Archives pour la catégorie YEMEN

Quel avenir pour l’alliance entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite ?

Quel avenir pour l’alliance entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite ?

L’alliance politico-stratégique entre l’Arabie saoudite et les États-Unis est au cœur du jeu géopolitique moyen-oriental, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. On peut même considérer, encore à l’heure actuelle, que c’est une des alliances les plus puissantes de la région. Pour autant, au cours des dernières décennies, elle a dû faire face à plusieurs crises de légitimité qui ont durablement ébranlé les bases sur lesquelles elle a été construite.

Mohammed bin Salam en manoeuvre sur un navire américain

La puissance stratégique d’un pacte économique et militaire

La relation entre la démocratie américaine et le royaume wahhabite est née du pacte de Quincy, signé entre le roi Ibn Saoud et le président Franklin Delano Roosvelt en 1945. Ce dernier prévoit qu’en échange de relations économiques privilégiés et d’un accès aux hydrocarbures saoudiens, les États-Unis s’engagent à protéger militairement la monarchie pétrolière. A partir de ce moment, les deux pays ont noué le partenariat le plus puissant de la région. Par son biais, l’Arabie saoudite s’est imposée comme une puissance régionale incontournable et a réaffirmé sa place sur la scène internationale.

Alors que 30% de la production mondiale du pétrole est produite dans le Golfe persique, dont un tiers par les saoudiens, les États-Unis ont ainsi pu s’assurer un contrôle stratégique des flux et sécuriser leurs importations. En contrepartie, la protection américaine réduit la vulnérabilité du royaume pétrolier face à ses voisins. Les nombreux accords économiques et les transferts de technologies ont aussi permis au pays de se développer considérablement. Ce sont sur des intérêts communs que repose principalement le pacte mais ces derniers ne sont pas infaillibles.

Le début du XXIème siècle a marqué la première rupture entre les américains et les saoudiens, avec les attentats du 11 septembre 2001. Ces évènements ont mis en lumière les relations troubles que pouvaient entretenir certains notables saoudiens avec des islamistes radicaux. Certains pouvaient être directement affiliés à Al-Qaida. D’ailleurs, sur 19 pirates de l’air, 14 étaient d’origine saoudienne. Pour pouvoir l’expliquer, il est nécessaire de rappeler que l’Arabie saoudite a été fondée sur l’application de la doctrine wahhabite, qui prône un islam rigoriste et l’application de la Charia. Il existe donc des similarités avec l’idéologie djihadiste qui ont favorisé son développement dans la Péninsule Arabique. Les Etats-Unis ont pris conscience à cette époque que l’exportation du wahhabisme, mis en place depuis les années 1970 par la famille Saoud, pourrait représenter un danger.

Néanmoins, cette crise n’a pas brisé la relation entre les deux alliés. Elle a même contribué à forger l’engagement des saoudiens dans la lutte contre le terrorisme, tant sur le plan sécuritaire qu’idéologique. Ostraciser le pays n’aurait pas été une solution efficace, chacun ayant besoin de l’autre pour lutter efficacement contre cette menace.

Une relation désormais marquée par le désengagement américain

L’arrivée au pouvoir du président Obama, en 2008, a marqué un tournant dans la politique extérieure menée au Moyen Orient. En effet, après le désastre de la guerre irakienne et ses conséquences dramatiques, le gouvernement démocrate a décidé d’éviter, le plus possible, de s’impliquer politiquement et militairement dans les conflits au Moyen Orient, et cela, au détriment de la position de son allié.

Après des décennies d’application d’une « diplomatie du chéquier », la stratégie diplomatique saoudienne a elle changé de cap en 2015, lorsqu’ils décidèrent d’intervenir militairement au Yémen. En ne soutenant pas clairement l’Arabie saoudite, le roi a considéré qu’Obama avait trahi le pacte de Quincy. Washington a préféré rester en retrait, n’ayant que très peu d’intérêts à défendre au Yémen et ne souhaitant pas s’associer directement aux conséquences humanitaires. Seul un soutien logistique et technique réduit leur est apporté.

Par ailleurs, le rapprochement initié avec l’Iran, débouchant sur la signature de l’accord sur le nucléaire, a été vécu comme un deuxième coup de poignard pour la famille royale. L’expansionnisme iranien est considéré comme la première menace à la stabilité du royaume. Le roi Salam a toujours pensé, dans ce sens, qu’il était de la responsabilité des américains d’essayer de l’endiguer.

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump en 2017 a permis de redistribuer les cartes. Ce dernier a replacé la lutte contre l’influence iranienne au cœur de ses priorités sécuritaires, au plus grand plaisir de la monarchie. En se retirant de l’accord et en imposant de nouvelles sanctions, le président a donné de nouveaux gages de confiance à son allié.  Pour autant, l’équilibre entre les deux pays reste durablement fragilisé. L’absence de valeurs communes pèse de plus en plus dans leur relation. Leur lien repose désormais principalement sur les centaines de milliards de dollars de contrats d’armement qui ont été signés.

Du reste, Donald Trump ne prévoit pas de renforcer sa présence militaire sur le terrain, bien au contraire. Le soutien qu’il a réitéré au prince héritier Mohammed bin Salam, malgré le retentissement de l’affaire Khashoggi, lui a valu un véritable camouflet politique dans son propre camp. De plus, la pression politique américaine contre la participation de Washington, directe ou indirecte, dans le conflit yéménite, est aussi de plus en plus forte. Cette position est donc difficilement tenable sur le long terme et des décisions devront être prises.

Néanmoins, le partenariat qui existe entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite continuera encore longtemps d’exister mais son modèle devra, à terme, être fondamentalement révisé. Un tel niveau d’interdépendance économique et politique, n’est plus viable pour l’un comme pour l’autre.

Le royaume wahhabite cherche déjà à forger de nouvelles alliances, même si elles ne remplaceront jamais la place américaine. Le prince hériter a su impulser une nouvelle politique nécessaire pour le pays mais elle n’en est pas pour autant progressiste. Au-delà de la monarchie pétrolière, c’est la stabilité de toute la région qui est en jeu.

Sources :

https://www.lesclesdumoyenorient.com/L-Arabie-saoudite-et-les-Etats-Unis-une-relation-sur-le-declin-Premiere-partie.html

https://www.lesclesdumoyenorient.com/L-Arabie-saoudite-et-les-Etats-Unis-une-relation-sur-le-declin-Deuxieme-Partie.html

Jacques-Jocelyn Paul, “Arabie saoudite, l’incontournable”, 18 janvier 2016, éditions Riveneuves

About Eva Martinelli

Diplômée d’un Master 2 en Relations internationales spécialité sécurité et défense de l’Université de Grenoble et l’ILERI, Eva s’est spécialisée sur l’étude des problématiques géopolitiques de la Péninsule Arabique, et plus particulièrement sur les enjeux du conflit Yéménite.
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L’ambassadeur du Maroc à Ryad aurait été retenu à Rabat

Photo de tours d’affaires dans le centre de la capitale saoudienne Ryad, prise le 5 novembre 2017 © AFP/Archives FAYEZ NURELDINE

Politique

L’ambassadeur du Maroc à Ryad aurait été retenu à Rabat

le 8 février 2019

Selon l’agence Associated Press, le Maroc aurait rappelé son ambassadeur à Riyad. Dans l’absence de toute communication officielle de la part de Rabat, nous ne pouvons pas savoir si M. l’ambassadeur est simplement retenu à Rabat, signifiant un mécontentement passager, ou si la crise est plus grave.

Un responsable du gouvernement marocain a déclaré jeudi que le Maroc ne participait plus aux interventions militaires ni aux réunions ministérielles au sein de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, précise AP. Le royaume avait en effet boycotté le 23 juin dernier une réunion des ministres de la Communication de la coalition arabe tenue à Jeddah, consacrée à l’examen des moyens visant à soutenir la « légitimité au Yémen ».

Dans une récente interview à Al Jazeera, Nasser Bourita avait déjà annoncé le gel de la participation marocaine aux opérations militaires au Yémen et son absence à deux réunions de la coalition. Mais il avait tempéré en affirmant qu’il y a d’autres manières de coopérer, évoquant la situation humanitaire au Yémen.

Rappelons également que le 30 janvier, la chaîne de télévision Al Arabiya a diffusé un reportage sur le Sahara marocain qui allait à l’encontre de la position officielle du Maroc, et de celle de Ryad jusqu’à présent.

LNT avec agences

https://lnt.ma/lambassadeur-maroc-a-ryad-aurait-ete-retenu-a-rabat/

Yémen : les Émirats arabes unis soupçonnés de livrer des armes occidentales aux milices

Sécurité

Yémen : les Émirats arabes unis soupçonnés de livrer des armes occidentales aux milices

06 février 2019 à 12h36 | Par Jeune Afrique avec AFP

Amnesty International a accusé ce mercredi les Émirats arabes unis, engagés militairement au Yémen, de fournir des armes de pointe d’origine occidentale à des milices yéménites, quelques heures après des inquiétudes exprimées sur ce sujet par un général américain.

Le général Joseph Votel, chef des forces américaines au Moyen-Orient, a fait part de ses préoccupations à des sénateurs après une enquête de la chaîne CNN, selon laquelle des équipements fournis par Washington à l’Arabie saoudite et aux Émirats avaient été utilisés par des milices au Yémen. Amnesty international a également publié une enquête dénonçant les accointances occidentales avec les pays du Golfe.

Des armes transférées à Al-Qaïda ?

Selon CNN, la coalition menée par l’Arabie saoudite a transféré des armes et des véhicules militaires fabriqués par les États-Unis à des combattants liés à Al-Qaïda, des milices salafistes radicales et d’autres groupes. « Nous prenons les allégations de mauvais usage d’équipement de défense d’origine américaine très au sérieux, et lancerons promptement des enquêtes une fois reçues des preuves crédibles », a déclaré Johnny Michael, un porte-parole du Pentagone. Le département d’État américain a dit chercher à obtenir des informations complémentaires.


>>> À LIRE : Yémen : nouvelles discussions entre gouvernement et rebelles sur un échange de prisonniers


« Nous attendons de tous les destinataires d’équipement de défense de fabrication américaine (…) qu’ils ne retransfèrent pas de l’équipement sans une autorisation préalable du gouvernement américain », a indiqué un porte-parole du département d’État. La coalition sous commandement saoudien qui combat les rebelles chiites Houthis au Yémen est composée de forces très hétéroclites, comprenant des soldats de l’armée yéménite et des groupes armés sunnites de diverses obédiences.

Des milices accusées de crimes de guerre

Dans un rapport publié mercredi, Amnesty International a également accusé les Émirats arabes unis, engagés militairement au Yémen, dénonçant l’implication de ce pays devenu un canal majeur de distribution de véhicules blindés, de systèmes de mortier, de fusils et de mitrailleuses. Autant d’armes qui seraient détournées illégalement vers d’innombrables milices qu’ils soutiennent et qui sont accusées de crimes de guerre. « Les Émirats arabes unis fournissent des armes occidentales à des milices sans se soucier des conséquences », dénonce l’ONG.

Les forces armées émiraties ne font que détourner des armes vers des milices qui sont connues pour commettre des crimes de guerre

« Les forces armées émiraties reçoivent des milliards de dollars d’armes provenant de pays occidentaux et d’autres sources, qu’elles ne font que détourner vers des milices au Yémen qui ne sont pas contrôlées et sont connues pour commettre des crimes de guerre. » Depuis mars 2015, les Émirats participent, aux côtés de l’Arabie saoudite, à la guerre au Yémen pour soutenir le gouvernement internationalement reconnu. Cette coalition combat des rebelles Houthis, soutenus par l’Iran et qui contrôlent de vastes régions, notamment la capitale Sanaa.


 >>> À LIRE : Yémen : la sale guerre de Mohamed Ben Salman


Les groupes qui reçoivent ces armes – y compris ceux qu’on appelle « Les Géants », la « Ceinture de sécurité » et les « Forces d’élite » – sont formés et financés par les Émirats, mais ne sont responsables devant aucun gouvernement, affirme Amnesty, basée à Londres. Certains d’entre eux sont accusés de graves violations des droits humains, notamment pendant l’offensive contre la ville portuaire de Hodeida (ouest), et dans le réseau de « prisons secrètes » appelées « sites noirs », soutenu par les Émirats dans le sud du Yémen et où des cas de torture ont été signalés, selon l’organisation.

Le conflit au Yémen a fait quelque 10 000 morts, en majorité des civils, depuis mars 2015, selon un bilan partiel de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais des ONG affirment que le nombre de victimes est largement supérieur, certaines citant un chiffre cinq fois plus élevé

Prévisions 2019 pour le Moyen-Orient

Prévisions 2019 pour le Moyen-Orient


Par Andrew Korybko – Le 31 décembre 2018 – Source orientalreview.org

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Dans la même dynamique qu’observée au cours des dernières années, la situation géopolitique du Moyen-Orient a connu de profonds changements au cours des 12 derniers mois. Par ordre d’importance, la région a connu le retour de sanctions unilatéralement imposées par les USA envers l’Iran ; les processus de paix en Syrie et au Yémen ont connu des progrès, encore superficiels, mais prometteurs ; la fracture régionale entre d’une part la Turquie et le Qatar et d’autre part l’Arabie saoudite et Israël a continué de croître ; et l’influence de la Russie, agissant comme force d’équilibre et de stabilité, s’est encore accrue. Nous allons à présent passer en revue l’influence que chacun de ces développements exercera sur la situation régionale au cours de l’année 2019.

Le théâtre romain de Palmyre, en Syrie

La situation en Iran risque de basculer vers une instabilité socio-économique prononcée si les USA n’étendent pas les dispenses de sanctions déjà accordées, et si les partenaires internationaux de la République Islamique freinent leurs échanges commerciaux avec ce pays via des canaux alternatifs, par peur de voir leurs entreprises subir des « sanctions subsidiaires » étasuniennes en répercussion. Ceci dit, l’Iran dispose déjà d’une solide expérience de survie aux sanctions économiques les plus sévères du monde, et pourrait de ce fait éviter une crise politique. Le point à surveiller est de voir si le pays décide de réorienter sa stratégie d’Asie de l’Ouest vers l’Asie centrale, et l’Asie du Sud-Est en réponse à ces pressions : un tel repositionnement géopolitique peut se produire très rapidement, si le pays considère que son influence au Machrek a atteint son apogée.

Cette refonte stratégique pourrait constituer l’un des ingrédients du processus de paix en Syrie, lui-même hautement simplifié par le projet de retrait étasunien, prévu dans les premiers mois de 2019. On pourrait voir la Russie « encourager » l’Iran à opérer un « retrait planifié », avec les honneurs, comme prochaine mesure de détente, ce qui constituerait un pari selon lequel il serait préférable de voir Israël reprendre ses bombardements sur les positions syriennes du Corps des gardiens de la révolution et du Hezbollah. Quant au Nord-Est de la Syrie, on ne saurait dire pour l’instant s’il va subir une occupation turque sur la durée, ou si des groupes « rebelles » soutenus par la Turquie vont y prendre position ; dans les deux cas, une solution politique « décentralisée » à définir reste sans doute inévitable, ce qui compliquerait la vie de l’Iran si le pays voulait maintenir une présence militaire en Syrie.

Si nos regards se portent au delà du Levant, vers la péninsule Arabique, le Yémen présente également des signes qui pourraient laisser présager un processus de paix, mais de manière bien plus lente qu’en Syrie : il s’agit d’un processus qui vient de commencer fin 2018. À l’instar de la République arabe, une solution politique « décentralisée » pourrait se voir mise en œuvre pour assurer la souveraineté régionale regagnée ces derniers temps par la région du Sud-Yémen, et afin de laisser s’auto-administrer dans une certaine mesure les Houthis du Nord-Yémen. Une telle sortie de crise aurait moins d’impact sur l’Iran que sur l’Arabie Saoudite, mais cette dernière semble avoir épuisé tant sa volonté politique et sa puissance de feu militaire que ses ressources financières, et se montrera sans doute disposée à adopter ce type de compromis (possiblement facilité par la Russie).

Pour ce qui concerne l’Arabie saoudite, elle travaille en tandem avec Israël, son allié – non officiel mais tout le monde l’a compris, pour « contenir » non seulement l’Iran, mais aussi – et c’est plus récent – la Turquie : chacun des deux membres du tandem a identifié cette dernière comme une menace sérieuse pour ses intérêts, pour des raisons différentes. Riyad est également en rivalité avec Doha, mais Tel Aviv n’est pas plus impliquée que cela dans la guerre froide du CCG. Dans tous les cas, un déshabillage simplifié de la région révèle que l’Arabie saoudite & Israël travaillent plus ou moins ensemble contre la Turquie et son allié qatari, dans une compétition à l’échelle du Moyen-Orient, c’est à dire de l’Est de la Méditerranée au golfe Persique, y compris la mer Rouge si l’on parle par exemple du Soudan.

Le Moyen-Orient, au vu de la vaste étendue de ces incertitudes, peut apparaître en premier regard comme la région la plus instable du monde à ce jour, mais le fait est que la stratégie d’« équilibrage » de la Russie a apporté un semblant de stabilité là où, sans cette influence, il n’y en aurait aucune. Moscou n’est pas en mesure de gérer seule le Moyen-Orient, mais peut se positionner – et l’a fait non sans une certaine réussite – comme intermédiaire neutre entre divers acteurs, ou à tout le moins en se comportant comme un pont entre eux. Ce positionnement russe constitue la constante la plus stable de la situation actuelle du Moyen-Orient, et il devrait jouer un rôle déterminant dans la sortie du guerre en Syrie – en soi l’un des événements les plus significatifs de la région depuis une génération – et sans doute également sur les autres dossier évoqués au long du présent article.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le Vendredi 28 décembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/previsions-2019-pour-le-moyen-orient

 

Pourparlers de paix en Suède : « Les chances du Yémen de sortir de la crise sont faibles »

Pourparlers de paix en Suède : « Les chances du Yémen de sortir de la crise sont faibles »

Les pourparlers inter-yéménites se sont ouverts jeudi 6 décembre en Suède.
Les pourparlers inter-yéménites se sont ouverts jeudi 6 décembre en Suède. REUTERS

Alors que pour la première fois depuis 2016, des pourparlers de paix inter-yéménites se sont ouverts jeudi en Suède, entre le gouvernement et les rebelles houthis, les observateurs estiment que les chances de percée sont minces.

Les pourparlers de paix au Yémen se sont ouverts, jeudi 6 décembre en Suède, entre le camp du président Abd Rabbo Mansour Hadi et les rebelles Houthis, sous l’égide du médiateur de l’ONU Martin Griffiths. Il s’agit des premières discussions entre les acteurs de la guerre du Yémen depuis la précédente tentative 2016, qui s’était soldée par un échec.

La seule présence de représentants du gouvernement yéménite, soutenu par l’Arabie saoudite, et d’une délégation de Houthis, les rebelles chiites qui contrôlent la capitale Sanaa et une partie du pays, autour d’une même table de négociations est perçue comme un exploit. Un tour de force à mettre au crédit du très expérimenté diplomate britannique Martin Griffiths, facilité par des concessions des deux bords en début de semaine, qui a laissé percer un mince espoir pour un pays dévasté par quatre années de guerre sur fond de crise humanitaire.

Yémen : « il n’y a plus de temps à perdre », estime Iolanda Jaquemet, porte-parole du CICR

« Il y a un certain espoir, et nous venons jusqu’ici en portant avec nous les attentes du peuple yéménite de mettre un terme au blocus et à l’agression contre notre pays concède Abdelmajid Hanache, membre de la délégation des Houthis en Suède, à France 24. Une fois que la confiance aura été instaurée, nous serons ouverts pour discuter tous les dossiers, qu’ils soient sécuritaires ou politiques, afin de ne laisser aucune justification possible à l’agression, et pour cela, nous sommes prêts à faire des concessions, à condition qu’elles ne remettent pas en cause la souveraineté de notre pays ».

De son côté, Martin Griffiths a évoqué dans la matinée une « opportunité unique » de ramener les belligérants sur le chemin de la paix, alors que la population yéménite n’a jamais été aussi proche de la famine, selon l’ONU. « Je ne veux pas me montrer trop optimiste mais je veux être très ambitieux », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

« D’accord pour discuter, mais pas pour céder »

Néanmoins, malgré un optimisme mesuré, il sera, du point de vue des experts de la région, très difficile de parvenir à court terme à un règlement politique. Les discussions en Suède ne sont d’abord destinées qu’à « instaurer la confiance » et « réduire la violence » sur le terrain.

« Il y a certainement des espoirs qui sont nourris du fait de ces pourparlers, qui étaient encore inimaginables il y a quelques semaines, même si les chances de sortir de la crise sont faibles, souligne Marc Goutalier, politologue et consultant à l’Observatoire des pays arabes, interrogé par France 24. Les belligérants sont d’accord là pour discuter, mais pas pour céder sur le plan politique ».

Pourparlers de paix sur le Yémen : « Une opportunité unique » pour l’ONU

Peu avant l’entame officielle des discussions jeudi matin, gouvernement et rebelles ont posé séparément des préalables à tout accord. Sur Twitter, le camp du président Abd Rabbo Mansour Hadi a exigé « le retrait intégral » des Houthis de la ville portuaire de Hodeïda (ouest), par où transite l’essentiel de l’aide humanitaire. De leur côté, les rebelles ont menacé d’empêcher les avions de l’ONU d’utiliser l’aéroport de Sanaa si les pourparlers en Suède n’aboutissent pas à la reprise du trafic aérien civil.

« Ces exigences sont une manière de mettre la pression d’entrée avant de négocier, il faut rester optimiste, même si nous ne sommes qu’au tout début du processus et qu’il n’est pas sûr que ces pourparlers en Suède sont les bons, décrypte Gilles Gauthier, ancien ambassadeur de France au Yémen (2066-2009). Cela risque de durer un certain temps, car entre le moment où la volonté de régler ce dossier commence à se manifester et le moment où les canons se tairont, il y a aura certainement encore plusieurs semaines ou plusieurs mois qui s’écouleront ».

Un avis que partage Elisabeth Kendall, chercheuse en études arabes et islamiques à l’Université d’Oxford (Pembroke College). « Il faut voir si les pourparlers vont dépasser le stade des mesures de confiance pour avancer vers une solution de paix, confie-t-elle à France 24. Je pense que cela sera difficile car, pour l’instant, il n’y aucune confiance entre les deux principaux belligérants. Pour rappel, le médiateur de l’ONU a dû monter dans le même avion que les Houthis en partance pour la Suède, car ces derniers craignaient de traverser l’espace aérien saoudien sans une sorte d’assurance-vie, c’est dire le niveau de confiance ».

La forte pression américaine exercée sur Riyad « est la clé de la solution »

Si les discussions s’annoncent difficiles, et risquent de ne pas déboucher sur des avancées concrètes, elles bénéficient cependant d’un contexte diplomatique favorable. Et notamment de la forte pression internationale exercée sur l’Arabie saoudite, à la tête de la coalition arabe qui soutient militairement le gouvernement yéménite contre les Houthis, depuis l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans son consulat d’Istanbul, début octobre. Alors que le prince héritier Mohammed Ben Salmane est implicitement pointé du doigt par les autorités turques dans l’affaire Khashoggi, l’image et la crédibilité de la pétromonarchie wahhabite est écornée à l’international.

« Ceux qui vont négocier en Suède vont être sous la pression de leurs parrains respectifs, surtout de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis pour le camp du gouvernement yéménite, analyse Marc Goutalier. Ce sont eux qui contrôleront la marge de manœuvre du pouvoir lors de ces négociations. Or il existe un lien direct entre ce qui se passe aujourd’hui en Suède et l’affaire Khashoggi, dans laquelle tout accuse Riyad ». Selon lui, l’Arabie saoudite, enlisée dans le conflit depuis mars 2015, est obligée de faire des concessions en raison des pressions occidentales, en particulier celle des États-Unis.

« La forte pression américaine exercée sur l’Arabie saoudite est la clé de la solution », estime également l’ancien ambassadeur Gilles Gauthier, auteur de « Entre deux rives, 50 ans de passion pour le monde arabe », (Éd. Lattès). « L’affaire Khashoggi permet à Washington de peser plus fortement sur Riyad, et d’un autre côté, les Saoudiens eux-mêmes se rendent comptent que cette guerre ne les mènera nulle part, et c’est pour cela que je pense que l’on va vers une solution ».

Même cas de figure du côté de Téhéran, qui soutient les rebelles Houthis et qui pourraient les inciter à faire eux-mêmes quelques concessions. « Les Iraniens peuvent aussi être enclins à lâcher du lest, pour montrer qu’ils sont de bonne volonté, affirme Marc Goutalier. Parce que l’Iran est de nouveau frappé par une sévère vague de sanctions américaines, et qu’elle a à cœur de jouer les bons les élèves sur la scène régionale afin de convaincre ses partenaires européens qu’elle peut stabiliser la région ».

 

https://www.france24.com/fr/20181206-yemen-pourparlers-paix-suede-chances-guerre-analyse-houthis-arabie-saoudite

Yémen du Sud, l’autre guerre civile ?

Yémen du Sud, l’autre guerre civile ?

Drapeau du Mouvement du Sud, groupe indépendantiste sudiste du Yémen

Alors que la bataille pour la ville d’Al Hodeidah, disputée entre loyalistes du gouvernement Hadi et milice Houthis retient l’attention internationale pour les risques de famine qu’elle entraine, un autre conflit latent a lieu dans le sud du Yémen.

Yémen du Nord et du Sud

Les XIX et XXème siècles marquent la formation des identités yéménites modernes. Alors que les Ottomans entament une administration directe du Vilayet-e Yemen (ouest du Yémen actuel et côte sud-ouest saoudienne), l’Imam Yahya et ses troupes zaydites (branches du chiisme), entrent en guerre d’insurrection contre la Porte à la fin du XIXème siècle. Cette période est parfois considérée comme une entreprise coloniale et une guerre de décolonisation. Durant la Première Guerre mondiale, ottomans et britanniques s’opposent au Yémen (comme dans toute la péninsule arabique), et en 1918 est créé le Royaume du Yémen, sous la dynastie de l’Imam Yahya. Les territoires d’Asir et Najran sont perdus au profit de l’Arabie Saoudite en 1934. Ce royaume du Yémen correspond au « Yémen du Nord ». Durant le XIXème siècle et jusqu’au milieu du XXème, les britanniques établissent des protectorats sur la côte sud de la péninsule arabique, avec comme point stratégique le port d’Aden. Ce protectorat d’Aden se divise ensuite en deux régions, la Fédération d’Arabie du Sud et le Protectorat d’Arabie du Sud, la première regroupant Aden et les territoires de l’ouest, le second incluant principalement la région d’Hadramaout .

En 1967, les britanniques se retirent de leurs protectorats, devenus un seul Etat (sous la pression à la fois britannique et des Nations Unies qui ne voulaient pas deux Etats séparés). La République Populaire du Yémen du Sud est proclamée le 30 novembre, dirigée par le Front de Libération National. Sa branche marxiste prend le pouvoir et fait du Yémen du Sud le premier et seul Etat arabe officiellement marxiste, rebaptisé en 1970, République Démocratique et Populaire du Yémen. Suite aux crises politiques et éruptions de violence, le « Yémen du Sud » se réunifie avec le « Yémen du Nord » en 1990.

Marginalisation croissante du sud

Le nouvel Etat, dirigé par le nordiste Ali Abdallah Saleh, devait être démocratique (le premier du monde arabe). Pourtant, très tôt, deux groupes sociaux sont mis à l’écart, les sudistes et les zaydites. L’inclusion du Yémen du Sud change la démographie du pays, où les sunnites prennent une majorité conséquente, au détriment des zaydites. Pourtant, l’ex Yémen du Nord représente les deux-tiers de la population, et le Sud est donc sous représenté d’un point de vue démographique. D’un point de vue politique, mais aussi économique, les deux groupes sont marginalisés par le clan Saleh, qui favorise l’implantation du salafisme et des Frères Musulmans.

Le Yémen réunifié a pris une décision politique catastrophique dès sa naissance : le choix de la neutralité dans la crise entre l’Irak et le Koweit. L’Arabie Saoudite a fait payer le prix fort au Yémen avec l’expulsion de tous les travailleurs yéménites présents dans le royaume. Dans un pays déjà pauvre, le chômage a explosé, les transferts de fonds ont chuté et le pays a sombré dans la crise économique. C’est dans cette situation chaotique que, dès 1994, certains groupes sudistes, déçus de l’Etat réunifié, entrent en lutte armée contre le régime de Sanaa. Le 21 mai 1994, le Sud proclame son indépendance sous le nom de République démocratique du Yémen, mais n’obtient pas de reconnaissance internationale. Dès juillet 1994, la victoire de l’armée du Nord semble évidente et les cadres sudistes tombent en exil. Le sud est encore plus marginalisé par la suite, les groupes appelant à la sécession se font d’autant plus influents.

Les sudistes dans la guerre aujourd’hui

Suite à la révolution arabe de 2011, le Sud pouvait espérer plus de liberté. En 2014, les affrontements éclatent à nouveau entre la milice Houthis et le gouvernement internationalement reconnu du président Hadi (héritier du gouvernement Saleh). Les Houthis poussent jusqu’à Aden mais ne peuvent prendre la ville ; ils tiennent néanmoins une grande partie du Yémen occidental, c’est à dire la région la plus riche et la plus peuplée. La contre-offensive des forces loyalistes a permis quelques victoires. Toutefois, les forces loyalistes sont une armée très hétéroclite, incluant des groupes proches des Frères Musulmans, d’autres proches des salafistes, certaines proches du clan Hadi, via des alliances politiques ou tribales, et des groupes sudistes. Une fois la menace houthie écartée, les gouverneurs locaux créent un conseil des provinces du sud, allié du gouvernement Hadi. Celui-ci limoge le gouverneur d’Aden, à l’origine de l’initiative. Un conflit politique, qui va jusqu’à une confrontation armée à Aden, en 2017, bloque la coalition loyaliste. Finalement, le Conseil de Transition du Sud (CTS) se forme bel et bien mais reconnaît l’autorité de Hadi.

L’autorité du gouvernement Hadi sur les territoires « libérés » reste fragile. Le CTS est par ailleurs officiesuement soutenu par les Emirats Arabes Unis. Ceux-ci préfèrent soutenir le camp sudiste qu’une coalition qui inclut des Frères Musulmans, plus grande crainte d’Abou Dabi. Les Emirats ont même stationné plusieurs soldats sur l’île de Socotra (alliée au sud), ce que le gouvernement Hadi a dénoncé. De leur côté, les Sudistes peuvent faire pression sur les forces loyalistes, comme elles l’ont fait en 2017, en refusant de participer à la guerre contre les Houthis si leurs revendications ne sont pas reconnues. La coalition internationale ayant besoin des Sudistes, soutenus par les Emirats qui obtiennent les meilleurs résultats sur le terrain, le CTS est donc en position de force.

De plus, le CTS semble aujourd’hui être une coalition forte. Contrairement au Yémen du Sud qui était largement centrée sur Aden, le CTS inclus les gouverneurs de Socotra et d’Hadramaout, plus éloignés, ce qui démontre la possibilité d’un véritable projet commun. Rappelons par ailleurs que c’est dans le désert d’Hadramaout que se trouvent de nombreuses bases de Daesh et d’Al Qaida au Yémen. Aujourd’hui, faire le pari du sud pour stabiliser une grande partie du sud de la péninsule arabique, peut sembler être une bonne option. Le gouvernement Hadi n’a finalement que peu de marge de manœuvre, hormis la légitimité que lui donne la coalition internationale. L’avenir du Yemen est plus que compromis et la menace d’un retour à une stabilité dans le pays pourrait aussi paradoxalement venir du Sud alors que tout l’attention est aujourd’hui principalement fixée sur l’affrontement entre les Houthis et la coalition arabe.

Bibliographie

BONNEFOY L., Yémen, de l’Arabie heureuse à la guerre

BOXBERGER L., Hadhrami Politics 1888-1967: Conflicts of Identity and Interest

DUPONT A., MAYEUR-AJOUEN C., VERDEIL C., Histoire du Moyen-Orient du XIXème siècle à nos jours

TETART F., La péninsule arabique, cœur géopolitique du Moyen-Orient

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/37889-yemen-du-sud-lautre-guerre-civile

Yémen: la coalition demande la fin des ravitaillements en vol américains

Yémen: la coalition demande la fin des ravitaillements en vol américains

Un Boeing KC-135 ravitailleur durant des manoeuvres de l’Otan à la base de Starokostyantyniv, Ukraine, le 12 octobre 2018nThe large-scale air force exercises with the United States and other NATO countries « Clear Sky 2018 », which will run until October 19, are being held in western Ukraine. Some 700 troops are taking part, half of them from NATO member countries including the United States, Britain, the Netherlands, Poland and Romania. US aircraft including F-15C Eagle fighter planes, Boeing KC-135 air refueling tanker, C-130J Super Hercules military transport planes and drones will train with about 30 Ukrainian aircraft. / © AFP/Archives / Genya SAVILOV

La coalition sous direction saoudienne qui combat les rebelles Houthis au Yémen a annoncé samedi qu’elle avait demandé aux Etats-Unis de cesser leurs opérations de ravitaillement en vol de ses avions et qu’elle était désormais en mesure d’assurer elle-même ce ravitaillement.

Le Pentagone a aussitôt approuvé cette annonce, qui intervient alors que des parlementaires américains, aussi bien républicains que démocrates, réclamaient avec insistance que les Etats-Unis mettent immédiatement fin à leurs opérations de ravitaillement des avions de la coalition saoudienne opérant au Yémen.

C’est l’agence de presse officielle saoudienne SPA qui a annoncé ce développement. « Récemment, le Royaume et la Coalition ont accru leur capacité de mener indépendamment le ravitaillement en vol au Yémen », a indiqué SPA.

« En conséquence, en consultation avec les Etats-Unis, la Coalition a demandé la cessation du soutien au ravitaillement en vol pour ses opérations au Yémen », a annoncé l’agence.

L’Arabie saoudite et l’ensemble de la coalition qui soutient les forces loyales au président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi « cherchent continuellement à améliorer leur professionnalisme militaire et leur autosuffisance », a expliqué SPA.

Les Etats-Unis ont rapidement réagi.

« Nous soutenons la décision du Royaume d’Arabie saoudite, après des consultations avec le gouvernement américain, d’utiliser les capacités militaires propres de la Coalition pour effectuer les ravitaillements en vol en soutien de ses opérations au Yémen », a déclaré dans un communiqué le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis.

Le Washington Post, citant des sources proches du dossier, avait affirmé quelques heures plus tôt que la décision de cesser les ravitaillements en vol américains de la coalition avait d’ores et déjà été prise par les Etats-Unis, qui mettaient ainsi fin à leur soutien le plus concret à la coalition saoudienne en trois ans de conflit

– Une aide controversée –

Cette aide, déjà critiquée à Washington, était devenue encore plus controversée depuis le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, imputé à de hauts responsables du royaume et qui a terni l’image de Ryad.

Des parlementaires américains, démocrates comme républicains, ont exigé que Washington prenne des mesures « immédiates », « y compris en mettant fin au ravitaillement des avions de la coalition saoudienne », faute de quoi ils menaçaient de faire adopter des mesures au Sénat.

Les sénateurs Jeanne Shaheen et Todd Young avaient publié un communiqué en ce sens vendredi peu avant la parution de l’article du Washington Post. « Nous attendons que Ryad s’engage de bonne foi et avec urgence dans des négociations pour mettre fin à la guerre civile », écrivaient ces élus des deux bords politiques.

Le Pentagone et la coalition se sont exprimés sur la perspective de négociations en vue d’un règlement du conflit.

« Le commandement de la Coalition exprime l’espoir que les prochaines négociations sous l’égide de l’ONU dans un pays tiers conduiront à un règlement négocié », a indiqué SPA.

– Pourparlers éventuels –

Après l’échec en septembre d’une médiation de l’ONU, la coalition a annoncé la reprise de l’assaut sur le port stratégique de Hodeida, dans l’ouest du Yémen, qui s’est intensifié à partir du 1er novembre.

La bataille pour reprendre Hodeida aux rebelles qui contrôlent la ville menace les efforts de paix des Etats-Unis et de l’ONU qui espère pouvoir convoquer des pourparlers d’ici la fin de l’année.

La coalition, indique l’agence SPA, « espère voir la fin de l’agression des milices Houthis soutenues par l’Iran contre le peuple yéménite et contre des pays de la région, notamment la menace des missiles balistiques et des drones ».

Le Pentagone a lui aussi évoqué de prochaines négociations. « Nous sommes tous concentrés sur le soutien à une résolution du conflit, menée par l’envoyé spécial de l’ONU Martin Griffith », a déclaré Jim Mattis dans son communiqué.

« Les Etats-Unis et la coalition prévoient de collaborer au renforcement des forces yéménites légitimes pour défendre le peuple yéménites, sécuriser les frontières de leur pays, et contribuer à contrer les efforts d’Al-Qaïda et de l’ISIS au Yémen et dans la région », a ajouté le secrétaire américain à la Défense, utilisant l’acronyme anglais pour l’organisation jihadiste Etat islamique (EI).

Les combats pour le contrôle de Hodeida ont été particulièrement meurtriers vendredi, avec une forte résistance des rebelles Houthis qui tentent par tous les moyens de ralentir la progression des forces progouvernementales soutenues par la coalition.

(©AFP / (10 novembre 2018 06h33)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Y-men-la-coalition-demande-la-fin-des-ravitaillements-en-vol-am-ricains/970153.rom

Assassinat de Khashoggi : le pire est à venir

Assassinat de Khashoggi : le pire est à venir


Par George Galloway – Le 24 octobre 2018 – Source RT

La nouvelle 1 que des « parties défigurées du visage et du corps » de Khashoggi auraient été retrouvées dans le jardin du consulat saoudien à Istanbul, sonne la fin de la récréation pour les collaborateurs occidentaux de la dictature tyrannique arabe.

Après Khashoggi lui-même, le principal perdant du meurtre le plus répugnant d’Istanbul est le président américain Donald Trump – comme je l’avais prédit ici il y a des semaines. Sa déclaration selon laquelle la couverture saoudienne était « crédible » a suscité les moqueries du reste du monde par son côté « Lady MacBeth », et l’a ridiculisé. Le comportement de son propre « prince héritier » – son gendre Jared Kushner – a été plus vénal que digne d’un opéra-comique.

Comme je l’avais prédit, bien que la famille Clinton ait largement profité des largesses saoudiennes, les démocrates et leurs vastes soutiens médiatiques ont fait de l’assassinat de Khashoggi leur nouveau casus belli, en lieu et place du « Russiagate » en perte de vitesse (en fait les mêmes personnes qui, ces deux dernières années, ont inondé les ondes américaines de haine russophobe ont levé les mains au ciel, horrifiées, quand Trump – le pantin de Poutine, rappelez-vous – a annoncé une course aux armes nucléaires contre la Russie).

D’Uber à Facebook, de JP Morgan à Virgin, des dizaines de sociétés et personnalités ont renoncé à aller au « Davos du désert » et le royaume « est en crise » comme vient de le reconnaître publiquement le ministre saoudien de l’Énergie.

Tout cela va de soi et on peut facilement prédire la fin du règne aussi court que brutal et meurtrier du Caligula saoudien qui a tué des milliers de personnes au Yémen, en Syrie, et même en Arabie saoudite.

En Occident, c’est comme si on allumait tout à coup la lumière et qu’on voyait les cafards s’enfuir à toute vitesse. Nulle part ce spectacle n’est aussi abject qu’au Royaume-Uni.

Dans les années 1980, j’ai été envoyé en mission parlementaire en Arabie saoudite, sous la direction de Sir Francis Pym, qui a ensuite reçu le titre de Lord, un grand Tory qui fut ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, avant que cette fonction ne se dégrade du fait de la médiocrité et du manque évident de classe de ses occupants. Il y avait des tensions entre les Britanniques et les Saoudiens qui menaçaient de perturber le contrat d’armement extrêmement lucratif et très crapuleux d’Al Yamamamah.

« De la pommade, mon cher, de la pommade », voilà notre mission, m’a dit Sir Francis. Nous devons les couvrir de pommade. « Il n’est pas question de s’excuser…  je ne m’excuserai pas », a-t-il ajouté (je le répète, à l’époque, c’était la grande classe), les enduire d’une bonne couche de pommade, voilà notre feuille de route.

Nous avons rencontré le roi saoudien de l’époque et la plupart des princes importants ; Sir Francis était un maître dans sa partie. Il ne s’est jamais excusé, mais il leur a mis beaucoup, beaucoup de pommade. Cela a marché, et le sale business de traire les vieux idiots au pouvoir à Riyad a repris.

Bien sûr, les profits britanniques n’avaient rien de comparables avec le butin des États-Unis, et la différence entre les deux n’a fait que croître pendant les trente années suivantes. L’autre différence est que, maintenant, ce ne sont plus seulement les fusils, mais le beurre, la technologie, les médias, les films, les loisirs (qui savait que Disneyland était un parc de loisir saoudien ?) et le tourisme.

En réalité, des milliers de médias occidentaux et leurs petites mains ont été corrompus par l’or saoudien. Toutes sortes de think tanks, d’« instituts », et même le Musée d’histoire naturelle de Grande-Bretagne, recevaient de l’argent de la Maison des Saoud. La malchance a voulu que, la nuit même où la musique s’est arrêtée avec le meurtre d’un chroniqueur du Washington Post et le démembrement de son corps, l’ambassade saoudienne organisait une soirée dans l’une des augustes salles de ce Musée.

L’ironie du fait que le Royaume créationniste 2 choisisse de siroter des cocktails sans alcool dans la maison que Charles Darwin a construite, n’a pas échappé à grand monde. Les journaux et les magazines qui s’étaient engraissés ouvertement et secrètement grâce au sponsoring saoudien, à coup de revenus publicitaires et autres arrangements entre amis sont maintenant choqués ! Choqués ! Comme le chef de la police de Vichy corrompu qui « découvre » qu’il y a des tables de jeux au Rick’s Café de Humphrey Bogart dans le film Casablanca.

Personne n’a retourné sa veste aussi vite que le chef des relations publiques du prince héritier saoudien en occident, Thomas Friedman du New York Times.

Lors de son apparition avec Christiane Amanpour de CNN, Friedman a semblé au bord de la dépression nerveuse. Avoir gaspillé des dizaines de milliers de mots pour un criminel comme Mohammed bin Salman ! Il ne faut rien regretter Tom, tu as été bien payé pendant tout le temps que ça a duré !

Comme Oscar Wilde l’a dit à propos de la scène de lit de mort dans La petite Nell de Charles Dickens – « Il faudrait avoir un cœur de pierre pour ne pas rire. »

Mais le plus dévastateur a été la corruption dans la classe politique elle-même, et on en entendra bientôt parler.

Lorsque le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn a déposé une motion plus tôt dans l’année pour faire cesser les ventes d’armes britanniques à l’Arabie saoudite en attendant une enquête sur l’utilisation de ces armes dans la guerre sanglante contre le Yémen, la motion aurait très bien pu passer, si plus de 100 députés travaillistes de son propre camp ne s’étaient pas rendus coupables de trahison. Des députés travaillistes gays se sont rangés dans le camp de ceux qui jettent les gays du haut des immeubles. Des députés travaillistes féministes se sont rangés dans le camp de ceux qui ne reconnaissent aucun droit aux femmes. Tous ces démocrates ont soutenu l’absence désertique de liberté et de démocratie. Je n’ai pas compris et je me suis posé des questions sur l’ampleur du soutien saoudien au sein des députés du Parti travailliste. Je pense que tout s’éclairera bientôt.

Car cette histoire n’a pas fini de faire des vagues.

Pour l’heure, les « Gardiens des deux saintes mosquées », pour donner aux rois saoudiens leur titre du vendredi 3, sont occupés à effacer le visage de Jamal Khashoggi, un homme qui a peut-être légèrement critiqué la politique saoudienne, mais qui a soutenu l’armée de coupeurs de têtes financée par les Saoudiens en Syrie, jusqu’à l’instant même où sa propre tête a été arrachée de ses épaules. Cet homme qui a écrit un éditorial du Washington Post intitulé « Il est temps de diviser la Syrie » a lui-même été divisé en plusieurs parties par les instigateurs de la division avortée de la Syrie.

Même Shakespeare n’aurait pas pu écrire une pareille histoire.

George Galloway a été membre du Parlement britannique pendant presque 30 ans. Il anime des émissions de TV and de radio (y-compris sur RT). Il est cinéaste, écrivain et un orateur renommé.

Traduction : Dominique Muselet

Notes

  1. Maintenant démentie
  2. Le créationnisme est la croyance religieuse selon laquelle une création divine est responsable de la vie et de l’univers, s’opposant généralement au consensus scientifique qui soutient une origine naturelle au moyen de l’évolution du vivant fondé sur la sélection naturelle (Wikipédia)
  3. Jour de la prière dans l’Islam

 

http://lesakerfrancophone.fr/assassinat-de-khashoggi-le-pire-est-a-venir

Après le meurtre de Kashoggi, Washington appelle à la fin de la guerre au Yémen

International

Après le meurtre de Kashoggi, Washington appelle à la fin de la guerre au Yémen

le 31 octobre 2018

Les Etats-Unis ont appelé mardi à la fin de la guerre au Yémen, demandant notamment que cessent les frappes aériennes de la coalition menée par l’Arabie saoudite, un changement de ton après le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Washington, qui réclame l’ouverture de négociations de paix d’ici 30 jours, estime toutefois toujours que le premier pas doit être fait par les rebelles Houthis soutenus par l’Iran chiite, bête noire commune des Américains et de leurs alliés sunnites soudiens.

Le message a été relayé par le ministre de la Défense Jim Mattis puis par le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

S’ils n’ont fait aucune référence directe à la mort du journaliste critique de Ryad, qui a terni l’image du royaume et fait naître de lourds soupçons sur le rôle du prince héritier Mohammed ben Salmane, cette nouvelle fermeté américaine intervient dans un contexte où l’administration de Donald Trump est sous pression du Congrès pour prendre ses distances avec l’Arabie saoudite.

« L’heure est maintenant à la fin des hostilités, ce qui inclut les tirs de missiles et de drones venant de zones contrôlées par les Houthis vers le royaume d’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis », a déclaré Mike Pompeo dans un communiqué.

« Les frappes aériennes de la coalition doivent ensuite cesser dans toutes les zones peuplées du Yémen », a-t-il ajouté.

Jim Mattis a plaidé pour le même enchaînement, appelant « tout le monde » à rejoindre la « table de négociations sur la base d’un cessez-le-feu » qui verrait d’abord un retrait des rebelles Houthis de la frontière avec l’Arabie saoudite, « puis un arrêt des bombardements » de la coalition arabe.

L’arrêt des hostilités permettra à l’émissaire des Nations unies pour le Yémen, le Britannique Martin Griffiths, de « réunir » les différentes parties « en Suède », a poursuivi le chef du Pentagone.

– Crise humanitaire –

« Nous devons faire ça d’ici 30 jours (…) et je pense que l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sont prêts », a-t-il ajouté au cours d’une conférence à Washington, après avoir rencontré plusieurs dirigeants arabes le week-end dernier en marge du Dialogue de Manama, une rencontre annuelle sur la sécurité à Bahrein.

Mike Pompeo a aussi demandé de premières consultations sous l’égide de l’émissaire de l’ONU « en novembre dans un pays tiers » pour évoquer notamment « la démilitarisation des frontières et la concentration de toutes les armes lourdes sous le contrôle d’observateurs internationaux ».

La dernière tentative de Martin Griffiths d’organiser des pourparlers de paix, en septembre à Genève, s’était soldée par un échec, en l’absence des Houthis.

La guerre, qui a fait quelque 10.000 morts et engendré la pire crise humanitaire actuelle dans le monde selon l’ONU, oppose des forces pro-gouvernementales aux rebelles soutenus par l’Iran, qui se sont emparés en 2014 et 2015 de vastes régions du Yémen dont Sanaa, la capitale. En mars 2015, la coalition sous commandement saoudien est intervenue en soutien des forces loyalistes.

L’armée américaine fournit une aide logistique à l’Arabie saoudite et aux Emirats, et partage des renseignements avec ces alliés-clés.

Mais face aux accusations de frappes aveugles et de bavures de la part de Ryad, qui ont coûté la vie à des centaines de civiles, l’administration Trump était déjà sous pression du Congrès pour inciter les Saoudiens à rentrer dans le rang voire pour réduire leur soutien militaire.

Après le meurtre de Jamal Khashoggi, le 2 octobre dans le consulat saoudien à Istanbul, cette pression s’est accrue, d’autant que la crise frappant le royaume a des répercussions internationales.

Si les Etats-Unis, comme la France, excluent de cesser de vendre des armes à Ryad, l’Allemagne a, elle, choisi d’arrêter ses exportations d’armements. En revanche, le changement de ton de Washington sur la guerre au Yémen fait écho aux propos de la ministre française des Armées Florence Parly, qui a estimé mardi qu’il était « plus que temps » que ce conflit « cesse ».

LNT avec AFP

https://lnt.ma/apres-meurtre-de-kashoggi-washington-appelle-a-fin-de-guerre-yemen/

Au travers de l’Érythrée et des EAU, la Russie se tourne vers la Corne de l’Afrique

Au travers de l’Érythrée et des EAU, la Russie se tourne vers la Corne de l’Afrique


Par Andrew Korybko – Le 10 septembre 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoSergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russes, a salué les relations de son pays avec l’Érythrée et a fait part au monde des projet de Moscou d’y construire un centre logistique.

C’est à Sotchi, au cours d’une conférence de presse tenue à l’issue de leur rencontre bilatérale, qu’il a pris la parole aux côtés de son homologue érythréen, et indiqué que les discussions avaient notamment porté sur la construction de couloirs de transports régionaux, d’oléoducs, et d’ouvrir un département russophone dans l’une des universités d’Asmara. Lavrov a également déclaré que les sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies contre l’Érythrée, imposées en 2009 après des rapports indiquant que le pays soutenait Al-Shaabab en Somalie, devraient à présent être levées. Il a félicité l’Érythrée pour l’ensemble de ses actions ces derniers mois en faveur de la paix dans la région, et pour son rapprochement rapide de l’Éthiopie, qui a complètement modifié la situation géopolitique de la corne de l’Afrique.

Avec plus de recul, la Russie semble très désireuse de faire de l’Érythrée sa passerelle vers le géant régional que constitue l’Éthiopie, deuxième pays africain en population, et son économie à croissance rapide. Le rapprochement entre Érythrée et Éthiopie verra Addis Abeba diversifier ses accès au reste du monde, s’affranchissant de sa dépendance historique de Djibouti en la matière, si bien que l’on peut également s’attendre à voir le rôle de l’Érythrée croître en importance en termes de connectivité. Les investissements que la Russie entend mener en Érythrée montrent en outre le sérieux de sa démarche de « pivot vers l’Afrique » et la réalité de son désir d’établir une présence dans la région de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique, suite aux bruits qui courent de l’offre qui lui aurait été faite d’ouvrir une base navale au Soudan voisin, et d’autres échos non confirmés qui auraient signalé qu’elle étudiait également la possibilité d’en ouvrir une dans la région dissidente du Somaliland.

Un autre point à garder à l’esprit est que les Émirats arabes unis (EAU) constituent le premier partenaire international de l’Érythrée, et sont responsables non seulement d’avoir rompu l’isolement international du pays en y construisant une base soutenant la guerre contre le Yémen, mais également pour le rôle de facilitateur qu’ils ont joué dans le rapprochement entre Érythrée et Éthiopie. Abou Dabi constitue donc un pouvoir transrégional en croissance, qui cultive en même temps des liens plus forts que jamais avec Moscou, les deux parties ayant signé une Déclaration officielle de partenariat stratégique début juin, à l’issue de la rencontre dans la capitale russe entre le prince de la couronne Mohammed Bin Zayed et le président Poutine. Les liens entre la Russie et les Émirats vont donc converger en Érythrée, et possiblement également même en Éthiopie peu après.

Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe a rencontré Osman Saleh, ministre des Affaires étrangères érythréen, le 31 août 2018, à Sochi, en Russie

Loin des regards, le partenariat stratégique russo-émirati se montre étonnamment solide, sans le moindre conflit d’intérêt entre les deux parties dans la corne de l’Afrique. Les deux pays ont conclu un accord de défense de quasiment 2 milliards de dollars en février 2017, et se sont engagés à coopérer dans les sphères de la cybersécurité et de l’énergie. En outre, la pompe à pétrole des émirats s’intéresse aux voitures et motos électriques russes, ainsi qu’à la marque Aurus de berlines de luxe, popularisée il y a peu par le président Poutine. En fait, la coopération entre Russie et Émirats promet littéralement de monter plus haut que le ciel, Moscou se préparant à propulser prochainement les cosmonautes de son partenaire jusqu’à la station spatiale internationale.

Somme toute, l’importance stratégique des relations entre Russie et Érythrée réside dans le potentiel qu’elles présentent, non seulement pour faciliter le « pivot vers l’Afrique » de Moscou dans la corne de l’Afrique, notablement en Éthiopie, mais également en ce qu’elles vont renforcer le partenariat déjà fluide et solide entre la Russie et les EAU, au travers du pays du tiers monde dans lequel ils ont tant d’intérêts en commun. Et une concrétisation réussie du concept selon lequel une coopération russo-émirati apporte des dividendes concrets et positifs dans d’autres pays comme l’Érythrée pourrait également ouvrir la porte à Abu Dabi pour inviter Moscou au Sud-Yémen, où les Russes exerçaient une influence à l’ère soviétique, ce qui pourrait permettre à la Russie de contribuer à la reconstruction de la société, ravagée par la guerre, et de consolider sa présence stratégique dans la région de la mer Rouge et du golfe d’Aden.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 7 septembre 2018

 

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/au-travers-de-lerythree-et-des-eau-la-russie-se-tourne-vers-la-corne-de-lafrique