Archives pour la catégorie ZONE EURO

L’Allemagne décroche quand le Royaume-Uni s’accroche malgré le Brexit !

20/03/201904:46

C’est un nouveau mystère : l’économie britannique, à qui presque tous les experts prédisaient l’enfer à la suite du referendum sur le Brexit, résiste toujours alors que l’Allemagne qui faisait figure de maître de l’Europe a frôlé la récession fin 2018. Ce n’est pas une simple histoire de décalage conjoncturel et il faut revenir sur l’ADN même de ces deux économies.

Si le Royaume-Uni résiste, c’est que le grand Londres (près du quart du PIB du pays) est en son cœur La City, tient toujours et reste le poumon financier européen. Bien entendu, des sociétés financières délocalisent mais les départs s’effectuent au compte-gouttes. Selon le cabinet de consultants EY qui interroge 222 entreprises de la City et qui tient le décompte, 7 000 emplois ont été ou vont être déplacés à court terme du centre financier londonien vers l’Union Européenne. En y ajoutant les 2 000 postes que ces sociétés ont créés localement dans les pays de l’UE, le total, de 9 000 personnes, représente seulement 2% des effectifs de la place londonienne. Quant aux actifs transférés, 800 milliards de livres, ils représentent moins de 10% du total. Pas de quoi mettre en péril la suprématie financière de la capitale britannique face à des places comme Paris ou Francfort.

Signe du flegme britannique, le marché de l’immobilier : à Londres, les prix restent suspendus à leurs sommets historiques. Il y a eu, certes un coup d’arrêt à la progression depuis deux ans mais pas de décrochage, pas de ventes paniques et au niveau national, ils continuent de progresser.

Le stoïcisme des habitants se retrouve également dans la résilience de la consommation : depuis le deuxième trimestre 2016, les dépenses des ménages progressent sur une base annuelle comprise entre 1,5 et 2% c’est proche voire au-dessus de la moyenne des 15 dernières années. Et si les Anglais consomment c’est parce les gains de pouvoir d’achat sont là : les hausses de salaires sont fortes et les créations d’emplois nombreuses. En outre, le taux de chômage est collé à 4%, au plus bas depuis février 1975, ce qui incite les ménages à puiser dans leur épargne pour consommer plus. Bref, le modèle de développement britannique que l’on peut qualifier de « globalo-financier », dont les deux clés de voute sont la force de la finance et la surpondération de la consommation, reste encore debout et chancèle à peine. Bien entendu, ce modèle génère des déséquilibres, extérieurs, courants et publics mais pour l’heure, le gouvernement britannique n’a pas de peine à trouver les financements et les taux à 10 ans restent contenus, légèrement supérieurs à 1%, ce qui compte tenu du niveau d’inflation (proche de 3%), est faible.

En revanche, le modèle « mercantiliste » et ultra-excédentaire allemand, qui tire sa force de son industrie ultra-compétitives, bat de l’aile. La thèse de l’accident conjoncturel ne tient plus. Ce n’est pas tant un problème de compétitivité que d’épuisement des débouchés extérieurs émergents, et notamment chinois et leur montée en gamme qui dépasse tous les pronostics. L’exemple de l’automobile est emblématique. Pour la première fois depuis 30 ans, les immatriculations sont en baisse en Chine, car le marché est en partie saturé. Il faut y voir certainement le marqueur du coup d’arrêt du développement de la classe moyenne, un phénomène qui touche tous les émergents, et qui ébranle toute la stratégie allemande de repositionnement sur cet eldorado. Cela a bien évidemment pesé sur le niveau d’activité des sites allemands dont les trois quarts de la production sont destinés à l’export.

Certes, il y a dans l’effondrement soudain de la production de véhicules les conséquences des difficultés de mise en place de nouveaux tests d’homologation imposés par Bruxelles, mais le rattrapage tant espéré n’a pas eu lieu. Tout simplement les automobiles allemandes se vendent moins. Or l’automobile c’est un cinquième de l’industrie allemande et 14% de son PIB, un secteur dans le collimateur de l’administration Trump. Et à cette menace s’ajoute le défi technologique de la révolution électrique. Or parmi les 20 modèles électriques les plus vendus dans le monde, aucun n’est allemand. La spécialisation internationale de l’Allemagne dans les biens d’équipement et l’automobile notamment adaptée aux pays émergents est devenue un handicap.

Résultat, l’industrie allemande est tombée en récession technique fin 2018 avec deux trimestres d’affilés dans le rouge. Ajouter à cela une société allemande de plus en plus fragmentée, le manque de bras, que le filon de l’immigration ne comble plus, le manque d’infrastructures, la fragilité du système bancaire, et maintenant la flambée des prix de l’immobilier qui grève le budget des ménages et l’on comprend mieux pourquoi le piège semble se resserrer sur l’économie allemande quand l’économie britannique, même bousculée par le Brexit, s’en libère.

Mots clés :Europe / Zone euroAllemagneRoyaume-UniMercantilisteGlobalo-financierBritannique

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Resilience-britannique-defaillance-allemande-le-grand-mystere-306345382_3747012.html?utm_source=Mod%E8le%20diffusion%20Xerfi%20Canal&utm_medium=email&utm_campaign=XC210319

Publicités

La BCE reconnaît que les banques européennes vont mal

La BCE reconnaît que les banques européennes vont mal

Publié par Philippe Herlin | 21 févr. 2019 | Articles 1164

Si l’on vous dit que le secteur bancaire européen se porte bien, n’en croyez rien : la Banque centrale européenne (BCE) elle-même est consciente du problème, et elle vient de l’avouer. La nouvelle n’a fait que quelques lignes dans les journaux spécialisés, mais elle mérite d’être mise en lumière. Un des membres du directoire de la BCE, le Français Benoît Cœuré, a en effet laissé entendre qu’il « pourrait y avoir de la place pour un autre TLTRO » (L’Agefi).

Les TLTRO (Targeted Long-Term Refinancing Operation) sont des facilités de financement (des prêts à taux très faibles) offerts par la BCE aux banques commerciales de la zone euro en mal de liquidités. La précédente tranche avait été lancée en juin 2016, d’une durée de quatre ans, son remboursement doit commencer à partir de juin 2020. Problème : de nombreuses banques ne disposent pas de cet argent, du fait de leur situation financière dégradée, d’où la volonté de la BCE de proposer une autre tranche. Une façon comme une autre de rouler la dette, de faire de la cavalerie financière…

Les montants souscrits par les banques des différents pays en 2016 ont été estimés par l’agence Reuters. On connaît la situation dégradée des banques italiennes et espagnoles, ainsi que celle de la Deutsche Bank, de la Commerzbank et de plusieurs banques régionales allemandes. Mais la surprise est de la voir la France arriver en troisième position, devant l’Allemagne dont, pourtant, les difficultés de sa plus grande banque constituent une vive source d’inquiétude en Europe et dans le monde. Des banques françaises nous cachent-elles quelque chose ?

 

  Montant des TLTRO souscris par les banques en 2016
Pays Milliards d’euros
Italie 250
Espagne 175
France 110
Allemagne 90
Portugal 25
Pays-Bas 20
Belgique 20
Autriche 20
710

Source : Reuters

 

Depuis le 1erjanvier, la BCE a arrêté son QE, son programme de rachat d’actifs obligataires. Les 2 600 milliards d’euros de planche à billets n’ont servi à rien, comme nous l’avons dit. Ils n’ont eu aucun effet sur la croissance économique. Leur véritable utilité aura seulement consisté à abaisser les taux d’intérêt pour permettre aux États de continuer à s’endetter, et à fournir des liquidités aux banques qui en ont besoin. Il fallait donc, pour les banques en difficulté, qu’un autre programme prenne le relais.

Cette politique monétaire laxiste ne fait que repousser les problèmes dans le futur ; il serait vraiment temps qu’elle cesse ! Le mandat du président de la BCE, Mario Draghi, prendra fin en octobre de cette année et parmi les successeurs pressentis figure Jens Weidmann, l’actuel président de la Banque centrale allemande, connu pour ses positions plus rigoureuses. Ce serait à l’évidence le meilleur choix. On parle aussi de François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France qui lui, par contre, s’inscrirait dans la continuité de Mario Draghi. Il faut vraiment souhaiter la victoire du candidat allemand. Quoi qu’il en soit, l’assainissement du secteur bancaire européen figurera en tête des priorités du nouveau président de la BCE.

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée dès lors qu’elle est accompagnée d’un lien vers la source originale.


Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l’équipe éditoriale de Goldbroker.com

Mes articles Site web Mon livre

https://www.goldbroker.fr/actualites/bce-reconnait-que-banques-europeennes-vont-mal-1488

[Exclusif] La dette publique française fait un bide à l’international

[Exclusif] La dette publique française fait un bide à l’international

Publié par Philippe Herlin | 26 juil. 2018 | Articles 1279

La France refuse de communiquer les pays qui détiennent sa dette publique, contrairement aux États-Unis, par exemple. Depuis un moment on sait que la Russie et, dans une moindre mesure, la Chine et le Japon, vendent une partie de leurs bons du Trésor américain. Cette information est importante, significative, elle illustre une « dédollarisation » que l’on voit à travers d’autres signaux. Pour la dette française, on ne sait rien. Le seul élément officiellement communiqué est la part des détenteurs étrangers (les « non-résidents »), actuellement de 55%, mais sans plus de précisions.

Mais nous avons quand même trouvé, en exclusivité, quelques données. Même s’il est des lectures d’été plus réjouissantes, la parution le 12 juillet du rapport annuel 2017 de l’Agence France Trésor, l’organisme qui gère la dette de l’État, donne cette répartition par pays concernant deux émissions précises :

– La première est une OAT [obligation assimilable du Trésor] d’une durée de 30 ans lancée le 16 mai 2017 et d’un montant de 7 milliards d’euros (page 37) :

 

 

– La deuxième est une « OAT verte » (destinée à financer la transition énergétique) de 22 ans lancée le 24 janvier 2017 et d’un montant de 7 milliards d’euros (page 40) :

 

 

Les Anglais apprécient les obligations de longue durée, car leur système de retraite fonctionne par capitalisation, ce qui implique de placer de l’argent sur le long terme, d’où leur première place sur l’OAT à 30 ans. L’OAT verte est plus récente et plus « politique » ; le gouvernement a sans doute forcé la main aux banques et aux assureurs français. Mais ce que l’on note de vraiment significatif, c’est la très faible part des États-Unis, de l’Asie et du Moyen-Orient, qui évolue entre 5 et 10%.

Si l’on en juge par ces deux émissions, la dette publique française se place quasi exclusivement en Europe et, de façon marginale, dans les autres grandes zones économiques. Voilà un piètre résultat qui bat en brèche les discours des ministres des finances qui se vantent régulièrement du succès international des bons du Trésor français…

La dette française marche bien en Europe, parce que le choix est vite fait : l’Allemagne restreint ses émissions parce qu’elle ne fait plus de déficit budgétaire, l’Italie et ses banques vont mal ; ne reste que des pays de taille moyenne. La France offre à la fois du volume (195 milliards d’émission en 2018) et une relative sécurité (pour le moment, si les taux d’intérêt remontent, ce sera une autre histoire). Les investisseurs européens n’ont donc finalement pas tellement le choix. Par contre, en dehors des frontières de l’Europe, c’est plutôt la marginalité, l’échec. L’Amérique du Nord, l’Asie et le Moyen-Orient montrent très peu d’intérêt. L’euro « monnaie de réserve mondiale », on en est encore loin, et certainement pas avec les bons du Trésor français.

Tout cela indique une zone euro qui fonctionne relativement en vase clos, avec des déséquilibres internes croissants (balance Target2, système bancaire malade en Italie, en Grèce, à Chypre, risque Deutsche Bank, trop de banques « too big to fail« ). Bref, rien de très rassurant pour l’épargnant français et européen.

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée dès lors qu’elle est accompagnée d’un lien vers la source originale.


Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l’équipe éditoriale de Goldbroker.com

https://www.goldbroker.fr/actualit

 

 

12 pays européens s’opposent à un futur budget de la zone euro

12 pays européens s’opposent à un futur budget de la zone euro

12 pays européens s'opposent à un futur budget de la zone euro © Kai Pfaffenbach Source: Reuters
L’Eurozone aura bientôt son propre budget ?

Le projet franco-allemand d’un budget de la zone euro a déjà du plomb dans l’aile. Plusieurs pays dont les Pays-Bas, la Belgique ou le Luxembourg ont adressé un courrier le 22 juin au président de l’Eurogroupe pour dénoncer cette idée.

Emmanuel Macron a encore du travail avant de pouvoir prétendre être le leader de la construction européenne. Alors qu‘il a négocié avec Angela Merkel le 19 juin pour la constitution d’un budget de la zone euro (l’une de ses promesses de campagne en 2017), certains pays de l’Union européenne ont d’ores et déjà montré leur scepticisme. En effet, le ministre des Finances néerlandais Wopke Hoekstra a envoyé un courrier le 22 juin au président de l’Eurozone Mario Centeno pour afficher publiquement sa désapprobation.

Une lettre qui a été signée par onze autres pays selon le média néerlandais NOS : la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche, le Danemark, la Suède, l’Irlande, Malte, la Finlande, l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie.

Parmi leurs objections figure le financement du projet, selon NOS qui a révélé l’information. D’après le média néerlandais, des dizaines de milliards d’euros devraient effectivement être engagées pour stimuler l’investissement dans la zone euro. Une réunion de l’Eurogroupe le 21 juin devait acter la mise en place d’une taxe sur les transactions financières pour subventionner le plan, sauf que de nombreux pays se sont opposés à cette taxe. Les Pays-Bas ont été contre un tel budget dès le début.

Pour les Néerlandais, chaque pays devrait s’assurer qu’il peut se débrouiller seul financièrement. De fait, les pays du Nord craignent des risques de dérives budgétaires. «En ce qui concerne une capacité fiscale ou un budget pour la zone euro, une question se pose : quel genre de problème cela résout-il ? Ça n’est pas clair pour nous et nous n’y sommes pas favorables», avait confié Wopke Hoekstra à l’AFP le 21 juin.

Bruno le Maire veut «convaincre»

Toujours selon l’agence de presse française, Bruno Le Maire, ministre français de l’Economie et des Finances, a tenu, de son côté, à être rassurant. Il a certes convenu que «des doutes s’étaient exprimés sur le budget de la zone euro», lors de la discussion des 27 ministres des Finances de l’UE (le Royaume Uni n’était pas présent en raison du Brexit). Toutefois, il a ajouté que «chacun connaissait les positions des Etats membres de la zone euro sur ce sujet, à nous de convaincre». Lors d’un point presse, il a également assuré que l’accord avec l’Allemagne pour la formation d’un budget de l’Eurozone était «historique» et permettrait «d’avoir une monnaie forte mais aussi une économie forte et plus d’emplois».

Une argumentation qui rappelle celle d’économistes et de personnalités politiques pour la promotion de l’euro. Avant le référendum de Maastricht, l’ancien Premier ministre Michel Rocard expliquait dans Ouest-France, le 27 août 1992: «La monnaie unique, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité.» En 1996, trois ans avant l’introduction de l’euro, Jacques Attali attestait également : «Lorsque [le Traité de Maastricht] sera appliqué, il est évident qu’il y aura une très forte croissance qui en découlera car nous aurons un grand espace économique avec une monnaie unique.»

Un budget de l’eurozone pour 2021 ?

L’idée est de mettre en place ce budget spécifique à la zone euro à partir de 2021, a priori dans le cadre du plan pluriannuel pour l’ensemble de l’UE. Sa création doit être approuvée par les 27 pays de l’Union à l’unanimité.

Dans la déclaration franco-allemande présentée le 19 juin, aucune mention n’avait été faite du montant du budget, renvoyant cette épineuse question à plus tard. Initialement, la France espérait plusieurs centaines de milliards d’euros, mais il ne devrait n’y en avoir que quelques dizaines.

Lire aussi : Deuxième anniversaire du Brexit : Emmanuel Macron incarne-t-il le leadership Union-européiste ?

https://francais.rt.com/economie/51866-12-pays-europeens-s-opposent-a-un-futur-budget-de-la-zone-euro