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Prévisions 2019 pour le Moyen-Orient

Prévisions 2019 pour le Moyen-Orient


Par Andrew Korybko – Le 31 décembre 2018 – Source orientalreview.org

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Dans la même dynamique qu’observée au cours des dernières années, la situation géopolitique du Moyen-Orient a connu de profonds changements au cours des 12 derniers mois. Par ordre d’importance, la région a connu le retour de sanctions unilatéralement imposées par les USA envers l’Iran ; les processus de paix en Syrie et au Yémen ont connu des progrès, encore superficiels, mais prometteurs ; la fracture régionale entre d’une part la Turquie et le Qatar et d’autre part l’Arabie saoudite et Israël a continué de croître ; et l’influence de la Russie, agissant comme force d’équilibre et de stabilité, s’est encore accrue. Nous allons à présent passer en revue l’influence que chacun de ces développements exercera sur la situation régionale au cours de l’année 2019.

Le théâtre romain de Palmyre, en Syrie

La situation en Iran risque de basculer vers une instabilité socio-économique prononcée si les USA n’étendent pas les dispenses de sanctions déjà accordées, et si les partenaires internationaux de la République Islamique freinent leurs échanges commerciaux avec ce pays via des canaux alternatifs, par peur de voir leurs entreprises subir des « sanctions subsidiaires » étasuniennes en répercussion. Ceci dit, l’Iran dispose déjà d’une solide expérience de survie aux sanctions économiques les plus sévères du monde, et pourrait de ce fait éviter une crise politique. Le point à surveiller est de voir si le pays décide de réorienter sa stratégie d’Asie de l’Ouest vers l’Asie centrale, et l’Asie du Sud-Est en réponse à ces pressions : un tel repositionnement géopolitique peut se produire très rapidement, si le pays considère que son influence au Machrek a atteint son apogée.

Cette refonte stratégique pourrait constituer l’un des ingrédients du processus de paix en Syrie, lui-même hautement simplifié par le projet de retrait étasunien, prévu dans les premiers mois de 2019. On pourrait voir la Russie « encourager » l’Iran à opérer un « retrait planifié », avec les honneurs, comme prochaine mesure de détente, ce qui constituerait un pari selon lequel il serait préférable de voir Israël reprendre ses bombardements sur les positions syriennes du Corps des gardiens de la révolution et du Hezbollah. Quant au Nord-Est de la Syrie, on ne saurait dire pour l’instant s’il va subir une occupation turque sur la durée, ou si des groupes « rebelles » soutenus par la Turquie vont y prendre position ; dans les deux cas, une solution politique « décentralisée » à définir reste sans doute inévitable, ce qui compliquerait la vie de l’Iran si le pays voulait maintenir une présence militaire en Syrie.

Si nos regards se portent au delà du Levant, vers la péninsule Arabique, le Yémen présente également des signes qui pourraient laisser présager un processus de paix, mais de manière bien plus lente qu’en Syrie : il s’agit d’un processus qui vient de commencer fin 2018. À l’instar de la République arabe, une solution politique « décentralisée » pourrait se voir mise en œuvre pour assurer la souveraineté régionale regagnée ces derniers temps par la région du Sud-Yémen, et afin de laisser s’auto-administrer dans une certaine mesure les Houthis du Nord-Yémen. Une telle sortie de crise aurait moins d’impact sur l’Iran que sur l’Arabie Saoudite, mais cette dernière semble avoir épuisé tant sa volonté politique et sa puissance de feu militaire que ses ressources financières, et se montrera sans doute disposée à adopter ce type de compromis (possiblement facilité par la Russie).

Pour ce qui concerne l’Arabie saoudite, elle travaille en tandem avec Israël, son allié – non officiel mais tout le monde l’a compris, pour « contenir » non seulement l’Iran, mais aussi – et c’est plus récent – la Turquie : chacun des deux membres du tandem a identifié cette dernière comme une menace sérieuse pour ses intérêts, pour des raisons différentes. Riyad est également en rivalité avec Doha, mais Tel Aviv n’est pas plus impliquée que cela dans la guerre froide du CCG. Dans tous les cas, un déshabillage simplifié de la région révèle que l’Arabie saoudite & Israël travaillent plus ou moins ensemble contre la Turquie et son allié qatari, dans une compétition à l’échelle du Moyen-Orient, c’est à dire de l’Est de la Méditerranée au golfe Persique, y compris la mer Rouge si l’on parle par exemple du Soudan.

Le Moyen-Orient, au vu de la vaste étendue de ces incertitudes, peut apparaître en premier regard comme la région la plus instable du monde à ce jour, mais le fait est que la stratégie d’« équilibrage » de la Russie a apporté un semblant de stabilité là où, sans cette influence, il n’y en aurait aucune. Moscou n’est pas en mesure de gérer seule le Moyen-Orient, mais peut se positionner – et l’a fait non sans une certaine réussite – comme intermédiaire neutre entre divers acteurs, ou à tout le moins en se comportant comme un pont entre eux. Ce positionnement russe constitue la constante la plus stable de la situation actuelle du Moyen-Orient, et il devrait jouer un rôle déterminant dans la sortie du guerre en Syrie – en soi l’un des événements les plus significatifs de la région depuis une génération – et sans doute également sur les autres dossier évoqués au long du présent article.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le Vendredi 28 décembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/previsions-2019-pour-le-moyen-orient

 

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Pourparlers de paix en Suède : « Les chances du Yémen de sortir de la crise sont faibles »

Pourparlers de paix en Suède : « Les chances du Yémen de sortir de la crise sont faibles »

Les pourparlers inter-yéménites se sont ouverts jeudi 6 décembre en Suède.
Les pourparlers inter-yéménites se sont ouverts jeudi 6 décembre en Suède. REUTERS

Alors que pour la première fois depuis 2016, des pourparlers de paix inter-yéménites se sont ouverts jeudi en Suède, entre le gouvernement et les rebelles houthis, les observateurs estiment que les chances de percée sont minces.

Les pourparlers de paix au Yémen se sont ouverts, jeudi 6 décembre en Suède, entre le camp du président Abd Rabbo Mansour Hadi et les rebelles Houthis, sous l’égide du médiateur de l’ONU Martin Griffiths. Il s’agit des premières discussions entre les acteurs de la guerre du Yémen depuis la précédente tentative 2016, qui s’était soldée par un échec.

La seule présence de représentants du gouvernement yéménite, soutenu par l’Arabie saoudite, et d’une délégation de Houthis, les rebelles chiites qui contrôlent la capitale Sanaa et une partie du pays, autour d’une même table de négociations est perçue comme un exploit. Un tour de force à mettre au crédit du très expérimenté diplomate britannique Martin Griffiths, facilité par des concessions des deux bords en début de semaine, qui a laissé percer un mince espoir pour un pays dévasté par quatre années de guerre sur fond de crise humanitaire.

Yémen : « il n’y a plus de temps à perdre », estime Iolanda Jaquemet, porte-parole du CICR

« Il y a un certain espoir, et nous venons jusqu’ici en portant avec nous les attentes du peuple yéménite de mettre un terme au blocus et à l’agression contre notre pays concède Abdelmajid Hanache, membre de la délégation des Houthis en Suède, à France 24. Une fois que la confiance aura été instaurée, nous serons ouverts pour discuter tous les dossiers, qu’ils soient sécuritaires ou politiques, afin de ne laisser aucune justification possible à l’agression, et pour cela, nous sommes prêts à faire des concessions, à condition qu’elles ne remettent pas en cause la souveraineté de notre pays ».

De son côté, Martin Griffiths a évoqué dans la matinée une « opportunité unique » de ramener les belligérants sur le chemin de la paix, alors que la population yéménite n’a jamais été aussi proche de la famine, selon l’ONU. « Je ne veux pas me montrer trop optimiste mais je veux être très ambitieux », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

« D’accord pour discuter, mais pas pour céder »

Néanmoins, malgré un optimisme mesuré, il sera, du point de vue des experts de la région, très difficile de parvenir à court terme à un règlement politique. Les discussions en Suède ne sont d’abord destinées qu’à « instaurer la confiance » et « réduire la violence » sur le terrain.

« Il y a certainement des espoirs qui sont nourris du fait de ces pourparlers, qui étaient encore inimaginables il y a quelques semaines, même si les chances de sortir de la crise sont faibles, souligne Marc Goutalier, politologue et consultant à l’Observatoire des pays arabes, interrogé par France 24. Les belligérants sont d’accord là pour discuter, mais pas pour céder sur le plan politique ».

Pourparlers de paix sur le Yémen : « Une opportunité unique » pour l’ONU

Peu avant l’entame officielle des discussions jeudi matin, gouvernement et rebelles ont posé séparément des préalables à tout accord. Sur Twitter, le camp du président Abd Rabbo Mansour Hadi a exigé « le retrait intégral » des Houthis de la ville portuaire de Hodeïda (ouest), par où transite l’essentiel de l’aide humanitaire. De leur côté, les rebelles ont menacé d’empêcher les avions de l’ONU d’utiliser l’aéroport de Sanaa si les pourparlers en Suède n’aboutissent pas à la reprise du trafic aérien civil.

« Ces exigences sont une manière de mettre la pression d’entrée avant de négocier, il faut rester optimiste, même si nous ne sommes qu’au tout début du processus et qu’il n’est pas sûr que ces pourparlers en Suède sont les bons, décrypte Gilles Gauthier, ancien ambassadeur de France au Yémen (2066-2009). Cela risque de durer un certain temps, car entre le moment où la volonté de régler ce dossier commence à se manifester et le moment où les canons se tairont, il y a aura certainement encore plusieurs semaines ou plusieurs mois qui s’écouleront ».

Un avis que partage Elisabeth Kendall, chercheuse en études arabes et islamiques à l’Université d’Oxford (Pembroke College). « Il faut voir si les pourparlers vont dépasser le stade des mesures de confiance pour avancer vers une solution de paix, confie-t-elle à France 24. Je pense que cela sera difficile car, pour l’instant, il n’y aucune confiance entre les deux principaux belligérants. Pour rappel, le médiateur de l’ONU a dû monter dans le même avion que les Houthis en partance pour la Suède, car ces derniers craignaient de traverser l’espace aérien saoudien sans une sorte d’assurance-vie, c’est dire le niveau de confiance ».

La forte pression américaine exercée sur Riyad « est la clé de la solution »

Si les discussions s’annoncent difficiles, et risquent de ne pas déboucher sur des avancées concrètes, elles bénéficient cependant d’un contexte diplomatique favorable. Et notamment de la forte pression internationale exercée sur l’Arabie saoudite, à la tête de la coalition arabe qui soutient militairement le gouvernement yéménite contre les Houthis, depuis l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans son consulat d’Istanbul, début octobre. Alors que le prince héritier Mohammed Ben Salmane est implicitement pointé du doigt par les autorités turques dans l’affaire Khashoggi, l’image et la crédibilité de la pétromonarchie wahhabite est écornée à l’international.

« Ceux qui vont négocier en Suède vont être sous la pression de leurs parrains respectifs, surtout de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis pour le camp du gouvernement yéménite, analyse Marc Goutalier. Ce sont eux qui contrôleront la marge de manœuvre du pouvoir lors de ces négociations. Or il existe un lien direct entre ce qui se passe aujourd’hui en Suède et l’affaire Khashoggi, dans laquelle tout accuse Riyad ». Selon lui, l’Arabie saoudite, enlisée dans le conflit depuis mars 2015, est obligée de faire des concessions en raison des pressions occidentales, en particulier celle des États-Unis.

« La forte pression américaine exercée sur l’Arabie saoudite est la clé de la solution », estime également l’ancien ambassadeur Gilles Gauthier, auteur de « Entre deux rives, 50 ans de passion pour le monde arabe », (Éd. Lattès). « L’affaire Khashoggi permet à Washington de peser plus fortement sur Riyad, et d’un autre côté, les Saoudiens eux-mêmes se rendent comptent que cette guerre ne les mènera nulle part, et c’est pour cela que je pense que l’on va vers une solution ».

Même cas de figure du côté de Téhéran, qui soutient les rebelles Houthis et qui pourraient les inciter à faire eux-mêmes quelques concessions. « Les Iraniens peuvent aussi être enclins à lâcher du lest, pour montrer qu’ils sont de bonne volonté, affirme Marc Goutalier. Parce que l’Iran est de nouveau frappé par une sévère vague de sanctions américaines, et qu’elle a à cœur de jouer les bons les élèves sur la scène régionale afin de convaincre ses partenaires européens qu’elle peut stabiliser la région ».

 

https://www.france24.com/fr/20181206-yemen-pourparlers-paix-suede-chances-guerre-analyse-houthis-arabie-saoudite

Yémen du Sud, l’autre guerre civile ?

Yémen du Sud, l’autre guerre civile ?

Drapeau du Mouvement du Sud, groupe indépendantiste sudiste du Yémen

Alors que la bataille pour la ville d’Al Hodeidah, disputée entre loyalistes du gouvernement Hadi et milice Houthis retient l’attention internationale pour les risques de famine qu’elle entraine, un autre conflit latent a lieu dans le sud du Yémen.

Yémen du Nord et du Sud

Les XIX et XXème siècles marquent la formation des identités yéménites modernes. Alors que les Ottomans entament une administration directe du Vilayet-e Yemen (ouest du Yémen actuel et côte sud-ouest saoudienne), l’Imam Yahya et ses troupes zaydites (branches du chiisme), entrent en guerre d’insurrection contre la Porte à la fin du XIXème siècle. Cette période est parfois considérée comme une entreprise coloniale et une guerre de décolonisation. Durant la Première Guerre mondiale, ottomans et britanniques s’opposent au Yémen (comme dans toute la péninsule arabique), et en 1918 est créé le Royaume du Yémen, sous la dynastie de l’Imam Yahya. Les territoires d’Asir et Najran sont perdus au profit de l’Arabie Saoudite en 1934. Ce royaume du Yémen correspond au « Yémen du Nord ». Durant le XIXème siècle et jusqu’au milieu du XXème, les britanniques établissent des protectorats sur la côte sud de la péninsule arabique, avec comme point stratégique le port d’Aden. Ce protectorat d’Aden se divise ensuite en deux régions, la Fédération d’Arabie du Sud et le Protectorat d’Arabie du Sud, la première regroupant Aden et les territoires de l’ouest, le second incluant principalement la région d’Hadramaout .

En 1967, les britanniques se retirent de leurs protectorats, devenus un seul Etat (sous la pression à la fois britannique et des Nations Unies qui ne voulaient pas deux Etats séparés). La République Populaire du Yémen du Sud est proclamée le 30 novembre, dirigée par le Front de Libération National. Sa branche marxiste prend le pouvoir et fait du Yémen du Sud le premier et seul Etat arabe officiellement marxiste, rebaptisé en 1970, République Démocratique et Populaire du Yémen. Suite aux crises politiques et éruptions de violence, le « Yémen du Sud » se réunifie avec le « Yémen du Nord » en 1990.

Marginalisation croissante du sud

Le nouvel Etat, dirigé par le nordiste Ali Abdallah Saleh, devait être démocratique (le premier du monde arabe). Pourtant, très tôt, deux groupes sociaux sont mis à l’écart, les sudistes et les zaydites. L’inclusion du Yémen du Sud change la démographie du pays, où les sunnites prennent une majorité conséquente, au détriment des zaydites. Pourtant, l’ex Yémen du Nord représente les deux-tiers de la population, et le Sud est donc sous représenté d’un point de vue démographique. D’un point de vue politique, mais aussi économique, les deux groupes sont marginalisés par le clan Saleh, qui favorise l’implantation du salafisme et des Frères Musulmans.

Le Yémen réunifié a pris une décision politique catastrophique dès sa naissance : le choix de la neutralité dans la crise entre l’Irak et le Koweit. L’Arabie Saoudite a fait payer le prix fort au Yémen avec l’expulsion de tous les travailleurs yéménites présents dans le royaume. Dans un pays déjà pauvre, le chômage a explosé, les transferts de fonds ont chuté et le pays a sombré dans la crise économique. C’est dans cette situation chaotique que, dès 1994, certains groupes sudistes, déçus de l’Etat réunifié, entrent en lutte armée contre le régime de Sanaa. Le 21 mai 1994, le Sud proclame son indépendance sous le nom de République démocratique du Yémen, mais n’obtient pas de reconnaissance internationale. Dès juillet 1994, la victoire de l’armée du Nord semble évidente et les cadres sudistes tombent en exil. Le sud est encore plus marginalisé par la suite, les groupes appelant à la sécession se font d’autant plus influents.

Les sudistes dans la guerre aujourd’hui

Suite à la révolution arabe de 2011, le Sud pouvait espérer plus de liberté. En 2014, les affrontements éclatent à nouveau entre la milice Houthis et le gouvernement internationalement reconnu du président Hadi (héritier du gouvernement Saleh). Les Houthis poussent jusqu’à Aden mais ne peuvent prendre la ville ; ils tiennent néanmoins une grande partie du Yémen occidental, c’est à dire la région la plus riche et la plus peuplée. La contre-offensive des forces loyalistes a permis quelques victoires. Toutefois, les forces loyalistes sont une armée très hétéroclite, incluant des groupes proches des Frères Musulmans, d’autres proches des salafistes, certaines proches du clan Hadi, via des alliances politiques ou tribales, et des groupes sudistes. Une fois la menace houthie écartée, les gouverneurs locaux créent un conseil des provinces du sud, allié du gouvernement Hadi. Celui-ci limoge le gouverneur d’Aden, à l’origine de l’initiative. Un conflit politique, qui va jusqu’à une confrontation armée à Aden, en 2017, bloque la coalition loyaliste. Finalement, le Conseil de Transition du Sud (CTS) se forme bel et bien mais reconnaît l’autorité de Hadi.

L’autorité du gouvernement Hadi sur les territoires « libérés » reste fragile. Le CTS est par ailleurs officiesuement soutenu par les Emirats Arabes Unis. Ceux-ci préfèrent soutenir le camp sudiste qu’une coalition qui inclut des Frères Musulmans, plus grande crainte d’Abou Dabi. Les Emirats ont même stationné plusieurs soldats sur l’île de Socotra (alliée au sud), ce que le gouvernement Hadi a dénoncé. De leur côté, les Sudistes peuvent faire pression sur les forces loyalistes, comme elles l’ont fait en 2017, en refusant de participer à la guerre contre les Houthis si leurs revendications ne sont pas reconnues. La coalition internationale ayant besoin des Sudistes, soutenus par les Emirats qui obtiennent les meilleurs résultats sur le terrain, le CTS est donc en position de force.

De plus, le CTS semble aujourd’hui être une coalition forte. Contrairement au Yémen du Sud qui était largement centrée sur Aden, le CTS inclus les gouverneurs de Socotra et d’Hadramaout, plus éloignés, ce qui démontre la possibilité d’un véritable projet commun. Rappelons par ailleurs que c’est dans le désert d’Hadramaout que se trouvent de nombreuses bases de Daesh et d’Al Qaida au Yémen. Aujourd’hui, faire le pari du sud pour stabiliser une grande partie du sud de la péninsule arabique, peut sembler être une bonne option. Le gouvernement Hadi n’a finalement que peu de marge de manœuvre, hormis la légitimité que lui donne la coalition internationale. L’avenir du Yemen est plus que compromis et la menace d’un retour à une stabilité dans le pays pourrait aussi paradoxalement venir du Sud alors que tout l’attention est aujourd’hui principalement fixée sur l’affrontement entre les Houthis et la coalition arabe.

Bibliographie

BONNEFOY L., Yémen, de l’Arabie heureuse à la guerre

BOXBERGER L., Hadhrami Politics 1888-1967: Conflicts of Identity and Interest

DUPONT A., MAYEUR-AJOUEN C., VERDEIL C., Histoire du Moyen-Orient du XIXème siècle à nos jours

TETART F., La péninsule arabique, cœur géopolitique du Moyen-Orient

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/37889-yemen-du-sud-lautre-guerre-civile

Yémen: la coalition demande la fin des ravitaillements en vol américains

Yémen: la coalition demande la fin des ravitaillements en vol américains

Un Boeing KC-135 ravitailleur durant des manoeuvres de l’Otan à la base de Starokostyantyniv, Ukraine, le 12 octobre 2018nThe large-scale air force exercises with the United States and other NATO countries « Clear Sky 2018 », which will run until October 19, are being held in western Ukraine. Some 700 troops are taking part, half of them from NATO member countries including the United States, Britain, the Netherlands, Poland and Romania. US aircraft including F-15C Eagle fighter planes, Boeing KC-135 air refueling tanker, C-130J Super Hercules military transport planes and drones will train with about 30 Ukrainian aircraft. / © AFP/Archives / Genya SAVILOV

La coalition sous direction saoudienne qui combat les rebelles Houthis au Yémen a annoncé samedi qu’elle avait demandé aux Etats-Unis de cesser leurs opérations de ravitaillement en vol de ses avions et qu’elle était désormais en mesure d’assurer elle-même ce ravitaillement.

Le Pentagone a aussitôt approuvé cette annonce, qui intervient alors que des parlementaires américains, aussi bien républicains que démocrates, réclamaient avec insistance que les Etats-Unis mettent immédiatement fin à leurs opérations de ravitaillement des avions de la coalition saoudienne opérant au Yémen.

C’est l’agence de presse officielle saoudienne SPA qui a annoncé ce développement. « Récemment, le Royaume et la Coalition ont accru leur capacité de mener indépendamment le ravitaillement en vol au Yémen », a indiqué SPA.

« En conséquence, en consultation avec les Etats-Unis, la Coalition a demandé la cessation du soutien au ravitaillement en vol pour ses opérations au Yémen », a annoncé l’agence.

L’Arabie saoudite et l’ensemble de la coalition qui soutient les forces loyales au président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi « cherchent continuellement à améliorer leur professionnalisme militaire et leur autosuffisance », a expliqué SPA.

Les Etats-Unis ont rapidement réagi.

« Nous soutenons la décision du Royaume d’Arabie saoudite, après des consultations avec le gouvernement américain, d’utiliser les capacités militaires propres de la Coalition pour effectuer les ravitaillements en vol en soutien de ses opérations au Yémen », a déclaré dans un communiqué le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis.

Le Washington Post, citant des sources proches du dossier, avait affirmé quelques heures plus tôt que la décision de cesser les ravitaillements en vol américains de la coalition avait d’ores et déjà été prise par les Etats-Unis, qui mettaient ainsi fin à leur soutien le plus concret à la coalition saoudienne en trois ans de conflit

– Une aide controversée –

Cette aide, déjà critiquée à Washington, était devenue encore plus controversée depuis le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, imputé à de hauts responsables du royaume et qui a terni l’image de Ryad.

Des parlementaires américains, démocrates comme républicains, ont exigé que Washington prenne des mesures « immédiates », « y compris en mettant fin au ravitaillement des avions de la coalition saoudienne », faute de quoi ils menaçaient de faire adopter des mesures au Sénat.

Les sénateurs Jeanne Shaheen et Todd Young avaient publié un communiqué en ce sens vendredi peu avant la parution de l’article du Washington Post. « Nous attendons que Ryad s’engage de bonne foi et avec urgence dans des négociations pour mettre fin à la guerre civile », écrivaient ces élus des deux bords politiques.

Le Pentagone et la coalition se sont exprimés sur la perspective de négociations en vue d’un règlement du conflit.

« Le commandement de la Coalition exprime l’espoir que les prochaines négociations sous l’égide de l’ONU dans un pays tiers conduiront à un règlement négocié », a indiqué SPA.

– Pourparlers éventuels –

Après l’échec en septembre d’une médiation de l’ONU, la coalition a annoncé la reprise de l’assaut sur le port stratégique de Hodeida, dans l’ouest du Yémen, qui s’est intensifié à partir du 1er novembre.

La bataille pour reprendre Hodeida aux rebelles qui contrôlent la ville menace les efforts de paix des Etats-Unis et de l’ONU qui espère pouvoir convoquer des pourparlers d’ici la fin de l’année.

La coalition, indique l’agence SPA, « espère voir la fin de l’agression des milices Houthis soutenues par l’Iran contre le peuple yéménite et contre des pays de la région, notamment la menace des missiles balistiques et des drones ».

Le Pentagone a lui aussi évoqué de prochaines négociations. « Nous sommes tous concentrés sur le soutien à une résolution du conflit, menée par l’envoyé spécial de l’ONU Martin Griffith », a déclaré Jim Mattis dans son communiqué.

« Les Etats-Unis et la coalition prévoient de collaborer au renforcement des forces yéménites légitimes pour défendre le peuple yéménites, sécuriser les frontières de leur pays, et contribuer à contrer les efforts d’Al-Qaïda et de l’ISIS au Yémen et dans la région », a ajouté le secrétaire américain à la Défense, utilisant l’acronyme anglais pour l’organisation jihadiste Etat islamique (EI).

Les combats pour le contrôle de Hodeida ont été particulièrement meurtriers vendredi, avec une forte résistance des rebelles Houthis qui tentent par tous les moyens de ralentir la progression des forces progouvernementales soutenues par la coalition.

(©AFP / (10 novembre 2018 06h33)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Y-men-la-coalition-demande-la-fin-des-ravitaillements-en-vol-am-ricains/970153.rom

Assassinat de Khashoggi : le pire est à venir

Assassinat de Khashoggi : le pire est à venir


Par George Galloway – Le 24 octobre 2018 – Source RT

La nouvelle 1 que des « parties défigurées du visage et du corps » de Khashoggi auraient été retrouvées dans le jardin du consulat saoudien à Istanbul, sonne la fin de la récréation pour les collaborateurs occidentaux de la dictature tyrannique arabe.

Après Khashoggi lui-même, le principal perdant du meurtre le plus répugnant d’Istanbul est le président américain Donald Trump – comme je l’avais prédit ici il y a des semaines. Sa déclaration selon laquelle la couverture saoudienne était « crédible » a suscité les moqueries du reste du monde par son côté « Lady MacBeth », et l’a ridiculisé. Le comportement de son propre « prince héritier » – son gendre Jared Kushner – a été plus vénal que digne d’un opéra-comique.

Comme je l’avais prédit, bien que la famille Clinton ait largement profité des largesses saoudiennes, les démocrates et leurs vastes soutiens médiatiques ont fait de l’assassinat de Khashoggi leur nouveau casus belli, en lieu et place du « Russiagate » en perte de vitesse (en fait les mêmes personnes qui, ces deux dernières années, ont inondé les ondes américaines de haine russophobe ont levé les mains au ciel, horrifiées, quand Trump – le pantin de Poutine, rappelez-vous – a annoncé une course aux armes nucléaires contre la Russie).

D’Uber à Facebook, de JP Morgan à Virgin, des dizaines de sociétés et personnalités ont renoncé à aller au « Davos du désert » et le royaume « est en crise » comme vient de le reconnaître publiquement le ministre saoudien de l’Énergie.

Tout cela va de soi et on peut facilement prédire la fin du règne aussi court que brutal et meurtrier du Caligula saoudien qui a tué des milliers de personnes au Yémen, en Syrie, et même en Arabie saoudite.

En Occident, c’est comme si on allumait tout à coup la lumière et qu’on voyait les cafards s’enfuir à toute vitesse. Nulle part ce spectacle n’est aussi abject qu’au Royaume-Uni.

Dans les années 1980, j’ai été envoyé en mission parlementaire en Arabie saoudite, sous la direction de Sir Francis Pym, qui a ensuite reçu le titre de Lord, un grand Tory qui fut ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, avant que cette fonction ne se dégrade du fait de la médiocrité et du manque évident de classe de ses occupants. Il y avait des tensions entre les Britanniques et les Saoudiens qui menaçaient de perturber le contrat d’armement extrêmement lucratif et très crapuleux d’Al Yamamamah.

« De la pommade, mon cher, de la pommade », voilà notre mission, m’a dit Sir Francis. Nous devons les couvrir de pommade. « Il n’est pas question de s’excuser…  je ne m’excuserai pas », a-t-il ajouté (je le répète, à l’époque, c’était la grande classe), les enduire d’une bonne couche de pommade, voilà notre feuille de route.

Nous avons rencontré le roi saoudien de l’époque et la plupart des princes importants ; Sir Francis était un maître dans sa partie. Il ne s’est jamais excusé, mais il leur a mis beaucoup, beaucoup de pommade. Cela a marché, et le sale business de traire les vieux idiots au pouvoir à Riyad a repris.

Bien sûr, les profits britanniques n’avaient rien de comparables avec le butin des États-Unis, et la différence entre les deux n’a fait que croître pendant les trente années suivantes. L’autre différence est que, maintenant, ce ne sont plus seulement les fusils, mais le beurre, la technologie, les médias, les films, les loisirs (qui savait que Disneyland était un parc de loisir saoudien ?) et le tourisme.

En réalité, des milliers de médias occidentaux et leurs petites mains ont été corrompus par l’or saoudien. Toutes sortes de think tanks, d’« instituts », et même le Musée d’histoire naturelle de Grande-Bretagne, recevaient de l’argent de la Maison des Saoud. La malchance a voulu que, la nuit même où la musique s’est arrêtée avec le meurtre d’un chroniqueur du Washington Post et le démembrement de son corps, l’ambassade saoudienne organisait une soirée dans l’une des augustes salles de ce Musée.

L’ironie du fait que le Royaume créationniste 2 choisisse de siroter des cocktails sans alcool dans la maison que Charles Darwin a construite, n’a pas échappé à grand monde. Les journaux et les magazines qui s’étaient engraissés ouvertement et secrètement grâce au sponsoring saoudien, à coup de revenus publicitaires et autres arrangements entre amis sont maintenant choqués ! Choqués ! Comme le chef de la police de Vichy corrompu qui « découvre » qu’il y a des tables de jeux au Rick’s Café de Humphrey Bogart dans le film Casablanca.

Personne n’a retourné sa veste aussi vite que le chef des relations publiques du prince héritier saoudien en occident, Thomas Friedman du New York Times.

Lors de son apparition avec Christiane Amanpour de CNN, Friedman a semblé au bord de la dépression nerveuse. Avoir gaspillé des dizaines de milliers de mots pour un criminel comme Mohammed bin Salman ! Il ne faut rien regretter Tom, tu as été bien payé pendant tout le temps que ça a duré !

Comme Oscar Wilde l’a dit à propos de la scène de lit de mort dans La petite Nell de Charles Dickens – « Il faudrait avoir un cœur de pierre pour ne pas rire. »

Mais le plus dévastateur a été la corruption dans la classe politique elle-même, et on en entendra bientôt parler.

Lorsque le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn a déposé une motion plus tôt dans l’année pour faire cesser les ventes d’armes britanniques à l’Arabie saoudite en attendant une enquête sur l’utilisation de ces armes dans la guerre sanglante contre le Yémen, la motion aurait très bien pu passer, si plus de 100 députés travaillistes de son propre camp ne s’étaient pas rendus coupables de trahison. Des députés travaillistes gays se sont rangés dans le camp de ceux qui jettent les gays du haut des immeubles. Des députés travaillistes féministes se sont rangés dans le camp de ceux qui ne reconnaissent aucun droit aux femmes. Tous ces démocrates ont soutenu l’absence désertique de liberté et de démocratie. Je n’ai pas compris et je me suis posé des questions sur l’ampleur du soutien saoudien au sein des députés du Parti travailliste. Je pense que tout s’éclairera bientôt.

Car cette histoire n’a pas fini de faire des vagues.

Pour l’heure, les « Gardiens des deux saintes mosquées », pour donner aux rois saoudiens leur titre du vendredi 3, sont occupés à effacer le visage de Jamal Khashoggi, un homme qui a peut-être légèrement critiqué la politique saoudienne, mais qui a soutenu l’armée de coupeurs de têtes financée par les Saoudiens en Syrie, jusqu’à l’instant même où sa propre tête a été arrachée de ses épaules. Cet homme qui a écrit un éditorial du Washington Post intitulé « Il est temps de diviser la Syrie » a lui-même été divisé en plusieurs parties par les instigateurs de la division avortée de la Syrie.

Même Shakespeare n’aurait pas pu écrire une pareille histoire.

George Galloway a été membre du Parlement britannique pendant presque 30 ans. Il anime des émissions de TV and de radio (y-compris sur RT). Il est cinéaste, écrivain et un orateur renommé.

Traduction : Dominique Muselet

Notes

  1. Maintenant démentie
  2. Le créationnisme est la croyance religieuse selon laquelle une création divine est responsable de la vie et de l’univers, s’opposant généralement au consensus scientifique qui soutient une origine naturelle au moyen de l’évolution du vivant fondé sur la sélection naturelle (Wikipédia)
  3. Jour de la prière dans l’Islam

 

http://lesakerfrancophone.fr/assassinat-de-khashoggi-le-pire-est-a-venir

Après le meurtre de Kashoggi, Washington appelle à la fin de la guerre au Yémen

International

Après le meurtre de Kashoggi, Washington appelle à la fin de la guerre au Yémen

le 31 octobre 2018

Les Etats-Unis ont appelé mardi à la fin de la guerre au Yémen, demandant notamment que cessent les frappes aériennes de la coalition menée par l’Arabie saoudite, un changement de ton après le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Washington, qui réclame l’ouverture de négociations de paix d’ici 30 jours, estime toutefois toujours que le premier pas doit être fait par les rebelles Houthis soutenus par l’Iran chiite, bête noire commune des Américains et de leurs alliés sunnites soudiens.

Le message a été relayé par le ministre de la Défense Jim Mattis puis par le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

S’ils n’ont fait aucune référence directe à la mort du journaliste critique de Ryad, qui a terni l’image du royaume et fait naître de lourds soupçons sur le rôle du prince héritier Mohammed ben Salmane, cette nouvelle fermeté américaine intervient dans un contexte où l’administration de Donald Trump est sous pression du Congrès pour prendre ses distances avec l’Arabie saoudite.

« L’heure est maintenant à la fin des hostilités, ce qui inclut les tirs de missiles et de drones venant de zones contrôlées par les Houthis vers le royaume d’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis », a déclaré Mike Pompeo dans un communiqué.

« Les frappes aériennes de la coalition doivent ensuite cesser dans toutes les zones peuplées du Yémen », a-t-il ajouté.

Jim Mattis a plaidé pour le même enchaînement, appelant « tout le monde » à rejoindre la « table de négociations sur la base d’un cessez-le-feu » qui verrait d’abord un retrait des rebelles Houthis de la frontière avec l’Arabie saoudite, « puis un arrêt des bombardements » de la coalition arabe.

L’arrêt des hostilités permettra à l’émissaire des Nations unies pour le Yémen, le Britannique Martin Griffiths, de « réunir » les différentes parties « en Suède », a poursuivi le chef du Pentagone.

– Crise humanitaire –

« Nous devons faire ça d’ici 30 jours (…) et je pense que l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sont prêts », a-t-il ajouté au cours d’une conférence à Washington, après avoir rencontré plusieurs dirigeants arabes le week-end dernier en marge du Dialogue de Manama, une rencontre annuelle sur la sécurité à Bahrein.

Mike Pompeo a aussi demandé de premières consultations sous l’égide de l’émissaire de l’ONU « en novembre dans un pays tiers » pour évoquer notamment « la démilitarisation des frontières et la concentration de toutes les armes lourdes sous le contrôle d’observateurs internationaux ».

La dernière tentative de Martin Griffiths d’organiser des pourparlers de paix, en septembre à Genève, s’était soldée par un échec, en l’absence des Houthis.

La guerre, qui a fait quelque 10.000 morts et engendré la pire crise humanitaire actuelle dans le monde selon l’ONU, oppose des forces pro-gouvernementales aux rebelles soutenus par l’Iran, qui se sont emparés en 2014 et 2015 de vastes régions du Yémen dont Sanaa, la capitale. En mars 2015, la coalition sous commandement saoudien est intervenue en soutien des forces loyalistes.

L’armée américaine fournit une aide logistique à l’Arabie saoudite et aux Emirats, et partage des renseignements avec ces alliés-clés.

Mais face aux accusations de frappes aveugles et de bavures de la part de Ryad, qui ont coûté la vie à des centaines de civiles, l’administration Trump était déjà sous pression du Congrès pour inciter les Saoudiens à rentrer dans le rang voire pour réduire leur soutien militaire.

Après le meurtre de Jamal Khashoggi, le 2 octobre dans le consulat saoudien à Istanbul, cette pression s’est accrue, d’autant que la crise frappant le royaume a des répercussions internationales.

Si les Etats-Unis, comme la France, excluent de cesser de vendre des armes à Ryad, l’Allemagne a, elle, choisi d’arrêter ses exportations d’armements. En revanche, le changement de ton de Washington sur la guerre au Yémen fait écho aux propos de la ministre française des Armées Florence Parly, qui a estimé mardi qu’il était « plus que temps » que ce conflit « cesse ».

LNT avec AFP

https://lnt.ma/apres-meurtre-de-kashoggi-washington-appelle-a-fin-de-guerre-yemen/

Au travers de l’Érythrée et des EAU, la Russie se tourne vers la Corne de l’Afrique

Au travers de l’Érythrée et des EAU, la Russie se tourne vers la Corne de l’Afrique


Par Andrew Korybko – Le 10 septembre 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoSergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russes, a salué les relations de son pays avec l’Érythrée et a fait part au monde des projet de Moscou d’y construire un centre logistique.

C’est à Sotchi, au cours d’une conférence de presse tenue à l’issue de leur rencontre bilatérale, qu’il a pris la parole aux côtés de son homologue érythréen, et indiqué que les discussions avaient notamment porté sur la construction de couloirs de transports régionaux, d’oléoducs, et d’ouvrir un département russophone dans l’une des universités d’Asmara. Lavrov a également déclaré que les sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies contre l’Érythrée, imposées en 2009 après des rapports indiquant que le pays soutenait Al-Shaabab en Somalie, devraient à présent être levées. Il a félicité l’Érythrée pour l’ensemble de ses actions ces derniers mois en faveur de la paix dans la région, et pour son rapprochement rapide de l’Éthiopie, qui a complètement modifié la situation géopolitique de la corne de l’Afrique.

Avec plus de recul, la Russie semble très désireuse de faire de l’Érythrée sa passerelle vers le géant régional que constitue l’Éthiopie, deuxième pays africain en population, et son économie à croissance rapide. Le rapprochement entre Érythrée et Éthiopie verra Addis Abeba diversifier ses accès au reste du monde, s’affranchissant de sa dépendance historique de Djibouti en la matière, si bien que l’on peut également s’attendre à voir le rôle de l’Érythrée croître en importance en termes de connectivité. Les investissements que la Russie entend mener en Érythrée montrent en outre le sérieux de sa démarche de « pivot vers l’Afrique » et la réalité de son désir d’établir une présence dans la région de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique, suite aux bruits qui courent de l’offre qui lui aurait été faite d’ouvrir une base navale au Soudan voisin, et d’autres échos non confirmés qui auraient signalé qu’elle étudiait également la possibilité d’en ouvrir une dans la région dissidente du Somaliland.

Un autre point à garder à l’esprit est que les Émirats arabes unis (EAU) constituent le premier partenaire international de l’Érythrée, et sont responsables non seulement d’avoir rompu l’isolement international du pays en y construisant une base soutenant la guerre contre le Yémen, mais également pour le rôle de facilitateur qu’ils ont joué dans le rapprochement entre Érythrée et Éthiopie. Abou Dabi constitue donc un pouvoir transrégional en croissance, qui cultive en même temps des liens plus forts que jamais avec Moscou, les deux parties ayant signé une Déclaration officielle de partenariat stratégique début juin, à l’issue de la rencontre dans la capitale russe entre le prince de la couronne Mohammed Bin Zayed et le président Poutine. Les liens entre la Russie et les Émirats vont donc converger en Érythrée, et possiblement également même en Éthiopie peu après.

Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe a rencontré Osman Saleh, ministre des Affaires étrangères érythréen, le 31 août 2018, à Sochi, en Russie

Loin des regards, le partenariat stratégique russo-émirati se montre étonnamment solide, sans le moindre conflit d’intérêt entre les deux parties dans la corne de l’Afrique. Les deux pays ont conclu un accord de défense de quasiment 2 milliards de dollars en février 2017, et se sont engagés à coopérer dans les sphères de la cybersécurité et de l’énergie. En outre, la pompe à pétrole des émirats s’intéresse aux voitures et motos électriques russes, ainsi qu’à la marque Aurus de berlines de luxe, popularisée il y a peu par le président Poutine. En fait, la coopération entre Russie et Émirats promet littéralement de monter plus haut que le ciel, Moscou se préparant à propulser prochainement les cosmonautes de son partenaire jusqu’à la station spatiale internationale.

Somme toute, l’importance stratégique des relations entre Russie et Érythrée réside dans le potentiel qu’elles présentent, non seulement pour faciliter le « pivot vers l’Afrique » de Moscou dans la corne de l’Afrique, notablement en Éthiopie, mais également en ce qu’elles vont renforcer le partenariat déjà fluide et solide entre la Russie et les EAU, au travers du pays du tiers monde dans lequel ils ont tant d’intérêts en commun. Et une concrétisation réussie du concept selon lequel une coopération russo-émirati apporte des dividendes concrets et positifs dans d’autres pays comme l’Érythrée pourrait également ouvrir la porte à Abu Dabi pour inviter Moscou au Sud-Yémen, où les Russes exerçaient une influence à l’ère soviétique, ce qui pourrait permettre à la Russie de contribuer à la reconstruction de la société, ravagée par la guerre, et de consolider sa présence stratégique dans la région de la mer Rouge et du golfe d’Aden.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 7 septembre 2018

 

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/au-travers-de-lerythree-et-des-eau-la-russie-se-tourne-vers-la-corne-de-lafrique

 

Yémen : Les prisons secrètes, par Amnesty International

17.août.2018 // Les Crises

Yémen : Les prisons secrètes, par Amnesty International

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Source : Amnesty International, 12.07.2018.

De nombreux hommes ont été victimes de disparitions forcées, après avoir été arrêtés de manière arbitraire et détenus par les forces émiriennes et yéménites. Beaucoup ont été torturés, et on craint que certains ne soient morts en détention.

Les familles de ces détenus se retrouvent plongées dans un cauchemar sans fin où leurs proches disparaissent .elles se heurtent à un mur de silence et d’intimidation.

Nous avons enquêté sur les cas de 51 hommes détenus par ces forces entre mars 2016 et mai 2018 dans les gouvernorats d’Aden, Lahj, Abyan, Hadramawt et Shabwa. La plupart des cas concernaient des disparitions forcées et 19 de ces hommes sont toujours portés disparus.

LA QUÊTE DES FAMILLES DES DÉTENUS

Les mères, les épouses et les sœurs des victimes de disparitions forcées organisent des manifestations depuis près de deux ans, faisant la tournée des bureaux du gouvernement et des bureaux chargés des poursuites, des services de sécurité, des prisons, des bases de la coalition et de diverses structures traitant les plaintes relatives aux droits humains.

Nous n’avons aucune idée de l’endroit où il se trouve, Dieu seul sait s’il est encore en vie. Notre père est mort de chagrin il y a un mois. Il est mort sans savoir où se trouvait son fils.

La sœur d’un homme âgé de 44 ans arrêté à Aden fin 2016 a déclaré :

Certaines familles ont déclaré qu’elles ont été contactées par des individus qui leur ont annoncé que leurs proches étaient morts en détention ; lorsqu’elles se sont adressées aux responsables des forces yéménites soutenues par les Émirats arabes unis pour le vérifier, ils ont nié ces allégations.

DES TÉMOIGNAGES ATTESTANT DE TORTURE

Des détenus ou ex-détenus et leurs familles ont livré des récits horribles d’atteintes aux droits humains – coups, décharges électriques et violences sexuelles notamment. Selon le témoignage de l’un d’entre eux, un de ses codétenus a été évacué dans une housse mortuaire, après avoir été torturé à maintes reprises.

J’ai vu des choses que je ne souhaite plus jamais revoir. Dans cet endroit, vous ne voyez même pas le soleil,, Ils portaient toutes sortes d’accusations [contre moi]. Ils ont commencé à me frapper… Puis, une nuit, ils m’ont relâché en m’expliquant qu’ils m’avaient confondu avec quelqu’un d’autre… ” Il y a eu erreur sur la personne, désolés. ” C’était comme s’ils ne m’avaient rien fait, après toute la souffrance causée par les décharges électriques. »

Un ancien détenu qui se trouvait à Waddah Hall

Du fait de ce vide en matière d’obligation de rendre des comptes, il est encore plus difficile pour les familles de contester la légalité des détentions. Les procureurs yéménites ont bien tenté de renforcer leur contrôle sur certaines prisons, mais les forces émiriennes ont ignoré ou retardé maintes fois leurs ordres de remise en liberté.

SOUS COUVERT DE LUTTE ANTITERRORISTE

Les Émirats arabes unis sont un membre clé de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et engagée dans le conflit armé au Yémen depuis mars 2015.

Ils ont créé, formé, équipé et financé des forces de sécurité locales. Ils ont également formé des alliances avec des responsables des services de sécurité yéménites, qui se sont soustraits à l’autorité de leur gouvernement. Les Émirats arabes unis agissent dans des conditions obscures dans le sud du Yémen et semblent avoir créé un service de sécurité parallèle en dehors de tout cadre légal.

L’objectif déclaré de leur implication avec les forces de sécurité locales est de combattre le « terrorisme », notamment en arrêtant les membres d’Al Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) et du groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique (EI).

Cependant, d’aucuns affirment que de nombreuses arrestations se basent sur des soupçons infondés et des vendettas personnelles.

Les arrestations ciblent les personnes qui critiquent la coalition et les pratiques des forces de sécurité soutenues par les Émirats arabes unis, notamment des personnalités de la communauté, des militants et des journalistes, ainsi que des sympathisants et des membres du parti al Islah, la branche yéménite des Frères musulmans.

Les proches de membres présumés de l’AQPA et de l’EI, ainsi que des hommes qui ont au départ aidé la coalition à combattre les Houthis mais sont aujourd’hui perçus comme une menace, sont également pris pour cibles.

UN SILENCE DE PLOMB

Les femmes de l’entourage des détenus et des personnes disparues qui manifestent à Aden et al Mukalla depuis deux ans sont victimes d’intimidations, voire d’agressions.

Les Émirats arabes unis nient toujours toute implication dans les pratiques de détention illégale au Yémen, malgré les nombreux éléments qui prouvent le contraire. D’autre part, le gouvernement yéménite a assuré à un groupe d’experts de l’ONU qu’il ne contrôle pas les forces de sécurité formées et soutenues par les Émirats.

Ces violations des droits humains commises dans le cadre du conflit armé au Yémen ne font toujours pas l’objet d’enquêtes pour crimes de guerre.

Les gouvernements du Yémen et des Émirats doivent agir sans délai pour y mettre un terme et fournir des réponses aux familles dont les époux, les pères, les frères et les fils ont “disparu“.

Les partenaires des Émirats dans la lutte contre le terrorisme, notamment les États-Unis, n’ont toujours pas pris position vis-à-vis de ces allégations de torture.

Source : Amnesty International, 12.07.2018.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/yemen-les-prisons-secretes-par-amnesty-international/

Ingérence française au Yémen : Honte et manipulation ! Par Richard Labévière

9.juillet.2018 // Les Crises

Ingérence française au Yémen : Honte et manipulation ! Par Richard Labévière

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 25-06-2018

Beyrouth, 24 juin 2018.

Chacun de souvient de l’une des photos les plus célèbres de la guerre du Vietnam : ce 8 juin 1972 – dans le village de Trang-Bang – une effroyable bavure est commise par l’aviation sud-vietnamienne, qui combat les forces communistes du Nord aux côtés des Etats-Unis. Mal renseignés, les bombardiers Skyraider se trompent de cible et larguent des bombes au napalm sur un temple qui abrite non pas des Viêt-Congs, mais leurs propres soldats et de nombreux civils.

Kim Phuc – neuf ans – figure parmi les victimes de cette erreur tragique. Alertés par le passage préalable d’un avion de reconnaissance, « Phuc » (c’est son prénom qui signifie « bonheur ») et sa famille voient s’abattre sur eux les bombes incendiaires. Le déluge de napalm – pouvant atteindre les 1 200 degrés Celsius – inflige à la fillette de terribles brûlures. Ses vêtements soufflés, Phuc s’extirpe des flammes, laisse derrière elle ses parents et se retrouve à fuir sur la route 1 de Trang Bang.

À quelques centaines de mètres, le photographe Nick Ut a assisté à toute la scène. Avec un groupe de reporters, il voit des civils surgir de la fumée. Parmi eux, il photographie la grand-mère de Kim Phuc portant dans ses bras le corps inerte d’un petit garçon. Lorsque la fillette parvient à sa hauteur, Nick Ut tire de son sac un quatrième et dernier appareil encore chargé, un Leica M3. Il immortalise la détresse de la petite fille qui répète sans cesse les mêmes mots : « trop chaud ! Trop chaud ! »

« On les massacrait avant de les soigner… », paradoxe des guerres occidentales modernes que Francis Ford Coppola fait dire au capitaine Willard, son héros d’Apocalypse Now, palme d’or au Festival de Cannes en 1979.

Toute proportion gardée, c’est un peu ce que la France éternelle fait au Yémen et s’apprête à faire à la fin du mois à Paris. L’initiative a été annoncée le 10 avril lors d’une visite en France du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane : l’organisation – à Paris – d’un « sommet humanitaire » rassemblant les donateurs susceptibles de se mobiliser au service… du Yémen, les deux co-organisateurs (la France et l’Arabie saoudite), chacun dans sa catégorie étant des co-bélligérants directement impliqués dans cette guerre particulièrement meurtrière, occultée par la propagande quotidienne déversée sur la guerre civilo-globale de Syrie : Bachar al-Assad est un boucher sanguinaire, Mohammed ben Salmane et son homologue émirien étant de joyeux humanistes réformateurs. Défense de sourire !

On croyait être définitivement sorti des inepties néo-coloniales de Bernard Kouchner. Erreur, profonde erreur ! Comme en Syrie, les pays occidentaux aident et arment les jihadistes engagés au Yémen (recrutés par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis/EAU), sous prétexte d’aide humanitaire et de lutte contre « l’impérialisme iranien ». Nouvelle défense de sourire !

Bref, le 27 juin prochain à Paris, autant dire que cette conférence « humanitaire » risque de tourner au ridicule, comme un congrès de sapeurs-pompiers avec pyromanes comme invités d’honneur, comme un sommet de diabétiques enfermés dans une pâtisserie…

GUERRE CLANDESTINE

Et pourtant, les bombardements de la coalition saoudienne s’apparentent à des crimes de guerre selon les propres critères des Nations unies. Cela dit, Riyad est parvenu – jusqu’à maintenant – à empêcher l’ONU d’enquêter sur les quelques 15 000 civils tués depuis janvier 2017, tout bilan officiel restant impossible à établir. L’ONU et plusieurs ONGs évoquent des épidémies de famine, de choléra, ainsi que des milliers de blessés et déplacés. Une « catastrophe entièrement causée par l’homme », souligne le dernier rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCR) de l’ONU. À cela s’ajoutent la destruction partielle de la vieille ville de Sanaa, patrimoine mondial de l’humanité et l’expansion de la Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA) : « AQPA est plus puissant que jamais. Alors que la destruction de l’organisation « État islamique » fait les gros titres (…), la Qaïda reste un modèle de réussite ». L’organisation a notamment « su exploiter une économie de guerre florissante », écrit la chercheuse d’International Crisis Group April Longley Alley. L’Arabie saoudite a inondé le Yémen de fusils d’assaut Steyr-AUG, une partie d’entre eux a atterri entre les mains d’AQPA !

« La France a octroyé pour un peu plus de 16 milliards d’euros de licences pour la seule Arabie saoudite en 2015 et livré à ce pays pour 900 millions d’euros d’équipements militaires la même année (…) À aucun moment, le gouvernement n’a indiqué ces deux dernières années qu’il avait refusé, révoqué ou suspendu des autorisations d’exportation », commente pour sa part Amnesty International.

Depuis plus de deux ans, une guerre menée par les plus riches pays du Proche-Orient – voire du monde – contre le plus pauvre se poursuit, dans une large indifférence politique et médiatique. Le 26 mars 2015, l’Arabie saoudite – suivie de dix pays sunnites – lance une opération militaire aérienne au Yémen contre les Houthis du Nord. Les partisans d’Abdel Malek Al-Houthi avaient forcé la démission le président de la transition Abd Rabbo Mansour Hadi en s’alliant avec leur ancien opposant, Ali Abdallah Saleh. Au début de l’offensive, les Houthis occupent militairement la capitale Sanaa et la principale ville du sud, Aden. Sollicités par Hadi, les Saoudiens et leurs alliés prétendent vouloir le rétablir et contrer l’« avancée iranienne ». Le Conseil de sécurité de l’ONU donne son aval et la France, le Royaume-Uni et les États-Unis fournissent les fusils !

« DIPLOMATIE ECONOMIQUE »

Dès son arrivée à l’Elysée, Nicolas Sarkozy a commencé à mettre en œuvre l’une de ses promesses de campagne : rééquilibrer la politique étrangère de la France au Proche-Orient en faveur d’Israël. L’un des corollaires de cette volonté signifiait d’appuyer le rapprochement des monarchies du Golfe avec Tel-Aviv. Ainsi, l’Elysée s’emploiera à faire du Qatar l’un de ses premiers partenaires dans la région : le petit émirat paiera la libération des infirmières bulgares pour que Cécilia vienne faire un show « humanitaire » à Tripoli (Libye). Ensuite, il paiera aussi le divorce de la même Cécilia avec le président de la République française qui exonèrera – en retour – le Qatar de toute espèce de fiscalité sur ses transactions immobilières en France.

En juillet 2007, à la suite d’une demande émirienne, Nicolas Sarkozy s’engage à développer une présence militaire permanente dans ce pays. Elle est annoncée en janvier 2008, lors d’une tournée dans le Golfe du président de la République. La base française d’Abou Dhabi est officiellement inaugurée le 26 mai 2009 dans l’espoir de voir les Emiriens acheter le Rafale français. La promesse de vente tournera court, mais François Hollande ne reviendra ni sur l’existence de la base émirienne, ni sur les privilèges fiscaux accordés au petit Qatar. Au contraire, il accentuera le trait avec la fameuse « diplomatie économique » portée par son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius.

Avec Emmanuel Macron, la politique étrangère néo-conservatrice de la France va se poursuivre et s’accentuer : soutien inconditionnel à Israël et aux monarchies pétrolières sunnites avec lesquelles les affaires vont s’intensifier. Selon les meilleures sources, on peut relever que :

  • dès le déclenchement de la guerre au Yémen, l’armée française « a effectué des vols de reconnaissance au-dessus des positions houthis pour le compte du client saoudien et continué à former ses pilotes de chasse »;
  • la France a également transféré des nacelles Thalès Damocles XF de désignation de cible et de guidage de bombes, que les forces saoudiennes placent sous leurs avions de chasse – ce qui n’empêche pas les « bavures » ;
  • trois mois après le début du conflit, un avion ravitailleur Airbus 330-200 MRTT a été livré à l’Arabie saoudite. C’est le dernier d’une flotte de six. En avril 2017, deux de ces avions étaient déployés au Yémen. Indispensables à la guerre en cours, ils ravitaillent en vol les F-15 saoudiens ;
  • des canons Caesar 155 mm de l’entreprise française Nexter, des hélicoptères de transport Cougar du groupe EADS et des drones de renseignement militaire SDTI de l’entreprise française SAGEM sont livrés à la coalition saoudienne ;
  • en 2016, la France a livré 276 blindés légers indique son propre rapport de juillet 2017 au secrétariat du TCA. Ce lot est composé de blindés légers Renault Sherpa light et Vab Mark 3 du groupe Renault Trucks Defense, originellement destinés au Liban. Dès février 2016, face à l’échec des campagnes de bombardements, la coalition s’appuie sur des milices locales équipées de véhicules légers émiratis Nimr pour tenter de déloger les forces houthis. L’arrivée des blindés légers français, qui se faufilent sans difficulté dans les rues étroites des villes arabes, s’inscrit pleinement dans cette stratégie de contre-insurrection déployée au sol. Et les Sherpa light sont équipés de capteurs de dernière génération offrant une protection contre les engins explosifs improvisés ;
  • la coalition fait également usage de petits patrouilleurs, en soutien aux navires de guerre, pour assurer le blocus du Yémen. Si l’entreprise française Couach bloque à quai deux patrouilleurs rapides à destination du Yémen en raison de l’embargo, elle débute ses livraisons d’intercepteurs rapides à l’Arabie saoudite dès août 2016 ; 39 nouveaux exemplaires de ce type d’unités sont destinés à Riyad ;
  • pour assurer le blocus qui affame la population, la coalition utilise des Corvettes Baynunah livrées aux EAU. L’artillerie et les marines de la coalition sont, par ailleurs munies de systèmes électroniques de navigation vendus par SAFRAN, des équipements essentiels à la logistique des tirs ;
  • enfin, 745 fusils de précision ont été livrés à Riyad en 2015 et 500 en 2016 selon les rapports au Parlement sur les exportations d’armes de 2016 et 2017.

Dernièrement, plusieurs parlementaires français – accompagnés de l’ambassadeur de France à Riyad et de son épouse – sont allés se féliciter bruyamment, dans la province de Mareb contrôlées par les Saoudiens, de l’excellence des efforts humanitaires de leurs hôtes… Fallait oser, mais c’est fait ! Et le pompon, c’est bien-sûr, la dernière affaire du déminage du port d’Hodeïda ! Le 15 juin, Le Figaro affirme : « alors que les forces progouvernementales ont annoncé s’être emparées vendredi de l’aéroport d’al-Hodeïda, la France entend s’impliquer dans le déminage du port, la véritable cible de la bataille lancée il y a trois jours par les troupes yéménites, appuyées par les EAU et l’Arabie saoudite, pour chasser les rebelles houthis pro-iraniens de cette ville stratégique sur la mer Rouge. Mais comme l’engagement français dans cette guerre oubliée est source de contestation, le ministère des Armées avance sur des œufs… » On ne saurait mieux dire !

UNE FUITE LACANIENNE

Le 13 juin, le Quai d’Orsay a indiqué que le président Emmanuel Macron, après s’être entretenu avec Mohammed ben Zayed, prince héritier d’Abou Dhabi, avait « évoqué la situation politique et militaire au Yémen, et notamment à Hodeïda » et « appelé les parties prenantes à la retenue et à la protection des populations civiles. » « La France rappelle que seule une solution politique négociée, y compris à Hodeïda, permettra de mettre fin de manière durable à la guerre au Yémen et d’arrêter la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire dans ce pays », a souligné le porte-parole du Quai.

Mais sous cette langue d’acajou, il s’agit de bien autre chose ! Un responsable émirien a déclaré à l’agence de presse Reuters, que la France aurait « accepté d’apporter une assistance en matière de déminage dans le cadre de l’opération militaire lancée par la coalition sunnite pour reprendre le port d’Hodeïda. » Et d’ajouter : « Les États-Unis ont rejeté pour leur part la requête d’Abou Dhabi qui leur demandait des moyens de renseignement, de surveillance aérienne, de reconnaissance et de déminage ».

Quelques heures plus tard, le ministère des Armées a confirmé qu’une telle opération était dans les tuyaux. « Il n’y a pas d’action militaire française aujourd’hui dans la région de Hodeïda, et la France ne fait pas partie de la coalition qui est engagée sur ce théâtre », a-t-il commencé par préciser. Toutefois, Le Figaro affirmait que des membres des forces spéciales françaises étaient déjà présents au Yémen, aux côtés des troupes émiriennes.

Ainsi, « deux sources militaires contactées par Le Figaro révèlent également que des forces spéciales françaises sont présentes aux côtés des Émiriens au Yémen », affirme le journaliste Georges Malbrunot dans l’édition datée du 16 juin 2018. La ministre de la Défense Florence Parly dément aussitôt et elle a raison. Les soldats français présents dans le port d’Hodeïda ne font pas partie des Forces spéciales françaises, mais sont des plongeurs-démineurs du Service-action de la DGSE (nos services extérieurs), dédiés aux opérations clandestines. Par conséquent, circulez, y’ rien à voir et c’est bien normal ! La dissociation entre Forces spéciales destinées aux opérations extérieures publiques et le Service-Action, spécialisé dans des actions clandestines – devant restées classifiées « confidentiel » ou « très confidentiel » – demeure l’apanage légitime de n’importe quelle démocratie. La carabistouille est ailleurs et révélatrice d’un nouveau dysfonctionnement de la communication présidentielle !

Depuis plusieurs mois, Saoudiens et Emiriens se plaignaient auprès de leurs interlocuteurs français, leur tenant à peu près ce langage : « on vous achète quantités de matériels et d’armements alors que vous ne nous apportez pas le moindre soutien politique public et ça commence à bien faire ! » Les communicants de l’Elysée ont alors imaginé le montage d’une fuite émirienne à Reuters qui serait reprise par notre cher Georges national du Figaro. En effet, celui-ci n’aurait jamais exploiter une telle information sans obtenir le feu vert, sinon l’encouragement de ses sources du ministère de la Défense !

En France, les anciens otages ont un statut tout à fait particulier. Non seulement immédiatement érigés au statut d’expert multifonctions, ils doivent se souvenir quotidiennement comment ils ont retrouvé la liberté. En l’occurrence, la libération de Georges et de son collègue Christian Chesnot a coûté plusieurs millions d’euros environ sept) prélevés dans les fonds spéciaux de la DGSE, c’est-à-dire de l’argent public et cela mérite bien quelques renvois d’ascenseurs…

Par conséquent, l’information de l’engagement yéménite des armées françaises aux côtés de la coalition saoudo-émirienne est bien sortie, même si toute la vérité n’est pas dite. Héroïne lacanienne, Florence Parly dit toujours, toujours la vérité, mais pas toute… parce que les mots y manquent ! Et c’est même par cette impossibilité qu’elle participe au réel !

Et le psychanalyste Jacques Lacan aurait certainement ajouté que le réel, c’est quand on se cogne… Quoi qu’il en soit, la France et ses armées sont – aujourd’hui – engagées au Yémen, aux côtés des EAU et de l’Arabie saoudite (deux grandes démocraties bien connues), en train de massacrer l’un des pays les plus pauvres de la terre. Un jour, ces gens auront des comptes à rendre, les responsables français qui ont pris la responsabilité d’engager notre pays aussi !

Autrement dit, et excusez notre familiarité Monsieur le président de la République : « au Yémen Manu, t’es nul, complètement nul ! Arrête de déconner… » Bonne lecture néanmoins et à la semaine prochaine.

Richard Labévière
25 juin 2018

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 25-06-2018

 

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Yémen: les rebelles Houthis se retranchent à Hodeida

Yémen: les rebelles Houthis se retranchent à Hodeida

Des forces yéménites progouvernementales le long d’une route lors de l’offensive pour reprendre la ville de Hodeida aux rebelles Houthis, le 21 juin 2018 / © AFP/Archives / Saleh Al-OBEIDI

Blocs de bétons, tranchées: les rebelles Houthis ont entrepris des préparatifs à Hodeida dans l’hypothèse d’un assaut des forces progouvernementales sur cette ville stratégique de l’ouest du Yémen, tandis que l’ONU s’efforce de décrocher une accalmie durable, ont rapporté des résidents de cette cité portuaire.

Tranchées creusées par dizaines dans les principales avenues de la ville, blocs de bétons dressés ailleurs et conteneurs barrant d’autres rues. Les témoignages recueillis par téléphone auprès de plusieurs habitants de la ville visée par une offensive des forces progouvernementales abondent.

Hammoud, l’un des habitants interrogés, a indiqué à l’AFP, sous le couvert de l’anonymat, que « des blocs de béton » avaient été manifestement « acheminés de Sanaa, à 150 km de là, où ils servaient à protéger des ambassades » désertées par les diplomates depuis que les Houthis ont pris en 2014 le contrôle de la capitale yéménite.

Un autre, Zouber, a affirmé que « des conteneurs » étaient « utilisés pour bloquer des rues ».

Des préparatifs militaires similaires ont été observées sur des routes reliant Hodeida à d’autres villes de la province aux mains des Houthis, d’après des témoins.

Selon des sources militaires, à la faveur de la baisse actuelle des combats autour de Hodeida, rebelles et forces progouvernementales ne cessent d’acheminer des renforts.

« Ces préparatifs ne laissent guère de doute sur l’intention des rebelles de ne rien céder à Hodeida », affirme Néjib Gallab, analyste pour un centre d’études spécialisé sur le Golfe et le Yémen.

« Les Houthis ne quitteront jamais de leur propre gré Hodeida et son port », dont ils tirent profit financièrement, poursuit-il.

Devant la presse, le porte-parole de la coalition, le colonel saoudien Turki al-Maliki, a affirmé lundi que les Houthis n’avaient « pas encore changé de position » à ce sujet.

Ces préparatifs militaires se poursuivent alors que l’émissaire de l’ONU, Martin Griffiths, est revenu à Sanaa lundi, où il espère obtenir un accord des rebelles pour éviter des combats à Hodeida et son port, essentiel pour les importations de produits alimentaires et l’acheminement de l’aide humanitaire.

Ravagé par la guerre, le Yémen, un pays pauvre de la péninsule arabique, dépend des importations pour 90% de ses besoins en nourriture, et 70% de celles-ci passent par Hodeida.

M. Griffiths a indiqué la semaine dernière à la radio des Nations unies qu’il y avait une proposition sur la table consistant à impliquer l’organisation internationale dans la gestion du port de Hodeida.

Cette option signifierait que les Houthis cèdent le port mais gardent le contrôle de la ville. Elle a été rejetée avec force par les Emirats arabes unis, un pilier au sein des forces progouvernementales, et par le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi, qui siège à Aden (sud).

Yémen : les civils fuient les combats à Hodeida / © AFP / Cecilia SANCHEZ

– Bombardements malgré la pause –

La coalition anti-rebelles ne cesse d’accuser les Houthis d’utiliser le port pour introduire des armes en provenance d’Iran, ce que Téhéran dément, et de menacer la navigation en mer Rouge.

La pause décrétée par les Emirats dans les opérations militaires autour de Hodeida n’a par ailleurs pas empêché la poursuite de bombardements au sud de la ville.

Dimanche et lundi, 43 Houthis ont été tués dans des raids aériens sur les lignes de front au sud de Hodeida, ont indiqué des sources de l’hôpital Al-Alfi.

Selon des sources militaires, les positions des Houthis à Zabid, al-Tuhaita et Beit al-Faqih, trois villes au sud de Hodeida, ont été particulièrement visées par l’aviation de la coalition menée par l’Arabie saoudite, qui intervient depuis 2015 contre les rebelles au Yémen.

Près de Zabid, trois civils ont été tués et quatre autres blessés dans un raid aérien de la coalition visant des véhicules militaires des rebelles, ont indiqué des sources médicales.

Des témoins ont précisé que le véhicule des victimes a été touché alors qu’il circulait près d’un convoi des Houthis.

A l’ouest d’Al-Tuhaita, huit autres civils, dont quatre enfants, sont morts dans un tir de roquette attribué par des habitants aux rebelles.

Des sources médicales ont confirmé ces morts tandis que les habitants ont précisé qu’une maison avait été détruite par le tir.

Ces victimes portent à 483 le nombre de morts, dont 11 civils, dans la province de Hodeida depuis l’intensification de la campagne militaire de la coalition le 13 juin.

Depuis l’intervention en mars 2015 de cette coalition sous commandement saoudien, le conflit a fait près de 10.000 morts et provoqué « la pire crise humanitaire au monde », avec des millions de personnes au bord de la famine, selon l’ONU.

(©AFP / 03 juillet 2018 13h56)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Y-men-les-rebelles-Houthis-se-retranchent-Hodeida/933098.rom