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La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

par Thierry Meyssan

Pendant que les Européens et les Arabes sont absorbés par le coronavirus, les Anglo-Saxons changent l’ordre du monde. Sous commandement US, le Royaume-Uni a pris le contrôle de l’entrée de la mer Rouge ; les Émirats arabes unis se sont retournés contre l’Arabie saoudite et lui ont infligé une cuisante défaite au Yémen du Sud, tandis que les Houthis le faisaient au Yémen du Nord. Désormais, le Yémen est scindé en deux États distincts et l’intégrité territoriale de l’Arabie saoudite est menacée.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 24 MARS 2020 عربيENGLISHESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆPORTUGUÊSРУССКИЙ

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JPEG - 36.7 koLe président des États-Unis, Donald Trump, et le président de facto des Émirats arabes unis, le prince Mohamed ben Zayed. En silence, les deux hommes d’affaire sont en train de réorganiser le Moyen-Orient élargi.

Le président Donald Trump poursuit sa politique de retrait militaire du « Moyen-Orient élargi ». Pour ce faire, il déplace progressivement ses troupes, signe des accords avec les forces contre lesquelles elles étaient déployées (par exemple avec les Talibans) et négocie la libération de ses prisonniers. Simultanément, le Pentagone fait appel au Royaume-Uni pour prendre la tête des opérations de la nouvelle Alliance atlantique-Moyen-Orient et superviser la suite de la « guerre sans fin » au « Moyen-Orient élargi ». La Syrie est considérée comme zone d’influence russe tandis que la stratégie Rumsfeld/Cebrowski se poursuit avec la division du Yémen en deux États distincts et la préparation du démembrement de l’Arabie saoudite.

Rapatriement des agents de la CIA détenus prisonniers

Les 18 et 19 mars 2020, un citoyen US, Michael White, détenu en Iran, a été transféré de sa prison à l’ambassade de Suisse à Téhéran ; un autre citoyen US, Amer Fakhoury, détenu au Liban, a été exfiltré par les troupes états-uniennes ; enfin le président Trump a demandé publiquement l’aide de la Syrie pour retrouver un troisième citoyen US, Austin Tice.

Ces opérations sont supervisées par le discret conseiller de sécurité nationale, Robert O’Brien, qui dispose d’une solide expérience en matière de libération de prisonniers.

- Michael White a servi 13 ans dans la Marine US. Il s’est rendu en Iran pour y retrouver sa fiancée. Il a été arrêté en 2018 et condamné à 13 ans de réclusion pour espionnage. D’autres citoyens US emprisonnés en Iran —dont Morad Tahbaz, Robert Levinson, Siamak et Baquer Namazee— ne semblent pas susciter le même intérêt de Washington. Michael White a été remis à l’ambassadeur suisse Markus Leitner pour « raison de santé ». Il n’est pas libre pour autant.
- Amer Fakhoury est un célèbre collaborateur des troupes d’occupation israéliennes au Liban. Il fut membre de l’Armée du Liban-Sud, directeur de la sinistre prison de Kiam et tortionnaire. Il s’est enfui du Liban lors du retrait israélien et y est revenu, pour une raison inconnue, en septembre 2019. Il a immédiatement été reconnu et arrêté. Il a été libéré au motif d’une prescription de ses crimes, ce qui est juridiquement faux, mais interdit de quitter le territoire. Il s’est alors précipité à la méga-ambassade US d’Awkar sous la protection de l’ambassadrice Dorothy Shea, d’où il a été exfiltré en hélicoptère par les Forces spéciales US vers Chypre.
- Austin Tice est un capitaine des Marines devenu journaliste indépendant. Il a pénétré illégalement en Syrie avec l’aide des services secrets turcs avant de disparaître, en 2012, à Daraya (banlieue de Damas). Eva Filipi, l’ambassadrice de Tchéquie qui représente les intérêts US en Syrie, avait affirmé qu’il serait détenu non pas par des jihadistes, mais par les autorités syriennes. Ce que Damas a toujours démenti.

Ces trois citoyens US sont très probablement des collaborateurs ou des agents de la CIA.

- Étrangement, les Émirats arabes unis ont brisé l’embargo US et apporté des médicaments en Iran.
- Chaque faction libanaise accuse l’autre d’avoir cédé aux pressions US. Le Hezbollah assure ne pas avoir trahi la Résistance et ne pas avoir négocié secrètement avec Washington, tandis que le président du Tribunal militaire (pro-Hezbollah) a démissionné.
- C’est la première fois depuis deux décennies qu’un président états-unien sollicite publiquement l’aide de la République arabe syrienne.JPEG - 19.8 koLe secrétaire à la Défense US, Mark Esper, reçoit son homologue britannique, Ben Wallace, au Pentagone. La « relation spéciale » entre les deux pays est rétablie. Les « Cinq yeux » sont renforcés. Le Royaume-Uni prend le commandement des opérations de l’Otan-MO.

Transfert de l’encadrement militaire au Royaume-Uni

Le 5 mars, le secrétaire US à la Défense, Mark Esper, a reçu au Pentagone son homologue britannique Ben Wallace. Les deux hommes se sont partagés le commandement de la nouvelle Otan-MO [1].

Ben Wallace a ensuite prononcé un discours à l’Atlantic Council au cours duquel il a confirmé la solidité de l’alliance UK-USA et la disponibilité du Royaume-Uni. Il a également soutenu la nécessité de juger le « dictateur Bachar el-Assad » (sic), mais l’impossibilité de le faire compte tenu du soutien de l’« ours russe ». En d’autres termes, la Syrie reste un ennemi, mais on n’y touchera plus. La guerre sera déplacée [2].JPEG - 26.1 koLe secrétaire britannique à la Défense, Ben Wallace, et son homologue turc, le général Hulusi Akar, inspectent les « postes d’observation » turcs qui servent de base de repli aux jihadistes à Idleb (Syrie occupée), le 12 mars 2020. Londres assure Ankara que le Pentagone ne détruira pas la Turquie, mais l’Arabie saoudite.

Les 12 et 13 mars, Ben Wallace s’est rendu en Turquie et en Syrie occupée par les jihadistes. Il a inspecté les postes d’observation de l’armée turque à Idleb et fait parvenir 89 millions de £ de dons « humanitaires » aux familles des jihadistes. Ceux-ci ont alors commencé à attaquer les troupes turques censées les protéger, tuant plusieurs soldats turcs.

La fin du Yémen et le début de celle de l’Arabie saoudite

Poursuivant leur politique de retrait militaire et de transfert de cette fonction à des proxys, les États-Unis sont en train de transformer la guerre du Yémen. Originellement, le Pentagone prévoyait de diviser ce pays en deux selon la ligne de partage qui existait jusqu’en 1990. Il avait encouragé l’Arabie saoudite et Israël à se lancer à l’assaut du pays pour en exploiter les ressources pétrolières de la région mitoyenne du « Quart vide » [3]. L’opération avait été conduite avec l’aviation israélienne, des mercenaires colombiens sous drapeau saoudien et des troupes émiraties. Elle avait été coordonnée par un état-major tripartite (Arabie/USA/Israël) basé au Somaliland.

Cependant, le Pentagone s’appuyant sur les rivalités tribales parvint à complexifier la situation jusqu’à aboutir à un pays effectivement divisé en deux, mais aussi à une Coalition Arabie-soudite/Émirats également divisée. Il lui fallait alors —sans engager ses propres troupes— terminer la division du Yémen en deux États distincts avant de se lancer dans la division de l’ancien allié saoudien en cinq États distincts. Le Pacte du Quincy lui fait obligation de protéger le roi d’Arabie saoudite, mais ni son pays, ni son héritier [4].JPEG - 66.7 koLe souverain de facto d’Abou Dhabi et président de facto des Émirats arabes unis, Mohamed ben Zayed, a été le mentor du prince héritier saoudien, Mohamed ben Salmane. Progressivement l’élève a voulu écraser son maître. En définitive, c’est le discret MBZ qui devrait écraser l’infatué MBS.

Cette semaine, le Pentagone a dépêché un navire de guerre au large d’Aden. Il a installé des troupes britanniques sur l’ile de Socotra pour en faire une base militaire permanente avec les Émirats arabes unis et l’a armé avec des missiles Patriot. Simultanément, les Houthis du Nord soutenus par l’Iran ont attaqué victorieusement deux bases militaires saoudiennes et fait prisonniers plus de 700 soldats saoudiens, tandis que les tribus soutenues par les Émirats ont attaqué les tribus soutenues par l’Arabie saoudite à Aden. Le gouvernement d’Abdrabbo Mansour Hadi, seule autorité officiellement reconnue par l’Onu mais siégeant en exil à Riyad, a perdu le contrôle d’Aden.

Le prince héritier saoudien, Mohamed ben Salman, après avoir torturé son ami d’enfance trop brillant, après avoir assassiné ses rivaux, après avoir exécuté le chef chiite de son opposition, après avoir embastillé et dépouillé ses frères et oncles, après avoir fait découper à Istanbul un Frère musulman trop bavard, n’a plus personne pour le soutenir.

Les départements états-unien, britannique et émirati de la Défense ne communiquent pas sur ces batailles. Seuls les Houthis le font. En l’absence de communication officielle, la presse internationale est aveugle et muette.

Le Yémen du Sud est une ancienne colonie britannique et les Émirats arabes unis étaient intégrés dans l’Empire des Indes. Le Royaume-Uni, sous parapluie états-unien, reconquiert son influence dans le Golfe et en mer Rouge.

L’opposition Arabie saoudite/Axe de la Résistance n’existe plus, faute de combattants. Désormais, après l’Iran (1953-78), l’Iraq (1979-90) et l’Arabie saoudite (1991-2019), les Émirats arabes unis (2020-), sous parapluie de l’Otan-MO, sont devenus les gendarmes de la région.

Ce retournement complet de situation correspond à notre analyse de la crise. Après leur échec en Syrie, les États-Unis poursuivent leur plan de 2001 et s’apprêtent à déstabiliser l’Arabie saoudite. Le président Trump a validé cette étape à la seule condition que les troupes US n’y participent pas directement, mais que les Émirats les représentent.

Le suicide de l’Union européenne

Pendant ce temps, l’Union européenne réagit de manière inadaptée à l’épidémie de coronavirus. Au lieu de lutter contre la maladie (tests généralisés, traitement des personnes infectées à la chloroquine, soins d’urgence aux malades avec respiration artificielle et interféron Alfa 2B recombiné), elle prévient l’engorgement de ses hôpitaux (assignation à résidence de la population saine) [5]. Son économie s’est arrêtée et la Banque centrale européenne annonce une récession de 5 % si cette situation se prolonge deux semaines, mais ce sera probablement six.

Lorsque le pic de l’épidémie sera passé, elle ne sera plus une grande puissance économique et le monde sera organisé d’une manière nouvelle, sans elle.

Thierry Meyssan

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1] « NATO Go Home ! », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 février 2020.

[2] « Quelle cible après la Syrie ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 mars 2020.

[3] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[4] « Le Pacte du Quincy ne protège que le roi d’Arabie, pas son héritier », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 octobre 2018.

[5] « Covid-19 : propagande et manipulation », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 mars 2020

.https://www.voltairenet.org/article209502.html

Les Houthis lancent de nouvelles attaques de missiles et de drones contre les installations pétrolières de l’Etat saoudien

Les Houthis lancent de nouvelles attaques de missiles et de drones contre les installations pétrolières de l’Etat saoudien


Par Ahmed Abdulkareem − le 21 février 2020 − Source Mint Press News

Al-JAWF, YEMEN – Les forces armées du Yémen, alliées aux Houthis, ont lancé une attaque contre des installations vitales, appartenant à Saudi Aramco, situées dans la province occidentale de Médine, Arabie Saoudite, à environ 165 kilomètres à l’ouest de la ville de Médine. L’attaque a eu lieu vendredi avec le lancement de missiles balistiques et de drones. Il s’agit de représailles contre les attaques saoudiennes meurtrières qu’a subi la province d’al-Jawf, au Yémen, vendredi dernier.

Le porte-parole de l’armée yéménite, le général de brigade Yahya Saree, a déclaré lors d’une conférence de presse vendredi que l’armée yéménite avait frappé des installations pétrolières, en plus de sites sensibles, dans la ville portuaire saoudienne de Yanbu dans le cadre de l’opération nommée « The Third Balance of Deterrence « . Saree a révélé que les forces yéménites ont utilisé un escadron de 12 drones de combat Sammad-3 (Invincible-3) ainsi que des missiles balistiques ailés et à longue portée pour mener les attaques. Il a ajouté que c’était pour se venger des attaques saoudiennes, notamment celle de vendredi dernier sur la province d’al-Jawf, et a confirmé que l’Arabie saoudite subira des frappes douloureuses si elle continue son assaut contre le Yémen.

Le 18 septembre 2019, l’Armée yéménite annonçait le début de l’opération « Second Balance of Deterrence » qui a frappé les usines de traitement du pétrole et du gaz de Saudi Aramco à Abqaiq et Khurais dans les provinces orientales riches en pétrole du Royaume. Les États-Unis et certains de leurs alliés ont accusé l’Iran de cette attaque.

L’Arabie Saoudite, pour sa part, affirme avoir « abattu des missiles tirés du Yémen ». Le porte-parole de la coalition saoudienne, Turki al-Maliki, a déclaré : « Les missiles ont été tirés par le groupe militant Houthi, allié à l’Iran », ajoutant : « ils ont été lancés de manière systématique et délibérée pour cibler les villes et les civils, ce qui constitue un défi flagrant au droit humanitaire international ». Il n’y a pas encore eu de commentaire officiel de l’Arabie Saoudite sur les attaques contre ses installations pétrolières et le nombre de victimes n’a pas non plus été révélé.

Le week-end dernier, environ 35 personnes ont été tuées et 23 autres blessées lorsque la coalition dirigée par les Saoudiens a frappé la zone d’al-Hayjah dans le quartier d’al-Jawf de cinq bombardements aériens, y compris des attaques à double frappe, qui ont causé d’énormes dégâts dans le quartier. Les attaques à double frappe, largement pratiquées par l’Arabie Saoudite, sont des attaques au cours desquelles des avions militaires retournent sur les lieux d’un raid aérien pour cibler les premiers intervenants et les civils qui se rassemblent sur les lieux.

Au moins 10 civils ont été tués dans les attaques à double frappe d’al-Hayjah alors qu’ils se rassemblaient près de l’épave d’un avion de guerre saoudien qui a été abattu pendant l’attaque, ont déclaré à MintPress des témoins sur place.
Le ministère de la santé yémenite, basé à Sanaa, a déclaré dans un communiqué que les bombardements aériens saoudiens ont tué 35 civils au total, dont 26 enfants, et que 23 civils ont été blessés, dont 18 enfants. Le bureau du coordinateur humanitaire de l’ONU pour le Yémen a donné un chiffre plus bas, déclarant que « les rapports de terrain indiquent que, le 15 février, 31 civils ont été tués et 12 autres blessés au cours de bombardements qui ont touché une zone du gouvernorat d’Al-Jawf ».

Lise Grande, coordinatrice des Nations unies, a dénoncé ces bombardements, déclarant : « En vertu du droit humanitaire international, les parties qui ont recours à la force sont tenues de protéger les civils. Cinq ans après le début de ce conflit, les belligérants n’assument toujours pas cette responsabilité. C’est choquant ».

Le groupe humanitaire international, Save the Children, qui est très actif au Yémen, a déclaré : « Cette dernière attaque doit faire l’objet d’une enquête urgente et indépendante, et les auteurs doivent rendre des comptes ». Xavier Joubert, le directeur du groupe au Yémen, a ajouté : « Ceux qui continuent à vendre des armes aux parties en guerre doivent se rendre compte qu’en fournissant des armes pour cette guerre ils contribuent à rendre des atrocités comme [celle-ci] bien trop courantes. »

De grands rassemblements ont également eu lieu dans de nombreux districts du Yémen pour dénoncer les attaques, notamment à Sana’a, Ibb, Reimah, Dhamar, Hajjah et Hodeida. Les manifestants portaient des banderoles arborant des messages de vengeance, des promesses de représailles envers la coalition dirigée par les Saoudiens et des promesses de résistance contre les forces étrangères au Yémen. Les manifestants ont également appelé les gouvernements occidentaux à respecter les droits de l’homme et à cesser de fournir des armes à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Les pays de la coalition, dirigée par l’Arabie saoudite, mènent une guerre meurtrière contre le Yémen depuis mars 2015, en utilisant des armes et des renseignements fournis par des pays occidentaux, notamment les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et le Canada.

Rien que le mois dernier, au moins 30 civils ont été tués et blessés suite aux frappes aériennes de la coalition saoudienne au Yémen, selon le Centre des droits de l’homme du gouvernement yéménite. Un nouveau rapport de ce centre montre que les avions de combat de la coalition ont lancé 164 frappes aériennes et largué 1 258 obus et missiles sur 18 immeubles résidentiels, 71 zones résidentielles, sept fermes, un aéroport, une école et une université.

L’association américaine à but non lucratif Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED), une organisation de recherche sur les conflits, estime que cette guerre a fait plus de 100 000 morts au cours des cinq dernières années. De plus, le blocus de la coalition en matière de nourriture et de médicaments a plongé le pays dans une famine sans précédent et a déclenché une épidémie mortelle de maladies évitables qui ont coûté la vie à des milliers d’autres personnes.

L’étincelle qui a allumé la mèche

En fin de semaine dernière, les unités de défense aérienne houthi ont réussi à cibler et à abattre un avion de combat Tornado multi-rôle au-dessus du ciel d’al-Jawf avec un missile sol-air avancé, un revers pour une alliance militaire connue pour sa suprématie aérienne et signalant un nouveau degré atteint par l’arsenal militaire de plus en plus puissant des Houthis.

L’armée yéménite, alliée aux Houthis, a diffusé des images du lancement de leur missile sol-air avancé et du moment où il a frappé l’avion de chasse dans le ciel nocturne, l’envoyant s’écraser en une boule de feu.

Samedi dernier, la coalition saoudienne a publié une déclaration confirmant le crash et affirmant que « deux officiers se sont éjectés de l’avion avant qu’il ne s’écrase », que les Houthis leur ont tiré dessus en « violation du droit international humanitaire »« La vie et le bien-être de l’équipage sont sous la responsabilité des Houthis », ajoute la déclaration.

Une source Houthi qui souhaite garder l’anonymat car elle n’est pas autorisé à parler sur le sujet, a déclaré à MintPress qu’après l’écrasement de l’avion, les avions de guerre de la coalition saoudienne ont lancé des frappes aériennes dans l’espoir de tuer l’équipage de l’avion avant qu’il ne puisse être capturé, il a ajouté que les membres d’équipage capturés n’étaient pas des ressortissants saoudiens, mais il a refusé de dire d’où ils venaient, disant seulement d’un « pays occidental ». Les Houthis ont finalement réussi à capturer l’équipage et à le déplacer vers un endroit sûr. L’un d’entre eux est gravement blessé, selon la source Houthi, qui a déclaré que ces faits révèlent que d’autres pays sont directement impliqués dans la guerre, non seulement en fournissant à l’Arabie saoudite des armes interdites au niveau international, mais aussi des pilotes militaires.

Ces derniers développements surviennent alors que de violents combats enflamment al-Jawf, où les forces houthies avancent sur plusieurs fronts vers Al-Hazm, la capitale régionale de la province. Al-Jawf est désormais principalement contrôlée par les forces houthies, mais sa capitale reste aux mains des forces de la coalition dirigée par les Saoudiens.

Auparavant, le général de brigade Yahya Saree, porte-parole des forces armées alliées houthies du Yémen, avait annoncé que 2020 serait l’année de l’aviation et que les forces yéménites s’emploieraient à développer leurs industries militaires et à améliorer leur capacités en défense aérienne.

Les Houthis, la principale force combattant la coalition dirigée par les Saoudiens au Yémen, ont appelé le régime saoudien à mettre fin à la guerre et au siège de leur pays, avertissant qu’il y aurait des risques et des conséquences pour le Royaume s’il continuait ses attaques.

Cette guerre a commencé le 26 mars 2015, lorsque l’Arabie saoudite, soutenue par les États-Unis et d’autres alliés régionaux, a lancé une attaque à grande échelle contre le Yémen sous prétexte de rétablir l’ancien président évincé, Abdrabbuh Mansur Hadi. Le véritable objectif de la guerre était de vaincre les Houthis, qui ont obtenu un soutien populaire à la suite du printemps arabe et qui gagnent en puissance depuis le début de la guerre.

Après la capture des pilotes du Tornado de l’armée de l’air saoudienne, les Nations unies ont déclaré que la coalition saoudienne et les Houthis avaient conclu un accord sur le premier échange de prisonniers à grande échelle depuis le début de la guerre. Des milliers de prisonniers, dont des ressortissants saoudiens et soudanais, devraient être libérés en vertu d’un accord négocié en Suède en 2018.

Ahmed AbdulKareem

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophonehttps://lesakerfrancophone.fr/les-houthis-lancent-de-nouvelles-attaques-de-missiles-et-de-drones-contre-les-installations-petrolieres-de-letat-saoudien

Les billets de banque : nouveau champ de bataille dans le conflit yéménite

Les billets de banque : nouveau champ de bataille dans le conflit yéménite

Les nouveaux billets émis par le gouvernement d’Abd Rabbo Mansour Hadi à Aden sont considérés illégaux par l’administration houthie, ce qui a engendré un chaos généralisé

Une employée de la banque centrale du Yémen compte des liasses de devises yéménites, dans la capitale Sanaa, le 25 août 2016 (AFP)Par Correspondant de MEE – SANAA, YémenDate de publication: Vendredi 17 janvier 2020 – 13:43 | Dernière mise à jour: il y a 3 jours 3 heures43Shares

Le conflit qui oppose depuis cinq ans le gouvernement yéménite et le mouvement houthi a trouvé un nouveau champ de bataille : les billets de banque.

Étant donné que les deux belligérants ont mis en place des administrations rivales dans la capitale Sanaa et dans la ville d’Aden (sud), le Yémen se retrouve pris entre deux banques centrales, ce qui provoque davantage d’instabilité dans une économie déjà dévastée par la guerre.

En septembre 2016, le gouvernement d’Abd Rabbo Mansour Hadi, reconnu par la communauté internationale, a délocalisé la banque centrale de Sanaa à Aden pour la soustraire au contrôle des Houthis, qui s’étaient emparés de la capitale yéménite deux ans auparavant.

Au cours des trois dernières années, le gouvernement de Hadi a imprimé de grandes quantités de billets yéménites dont la taille et le design ont été modifiés.

Les citoyens de tout le pays ont adopté ces nouveaux billets, jusqu’au 19 décembre, date à laquelle les autorités houthies à Sanaa ont interdit leur circulation. Elles craignent que la devise yéménite se soit effondrée en raison de la profusion de nouveaux billets. 

Au cours des dernières semaines, le taux de change du rial yéménite par rapport au dollar américain est resté stable à 580 dans les zones contrôlées par les Houthis, mais a été déprécié à 630 rials contre un dollar dans les zones pro-Hadi. Les taux d’avant-guerre étaient d’environ 215 rials pour 1 dollar.

La banque centrale de Sanaa a donné aux habitants un mois pour échanger les nouveaux billets contre des anciens. Sinon, la banque a indiqué pouvoir leur fournir une devise virtuelle appelée le « rial électronique » – bien que ce système ne soit pas encore en fonction.

« L’effondrement de la devise dans le sud prouve concrètement que l’impression de nouveaux billets est à l’origine de l’effondrement du rial yéménite et de la crise économique »

– Mohammed Abdulqader, fonctionnaire du ministère des Finances à Sanaa

Mohammed Abdulqader, fonctionnaire du ministère des Finances à Sanaa, prédit que le taux du rial dans la ville restera inchangé dans un avenir prévisible après cette interdiction.

Selon lui, l’administration de Hadi a imprimé de nouveaux billets sans s’assurer qu’il y avait assez de devises étrangères dans le pays pour contribuer à maintenir le rial à flot.

« Il est naturel que tout nouvel apport de devises yéménites conduise à un retrait de devises étrangères du marché », déclare-t-il à Middle East Eye.

Abdulqader ajoute que le gouvernement de Hadi « ne se soucie pas » de l’effondrement du rial et qu’il n’a pas soigneusement étudié les conséquences potentielles de sa décision de faire tourner la planche à billets.

« L’effondrement de la devise dans le sud prouve concrètement que l’impression de nouveaux billets est à l’origine de l’effondrement du rial yéménite et de la crise économique », affirme le fonctionnaire, qui considère ces nouveaux billets de banque comme de l’« argent illégal ».

La guerre au Yémen, lancée par une coalition dirigée par l’Arabie saoudite et soutenue par l’Occident en 2015, a eu de lourdes répercussions sur le rial yéménite, qui a perdu plus de la moitié de sa valeur au cours des cinq dernières années. 

La dépréciation globale du rial a été principalement déclenchée par une pénurie de devises étrangères, conséquence de la chute des exportations de pétrole et de gaz impactées par la guerre.

L’année dernière, le roi Salmane d’Arabie saoudite a ordonné le versement de 2 milliards de dollars à la banque centrale yéménite pour renflouer le rial.

Cependant, l’initiative de Riyad semble être un échec. Bien que la devise yéménite se soit initialement reprise, avec un taux de change de 400 rials pour 1 dollar, elle n’a pas tardé à chuter de nouveau, avec quasiment aucun effet de ruissellement sur la population.

Les habitants de Sanaa en paient le prix

Les autorités houthies autorisent les particuliers à échanger jusqu’à 5 000 rials (400 dollars). Cependant, si ce montant est supérieur, l’argent est considéré comme des « fonds commerciaux » et saisi par le gouvernement.

Cela a conduit les habitants de Sanaa à cacher les nouveaux billets et à les envoyer secrètement dans les zones tenues par Hadi dans le sud afin de les échanger contre des anciens billets ou des devises étrangères.

Muneer, agent de recouvrement à Sanaa, rapporte que de nombreux commerçants avec lesquels il fait affaire dans sa ville utilisaient à la fois les nouveaux billets et les anciens en 2019.

« Ils n’avaient d’autre choix que de me fournir les deux versions des billets », explique-t-il à MEE.La pénurie mortelle de dollars au YémenLire

Cependant, l’argent qu’il a accepté a plus tard été saisi à un check-point houthi alors qu’il conduisait son bus.

« Les Houthis m’ont saisi 2 600 000 rials et ont refusé de me les rendre », raconte-t-il, précisant qu’il a tenté de récupérer son argent auprès de la police et des autorités politiques, en vain.

« Ils insistaient pour le saisir, prétendant que c’était illégal. »

Tout le monde – y compris les commerçants, les vendeurs et les chauffeurs de taxi – refuse désormais d’accepter les nouveaux billets. Cela a eu un impact sur le commerce dans les zones contrôlées par les Houthis.

« Ces deux dernières semaines, mes ventes ont chuté car beaucoup de clients ont des nouveaux billets, que je refuse pour éviter les sanctions », déclare à MEE Nabil Dhafer, commerçant à Sanaa. « Je pense que cet argent finira par revenir sur le marché car il facilite notre travail et il est déjà dans les mains des gens. »

Hamdi Baobaid, guichetier dans un bureau de change à Sanaa, indique que sa société n’accepte pas les nouveaux billets car elle travaille sous la supervision de la banque centrale.

Selon lui, certains Yéménites tentent de tirer profit de la situation et des différents taux de change en achetant des dollars américains à Sanaa, les échangeant ensuite dans le sud afin d’obtenir un meilleur rendement, avant de ramener ces rials dans la capitale.

« Les sociétés de change ont donc augmenté les frais de transfert entre les zones contrôlées par les Houthis et celles contrôlées par Hadi afin de cesser l’exploitation de cette différence dans les taux de change », explique Baobaid à MEE.

Les frais de virement, selon lui, ont augmenté, passant de moins de 1 % à 10 % au cours des trois dernières semaines, variant conformément au taux de change du rial avec le dollar.

Les Houthis « volent l’argent des Yéménites »

Le spécialiste Alawi Abdulhadi, qui enseigne l’économie dans plusieurs universités du sud du Yémen, estime que l’effondrement de la devise yéménite dans le sud peut être imputé au fait que le gouvernement d’Aden continue de verser le salaire de certains fonctionnaires dans le nord.

« J’aimerais savoir ce que les Houthis font de cet argent, le brûlent-ils ? Non, ils l’envoient dans le sud et achètent des devises étrangères qui vont aux Houthis et à leurs combattants »

– Alawi Abdulhadi, professeur d’économie

« Le gouvernement yéménite a été contraint d’imprimer davantage de billets pour continuer à payer les salaires, que les Houthis ne versent pas », indique-t-il à MEE.

La plupart des fonctionnaires dans les zones contrôlées par les Houthis n’ont pas perçu leur salaire depuis août 2016, mais ont reçu des primes occasionnelles de la part des autorités de Sanaa. Seuls ceux qui travaillent dans le judiciaire continuent de recevoir des salaires d’Aden. 

« La décision des Houthis d’interdire la circulation des billets imprimés récemment a eu un impact sur les habitants mais pas sur le gouvernement. Les habitants du nord ne peuvent pas faire d’achats avec les nouveaux billets qu’ils ont. »

Alawi Abdulhadi indique que le gouvernement yéménite pourrait avoir recours à la communauté internationale pour résister à la pression des Houthis.

« Si le gouvernement n’unifie pas les deux devises, cela pourrait marquer le début d’une indépendance économique entre le sud et le nord », prédit-il.

Certains agents de change sur le marché noir échangent 100 000 rials en nouveaux billets contre 90 000 rials en anciens car ces derniers valent davantage par rapport au dollar.

Le spécialiste estime que la confiscation des nouveaux billets par les Houthis est un moyen illégal de « voler l’argent des Yéménites ».

« Les Houthis ont permis aux gens de faire circuler les nouveaux billets ces trois dernières années, et aujourd’hui, ils leur font les poches sous prétexte de maintenir la devise yéménite. »Au Yémen, la corruption prive des familles désespérées de l’aide alimentaireLire

« J’aimerais savoir ce que les Houthis font de cet argent, le brûlent-ils ? Non, ils l’envoient dans le sud et achètent des devises étrangères qui vont aux Houthis et à leurs combattants. »

Il s’agit d’après lui d’une des raisons qui ont conduit à l’actuel effondrement du rial dans le sud.

Les fonctionnaires qui travaillent dans le judiciaire dans les zones sous contrôle houthi recevaient leur salaire du gouvernement yéménite jusqu’au mois dernier, lorsque l’administration Hadi a payé leur salaire avec de nouveaux billets, que les banques ne pouvaient pas leur remettre en raison de l’interdiction.

« Ceux qui souhaitent percevoir leur salaire se rendent dans une zone pro-Hadi pour le recevoir en nouveaux billets avant de les changer contre des anciens avant de rentrer », explique Abdulhadi.

« La moitié du salaire se perdra néanmoins sans doute en frais de déplacement. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

https://www.middleeasteye.net/fr/reportages/les-billets-de-banque-nouveau-champ-de-bataille-dans-le-conflit-yemenite

DES HOUTHIS ONT PRIS EN EMBUSCADE DES TROUPES SOUDANAISES SOUTENUES PAR LES SAOUDIENS À L’OUEST DE HIRAN

 03.11.2019 – 3,061 vues    4.8 ( 9 votes)

DES HOUTHIS ONT PRIS EN EMBUSCADE DES TROUPES SOUDANAISES SOUTENUES PAR LES SAOUDIENS À L’OUEST DE HIRAN

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Les Houthis du Yémen ont tendu une embuscade à un groupe de soldats soudanais soutenus par les Saoudiens à l’ouest de Hiran. Selon des informations parvenues précédemment, le gouvernement soudanais envisage de retirer ses troupes du Yémen , mettant ainsi fin à sa participation à l’invasion menée par l’Arabie saoudite.

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Guerre : Les américains sont à l’ouest ! Par Guillaume Berlat

GÉOPOLITIQUE29.octobre.2019 // Les Crises

Guerre : Les américains sont à l’ouest ! Par Guillaume Berlat

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Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat,

« Les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir jamais connu la civilisation » (Oscar Wilde). Quel décalage abyssal entre l’image de puissance et de clairvoyance intellectuelle que projettent les États-Unis à l’extérieur de leur pays (« row » pour « the rest of the world » ainsi désigné de manière méprisante) et la réalité moins reluisante d’une certaine forme d’impuissance et d’aveuglement (avec une constance qui mérite louange) sur la compréhension des questions internationales ! Et, pourtant, l’Amérique exerce une fascination sans limite sur nos centres des recherche (« think tanks », cela fait plus chic et plus sérieux ») – sans parler de l’école néoconservatrice (« la secte » ou « la meute ») qui fait la pluie et le beau temps dans la diplomatie française – qui ont les yeux de Chimène pour tous les concepts provenant d’Outre-Atlantique. À tel point que l’on peut se demander si le pays des Lumières ne manquerait pas de bons esprits capables de réfléchir de manière indépendante sur les évolutions du monde d’aujourd’hui, voire de les anticiper. Et cela est d’autant plus préoccupant que les dernières décennies sont truffées d’exemples de la faillite intellectuelle américaine sur le plan géostratégique : Vietnam, Afghanistan, Irak, Libye, Yémen, Irak-Syrie … Un véritable inventaire à la Prévert. Notre Oncle Sam (démocrate ou républicain), qui ose encore se présenter comme l’inspirateur d’essence divine du ou des progrès de la planète, apparait de plus en plus comme un marchand d’illusions de haut vol auquel il est hasardeux de faire confiance.

VIETNAM : LA GROSSE CLAQUE ASIATIQUE

Il est indispensable de revenir au siècle dernier pour apprécier la constance dans l’erreur des États-Unis dans les crises où ils ont décidé de s’impliquer. Après s’être félicités de la débâcle de Dien Bien Phu en 1954, les Américains entendent reprendre la place laissée libre par la France – la nature ayant horreur du vide – en déroute de la Quatrième République en Indochine. Petit à petit, ils constatent que l’affaire est moins simple que prévu. Ils y dépêchent d’abord quelques conseillers militaires pour épauler les Vietnamiens du Sud (sorte de rempart de l’Occident) en proie à un harcèlement constant des Vietnamiens du Nord (sorte de cheval de Troie du communisme). Cela n’étant pas suffisant, ils y envoient un véritable corps expéditionnaire pléthorique censé infliger une véritable correction à ces pouilleux du général Giap. L’affaire tourne mal. En dépit d’une guerre sans merci, de l’utilisation à outrance de l’aviation, de défoliants et autres armes intelligentes, l’aventure tourne à la débandade pour l’invincible Amérique. Les accords de Paris signent la fin de la récréation et l’une des plus grandes défaites militaire et idéologique des États-Unis de l’après Seconde Guerre mondiale. On se souvient du départ en catastrophe de l’ambassadeur des États-Unis de Saïgon à l’arrivée des troupes du Viêt-Cong. Pas très glorieux de se faire rosser par plus petit que soi. Ce serait du genre humiliant à y regarder de plus près.

Après le séisme produit dans le pays profond par la guerre du Vietnam, l’on pensait l’Amérique vaccinée contre le mal des expéditions coloniales aventureuses pensées et conduites par le très célèbre lobby militaro-industriel dictant sa loi au Pentagone mais aussi et surtout à la Maison Blanche. Mais, c’était mal le connaître. Après une accalmie d’une vingtaine d’année, l’Amérique est rattrapée par ses vieux démons qui vont la conduire en Afghanistan d’où elle avait largement contribué à chasser l’occupant soviétique en armant le bras des Talibans (Cf. les livraisons des missiles Stingersaux Talibans). La fable de l’arroseur arrosé, du retour du boomerang, toutes choses qu’Américains mal dégrossis ne veulent ou ne peuvent pas comprendre tant l’Amérique ne veut entendre les critiques de ses alliés sur leurs aventures hasardeuses. Elle préfère faire la sourde oreille, au mieux, clouer au pilori l’intrépide qui se permet de la critiquer, au pire. C’est la diplomatie du silence dans les rangs serrés des idiots utiles, des courtisans serviles qui sont légions à Evere, le siège de l’église atlantiste qui a pour nom Alliance atlantique ou NATO dans la langue de Shakespeare.

AFGHANISTAN : LE CIMETIÈRE DES EMPIRES

L’histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement en Afghanistan où les puissances étrangères (Britanniques, Soviétiques et Américains, épaulés par leurs idiots utiles) subissent échec après échec comme si régnait une sorte de malédiction sur ce pays ? Après avoir été éliminés par la coalition des suppos de Washington, les Talibans sont aujourd’hui de retour à Kaboul et ailleurs dans le pays.

L’élimination des Talibans

Plus près de nous, après les évènements tragiques du 11 septembre 2001, l’administration républicaine se lance dans une « guerre contre le terrorisme » en Afghanistan, enrôlant au passage ses idiots utiles d’alliés – plutôt alignés – de l’OTAN pour bouter le barbare (ami de la veille) hors de Kaboul et des principaux centres stratégiques du pays. Une fois encore, elle met le paquet, pour employer cette expression triviale. L’ennemi abandonne ses positions mais pas son idéologie. Peu après, elle décrète que l’ennemi islamiste est terrassé et que l’Afghanistan va entrer dans une nouvelle ère de paix, de prospérité et de démocratie heureuse (la mise en place des équipes de reconstruction provinciales ou PRT). Tout va très bien madame la marquise mais à part çà un petit rien… Les choses ne tournent pas dans le sens souhaité.

Le retour des Talibans

Presque vingt après le début de l’intervention militaire, le bilan est catastrophique. Les Talibans chassés de leurs fiefs reprennent le terrain perdu en infligeant de lourdes pertes aux troupes de la coalition et en faisant à nouveau régner la terreur dans le pays. Les femmes sont les victimes expiatoires de ces fous furieux. Donald Trump, qui comprend que la force ne paie pas, négocie avec eux, se promettant de quitter ce « cimetière des empires » avant 2020, élections obligent1. Fait intéressant à noter, les États-Unis se montrent d’une grande magnanimité avec l’Arabie saoudite (son grand allié depuis le Pacte du Quincy) alors même que les terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre 2001 sont en majorité originaires de ce pays comme du reste leur cerveau Oussama Ben Laden et qu’elle diffuse dans le monde un islam rigoriste (le wahhabisme) mortifère qui inspire les apprentis terroristes de tout poil, y compris ceux qui vivent en Occident. En termes d’indignation à géométrie variable, les Américains sont hors compétition. Bien évidemment, les alliés de l’oncle Donald (y compris le gouvernement fantoche de Kaboul) ne sont pas conviés aux négociations secrètes entre Américains et Talibans. Ils seront informés le moment venu du résultat des discussions et n’auront pas leur mot à dire. Merci pour tous les morts inutiles qu’ils laisseront derrière eux et qui se seront battus pour le roi de Prusse. Mais, ne nous arrêtons pas à de pareils détails mesquins. Les fameux alliés ont l’habitude d’avaler des couleuvres, des boas sans coup férir. Ils seraient même du genre masochistes et auraient même tendance à en redemander à l’occasion. Tournons notre regard vers l’Irak, objet de toutes les attentions de l’administration républicaine.

IRAK : GUERRES SANS FIN

L’élimination de Saddam Hussein

Dans sa grande sagesse, l’Amérique décrète, au début des années 2000, qu’elle va faire du « Grand Moyen-Orient » une sorte de laboratoire de la démocratie et de la loi du marché qui va étendre ses effets bénéfiques, de proche en proche, à la région au sens large par effet de domino à l’envers. Mais, il existe dans la zone un fauteur de troubles (« trouble maker ») désigné à la vindicte publique qui aurait la fâcheuse tendance à occuper l’un de ses voisins (le Koweït) en violation du droit international (il en sera puni), à aider en sous-mains les terroristes Al-Qaeda (pour se venger de la défaite qui lui a été infligée après l’invasion du Koweït) et, pire encore, à se doter illégalement d’armes de destruction massives, les fameuses ADM ou WMD en anglais (que l’on a du reste jamais trouvées même en cherchant bien). Occasion rêvée de lui rendre gorge, une bonne fois pour toutes et au passage de mettre la main sur ses ressources pétrolières. Chose dite, chose faite. En un tournemain, en dépit de l’opposition française (Cf. le discours de Dominique de Villepin de 2003 devant le Conseil de sécurité de l’ONU) et de l’absence d’autorisation du machin (dont l’Amérique n’a que faire), on règle son compte au tyran Saddam Hussein, on élimine tout ce qui, de près ou de loin, a collaboré avec le parti Bath et la bataille est, une fois de plus gagnée. Au passage, toute l’infrastructure administrativo-politique est mise à terre. Le pays est un bateau ivre sans capitaine, si ce n’est quelques marionnettes désignées à et par Washington mais qui ne représentent pas le pays réel. Sunnites et Chiites, sans parler des Kurdes, s’en donnent à cœur joie en commettant attentats sur attentats, plus horribles les uns sur les autres. Une sorte de surenchère permanente dans l’atrocité.

Les bégaiements de l’histoire

Mais, l’histoire semble inexorablement bégayer : bataille gagnée signifie immanquablement guerre perdue. Force est de constater que l’Irak entre dans une période de chaos indescriptible dont elle ne s’est toujours pas remise. Où l’Amérique passe, la paix trépasse. Un vieux classique des relations internationales que notre clergé médiatique a trop tendance à perdre de vue… sans parler de notre élite dirigeante, La Caste qui ignore tout des fondamentaux de la diplomatie. Nos braves inspecteurs des Finances qui confondent les règles de Bercy et celles du Quai d’Orsay. Il est toujours plus facile d’instaurer la pagaille que de rétablir l’ordre dans un pays morcelé et fragmenté entre différentes obédiences de l’Islam qui traine comme un boulet, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le problème kurde. Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour rendre toute réconciliation impossible et l’insurrection possible, voire automatique. Nous n’apprenons décidément rien des leçons de l’expérience.

Non content de cette nouvelle déculottée, les masochistes américains en redemandent et tournent leur regard vers la Libye et le Yémen. Attention, les pyromanes sont de retour. Danger imminent en perspective. Et, c’est bien le cas à la lumière de ce qui se passe et non de ce qui se dit dans nos gazettes et dans nos chancelleries diffuseuses de « bobards » à jet continu. Et cela dans la plus grande indifférence.

LIBYE, YÉMEN : DEUX AFFREUX BOURBIERS

Prenons deux exemples tirés d’une actualité récente pour éclairer notre lanterne et mieux comprendre la politique extérieure américaine ! Les crises en Libye et au Yémen2 en disent long sur l’indigence de la pensée stratégique occidentale en ce début de XXIe siècle, sur l’incapacité de nos bons apôtres à ne pas tomber à pieds joints dans les pièges qu’ils ont eux-mêmes armés volontairement en pensant y piéger l’ennemi.

Libye, un État failli

Il n’est nul besoin de s’appesantir sur la pagaille monstre qui prévaut actuellement en Libye (dans le pays, au sud et au nord pour faire bonne figure) à la suite de l’intervention d’une coalition à laquelle les États-Unis ont prêté main forte même si la France du Petit Nicolas et du grand BHL a joué le rôle de mauvais génie. Une fois encore, bataille gagnée sur le très court terme, guerre perdue sur le long terme. Souvenons-nous des propos lyriques de Nicolas Sarkozy après la mise à mort du guide suprême (celui qui aurait financé sa campagne électorale). Nous en mesurons les multiples conséquences négatives aujourd’hui encore sur le continent africain mais aussi en Europe à travers la crise migratoire. Qu’est-ce que l’Occident a gagné dans cette guerre stupide que nous n’avions pas réfléchie autant qu’elle le méritait ?

Yémen, la « pire catastrophe humanitaire »

Il n’est pas plus besoin de s’arrêter sur l’aide logistique énorme fournie par l’Amérique à son grand allié saoudien3 pour écraser les rebelles houthis avec le succès que l’on sait4. Aujourd’hui, les Emirats arabes unis (EAU) prennent la poudre d’escampette, pour tenter d’échapper, un jour prochain qui sait, aux foudres de la Cour pénale internationale (CPI) en raison des crimes de guerre et autres crimes contre l’humanité (quelques peccadilles) commis dans cette « Arabie heureuse » par l’Arabie saoudite de MBS5. Pour sa part, la France éternelle n’est pas exempte de tout reproche dans cette sale guerre. Une fois n’est pas coutume, les Européens, Allemands en tête refusent de se laisser entraîner dans une improbable nouvelle coalition destinée à jouer les gendarmes du monde dans le détroit d’Ormuz comme le souhaitent les Américains pour punir les Iraniens6. Un sursaut de bon sens et d’orgueil de l’Europe est si rare pour être relevé. Il devrait se prolonger par une construction de sa puissance, condition de son autonomie stratégique. Mais, nous en sommes encore loin.

IRAK-SYRIE : LA FIN DE L’ÉTAT ISLAMIQUE

Après le temps de la guerre la fleur au fusil, vient le temps de la divine surprise, à savoir que la guerre n’aurait servi à rien en dépit des morts ayant donné leur vie pour la bonne cause. Mais, cela ne fait pas la une des grands quotidiens ou des actualités télévisées, ni même des réseaux prétendument sociaux.

La guerre la fleur au fusil

Dans la foulée des « révolutions arabes » au début de la deuxième décennie du XXIe siècle, l’EIIL s’empare d’une portion importante des territoires irakien et syrien pour y installer un califat, pour y faire régner une terreur sans précédent, pour s’accaparer des ressources pétrolières et financières, pour diffuser une propagande mortifère, pour semer la terreur dans la zone (en particulier contre les Kurdes et les Chrétiens) mais aussi en Europe (multiplication des attentats en particulier en France)… C’en est trop pour l’Amérique et ses fidèles affidés dont la France hollandaise et macronienne ! Il faut aller guerroyer pour bouter hors des villes et des campagnes la soldatesque de l’État islamique et ses nébuleuses bien aimées de Laurent Fabius obnubilé par le départ de Bachar Al Assad. Une fois encore, la bataille est rapidement remportée grâce à la supériorité technologique indiscutable occidentale. Les combattants, qui n’ont pas été éliminés, s’évaporent dans la nature. On les dit épuisés et peu désireux de reprendre le combat. Mais, c’est mal connaître les fanatiques de la région. Au début de l’année 2019, Américains, mais aussi nos Pieds Nickelés français (Macron-Parly-Le Drian), clament que la « bête immonde » a été vaincue. Alléluia ! Nous allons enfin pouvoir dormir sur nos deux oreilles. L’ordre occidental règne sur l’Orient compliqué en dépit d’une réinstallation de la Russie en Syrie. Comment en aurait-il pu être autrement tant nos élites sont certaines de leur fait ? La force l’a emporté contre le mal incarné par l’état islamique et sa folie destructrice. Tout va très bien dans le meilleur des mondes des bisounours que nous servent régulièrement nos perroquets à carte de presse qui sévissent quotidiennement sur les chaînes d’abrutissement en continu. Mais, patatras…

La divine-mauvaise surprise

Oh, surprise en ce début du mois d’août 2019, quelques informations aussi baroques qu’inquiétantes nous parviennent du Pentagone, une sorte d’usine à bobards. Tel Lazare, l’EIIL renaitrait de ses cendres, envisagerait de reprendre ses opérations militaires en Irak et en Syrie, de commettre quelques attentats en Europe pour bien démontrer qu’il n’a rien perdu de sa vigueur et de son audience en dépit de sa mise à l’écart des grands centres urbains. Dans la foulée, et comme un seul homme, la communauté du renseignement occidentale reprend les saintes écritures américaines en les psalmodiant à longueur de journée sur les chaînes d’abrutissement en continu. La peste islamiste pourrait de nouveau sévir dans nos villes et dans nos campagnes dès la rentrée de septembre. Qu’on se le dise ! Il est plus facile de gagner une bataille sur le terrain qu’une guerre idéologique.

Si nous comprenons bien, vérité de janvier ne serait plus vérité d’août ! Curieux. De deux choses l’une, soit la propagande officielle occidentale éhontée (pour une fois, les « fake news » ne viendraient pas ou plus du Kremlin) nous avait trompés en nous disant que la bataille contre l’EIIL avait été gagnée pour nous enfumer avec de bonnes paroles rassurantes, soit nos éminents stratèges avaient mal analysé la situation sur le terrain en dépit de leurs immenses capacités de renseignement, ce qui ne serait pas très glorieux pour la puissante Amérique. Dans tous les cas, tout ceci ne serait pas très rassurant en termes de garantie de notre sécurité. Le moins que l’on puisse dire est que la Syrie a été une défaite pour l’Occident dont les conséquences sont graves sur le plan mondial. Mais, en France, on préfère sanctionner le colonel Legrier qui a eu l’immense tort de dire ce qu’il pensait de l’alignement de la stratégie française sur celle des États-Unis en Irak et en Syrie que ceux qui encensaient Jupiter. Le militaire a dit la vérité, il doit être exécuté. Au passage, nous subissons les foudres de l’ONU pour renvoyer en Irak quelques illuminés7. La fessée est magistrale8. Décidément, le machin ne manquera pas de nous surprendre… en mal au moment même où il est incapable de s’acquitter de sa mission de maintien de la paix et de la sécurité internationales sur terre. Rôle qui serait d’autant plus opportun alors que les relations internationales sont basées sur la puissance. La force prime désormais le droit.

La suite au prochain numéro. C’est bien connu la puissante Amérique ne s’épanouit qu’en se trouvant de nouveaux ennemis que l’on va abattre définitivement sous le poids de bombes de plus en plus sophistiquées et intelligentes (« smart » pour les experts). C’est surtout bon pour les vendeurs d’armes qui n’ont rien à faire de la paix dans le monde9. Il lui a fallu de nombreuses années pour se remettre de la perte de l’ennemi héréditaire que fut l’Union soviétique après la chute du Mur de Berlin. Les terroristes ont fait et continuent de faire encore l’affaire. Mais, la liste s’est allongée depuis : Russie de nouveau, Chine qui découvre la fée sanction10 comme la Corée du nord et l’Iran punie d’avoir respecté ses engagements nucléaires souscrits dans l’accord de Vienne du 14 juillet 2015, déchiré par Donald Trump. Tout va très bien, le lobby des armes a des arguments pour vendre des armes manu larga et se remplir les poches. Drôle de conception de la paix dans le monde que celle qui nous vient d’Outre-Atlantique ! Au passage, la montée des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ainsi que les tensions artificielles dans le détroit d’Ormuz font monter les cours du baril de pétrole. Encore, une excellente occasion d’en tirer profit pour certains attirés par le lucre11.

« L’histoire se répète toujours deux fois, la première en tragédie, la seconde en farce »12. Et, c’est bien ce que nous constatons aujourd’hui à propos de nos amis et alliés d’Outre-Atlantique. L’Amérique est décidément indécrottable. Elle galope d’échec militaire en échec militaire sans qu’elle n’en tire les conclusions qui s’imposent. En dehors de ses questions intérieures (et l’on peut en douter à l’aune d’affaires récentes de toutes natures13, en particulier les récentes tueries14), l’Amérique ne comprend rien au monde extérieur. Il lui est tout à fait étranger, pour ne pas dire totalement étranger. Les Américains ne comprennent rien au passé, au présent et encore moins à l’avenir. Rappelons que l’éternité est faite de trois dimensions, celle du passé, celle du présent, celle de l’avenir !

Les Américains estiment, à tort, que le monde va se plier à leurs désirs, à leurs exigences de cowboys, de shérifs du monde. Mais, cela ne fonctionne pas ainsi. Ce serait plutôt le contraire. Ils sont contraints de tirer les conséquences de leurs défaites en laissant des États au bord du chaos généralisé. Mais, ils ne sont pas spécialement adeptes du retour d’expérience (« retex » chez les militaires) pour éviter de reproduire les mêmes erreurs. Cela leur éviterait de graves déconvenues.

Quand les Européens voudront-ils bien reconnaître que l’OTAN, c’est-à-dire les États-Unis, est une menace pour l’Europe parce qu’elle est un instrument de déresponsabilisation et un outil de maintien et de renaissance des tensions en Europe ?15 Ils e peuvent attendre la fin des divisions entre l’est et l’ouest pour agir. Mais, trêve de plaisanterie. L’honneur est sauf. L’Amérique est à l’Ouest géographiquement mais elle l’est aussi sur le plan géostratégique.

Guillaume Berlat
19 août 2019

1 Jacques Follorou, Afghanistan : les Américains pourraient partir fin 2020. Washington et les talibans sont engagés depuis onze mois à Doha dans des négociations de paix, Le Monde, 10 août 2019, p. 4.
2 Hélène Sallon, Yémen : des fissures dans le front antihoutistes, Le Monde, 13 août 2019, p. 3.
3 Renaud Girard, L’incroyable fiasco saoudien au Yémen, Le Figaro, 13 août 2019, p. 19.
4 Delphine Minoui, Yémen : le front anti-houthiste vole en éclats, Le Figaro, 12 août 2019, p. 8.
5 Trump parrain de la bombe saoudienne ?, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 3.
6 Norbert Röttgen, Dans la crise du détroit d’Ormuz, l’Europe doit se détacher des États-Unis, Le Monde, 11-12 août 2019, p. 27.
7 Inès Daif, L’ONU critique le traitement des djihadistes français, Le Figaro, 12 août 2019, p. 8.
8 Allan Kaval/Hélène Sallon, Transfert des djihadistes : l’ONU interpelle Paris, Le Monde, 13 août 2019, p. 2.
9 Alain Joxe, Les guerres de l’empire global, éditions La Découverte, 2012.
10 Claude Angeli, Course à la guerre froide entre Pékin et Washington, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 3.
11 Nabil Wakim, Le marché mondial de l’or noir au bord de la crise, Le Monde, 13 août 2019, p. 9
12 Régis Debray, L’Europe fantôme, Gallimard, 2019, p. 41.
13 Mathieu Bock-Côté, Les racines de la violence aux États-Unis, Le Figaro, 10-11 août 2019, p. 19.
14 États-Unis : plus de 250 tueries depuis janvier… Et Trump défend toujours les armés ricains !, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 1.
15 Général Desportes : « L’OTAN est une menace pour l’Europe », Le Figaro, 25-26 mai 2019, p. 20.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 19-08-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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Les Ayatollahs sautent de joie

Les Ayatollahs sautent de joie


Par Dmitry Orlov – Le 15 octobre – Source Club Orlov

Lors de la récente Assemblée générale des Nations Unies, il y avait une personne qui paraissait plus heureuse que les autres, surtout en comparaison des Européens, aux mines plutôt sombres. C’était le président iranien Hassan Rouhani. Il rayonnait positivement de plaisir et de bonne humeur. Bien que son discours ait été dur, contenant des termes tels que « terrorisme économique » et « piraterie internationale », dont il accusait le régime de Washington, son comportement n’était que joie. En passant, il a anéanti les espoirs de Boris Johnson de négocier un rapprochement entre l’Iran et les Washingtoniens, estimant clairement que toute nouvelle tentative de négociation avec eux était tout à fait inutile.


Rohani n’est certainement pas le seul à adopter cette position, même s’il est peut-être le seul parmi les dirigeants nationaux à le faire ouvertement. Les Chinois ont fait traîner les négociations commerciales sans aucune intention de parvenir à un accord. Les Russes considèrent les négociations de maîtrise des armements avec les Washingtoniens comme plutôt inutiles, promettant une réponse symétrique (mais beaucoup moins coûteuse) à toute escalade américaine.

En effet, à quoi bon négocier avec les Américains si, comme l’expérience l’a montré, ils peuvent par la suite revenir à l’improviste sur un accord conclu ? Ils le font soit sans aucune justification (comme ce fut le cas récemment avec les Kurdes syriens), soit sur la base d’un quelconque caprice du moment (comme l’abandon du traité FNI entre les États-Unis et la Russie).

Ce point semble encore mériter d’être répété quelques fois, bien qu’il ait été soulevé à maintes reprises par de nombreux analystes et qu’il devienne de plus en plus flagrant. (Les Russes ont même inventé un nouveau mot pour décrire cette condition : недоговороспособный (« nedogovorosposóbny », littéralement « incapable-de-passer-un-accord ».) Mais il y a un autre point à faire valoir et la plupart des observateurs géopolitiques semblent passer à coté jusqu’à présent. Soit dit en passant, cela explique l’humeur joyeuse de Rohani à l’ONU, et je suis également heureux de le partager avec vous.

Négocier des accords avec le régime de Washington n’est pas seulement inutile, c’est aussi non nécessaire, car il est désormais possible pour tous les grands acteurs géopolitiques d’atteindre leurs objectifs stratégiques sans aucun accord avec les États-Unis, et parfois même sans avoir à engager un dialogue sérieux avec eux. Les exceptions sont le Japon et l’UE, dont la capacité d’affirmer leur volonté souveraine est très limitée, ayant cédé une grande partie de leur souveraineté aux États-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et pendant la guerre froide.

Même des joueurs mineurs, comme la Corée du Nord, ont appris cette leçon. Après avoir tenté de négocier avec les États-Unis, les Nord-Coréens ont rapidement découvert que les Américains venaient souvent les mains vides, essayant d’obtenir des concessions sans rien donner en retour, et qu’ils se livraient à des effets de manche, comme les commentaires spectaculaires et contre-productifs de John Bolton sur l’application du « modèle libyen » en Corée du Nord. (Le dirigeant libyen, si vous vous souvenez, a été sauvagement assassiné par des forces soutenues par les États-Unis.)

Mais en ne parvenant pas à un accord avec les États-Unis, les Nord-Coréens ont obtenu quelque chose de précieux : la reconnaissance universelle que les États-Unis sont militairement impuissants à s’y opposer. Oui, ils peuvent les détruire, mais la Corée du Sud et le Japon seraient également détruits, et comme il s’agit de deux nations que les États-Unis sont tenus de défendre en vertu d’un traité, prendre des mesures qui entraînent leur destruction n’est pas exactement une stratégie. Ainsi, les États-Unis sont passés d’une position belligérante contre la Corée du Nord, la menaçant militairement, à devoir se contenter d’appliquer des sanctions économiques presque totalement impuissantes étant donné la nature largement autarcique de l’État nord-coréen et son manque de commerce avec les États-Unis.

C’est un exemple intéressant, parce qu’il montre que même des acteurs relativement faibles et mineurs peuvent maintenant obtenir des Américains qu’ils fassent ce qu’ils veulent sans négocier aucun accord avec eux. Mais cette même logique s’applique encore plus aux grandes entités géopolitiques, comme la Chine, la Russie et l’Iran. Pour reprendre quelques métaphores religieuses, ces trois pays forment la Sainte Trinité que le destin a désignée pour vaincre le Grand Satan (les États-Unis, du moins dans le langage politique iranien). Chacun d’eux joue un rôle essentiel.

La fonction de la Russie est de tirer parti de sa technologie militaire supérieure pour contrecarrer militairement les États-Unis et de rendre tout son complexe militaro-industriel fantastiquement surévalué, impuissant et obsolète, avant de le faire disparaître dans l’oubli. La Réserve fédérale américaine imprime maintenant 60 milliards de dollars par mois, un chiffre qui correspond à peu près au coût mensuel du budget de la défense américaine.

La technologie russe a déjà transformé toute la flotte des porte-avions américains en une pile de déchets flottants inutiles. La Russie a mis au point des armes qui peuvent détruire des porte-avions à une distance de sécurité supérieure à la portée utile de leurs jets. Les missiles hypersoniques russes ont fait la même chose pour l’ensemble des systèmes de défense antimissile américains. De même, tout l’argent que les États-Unis ont dépensé pour développer des avions « furtifs » (1 500 milliards de dollars pour le seul chasseur F-35) a été annulé par les nouveaux systèmes radar russes qui peuvent parfaitement bien voir ces avions supposés invisibles. Ironiquement, le développement de la technologie « furtive » était basé sur les travaux d’un scientifique soviétique, Peter Ufimtsev, qui a émigré aux États-Unis après l’effondrement de l’URSS : ce que la Russie donne, la Russie le reprend aussi.

La Russie a également mis sa technologie de défense à la disposition d’autres pays, notamment les deux autres membres de la Sainte Trinité. À la surprise générale, Vladimir Poutine a annoncé récemment que la Chine sera en mesure d’utiliser le système russe d’alerte rapide en cas d’attaque nucléaire pour détecter les attaques lancées contre le territoire chinois. Cela étendra effectivement les capacités de dissuasion nucléaire de la Russie à la Chine. Et l’Iran a acheté des systèmes de défense aérienne russes S-300 et discute activement de l’achat du S-400 encore plus perfectionné. Ces systèmes feront de l’espace aérien au-dessus de l’Iran et de certaines parties de la Syrie des zones d’interdiction de vol pour les avions américains et de l’OTAN [et israéliens, NdT].

Si les objectifs de la Russie sont de pousser doucement les États-Unis vers l’oubli dans une tentative futile de les suivre dans le développement de nouveaux systèmes d’armes (les systèmes russes ont tendance à être non seulement plus efficaces mais aussi moins chers) tout en réalisant un profit en vendant leurs armes aux pays qui cherchent à s’assurer contre l’agression américaine, les objectifs chinois sont plus ambitieux encore. Au cours des cinquante dernières années, la Chine, qui était un pays agraire rustique, est devenue la plus grande superpuissance industrielle du monde. Entre-temps, aux États-Unis, le segment industriel s’est réduit à environ un dixième de l’ensemble de l’économie, le reste étant maintenant composé de baristas, de toiletteurs de chiens, de moniteurs de yoga et d’autres types de gratte-dos mutuels.

En raison de ce changement spectaculaire, les États-Unis enregistrent un important déficit commercial structurel avec la Chine. Alors qu’auparavant la Chine finançait ce déficit commercial en achetant de la dette américaine sous forme de bons du Trésor, elle a cessé de le faire il y a quelque temps et vend maintenant des bons du Trésor et achète de l’or. Elle n’est pas la seule à le faire (par exemple, la Russie a déjà vendu toutes ses obligations du Trésor américain), ce qui provoque d’importantes perturbations financières aux États-Unis, au point où les institutions financières refusent d’accepter des titres de créances américains en garantie de prêts à un jour [Marché Repo, NdT]. C’est cette évolution qui a forcé la Réserve fédérale à imprimer 60 milliards de dollars par mois tout en empilant dans son bilan les titres de créances américains désormais boudés. La tendance à long terme est indubitable : au cours des 77 derniers mois, les banques centrales étrangères ont vendu les deux tiers des bons du Trésor américain qu’elles avaient accumulés au cours des 35 dernières années.

Il est curieux de constater que, jusqu’à présent, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine n’a fait qu’aggraver le déficit commercial. Ainsi, la tactique de négociation non négociatrice de la Chine semble fonctionner brillamment. Les États-Unis n’ont que deux moyens de financer leur déficit commercial : 1. vendre des déchets financiers ; et 2. vendre des terres, des usines et du matériel, la propriété intellectuelle, les reins de leur population et tout ce qui a de la valeur. Il n’y a vraiment pas d’autres options. Et comme la vente de déchets financiers ne fonctionne plus, l’option 2 est tout ce qui reste. Cela rappelle le démembrement d’actifs qui a eu lieu dans l’ex-URSS après son effondrement (et qui se poursuit toujours en Ukraine, pays qui se prépare à commencer à vendre ses terres aux sociétés transnationales).

Certains pourraient penser qu’il existe également l’option 3 : ramener l’industrie aux États-Unis. Mais il a fallu 50 ans à la Chine pour devenir une puissance industrielle, avec des taux de croissance réguliers à deux chiffres. Aux États-Unis, le taux de croissance jusqu’à présent au cours de ce siècle, si l’on ne tient pas compte de l’effet du gonflement de la dette, a en fait été négatif. Les États-Unis n’ont pas 50 ans, même pas 10. Et si, au cours de cette hypothétique transformation, elle doit financer son déficit commercial en vendant les usines et les équipements dont elle aurait besoin pour se réindustrialiser, elle n’y parviendra jamais.

Et cela nous amène en Iran avec ses ayatollahs rieurs et souriants. La quête sacrée de l’Iran en tant que partie intégrante de la Sainte Trinité consiste à paralyser les États-Unis et leurs mandataires au Moyen-Orient, rendant la région sûre pour une théocratie démocratique (ou peut être autre chose). Il y a deux proxys américains sur place : l’Arabie Saoudite et Israël. Cette attrition finira sans doute aussi par se produire pour eux, dans le cas de l’Arabie saoudite, lorsque ses plus anciens et plus grands gisements pétroliers, comme celui de Ghawar, cesseront finalement de produire ; dans le cas d’Israël, cela arrivera lorsque le flux d’argent du Trésor américain vers ce pays cessera en raison des difficultés financières mentionnées ci-dessus, malgré le pouvoir considérable du lobby pro-israélien aux États-Unis.

Mais c’est une vision à plus long terme ; dans le cas présent, ce qui fait sourire les ayatollahs, c’est que la séquence récente des événements est une comédie. Les Américains ont renié l’accord avec l’Iran laborieusement négocié sous l’administration Obama et réimposent des sanctions unilatérales (et essentiellement illégales) contre l’Iran. En réponse, la Chine continue d’acheter du pétrole iranien, tout comme la Turquie et plusieurs autres pays.

Pendant ce temps, l’UE regroupe et forme l’INSTEX – un système commercial qui évite le dollar américain et le système de virements électroniques SWIFT et qui est spécialement conçu pour contourner les sanctions commerciales unilatérales américaines, en particulier dans le cas de l’Iran. Ensuite, les Américains se sont lancés dans une guerre de pétroliers – et l’ont perdue rapidement de la façon la plus humiliante possible, car il devient clair qu’ils sont militairement impuissants à patrouiller dans le si important détroit d’Ormuz. Et puis deux événements vraiment ridicules ont eu lieu.

Premièrement, les Yéménites, qui ont été attaqués par une coalition dirigée par les Saoudiens pendant plusieurs années et qui ont subi d’horribles privations, sont parvenus à bloquer la moitié de la production pétrolière de l’Arabie saoudite avec des roquettes et des drones. Les États-Unis ont immédiatement blâmé l’Iran… sauf que cela implique que les batteries de défense aérienne saoudiennes fabriquées par les États-Unis, dont la plupart sont dirigées contre l’Iran, sont des tas de ferraille inutiles incapables d’arrêter de petits drones lents, et volant bas. Pour ajouter à l’humour de la situation, les Américains ont décidé alors d’expédier en Arabie Saoudite encore plus de ces mêmes batteries Patriot inutiles.

Deuxièmement, les Yéménites ont reconquis une parcelle de territoire frontalier que l’Arabie saoudite leur a confisquée il y a plusieurs décennies, détruisant ainsi près de la moitié de la partie relativement fonctionnelle de l’armée saoudienne, avec des soldats réellement Saoudiens (le reste étant essentiellement composé de mercenaires provenant de tout le Proche-Orient). Les Américains, qui ont récemment vendu aux Saoudiens pour 100 milliards de dollars de systèmes d’armement devenus manifestement inutiles, refusent de lever le petit doigt pour les aider.

Pour faire monter l’hilarité d’un cran, Vladimir Poutine, lors d’une conférence de presse conjointe avec le turc Erdoğan et notre vieil ami Rohani, a proposé de vendre des systèmes russes de défense aérienne à l’Arabie Saoudite. Ceux-ci ont été testés au combat sur des drones lancés contre la base aérienne russe de Hmeimimim, en Syrie, par ce qui reste de l’EI. Peu ont pu passer au travers, donc arrêter les drones n’est pas un problème pour les Russes. Il ne fait aucun doute que cela coûterait aux Saoudiens un peu moins cher que les 100 milliards de dollars qu’ils ont donnés aux Américains – et dont ils n’ont rien obtenu d’efficace en retour.

À la lumière de tout cela, ma nouvelle et importante thèse est que les nations souveraines du monde entier, grandes et petites, mais surtout la Sainte Trinité de la Chine, la Russie et l’Iran, peuvent amener les États-Unis à faire ce qu’ils veulent sans négocier avec elle.

Enfin, la photo suivante, qui montre Rohani refusant de serrer la main de Boris Johnson en riant, semble mériter un concours de légendes. Que pensez-vous qu’il a dit à Johnson dans son excellent anglais qui a rendu Johnson et Macron si désorientés ?

Dmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Traduit par Hervé, relu par Kira pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/les-ayatollahs-sautent-de-joie

à qui profitera le choc pétrolier de lundi 16 septembre ?

à qui profitera le choc pétrolier de lundi 16 septembre ?

Cui bono ? Au lendemain de la mise hors service du plus grand complexe de traitement pétrolier au monde, et de la moitié de la capacité d’exportation pétrolière de l’Arabie Séoudite, on peut se demander à qui profitera le choc pétrolier qui frappera les marchés mondiaux de matières premières demain lundi.

 En amont on peut se demander aussi à qui a profité l’attaque contre Abqaïq et Khouraïs. On peut penser a priori que cette démonstration de force devrait bénéficier à la résistance chiite nord-yéménite (Houthis), qui n’a d’ailleurs pas hésité longtemps à revendiquer cette opération si bien réussie, avec à peine dix avions téléguidés répartis sur deux objectifs distincts.

Ce ne serait pas sa première attaque contre le territoire de l’Arabie Séoudite qui a fait du Yémen (sud inclus) un champ de ruines. Cependant on voit mal l’effet direct qu’une telle attaque sans lendemain (faute de cible économique plus importante en Arabie) pourrait produire, alors que l’utilisation des mêmes moyens contre une grande ville aurait pu réveiller la population séoudite et la pousser à freiner les ardeurs guerrières de son gouvernement au Yémen.

Si c’est effectivement la résistance chiite nord-yéménite qui a lancé cette opération spectaculaire sur le plan économique mais, sauf erreur, non létale sur le plan humain, ça ne peut être qu’en désobéissance à ses conseillers persans qui, quitte à être accusés, auraient visé plus névralgique et n’auraient pas résisté à la tentation d’occire quelques Arabes. On pourrait penser aussi au fournisseur des missiles antiaériens Patriot, puisqu’un de leurs arguments tacites de vente est justement leur inefficacité pratique censée imposer leur multiplication numérique, le fabricant n’ayant toujours pas trouvé de parade technique à la tactique yéménite consistant à neutraliser les batteries antiaériennes en abîmant de petits drones jouets dans leurs radars, avant d’envoyer de simples missiles balistiques par-dessus les batteries de Patriot ainsi aveuglées.

S’il est vrai que pas un seul des dix avions téléguidés n’a été abattu (et qu’aucun missile antiaérien n’est parti), il devrait être possible d’expliquer à l’Arabie qu’elle a besoin d’encore plus de batteries antiaériennes Patriot. Dans le même ordre d’idées, un autre bénéficiaire, par contraste, de la percée sans pertes de cette escadrille sans pilotes, est évidemment le fournisseur du système antiaérien S-300, dont l’efficacité est prouvée plusieurs fois par mois, notamment autour de la base russe de Hmeimim (Lattaquié) régulièrement mais vainement attaquée par des vagues d’appareils téléguidés par les forces islamistes supplétives des Etats-Unis en Syrie, autrement mieux armées que les milices tribales du Nord-Yémen.

Le S-300 avait pu laisser croire que les vagues d’attaques aériennes téléguidées étaient désormais obsolètes, mais le succès de la petite escadrille d’hier rappelle que ce n’est vrai que pour les cibles protégées par des systèmes antiaériens russes (une piste de réflexion pour le réseau français de centrales nucléaires). 

L’attaque contre l’Arabie est aussi mise à profit, à titre de justification, par Israël qui, sans interrompre ses attaques ouvertes contre la Syrie et plus discrètes contre l’Iraq, s’est récemment lancé dans une nouvelle guerre contre le Liban, a annoncé un plan d’annexion officielle de la Cisjordanie, et dont le premier ministre a déclaré pas plus tard que vendredi 13 le caractère inévitable d’une campagne de grande envergure à Gaza.

L’assimilation rapide des Houthis à l’Iran, de l’Iran au Hezbollah (pas totalement abusive) et du Hezbollah au Hamas (et pourquoi pas du chiisme au sunnisme !) sert de justification aux agressions israéliennes en cours ou à venir. Justement, dès samedi 14, quelques heures à peine après ce raid, le site d’infoxication israélien Debka assurait que les dix avions sans pilote n’étaient pas partis du Yémen mais d’Iraq, rappelait que les Houtis yéménites sont soutenus par l’Iran et assénait que cette opération bien réussie « porte la signature… » du général iranien Qassem Soleimani. Debka rappelle aussi que cela n’est que la plus importante de toute une série d’attaques attribuées à l’Iran, depuis mai, contre des cibles pétrolières dans le Golfe.

 L’occasion peut aussi permettre aux taxocraties européennes de lever de nouvelles masses d’impôts. Il leur suffirait de prétexter le risque d’une hausse, par exemple, de 10% du prix mondial du pétrole brut, pour relever parallèlement de 10% le prix des carburants à la pompe, alors que ce prix n’étant constitué que pour un cinquième par le prix du brut (le reste étant des taxes) une hausse de 2% du prix à la pompe couvrirait la hausse de la matière première… la différence entrant évidemment dans les caisses étatiques, constituant ce que le droit appelle un « enrichissement sans cause » au moyen de l’indexation d’une taxe nationale sur un indice boursatile étranger. 

Mais toutes ces motivations antérieures ou utilisations ultérieures semblent triviales devant un événement susceptible de déclencher un cataclysme régional à répercussions mondiales. Aussi peut-on recadrer cette opération, spectaculaire mais pas unique, dans le cadre plus général des stratégies à l’oeuvre autour du Golfe Persique. 

Au-delà des conséquences directes du raid téléguidé sur Abqaïq et Khouraïs, le choc pétrolier de demain lundi profitera à l’Iran. En effet il peut espérer que les pays européens auront besoin de sa production, et même de son accroissement, en substitution de la production séoudite soudain divisée par deux, et importeront donc la production iranienne, utiliseront au maximum le système de paiement INSTEX opérationnel depuis juillet, voire ramèneront les Etats-Unis au respect de l’accord de Vienne.

Le gouvernement iranien, qui prétend ne pas avoir peur d’une confrontation militaire avec les Etats-Unis car il pense pouvoir couler leurs flottes (ou amener la Chine à le faire) et survivre à la vitrification prévue d’une quinzaine de villes, gagnera aussi une implication accrue de la Chine qui, avec cette nouvelle crise pétrolière et la perspective d’une escalade militaire occidentale, va devoir engager sa marine pour protéger le transit originaire de cette région dont le pétrole lui est vital.

 Le choc pétrolier profitera aussi évidemment à l’Arabie Séoudite. Même si son gouvernement n’était pas en train de préparer la privatisation partielle d’Aramco (dont l’importance est subitement révélée), un relèvement important des cours du pétrole accroîtra la valeur stratégique du pays pour ses clients, pays occidentaux notamment, au moment où d’une part ils peuvent être tentés par l’alternative persane, où l’Arabie vient d’annoncer ses ambitions nucléaires, et où les tensions stratégiques augmentent drastiquement.

Simultanément, la destruction, ou la neutralisation temporaire, de la moitié de sa capacité d’exportation, lui donne un magnifique prétexte pour diviser par deux son rythme d’extraction, et faire durer deux fois plus longtemps ses réserves dont le niveau résiduel est le secret le mieux gardé du pays.

 Les Etats-Unis seront, comme d’habitude, le premier bénéficiaire du choc pétrolier. Ils sont depuis quelques années le premier producteur mondial de pétrole, et ont finalement compris que leur politique d’écrasement des cours lancée en 2014 égratignait certes les rentrées fiscales du gouvernement russe, premier ou deuxième exportateur selon les années, mais n’avaient aucune chance d’abattre l’économie de la Russie.

Par ailleurs l’industrie d’extraction pétrolière étatsunienne n’est pas rentable au-dessous d’un cours du Brent de 60 dollars le baril minimum, or ce plancher allait être enfoncé dans les tous prochains mois. En effet à la chute déjà sensible du commerce international va s’ajouter la récession économique déjà officielle en Allemagne et officieuse en France, Italie et Grande-Bretagne et bien plus grave encore (bien qu’occultée) aux Etats-Unis.

Aussi le ralentissement économique mondial et la chute imminente de la demande internationale de pétrole étaient sur le point de déclencher une baisse des cours, qui allait rendre l’extraction pétrolière étatsunienne déficitaire comme l’extraction du gaz de schiste. Parallèlement, et ce fut une notion conductrice de la politique étatsunienne de déstabilisation des régions pétrolifères depuis 1971, une hausse des cours du pétrole implique une hausse de la demande de dollars dans le monde, donc d’une part un relèvement du cours du dollar par rapport aux autres monnaies (et donc de son pouvoir d’achat) et d’autre part un besoin du reste du monde à exporter aux Etats-Unis pour obtenir des dollars (garde-à-vous la Chine), ces deux facteurs concourant évidemment à la poursuite du fameux free lunch étatsunien.

Un autre facteur y contribuant également est l’étiquette de « placement le plus sûr du monde » attribuée aux obligations du gouvernement étatsunien et brandie lors de chaque instabilité stratégique mondiale, fortuite ou fomentée. En effet, sauf refus parlementaire de relever régulièrement son plafond d’endettement, le gouvernement étatsunien pourra toujours rembourser ses bons du trésor à leur échéance, dans la monnaie d’emprunt (dollar)… quelle que soit alors la parité ou valeur internationale de celle-ci, petit détail que les grands créanciers des Etats-Unis ont fini par saisir.

 Et effectivement on ne peut que constater l’empressement des Etats-Unis à dramatiser et militariser la situation. Car la situation n’est pas si dramatique. S’il est vrai que les attaques d’hier ont divisé par deux la capacité d’exportation séoudite, elles n’ont entamé que de 5% la production journalière mondiale, ce qui devrait logiquement être facilement compensable par les autres pays exportateurs, notamment les membres de l’OPEP qui s’auto-limitent actuellement en produisant au-dessous de leurs capacités afin de maintenir les cours.

Aussi, et en dépit d’un surenchérissement arithmétique provisoire de 5% (pas catastrophique) jusqu’à la baisse imminente de la demande mondiale (ou à la redistribution des quotas de production), le pétrole ne devrait pas manquer.

Or le gouvernement étatsunien a, dès hier, grandiloquemment annoncé son intention de mettre ses propres réserves stratégiques à la disposition du sauvetage du monde. Il a aussi alerté en urgence l’Agence Internationale de l’Energie, et multiplié les contacts bilatéraux pour appeler à la solidarité face à cette grave crise.

On attend des annonces ou des actions importantes dès lundi, lorsque la réaction des marchés de spéculation sur les matières premières révèlera l’impact psycho-économique de cette dramatisation, et justifiera donc des prises de décision. D’ores et déjà la « solution militaire » est, comme pour tout problème étudié par le gouvernement étatsunien, une option privilégiée. La cible est déjà désignée, puisque dès hier samedi le gouvernement étatsunien a formellement accusé l’Iran de l’attaque contre l’Arabie, avec suffisamment de véhémence pour que l’Iran se sente obligé de nier, et alors que l’Arabie elle-même n’a accusé aucun Etat souverain de cette attaque.

Aujourd’hui les consultations bilatérales téléphoniques se poursuivent, et le moins que l’on puisse attendre est un déploiement militaire de flottes occidentales, comme si les tribus nord-yéménites du sud de la péninsule arabique étaient suspectées de vouloir achever l’Arabie Séoudite en faisant faire un grand détour à une autre dizaine de drones par-dessus le Golfe Persique.

En soi et même sans affrontements, l’agitation stratégico-militaire autour de la région d’où vient de l’ordre du quart du pétrole mondial contribuera à une fièvre pétrolière disproportionnée à l’abattement temporaire d’un vingtième des exportations mondiales. 

Mais, au-delà des considérations économiques, l’escalade générale des tensions facilite la prise de décision, lorsque le moment s’en imposera, de la fin de l’avant-guerre mondiale, comme on le montre dans le Onzième Coup de Minuit

(www.lulu.com/content/livre-à-couverture-souple/le-onzième-coup/24888474).Publié il y a 15th September par

 Stratediplohttp://stratediplo.blogspot.com/2019/09/a-qui-profitera-le-choc-petrolier-de.html

A quoi jouent les Emiratis?

géopolitis

A quoi jouent les Emiratis?

Il est notoire que les Emirats Arabes Unis (E.A.U) sont des alliés indéfectibles de l’Arabie Saoudite. Ils se sont associés dans le blocus contre le Qatar, puis sont partis en guerre contre les Huthis au Yémen sous couverture de la coalition arabe dirigée par Ryad. Enfin, ils se sont montrés disposés à officialiser leur rapport avec Israel à l’occasion du sommet tenu le 25 et 26 Juin 2019 à Manama dans le royaume du Bahrein sur la proposition de M Kushner, conseiller spécial et gendre de l’éxécutif américain afin d’entamer les premiéres phases Du Contrat du siécle.

Devant la résistance des Huthis contre la coalition, l’Iran est montré du doigt en lui attribuant des ambitions hégémoniques dans les pays du Moyen Orient, ce que Ryad percoit comme une menace pour sa propre survie. Inquiétude qui légitime une alliance avec n’importe quel acteur régional ou international.

C’est de la que naisse la conception d’une OTAN arabe imaginée par les think tanks américains qui prévoit la constitution d’un front uni réunissant l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le bahrein, l’Egypte et Israel contre l’énnemi commun : l’Iran.

A ce stade, il serait insensé de prévoir une défection de la part d’un quelconque Etat signataire. Et pourtant, le réalisme en a décidé autrement sur la clairvoyance anticipée des autorités de Abu Dhabi.

Le premier pas est franchi le 9 Juillet par le retrait partiel de ses forces du sud yémen

Le 30 Juillet des gardes cotes Emiratis se sont rendus à Tehéran pour discuter avec leur homologue.

Pour comprendre ces démarches, il faut faire parler des événements qui ont une trés grande incidence sur ce revirement:

Le 21 Juin, un drone américain a été abattu par les défenses anti aériennes Iraniénnes

Le 19 Juillet, Tehéran s’empare d’un pétrolier britannique en représailles contre la saisie le 5 juillet de son pétrolier Grace au détroit de Gibraltar.

Ces bréves indications ont été judicieusement analysées par Abou Dhabi pour se convaincre que la poursuite de confrontations avec Téhéran ne ménera à aucune victoire Analyses qui renforcent la conviction de sortir de ce guépier ont été renforcées par l’étude objective de la réalité:

  • Echec des interventions armées et l’enterrement de l’opération « Tempéte décisive » sous la direction de l’Arabie Saoudite
  • L’OTAN arabe ne présente aucun sens pratique et par suite, il est à son tour enterré
  • L’impunité du drone américain abattu laisse clairement entendre que l’administration de M Trump n’est pas disposée à envoyer ses GI mourir pour la cause d’autrui
  • Les sanctions décrétées contre la république islamique depuis sa naissance n’ont pas réussi à l’agenouiller, au contraire, elles l’ont poussée à plus de radicalisme.
  • Tehéran posséde des missiles (de sa propre fabrication) de longue portée qu’elle n’hésitera pas à utiliser pour frapper tous les pays abritant les bases américaines
  • Enfin, une guerre -quelle que soit son issue- causera de gros dommages aux intervenants directs et indirects, sans évoquer les incidences d’une probable implication des autres grandes puissances.

Ainsi, la décision des Emirats Arabes Unis répond à un sens pragmatique. Se retirer du champs de bataille pour entrevoir des solutions pacifiques envers un acteur qui a toujours manifesté son ouverture à toutes les propositions.

Et l’alliance indéfectible avec le Royaume Wahabite?

Les alliances sont basées sur les intérets réciproques. Or quand les intérets d’une partie sont menacés, les alliances n’ont plus droit d’exister. On tentera de changer de partenaires au gré des changements des relations internationales.

Enfin la question qui est digne d’étre posée est celle de savoir qui a convaincu ces dirigeants à prendre le sentier de la guerre?

Un inventaire de l’état des lieux ,-même avant l’engagement- nous soumet une liste où toutes les cases défavorables à la guerre sont cochées

https://geopoorg.wordpress.com/

3 brigades saoudiennes détruites, des dizaines de mercenaires capturés lors de l’offensive de Najran: spox de l’armée yéménite

3 brigades saoudiennes détruites, des dizaines de mercenaires capturés lors de l’offensive de Najran: spox de l’armée yéménite

Sam. 28 sept. 2019 15h26 [Mis à jour le: sam. 28 sept. 2019 16h17]

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Le porte-parole des forces armées yéménites, le brigadier général Yahya Saree, prend la parole lors d'une conférence de presse à Sanaa, la capitale, le 28 septembre 2019.
Le porte-parole des forces armées yéménites, le brigadier général Yahya Saree, prend la parole lors d’une conférence de presse à Sanaa, la capitale, le 28 septembre 2019.

Le porte-parole des forces armées yéménites a déclaré que trois brigades militaires saoudiennes avaient été complètement détruites après que les troupes de l’armée yéménite, soutenues par des combattants alliés des comités populaires, avaient lancé une offensive militaire à grande échelle dans la région frontalière méridionale du royaume de Najran.

Lors d’une conférence de presse tenue samedi soir à Sanaa, la capitale, le général de brigade Yahya Saree a décrit l’opération majeure et efficace, surnommée la victoire de Dieu, comme la plus grande depuis que l’Arabie saoudite et certains de ses alliés ont lancé une campagne militaire atroce contre le Yémen. Il y a plus de quatre ans, constatant que l’offensive avait duré plusieurs mois et avait infligé à l’ennemi des pertes dramatiques – tant en termes de matériel militaire que de personnel militaire -, a déclaré dans un communiqué le bureau des médias du mouvement Yémen Houthi Ansarullah .

«L’opération a abouti à la destruction complète de trois brigades militaires des forces ennemies (saoudiennes), à la saisie de grandes quantités de matériel militaire, notamment des centaines de véhicules et de véhicules blindés, à la capture de milliers de forces ennemies, principalement des traîtres et des séduits (saoudiens). militants yéménites soutenus par l’ancien président yéménite Abd Rabbuh Mansur Hadi). Des centaines d’autres personnes ont également été tuées et blessées », a souligné Saree.

PressTV-Etats-Unis, l'Europe n'a pas "saisi la capacité" des Yéménites

PressTV-Etats-Unis, l’Europe n’a pas « saisi la capacité » des YéménitesL’attaque récente des Yéménites contre les installations de raffinage du pétrole en Arabie saoudite a choqué les responsables américains et européens, qui n’avaient «aucune idée de la capacité des Yéménites» et avaient toujours dénigré ce pays arabe appauvri, a déclaré un analyste politique de Washington.

Le haut responsable militaire yéménite a souligné que des commandants, des officiers et des soldats saoudiens figuraient parmi les personnes capturées par les forces yéménites et les combattants du Comité populaire.

«Seulement 72 heures après le début de l’opération, nos forces ont complètement assiégé les troupes ennemies. Trois brigades de traîtres avec des unités de l’armée saoudienne ont été complètement détruites et de nombreuses personnes prises en otage », a déclaré Saree.

Il a ajouté: «Sous les directives de la direction [du mouvement Ansarullah, Abdul-Malik al-Houthi], tous les prisonniers étaient traités conformément aux principes de l’islam, aux coutumes et traditions du Yémen ainsi qu’à l’éthique humaine. Nos forces ont œuvré pour protéger des milliers de forces ennemies qui se sont rendues contre les raids de représailles de la coalition d’agression. « 

PressTV-Quittez le Yémen ou faites face à des attaques paralysantes: les houthis avertissent les Émirats arabes unis

PressTV-Quittez le Yémen ou faites face à des attaques paralysantes: les houthis avertissent les Émirats arabes unisLe mouvement Houthi Ansarullah demande aux EAU de quitter le conflit au Yémen ou de faire face à des « attaques paralysantes ».

Saree a ensuite assuré à toutes les familles des prisonniers que les forces yéménites et leurs alliés prendraient d’autres mesures pour les protéger des dommages causés par les frappes aériennes menées par les Saoudiens.

Le porte-parole des forces armées yéménites a poursuivi en expliquant que plusieurs unités spécialisées des forces armées yéménites avaient participé à l’opération dans différentes zones géographiques et que les forces armées yéménites et leurs alliés pourraient s’emparer du contrôle de centaines de kilomètres carrés de terres à Najran.

Des responsables américains de PressTV savaient que l'Arabie saoudite échouerait au Yémen

Des responsables américains de PressTV savaient que l’Arabie saoudite échouerait au YémenDe hauts responsables américains savent depuis que l’Arabie saoudite a lancé une guerre d’agression contre le Yémen que Riyad échouerait dans la campagne militaire, indique un rapport.

L’Arabie saoudite et un certain nombre de ses alliés régionaux ont lancé une campagne dévastatrice contre le Yémen en mars 2015, dans le but de ramener le gouvernement de Hadi au pouvoir et d’écraser Ansarullah.

Selon le projet américain ACLED (Organisation de conflits armés), une organisation de recherche sur les conflits à but non lucratif, la guerre a  coûté la vie à plus de 91 000   personnes au cours des quatre dernières années et demie.

La guerre a également eu de lourdes conséquences sur l’infrastructure du pays, détruisant des hôpitaux, des écoles et des usines. L’ONU a déclaré que plus de 24 millions de Yéménites avaient cruellement besoin d’aide humanitaire, dont 10 millions souffrant de faim extrême.

https://www.presstv.com/Detail/2019/09/28/607363/Three-Saudi-brigades-destroyed-1000s-of-mercs-taken-hostage-in-Najran-offensive-Yemeni-Army-spox

Comment les rebelles houthis ont renversé l’échiquier

Comment les rebelles houthis ont renversé l’échiquier


Par Pepe Escobar – Le 18 septembre 2019 – Source Asiatimes.com

Un Yéménite chiite tient son arme et un drapeau avec l’inscription arabe « La disgrâce est loin de nous », alors qu’il participe à une procession religieuse organisée par les rebelles houthis pour fêter le premier jour d’Achoura.

On est les Houthis et on arrive en ville ! Avec l’attaque spectaculaire sur Abqaiq, les Houthis du Yémen ont renversé l’échiquier géopolitique en Asie du Sud-Ouest. Ils vont jusqu’à introduire une toute nouvelle dimension : la possibilité explicite d’une offensive pour chasser la Maison des Saouds du pouvoir.

Garce de riposte. Les Houthis (des chiites Zaidi du nord du Yémen) et les Wahhabites sont en lutte violente depuis des siècles. Ce livre est absolument essentiel pour comprendre la complexité ahurissante des tribus Houthi. Il situe aussi la tourmente du sud des terres arabes bien au-delà d’une simple guerre par procuration Iran – Arabie saoudite.

Par ailleurs, il est toujours important de considérer que les chiites arabes de la province orientale, qui travaillent dans les installations pétrolières saoudiennes, doivent être des alliés naturels des Houthis en lutte contre Riyad.

La capacité de frappe houthie (des essaims de drones aux attaques de missiles balistiques) s’est considérablement améliorée au cours de cette dernière année. Ce n’est pas par hasard que les EAU ont vu de quel côté soufflaient les vents géopolitiques et géoéconomiques : Abu Dhabi s’est retiré de la guerre vicieuse menée par le Prince héritier Mohammad bin Salman contre le Yémen et s’est maintenant engagé dans ce qu’il décrit comme une stratégie de « paix d’abord ».

Même avant Abqaiq, les Houthis avaient déjà organisé quelques attaques contre des installations pétrolières saoudiennes ainsi que les aéroports de Dubaï et d’Abu Dhabi. Au début du mois de juillet, le Centre de commandement des opérations du Yémen a organisé une exposition de prestige à Sanaa mettant en vedette toute sa gamme de missiles balistiques et volants ainsi que de drones.

Le ministère saoudien de la Défense expose des drones et des pièces de missiles utilisés dans l’attaque de la raffinerie.

La situation a maintenant atteint un point où on entend beaucoup de rumeurs à travers le Golfe persique sur la possibilité d’un scénario spectaculaire : l’organisation par les Houthis d’une ruée à travers le désert arabe pour capturer La Mecque et Médine, coordonnée avec un soulèvement de masse chiite dans la ceinture pétrolière orientale. Ce n’est pas vraiment tiré par les cheveux : des choses plus étranges se sont parfois produites au Moyen-Orient. Après tout, les Saoudiens ne sont même pas en mesure de gagner une simple rixe de bar. C’est d’ailleurs pourquoi ils comptent sur des mercenaires.

Le retour de l’Orientalisme

Le refrain des renseignements américains selon lequel les Houthis sont incapables d’une attaque aussi sophistiquée trahit les pires courants de l’orientalisme et le complexe de supériorité de l’homme blanc qui devient un fardeau.

Les seuls débris de missiles montrés jusqu’à présent par les Saoudiens proviennent d’un missile de croisière Quds 1 yéménite. Selon le brigadier-général Yahya Saree, porte-parole des Forces armées yéménites basées à Sanaa,

« le système Quds a prouvé sa grande capacité à atteindre ses cibles et à contourner les systèmes d’interception ennemis. »

Cette image satellite du gouvernement américain montre les dommages causés à l’infrastructure pétrolière et gazière par les attaques de drones sur Abqaiq en fin de semaine.

Les forces armées houthies ont dûment revendiqué la responsabilité de l’attaque sur Abqaiq :

« Cette opération est l’une des plus importantes opérations menées par nos forces dans la profondeur de l’Arabie Saoudite, et a été lancée après une opération de renseignement précise, un système de suivi avancé et la coopération d’hommes honorables et libres au sein du Royaume. »

Veuillez noter ce concept clé : « coopération » depuis l’intérieur de l’Arabie saoudite, qui pourrait impliquer tout le spectre allant des Yéménites aux Chiites de la province orientale.

Ce qui est encore plus intéressant, c’est le fait que le matériel américain massivement déployé en Arabie saoudite à l’intérieur et à l’extérieur (satellites, AWACS, missiles Patriot, drones, navires, chasseurs) n’a rien vu, ou certainement pas à temps. Le repérage par un chasseur d’oiseaux koweïtien de trois drones « rôdeurs » se dirigeant probablement vers l’Arabie saoudite est invoquée comme une « preuve ». Voyez l’image embarrassante d’un essaim de drones (d’où qu’il vienne) survolant le territoire saoudien sans être dérangé pendant des heures.

Les responsables des Nations Unies admettent ouvertement que maintenant, tout ce qui est important se trouve à portée des 1 500 km d’autonomie du nouveau drone UAV-X des Houthis : les champs de pétrole d’Arabie saoudite, une centrale nucléaire encore en construction dans les Émirats et le méga-aéroport de Dubaï.

Mes conversations avec des sources à Téhéran au cours des deux dernières années ont confirmé que les nouveaux drones et missiles houthis sont pour l’essentiel des copies de plans iraniens assemblés directement au Yémen avec l’aide cruciale d’ingénieurs du Hezbollah.

Les renseignements américains insistent sur le fait que 17 drones et missiles de croisière ont été lancés en combinaison à partir du sud de l’Iran. En théorie, le radar des Patriots aurait dû les détecter et les abattre. Jusqu’à présent, absolument aucun détail de leur trajectoire n’a été révélé. Les experts militaires s’entendent généralement pour dire que le radar du missile Patriot est bon, mais son taux de succès est « contesté » (c’est le moins qu’on puisse dire). L’essentiel, encore une fois, c’est que les Houthis ont des missiles offensifs avancés. Et que leur précision à Abqaiq s’est révélée étonnante.

Une autre image satellite du gouvernement américain montre les dommages causés à l’infrastructure pétrolière et gazière par les attaques de drones sur Abqaiq en fin de semaine.

Pour l’instant, on dirait que le vainqueur de la guerre de la Maison des Saouds contre la population civile yéménite, soutenue par les États-Unis et le Royaume-Uni, qui avait débuté en mars 2015 et a engendré une crise humanitaire que l’ONU considère comme ayant atteint des proportions bibliques, n’est certainement pas le Prince héritier, connu sous le nom de MBS.

Écoutez le général

Les tours de stabilisation du pétrole brut d’Abqaiq (du moins plusieurs d’entre elles) ont été particulièrement ciblées, ainsi que les réservoirs de stockage de gaz naturel. Des sources de première main sur les questions d’énergie dans le golfe Persique m’ont dit que les réparations ou la reconstruction pourrait durer des mois. Même Riyad l’a reconnu.

Blâmer aveuglément l’Iran sans preuve ne résout pas la question. Téhéran peut compter sur des essaims entiers de grands penseurs stratégiques. Ils n’ont pas besoin ou ne veulent pas faire exploser l’Asie du Sud-Ouest… alors qu’ils en auraient la possibilité, soit dit en passant : les généraux des Gardiens de la révolution ont déjà déclaré à maintes reprises qu’ils étaient prêts pour la guerre.

Le professeur Mohammad Marandi de l’université de Téhéran, qui entretient des relations très étroites avec le Ministère des affaires étrangères, est catégorique :

« Cela ne venait pas d’Iran. Si c’était le cas, ce serait très embarrassant pour les Américains, qui ne sont pas en mesure de détecter un grand nombre de drones et de missiles iraniens. C’est absurde. »

Marandi ajoute : « Les défenses aériennes saoudiennes ne sont pas équipées pour défendre le pays depuis le Yémen, mais l’Iran. Les Yéménites frappent les Saoudiens, ils s’améliorent et développent leur technologie de drones et de missiles depuis quatre ans et demi, et c’était une proie très facile. »

Une proie facile et laissée sans protection : les systèmes américains PAC-2 et PAC-3 en place sont tous orientés vers l’est, en direction de l’Iran. Or ni Washington ni Riyad ne savent avec certitude d’où venaient les essaims de drones et les missiles.

Les lecteurs devraient porter une attention particulière à cet entretien stupéfiant avec le général Amir Ali Hajizadeh, commandant de la Force aérospatiale du Corps de la Garde révolutionnaire islamique. L’interview, en farsi (avec des sous-titres anglais), a été mené par l’intellectuel iranien Nader Talebzadeh sanctionné par les États-Unis et comprend des questions transmises par mes amis analystes américains, Phil Giraldi et Michael Maloof, ainsi que moi-même.

Expliquant l’autosuffisance iranienne dans les capacités de défense, Hajizadeh semble être un acteur très rationnel. En conclusion :

« Nous sommes d’avis que ni les politiciens américains ni nos dirigeants ne veulent la guerre. Si un incident comme celui du drone [le RQ-4N abattu par l’Iran en juin] se produit ou qu’un malentendu a lieu, et que cela se transforme en une guerre plus vaste, c’est une autre histoire. C’est pourquoi nous sommes toujours prêts pour une grande guerre. »

En réponse à l’une de mes questions, à propos du message que les Gardiens de la révolution veulent transmettre, en particulier aux États-Unis, Hajizadeh ne mâche pas ses mots :

« En plus des bases américaines dans diverses régions comme l’Afghanistan, l’Irak, le Koweït, les Émirats et le Qatar, nous avons ciblé tous les navires navals jusqu’à une distance de 2 000 kilomètres et nous les surveillons sans interruption. [Or] ils pensent que s’ils s’éloignent de 400 km, ils sont hors de notre champ de tir. Où qu’ils soient, il suffit d’une étincelle pour frapper leurs navires, leurs bases aériennes, leurs troupes. »

Prenez vos S-400 ou bien…

Sur le front de l’énergie, Téhéran a joué sous pression un jeu très précis : vendre des chargements de pétrole en éteignant les transpondeurs de ses pétroliers lorsqu’ils quittent l’Iran et en transférant le pétrole en mer de pétrolier à pétrolier, la nuit, et en renommant leur cargaison comme étant originaire d’autres pays producteurs pour la vendre. J’ai vérifié ce fait pendant des semaines auprès des négociants du Golfe Persique en qui j’ai confiance : ils le confirment tous. Et l’Iran pourrait continuer ce jeu indéfiniment.

Bien sûr l’administration Trump est au courant. Mais en réalité ils regardent ailleurs. Pour le dire de manière aussi concise que possible : ils sont piégés par cette absolue folie d’avoir abandonné le JCPOA et ils cherchent une porte de sortie honorable. La Chancelière allemande Angela Merkel a prévenu l’administration en quelques mots très simples : les États-Unis doivent revenir aux termes de l’accord qu’ils ont renié avant qu’il ne soit trop tard.

Et maintenant, voici la partie effrayante.

L’attaque sur Abqaiq montre que l’ensemble de la production de plus de 18 millions de barils de pétrole quotidiens au Moyen-Orient (incluant le Koweït, le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite) peut être facilement mis hors service. Car il n’y a aucune défense adéquate contre ces drones et ces missiles.

En fait, il y a toujours la Russie…

Voici ce qui s’est passé à la conférence de presse qui a suivi le sommet d’Ankara de cette semaine sur la Syrie, et réunissait les présidents Poutine, Rouhani et Erdogan.

Question : « La Russie aidera-t-elle l’Arabie saoudite à restaurer ses infrastructures ? »

Le Président Poutine :

« Pour ce qui est d’aider l’Arabie saoudite, il est également écrit dans le Coran que toute forme de violence est illégitime, sauf lorsqu’il s’agit de protéger son peuple. Afin de les protéger et de protéger le pays, nous sommes prêts à fournir l’aide nécessaire à l’Arabie saoudite. Tout ce que les dirigeants politiques de l’Arabie saoudite ont à faire, c’est de prendre une sage décision, comme l’a fait l’Iran en achetant le système de missiles S-300, et comme l’a fait le président Recep Tayyip Erdogan en achetant le dernier système anti-aérien S-400 Triumph de la Russie. Ils offriraient une protection fiable pour toutes les infrastructures saoudiennes. »

Le président Rouhani : « Doivent-ils acheter les S-300 ou S-400 ? »

Poutine : « C’est à eux de décider. » [rires]

Dans La Transformation de la guerre, Martin van Creveld prédit en fait que tout le complexe industrialo-militaro-sécuritaire s’effondrerait si l’on démontrait que la plupart de ses armes sont inutiles contre des adversaires asymétriques de quatrième génération. Il ne fait aucun doute que tout le Sud de la planète observe… et aura compris le message.

Guerre hybride, une fois de plus

Nous entrons maintenant dans une toute nouvelle dimension de la guerre hybride asymétrique.

Dans l’épouvantable hypothèse où Washington déciderait d’attaquer l’Iran, poussé par les habituels suspects néo-cons, le Pentagone ne serait jamais en mesure de frapper et de désactiver tous les drones iraniens et/ou yéménites. Les États-Unis pouvaient évidemment s’attendre à une guerre totale. Alors aucun navire ne naviguerait plus à travers le détroit d’Omuz. Et nous en mesurons tous les conséquences.

Ce qui nous amène à la Grande Surprise : la vraie raison pour laquelle il n’y aurait pas de navires traversant le détroit d’Ormuz est qu’il n’y aurait plus de pétrole à pomper dans le Golfe. Les champs de pétrole, après avoir été bombardés, seraient en train de brûler.

Nous revenons donc à une conclusion réaliste, qui a été soulignée non seulement par Moscou et Pékin, mais aussi par Paris et Berlin : le Président américain a joué gros, et il a perdu. Maintenant il doit trouver un moyen de sauver la face. Si le Parti de la guerre le lui permet.

Pepe Escobar

Traduit par Stünzi pour le Saker Francophone

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