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Saleh, un redoutable tacticien qui voulait conserver son emprise sur le Yémen

Saleh, un redoutable tacticien qui voulait conserver son emprise sur le Yémen

L’ancien président yéménite Ali Abdallah Saleh prononce un discours pour le 35e anniversaire de son parti politique, le 24 août 2017 à Sanaa / © AFP/Archives / MOHAMMED HUWAIS

L’ex-président yéménite Ali Abdallah Saleh, dont la mort a été annoncée lundi, était un redoutable tacticien qui a gouverné le Yémen pendant 33 ans et avait tenté inlassablement de prendre sa revanche depuis son éviction du pouvoir en 2012.

Sa dernière alliance lui a été fatale, celle scellée en 2014 avec les rebelles Houthis pour saper l’autorité de son successeur, Abd Rabbo Mansour Hadi, qui s’est vu contraint de fuir le Yémen pour se réfugier en Arabie saoudite.

Ironie de l’histoire, Ali Abdallah Saleh, 75 ans, membre de la minorité zaïdite de laquelle sont issus les Houthis, avait combattu ces derniers pendant plus de six ans, de 2004 à 2010, lorsqu’il était président.

La prise de la capitale Sanaa en septembre 2014 et les avancées ultérieures des Houthis dans le reste du Yémen n’auraient pas été possibles sans la participation active d’unités militaires restées fidèles à Ali Abdallah Saleh, qui disposait en outre de puissants relais dans l’administration, estiment des experts.

Mais, après trois ans de coopération, ses partisans et les Houthis ont ouvert de violentes hostilités la semaine dernière dans la capitale. La crise pour le contrôle des finances et le partage du pouvoir, aggravée par des soupçons de contacts secrets entre l’ex-président et Ryad, est à l’origine du conflit.

– ‘Confiance en personne’ –

Dans un coup de théâtre, Ali Abdallah Saleh s’était dit prêt samedi dernier à ouvrir « une nouvelle page » avec les Saoudiens, qui étaient devenus ses ennemis ces dernières années. L’Arabie saoudite intervient depuis 2015 au Yémen à la tête d’une coalition militaire arabe pour soutenir le président Hadi contre les rebelles.

Les combats se sont alors intensifiés entre les pro-Saleh et les Houthis, qui ont déclaré lundi que l’ex-président avait été tué.

Véritable « survivant », Saleh a traversé une à une toutes les épreuves ayant émaillé ses années à la tête d’un pays instable, aux structures tribales et souvent violent.

Pendant la guerre, l’ex-président n’avait pas bougé de la région de Sanaa, se déplaçant discrètement d’un endroit à un autre et assurant sa propre sécurité, affirmait un expert en 2016. « Il n’a confiance en personne ».

« Je ne quitterai jamais Sanaa », avait-il dit.

L’instinct de survie politique de M. Saleh était légendaire. Il a régné longtemps en comparant l’exercice du pouvoir au Yémen à une « danse sur la tête de serpents ».

Militaire de carrière ayant gravi tous les échelons, il a été élu président du Yémen du Nord en 1978 et fut l’un des artisans en 1990 de l’unification avec le sud, longtemps socialiste.

Un document déclassifié de la CIA datant du 18 juin 1990 affirme que, même si l’union entre le nord et le sud du Yémen échoue, « Saleh conservera probablement son emprise sur le pouvoir ».

En 1994, il a écrasé une tentative de sécession sudiste.

Sa longévité exceptionnelle a pris fin en février 2012 lorsqu’il céda le pouvoir à contrecoeur au vice-président Hadi, après une année de contestation populaire, dans le sillage du Printemps arabe.

Dans l’accord ayant permis son départ et élaboré difficilement par les monarchies arabes du Golfe, M. Saleh a joui de l’immunité pour sa personne et les membres de sa famille.

Il avait auparavant été grièvement blessé en juin 2011 lors d’un mystérieux attentat dans son palais et avait passé plusieurs mois en Arabie saoudite pour y être soigné.

– Refus de l’exil –

Après 2012, l’ex-président a refusé de s’exiler et est resté à la tête de son parti, le Congrès populaire général (CPG), auquel appartient aussi son successeur.

Selon Laurent Bonnefoy, chercheur CNRS au Ceri/Sciences Po à Paris, M. Saleh avait notamment pour objectif « de préserver sa capacité de nuisance et son pouvoir, en particulier la possibilité pour son fils Ahmed Ali, résidant aux Emirats arabes unis, d’émerger en tant qu’alternative politique ».

Trapu, au regard perçant et à la moustache fine, Ali Abdallah Saleh a été un partenaire très proche des Etats-Unis dans la lutte contre Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (Aqpa), considérée par Washington comme la branche la plus dangereuse du réseau jihadiste.

Des câbles diplomatiques publiés par WikiLeaks ont révélé un homme de plus en plus autoritaire.

Un conseiller du président Hadi qualifiait Ali Abdallah Saleh de « tyran ». Les Houthis « sont des marionnettes aux mains de Saleh, qu’il utilise comme il utilise Al-Qaïda », avait affirmé ce conseiller, Yassine Makkawi.

Un rapport d’experts remis en février 2015 au Conseil de sécurité de l’ONU a affirmé que Saleh avait accumulé, grâce à la corruption, une fortune estimée entre 32 et 60 milliards de dollars, alors que le Yémen est l’un des pays les plus pauvres du monde arabe.

Il faisait l’objet de sanctions ciblées des Nations unies (gel d’avoirs et interdiction de voyage).

L’ex-président était le père de quatorze enfants: cinq garçons et neuf filles.

(©AFP / 04 décembre 2017 15h37)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Saleh-un-redoutable-tacticien-qui-voulait-conserver-son-emprise-sur-le-Yemen/869300.rom

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Le Hezbollah modifie le scénario en déclarant qu’Israël parie sur le Prince Rouge

Le Hezbollah modifie le scénario en déclarant qu’Israël parie sur le Prince Rouge


Par Andrew Korybko − Le 10 novembre 2017 − Source TheDuran


Le Secrétaire général du Hezbollah Sayed Hassan Nasrallah a décerné une distinction déshonorante à Mohammed bin Salman pour son pouvoir – supposé – de contrôler l’ennemi sioniste détesté de l’Iran, ce qui est la façon la plus claire de désigner le « Prince Rouge » comme une menace pour la République Islamique.

Ce n’est pas révéler un secret que de dire que l’Iran et l’Arabie saoudite se haïssent mutuellement pour des raisons trop nombreuses pour être exposées dans la présente analyse, mais qui ont été exploitées par les USA et Israël dans leur but commun de diviser pour régner. Donc, en soi, il n’y a rien d’étrange à ce que le Secrétaire général du Hezbollah interpelle durement le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman. Cette fois, cependant, la polémique est sans précédent à cause d’un étonnant renversement des rôles.

Lorsqu’il parlait de la manière dont Riyad essaie d’inciter Tel Aviv à attaquer le Liban, Nasrallah sous entendait qu’au lieu que ce soit l’Arabie saoudite qui est sous le contrôle d’Israël, en réalité c’est Israël qui est sous le contrôle du « Prince Rouge » du Royaume, en le soudoyant à coups de milliards de dollars, dont certains pourraient provenir des avoirs de $800 milliards que Mohammed bin Salman pourrait confisquer aux oligarques de son pays.

Le Hezbollah a la réputation d’être précis et sincère dans ses déclarations, il ne faudrait donc pas ignorer que ce sur quoi Nasrallah nous alerte pourrait être sur le point de se produire si Riyad et Tel Aviv ont, en effet, des entretiens sur ce scénario. Il a cependant ajouté qu’en définitive Israël se défilerait à cause du prix élevé à payer.

En tout cas, ce qu’il est important d’en retenir est que le Hezbollah (et on peut aussi logiquement supposer l’Iran) pense que le futur roi de 32 ans détient un formidable pouvoir en étant capable de contrôler l’ennemi juré sioniste, contrairement à ses prédécesseurs qui étaient accusés d’en être les marionnettes (et c’était assez visible).

Étant donné que Nasrallah n’est pas connu pour prendre des gants dans ses déclarations, on devra admettre qu’en disant cela il y a là un sérieux message, envoyé par le Hezbollah et son allié iranien, à l’intention de tous les partisans de la Résistance, à savoir que le « Prince Rouge » est une des menaces les plus dangereuses pour le monde.

Mohamed bin Salman a, en effet, déclenché une guerre désastreuse au Yémen qui a déjà fait plus de 10 000 morts contribuant ainsi à l’une des pires crises humanitaires au monde. Il a aussi les mains couvertes de sang de par son implication clandestine dans la guerre en Syrie depuis qu’il était devenu ministre de la Défense saoudien début 2015. Jusqu’à maintenant il était considéré comme un instrument sioniste et pas du tout capable de contrôler des acteurs aussi puissants que Netanyahou.

Ce qui a changé depuis ces dernières années est que le « Prince Rouge » vient de prendre un pouvoir sans précédent pendant le week-end en concentrant son autorité sur le pays et en surmontant habilement le processus de prise de décision parcellisé de la cour royale du Royaume. En effet, il a emprisonné  les membres influents de sa famille et de l’oligarchie saoudienne qui s’opposent à lui sous le prétexte d’une campagne anti-corruption, avec le plein soutien des services de sécurité nationale.

L’Iran considère cela comme un changement inquiétant dans l’équilibre régional des forces car cela fait disparaître l’ancienne politique « analyser et équilibrer » de l’activité saoudienne à l’étranger, maintenant que les politiques étrangère et militaire sont entre les seules mains du « Prince Rouge ». Cela fait ainsi du pays un adversaire plus redoutable, dans le sens où il peut maintenant agir sans hésitation lorsqu’il aura fait son choix.

Ceci signifie non seulement que l’Arabie saoudite pourrait devenir imprévisible, mais aussi qu’il y a peu de chance que tous les efforts traditionnels de Téhéran, avec sa convaincante capacité de dissuasion, soient couronnés de succès. Il ne faudra plus simplement convaincre quelques princes influents et facilement impressionnables, parmi plusieurs centaines d’entre eux, que l’Iran veut faire des affaires, lui permettant ainsi de perturber la capacité de décision et de réflexion de l’Arabie saoudite sur la conduite à tenir. Maintenant l’Iran doit affronter un défi beaucoup plus difficile, rendre hésitant un Mohammed ben Salman notoirement déterminé, s’il espère contenir Riyad dans l’avenir.

Cela dit, il semble peu probable pour le moment que le « Prince Rouge » continue à menacer l’Iran et ses intérêts. Il est plus important pour lui de se concentrer sur la consolidation de son pouvoir et de s’assurer de la continuité de la loyauté de l’Armée et des services de sécurité. C’est pourquoi ce que dit actuellement Mohammed bin Salman est essentiellement destiné à un public interne plutôt qu’à jeter de l’huile sur le feu.

Ce que veut réellement le « Prince Rouge » est provoquer une révolution dans son royaume en le sortant du féodalisme et, plus tard, au travers d’une combinaison de réformes socio-économique et religieuse en promouvant sa vision du projet de développement de grands travaux d’aménagement à l’horizon 2030. On peut supposer qu’une large partie sera financée par les avoirs confisqués à l’oligarchie (d’où son sobriquet de « Prince Rouge »). C’est cette volonté, à long terme, de corriger les faiblesses structurelles de l’Arabie saoudite que l’Iran considère comme le prolongement le plus déstabilisant, bouleversant l’équilibre des pouvoirs de la région.

Plutôt que de faire face à un pays sur une trajectoire descendante, implosant dans une orgie de violence extrémiste, sectaire et générationnelle à mesure que les fonds pétroliers se tarissent et que les nombreux problèmes du Royaume deviennent ingérables, l’Iran devra peut être affronter un pays beaucoup plus fort qu’il ne l’imagine si la « révolution du Prince Rouge » est couronnée de succès. C’est encore un gros point d’interrogation, car on peut imaginer qu’elle soit contrée durant le laps de temps nécessaire pour progresser concrètement.

Ce sont les raisons pour lesquelles l’Iran et son allié Hezbollah voient en Mohamed bin Salman une menace. Ils lui ont décerné le titre déshonorant de « soi-disant capable » de contrôler Israël, dans l’espoir que ce message alarmant transmette à leurs partisans l’importance de la menace à long terme du « Prince Rouge » pour leur vision régionale de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient.

D’autre part, ce message pourrait être interprété par les ennemis américains et israéliens de l’Iran comme une confirmation du poids potentiel géopolitique de Mohammed bin Salman. Et, par conséquent, les inviter à le soutenir plus que jamais. Ce qu’il est important de garder à l’esprit, c’est que ce pourrait être ce dont l’« État Profond » américain a besoin pour faire oublier sa déconfiture dans le partenariat des Grandes Puissances entre la Chine et la Russie, en changeant de jeu, en s’impliquant dans un soutien total au « Prince Rouge » comme ultime contre-poids anti-iranien pour contenir la République islamique.

Andrew Korybko

Traduit par Claude, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/le-hezbollah-modifie-le-scenario-en-declarant-quisrael-parie-sur-le-prince-rouge

La guerre des États-Unis au Yémen

La guerre des États-Unis au Yémen


Washington dissimule derrière les Saoudiens le fait qu’il dirige la guerre au Yémen


Le vieux Sanaa comme vous ne le verrez jamais plus

Par Stephen Gowans – Le 6 novembre 2017 – Source What’s Left

En octobre 2916, deux journalistes de Reuters ont publié un article exclusif sous le titre « As Saudis bombed Yemen, U.S. worried about legal blowback ». (Lorsque les Saoudiens ont bombardé le Yémen, les États-Unis se sont souciés des répercussions légales). 1.

Les journalistes, Warren Strobel et Jonathan Landay, révélaient que des experts juridiques au Département d’État américain avaient averti la Maison Blanche que les États-Unis pourraient être accusés de crimes de guerre en lien avec la campagne de bombardements de l’Armée de l’air saoudienne au Yémen.

Jusqu’à présent, la campagne de bombardements a fait des dizaines de milliers de morts, encore plus de blessés et privé d’abri plus de 10% de la population yéménite. Jointe à des blocus navals et aériens, l’agression a créé des conditions proches de la famine pour environ 25% à 40%  de la population et a contribué à une épidémie de choléra frappant des centaines de milliers de personnes.

Selon Strobel et Landay, « des responsables du Département d’État (…) manifestaient en privé leur scepticisme à l’égard de la capacité de l’armée saoudienne de cibler les militants houthis sans tuer des civils et détruire des ‘infrastructures importantes’ » 2.

Les responsables ont reconnu que les frappes aériennes étaient aveugles (un crime de guerre), mais ont dit que la nature sans discernement des bombardements était due à l’inexpérience des pilotes saoudiens et à la difficulté de distinguer les combattants ennemis ne portant pas d’uniforme de la population civile.

Tout de même, dans la mesure où les bombardements sont aveugles, quel qu’en soit le motif, cela constitue un crime de guerre.

Le second point soulevé par les juristes du Département d’État est que les États-Unis sont des cobelligérants dans la guerre.

L’article de Reuters n’a pas révélé la véritable dimension de l’implication des États-Unis mais a reconnu que Washington fournit les bombes que les pilotes saoudiens déversent sur le Yémen et que l’Armée de l’air américain ravitaille les bombardiers saoudiens en vol.

En d’autres termes, les États-Unis jouent un rôle en facilitant la campagne de bombardements aveugles.

C’était une grande préoccupation de l’équipe juridique du Département d’État.

Le juristes ont souligné que si les bombardements indiscriminés sont l’œuvre des pilotes saoudiens, la responsabilité de crime de guerre pourrait aussi être imputée aux États-Unis par le biais d’un instrument juridique que Washington avait aidé à créer ; d’où la peur du retour de bâton légal.

L’instrument juridique a été créé par la Cour spéciale des Nations unies sur la Sierra Leone, que les États-Unis ont soutenue sinon suscitée. La Cour avait statué que le président du Liberia Charles Taylor était coupable de crimes de guerre commis dans la guerre civile en Sierra Leone, même si Taylor n’y était pas lorsque les crimes ont été commis. De plus, Taylor lui-même n’avait pas de lien direct avec les crimes. Ceci, tout le monde l’a reconnu.

Mais cela, a déclaré le tribunal, n’avait pas d’importance. Ce qui comptait était que Taylor avait fourni « aide concrète, soutien moral et encouragement » aux gens de Sierra Leone qui avaient commis les crimes de guerre. Par conséquent, avait jugé le tribunal, Taylor était également coupable de crimes de guerre. 3.

Les États-Unis ont utilisé le même instrument juridique pour inculper les détenus d’al-Qaïda à Guantánamo Bay pour le crime du 9/11, même si les détenus en question n’étaient pas directement impliqués dans ces attaques. Il suffisait qu’ils aient fourni soutien moral et encouragement à ceux qui les avaient commises. 4.

Cet instrument, qui a bien servi à Washington pour enfermer les gens qu’il n’aimait pas, se révèle maintenant problématique, et la raison en est que les États-Unis fournissent aide pratique, soutien moral et encouragement aux Saoudiens dans une campagne de bombardements aveugles (donc un crime de guerre). Le personnel de l’armée américaine et les fonctionnaires officiels prêtent par conséquent le flanc à des accusations de crimes de guerre selon un principe juridique que Washington a aidé à instaurer.

Pire, Washington offre aux Saoudiens bien plus que seulement des encouragements et du soutien moral. Il fournit également un soutien diplomatique à son allié arabe, ainsi que les bombes qui sont déversées sur les Yéménites, et les avions qui larguent les bombes. En plus, il forme les pilotes qui font voler les avions de combat qui larguent les bombes.

Et ce n’est pas tout. Les États-Unis font également voler leurs propres drones et leurs avions de reconnaissance au-dessus du Yémen pour collecter des renseignements afin de sélectionner les cibles sur lesquelles les pilotes saoudiens largueront les bombes. 5. Ils fournissent aussi des navires de guerre pour imposer un blocus naval. Et, de manière significative, ils gèrent un centre d’opérations pour coordonner la campagne de bombardements avec les satellites américains qui y participent, dont l’Égypte, le Bahreïn, le Koweït, le Qatar et la Jordanie – les royaumes, émirats, sultanats et dictatures militaires qui composent les alliés arabes des États-Unis, tous anti-démocratiques.

Autrement dit, non seulement les États-Unis fournissent encouragement et soutien moral aux Saoudiens, mais ils dirigent de fait la guerre contre le Yémen. En langage militaire, les États-Unis ont le commandement et le contrôle. La seule chose qu’ils ne font pas est de fournir les pilotes qui larguent les bombes.

Voici ce qu’a rapporté le Wall Street Journal : « un porte-parole du Pentagone a dit que les États-Unis avaient des forces spéciales sur le terrain et fournissaient renseignements aériens, surveillance et reconnaissance, planification opérationnelle [c’est moi qui souligne], interdiction maritime, sécurité, soutien médical et ravitaillement en vol ». 6. Selon le journal, les planificateurs de la guerre au Pentagone dirigent un centre d’opérations commun où les cibles sont choisies pour que les pilotes saoudiens y larguent leurs bombes. 7.

Lorsqu’on dirige un centre d’opérations, on dirige la guerre.

Donc il y a deux aspects importants de la guerre : tout d’abord, les bombardements sont aveugles et par conséquent un crime de guerre – et Washington le sait. Ensuite, les États-Unis sont impliqués dans la guerre à un degré rarement, sinon jamais, admis et reconnu.

En fait, la guerre contre le Yémen est presque universellement décrite comme une guerre menée par les Saoudiens. C’est une description erronée. C’est une guerre menée par les États-Unis.

La guerre est conforme au but immédiat des États-Unis dans les mondes arabe et musulman – éliminer toute opposition militante organisée à la domination américaine du Moyen-Orient. C’est un but qui explique l’opposition de Washington à des entités aussi diverses que le gouvernement syrien de Bachar al-Assad, la République islamique d’Iran, le Hezbollah et le Hamas, et al-Qaïda. Alors que ces États et ces organisations ont différents projets, ceux-ci se recoupent sur un aspect : tous s’opposent à la domination par les États-Unis sur les mondes arabe et musulman.

Il y a deux organisations qui s’opposent militairement à la domination étasunienne du Yémen en particulier, et plus largement du monde musulman : al-Qaïda dans la péninsule Arabique et les Houthis. Toutes deux sont islamistes. Toutes deux s’opposent implacablement à l’ingérence américaine et israélienne dans le monde musulman. Et toutes deux sont engagées dans la libération du Yémen de la domination américaine. Mais elles ont des approches différentes.

Al-Qaïda dirige ses attaques contre ceux qu’elle appelle ses ennemis lointains et proches. L’ennemi lointain est les États-Unis, le centre d’un empire que Zbigniew Brzezinski, une figure majeure de la politique étrangère américaine, avait appelé une hégémonie d’un nouveau type avec une portée et une échelle mondiale sans précédent – en d’autres termes, le plus vaste empire dans l’histoire de l’humanité.

L’ennemi proche, en revanche, selon l’idéologie d’al-Qaïda, comprend les éléments qui composent l’Empire américain – les gouvernements locaux subordonnés aux États-Unis et soumis aux commandements de Washington (le Yémen sous le précédent gouvernement, l’Arabie saoudite, Bahreïn, l’Égypte, etc.).

Al-Qaïda mène des campagnes à la fois contre ses ennemis lointains et proches, c’est-à-dire contre des cibles occidentales sur le sol occidental et contre les gouvernements locaux qui collaborent avec les États-Unis ou agissent comme leurs agents.

Les Houthis, en revanche, se calquent sur le Hezbollah et le Hamas. Ils se concentrent sur ce qu’al-Qaïda appelle l’ennemi proche, c’est-à-dire les gouvernements locaux qui sont des extensions du pouvoir mondial des États-Unis. Le Hezbollah se concentre sur l’ingérence occidentale au Liban, le Hamas sur l’occupation israélienne de la Palestine et les Houthis sur les lieutenants occidentaux au Yémen, mais ils ne cherchent pas à frapper des cibles occidentales sur le sol occidental comme le fait al-Qaïda.

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Avant que les Houthis ne prennent le contrôle du gouvernement, Washington menait une guerre au Yémen contre al-Qaïda dans la péninsule Arabique.

Washington avait déployé des forces spéciales et la CIA pour faire face à une branche d’al-Qaïda au Yémen, qui avait organisé l’attentat contre Charlie Hebdo à Paris en 2015 et une tentative de faire exploser un avion de ligne à Detroit à Noël 2009.

Mais ces attaques d’al-Qaïda n’étaient que le symptôme du fait que les États-Unis mènent une guerre. Ils disent qu’ils font la guerre contre le terrorisme, mais en fait, ils font la guerre aux forces qui s’opposent à la domination américaine du monde musulman.

Que certaines de ces forces utilisent parfois des méthodes terroristes, et qu’elles s’engagent dans des politiques violentes est moins important pour Washington que le fait qu’elles soient contre la domination et l’influence des États-Unis.

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Les États-Unis étaient préparés à mener unilatéralement une guerre contre al-Qaïda au Yémen, sans la coopération de l’ancien gouvernement de ce pays.

Le contre-amiral John Kirby, un porte-parole du Pentagone, a dit : « C’est certain, un partenaire volontaire au Yémen (…) rend les missions beaucoup plus efficaces. Mais nous avons aussi prouvé notre capacité de poursuivre des terroristes en divers endroits. Nous (…) conservons ce droit. » 8.

C’était vraiment une déclaration extraordinaire, parce que Kirby reconnaissait en paroles ce qui était déjà évident dans les faits : que les États-Unis ne reconnaissent la souveraineté d’aucun pays. Ils se donnent le droit d’intervenir partout, militairement ou autrement, que le gouvernement de ce pays accepte l’intervention ou non.

L’exemple le plus frappant de Washington s’arrogeant le droit d’intervenir unilatéralement dans n’importe quel pays pour poursuivre ses objectifs de politique étrangère est l’invasion américaine de la Syrie, pratiquée malgré l’opposition du gouvernement syrien, et sans le moindre respect du droit international qui interdit de telles violations du principe de la souveraineté nationale.

Peu après les attentats du 11 septembre, la CIA a persuadé le président du Yémen d’alors, Ali Abdullah Saleh, d’autoriser l’armée américaine à conduire des opérations au Yémen contre des cibles d’al-Qaïda. Saleh était réticent à renoncer à la souveraineté du Yémen, mais il a cru que s’il refusait la demande américaine, Washington envahirait le pays (comme il se réservait le droit de le faire). Par conséquent, sous la contrainte, Saleh a accepté de permettre à la CIA de faire voler des drones Predator armés de missiles Hellfire au-dessus de son pays et d’autoriser l’entrée des forces spéciales de l’armée américaine au Yémen. 9. En d’autres termes, il a accepté l’occupation de son pays par les États-Unis.

Au début de 2011, lorsque la guerre contre al-Qaïda dans la péninsule Arabique était en cours, une révolte massive contre le gouvernement Saleh a éclaté, qui faisait partie de ce qu’on a appelé le Printemps arabe. Elle a impliqué des dizaines de milliers de Yéménites participant à des sit-ins qui duraient des semaines.

Washington a soutenu Saleh tout au long de ces troubles, tout en demandant en même temps que le président syrien Bachar al-Assad s’en aille, affirmant (faussement) que lui, Assad, avait perdu le soutien de sa population. En revanche, Saleh, bien qu’il n’ait aucun soutien populaire (ou très peu), a bénéficié de l’appui américain – et il l’a obtenu parce que, contrairement à Assad, il était disposé à céder la souveraineté de son pays aux États-Unis.

Après des mois de troubles au Yémen, Washington est arrivé à la conclusion que la poursuite du règne de Saleh n’était plus viable. Il était devenu beaucoup trop impopulaire et il y avait des risques qu’ils soit renversé par la révolte populaire. Celui qui a pris sa place pourrait ne pas être aussi docile.

Donc des réunions ont été organisées avec des chefs de l’opposition pour faire en sorte que les opérations américaines continuent. Finalement, un plan a été accepté dans lequel Saleh s’en irait en faveur de son vice-président. 10. Hadi s’est avéré n’être pas plus populaire que Saleh, bien qu’il se soit révélé exactement aussi populaire auprès de Washington que l’était son prédécesseur. Les hauts responsables américains ont soutenu Hadi parce qu’il laissait au Pentagone les mains libres au Yémen.11.

Les Yéménites, en revanche, n’aimaient pas Hadi – et ils ne l’aimaient pas pour de nombreuses raison, notamment parce qu’il était perçu, avec raison, comme une marionnette des États-Unis.

En septembre 2014, les Houthis, qui avaient lancé une insurrection dix ans plus tôt, se sont emparés de la capitale, revendiquant un plus grand partage du pouvoir. En février 2015, ils avaient pris le contrôle du gouvernement. Peu après, Hadi s’enfuit en Arabie saoudite.

Que voulaient les Houthis ?

L’objectif auto-proclamé des Houthis – leur projet politique – est de nettoyer le pays des dirigeants corrompus au service de puissances étrangères. Ils sont contre l’ingérence des États-Unis et d’Israël dans les affaires du Yémen. Un porte-parole houthi a dit : « Nous sommes simplement opposés à l’ingérence de ces gouvernements. » 12.

En 2015, Newsweek a rapporté que « fondamentalement, ce que les Houthis disent être la volonté des Yéménites, c’est : la responsabilité du gouvernement, la fin de la corruption, des services publics réguliers, des prix du pétrole équitables, des occasions d’emploi pour les Yéménites ordinaires et la fin de l’influence occidentale ». 13. Newsweek a aussi rapporté que « de nombreux Yéménites pensent que les Houthis ont raison de rejeter l’influence occidentale et son mode de décision » 14.

Donc quelle était la situation pour les États-Unis, en février 2015, avec le gouvernement Hadi impopulaire chassé et les Houthis engagés pour l’indépendance du Yémen, prenant le contrôle du gouvernement ?

La situation était bien pire qu’elle ne l’avait été lorsque Washington avait commencé sa guerre contre al-Qaïda au Yémen. Au lieu d’un seul groupe s’opposant militairement à la domination étasunienne du Yémen, il y en avait maintenant deux, et le contrôle du gouvernement avait échappé aux mains de la marionnette de Washington. Dans un effort pour renverser une situation allant se détériorant, Washington a poussé à une guerre contre les Houthis, en superposant une nouvelle guerre à celle existant contre al-Qaïda dans la péninsule Arabique.

Mais l’administration étasunienne n’était pas autorisée légalement à mener une guerre contre un groupe dont le mandat était interne au Yémen et qui n’était pas impliqué dans les attaques du 9/11. Le Congrès étasunien avait accordé au président une autorisation illimitée à « utiliser toute la force nécessaire et adéquate contre les pays, organisations et personnes dont il estime qu’ils ont planifié, autorisé, commis ou aidé les attaques terroristes qui se sont produites le 11 septembre 2011, ou ont hébergé ces organisations ou ces personnes ». 15. Cela comprenait al-Qaïda dans la péninsule Arabique, mais pas les Houthis.

Si les États-Unis devaient entrer légalement en guerre contre les Houthis, ils devraient rechercher et obtenir l’autorisation du Congrès. Et les chances de la Maison Blanche d’obtenir le consentement du Congrès pour une telle guerre était proche de zéro. Donc Washington a préparé un mensonge. Il a mis les Saoudiens en avant et a dit que c’était eux qui menaient la guerre contre les Houthis.

Pour donner au mensonge un semblant de crédibilité, on a dit aux Saoudiens de voir les Houthis comme une menace. Les Houthis étaient censés être des proxys de l’Iran, un pays que les Saoudiens considèrent comme leur principal rival au Moyen-Orient.

Mais c’était absurde. En avril 2015, le Conseil de sécurité nationale a déclaré : « Nous estimons toujours que l’Iran n’exerce pas de commandement et de contrôle sur les Houthis au Yémen », ajoutant : « Il est faux de considérer les Houthis comme une force proxy pour l’Iran. » 16.

Les États-Unis ont lancé la guerre contre les Houthis pour deux raisons : premièrement, parce que les Houthis sont une force militaire organisée contre l’ingérence étasunienne au Yémen. Et deuxièmement, parce que les Houthis avaient chassé un gouvernement dont la soumission aux États-Unis avait été utile à Washington pour poursuivre une campagne visant à éliminer une autre force militaire contre l’ingérence américaine dans le monde musulman, à savoir al-Qaïda. Le but de la guerre est de chasser les résistants Houthis souverainistes et de ramener la marionnette malléable qu’est Hadi.

Donc les États-Unis ont organisé une guerre en utilisant les pilotes saoudiens comme fer de lance, exactement de la même manière qu’ils poursuivent une guerre contre ISIS en Irak et en Syrie en utilisant les Kurdes comme fer de lance. Dans les deux cas, les États-Unis assurent le contrôle et le commandement tandis qu’en Syrie et en Irak les Kurdes fournissent les bottes sur le terrain et, au Yémen, les Saoudiens procurent les pilotes dans le ciel. Mais la guerre contre les Houthis n’est pas plus une guerre menée par les Saoudiens que la guerre des États-Unis contre ISIS n’est une guerre menée par les Kurdes. Les dirigeants américains n’envoient pas de botte sur le terrain ni de pilote dans le ciel s’ils peuvent avoir quelqu’un qui combat pour eux.

En 1949 déjà, la journaliste américaine Marguerite Higgins remarquait comment « un investissement intelligent et intensif d’hommes et d’officiers américains aguerris pouvait être utilisé pour entraîner des forces locales à tirer pour vous ». 17.

Plus récemment, en 2015, The Wall Street Journal rapportait que les « forces d’intervention spéciales de l’Amérique ont débarqué dans 81 pays, la plupart d’entre elles entraînant des commandos locaux à combattre pour que les troupes américaines n’aient pas à le faire ». 18.

Il y a un grand nombre d’avantages pour les États-Unis à utiliser des forces locales pour combattre de manière à ce qu’ils n’aient pas à le faire. Premièrement, des économies. Cela coûte moins cher au Trésor américain d’avoir des pilotes saoudiens pour larguer des bombes sur les Houthis que d’avoir des pilotes américains pour faire la même chose. Ensuite, le contrôle de l’opinion publique. Il ne faut pas obtenir son consentement à une nouvelle guerre américaine. Enfin, cela évite certaines obligations juridiques, comme la nécessité d’obtenir une autorisation légale pour la guerre.

Du point de vue de l’État américain, mener une guerre depuis les coulisses et laisser les forces locales assumer le fardeau d’être le fer de lance est plus simple, plus rentable, moins problématique légalement et rend les questions du consentement du public plus faciles à gérer.

Une autre raison pour laquelle nous devrions croire que la guerre contre le Yémen est une guerre menée par les États-Unis et non par les Saoudiens est que la stratégie de sécurité nationale américaine insiste sur le leadership étasunien. Il est inconcevable que les États-Unis cèdent à un pays satellite la direction d’une campagne militaire dans laquelle ils sont engagés.

Les prises de position sur le leadership américain abondent dans les déclarations des politiciens, chefs militaires et commentateurs étasuniens. « Nous dirigeons le monde », a déclaré l’ancienne ambassadrice américaine aux Nations unies, Samantha Power. 19 « La question n’est jamais de savoir si l’Amérique devrait diriger, mais comment nous dirigeons », affirmait la Stratégie de sécurité nationale d’Obama. 20. Barbara Stephenson, la présidente de l’American Foreign Service Association, décrit les États-Unis comme ayant un « rôle de leadership mondial ». 21. Dans son second discours d’investiture, Bill Clinton a décrit les États-Unis comme chargés d’une mission spéciale, celle de diriger le monde. 22. John McCain a récemment dit que les États-Unis avaient « l’obligation » de diriger. 23.

Est-ce qu’un pays avec une telle fixation sur le leadership accepterait volontiers un rôle de soutien de second rang dans une campagne militaire, dans un pays où il avait déjà lancé une guerre et consacré des années à la mener ? Si la réponse n’est pas évidente, la réalité que les planificateurs de guerre américains préparent la planification des opérations de la guerre devrait dissiper tous les doutes sur qui occupe vraiment le siège du conducteur.

C’est une guerre menée par les États-Unis pour l’empire, contre une force militaire organisée qui insiste sur la souveraineté du Yémen ; qui insiste sur l’autodétermination : et qui par conséquent rejette le leadership américain (un euphémisme pour le despotisme et la dictature des États-Unis).

Si nous sommes attachés à la démocratie, nous devrions soutenir ceux qui combattent le despotisme des empires ; nous devrions soutenir ceux qui insistent sur l’égalité de tous les peuples en matière d’autodétermination. Nous devrions soutenir ceux qui trouvent répugnant que les États-Unis revendiquent leur droit à intervenir dans les affaires de tout pays, indépendamment du fait que le peuple de ce pays soit d’accord avec l’intervention ou non.

Le combat des Yéménites pour organiser leurs propres affaires, à leur propre manière, dans leurs propres intérêts, par leurs propres efforts, libérés de l’ingérence des empires et de leurs proxies locaux, est un combat qui nous concerne tous.

La lutte pour mettre fin à la guerre contre le Yémen, et la lutte plus importante pour mettre fin à l’empire, au despotisme, à la dictature des États-Unis n’est pas seulement une lutte pour la paix, mais une lutte pour la démocratie – et une lutte pour les valeurs de liberté (par rapport au despotisme) et d’égalité (de tous les peuples à décider de leurs propres affaires) héritées des Lumières.

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone

  1. Warren Strobel and Jonathan Landay, « Exclusive : As Saudis bombed Yemen, U.S. worried about legal blowback » Reuters, October 10, 2016
  2. Strobel et Landay
  3. Strobel et Landay
  4. Strobel et Landay
  5. Mark Mazzetti and Eric Schmitt, « Quiet support for Saudis entangles U.S. in Yemen », The New York Times, March 13, 2016.
  6. Gordon Lubold et Paul Sonne, « U.S. troops return to Yemen in battle against Al Qaeda, Pentagon says », The Wall Street Journal, May 6, 2016.
  7. Lubold et Sonne
  8. Damian Paletta et Julian E. Barnes, « Yemen unrest spells setback for U.S. », The Wall Street Journal, January 23, 2015
  9. Dana Priest, « U.S. military teams, intelligence deeply involved in aiding Yemen on strikes », The Washington Post, January 27, 2010.
  10. Mark Mazzetti, « U.S. is intensifying a secret campaign of Yemen airstrikes », The New York Times, June 8, 2011.
  11. Paletta and Barnes
  12. Ben Hubbard, « Plight of Houthi rebels is clear in visit to Yemen’s capital », The New York Times, November 26, 2016.
  13. « Photo essay : Rise of the Houthis », Newsweek, February 9, 2015
  14. Newsweek
  15. Authorization for Use of Military Force, S.J.Res.23, September 14, 2001
  16. Kenneth Katzman, « Iran’s Foreign Policy », Congressional Research Service, August 24, 2016
  17. Bruce Cumings, « Korea’s Place in the Sun : A Modern History », W.W. Norton & Company, 2005, p. 255
  18. Michael M. Phillips, « New ways the U.S. projects power around the globe : Commandoes », The Wall Street Journal, April 24, 2015
  19. « U.S. envoy urges no cut in U.N. funding », The Associated Press, January 13, 2017.
  20. US National Security Strategy, 2015
  21. Felicia Schwartz, « U.S. to reduce staffing at embassy in Cuba in response to mysterious attacks », The Wall Street Journal, September 29, 2017
  22. William J. Clinton, Inaugural Address. January 20, 1997
  23. Solomon Hughes, « Trump warns McCain : ‘I fight back’ », The Wall Street Journal, October 17, 2017

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-guerre-des-etats-unis-au-yemen

 

La prise d’otages politique, une pratique courante en Arabie saoudite, par René Naba

Source : Madaniya, René Naba, 10-11-2017

La prise d’otages politique est une pratique courante en Arabie saoudite et Saad Hariri, le chef du gouvernement libanais, avant d’être captif des Saoudiens à Riyad, aurait même participé à une opération similaire à l’encontre d’un jeune prince contestataire, selon les révélations de Moujtahed, le gazouilleur le plus célèbre du Royaume.

La pratique est ancienne et remonte à la décennie 1970.

L’exemple le plus connu est celui de Nasser As Saïd, le chef de l’opposition saoudienne, enlevé à Beyrouth, en pleine guerre civile libanaise, par les services saoudiens avec la complicité de dirigeants palestiniens, notamment Abou Zaim, responsable militaire du Fatah pour le sud Liban, agissant sur ordre d’Abou Iyad, le bras droit de Yasser Arafat. Nasser As Saïd, auteur d’un remarquable ouvrage sur «Le Royaume d’Al Saoud», drogué, a été jeté par dessus bord d’un avion militaire saoudien au dessus du Robh Al Khali, le quart désertique du royaume.
Que des dirigeants palestiniens se soient prêtés à de telles compromissions morales, qu’ils aient livré un opposant politique à une dictature, explique une part de leur déconfiture dans le commandement de leur guerre de libération nationale.

Le 2eme cas connu est celui du prince Sultan Ben Turki Ben Abdel Aziz, petit fils du fondateur du Royaume.

Sultan a été enlevé dans le palais du Roi Fahd à Genève, à la suite d’un traquenard, drogué et exfiltré de Suisse via un avion d’évacuation sanitaire vers l’Arabie saoudite où il a été maintenu sous contrôle entre hospitalisation et résidence surveillée. Son tort est d’avoir dénoncé un vaste réseau de corruption entre Rafic Hariri, ancien premier ministre du Liban et père de Saad et des princes de la famille royale saoudienne. Son rapatriement forcé a été alors décidé.

Le scénario de l’enlèvement

Les protagonistes ont mis à profit la visite en Suisse du prince héritier Abdallah, à l’époque chef de la garde nationale pour mettre en œuvre leur stratagème, ordonné d’ailleurs par Abdallalh en personne.

Sultan, natif de 1968 et âgé alors de 35 ans, a été invité au palais royal à Genève par Abdel Aziz, fils du Roi Fahd, et Sultan Al Cheikh au prétexte de conclure un arrangement. Au terme du déjeuner, les deux conjurés se sont éclipsés prétextant un coup de fil, leur hôte a été alors immobilisé par cinq gardes de corps masqués, drogué et expédié vers Riyad, via un Boeing 747 sanitaire appartenant à la famille royale saoudienne.

La totalité du récit de Moujtahed sur ce lien

La 3me tentative, avortée celle-là, a été dirigée contre Sara Bint Talal, la sœur de milliardaire Walid Ben Talal, avant sa demande d’asile politique à Londres.

Khaled Al Toueidjiry, à l’époque secrétaire particulier du Roi Abdallah , a convié à déjeuner en vue d’un arrangement la princesse. Flairant un traquenard, la princesse s’est esquivée. Sarah était dénommée «princesse Barbie» en raison de sa tendance à faire ses emplettes au supermarché en limousine.

Là aussi, qu’une princesse de sang royal saoudien quête l’asile politique auprès de son ancien colonisateur donne la mesure de l’étouffoir saoudien et de l’intolérance de ses dirigeants.

La liste n’est pas limitative. Pour s’en convaincre, il suffit de méditer sur le sort réservé au président nominal du Yémen, Abed Rabbo Hadi, en résidence surveillée, en Arabie Saoudite, uniquement autorisé à se manifester selon les besoins de la stratégie saoudienne.

Source : Madaniya, René Naba, 10-11-2017

 

https://www.les-crises.fr/la-prise-dotages-politique-une-pratique-courante-en-arabie-saoudite-par-rene-naba/

LES ENJEUX DU SOUTIEN DE LA RUSSIE ET DE L’IRAN AU TALIBAN

LES ENJEUX DU SOUTIEN DE LA RUSSIE ET DE L’IRAN AU TALIBAN

Julie Descarpentrie

10-11-2017

 

Alors que Moscou et Téhéran mobilisent le plus gros de leurs troupes sur le théâtre syrien, l’aggravation du conflit afghan est sur le point de constituer un enjeu majeur des politiques sécuritaires russe et iranienne. En effet, face à la résilience des taliban et au ralliement de certains d’entre eux au groupe Etat islamique dans le Khorasan (EIK), il est à craindre que l’on assiste à terme à un effet de contagion du conflit (ou effet spill-over) dans les Républiques voisines de l’Afghanistan. C’est à ce titre que nombre de spécialistes substituent désormais le terme d’AfPak[1] à celui d’AfCent[2] et placent l’Asie centrale au cœur des enjeux sécuritaires à venir.

Bien qu’il ne faille pas exagérer une telle menace, force est de constater que les anciennes Républiques soviétiques, la province iranienne du Sistan-Baloutchistan, ainsi que le Xinjiang, sont en proie à de nombreux mouvements insurrectionnels tels que ceux des Tchétchènes, des Ouzbeks, du Jundallah[3] et des Ouïghours, dont certains éléments ont prêté allégeance à Daech et rejoint le théâtre de guerre irako-syrien. C’est ainsi que plusieurs milliers de combattants d’Asie centrale et du Caucase y auraient été recensés.

A cet égard, l’Imam Bukhari Jamaat, l’un des groupes radicaux ouzbeks les plus notables agissant en Syrie sous la bannière de l’EI, inquiète fortement car depuis 2016, ses membres se sont repliés au nord de l’Afghanistan et y ont installé de nombreux camps d’entraînement. Depuis lors, les forces de sécurité nationale afghanes constituent l’une de leurs cibles privilégiées.[4] Un tel ralliement n’est pas pour rassurer la Russie qui voit d’un mauvais œil le repli de ces combattants suite à la défaite militaire de l’Etat islamique au Moyen-Orient. Moscou se cherche donc des alliés capables de lutter efficacement contre Daech et les récentes victoires des taliban face à cet ennemi commun semblent indiquer que les « étudiants en théologie » pourraient à terme devenir cet allié.

En effet, leur connaissance du terrain ainsi que leur expérience en matière de guérilla font d’eux des soldats aguerris, contrairement aux militaires de l’armée nationale afghane qui, eux, peinent à s’imposer dans les régions tribales pachtounes du nord et de l’est du pays. A cet effet, la province du Nangarhar pose un problème de sécurité majeur car il s’agit de l’un des fiefs des taliban dans lesquels les membres de Daech ont élu domicile ; sa proximité géographique avec les zones tribales pakistanaises en faisant un lieu de transit stratégique. Considérant que les taliban semblent être seuls à même d’affronter l’EIK dans ses sanctuaires, on constate donc que depuis un an et demi, Russes et Chinois invitent régulièrement leurs représentants à Moscou et à Pékin afin de leur conseiller de participer au processus de réconciliation nationale avec Kaboul. A cet effet, de nombreuses tentatives de négociation ont été observées entre Kaboul et les taliban, que ce soit en 2014 à l’initiative du Premier ministre pakistanais, Nawaz Sharif, ou en 2016, sous l‘égide des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie.

L’enjeu de l’Afghanistan pour la Russie

Les Russes se sont intéressés à l’Eurasie dès le XVIIIe siècle afin d’étendre leur sphère d’influence au Caucase ainsi qu’à la Crimée, au détriment de l’expansionnisme turc et iranien. Après avoir avancé leurs pions, l’Asie centrale et l’Afghanistan devinrent un enjeu majeur à partir du XIXe siècle car il s’agissait alors d’obtenir un accès aux ressources naturelles du pays[5]. C’est ainsi que dans le cadre de la rivalité entre Russes et Britanniques appelée « Grand Jeu »[6], se jouèrent les premiers enjeux de la conquête du territoire afghan. Conquête qui fut parachevée au cours de la Guerre froide et au cours de laquelle les Soviétiques envahirent le pays afin d’obtenir un accès direct à l’océan Indien et au golfe Persique, exploiter ses ressources gazières à travers l’édification d’un gazoduc en partenariat avec les pays d’Asie centrale et l’Inde et, bien sûr, faire de l’Afghanistan un satellite soviétique.

Aujourd’hui, même si le pays ne revêt pas un intérêt primordial pour Moscou, la sécurisation du territoire russe dépend de la stabilisation de son environnement régional, et donc de Kaboul. Il s’agit là pour la Russie d’un enjeu de taille car les frontières que partage l’Afghanistan avec les pays d’Asie centrale tels que le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan et le Kirghizstan sont poreuses et constituent un lieu de transit pour les terroristes ainsi que pour les trafiquants d’opium qui passent par le territoire russe pour écouler leur marchandise en Europe.

La place qu’occupe l’Afghanistan dans la stratégie russe est d’autant plus importante que le Kremlin, soucieux de renforcer son partenariat avec Pékin et Islamabad, souhaiterait en outre bénéficier des infrastructures du nouveau port pakistanais de Gwadar[7] afin d’obtenir un accès à la mer d’Arabie, et accroitre ses exportations. Néanmoins, les défis sécuritaires liés à ce projet sont tels que sa viabilité dépend de la sécurisation de la région. En effet, situé au Baloutchistan pakistanais, ce port – dont la construction s’inscrit dans le cadre de la création d’un corridor économique entre la Chine et le Pakistan et passant par le Xinjiang – inquiète fortement l’Inde qui craint un trop grand rapprochement entre Islamabad, Pékin et Moscou. C’est ainsi que sur les fronts est (Xinjiang) et ouest (Gwadar), son service de renseignement extérieur (R&AW) tente d’en ralentir la construction à travers l’instrumentalisation des insurgés baloutches, un peuple du sud-ouest du Pakistan qui souhaite faire sécession et créer un Baloutchistan autonome.

A cela s’ajoute que depuis 2016, on observe un rapprochement entre des groupes terroristes pakistanais installés dans la province, et Daech. En effet, il s’avère que depuis les opérations militaires pakistanaises Zarb-e-Azb (2013) et Radd-ul-Fassad (2017), menées notamment contre les membres des groupes terroristes Lashkar-e-Jhangvi Al Alami et Lashkar-e-Khorasan, ces derniers ont fini par s’allier à Daech afin de renforcer leur présence dans la région instable du Baloutchistan. Depuis lors, les attaques contre les chiites Hazaras et contre les ouvriers chinois se sont multipliées. Par conséquent, face à une telle menace, ni Pékin ni Moscou ne semblent avoir intérêt à ce que les taliban soient désarmés par le gouvernement de Kaboul puisqu’ils constituent l’un des derniers remparts contre la présence de l’EI dans la région.

La politique afghane de Téhéran…

Par ailleurs, les Iraniens ont eux aussi commencé à discuter avec les taliban, pourtant leurs ennemis historiques. En effet, si Téhéran s’inquiète de la situation actuelle c’est qu’à l’est et à l’ouest de l’Iran, vivent des minorités religieuses sunnites susceptibles d’être instrumentalisées par les islamistes de Daech. Bien que l’on n’en soit pas encore là, les actions terroristes anti-chiites menées au Baloutchistan iranien par Jundallah pourraient constituer un tel risque. En conséquence, alors que Muhammad Reza Bahrami, ambassadeur d’Iran à Kaboul, a confirmé que Téhéran communique avec les taliban, on constate que la lutte anti-Daech que mènent ces derniers concorde avec les intérêts de la République islamique iranienne, comme en 1995 lorsque le gouvernement de Téhéran avait tenté d’opérer un rapprochement avec eux -rapprochement auquel il avait été mis fin lors de l’attentat commis contre des diplomates iraniens en 1998.

Soucieux de stabiliser l’Afghanistan, dès 2002, le gouvernement dirigé par le président Khatami a beaucoup œuvré à sa reconstruction. Depuis cette date, 50 millions de dollars annuels ont été alloués aux Afghans au nom de la solidarité islamique mais aussi en vertu du souci des Pasdaran et de l’ayatollah Khamenei de soutenir les chiites ; exportant ainsi le principe de velayat-e faqih[8]. En outre, au nom de la lutte antiterroriste, des négociations avec les taliban ont été ouvertes dès 2011. L’Iran invita les leaders du High Peace Council – composé de djihadistes, d’anciens chefs taliban, d’oulémas et de représentants de la société civile –  à se réunir dans l’objectif de promouvoir le dialogue et la paix en Afghanistan. Néanmoins, le fait que ce soit les Gardiens de la révolution islamique qui aient la mainmise sur les questions sécuritaires de l’Iran inquiète les Américains qui leur reprochent de chercher à créer un front anti-occidental comme au temps d’Ahmadinejad et de fournir des armes aux taliban. C’est ainsi que la création en 2012, d’un bureau taliban dans la ville iranienne de Zahedan a été fortement décriée par les officiels américains – ce qui ne les a pourtant pas empêché d’approuver celui de Doha.

La crainte des Américains est également nourrie par l’influence que les Iraniens ont toujours eue dans la région, eu égard à la culture persanophone des Afghans et à l’instrumentalisation des membres du gouvernement à travers le parti pro-chiite Hezb-e Wahdat-e Islami. On remarque qu’en Afghanistan, outre les stratégies d’influence Téhéran en direction des Hazaras et des Qizilbhash, les antennes du ministère iranien des Affaires religieuses telles que celle de l’Imam Khomeini Relief Committee ont toujours œuvré à la Dawa (prosélytisme religieux) et à la diffusion d’un sentiment anti-américain.

Suite à l’accord de Genève destiné à régler la question du nucléaire iranien[9], sont pourtant nés de réels espoirs de réconciliation entre les deux gouvernements. Malheureusement, en choisissant de s’entourer d’une équipe de néoconservateurs tels que James Mattis – connu pour être un opposant systématique à l’Iran – et en faisant de l’Arabie saoudite son partenaire clé, le président Trump a réintroduit la notion d’ « axe du mal » et sapé tout le travail de négociation entamé par le gouvernement Obama. Alors que le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, avait tenté un rapprochement avec Riyad et reconnu que les Pasdaran constituent la menace principale de ce gouvernement bicéphale au sein duquel le chef de l’Etat possède une faible marge de manœuvre, la relégation de l’Iran au statut de paria tend à justifier de nouveau le renforcement de la politique sécuritaire des Gardiens de la révolution islamique, comme en témoignent leurs campagnes anti-américaines en Afghanistan, ainsi que la récente multiplication de leurs tirs de missiles balistiques.

Par ailleurs, le principal obstacle réside dans le refus grandissant des populations afghanes de se laisser manipuler par des pays dont la politique sécuritaire est en partie liée à des enjeux politiques et religieux. L’Afghanistan demeure l’un des pays où la lutte d’influence entre l’Iran chiite et l’Arabie saoudite wahhabite a fait de nombreux ravages, ce qui explique que de plus en plus de Hazaras refusent le soft-power iranien et contestent la volonté de Téhéran d’étendre aux chiites de la région, le principe de velayat-e faqih, de peur que le reste de la population non-persanophone les rejette.

…face au jeu de l’Arabie saoudite

Toutefois, le choix du Président Ashraf Ghani de rejoindre la coalition anti-Houthis au Yémen interroge sur les rapports que le gouvernement actuel entretient avec Riyad. Toute aussi surprenante, la décision en 2012 du ministre afghan des Affaires religieuses, Dayi-ul-Haq Abed, d’autoriser le royaume saoudien à construire un immense complexe islamique à Kaboul d’une valeur de 100 millions de dollars et dont l’architecture rappelle une tente bédouine. Une fois construit, le centre, qui portera le nom du roi saoudien Abdallah ben Abdelaziz, pourra accueillir jusqu’à 15 000 fidèles ainsi que 5 000 étudiants et sera le pendant de la mosquée Faysal d’Islamabad construite en 1976 par l’Arabie saoudite.[10] Bien qu’ayant été érigée comme le fer de lance de la diplomatie pro-wahhabite de l’Afghanistan, une telle alliance risque de crisper les chiites. Aussi faut-il indiquer que Riyad, qui a confirmé l’octroi d’une aide économique évaluée à 200 millions de dollars, participe lui aussi à la reconstruction de l’Afghanistan et constitue un enjeu de taille pour Kaboul puisqu’il est l’un des rares pays à avoir soutenu le régime des taliban (1996-2001), avec les Emirats arabes unis et le Pakistan.

Le gouvernement afghan semble ainsi compter sur Riyad pour l’aider à ouvrir un canal de négociations avec les taliban et le Pakistan afin de trouver une issue au conflit et parvenir à un accord avec les « étudiants en théologie » – accord dont les chances d’aboutir sont minces puisque le mollah Akhunzada ne souhaite pas déroger au principe des taliban qui est de n’accepter le dialogue qu’à partir du moment où les soldats occidentaux auront quitté le sol afghan.

 


  • [1] Théâtre Afghanistan/Pakistan.
  • [2] Afghanistan/Asie centrale
  • [3] Apparue vers 2003, il s’agit d’une organisation sunnite armée basée dans le Baloutchistan iranien et particulièrement active dans la ville de Zahedan. Contestant notamment le régime du velayat-e faqhi qui fonde la domination des chiites sur les institutions politiques en Iran, elle a revendiqué depuis 2009 plusieurs attentats-suicides contre les autorités iraniennes. A ne pas confondre avec le mouvement séparatiste du Baloutchistan pakistanais également appelé Jundullah qui fonde ses actions sur une volonté indépendantiste claire, contrairement à son pendant iranien dont les membres se déclarent pan-iraniens et favorables à un régime fédéral.
  • [4] Combattus par Islam Karimov dès 1991 – date de l’apparition des premières cellules fondamentalistes dans la vallée de Ferghana -, les islamistes ouzbeks ont su trouver refuge au Tadjikistan dans les années 90, puis en Afghanistan, où ils se sont mêlés à la population locale et épousé des Afghanes. Combattant aux côtés d’Al-Qaeda, des taliban, et de Daech, ils n’hésitent pas à prêter allégeance à divers mouvements islamistes afin de répondre à leur volonté de mener un djihad global.
  • [5] Il est à noter que des incursions antérieures avaient déjà été tentées notamment lorsque Napoléon Ier avait demandé au tsar Paul Ier de s’allier à lui afin de déloger les Britanniques des Indes – requête qui fit naître chez le tsar la certitude qu’il parviendrait à soumettre l’Afghanistan grâce à son armée de Cosaques, en vain.
  • [6] Le Grand Jeu (1813-1907) renvoie à la rivalité coloniale entre la Russie et la Grande-Bretagne en Asie au XIXe siècle, qui a amené entre autres à la création de l’actuel Afghanistan comme État-tampon
  • [7] Situé au Baloutchistan pakistanais, près du détroit d’Ormuz où circule le tiers du trafic maritime pétrolier mondial, le port de Gwadar est financé grâce à l’assistance de Pékin. Il pourrait devenir l’une des plus importantes bases navales chinoises. Ce projet s’inscrit dans le projet chinois One Belt One Road ainsi que dans celui du Corridor économique Chine-Pakistan.
  • [8] Il s’agit d’un principe théologique développé par l’ayatollah Rouhollah Khomeini et Mohammad Sadeq al-Sadr, qui confère aux religieux la primauté sur le pouvoir politique, Le faqih étant le guide suprême.
  • [9] L’Accord préliminaire de Genève sur le programme nucléaire iranien, officiellement intitulé « Plan d’action conjoint », est un accord conclu à Genève par la République islamique d’Iran et les pays du P5+1 (l’Allemagne, la Chine, les États-Unis, la Russie, la France et le Royaume-Uni)  le 24 novembre 2013. L’objet de cet accord était de parvenir à une solution globale mutuellement acceptable à long terme qui permette de s’assurer que le programme nucléaire iranien serait exclusivement civil et pacifique, permettant ainsi au pays de jouir de son droit à l’énergie nucléaire à des fins pacifiques en vertu du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Mais, en octobre 2017, le président Trump a refusé de certifier la reconduction de la participation des Etats-Unis à cet accord, qualifiant le régime iranien de « dictatorial »  et de « principal parrain du terrorisme dans le monde »,
  • [10] En Afghanistan, un tel projet s’était inscrit dans le cadre de la politique d’islamisation de Zia-ul-Haq

 

http://www.cf2r.org/fr/notes-actualite/les-enjeux-du-soutien-de-la-russie-et-de-iran-au-taliban.php

Arabie saoudite – La nuit des longs couteaux

Arabie saoudite – La nuit des longs couteaux


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 5 novembre 2017

Hier, le clan Salman au pouvoir en Arabie saoudite s’est livré à une purge digne de la Nuit des longs couteaux pour se débarrasser de tous ses éventuels concurrents. Le roi saoudien Salman et son fils, le prince clown Mohammad bin Salman, ont lancé une vaste vague d’arrestations de princes et de hauts fonctionnaires. Un des intérêts de ce coup d’État interne est la confiscation d’énormes domaines financiers au profit du clan Salman.

La démission forcée du Premier ministre libanais Saad al-Hariri était probablement liée aux événements de la nuit dernière. Le Premier ministre israélien Netanyahou a approuvé cette démission. Du fait du soutien d’Israël, Hariri ne pourra plus jamais jouer un rôle de premier plan au Liban.

En Arabie saoudite, onze princes, dont des fils du défunt roi Abdallah, plus de trente anciens ministres et hauts responsables, ainsi que les directeurs de trois grandes chaînes de télévision, ont été placés en détention ou assignés à résidence. Le commandant de la garde nationale, le prince Mitieb Bin Abdullah, a été démis de ses fonctions et remplacé par le prince Khalid Bin Abdulaziz al Muqrin. La Garde nationale était le dernier centre de renseignement et de sécurité détenu par la branche Abdullah de la famille Al-Saoud.

Une autre purge, en juillet dernier, avait détrôné l’ancien prince héritier Nayaf et l’avait remplacé par le jeune Mohammad Bin-Salman. Ensuite, la branche Nayef de la famille al-Saoud a été chassée de tous les centres de pouvoir. Hier, ça a été le tour de la branche Abdullah. Les fonctionnaires exclus ont été remplacés par des laquais du clan Salman au pouvoir.

La branche Salman à laquelle appartiennent le roi actuel et le prince clown a maintenant éliminé toute la concurrence interne potentielle. Cela va à l’encontre du consensus sur lequel était basée la domination de la famille saoudienne au siècle dernier. Des dizaines de milliers de clans et d’individus dépendaient du patronage des princes et des fonctionnaires limogés. Ils ne resteront pas les bras croisés pendant que leur fortune s’évapore.

Un des effets de la purge sera la concentration de la richesse saoudienne entre les mains des Salman.

Une des personnes arrêtées est le prince Al-Waleed Bin Talal (vidéo) qui détient dit-on, la sixième fortune mondiale. Il possède (possédait ?) entre 18 et 32 ​​milliards de dollars nets. Al-Waleed s’était publiquement opposé au président américain Donald Trump. (Al-Waleed est (était ?) le plus grand actionnaire de Citygroup qui avait choisi le cabinet de Barack Obama avant de recevoir une énorme aide financière du gouvernement). Une autre personnalité qui a fait les frais de la purge est Bakr Ben Laden, frère d’Oussama Ben Laden, président du Saudi Binladin Group et cinquième plus grosse fortune du pays.

Les prétextes officiels de la purge sont des allégations de corruption remontant à 2009. Cet artifice financier permettra aux Salman de confisquer les biens des accusés. Le total de ce raid s’élèvera à des dizaines de milliards de dollars. Un nouveau comité anti-corruption a été installé sous le prince clown Mohammad bin Salman. Il a des pouvoirs dictatoriaux et peut geler et confisquer tous les actifs financiers qui lui paraissent dignes d’intérêt :

Il peut prendre toutes les mesures qu’il juge nécessaires pour traiter les affaires de corruption publique et prendre ce qu’il considère être le droit des personnes, des entités, des fonds, des biens meubles et immeubles, dans le pays et à l’étranger, rendre des fonds au Trésor public. enregistrer les biens et les actifs comme propriété de l’état.

Les événements au Liban et à Riyad n’auraient pas pu se produire sans le consentement et le soutien des États-Unis. Fin octobre, Jared Kushner le gendre en même temps que le principal conseiller de Trump, a effectué une visite surprise en Arabie saoudite. Dans un tweet hier Donald Trump, qui a prêté serment sur le globe wahhabite, a indiqué le prix de son accord et de sa coopération :

Donald J. Trump @realDonaldTrump – 12:49 PM – 4 nov. 2017

« J’apprécierais beaucoup que l’Arabie saoudite fasse l’introduction en bourse d’Aramco au New York Stock Exchange. Important pour les États-Unis ! »

Une introduction du conglomérat pétrolier Aramco à la Bourse de New York donnera au gouvernement des États-Unis l’autorité réglementaire et juridique sur la société la plus profitable du monde.

La nuit dernière également, les forces yéménites ont tiré un missile à moyenne portée depuis le nord du Yémen vers l’aéroport de Riyad. Le tir bien ciblé de 1 000 kilomètres (660 milles) est impressionnant et sans précédent. La défense antiaérienne saoudienne près de l’aéroport, le système américain Patriot piloté par une entreprise privée, a lancé quatre missiles pour intercepter le missile yéménite (vidéo). Les Saoudiens affirment que l’un de leurs missiles a touché la cible. On a vu une colonne de fumée sur l’aéroport (vidéo). Il n’est pas possible de dire si la fumée a été causée par le missile original ou par son interception.

C’est un choc pour beaucoup de  Saoudiens de s’apercevoir que la capitale saoudienne peut être touchée. Cela décourage aussi l’investissement en Arabie saoudite.

Les missiles yéménites, lancés par l’ancienne armée du Yémen dirigée par l’ancien président Saleh, pourraient venir d’Iran. Mais ils pourraient aussi être de vieux missiles que le Yémen a achetés il y a des décennies. Les Saoudiens vont certainement accuser l’Iran sans expliquer comment de pareils missiles pourraient être passés en contrebande malgré le blocus serré qu’ils maintiennent autour du pays tenu par la résistance.

Le lancement des missiles n’a sans doute  pas de lien avec la démission de Hariri, ni la purge à Riyad. Il faut des jours aux Yéménites pour préparer un tel missile et son lancement. Il a été lancé probablement en représailles à l’attaque aérienne saoudienne dévastatrice de mercredi sur un marché ouvert dans la province du Yémen, au nord de Saada. Selon des sources yéménites, plus de 60 personnes ont été tuées. Après le lancement du missile sur Riyad, les avions saoudiens ont de nouveau bombardé la capitale yéménite Sanaa.

Depuis que l’incapable roi Salman est sur le trône de Riyad, son fils sans foi ni loi de 32 ans, Mohammad bin Salman, a pris le contrôle de toutes les institutions d’Arabie saoudite. Les Saoudiens ont lancé une guerre contre le Yémen sans défense et ont soutenu Al-Qaïda, l’EI et d’autres « rebelles » contre les gouvernements irakien et syrien. Il a divisé le Conseil de coopération du Golfe en attaquant le Qatar. Maintenant qu’il est dans une impasse au Yémen et au Qatar et qu’il a été vaincu en Irak et en Syrie, il s’attaque au Hezbollah libanais. Aucune de ces initiatives meurtrières n’a atteint son objectif, à savoir diminuer l’influence de l’Iran qu’il considère comme son pire ennemi. Au contraire, tout ce qu’il a fait a aidé l’Iran à consolider sa position.

La situation financière de l’État saoudien est catastrophique. Sous les applaudissements de la claque occidentale Bin Salman a annoncé la libération économique, sociale et religieuse de l’Arabie saoudite. Mais peu pour ne pas dire aucune de ces grandes promesses n’ont été tenues.

On peut attribuer la purge d’hier à la panique. Tous les efforts de Bin Salman ont échoué. Le tir yéménite réussi sur l’aéroport de Riyad ne fait que souligner ses échecs. Il est sous pression mais incapable d’obtenir le moindre résultat positif. La résistance interne contre lui grandit.

Quand Hitler a lancé la Nuit des Longs Couteaux contre les socialistes de son parti, son pouvoir politique était sur la courbe ascendante. Le pays était en paix, sa position internationale s’affirmait, l’économie était en plein essor et la majorité du peuple le soutenait. Le remake de Bin Salman de cette nuit se produit alors que ses initiatives échouent l’une après l’autre. Il est peu probable que sa dernière initiative pour consolider son pouvoir soit davantage couronnée de succès.

Traduction : Dominique Muselet

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Les Houthis proposent l’asile politique aux Saoud

Les Houthis proposent l’asile politique aux Saoud

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Les rebelles Houthis qui contrôlent l’essentiel du Yémen ont proposé l’asile politique aux victimes du coup de Palais de Riyad.

Le prince héritier Mohammed Ben Salmane, qui vient de liquider tous les clans susceptibles de contester la succession du trône, est l’initiateur de la guerre de l’Arabie saoudite contre le Yémen.

Par ailleurs, on apprend que, lors de son arrestation, le prince Abdoul Aziz ben Fahd aurait été tué en résistant aux forces de l’ordre. Membre du clan Nayef, il était proche de Saad Hariri (à travers Saudi Oger) et du prince Al Walid ben Talal (à travers Middle East Broadcasting Corporation — MBC).

http://www.voltairenet.org/article198678.html

Yémen : Ryad menace de représailles les pays soutenant un projet d’enquête internationale, par AFP

Fantastique…

Source : TSA Algérie, 26-09-2017

L’Arabie saoudite menace de représailles économiques les pays qui soutiendraient le projet d’enquête internationale sur le conflit au Yémen présenté devant la Commission des droits de l’Homme de l’ONU, dans une lettre dont l’AFP a pris connaissance mardi.

Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, le Jordanien Zeid Ra’ad Al Hussein, a appelé à plusieurs reprises à la création d’une commission d’enquête internationale sur les violations des droits de l’Homme au Yémen, où l’Arabie saoudite intervient militairement contre les rebelles houthis avec ses alliés du Golfe depuis le printemps 2015.

Un projet de résolution néerlando-canadien, présenté lors de la session de la Commission qui s’achève vendredi, prévoit la création d’une enquête sous l’égide de l’ONU.

“L’adoption du projet de résolution présenté par les Pays-Bas et le Canada devant la Commission des droits de l’Homme pourrait affecter de façon négative les relations bilatérales économiques avec l’Arabie saoudite”, prévient le royaume saoudien dans cette lettre.

Ryad, qui “n’acceptera pas” une telle résolution, appelle de son côté à soutenir l’enquête menée par son allié yéménite, qui selon les Nations unies manque de crédibilité.

Pour John Fisher, directeur à Genève de l’ONG Human Rights Watch, la menace saoudienne est “honteuse”.

“Il est scandaleux que l’Arabie saoudite cherche à utiliser les menaces de sanctions économiques et politiques pour intimider les pays et les inciter à ne pas soutenir une enquête internationale qui pourrait mettre un terme aux violations” des droits de l’Homme, a-t-il déclaré à l’AFP.

“Les forces de la coalition (emmenée par Ryad) ont bombardé des hôpitaux, des marchés, des maisons, des cérémonies funéraires. Il est temps que la communauté internationale dise +ça suffit+”, a-t-il ajouté.

Sollicitée par l’AFP, la mission saoudienne à l’ONU à Genève n’était pas disponible dans l’immédiat.

La guerre au Yémen oppose des forces pro-gouvernementales, soutenues par l’Arabie saoudite et ses alliés arabes et regroupées dans le Sud, à l’alliance entre Houthis et l’ancien président Ali Abdallah Saleh, qui contrôlent la capitale et le nord du Yémen depuis septembre 2014.

Plus de 8 500 personnes ont été tuées et près de 49 000 autres blessées depuis le début du conflit, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Plus de 17 millions de Yéménites sont confrontés à des pénuries alimentaires et une épidémie de choléra a fait plus de 2 100 morts depuis avril.

Source : TSA Algérie, 26-09-2017

 

 

http://www.les-crises.fr/yemen-ryad-menace-de-represailles-les-pays-soutenant-un-projet-denquete-internationale-par-afp/

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Revue de presse nationale et internationale.

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