidó aux États-Unis, a également déclaré lundi que les dirigeants de l’opposition avaient eu « des conversations avec une partie du cercle intérieur de Maduro » et qu’ils « savent que le gouvernement Maduro ne va nulle part. Que Maduro, c’est le passé… et c’est pourquoi ils veulent un avenir différent pour le Venezuela. »

Tout le monde à Washington croyait que des personnalités importantes du gouvernement vénézuélien allaient changer de camp. Ils ne l’ont pas fait. Vladimir Padrino a rejeté le coup d’État dans l’heure qui a suivi son annonce par Guaidó. Il semble que le camp de Guaidó ait été manipulé par le ministre vénézuélien de la Défense et plusieurs autres officiels et officiers. Ils semblent avoir promis de soutenir Guaidó uniquement pour l’inciter à entreprendre des démarches embarrassantes pour lui.

Un article de McClatchy intitulé « What went wrong ? » (« Qu’est-ce qui est allé de travers ? ») semble confirmer cette interprétation :

Peu de temps après que Guaidó eut prononcé son discours, avant l’aube, devant la base aérienne de Carlota à Caracas, des rumeurs ont couru selon lesquelles le chef d’état-major des forces armées Jose Ornelias et le puissant commandant Jesús Suárez Chourio étaient derrière le soulèvement militaire. Mais tout aussi rapidement, les deux hommes se sont joints à une liste croissante d’officiels qui juraient fidélité à Maduro. 

Le fait que des responsables militaires qui doivent leur carrière et leur gagne-pain à Maduro et au Parti socialiste unifié du Venezuela ne l’aient pas abandonné n’aurait pas dû être une surprise, a déclaré un ancien diplomate américain à Washington, qui n’acceptait de parler que du contexte.

Il a dit qu’il était au courant des plans de Guaidó d’en appeler à un soulèvement depuis au moins 10 jours.

« Si je le savais, alors tout le monde le savait », a-t-il dit. « Le régime [Maduro] l’avait vu venir et s’était préparé. Le régime savait probablement que des membres du gouvernement parlaient à l’opposition et l’ont probablement même approuvé. »

L’échec total du coup d’État est évident quand on regarde ce qui est arrivé à Leopoldo López, le mentor de Juan Guaidó. Il était assigné à résidence pour avoir dirigé les manifestations violentes et les émeutes meurtrières de 2014. Hier matin, les gardes l’ont laissé partir. Bien que les circonstances ne soient pas claires, le chef de la police responsable des gardes a été congédié. López a promis à ses partisans qu’il se rendrait au Palais présidentiel de Miraflores, mais il n’a même pas pu quitter l’est de Caracas. Hier soir, López s’est réfugié dans l’ambassade du Chili avec sa femme et sa fille. Ils n’ont pas eu l’air d’aimer les aménagements. Deux heures plus tard, ils ont emménagé dans l’ambassade d’Espagne. Bien que la nourriture de l’ambassade soit bonne, ce sera une vie bien différente de celle qu’ils menaient dans le confort de leur manoir. Quelques-uns des soldats qui soutenaient Guaidó se sont réfugiés dans l’ambassade du Brésil. Guaidó est toujours libre.

McClatchy s’est également penché sur les conséquences de l’échec du coup d’État :

La décision de Guaidó est aussi un pari très précaire », a écrit [Risa Grais-Targow, une analyste de l’Eurasia Group]. « Si Maduro parvient à réprimer la rébellion, il enverra un signal fort selon lequel il bénéficie toujours d’un soutien militaire important, ce qui démotivera probablement l’opposition. » 

Guaidó a pris un risque en annonçant qu’un soutien militaire lui était acquis, a déclaré M. Brian Fonseca [un ex-marine et analyste du renseignement de l’U.S. Southern Command expert du Venezuela, aujourd’hui directeur du Jack D. Gordon Institute for Public Policy de l’université internationale de Floride], et si l’armée ne le soutient pas, cela pourrait le handicaper. « Si le mouvement d’aujourd’hui tombe à plat, qu’est-ce que cela signifiera pour la crédibilité du mouvement Guaidó ? »

Guaidó et ses partisans de l’administration Trump ont été amenés à croire que certains éléments importants du gouvernement Maduro et de l’armée allaient se retourner contre Maduro. Ils ont lancé une tentative de coup d’État qui a échoué en quelques heures, car personne n’a changé de camp. Toutes leurs fanfaronnades sont maintenant dégonflées. Guaidó a perdu sa crédibilité. Washington le soutient peut-être encore, mais à Caracas, il n’y a probablement plus personne qui croit en lui.

Bolton, Pompeo, Abrams et bien sûr Donald Trump se sont avérés des bouffons qui, malgré leurs positions de premier plan, ne savent même pas organiser un simple coup d’État. Ils ont publiquement soutenu par des douzaines de tweets et d’interviews ce qui s’est avéré une mauvaise pièce de théâtre amateur. Le corps diplomatique rira de cet épisode pendant toute la prochaine décennie.

Comme le remarque le Saker :

L’Empire ne fait que paraître fort. En réalité, il est faible, perdu, sans repères et surtout, dirigé par une triste bande de voyous incompétents qui pensent qu’ils peuvent intimider et soumettre tout le monde, même s’ils n’ont pas gagné une seule guerre importante depuis 1945. Leur incapacité à briser la volonté du peuple vénézuélien n’est que le dernier symptôme de cette stupéfiante faiblesse.

Lorsqu’il est devenu évident que la tentative de coup d’État avait échoué, la Maison-Blanche a commencé à en rejeter la faute sur d’autres. Elle a affirmé que la Russie avait dissuadé Maduro de fuir le pays. Elle a déclaré que Cuba, qui compte 20 000 médecins mais aucun soldat au Venezuela, contrôlait l’armée vénézuélienne et avait empêché son soulèvement. Elle commence maintenant à parler de guerre.

Ayant perdu la face, l’administration Trump s’est mise à user d’une rhétorique belliqueuse :

Washington est ouverte à une « action militaire » pour faire face à la crise vénézuélienne, a annoncé le secrétaire d’État Mike Pompeo. Pour adoucir la brutalité de sa rhétorique, il a dit qu’une option pacifique est toutefois préférable.

« Si la question est de savoir si les États-Unis sont prêts à envisager une action militaire si c’est ce qu’il faut pour rétablir la démocratie au Venezuela, le président [américain] a été cohérent et sans ambiguïté à ce sujet : l’option d’utiliser la force militaire est sur la table si c’est ce qui s’avère finalement nécessaire », a dit Pompeo dans une interview à Fox News.

L’administration Trump a également lancé ce que l’on peut considérer comme une guerre psychologique:

La Federal Aviation Administration (FAA) des États-Unis a émis mardi soir un ordre interdisant aux exploitants aériens américains de voler au-dessous de 26 000 pieds dans l’espace aérien du Venezuela jusqu’à nouvel ordre, en citant « une instabilité politique et des tensions croissantes ».

L’avis de la FAA stipulait que tout exploitant aérien actuellement au Venezuela, y compris les jets privés, devaient partir dans les 48 heures.

En mars, American Airlines Group Inc a déclaré qu’elle suspendait indéfiniment ses vols à destination du Venezuela, car le pays continuait d’être aux prises avec des troubles politiques.

Plusieurs autres compagnies aériennes ont également annulé leurs vols :

La compagnie aérienne espagnole Air Europa annonce que les vols pour Caracas de mercredi ont été annulés. Les vols des 10 prochains jours pourraient également être affectés en raison des « derniers développements » au Venezuela.
L’agence de voyage Molina Viajes, basée à Caracas, indique que les vols à destination et en provenance de Miami ont été suspendus mercredi.

La compagnie aérienne Estelar annonce que son vol du mercredi de Buenos Aires, en Argentine, à destination de Caracas a été annulé. Toutefois, elle indique que ses vols à destination et en provenance du Pérou et du Chili sont en service.

De tels ordres de la FAA ne sont donnés que pour les pays où une guerre aérienne active est en cours et où des armes de défense aérienne sont susceptibles d’être tirées. Pour l’instant, personne ne croit que les États-Unis vont lancer des missiles de croisière ou des bombes sur le Venezuela. Ce ne serait en aucun cas justifié.

Mais que pourraient-ils faire si un « massacre » se produisait au Venezuela ? Si des centaines de partisans de Guaidó étaient abattus par des mitrailleuses lors d’une opération sous faux drapeau, les États-Unis accuseraient sûrement le gouvernement Maduro. Avec les médias américains et le Parti démocrate pleinement en accord avec la stratégie de changement de régime de la Maison-Blanche, il y aurait peu de résistance à l’usage de la force. Un bombardement « humanitaire » contre des cibles du gouvernement vénézuélien, principalement ses défenses aériennes, pourrait alors être considéré comme la bonne réponse. [Le directeur du think tank du vétéran de la politique américaine Ron Paul considère aussi qu’au stade actuel, Guaidó serait plus utile aux USA mort que vivant, et qu’il est donc en grand danger d’être sacrifié dans une opération sous faux drapeau qui fournirait le prétexte à une invasion américaine « humanitaire », NdT]

Voici un autre signe inquiétant que quelque chose se passe :

Le secrétaire américain à la Défense par intérim, Patrick Shanahan, a annulé un voyage en Europe qui devait commencer le mercredi 1er mai, afin de « coordonner plus efficacement » avec les autres branches du gouvernement la situation au Venezuela et la mission de l’armée à la frontière avec le Mexique.

« Le secrétaire Shanahan ne se rendra plus en Europe, car il a décidé que rester à Washington DC lui permettra de coordonner plus efficacement la situation au Venezuela avec le Conseil de sécurité nationale (NSC) de la Maison-Blanche et le Département d’État, » a déclaré le Pentagone dans un communiqué.

Shanahan avait prévu de se rendre en Allemagne, en Belgique et au Royaume-Uni au cours de son voyage en Europe.

Un autre signe qu’il se passe quelque chose a été un appel téléphonique (russe, traduction automatique), mercredi, entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le secrétaire d’État Mike Pompeo :

Le 1er mai, à l’initiative des États-Unis, une conversation téléphonique a eu lieu entre le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, et le Secrétaire d’État américain, Mike Pompeo.

L’accent a été mis sur la situation au Venezuela où à la veille, l’opposition, avec l’appui clair des États-Unis, a tenté de prendre le pouvoir. Il a été souligné du côté russe que l’ingérence de Washington dans les affaires intérieures d’un État souverain, la menace contre son gouvernement est en violation flagrante du droit international. Il est indiqué que la poursuite de mesures agressives serait lourde des plus graves conséquences. Seul le peuple vénézuélien a le droit de décider de son destin, et cela exige le dialogue de toutes les forces politiques du pays, ce que son gouvernement demande depuis longtemps. Une influence extérieure destructrice, surtout si elle est imposée de force, n’a rien à voir avec un processus démocratique.

Les généraux du Pentagone ne vont pas du tout aimer cette escalade verbale. Ils examineront leurs cartes et découvriront que le Venezuela est deux fois plus grand que l’Irak et 30% plus grand que l’Afghanistan. Il compte des jungles, des montagnes et des bidonvilles impénétrables, où même les troupes vénézuéliennes n’osent pas s’aventurer. Il dispose d’une armée opérationnelle et d’une défense aérienne tout à fait correcte, et récemment modernisée par des spécialistes russes.

Il n’est pas dit que Trump veuille lancer une guerre contre le Venezuela. Il sait probablement qu’il ne s’agirait pas d’une promenade de santé, et que ce serait un risque grave pour sa réélection. Mais qui sait ce que Bolton ou Pompeo pourraient lui dire pour avoir gain de cause ? Ils viennent de se faire piéger par le gouvernement Maduro. Pourquoi ne chercheraient-ils pas à piéger Trump ?

Traduction et note d’introduction Entelekheia