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La présence chinoise non-mineure au Zimbabwe

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Robert Mugabe, les Zezuru et les Karanga

Zimbabwe : fin de route pour Robert Mugabe [1] ? Publié le 16 novembre 2017

 

Editorial de Bernard Lugan :

Robert Mugabe, les Zezuru et les Karanga

samedi 2 décembre 2017

La lecture européenne de la crise du Zimbabwe s’est faite au seul niveau des apparences : Grace Mugabe (41 ans), intriguait pour succéder à son époux (93 ans). Emmerson Mnangagwa, le vice-président pensait être l’héritier et il protesta. Démis, il s’enfuit. N’acceptant pas cette succession imposée, l’armée fit un coup d’Etat.

Les évènements prennent un autre éclairage si nous les relions à la rivalité entre deux tribus appartenant toutes deux à l’ethnie shona, à savoir d’une part les Zezuru, tribu de Robert Mugabe et de sa femme, et les Karanga, tribu d’Emmerson Mnangagwa d’autre part. Leur rivalité découle effectivement de la question de la succession de Robert Mugabe, car, jusque-là, Emmerson Mnangagwa avait été d’une totale loyauté envers le président.

L’ethnie Shona (70% de la population), est divisée en cinq principales tribus, les Korekore ou Shona du Nord, les Zezuru ou Shona du centre, les Karanga ou Shona du Sud, les Manyika et les Kalanga-Rowzi. Trois dominent, les Zezuru, les Karanga et les Manyika.

Avec Robert Mugabe les Zezuru étaient au pouvoir et, à la manière d’un gang, le clan présidentiel tenait le pays. Avec Emmerson Mnangagwa dit Ngwena (Crocodile) en shona, ce sont les Karanga qui prennent le contrôle du Zimbabwe.

Emmerson Mnangagwa est le chef des « anciens combattants » de la guerre d’indépendance. Entraîné par les communistes et notamment les Chinois, il est l’homme du renseignement et des coups tordus. C’est lui qui dirigea la sanglante répression des partisans de Morgan Tsvangirai entre les deux tours des élections présidentielles de 2008.

Désormais quatre grandes questions se posent :

– Comment le nouvel homme fort va-t-il s’y prendre pour casser la mainmise des Zezuru sur l’Etat et sur l’économie ?

– Que vont faire les Manyika qui sont très implantés dans l’armée, même si, dans un premier temps, Karanga et Manyika vont s’allier contre les Zezuru ?

– Les Zezuru vont-ils se laisser dépouiller sans réagir ?

– Massacrés dans les années 1980, les Matabelé (20% de la population) vont-ils tenter de profiter de la situation pour prendre leur revanche ?

La suite des évènements devra donc être suivie avec attention ; d’autant plus que le Zimbabwe est ruiné et au bord de la famine.

L’euphorie du peuple Zimbabwéen risque fort d’être de courte durée avec une situation économique catastrophique et une population réduite à une économie de subsistance. Un quart des adultes a fui le pays, la majorité vers l’Afrique du Sud où on évalue leur nombre à 3 millions. D’énormes queues se forment chaque jour aux portes des banques afin de retirer les $20 quotidiens, retrait maximum autorisé.

Alors que l’ancienne Rhodésie était un exportateur majeur de produits agricoles, 80% des produits alimentaires nécessaires sont aujourd’hui importés. L’expulsion brutale des fermiers Blancs et de leur personnel par les gangs d’incendiaires activés par le régime Mugabe a conduit au déplacement et à la misère des dizaines de milliers de travailleurs agricoles.

Publié par Administrateur à 13:06

http://bernardlugan.blogspot.fr/

Le Zimbabwe en état de siège

Le Zimbabwe en état de siège

EXPLICATION – La capitale Harare est sous le contrôle d’une partie de l’armée, depuis mardi 14 novembre. Elle réagit à l’éviction, la semaine dernière, du vice-président Emmerson Mnangagwadu par le clan de Grace Mugabe.

A Harare, le 15 novembre.

ZOOM

A Harare, le 15 novembre. / -/AFP

L’armée prend-elle les commandes du pays ?

Depuis mardi 14 octobre, la capitale du Zimbabwe est en état de siège. Des blindés ont pris position dans la ville, des soldats sont déployés aux abords du Parlement, du siège du parti Zanu-PF, le parti présidentiel, et de la Cour suprême. Des explosions ont été entendues dans la nuit de mardi à mercredi et le siège de la télévision et de la radio publique ZBC est passé sous le contrôle direct des militaires.

Mardi matin, le numéro deux de l’armée, le général Sibusiso, a pris la parole à la télévision pour affirmer que leur action n’était pas « une tentative de renverser le gouvernement » : « Nous ne faisons que viser les criminels qui entourent » le chef de l’État, a-t-il poursuivi en lisant un communiqué. « Dès que notre mission sera accomplie, nous nous attendons à ce que la situation retourne à la normale ». Et à propos du président Robert Mugabe, l’officier supérieur a assuré que lui et sa famille « sont sains et saufs et que leur sécurité est garantie ».

À lire : Au Zimbabwe, Robert Mugabe affirme être détenu par l’armée

Du point de vue du parti présidentiel, la Zanu-PF, tout va bien dans le meilleur des mondes au Zimbabwe : les tweets qu’il met en ligne sont des plus déconcertants comme celui-ci « Thanks for your concerns, there is NO coup happening in Zimbabwe. Please continue with your lives and face up to your own problems. » (« Merci pour vos préoccupations, il n’y a pas de coup d’État au Zimbabwe. S’il vous plaît continuez avec vos vies et faites face à vos propres problèmes ».)

Dans ce moment de grande confusion, Robert Mugabe n’a pas encore pu s’adresser directement à la population. Mais l’Afrique du Sud a fait savoir qu’il avait pu joindre au téléphone, mercredi matin, le président Zuma pour lui dire « qu’il était détenu à son domicile ».

De sorte que si les événements actuels qui frappent le Zimbabwe ne sont pas une tentative de renverser le gouvernement, cela y ressemble assez clairement.

Pourquoi est-elle entrée en action ?

Cette opération a été lancée au lendemain du coup d’éclat du chef d’état-major de l’armée zimbabwéenne, le général Constantino Chiwenga. Lundi 13 novembre, il avait dénoncé le limogeage du vice-président Emmerson Mnangagwadu et prévenu que l’armée pourrait « intervenir » si la « purge » ne cessait pas au sein du parti présidentiel, la Zanu-PF.

Longtemps pressenti comme dauphin du président Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa, 75 ans, a été démis de ses fonctions la semaine dernière à la suite d’une querelle avec la première dame, Grace Mugabe, 52 ans.

Ancien héros de la guerre d’indépendance, collaborateur depuis 40 ans de Robert Mugabe, ancien ministre de la justice et vice président depuis en 2014, Emmerson Mnangagwa est une figure importante au Zimbabwe. En 2016, il avait pris la tête d’un groupe de contestataires au sein du parti. Bénéficiant de soutiens dans les rangs de l’armée, des anciens combattants, des modérés du Zanu-PF, Emmerson Mnangagwa est perçu comme le dernier rempart à la prise du pouvoir par Grace Mugabe.

À lire : L’OMS renonce à la nomination de Robert Mugabe

L’ambition politique de Grace Mugabe

Avec l’éviction d’Emmerson Mnangagwa, Grace Mugabe s’est retrouvée en position idéale pour succéder à son époux âgé de 93 ans. Son ambition politique est connue depuis le mois d’août 2014 lorsqu’elle s’est fait désigner, à la surprise générale, à la tête de la puissante ligue des femmes du Zanu-PF. En décembre 2014, elle a participé à la chute de Joice Mujuru, alors la mieux placée pour prendre la tête du parti. Depuis 2014, elle a mis en place ses propres réseaux d’influence comme « Generation 40 » au sein du parti présidentiel et du gouvernement. Une ambition et une stratégie contrariées par les événements en cours à Harare.

Laurent Larcher
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Revue de presse nationale et internationale.

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