Archives pour la catégorie ZONE EURO

[Exclusif] La dette publique française fait un bide à l’international

[Exclusif] La dette publique française fait un bide à l’international

Publié par Philippe Herlin | 26 juil. 2018 | Articles 1279

La France refuse de communiquer les pays qui détiennent sa dette publique, contrairement aux États-Unis, par exemple. Depuis un moment on sait que la Russie et, dans une moindre mesure, la Chine et le Japon, vendent une partie de leurs bons du Trésor américain. Cette information est importante, significative, elle illustre une « dédollarisation » que l’on voit à travers d’autres signaux. Pour la dette française, on ne sait rien. Le seul élément officiellement communiqué est la part des détenteurs étrangers (les « non-résidents »), actuellement de 55%, mais sans plus de précisions.

Mais nous avons quand même trouvé, en exclusivité, quelques données. Même s’il est des lectures d’été plus réjouissantes, la parution le 12 juillet du rapport annuel 2017 de l’Agence France Trésor, l’organisme qui gère la dette de l’État, donne cette répartition par pays concernant deux émissions précises :

– La première est une OAT [obligation assimilable du Trésor] d’une durée de 30 ans lancée le 16 mai 2017 et d’un montant de 7 milliards d’euros (page 37) :

 

 

– La deuxième est une « OAT verte » (destinée à financer la transition énergétique) de 22 ans lancée le 24 janvier 2017 et d’un montant de 7 milliards d’euros (page 40) :

 

 

Les Anglais apprécient les obligations de longue durée, car leur système de retraite fonctionne par capitalisation, ce qui implique de placer de l’argent sur le long terme, d’où leur première place sur l’OAT à 30 ans. L’OAT verte est plus récente et plus « politique » ; le gouvernement a sans doute forcé la main aux banques et aux assureurs français. Mais ce que l’on note de vraiment significatif, c’est la très faible part des États-Unis, de l’Asie et du Moyen-Orient, qui évolue entre 5 et 10%.

Si l’on en juge par ces deux émissions, la dette publique française se place quasi exclusivement en Europe et, de façon marginale, dans les autres grandes zones économiques. Voilà un piètre résultat qui bat en brèche les discours des ministres des finances qui se vantent régulièrement du succès international des bons du Trésor français…

La dette française marche bien en Europe, parce que le choix est vite fait : l’Allemagne restreint ses émissions parce qu’elle ne fait plus de déficit budgétaire, l’Italie et ses banques vont mal ; ne reste que des pays de taille moyenne. La France offre à la fois du volume (195 milliards d’émission en 2018) et une relative sécurité (pour le moment, si les taux d’intérêt remontent, ce sera une autre histoire). Les investisseurs européens n’ont donc finalement pas tellement le choix. Par contre, en dehors des frontières de l’Europe, c’est plutôt la marginalité, l’échec. L’Amérique du Nord, l’Asie et le Moyen-Orient montrent très peu d’intérêt. L’euro « monnaie de réserve mondiale », on en est encore loin, et certainement pas avec les bons du Trésor français.

Tout cela indique une zone euro qui fonctionne relativement en vase clos, avec des déséquilibres internes croissants (balance Target2, système bancaire malade en Italie, en Grèce, à Chypre, risque Deutsche Bank, trop de banques « too big to fail« ). Bref, rien de très rassurant pour l’épargnant français et européen.

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée dès lors qu’elle est accompagnée d’un lien vers la source originale.


Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l’équipe éditoriale de Goldbroker.com

https://www.goldbroker.fr/actualit

 

 

Publicités

12 pays européens s’opposent à un futur budget de la zone euro

12 pays européens s’opposent à un futur budget de la zone euro

12 pays européens s'opposent à un futur budget de la zone euro © Kai Pfaffenbach Source: Reuters
L’Eurozone aura bientôt son propre budget ?

Le projet franco-allemand d’un budget de la zone euro a déjà du plomb dans l’aile. Plusieurs pays dont les Pays-Bas, la Belgique ou le Luxembourg ont adressé un courrier le 22 juin au président de l’Eurogroupe pour dénoncer cette idée.

Emmanuel Macron a encore du travail avant de pouvoir prétendre être le leader de la construction européenne. Alors qu‘il a négocié avec Angela Merkel le 19 juin pour la constitution d’un budget de la zone euro (l’une de ses promesses de campagne en 2017), certains pays de l’Union européenne ont d’ores et déjà montré leur scepticisme. En effet, le ministre des Finances néerlandais Wopke Hoekstra a envoyé un courrier le 22 juin au président de l’Eurozone Mario Centeno pour afficher publiquement sa désapprobation.

Une lettre qui a été signée par onze autres pays selon le média néerlandais NOS : la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche, le Danemark, la Suède, l’Irlande, Malte, la Finlande, l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie.

Parmi leurs objections figure le financement du projet, selon NOS qui a révélé l’information. D’après le média néerlandais, des dizaines de milliards d’euros devraient effectivement être engagées pour stimuler l’investissement dans la zone euro. Une réunion de l’Eurogroupe le 21 juin devait acter la mise en place d’une taxe sur les transactions financières pour subventionner le plan, sauf que de nombreux pays se sont opposés à cette taxe. Les Pays-Bas ont été contre un tel budget dès le début.

Pour les Néerlandais, chaque pays devrait s’assurer qu’il peut se débrouiller seul financièrement. De fait, les pays du Nord craignent des risques de dérives budgétaires. «En ce qui concerne une capacité fiscale ou un budget pour la zone euro, une question se pose : quel genre de problème cela résout-il ? Ça n’est pas clair pour nous et nous n’y sommes pas favorables», avait confié Wopke Hoekstra à l’AFP le 21 juin.

Bruno le Maire veut «convaincre»

Toujours selon l’agence de presse française, Bruno Le Maire, ministre français de l’Economie et des Finances, a tenu, de son côté, à être rassurant. Il a certes convenu que «des doutes s’étaient exprimés sur le budget de la zone euro», lors de la discussion des 27 ministres des Finances de l’UE (le Royaume Uni n’était pas présent en raison du Brexit). Toutefois, il a ajouté que «chacun connaissait les positions des Etats membres de la zone euro sur ce sujet, à nous de convaincre». Lors d’un point presse, il a également assuré que l’accord avec l’Allemagne pour la formation d’un budget de l’Eurozone était «historique» et permettrait «d’avoir une monnaie forte mais aussi une économie forte et plus d’emplois».

Une argumentation qui rappelle celle d’économistes et de personnalités politiques pour la promotion de l’euro. Avant le référendum de Maastricht, l’ancien Premier ministre Michel Rocard expliquait dans Ouest-France, le 27 août 1992: «La monnaie unique, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité.» En 1996, trois ans avant l’introduction de l’euro, Jacques Attali attestait également : «Lorsque [le Traité de Maastricht] sera appliqué, il est évident qu’il y aura une très forte croissance qui en découlera car nous aurons un grand espace économique avec une monnaie unique.»

Un budget de l’eurozone pour 2021 ?

L’idée est de mettre en place ce budget spécifique à la zone euro à partir de 2021, a priori dans le cadre du plan pluriannuel pour l’ensemble de l’UE. Sa création doit être approuvée par les 27 pays de l’Union à l’unanimité.

Dans la déclaration franco-allemande présentée le 19 juin, aucune mention n’avait été faite du montant du budget, renvoyant cette épineuse question à plus tard. Initialement, la France espérait plusieurs centaines de milliards d’euros, mais il ne devrait n’y en avoir que quelques dizaines.

Lire aussi : Deuxième anniversaire du Brexit : Emmanuel Macron incarne-t-il le leadership Union-européiste ?

https://francais.rt.com/economie/51866-12-pays-europeens-s-opposent-a-un-futur-budget-de-la-zone-euro