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Yémen: la coalition demande la fin des ravitaillements en vol américains

Yémen: la coalition demande la fin des ravitaillements en vol américains

Un Boeing KC-135 ravitailleur durant des manoeuvres de l’Otan à la base de Starokostyantyniv, Ukraine, le 12 octobre 2018nThe large-scale air force exercises with the United States and other NATO countries « Clear Sky 2018 », which will run until October 19, are being held in western Ukraine. Some 700 troops are taking part, half of them from NATO member countries including the United States, Britain, the Netherlands, Poland and Romania. US aircraft including F-15C Eagle fighter planes, Boeing KC-135 air refueling tanker, C-130J Super Hercules military transport planes and drones will train with about 30 Ukrainian aircraft. / © AFP/Archives / Genya SAVILOV

La coalition sous direction saoudienne qui combat les rebelles Houthis au Yémen a annoncé samedi qu’elle avait demandé aux Etats-Unis de cesser leurs opérations de ravitaillement en vol de ses avions et qu’elle était désormais en mesure d’assurer elle-même ce ravitaillement.

Le Pentagone a aussitôt approuvé cette annonce, qui intervient alors que des parlementaires américains, aussi bien républicains que démocrates, réclamaient avec insistance que les Etats-Unis mettent immédiatement fin à leurs opérations de ravitaillement des avions de la coalition saoudienne opérant au Yémen.

C’est l’agence de presse officielle saoudienne SPA qui a annoncé ce développement. « Récemment, le Royaume et la Coalition ont accru leur capacité de mener indépendamment le ravitaillement en vol au Yémen », a indiqué SPA.

« En conséquence, en consultation avec les Etats-Unis, la Coalition a demandé la cessation du soutien au ravitaillement en vol pour ses opérations au Yémen », a annoncé l’agence.

L’Arabie saoudite et l’ensemble de la coalition qui soutient les forces loyales au président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi « cherchent continuellement à améliorer leur professionnalisme militaire et leur autosuffisance », a expliqué SPA.

Les Etats-Unis ont rapidement réagi.

« Nous soutenons la décision du Royaume d’Arabie saoudite, après des consultations avec le gouvernement américain, d’utiliser les capacités militaires propres de la Coalition pour effectuer les ravitaillements en vol en soutien de ses opérations au Yémen », a déclaré dans un communiqué le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis.

Le Washington Post, citant des sources proches du dossier, avait affirmé quelques heures plus tôt que la décision de cesser les ravitaillements en vol américains de la coalition avait d’ores et déjà été prise par les Etats-Unis, qui mettaient ainsi fin à leur soutien le plus concret à la coalition saoudienne en trois ans de conflit

– Une aide controversée –

Cette aide, déjà critiquée à Washington, était devenue encore plus controversée depuis le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, imputé à de hauts responsables du royaume et qui a terni l’image de Ryad.

Des parlementaires américains, démocrates comme républicains, ont exigé que Washington prenne des mesures « immédiates », « y compris en mettant fin au ravitaillement des avions de la coalition saoudienne », faute de quoi ils menaçaient de faire adopter des mesures au Sénat.

Les sénateurs Jeanne Shaheen et Todd Young avaient publié un communiqué en ce sens vendredi peu avant la parution de l’article du Washington Post. « Nous attendons que Ryad s’engage de bonne foi et avec urgence dans des négociations pour mettre fin à la guerre civile », écrivaient ces élus des deux bords politiques.

Le Pentagone et la coalition se sont exprimés sur la perspective de négociations en vue d’un règlement du conflit.

« Le commandement de la Coalition exprime l’espoir que les prochaines négociations sous l’égide de l’ONU dans un pays tiers conduiront à un règlement négocié », a indiqué SPA.

– Pourparlers éventuels –

Après l’échec en septembre d’une médiation de l’ONU, la coalition a annoncé la reprise de l’assaut sur le port stratégique de Hodeida, dans l’ouest du Yémen, qui s’est intensifié à partir du 1er novembre.

La bataille pour reprendre Hodeida aux rebelles qui contrôlent la ville menace les efforts de paix des Etats-Unis et de l’ONU qui espère pouvoir convoquer des pourparlers d’ici la fin de l’année.

La coalition, indique l’agence SPA, « espère voir la fin de l’agression des milices Houthis soutenues par l’Iran contre le peuple yéménite et contre des pays de la région, notamment la menace des missiles balistiques et des drones ».

Le Pentagone a lui aussi évoqué de prochaines négociations. « Nous sommes tous concentrés sur le soutien à une résolution du conflit, menée par l’envoyé spécial de l’ONU Martin Griffith », a déclaré Jim Mattis dans son communiqué.

« Les Etats-Unis et la coalition prévoient de collaborer au renforcement des forces yéménites légitimes pour défendre le peuple yéménites, sécuriser les frontières de leur pays, et contribuer à contrer les efforts d’Al-Qaïda et de l’ISIS au Yémen et dans la région », a ajouté le secrétaire américain à la Défense, utilisant l’acronyme anglais pour l’organisation jihadiste Etat islamique (EI).

Les combats pour le contrôle de Hodeida ont été particulièrement meurtriers vendredi, avec une forte résistance des rebelles Houthis qui tentent par tous les moyens de ralentir la progression des forces progouvernementales soutenues par la coalition.

(©AFP / (10 novembre 2018 06h33)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Y-men-la-coalition-demande-la-fin-des-ravitaillements-en-vol-am-ricains/970153.rom

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Assassinat de Khashoggi : le pire est à venir

Assassinat de Khashoggi : le pire est à venir


Par George Galloway – Le 24 octobre 2018 – Source RT

La nouvelle 1 que des « parties défigurées du visage et du corps » de Khashoggi auraient été retrouvées dans le jardin du consulat saoudien à Istanbul, sonne la fin de la récréation pour les collaborateurs occidentaux de la dictature tyrannique arabe.

Après Khashoggi lui-même, le principal perdant du meurtre le plus répugnant d’Istanbul est le président américain Donald Trump – comme je l’avais prédit ici il y a des semaines. Sa déclaration selon laquelle la couverture saoudienne était « crédible » a suscité les moqueries du reste du monde par son côté « Lady MacBeth », et l’a ridiculisé. Le comportement de son propre « prince héritier » – son gendre Jared Kushner – a été plus vénal que digne d’un opéra-comique.

Comme je l’avais prédit, bien que la famille Clinton ait largement profité des largesses saoudiennes, les démocrates et leurs vastes soutiens médiatiques ont fait de l’assassinat de Khashoggi leur nouveau casus belli, en lieu et place du « Russiagate » en perte de vitesse (en fait les mêmes personnes qui, ces deux dernières années, ont inondé les ondes américaines de haine russophobe ont levé les mains au ciel, horrifiées, quand Trump – le pantin de Poutine, rappelez-vous – a annoncé une course aux armes nucléaires contre la Russie).

D’Uber à Facebook, de JP Morgan à Virgin, des dizaines de sociétés et personnalités ont renoncé à aller au « Davos du désert » et le royaume « est en crise » comme vient de le reconnaître publiquement le ministre saoudien de l’Énergie.

Tout cela va de soi et on peut facilement prédire la fin du règne aussi court que brutal et meurtrier du Caligula saoudien qui a tué des milliers de personnes au Yémen, en Syrie, et même en Arabie saoudite.

En Occident, c’est comme si on allumait tout à coup la lumière et qu’on voyait les cafards s’enfuir à toute vitesse. Nulle part ce spectacle n’est aussi abject qu’au Royaume-Uni.

Dans les années 1980, j’ai été envoyé en mission parlementaire en Arabie saoudite, sous la direction de Sir Francis Pym, qui a ensuite reçu le titre de Lord, un grand Tory qui fut ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, avant que cette fonction ne se dégrade du fait de la médiocrité et du manque évident de classe de ses occupants. Il y avait des tensions entre les Britanniques et les Saoudiens qui menaçaient de perturber le contrat d’armement extrêmement lucratif et très crapuleux d’Al Yamamamah.

« De la pommade, mon cher, de la pommade », voilà notre mission, m’a dit Sir Francis. Nous devons les couvrir de pommade. « Il n’est pas question de s’excuser…  je ne m’excuserai pas », a-t-il ajouté (je le répète, à l’époque, c’était la grande classe), les enduire d’une bonne couche de pommade, voilà notre feuille de route.

Nous avons rencontré le roi saoudien de l’époque et la plupart des princes importants ; Sir Francis était un maître dans sa partie. Il ne s’est jamais excusé, mais il leur a mis beaucoup, beaucoup de pommade. Cela a marché, et le sale business de traire les vieux idiots au pouvoir à Riyad a repris.

Bien sûr, les profits britanniques n’avaient rien de comparables avec le butin des États-Unis, et la différence entre les deux n’a fait que croître pendant les trente années suivantes. L’autre différence est que, maintenant, ce ne sont plus seulement les fusils, mais le beurre, la technologie, les médias, les films, les loisirs (qui savait que Disneyland était un parc de loisir saoudien ?) et le tourisme.

En réalité, des milliers de médias occidentaux et leurs petites mains ont été corrompus par l’or saoudien. Toutes sortes de think tanks, d’« instituts », et même le Musée d’histoire naturelle de Grande-Bretagne, recevaient de l’argent de la Maison des Saoud. La malchance a voulu que, la nuit même où la musique s’est arrêtée avec le meurtre d’un chroniqueur du Washington Post et le démembrement de son corps, l’ambassade saoudienne organisait une soirée dans l’une des augustes salles de ce Musée.

L’ironie du fait que le Royaume créationniste 2 choisisse de siroter des cocktails sans alcool dans la maison que Charles Darwin a construite, n’a pas échappé à grand monde. Les journaux et les magazines qui s’étaient engraissés ouvertement et secrètement grâce au sponsoring saoudien, à coup de revenus publicitaires et autres arrangements entre amis sont maintenant choqués ! Choqués ! Comme le chef de la police de Vichy corrompu qui « découvre » qu’il y a des tables de jeux au Rick’s Café de Humphrey Bogart dans le film Casablanca.

Personne n’a retourné sa veste aussi vite que le chef des relations publiques du prince héritier saoudien en occident, Thomas Friedman du New York Times.

Lors de son apparition avec Christiane Amanpour de CNN, Friedman a semblé au bord de la dépression nerveuse. Avoir gaspillé des dizaines de milliers de mots pour un criminel comme Mohammed bin Salman ! Il ne faut rien regretter Tom, tu as été bien payé pendant tout le temps que ça a duré !

Comme Oscar Wilde l’a dit à propos de la scène de lit de mort dans La petite Nell de Charles Dickens – « Il faudrait avoir un cœur de pierre pour ne pas rire. »

Mais le plus dévastateur a été la corruption dans la classe politique elle-même, et on en entendra bientôt parler.

Lorsque le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn a déposé une motion plus tôt dans l’année pour faire cesser les ventes d’armes britanniques à l’Arabie saoudite en attendant une enquête sur l’utilisation de ces armes dans la guerre sanglante contre le Yémen, la motion aurait très bien pu passer, si plus de 100 députés travaillistes de son propre camp ne s’étaient pas rendus coupables de trahison. Des députés travaillistes gays se sont rangés dans le camp de ceux qui jettent les gays du haut des immeubles. Des députés travaillistes féministes se sont rangés dans le camp de ceux qui ne reconnaissent aucun droit aux femmes. Tous ces démocrates ont soutenu l’absence désertique de liberté et de démocratie. Je n’ai pas compris et je me suis posé des questions sur l’ampleur du soutien saoudien au sein des députés du Parti travailliste. Je pense que tout s’éclairera bientôt.

Car cette histoire n’a pas fini de faire des vagues.

Pour l’heure, les « Gardiens des deux saintes mosquées », pour donner aux rois saoudiens leur titre du vendredi 3, sont occupés à effacer le visage de Jamal Khashoggi, un homme qui a peut-être légèrement critiqué la politique saoudienne, mais qui a soutenu l’armée de coupeurs de têtes financée par les Saoudiens en Syrie, jusqu’à l’instant même où sa propre tête a été arrachée de ses épaules. Cet homme qui a écrit un éditorial du Washington Post intitulé « Il est temps de diviser la Syrie » a lui-même été divisé en plusieurs parties par les instigateurs de la division avortée de la Syrie.

Même Shakespeare n’aurait pas pu écrire une pareille histoire.

George Galloway a été membre du Parlement britannique pendant presque 30 ans. Il anime des émissions de TV and de radio (y-compris sur RT). Il est cinéaste, écrivain et un orateur renommé.

Traduction : Dominique Muselet

Notes

  1. Maintenant démentie
  2. Le créationnisme est la croyance religieuse selon laquelle une création divine est responsable de la vie et de l’univers, s’opposant généralement au consensus scientifique qui soutient une origine naturelle au moyen de l’évolution du vivant fondé sur la sélection naturelle (Wikipédia)
  3. Jour de la prière dans l’Islam

 

http://lesakerfrancophone.fr/assassinat-de-khashoggi-le-pire-est-a-venir

Après le meurtre de Kashoggi, Washington appelle à la fin de la guerre au Yémen

International

Après le meurtre de Kashoggi, Washington appelle à la fin de la guerre au Yémen

le 31 octobre 2018

Les Etats-Unis ont appelé mardi à la fin de la guerre au Yémen, demandant notamment que cessent les frappes aériennes de la coalition menée par l’Arabie saoudite, un changement de ton après le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Washington, qui réclame l’ouverture de négociations de paix d’ici 30 jours, estime toutefois toujours que le premier pas doit être fait par les rebelles Houthis soutenus par l’Iran chiite, bête noire commune des Américains et de leurs alliés sunnites soudiens.

Le message a été relayé par le ministre de la Défense Jim Mattis puis par le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

S’ils n’ont fait aucune référence directe à la mort du journaliste critique de Ryad, qui a terni l’image du royaume et fait naître de lourds soupçons sur le rôle du prince héritier Mohammed ben Salmane, cette nouvelle fermeté américaine intervient dans un contexte où l’administration de Donald Trump est sous pression du Congrès pour prendre ses distances avec l’Arabie saoudite.

« L’heure est maintenant à la fin des hostilités, ce qui inclut les tirs de missiles et de drones venant de zones contrôlées par les Houthis vers le royaume d’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis », a déclaré Mike Pompeo dans un communiqué.

« Les frappes aériennes de la coalition doivent ensuite cesser dans toutes les zones peuplées du Yémen », a-t-il ajouté.

Jim Mattis a plaidé pour le même enchaînement, appelant « tout le monde » à rejoindre la « table de négociations sur la base d’un cessez-le-feu » qui verrait d’abord un retrait des rebelles Houthis de la frontière avec l’Arabie saoudite, « puis un arrêt des bombardements » de la coalition arabe.

L’arrêt des hostilités permettra à l’émissaire des Nations unies pour le Yémen, le Britannique Martin Griffiths, de « réunir » les différentes parties « en Suède », a poursuivi le chef du Pentagone.

– Crise humanitaire –

« Nous devons faire ça d’ici 30 jours (…) et je pense que l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sont prêts », a-t-il ajouté au cours d’une conférence à Washington, après avoir rencontré plusieurs dirigeants arabes le week-end dernier en marge du Dialogue de Manama, une rencontre annuelle sur la sécurité à Bahrein.

Mike Pompeo a aussi demandé de premières consultations sous l’égide de l’émissaire de l’ONU « en novembre dans un pays tiers » pour évoquer notamment « la démilitarisation des frontières et la concentration de toutes les armes lourdes sous le contrôle d’observateurs internationaux ».

La dernière tentative de Martin Griffiths d’organiser des pourparlers de paix, en septembre à Genève, s’était soldée par un échec, en l’absence des Houthis.

La guerre, qui a fait quelque 10.000 morts et engendré la pire crise humanitaire actuelle dans le monde selon l’ONU, oppose des forces pro-gouvernementales aux rebelles soutenus par l’Iran, qui se sont emparés en 2014 et 2015 de vastes régions du Yémen dont Sanaa, la capitale. En mars 2015, la coalition sous commandement saoudien est intervenue en soutien des forces loyalistes.

L’armée américaine fournit une aide logistique à l’Arabie saoudite et aux Emirats, et partage des renseignements avec ces alliés-clés.

Mais face aux accusations de frappes aveugles et de bavures de la part de Ryad, qui ont coûté la vie à des centaines de civiles, l’administration Trump était déjà sous pression du Congrès pour inciter les Saoudiens à rentrer dans le rang voire pour réduire leur soutien militaire.

Après le meurtre de Jamal Khashoggi, le 2 octobre dans le consulat saoudien à Istanbul, cette pression s’est accrue, d’autant que la crise frappant le royaume a des répercussions internationales.

Si les Etats-Unis, comme la France, excluent de cesser de vendre des armes à Ryad, l’Allemagne a, elle, choisi d’arrêter ses exportations d’armements. En revanche, le changement de ton de Washington sur la guerre au Yémen fait écho aux propos de la ministre française des Armées Florence Parly, qui a estimé mardi qu’il était « plus que temps » que ce conflit « cesse ».

LNT avec AFP

https://lnt.ma/apres-meurtre-de-kashoggi-washington-appelle-a-fin-de-guerre-yemen/

Au travers de l’Érythrée et des EAU, la Russie se tourne vers la Corne de l’Afrique

Au travers de l’Érythrée et des EAU, la Russie se tourne vers la Corne de l’Afrique


Par Andrew Korybko – Le 10 septembre 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoSergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russes, a salué les relations de son pays avec l’Érythrée et a fait part au monde des projet de Moscou d’y construire un centre logistique.

C’est à Sotchi, au cours d’une conférence de presse tenue à l’issue de leur rencontre bilatérale, qu’il a pris la parole aux côtés de son homologue érythréen, et indiqué que les discussions avaient notamment porté sur la construction de couloirs de transports régionaux, d’oléoducs, et d’ouvrir un département russophone dans l’une des universités d’Asmara. Lavrov a également déclaré que les sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies contre l’Érythrée, imposées en 2009 après des rapports indiquant que le pays soutenait Al-Shaabab en Somalie, devraient à présent être levées. Il a félicité l’Érythrée pour l’ensemble de ses actions ces derniers mois en faveur de la paix dans la région, et pour son rapprochement rapide de l’Éthiopie, qui a complètement modifié la situation géopolitique de la corne de l’Afrique.

Avec plus de recul, la Russie semble très désireuse de faire de l’Érythrée sa passerelle vers le géant régional que constitue l’Éthiopie, deuxième pays africain en population, et son économie à croissance rapide. Le rapprochement entre Érythrée et Éthiopie verra Addis Abeba diversifier ses accès au reste du monde, s’affranchissant de sa dépendance historique de Djibouti en la matière, si bien que l’on peut également s’attendre à voir le rôle de l’Érythrée croître en importance en termes de connectivité. Les investissements que la Russie entend mener en Érythrée montrent en outre le sérieux de sa démarche de « pivot vers l’Afrique » et la réalité de son désir d’établir une présence dans la région de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique, suite aux bruits qui courent de l’offre qui lui aurait été faite d’ouvrir une base navale au Soudan voisin, et d’autres échos non confirmés qui auraient signalé qu’elle étudiait également la possibilité d’en ouvrir une dans la région dissidente du Somaliland.

Un autre point à garder à l’esprit est que les Émirats arabes unis (EAU) constituent le premier partenaire international de l’Érythrée, et sont responsables non seulement d’avoir rompu l’isolement international du pays en y construisant une base soutenant la guerre contre le Yémen, mais également pour le rôle de facilitateur qu’ils ont joué dans le rapprochement entre Érythrée et Éthiopie. Abou Dabi constitue donc un pouvoir transrégional en croissance, qui cultive en même temps des liens plus forts que jamais avec Moscou, les deux parties ayant signé une Déclaration officielle de partenariat stratégique début juin, à l’issue de la rencontre dans la capitale russe entre le prince de la couronne Mohammed Bin Zayed et le président Poutine. Les liens entre la Russie et les Émirats vont donc converger en Érythrée, et possiblement également même en Éthiopie peu après.

Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe a rencontré Osman Saleh, ministre des Affaires étrangères érythréen, le 31 août 2018, à Sochi, en Russie

Loin des regards, le partenariat stratégique russo-émirati se montre étonnamment solide, sans le moindre conflit d’intérêt entre les deux parties dans la corne de l’Afrique. Les deux pays ont conclu un accord de défense de quasiment 2 milliards de dollars en février 2017, et se sont engagés à coopérer dans les sphères de la cybersécurité et de l’énergie. En outre, la pompe à pétrole des émirats s’intéresse aux voitures et motos électriques russes, ainsi qu’à la marque Aurus de berlines de luxe, popularisée il y a peu par le président Poutine. En fait, la coopération entre Russie et Émirats promet littéralement de monter plus haut que le ciel, Moscou se préparant à propulser prochainement les cosmonautes de son partenaire jusqu’à la station spatiale internationale.

Somme toute, l’importance stratégique des relations entre Russie et Érythrée réside dans le potentiel qu’elles présentent, non seulement pour faciliter le « pivot vers l’Afrique » de Moscou dans la corne de l’Afrique, notablement en Éthiopie, mais également en ce qu’elles vont renforcer le partenariat déjà fluide et solide entre la Russie et les EAU, au travers du pays du tiers monde dans lequel ils ont tant d’intérêts en commun. Et une concrétisation réussie du concept selon lequel une coopération russo-émirati apporte des dividendes concrets et positifs dans d’autres pays comme l’Érythrée pourrait également ouvrir la porte à Abu Dabi pour inviter Moscou au Sud-Yémen, où les Russes exerçaient une influence à l’ère soviétique, ce qui pourrait permettre à la Russie de contribuer à la reconstruction de la société, ravagée par la guerre, et de consolider sa présence stratégique dans la région de la mer Rouge et du golfe d’Aden.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 7 septembre 2018

 

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/au-travers-de-lerythree-et-des-eau-la-russie-se-tourne-vers-la-corne-de-lafrique

 

Yémen : Les prisons secrètes, par Amnesty International

17.août.2018 // Les Crises

Yémen : Les prisons secrètes, par Amnesty International

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Source : Amnesty International, 12.07.2018.

De nombreux hommes ont été victimes de disparitions forcées, après avoir été arrêtés de manière arbitraire et détenus par les forces émiriennes et yéménites. Beaucoup ont été torturés, et on craint que certains ne soient morts en détention.

Les familles de ces détenus se retrouvent plongées dans un cauchemar sans fin où leurs proches disparaissent .elles se heurtent à un mur de silence et d’intimidation.

Nous avons enquêté sur les cas de 51 hommes détenus par ces forces entre mars 2016 et mai 2018 dans les gouvernorats d’Aden, Lahj, Abyan, Hadramawt et Shabwa. La plupart des cas concernaient des disparitions forcées et 19 de ces hommes sont toujours portés disparus.

LA QUÊTE DES FAMILLES DES DÉTENUS

Les mères, les épouses et les sœurs des victimes de disparitions forcées organisent des manifestations depuis près de deux ans, faisant la tournée des bureaux du gouvernement et des bureaux chargés des poursuites, des services de sécurité, des prisons, des bases de la coalition et de diverses structures traitant les plaintes relatives aux droits humains.

Nous n’avons aucune idée de l’endroit où il se trouve, Dieu seul sait s’il est encore en vie. Notre père est mort de chagrin il y a un mois. Il est mort sans savoir où se trouvait son fils.

La sœur d’un homme âgé de 44 ans arrêté à Aden fin 2016 a déclaré :

Certaines familles ont déclaré qu’elles ont été contactées par des individus qui leur ont annoncé que leurs proches étaient morts en détention ; lorsqu’elles se sont adressées aux responsables des forces yéménites soutenues par les Émirats arabes unis pour le vérifier, ils ont nié ces allégations.

DES TÉMOIGNAGES ATTESTANT DE TORTURE

Des détenus ou ex-détenus et leurs familles ont livré des récits horribles d’atteintes aux droits humains – coups, décharges électriques et violences sexuelles notamment. Selon le témoignage de l’un d’entre eux, un de ses codétenus a été évacué dans une housse mortuaire, après avoir été torturé à maintes reprises.

J’ai vu des choses que je ne souhaite plus jamais revoir. Dans cet endroit, vous ne voyez même pas le soleil,, Ils portaient toutes sortes d’accusations [contre moi]. Ils ont commencé à me frapper… Puis, une nuit, ils m’ont relâché en m’expliquant qu’ils m’avaient confondu avec quelqu’un d’autre… ” Il y a eu erreur sur la personne, désolés. ” C’était comme s’ils ne m’avaient rien fait, après toute la souffrance causée par les décharges électriques. »

Un ancien détenu qui se trouvait à Waddah Hall

Du fait de ce vide en matière d’obligation de rendre des comptes, il est encore plus difficile pour les familles de contester la légalité des détentions. Les procureurs yéménites ont bien tenté de renforcer leur contrôle sur certaines prisons, mais les forces émiriennes ont ignoré ou retardé maintes fois leurs ordres de remise en liberté.

SOUS COUVERT DE LUTTE ANTITERRORISTE

Les Émirats arabes unis sont un membre clé de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et engagée dans le conflit armé au Yémen depuis mars 2015.

Ils ont créé, formé, équipé et financé des forces de sécurité locales. Ils ont également formé des alliances avec des responsables des services de sécurité yéménites, qui se sont soustraits à l’autorité de leur gouvernement. Les Émirats arabes unis agissent dans des conditions obscures dans le sud du Yémen et semblent avoir créé un service de sécurité parallèle en dehors de tout cadre légal.

L’objectif déclaré de leur implication avec les forces de sécurité locales est de combattre le « terrorisme », notamment en arrêtant les membres d’Al Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) et du groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique (EI).

Cependant, d’aucuns affirment que de nombreuses arrestations se basent sur des soupçons infondés et des vendettas personnelles.

Les arrestations ciblent les personnes qui critiquent la coalition et les pratiques des forces de sécurité soutenues par les Émirats arabes unis, notamment des personnalités de la communauté, des militants et des journalistes, ainsi que des sympathisants et des membres du parti al Islah, la branche yéménite des Frères musulmans.

Les proches de membres présumés de l’AQPA et de l’EI, ainsi que des hommes qui ont au départ aidé la coalition à combattre les Houthis mais sont aujourd’hui perçus comme une menace, sont également pris pour cibles.

UN SILENCE DE PLOMB

Les femmes de l’entourage des détenus et des personnes disparues qui manifestent à Aden et al Mukalla depuis deux ans sont victimes d’intimidations, voire d’agressions.

Les Émirats arabes unis nient toujours toute implication dans les pratiques de détention illégale au Yémen, malgré les nombreux éléments qui prouvent le contraire. D’autre part, le gouvernement yéménite a assuré à un groupe d’experts de l’ONU qu’il ne contrôle pas les forces de sécurité formées et soutenues par les Émirats.

Ces violations des droits humains commises dans le cadre du conflit armé au Yémen ne font toujours pas l’objet d’enquêtes pour crimes de guerre.

Les gouvernements du Yémen et des Émirats doivent agir sans délai pour y mettre un terme et fournir des réponses aux familles dont les époux, les pères, les frères et les fils ont “disparu“.

Les partenaires des Émirats dans la lutte contre le terrorisme, notamment les États-Unis, n’ont toujours pas pris position vis-à-vis de ces allégations de torture.

Source : Amnesty International, 12.07.2018.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/yemen-les-prisons-secretes-par-amnesty-international/

Ingérence française au Yémen : Honte et manipulation ! Par Richard Labévière

9.juillet.2018 // Les Crises

Ingérence française au Yémen : Honte et manipulation ! Par Richard Labévière

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 25-06-2018

Beyrouth, 24 juin 2018.

Chacun de souvient de l’une des photos les plus célèbres de la guerre du Vietnam : ce 8 juin 1972 – dans le village de Trang-Bang – une effroyable bavure est commise par l’aviation sud-vietnamienne, qui combat les forces communistes du Nord aux côtés des Etats-Unis. Mal renseignés, les bombardiers Skyraider se trompent de cible et larguent des bombes au napalm sur un temple qui abrite non pas des Viêt-Congs, mais leurs propres soldats et de nombreux civils.

Kim Phuc – neuf ans – figure parmi les victimes de cette erreur tragique. Alertés par le passage préalable d’un avion de reconnaissance, « Phuc » (c’est son prénom qui signifie « bonheur ») et sa famille voient s’abattre sur eux les bombes incendiaires. Le déluge de napalm – pouvant atteindre les 1 200 degrés Celsius – inflige à la fillette de terribles brûlures. Ses vêtements soufflés, Phuc s’extirpe des flammes, laisse derrière elle ses parents et se retrouve à fuir sur la route 1 de Trang Bang.

À quelques centaines de mètres, le photographe Nick Ut a assisté à toute la scène. Avec un groupe de reporters, il voit des civils surgir de la fumée. Parmi eux, il photographie la grand-mère de Kim Phuc portant dans ses bras le corps inerte d’un petit garçon. Lorsque la fillette parvient à sa hauteur, Nick Ut tire de son sac un quatrième et dernier appareil encore chargé, un Leica M3. Il immortalise la détresse de la petite fille qui répète sans cesse les mêmes mots : « trop chaud ! Trop chaud ! »

« On les massacrait avant de les soigner… », paradoxe des guerres occidentales modernes que Francis Ford Coppola fait dire au capitaine Willard, son héros d’Apocalypse Now, palme d’or au Festival de Cannes en 1979.

Toute proportion gardée, c’est un peu ce que la France éternelle fait au Yémen et s’apprête à faire à la fin du mois à Paris. L’initiative a été annoncée le 10 avril lors d’une visite en France du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane : l’organisation – à Paris – d’un « sommet humanitaire » rassemblant les donateurs susceptibles de se mobiliser au service… du Yémen, les deux co-organisateurs (la France et l’Arabie saoudite), chacun dans sa catégorie étant des co-bélligérants directement impliqués dans cette guerre particulièrement meurtrière, occultée par la propagande quotidienne déversée sur la guerre civilo-globale de Syrie : Bachar al-Assad est un boucher sanguinaire, Mohammed ben Salmane et son homologue émirien étant de joyeux humanistes réformateurs. Défense de sourire !

On croyait être définitivement sorti des inepties néo-coloniales de Bernard Kouchner. Erreur, profonde erreur ! Comme en Syrie, les pays occidentaux aident et arment les jihadistes engagés au Yémen (recrutés par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis/EAU), sous prétexte d’aide humanitaire et de lutte contre « l’impérialisme iranien ». Nouvelle défense de sourire !

Bref, le 27 juin prochain à Paris, autant dire que cette conférence « humanitaire » risque de tourner au ridicule, comme un congrès de sapeurs-pompiers avec pyromanes comme invités d’honneur, comme un sommet de diabétiques enfermés dans une pâtisserie…

GUERRE CLANDESTINE

Et pourtant, les bombardements de la coalition saoudienne s’apparentent à des crimes de guerre selon les propres critères des Nations unies. Cela dit, Riyad est parvenu – jusqu’à maintenant – à empêcher l’ONU d’enquêter sur les quelques 15 000 civils tués depuis janvier 2017, tout bilan officiel restant impossible à établir. L’ONU et plusieurs ONGs évoquent des épidémies de famine, de choléra, ainsi que des milliers de blessés et déplacés. Une « catastrophe entièrement causée par l’homme », souligne le dernier rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCR) de l’ONU. À cela s’ajoutent la destruction partielle de la vieille ville de Sanaa, patrimoine mondial de l’humanité et l’expansion de la Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA) : « AQPA est plus puissant que jamais. Alors que la destruction de l’organisation « État islamique » fait les gros titres (…), la Qaïda reste un modèle de réussite ». L’organisation a notamment « su exploiter une économie de guerre florissante », écrit la chercheuse d’International Crisis Group April Longley Alley. L’Arabie saoudite a inondé le Yémen de fusils d’assaut Steyr-AUG, une partie d’entre eux a atterri entre les mains d’AQPA !

« La France a octroyé pour un peu plus de 16 milliards d’euros de licences pour la seule Arabie saoudite en 2015 et livré à ce pays pour 900 millions d’euros d’équipements militaires la même année (…) À aucun moment, le gouvernement n’a indiqué ces deux dernières années qu’il avait refusé, révoqué ou suspendu des autorisations d’exportation », commente pour sa part Amnesty International.

Depuis plus de deux ans, une guerre menée par les plus riches pays du Proche-Orient – voire du monde – contre le plus pauvre se poursuit, dans une large indifférence politique et médiatique. Le 26 mars 2015, l’Arabie saoudite – suivie de dix pays sunnites – lance une opération militaire aérienne au Yémen contre les Houthis du Nord. Les partisans d’Abdel Malek Al-Houthi avaient forcé la démission le président de la transition Abd Rabbo Mansour Hadi en s’alliant avec leur ancien opposant, Ali Abdallah Saleh. Au début de l’offensive, les Houthis occupent militairement la capitale Sanaa et la principale ville du sud, Aden. Sollicités par Hadi, les Saoudiens et leurs alliés prétendent vouloir le rétablir et contrer l’« avancée iranienne ». Le Conseil de sécurité de l’ONU donne son aval et la France, le Royaume-Uni et les États-Unis fournissent les fusils !

« DIPLOMATIE ECONOMIQUE »

Dès son arrivée à l’Elysée, Nicolas Sarkozy a commencé à mettre en œuvre l’une de ses promesses de campagne : rééquilibrer la politique étrangère de la France au Proche-Orient en faveur d’Israël. L’un des corollaires de cette volonté signifiait d’appuyer le rapprochement des monarchies du Golfe avec Tel-Aviv. Ainsi, l’Elysée s’emploiera à faire du Qatar l’un de ses premiers partenaires dans la région : le petit émirat paiera la libération des infirmières bulgares pour que Cécilia vienne faire un show « humanitaire » à Tripoli (Libye). Ensuite, il paiera aussi le divorce de la même Cécilia avec le président de la République française qui exonèrera – en retour – le Qatar de toute espèce de fiscalité sur ses transactions immobilières en France.

En juillet 2007, à la suite d’une demande émirienne, Nicolas Sarkozy s’engage à développer une présence militaire permanente dans ce pays. Elle est annoncée en janvier 2008, lors d’une tournée dans le Golfe du président de la République. La base française d’Abou Dhabi est officiellement inaugurée le 26 mai 2009 dans l’espoir de voir les Emiriens acheter le Rafale français. La promesse de vente tournera court, mais François Hollande ne reviendra ni sur l’existence de la base émirienne, ni sur les privilèges fiscaux accordés au petit Qatar. Au contraire, il accentuera le trait avec la fameuse « diplomatie économique » portée par son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius.

Avec Emmanuel Macron, la politique étrangère néo-conservatrice de la France va se poursuivre et s’accentuer : soutien inconditionnel à Israël et aux monarchies pétrolières sunnites avec lesquelles les affaires vont s’intensifier. Selon les meilleures sources, on peut relever que :

  • dès le déclenchement de la guerre au Yémen, l’armée française « a effectué des vols de reconnaissance au-dessus des positions houthis pour le compte du client saoudien et continué à former ses pilotes de chasse »;
  • la France a également transféré des nacelles Thalès Damocles XF de désignation de cible et de guidage de bombes, que les forces saoudiennes placent sous leurs avions de chasse – ce qui n’empêche pas les « bavures » ;
  • trois mois après le début du conflit, un avion ravitailleur Airbus 330-200 MRTT a été livré à l’Arabie saoudite. C’est le dernier d’une flotte de six. En avril 2017, deux de ces avions étaient déployés au Yémen. Indispensables à la guerre en cours, ils ravitaillent en vol les F-15 saoudiens ;
  • des canons Caesar 155 mm de l’entreprise française Nexter, des hélicoptères de transport Cougar du groupe EADS et des drones de renseignement militaire SDTI de l’entreprise française SAGEM sont livrés à la coalition saoudienne ;
  • en 2016, la France a livré 276 blindés légers indique son propre rapport de juillet 2017 au secrétariat du TCA. Ce lot est composé de blindés légers Renault Sherpa light et Vab Mark 3 du groupe Renault Trucks Defense, originellement destinés au Liban. Dès février 2016, face à l’échec des campagnes de bombardements, la coalition s’appuie sur des milices locales équipées de véhicules légers émiratis Nimr pour tenter de déloger les forces houthis. L’arrivée des blindés légers français, qui se faufilent sans difficulté dans les rues étroites des villes arabes, s’inscrit pleinement dans cette stratégie de contre-insurrection déployée au sol. Et les Sherpa light sont équipés de capteurs de dernière génération offrant une protection contre les engins explosifs improvisés ;
  • la coalition fait également usage de petits patrouilleurs, en soutien aux navires de guerre, pour assurer le blocus du Yémen. Si l’entreprise française Couach bloque à quai deux patrouilleurs rapides à destination du Yémen en raison de l’embargo, elle débute ses livraisons d’intercepteurs rapides à l’Arabie saoudite dès août 2016 ; 39 nouveaux exemplaires de ce type d’unités sont destinés à Riyad ;
  • pour assurer le blocus qui affame la population, la coalition utilise des Corvettes Baynunah livrées aux EAU. L’artillerie et les marines de la coalition sont, par ailleurs munies de systèmes électroniques de navigation vendus par SAFRAN, des équipements essentiels à la logistique des tirs ;
  • enfin, 745 fusils de précision ont été livrés à Riyad en 2015 et 500 en 2016 selon les rapports au Parlement sur les exportations d’armes de 2016 et 2017.

Dernièrement, plusieurs parlementaires français – accompagnés de l’ambassadeur de France à Riyad et de son épouse – sont allés se féliciter bruyamment, dans la province de Mareb contrôlées par les Saoudiens, de l’excellence des efforts humanitaires de leurs hôtes… Fallait oser, mais c’est fait ! Et le pompon, c’est bien-sûr, la dernière affaire du déminage du port d’Hodeïda ! Le 15 juin, Le Figaro affirme : « alors que les forces progouvernementales ont annoncé s’être emparées vendredi de l’aéroport d’al-Hodeïda, la France entend s’impliquer dans le déminage du port, la véritable cible de la bataille lancée il y a trois jours par les troupes yéménites, appuyées par les EAU et l’Arabie saoudite, pour chasser les rebelles houthis pro-iraniens de cette ville stratégique sur la mer Rouge. Mais comme l’engagement français dans cette guerre oubliée est source de contestation, le ministère des Armées avance sur des œufs… » On ne saurait mieux dire !

UNE FUITE LACANIENNE

Le 13 juin, le Quai d’Orsay a indiqué que le président Emmanuel Macron, après s’être entretenu avec Mohammed ben Zayed, prince héritier d’Abou Dhabi, avait « évoqué la situation politique et militaire au Yémen, et notamment à Hodeïda » et « appelé les parties prenantes à la retenue et à la protection des populations civiles. » « La France rappelle que seule une solution politique négociée, y compris à Hodeïda, permettra de mettre fin de manière durable à la guerre au Yémen et d’arrêter la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire dans ce pays », a souligné le porte-parole du Quai.

Mais sous cette langue d’acajou, il s’agit de bien autre chose ! Un responsable émirien a déclaré à l’agence de presse Reuters, que la France aurait « accepté d’apporter une assistance en matière de déminage dans le cadre de l’opération militaire lancée par la coalition sunnite pour reprendre le port d’Hodeïda. » Et d’ajouter : « Les États-Unis ont rejeté pour leur part la requête d’Abou Dhabi qui leur demandait des moyens de renseignement, de surveillance aérienne, de reconnaissance et de déminage ».

Quelques heures plus tard, le ministère des Armées a confirmé qu’une telle opération était dans les tuyaux. « Il n’y a pas d’action militaire française aujourd’hui dans la région de Hodeïda, et la France ne fait pas partie de la coalition qui est engagée sur ce théâtre », a-t-il commencé par préciser. Toutefois, Le Figaro affirmait que des membres des forces spéciales françaises étaient déjà présents au Yémen, aux côtés des troupes émiriennes.

Ainsi, « deux sources militaires contactées par Le Figaro révèlent également que des forces spéciales françaises sont présentes aux côtés des Émiriens au Yémen », affirme le journaliste Georges Malbrunot dans l’édition datée du 16 juin 2018. La ministre de la Défense Florence Parly dément aussitôt et elle a raison. Les soldats français présents dans le port d’Hodeïda ne font pas partie des Forces spéciales françaises, mais sont des plongeurs-démineurs du Service-action de la DGSE (nos services extérieurs), dédiés aux opérations clandestines. Par conséquent, circulez, y’ rien à voir et c’est bien normal ! La dissociation entre Forces spéciales destinées aux opérations extérieures publiques et le Service-Action, spécialisé dans des actions clandestines – devant restées classifiées « confidentiel » ou « très confidentiel » – demeure l’apanage légitime de n’importe quelle démocratie. La carabistouille est ailleurs et révélatrice d’un nouveau dysfonctionnement de la communication présidentielle !

Depuis plusieurs mois, Saoudiens et Emiriens se plaignaient auprès de leurs interlocuteurs français, leur tenant à peu près ce langage : « on vous achète quantités de matériels et d’armements alors que vous ne nous apportez pas le moindre soutien politique public et ça commence à bien faire ! » Les communicants de l’Elysée ont alors imaginé le montage d’une fuite émirienne à Reuters qui serait reprise par notre cher Georges national du Figaro. En effet, celui-ci n’aurait jamais exploiter une telle information sans obtenir le feu vert, sinon l’encouragement de ses sources du ministère de la Défense !

En France, les anciens otages ont un statut tout à fait particulier. Non seulement immédiatement érigés au statut d’expert multifonctions, ils doivent se souvenir quotidiennement comment ils ont retrouvé la liberté. En l’occurrence, la libération de Georges et de son collègue Christian Chesnot a coûté plusieurs millions d’euros environ sept) prélevés dans les fonds spéciaux de la DGSE, c’est-à-dire de l’argent public et cela mérite bien quelques renvois d’ascenseurs…

Par conséquent, l’information de l’engagement yéménite des armées françaises aux côtés de la coalition saoudo-émirienne est bien sortie, même si toute la vérité n’est pas dite. Héroïne lacanienne, Florence Parly dit toujours, toujours la vérité, mais pas toute… parce que les mots y manquent ! Et c’est même par cette impossibilité qu’elle participe au réel !

Et le psychanalyste Jacques Lacan aurait certainement ajouté que le réel, c’est quand on se cogne… Quoi qu’il en soit, la France et ses armées sont – aujourd’hui – engagées au Yémen, aux côtés des EAU et de l’Arabie saoudite (deux grandes démocraties bien connues), en train de massacrer l’un des pays les plus pauvres de la terre. Un jour, ces gens auront des comptes à rendre, les responsables français qui ont pris la responsabilité d’engager notre pays aussi !

Autrement dit, et excusez notre familiarité Monsieur le président de la République : « au Yémen Manu, t’es nul, complètement nul ! Arrête de déconner… » Bonne lecture néanmoins et à la semaine prochaine.

Richard Labévière
25 juin 2018

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 25-06-2018

 

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Yémen: les rebelles Houthis se retranchent à Hodeida

Yémen: les rebelles Houthis se retranchent à Hodeida

Des forces yéménites progouvernementales le long d’une route lors de l’offensive pour reprendre la ville de Hodeida aux rebelles Houthis, le 21 juin 2018 / © AFP/Archives / Saleh Al-OBEIDI

Blocs de bétons, tranchées: les rebelles Houthis ont entrepris des préparatifs à Hodeida dans l’hypothèse d’un assaut des forces progouvernementales sur cette ville stratégique de l’ouest du Yémen, tandis que l’ONU s’efforce de décrocher une accalmie durable, ont rapporté des résidents de cette cité portuaire.

Tranchées creusées par dizaines dans les principales avenues de la ville, blocs de bétons dressés ailleurs et conteneurs barrant d’autres rues. Les témoignages recueillis par téléphone auprès de plusieurs habitants de la ville visée par une offensive des forces progouvernementales abondent.

Hammoud, l’un des habitants interrogés, a indiqué à l’AFP, sous le couvert de l’anonymat, que « des blocs de béton » avaient été manifestement « acheminés de Sanaa, à 150 km de là, où ils servaient à protéger des ambassades » désertées par les diplomates depuis que les Houthis ont pris en 2014 le contrôle de la capitale yéménite.

Un autre, Zouber, a affirmé que « des conteneurs » étaient « utilisés pour bloquer des rues ».

Des préparatifs militaires similaires ont été observées sur des routes reliant Hodeida à d’autres villes de la province aux mains des Houthis, d’après des témoins.

Selon des sources militaires, à la faveur de la baisse actuelle des combats autour de Hodeida, rebelles et forces progouvernementales ne cessent d’acheminer des renforts.

« Ces préparatifs ne laissent guère de doute sur l’intention des rebelles de ne rien céder à Hodeida », affirme Néjib Gallab, analyste pour un centre d’études spécialisé sur le Golfe et le Yémen.

« Les Houthis ne quitteront jamais de leur propre gré Hodeida et son port », dont ils tirent profit financièrement, poursuit-il.

Devant la presse, le porte-parole de la coalition, le colonel saoudien Turki al-Maliki, a affirmé lundi que les Houthis n’avaient « pas encore changé de position » à ce sujet.

Ces préparatifs militaires se poursuivent alors que l’émissaire de l’ONU, Martin Griffiths, est revenu à Sanaa lundi, où il espère obtenir un accord des rebelles pour éviter des combats à Hodeida et son port, essentiel pour les importations de produits alimentaires et l’acheminement de l’aide humanitaire.

Ravagé par la guerre, le Yémen, un pays pauvre de la péninsule arabique, dépend des importations pour 90% de ses besoins en nourriture, et 70% de celles-ci passent par Hodeida.

M. Griffiths a indiqué la semaine dernière à la radio des Nations unies qu’il y avait une proposition sur la table consistant à impliquer l’organisation internationale dans la gestion du port de Hodeida.

Cette option signifierait que les Houthis cèdent le port mais gardent le contrôle de la ville. Elle a été rejetée avec force par les Emirats arabes unis, un pilier au sein des forces progouvernementales, et par le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi, qui siège à Aden (sud).

Yémen : les civils fuient les combats à Hodeida / © AFP / Cecilia SANCHEZ

– Bombardements malgré la pause –

La coalition anti-rebelles ne cesse d’accuser les Houthis d’utiliser le port pour introduire des armes en provenance d’Iran, ce que Téhéran dément, et de menacer la navigation en mer Rouge.

La pause décrétée par les Emirats dans les opérations militaires autour de Hodeida n’a par ailleurs pas empêché la poursuite de bombardements au sud de la ville.

Dimanche et lundi, 43 Houthis ont été tués dans des raids aériens sur les lignes de front au sud de Hodeida, ont indiqué des sources de l’hôpital Al-Alfi.

Selon des sources militaires, les positions des Houthis à Zabid, al-Tuhaita et Beit al-Faqih, trois villes au sud de Hodeida, ont été particulièrement visées par l’aviation de la coalition menée par l’Arabie saoudite, qui intervient depuis 2015 contre les rebelles au Yémen.

Près de Zabid, trois civils ont été tués et quatre autres blessés dans un raid aérien de la coalition visant des véhicules militaires des rebelles, ont indiqué des sources médicales.

Des témoins ont précisé que le véhicule des victimes a été touché alors qu’il circulait près d’un convoi des Houthis.

A l’ouest d’Al-Tuhaita, huit autres civils, dont quatre enfants, sont morts dans un tir de roquette attribué par des habitants aux rebelles.

Des sources médicales ont confirmé ces morts tandis que les habitants ont précisé qu’une maison avait été détruite par le tir.

Ces victimes portent à 483 le nombre de morts, dont 11 civils, dans la province de Hodeida depuis l’intensification de la campagne militaire de la coalition le 13 juin.

Depuis l’intervention en mars 2015 de cette coalition sous commandement saoudien, le conflit a fait près de 10.000 morts et provoqué « la pire crise humanitaire au monde », avec des millions de personnes au bord de la famine, selon l’ONU.

(©AFP / 03 juillet 2018 13h56)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Y-men-les-rebelles-Houthis-se-retranchent-Hodeida/933098.rom

Yémen – Les États-Unis donnent leur feu vert au génocide

Yémen – Les États-Unis donnent leur feu vert au génocide

Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 11 juin 2018

Le génocide au Yémen va commencer demain. Huit millions de Yéménites sont déjà au bord de la famine. Dix-huit millions de Yéménites sur vingt-six vivent dans le centre montagneux (en vert) qui est sous le contrôle des Houthis et de leurs alliés. Ils sont encerclés par les forces saoudiennes, les forces des Émirats arabes unis et leurs mercenaires. Il y a peu d’agriculture. La seule ligne d’approvisionnement en provenance de l’extérieur sera bientôt coupée. Les gens vont mourir de faim.

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Même avant la guerre, le Yémen importait 90% de son alimentation de base. Trois années de bombardements saoudiens/EAU ont détruit les infrastructures et la production locales. La guerre a déjà provoqué une famine massive et une grande épidémie de choléra. La côte yéménite est bloquée par les forces navales saoudiennes et américaines. Les seuls ravitaillements qui arrivent sont les livraisons de l’ONU et les livraisons commerciales par le port de Hodeidah sur la Mer Rouge (Al Hudaydah sur la carte).

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Les Émirats arabes unis lancent des mercenaires locaux et des gangs islamistes contre les Houthis et leurs alliés. Au cours des derniers mois, ces forces venues du sud ont remonté le long de la côte jusqu’à Hodeidah. Les combats sont féroces 

« De violents combats au Yémen entre les forces pro-gouvernementales et les rebelles chiites ont tué plus de 600 personnes des deux côtés au cours des derniers jours », ont déclaré lundi des responsables de la sécurité.

Demain, lorsque les médias seront occupés avec les photos du sommet Kim-Trump, les forces des Émirats arabes unis lanceront leur attaque contre la ville.

L’ONU, qui supervise la distribution de l’aide qui arrive à Hodeidah, a tenté de jouer les intermédiaires entre les parties :

L’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, s’est rendu dans la capitale des Émirats arabes unis au cours du week-end pour tenter d’empêcher une attaque. M. Griffiths avait conclu un accord avec les rebelles Houthis qui contrôlent Hodeidah pour permettre à l’ONU de gérer le port conjointement. Mais selon des sources bien informées, il y a peu de chance que les Émirats arabes unis acceptent l’offre ou retardent l’assaut prévu.

Les sources bien informées ne se sont pas trompées. L’ONU est en train d’évacuer son personnel :

« Lundi, l’ONU évacuait son personnel de la ville portuaire yéménite assiégée d’Al Hudaydah, après que des pays membres de l’ONU ont appris qu’une attaque des forces dirigées par les Émirats arabes unis était imminente, selon deux diplomates. » (…)

« Le Comité international de la Croix-Rouge a retiré son personnel de la ville pendant le week-end. » (…)

« Les diplomates de la région disent qu’ils croient que seule une pression accrue de Washington pourrait empêcher l’assaut. »

Les États-Unis, par l’intermédiaire de leur secrétaire d’État Pompeo, viennent de donner le feu vert aux Émirats arabes unis pour lancer leur attaque :

« Les États-Unis suivent de près l’évolution de la situation à Hudaydah, au Yémen. J’ai parlé avec les dirigeants émiratis et exprimé clairement notre désir de répondre à leurs préoccupations en matière de sécurité tout en préservant la libre circulation de l’aide humanitaire et des importations commerciales qui sauvent des vies. Nous attendons de toutes les parties qu’elles honorent leur engagement à travailler avec le Bureau de l’Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour le Yémen sur cette question, à soutenir un processus politique pour résoudre ce conflit, à assurer l’accès humanitaire au peuple yéménite et à tracer un avenir politique stable pour le Yémen. »

Ni les Émirats ni les Saoudiens n’ont intérêt à laisser entrer l’aide humanitaire. Ils sont absolument sans merci. Plus tôt aujourd’hui, ils ont bombardé un centre de traitement du choléra géré par Médecins sans frontières :

MSF Yémen @msf_yemen – 10:29 UTC – 11 juin 2018

« L’attaque de ce matin contre un centre de traitement du choléra @MSF à Abs par la coalition saoudienne et émiratie dénote un manque total de respect pour les installations médicales et les patients. Qu’elle soit intentionnelle ou que ce soit une bévue, c’est totalement inacceptable. »

La semaine dernière, les Saoudiens ont intentionnellement bombardé les installations du Conseil norvégien pour les réfugiés à Sanaa :

« Le CNR a fourni à toutes les parties du conflit, y compris à la Coalition dirigée par l’Arabie saoudite, les détails et les coordonnées de nos opérations afin d’assurer la sécurité de notre personnel. »

Hodeidah, avec ses 600 000 habitants et ses centaines de milliers de réfugiés, sera difficile à prendre. Aucun ravitaillement ne transitera par le port tant que le combat se poursuivra. Si les forces des Émirats arabes unis prennent le port, elles ne laisseront pas l’aide entrer dans les zones contrôlées par les Houthis. Il y aura une énorme famine, des centaines de milliers sinon des millions de personnes mourront.

Il serait facile pour l’administration de Trump d’arrêter l’attaque des Émirats arabes unis. Les forces spéciales américaines sont sur le terrain au Yémen, travaillant en étroite collaboration avec les forces des Émirats arabes unis. Les avions américains ravitaillent les bombardiers saoudiens et ceux des Émirats arabes unis. Les renseignements américains sont utilisés pour le ciblage. Les États-Unis fournissent les bombes. Sans le ravitaillement en vol des États-Unis, les chasseurs des Émirats arabes unis ne pourraient pas soutenir leurs forces au sol. Ils ne pourraient pas lancer d’attaque.

Dès le début, l’administration Trump est extrêmement proche des dirigeants israéliens, émiratis et saoudiens. Leur objectif commun est de contrer l’Iran. Mais l’Iran est peu impliqué au Yémen :

« Il est très exagéré de prétendre que l’Iran a beaucoup d’influence sur les Houthis. Bien que les Houthis reçoivent un certain soutien de la part de l’Iran, il s’agit surtout d’un soutien politique, avec une aide financière et militaire minimale. Cependant, depuis que les Houthis ont pris le contrôle de Sanaa, le groupe est de plus en plus souvent présenté comme étant ‘soutenu par l’Iran’ ou ‘chiite’, ce qui suggère souvent une relation sectaire avec la République islamique. Pourtant, avant les bouleversements de 2011, le terme ‘chiite’ n’était pas utilisé par les Yéménites pour désigner des groupes ou des individus yéménites. Les Houthis ne suivent pas la tradition du chiisme duodécimain prédominante en Iran, mais adhèrent au Zaydisme, qui dans la pratique est plus proche de l’islam sunnite, et n’a manifesté aucune solidarité avec d’autres communautés chiites. »

Les Saoudiens considèrent le Zaydisme comme un obstacle à leur influence au Yémen. Ils veulent contrôler le gouvernement yéménite. Les Émirats veulent contrôler le port d’Aden et les installations de stockage et de chargement du pétrole et du gaz du Yémen. L’administration Obama avait soutenu l’attaque saoudienne contre le Yémen pour que les Saoudiens acceptent l’accord nucléaire avec l’Iran. L’administration Trump soutient la guerre saoudo/UAE par ignorance. Elle croit au mythe iranien. Elle veut aussi vendre plus d’armes.

Des millions d’enfants et de civils paieront cette décision étasunienne de leur vie.

Traduction : Dominique Muselet

http://lesakerfrancophone.fr/yemen-les-etats-unis-donnent-leur-feu-vert-au-genocide

 

Yémen: violents combats près de Hodeida, l’ONU inquiète pour l’approvisionnement des civils

Yémen: violents combats près de Hodeida, l’ONU inquiète pour l’approvisionnement des civils

Une colonne de véhicules blindés de forces progouvernementales yéménites arrive dans la localité d’al-Douraïhimi, à quelque neuf km du port de la ville de Hodeida, tenue par les rebelles et cible d’une offensive, le 13 juin 2018 / © AFP / NABIL HASSAN

De violents combats ont fait 39 morts jeudi parmi les rebelles et les forces progouvernementales aux portes de Hodeida, dans l’ouest du Yémen, au deuxième jour de l’offensive qui vise cette importante ville portuaire et fait craindre une interruption de l’aide humanitaire.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a demandé que le port de la ville, par où transite l’essentiel des marchandises importées, reste ouvert pour éviter que s’aggrave une crise humanitaire déjà considérée comme la « pire au monde ».

Selon des sources militaires et médicales, les combats se sont déroulés à 2 kilomètres de l’entrée de l’aéroport de Hodeida, à la sortie sud de cette ville dont le port est crucial pour l’acheminement de l’aide humanitaire dans le pays.

« Nous ne sommes pas en train de nous approcher du port » et « nous n’avons pas l’intention de détruire l’infrastructure », a dit le ministre yéménite des Affaires étrangères Khaled Alyemany lors d’une conférence de presse à New York. « Nous sommes dans une zone proche de l’aéroport, mais pas du port. Le port est totalement en dehors des opérations, aujourd’hui », a-t-il insisté.

Trois hélicoptères d’assaut Apache de la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite en soutien au gouvernement yéménite sont intervenus notamment contre les insurgés, ont indiqué des sources militaires.

Les rebelles Houthis ont opposé, selon ces sources, une résistance farouche aux forces progouvernementales. Leurs tireurs embusqués ont tué ou blessé de nombreux soldats, selon des secouristes.

Dans ce contexte, le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi s’est rendu jeudi à Aden (sud), la capitale provisoire de l’autorité internationalement reconnue, lors de sa première visite publique dans le pays en guerre en plus d’un an.

Selon l’agence de presse officielle Saba, la visite de M. Hadi –qui vit en exil à Ryad– a pour but de « superviser » les opérations militaires dans la province de Hodeida.

Un correspondant de l’AFP à Al-Douraïhimi, au sud de l’aéroport de Hodeida, a vu des ambulances évacuer des morts et des blessés progouvernementaux et des renforts loyalistes se diriger vers la ligne de front.

Hodeida, port clé du Yémen / © AFP / Cecilia SANCHEZ

Selon le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), les habitants de Hodeida restent confinés chez eux alors que le bruit des bombardements semble de plus en plus proche.

– Port ouvert –

La coalition dirigée par Ryad intervient au Yémen depuis mars 2015 pour aider le pouvoir du président Hadi à stopper la progression des rebelles Houthis qui occupent de vastes régions dont la capitale Sanaa.

Dans cette guerre qui a fait près de 10.000 morts en plus de trois ans, la bataille de Hodeida est la plus importante depuis l’offensive de l’été 2015 qui avait permis aux forces progouvernementales de reprendre aux rebelles plusieurs régions du sud du pays dont Aden, la deuxième ville du pays.

Hodeida, grand port sur la mer Rouge, est le point d’entrée d’une bonne partie des importations et de l’aide humanitaire en territoire yéménite, et constitue un enjeu stratégique.

Le port reste ouvert en dépit de l’assaut, a indiqué à l’AFP son directeur Daoud Fadhel.

Mercredi, les Houthis ont affirmé via leur chaîne de télévision Al-Massirah avoir touché un navire de la coalition avec deux missiles au large de Hodeida. Cette information n’a pas pu être confirmée de source indépendante.

Cette coalition menée par Ryad a, elle, indiqué jeudi que la défense antiaérienne saoudienne avait intercepté dans le sud du royaume un missile balistique tiré d’une zone rebelle au Yémen. Aucune victime n’a été signalée.

Des hommes déchargent une cargaison d’aide humanitaire dans le port de Hodeida, au Yémen, le 27 janvier 2018 / © AFP/Archives / ABDO HYDER

– Appel de l’ONU –

A New York, le Conseil de sécurité de l’ONU a « répété son appel à laisser ouverts les ports de Hodeida et Salif », au nord de la ville de Hodeida, pour assurer la continuité de l’approvisionnement, a déclaré à l’issue d’une réunion de deux heures l’ambassadeur russe Vassily Nebenzia. Une proposition de la Suède, qui souhaitait que l’ONU appelle à la suspension immédiate des hostilités pour laisser une chance aux négociations sur un retrait des rebelles, n’a toutefois pas été retenue.

Auparavant, les deux piliers de la coalition –l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis– ont tenté d’apaiser les craintes sur l’aide humanitaire.

Des « ponts aérien, maritime et terrestre » ont été prévus pour assurer l’acheminement de cette aide, ont-ils affirmé mercredi à Ryad lors d’une conférence de presse conjointe d’Abdallah al-Rabeeah, qui dirige le Centre roi Salmane d’aide et de secours, et Rim al-Hachémi, ministre d’Etat émiratie à la Coopération internationale.

L’émissaire de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, a lui appelé à « la retenue » en soulignant être en contact avec « toutes les parties concernées pour négocier des arrangements ».

Il a reçu le « soutien vigoureux » du secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, pour qu’il amène « à la table des négociations toutes les parties du conflit », selon un porte-parole du Pentagone.

Mercredi, des ONG internationales ont estimé que l’assaut sur Hodeida « aurait probablement des conséquences catastrophiques sur la population civile », dans une lettre au président français Emmanuel Macron.

Elles ont dans ce contexte jugé « inconcevable » de maintenir une conférence humanitaire sur le Yémen prévue fin juin à Paris. Mais la France a réaffirmé son souhait de l’organiser.

(©AFP / 14 juin 2018 23h35)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Y-men-violents-combats-pr-s-de-Hodeida-l-ONU-inqui-te-pour-l-approvisionnement-des-civils/927788.rom

Moyen-Orient. L’Iran au cœur des tensions régionales

Moyen-Orient. L’Iran au cœur des tensions régionales

Par Pierre PAHLAVI, le 29 avril 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Professeur titulaire au Collège des forces canadiennes de Toronto (Ontario), Pierre Pahlavi est actuellement directeur du département de la sécurité et des affaires internationales et directeur adjoint du département des études de la défense. Egalement membre de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord de la Chaire Raoul-Dandurand, UQAM (Québec).

Le Moyen-Orient est une vraie poudrière et la situation plus délétère que jamais. Comment en est-on arrivé là et la guerre est-elle inévitable ?

La montée en puissance de l’Iran

PARMI les nombreuses raisons qui sous-tendent l’aggravation des tensions régionales, l’une des principales est la montée en puissance de la République islamique iranienne et son retour au centre de la scène régionale. Totalement isolé sur le plan diplomatique et marginalisé par ses capacités conventionnelles au sortir du conflit avec l’Irak (1980-1988), l’Iran du début des années 1990 adopte une stratégie multifacette et hybride qui lui a permis de progressivement s’enraciner au Liban, de satelliser la Syrie et de créer par ce biais une frontière virtuelle avec Israël. Durant cette période, son influence reste cependant cloisonnée par l’Irak de Saddam Hussein, le Conseil de coopération du Golfe (GCC) et le régime des Taliban [1]. Autant de cadenas que les Occidentaux font sauter dans les années 2000 en délogeant tour à tour Saddam et les Taliban et en permettant à l’Iran de développer son influence en Irak et en Afghanistan.

En 2011, le Printemps arabe offre de nouvelles opportunités d’expansion de la sphère d’influence iranienne en entraînant la chute des régimes arabes laïques et anti-iraniens et en favorisant l’éclosion de régimes mieux disposés à l’égard de Téhéran (c’est notamment le cas de l’Égypte de Mohamed Morsi). Le repli des Saoudiens, la bunkerisation des Israéliens et l’annonce, par le président B. Obama, de la volonté américaine de se désengager de la région pour se reconcentrer sur le fameux « pivot asiatique » offrent une marge de manœuvre accrue aux stratèges iraniens et un bac à sable considérablement élargi pour les Pasdarans désormais plus actif que jamais au Levant et en Mésopotamie mais également dans la péninsule arabique, en Afrique du Nord, à la pointe de l’Afrique et au Sahel.

L’accord nucléaire de 2015 vient couronner le tout en ouvrant la possibilité d’une réintégration de l’Iran au sein de l’échiquier régional et d’un rapprochement avec l’Occident. À partir de là, les observateurs n’hésitent plus à qualifier l’Iran de superpuissance régionale et à évoquer une « Pax iranica » pour décrire la nouvelle configuration de pouvoir au Moyen-Orient. Mais, en même temps que l’influence iranienne atteignait son paroxysme, une ligne rouge venait d’être franchie aux yeux des rivaux régionaux de l’Iran : Israël et les pétromonarchies arabes du GCC. Selon une logique de jeu à somme nulle, ces puissances estiment que tout gain de la partie iranienne s’accompagne nécessairement d’une perte sèche pour leurs propres intérêts. Très vite il devient urgent pour elles de contrecarrer le rapprochement irano-occidental et l’expansion de l’influence régionale de Téhéran.

Le point tournant : l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis

L’élection de Donald Trump (novembre 2016) rebat les cartes et amorce un revirement spectaculaire de la situation au détriment de la réintégration de l’Iran dans le concert des nations. Dès son investiture en janvier 2017, le nouveau locataire de la Maison-Blanche opère un virage à 180° en rompant le dialogue avec l’Iran et en amorçant un rapprochement avec Israël et l’Arabie Saoudite. Particulièrement hostile à l’égard de l’accord de 2015, Trump le « dé-certifie » en attendant, pensent les experts, de l’abroger, très prochainement, au cours de l’année 2018. Le ton de Washington à l’égard de Téhéran se durcit d’autant plus que l’on passe d’une administration « populiste » (début 2017), à une administration « conservatrice » (fin 2017), pour finir en avril 2017 avec une équipe de plus en plus néo-conservatrice composée d’individus comme M. Pompeo et J. Bolton qui ne cachent pas leur détestation du régime iranien, voire leur volonté de s’en débarrasser. À nouveau perçu comme un État voyou et – pire – comme une extension de l’impérialisme russe, l’Iran doit être neutralisé et cantonné à sa sphère d’influence pré-2011.

Sur le terrain, l’adoption de ce que l’on pourrait appeler la « doctrine Trump » s’accompagne d’un réalignement et d’une polarisation marquée de la configuration géopolitique. D’un côté, l’Iran et l’allié russe qui s’efforcent de consolider les positions acquises en Syrie et, dans une moindre mesure, en Irak à l’aide d’une stratégie hybride appuyée sur des proxies (Hezbollah et autres milices chiites ou pro-iraniennes). De l’autre, les puissances du GCC et Israël qui, forts du soutien désormais indéfectible de Washington, oscillent entre une politique d’endiguement de l’Iran et une stratégie de « rollback » plus appuyée. C’est dans ce contexte qu’il faut analyser l’escalade croissant de la tension régionale depuis le mois de juin 2017.

L’Arabie Saoudite change de ton… et bombarde au Yémen la minorité chiite des Houtis alliés de Téhéran

Relativement contenue jusqu’à l’élection de Trump, l’intransigeance saoudienne à l’égard de l’Iran s’exprime désormais au grand jour. D’abord, sous la forme d’une guerre des mots, le prince héritier Mohammed ben Salmane, étant allé récemment jusqu’à comparer le Guide suprême à Hitler et le régime islamique à l’Allemagne expansionniste des années 1930. Au-delà de la joute verbale, l’escalade des tensions entre Téhéran et Riyad est bien réelle depuis l’adoption de la « doctrine Trump » et la rupture avec le Qatar (2017). Jusqu’ici limitée au Yémen et à la Syrie, la rivalité entre la République islamique d’Iran et le Royaume wahhabite est manifeste aux quatre coins de l’échiquier régional.

Au cours des derniers mois, avec les tirs de missiles du Yémen vers l’Arabie saoudite attribués à la minorité chiite des Houtis alliés de Téhéran, la tension est montée d’un cran. Riyad est même allé jusqu’à parler de « déclaration de guerre iranienne contre l’Arabie saoudite ». Début avril 2018, une nouvelle étape a été franchie avec les attaques chimiques dans la Ghouta orientale imputées à l’axe Téhéran-Damas-Moscou. Riyad a même envisagé de participer aux frappes occidentales même si, au final, Washington, Londres et Paris ont jugé préférable de ne pas associer les Saoudiens aux raids du 14 avril 2018.

Israël semblent avoir fait le choix d’un « rollback » musclé

La détérioration des relations entre l’Iran et Israël est encore plus préoccupante : à plusieurs égards, les deux pays semblent sur une trajectoire de collision frontale. Aux griefs habituels (programme nucléaire et développement des missiles balistiques) s’ajoutent désormais la crainte israélienne suscitée par la présence des forces iraniennes et pro-iraniennes dans la Goutha et sur le plateau du Golan c’est-à-dire aux frontières de l’État hébreu. Le Corps des gardiens de la révolution, la force Qods et le Hezbollah libanais ont en effet stationné des commandements et déployés des unités combattantes le long des hauteurs orientales du Golan.

Pour Israël, il n’y a « qu’une seule raison » pour l’Iran de se positionner en Syrie, et c’est « de construire une rampe de lancement pour une attaque contre Israël ». Par ailleurs, les experts mettent en garde contre le « potentiel réel » d’une confrontation directe entre Israël et le Hezbollah qui pourrait entraîner l’Iran et entraîner la région dans un conflit ouvert. Traditionnellement limitée à une « Guerre froide » et clandestine par procuration, les relations israélo-iraniennes prennent de plus en plus la forme de frictions directes.

En fait, même s’ils ont le soutien de Washington, les Israéliens n’ont pas attendu de feu vert pour prendre l’initiative – à raison d’une par mois depuis le début de l’année 2018. En février 2018, un drone iranien ait été abattu dans l’espace aérien israélien et un avion de combat israélien a été touché par un tir antiaérien de la Syrie lorsqu’il attaquait une base iranienne. Israël a riposté en frappant une douzaine d’autres cibles en Syrie, dont quatre autres installations militaires iraniennes. En mars 2018, Israël a reconnu ouvertement qu’il avait bombardé un réacteur nucléaire présumé en Syrie en 2007 : un message à peine voilé à destination de Téhéran. En avril 2018, l’aviation israélienne a été accusée par Téhéran et Moscou d’avoir bombardé la base T4 – une base soupçonnée de servir à la force Qods pour coordonner l’action des milices pro-iraniennes dans la région de la Ghouta proche d’Israël (faisant des victimes iraniennes incluant un colonel des Pasdaran). Tous ces éléments laissent penser que, considérant la stratégie d’endiguement de l’Iran inefficace, les Israéliens semblent avoir fait le choix d’un « rollback » plus musclé.

L’Iran et ses alliés

Les rivaux de l’Iran ne sont pas les seuls à agiter le chiffon rouge : les alliés de l’Iran, la Russie ou le Hezbollah gardent toutes les options sur la table, même s’ils n’ont pas vraiment intérêt à un embrasement généralisé. « Si les vies des officiers russes sont menacées, les forces armées de la Fédération de Russie exerceront des représailles « , a déclaré le général Valery Gerasimov, chef d’état-major des forces armées russes. Beaucoup d’analystes s’accordent à penser que si la Russie devait choisir entre Jérusalem et Téhéran, elle opterait pour la seconde. Moscou n’irait certes pas jusqu’à frapper des cibles israéliennes mais le déploiement des systèmes de défense antiaérien S300 et de bombardiers stratégiques russes sur le sol iranien suggère que l’usage de la force n’est pas exclu le cas échéant.

Quant à la République iranienne, elle adopte une rhétorique de plus en plus guerrière vis-à-vis de l’administration Trump et de ses alliés régionaux. Au lendemain des attaques du 10 avril 2018 contre le camp T4, un représentant du Guide suprême a menacé de détruire Israël et de réduire les villes d’Haïfa et de Tel-Aviv en poussière. Plus récemment, le Guide suprême a lui-même qualifié les frappes occidentales du 14 avril 2018 de « crime grave » passible des pires châtiments. Pour sa part, le président Rohani a surenchéri en estimant que ces frappes allaient nécessairement entraîner une déstabilisation encore plus grande du complexe de sécurité régionale.

Mais ce sont les menaces du Hezbollah libanais et de son leader qui se sont avéré les plus virulentes. Pour Hassan Nasrallah les Israéliens « doivent savoir qu’ils ont commis une erreur historique, ils se sont mis eux-mêmes en combat direct avec l’Iran » en frappant la base aérienne T4, dans le centre de la Syrie. Sur les ondes d’ « Al-Manar TV », Nasrallah a qualifié les frappes occidentales d’agression contre toute la Umma et a menacé Israël de Guerre sainte. Pour de nombreux experts, c’est l’escalade des tensions entre les miliciens du Hezbollah et les forces israéliennes qui pourraient constituer « l’étincelle » susceptible d’embraser toute la région.

Une guerre possible mais pas inéluctable

Pour autant, la crise actuelle va-t-elle nécessairement déboucher sur un conflit ouvert entre les deux camps ? De prime abord, certains éléments n’incitent pas à l’optimisme. Comme les Balkans du début de XXe siècle, le Moyen-Orient est une véritable poudrière et, comme en 1914, le jeu des alliances pourrait déboucher vers un conflit régional voire mondial. Si un missile ou un obus de mortier du Hezbollah venait à frapper un jardin d’enfants ou un bus scolaire, cela se traduirait par d’importantes représailles israéliennes et, de là, on pourrait avoir une escalade vers une conflagration à grande échelle. De plus, le propre de ce type de rivalité « en zone grise » est le manque de clarté et de communication – ce qui laisse la place à des dérapages incontrôlés. Même avant ces incidents, l’International Crisis Group avait prévenu qu’une « guerre plus large ne pouvait être qu’une erreur de calcul ».

Cependant, plusieurs facteurs suggèrent au contraire qu’une conflagration régionale n’est pas inéluctable. D’abord, tous les protagonistes sont parfaitement conscients des dangers d’une spirale conflictuelle et des conséquences catastrophiques que pourrait avoir un affrontement direct. C’est pourquoi, ils se sont jusqu’à maintenant gardés de s’affronter directement en s’appuyant pour cela sur des proxies. Quand les forces spéciales américaines tuent des mercenaires russes, ce ne sont pas officiellement les États-Unis et la Russie qui s’affrontent. La manière dont ont été conduites les frappes du 14 avril 2018 et les précautions prises pour éviter les cibles russes et iraniennes sont symptomatiques de cette prudence occidentale. Malgré la rhétorique va-t-en-guerre de Trump, les Américains et leurs alliés européens sont réticents à s’embarquer dans un conflit qui pourrait déboucher sur la troisième guerre mondiale. Les spécialistes notent d’ailleurs une certaine confusion au sein des chancelleries occidentales et même une division à la Maison-Blanche entre les partisans de la manière forte et les réalistes.

Ensuite, il est permis de penser que ni Israël ni l’Iran ne veulent déclencher un conflit qui s’envenimerait et les engouffrerait dans un chaos régional. De fait, note Pierre Razoux, « Téhéran semble être entré dans une logique de consolidation de ses gains au Levant (Irak-Syrie-Liban) et non plus d’affrontement. C’est l’une des raisons qui incitent l’Iran à accepter une stratégie de dissuasion mutuelle avec Israël, chacun ayant intérêt à la stabilité régionale pour pousser au mieux et au plus vite ses intérêts énergétiques au Levant ».

Enfin, il faut garder à l’esprit que le rapport de force militaire entre l’Iran et ses rivaux régionaux est fondamentalement dissymétrique. Plus précisément, ce rapport de force est particulièrement désavantageux pour l’Iran sur le plan des capacités militaires conventionnelles. L’Iran possède plusieurs centaines de milliers d’hommes, mais n’a pas le matériel militaire de haute technologie pour accompagner leur déploiement. À l’inverse des Iraniens, les Saoudiens et les Israéliens ont accès à une technologie militaire dernier cri, mais, pour diverses raisons, n’ont pas les moyens et la légitimité requise pour déployer une force expéditionnaire à l’échelle régionale. Conscient de cette situation et les avantages qui peuvent en être tirés, l’Iran va donc tout faire pour essayer d’esquiver la confrontation directe avec ses rivaux en continuant à miser sur son approche hybride et asymétrique.

De sorte qu’une guerre ouverte, de type conventionnel, entre la République islamique et ses adversaires régionaux, bien que possible, demeure fort heureusement peu probable.

Copyright Avril 2018-Pahlavi/Diploweb.com


Pierre VERLUISE (dir.), « Histoire, Géographie et Géopolitique du Proche et du Moyen-Orient. Les dessous des cartes, enjeux et rapports de forces », éd. Diploweb, via Amazon, livre imprimé ou kindle.

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