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GUERRE : LES AMÉRICAINS SONT À L’OUEST !

GUERRE : LES AMÉRICAINS SONT À L’OUEST !

« Les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir jamais connu la civilisation » (Oscar Wilde). Quel décalage abyssal entre l’image de puissance et de clairvoyance intellectuelle que projettent les États-Unis à l’extérieur de leur pays (« row » pour « the rest of the world » ainsi désigné de manière méprisante) et la réalité moins reluisante d’une certaine forme d’impuissance et d’aveuglement (avec une constance qui mérite louange) sur la compréhension des questions internationales ! Et, pourtant, l’Amérique exerce une fascination sans limite sur nos centres des recherche (« think tanks », cela fait plus chic et plus sérieux ») – sans parler de l’école néoconservatrice (« la secte » ou « la meute ») qui fait la pluie et le beau temps dans la diplomatie française – qui ont les yeux de Chimène pour tous les concepts provenant d’Outre-Atlantique. À tel point que l’on peut se demander si le pays des Lumières ne manquerait pas de bons esprits capables de réfléchir de manière indépendante sur les évolutions du monde d’aujourd’hui, voire de les anticiper. Et cela est d’autant plus préoccupant que les dernières décennies sont truffées d’exemples de la faillite intellectuelle américaine sur le plan géostratégique : Vietnam, Afghanistan, Irak, Libye, Yémen, Irak-Syrie … Un véritable inventaire à la Prévert. Notre Oncle Sam (démocrate ou républicain), qui ose encore se présenter comme l’inspirateur d’essence divine du ou des progrès de la planète, apparait de plus en plus comme un marchand d’illusions de haut vol auquel il est hasardeux de faire confiance.

VIETNAM : LA GROSSE CLAQUE ASIATIQUE

Il est indispensable de revenir au siècle dernier pour apprécier la constance dans l’erreur des États-Unis dans les crises où ils ont décidé de s’impliquer. Après s’être félicités de la débâcle de Dien Bien Phu en 1954, les Américains entendent reprendre la place laissée libre par la France – la nature ayant horreur du vide – en déroute de la Quatrième République en Indochine. Petit à petit, ils constatent que l’affaire est moins simple que prévu. Ils y dépêchent d’abord quelques conseillers militaires pour épauler les Vietnamiens du Sud (sorte de rempart de l’Occident) en proie à un harcèlement constant des Vietnamiens du Nord (sorte de cheval de Troie du communisme). Cela n’étant pas suffisant, ils y envoient un véritable corps expéditionnaire pléthorique censé infliger une véritable correction à ces pouilleux du général Giap. L’affaire tourne mal. En dépit d’une guerre sans merci, de l’utilisation à outrance de l’aviation, de défoliants et autres armes intelligentes, l’aventure tourne à la débandade pour l’invincible Amérique. Les accords de Paris signent la fin de la récréation et l’une des plus grandes défaites militaire et idéologique des États-Unis de l’après Seconde Guerre mondiale. On se souvient du départ en catastrophe de l’ambassadeur des États-Unis de Saïgon à l’arrivée des troupes du Viêt-Cong. Pas très glorieux de se faire rosser par plus petit que soi. Ce serait du genre humiliant à y regarder de plus près.

Après le séisme produit dans le pays profond par la guerre du Vietnam, l’on pensait l’Amérique vaccinée contre le mal des expéditions coloniales aventureuses pensées et conduites par le très célèbre lobby militaro-industriel dictant sa loi au Pentagone mais aussi et surtout à la Maison Blanche. Mais, c’était mal le connaître. Après une accalmie d’une vingtaine d’année, l’Amérique est rattrapée par ses vieux démons qui vont la conduire en Afghanistan d’où elle avait largement contribué à chasser l’occupant soviétique en armant le bras des Talibans (Cf. les livraisons des missiles Stingersaux Talibans). La fable de l’arroseur arrosé, du retour du boomerang, toutes choses qu’Américains mal dégrossis ne veulent ou ne peuvent pas comprendre tant l’Amérique ne veut entendre les critiques de ses alliés sur leurs aventures hasardeuses. Elle préfère faire la sourde oreille, au mieux, clouer au pilori l’intrépide qui se permet de la critiquer, au pire. C’est la diplomatie du silence dans les rangs serrés des idiots utiles, des courtisans serviles qui sont légions à Evere, le siège de l’église atlantiste qui a pour nom Alliance atlantique ou NATO dans la langue de Shakespeare.

AFGHANISTAN : LE CIMETIÈRE DES EMPIRES

L’histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement en Afghanistan où les puissances étrangères (Britanniques, Soviétiques et Américains, épaulés par leurs idiots utiles) subissent échec après échec comme si régnait une sorte de malédiction sur ce pays ? Après avoir été éliminés par la coalition des suppos de Washington, les Talibans sont aujourd’hui de retour à Kaboul et ailleurs dans le pays.

L’élimination des Talibans

Plus près de nous, après les évènements tragiques du 11 septembre 2001, l’administration républicaine se lance dans une « guerre contre le terrorisme » en Afghanistan, enrôlant au passage ses idiots utiles d’alliés – plutôt alignés – de l’OTAN pour bouter le barbare (ami de la veille) hors de Kaboul et des principaux centres stratégiques du pays. Une fois encore, elle met le paquet, pour employer cette expression triviale. L’ennemi abandonne ses positions mais pas son idéologie. Peu après, elle décrète que l’ennemi islamiste est terrassé et que l’Afghanistan va entrer dans une nouvelle ère de paix, de prospérité et de démocratie heureuse (la mise en place des équipes de reconstruction provinciales ou PRT). Tout va très bien madame la marquise mais à part çà un petit rien… Les choses ne tournent pas dans le sens souhaité.

Le retour des Talibans

Presque vingt après le début de l’intervention militaire, le bilan est catastrophique. Les Talibans chassés de leurs fiefs reprennent le terrain perdu en infligeant de lourdes pertes aux troupes de la coalition et en faisant à nouveau régner la terreur dans le pays. Les femmes sont les victimes expiatoires de ces fous furieux. Donald Trump, qui comprend que la force ne paie pas, négocie avec eux, se promettant de quitter ce « cimetière des empires » avant 2020, élections obligent1. Fait intéressant à noter, les États-Unis se montrent d’une grande magnanimité avec l’Arabie saoudite (son grand allié depuis le Pacte du Quincy) alors même que les terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre 2001 sont en majorité originaires de ce pays comme du reste leur cerveau Oussama Ben Laden et qu’elle diffuse dans le monde un islam rigoriste (le wahhabisme) mortifère qui inspire les apprentis terroristes de tout poil, y compris ceux qui vivent en Occident. En termes d’indignation à géométrie variable, les Américains sont hors compétition. Bien évidemment, les alliés de l’oncle Donald (y compris le gouvernement fantoche de Kaboul) ne sont pas conviés aux négociations secrètes entre Américains et Talibans. Ils seront informés le moment venu du résultat des discussions et n’auront pas leur mot à dire. Merci pour tous les morts inutiles qu’ils laisseront derrière eux et qui se seront battus pour le roi de Prusse. Mais, ne nous arrêtons pas à de pareils détails mesquins. Les fameux alliés ont l’habitude d’avaler des couleuvres, des boas sans coup férir. Ils seraient même du genre masochistes et auraient même tendance à en redemander à l’occasion. Tournons notre regard vers l’Irak, objet de toutes les attentions de l’administration républicaine.

IRAK : GUERRES SANS FIN

L’élimination de Saddam Hussein

Dans sa grande sagesse, l’Amérique décrète, au début des années 2000, qu’elle va faire du « Grand Moyen-Orient » une sorte de laboratoire de la démocratie et de la loi du marché qui va étendre ses effets bénéfiques, de proche en proche, à la région au sens large par effet de domino à l’envers. Mais, il existe dans la zone un fauteur de troubles (« trouble maker ») désigné à la vindicte publique qui aurait la fâcheuse tendance à occuper l’un de ses voisins (le Koweït) en violation du droit international (il en sera puni), à aider en sous-mains les terroristes Al-Qaeda (pour se venger de la défaite qui lui a été infligée après l’invasion du Koweït) et, pire encore, à se doter illégalement d’armes de destruction massives, les fameuses ADM ou WMD en anglais (que l’on a du reste jamais trouvées même en cherchant bien). Occasion rêvée de lui rendre gorge, une bonne fois pour toutes et au passage de mettre la main sur ses ressources pétrolières. Chose dite, chose faite. En un tournemain, en dépit de l’opposition française (Cf. le discours de Dominique de Villepin de 2003 devant le Conseil de sécurité de l’ONU) et de l’absence d’autorisation du machin (dont l’Amérique n’a que faire), on règle son compte au tyran Saddam Hussein, on élimine tout ce qui, de près ou de loin, a collaboré avec le parti Bath et la bataille est, une fois de plus gagnée. Au passage, toute l’infrastructure administrativo-politique est mise à terre. Le pays est un bateau ivre sans capitaine, si ce n’est quelques marionnettes désignées à et par Washington mais qui ne représentent pas le pays réel. Sunnites et Chiites, sans parler des Kurdes, s’en donnent à cœur joie en commettant attentats sur attentats, plus horribles les uns sur les autres. Une sorte de surenchère permanente dans l’atrocité.

Les bégaiements de l’histoire

Mais, l’histoire semble inexorablement bégayer : bataille gagnée signifie immanquablement guerre perdue. Force est de constater que l’Irak entre dans une période de chaos indescriptible dont elle ne s’est toujours pas remise. Où l’Amérique passe, la paix trépasse. Un vieux classique des relations internationales que notre clergé médiatique a trop tendance à perdre de vue… sans parler de notre élite dirigeante, La Caste qui ignore tout des fondamentaux de la diplomatie. Nos braves inspecteurs des Finances qui confondent les règles de Bercy et celles du Quai d’Orsay. Il est toujours plus facile d’instaurer la pagaille que de rétablir l’ordre dans un pays morcelé et fragmenté entre différentes obédiences de l’Islam qui traine comme un boulet, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le problème kurde. Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour rendre toute réconciliation impossible et l’insurrection possible, voire automatique. Nous n’apprenons décidément rien des leçons de l’expérience.

Non content de cette nouvelle déculottée, les masochistes américains en redemandent et tournent leur regard vers la Libye et le Yémen. Attention, les pyromanes sont de retour. Danger imminent en perspective. Et, c’est bien le cas à la lumière de ce qui se passe et non de ce qui se dit dans nos gazettes et dans nos chancelleries diffuseuses de « bobards » à jet continu. Et cela dans la plus grande indifférence.

LIBYE, YÉMEN : DEUX AFFREUX BOURBIERS

Prenons deux exemples tirés d’une actualité récente pour éclairer notre lanterne et mieux comprendre la politique extérieure américaine ! Les crises en Libye et au Yémen2 en disent long sur l’indigence de la pensée stratégique occidentale en ce début de XXIe siècle, sur l’incapacité de nos bons apôtres à ne pas tomber à pieds joints dans les pièges qu’ils ont eux-mêmes armés volontairement en pensant y piéger l’ennemi.

Libye, un État failli

Il n’est nul besoin de s’appesantir sur la pagaille monstre qui prévaut actuellement en Libye (dans le pays, au sud et au nord pour faire bonne figure) à la suite de l’intervention d’une coalition à laquelle les États-Unis ont prêté main forte même si la France du Petit Nicolas et du grand BHL a joué le rôle de mauvais génie. Une fois encore, bataille gagnée sur le très court terme, guerre perdue sur le long terme. Souvenons-nous des propos lyriques de Nicolas Sarkozy après la mise à mort du guide suprême (celui qui aurait financé sa campagne électorale). Nous en mesurons les multiples conséquences négatives aujourd’hui encore sur le continent africain mais aussi en Europe à travers la crise migratoire. Qu’est-ce que l’Occident a gagné dans cette guerre stupide que nous n’avions pas réfléchie autant qu’elle le méritait ?

Yémen, la « pire catastrophe humanitaire »

Il n’est pas plus besoin de s’arrêter sur l’aide logistique énorme fournie par l’Amérique à son grand allié saoudien3 pour écraser les rebelles houthis avec le succès que l’on sait4. Aujourd’hui, les Emirats arabes unis (EAU) prennent la poudre d’escampette, pour tenter d’échapper, un jour prochain qui sait, aux foudres de la Cour pénale internationale (CPI) en raison des crimes de guerre et autres crimes contre l’humanité (quelques peccadilles) commis dans cette « Arabie heureuse » par l’Arabie saoudite de MBS5. Pour sa part, la France éternelle n’est pas exempte de tout reproche dans cette sale guerre. Une fois n’est pas coutume, les Européens, Allemands en tête refusent de se laisser entraîner dans une improbable nouvelle coalition destinée à jouer les gendarmes du monde dans le détroit d’Ormuz comme le souhaitent les Américains pour punir les Iraniens6. Un sursaut de bon sens et d’orgueil de l’Europe est si rare pour être relevé. Il devrait se prolonger par une construction de sa puissance, condition de son autonomie stratégique. Mais, nous en sommes encore loin.

IRAK-SYRIE : LA FIN DE L’ÉTAT ISLAMIQUE

Après le temps de la guerre la fleur au fusil, vient le temps de la divine surprise, à savoir que la guerre n’aurait servi à rien en dépit des morts ayant donné leur vie pour la bonne cause. Mais, cela ne fait pas la une des grands quotidiens ou des actualités télévisées, ni même des réseaux prétendument sociaux.

La guerre la fleur au fusil

Dans la foulée des « révolutions arabes » au début de la deuxième décennie du XXIe siècle, l’EIIL s’empare d’une portion importante des territoires irakien et syrien pour y installer un califat, pour y faire régner une terreur sans précédent, pour s’accaparer des ressources pétrolières et financières, pour diffuser une propagande mortifère, pour semer la terreur dans la zone (en particulier contre les Kurdes et les Chrétiens) mais aussi en Europe (multiplication des attentats en particulier en France)… C’en est trop pour l’Amérique et ses fidèles affidés dont la France hollandaise et macronienne ! Il faut aller guerroyer pour bouter hors des villes et des campagnes la soldatesque de l’État islamique et ses nébuleuses bien aimées de Laurent Fabius obnubilé par le départ de Bachar Al Assad. Une fois encore, la bataille est rapidement remportée grâce à la supériorité technologique indiscutable occidentale. Les combattants, qui n’ont pas été éliminés, s’évaporent dans la nature. On les dit épuisés et peu désireux de reprendre le combat. Mais, c’est mal connaître les fanatiques de la région. Au début de l’année 2019, Américains, mais aussi nos Pieds Nickelés français (Macron-Parly-Le Drian), clament que la « bête immonde » a été vaincue. Alléluia ! Nous allons enfin pouvoir dormir sur nos deux oreilles. L’ordre occidental règne sur l’Orient compliqué en dépit d’une réinstallation de la Russie en Syrie. Comment en aurait-il pu être autrement tant nos élites sont certaines de leur fait ? La force l’a emporté contre le mal incarné par l’état islamique et sa folie destructrice. Tout va très bien dans le meilleur des mondes des bisounours que nous servent régulièrement nos perroquets à carte de presse qui sévissent quotidiennement sur les chaînes d’abrutissement en continu. Mais, patatras…

La divine-mauvaise surprise

Oh, surprise en ce début du mois d’août 2019, quelques informations aussi baroques qu’inquiétantes nous parviennent du Pentagone, une sorte d’usine à bobards. Tel Lazare, l’EIIL renaitrait de ses cendres, envisagerait de reprendre ses opérations militaires en Irak et en Syrie, de commettre quelques attentats en Europe pour bien démontrer qu’il n’a rien perdu de sa vigueur et de son audience en dépit de sa mise à l’écart des grands centres urbains. Dans la foulée, et comme un seul homme, la communauté du renseignement occidentale reprend les saintes écritures américaines en les psalmodiant à longueur de journée sur les chaînes d’abrutissement en continu. La peste islamiste pourrait de nouveau sévir dans nos villes et dans nos campagnes dès la rentrée de septembre. Qu’on se le dise ! Il est plus facile de gagner une bataille sur le terrain qu’une guerre idéologique.

Si nous comprenons bien, vérité de janvier ne serait plus vérité d’août ! Curieux. De deux choses l’une, soit la propagande officielle occidentale éhontée (pour une fois, les « fake news » ne viendraient pas ou plus du Kremlin) nous avait trompés en nous disant que la bataille contre l’EIIL avait été gagnée pour nous enfumer avec de bonnes paroles rassurantes, soit nos éminents stratèges avaient mal analysé la situation sur le terrain en dépit de leurs immenses capacités de renseignement, ce qui ne serait pas très glorieux pour la puissante Amérique. Dans tous les cas, tout ceci ne serait pas très rassurant en termes de garantie de notre sécurité. Le moins que l’on puisse dire est que la Syrie a été une défaite pour l’Occident dont les conséquences sont graves sur le plan mondial. Mais, en France, on préfère sanctionner le colonel Legrier qui a eu l’immense tort de dire ce qu’il pensait de l’alignement de la stratégie française sur celle des États-Unis en Irak et en Syrie que ceux qui encensaient Jupiter. Le militaire a dit la vérité, il doit être exécuté. Au passage, nous subissons les foudres de l’ONU pour renvoyer en Irak quelques illuminés7. La fessée est magistrale8. Décidément, le machin ne manquera pas de nous surprendre… en mal au moment même où il est incapable de s’acquitter de sa mission de maintien de la paix et de la sécurité internationales sur terre. Rôle qui serait d’autant plus opportun alors que les relations internationales sont basées sur la puissance. La force prime désormais le droit.

La suite au prochain numéro. C’est bien connu la puissante Amérique ne s’épanouit qu’en se trouvant de nouveaux ennemis que l’on va abattre définitivement sous le poids de bombes de plus en plus sophistiquées et intelligentes (« smart » pour les experts). C’est surtout bon pour les vendeurs d’armes qui n’ont rien à faire de la paix dans le monde9. Il lui a fallu de nombreuses années pour se remettre de la perte de l’ennemi héréditaire que fut l’Union soviétique après la chute du Mur de Berlin. Les terroristes ont fait et continuent de faire encore l’affaire. Mais, la liste s’est allongée depuis : Russie de nouveau, Chine qui découvre la fée sanction10 comme la Corée du nord et l’Iran punie d’avoir respecté ses engagements nucléaires souscrits dans l’accord de Vienne du 14 juillet 2015, déchiré par Donald Trump. Tout va très bien, le lobby des armes a des arguments pour vendre des armes manu larga et se remplir les poches. Drôle de conception de la paix dans le monde que celle qui nous vient d’Outre-Atlantique ! Au passage, la montée des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ainsi que les tensions artificielles dans le détroit d’Ormuz font monter les cours du baril de pétrole. Encore, une excellente occasion d’en tirer profit pour certains attirés par le lucre11.

« L’histoire se répète toujours deux fois, la première en tragédie, la seconde en farce »12. Et, c’est bien ce que nous constatons aujourd’hui à propos de nos amis et alliés d’Outre-Atlantique. L’Amérique est décidément indécrottable. Elle galope d’échec militaire en échec militaire sans qu’elle n’en tire les conclusions qui s’imposent. En dehors de ses questions intérieures (et l’on peut en douter à l’aune d’affaires récentes de toutes natures13, en particulier les récentes tueries14), l’Amérique ne comprend rien au monde extérieur. Il lui est tout à fait étranger, pour ne pas dire totalement étranger. Les Américains ne comprennent rien au passé, au présent et encore moins à l’avenir. Rappelons que l’éternité est faite de trois dimensions, celle du passé, celle du présent, celle de l’avenir !

Les Américains estiment, à tort, que le monde va se plier à leurs désirs, à leurs exigences de cowboys, de shérifs du monde. Mais, cela ne fonctionne pas ainsi. Ce serait plutôt le contraire. Ils sont contraints de tirer les conséquences de leurs défaites en laissant des États au bord du chaos généralisé. Mais, ils ne sont pas spécialement adeptes du retour d’expérience (« retex » chez les militaires) pour éviter de reproduire les mêmes erreurs. Cela leur éviterait de graves déconvenues.
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Quand les Européens voudront-ils bien reconnaître que l’OTAN, c’est-à-dire les États-Unis, est une menace pour l’Europe parce qu’elle est un instrument de déresponsabilisation et un outil de maintien et de renaissance des tensions en Europe ?15 Ils e peuvent attendre la fin des divisions entre l’est et l’ouest pour agir. Mais, trêve de plaisanterie. L’honneur est sauf. L’Amérique est à l’Ouest géographiquement mais elle l’est aussi sur le plan géostratégique.

Guillaume Berlat
19 août 2019

1 Jacques Follorou, Afghanistan : les Américains pourraient partir fin 2020. Washington et les talibans sont engagés depuis onze mois à Doha dans des négociations de paix, Le Monde, 10 août 2019, p. 4.
2 Hélène Sallon, Yémen : des fissures dans le front antihoutistes, Le Monde, 13 août 2019, p. 3.
3 Renaud Girard, L’incroyable fiasco saoudien au Yémen, Le Figaro, 13 août 2019, p. 19.
4 Delphine Minoui, Yémen : le front anti-houthiste vole en éclats, Le Figaro, 12 août 2019, p. 8.
5 Trump parrain de la bombe saoudienne ?, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 3.
6 Norbert Röttgen, Dans la crise du détroit d’Ormuz, l’Europe doit se détacher des États-Unis, Le Monde, 11-12 août 2019, p. 27.
7 Inès Daif, L’ONU critique le traitement des djihadistes français, Le Figaro, 12 août 2019, p. 8.
8 Allan Kaval/Hélène Sallon, Transfert des djihadistes : l’ONU interpelle Paris, Le Monde, 13 août 2019, p. 2.
9 Alain Joxe, Les guerres de l’empire global, éditions La Découverte, 2012.
10 Claude Angeli, Course à la guerre froide entre Pékin et Washington, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 3.
11 Nabil Wakim, Le marché mondial de l’or noir au bord de la crise, Le Monde, 13 août 2019, p. 9
12 Régis Debray, L’Europe fantôme, Gallimard, 2019, p. 41.
13 Mathieu Bock-Côté, Les racines de la violence aux États-Unis, Le Figaro, 10-11 août 2019, p. 19.
14 États-Unis : plus de 250 tueries depuis janvier… Et Trump défend toujours les armés ricains !, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 1.
15 Général Desportes : « L’OTAN est une menace pour l’Europe », Le Figaro, 25-26 mai 2019, p. 20.

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Rédacteur en chef : Richard Labévière
Rédaction: Michel Annequin, Jean-Claude Bainville, Bouchra Belguellil, Guillaume Berlat, Jacques-Marie Bourget,
Alain Chouet, Bernard Cornut, François Nicoullaud, Etienne Pellot, Bertrand Renouvin.


https://prochetmoyen-orient.ch/guerre-les-americains-sont-alouest/
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De l’agent orange étasunien au Roundup européen : Le Vietnam poursuit sa lutte !

De l’agent orange étasunien au Roundup européen : Le Vietnam poursuit sa lutte !

    Le Vietnam vient d’interdire sur son sol l’usage du célèbre glyphosate, fleuron du géant euro-étasunien Bayer-Monsanto, mieux connu sous son nom commercial Roundup. Cette décision, dans le sillage de la résistance de l’agro-écologie cubaine contre l’agrobusiness depuis les années 2000, s’inscrit aussi dans une politique nationale qui avait déjà infligé à Monsanto une première défaite juridique concernant le funeste « agent orange », puissant désherbant jadis utilisé dans le génocide étasunien des vietnamiens (plus de trois millions de victimes atteintes de cancer jusqu’à aujourd’hui dans le pays). Monsanto a d’ailleurs été condamné à verser des indemnités aux victimes.

     

    Bayer-Monsanto, d’autant plus vorace qu’il est désormais quasiment seul sur le marché mondial, ne se laissera pas faire et s’apprête à déposer des recours contre le Vietnam auprès de l’OMC pour lui infliger des sanctions économiques.

    La firme est d’ailleurs engagée dans une véritable guerre médiatique pour cacher les effets néfastes de son produit phare, avec la volonté de « ne rien laisser passer » (« Let nothing go », mot d’ordre d’une véritable contre-offensive planifiée dans les documents internes à Monsanto, dévoilés en 2017 par les “ Monsanto Papers ”). Deux plaignants atteints de lymphomes ont eu récemment gain de cause (aux EU et en France) contre Monsanto, avec des effets médiatiques qui ont déjà bousculé le géant… pendant que 4000 cas sont encore en attente de jugement !

    Le centre de cette contre-offensive, dévoilé par les “ Monsanto Papers ”, oppose l’OMS qui avait classifié en 2015 le glyphosate comme « cancérogène probable » (effets avérés sur les mammifères de laboratoire mais pas encore sur l’homme) à l’AEPC (Agence Européenne de réglementation des Produits Chimiques). Cette dernière, qui a déclassifié le désherbant en 2017, s’appuyait en effet sur des résultats d’analyse dont les auteurs ont travaillé dans le privé pour Monsanto ! Un conflit d’intérêt qui en dit long sur les lobbies européens sans scrupules qui, par la voie de pseudo-organismes officiels, piétinent les intérêts de la population pour répondre aux exigences de profit maximum des grands monopoles de l’agrochimie. A plus forte raison quand la firme en question devient « européenne ».

    Désormais, on observe en Europe et en France une puissante campagne médiatique pro-roundup tout à fait opportune à l’heure du rachat de Monsanto par Bayer : Les vieux engagements d’interdire le roundup, y compris celui de Hulot et Macron en France, sont successivement abandonnés dans les Parlements, au nom d’une soit disant impossibilité pour les agriculteurs de mettre en place des stratégies alternatives sur le court terme. Il faudrait au minimum un « délai » de plusieurs années… pendant lequel les avocats de Bayer auront largement le temps d’innocenter leur roundup ! Le Sri lanka qui avait par exemple tenté en 2015 une interdiction du produit sur son sol a fini par revenir sur sa décision l’année dernière…

    Impossibilité ? Alors pourquoi des pays comme Cuba et maintenant le Vietnam, sont en mesure de l’interdire sur le champ ? N’est-ce pas l’aveu que les tergiversations occidentales et notamment européenne et française sur le glyphosate ne sont pas le fait d’un soucis pour les paysans mais bien d’un travail particulièrement actif des lobbies de l’agrobuziness dans des régions (Europe et EU) toujours leaders de l’agriculture intensive ? D’ailleurs pourquoi son usage est-il désormais interdit pour les particuliers alors qu’il continue d’être le produit « indispensable » pour les agriculteurs (700 000 tonnes utilisées chaque année dans le monde) ? On trouve le produit partout, dans nos assiettes (un produit sur deux selon l’ONG Génération Future) mais aussi dans l’eau, dans l’air…

    En réalité les lobbies du glyphosate jouent sur les mots : effectivement la dose de glyphosate que nous ingérons en tant que consommateurs est sans doute peu toxique, mis à part pour les femmes enceintes et les nourrissons. Mais le problème se pose bien plus concrètement pour la santé des paysans eux-mêmes (les cas qui ont eu gain de cause contre Monsanto sont d’ailleurs des producteurs et non des consommateurs) et sur la qualité des sols cultivés.

    On sait maintenant quels sont les effets destructeurs historiques de l’agriculture intensive (d’inspiration euro-étasunienne d’après-guerre) sur la fertilité des sols, niant l’aérobiologie au profit d’une mécanique et réductrice « agrochimie » tuant progressivement la vie des sols et des agrosystèmes qui nous nourrissent. Même sur ce plan les mouvements politiques dits « écologiques », quand ils ne remplacent pas purement et simplement les intérêts de classe des producteurs par ceux de nébuleux « consommateurs » (ne sont-ce pas les mêmes ?), accusent simplement le roundup de mettre les abeilles en péril, mais jamais la vie, la fertilité naturelle des sols cultivés eux mêmes, c’est-à-dire de ce qui concrètement nous nourrit tous !

    Cette inversion des logiques de lutte, qui table sur des boycotts de consommateurs « décroissants » contre une lutte visant à promouvoir des alternatives productives à l’agrochimie (comme c’est le cas à Cuba aujourd’hui avec les succès que l’on connaît), nuit concrètement à « l’écologie » en l’opposant à la lutte de classe mondiale pour la souveraineté et la liberté des peuples à choisir leur propre voie (c’est actuellement le cas au Vietnam). Elle ouvre le flan aux « arguments » économiques des Bayer-Monsanto. Le chantage se fait déjà sentir par la voix du ministre américain de l’agriculture Sonny Perdue, notoirement lobbyiste pro-Monsanto, qui vient de déclarer « Nous sommes déçus [de la décision d’Hanoï] qui va avoir des effets dévastateurs sur la production agricole mondiale (…) Si nous voulons nourrir dix milliards de personnes en 2050, les agriculteurs du monde entier doivent avoir accès à tous les outils et technologies à leur disposition ».

    Or c’est bien la souveraineté nationale des pays qui ne se soumettent pas à l’impérialisme, y compris sous sa forme agro-industrielle, qui est ici en jeu, et non d’abstraits et nébuleux engagements « mondiaux » jamais suivis des faits et toujours orientés dans l’injonction aux pays du sud à ne jamais se développer. C’est ainsi que Cuba socialiste pose la question. Et c’est visiblement dans ce sillage que s’inscrit le Vietnam actuellement.

    C’est plus généralement dans un combat résolu contre l’Union Européenne, fourmilière de lobbies en tous genres uniquement destinée au profit maximum de ses grands monopoles impérialistes et contre les intérêts vitaux des populations intra- comme extra-européennes, qu’il faut se placer pour réaliser des avancées concrètes en matière d’écologie, et non « en coopération avec l’UE » comme le clament unanimement les parties « verts », de collaboration de classe, dans les pays capitalistes.

    https://www.investigaction.net/fr/de-lagent-orange-etasunien-au-roundup-europeen-le-vietnam-poursuit-sa-lutte/

    Source : Germinal Le Journal

    Monsanto, révélateur de l’Union Européenne

    dimanche 21 avril 2019

    Monsanto, révélateur de l’Union Européenne

    Bien sûr, pour une fois, une bonne décision a été prise avec l’interdiction de la pêche électrique, mais le bilan environnemental de l’UE est assez calamiteux, plaçant systématiquement les intérêts du monde des affaires avant tout principe de précautionL’interdiction du glyphosate par le Vietnam, après celle décidée par le Sri Lanka en 2015 en dit long sur la nature de l’UE.

    Quand Paris a moins de pouvoir que Colombo

    Le choix du Vietnam est intéressant à plus d’un titre. D’abord, il n’est pas inintéressant de souligner les interférences des Etats-Unis, le ministre de l’Agriculture étant monté au créneau pour exprimer sa déception, allant même jusqu’à parler « d’effets dévastateurs sur la production agricole mondiale », en menaçant d’un recours à l’OMC. Des déclarations assez révélatrices alors que la justice étasunienne vient de sanctionner Monsanto pour le rôle du Roundup dans un cancer. Mais ce choix rappelle aussi que des pays peuvent parfaitement décider de se passer d’un produit probablement dangereux comme le glyphosate, sans en référer à quiconque, comme l’ont fait le Vietnam et le Sri Lanka.

    Le contraste avec l’UE est frappant. Après de très longues années de discussion, en 2017, une interdiction a été programmée pour 2022, sans qu’il soit parfaitement clair si elle sera véritablement mise en place. En effet, un an plus tard, la commission européenne a interdit à Bruxelles d’interdire le glyphosate en évoquant le caractère « trop abstrait » du « principe de précaution ». Les belges s’appuyaient sur l’absence de consensus scientifique sur le sujet, mais la commission a rétorqué avec une liste d’experts affirmant qu’il n’y a pas de justification pour une classification du glyphosate comme cancérigène, une affirmation piquante pour qui connaît les liaisons dangereuses entre UE et Monsanto.

    Mais plus fondamentalement, n’est-il pas effarant que les pays de l’UE aient tout simplement renoncé à pouvoir décider d’autoriser ou pas le glyphosate chez eux ? Après tout, si le Sri Lanka ou le Vietnam peuvent le faire, pourquoi ne le pourrions-nous pas ? Comment soutenir qu’une seule règle pour toute l’UE a plus de sens que la liberté pour chaque pays d’autoriser ou pas ces produits ? Il est frappant de constater comment le poison idéologique de l’UE a réussi à éteindre toute velléité de décider de son destin tant de nos dirigeants. Même les pseudo-écologistes préfèrent leur religion européiste à la défense de l’environnement, ne remettant pas en cause l’UE, même si elle impose le glyphosate !

    Bien sûr, l’interdiction seule serait insuffisante car interdire le glyphosate chez soi et laisser rentrer tous les produits fabriqués avec du glyphosate représenterait une concurrence déloyale de plus pour nos agriculteurs et une protection limitée. Mais ce qui est frappant, c’est que si le Vietnam et le Sri Lanka le font, pourquoi la Belgique et la France ne pourraient pas le faire ? Ce que cela signifie, c’est que dans l’UE, les intérêts du monde des affaires et de Monsanto passent avant le principe de précaution, notre santé et la démocratie. La religion folle du marché unique écrase tout et a produit un fonctionnement digne d’ayatollahs totalitaires. Merci au Vietnam de nous rappeler ce que doit pouvoir faire un pays.

    Bien sûr, comme depuis 10 ans, les trolls à la solde de Monsanto vont probablement être réveillés par un tel papier, mais les révélations des Monsanto Papers ont jeté une lumière crue sur les agissements de cette entreprise, disqualifiant largement leurs commentaires. Une nouvelle preuve de la folie complète de cette UE, mais aussi de l’effet délétère qu’elle a sur nos démocraties.

    à 07:55  

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    Libellés : glyphosateMonsantoUnion EuropéenneVietnam

    http://www.gaullistelibre.com/2019/04/monsanto-revelateur-de-lunion-europeenne.html?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+gaullistelibre+%28Blog+gaulliste+libre%29

    Perspectives de stabilisation en mer de Chine du sud par l’acquisition possible de sous-marins russes par les Philippines

    Perspectives de stabilisation en mer de Chine du sud par l’acquisition possible de sous-marins russes par les Philippines


    Par Andrew Korybko – Le 28 août 2018 – Source orientalreview.org
    andrew-korybko

    Malgré de fortes pressions américaines, les Philippines progressent avec la Russie vers un accord de vente de sous-marins.


    Duterte, le président philippin, a réfuté les critiques émises à l’encontre de ses projets par Randall Schriver, secrétaire américain à la défense pour l’Asie et le Pacifique, qui avait déclaré qu’« il ne s’agirait pas d’une chose qui contribuerait à notre alliance », en posant la question rhétorique : « Qui êtes-vous pour nous donner des leçons ? » ; ces déclarations ont été suivies d’un communiqué de l’ambassade russe aux Philippines, suggérant que les mots choisis par Schriver « peuvent révéler une grave attaque relevant du syndrome colonial ». Il a été rendu public il y a peu de temps que la Russie a d’ores et déjà entraîné certains des gardes du corps de Duterte, et a pour projet d’assurer également la formation de certains personnels de la flotte militaire philippine, ce qui ouvrirait la porte à une vente de Moscou à Manille de sous-marins de pointe, dont certains exemplaires ont déjà été vendus au Vietnam voisin.

    Randall Schriver, secrétaire américain à la défense pour l’Asie et le Pacifique, lors d’un point presse tenu à l’ambassade américaine de Manille

    Les USA comprennent bien que le temps de leur monopole sur les fournitures d’armements à leur ancienne colonie est en train de se terminer, et que la signature de gros contrats, tels que des sous-marins, amènerait à une relation soutenue entre les Philippines et la Chine, perspective de très bon augure dans une vision multipolaire, mais totalement à l’encontre des intérêts américains, surtout au regard de leurs tentatives de « contenir » la Chine en mer de Chine du sud. Les observateurs pourraient également se demander pourquoi la Russie déciderait de céder au nez et à la barbe des chinois des sous-marins aux Philippines, alors que toute perspective réaliste d’utilisation de ces engins impliquerait un jour ou l’autre des cibles chinoises. Mais si l’on considère de plus près les nuances en matière de « diplomatie militaire », on peut comprendre la stratégie qui sous-tend cette décision.

    Depuis la fin de la guerre froide, les ventes d’armes russes ont toujours été centrées sur le maintien d’un équilibre de pouvoir entre divers couples d’États rivaux, qu’il s’agisse de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, de l’Inde et de la Chine, ou de la Chine et du Vietnam, avec comme dernières opportunités en date les couples Turquie & Syrie, Arabie Saoudite & Iran, Pakistan & Inde, et dernièrement donc le couple Philippines & Chine. Le concept au cœur de la stratégie russe de maintien d’affaires avec chaque membre de ces États rivaux vise à empêcher les USA de faire pencher la balance vers l’un ou l’autre, selon leurs propres préférences, ce qui encouragerait un conflit militaire ou un raidissement des relations exploitables ultérieurement par les États-Unis.

    Une vente de sous-marins russes aux Philippines mettrait sur la touche la Navy américaine, et ouvrirait la voie pour faire de Moscou le partenaire militaire de long terme de Manille en lieu et place de Washington. La montée en puissance régionale russe qui en résulterait en mer de Chine du sud, si on la considère dans le cadre plus large des partenariats solides déjà en place dans les domaines militaire et énergétique avec le Vietnam, pourrait placer Moscou en position d’exercer une influence importante aussi bien sur Hanoï que sur Manille, dans la perspective de la mise au point d’un accord pacifique des différends territoriaux maritimes de ces deux pays avec Pékin. À ce stade, une telle stratégie est sans aucun doute très ambitieuse, mais il s’agit d’un pas dans la bonne direction, qui est de diminuer progressivement l’influence régionale américaine, et sous cet angle apporte plus de bien que de mal aux intérêts chinois.

    Cet article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Sputnik News le vendredi 24 août 2018.

    Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

    Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker francophone

    http://lesakerfrancophone.fr/perspectives-de-stabilisation-en-mer-de-chine-du-sud-par-lacquisition-possible-de-sous-marins-russes-par-les-philippines

     

    La « diplomatie énergétique » de la Russie va-t-elle aider le Vietnam et la Chine à conclure un accord ?

    La « diplomatie énergétique » de la Russie va-t-elle aider le Vietnam et la Chine à conclure un accord ?


    Par Andrew Korybko – Le 25 mai 2018 – Source Oriental Review

    Rosneft logoRosneft effectue des forages pétroliers au large de la côte du Vietnam donnant sur la mer de Chine méridionale dans une zone revendiquée par la Chine.
     
    Le géant russe de l’énergie est impliqué dans le champ pétrolifère « Lan Do » qui touche littéralement la limite sud-ouest de la ligne de neuf traits de la Chine, mais qui est apparemment considéré par la compagnie comme étant sous la souveraineté de facto du Vietnam. La Chine a officiellement appelé tous les pays à respecter ses revendications sans mentionner spécifiquement Rosneft, mais en y faisant clairement référence, signe qu’elle se sent mal à l’aise avec ce dernier développement, même si cela pourrait éventuellement s’avérer être un pas dans la bonne direction.

    Pour expliquer le contexte, le Vietnam est sous une forte pression des États-Unis, du Japon, de l’Australie et de l’Inde pour rejoindre de facto ce qui est essentiellement une « coalition pour le confinement de la Chine », bien que cette influence perturbatrice soit contrebalancée par les accords de libre-échange de l’Union eurasienne portée par la Russie et aussi des accords militaires avec son partenaire historique qui ont jusqu’ici réussi à permettre à Hanoï de trouver un équilibre entre les mondes unipolaire et multipolaire de la nouvelle guerre froide.

    La controverse au sujet de Rosneft a indirectement plongé la Russie dans le différend sur la mer de Chine méridionale, mais cela pourrait être une bonne chose car Moscou est connue pour favoriser le droit international et les négociations au lieu de pousser ses partenaires à faire la guerre comme le Quad, mené par les USA, est enclin à faire. La Chine n’aimera probablement pas cela parce qu’elle préfère traiter bilatéralement tous les problèmes sensibles dans le cadre d’une politique de longue date, mais elle pourrait y voir progressivement quelque chose de positif.

    Rosneft in the South China Sea
    Un employé de Rosneft Vietnam surveille depuis la plate-forme de gaz de Lan Tay dans la mer de Chine méridionale au large de la côte de Vung Tau, Vietnam 29 avril 2018

    Le nouveau rôle de la Russie pourrait compenser les pressions militaristes de la « Quadrilatérale » en obligeant le Vietnam à envisager d’entamer des négociations avec la Chine à ce sujet, les deux parties étant diplomatiquement réunies à cause des efforts de Moscou. Une solution possible qui pourrait en découler, serait que leur partenaire russe partage l’énergie des régions contestées et partage les profits et les ressources avec chacun d’entre eux selon une formule qu’ils acceptent d’avance dans le cadre d’un règlement pour redéfinir officiellement leur frontière maritime.

    La Russie a déjà accepté de développer conjointement les ressources énergétiques situées dans la « zone grise » de l’ancien conflit avec la Norvège, membre de l’OTAN, dans la mer de Barents suite à un accord de 2010. Il est concevable que Rosneft puisse jouer le rôle d’une tierce partie avec ce même type de solution entre le Vietnam et la Chine s’ils parviennent à un accord similaire sur la mer de Chine méridionale. C’est pourquoi, même si cela peut sembler peu probable à l’heure actuelle, la Chine pourrait finir par remercier la Russie de s’impliquer indirectement dans ce conflit.

    Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 25 mai 2018.

    Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

    Traduit par Hervém relu par Cat pour le Saker Francophone

    http://lesakerfrancophone.fr/la-diplomatie-energetique-de-la-russie-va-t-elle-aider-le-vietnam-et-la-chine-a-conclure-un-accord

     

    Le Vatican s’attaque aux excès de la finance

    Le Vatican s’attaque aux excès de la finance

    La Congrégation pour la doctrine de la foi et le Dicastère pour le développement humain intégral ont publié jeudi 17 mai un document sur les questions économiques et financières.

    Ce texte inédit s’attaque de façon directe, vigoureuse et experte aux excès de la finance mondiale.

    Des « traders », à la bourse de New York.

    ZOOM

    Des « traders », à la bourse de New York. / Brendan McDermid/REUTERS

    « Libor », « credit default swap », « titrisation », « fixing », « marchés offshore », « stakeholders »… : les termes employés dans le document Œconomicae et pecuniariae quaestiones publié jeudi 17 mai par le Dicastère pour le développement humain intégral et la Congrégation pour la doctrine de la foi sont loin du vocabulaire habituel de l’ancien Saint-Office.

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    Une charge contre « les égoïsmes et les abus » de la finance

    Certes, le gardien du dogme a aussi en charge les questions de morale, mais force est de constater qu’il s’est plus intéressé, ces dernières décennies, à la sexualité ou à la bioéthique qu’aux excès de l’économie et de la finance. C’est effectivement une charge sans précédent contre « les égoïsmes et les abus » de la finance mondiale, qui ont atteint « une puissance de nuisance sans égal pour la communauté ».

    « Je ne connais pas suffisamment par cœur tous les documents de la Congrégation pour la doctrine de la foi pour dire s’il s’agit d’une première, mais il est vrai que ce thème n’a pas été très exploré », reconnaît son préfet, Mgr Luis Ladaria Ferrer. Tout en relevant que la Doctrine sociale de l’Église parle d’économie depuis le XIXe siècle, il concède une « nouvelle sensibilité » en la matière et le besoin que l’Église catholique s’exprime aussi davantage sur ces sujets.

    À ses côtés, le cardinal Peter Turkson, préfet du Dicastère pour le développement intégral et signataire en 2011, quand il présidait le Conseil pontifical Justice et paix, d’une note prônant « une autorité publique à compétence universelle » en vue d’« une réforme du système financier et monétaire international ».

    Les débuts avec l’encyclique Caritas in veritate

    Le texte avait été particulièrement critiqué, y compris dans l’Église. Au sein même du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’État, avait demandé au cardinal Turkson de faire machine arrière.

    Sans doute le contexte de l’époque n’était-il pas favorable à une telle prise de position du Vatican. L’encyclique Caritas in veritate de Benoît XVI, en 2009, avait certes ouvert des portes mais aussi entraîné les premières critiques sur la façon dont l’Église catholique – et en premier lieu le Vatican – gérait ses propres finances.

    Certains avaient alors eu beau jeu de relever son manque de cohérence sur ces questions. Le ménage a, depuis, été fait et il est désormais plus facile pour Rome de critiquer les dérives de la finance mondiale.

    Fonder théologiquement la réflexion sur la finance

    « Tout le monde était d’accord sur notre analyse, mais dès que nous avons parlé de régulation, on nous disait que c’était impossible », raconte aujourd’hui le cardinal Turkson à qui le pape François, très offensif sur les abus du système financier, a confié en 2016 le vaste dicastère en charge de la doctrine sociale.

    Celui-ci a continué le travail mais, entendant les critiques formulées en 2011, les économistes qui le conseillaient ont suggéré d’appeler en renfort la Congrégation pour la doctrine de la foi pour mieux fonder théologiquement une réflexion qui fait appel à un corpus doctrinal aujourd’hui solide, de Populorum progressio de Paul VI (1969) à Laudato si’ de François (2016), en passant par Sollicitudo rei socialis de Jean-Paul II (1987).

    Une coopération entre dicastères

    « Coopérer entre dicastères a permis de montrer que les questions d’application touchaient au cœur de la foi et cela a entraîné une réflexion plus ample et moins spécialisée à une époque où les approches sont de plus en segmentées », relève le père Bruno-Marie Duffé, secrétaire du Dicastère pour le développement humain intégral.

    À ses yeux, ce texte marque une nouvelle étape d’une Doctrine sociale qui entend prendre en compte le passage d’une économie fondée sur le travail à une économie financiarisée dont le caractère « amoral », voire « pervers » et parfois durement mis en cause, du fait de l’« inversion d’ordre entre les moyens et les fins, qui fait passer le travail de l’état de bien à celui d’“outil”, et l’argent, de celui de moyen à celui de “fin” ».

    À lire aussi

    Vatican et finance mondiale : « Nous avons besoin d’une réflexion de fond sur ce qu’est l’argent »

    Partir des fondamentaux de la doctrine sociale

    Et de fait, à la lecture des Considérations pour un discernement éthique sur certains aspects du système économique et financier actuel publiées jeudi 17 mai, on perçoit bien que les économistes ont travaillé étroitement avec les théologiens pour ancrer leur réflexion dans l’anthropologie chrétienne, partant des éléments fondamentaux de la doctrine sociale : dignité, subsidiarité, solidarité et bien commun.

    « Le document redit que l’amour du bien intégral de l’homme est la clé d’un authentique développement et que, sans une vision adéquate de l’homme, il n’est pas possible de fonder une éthique ni une pratique à la hauteur de sa dignité et d’un véritable bien », explique Mgr Ladaria Ferrer.

    « Éliminer les aspects prédateurs et spéculatifs »

    Ce qui permet de faire repasser, avec cette fois l’onction de la Congrégation pour la doctrine de la foi, certains des thèmes les plus contestés de la note de 2011. Reconnaissant qu’« il est naïf de croire en une autosuffisance présumée des marchés dans leur fonction d’allocation des ressources », le document publié jeudi évoque ainsi explicitement « l’exigence (…) d’introduire une homologation par les autorités publiques de tous les produits issus de l’innovation financière » ou encore « l’urgence d’une coordination supranationale entre les différentes composantes des systèmes financiers locaux ».

    « La récente crise financière aurait pu être l’occasion de développer une nouvelle économie plus attentive aux principes éthiques et pour une nouvelle régulation de l’activité financière, en éliminant les aspects prédateurs et spéculatifs et en valorisant le service à l’économie réelle », relève d’ailleurs Œconomicae et pecuniariae quaestiones.

    Et d’évoquer sans ambages des points extrêmement précis comme autant de liaisons dangereuses entre la gestion de l’épargne et la spéculation financière, le rôle social des entreprises, les produits financiers complexes, les systèmes bancaires parallèles ou encore la finance offshore et la dette.

    À lire aussi

    « Œconomicae et pecuniariae quaestiones » : économie mondiale, comment mettre l’éthique en pratique

    Un nécessaire travail d’accompagnement et de discernement

    Reste à savoir comment sera accueilli ce texte, approuvé par le pape et dont Mgr Ladaria Ferrer a rappelé qu’il relevait bien du « magistère ordinaire » de l’Église qui « lie » les catholiques. « Les solutions proposées ne sont, bien sûr, pas un dogme de foi et ne sont pas établies de manière définitive, mais les principes qui les sous-tendent ont bien une valeur doctrinale », relève-t-il.

    « Ce texte est-il impératif, incitatif ou indicatif ?, interroge le père Duffé. Évidemment, le moraliste aimerait être dans le registre du Tu dois” mais il faut reconnaître que le véritable défi est de présenter notre réflexion à un monde où la logique d’autoproduction l’emporte sur toute autre considération. »

    Il s’attend d’ailleurs à des résistances face à ce texte. « Un certain nombre vont être dérangés dans leurs pratiques, reconnaît-il. Certains tenteront de nous acheter par de généreuses donations, d’autres se demanderont de quoi nous nous mêlons. » Comme pour tout document de nature morale, Œconomicae et pecuniariae quaestiones nécessitera donc un travail d’accompagnement et de discernement avec les personnes.

    –––––––––––––––——-

    ► Le pape François contre le « fumier du diable »

    « L’actuel impérialisme de l’argent présente un indéniable aspect idolâtrique. Étrangement, l’idolâtrie va toujours de pair avec l’or. Et là où il y a idolâtrie, Dieu et la dignité de l’homme fait à l’image de Dieu disparaissent. » (30 Giorni, janvier 2002).

    « Une réforme financière qui n’ignore pas l’éthique demanderait un changement vigoureux d’attitude de la part des dirigeants politiques, que j’exhorte à affronter ce défi avec détermination et avec clairvoyance (…) L’argent doit servir et non pas gouverner ! » (Evangelii gaudium, § 58)

    « Derrière tant de douleur, tant de mort et de destruction, on sent l’odeur de ce que Basile de Césarée (…) appelait “le fumier du diable” ; le désir sans retenue de l’argent qui commande. (…) Le service du bien commun est relégué à l’arrière-plan. Quand le capital est érigé en idole (…), quand l’avidité pour l’argent oriente tout le système socio-économique, cela ruine la société, condamne l’homme. » (Santa Cruz, 9 juillet 2015).

    Nicolas Senèze, envoyé spécial permanent à Rome

    Derrière la légende Colin Powell – My Lai, par Robert Parry et Norman Solomon

    12.mai.2018 // Les Crises

    Derrière la légende Colin Powell – My Lai, par Robert Parry et Norman Solomon

    Source : Robert Parry & Norman Solomon, Consortium News, 17-03–2018

    Dans nos archives : Comme les médias se concentrent sur le 50e anniversaire du massacre de My Lai de la guerre du Vietnam, le rôle de Colin Powell en tant que conseiller militaire a continué d’échapper à tout examen minutieux, nous republions donc un article de Robert Parry et Norman Solomon de 1996.

    Le 16 mars 1968, une unité sanguinaire de la 23ème Division d’infanterie (Americal) a pris d’assaut un hameau connu sous le nom de My Lai 4. Avec des hélicoptères militaires tournoyant au-dessus de leur tête, des soldats américains en quête de vengeance ont brutalement délogé des civils vietnamiens – pour la plupart des hommes âgés, des femmes et des enfants – de leurs huttes de chaume et les ont rassemblés dans les fossés d’irrigation du village.

    Alors que la rafle se poursuivait, des Américains ont violé les filles. Puis, sous les ordres d’officiers subalternes sur le terrain, les soldats ont commencé à vider leurs M-16 sur les paysans terrifiés. Certains parents ont désespérément utilisé leur corps pour essayer de protéger leurs enfants des balles. Des soldats ont marché parmi les cadavres pour achever les blessés.

    Le massacre a fait rage pendant quatre heures. Un total de 347 Vietnamiens, y compris des bébés, sont morts dans ce carnage qui entachera la réputation de l’armée américaine. Mais, ce jour-là à My Lai, il y a aussi eu des héros américains . Certains soldats ont refusé d’obéir aux ordres directs de tuer.

    Un pilote, Hugh Clowers Thompson Jr. de Stone Mountain, en Géorgie, furieux des meurtres qu’il voyait commettre sur le terrain a fait atterrir son hélicoptère entre un groupe de civils en fuite et des soldats américains qui les poursuivaient. Thompson a ordonné à son mitrailleur embarqué de tirer sur les Américains s’ils essayaient de blesser les Vietnamiens. Après une confrontation tendue, les soldats ont reculé. Plus tard, deux hommes de Thompson sont montés dans un fossé rempli de cadavres et ont sorti un garçon de trois ans qu’ils ont emmené en lieu sûr.

    Un contre-modèle de brutalité

    Bien qu’il s’agisse d’un horrible exemple de crime de guerre commis au Vietnam, le massacre de My Lai n’a pas été le seul. Il s’inscrivait dans une longue série de violences aveugles contre les civils qui ont ruiné la contribution des États-Unis à la guerre du Vietnam depuis ses débuts, lorsque les Américains agissaient principalement comme conseillers.

    En 1963, le Capitaine Colin Powell était l’un de ces conseillers, servant pour une première affectation dans une unité de l’armée sud-vietnamienne. Le détachement de Powell cherchait à décourager le soutien aux Viet Cong en incendiant des villages dans toute la vallée de A Shau. Alors que d’autres conseillers américains ont qualifié cette stratégie appliquée à tout le pays de brutale et contre-productive, Powell a défendu cette stratégie dite « de la terre brûlée » à l’époque – et a continué à la défendre dans ses mémoires de 1995, My American Journey. [NdT : la stratégie « drain-the-sea » vient d’une citation attribuée à Mao qui disait que pour qu’une guérilla soit efficace elle doit pouvoir circuler parmi la masse des gens comme un poisson dans l’eau]

    Après sa première affectation d’un an et une série d’affectations en formation réussies aux États-Unis, le major Powell est revenu pour sa deuxième affectation au Vietnam le 27 juillet 1968. Cette fois, il n’était plus un officier subalterne se frayant un chemin dans la jungle, mais un officier d’état-major prometteur affecté à la division Americal.

    Fin 1968, Powell est passé par-dessus des officiers supérieurs et a accédé à l’important poste de G-3, chef des opérations du commandant de division, le Major-général Charles Gettys, à Chu Lai. Powell a été « choisi par le général Gettys plutôt que parmi plusieurs lieutenants-colonels pour le poste G-3 lui-même, ce qui fait de moi le seul commandant à tenir ce poste au Vietnam », écrit Powell dans ses mémoires.

    Mais le major Powell a été rapidement confronté à un test. Une lettre avait été écrite par un jeune spécialiste de quatrième classe, Tom Glen, qui servait dans un peloton de mortiers américains et approchait de la fin de son affectation dans l’armée. Dans une lettre au Général Creighton Abrams, le commandant de toutes les forces américaines au Vietnam, Glen a accusé la division américaine de brutalité systématique contre les civils. La lettre de Glen a été envoyée au quartier général américain de Chu Lai où elle a atterri sur le bureau du major Powell.

    « L’attitude du GI moyen envers le peuple vietnamien et le traitement qui lui est réservé est trop souvent un déni complet de tout ce que notre pays tente d’accomplir dans le domaine des relations humaines », a écrit Glen. « Loin de se contenter de qualifier les Vietnamiens de “sale jaune” ou de “bridés”, tant dans les actes que dans la pensée, trop de soldats américains semblent ignorer leur humanité même ; et avec cette attitude infliger aux citoyens vietnamiens des humiliations, tant psychologiques que physiques, qui ne peuvent avoir qu’un effet débilitant sur les efforts pour unifier le peuple dans la loyauté envers le gouvernement de Saïgon, en particulier lorsque de tels actes sont effectués au niveau des unités et acquièrent ainsi l’aspect d’une politique approuvée. »

    La lettre de Glen soutenait que beaucoup de Vietnamiens fuyaient les Américains qui « pour le simple plaisir, tirent indistinctement dans les maisons vietnamiennes et, sans provocation ou motif, tirent sur les gens eux-même ». Ceux suspectés d’être des Viet Cong étaient également traités avec une cruauté gratuite, a rapporté Glen.

    « Emportés par des émotions exacerbées qui trahissent une haine révoltante, et armés d’un vocabulaire composé d’un “Toi, espèce de Viet Cong”, les soldats “interrogent” couramment au moyen de la torture qui a été présentée comme une habitude particulière de l’ennemi. Les coups violents et la torture avec la pointe d’un couteau sont des moyens habituels pour interroger les prisonniers ou convaincre un suspect qu’il est, en effet, un Viet Cong… »

    « Il serait en effet terrible de devoir croire qu’un soldat américain qui abrite une telle intolérance raciale et un tel mépris de la justice et des sentiments humains est un prototype de tout le caractère national américain ; pourtant, la présence de tels soldats donne de la crédibilité à de telles croyances… Ce qui a été décrit ici, je l’ai vu non seulement dans ma propre unité, mais aussi dans d’autres avec lesquelles nous avons travaillé, et je crains que cela soit général. Si tel est bien le cas, c’est un problème qui ne peut être négligé, mais qui peut peut-être être éradiqué par une mise en œuvre plus ferme des codes du MACV (Commandement pour l’Assistance Militaire au Vietnam – Military Assistance Command Vietnam) et des Conventions de Genève. »

    La lettre de Glen faisait écho à certaines des plaintes exprimées par les premiers conseillers, comme le colonel John Paul Vann, qui protestait contre cette stratégie autodestructrice consistant à traiter les civils vietnamiens comme des ennemis. En 1995, lorsque nous avons interrogé Glen au sujet de sa lettre, il a dit qu’il avait entendu parler du massacre de My Lai, bien qu’il ne l’ait pas mentionné spécifiquement. Le massacre n’était qu’une partie du comportement violent qui était devenu la routine dans la division, a-t-il dit.

    Réponse du Major Powell

    Les allégations troublantes de la lettre n’ont pas été bien reçues au quartier général de l’Americal [NDT: l’americal est la 23ème division américaine d’infanterie]. Le major Powell s’est chargé de l’examen de la lettre de Glen, mais il l’a fait sans poser de questions à Glen ni demander à qui que ce soit d’autre de s’entretenir avec lui. Powell a simplement accepté l’affirmation de l’officier supérieur de Glen selon laquelle Glen n’était pas assez près des lignes de front pour savoir de quoi il parlait, affirmation que Glen nie.

    Après cette enquête sommaire, Powell a rédigé une réponse le 13 décembre 1968. Il n’a pas reconnu qu’il y ait eu aucune forme d’actes répréhensibles. Powell prétendait que les soldats américains au Vietnam avaient appris à traiter les Vietnamiens avec courtoisie et respect. Les troupes de l’Americal avaient également suivi un cours d’une heure sur la façon de traiter les prisonniers de guerre en vertu des Conventions de Genève, a fait remarquer M. Powell.

    « Il peut y avoir des cas isolés de mauvais traitements de civils et de prisonniers de guerre », écrivait Powell en 1968. Mais « cela ne reflète en aucun cas l’attitude générale de toute la Division ». En fait, la note de Powell reproche à Glen de ne pas s’être plaint plus tôt et de ne pas avoir été plus précis dans sa lettre.

    Powell a rapporté exactement ce que ses supérieurs voulaient entendre. « En réfutation directe de ce tableau [de Glen] », conclut Powell, « il y a le fait que les relations entre les soldats de l’Americal et le peuple vietnamien sont excellentes ».

    Les conclusions de Powell, bien sûr, étaient fausses. Mais il faudra un autre héros américain, un fantassin nommé Ron Ridenhour, pour reconstituer la vérité sur les atrocités commises à My Lai. De retour aux États-Unis, Ridenhour a interviewé des camarades américains qui avaient participé au massacre.

    De son propre chef, Ridenhour a consigné ces informations choquantes dans un rapport qu’il a transmis à l’inspecteur général de l’Armée de terre. Le bureau de l’Inspecteur Général a mené une enquête officielle énergique et l’armée a finalement fait face à l’horrible vérité. Des procès en cours martiales ont été intentés contre des officiers et des hommes enrôlés impliqués dans le meurtre des civils de My Lai.

    Mais le rôle secondaire de Powell dans la dissimulation de My Lai n’a pas ralenti son ascension dans l’échelle de l’armée. Powell a plaidé l’ignorance au sujet du massacre de My Lai, qui a précédé son arrivée à l’Americal. La lettre de Glen a disparu dans les Archives nationales – pour être déterrée seulement quelques années plus tard par les journalistes britanniques Michael Bilton et Kevin Sims pour leur livre Four Hours in My Lai [Quatre heures à My Lai, NdT]. Dans ses mémoires à succès, Powell n’a pas mentionné qu’il avait balayé la plainte de Tom Glen.

    La chasse aux MAM (Military Age Man : hommes en âge d’être militaire)

    Powell a cependant inclus un souvenir troublant qui démentait sa dénégation officielle de 1968 à propos de l’allégation de Glen selon laquelle les soldats américains « tirent sur les gens eux-mêmes sans provocation ni justification ». Après avoir mentionné le massacre de My Lai dans My American Journey, Powell a écrit une justification partielle de la brutalité de l’Americal. Dans un passage effrayant, Powell a décrit la pratique courante du meurtre d’hommes vietnamiens non armés.

    « Je me souviens d’une expression que nous utilisions sur le terrain, MAM, pour les hommes d’âge militaire », a écrit Powell. « Si un hélico apercevait un paysan en pyjama noir qui avait l’air un peu suspect, un MAM possible, le pilote tournoyait en rond et tirait devant lui. S’il bougeait, son mouvement était jugé comme la preuve d’une intention hostile, et la prochaine rafale n’était pas devant, mais sur lui. Brutal ? Peut-être que oui. Mais un commandant de bataillon compétent avec lequel j’avais servi à Gelnhausen (Allemagne de l’Ouest), le lieutenant-colonel Walter Pritchard, a été tué par un tireur d’élite ennemi alors qu’il observait les MAM depuis un hélicoptère. Et Pritchard n’était qu’un parmi tant d’autres. La nature du combat, tuer ou être tué, a tendance à ternir la perception du bien et du mal. »

    S’il est vrai que le combat est brutal, faucher des civils non armés n’est pas un combat. Il s’agit en fait d’un crime de guerre. La mort au combat d’un camarade soldat ne peut pas non plus être invoquée comme excuse pour assassiner des civils. Ce qui est troublant, c’est précisément la rationalisation que les tueurs de My Lai ont citée dans leur propre défense.

    Mais de retour du Vietnam une deuxième fois en 1969, Powell a prouvé qu’il était le meilleur joueur de l’équipe.

    Pour en savoir plus sur le vrai dossier de Colin Powell, veuillez consulter la série Behind Colin Powell’s Legend.

    Source : Robert Parry & Norman Solomon, Consortium News, 17-03–2018

    Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

    Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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    Le Vietnam va-t-il transformer le Quartette en Quintette?

    Le Vietnam va-t-il transformer le Quartette en Quintette?


    Par Andrew Korybko – Le 10 mars 2018 – Source Oriental Review

    US aircraft carrier Carl Vinson VietnamUn porte-avions américain a récemment accosté au Vietnam pour la première fois depuis le retrait militaire américain en 1975.
     
    Cette avancée sans précédent dans les relations d’après-guerre entre les États-Unis et l’ASEAN est clairement destinée à envoyer un signal à la Chine, avec laquelle le Vietnam est impliqué dans une dispute sur la mer de Chine méridionale et les ressources énergétiques sous ses eaux. Hanoï ne considère plus Washington comme un ennemi, mais comme un allié non officiel à cause de la volonté du Pentagone d’aider le pays à renforcer ses capacités militaires navales afin de compenser les avantages de la Chine dans ce domaine. Même si peu de choses ont été réalisées sur ce front, l’avenir est en effet très prometteur, et il est probable que le Vietnam pourrait jouer un rôle – même informel – dans le soi-disant « quartette » entre les États-Unis, le Japon, l’Australie et l’Inde dans son rôle de « contenir la Chine ».
    Le pays bénéficie d’une position stratégique et il a des frontières maritimes et continentales avec la Chine, ce qui le rend idéal pour que le « quartette » puisse l’inclure de manière informelle jusqu’à devenir un « quintette » si le Vietnam y était pleinement intégré en développant une plateforme militaire d’intégration. Pékin se sent déjà mal à l’aise à propos du rôle de New Delhi dans son jardin, qui selon certains commentateurs indiens est « une manière de se payer » pour ce que fait la Chine en Asie du Sud, offrant ainsi aux États-Unis, au Japon et à l’Australie une place de choix qui mettrait définitivement la République populaire sur la défensive stratégique. Le risque, cependant, est que la Chine défende avec plus d’assurance ses revendications maritimes dans la région face aux provocations étrangères du « quintette » ce qui pourrait conduire à une tension accrue un de ces jours.

    En fait, un soi-disant « scénario d’escalade contrôlée » pourrait être exactement ce que le « quartette » espère réaliser en générant une crise de faible intensité comme un moyen de « justifier » l’intégration du Vietnam dans ce partenariat militaire multilatéral. Cela pourrait bien sûr échapper à tout contrôle et conduire à une situation dangereuse. Il est trop tôt pour dire à ce stade si c’est exactement ce qui est prévu pour l’avenir, mais néanmoins, l’intérêt du Vietnam à approfondir sa coopération navale avec les États-Unis est un moyen de le faire avec tous les membres de le « quartette ». Cela pourrait avoir des conséquences imprévisibles sur les relations du bloc avec la Chine.

    Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

    Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

    http://lesakerfrancophone.fr/le-vietnam-va-t-il-transformer-le-quartette-en-quintette

     

    Phoenix 2.0 – Après le Vietnam, c’est le tour de l’Afghanistan

    Phoenix 2.0 – Après le Vietnam, c’est le tour de l’Afghanistan


    Moon of Alabama
    Moon of Alabama

    Par Moon of Alabama – Le 24 octobre 2017

    La semaine dernière, le nouveau chef de la CIA, Mike Pompeo, a émis en public la menace de faire de la CIA une « agence beaucoup plus féroce ». Son premier pas dans cette direction a été de libérer les gangs de tueurs parrainés par la CIA contre le peuple afghan.

    La C.I.A. étend ses opérations secrètes en Afghanistan, en envoyant de petites équipes d’officiers et de mercenaires bien entraînés soutenir les forces afghanes pour poursuivre et éliminer les militants talibans dans tout le pays (…)

    (…)

    Cette initiative de la C.I.A. permettra d’augmenter le nombre des missions effectuées par les unités militaires, ce qui signifie qu’une plus grande partie du rôle des États-Unis dans les combats en Afghanistan sera cachée au public.

    Cela ne va pas être une simple campagne contre-insurrectionnelle, même si certains ne manqueront pas de l’affirmer. Une campagne anti-insurrectionnelle doit intégrer plusieurs éléments : la politique, la sécurité, l’économie et l’information. Elle ne peut réussir que si elle soutient une autorité légitime.

    Le gouvernement afghan actuel a peu de légitimité. Il a été soudoyé par l’ambassade des États-Unis après qu’une immense fraude électorale, connue de tous, a menacé de se transformer en chaos total. En août, le directeur de la CIA, Pompeo, a rencontré le président afghan Ashraf Ghani pour discuter probablement du nouveau plan. Mais la campagne annoncée aujourd’hui n’a pas de composante politique ni économique. Une campagne centrée uniquement sur la « sécurité » aboutira à une hasardeuse expédition de tortures et de meurtres hors-sol, qui n’aura pas de résultat positif.

    La campagne sera une aubaine pour les talibans. Elle tuera probablement quelques insurgés alignés sur les talibans ici et là, mais elle aliènera beaucoup d’Afghans. La plupart des combattants talibans sont des locaux. Les tuer crée de nouvelles recrues locales pour l’insurrection. Et cela lui apportera également une meilleure couverture de la population pour les opérations futures.

    Une campagne similaire a eu lieu pendant la guerre du Vietnam sous le nom d’Opération Phoenix. À l’époque, quelque 50 000 Sud-Vietnamiens, tous « soupçonnés de communisme », ont été tués par les gangs de la CIA qui écumaient le pays :

    L’Opération [Phoenix] a été conçue pour identifier et « neutraliser » (via l’infiltration, la capture, le contre-terrorisme, l’interrogatoire et l’assassinat) l’infrastructure du Front de Libération Nationale du Vietnam du Sud (FLN ou Viet Cong). La CIA l’a décrite comme « un ensemble de programmes qui visaient à attaquer et détruire l’infrastructure politique vietcong ». Les deux principales composantes du programme étaient les Unités de reconnaissance provinciales (UPR) et les centres d’interrogation régionaux. Les UPR devaient tuer ou capturer des membres présumés du FLN, ainsi que des civils censés avoir des informations sur les activités du FLN. Beaucoup de ces personnes ont ensuite été emmenées dans des centres d’interrogatoire où la plupart auraient été torturées dans le but d’obtenir des renseignements sur les activités des Viet Cong dans la région. L’information obtenue dans ces centres était ensuite transmise aux commandants militaires qui l’utilisaient pour envoyer les UPR dans de nouvelles missions d’enlèvements et d’assassinats.

    Le programme Phoenix avait été intégré dans un programme de développement politique et économique civil plus large appelé CORDS. Les historiens sont largement arrivés à la conclusion que Phoenix n’avait pas atteint ses objectifs malgré le souci de l’intégrer à un contexte plus large. Le soutien passif de la population pour les Viet Cong a augmenté à cause de la campagne. Depuis quelques années, la RAND Corporation du Pentagone déploie des efforts révisionnistes pour modifier la vision de cette opération.

    La campagne qui vient d’être annoncée ressemble à Phoenix mais n’a aucune composante politique. Elle n’est pas conçue pour pacifier les insurgés mais pour éliminer la résistance une bonne fois pour toutes :

    La nouvelle opération sera dirigée par de petites unités connues sous le nom d’équipes de poursuite antiterroriste. Elles sont gérées par des officiers paramilitaires de la C.I.A. appartenant à la Division des activités spéciales de l’Agence et par des agents de la Direction nationale de la sécurité, le service de renseignement afghan ; elles incluent des troupes américaines d’élite du Commandement des opérations spéciales interarmées. La majorité des forces appartiennent cependant à la milice afghane.

    Il y a seulement quelques douzaines d’officiers dans la division des activités spéciales de la CIA qui peuvent participer activement à une telle campagne. Le début de l’article laisse penser que les « sociétés paramilitaires privées » joueront un rôle important. Au mois d’août, Eric Prince, l’ancien chef de la société privée de mercenaires Blackwater, a fait du lobbying auprès de l’administration Trump pour que la guerre en Afghanistan soit menée par des entreprises paramilitaires. On peut donc penser que Prince et d’autres rejetons de Blackwater seront impliqués dans la nouvelle campagne de la CIA. C’est la Direction Nationale afghane de la Sécurité (DNS) qui sera chargée de faire l’essentiel du travail de renseignement sur le terrain.

    La DNS a été créée par la CIA à partir d’éléments de l’ancienne Alliance du Nord, les opposants aux Talibans d’origine. À la fin des années 1990, l’Alliance du Nord dirigée par Ahmed Shah Massoud était financée par la CIA. Le chef des renseignements de Shah Massoud, Amrullah Saleh, qui a la double nationalité, a été formé par la CIA. Après l’invasion américaine en Afghanistan, Saleh a dirigé le nouveau service de renseignement, la DNS. Puis, le président Hamid Karzaï a limogé Saleh en 2010 parce qu’il s’opposait à ses efforts pour se réconcilier avec les talibans. En mars 2017, le président actuel, Ashraf Ghani, a nommé M. Saleh au poste de ministre d’État à la réforme de la sécurité. Saleh a démissionné (?) en juin après que Ghani a conclu un accord de paix avec Gulbuddin Hekmatyar, un chef de guerre opposé au gouvernement et ancien allié des talibans.

    Saleh est un Tadjik pur et dur, et un extrémiste impitoyable. Il se méfie des Pachtounes, le principal groupe ethnique d’Afghanistan et la base populaire des talibans. Saleh a récemment fondé son propre parti politique. Il a évidemment de plus larges ambitions. Il a toujours eu d’excellentes relations avec la CIA, et tout particulièrement avec son centre anti-terroriste radical. Il est fort probable qu’il a participé à la planification de cette nouvelle campagne.

    Dans le Nord de l’Afghanistan où il y a une certaine mixité ethnique, les milices locales dirigées par la Direction Nationale afghane de la Sécurité (DNS) se livreront probablement à un nettoyage ethnique à grande échelle. Dans le sud et l’est pachtoune, elles n’auront aucun soutien local car ces milices terrorisent le pays depuis pas mal de temps :

    Cela fait des années que le principal travail des officiers paramilitaires de la C.I.A. dans le pays est la formation des milices afghanes. Le C.I.A. a également utilisé des membres de ces milices indigènes pour développer des réseaux d’informateurs et recueillir des renseignements.

    (…)

    Les commandos américains – qui font partie du programme Omega du Pentagone qui prête des forces d’opérations spéciales à la C.I.A. – permettent aux troupes conventionnelles de collaborer avec les milices afghanes lorsqu’elles ont besoin de soutien aérien ou d’évacuations médicales. […]

    Les milices écument le pays depuis longtemps et ont été accusées de tuer aveuglément les civils afghans lors de raids et de frappes aériennes.

    On sait déjà comment finira cette campagne. La CIA elle-même a peu ou pas de source d’information indépendante dans le pays. Elle dépendra de la Direction Nationale afghane de la Sécurité (DNS) truffée de proches tadjik de Saleh, et de membres des milices ethniques et tribales. Chacune de ces entités a son propre agenda. Une campagne de « sécurité » comme celle qui est planifiée dépend d’un bon renseignement. Qui, dans tel ou tel hameau, est membre des Talibans ? Faute de sources locales sûres, la milice, sous la direction de la CIA ou d’une société privée, aura recours à une torture extrêmement brutale. Ils vont supplicier les « informateurs » et les « suspects » jusqu’à ce qu’ils leur donnent les noms d’une nouvelle série de « suspects ». Répétez l’opération autant de fois que nécessaire 1 – à la fin, tous les « suspects » seront tués.

    Le nouveau plan a été intentionnellement « fuité » au New York Times par « deux hauts fonctionnaires américains » qui présentent l’opération sous un jour positif :

    La mission a été planifiée parce que nous savons tous que pour amener les talibans à la table des négociations – un élément clé de la stratégie de M. Trump pour le pays – les États-Unis doivent combattre les insurgés de manière offensive.

    Cette affirmation n’a bien sûr aucun sens. Les États-Unis « combattent les insurgés de manière offensive » depuis des années déjà. Les talibans ont toujours été prêts à négocier. Leur principale condition pour un accord de paix est que les forces américaines mettent fin à leur occupation et quittent le pays. Les États-Unis ne veulent tout simplement pas le faire. Tuer plus de « suspects » d’être des sympathisants des talibans ne changera pas la position des talibans et ne rendra pas de sérieuses négociations plus probables.

    Dans cinq ans, quand la brutalité indicible et la vanité de cette campagne seront sous les feux de la rampe, le NYT sera choqué, CHOQUÉ, qu’une telle campagne ait jamais pu avoir lieu.

    Traduction : Dominique Muselet

    Note

    1. En anglais : Rinse-repeat. C’est la formule qu’on trouve dans les notices des bouteilles de shampoing.

     

    http://lesakerfrancophone.fr/phoenix-2-0-apres-le-vietnam-cest-le-tour-de-lafghanistan