Archives pour la catégorie YOUGOSLAVIE

Caché à la vue de tous à Belgrade

Caché à la vue de tous à Belgrade


Par Vladimir Goldstein – Le 3 août 2018 – Source Off Guardian

Les deux églises – Photo Vladimir Goldstein

Juste en face de mon immeuble, caché derrière de hauts bâtiments de bureaux, se trouve la grande église Saint Marc. Et cachée à l’ombre de Saint Marc, il y a une petite église orthodoxe russe. L’église de la Sainte Trinité, connue simplement comme l’église russe, est célèbre pour contenir les restes du baron Piotr Nicolaïevitch Wrangel, le chef des Blancs dans la guerre civile russe. Elle est difficile à trouver, mais heureusement, un ami m’y a emmené.

Comme nous regardions autour de l’église, pas particulièrement intéressés par Wrangel, un couple de Russes m’a demandé de le photographier devant sa tombe. Alors que j’essayais de trouver un bon angle pour la photo, j’ai remarqué une petite plaque sur un mur à proximité. Elle portait la liste des noms des Russes morts en combattant pour les Serbes yougoslaves pendant le conflit avec les Albanais séparatistes du Kosovo puis le bombardement de la Yougoslavie par l’OTAN, en 1999.

En quittant l’église, nous avons pris un petit chemin vers le haut du parc. Là, nous avons observé un autre signe brutal de cette guerre : un bâtiment détruit près de la tour de la télévision. Il portait également une plaque. Elle criait : « Zachto » (Pourquoi ?). En dessous, se trouvaient les noms de tous les gens de la télévision tués lors de cette attaque. En tout, jusqu’à 2500 civils auraient été tués par l’OTAN, selon le gouvernement yougoslave de l’époque, même si on ne connaîtra peut-être jamais leur nombre.

D’une part, la question Zachto est à la fois oiseuse et provocatrice. Elle ravive les blessures et signifie un refus d’oublier et de repartir de zéro. D’autre part, il est à l’évidence nécessaire de trouver une réponse à cette question, simplement pour prévenir les destructions futures et les meurtres absurdes.

Nous ne trouverons pas de réponses à cette question dans les récits officiels qui nous racontent que la noble administration Clinton a décidé de mettre fin aux violations flagrantes des droits de l’homme dans la situation extrêmement complexe qui régnait dans la province yougoslave du Kosovo en bombardant les Serbes pour qu’ils respectent les minorités sur leurs propres territoires et sur les territoires voisins. (En fait, le grand exode des Albanais vers l’Albanie proprement dite n’a commencé qu’après que les bombes de l’OTAN ont commencé à tomber.)

Tester les limites

Une image beaucoup plus triste émerge derrière ces histoires officielles. Pourquoi ces gens sont-ils morts ? Pourquoi cette opération de l’OTAN s’est-elle déroulée sans autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies et sans preuve de légitime défense, comme l’exige la Charte de l’ONU ? Était-ce pour satisfaire la soif de pouvoir des dirigeants des États-Unis et de l’OTAN, des interventionnistes libéraux comme Madeleine Albright, Bill Clinton et Susan Rice? Pour apaiser la culpabilité de l’administration pour son échec à répondre au génocide au Rwanda de 1994 ? Était-ce pour installer la plus grande base militaire américaine en Europe depuis la guerre du Vietnam, le Camp Bondsteel, au Kosovo ? Pour que les Américains aient accès aux vastes richesses minières du Kosovo et à d’autres occasions de faire des affaires, y compris pour Mme Albright? Ou était-ce pour tuer une expérience yougoslave, finalement assez réussie, de « troisième voie » entre l’Ouest et l’Union soviétique ?

Il semble que ces gens aient dû mourir pour toutes ces raisons et pour la mise en pratique des doctrines de la « responsabilité de protéger » (R2P) et de la suprématie totale, ou full spectrum dominance, doctrines concoctées par les interventionnistes libéraux et les néocons à Washington. Ceux qui sont morts étaient essentiellement les cobayes d’une expérience du Nouvel Ordre Mondial, dans le but de voir jusqu’où le monde pourrait être poussé à pratiquer la R2P, une politique qui pourrait être utilisée pour masquer des ambitions impériales.

Et ça a marché. La Yougoslavie a été incapable de résister à la puissance de l’OTAN opérant hors du mandat de sa charte obsolète : défendre l’Europe occidentale contre une supposée menace soviétique. En effet, on pourrait soutenir qu’avec la fin de la guerre froide, un autre motif pour attaquer la Yougoslavie était de fournir à l’OTAN une justification de son existence. (Elle irait plus tard encore plus loin en dehors de son théâtre légal d’intervention, en Afghanistan puis en Libye.)

La Russie n’a pas pu faire grand-chose pour aider les Serbes. Ensuite l’ambassade de Chine a également été touchée, un test semble-t-il, bien que le The New York Times ait écrit que c’était une erreur. Les Chinois n’ont rien fait.

C’est ainsi que la R2P a été mise en œuvre — sans protection pour les Serbes yougoslaves. Ils ont dû mourir dans l’expérience visant à explorer les limites de la puissance des États-Unis et les limites de leur résistance.

Vladimir Golstein, ancien professeur associé à l’université de Yale, il dirige le  Department of Slavic Studies at Brown University et est un commentateur sur les affaires russes.

L’article original a été publié par Consortium News

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Diane pour le Saker francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/cache-a-la-vue-de-tous-a-belgrade

 

 

 

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Plaidoyer contre l’agression occidentale, par l’ambassadeur de Syrie à l’ONU

Plaidoyer contre l’agression occidentale, par l’ambassadeur de Syrie à l’ONU


Par l’Ambassadeur de Syrie à l’ONU − Le 14 avril 2018 − Source YouTube

Je me félicite de la présence du  secrétaire général en ces moments très importants de l’histoire du Conseil de sécurité.

Le secrétaire général, dans son allocution d’hier, a mentionné que la Guerre froide était de retour. C’est exact, nous sommes tous d’accord avec l’exactitude de ces propos. Il convient de se rappeler à cette occasion à ceux qui ont relancé la philosophie de la Guerre froide. Évidemment, nous nous souvenons tous qu’à la suite de l’effondrement de l’ex-URSS, des livres d’une personne nommée Francis Fukuyama ont été publiés dans ce pays, l’auteur de La Fin de l’histoire ; un autre auteur, le penseur américain Samuel Hugttington, a fait état du Conflit des civilisations, pour sa part. Ces deux livres ont fondé le retour de la philosophie de la Guerre froide. En effet, le contenu de ces deux ouvrages était le suivant : « Ô peuples du monde, suivez la voie des États-Unis, soumettez-vous à la volonté des États-Unis ou alors, nous vous agresserons. » « My way or the way » comme on dit aux États-Unis d’Amérique. Cela a donc marqué le retour de la philosophie de la Guerre froide. Le mensonge ne sert à rien, Mesdames et Messieurs, le mensonge ne sert à rien !

Il sert à celui qui profère le mensonge, une fois et une seule. Lorsque le mensonge se répète il ne fait que mettre en lumière que son auteur est un menteur. Mon collègue, le distingué représentant de la France, a annoncé que l’agression de son pays aux côtés des États-Unis et du Royaume-Uni s’est faite  au nom de la communauté internationale et je m’interroge dès lors : de quelle Communauté internationale parle-t-il ? Est-ce qu’il parle d’une Communauté internationale qui existe, une Communauté internationale réelle ? Est-ce que cette Communauté internationale que vous représentez a adoubé cette agression tripartite sur mon pays ? Les gouvernements de ces trois pays ont-ils reçu mandat de ce Conseil de sécurité pour agresser mon pays ? Mes homologues américain, français et britannique ont prétendu qu’ils avaient bombardé des centres de production de matières chimiques en Syrie. Si les gouvernements de ces trois pays connaissaient les positions de ces centres de production qu’ils prétendent avoir bombardés, pourquoi n’ont-ils pas partagé ces informations avec l’OIAC, pourquoi n’ont-ils pas partagé ces informations avec le groupe et la Commission d’enquête présente à Damas avant d’agresser mon pays ?

Voilà une question.

D’ailleurs, à cette occasion, je voudrais vous assurer tous de l’arrivée d’un groupe d’experts d’investigateurs de l’OIAC, ils sont arrivés à Damas à la mi-journée. Évidemment, l’équipe en question n’a pas pu passer de Beyrouth à Damas pour des raisons que nous ne connaissons pas, juste avant l’agression. Comme si on avait essayé d’entraver l’entrée de cette équipe d’investigateurs et d’enquêteurs à Damas en attendant que l’agression se passe. Toujours est-il que la délégation est arrivée à Damas à la mi-journée et elle organisera une réunion dans deux heures, à 19h, heure de Damas, avec les autorités syriennes. Mon gouvernement apportera tout son appui à cette délégation pour qu’elle puisse mener à bien sa mission. Le bâtiment du Centre de recherche de Barza a été visé par cette agression tripartite ; ce bâtiment avait été visité à deux reprises l’an dernier par des experts de l’OIAC, ce bâtiment a été inspecté. Cette inspection a été sanctionnée par un document officiel, stipulant que la Syrie a respecté ses engagements vis-à-vis de l’OIAC et qu’il n’y avait aucune activité chimique dans ce bâtiment. Si les experts de l’OIAC nous ont remis un document officiel l’année dernière, faisant état de la non-utilisation de ce centre, le centre de Barza, pour quelque activité chimique en contravention avec nos obligations dans le cadre de l’OIAC, comment concilier cela avec ce que nous avons entendu ce matin, de toutes ces accusations ou que cette agression a pris pour cible un Centre de production de produits chimiques ?

La collègue américaine a dit « fini le temps des discussions ». Le temps des discussions s’est terminé hier. Mais alors que faisons-nous en tant que diplomates en ce Conseil de sécurité ?

Notre mission est de parler, notre mission est d’expliciter ce qu’il se passe, de mettre en lumière toutes les questions. Nous ne pouvons pas venir au Conseil de sécurité pour justifier une agression contre tel ou tel État. Comment pouvons-nous parler de la fin des discussions ? Non, au Conseil de sécurité, les discussions se poursuivent entre diplomates. Si le but des discussions était de mettre un terme aux agressions, si l’objectif était de mettre en œuvre les dispositions de la Charte des Nations unies, du droit international.

Les collègues britannique et français ont parlé d’un plan d’action et ont invité le Secrétaire général à la mettre en œuvre, avant que le Conseil et le gouvernement syrien ne s’accordent sur ce plan d’action. Ce plan d’action est extraordinaire, il est très étrange, et permettez-moi de vous présenter un contre-plan d’action. Nous, nous présumons que c’est là le plan d’action qui aurait dû être présenté aujourd’hui.

D’abord, lire les dispositions de la Charte des Nations unies, définir et réaliser les responsabilités de ces trois États dans le maintien de la paix et de la sécurité et non pas de menacer la paix et la sécurité et les saper. J’ai apporté trois exemplaires de la Charte, deux en anglais et un en français. Peut-être conviendrait-il que ces trois États relisent ce que contient la Charte.

Deuxièmement, il est nécessaire que ces États cessent immédiatement d’apporter leur soutien aux groupes terroristes armés qui agissent dans mon pays. Immédiatement !

Troisièmement, mettre un terme au mensonge et à la fabrication de faits pour justifier cette agression continue contre mon pays.

Quatrièmement, ces États doivent réaliser qu’après sept ans d’une guerre terroriste imposée à mon pays, une guerre menée par ces trois pays et leurs agents dans la région, leurs barges, leurs missiles, leurs avions, n’atteindront pas notre volonté, ni notre volonté de mettre un terme et de détruire votre terrorisme.

Cela n’empêchera pas le peuple syrien de réaliser son avenir politique par lui-même, sans aucune intervention et je répète cela pour la millième fois. Nous ne permettrons à aucun intervenant étranger de dessiner notre avenir. Je vous avais promis hier que nous ne resterions pas les bras ballants face à quelque agression que ce soit et nous avons tenu promesse et je m’en vais vous expliquer comment nous avons tenu promesse. Permettez-moi, à présent, de m’adresser aux États qui sont attachés au droit international, pour leur dire que la République arabe syrienne, ses amis, ses alliés – et ils sont nombreux – sont tout à fait à même de faire face à l’agression brutale qui a visé mon pays. Ce que nous vous demandons ce matin, à vous, diplomates, ambassadeurs, ceux qui sont attachés à la légitimité internationale, à la Charte, est d’appeler les États-Unis d’Amérique, la Grande-Bretagne et la France à lire les dispositions de la Charte des Nations unies, notamment ce qui a trait au respect de la souveraineté des États et de ne pas recourir à la force dans les relations internationales. Peut-être les gouvernements de ces trois pays réaliseront-ils, ne serait-ce qu’une fois, que leur rôle au sein de ce Conseil est de maintenir la paix et la sécurité nationale, non pas de les saper. Tout comme je viens de vous le dire, j’ai trois exemplaires de la Charte, je demande au secrétariat de les distribuer aux trois délégations, qu’elles puissent se cultiver dans leur ignorance et leur tyrannie.

Monsieur le Président, en violation flagrante des principes du droit international et de la Charte des Nations unies, les élus d’Amérique, de la Grande-Bretagne et de la France ont à 3h55 du matin, ce samedi 14 avril 2018, donc 3h55 du matin heure de Damas, mené une agression traître assez flagrante contre la République arabe syrienne, qui a donné lieu à 110 missiles en direction du territoire de la République arabe syrienne, à Damas et dans d’autres villes et régions du pays. Cent dix missiles ! En réponse à cette agression épouvantable, la République arabe syrienne a mis en œuvre son droit légitime, en vertu de l’article 51 de la Charte, s’est donc défendue pour repousser cette agression abjecte. Les systèmes de défense aériens syriens ont pu détourner de nombreux missiles même si certains sont parvenus à toucher le Centre de recherche à Damas, non pas à l’extérieur de Damas, à Damas. Il s’agit là d’un centre qui comprend des laboratoires et des salles de classes. Les dégâts sont matériels, Dieu merci. Certains de ces missiles modernes, charmants, intelligents, ont été déviés. Ceux qui visaient une installation militaire près de Homs ont fait trois blessés. Ces trois États ont préparé le terrain à cette agression en faisant des déclarations où ils sous-entendaient que leur seule excuse pour empêcher l’avancée de l’Armée syrienne contre les groupes armés est ces allégations d’utilisation d’armes chimiques. Et effectivement, les instructions de ces agresseurs sont parvenues aux groupes terroristes armés. Ces groupes, dans une course contre le temps, sont parvenus à présenter cette mascarade d’utilisation d’armes chimiques à Douma, ont fait venir des parjures et ont montré les lieux de cette attaque prétendue. Cela a été utilisé comme prétexte pour utiliser cette agression scandaleuse qui ne peut s’expliquer que par le fait que les agresseurs d’origine, à savoir la France, les États-Unis d’Amérique et la Grande-Bretagne, ont décidé de s’ingérer de manière directe pour venger la défaite de leurs agents dans la Ghouta.

D’ailleurs, ceux qui ont fabriqué la mascarade de l’attaque chimique à la Ghouta ont été arrêtés et ils ont admis à la télévision qu’il s’agissait là d’une fabrication, nous avons la vidéo, si la présidence s’intéresse à la regarder.

Mesdames et Messieurs, j’attire votre attention, qui est attachée à la Charte et au droit international, sur le fait que cette agression constitue un nouveau message de ces trois agresseurs aux groupes terroristes pour que ces groupes puissent continuer à utiliser l’arme chimique à l’avenir, pour qu’ils puissent continuer leurs crimes terroristes non pas en Syrie mais dans d’autres pays, cela ne fait pas de doute.

Dans 146 missives, nous avons attiré votre attention sur l’utilisation par des groupes terroristes de ces armes chimiques, 146 missives et aujourd’hui, certains réinventent la roue, soudainement, et décident de déterminer le sexe des anges. Vous savez tous, Mesdames et Messieurs, que cette agression est intervenue à l’heure où l’équipe d’enquête de l’OIAC devait arriver en Syrie sur demande du gouvernement syrien pour examiner ces allégations d’attaque chimique à Douma. Donc, tout naturellement, le message principal que vous envoient ces agresseurs, à vous le Conseil et au monde, est qu’ils ne font que très peu de cas de votre mandat dans ce Conseil et qu’ils ne veulent pas d’enquête transparente et professionnelle. Non, ils cherchent à saper le travail de la mission d’enquête, ils essayent de faire pression sur cette mission pour cacher leur mensonge et la fabrication, tout comme cela s’est passé il y six ans, en 2013, avec le docteur Salstrom qui, en direction de  Khan al-Assal, venant de Damas… Je vous l’avais expliqué dans une précédente intervention.

Cette agression, l’agression de ce matin, n’est pas une agression qui a visé la Syrie seulement, c’est une agression – comme l’a dit mon très cher ami le représentant de la Bolivie – une agression contre le droit international, contre la Charte, contre le Conseil de sécurité. Une agression contre les 193 membres de cette organisation.

La poursuite de Washington, de Londres et de Paris pour faire échouer les efforts des groupes de travail des Nations unies et des Commissions d’enquête est assez systématique même si ces trois parties se gargarisent de leur appui au travail de ces groupes, alors qu’en même temps, elles pratiquent la pression et le chantage derrière les portes closes de cette organisation pour que ces groupes et ces Commissions sortent de leurs mandats, les mandats pour lesquels ils ont été créés. Nous nous souvenons de tout ce qui est arrivé aux Commissions d’inspection en Irak, en Libye, en Afrique. Aucune commission d’enquête ou d’inspection ne peut réussir s’il y a chantage, c’est impossible.

Aux trois agresseurs, je dis : « Vous êtes des menteurs, vous êtes des affabulateurs, vous êtes des hypocrites. » Vous cherchez à faire échouer quelque action de cette organisation qui ne sert pas vos intérêts. Depuis la création de cette organisation vous avez tenté de saper les efforts des groupes d’enquête, vous avez tenté de les instrumentaliser. Il me suffit de citer l’Afrique, la Syrie, la Libye, la Yougoslavie. Tout cela démontre que vous ne faites pas ce que vous prétendez.

Vous avez épuisé les ordres du jour de ce Conseil en essayant de le détourner et de l’instrumentaliser pour continuer vos politiques d’ingérence, vos politiques colonialistes.

Hier, dans la presse des États-Unis et de l’Occident, le thème principal était le mensonge et la traîtrise dans le cadre d’une campagne qui appelait par avance au succès des mensonges, tandis que les trois gouvernements agressaient mon pays, tandis que les systèmes de défense aériens de mon pays faisaient face à cette agression avec beaucoup de courage et de valeur. Cent missiles ont ainsi été détruits, ils ne sont pas parvenus à leurs objectifs ; au même moment, le ministre de la Défense américain et le chef de l’état-major se tenaient devant la presse américaine et internationale dans une scène surréaliste, délirante. Ils étaient debout, incapables de répondre à des questions objectives. Personnellement et ainsi que des millions de téléspectateurs, j’ai eu pitié de ces deux hommes parce qu’ils étaient debout, comme des cancres, à répéter des phrases sans aucun sens, incapables de répondre à la question légitime d’un journaliste, s’agissant de viser des centres de production d’armes chimiques et le danger que cela représente sur les civils, si ces matières chimiques venaient à se propager. Aucune réponse ; de cela même ils ont été incapables de répondre à une journaliste qui a dit au Ministre de la défense et je cite : « Vous avez dit ici même que vous n’aviez aucune preuve faisant état que le gouvernement syrien était responsable de l’attaque à Ghouta, que vous est-il arrivé depuis quelques heures ? Comment avez-vous changé d’avis ? » Sa réponse est qu’il a obtenu une confirmation des services de renseignement.

La République arabe syrienne condamne très fermement cette agression tripartite, qui démontre une fois de plus, de manière indiscutable, combien ces pays font peu de cas du Droit international même s’ils le répètent sans cesse. Ces pays ont démontré leur conviction pour la loi de la jungle et la loi du plus fort au moment où ils sont membres permanents de ce Conseil, ce Conseil qui est chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales et d’empêcher les agressions en vertu du Droit international.

La République arabe syrienne exprime son dégoût de la position scandaleuse des Chefs du Qatar qui ont appuyé cette agression après qu’ils ont permis que les avions ont pu partir de la base d’al-Udeid du Qatar. Il n’est pas étonnant que les petits garçons de l’Émirat du Qatar prennent cette position, eux qui ont appuyé de manières diverses les bandes terroristes telles que les Frères musulmans et d’autres, pour déstabiliser les pays arabes en tête desquels la Syrie. La République arabe syrienne demande à la Communauté internationale si il existe cette Communauté internationale − nous venons d’entendre une nouvelle définition de la Communauté internationale. Nous exigeons de la Communauté internationale et du Conseil qu’ils condamnent cette agression qui  augmentera les tensions dans la région, qui constitue une menace à la sécurité et à la paix dans le monde entier.

Mesdames, Messieurs, qui êtes attachés au droit international, je vous invite à imaginer avec moi cette réunion où le Conseil de la sécurité américain a décidé de cette agression. Je ne peux m’empêcher d’imaginer qu’ils se disaient « nous n’avons pas de base légale pour attaquer la Syrie, nous n’avons pas de preuve de l’existence de cette attaque chimique à Douma, mais oublions tout ça, mettons tout cela de côté, nous n’avons jamais eu besoin, dans quelque opération militaire que nous avons menée, du Droit international. » Puis ils continuent à discuter entre eux, du moins, j’imagine, j’imagine ce qu’il s’est passé entre eux hier : « Cette action militaire est nécessaire pour nous et pour nos alliés pour que l’opinion publique de notre pays puisse détourner le regard des scandales de nos élites politiques et pour que les Émirats du Golfe puissent payer la facture de cette agression, tout ça pour défendre et préserver ce terrorisme que nous avons appuyé pendant des années en Syrie. »

Je vous remercie monsieur le Président.

(Le représentant de la République arabe syrienne a demandé la parole pour prononcer une nouvelle déclaration, je lui donne la parole)

Merci, Monsieur le Président, je m’excuse d’avoir demandé une nouvelle fois la parole.

Monsieur le Président, ce que nous venons de voir de nos propres yeux aujourd’hui est affligeant au sein de ce Conseil. Certains préfèrent ignorer une chose très importante dont nous avons parlé : l’éléphant dans la salle ; à savoir, l’occupation militaire directe d’un tiers du territoire de mon pays, il s’agit là d’une occupation militaire de la part des États-Unis sur un tiers de mon territoire, de notre territoire, néanmoins, on a préféré parler au sein du Conseil de petits détails et cette délégation considère qu’ils sont essentiels. La scène, le paysage politique sont extrêmement dangereux. À l’heure actuelle, nous sommes un État dont la souveraineté à été violée par un membre permanent du Conseil de sécurité, voilà la vérité, voilà se qui se déroule véritablement et ce n’est pas ce que montrent les Casques blancs d’une organisation terroriste mise en place par les services de renseignement du Royaume-Uni. Nous devons nous concentrer sur ce qui se passe véritablement sur le terrain. Certains avancent qu’ils combattent l’EIL en Syrie et en Irak, dans la réalité ils ont apporté une couverture, une protection aérienne à l’EIL. Tout ce qui permet de faire avancer l’EIL, les États-Unis, les Britanniques, les Français, et bien, tout ce qui pourrait nous permettre de lutter contre eux est bombardé par ces trois pays. Ils bombardent nos sites pour que nous ne puissions pas vaincre l’EIL. Néanmoins, ils ont échoué, nous avons été en mesure de faire essuyer des défaites à l’EIL aux côtés de nos frères irakiens en trois ans, non pas en 15 ans comme l’ancien président Barack Obama l’avait prévu. Nous comprenons bien que les capitales de ces trois pays, des trois pays qui ont lancé l’agression, ressentent une certaine frustration. Certains des collègues qui ont voté contre le projet de résolution présenté par la Fédération de Russie ont avancé qu’ils soutenaient le règlement politique de la situation, et bien, aujourd’hui, après avoir observé leurs votes honteux contre ce projet de résolution nous le disons, ceux qui ont voté contre ce projet de résolution ne sont plus des partenaires du gouvernement syrien, dans quelque cadre de règlement politique que ce soit. La représentante du Royaume-Uni a parlé des îles Malouines, cette remarque montre bien quelles sont les politiques impérialistes du Royaume-Uni.

Madame l’ambassadrice, je suis rapporteur au C24 qui porte sur les questions de décolonisation et je travaille justement sur le programme des Nations-Unies et du Secrétaire général et le travail de moi-même et de mes collègues au C24 est de mettre fin à la colonisation et justement, les îles Malouines font partie de la liste des territoires qui ne jouissent pas d’une indépendance. Nous travaillons, en suivant le programme des Nations unies, afin de mettre fin à l’occupation britannique des îles Malouines. Maintenant, pour ce qui est de mon collègue, l’ambassadeur du Koweit, je tiens à lui rappeler ceci : il en est tout à fait conscient, son gouvernement le sait, au moment où mon pays a participé à la libération du Koweït, nous n’avons pas justifié notre position de principe devant le peuple du Koweït, nous nous étions appuyés sur notre propre position, nous n’avions pas besoin d’agression tripartite ou  de résolution, nous ne nous sommes pas tournés vers les dispositions de la Charte et nous n’avons pas renié nos obligations vis-à-vis de nos frères du Koweït. À cette époque là, nous n’avons rejoint aucun groupe d’agresseurs du Koweït, nous nous sommes acquittés de notre devoir national, devoir que nous avions vis-à-vis de notre frère, le Koweït. Il se rappellera également du fait qu’à l’époque, mon pays aurait pu jouer un rôle tout autre et aurait pu avoir un impact négatif sur la paix et la sécurité, la stabilité du Koweït, mais nous avons préféré ne pas le faire et avons agi différemment. Nous nous sommes appuyés sur une position nationale de principe qui ne saurait faire l’objet de négociation ni de discussions.

Je vous remercie, monsieur le Président.

Transcription par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/discours-de-lambassadeur-de-la-syrie-a-lonu

Phil Butler – Agents de Poutine

Phil Butler – Agents de Poutine


Par Wayan – le 10 février 2018 – Le Saker Francophone

1st Cover Butler 3_2BALes éditions Apopsix viennent de publier la version française du dernier livre de Phil Butler, « Agents de Poutine ».

Phil Butler est un auteur que nous connaissons bien au Saker Francophone puisque nous avons déjà traduit quatorze de ses articles.

Dans ce livre au titre provocateur, Butler nous propose de faire connaissance avec les fameux « trolls du Kremlin » ; « agents de Poutine » ou autres « rouges/bruns pro-russes » qui deviennent de plus en plus la bête noire des journalistes ou autres « experts » médiatiques politiquement corrects, mais moralement incorrects, des médias grand public.

Et la meilleur façon de bien connaître ces « empêcheurs de mentir en rond » est de leur laisser la parole. Ce livre est donc un recueil de textes de présentation autobiographique de typiques « trolls du Kremlin » déjà bien connus ou restés complètement dans l’ombre de l’anonymat, mais particulièrement actifs dans la sphère des réseaux sociaux, twitter en particulier, ou des blogs de contre-information. L’auteur commence donc par se présenter lui-même, puis va nous présenter l’un des plus réputés analystes ouvertement pro-russes, puisque russe lui-même, Andrei « The Saker » et continuer avec des acteurs plus ou moins connus mais non moins actifs comme Marcel Sardo, Patrick Armstrong, Graham Phillips, Marilyn Justice, Holger Eekhof, Chris Doyle, CODP Astronaute, Carmen Renieri ou Vanessa Beeley…

L’unité qui ressort de ce grand mélange de personnalités, de destinées et de situations personnelles est la lutte pour la vérité et la justice, face aux mensonges, à la propagande et à l’iniquité de pays qui ont, en plus, le culot de s’autoproclamer grands défenseurs des droits de l’homme, de la loi et de la liberté de la presse. Bien sûr, mais ça va mieux en le disant haut et fort, la majorité d’entre eux n’ont jamais mis les pieds à Saint-Pétersbourg, et encore moins dans « l’usine à trolls de Poutine » ni même reçu le moindre rouble de leur vie.

C’est donc un livre à lire pour se nourrir de l’expérience des ces résistants du XXIe siècle, balayer les derniers doutes à ce sujet, même si nos lecteurs n’en ont plus guère je pense, et surtout un livre à offrir à ceux qui ont encore du mal à ouvrir les yeux sur la triste réalité qu’est devenue la « démocratie occidentale ». Son titre, un brin provocateur, devrait attirer le genre de personnes ayant encore au fond d’eux la pensée racine que, décidément, on ne pourra jamais faire confiance à ces sales « Russkofs » ou que Poutine est un salaud de dictateur. Écouter parler ces fameux « pro-Poutine » pourrait bien leur ouvrir l’esprit sur un monde qu’ils ne soupçonnent même pas.

Traditionnellement, nous offrons à nos lecteurs une interview de l’auteur des livres que nous vous présentons. Mais ce livre n’étant qu’une série d’interviews, nous allons donc plutôt vous présenter une série d’extraits de ces interviews.

Et pour commencer, la virulente préface de Pepe Escobar  qui vous mettra tout de suite dans l’ambiance :

« J’ai toujours eu du mal à supporter les idiots, les simplets et les débiles légers. Quand vous avez roulé votre bosse dans le monde entier comme correspondant étranger pendant plus de trente ans, vous pensez que vous avez traversé tous les marécages possibles. Mais non, vous n’avez pas vu ce marais hystérique dans lequel on vous accuse vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept d’être un agent de Poutine. Donc, me voilà… J’étais un agent de Poutine avant même que la Russie ne sorte du permafrost et oui, je resterai un agent de Poutine même après être retombé en poussière.

Allez, vous faire voir ! »

Plus calme, Phil Butler dans son auto présentation :

« Quant à mes propres motivations, ce qui m’a fait devenir un ‘Troll du Kremlin’, la plupart des lecteurs vont les deviner aisément. Il ne se passe pas un jour sans que je repense aux insultes de la cour de récréation. Des images fortes de piques et d’accusations sont gravées dans ma mémoire. Ces brutes et ces grincheux qui voulaient avoir le dessus sur nous tous rôdent aux limites de ma mémoire. Comme les gens bien parmi nous se sont mis à les haïr, les brutes du monde. Comment aucun d’entre nous aurait pu alors deviner que notre pays deviendrait le tyran du monde ? »

Sur les motivations de ces « guerriers de la lumière » :

« Ces souvenirs me font mieux comprendre pourquoi certains combattent la bassesse des récits convenus d’aujourd’hui. Après tout, ne nous a-t-on pas appris à reconnaître le bien et le mal et à essayer de faire le bien ? N’est-ce pas pour cela que nous applaudissons et que nous pleurons aux mêmes moments des films ? Nous lisons et observons continuellement les mêmes drames, non ? Est-ce que nous ne méprisons pas les mêmes méchants et n’adorons-nous pas les mêmes héros ? Ce sont ces questions fondamentales et les idéaux qui les sous-tendent qui me guident. Quels que soient les motifs de notre dévouement à Poutine, la communauté d’approche que vous trouverez là est claire comme le brillant de l’or et solide comme le titane. Les justes méprisent les brutes et les tricheurs et tous ceux qui sont décrits dans ce livre en ont vraiment marre. »

The Saker :

« Par ma naissance, mon éducation et mon expérience j’avais vraiment tout pour haïr Poutine. Je suis né dans une famille de ‘Russes blancs’ dont l’anti-communisme était total et viscéral… Au contraire de tant d’activistes anti-soviétiques qui étaient aussi russophobes, je n’ai jamais assimilé mon peuple au régime qui l’a oppressé. Donc, alors que je me réjouissais de la fin d’une horreur, j’étais consterné de voir qu’une autre avait pris sa place. Mais le pire est qu’il était évident que l’Occident jouait un rôle actif dans toutes les formes d’action anti-russes, de la protection des truands russes au soutien des insurgés wahhabites de Tchétchénie en passant par le financement de la machine de propagande qui essayait de transformer les citoyens russes en consommateurs décérébrés et la présence de ‘conseillers’ étrangers jusque dans les ministères clés (eh oui !). Les oligarques pillaient la Russie, causant d’énormes souffrances, et l’Occident dans son ensemble, le soi-disant ‘monde libre’, non seulement n’a rien fait pour l’empêcher, mais a aidé les ennemis de la Russie par tous les moyens à sa disposition. »

Le Suisse et producteur multi médias Marcel Sardo,  présenté dans les médias suisses comme le « sniper des médias » de Poutine :

« J’ai été témoin du déclenchement et de l’escalade de Maïdan assis à mon bureau de Zurich en regardant les images en ligne de la place sur des écrans secondaires, tout en travaillant. Comme je connaissais bien les liens historiques et socio-économiques qui lient l’Ukraine et la Russie depuis des centaines d’années, mon inquiétude concernant ce ‘soulèvement’ augmentait de jour en jour, surtout quand les premiers hommes politiques occidentaux ont commencé à s’exhiber sur le Maïdan en débitant leurs inepties habituelles à propos des ‘valeurs occidentales’, de la ‘liberté et de la démocratie’ et des ‘droits de l’homme’. Toute personne qui a observé les événements géopolitiques des 25 ou 30 dernières années les yeux ouverts et avec impartialité sait très bien que ces mots creux sont des codes de langage qui, un jour ou l’autre, déclenchent de tragiques effusions de sang. Qui parmi nous peut oublier les ‘bombardements humanitaires’ de la Yougoslavie, la ‘libération de l’Irak’ d’un ‘dictateur brutal’ et le bonheur éternel, la liberté et la prospérité qui se sont ensuite abattus sur la population irakienne ? Sans parler bien sûr du summum du succès, la construction d’une nation nouvelle en Libye après l’imposition d’une ‘zone d’exclusion aérienne’ sur le pays qui s’est changée par magie en ‘zone de survol exclusif par l’Otan’, qui est une leçon d’exportation de la démocratie pour tous. »

Patrick Armstrong, analyste géopolitique canadien :

« Et la grande chance d’intégrer la Russie au cercle des vainqueurs a été mise de côté. J’ai longtemps pensé que ce n’était que stupidité et ignorance. Je savais que les ennemis implacables étaient là, Brzezinski et la cohorte des centres de ‘réflexion’ (il y a sur mon site web une longue liste de citations anti-Russie que j’ai rassemblées au fil des années), mais j’ai grandement sous-estimé leur persévérance. On peut discuter avec les gens stupides ou ignorants (ou au moins essayer). Mais vous ne pouvez pas discuter avec les russophobes :

  • La Russie veut reconquérir son empire, c’est pourquoi elle a envahi la Géorgie.
  • Mais elle n’y est pas restée n’est-ce pas ?
  • Non, c’est parce qu’on l’en a empêché.
  • Poutine tue des journalistes.
  • Nommez-en un.
  • Mais si, vous savez, quel est son nom… ?
  • Il y a eu des exercices provocateurs aux frontières de l’Otan.
  • Mais l’Otan ne cesse de se rapprocher des frontières russes.
  • Ce n’est pas une raison, l’Otan est pacifique.
  • Poutine est le voleur le plus riche du monde.
  • Qui le dit ?
  • Tout le monde le dit.
  • Poutine a piraté les élections américaines.
  • Comment ?
  • D’une manière ou d’une autre. »

Une grand-mère anglaise œuvrant sous le pseudonyme twitter de Malinka :

« Comme j’ai beaucoup d’amis en Russie et que je vais là-bas tous les ans, j’avais aussi des sources directes de nouvelles et les réactions de Russes aux événements. J’ai donc recherché les informations des différentes sources disponibles pour me faire ma propre opinion. C’est comme cela que je suis devenue une sorte d’aficionada de Twitter. Je n’ai pas mis longtemps à comprendre que les médias anglais (et les médias dominants occidentaux en général) propageaient leur propre récit convenu russophobe, ces mêmes journalistes pour qui j’avais jusque-là beaucoup de respect étaient tendancieux et déformaient souvent les faits pour les faire correspondre à leur point de vue. Si bien que je me suis mise à consulter des sources anti et pro-Russie sur les mêmes sujets, dans les moindres détails, ce que je fais toujours, avant de rédiger mes messages Twitter. Mon compte a été bloqué par beaucoup d’officiels et de journaleux simplement parce que je posais des questions ou que je les mettais en cause avec des faits puisés dans des médias occidentaux (pour éviter d’être accusée de citer des sources russes ce qui, pour eux, est équivalent à de la propagande). Ce qui ne m’a pas empêchée de figurer, comme vous le savez sur la liste des grands ‘Trolls du Kremlin’. »

Holger Eekhof , journaliste allemand :

« Les ‘Trolls du Kremlin’ n’ont jamais été motivés par Poutine ou la Russie, mais par la bêtise de l’Occident et le mal qui en découle. »

Vanessa Beeley, journaliste ayant enquêté et démasqué le montage médiatique autour des Casques Blancs syriens :

« On nous ment chaque jour, si ce n’est chaque heure. Le pouvoir de l’appareil qui produit ces mensonges dans les médias alignés sur les états, les ONG, les ‘think tanks’ et les institutions qui leurs sont associés est immense et ils ont maintenant envahi les réseaux sociaux. Depuis des dizaines d’années nous sommes soumis à un processus insidieux et destructeur, une procédure connue de torture de la CIA, dont le but est d’user notre confiance dans notre propre capacité à juger les situations et à séparer les faits de la fiction. Mon désir de briser ce paradigme de mensonges et de manipulation est sans doute ma motivation première. »

Vera Van Horne, une russo-ukrainienne vivant au Canada :

« Quand à devenir un ‘Troll du Kremlin’, comme d’autres l’ont déjà dit, c’est très facile, tout ce que vous avez à faire c’est commencer à dire la vérité. »

Christoph Heer, un professeur de piano vivant en Suisse :

« Je n’ai pas cherché la bagarre, mais quand j’ai réalisé à quel point les médias dominants mentent, j’ai accepté la bagarre sans réserve. Il est de mon devoir de lutter contre le mensonge. »

Paul Payer, ancien capitaine de l’armée américaine :

« Les guerres racistes, impérialistes ou économiques qui étaient auparavant l’apanage des fascistes et des communistes, sont maintenant menées par nos ‘néocons’ américains, qu’ils soient de droite ou de gauche, au nom de la paix et de la tolérance alors qu’ils entretiennent et utilisent les meurtriers brutaux d’organisations comme ISIS. En regardant la vidéo des conséquences du massacre d’Odessa, les viols, les exécutions et les enfants brûlés vifs, contre de telles atrocités sans cœur, je ne vais JAMAIS reculer. Cette destruction de la République américaine et le déchaînement d’une telle brutalité sur le monde ne peux pas être supporté. C’est pourquoi je suis devenu un ‘Troll de Poutine’. »

Et enfin, pour terminer le tour de ce groupe éclectique mais très motivé, le colonel Stanislav Stankevich, ancien commando des forces spéciales de l’armée russe, ami de Phil Butler :

« Quand je compare la façon dont les élections ont lieu aux États-Unis et en Russie, les revendications inimaginables et hypocrites que le parti perdant présente au nouveau président américain et ce qui se passe chez nous, je comprends qu’en une trentaine d’années, la Russie est devenue le leader des libertés démocratiques laissant les États-Unis loin derrière. Et toute l’hystérie des médias et des dirigeants occidentaux ressemble aux récriminations d’un écolier offensé de ne plus pouvoir être considéré comme le premier de sa classe. J’aimerai que cet écolier analyse la situation et se hisse au niveau de ses camarades les meilleurs au lieu de venir en classe avec un calibre .38 et de tirer sur les élèves et les professeurs. »

Nous reviendrons a Phil Butler pour un extrait de sa conclusion :

« Avec l’aide d’un vieux blogueur de technologie devenu politique et quelques centaines de fanatiques déçus par le faux ‘Rêve américain’, un petit groupe d’illustres inconnus a amené les Allemands à créer un ‘ministère de la Vérité’, a poussé l’Union européenne à voter une loi ‘anti-propagande’ et la classe dirigeante américaine à hurler ‘au fou’ par l’intermédiaire de leur machine médiatique. Oui, la voix des ‘Trolls du Kremlin’ est devenue le pire cauchemar du Nouvel Ordre Mondial. »

Et nous, la minuscule et totalement bénévole équipe du Saker Francophone, profitons de l’occasion pour dire notre fierté de faire partie de ce petit groupe d’illustres inconnus, en tendant notre perche francophone à la rescousse de cette vérité noyée dans la manipulation médiatique.

Et cela, évidemment, sans la moindre aide, et encore moins aux ordres, de Poutine ou du gouvernement russe.

Wayan

http://lesakerfrancophone.fr/phil-butler-agents-de-poutine

 

Quelle lecture géopolitique de la crise grecque ?

Quelle lecture géopolitique de la crise grecque ?

Par Georges PREVELAKIS, Pierre VERLUISE, le 7 janvier 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Georges Prévélakis, professeur à l’université Panthéon-Sorbonne (Paris I) est l’auteur de “Qui sont les Grecs ? Une identité en crise”, Paris, CNRS éditions, 2017, 184 p. Il est membre du laboratoire Géographie-cités et membre associé du CERI (Sciences Po), spécialiste de la géopolitique des Balkans et des diasporas. Pierre Verluise, docteur en géopolitique de l’université Paris IV Sorbonne est le fondateur du Diploweb.com.

Pourquoi la relation entre la Grèce et l’Occident est-elle ambivalente ? Comment cette relation est-elle devenue une rente, particulièrement depuis l’entrée de la Grèce dans le Communauté économique européenne (1981) puis dans la zone euro (2001) ? Dans ce sytème, quelles sont les véritables fonctions des élites politiques grecques ? Le Professeur Georges Prévalakis répond de manière solidement argumentée aux questions de Pierre Verluise.

Pierre Verluise (P. V.) : Pourquoi la relation entre la Grèce et l’Occident est-elle ambivalente ?

Georges Prévélakis (G. P. ) : Il faut chercher l’explication dans le processus de création de la Grèce moderne.

A la fin du XVIIIème siècle et au début du XXème siècle, les sociétés européennes ont subi une profonde transformation politique et idéologique. Leurs élites se sont tournées vers l’antiquité, à la recherche d’une utopie historique capable de légitimer la rupture avec le passé qu’elles préconisaient. Parmi les différents nationalismes qui se sont consolidés pendant cette période en exploitant la référence hellénique, le nationalisme allemand occupe une place particulière. Au-delà d’un modèle politique, il a trouvé dans l’antiquité grecque un précédent géopolitique : de même que l’Allemagne avant son unification en 1871, la Grèce de l’antiquité était un ensemble de cités unies par la culture. C’est pour cette raison que la relation gréco-allemande est tellement passionnelle. La France napoléonienne s’est tournée par contre vers l’antiquité romaine.

Le néoclassicisme, mouvement artistique et architectural, a apporté une expression sensible à ces diverses représentations géo-historiques. Les grandes villes européennes et nord-américaines ont vu se multiplier les monuments conçus selon les règles élaborées par l’archéologie.

En même temps, dans l’Empire Ottoman, l’élite chrétienne orthodoxe (les Rums), était hellénophone ou employait le grec de l’Eglise comme langue véhiculaire, et avait développé des relations commerciales avec l’Europe. Sous l’influence idéologique européenne, les marchands rums ont commencé à développer une identité nationale. Ce fut le début d’une mutation identitaire qui a transformé une partie importante des Rums en Grecs « modernes ».

En 1821 éclata au sud des Balkans l’insurrection, que l’on connait aujourd’hui en tant que « Révolution grecque ». Cet événement a été perçu par l’Europe comme une chance inespérée pour réaliser une construction néoclassique à l’échelle d’un Etat et, qui plus est, sur la base de la géographie mentale des guerres du Péloponnèse (territoires autour d’Athènes et Sparte).

La contradiction entre une image imposée par les besoins identitaires occidentaux et la réalité du terrain est à l’origine de l’ambivalence de la relation entre la Grèce et l’Occident.

Ce rêve européen supposait d’idéaliser ceux qui devaient l’incarner, les “Grecs”. Les Rums, anciens schismatiques méprisés en tant que serviteurs du Grand Turc, sont devenus, aux yeux de l’Occident, les nobles descendants des Grecs de l’antiquité soumis à la “barbarie turque”. Pourtant ni le changement du regard occidental, ni la construction d’institutions étatiques selon le modèle occidental n’ont suffi à transformer complètement les réalités sociales et culturelles héritées du long passé impérial, byzantin et ottoman.

La contradiction entre une image imposée par les besoins identitaires occidentaux et la réalité du terrain est à l’origine de l’ambivalence de la relation entre la Grèce et l’Occident. Chaque fois que la Grèce donne des signes encourageants, l’ancienne idéalisation revient. Pourtant, la réalité dément tôt ou tard l’exagération des images. Le désenchantement conduit à des ressentiments ou même à l’hostilité, comme si les Grecs trahissaient les attentes de l’Occident.

Il s’agit d’un processus qui se répète de manière cyclique. Beaucoup de Philhellènes (amis des Grecs) de la Révolution grecque sont devenus des Mishellènes (ceux qui haïssent les Grecs) après avoir rencontré les “vrais Grecs”. Plus récemment, au lendemain de la dictature des colonels (1967-1974) l’Europe a idéalisé la Grèce de Constantin Karamanlis, qui a présidé le rétablissement de la démocratie en 1974, et d’Andréas Papandréou, dont l’élection triomphale en 1981 a marqué la fin de l’hégémonie politique des conservateurs, pour découvrir par la suite son visage balkanique pendant les années des guerres en Yougoslavie.

Le dernier épisode concerne évidemment la crise économique, amorcée cinq ans après les triomphalismes qui ont suivi l’organisation des Jeux olympiques d’Athènes de 2004. Quand la crise a joué son rôle révélateur, l’admiration pour l’“européanisation” grecque et ses taux de croissances élevés, s’est muée en mépris, parfois même en haine, comme si les Grecs étaient les seuls responsables d’une gestion économique et politique connue et tolérée par les institutions européennes.

L’Occident a du mal à percevoir les Grecs tels qu’ils sont, c’est à dire un peuple avec ses qualités et ses défauts. Cette difficulté de perception objective, conjuguée à l’importance de l’influence occidentale, se trouve à la source de bien de problèmes de la Grèce depuis le XIXème siècle. La crise actuelle ne constitue pas une exception à cette règle.

Quelle lecture géopolitique de la crise grecque ?
Grèce, Athènes, le Parthénon : une représentation classique de la Grèce transformée en ressource géopolitique ?

P. V. : Comment cette relation entre la Grèce et l’Occident est-elle devenue une rente, particulièrement depuis l’entrée dans le Communauté économique européenne (1981) puis dans la zone euro (2001) ?

G. P. : On imagine l’Empire ottoman comme une “prison de peuples”, comme si les nations y étaient déjà présentes et prêtes à surgir sur la scène de l’histoire une fois libérées de la domination impériale. Si cela était vrai, l’indépendance grecque, suivie des autres indépendances balkaniques, aurait été un simple retour à la normale, donc sans conflits et tensions. Or, comme on sait, le démembrement de l’Empire ottoman a conduit à un processus de terribles conflits, désigné d’ailleurs comme balkanisation.

L’explication de ces contradictions se trouve dans le fait que ce processus de balkanisation, loin d’être une normalisation, consistait au contraire en une transformation de fond en comble des espaces, des sociétés, des identités. La logique géopolitique impériale, qui régissait sociétés et territoires, devait être remplacée par la nouvelle logique westphalienne. Les sociétés balkaniques ont dû accomplir en quelques décennies le parcours que les sociétés occidentales ont mis de siècles à achever, en passant, elles aussi, par des terribles crises, comme la Guerre de Trente Ans (1618-1648).

La Grèce a été pionnière dans ce processus balkanique. Un morceau de l’espace ottoman a été découpé « à la hache » selon une géographie historique imaginée qui n’avait aucun rapport avec les réalités du terrain. Le premier territoire de la Grèce correspondait grosso modo à une ellipse dont les deux centres étaient, sans surprise, Athènes et Sparte. Ce nouvel Etat s’est vite avéré ingouvernable. Une administration étrangère a été importée de Bavière pour remplacer le pouvoir éclaté des notables autochtones par une structure centralisée. Une armée mercenaire a accompagné le roi et les administrateurs bavarois afin de mater les révoltes des “bandits” c’est à dire des anciens “combattants de la liberté” contre les Ottomans.

Pourtant, la logique de rente a des effets pervers puisqu’elle détourne les énergies de la création de richesses, renforce la centralisation partisane et encourage la corruption.

Un tel régime, fondé sur la violence, même légitime, ne pouvait pas être viable à la longue. Ainsi, le pouvoir central a créé un type de rapports entre le centre et la périphérie, dont l’évolution a conduit au clientélisme d’aujourd’hui. A travers ce système, il distribuait des privilèges, monétaires ou autres, à la périphérie. Comment trouver les moyens pour cette distribution ? La réponse est souvent venue de l’extérieur. L’importance de la thématique grecque imposait aux Occidentaux des efforts pour sauver la Grèce de l’implosion en lui apportant protection, soutien et financements. Ainsi s’est établie la tradition de la rente. Le système politique grec a rapidement appris à chercher, voire à revendiquer, la rente de l’Occident.

Pourtant, la logique de rente a des effets pervers puisqu’elle détourne les énergies de la création de richesses, renforce la centralisation partisane et encourage la corruption. En apportant une rente “philosophique”, justifiée par l’image idéalisée de la Grèce, l’Occident a souvent contribué à éloigner la Grèce de l’évolution voulue et espérée. En découvrant les effets sans en comprendre les causes, les Occidentaux se fâchaient avec les Grecs, sans réaliser que c’était leur propre influence qui avait provoqué les problèmes. L’ambivalence de la relation entre la Grèce et l’Occident est ainsi étroitement liée à la rente.

Toutes les périodes de l’histoire de la Grèce moderne n’ont toutefois pas été dominées par la logique rentière.

Ce fut le cas au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, lorsque le pays a bénéficié de très importants financements des Etats-Unis, qui étaient soucieux d’empêcher l’extension du bloc communiste au sud des Balkans. Cette “rente géopolitique”, qui a duré jusque dans les années 1950, a fait entrer la Grèce dans une période de croissance, désignée comme le “miracle économique grec” qui s’est poursuivie malgré les conséquences de la crise pétrolière de 1973, et s’est doublée, dans les années 1970, d’une modernisation institutionnelle et politique.

Ces réussites n’étaient néanmoins pas suffisantes pour justifier l’adhésion de la Grèce à la Communauté économique européenne (CEE), du fait notamment des problèmes structurels persistants de l’économie. L’entrée de la Grèce dans le club européen dès 1981 a été motivée avant tout par l’argument néoclassique. La construction européenne avait en effet toujours besoin de la symbolique grecque.

On a considéré que l’aide économique européenne permettrait à la Grèce d’accélérer sa modernisation et de rattraper ses retards. Perçues par les Grecs comme une nouvelle forme de rente, les diverses subventions qui ont irrigué l’économie grecque ont toutefois été utilisées par le système politique en place pour consolider son pouvoir. L’entrée de la Grèce dans l’Eurozone (2001) a amplifié cette la logique, dès lors que la Grèce a pu emprunter facilement et à des taux très avantageux sur les marchés internationaux de capitaux.

La longue période de stabilité politique (1981-2009), rare dans l’histoire de la Grèce, est due à l’abondance de la rente qui a alimenté une société de consommation, sans rapport avec la production de richesses. Derrière l’apparence de prospérité, se cachait la déformation de toutes les structures économiques et sociales. Gérée par l’administration centrale, la rente a renforcé une centralisation déjà excessive. La population a appris à mépriser l’effort et à considérer comme acquis des avantages qui n’avaient pas été mérités. L’économie grecque s’est introvertie : il suffisait d’entretenir ses relations avec les partis au pouvoir pour s’assurer la réussite économique. Le double déficit (budgétaire et commercial) qui se gonflait année après année, était couvert par les subventions et surtout par l’emprunt. On ne s’inquiétait pas du gonflement de la dette, puisque les Européens le toléraient.

Ainsi l’entrée de la Grèce dans la CEE et l’Eurozone a réactivé des anciens réflexes rentiers que les décennies précédentes avaient plus ou moins réussi à maitriser.

P. V. : Dans ce sytème, quelles sont les véritables fonctions des élites politiques grecques ?

G. P. : On peut considérer que les élites politiques ont fonctionné comme une articulation entre un Occident rêvant de l’ “européanisation” de la Grèce et une population qui y résistait. En obtenant la rente de l’étranger, en la distribuant et en imposant une certaine occidentalisation, plus ou moins profonde, ces élites profitaient du rôle de médiation pour servir leurs propres intérêts. Cette image est certes trop schématique. Pendant certaines périodes, les élites politiques ont abandonné ce rôle parasitaire en se concentrant aux efforts pour faire avancer la modernisation du pays.

Après 1981, une partie des élites politiques grecques a misé à nouveau sur la rente pour alimenter le système clientéliste. Cela leur a permis d’exercer une “concurrence déloyale” face à des opposants qui prônaient la voie de l’autonomie et d’un développement économique fondé sur les avantages comparatifs du pays. La rente est ainsi devenue un facteur de “sélection naturelle” négative des élites politiques, dont les éléments sains se sont retrouvés largement marginalisés. L’image désolante de la classe politique grecque au lendemain de la crise n’est donc pas l’expression d’une mauvaise qualité inhérente aux hommes et femmes politiques grecs, mais le résultat de cette forme de sélection. A quelques exceptions près, après trois décennies de domination de la rente et du clientélisme, les meilleurs avaient été éliminés de la scène politique.

La crise de 2009 a mis fin à l’abondance de la rente. Le système politique a été ébranlé. Les citoyens grecs ont découvert avec colère que leurs élites politiques n’étaient plus capables de capter la rente et de la distribuer. Ils se sont sentis trahis.

La gauche radicale, SYRIZA, a promis le retour au paradis de la rente : on obligerait les « banquiers européens » à payer sans poser de conditions et l’Allemagne fédérale à dédommager la Grèce pour l’occupation nazie pendant la Deuxième Guerre mondiale, ou on irait chercher de l’argent chez les Russes en leur proposant une alliance, etc. Se présentant comme force de renouveau face à un système politique vieilli et usé, ce parti a en fait prôné la régression à la logique rentière. Son échec à remplir ses promesses quand il est arrivé au pouvoir explique sa chute dans les sondages.

P. V. : Dans ce contexte, quels sont les rôles de la diaspora grecque, de la marine marchande et des réseaux ecclésiastiques ?

G. P. : La Grèce est une des manifestations d’une importante tradition géopolitique et géoculturelle, difficile à définir mais réelle. On utilise le terme de néo-hellénisme pour la désigner, en ayant conscience de ses limites. Cette tradition est composée d’éléments comme la continuité linguistique, étroitement associée à l’Eglise orthodoxe, la maritimité, la territorialité locale (tradition de la Polis), les réseaux diasporiques, ou encore certaines formes de vie familiale.

Contrairement aux récits de l’historiographie nationaliste, le néohellénisme était à l’aise au sein de l’Empire ottoman. Pourtant, une certaine perspicacité ou intuition de certains de ses membres leur a montré au début du XIXème siècle que l’avenir ne se trouvait pas dans le monde des empires mais dans la modernité, représentée par l’Etat-Nation organisé selon la territorialité westphalienne. Le rôle de la thématique grecque en Europe a joué aussi, comme nous venons de voir, un rôle important dans la décision d’accepter une mutation géopolitique et géoculturelle profonde. Le néohellénisme s’est ainsi habillé avec des vêtements empruntés à l’Europe. Il en a adopté la modernité, même s’il n’y a jamais été vraiment à l’aise. L’Etat grec, malgré ses réussites, n’a pas été à la hauteur des attentes de ses élites fondatrices. Il constitue aujourd’hui un acteur européen marginal, humilié, dépendant, piégé dans une relation malsaine avec l’Occident.

Cette Grèce est le visage le plus connu du néohellénisme, mais pas l’unique. Les structures prémodernes, celles qui lui permettaient de réussir dans les espaces impériaux, n’ont pas disparu. Leur résilience est une des causes de certains blocages de la modernisation. Ainsi, par exemple, la force du lien familial explique les difficultés pour imposer la méritocratie dans l’administration publique. En échange, les liens familiaux ont joué un rôle fondamental pour diminuer le choc social de la crise.

La diaspora, la marine marchande et les réseaux ecclésiastiques sont étroitement liés à la persistance des structures prémodernes. L’Etat grec, comme tout Etat national, a été hostile à la diaspora. Son objectif était de rassembler tous les Grecs au sein de son territoire. Il perçoit la marine marchande comme un acteur trop indépendant de lui, puisque les armateurs peuvent se déplacer sans entrave. Enfin, l’Etat grec a créé sa propre Eglise orthodoxe « nationale » ce qui est contraire aux règles de l’Eglise orthodoxe pour éviter l’influence religieuse du Patriarcat de Constantinople et échapper ainsi à son contrôle.

Ces visages extra-étatiques du néohellénisme ont survécu malgré les persécutions et les difficultés. La diaspora, détruite dans ses foyers traditionnels, a été reconstituée aux Etats-Unis, en Europe et en Australie. La marine marchande a réussi à renouveler sa flotte après les destructions de la Deuxième Guerre mondiale et constitue aujourd’hui la première force dans son domaine sur le plan international. Enfin, le Patriarcat de Constantinople a pu se maintenir à Istanbul en dépit de la politique kemaliste, hostile à toute forme de présence “grecque” sur le territoire turc, et constitue aujourd’hui une institution très respectée par la communauté internationale.

Les évolutions des dernières décennies comme la mondialisation, l’affaiblissement du rôle et de la fonction de la territorialité “westphalienne”, le développement explosif des communications etc., créent des conditions qui favorisent les formes prémodernes du néohellénisme. Les diasporas deviennent à nouveau des acteurs importants de la vie économique et politique globale. La mer se révèle comme le principal enjeu économique, politique et environnemental des décennies qui viennent. Le talent des armateurs grecs leur permettra de profiter de cette nouvelle donne. Enfin, le rôle des réseaux ecclésiastiques orthodoxes hellénophones ou, plus généralement, sous influence hellénique, est très important en Afrique, en Asie et en Amérique. Ils sont sous l’influence spirituelle des patriarcats hellénophones de Constantinople et d’Alexandrie. Ce monde orthodoxe, indépendant de l’Etat grec, est un acteur important de la géopolitique religieuse. Acceptés beaucoup plus favorablement que les autres Européens, les Grecs, à travers leurs réseaux religieux peuvent jouer un rôle de médiation entre l’Europe et les peuples anciennement colonisés.

Il faut donc cesser de percevoir la présence grecque, européenne et globale, uniquement sous le prisme de l’Etat-Nation. Ses formes à la fois prémodernes et post-modernes sont peu visibles mais au moins aussi importantes que la Grèce stricto sensu.

P. V. : Comment imaginez-vous les perspectives géopolitiques de la Grèce d’ici 2020 ?

G. P. : Le territoire grec fait partie d’un grand carrefour composé des Balkans et de l’Anatolie, entre lesquels se situent les ensembles maritimes de la mer Noire, des détroits turcs et de la mer Egée. Ce carrefour liait dans le passé les deux grands foyers économiques de l’Eurasie, le foyer européen et le foyer indo-chinois. Jusqu’au XVIIIème siècle, malgré l’importance croissante des relations entre l’Europe et l’Amérique, le centre de gravité de l’économie mondiale se trouvait encore à l’est du carrefour ottoman. La situation a changé radicalement pendant les deux siècles qui ont suivi. Cette situation change à nouveau par le déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale vers l’est. Donc, le carrefour balkano-anatolien est en train de regagner sa centralité. Cette nouvelle réalité a déjà commencé à influencer la géoéconomie et la géopolitique grecque. Le port du Pirée est passé sous contrôle chinois. La réactivation de ce carrefour et la place cruciale du territoire grec en son sein conditionnera la géopolitique grecque dans les prochaines décennies.

La Grèce se trouve en crise, face à un environnement géopolitique instable et fluide.

Pourtant, à plus courte échéance, les facteurs de l’environnement géopolitique qui exerceront une influence sur la Grèce viennent d’autres élements :

1. La stabilité interne de la Turquie et ses orientations géopolitiques.
La vague de déstabilisation qui a évolué d’est en ouest au Moyen-Orient touche maintenant la Turquie. Il paraît difficile de prévoir si la politique de plus en plus autoritaire du Président Recep Tayyip Erdogan réussira à maitriser les tendances centrifuges et les menaces pour l’intégrité territoriale de son pays. Une déstabilisation éventuelle de la Turquie aurait comme conséquence possible un flot massif de réfugiés à partir du littoral anatolien vers les îles grecques. La question kurde peut aussi transformer la Grèce en otage des relations entre la Turquie et l’Occident. L’imprévisibilité de la situation turque pèsera lourdement sur la géopolitique grecque.

2. La relation entre l’Union européenne et les Etats-Unis.
La Grèce dépend économiquement et institutionnellement de l’Union européenne. Il ne faut pourtant pas sous-estimer ses liens avec les Etats-Unis. La défense grecque est garantie par les Etats-Unis, qui disposent d’une importante base en Crète. La diaspora grecque-américaine ainsi que différents réseaux, culturels et autres, lient étroitement la Grèce aux Etats-Unis. Une éventuelle dégradation des relations entre l’Union européenne et les Etats-Unis mettra la politique grecque devant des graves dilemmes.

3. Les ambitions russes.
La russophilie est fortement enracinée en Grèce. La confession orthodoxe commune, l’admiration pour Vladimir Poutine ainsi que le souvenir de l’Union soviétique fédèrent un ensemble hétéroclite de partisans, issus des deux extrêmes de l’échiquier politique, sur lequel peut miser l’influence russe.

4. La situation balkanique.
Les problèmes issus de la décomposition de la Yougoslavie (1991-1992) n’ont été résolus qu’en surface. Plusieurs défis existent encore et menacent la stabilité de la région. La Grèce est particulièrement exposée aux enjeux albanais et à leurs répercussions en Macédoine.

5. Finalement, last but not least, la Grèce est fortement influencée par l’évolution de l’Union européenne. Une Union européenne à deux vitesses renforcerait en l’institutionnalisant la marginalisation que connait la Grèce du fait de la crise économique.

Il est très difficile de prévoir l’évolution de ces facteurs et encore plus la manière dont ils peuvent se combiner. La Grèce se trouve face à un environnement géopolitique instable et fluide.

La situation politique intérieure grecque est naturellement d’importance cruciale. Les prochaines élections législatives sont normalement prévues à l’automne 2019. Les sondages prévoient que SYRIZA en sortira fortement affaibli et n’aura plus les sièges nécessaires pour former un gouvernement, même avec ses partenaires actuels de la droite souverainiste. Deux scénarios se dessinent :
. une nette victoire de la Nouvelle Démocratie (centre-droit), suffisante pour la restructuration de la vie politique sur des nouvelles bases ;
. une situation confuse, sans majorité, qui conduirait à un véritable saut dans l’inconnu.

La Grèce entre ainsi dans une période très critique. Soit elle arrivera à sortir renouvelée de la crise, ce qui lui permettra de gérer à son profit les différents défis géopolitiques pour renforcer son rôle européen et international ; soit elle va être entrainée dans une instabilité politique qui l’exposera à tous les dangers.

Malgré ses problèmes, la Grèce constitue un pôle de stabilité dans une région difficile. Une éventuelle déstabilisation grecque dans les années 2020 aurait de lourdes conséquences pour l’Union européenne. En même temps, l’importance de son territoire, en tant que carrefour énergétique mais surtout comme probable noeud de la route de la soie, rend sa maîtrise et sa gestion dans le cadre européen un enjeu crucial à long terme. Du côté européen, une connaissance de la politique grecque et néohellénique, débarrassée des idées reçues et des stéréotypes, s’impose.

L’Union européenne a aussi intérêt à exploiter les ressources néohelléniques réticulaires et globales (diaspora, marine marchande et réseaux ecclésiastiques) pour sa connexion et son dialogue avec les nouveaux grands foyers économiques et géopolitiques. Un re-équilibrage des représentations géopolitiques, à même de rendre visibles les aspects les moins connus du néohellénisme, est indispensable.

Copyright Janvier 2018-Prévélakis-Verluise/Diploweb.com

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Le procès Mladić : une tache sur la civilisation

Le procès Mladić : une tache sur la civilisation


« Tout cela est un mensonge. C’est un procès dans le style de l’OTAN » – Ratko Mladić


Christopher Black

Par Christopher Black – Le 28 novembre 2017 – Source New Eastern Outlook

Les paroles provocantes adressées par le général Mladić aux juges du tribunal spécial pour les crimes de guerre en Yougoslavie contrôlé par l’OTAN ont retenti haut et fort le jour où ils ont prétendu le condamner. Il aurait pu ajouter « pourtant l’histoire m’absoudra » et beaucoup d’autres choses encore, mais ils a été jeté hors de la salle par le juge en chef, Orie, dans son style condescendant, comme s’il s’adressait à un élève qui fait l’école buissonnière plutôt qu’à un homme faussement accusé de crimes qu’il n’a pas commis.

La porte-parole du ministère russe des Affaires Maria Zakharova, a fait écho aux paroles du général le 23 novembre :

« Nous devons de nouveau affirmer que le verdict de culpabilité rendu par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie contre Mladić est la poursuite de la ligne politisée et biaisée qui a dès le début dominé le travail du TPIY. »

Le général Mladić et le gouvernement russe ont raison. Le document intitulé « jugement » le prouve car il se lit comme un tract de propagande plutôt que comme le jugement d’un tribunal. En plus de 2400 pages, le trio de « juges » récite sans interruption la version des événements de l’accusation, du premier paragraphe au dernier. La défense n’est mentionnée qu’en passant.

Le TPIY rejette les affirmations selon lesquelles il est un tribunal partial, un tribunal de l’OTAN, mais il l’a prouvé dès le tout premier témoin qu’ils ont appelé à la barre pour ce qui allait suivre. Un homme nommé Richard Butler a été appelé pour témoigner sur des questions militaires générales et la structure politique en Bosnie et dans la Republika Srpksa (République serbe de Bosnie). Il a été présenté comme un « analyste militaire », ce qu’il est, mais il n’est pas indépendant. Non, au moment de son témoignage, il était membre de l’Agence de sécurité nationale des États-Unis, détaché auprès du TPIY. Donc le premier témoin contre le général Mladić était partial sur deux points. Il travaillait pour les services de renseignement américains qui ont soutenu les ennemis du général Mladić et de la Yougoslavie, et il a fait partie du personnel de l’accusation. C’est comme si la NSA et le procureur étaient, en même temps, entrés dans le box pour témoigner contre l’accusé. Le témoignage de Butler joue un rôle important dans le procès ; le même rôle qu’il a joué dans le procès du général Krstić.

Ensuite apparaît un autre expert analyste militaire, Reynaud Theunens, qui travaille aussi dans l’équipe de l’accusation. Les experts dans les procès criminels sont censés être totalement neutres. Mais non seulement celui-ci agissait au nom du procureur, mais il était en même temps un officier du renseignement de l’armée belge. Donc nous y sommes dès l’ouverture du procès. La scène est posée ; l’OTAN se charge de l’affaire. Les officiers de l’OTAN travaillent au sein du tribunal. C’est un tribunal de l’OTAN sous déguisement de l’ONU. Par conséquent, tout au long du jugement, il n’y a jamais aucune mention des crimes de l’OTAN et des crimes des forces bosniaques opposées. Le contexte est délibérément restreint pour donner une image très étroite et déformée des événements.

Le jugement se poursuit avec des citations détaillées des déclarations des témoins de l’accusation. Les témoignages des témoins de la défense, dans les rares occasions où ils sont cités, ne sont jamais restitués aussi en détail. Une ligne est consacrée à un témoin et tous sont rejetés comme partiaux si leur témoignage est en contradiction avec celui des témoins de l’accusation.

Et en quoi consistent les preuves de l’accusation ? Elles consistent en quelques témoignages oraux d’officiers de l’OTAN impliqués dans les événements et qui travaillaient dans les forces de l’ONU contre le général Mladić et ses forces, le témoignage de soldats de l’armée bosniaque d’opposition ou de leurs familles, des déclarations de témoins et des « faits établis » des « faits » considérés comme tels par une autre série de juges dans un autre procès, peu importe que ce soit vrai ou faux. De temps en temps, les juges déclarent que « la défense affirme que X ne s’est pas produit et s’est appuyée sur certaines preuves pour soutenir cette affirmation. Là où cette preuve entre en contradiction avec les faits jugés, nous la rejetons ».

Il y a de nombreux cas de confiance basés sur des ouï-dire. À maintes reprises, un paragraphe du jugement commence par les mots : « On a dit au témoin… » Grâce à des juristes corrompus comme l’ancienne procureur canadienne Louise Arbour, l’utilisation du ouï-dire, et même du double ouï-dire, a été admise comme preuve dans ces procès alors que c’est interdit ailleurs dans le monde, parce que le témoignage basé sur un ouï-dire ne peut pas être vérifié ni sa fiabilité et son exactitude attestées.

Je n’ai pas pu suivre une grande partie du procès, seulement par vidéo de temps en temps, donc je ne suis pas en mesure de commenter toutes les conclusions factuelles des juges citées dans leur long jugement, dans lequel ils condamnent le général Mladić et son gouvernement pendant des pages et des pages fastidieuses. Ceux qui connaissent la véritable histoire des événements réaliseront que tous les attendus de la condamnation ne sont ni plus ni moins que la même propagande que celle que l’OTAN a diffusé pendant le conflit, mais organisée pour ressembler à un jugement.

Car ce n’est pas un jugement. Un vrai jugement dans un procès criminel devrait contenir la preuve présentée par l’accusation, la preuve présentée par la défense et les arguments des deux parties sur cette preuve. Il doit contenir des références aux dépositions de témoins principaux et aux contre-interrogatoires. Puis il doit y avoir une décision raisonnée des juges sur les mérites de chaque partie au procès et leurs conclusions motivées. Mais vous aurez de la peine à trouver la trace d’une preuve amenée par la défense dans ce document. Je n’ai pu en trouver aucune à part quelques références dans une poignée de paragraphes et quelques notes de bas de page dans lesquels la déposition d’un témoin de la défense a été brièvement mentionnée afin de la rejeter, et de la rejeter parce qu’elle ne corroborait pas la version des événements présentée par l’accusation.

Ce qui est encore plus choquant, c’est qu’il y a peu de références au témoignage oral, c’est-à-dire aux dépositions des témoins. Il y a des références à des « experts » liés à la CIA ou au Département d’État, ou d’autres agences de renseignement de l’OTAN qui ont donné leur version de l’histoire et que les juges acceptent sans les remettre en question. Il n’y a aucune référence à aucun expert de la défense.

Par conséquent, on ne saura jamais la raison pour laquelle les juges ont décidé d’accepter les preuves de l’accusation et non celles de la défense. En les lisant, on pourrait penser qu’aucune défense, autre que symbolique, n’a été présentée. Ce n’est pas un jugement.

Mais il y a quelque chose d’encore plus troublant dans ce « jugement ». Il n’est pas possible de déterminer si de nombreux témoins ont témoigné en personne parce qu’il y a peu de références à un témoignage effectif. Au lieu de quoi, il y a d’innombrables références à des documents de toutes sortes et à des « déclarations de témoins ».

C’est un élément important dans ces procès parce que les déclarations de témoins auxquelles il est fait référence sont des déclarations faites ou censées avoir été faites aux enquêteurs et aux juristes travaillant pour l’accusation par des témoins présumés. Nous savons, à partir d’autres procès, qu’en fait ces déclarations sont souvent rédigées par des avocats de l’accusation ainsi que par des enquêteurs, puis présentées aux « témoins » pour qu’ils les apprennent par cœur. Nous savons aussi que les « témoins » ont aussi été signalés à l’accusation par des voies qui indiquent qu’ils présentaient des témoignages fabriqués et qu’ils étaient recrutés dans ce but.

Au tribunal pour le Rwanda, nous avons pris soin, dans notre procès, de faire subir des contre-interrogatoires agressifs à ces « témoins », et ils se sont immédiatement effondrés puisqu’ils ne pouvaient pas se souvenir des scripts qui leur étaient assignés. Nous avons aussi pris soin de demander aux « témoins » comment ils en étaient arrivés à rencontrer l’équipe de l’accusation, comment les interrogatoires étaient conduits et comment ces déclarations avaient été créées. Les résultats ont été embarrassants pour l’accusation puisqu’il est apparu clairement qu’elle avait collaboré avec les enquêteurs pour manipuler, faire pression sur les « témoins » et les influencer, et qu’elle était complice d’invention de témoignages.

Il est en outre important que celui qui lit ce « jugement » soit en mesure de se référer aux pages des transcriptions des témoignages, ce que les témoins ont dit et ce qu’ils ont répondu lors des contre-interrogatoires, parce qu’une déclaration n’est pas un témoignage. Ce n’est qu’une déclaration.

Une déclaration ne peut être utilisée comme preuve. Elle nécessite que les témoins viennent à la barre et déclarent sous serment ce qu’ils ont observé. On peut ensuite les interroger sur leur fiabilité en tant qu’observateurs, leurs préjugés, s’il y en a, leur crédibilité, etc. Mais dans ce procès, nous voyons des centaines de références à des « déclarations de témoins ». Cela indique que les juges ont fondé leur « jugement » non sur le témoignage des témoins (s’ils étaient appelés à témoigner) mais sur leurs déclarations écrites, préparées par l’accusation, et sans avoir été soumis à aucun contre-interrogatoire de la défense.

Il ne ressort pas du tout clairement de ce jugement si l’un des témoins mentionnés dans les déclarations a effectivement témoigné ou non. S’ils l’ont fait, leur témoignage devrait être cité, et non leurs déclarations. Le seul but valable des déclarations est de signaler aux avocats ce qu’un témoin est susceptible de dire dans le procès, et de révéler la position de l’accusation à la défense afin que celle-ci puisse préparer la sienne et ensuite utiliser les déclarations pour interroger à son tour le témoin en comparant sa déclaration initiale avec son témoignage sous serment à la barre.

La formule est simple. Le témoin de l’accusation arrive à la barre, on lui demande de déclarer ce qu’il a observé à propos d’un événement, puis la défense l’interroge : « M. le Témoin, dans votre déclaration datée du x, vous avez dit ceci, mais aujourd’hui, vous dites cela… Examinons cette divergence. »

C’est comme cela que c’est censé se passer. Mais où est-ce dans ce dossier ? On ne le trouve nulle part.

Il faudrait un livre entier pour recenser les problèmes de ce « procès » tels qu’ils sont présentés dans ce jugement. Mais un exemple éclaire tout ce qui concerne Srebrenica, et traite d’une célèbre réunion qui s’est déroulée à l’Hôtel Fontana le soir du 11 juillet 1995, au cours de laquelle le général Mladić a rencontré un colonel Casque bleu hollandais pour organiser l’évacuation des civils dans la zone de Srebrenica et l’éventualité que la 28e division de l’Armée bosniaque dépose les armes. Il y a une vidéo de cette rencontre, disponible sur YouTube. Je paraphrase, mais elle montre le général Mladić demandant pourquoi les avions de l’OTAN bombardent ses positions et tuent ses hommes. Il demande pourquoi les forces de l’ONU passent en douce des armes aux soldats bosniaques. Il demande pourquoi les forces de l’ONU ont essayé de l’assassiner, lui, personnellement. À chaque question, il reçoit des excuses de l’officier hollandais. Il demande ensuite à l’officier hollandais s’il veut mourir, et celui-ci dit non. Mladić répond : mes hommes non plus ne veulent pas mourir, alors pourquoi leur tirez-vous dessus ? Pas de réponse.

Le reste de la vidéo concerne la discussion d’un plan pour évacuer la ville, pendant laquelle Mladić offre des cigarettes aux hommes de l’ONU et un peu de vin pour faire baisser la tension. Pour moi, en tant qu’avocat de la défense, c’est un élément essentiel pour la défense par rapport aux accusations concernant Srebrenica. Mais on ne trouve aucune référence à cette vidéo dans le jugement. Au contraire, les juges se réfèrent au témoignage de plusieurs officiers de l’ONU / OTAN, qui assistaient à la rencontre, et qui déforment totalement ce qui s’y est dit. Il n’y a aucun indice que la défense ait contre-interrogé ces menteurs en utilisant cette vidéo : « Monsieur, vous déclarez que ceci a été dit, mais ici, dans la vidéo, elle montre que vous vous trompez. Que dites-vous ? » Ce n’est nulle part. Est-ce que cela a été utilisé et ignoré par les juges, ou pas utilisé ? Je n’en sais rien. Mais il est évident que l’accusation a choisi de ne pas l’utiliser parce que cela signifierait l’effondrement de leur dossier. Parce que même pour les preuves à charge, il est clair que les hommes de la 28e Division ont refusé de déposer les armes et se sont frayés un chemin jusqu’à Tuzla. La plupart ont été tués dans les combats en chemin. Beaucoup ont été faits prisonniers. Une poignée de témoins bosniaques affirment que ces prisonniers ont été massacrés. Mais leur témoignage est du genre « J’étais par miracle le seul survivant du massacre » qu’ils ont tendance à utiliser dans ces procès.

Je ne commenterai pas l’usage massif du faux concept juridique d’entreprise criminelle commune pour engager la responsabilité pénale du général, coupable par association et sans intention. Qu’ils l’aient utilisée montre qu’ils savaient n’avoir aucun élément contre lui.

En résumé, ce document contient peu de choses sur le dossier de la défense ou sur ce qu’étaient les faits présentés par la défense, quels étaient ses arguments à propos des faits, ni l’ensemble de ses arguments juridiques. Mais, plus important, nous n’avons aucune idée de ce qu’était le témoignage de la plupart des témoins de l’accusation ni aucune idée des témoignages des témoins de la défense. C’est comme s’il n’y avait pas eu de procès et que les juges s’étaient contentés de siéger dans une salle pour examiner les documents de l’accusation en rédigeant le jugement au fur et à mesure. Nous devons supposer que ce n’est pas éloigné de la vérité.

Ce « jugement » et ce procès sont une nouvelle humiliation de la Yougoslavie et de la Serbie par l’alliance de l’OTAN, puisqu’il ressort clairement de sa création, de son financement, de son personnel et de ses méthodes que le TPIY est un tribunal contrôlé par l’OTAN. C’est confirmé par la déclaration du secrétaire général de l’OTAN, qui a dit : « Je salue la décision (…) les Balkans sont d’une importance stratégique pour notre alliance… »

En d’autres termes, cette condamnation aide l’OTAN à consolider son emprise sur les Balkans en maintenant les Serbes sous sa botte. Le général Mladić est un bouc émissaire pour les crimes de guerre que l’Alliance a commis en Yougoslavie, que le TPIY couvre, aidant ainsi l’OTAN à commettre de nouveaux crimes de guerre, comme nous l’avons vu depuis.

Le TPIY s’est révélé être ce que nous nous attendions qu’il soit, un tribunal fantoche, utilisant des méthodes de justice fascistes, qui a engagé des poursuites sélectives pour faire avancer le programme de l’OTAN de conquête des Balkans, prélude à l’agression contre la Russie. L’OTAN utilise le tribunal comme une arme de propagande pour répandre une histoire fausse sur les événements en Yougoslavie, pour dissimuler ses propres crimes, pour maintenir les anciennes républiques de Yougoslavie sous sa botte, et pour justifier l’agression et l’occupation par l’OTAN du territoire yougoslave. C’ est une tache sur la civilisation.

Christopher Black

Christopher Black est un juriste pénaliste international basé à Toronto, il est membre du Barreau du Haut-Canada et il est connu pour un grand nombre de cas très médiatisés portant sur les droits humains et les crimes de guerre, il écrit en particulier pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone

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