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Groupe Wagner : Contractors ou Barbouzes ? (3/3)

Groupe Wagner : Contractors ou Barbouzes ? (3/3)

Harold MICHOUD 27 août 2019 ActualitéActualités analyséesAfrique et Moyen-OrientAmérique du SudRussie Leave a comment

Depuis quelques années, le nom « Wagner » fait écho à de nombreux points « chauds » de l’actualité internationale. Ukraine, Syrie, Centrafrique, Libye, Soudan et même Venezuela sont des territoires où résonnent la présence de civils armés à l’accent russe. Mais qui sont ces membres du groupe Wagner ? De simples « contractors », payés pour faire de la protection comme toute société militaire privée ? Ou ses actions sont-elles plus opaques ?

Alors que tous les pays précédemment nommés sont directement concernés par des intérêts russes, il est de bon ton de se poser la question. Le groupe Wagner : société militaire privée ou barbouzerie ?

Wagner et la Centrafrique

Le Venezuela, partenaire stratégique de Moscou. Le groupe Wagner serait dans le pays de manière officieuse.
Le Venezuela, partenaire stratégique de Moscou. Le groupe Wagner serait dans le pays de manière officieuse.

Depuis janvier 2018, Moscou envoie 170 « instructeurs russes civils » pour former les soldats de Centrafrique. Ce pays, l’un des plus pauvre du monde, est sujet à des affrontements interethniques et religieux, opposant les milices Séléka (composées de musulmans) aux milices anti-Balaka (composées de chrétiens). Le pouvoir du gouvernement y est très faible. Moscou peut ainsi apporter un soutien militaire qui agace l’Organisation des Nations Unies et la France, toutes deux engagées sur ce théâtre d’opération.

Parmi les « contractors » russes présents se trouvent des hommes du groupe Wagner. Certains seraient même dans la garde prétorienne du président centrafricain Faustin-Archange Touadéra. Cette « protection » du groupe Wagner semble avoir également beaucoup concerné le secteur minier. Le pays a un sous-sol très riche en minerais tels le diamant, l’or, l’uranium, le fer ou les terres rares. Ces dernières sont indispensables au fonctionnement d’appareils électroniques de pointe.

Une présence de Wagner qui questionne

Trois journalistes russes d’investigation ont été tués à 200 km de la capitale, Bangui, alors qu’ils enquêtaient sur les actions du groupe Wagner. L’enquête a conclu à un crime crapuleux. Cela a révélé le caractère flou des missions du groupe dans le pays. Cet événement tragique d’août 2018 fait peut-être écho à l’attribution d’un permis de recherche d’or à Yawa à une entreprise russe. Un certain Evguenii Khodotov en est le directeur. L’homme est surtout un proche d’Evguénii Progojine, le « cuisinier du Kremlin ».

De plus, Monsieur Prigojine a également pu se tailler une part de lion grâce à sa société Lobaye Invest Serlu, qui a reçu une concession d’exploitation minière le 2 juin 2018, deux mois avant que ses trois compatriotes journalistes décèdent mystérieusement. Alors que des contrats d’armement sont passés entre Bangui et Moscou, la tête de pont de ce rapprochement a peut-être une allure de traiteur russe avec une kalachnikov en bandoulière.

Wagner et le Venezuela

Un groupe de mercenaire serait également au Venezuela. Cette troupe a pu s’y rendre via des vols commerciaux au départ de la Havane en janvier 2019. Ils seraient arrivés à Cuba dans des avions affrétés de Russie selon Reuters. Aucune mention de Wagner n’y est faite. Un chef de mercenaires russe aurait en revanche confirmé l’information d’une présence de sociétés militaires privées dans la zone. Les effectifs de ces sociétés s’élèveraient à 400 selon cette même source.

Les contractors se seraient enregistrés sous différentes organisations – environ une douzaine – pour ne pas attirer l’attention à leur arrivée au Venezuela.  Leur rôle est de protéger le président Nicolas Maduro, affaiblit par une opposition soutenue par les pays occidentaux. Dans un pays en plein troubles politiques, en pleine crise économique, la présence de mercenaires russes laisse peu de doutes sur la signature de Moscou. Une source anonyme et proche du groupe Wagner aurait confirmé la présence des hommes d’Evguéni Prigojine sur le territoire Vénézuélien.

Mais la présence de ce groupe, ou de toute autre entité relevant du groupe, n’est jamais officialisée par le pouvoir russe, hormis devant un fait accompli. Le déploiement de troupes russes officielles en avril est peut-être un nouveau moyen d’officialiser une présence russe informelle depuis quelques mois. En tout cas, le procédé semble être le même qu’en Centrafrique et qu’au Soudan.

Le Venezuela, un partenaire stratégique pour la Russie

Ce qui change est surtout l’immense intérêt économique, politique et stratégique que présente le Venezuela pour la Russie. En effet, le Venezuela est le principal allié américain continental de Moscou. Son armement est majoritairement d’origine soviétique et Moscou reste le principal fournisseur d’équipement militaire de Caracas. La Russie est également la deuxième créancier du pays derrière la Chine. Enfin, la Russie a énormément investi dans le pays, spécialement dans le pétrole via l’intermédiaire de Rosneft, fleuron pétrolier russe.

Les Etats-Unis, en fermant leur économie à Caracas, ont précipité Nicolas Maduro dans les bras moscovites. Et la Russie bénéficie de conditions favorables pour continuer d’y investir. C’est le cas notamment de l’entreprise Rosneft qui a des accès préférentiels à certains gisements de gaz de schiste. En définitive, Moscou est une des pierres angulaires du maintien du président Maduro au pouvoir.

Simple société militaire privée ou fabrique à barbouzes ? 

Il devient clair que l’aspect indépendant de cette société militaire privée ne peut occulter sa proximité avec le pouvoir russe. Tout d’abord, Evguéni Prigojine est un proche du président russe, et agit cependant en toute impunité. Ensuite, une partie de l’intelligentsia du pouvoir bénéficie des retombées économiques négociées après l’aide du groupe Wagner. Enfin, et surtout, ses contractors se déploient dans des zones stratégiques pour le Kremlin et assistent des pouvoirs, gouvernements ou groupes séparatistes proches de Moscou. Leur présence discrète dans tous les dossiers internationaux obscurs russes laissent à penser que ce groupe est beaucoup plus barbouze que simplement privé. Pour une société militaire privée interdite en Russie, ce groupe semble avoir de beaux jours devant lui.

Sources :

-“Are Russian mercenaries in Venezuela ? What we know”, The Defense Post, 25 janvier 2019, (https://thedefensepost.com/2019/01/25/russian-mercenaries-venezuela-pmc-wagner/)

-“Du Venezuela à la Centrafrique, les mercenaires de Wagner sur tous les fronts”, Le Point, 30 janvier 2019, (https://www.lepoint.fr/monde/du-venezuela-a-la-centrafrique-les-mercenaires-de-wagner-sur-tous-les-fronts-30-01-2019-2289909_24.php)

– “Gaz : le Venezuela déroule le tapis rouge à la Russie”, Actu & Eco, 9 aout 2019, (https://www.capital.fr/economie-politique/au-venezuela-la-russie-risque-de-perdre-un-allie-et-des-milliards-1325457)Share

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About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant de Grenoble Ecole de Management et effectue une poursuite d’étude en géopolitique au sein de l’IRIS SUP’. Il s’intéresse particulièrement à la Turquie et au Khorasan. https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/41521-groupe-wagner-contractors-barbouzes-3/ 3

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Groupe Wagner : Contractors ou Barbouzes ? (1/3)

Groupe Wagner : Contractors ou Barbouzes ? (1/3)

Harold MICHOUD 19 août 2019 Actualités analyséesAfrique et Moyen-OrientAmérique du SudRussieSujets chaudsSyrie Leave a comment

Depuis quelques années, le nom « Wagner » fait écho à de nombreux points « chauds » de l’actualité internationale. Ukraine, Syrie, Centrafrique, Libye, Soudan et même Venezuela sont des territoires où résonnent la présence de civils armés à l’accent russe. Mais qui sont ces membres du groupe Wagner ? De simples « contractors » (mercenaires), payés pour faire de la protection comme toute société militaire privée ? Ou ses actions sont-elles plus opaques ?

Alors que tous les pays précédemment nommés suscitent les intérêts russes, il est de bon ton de se poser la question : le groupe Wagner, société militaire privée ou barbouzerie ?

Qu’est-ce que le Groupe Wagner ?

Emblème du GRU, dont est issu Dimitri Outkine, le chef militaire de Wagner
Emblème du GRU, dont est issu Dimitri Outkine, le chef militaire de Wagner

Le Corps Slave est une société militaire privée créée en 2013, officiellement basée en Argentine. En effet, la Russie interdit ce type d’entreprise. Cela n’empêche pas le groupe de ne comporter que des russophones dans ses rangs.  Le chef militaire de ces « contractors » et le fondateur du groupe se nomme Dimitri Outkine, il est un ancien dirigeant de la 2e brigade des forces spéciales du renseignement militaire russe, le GRU. Son surnom est Wagner, ce qui aurait donné le nom officieux du groupe. Wagner n’est pas un nom qui tient du hasard car il rend hommage au célèbre compositeur antisémite prussien. Cela pourrait démontrer une sympathie de cet ancien officier russe pour le IIIe Reich.

Cependant, le véritable mécène et dirigeant de ces combattants privés est le milliardaire Evguéni Prigojine via la société Evro Polis.

Pourquoi ce groupe aurait-il des liens avec le pouvoir russe ?

Tout d’abord, Evguéni Prigojine est connu sous le surnom de « cuisinier de Poutine ». Il a en effet servi le président russe à table. Le russe détient un petit empire de la restauration appelé Concord Catering qui est en charge des réceptions au Kremlin. Il est également connu défavorablement par les pays occidentaux comme étant le créateur des fameuses « usines à troll » qui pourraient influencer les élections européennes et américaines.

De plus, le groupe Wagner s’entraînait jusqu’en juin 2016 sur la base militaire de Molkino, une zone se situant dans la région de Krasnodar. Ce lieu abriterait également certaines unités de forces spéciales du GRU. Ces hommes se déploient dans des zones d’influence russe qui servent directement ou indirectement les intérêts du Kremlin.

Ukraine et guerre du Dombass : une aide non officielle de Moscou aux séparatistes

Le groupe Wagner aurait participé de manière informelle au conflit du Dombass, permettant ainsi à la Russie d’aider les séparatistes de la région face aux forces ukrainiennes, sans officialiser la présence russe dans la zone. Ce sont une partie des « bonhommes verts » aperçus par les journalistes étrangers. Cette intervention « militarisée », à défaut d’être officiellement militaire, permet de geler une situation profitable à Moscou tout en ne s’impliquant pas directement et officiellement au sol dans le conflit. Cette société militaire privée est donc fort utile au président russe Vladimir Poutine. C’est un moyen de ne pas déplorer de pertes officielles mais également de servir la politique étrangère russe.

Le groupe Wagner en Syrie

Le véritable coup de projecteur sur le groupe Wagner se fait en Syrie. C’est le cas notamment de la présence de 1600 contractors russes durant la bataille de Palmyre en 2016. Ils étaient présents au sol, au côté des troupes du régime syrien contre les djihadistes de l’organisation Etat Islamique. Le journal russe d’investigation RBK indiquait que ces forces de mercenaires travailleraient en partie pour le GRU. Cette raison expliquerait pourquoi Dimitri Outkine a été décoré lors de la journée nationale de héros pour son œuvre en Syrie en 2016.

Des accords juteux et extrêmement bénéfiques

Surtout, cela justifierait l’accord extrêmement intéressant conclu entre Evguéni Prigojine et le régime de Damas concernant les champs de gaz. Celui-ci peut en effet bénéficier de 25% des revenus des champs pétroliers récupérés par son groupe à Daesh. Le groupe se mettrait au service du GRU en échange d’accès aux ressources et à de juteux contrats d’exploitation. Alors que le pouvoir russe déplore très peu de pertes officielles en Syrie, près de 200 mercenaires auraient perdu la vie dans le pays. D’anciens soldats russes, vétérans de guerres d’Ukraine, de Tchétchénie servent donc de supplétifs aux forces militaires officielles.

Lien supplémentaire entre Evguéni Prigojine et Dimitri Outkine, ce dernier est depuis 2017 directeur général de Concord Management and Consulting, une entreprise détenu par Prigojine.

Wagner, groupe utile mais trop visible en Syrie

Une centaine de combattants du groupe seraient morts lors d’un raid aérien américain le 7 février 2018. Selon certains officiers militaires, le fait d’avoir des mercenaires en place en Syrie permet également de maintenir une guerre par procuration en Syrie. Et cela sans que cela ne déclenche une guerre ouverte en Etats-Unis, occidentaux et russes aux intérêts divergeant.

Devenus trop visibles sur ce théâtre d’opérations, ils furent assignés à protéger les champs gaziers et pétroliers récupérés à Daesh. Le groupe revenait ainsi à la fonction classique qu’une société militaire privée pouvait exercer. Mais le groupe Wagner est aussi présent sur d’autres théâtres d’intérêts russes.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/41500-wagner-contractors-barbouzes

Les intérêts de la Fédération de Russie en Amérique latine

Les intérêts de la Fédération de Russie en Amérique latine

Quentin CREURER 14 juillet 2019 Amérique centraleAmérique du SudRussieSituations décryptées Leave a comment

Depuis la prise de pouvoir de Maduro au Venezuela, la Russie a apporté un soutien sans faille au gouvernement vénézuélien. Cet effort de longue haleine ainsi que la proximité avec Cuba nous démontrent l’implication profonde de la Fédération de Russie en Amérique Latine. Nous pouvons alors nous demander quels sont ses intérêts sur le continent latino-américain.

L’Amérique Latine comme espace d’opportunité pour les intérêts russes

intérêts de la Russie en Amérique Latine
Le président Poutine et le ministre des affaires étrangères russe Serguei Lavrov

En novembre 2016, le Président Poutine a validé la nouvelle stratégie diplomatique russe de Serguei Lavrov. L’Amérique latine n’apparaît pourtant qu’à la fin du rapport du Ministère des Affaires étrangères russes. La Russie développe une diplomatie régionale qui se comprend comme l’intensification des relations avec les pays proches. Par conséquent, les relations tendues avec l’Ukraine ou la Géorgie sont au cœur de son agenda diplomatique.

Les évènements actuels dans la zone du Moyen-Orient focalisent l’attention russe d’autant plus depuis le retrait des Etats-Unis. C’est pourquoi l’espace latino-américain apparaît secondaire même s’il n’est pas dénué d’intérêts pour les russes. En effet, la Russie entretient des relations étroites avec certains pays dont Cuba depuis la guerre froide. Au début du XXIe siècle, la Russie a intensifié ses relations avec le Venezuela à travers des intérêts diplomatiques et économiques convergents.

Des intérêts économiques convergents avec certains pays

L’État russe possède des intérêts économiques ciblés en Amérique Latine, notamment en Argentine. En effet, la compagnie russe ROSATOM a récemment signé un accord avec l’Argentine pour développer une coopération nucléaire civile. Les liens étroits qui unissent les deux pays ne sont pas nouveaux. En 2014, Vladimir Poutine avait déjà signé un contrat de construction de réacteur nucléaire en Argentine.

Par ailleurs, la Russie a développé des relations économiques étriquées avec le Venezuela de Chavez et Maduro. Le cœur des échanges économiques russo-vénézuelien se situe dans la sphère pétrolière. Pour illustrer cette proximité économique, on peut citer la compagnie Rosneft qui possède 13 % du parc énergétique pétrolier vénézuélien. Il convient de mentionner que russes et vénézuéliens entretiennent également des échanges économiques dans le domaine de l’armement. Depuis 2005, 11 milliards de dollars d’armement ont été vendus au Venezuela. Enfin, la Russie a tissé des liens avec la Bolivie dans le but d’exploiter les ressources en gaz du sol bolivien. On s’aperçoit que le volet énergétique prend une place prépondérante dans les échanges commerciaux entre russes et latino-américains.

Des alliés latino-américains partageant les intérêts diplomatiques russes

Au-delà du seul intérêt économique, il faut noter que la Russie possède des alliés diplomatiques en Amérique Latine. Ainsi, dans une quête d’émancipation vis-à-vis des Etats-Unis, le Venezuela, Cuba et Nicaragua trouvent dans le soutien russe une alternative crédible. Il est vrai que dans la plupart des cas, le soutien russe apparaît sous forme d’aide économique mais aussi sous forme d’appuis diplomatiques.

Par ailleurs, la Russie, faisant partie des BRICS, a développé des relations nécessairement étroites avec le Brésil. Ici, l’aspect conflictuel ne rentre pas en jeu, car ce sont deux pays assez semblables : grande superficie, volonté de domination régionale et volonté de changer la gouvernance mondiale. C’est cette connivence qui amène la Russie à soutenir le Brésil dans les espaces internationaux et vice-versa. Enfin, il est évident que dans la diplomatie internationale, l’Amérique Latine est solidement ancrée dans la logique de « backyard» des Etats-Unis. La Russie voit dans l’alliance avec certains pays d’Amérique Latine l’opportunité de venir contester l’hégémonie nord-américaine dans sa zone proche. Le cas le plus emblématique de cette stratégie reste l’île de Cuba.

En somme, la Russie perçoit dans l’Amérique Latine des opportunités économiques liées à l’énergie et à l’armement. De plus, elle tisse des liens avec les pays en rupture diplomatique avec les Etats-Unis. Par ailleurs, le Brésil se démarque aux yeux de la Russie parce qu’il existe la même volonté de domination régionale. Il faut préciser que la faible visibilité de la diplomatie du président Bolsonaro change la donne. En revanche, les liens les plus étroits sont avec le Venezuela à travers les accords pétroliers et l’opposition à l’hégémonie nord-américaine. Enfin, il convient de s’interroger sur la crise au Venezuela. Quel serait l’impact de la chute de Maduro pour la diplomatie russe en Amérique Latine ?Share

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About Quentin CREURER

Etudiant en sciences politiques dans le cadre d’un master dédié à l’Amérique Latine à l’Université Complutense de Madrid. Auparavant, j’ai étudié au Canada et à Lyon où j’ai obtenu une licence en Développement du Territoire Rural.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/situations-decryptees/41335-interets-russie-amerique-latine

Washington impose de nouvelles sanctions au Venezuela

BONJOUR L’EUROPE

Washington impose de nouvelles sanctions au Venezuela 

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Par Joao Vitor Da Silva Marques et Katie McVey• Dernière mise à jour: 07/08/2019 – 15:52
Washington slaps fresh sanctions on Venezuela

droits d’auteur AP

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Les États-Unis ont annoncé de nouvelles sanctions contre le président vénézuélien Nicolas Maduro.

Le conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton, a déclaré que les gouvernements étrangers pourraient faire l’objet de représailles s’ils continuaient à faire affaire avec l’administration de Caracas.

« C’est un outil très rarement utilisé par les États-Unis », a déclaré Bolton lors d’une conférence au Pérou. « Nous ne l’avons utilisé qu’avec parcimonie au cours des cinquante dernières années.

« Mais le régime de Maduro rejoint maintenant ce club exclusif d’États voyous comme Cuba, l’Iran, la Syrie et la Corée du Nord, soumis à cette forme de sanction ».

Jorge Arreaza, ministre des Affaires étrangères du Venezuela, a riposté.

« Nous savons que tout cela est dû à l’essence, nous savons tous que cela est dû aux richesses du Venezuela », a-t-il déclaré.

« Monsieur Donald Trump, concentrez-vous sur votre campagne électorale … concentrez-vous sur les conséquences de la haine suprémaciste et du racisme. »

Il s’agit de la dernière mesure prise par les États-Unis pour expulser le dirigeant vénézuélien aux prises avec lequel Washington a rompu ses relations en janvier.

Les États-Unis et des dizaines d’autres pays, dont l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’UE, ont soutenu le chef de l’opposition, Juan Guaido.

Guaido s’est déclaré président en janvier, accusant Maduro de corruption et d’écraser l’économie vénézuélienne.

L’administration Trump affirme que le calendrier des sanctions reflète l’évaluation faite par les États-Unis des pourparlers qui ont débuté en mai – et dont la Norvège est le médiateur – est utilisée par le régime de Maduro pour gagner du temps.

Le Venezuela a récemment accusé les États-Unis «d’incursions hostiles et illégales» en envoyant des avions et des navires militaires sur son territoire.

Caracas a exhorté le Conseil de sécurité des Nations unies à enquêter sur les actes «dangereux» de la part de ceux qui menacent la guerre tout en se comportant comme un «État hors la loi».

Regardez le rapport de Good Morning Europe dans le lecteur ci-dessus.

Nom du journaliste • Joao Vitor Da Silva Marques

Monteur vidéo • Joao Vitor Da Silva Marques

https://translate.google.com/translate?hl=fr&sl=en&u=https://www.euronews.com/&prev=search

Israël contre les Vénézuéliens

Israël contre les Vénézuéliens

par Thierry Meyssan

Une nouvelle tentative de coup d’État a eu lieu le 24 juin au Venezuela. Thierry Meyssan relève qu’elle était dirigée à la fois contre l’administration de Nicolás Maduro et contre son opposant pro-US Juan Guaidó. En outre, selon les enregistrements des conversations des comploteurs, elle était supervisée par des Israéliens.

RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 2 JUILLET 2019 عربيENGLISHESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSROMÂNĂTÜRKÇEΕΛΛΗΝΙΚΆРУССКИЙDEUTSCH

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Le 24 juin 2019, Nicolás Maduro et Juan Guaidó devaient être éliminés au profit de Raúl Baduel.

Une énième tentative de coup d’État a eu lieu le 24 juin 2019 au Venezuela. Tous les protagonistes ont été arrêtés les 22 et 23 et le ministre de l’Information, Jorge Rodríguez, a longuement expliqué à la télévision les tenants et les aboutissants de l’affaire. Elle a été éclipsée par le malaise d’un des chefs lors de sa comparution au tribunal, puis de sa mort à l’hôpital. Elle est pourtant très instructive.

À la différence des fois précédentes, ce complot était observé depuis 14 mois par une unité du Renseignement militaire qui avait été formée par le Renseignement cubain. Durant toute cette période, les Vénézuéliens ont pénétré le groupe et surveillé ses communications audio et vidéo. Ils disposent ainsi de 56 heures d’enregistrement qui fournissent autant de preuves irréfutables.

Plusieurs des individus arrêtés avaient déjà été mêlés aux complots précédents de sorte qu’il est difficile de concevoir cette opération distincte de celles commanditées précédemment par la CIA.

Pas plus d’avenir pour l’opposition que pour le gouvernement

Deux remarques s’imposent. En premier lieu, ce complot était à la fois dirigé contre le président constitutionnel Nicolás Maduro et contre le président autoproclamé Juan Guaidó pour porter un troisième homme au pouvoir, le général Raúl Isaías Baduel.

Ce dernier, ancien chef d’état-major, puis ministre de la Défense, avait été démis de ses fonctions par le président Hugo Chávez, s’était retourné contre lui et avait pris la tête de l’opposition en 2009. Cependant, il s’avéra qu’il avait détourné de l’argent de son ministère. Il fut jugé et condamné à 7 ans de prison ferme qu’il purgea. Il fut à nouveau incarcéré durant le mandat du président Nicolás Maduro et est toujours emprisonné. Un commando devait le libérer et l’emmener à la télévision nationale pour annoncer le changement de régime.

Le fait de promouvoir un troisième président confirme notre analyse, publiée il y a deux ans [1], selon laquelle le but des États-Unis n’est pas de remplacer le régime bolivarien par un autre plus obéissant, mais de détruire les structures étatiques du pays. Du point de vue US, ni la majorité nationaliste ni l’opposition pro-US ne doivent espérer d’avenir.

Les Vénézuéliens qui suivent Guaidó et croient que le soutien US les amènera à la victoire doivent aujourd’hui constater leur erreur. L’Irakien Ahmed Chalabi et le Libyen Mahmoud Jibril sont retournés dans leurs pays dans les bagages des GI’s. Ils n’ont jamais connu le destin qu’ils espéraient.

Les analyses classiques du XXème siècle selon lesquelles les États-Unis préfèrent des gouvernements vassaux à des égaux sont dépassées au stade actuel du capitalisme financier transnational. C’est le sens de la doctrine militaire Rumsfeld/Cebrowski en vigueur depuis 2001 [2] qui a déjà dévasté le « Moyen-Orient élargi » et s’abat aujourd’hui sur le « Bassin des Caraïbes ».

Selon les enregistrements du complot, celui-ci n’était pas organisé par les États-Unis, même s’il est probable qu’ils l’aient supervisé, mais par des Israéliens. Au cours des 72 dernières années, la CIA a organisé une invraisemblable quantité de « changements de régime » par des « coups d’État » ou des « révolutions colorées ». Par souci d’efficacité, l’Agence peut confier simultanément des missions identiques à plusieurs unités, voire déléguer à des sous-traitants certaines opérations. C’est souvent le cas du Mossad qui loue également ses services à de nombreux autres clients.

Ainsi, il y a quatre ans, une autre tentative de coup d’État avait eu lieu au Venezuela. L’opération prévoyait alors divers assassinats et une manifestation qui devait prendre d’assaut le palais présidentiel de Miraflores. TeleSur avait montré que cette tentative était encadrée par des étrangers qui arrivèrent spécialement dans le pays dans les jours la précédant. Ils ne parlaient pas l’espagnol. Aussi le parcours de la manifestation avait-il était mystérieusement fléché avec des graffitis d’étoiles de David et d’instructions en hébreu.

Israël en Amérique latine

Prudemment le ministre Jorge Rodríguez a évité de se prononcer publiquement pour dire si les Israéliens qui dirigeaient le complot du 22 juin étaient ou non mandatés par leur État. De nombreux exemples attestent que c’est tout à fait possible.

Le rôle des services secrets israéliens en Amérique latine remonte à 1982. Au Guatemala, le président judéo-chrétien Efraín Ríos Montt [3] massacra 18 000 Indiens. Pendant qu’Ariel Sharon envahissait le Liban, le Mossad poursuivait dans son ombre les expériences sociales qu’il avait menées depuis 1975 dans l’Afrique du Sud de l’apartheid : créer des Bantoustans pour les Mayas ; un modèle qui sera appliqué aux Palestiniens après les Accords d’Oslo (1994). Contrairement à une lecture optimiste des événements, le fait que le Premier ministre Yitzhak Rabin ait personnellement supervisé les expérimentations sociales en Afrique du Sud [4] ne plaide pas pour sa bonne foi lorsqu’il s’est engagé à Oslo à reconnaître un État palestinien démilitarisé.

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Dans les dix dernières années, les services secrets israéliens 
 ont « autorisé » la société « privée » israélienne Global CST à conduire l’opération « Jaque » de libération d’Íngrid Betancourt, otage des FARC colombiennes (2008) [5]. 
 ont envoyé au Honduras des snipers assassiner les leaders des manifestations pro-démocratie lors du coup d’État contre le président constitutionnel Manuel Zelaya (2009) [6]. 
 ont activement participé au renversement de la présidente brésilienne Dilma Rousseff au sein de la Banque centrale, de la sécurité des Jeux olympiques de Rio de Janeiro et du Sénat (2016).

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Al-Watan #3181
(PDF – 177.9 ko)
http://Al-Watan #3181 (PDF – 177.9 ko)
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https://youtu.be/ODSmn-8s2PU

En outre, les Forces de défense israéliennes 
 ont loué une base sous-marine au Chili ; 
 ont envoyé des milliers de soldats suivre des stages de deux semaines dans la propriété de Joe Lewis en Patagonie argentine [7].Thierry Meyssan

Source 
Al-Watan (Syrie)

https://www.voltairenet.org/article206889.html


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 Al-Watan #3181
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[1] Vídéo : « Thierry Meyssan : El plan de Estados Unidos contra America latina » (entrevista con Russia Today), 22 de Mayo de 2017.

[2The Pentagon’s New Map, Thomas P. M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004. « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

[3] Le général Efraín Ríos Montt était évangélique. Il ne se définissait pas comme « chrétien », mais comme « judéo-chrétien ». NdlR.

[4] « Mandela et Israël », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 9 décembre 2013.

[5] « Israël accroît sa présence militaire en Amérique latine », Réseau Voltaire, 2 novembre 2009.

[6] « Le SouthCom prend le pouvoir dans un État membre de l’ALBA », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 29 juin 2009.

[7] « Quel projet pour Israël en Argentine ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 décembre 2017.

Le sanctionneur arrosé

Le sanctionneur arrosé

Publié le 20 Juin 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisEconomieRussiePétrole

Lorsque les frères Lumière projetèrent, en 1895, le premier film de l’histoire cinématographique, ils n’imaginaient sans doute pas la postérité de leur Arroseur arrosé. Ces derniers temps, le rôle du jardinier crétin est repris avec ardeur, quoiqu’à son corps défendant, par l’empire qui ne semble décidément pas savoir comment s’y prendre avec ses sanctions. Jugez-en plutôt…

Depuis les sanctions contre la Russie décidées par Washington et imposées aux euronouilles en 2014, l’indice de la bourse de Moscou a gagné 100%. Les opérateurs sont stupéfaits : « Ce que le marché russe a fait est incroyable étant données les sanctions. On se demande ce qui se passerait si celles-ci étaient suspendues… » Une chose est sûre : le « philanthrope »-boursier Soros ne s’attendait certainement pas à ça.

Et comme de leur côté, les réserves dépassent à nouveau les 500 milliards d’équivalents-dollars (seul un cinquième est libellé en billets verts), retrouvant leur niveau de 2014, le Kremlin a le sourire. Oh, à propos de dédollarisation, Bruxelles et Moscou sont en discussion pour favoriser les paiements roubles-euros. Pour l’instant, 54% des exportations russes vers l’UE sont encore payées en dollars (34% en euros et 8% en roubles). Pour les exportations européennes vers la Russie, les chiffres sont déjà plus intéressants : 48% en euros, 28% en roubles et seulement 22% en dollars.

Conclusion : un certain chemin a déjà été parcouru sur la voie de la dédollarisation mais l’UE continue de payer l’énergie russe en devises US. Les Russes jouent habilement la carte de l’infatuation des euronouilles envers leur monnaie (Il faut sauver le soldat euro) pour enfoncer un clou supplémentaire dans le cercueil de la domination financière impériale, pilier de sa puissance.

Moscou a également d’autres bonnes raisons de se réjouir tandis que les stratèges de DC la Folle se prennent, eux, la tête à deux mains. Depuis les sanctions états-uniennes contre le pétrole vénézuélien, les raffineurs américains se sont découvert une soudaine passion pour… l’or noir russe, dont les importations ont triplé ! Dans un scénario kafkaïen délicieux à souhait, les USA sanctionnent Caracas mais augmentent les revenus de Moscou qui aide Caracas.

Dans la même lignée, les sanctions impériales contre le pétrole iranien obligent l’Inde, grande importatrice de naphte perse, à regarder du côté de son allié historique russe. D’où ils sont, McCainistan et Brzezinski doivent regarder tout ça d’un air consterné en s’arrachant le peu de cheveux qui leur restent…

J.-B. Pinatel : « La guerre économique de Trump »

J.-B. Pinatel : « La guerre économique de Trump »

Le Billet du Lundi du 10 juin 2019, par Jean-Bernard Pinatel*

 

Avec l’Iran et le Venezuela, Trump manie le chaud et le froid. Il passe en six mois du risque de guerre à la négociation. Il est trop facile de considérer le Président des Etats-Unis comme un bonimenteur. En effet, il se déroule, derrière le brouillard des déclarations, une guerre économique féroce dont nous subissons nous aussi les effets : elle a été l’élément déclencheur de la crise des gilets jaunes dont, bien entendu, les causes sont plus diverses et plus anciennes.

 

 

Alors pourquoi cette stratégie de tension avec le Venezuela et l’Iran ?

 

Selon différentes évaluations, le Venezuela est aujourd’hui le pays qui aurait des réserves prouvées de brut du même ordre, voire supérieures, à celles de l’Arabie Saoudite tandis que l’Iran se situe au quatrième rang mondial pour le pétrole brut et au premier rang pour le gaz naturel.

En dehors des néoconservateurs et du complexe militaro-industriel, l’opinion américaine ne veut plus voir ses boys tués à l’extérieur à cause du pétrole alors même qu’avec le pétrole et le gaz de schiste extraits du sol américain les Etats-Unis deviennent auto-suffisants, voire exportateurs.

 

 

Le problème est que, malgré les efforts extraordinaires de productivité réalisés par l’industrie d’exploration-production américaine, le pétrole de schiste n’est compétitif que si les prix du brut restent supérieurs à 60 $ le baril. En effet, cette industrie a investi à perte pendant une dizaine d’années pour réussir le tour de force extraordinaire d’abaisser son seuil de compétitivité de 80 $ le baril aux alentours de 40 $ le baril pour les nouveaux projets. Mais il faut rajouter le poids de la dette contractée. En effet pour réaliser les investissements nécessaires, la dizaine de milliers de petits et plus gros entrepreneurs qui se sont lancés dans ce nouvel eldorado ont souscrit des emprunts auprès des multiples petites banques locales américaines. Celles–ci ont titrisé immédiatement ces emprunts qui se sont disséminés dans l’ensemble du secteur bancaire américain. Les taux d’intérêts et le remboursement de cette dette viennent donc s’ajouter aux frais de forage et d’exploitation actuels.  Même si l’on manque d’études systématiques, la majorité des analystes avancent la nécessité d’avoir un baril de brut au-dessus de 60 dollars pour que ces dettes puissent être remboursées et que l’on n’assiste pas à une nouvelle crise semblable à celle des subprimes.

On comprend mieux alors les prédictions catastrophiques qui se sont multipliées quand le prix du brut est passé de 122 $ en janvier 2014 à 36 $ en janvier 2016, menaçant ainsi toute l’industrie de l’extraction du pétrole de schiste aux Etats-Unis et par contrecoup tout le système bancaire américain.

 

 

La guerre économique

 

Heureusement, l’option choisie par Trump, le business man, n’a pas été celle de Bush junior qui, selon plusieurs auteurs américains, considèrent que la guerre en Irak a été  « Blood for no Oil »

Pour Greg-Palast1, par exemple, la motivation première des conseillers de Bush était machiavélique : stopper la production de brut irakien pour maintenir les cours du brut aux alentours de 100$ et permettre ainsi de rentabiliser les investissements faits dans le pétrole et le gaz de schiste. « The invasion was not about « blood for oil », but something far more sinister: blood for no oil. War to keep supply tight and send prices skyward. Oil men, whether James Baker or George Bush or Dick Cheney, are not in the business of producing oil. They are in the business of producing profits ». 

Trump, pour l’instant, s’est contenté de l’effet des sanctions économiques contre le Venezuela et l’Iran.

Le 28 janvier 2019, l’administration Trump a interdit aux compagnies américaines d’acheter du pétrole vénézuélien tant qu’un nouveau gouvernement formé par l’opposant Juan Guaido, qui s’est auto-proclamé président, ne sera pas en mesure de recevoir les recettes.  Les exportations vénézuéliennes de brut et de carburant ont depuis chuté de 1,7 millions à 920.000 barils par jour.

De même, les sanctions américaines contre l’Iran ont fait baisser les exportations iraniennes de 1,5 millions de barils par jour (bpj) entre 2018 et 20192. Les expéditions sont en moyenne de 1,0 à 1,1 million de barils par jour (bpj) depuis mars 2019 (selon les données de Refinitiv Eikon et de trois sociétés qui suivent les exportations iraniennes), alors qu’elles représentaient au moins 2,5 millions de bpj en avril 2018, un mois avant la dénonciation par les Etats-Unis de l’accord international de 2015 sur le programme nucléaire iranien et le retour à des sanctions américaines visant l’Iran.

Les décisions de guerre économique prises par Trump ont ainsi privé le marché de l’ordre de 2,5 millions de barils jour.  L’effet s’est vite fait sentir sur le marché comme le montre le graphique précédent puisque le cours de baril de brut oscille aujourd’hui autour d’un point d’équilibre de 60$.

Une inconnue majeure demeure : combien de temps cet effet durera-t-il et maintiendra-t-il une tension sur le marché du brut ? Suffisamment de temps espérons-le pour que les dettes contractées soient remboursées et que les Etats-Unis ne se trouvent pas devant ce dilemme catastrophique d’accepter une crise financière qui peut contaminer le monde entier ou refaire une guerre  « for no oil » qui menacerait la Paix du Monde.

 

*Jean-Bernard Pinatel, membre fondateur et Vice-président de Geopragma 

 

Notes :

1. Greg Palast is a New York Times bestselling author and fearless investigative journalist whose reports appear on BBC Television Newsnight and in The Guardian. Palast eats the rich and spits them out. Catch his reports and films at www.GregPalast.com, where you can also securely send him your documents marked, « confidential ». Cité dans mon dernier livre : ”Histoire de l’islam radical et de ceux qui s’en servent”, Lavauzelle, 2011, page 146.
2.  https://investir.lesechos.fr/marches/actualites/iran-baisse-des-exportations-de-brut-avant-meme-de-nouvelles-sanctions-us-1835846.php

http://geopragma.fr/index.php/2019/06/10/j-b-pinatel-la-guerre-economique-de-trump/

Le chemin vers les guerres modernes

Le chemin vers les guerres modernes

Le président Trump mène une politique combinant menace militaire et guerre économique, et son objectif est de restaurer l’hégémonie américaine, en particulier face à la montée de la concurrence : la Chine. Pékin a acquis des connaissances technologiques et a commencé à s’étendre au-delà de ses frontières, ayant un accès plus facile à l’Asie centrale et au Pacifique que les Américains. En 2015, lorsque Trump s’est présenté aux élections, nous avons écrit :

​“​“La rhétorique de guerre de Trump est très populaire auprès de son public et va bien au-delà de la déclaration d’Obama sur l’exceptionnalisme américain. Au New Hampshire, Trump a failli déclarer la guerre à la Chine : « Regardez ce qu’ils ont fait, ils ont pris notre argent, nos emplois, notre base, notre fabrication, et nous leur devons 1,5 billion de dollars, c’est comme de la magie, ils ont tout pris, et nous leur devons de l’argent. » M. Trump n’a pas dit à son auditoire que le retour à l’emploi a un coût. Le PIB par habitant de la Chine est d’environ 7 500 dollars, tandis que le PIB par habitant des États-Unis est d’environ 55 000 dollars. La rhétorique chinoise est sans équivoque : la Chine a volé ce qui appartient aux États-Unis, et il n’est pas nécessaire de rembourser la dette américaine envers la Chine. Le monde devrait se préparer à ce que M. Trump soit le 45ème président des USA.”

Au sommaire du Bulletin Financier Gefira n°34 disponible dès maintenant

  • Une main de cartes ou les événements en cours
  • L’antisémitisme des Européens autochtones ?
  • Le grand Israël

Le président Trump veut dicter le monde entier, mais, compte tenu du fait que les États-Unis sont maintenant en conflit avec Cuba, le Venezuela, l’Iran, la Syrie, la Russie, la Chine et la Corée du Nord, une grande guerre n’est pas à prévoir de sitôt, au point que les interventions militaires en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, au Yémen et en Libye semblent peu concluantes. Washington dispose d’un arsenal d’autres mesures, comme les suivantes:

  1. mener une guerre par procuration comme le financement de la résistance afghane aux Russes dans les années 80 du siècle précédent.
  2. imposer des sanctions économiques et bloquer des comptes bancaires. Cela a très bien fonctionné contre les petits pays. Tout de même, cela semble être moins efficace dans le cas de l’Iran, et presque inefficace dans le cas de la Russie. La Chine et la Russie accélèrent leurs efforts pour mettre en place des systèmes de paiement alternatifs, et les Européens – rappelons l’adhésion de l’Allemagne au projet Nord Stream 2 au mépris de la pression américaine – ne sont pas disposés à coopérer avec les Etats-Unis à cet égard.
  3. déclencher des révolutions colorées comme la Révolution orange de 2004 en Ukraine ou la Révolution verte de 2009 en Iran. La stratégie n’a pas toujours fonctionné comme prévu : la tentative de renverser le gouvernement vénézuélien a échoué.

En passant, nous pourrions remarquer que ces révolutions pourraient aussi être utilisées par les ennemis de l’Occident. Elles ne peuvent se produire que dans des sociétés politiquement et économiquement instables, et c’est de plus en plus le sort des États-Unis et de l’Europe, tous deux déchirés par des divisions ethniques et religieuses. L’Iran, la Turquie, la Russie et la Chine peuvent armer des factions en Europe et ainsi déstabiliser ces pays de l’intérieur, comme l’ont fait les Américains en Syrie. Le gouvernement turc dispose d’un vaste réseau de mosquées Diyanet qui peuvent distribuer des armes dans les banlieues de Paris, Lyon et Marseille.

Washington a deux opinions divergentes au sujet de sa politique étrangère. Les démocrates voulaient poursuivre l’ingérence au Moyen-Orient et en particulier en Syrie, où, sous le mandat du président Barack Obama, les djihadistes de presque toutes les tendances politiques étaient armés pour expulser le président Bachar al-Assad.4 Le lobby juif de Washington s’efforce de s’opposer à l’Iran, ce qui pourrait s’avérer coûteux. La coalition formée par Téhéran avec le Liban, la Syrie et l’Irak est considérée comme une menace directe pour Israël, ce qui signifie que tôt ou tard, Tel-Aviv verra le président Trump bombarder l’Iran. Rappelons le raid israélien de 1981 sur le réacteur nucléaire irakien.

Source: AIPAC pro-Israel Lobby

Bien que la plupart des partisans de Trump ne soient pas intéressés par une guerre avec l’Iran, les tensions vont probablement s’intensifier. Les Turcs ont déjà indiqué qu’ils ne sont pas prêts à payer un prix plus élevé pour le pétrole et qu’ils pourraient tenter de contourner les sanctions.5 La rumeur dit que les Chinois ont cessé d’acheter du pétrole iranien.6 Les Chinois ont probablement apporté cette nouvelle pour tromper l’administration américaine. L’économie mondiale ne peut pas se permettre un prix élevé pour l’énergie. Si l’électeur américain voit le prix du pétrole augmenter à la pompe à la suite d’une autre guerre inutile, cela n’aidera pas le président Trump lors des élections du 3 novembre 2020.- Alas! Read more in Gefira 34

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Un think tank américain chasse le gros gibier russe, mais bute sur les USA

Un think tank américain chasse le gros gibier russe, mais bute sur les USA

La RAND Corporation est un think tank dédié à la recherche stratégique affilié au Pentagone. Elle existe depuis 1948 et représente l’incarnation même de la paranoïa des USA au cours de la Guerre froide, au point d’avoir été caricaturée dans le célèbre film Dr Folamour. Aujourd’hui, elle réémerge avec un plan pour harceler la Russie.

Plus ça change…


Par Robert Bridge
Paru sur RT sous le titre US think tank goes big-game hunting for Russia. Guess who gets shot in the foot?


Dans un plan qui voit la Russie à travers le même prisme fissuré que l’ancien ennemi idéologique de Washington, l’Union soviétique, la RAND Corporation révèle que son pire ennemi pour arriver à la domination mondiale n’est pas la Russie, mais les États-Unis eux-mêmes.

Présentée dans la comédie noire de 1964 Dr Folamour, où elle avait été rebatisée « BLAND Corporation » – le think tank à l’origine de la « La Machine infernale » qui détruirait la planète en cas d’attaque nucléaire – la notoriété de la RAND Corporation revient aujourd’hui avec un plan mal ficelé contre la Russie.

Si l’on peut dire quelque chose de positif au sujet du dernier plan suggéré par la RAND, intitulé « Obliger la Russie à une extension excessive et la déséquilibrer », c’est bien sa transparence éhontée. Il n’y a pas de cache-sexe ici. Les 12 pages terrifiantes décrivent froidement les différentes façons dont les États-Unis peuvent nuire à la Russie. Un seul problème à propos de ce plan d’ensemble du RAND. Les propositions de machinations sont sabotées à chaque fois par la maladresse des actions américaines sur la scène mondiale.

Immédiatement après l’avant-propos, par exemple, le rapport jubile sur les prix du pétrole et du gaz « bien en dessous du pic » tout en se réjouissant de l’imposition de sanctions économiques qui ont précipité le « déclin » tant attendu de la Russie. Pourtant, à peine l’encre avait-elle séché sur ces desseins sournois qu’ils étaient déjà obsolètes.

Tous les espoirs qu’avait la RAND d’enfoncer un pieu dans le cœur de la Russie à travers la stagnation des prix du pétrole et du gaz – une idée qui, soit dit en passant, est discréditée depuis longtemps – ont été naufragés par le comportement agressif des États-Unis contre le Venezuela et l’Iran, deux pays assis sur un véritable océan de réserves de pétrole.

Les prix du pétrole ont atteint leur plus haut niveau en six mois en avril, se stabilisant en mai, après que les États-Unis aient déclaré qu’ils adopteraient une position plus dure à l’encontre des pays qui violent leur embargo pétrolier de l’Iran. Cette nouvelle a été exacerbée par l’arrivée de navires de guerre américains dans le golfe Persique dans le cadre d’une rhétorique hostile de la Maison-Blanche, à laquelle Téhéran a naturellement répondu sur le même ton.

Dans le même temps, l’administration Trump – qui fait ouvertement pression pour un changement de régime au Venezuela contre le gouvernement légitime du président Nicolas Maduro – a apporté son soutien au leader fantoche Juan Guaido, dont les plans récents de putsch n’ont pas réussi à convaincre les militaires vénézuéliens.

Les exportations de pétrole du Venezuela ont diminué d’environ 40 % depuis janvier. L’ironie ici, est que les pressions de Washington contre Caracas ont forcé les raffineries de pétrole américaines à tripler la quantité de brut russe qu’elles importent pour combler le déficit.

Pendant ce temps, la RAND soutient les sanctions économiques contre Moscou dans le but de « dégrader l’économie russe », tout en oubliant de s’assurer du soutien de ses alliés à une approche aussi agressive. Or, nombreux sont ceux qui n’en veulent pas, ce qui n’est pas une surprise si l’on considère que la Russie est le quatrième partenaire commercial de l’UE.

Pas plus tard que la semaine dernière, le vice-premier ministre italien Matteo Salvini a critiqué les sanctions de l’UE à l’encontre de la Russie, arguant qu’elles ne fonctionnent pas et que « tous les gens bien » sont favorables à leur levée.

L’Allemagne n’est pas moins remontée contre Washington, parce qu’elle se prépare à imposer des sanctions aux entreprises associées à la construction du Nord Stream 2, une entreprise germano-russe visant à acheminer le gaz russe directement en Allemagne par un gazoduc sous la mer Baltique. Pour mieux comprendre la véritable source de l’hostilité américaine envers le projet, il suffit de suivre la piste de l’argent : le marchand itinérant Donald Trump n’a pas caché qu’il veut que l’UE achète du gaz naturel liquéfié (GNL) américain plus cher. Et pour mémoire, c’est l’Ukraine et non la Russie qui s’est rendue coupable d’avoir utilisé le gaz russe comme « arme politique », lorsque Kiev a coupél’acheminement à l’hiver 2009.

Une autre partie du plan propose d’encourager l’émigration de la main-d’œuvre qualifiée et de la jeunesse instruite de Russie afin de « faire mal à la Russie ». La réalité de ces politiques est qu’elles ont le potentiel de faire mal non pas à la Russie, mais aux Russes qui auraient le malheur de s’y risquer, comme Maria Butina l’a découvert à ses dépens. Née en Sibérie, Butina était partie aux États-Unis en 2016 avec un visa étudiant. Finalement, elle s’était impliquée dans des organisations pro-armes à feu, comme la National Rifle Association. Au plus fort de l’hystérie russophobe, Butina a été arrêtée par le FBI et accusée de conspiration en tant qu’agent étranger non enregistré de l’État russe « sans en avoir notifié le procureur général ».

À la lecture de ces attaques infondées contre leurs concitoyens, combien de jeunes Russes talentueux vont-ils revenir sur leurs projets éventuels de vie, de travail et d’études aux États-Unis ? C’est une question que la RAND ne se pose pas.

C’est là que l’hypocrisie et le cynisme du plan deviennent tout simplement insupportables. Le rapport préconise une fuite des cerveaux russes en attirant les gens les plus talentueux de la nation, et en même temps, il appelle les États occidentaux à interdire à la Russie l’accès à « des forums internationaux non onusiens », et préconise le « boycott d’événements tels que la Coupe du monde », des mesures qui, selon la RAND, « porteront atteinte au prestige russe ».

Il est clair que les auteurs de ce journal diabolique ont été déstablisés par le succès de la Coupe du Monde de Russie 2018, que le président de la FIFA a qualifié de plus beaux jeux jamais organisés. Pendant un mois, plus de 3 millions de fans de football du monde entier ont séjourné en Russie pour assister à des dizaines de matches dans 11 villes russes différentes. Ces invités internationaux ont eu la rare occasion de voir de leurs yeux ce qu’est vraiment la Russie, au lieu d’avoir le seul son de cloche des médias grand public de leurs pays.

En termes de relations publiques, c’était de l’or pur puisque ces millions de fans sont rentrés chez eux avec des histoires élogieuses sur la beauté, l’hospitalité et l’amabilité de la Russie – ce ne sont pas des adjectifs habituellement associés aux anciens ennemis des Américains sous la Guerre froide. Il semble que la communauté internationale, mieux informée aujourd’hui sur la Russie, sera mieux préparée à examiner de près les futures tentatives des États-Unis de boycotts des événements qu’elle organise. En même temps, le cynisme et les arrière-pensées des think tank comme RAND sont plus clairs aux yeux de tous que jamais auparavant.

Enfin, que serait un rapport de la « BLAND Corporation » sans une section lourdement dédiée aux questions militaires ? C’est ici que le lecteur entre réellement de plain-pied dans le monde du Dr Folamour. Le rapport de la RAND suppose a priori que la Russie est un ennemi, bien que Moscou ne mène pas de guerres d’agression ou d’opérations de changement de régime comme ses homologues de l’OTAN. Elle se permet en conséquence de proposer des plans d’action tout à fait désastreux, comme le déploiement d’armes nucléaires tactiques supplémentaires en Europe et en Asie, le repositionnement de systèmes de défense antimissile balistique plus près de la Russie et l’incitation à une course aux armements coûteuse par l’abandon du régime de contrôle des armes nucléaires.

Ce sont des délires de fous obsédés par la domination mondiale au point de vouloir entraîner la planète et ses habitants au bord de l’anéantissement nucléaire pour atteindre leurs objectifs déments. A l’instar du film Dr Folamour, il vaudrait mieux remiser ce plan malencontreux au rayon science-fiction, comme le 1984 d’Orwell, tout en se rappelant que de telles œuvres littéraires n’ont jamais été destinées à servir de guides, mais de mises en garde. Les gens de la RAND semblent avoir oublié cette maxime, au risque de mettre à mal la sécurité mondiale.

Traduction et note d’introduction Entelekheia

http://www.entelekheia.fr/2019/05/29/un-think-tank-americain-rand-chasse-le-gros-gibier-russe-mais-bute-sur-les-usa/

Venezuela, Iran : Trump et l’État profond

Venezuela, Iran : Trump et l’État profond

Les événements qui se sont déroulés au Venezuela et la montée de la tension entre Washington et Téhéran sont présentés de manière fallacieuse par la presse US. On ne peut rien y comprendre au vu des déclarations contradictoires de chaque camp. Il importe d’approfondir l’analyse après avoir vérifié les faits et en intégrant l’opposition entre les différents courants politiques de ces pays.

 | DAMAS (SYRIE)  

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La nouvelle donne de la Maison-Blanche et du Pentagone

Les élections parlementaires du 6 novembre 2018 ont privé le président Trump de sa majorité à la Chambre des représentants. Le Parti démocrate considérait alors sa destitution inévitable.

Bien sûr, il n’avait rien commis qui la justifie, mais une ambiance hystérique opposait les deux composantes des États-Unis exactement comme lors de la guerre de sécession [1]. Depuis deux ans, les partisans de la globalisation économique poursuivaient la piste russe et attendaient que le procureur Robert Mueller prouve la haute trahison du président Trump.

Robert Mueller avait toujours fait passer l’intérêt de l’État fédéral devant la Vérité et le Droit. C’est lui qui, lors de l’attentat de Lockerbie, avait inventé la piste libyenne sur la base d’une preuve qui fut plus tard invalidée par la Justice écossaise [2] . C’est encore lui qui affirma, après les attentats du 11 septembre 2001, que trois avions avaient été détournés par 19 pirates de l’air musulmans dont aucun ne figurait sur les listes d’embarquement [3]. Ses conclusions sur l’enquête russe étaient connues avant d’avoir commencé.

Donald Trump négocia donc sa survie politique avec l’État profond [4]. Il n’avait pas le choix. Il fut convenu que le plan Rumsfeld/Cebrowski [5] serait mis en œuvre à condition de ne pas embarquer le pays dans une grande guerre. En échange de quoi, le procureur Robert Mueller tourna casaque et déclara le président Trump exempt de trahison [6].

Dans la foulée, les faucons imposèrent le retour des néo-conservateurs. Ce groupuscule trotskiste new-yorkais, constitué autour de l’American Jewish Committee (AJC), avait été recruté par Ronald Reagan. Il avait transformé l’idéal de la « révolution mondiale » en celui de l’« impérialisme US mondial ». Depuis lors, il a participé à toutes les administrations, un jour Républicain, le lendemain Démocrate, selon la couleur du président au pouvoir. La seule exception était jusqu’ici l’administration Trump, qui ne l’avait toutefois pas renvoyé de ses agences réservées, la NED (National Endowment for Democracy) et l’USIP (United States Intitute of Peace).

C’est ainsi que le 25 janvier 2019, Elliott Abrams s’est vu confier le dossier vénézuélien au secrétariat d’État. Son nom est associé à toutes sortes de mensonges d’État et de manipulations [7]. Ce personnage fut un des architectes de l’opération Iran-Contras, en 1981-85, et de la guerre contre l’Iraq, en 2003. Dès sa nomination, il a travaillé avec le Commandement militaire US pour l’Amérique du Sud (SouthCom) à renverser le président élu Nicolás Maduro.

Il se trouve que nous connaissons à la fois la stratégie Rumsfeld/Cebrowski —que nous avons vu déployer durant quinze ans au Grand Moyen-Orient— et la déclinaison du SouthCom [8], rédigée le 23 février 2018 par l’amiral Kurt Tidd, et que Stella Calloni a révélé dans nos colonnes en mai dernier [9]. Ce qui se passe aujourd’hui en est l’application évidente.

Le fiasco vénézuélien

L’échec de l’opération US, avec la découverte de la trahison du directeur du SEBIN, le général Manuel Figuera, et le coup d’État qu’il improvisa, le 30 avril, dans la précipitation avant son arrestation, atteste l’impréparation du SouthCom ou plutôt sa méconnaissance de la société vénézuélienne. L’appareil d’État US, qui a disposé d’un semestre, n’a pas été capable de faire travailler ensemble ses différentes agences et ses hommes sur le terrain. Tandis que malgré la désorganisation du pays, l’armée bolivarienne était prête à le défendre.

La reconnaissance anticipée, par Washington, par le Groupe de Lima (sauf le Mexique) et par ses alliés, de Juan Guaidó en lieu et place de Nicolás Maduro comme président du Venezuela plonge le camp US dans d’insolubles problèmes. D’ores et déjà l’Espagne a été le premier pays à s’inquiéter de s’être privé d’interlocuteur pour les Vénézuéliens qu’elle héberge et pour les Espagnols résidant au Venezuela. Jamais, même durant un guerre, on n’avait refusé de reconnaitre la légitimité d’un président constitutionnellement élu et de son administration.

En quelques semaines, Washington a volé l’essentiel des avoirs vénézuéliens à l’étranger [10], exactement comme il l’avait fait en 2003 contre le Trésor iraquien, en 2005 contre le Trésor iranien et en 2011 contre le Trésor libyen. Cet argent n’a jamais été récupéré par les peuples propriétaires, sauf par les Iraniens lors de l’accord JCPOA. Les régimes iraquien et libyen ont été renversés et leurs successeurs se sont bien gardés de mener l’affaire en justice. Cette fois-ci la République bolivarienne a tenu bon et la situation des USA est intenable.

À plus petite échelle, il est intéressant d’observer comment Washington va gérer l’affaire de l’ambassade vénézuélienne dans la capitale US. Des policiers s’y sont présentés pour expulser ses occupants et installer à leur place une équipe désignée par Juan Guaidó. Mais les occupants légitimes ont refusé de céder, bien qu’on leur ait coupé l’eau et l’électricité. Avec le temps, ils ont reçu des renforts, dont celui du pasteur afro-américain Jesse Jackson venu leur apporter à manger. Ils ont finalement été expulsés. Maintenant, Washington ne sait plus comment se justifier.

La diversion iranienne

Sifflant la fin du match, Donald Trump a rappelé ses troupes à leur compromis : renverser Maduro « oui », s’engager dans une guerre classique « non ». Le président Donald Trump est un jacksonien ; son conseiller de sécurité, John Bolton, est un exceptionnaliste [11] ; et Elliott Abrams qui fit campagne contre eux est un néoconservateur —trois idéologies qui n’existent dans aucun autre pays (sauf les néoconservateurs en Israël)—. À l’évidence, cet attelage ne peut pas fonctionner.

Cherchant à rejeter la responsabilité de son échec au Venezuela, l’État profond a immédiatement lancé une diversion iranienne pour sauver Elliott Abrams et se débarrasser de John Bolton. La presse US protège le premier en accusant le second [12].

Sans attendre, constatant la brèche entre le Pentagone et la Maison-Blanche, les Démocrates relancèrent la piste de l’ingérence russe, cette fois en s’en prenant au fils aîné du président, Donald Jr.

Le dossier iranien est très différent du précédent. Alors qu’au Venezuela, les États-Unis ont conduit de multiples opérations depuis 2002 contre le modèle bolivarien et son aura en Amérique latine, ils n’ont commencé que l’année dernière à agir contre son peuple. Au contraire, depuis le début du XXème siècle, le peuple iranien a dû affronter le colonialisme. La famine et les maladies ont tué 8 millions d’Iraniens durant l’occupation britannique de la Première Guerre mondiale [13]. Le renversement du Premier ministre nationaliste Mohammad Mossadegh par les États-Unis et le Royaume-Uni, en 1953, suivi de son remplacement par le général nazi Fazlollah Zahedi, qui imposa la terrible répression de la Savak, est largement connu. L’arrestation d’agents de la CIA en flagrant délit dans un étage réservé de l’ambassade US continue à être présenté en Occident comme une « prise d’otage de diplomates » (1979-81), alors que Washington n’a jamais saisi la justice internationale à ce sujet et que deux Marines libérés ont confirmé la version iranienne. En 1980, les Occidentaux ont demandé à l’Iraq d’entrer en guerre contre l’Iran. Ils ont vendu des armes aux deux camps pour qu’ils s’entre-tuent et se sont battus aux côtés des Iraquiens lorsque le sort a failli tourner. Un porte-avions français participait même aux combats sans que les Français en soient informés. Cette guerre a fait 600 000 morts côté iranien. En 1988, l’armée US abattit un vol commercial d’Iran Air faisant 290 victimes civiles, sans jamais présenter la moindre excuse. Sans parler de l’ineptie des très lourdes sanctions sur le nucléaire : les États-Unis et Israël prétendent que Téhéran poursuit le programme atomique du Shah. Pourtant les documents les plus récents publiés par Benjamin Netanyahu attestent que c’est une extrapolation. Les Gardiens de la Révolution envisageaient en tout et pour tout de fabriquer un générateur d’onde de choc [14], qui certes peut entrer dans la composition d’une bombe, mais ne constitue pas en soi une arme de destruction massive.

C’est donc dans ce contexte, que l’Iran a annoncé ne plus respecter une clause de l’accord sur le nucléaire (JCPOA) comme le lui en donne le droit ce Traité lorsqu’une autre partie —les USA en l’occurrence— ne respecte pas ses obligations. En outre, il a donné deux mois à l’Union européenne pour dire si elle entend ou non respecter ses obligations. En définitive, une agence de Renseignement US a lancé une alerte selon laquelle une note du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, laissait à penser qu’il préparait des attentats contre les diplomates US à Erbil et à Bagdad.

En réponse,
- 1. Washington a envoyé le groupe militaire naval de l’USS Abraham Lincoln dans le Golfe et retiré son personnel diplomatique non-essentiel d’Iraq.
- 2. L’Arabie saoudite, qui accuse Téhéran d’avoir saboté ses installations pétrolières, appelle Washington à attaquer l’Iran. Le Bahreïn a demandé à ses ressortissants de quitter immédiatement l’Iran et l’Iraq. ExxonMobil a retiré son personnel du site iraquien de West Qurna 1.
- 3. Le commandant du CentCom, le général Kenneth McKenzie Jr., a demandé des renforts.
- 4. Le New York Times a révélé un plan d’invasion de l’Iran par 120 000 soldats états-uniens, immédiatement démenti par Donald Trump qui a appelé Téhéran à discuter.

Tout ceci n’est pas très sérieux.

Contrairement aux supputations de la presse :
- 1. Le rapport de Renseignement US sur une possible attaque de diplomates se fonde sur une note du Guide Ali Khamenei. Mais les analystes conviennent qu’une autre interprétation du même document est possible [15].
- 2. Le groupe naval US n’est pas allé dans le Golfe pour menacer l’Iran. Il devait s’y rendre de longue date pour tester le système de défense anti-missiles navals AEGIS. Un bâtiment espagnol, la frégate Méndez Núñez, qui participait à ce déplacement, a refusé de poursuivre cette mission pour ne pas s’engager dans cette embrouille. Il n’a pas franchi le détroit d’Ormuz et est resté à celui de Bab el Mandeb [16].
- 3. Le retrait du personnel diplomatique d’Iraq se situe dans le mouvement du retrait brutal du personnel diplomatique d’Afghanistan, en mars et avril [17]. Cette réorganisation des postes diplomatiques n’annonce pas de guerre. Bien au contraire, il a été négocié avec la Russie.
- 4. D’autant que sans le soutien des milices iraquiennes pro-iraniennes, les États-Unis perdraient leur implantation dans ce pays.

Malheureusement, le gouvernement iranien refuse tout contact avec le président Trump et son équipe. Il faut garder à l’esprit que cheick Hassan Rohani, lorsqu’il était parlementaire, fut le premier contact des Occidentaux dans l’affaire Iran-Contras. Il connaît personnellement Elliott Abrams. Il mit en relation l’État profond US et l’ayatollah Hachemi Rafsandjani —qui devint le milliardaire le plus riche d’Iran grâce à ce trafic d’armes—. C’est sur la base de ce service rendu que les États-Unis favorisèrent sa victoire contre l’équipe de Mahmoud Ahmadinejad —qui fut empêchée de participer à l’élection et dont les principaux membres sont aujourd’hui emprisonnés—. Il considère, à tort ou à raison, que le retrait par Donald Trump de l’accord sur le nucléaire vise à utiliser le mécontentement populaire de décembre 2017 pour le renverser. Il persiste à croire que l’Union européenne lui est favorable, bien que le Traité de Maastricht et les suivants empêchent Bruxelles de se désolidariser de l’Otan. C’est donc en toute logique qu’il a rejeté par deux fois l’offre de pourparlers de Donald Trump et attend le retour des globalistes à la Maison-Blanche.

Bien sûr, avec ce mauvais casting, on ne peut exclure que cette mise en scène dérape et provoque une guerre. En réalité, la Maison-Blanche et le Kremlin se parlent. Ni le secrétaire d’État US, Mike Pompeo, ni son homologue russe, Sergueï Lavrov, ne souhaitent se laisser embarquer dans cet engrenage.

[1] « Les États-Unis vont-ils se réformer ou se déchirer ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 25 octobre 2016.

[2] « Lockerbie : vers une réouverture de l’enquête », « L’AFP réécrit l’affaire de Lockerbie », Réseau Voltaire, 29 août 2005 et 20 mai 2012.

[3] « Listes des passagers et membres d’équipage des quatre avions détournés le 11 septembre 2001 », Réseau Voltaire, 12 septembre 2001.

[4The American Deep State : Big Money, Big Oil, and the Struggle for U.S. Democracy, Peter Dale Scott, Rowman & Littlefield (2017). Version française : L’État profond américain : La finance, le pétrole et la guerre perpétuelle, Demi-Lune, 2019.

[5] « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 2017.

[6Report On The Investigation Into Russian Interference In The 2016 Presidential Election, Special Counsel Robert S. Mueller III, March 2019.

[7] « Elliott Abrams, le « gladiateur » converti à la « théopolitique » », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 février 2005.

[8] “Plan to overthrow the Venezuelan Dictatorship – “Masterstroke””, Admiral Kurt W. Tidd, Voltaire Network, 23 February 2018.

[9] « Le « Coup de Maître » des États-Unis contre le Venezuela », par Stella Calloni, Traduction Maria Poumier, Réseau Voltaire, 11 mai 2018.

[10#Trump desbloquea Venezuela, Gabinete de Ministros de Venezuela, 2019.

[11] « L’Onu cassée par l’« exceptionnalisme » états-unien », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 2 avril 2019.

[12] “White House Reviews Military Plans Against Iran, in Echoes of Iraq War”, Eric Schmitt and Julian E. Barnes, New York Times, May 13, 2009. “Trump, frustrated by advisers, is not convinced the time is right to attack Iran”, John Hudson & Shane Harris & Josh Dawsey & Anne Gearan, Washington Post, May 15, 2019.

[13The Great Famine and Genocide in Persia, 1917–1919, Majd, Mohammad Gholi, University Press of America (2003).

[14Shock Wave Generator for Iran’s Nuclear Weapons Program : More than a Feasibility Study David Albright & Olli Heinonen, Fondation for the Defense of Democracies, May 7, 2019. (PDF – 4.3 Mo)

[15] “Intelligence Suggests U.S., Iran Misread Each Other, Stoking Tensions”, Warren P. Strobel & Nancy A. Youssef & Vivian Salama, The Wall Street Journal, May 16, 2019.

[16] « España retira la fragata ‘Méndez Núñez’ del grupo de combate de EE UU en el golfo Pérsico », Miguel González, El País, 14 de Mayo de 2019.

[17] « Beijing, Moscou et Washington s’accordent en secret sur l’Afghanistan », Réseau Voltaire, 26 avril 2019.

https://www.voltairenet.org/article206517.html