« L’Occident tombera, alors que l’Europe est occupée sans s’en rendre compte, » selon Viktor Orbán. « Le christianisme est le dernier espoir »

« L’Occident tombera, alors que l’Europe est occupée sans s’en rendre compte, » selon Viktor Orbán. « Le christianisme est le dernier espoir »

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22.02.2018

Hongrie – Le dimanche 18 février, Viktor Orbán a tenu son discours annuel sur l’état de la nation au château de Budapest. À six semaines des élections que, selon les sondages, il va probablement gagner à nouveau, pour une troisième fois consécutive, Viktor Orbán est apparu très confiant. Et pas seulement concernant sa réélection.

En bref :

Parmi de nombreux sujets, Viktor Orbán a évoqué bien sûr les élites bruxelloises, George Soros, l’immigration et le V4. Pour lui, « la situation actuelle veut que le danger nous menaçant vient de l’Occident. Ce danger pour nous vient des politiciens de Bruxelles, Berlin et Paris. Ils veulent que nous adoptions leurs politiques : les politiques qui ont fait de chez eux des pays d’immigration et qui ont ouvert la voie au déclin de la culture chrétienne et à l’expansion de l’Islam. Ils veulent que nous acceptions aussi les migrants et que nous devenions aussi des pays aux populations mixtes ».

Mais Viktor Orbán a de grands espoirs, car « Nous devons clairement et franchement déclarer que nous ne voyons pas le combat que nous menons comme une bataille sans espoir ; en fait, comme nous le voyons, nous sommes maintenant au bord de la victoire. Les pays du groupe de Visegrád sont inébranlables. Le monde orthodoxe reste ferme et il semble que la Croatie soit revenue à la raison. L’Autriche s’est maintenant tournée vers le patriotisme et le christianisme. En Bavière, une résistance spirituelle et politique s’est développée sous la direction de la CSU ».

Mêmes espoirs concernant la lutte contre le « philanthrope » George Soros : «Nous comprenons que Soros a choisi de se battre non seulement contre nous, mais aussi contre les Britanniques, le président Trump et les Israéliens. Et partout le sujet est le même : forcer l’acceptation de l’immigration et de la migration. Mais ils ne réussiront pas. Nous ne sommes pas seuls, et nous nous battrons ensemble pour contenir – et ensuite arrêter – le plan de Soros présenté à Bruxelles et à l’ONU. Et si nous avons assez d’alliés – et nous pouvons avoir assez d’alliés – je suis sûr que nous réussirons à la fin ».

Et, ouvertement inspiré par le président américain Trump, Viktor Orbán a déclaré que la nation est la chose la plus importante, et qu’il s’agit maintenant de placer « la Hongrie d’abord ».

 

 

Source : Visegradpost

http://katehon.com/fr/article/loccident-tombera-alors-que-leurope-est-occupee-sans-sen-rendre-compte-selon-viktor-orban-le

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Un haut responsable kurde arrêté à Prague sur requête d’Ankara (partis)

Un haut responsable kurde arrêté à Prague sur requête d’Ankara (partis)

Beyrouth – Un important responsable kurde de Syrie, Saleh Muslim, a été arrêté à Prague sur requête de la Turquie, qui combat militairement les Kurdes en Syrie, a annoncé dimanche une coalition de partis dont il est membre.

M. Muslim, ancien coprésident du Parti de l’union démocratique (PYD), « a été arrêté (samedi) soir dans la capitale tchèque », a indiqué dans un communiqué la coalition TEV-DEM, qui regroupe des partis politiques kurdes syriens, dont le PYD, arabes et syriaques.

Dénonçant les « politiques hostiles » de la Turquie, TEV-DEM affirme qu’Ankara « émet des mandats d’arrêts contre des personnalités (…) de notre communauté », précisant que M. Muslim a été visé par l’un d’eux.

Le PYD, un important mouvement politique kurde syrien, est considéré par Ankara comme une extension du PKK turc (Parti des travailleurs du Kurdistan), classé « terroriste » par la Turquie.

Le mouvement est aussi le bras politique des Unités de protection du peuple (YPG), la principale milice kurde de Syrie, cible actuellement d’une offensive turque dans l’enclave d’Afrine, dans le nord-ouest du pays en guerre.

Ankara voit d’un mauvais oeil l’autonomie de facto acquise par les kurdes de Syrie à la faveur du conflit qui ravage le pays voisin depuis 2011, craignant de voir sa propre communauté kurde développer des ambitions similaires.

M. Muslim, membre du comité des relations diplomatiques de la coalition TEV-DEM, fait l’objet depuis novembre 2016 d’un mandat d’arrêt émis par la Turquie, en lien avec un attentat commis à Ankara. Il avait nié toute implication.

A Prague, il participait à une réunion internationale et devait quitter la ville dimanche, selon un responsable kurde contacté par l’AFP.

Cette réunion était confidentielle mais un des participants turcs a photographié M. Muslim, un cliché relayé par les médias turcs, selon ce responsable.

L’arrestation a été rapportée par l’agence étatique turque Anadolu. Selon l’agence, le responsable doit comparaître devant un tribunal tchèque, et le ministère de la Justice est en contact avec les autorités de Prague pour réclamer son extradition.

Si M. Muslim était extradé vers la Turquie, il s’agirait de l’une des arrestations les plus importantes d’un responsable kurde par la Turquie depuis l’arrestation d’Abdullah Öcalan, le chef du PKK arrêté en 1999.

(©AFP / 25 février 2018 11h55)

https://www.romandie.com/news/Un-haut-responsable-kurde-arrete-a-Prague-sur-requete-d-Ankara-partis/893485.rom

Fake news et complotisme

Fake news et complotisme


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Par Michel Segal – Le 1er février 2017 – Source arretsurinfo.ch

Le 3 janvier dernier, Macron annonçait sa volonté d’une loi pour contrer les fake news. Son discours était suivi d’un sondage dans lequel, à en croire la presse, on apprenait que quatre Français sur cinq sont presque complotistes.

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Trois ans plus tôt, en janvier 2015, François Hollande annonçait sa volonté d’une loi pour contrer les théories du complot. 1. Son discours était suivi d’un rapport sur le complotisme  puis de la loi renseignement.

Les souverainistes sont-ils anti-sémites ?

Le rapport de février 2015 était publié par la Fondation Jean-Jaurès, think tank du Parti Socialiste, mais rédigé par un inconnu nommé Rudy Reichstadt L’auteur ne semble pas avoir eu d’activité avant celle-ci puisque son nom n’apparait nulle part antérieurement à la rédaction de ce rapport. Cet ancien élève de Sciences-Po Aix avait créé son site autoproclamé « observatoire » 2 et le faisait fonctionner en solo sans publicité ni subvention apparente depuis huit ans.

En janvier 2018, on retrouve la même équipe : Rudy Reichstadt et la Fondation Jean Jaurès sont à l’origine du sondage IFOP sur le complotisme. Hasard du calendrier, ils le commandent trois semaines avant l’annonce par Macron d’une loi de contrôle de l’information, et en publient les résultats quatre jours après.

Il faut lire le rapport de 2015 pour comprendre que l’enjeu de ces questions n’est pas de lutter contre des croyances aveugles en des thèses absurdes, mais précisément de se servir de ces thèses pour décrédibiliser les paroles dissidentes. Ce rapport et la campagne qui s’ensuit remplissent trois missions : désigner le complotisme comme une pathologie, établir un lien entre les complotistes et les mouvances infréquentables (révisionnistes, antisionistes, etc), et enfin accuser certaines idées de complotisme pour les disqualifier. Et pour donner un ton scientifique à la chose, le tout est agrémenté de travaux de chercheurs. En clair, si vous avez des doutes sur la version officielle de l’assassinat de Kennedy, cela signifie que vous êtes paranoïaque et que vous doutez de l’existence de la Shoah, c’est prouvé par la science. On découvre aussi dans ce rapport qu’une thèse complotiste en vogue est de considérer que la loi de 73, dite Pompidou-Giscard 3 a une responsabilité dans l’explosion de la dette. Rappelons que cette loi imposait l’interdiction à l’État d’emprunter à la Banque de France, et se prolongeait dans les traités européens par l’interdiction faite à tous les États de l’UE d’emprunter auprès de la BCE, les contraignant ainsi à se fournir sur les marchés financiers. Juste ou pas, cette idée relève du débat sur une question économique et certainement pas d’une croyance absurde, mais pour achever de transformer les eurosceptiques en complotistes, l’auteur fait planer au-dessus d’eux l’étiquette d’antisémite en les soupçonnant de penser que l’origine de la loi de 73 est un complot de banquiers juifs contre la nation. En clair, si vous pensez qu’un État européen devrait être autorisé à emprunter à la BCE, alors vous êtes instable et antisémite.

Mais le plus édifiant dans cette lecture est encore l’écœurante énumération descriptive des complotistes : « mouvance hétéroclite, fortement intriquée avec la mouvance négationniste, et où se côtoient admirateurs d’Hugo Chavez et inconditionnels de Vladimir Poutine. Un milieu interlope que composent anciens militants de gauche ou d’extrême gauche ; ex-‘Indignés’ ; souverainistes ; nationaux-révolutionnaires ; ultra-nationalistes ; nostalgiques du IIIe Reich ; militants anti-vaccination ; partisans du tirage au sort ; révisionnistes du 11-Septembre ; antisionistes ; afrocentristes ; survivalistes ; adeptes des ‘médecines alternatives’ ; agents d’influence du régime iranien ; bacharistes ; intégristes catholiques ou islamistes ». On est rassuré de savoir que ce rapport émane de l’élite intellectuelle du Parti socialiste, chantre de la tolérance et champion de la diversité.

Hasard du calendrier, trois semaines après la publication de ce rapport était annoncée la procédure accélérée de présentation de la loi renseignement devant le Parlement. Cette loi autorisait notamment l’exécutif à ne pas passer par la case justice pour bloquer des sites internet ou espionner les navigations web de n’importe quel particulier. Rappelons-nous aujourd’hui que cette loi promulguée en été 2015 prévoit un rapport d’étape… avant le 30 juin 2018.

Il est donc probable que le sondage complètement (et grossièrement) bidonné (voir chapitre suivant) du 7 janvier ne soit qu’une pièce de plus dans la campagne de propagande destinée à préparer l’opinion à une loi qui rendra toute opinion divergente bientôt suspecte, voire illégale.

Un Français sur dix croit-il que la terre est plate ?

En février 2015, Rudy Reichstadt et la Fondation Jean Jaurès présentaient un rapport alarmant sur le complotisme qui, hasard du calendrier, tombait juste avant les débats sur la loi renseignement (voir ci dessus). En décembre 2017, les mêmes commandaient à l’IFOP un sondage sur le complotisme dont, hasard du calendrier à nouveau, ils présentaient les résultats – alarmants bien entendu – quatre jours après l’annonce par Macron d’une loi de contrôle de l’information.

Ce qui frappe d’abord dans ce sondage ce sont ses 150 pages alors que la moyenne de ceux publiés par l’IFOP depuis deux mois est de 19 pages 4. Il s’agit donc d’une commande colossale de la Fondation Jean Jaurès dont le budget (2,7 millions) est quasi-intégralement composé de subventions publiques directes ou indirectes. On ne posera pas la question de savoir si une telle commande correspond aux missions de la Fondation, pour lesquelles elle reçoit autant d’argent public, mais on notera que le volume imposant de l’enquête la met à l’abri d’être lue par les journalistes. Autre fait remarquable, le sondage fait l’objet d’une intense campagne de communication 5  faisant même appel à Raphaël Enthoven comme caution morale 6  (BHL aurait sans doute été trop voyant). Enfin, l’enquête est préparée par Rudy Reichstatdt et on s’attend donc à des questions un peu biaisées et une présentation légèrement orientée. Erreur : l’enquête est un énorme bidonnage grossièrement truqué.

Le premier objectif de ce sondage est de nous montrer que le conspirationnisme submerge la population, et le deuxième de construire un portrait-robot répulsif de celui qui doute des informations officielles : peu instruit, superstitieux, frustré dans sa vie professionnelle et votant pour des infréquentables (il y a des questions très pointues sur le niveau d’études, la confiance en soi, l’orientation politique ou l’horoscope pour tenter d’établir des corrélations). Donc si vous faites partie des gens sympas et que vous ne voulez pas être associé à ces pauvres types aigris, ne doutez pas de ce que vous disent les médias d’État ou subventionnés par lui.

Pour obtenir les résultats souhaités, le sondeur soumet onze affirmations réputées complotistes par lui-même et mesure ainsi… l’adéquation de la population avec ses propres opinions. Pour donner un peu de crédit à la chose, il va y mêler des thèses farfelues et on lira que 9% de Français croient que la terre est plate (il n’y a vraiment que le sondeur pour croire à ces réponses pieds-de-nez). Pour démontrer le bidonnage, on se limitera à deux exemples car le démontage de manipulations est long et fastidieux, mais tout dans ce sondage est invalide.

Sur la méthode

À côté de questions comme croire aux premiers pas sur la lune ou penser que la terre est plate, on demande au sondé s’il s’imagine qu’il y a collusion entre le ministère de la Santé et l’industrie pharmaceutique. Le message passé par cette seule juxtaposition de questions est que l’idée de cette collusion est absurde. Et afin de la disqualifier, la formulation est caricaturale : le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins. Les termes « de mèche, cacher au grand public la réalité, nocivité des vaccins » donnent un air conspirationniste à une idée raisonnable que le sondeur détourne vers une quasi-folie : penser que la décision des onze vaccins obligatoires poursuit un but économique qui comporte des risques de santé, ce serait penser que les vaccins sont nocifs. La manipulation est énorme mais la méthode fonctionne puisque les journalistes s’empressent de montrer que eux, ne croient pas à ces sornettes en se moquant des sceptiques, c’est-à-dire précisément de ceux qui font preuve d’esprit critique.

Sur la présentation


Ci-dessus un extrait de diapo projetée lors de la présentation à la presse et annoncée par le commentaire de l’IFOP comme la ventilation de ceux qui croient à au moins cinq de ces thèses 7. Au premier regard sur les 48%, on pense que la moitié des complotistes lit son horoscope tous les jours. Non. Regardez bien : 48+35+25+22 est largement supérieur à 100 et on comprend que c’est la moitié des lecteurs d’horoscope quotidien qui est complotiste, ce qui est radicalement différent. Les chiffres qui permettraient de cerner un éventuel profil sont autre part dans le rapport, les voici :

CONSULTATION HOROSCOPE Quotidiennement Une fois/semaine Une fois/mois Jamais
Ensemble population 6% 11% 20% 63%
Ceux qui croient à 5 ou 6 théories 9% 10% 23% 58%

On voit qu’en réalité les variations sont beaucoup trop faibles pour supposer une corrélation et que les supposés complotistes ne lisent pas l’horoscope plus que n’importe qui, malgré les efforts du sondeur.

Pour qu’un journaliste se penche sur ce rapport dans ses détails, il faudrait qu’il travaille et c’est ainsi que dans une chronique de France-Culture relatant ce sondage, un journaliste estime avec un écœurant mépris qu’il serait intéressant de sonder les Français… sur leur fréquence de lecture d’horoscope. On se dit alors qu’il serait plutôt intéressant de sonder les journalistes sur la fréquence de lecture d’autre chose que ce qu’ils écrivent eux-mêmes.

Pourquoi Macron devrait lire Tolstoï

Dans le sondage du 7 janvier dernier sur le complotisme, dont on attribuera la dramatisation des résultats à la volonté de l’État de justifier une loi sur le contrôle de l’information, on apprend que 79% des Français croient à au moins une théorie du complot. On peut s’alarmer de cette folie qui saisit une si grande majorité d’entre nous, mais encore faut-il savoir ce que le sondeur désigne par théorie du complot. Eh bien sachez par exemple que si vous doutez que les services occidentaux n’aient jamais collaboré avec al-Qaida, ou bien si vous pensez qu’il existe une collusion entre le ministère de la Santé et l’industrie pharmaceutique, alors vous êtes classés conspirationnistes. L’un des objectifs de ce sondage est précisément de faire passer ces thèses pour du complotisme, c’est-à-dire de faire passer toute analyse divergente de la position officielle pour de la folie. En résumé, la question n’est plus de savoir le vrai du faux, mais le droit ou non de penser différemment d’un journaliste de France-Info.

Il y a de nombreux enseignements à tirer de cette enquête qui constitue une troublante radiographie de notre société, notamment parce qu’elle traite d’un sujet fondamental et père de beaucoup d’autres : l’information.

Le résultat le plus important est sans doute que les trois quarts des Français doutent de ce qu’ils lisent et entendent via les médias d’État ou vivant de ses subsides. Trois quarts des Français qui ne croient pas ce que l’État leur dit, cela révèle l’état alarmant de notre démocratie. On a entendu les cris outrés des journalistes du service public et des sondeurs annonçant avec dépit et agacement que l’on a affaire à une société de défiance. Tels le père Ubu, ils s’agacent de ce peuple méfiant qui ne leur plait pas, mais l’idée ne les effleure pas qu’ils sont précisément les seuls responsables de cette défiance. Car enfin, d’où viennent les fake news 8  justifiant les guerres atroces de ces vingt dernières années sinon de nos gouvernements et des médias ? 9. Quand on ne donne plus la parole à Todd parce qu’il explique que les hommes au pouvoir sont incompétents ; 10, quand on ne la donne (plus) jamais à Lordon parce que ses analyses sont incompatibles avec celles du pouvoir ; quand on fait passer Asselineau pour un cinglé parce qu’il est irrémédiablement anti-UE et anti-OTAN ; quand on méprise un tiers des électeurs parce qu’ils ne votent pas comme il faut ; quand les journalistes-stars du service public considèrent leur place assise comme une tribune de droit pour exprimer leurs certitudes arrogantes et juger au lieu d’interroger ; quand on a supprimé toute diversité d’opinion et tout débat contradictoire sur ces médias ; alors il faut plutôt s’étonner qu’il reste encore un quart des Français pour les écouter.

La vraie folie du complotisme est de reposer sur un postulat consistant à croire qu’il existe un pouvoir, localisable et puissant, capable de décider de l’avenir en organisant des phénomènes exceptionnels. Ce postulat est intéressant parce qu’il est celui des chefs d’État qui se pensent capables de mener une action qui décidera d’un avenir dont ils se croient les seuls maîtres. Oublie-t-on que les États-Unis, qui engagent à eux seuls la moitié des dépenses mondiales d’armement, sont sans cesse mis en échec militaire sur la planète depuis 50 ans ? N’y a-t-il pas là quelque leçon ? Certes, ils ont largement soutenu – voire créé – Ben Laden avec succès pour donner son Vietnam à l’Union soviétique en Afghanistan, certes Sarkozy et BHL ont créé des fake news 11 pour déclencher leur guerre en Libye, certes les exemples de ces mensonges d’État – complots bien réels ayant réussi – sont innombrables mais on remarquera qu’il s’agit toujours de capacité à installer du désordre, de simple capacité de nuisance. Il en va autrement des grands projets et il faut relire les dernières pages de « Guerre et Paix » pour comprendre que le succès des grandes batailles ne dépend pas du commandement, mais de chaque soldat au feu. La victoire dépend de la confiance de tous en chacun et le sondage montre que dans cette bataille pour la démocratie, la confiance a été laminée, ce qui rend toute victoire impossible et toute catastrophe probable. Espérons que si le chef de l’État comprend que la priorité est de restaurer cette confiance, il n’ait pas la folie de penser que cela se fera sur sa seule décision à coup de mensonges, telles ces fake news imaginaires, destinées à justifier une loi interdisant la pluralité d’opinion.

Il ne nous reste finalement plus qu’à espérer que Macron lise Tolstoi.

Et le comprenne.

Michel Segal

Notes

  1. Discours à l’occasion du 70e anniversaire de Birkenau : « Les théories du complot se diffusent sans limites et ont, dans le passé, déjà conduit au pire. Nous devons agir (…) pour qu’un cadre juridique puisse être défini (…) et que des sanctions soient prononcées en cas de manquement »
  2. Le terme « Observatoire » n’a rien d’officiel. Vous avez le droit de publier chaque jour des photos de votre vieille voisine sur votre blog et l’appeler « Observatoire du troisième âge en milieu urbain »
  3. Loi dite « Pompidou-Giscard »
  4. Moyenne des sondages sur les deux derniers mois, exceptée une enquête phénoménale sur trente thèmes, de la peine de mort à la PMA en passant par le redoublement à l’école, et qui fait 107 pages
  5. En une de tous les quotidiens et des titres radio et télévision
  6. Voir son pathétique numéro de préciosité et de cabotinage à 26.40 sur la vidéo de présentation : https://www.youtube.com/watch?v=3W0wXMrQ-NM&t=1362s ?
  7. Voir vidéo précédente à 19.20
  8. Voir précision intéressante sur « fake » : https://blog.causeur.fr/lavoixdenosmaitres/fake-news-complotisme-de-quoi-parle-t-on-00685.html
  9. Rony Brauman : https://www.youtube.com/watch?v=2xnv6ozsliQ
  10. Todd video : https://www.youtube.com/watch?v=Q0SyjP7wykU&feature=player_embedded
  11. Rony Brauman : https://www.youtube.com/watch?v=2xnv6ozsliQ

http://lesakerfrancophone.fr/fake-news-et-complotisme

 

L’ONU réclame une trêve humanitaire en Syrie

L’ONU réclame une trêve humanitaire en Syrie

Le Conseil de sécurité de l’ONU réuni pour un vote sur un cessez-le-feu humanitaire d’un mois en Syrie, le 24 février 2018 à New York / © AFP / Don EMMERT

Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté samedi à l’unanimité une résolution réclamant « sans délai » un cessez-le-feu humanitaire d’un mois en Syrie, alors que plus de 500 civils, dont une centaine d’enfants, ont été tués en sept jours de frappes du régime syrien sur le fief rebelle de la Ghouta orientale.

Le texte adopté, maintes fois amendé, « réclame que toutes les parties cessent les hostilités sans délai pour au moins trente jours consécutifs en Syrie pour une pause humanitaire durable ».

L’objectif est « de permettre la livraison régulière d’aide humanitaire, de services et l’évacuation médicale des malades et blessés les plus graves ».

« Ce n’est pas un accord de paix sur la Syrie, le texte est purement humanitaire », a souligné l’ambassadeur suédois Olof Skoog, co-signataire avec son homologue koweïtien de ce texte qui a nécessité plus de quinze jours de négociations pour obtenir un assentiment de la Russie, alliée indéfectible du régime de Bachar al-Assad.

Des exclusions au cessez-le-feu pour les combats contre divers groupes jihadistes sont prévues. Elles peuvent donner lieu à des interprétations contradictoires, Damas qualifiant de « terroristes » les rebelles soutenus par l’Occident, ont noté des observateurs. Le respect du cessez-le-feu risque par conséquent d’être aléatoire.

Tôt dimanche, l’Elysée a annoncé que le président Emmanuel Macron et la chancellière allemande Angela Merkel s’entretiendront dans la journée avec le président russe Vladimir Poutine de l’application de la trève, prévenant qu’ils seront « extrêmement vigilants sur sa mise en oeuvre concrète ». Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian se rendra à cette fin mardi à Moscou, selon l’Elysée.

Le Conseil a prévu de se réunir à nouveau sur ce sujet dans quinze jours.

Par ailleurs, la résolution « appelle à la levée immédiate des sièges de zones habitées dont la Ghouta orientale, Yarmouk, Foua et Kefraya ».

– Les bombardements continuent –

L’aviation et l’artillerie du régime ont pilonné samedi la Ghouta orientale pour le septième jour consécutif, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), affirmant que l’aviation russe participait aux raids, ce que Moscou a démenti.

Au moins 41 civils dont huit enfants sont morts samedi dans les bombardements, après des frappes nocturnes qui ont provoqué des incendies dans des quartiers résidentiels, a précisé l’ONG.

En sept jours, 519 civils ont été tués, dont 127 enfants, a indiqué à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Par le passé, plusieurs trêves temporaires ont été adoptées en Syrie. Leur entrée en vigueur et leur respect par les belligérants peut parfois prendre du temps, et elles finissent souvent par voler en éclats.

Après l’annonce du Conseil de sécurité, des avions du régime et de son allié russe ont d’ailleurs mené des raids aériens et des tirs d’artillerie sur une localité de la Ghouta, selon l’OSDH.

Deux correspondants de l’AFP dans la Ghouta ont également indiqué que des avions survolaient leur secteur respectif.

Dans cette enclave, l’annonce du Conseil de sécurité laisse de marbre. « On ne peut pas faire confiance ni à la Russie, ni au régime, nous sommes habitués à leur trahison », indique Abou Mazen, un habitant de Douma, grande ville de la Ghouta, réfugié dans un sous-sol.

« Je ne pense pas que cette décision sera appliquée, elle ne sera respectée ni par le régime ni par la Russie », insiste le quinquagénaire. « Plus d’une fois on a entendu ces conditions: l’entrée des aides et l’arrêt des bombardements, car on est une zone de désescalade, mais tous les jours l’aviation frappait et tous les jours il y avait des morts ».

Cette nouvelle campagne aérienne dévastatrice a été lancée le 18 février par le régime en prélude à une offensive terrestre pour reprendre ce dernier fief contrôlé par les rebelles aux portes de Damas.

Ces deux dernières semaines, aucun membre du Conseil de sécurité n’avait pris d’initiative pour tenter de mettre un terme à l' »enfer sur Terre », selon les termes du patron de l’ONU, Antonio Guterres.

La pression internationale tardive n’est réellement intervenue que dans les dernières 48 heures.

En représailles aux raids, les rebelles tirent roquettes et obus sur Damas. Depuis le 18 février, une vingtaine de personnes ont péri dans ces frappes, qui ont fait six blessés samedi, selon les médias officiels.

– Même scénario –

Le scénario dans la Ghouta s’était déjà déroulé dans plusieurs fiefs rebelles, dont Alep en 2016, écrasée par des bombardements et un siège pour forcer les insurgés à déposer les armes.

Les principaux groupes rebelles contrôlant la Ghouta orientale, Jaich al-Islam et Faylaq al-Rahmane, ont rejeté toute évacuation de civils et de combattants.

Cette campagne militaire utilisant bombes, barils d’explosifs et obus est d’une rare intensité, même pour un pays ravagé depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 340.000 morts.

Le représentant syrien à l’ONU, Bachar Jaafari, a réitéré jeudi la position du régime, déterminé à reprendre coûte que coûte l’ensemble du pays. « Oui, la Ghouta orientale deviendra un nouvel Alep », a-t-il martelé.

Déclenché en 2011 par la répression de manifestations pacifiques pro-démocratie, le conflit qui a opposé au départ les rebelles au régime, s’est complexifié avec l’implication de groupes jihadistes et de puissances étrangères.

Grâce à l’appui militaire de Moscou, le régime a renversé la donne en multipliant les victoires face aux rebelles et aux jihadistes, jusqu’à reprendre le contrôle de plus de la moitié du territoire.

(©AFP / 25 février 2018 01h35)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-L-ONU-reclame-une-treve-humanitaire-en-Syrie/893402.rom

Afrin paye le prix de la lutte entre les USA et la Russie

22 février, 2018
Note d’analyse

Elijah J. Magnier

Afrin paye le prix de la lutte entre les USA et la Russie

L’armée syrienne prendra-t-elle finalement le contrôle de la ville syrienne kurde d’Afrin ? Des centaines de membres des forces populaires syriennes (la brigade al-Baker), la plupart provenant des villes chiites avoisinantes de Nub’ul et Zahra, sont entrés dans l’enclave d’Afrin pour soutenir les Kurdes et s’opposer aux forces turques et à leurs alliés. En acceptant d’envoyer des forces armées soutenir les Kurdes, Damas a rompu le « rameau d’olivier » ( nom de code donné à l’opération turque à Afrin) et a décidé de s’en prendre aux forces d’Ankara et à ses mandataires. Une première échauffourée s’est d’ailleurs produite quelques minutes après l’arrivée des forces syriennes à Afrin, mais celles-ci, qui avaient reçu clairement l’ordre de riposter aux tirs, ont lancé leurs premiers obus contre les forces turques marquant ainsi la première confrontation directe de l’année entre la Syrie et la Turquie.

Les combattants des villes de Nub’ul et de Zahra entrent dans Afrin pour soutenir les Kurdes contre les forces turques et leurs alliés

 

Damas s’est abstenu d’envoyer son armée régulière, une décision qui continue de mûrir et qui demande plus de temps et une coordination à tous les niveaux avec la Russie et la Turquie. Cependant, le Président syrien, Bachar al-Assad, défie clairement son homologue turc, le Président Erdogan, en tâtant le terrain et en transmettant un message déterminé à la Turquie afin de lui signifier que la Syrie n’abandonnera pas son territoire. C’est aussi un message positif adressé aux Kurdes et leur dire que seul le gouvernement central peut les protéger, avec le soutien de la superpuissance russe.

Des nouvelles contradictoires sont sporadiquement publiées à propos de l’élaboration d’un accord pour le canton d’Afrin, qui demeure sous les attaques continuelles de l’armée turque et de ses mandataires syriens. Cela révèle la nature de la lutte que se livrent les USA et la Russie en Syrie. En effet, les Kurdes sont les plus grands perdants en payant le prix de leur alliance avec les forces des USA dans les provinces d’Hassaké et de Deir Ezzor. Le consentement des Kurdes à devenir un bouclier américain et à se détacher du gouvernement de Damas pèse très lourd sur leur bien-être en Syrie.

La situation précaire que pose la bataille d’Afrin est due à l’accord conclu entre les Russes et les Américains il y a plus d’un an. Cet accord consistait à se répartir les zones opérationnelles de combat contre le groupe armé « État islamique » (Daech) en Syrie, afin d’éviter toute collision dans le ciel syrien. Moscou croyait que Washington aurait donné suite aux promesses du candidat, Donald Trump, qui avait durement critiqué Hillary Clinton en déclarant que son plan en Syrie mènerait à la « Troisième Guerre mondiale ». Pendant la campagne présidentielle, Trump avait dit  » qu’il foutrait le camp de la Syrie « , qu’il n’était pas disposé à se frotter à la Russie et que sa seule préoccupation était la défaite de Daech. Vladimir Poutine ne s’attendait pas à ce que Trump profère au moins 1 628 mensonges au cours de sa première année à la Maison-Blanche.

Le mal est fait : la Russie a accepté de livrer le territoire à l’est de l’Euphrate aux Américains pendant la guerre contre Daech. La plus grande surprise est arrivée lorsque les USA ont déclaré leur intention de rester en Syrie même après la défaite de Daech, en interdisant à toute force armée, qu’elle soit Russe ou Syrienne, d’entrer dans sa zone d’influence à l’est de l’Euphrate.

Les forces américaines ont la mainmise sur les champs pétrolifères, dont al-Omar, le plus riche, et gaziers, Conoco, à l’est du fleuve. Les USA contrôlent ainsi 24 % du territoire syrien occupé par 10 % de sa population essentiellement des Kurdes et des tribus arabes. En outre, les forces américaines ont tiré des leçons de leur expérience en Irak en créant et en finançant les tribus Sahawat et en établissant d’autres contacts étroits avec les tribus arabes locales.

Enfin, pour défendre le territoire qu’elles occupent, les forces américaines n’ont pas hésité à s’engager directement dans le combat contre des tribus arabes et des combattants russes, liés à la société Wagner, sous le commandement de l’ancien membre des forces spéciales russes Dimitry Utkin, qui s’est soldé par au moins 61 morts et 85 blessés. Leur avancée était commandée par le centre des opérations conjointes dirigé par la Russie, la Syrie et l’Iran, dans le but de mettre à l’épreuve la capacité de riposte des USA et de tenter d’imposer un nouveau rapport de force sur le terrain en établissant une présence autre qu’Américaine à l’est de l’Euphrate.

Les USA et la Russie ont tous deux camouflé l’attaque et évité de fournir des détails s’y rapportant, pour ne pas s’engager dans une guerre élargie aux conséquences imprévisibles. Le spectre d’une Troisième Guerre mondiale, que les deux superpuissances ne souhaitent pas, se profilait à l’horizon. La Syrie semble être un terrain particulièrement dangereux pour quiconque s’y trouve.

Le Président russe n’a cependant pas digéré le coup de bluff stratégique des USA dans le but de diviser les zones d’influence en Syrie plus longtemps que prévu. Il a donc entrepris une contre-attaque silencieuse ; la Russie a ainsi donné le champ libre à la Turquie contre les Kurdes d’Afrin, considérés comme des forces favorables aux USA en Syrie. L’attaque turque a fait ressortir le couteau à deux tranchants qu’est la division des zones d’influence à l’est et à l’ouest de l’Euphrate, qui a de fait empêché les USA de se précipiter pour aider leurs alliés kurdes. La manœuvre russe a ainsi révélé au grand jour le plan des USA qui est de se servir des Kurdes d’Hassaké, considérés davantage comme un bouclier protecteur des forces américaines que comme des alliés. Donald Trump ne peut plus, dorénavant et de manière crédible, se présenter comme le protecteur de la minorité kurde en Syrie, qui bénéficie d’un grand soutien en Occident depuis des décennies.

Le coup porté par les Russes contre les USA s’est manifesté par le retrait des observateurs russes d’Afrin. Les Kurdes n’ont alors pas tenu compte du grand jeu dans lequel sont engagées les deux superpuissances. Lorsque l’administration d’Afrin a refusé de remettre l’enclave d’Afrin sous le contrôle du gouvernement central de Damas, comme c’était le cas avant 2011 (l’année marquant le début de la guerre en Syrie). Dans l’intervalle, Afrin était devenu un canton financièrement riche et équipé en armes lourdes, missiles guidés antichars et missiles TOW, une arme américaine très efficace et meurtrière qui est utilisée contre les chars turcs.

A sa grande déception, l’administration d’Afrin croyait que les USA viendraient à sa rescousse et éloigneraient toute menace contre l’enclave. Mais le Président turc, Recep Tayyib Erdogan, a bien joué son jeu en forçant les USA et l’Europe, notamment la France, à ne pas s’immiscer dans son opération « Rameau d’olivier » contre les Kurdes d’Afrin.

Un mois seulement après le lancement de cette opération, l’administration d’Afrin a commencé à saisir la réalité de la lutte de pouvoir, mais pas encore complètement. La Russie donne une leçon aux Kurdes pour qu’ils comprennent le prix à payer en cherchant à s’attirer les faveurs des Américains. Les USA sont réduits à l’impuissance par rapport aux Kurdes et ont été démasqués, en étant forcés à révéler leur intention de rester en Syrie et d’occuper une partie de son territoire malgré la défaite de Daech. Les Kurdes, eux, n’ont pas encore saisi jusqu’à quel point ils servent de combustible pour le feu syrien et sont  pris en tenaille entre deux superpuissances.

En Syrie, l’alternative est la suivante : si lla partie continue à se jouer de manière aussi abrupte, une seule des grandes puissances restera en Syrie, ou elles cohabiteront comme elles l’ont fait à Berlin après la Seconde Guerre mondiale.

L’administration d’Afrin ne comprend pas que chaque jour qui passe augmente les exigences de Damas. Si les Kurdes continuent d’y résister, le gouvernement syrien demandera de nouvelles concessions et les Kurdes seront amenés à se retirer à l’est de l’Euphrate, pour rejoindre les forces américaines… qui continueront de leur nuire. Cela permettra aussi à la Turquie d’être plus résolue à laisser l’armée syrienne reprendre le contrôle d’Afrin.

Bien que le gouvernement central à Damas ait convenu d’envoyer plusieurs centaines de militants locaux de Nubbl et Zahraa et des membres d’autres forces nationales en guise de soutien préliminaire, il est fort probable que les négociations entourant Afrin se poursuivront jusqu’à la mi-mars, quand la Russie, la Turquie, l’Iran et la Syrie (indirectement) se rencontreront au Kazakhstan pour discuter non seulement d’Afrin, mais aussi d’Idlib, à moins que les Kurdes se plient dès maintenant aux conditions de Damas. Dans l’intervalle, la Turquie augmente, jour après jour, son influence et occupe plus de territoire dans l’enclave.

La Russie ne devrait pas se satisfaire du coup proféré aux USA à Afrin. Elle a mis le pied sur l’accélérateur pour mettre fin au contrôle d’al-Qaeda et d’autres combattants (Faylaq al-Rahman et Jaish al-Islam) sur la Ghouta, à l’est de Damas. Les Russes veulent pointer le doigt sur les USA seulement – Moscou considère la Turquie comme un moindre mal qui pourra être réglé plus tard -, pour faire ressortir son occupation illégale du nord-est de la Syrie, d’autant plus que les dernières forces de Daech se trouvent dans la zone frontalière entre la Syrie et l’Irak sous le contrôle des USA. Les forces américaines ont maintenant l’air de protéger le groupe terroriste en assurant sa continuité et la poursuite de ses opérations en Syrie et en Irak.

Les USA ont aussi de la compagnie dans le camp de Yarmouk, au sud de Damas, où Daech étend sa domination au détriment d’al-Qaeda. On estime à 1 500 le nombre de combattants de Daech, dans ce camp palestinien, prêts à s’attaquer à l’armée syrienne à la périphérie du camp.

Les Kurdes, Daech et al-Qaeda font partie du jeu d’échecs auquel prennent part les USA, la Russie et la Turquie, trois pays puissants qui déplacent leurs pions au gré de leur politique et de leurs besoins. Tous les autres pays arabes et européens en ont eu assez de jouer sur le territoire syrien. Recep Tayyip Erdogan prend encore plus ses distances vis à vis de Washington, sans nécessairement abandonner les USA, et se rapproche de Moscou. Vladimir Poutine est l’allié économique et stratégique d’Erdogan et les forces russes devraient rester beaucoup plus longtemps que celles des USA. De plus, aux yeux du Président turc, Donald Trump arme et protège les ennemis de son pays, ce qui réduit le niveau de confiance entre les deux hommes. Par conséquent, on peut s’attendre à ce que ce soit la Russie, et non les USA, qui aura le dessus au Levant.

Elijah J. Magnier

Traduction Daniel G

 

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syrie; turquie;, russie, etats-unis

Pendant ce temps, dans les tubes…

Pendant ce temps, dans les tubes…

24 Février 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Gaz, #Russie, #Chine, #Europe, #Etats-Unis

Pour son 25ème anniversaire, Gazprom a tout lieu de se réjouir. Non content de caracoler en tête des prix Pulitzer de l’énergie et d’avoir les fondamentaux pour lui, le géant russe voit peu à peu se concrétiser ses projets pharaoniques que nous présentions il y a deux ans et demi :

Gazprom a vraiment la folie des grandeurs. Ils sont maintenant engagés dans la construction simultanée des quatre plus grands pipelines de la planète !

Comment vont-ils financer tout ça ? Certes, ils ne sont pas tout seuls dans le Nord Stream 2, Shell, E.ON (Allemagne) et OMV (Autriche) vont participer ; certes, les Chinois vont financer une partie des travaux de l’Altaî et du Force de Sibérie. Mais enfin, quand même… Il y a deux ans, même dans leurs rêves les plus fous, ils n’auraient jamais pu imaginer en être là. Preuve supplémentaire que, en dépit de quelques difficultés économiques passagères, la crise ukrainienne a été du pain béni pour la Russie (Crimée russe, neutralisation définitive de l’Ukraine qui n’entrera jamais dans l’OTAN, développement des BRICS et de l’OCS, Union Eurasienne…)

Petit tour d’horizon…

Le Turk Stream, remplaçant du défunt South Stream torpillé par l’empire, est en bonne voie. La construction des deux lignes avance rapidement : la première, destinée uniquement au marché turc, entre dans sa dernière phase (déjà 530 km sur les 930 km prévus). Quant à la seconde, signée plus tard et visant l’Europe du sud, 224 km de tubes ont été posés.

Le pipe devrait entrer en service en 2019, année également prévue pour la fin des travaux du Nord Stream II. Le 31 janvier, l’Allemagne a donné l’autorisation de poser un tronçon du gazoduc dans ses eaux territoriales, ce que nous avions prévu fin 2016 :

C’est le genre de petite nouvelle banale qui passe totalement inaperçue, pas même digne d’être évoquée dans les fils de dépêches des journaux. Et pour une fois, je ne les en blâme pas, car seuls les initiés peuvent comprendre la portée de l’information sur notre Grand jeu énergético-eurasiatique.

Une première livraison de tubes est arrivée dans la presqu’île de Rügen, sur la côte baltique de l’Allemagne, et il y en aura désormais 148 par jour, acheminés par trains spéciaux (chaque tuyau mesure en effet 12 mètres et pèse 24 tonnes). Vous l’avez compris, il s’agit des composants du Nord Stream II qui devraient commencer à être assemblés au printemps prochain.

Ainsi, même si aucune décision officielle n’a encore été prise, ou du moins annoncée, le doublement du gazoduc baltique semble bien parti (…) Gazprom prendrait-il le risque de les acheter et de les acheminer sans avoir une idée assez sûre du dénouement ?

Là encore, les fondamentaux – irrésistible et inévitable ascension de la part de gaz russe dans la consommation européenne (+ 30% en trois ans malgré le harcèlement US) – jouent en faveur de Gazprom qui est en train de battre tous ses records sur le Vieux continent. Vladimirovitch est optimiste sur la réalisation du Nord Stream II et Frau Merkel le défend bec et ongles, assurant qu’il ne représente pas une « menace ». Là encore, le fidèle lecteur du blog ne sera pas surpris :

La perspective du doublement du Nord Stream – Nord Stream II pour les intimes – rend les pays de la « nouvelle Europe » (© Bush) chaque jour plus émotifs. L’on se rappelle les réactions hystériques lors de la construction du gazoduc à la fin des années 2000, l’inénarrable Radoslaw Sikorski, pillier néo-conservateur des Affaires étrangères polonaises, comparant même le projet au pacte germano-soviétique ! Rien que ça… Malgré l’opposition résolue des Etats-Unis, utilisant leurs créatures baltes et polonaises afin de couper l’Europe de la Russie, l’Allemagne de Schroeder avait mis tout son poids dans la bataille pour faire passer le tube.

Une demi-décennie plus tard, on prend presque les mêmes et on recommence, mémère Merkel ayant remplacé papi Gerhard. Pourtant, dame Angela aura d’abord tout fait pour crier au grand méchant ours russe. Russophobie réelle, chantage à l’or allemand entreposé à la FED américaine et dont on ne sait plus trop s’il existe encore, chantage de la NSA sur la jeunesse peu reluisante de la possible informatrice de la Stasi, ou tout cela à la fois ? Mémère a en tout cas tout fait pour torpiller le South Stream devant fournir le gaz russe aux Balkans.

Jamais à court de ressources et sachant parfaitement jauger le poids de chaque acteur européen, Moscou a fait contre mauvaise fortune (« abandon » des amis balkaniques qui s’étaient eux-mêmes mis dans la panade en entrant dans l’UE) bon coeur et fait à l’Allemagne une proposition que Berlin ne pouvait refuser. Comme nous l’écrivions en septembre :

« Moscou assure ses arrières en doublant le Nord Stream. Grande intelligence de Poutine qui parie sur l’égoïsme allemand ; la mère Merkel est toute pleine de paroles grandiloquentes sauf quand l’économie de son pays est en jeu. Avec le doublement du tube baltique, l’Allemagne deviendra le hub gazier d’une grande partie de l’Europe, renforçant encore sa mainmise économique sur le Vieux continent. De quoi faire réfléchir la chancelière… »

C’est maintenant tout réfléchi ; mémère ne minaude plus devant la possibilité de faire de l’Allemagne la plateforme énergétique du Vieux continent. Mais c’est là que réapparaissent nos petits geignards de la « nouvelle Europe », jamais à court de critiques acerbes contre la Russie et son gaz mais ne dédaignant visiblement pas les confortables frais de transit de ce même gaz russe. Le beurre et l’argent du beurre, comme toujours…

Que pèsent ces nains geignards maintenant que le système impérial a perdu sa tête avec l’élection du Donald ? On se rappelle qu’il en était autrement sous la présidence du prix Nobel de la paix (défense de rire), comme l’avait avoué candidement une membre du comité des Affaires étrangères du Congrès américain :

Les Etats-Unis devraient agir contre le projet russe de gazoduc afin de soutenir la sécurité énergétique de l’Union européenne [qui eut cru que la novlangue pouvait être amusante ?] L’administration Obama et l’UE ont travaillé contre le Nord Stream II (…) L’administration Obama a fait de la sécurité énergétique européenne une question de haute priorité de la politique étrangère américaine. L’administration Trump serait bien avisée de continuer sur cette voie.

Barack à frites parti, les geignards ont perdu leur source d’inspiration face aux lourdes réalités économiques et au simple bon sens. Se profile à l’horizon un grignotage à la sauce gazière dont Moscou a le secret, contribuant à l’intégration énergétique de l’Eurasie pour le plus grand malheur de McKinder, Spykman et leurs descendants à Washington…

A l’autre bout du continent-monde, les tubes continentaux avancent inexorablement, marginalisant là aussi l’empire maritime. Le Sila Sibirii – chantier pharaonique de 4 000 km suite au contrat du siècle de 400 Mds d’équivalents dollars signé en 2014 entre Gazprom et le chinois CNPC – est aux deux-tiers construit (en avance sur le plan) et devrait bientôt entrer en fonction.

Gazprom vise 13% de part du colossal marché chinois d’ici une quinzaine d’années et l’objectif est loin d’être irréalisable, d’autant que l’on reparle de l’Altaï, le dernier gazoduc de la bande des quatre. Les négociations ont continué ces derniers mois, les positions se sont rapprochées et le projet est une telle évidence que les deux parties, par ailleurs alliés stratégiques, devraient assez rapidement se mettre d’accord.

 

L’Otan a déjà voté, avant nous

« L’art de la guerre »

L’Otan a déjà voté, avant nous

La question de l’appartenance ou de la sortie de l’Union européenne est désormais abordée dans toutes les élections nationales de l’Union. Pas celle de l’Otan. Or, les deux sont intimement liées et il est absurde de vouloir se prononcer sur l’une sans aborder l’autre.

| Rome (Italie)

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Gavin Williamson (UK) et James Mattis (USA) durant le Conseil de l’Atlantique-Nord, Bruxelles, 15 février 2018.

Il y a un parti qui, même s’il n’apparaît pas, participe de fait aux élections italiennes : le Nato Party, formé par une majorité transversale qui soutient explicitement ou par consentement tacite l’appartenance de l’Italie à la Grande Alliance sous commandement US. Cela explique pourquoi, en pleine campagne électorale, les principaux partis ont tacitement accepté les engagements précédents pris par le gouvernement dans la rencontre des 29 ministres Otan de la Défense (pour l’Italie Roberta Pinotti), les 14-15 février à Bruxelles.

Les ministres ont d’abord participé au Groupe de planification nucléaire de l’Otan, présidé par les États-Unis, dont les décisions sont toujours top secret. Puis, s’étant réunis comme Conseil de l’Atlantique-Nord, les ministres ont annoncé, après deux heures seulement, d’importantes décisions (déjà prises dans un autre lieu) pour « moderniser la structure de commandement de l’Otan, colonne vertébrale de l’Alliance ». Est instauré un nouveau Commandement conjoint pour l’Atlantique, probablement situé aux États-Unis, dans le but de « protéger les lignes maritimes de communication entre l’Amérique du Nord et l’Europe ». On invente ainsi le scénario de sous-marins russes qui pourraient couler les navires marchands sur les voies transatlantiques. Est aussi instauré un nouveau Commandement logistique, probablement situé en Allemagne, pour « améliorer le mouvement en Europe de troupes et équipements essentiels à la défense ». On invente ainsi le scénario d’une Otan obligée de se défendre d’une Russie agressive, alors que c’est l’Otan qui amasse agressivement des forces aux frontières de la Russie. Sur cette base seront institués en Europe d’autres commandements de la composante terrestre pour « améliorer la riposte rapide de nos forces ».

Est prévu aussi un nouveau Centre de Cyber Opérations pour « renforcer nos défenses », situé près du quartier général de Mons (Belgique), avec à sa tête le Commandant suprême allié en Europe qui est toujours un général US nommé par le président des États-Unis. Est confirmé l’engagement à accroître la dépense militaire : dans les trois dernières années les alliés européens et le Canada l’ont augmentée au total de 46 milliards de dollars, mais ce n’est qu’un début. L’objectif est que tous atteignent au moins les 2 % du PIB (les USA en dépensent 4 %), afin d’avoir « plus d’argent et donc plus de capacités militaires ». Les pays européens qui ont jusqu’à présent atteint et dépassé ce quota sont : la Grèce (2,32 %), l’Estonie, le Royaume-Uni, la Roumanie et la Pologne. La dépense militaire de l’Union européenne — a-t-on rappelé dans une rencontre avec la représentante de l’UE Federica Mogherini — doit être complémentaire à celle de l’Otan. La ministre Roberta Pinotti a confirmé que « l’Italie, respectant la requête états-unienne, a commencé à augmenter la dépense pour la Défense » et que « nous continuerons dans cette voie qui est une voie de responsabilité ». La voie est donc tracée.

Mais de tout cela on ne dit mot dans la campagne électorale. Tandis que sur l’appartenance de l’Italie à l’Union européenne les principaux partis ont des positions diversifiées, sur l’appartenance de l’Italie à l’Otan ils sont pratiquement unanimes. Ce qui fausse tout le cadre. On ne peut pas discuter d’Union européenne en ignorant que 21 des 27 pays UE (après le Brexit), avec environ 90 % de la population de l’Union, font partie de l’Otan sous commandement US. On ne peut pas ignorer les conséquences politiques et militaires — et en même temps économiques, sociales et culturelles — du fait que l’Otan est en train de transformer l’Europe en un champ de bataille contre la Russie, présentée comme un ennemi menaçant : le nouvel « Empire du Mal » qui attaque de l’intérieur « la plus grande démocratie du monde » avec son armée de troll.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

http://www.voltairenet.org/article199806.html

La bataille de Damas et de la Ghouta orientale

La bataille de Damas et de la Ghouta orientale

La ville de Damas et la campagne à l’Est de la capitale, la Ghouta orientale, sont le théâtre de violents combats opposants Al-Qaïda, soutenu par le Royaume-Uni et la France, à l’armée arabe syrienne. La République tente de délivrer la population de sept années d’occupation et de charia. Mais les puissances coloniales ne l’entendent pas de cette oreille.

| Damas (Syrie)

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La ville de Damas est en permanence bombardée par Al-Qaïda depuis six ans. Ici, un obus, tiré depuis la Ghouta orientale, s’abat sur une maison du quartier de Rukn Eddin, le 23 février 2018, faisant trois morts et quinze blessés.

Au cours des six dernières années, le ministère de la Réconciliation a signé plus d’un millier d’accords et amnistié des dizaines de milliers de combattants. Ils ont été réintégrés dans la société, parfois même dans les armées. Ceux de la Ghouta occidentale ont accepté, mais jamais ceux de la partie orientale.

Cette zone, assez vaste, était peuplée avant la guerre par plus de 400 000 personnes. Selon l’Onu, ils seraient aujourd’hui 367 000. Selon le gouvernement, ils sont beaucoup moins et en tous cas, pas plus de 250 000.

La principale ville est un faubourg assez mal famé, Douma, connu avant la guerre pour ses bordels et ses truands.

Dans les faits, cette zone est tenue par Al-Qaïda, sous la dénomination d’« Armée de l’islam » (Jaych al-Islam), encadré par des SAS britanniques et des officiers de la DGSE française sous couvert de l’ONG Médecins sans frontières. Principalement les combattants sont dirigés par la famille Allouche, qui dispose de biens importants à Londres.

De juillet 2012 à sa mort fin 2015, Zahran Allouche, annonçait plusieurs fois par semaine qu’il allait prendre Damas et exécuter sans jugement tous les infidèles, c’est-à-dire pour lui les non-sunnites. Il a imposé la charia à tous les habitants selon les principes du prédicateur wahhabite Abd al-Aziz ibn Baz. Il a enfermé dans des cages ceux qui contestaient son autorité. Il a exécuté de nombreuses personnes, dont mon voisin (un agent immobilier qui habitait l’appartement au-dessous du mien), égorgé en public parce qu’il avait refusé de dire qu’« Assad est un chien ».

Recevant des armes de l’Arabie saoudite, via la Jordanie, Allouche a présidé un défilé militaire avec des chars ; mis en scène et filmé par le MI6 britannique [1].

Lorsque l’armée arabe syrienne a placé des canons sur la montagne qui domine la capitale et a commencé à bombarder l’armée de Zahran Allouche, il a fait placer des prisonniers sur les toits comme boucliers humains.

Début 2016, son cousin, Mohamed Allouche a pris le commandement. Il s’est rendu célèbre en jetant des homosexuels depuis les toits. Il faut savoir que la Syrie protège les homosexuels, ce qui est une exception parmi les pays musulmans contemporains et l’était par rapport aux pays occidentaux il y a trente ans encore [2].

Mohamed Allouche est devenu le chef de la délégation de l’opposition aux négociations de Genève. Là-bas, il a demandé et obtenu que les tableaux et sculptures qui ornaient son hôtel soient recouverts d’un voile. Pendant les discussions, depuis la salle de négociations, il a tweeté à ses partisans de se préparer à tuer les soldats du « porc ».

Ce n’est que depuis quelques mois que l’armée arabe syrienne a complètement verrouillé la zone. Jusque-là, il était possible pour les habitants de fuir. L’Onu et le Croissant rouge ont un libre accès côté République, mais pas côté Al-Qaïda. Les jihadistes ne laissent sortir que leurs partisans pour être soignés. Les convois de nourriture sont fouillés par l’armée avant d’entrer dans la Ghouta. En effet, de multiples fois, des convois de l’Onu ont été utilisés pour faire parvenir des armes aux jihadistes. Si l’Onu refuse la fouille, les convois sont stoppés.

La Ghouta est la zone maraîchère qui entoure la capitale. Lorsque des produits alimentaires qui ne sont pas cultivés sur place sont fournis par l’Onu, ce sont les jihadistes qui les distribuent à la population. Leur prix sont considérablement plus élevés que dans la capitale, parfois quatre fois plus chers. Seuls les habitants qui font allégeance aux jihadistes reçoivent d’eux de l’argent qui leur permet d’acheter ces produits. Plusieurs fois, les habitants loyalistes de la Ghouta ont dû endurer la famine que leur imposaient les jihadistes.

Durant six ans, les jihadistes ont régulièrement attaqué Damas depuis la Ghouta. Chaque jour, ils n’ont cessé d’en tuer des habitants, dans le silence assourdissant de la communauté internationale. Petit à petit, Daraya, Mouadamiyat al-Cham, Qudsaya et al-Hameh en août 2016, puis Jobar, Barzeh, Qaboun et Tichrine en février 2017, ont été repris. Les accords qui ont alors été signés prévoyaient le transport des combattants sous escorte jusqu’à Idleb, au Nord-Ouest du pays, à la seule condition qu’ils libèrent les habitants.

La République vient de décider de libérer la Ghouta orientale des jihadistes. Des bombardements intensifs sont opérés par l’artillerie et l’aviation. Il s’agit d’anéantir les jihadistes et de faire le moins de victimes possibles parmi les civils. Durant cette campagne, les convois humanitaires sont impossibles. De sont côté, Al-Qaïda tire des obus sur la capitale. En temps normal, les jihadistes ciblent principalement l’ambassade d’Iran à Mazzeh, la place des Omeyyades (siège de la télévision et du ministère de la Défense), le Centre culturel russe en centre ville et l’ambassade de Russie. Cette fois des obus tombent un peu partout. Les Damascènes et les millions de Syriens qui refusent la charia et se sont réfugiés dans la capitale sous la protection de la République tentent à nouveau de survivre. Plus du tiers des habitants reste cloitré à la maison de peur d’être tué par des obus en ville. Un quart des commerces reste fermé et les administrations travaillent au ralenti.

Le Royaume-Uni et la France tentent d’imposer un cessez-le-feu de trente jours dans la Ghouta. Ces deux États ne font pas mystère de leur soutien à la famille Allouche et de leur hostilité à la République arabe syrienne en général et à son président, Bachar el-Assad, en particulier. Tous deux ont refusé d’assister à la conférence de paix de Sotchi à laquelle plus de 90% des Syriens étaient représentés —mais pas les Allouche— [3].

La guerre est un moyen de résoudre un conflit qui d’abord simplifie les problèmes à l’extrême et divise les hommes en deux groupes, jamais trois, contrairement à ce que prétendent les diplomaties britannique et française. La guerre se pratique en tuant non seulement ses ennemis autant que faire se peut, mais aussi les siens, le moins possible. Dans toutes les guerres on est contraint de sacrifier les siens, sans cela ce serait une simple opération de police.

Lorsque la Coalition occidentale a bombardé Mossoul, l’année dernière, pour écraser les quelques milliers de jihadistes qui y restaient, elle a tué beaucoup plus de civils (9 à 11 000, selon les sources). Les médias occidentaux ont salué cette victoire avec enthousiasme. Les mêmes médias occidentaux diffusent à satiété les images de deux petites filles de la Ghouta au milieu des bombardements. Aucun ne s’interroge sur les familles de ces deux enfants, ni sur la manière dont elles ont appris l’anglais. Aucun ne pensent aux autres enfants qui meurent à Damas. Tous implorent que l’on cesse le massacre.

Si un cessez-le-feu intervenait, il n’aurait aucune conséquence pratique. En effet, à la fois Al-Qaïda en serait exclu par l’Onu et il le rejetterait, or c’est Al-Qaïda et lui seul qui tient la Ghouta orientale.

Dans ces conditions, on doit se demander pourquoi le Royaume-Uni et le France promeuvent l’idée de ce cessez-le-feu impraticable ? Pourquoi ces deux États se proposent de donner un répit à Al-Qaïda au seul détriment des civils qu’il opprime ?

[1] « Comment le Royaume-Uni met en scène les jihadistes », Réseau Voltaire, 13 mai 2016.

[2] « Daesh et les homosexuels », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 juin 2016.

[3] « Consensus entre Syriens à Sotchi », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 février 2018.

 

http://www.voltairenet.org/article199832.html

Italie: l’extrême droite portée par les tensions sociales et raciales

Italie: l’extrême droite portée par les tensions sociales et raciales

Des membres du mouvement d’extrême droite italien CasaPound marchent avec des torches à Milan, le 11 février 2018 / © AFP/Archives / MARCO BERTORELLO

Des partis en plein essor, des groupuscules toujours plus actifs: l’extrême droite a le vent en poupe en Italie, portée par les tensions autour des migrants et un engagement sur le terrain auprès de populations qui se sentent abandonnées.

La nuit tombe sur la place Vittorio, dans le quartier multiethnique Esquilino de Rome. Une cinquantaine d’hommes agitent des drapeaux italiens, mais aussi un autre, rouge vif frappé d’une tortue noire. Ils déploient en silence une banderole: « Viols, vols, violences, assez de dégradations ».

Voici CasaPound, un mouvement néofasciste né dans le quartier il y 15 ans et devenu l’un des nombreux partis anti-immigration en course pour les élections législatives du 4 mars.

Dans la troisième économie de la zone euro, des millions d’Italiens et d’étrangers, en situation régulière ou non, vivent toujours sous le seuil de pauvreté après la crise de 2008, et les tensions sociales sont vives.

Même si la criminalité est en baisse depuis des années, des faits divers comme l’agression sexuelle attribuée à un Sénégalais contre une femme SDF la semaine dernière à l’Esquilino ajoutent des tensions raciales dans un pays qui voit débarquer chaque mois des milliers de migrants africains.

« Les Italiens ne peuvent plus se promener tranquilles dans cette zone, parce que tous les étrangers qui débarquent se retrouvent ici », explique Carlomanno Adinolfi, un militant de 35 ans.

« Je ne me sens plus en sécurité quand je marche seule le soir », renchérit Giuliana, une habitante de l’Esquilino de 48 ans. « Je n’ai rien contre les étrangers, je veux juste que l’immigration soit contrôlée, ceux avec un casier judiciaire doivent être renvoyés, mais notre Etat ne s’en occupe pas ».

La ronde de nuit de CasaPound n’est cependant pas du goût de tout le monde. « Ils sont dangereux parce que leur programme exclut toute une série de personnes considérées comme +différentes+ et cela crée des divisions qui nuisent à tout le monde », explique Michele Vacca, 32 ans, qui vit aussi dans le quartier.

Surfant sur les tensions sociales et raciales, la Ligue et Fratelli d’Italia, deux partis d’extrême droite alliés à la droite de Silvio Berlusconi, avoisinent les 20% au total dans les intentions de vote selon les sondages.

Parallèlement, l’audience des groupes néofascistes comme CasaPound ou Forza Nuova ne fait que croître, galvanisée par une décision de la cour de Cassation cette semaine établissant que le salut fasciste n’était pas un délit.

S’ils semblent encore loin du seuil de 3% nécessaire pour entrer au Parlement, ils ont obtenu des élus locaux dans plusieurs régions, essentiellement grâce à leur travail sur le terrain dans les quartiers défavorisés.

« A travers l’aide, nous nous sommes fait des amis », explique un militant, Alessandro Calvo, autour d’un grand plat de pâtes préparées par CasaPound, malgré la pluie, pour les habitants du quartier de Monteverde, toujours à Rome.

« Je suis au chômage. J’attends encore de recevoir mes allocations, ça prend du temps en Italie et dans l’intervalle je me suis retrouvée absolument sans rien », raconte Ana Maria, une mère de famille de 38 ans.

« CasaPound me donne de la nourriture et organise des activités pour nos enfants », ajoute-t-elle en essuyant une larme. « C’est très important, cela crée un esprit de communauté qui avait disparu ».

Pour Paola Menagat, une femme de ménage, c’est un soutien juridique apporté par les militants à une jeune fille que la police voulait expulser d’un logement squatté qui a tout changé.

Ravie d’avoir trouvé « une famille », elle est devenue militante, d’abord avec une poignée d’habitants du quartier et maintenant avec plus de 50 personnes.

« Quand l’Etat vous abandonne, il faut trouver la force de faire face soi-même, et avec CasaPound, on n’est jamais seul », explique-t-elle.

(©AFP / 24 février 2018 10h37)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Italie-l-extreme-droite-portee-par-les-tensions-sociales-et-raciales/893308.rom

Nos cris d’indignation à propos du siège de Ghouta sonnent creux car nous ne ferons rien pour sauver les civils. Par Robert Fisk

Source : Robert Fisk, 22-02-2018

Comment pouvons-nous protester alors que nous ne faisons rien contre l’opposition islamiste armée à Assad (je ne parle pas ici de l’EI) ou que nous n’essayons même pas d’organiser notre propre cessez-le-feu, même avec l’aide de la Russie ? Après tout, cela fait des années que nous armons ces gens-là.

Voilà, ci-dessous quelques cruelles réalités à propos du siège de la Ghouta qui ont été enterrées sous de vrais décombres couverts de vrai sang, ainsi que sous d’hypocrites manifestations apocalyptiques d’horreur occidentales. C’est Sergey Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, qui a énoncé la première et la plus importante de ces réalités en déclarant lundi que Moscou et le gouvernement syrien « pourraient faire bénéficier [la Ghouta] de l’expérience acquise lors de la libération d’Alep ». Cette simple phrase – qu’on peut traduire par « il faut tirer les leçons d’Alep » – a été considérée par les rares personnes qui y ont prêté attention, comme un avertissement que la Ghouta allait être détruite.

Mais pendant de nombreux mois, les Russes et les Syriens, ont tout tenté pour faire sortir les civils syriensde d’Alep-Est avant de la reprendre ; après que les troupes syriennes ont énormément progressé dans la banlieue, il y a eu, en effet, un exode des innocents et des opposants armés au régime ont aussi pu partir. Beaucoup ont été escortés par des policiers militaires russes armés et en uniforme jusqu’à la frontière turque. D’autres ont préféré – sans doute sans avoir bien réfléchi – partir sous escorte, avec leurs familles, pour Idlib, le grand « dépotoir » de combattants islamistes qui est maintenant évidemment assiégé à son tour.

Ce dont Lavrov voulait parler, c’est d’un accord similaire avec les rebelles armés de la Ghouta. Les Russes et les Syriens ont des contacts directs avec ceux qu’ils considèrent comme des « terroristes » – un mot cher à l’Occident lorsqu’ils attaquent les mêmes groupes islamistes de Nusrah (al-Qaida) que les Russes ; C’est pourquoi, lorsque le siège du dernier district rebelle de Homs a pris fin l’année dernière, des soldats russes en uniforme ont escorté les islamistes armés et souvent encagoulés qui étaient autorisés à partir pour Idlib. J’ai vu ça de mes propres yeux.

Les « rebelles » / « terroristes » / « islamistes » / « opposition armée » – choisissez le mantra qui vous plaît – sont, bien sûr, l’autre « réalité » du bain de sang de Ghouta que nous devons ignorer, passer sous silence, cacher, nier. Car les combattants de Nusrah à Ghouta – qu’ils aient ou non exercé des pressions sur les civils de la banlieue pour qu’ils leur servent de « boucliers humains » – font partie du mouvement initial d’Al-Qaïda qui a commis des crimes contre l’humanité aux Etats-Unis en 2001 et qui a souvent coopéré en Syrie avec l’EI, la secte diabolique que les Etats-Unis, l’UE, l’OTAN et la Russie (ajouter ici tous les autres défenseurs habituels de la civilisation) ont promis de détruire. Les alliés de Nusrah sont Jaish al-Islam, un autre groupe islamiste.

C’est une situation très étrange. Personne ne doit douter de l’ampleur du massacre à la Ghouta. Ni de la souffrance des civils. Certes, on ne peut pas s’indigner quand les Israéliens attaquent Gaza (en utilisant le même argument de « boucliers humains » que les Russes d’aujourd’hui) et en même temps excuser le bain de sang à la Ghouta sous prétexte que les « terroristes » assiégés sont des islamistes d’Al-Qaïda proches de l’EI.

Mais ces groupes armés sont curieusement oubliés lorsque nous exprimons notre indignation sur le carnage de la Ghouta. Il n’y a pas de journalistes occidentaux pour les interviewer – parce que ces défenseurs de la Ghouta nous couperaient la tête (un fait que nous préférons aussi passer sous silence) si nous avions l’audace d’essayer d’entrer dans la banlieue assiégée. Et – fait incroyable – sur les images que nous recevons, il n’y a pas un seul homme armé. Cela ne veut pas dire que les enfants blessés, les enfants morts ou les cadavres ensanglantés – dont les visages sont dûment « floutés » par les sensibles chefs de rédaction de nos télévisions – ne sont pas réels ou que les films sont faux. Cela veut dire que les images ne montrent pas toute la vérité. Ces films – et ceux qui les font – se gardent bien de nous montrer les combattants d’al-Nusrah qui sont à la Ghouta. Et il n’y a aucune chance qu’ils nous les montrent jamais.

Sur les films archivés de sièges passés – Varsovie en 1944, Beyrouth en 1982, Sarajevo en 1992 – on voit les combattants qui défendaient ces villes, et on voit leurs armes. Mais quand on regarde les images de la Ghouta – où la quasi-totalité des films en provenance d’Alep-Est – on dirait qu’il n’y a là aucun combattant armé. Je n’en ai pas non plus trouvé la moindre mention dans nos réactions sur les souffrances des civils dans les médias américains et européens, à part la mention que la Ghouta est « tenue par les rebelles ». Qui donc a tiré au mortier sur le centre de Damas et tué six civils – et blessé 28 autres – il y a 24 heures ? C’est peu de monde au regard de tous les morts de la Ghouta, c’est sûr. Mais ont-ils été tués par des fantômes ?

Il s’agit là d’une omission d’importance, car pour en finir avec ce massacre de civils – il vient encore d’y avoir 250 morts de plus -, il faut pouvoir établir de toute urgence un contact entre les assiégeants armés et les attaquants armés. Les déclarations de Lavrov des deux derniers jours suggèrent que les Russes avaient accepté de revenir au statut de « déconfliction » de la Ghouta, une manière bizarre de nommer un cessez-le-feu permettant d’envoyer de l’aide humanitaire à la Ghouta et de faire sortir les blessés. Mais – selon Lavrov, bien sûr – al-Nusrah a rompu l’accord.

Vrai ou pas, comment pouvons-nous nous plaindre alors que nous ne voulons pas nous occuper nous-mêmes de l’opposition islamiste armée à Assad (je ne parle pas ici de l’EI), ou que nous n’avons aucune intention d’organiser notre propre cessez-le-feu, même avec l’aide de la Russie ? Après tout, on les arme depuis des années ! Mais nous ne ferons rien de tout ça. Alors nous nous tordons les mains avec toujours plus d’hyperboles hypocrites.

Au cours des dernières 48 heures, par exemple – et j’attire votre attention là-dessus – nous avons entendu les États-Unis, des ONG et des médecins en contact avec les hôpitaux de Ghouta dire que la banlieue est le théâtre de « flagrants crimes de guerre de dimension épique », parler de « jugement dernier », de « massacre du XXIe siècle », de « violence hystérique » – qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire d’ailleurs ? – et, même la pauvre ONU, elle-même, dire que cela « dépassait l’imagination » et que « les mots leur manquaient ».

Encore une fois, oui, ce sont les Russes et les Syriens qui sont la cause des souffrances inhumaines, abominables et aberrantes des habitants de la Ghouta pour la seule bonne raison qu’ils se trouvent dans cet endroit de la Syrie pendant cette guerre. Mais les petits saints ridicules de la bureaucratie onusienne – qui, hélas, ne manqueront jamais de mots – et ceux qui décrivent le siège de la Ghouta comme « le jugement dernier » savent-ils au moins de quoi ils parlent ? Gardons le sens des proportions, malgré les atrocités. Auschwitz et l’holocauste juif et le génocide rwandais et l’holocauste arménien et les innombrables massacres du XXe siècle (on peut aussi ici rappeler discrètement les pertes de la Russie aux mains des hordes hitlériennes) étaient beaucoup plus proches du « jugement dernier » que la Ghouta. Comparer ce terrible siège aux crimes contre l’humanité du siècle dernier, c’est déshonorer les millions de victimes innocentes de crimes bien pires.

La vérité est que ces expressions d’horreur de « notre » camp sont des substituts. Pourquoi l’ONU n’a-t-elle pas été « à court de mots » la première année de la guerre ? De nombreuses victimes syriennes étaient à court de mots dès 2012, notamment parce qu’un grand nombre d’entre elles étaient mortes. Selon les statistiques que nous établissons 400 000 civils sont piégés à la Ghouta. On peut se demander si c’est bien leur nombre réel. On nous avait dit, en 2016, que 250 000 personnes étaient piégées dans Alep mais on a appris ensuite qu’il y en avait plutôt environ 92 000. Mais c’était encore assez pour qu’on puisse parler de crime de guerre. Et si seulement 200 000 personnes étaient piégées à la Ghouta ? Bien sûr, cela serait aussi une catastrophe épouvantable.

La réalité est que le siège de la Ghouta continuera jusqu’ à la reddition et l’évacuation. Aucune des paroles que nous prononçons n’empêchera ce sombre scénario de se dérouler jusqu’au bout, et nous le savons tous – ou du moins les gardiens de nos plus hautes valeurs morales le savent. Rien sur le terrain ne changera. Et quand la Ghouta « tombera » – ou sera « libérée », comme ses assiégeants nous le diront sans doute – alors la destruction de la ville d’Idlib commencera. Et une fois de plus, ce sera le jugement dernier, une « violence hystérique » et le « massacre du XXIe siècle » (probablement pire que les sièges d’Alep et de la Ghouta). Aucune condamnation occidentale n’empêchera l’inéluctable. Nous sommes en faillite, nous crions notre indignation sans le moindre espoir – ni la moindre intention – de sauver des innocents. C’est cela, j’en ai peur, la triste histoire de la Ghouta telle qu’elle sera relatée par les historiens. Et le pire, c’est qu’ils auront raison.

Robert Fisk

Robert Fisk est le correspondant du journal The Independent pour le Moyen Orient. Il a écrit de nombreux livres sur cette région dont : La grande guerre pour la civilisation : L’Occident à la conquête du Moyen-Orient.

Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

Source : Robert Fisk, 22-02-2018

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4 réponses à Nos cris d’indignation à propos du siège de Ghouta sonnent creux car nous ne ferons rien pour sauver les civils. Par Robert Fisk    Pour lire les 4 réponses ,cliquez sur le lien :

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