Maria Khodynskaya-Golenishcheva : «On ne réglera pas la crise syrienne sans l’Iran»

Source : La Tribune de Genève, Alain Jourdan, 30.10.2017

Il est rare qu’un diplomate en fonction raconte les coulisses de négociations encore en cours. C’est ce que vient de faire Maria Khodynskaya-Golenishcheva. Occupant un poste de premier rang à la Mission permanente de la Fédération de Russie auprès des Nations Unies à Genève, la diplomate joue un rôle central dans les négociations visant à trouver un accord politique en Syrie. Arabisante et docteur en géopolitique, elle a déjà publié plusieurs ouvrages. Dans «Alep, la guerre et la diplomatie», elle livre sa vision de l’un des épisodes les plus controversés du conflit syrien.

– Vous avez été au cœur des négociations menées à Genève. Pourquoi avoir éprouvé le besoin d’écrire un livre?

– Pour témoigner. Ce qui s’est passé à Alep a donné lieu à une guerre de l’information sans précédent. La reprise de la ville ne se résume pas à une opération militaire menée par l’armée syrienne avec l’aide de l’aviation russe. Au cours de cet épisode, des négociations politiques extrêmement importantes ont été menées par la Russie et les Etats-Unis avec la Turquie, le Qatar, l’Arabie saoudite et l’Iran. Il y a un avant et un après Alep.

– En quoi la reprise d’Alep marque-t-elle un tournant?

– L’accord trouvé avec la Turquie et accepté par l’Iran pour évacuer les rebelles d’Alep-Est a servi de déclencheur. Cela a ouvert la voie au processus d’Astana et à des accords plus importants pour ramener la paix en Syrie. La mise en place de zones de désescalade contribue aujourd’hui à renforcer les efforts engagés dans le cadre des pourparlers de Genève sous l’égide de l’ONU et de son médiateur Staffan de Mistura.

– Mais Astana a montré que la communauté internationale restait très divisée…

– Le 9 septembre 2016, il y a eu un accord très important. La Russie a accepté que l’est d’Alep reste sous le contrôle des rebelles à condition que les Etats-Unis veillent à en exclure le Front al-Nosra. Mais le lobby militaire américain a rejeté ce que les diplomates étaient parvenus à construire. Si cet accord avait été respecté, une nouvelle page d’histoire se serait ouverte dans les relations internationales. Après cet échec, nous n’avons pas eu d’autre choix que de nous tourner vers les acteurs régionaux qui contrôlent les groupes engagés sur place. Et c’est un format qui fonctionne. Il y a des pays comme la France qui ont proposé des idées étranges: un nouveau format P5 sans l’Iran. Mais expliquez-moi comment on peut régler le problème syrien sans l’Iran?

– On sent que le jeu des Américains dans le dossier syrien vous déconcerte. L’arrivée de Donald Trump a-t-elle changé la donne?

– Pour ce qui est de nos relations avec la nouvelle administration américaine, je suis optimiste parce que la priorité absolue de Donald Trump est de combattre Daech et le terrorisme. C’est là un point commun. En ce qui concerne la ville de Deir Ezzor, par exemple, nous avons un dialogue ouvert et constructif avec eux.

– Et avec les Européens?

– Nous sommes déconcertés par l’attitude de l’ouest et spécialement de l’Union européenne, qui ne veut pas donner d’argent pour la reconstruction de la Syrie tant qu’il n’y a pas de solution politique. Refuser de reconstruire des écoles et des hôpitaux parce qu’on réclame le départ de Bachar el-Assad, c’est totalement cynique. De la part de l’Europe, qui parle tout le temps des droits humains, c’est particulièrement étonnant. Des enfants ne vont pas à l’école uniquement parce que Paris et Londres ne veulent pas de Bachar el-Assad.

– Une guerre n’est jamais propre. La Russie ne reconnaît-elle aucune erreur? N’y a-t-il pas eu des frappes qui auraient pu être évitées?

– Vous faites sans doute allusion au bombardement du dernier hôpital d’Alep annoncé plusieurs fois. Combien y a-t-il eu de dernier hôpital d’Alep? C’était de la propagande. L’aviation russe est très professionnelle, elle ne lâche pas des bombes au hasard. Il y a des repérages qui ont été effectués auparavant.

– Le système onusien a été incapable d’empêcher la guerre en Syrie. Il peine aujourd’hui à ramener la paix. A quoi attribuez-vous cet échec?

– L’ONU n’est pas une entité à part entière. Ce sont des pays qui la composent et si ces pays ne s’entendent pas, l’ONU ne peut pas fonctionner efficacement. Staffan de Mistura a vraiment essayé de résoudre le problème. Mais au sein de l’ONU, tout le monde n’a pas joué un rôle positif. Certaines agences humanitaires ont relayé la propagande et faussé le jeu.

– La propagande de qui?

– Je pense par exemple aux Casques blancs, qui sont une organisation affiliée à Al-Qaida. La Branche opérationnelle à l’Est d’Alep a été créée par Abdulaziz Maghribi, le chef local d’Al-Nosra. Souvent l’ONU et ses agences reprennent les informations qui lui sont transmises par cette organisation et d’autres ONG travaillant sur des territoires contrôlés par des groupes armés ou des organisations à la réputation douteuse, comme l’Observatoire des droits de l’homme basé à Londres.

– La visite récente du roi Salman en Russie peut-elle aider à relancer les pourparlers de Genève?

– Le roi Salman a promis qu’il allait réformer le groupe de Riyad et faire des efforts en poussant ceux qui ont une vision pour le pays. Jusque-là ce groupe n’a fait que saboter les pourparlers. Certains de ses membres perçoivent un salaire des Frères musulmans. Ce sont des marionnettes. Si ces gens-là sont éloignés au profit de Syriens qui veulent réellement reconstruire leur pays, alors les choses ont des chances de bouger.

Source : La Tribune de Genève, Alain Jourdan, 30.10.2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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RECIT. Argentine : course contre la montre pour retrouver le sous-marin disparu depuis six jours

RECIT. Argentine : course contre la montre pour retrouver le sous-marin disparu depuis six jours

Le « San Juan », un submersible militaire avec 44 marins à bord, n’a plus donné signe de vie depuis mercredi dernier. Les proches de l’équipage attendent, entre espoir et angoisse.

Le sous-marin argentin \"San Juan\" stationné à Buenos Aires (Argentine), en 2014.
Le sous-marin argentin « San Juan » stationné à Buenos Aires (Argentine), en 2014. (ARGENTINE NAVY / AFP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

« Jeunes courageux de la Marine : le coeur en pause jusqu’à votre retour », dit une affichette, accrochée aux fils de fer avec des rubans bleu ciel et blanc, les couleurs du drapeau argentin. Sur les grilles de la base navale de Mar del Plata, en Argentine, des dizaines d’auters messages sont ainsi alignés. Avec des traits enfantins tracés au crayon, un sous-marin a été dessiné. En dessous, on peut lire ce message, comme le rapporte le quotidien La Nacion : « Vous pouvez les trouver, nous vous attendons. » Voilà six jours que l’ARA San Juan n’a plus donné signe de vie. A son bord, 44 marins, hommes, femmes, jeunes et moins jeunes, auraient dû rentrer chez eux dimanche ou lundi.

Le sous-marin militaire avait quitté les côtes argentines il y a 35 jours, depuis Mar del Plata, un port et une station balnéaire sur l’Atlantique, à 400 kilomètres au sud de Buenos Aires. Objectif : Ushuaia et la Terre de Feu, à la pointe de la Patagonie. Le San Juan y a passé trois jours avant de reprendre la route. « Mon fils m’a envoyé des photos qui avaient été prises là-bas », raconte Espinoza, le père d’un marin, à La Nacion. « Il m’a dit que tout était normal, sans problème », ajoute-t-il.

Dessin représentant le sous-marin \"San Juan\", accroché sur les grilles de la base navale de Mar del Plata, en Argentine, le 20 novembre 2017.
Dessin représentant le sous-marin « San Juan », accroché sur les grilles de la base navale de Mar del Plata, en Argentine, le 20 novembre 2017. (MARCOS BRINDICCI / REUTERS)

Pendant la traversée, les familles communiquent avec leurs proches avec la messagerie WhatsApp. Jusqu’à ce mercredi 15 novembre au matin. Ce jour-là, le submersible remonte à la surface et signale une « avarie » à la base navale de Mar del Plata. « Un problème de batteries, un court-circuit », révèle le chef de la base Gabriel Galeazzi à la presse lundi 20 novembre, après avoir tenu cette information secrète pendant plusieurs jours. Le commandement militaire demande au sous-marin de changer de cap et de faire route vers Mar del Plata. Le San Juan se situe alors à 432 kilomètres des côtes de la Patagonie et de la péninsule de Valdés, sa dernière position connue.

Disparu au large de la Patagonie

Depuis, silence radio. Sa disparition est officiellement signalée vendredi, deux jours plus tard. Les recherches se mettent en place. Mais le temps complique la donne. Les 13 navires qui croisent au large des côtes de Patagonie pour retrouver le bâtiment doivent affronter des vagues de 5 à 7 mètres. Dix avions survolent également une zone de 300 km de diamètre au large des côtes argentines.

La localisation de l’ARA San Juan s’annonce ardue. On ne sait pas si le submersible de 65 mètres est à la surface et s’il est à la dérive, s’il est encore motorisé et simplement privé de moyens de communication. Ou bien encore s’il est en immersion, ou s’il a sombré dans les abysses. Il faut aller vite.

Sans renouvellement de l’air, la survie est de 7 jours.

Enrique Balbi, porte-parole de la marine argentine

La marine argentine reçoit l’appui de plusieurs pays dans cette course contre la montre. De sa base de Pearl Harbor, dans le Pacifique, la marine américaine envoie quatre petits sous-marins sans pilote et une équipe de militaires spécialisés dans leur maniement. La compagnie pétrolière Total, qui exploite des gisements offshore plus au sud, met un navire à la disposition des opérations de recherche.

Le faux espoir

Du côté des familles, c’est l’angoisse et l’incompréhension. Selon le protocole, le San Juan aurait dû remonter à la surface ou activer une balise radio de détresse en constatant la rupture de contact avec sa base. Et puis l’appareil, qui est un des trois sous-marins de la marine argentine, était « totalement opérationnel ». Ce modèle TR-1700 à propulsion diesel, construit dans le chantier naval Thyssen Nordseewerke de Edemen, en Allemagne, a été remis en état de 2007 à 2014, pour allonger de trente ans sa durée de vie. Il a effectué plusieurs missions en 2017.

Samedi matin, l’espoir revient. Sept appels satellitaires, d’une durée de 4 à 36 secondes, sont reçus par des bases navales argentines entre 10h52 et 15h42. Le ministère de la Défense argentin y voit des signaux de détresse émis par le sous-marin. « Ils sont dehors ! Grâce à Dieu, nous sommes heureux ! », s’exclame sur une chaîne de télévision Claudio Rodríguez, frère de Hernán, machiniste du San Juan. « S’ils ont pu appeler avec un téléphone satellite, cela veut dire qu’ils sont à la surface, et cela nous donne un espoir car nous savions qu’au fond, ils seraient foutus. »

Et pour cause. Quand bien même l’équipage dispose à bord de 15 jours supplémentaires de vivres et d’oxygène, « chaque heure compte » pour le localiser, comme l’explique à franceinfo Vincent Groizeleau, rédacteur en chef de la revue en ligne Mer et Marine.

Dépassée une certaine profondeur, le sous-marin est perdu parce que sa coque ne résiste pas à la pression et il implose.

Vincent Groizeleau, rédacteur en chef de la revue en ligne Mer et Marine

à franceinfo

« On considère, pour ce type de sous-marins, qu’au-delà de 500 mètres de fond, c’est perdu », ajoute-t-il. L’espoir est douché le lundi : la marine fait savoir que les sept appels reçus n’étaient pas le premier signe de vie tant espéré. « Nous avons reçu le rapport de l’entreprise qui a analysé les signaux, les sept tentatives d’appel de samedi ne correspondent pas au téléphone satellitaire du sous-marin », précise Enrique Balbi.

Les proches accusent le coup. Réunis à la base navale, où ils occupent les chambres des officiers, ils sont soutenus par des psychologues dépêchés sur place. Sur les réseaux sociaux et dans des groupes WhatsApp circulent des chaînes de prière, raconte encore La Nacion. Des groupes de parents se rassemblent aussi physiquement pour prier. Ils ont reçu un message de soutien du pape François en personne. Dans un message écrit, le pontife, lui-même argentin, a dit qu’il priait pour les 44 marins et a assuré de « sa proximité dans ces moments difficiles ».

« Nous essayons de positiver, et nous voyons avec beaucoup de fierté les messages d’espoir qui affluent sur les réseaux sociaux. Je suis convaincue que si les 33 mineurs chiliens sont sortis, nos 44 vont aussi revenir », assure Marcela Tagliafeta, belle-soeur du lieutenant Carlos Mendoza.

« Nous prions pour qu’il ne leur soit rien arrivé »

« Nous sommes tous angoissés, mais nous gardons espoir », confie aux journalistes, réunis devant la base Marcela Moyano, l’épouse du machiniste Hernan Rodriguez. « Nous prions pour qu’il ne leur soit rien arrivé », abonde Eduardo Krawczyk, le père d’Eliana Krawczyk. Agée de 35 ans, elle fut, il y a quelques années, la « première femme officier à faire partie de l’équipage d’un sous-marin en Argentine ».

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Photo non datée d’Eliana Krawczyk, 35 ans, devenue en 2012 la première femme d’Amérique latine officier de sous-marin. Elle est à bord du « San Juan ». (ARGENTINE NAVY / AFP)

En marge des recherches à la surface et des tentatives de géolocalisation, la marine argentine prépare un dispositif de sauvetage de l’équipage dans les profondeurs de l’océan. Du matériel de sauvetage américain, arrivé dimanche à Comodoro Rivadavia (Patagonie), était en cours de montage lundi. Il s’agit de modules de secours qui permettent de secourir 16 personnes à la fois jusqu’à plus de 600 mètres de profondeur.

Nouvelle lueur d’espoir, lundi : selon CNN, les systèmes sonar de deux navires ont détecté des bruits. Ils évoquent le son d’outils qui cognent la coque d’un sous-marin. Selon un haut responsable de la marine américaine, les marins en détresse tentent peut-être d’alerter les navires de passage pour signaler leur emplacement. La marine argentine réussit à localiser ces bruits et concentre ses recherches dans une zone de 65 km2 carrés, à environ 550 km au large des côtes de l’Argentine.

Nouvelle déception. « L’empreinte acoustique ne correspond pas à celle d’un sous-marin. (…) Cela peut être un bruit biologique », déclare le capitaine Enrique Balbi, porte-parole de la marine argentine. Les opérations de recherche du bâtiment, en surface et en profondeur, se poursuivent et s’intensifient, mardi. Le temps est compté.

http://www.francetvinfo.fr/monde/ameriques/recit-argentine-course-contre-la-montre-pour-retrouver-le-sous-marin-mysterieusement-disparu_2477802.html#xtor=EPR-51-[recit-en-argentine-la-course-contre-la-montre-se-poursuit-pour-retrouver-le-sous-marin-mysterieusement-disparu_2477936]-20171120-[titre]

[No News] Témoignage des snipers du massacre du Maïdan : « Les ordres venaient de l’opposition »

Je vous propose aujourd’hui la traduction que nous avons réalisée ce week-end (merci aux volontaires – surtout à Clément, ainsi qu’ à JMB) d’un incroyable reportage passé le 15/11 dans l’émission Matrix de la chaîne de télévision italienne Canale 5 – sorte d’Envoyé spécial sur une des grandes chaînes de télévision italiennes – qui indique avoir retrouvé des snipers qui ont tiré sur les gens à Maïdan, et qui déclarent que c’était à la demande de l’opposition pour semer le chaos.

Nous resterons relativement prudents à ce stade, mais tout ceci nécessiterait un enquête urgente et approfondie de la Justice et des grands médias – du moins s’ils ne veulent pas alimenter le “complotisme”, d’autant que, depuis 5 jours, aucun grand média n’a repris ces informations, à l’exception du grand journal italien Il Giornale, dans un texte que nous avons aussi traduit (voir ci-après).

Rappelons aussi que nous parlons ici du massacre du 20 février (82 morts ce jour là). Les forces de l’ordre ont aussi tiré à d’autres moment sur des émeutiers armés, généralement quand eux-même leur tiraient dessus.

Bel exemple du vrai problème qui nous frappe régulièrement : non pas des Fake news, mais des No news des grands médias, qui empêchent de bien comprendre les problèmes.

J’aimerais la traduire en russe et ukrainien au plus vite, ainsi qu’en anglais et allemand. Nous avons besoin de volontaires pour ces quatre langues. Merci de nous contacter ici.

Voici donc ce reportage diffusé le 15/11/17 sur Canale 5 :

(voir sur Dailymotion)

Verbatim du reportage précédent de Canale 5 (si vous n’avez pas vu la vidéo) :

Il y a quatre ans, le 20 février 2014 sur la place de l’Indépendance à Kiev en Ukraine, 80 manifestants ont été tués par de mystérieux tireurs d’élite.

Deux jours après, Ianoukovytch, le président ukrainien pro-Poutine pro-russe, doit fuir, le régime ukrainien change et les rebelles prennent le palais présidentiel et le pouvoir.

Que s’est-il passé depuis ? Avons-nous échappé à une guerre européenne due à l’ingérence russe dans les affaires ukrainiennes ? Et surtout, nous, Européens, nos entreprises le constatent tous les jours,nous payons le prix d’un embargo qui, depuis ce moment-là, est dirigé contre la Russie.

Ce soir, grâce à Gian Micalessin, nous vous montrons un documentaire à couper le souffle. C’est un scoop international. Gian Micalessin a retrouvé trois personnes, trois tireurs d’élite, trois responsables de ces morts qui, vous le verrez dans le documentaire, n’étaient pas pro-russes, mais étaient en contact avec des officiels et des militaires américains.

“Que s’est-il passé ? Quelqu’un a été touché ! Je n’arrive pas à y croire. C’est arrivé ici même… Un homme à côté de moi a été touché !”

“C’était à l’aube. J’ai entendu le bruit et le sifflement des projectiles. Un homme a été touché à la tête par un tireur d’élite !”

Ils nous avaient donné l’ordre de tirer tant sur les policiers que sur les manifestants, sans distinction.

D’où viennent les tirs ? Les tirs provenaient de l’intérieur de l’hôtel Ukraine.

Gian Micalessin, reporter de guerre. — Bonsoir, où les avez-vous rencontrés ? — Je les ai rencontrés après un an de recherches, deux d’entre eux à Skopje, la capitale de la Macédoine, un troisième dans un autre pays d’Europe de l’Est qu’on m’a demandé de ne pas révéler.

— Donc c’étaient des pro-rebelles ? — C’étaient des Géorgiens envoyés par leur président géorgien de l’époque, Saakachvili, pour prendre part à l’opposition ukrainienne.

— Donc ce n’étaient pas des Russes qui ont tiré, c’est bien ça, votre thèse ? — On n’a jamais accusé les Russes d’avoir tiré, seulement d’avoir soutenu le gouvernement qui aurait tiré sur les manifestants.

Mais cette thèse ne tient plus debout selon ces 3 témoignages. Regardez le témoignage.”

Depuis 3 mois, la place Maïdan, au coeur de la capitale ukrainienne, est occupée par les manifestants qui demandent au gouvernement du président Viktor Ianoukovytch de signer l’accord d’association
à l’Union européenne. Le matin du 18 février, les heurts se font plus sanglants. On compte déjà une trentaine de morts. Le pire arrive le matin du 20 février. Un groupe de mystérieux tireurs ouvre le feu
sur les manifestants et les policiers. En quelques heures, on compte environ 80 cadavres. Le lendemain, Ianoukovytch fuit à l’étranger. Le 22 février, l’opposition prend le pouvoir. Mais qui a tiré sur
la foule et les policiers ?

Jusqu’à ce jour, la thèse officielle parle d’un massacre ordonné par le gouvernement pro-russe. Cette thèse apparaît rapidement très douteuse. Le premier à la contester est le ministre des Affaires étrangères estonien Urmas Paet. Après son retour d’un séjour à Kiev effectué seulement 5 jours après le massacre, Paet transmet à la commissaire des Affaires étrangères de l’UE Catherine Ashton les révélations d’une docteure ukrainienne qui a examiné les cadavres de la place Maïdan. La conversation téléphonique interceptée et diffusée par les médias est déconcertante.

“Ce qui est assez inquiétant… Olga le dit aussi, c’est que toutes les preuves montrent que les personnes tuées par les tireurs, de part et d’autre, à la fois chez les policiers et les gens dans la rue, ont été tuées par les mêmes tireurs embusqués… Bien sûr, c’est… Oui, mais… Ensuite, elle m’a aussi montré des photos. Elle parle en tant que médecin, elle dit que l’écriture est la même, le type de balles est le même. Et ce qui m’inquiète vraiment, c’est que maintenant, la nouvelle coalition refuse d’enquêter sur ce qui s’est vraiment passé, et qu’il y a une conviction de plus en plus forte que derrière les tireurs embusqués, il n’y avait pas Ianoukovytch mais quelqu’un de la nouvelle coalition…”

Nous avons rencontré quelques membres d’un groupe qui ce jour-là a ouvert le feu sur la foule. Ce sont des Géorgiens, mais à l’époque, en février 2014, ils étaient parmi les manifestants qui occupaient la place Maïdan et l’hôtel Ukraine.

L’histoire commence à Tbilissi par de nombreux acteurs cachés en coulisses. Le premier, l’ancien président géorgien Mikheïl Saakachvili, a participé en août 2008 à une guerre brève mais sanglante avec la Russie de Vladimir Poutine. Le second est son conseiller militaire, Mamuka Mamoulachvili. Envoyé à Kiev pour appuyer les manifestations de la place Maïdan, il deviendra commandant d’une unité de volontaires géorgiens engagés dans les affrontements avec les insurgés pro-russes du Donbass.

La première rencontre a eu lieu avec Mamoulachvili. “Nous nous sommes présentés à 25 dans le bureau du mouvement national, et sur les 25, 10 ont signé. Vous voyez ceci ? C’est une pièce d’identité à mon nom. C’était le laissez-passer d’une unité composée d’anciens policiers et personnel militaire. Elle était structurée comme une unité militaire. De fait, c’était un service de sécurité. Il avait été créé par Mikheïl Saakachvili. Nous devions aller en Ukraine. Nous n’avions pas le choix”.

Dans un autre pays de l’Europe de l’Est qu’on nous a demandé de ne pas révéler, nous avons rencontré Alexander. Comme les deux autres, lui aussi vient de Géorgie, et comme les deux autres, il a aussi pris part
aux événements tragiques de la place Maïdan. Lui aussi a fait partie des services de sécurité de Saakachvili, et avant cela il a été tireur d’élite dans l’armée géorgienne. C’est pour cette raison qu’il a été choisi par Mamuka Maoulachvili.

“Mamuka m’a d’abord demandé si j’étais vraiment tireur d’élite dans l’armée géorgienne. Alors si c’est vrai, me dit-il, tu dois aller à Kiev. Le 15 janvier, nous sommes partis. Dans l’avion, j’ai
reçu mon passeport et un autre passeport avec ma photo mais avec un nom et un prénom différents. Puis ils nous ont donné 1 000 dollars a chacun avec la promesse de nous en donner encore 5 000 par la suite. Nous devions nous occuper des provocations. C’était nous qui devions provoquer les Berkout, les forces spéciales de la police. Notre rôle était de les provoquer afin de les pousser contre la foule. Vers le 15 et le 16 février, la situation a commencé à devenir chaque jour de plus en plus grave. Désormais tout était hors de contrôle, et on commençait à entendre les premiers tirs. Avec la montée des tensions, de nouveaux protagonistes sont apparus. Un jour, vers le 15 février, Mamoulachvili est venu en personne dans notre tente. Il y avait avec lui un autre homme en uniforme. Il nous l’a présenté et a dit que c’était un instructeur, un militaire américain.”

L’américain s’appelle Brian Christopher Boyenger. C’est un ancien officier et tireur d’élite de la 101e division aéroportée des États-Unis. Après Maïdan, il se déplacera sur le front du Donbass, où il combattra dans les rangs de la Légion géorgienne. “Nous étions toujours en contact avec ce Brian, qui était un homme de Mamoulachvili. C’était lui qui nous donnait les ordres. Moi, je devais suivre toutes ses instructions.”

Les premiers soupçons de la présence d’armes à feu dans les rangs des manifestants impliquent Sergueï Pachinski, un leader de la place Maïdan, devenu ensuite président du Parlement de Kiev. Le 18 février, est apparu du coffre d’une voiture arrêtée par les manifestants un fusil mitrailleur avec une lunette de précision. Quelques secondes après, Pachinsky est arrivé et a demandé qu’on laisse passer cette voiture. Le 1er avril, les militants du groupe d’extrême droite Pravy Sektor quittent Kiev, en emportant d’étranges sacs dans lesquels, prétendent-ils, se trouvent des instruments de musique.

“À cette époque, tous les chefs de l’opposition se trouvaient régulièrement à l’hôtel Ukraine. Pachinski et trois autres personnes, parmi lesquelles se trouvait aussi Parassiouk, ont apporté à l’hôtel les sacs avec les armes. Ce sont eux qui les ont aussi apportées dans ma chambre.” Ce Parassiouk, reconnu par Koba, est Volodimir Parassiouk, un des leaders de la manifestation de la place Maïdan. Quelques jours plus tard, il deviendra célèbre en lançant un ultimatum menaçant de destituer manu militari le président Viktor Ianukovytch. “Si avant demain 10 heures, vous ne demandez pas officiellement la démission de Ianoukovytch, nous vous attaquerons avec des armes… C’est juré !”

Lorsqu’est arrivé Mamoulachvili, je lui ai également demandé « — Qu’est-ce qui se passe ? À quoi servent ces armes ? Tout va bien ? » « — Koba, les choses sont en train de se compliquer, nous devons commencer à faire feu », m’a-t-il répondu. « Nous nous ne pouvons pas attendre des élections présidentielles anticipées. » J’étais là, à l’hôtel Ukraine. Le 18 février, quelqu’un a apporté des armes dans ma chambre. Dans cette chambre, il y avait deux Lituaniens avec moi. Ce sont eux qui ont pris les armes.

Mamoulachvili est arrivé à l’hôtel et nous a expliqué qu’il y aurait une fusillade, à un autre endroit, le matin suivant. Il n’était pas seul, il était avec Brian. Avec eux, il y avait aussi une autre personne que je ne connaissais pas. Si je me souviens bien, cela devait être le 15 ou le 16 février. Pachinski nous a ordonné de rassembler nos affaires, et nous a emmené dans le palais du Conservatoire. Je suis entré dans le palais
avec l’ensemble de mon groupe. Pachinski est arrivé avec d’autres personnes. Tous étaient masqués. En voyant leurs sacs, j’ai compris tout de suite qu’ils étaient armés. Ils ont sorti les armes de leurs sacs et les ont distribuées aux groupes présents.

Seul Pachinski s’exprimait. C’est lui qui donnait les ordres. Il nous expliqua que les Berkout, les forces spéciales de la police, risquaient de donner l’assaut au bâtiment. Il disait que nous devions résister coûte que coûte. On ne nous avait pas dit qu’il fallait tuer des personnes. Nous devions tirer afin de créer du chaos et de la confusion.”

“Bon sang, tu as entendu ? Ce sont des tirs ! Sois prudent ! Il y a un autre blessé. Ces fils de p….. sont en train de tirer ! De là-bas, de là-bas. — De l’hôtel Ukraine, c’est ça ? — Oui, de cette terrasse. Les salauds, ils sont en train de nous tirer depuis l’hôtel Ukraine. Bang ! Puis un autre Bang, comme ça. Un tir puis une pause. Ça venait de l’autre côté de l’hôtel.”

“À ce moment-là, j’ai entendu des tirs qui venaient de la chambre d’à côté. Au même moment, les Lituaniens ont ouvert la fenêtre. L’un d’eux a tiré par la fenêtre tandis que l’autre l’a refermée après. Je ne réussissais pas à comprendre ce qui se passait. Pachinski criait à tout le monde de se tenir prêts, de prendre les armes et le reste du matériel. Alors on s’est tous levés et on lui a donné les instructions. Nous devions tirer par à-coups de deux ou trois. Nous avons tous commencé à tirer deux ou trois coups à la fois. Pachinski se déplaçait d’un groupe à l’autre, et il y avait toujours près de lui cet homme plus jeune, celui qui s’appelait Parassiouk. Nous n’avions pas vraiment le choix, on nous avait donné l’ordre de tirer soit sur les Berkout, la police, soit sur les manifestants, sans faire de différence. C’est pour cela que j’étais complètement terrifié et stupéfait. Alors que depuis les étages supérieurs de l’hôtel Ukraine on tire sur la foule, les manifestants de la place Maïdan se sont réfugiés dans l’hôtel. C’est ainsi que les victimes se sont retrouvées à côté de leurs assassins. À l’intérieur, c’était un tel chaos qu’on ne comprenait même pas qui était qui. Il y avait plein de gens.”

Dans le salon recouvert de cadavres, de sang et de blessés, une caméra filme des hommes armés qui s’éloignent après avoir tiré sur la foule. “C’était un cauchemar, c’était terrible. Quand nous sommes sortis de l’hôtel Ukraine, dans la rue, il y avait des incendies et des policiers blessés. Il y avait des scènes terrifiantes. Nous avons abandonné les armes là. L’ordre était de tout laisser et de partir, de quitter le bâtiment le plus vite possible. On entendait des cris, il y avait des morts et tout autour beaucoup de blessés.

Ma première et seule pensée a été de m’en aller rapidement avant que je sois repéré, autrement ils m’auraient réduit en pièces sur place. Quelqu’un criait déjà qu’il y avait des tireurs. Je savais bien de quoi ils parlaient. Et puis j’ai vu des morts, tous ces blessés qu’on emportait et j’ai repris mes sens. À ce moment-là je n’avais pas encore réalisé, je n’étais pas prêt. Mais après j’ai compris. Nous avions été utilisés. Utilisés et piégés. La décision de parler, de tout raconter, je ne l’ai pas prise tout de suite. Elle a mûri lentement avec le temps. En vérité, il n’y a aucun motif pour m’inculper. On ne peut m’accuser de rien selon les bases légales de mon pays. Et de toute façon je suis un soldat, je n’ai peur de rien, pas même de mourir.”

“— Ton scoop, Gian Micalessin, montre que ce sont elles, les fake news, les fables selon lesquelles c’est la révolution de la place Maïdan qui a fait sauter le méchant président pro-russe sans les armes et par les réseaux sociaux. C’est une tout autre histoire qui s’est passée sur cette place”. “— Malheureusement cette fake news, comme tu dis, était la vérité officielle, cette vérité officielle qu’on nous a servi pendant au moins quatre ans, et qui nous a coûté très cher à nous, les Italiens. Embargo, et risque de guerre”. “— Mais alors, derrière ces tireurs que tu as rencontrés, qui disent ne pas avoir peur pour leur vie parce que ce sont des soldats, en réalité, comment peut-on croire qu’ils n’avaient pas compris, naïvement, avoir été les instruments d’une révolte qui ne leur appartenait pas ?”

“— Eh bien, ils pensaient seulement accomplir un travail. Il y a eu une révolution semblable, la soi-disant révolution rose en Géorgie, à laquelle ils participèrent sous les ordres de Saakachvili. Celle-là s’est conclue
de manière pacifique. Donc ici aussi ils ont pensé jusqu’au 18 et 19 qu’ils n’auraient pas à prendre les armes, que tout pouvait se dérouler comme une simple révolte. Ces jours-là, clairement, quand la médiation européenne a décidé de faire des élections anticipées pour voir ce que voulait le peuple, les chefs de l’opposition en décidèrent autrement.”

“— De massacrer leur propre peuple pour créer une révolte ?” “— C’est ce qu’ils nous apprennent dans ce film”. “— Incroyable, vraiment. Merci Gian Micalessin”. “— Merci à vous.”

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La version des Snipers sur le massacre de Kiev : « Les ordres venaient de l’opposition »

Source : Gian Micalessin, Il Giornale, 15/11/2017

« Ils ont tous commencé à tirer deux ou trois coups à chaque fois. Cela à duré de 15 à 20 minutes. Nous n’avions pas le choix. On nous a donné l’ordre de tirer tant sur la police que sur les manifestants sans faire de différence. »

« J’étais totalement stupéfait. » C’est ainsi que le Géorgien Alexander Revazishvilli se remémore la fusillade tragique du 24 février 2014, à Kiev quant un groupe de mystérieux tireurs ouvrirent le feu sur la foule et sur les policiers, massacrant plus de 80 personnes. Ce massacre a horrifié le monde et changé le destin de l’Ukraine en forçant la fuite du président pro-russe Viktor Ianoukovytch accusé d’avoir organisé la fusillade. Mais ce massacre a également changé le destin de l’Europe et de notre pays en déclenchant la crise menant aux sanctions contre la Russie de Poutine. Sanctions qui sont revenues en boomerang sur l’économie italienne.

Les confessions de Revazishvilli et des deux autres Géorgiens – recueillies par l’auteur du document « Ukraine, les vérités cachées » diffusée ce soir à 23h30 sur Matrix, Canal 5 – révèlent une toute autre vérité bien déconcertante. Celle d’un massacre ourdi et exécutée par la même opposition qui a accusé Ianoukovytch et ses alliés russes.

Revazishvilli et ses deux compagnons – rencontrés et interviewés dans le documentaire – sont un ancien membre des services de sécurité de l’ex-président géorgien Mikheil Saakachvili et deux ex-militants de son propre parti. Recrutés à Tbilisi par Mamuka Mamulashvili, le conseiller militaire de Saakashvili, ils sont chargés d’appuyer – avec d’autres volontaires géorgiens et lituaniens – les démonstrations en cours à Kiev, moyennant une prime de cinq mille dollars chacun.

Munis de faux passeports, ils arrivent en Ukraine pour coordonner les démonstrations et pour provoquer la police ukrainienne, initialement sans utiliser d’armes. Celles-ci entreront en scène le 18 février et seront distribuées entre les différents groupes de Géorgiens et de Lituaniens par Mamulashvili et par d’autres dirigeants de l’opposition ukrainienne. « Chaque sac contenait trois ou quatre armes, il y avait des pistolets Makarov, des fusils mitrailleurs AKM, des carabines ainsi que des paquets de cartouches ». Le lendemain Mamulashvili et les chefs des protestataires expliquent aux volontaires qu’ils devront affronter un assaut de la police dans le palais du conservatoire et dans l’hôtel Ukraïna.

On leur explique que, dans ce cas, il faudra tirer sur la place et semer le chaos. Mais un des protagonistes reconnait avoir reçu une autre explication plus exhaustive. « Quand Mamulashvili est arrivé, je le lui ai également demandé. Si les choses se compliquent, alors nous devrons commencer à tirer » – m’a-t-il répondu. « Nous ne pouvons pas aller aux élections présidentielles anticipées. Mais sur qui devons-nous tirer ?, lui ai-je demandé. Il m’a répondu que le qui et le où n’avaient pas d’importance, il fallait tirer partout afin de créer le chaos ».

Cela n’avait pas d’importance si nous tirions sur un arbre, une barricade ou sur ceux qui lançaient des cocktails molotov. Un autre volontaire le confirme : ce qui comptait était de semer la confusion. « J’entendais des hurlements », confesse Alexander – il y avait de nombreux blessés. Ma seule préoccupation était de partir aussi vite que possible avant qu’ils ne me détectent. Autrement, ils m’auraient mis en pièces. Quelqu’un criait déjà qu’il y avait des tireurs d’élite. Quatre ans après les faits, Alexander et ses deux compagnons disent n’avoir pas encore reçu la moindre récompense, raison pour laquelle ils ont décidés de dire la vérité sur ceux qui les ont utilisés et abandonnés. « Sur le moment je n’ai pas réalisé. Je n’étais pas prêt. Puis j’ai compris. Nous avons été utilisés et piégés. »

Source : Gian Micalessin, Il Giornale, 15/11/2017

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Comme rappelé dans le reportage, ce n’est pas la première fois que ce scandale “d’attaque sous faux drapeau” à Maïdan ressort.

Nous avions ainsi présenté sur ce site en mars et avril 2014 :

1/ L’interception d’une communication en off entre un ministre estonien sur place, relatant les doutes à Catherine Ashton :

2/ ce beau reportage de la télévision allemande ARD :

3/ On a appris mi-mai 2014 que la plupart des balles mortelles ne venaient pas des forces de police et que la plupart des preuves (armes, balles, douilles, documents) avaient été perdues ou volées. (Source).

J’indiquais “À ce stade de manipulation, il est quasi certain que des snipers putschistes ont tiré à la fois sur les forces de l’ordre et sur les manifestants désarmés, et sont responsable d’une bonne partie des décès.”…
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Au niveau des propagandes, on se rappellera ceci :

Pour “l’enquête sur les violences qui ont frappé le pays”, on repassera, donc…

Tout s’explique : François Hollande avait une connexion mentale directe avec le peuple ukrainien et connaissait ses aspirations (pas de bol, il était président de la France…)

2 mars 2014, BHL, deuxième adresse au Maidan

Peuple du Maidan !

Vous avez, à mains presque nues, fait reculer les miliciens Berkout.

Vous avez, seuls ou presque, mis en fuite Ianoukovitch.

Vous avez, avec un sang-froid digne des grands peuples, infligé une défaite historique à la tyrannie.

Et donc vous êtes, non seulement des Européens, mais les meilleurs des Européens.

Européens vous l’êtes, certes, par l’histoire ; mais aussi, désormais, par le sang versé.

Européens vous l’êtes, certes, parce que vous êtes les fils de Voltaire, de Victor Hugo et de Taras Chevchenko ; mais vous l’êtes aussi parce que, pour la première fois, ici, sur le Maidan, des jeunes sont morts avec, entre les bras, le drapeau étoilé de l’Europe.

On a voulu vous calomnier.

On a dit que vous étiez les continuateurs de la mémoire noire de l’Europe. Eh non ! C’est le contraire ! Ces vertus de résistance qui font le génie de l’Europe et qu’un grand Français, le Général de Gaulle, a portées à leur sommet, c’est vous qui les incarniez pendant ces journées sanglantes ; et le national-socialisme, l’antisémitisme, le fascisme qui furent la honte de notre continent étaient du côté de vos ennemis.

Je m’incline devant vos morts.

Je m’incline devant votre bravoure et vous dis plus que jamais : « bienvenue dans la Maison commune ». (Source)

La longue “martyrologie” des lecteurs du Monde

Une pièce de plus dans la longue “martyrologie” de l’information en France… (avec Piotr Smolar, envoyé spécial du Monde en Ukraine au moment des faits)

16 réponses à [No News] Témoignage des snipers du massacre du Maïdan : « Les ordres venaient de l’opposition »

Le jeu désespéré de l’Arabie saoudite

Le jeu désespéré de l’Arabie saoudite


Furieux de sa défaite en Syrie, le Prince héritier rejoue sa mise. Il arrête ses rivaux à leurs domiciles et provoque une crise politique au Liban, déclare l’ex-diplomate Alastair Crooke.


Par Alastair Crooke – Le 10 novembre 2017 – Source Consortium News

Potus, Flotus, le roi saoudien Salman et le président égyptien Abdel Fattah Al Sissi, le 21 mai 2017, pour participer à l’ouverture inaugurale du Centre mondial de lutte contre l’idéologie extrémiste. (Photo officielle de la Maison Blanche par Shealah Craighead)

Il est toujours tentant de jouer un autre coup. La guerre en Syrie touche à sa fin, et les pertes, sous les feux des projecteurs de la fin du jeu, pour ceux qui ont parié sur les perdants deviennent publiquement embarrassantes. Il est tentant de donner un coup de balai sur ces pertes et de faire un dernier pari en forme de bravade publique, le mâle “héros” risque sa maison et ce qu’elle contient sur un dernier coup de roulette. Les spectateurs présents se tiennent dans un impressionnant silence attendant que la roulette ralentisse, que la bille sautille case après case pour porter leur regard sur celle où elle va s’immobiliser, soit sur le noir, soit sur le rouge sang de la tragédie.

Pas seulement comme dans les romans mais aussi dans la vie, le Prince héritier saoudien Mohamed ben Salman (MbS) a tout misé sur le noir, avec ses “amis”, le beau fils du président Trump Jared Kushner, le prince héritier d’Abu Dhabi Mohamed ben Zayed et Trump lui même, qui ont osé le faire avec lui. Trump, dans sa vie professionnelle, a une ou deux fois mis en jeu son avenir sur un tour de roulette. Il avait joué et reconnu que c’est exaltant.

Mais dans l’ombre, derrière la salle de jeu, se tient le Premier ministre israélien Bibi Netanyahou. L’idée d’aller jouer au casino était, tout d’abord, la sienne. Si le héros sort le noir il partagera dans la joie, mais si c’est le rouge… Ne vous en faites pas, la maison de Bibi ne sera pas confisquée.

Soyons clairs, MbS est en train de rompre tous les liens qui maintiennent le royaume saoudien uni et intact. L’Arabie saoudite n’est pas qu’une affaire de famille, c’est aussi une confédération de tribus. Leurs intérêts divers avaient été pris en charge, essentiellement, à travers la composition de la Garde nationale, et de son contrôle. Celle-ci représente désormais non plus les diverses affiliations tribales du royaume, mais les intérêts sécuritaires d’un homme qui l’a accaparée pour lui même.

Idem pour les différentes branches cadettes de la famille al-Saoud, le partage soigneusement pesé du butin parmi les nombreux bénéficiaires de la famille est terminé. Un homme est en train de débarrasser la table des petits joueurs. Il a coupé les câbles qui reliaient la Cour à l’élite saoudienne des affaires et il découpe également lentement l’institution religieuse. Les religieux ont effectivement été éjectés du partenariat, fondé conjointement avec ibn-Saoud, le premier monarque d’Arabie saoudite qui a régné durant la première moitié du siècle dernier, connu également sous le nom de roi Abdul Aziz. En résumé, plus personne n’a de part dans cette entreprise, sauf MbS, et plus personne, semble-t-il, n’a de droits ou de compensations.

Pourquoi ? Parce que MbS voit que l’autorité politique et religieuse du monde arabe est en train de glisser comme du sable entre les doigts du roi et ne supporte pas l’idée que l’Iran (et les chiites honnis), pourrait en être l’héritier.

Transformer l’Arabie saoudite.

Par conséquent, l’Arabie saoudite doit être transformée d’un royaume endormi, déclinant, en un instrument pour affaiblir la puissance iranienne. Ceci, naturellement est en résonance avec le président américain qui semble, aussi, de plus en plus préoccupé par la réaffirmation du prestige U.S., sa dissuasion et sa puissance dans le monde (à l’inverse du discours non-interventionniste de la campagne). À la conférence du The American Conservative à Washington la semaine dernière, l’éditorialiste Robert Merry, un éditorialiste réaliste et prolifique, se plaignait de ce qu’“il n’y a aucun réalisme ni retenue dans la politique étrangère de l’ère Trump”.

Toutes les guerres sont coûteuses et nécessitent de l’argent (confisqué en conséquence aux rivaux de MbS arrêtés et accusés de corruption). Mais traditionnellement, l’Arabie saoudite (depuis le dix-huitième siècle) a tout misé dans ses luttes de pouvoir sur un outil particulier (et efficace) : enflammer le djihadisme wahhabite ; mais dans le sillage de la débâcle syrienne, il se trouve discrédité et n’est plus valable.

Ainsi maintenant, l’Arabie saoudite doit se fabriquer un nouvel instrument, pour se confronter à l’Iran et le choix du prince héritier est vraiment ironique : Islam modéré et nationalisme arabe (pour contrer l’Iran et la Turquie non arabes). Mohammed Abd el Wahhab doit s’en retourner dans sa tombe, islam “modéré” dans sa doctrine rigoureuse, menait seulement à l’idolâtrie (telle que pratiquée par les Ottomans) ce qui, de son point de vue, devrait être puni de la peine de mort.

En fait c’est la partie la plus risquée du jeu de MbS (alors que c’est la confiscation de la fortune monumentale du prince Walid bin Talal qui a retenu toute l’attention). Le roi Abdel Aziz fit face à une rébellion armée, et un autre fut assassiné pour s’être départi du principe du wahhabisme sur lequel l’État était fondé parce qu’ils avaient embrassé la modernité occidentalisée (considérée par le pur wahhabisme comme idolâtrie).

On ne peut pas exorciser la société saoudienne de son gène de ferveur wahhabite en lui demandant simplement de partir (Abdul Aziz a finalement surmonté cela en mitraillant ses adeptes, morts).

Mais embrasser l’“islam modéré (c’est à dire l’islam séculaire) et menacer d’affronter l’Iran a probablement été fait avec l’intention de chercher à plaire au président Trump pour évincer son cousin, prince Naif, comme prince héritier, une autre intention étant de faire apparaître l’Iran comme adepte d’un islam “extrémiste” à une Maison Blanche dont la vision sur le Moyen-Orient a été instillée par Bibi Netanyahou murmurant à l’oreille de Jared Kushner, et par les préjugés d’un cercle de conseillers qui ont une compréhension orientée de l’Iran, au lieu de l’aborder dans ses aspects divers. Netanyahou doit se féliciter de son habile stratagème.

Le coup de Netanyahou

Aucun doute à ce sujet : c’est un coup de Netanyahou. Cependant, la question est de savoir si cela tournera en une victoire à la Pyrrhus ou pas. Quoiqu’il en soit, il est hautement dangereux de jeter des grenades sur un matériau combustible. Ce projet US–Israël–Arabie saoudite–EAU est, au fond, de nier la réalité, pas moins. Il est enraciné dans le déni du revers subit par ces États, par leurs multiples échecs à façonner un “nouveau Moyen-Orient” sur le mode occidental. Maintenant, dans le sillage de leur échec en Syrie, où ils sont allés aux limites dans la recherche d’une victoire, ils tentent un autre coup à la roulette dans l’espoir de récupérer toutes leurs pertes précédentes. Ce qui est, pour le moins, un espoir fallacieux.
D’une part, la puissance de l’Iran dans le Moyen-Orient septentrional n’est pas provisoire. Elle est maintenant bien enracinée. L’“espace stratégique” de l’Iran inclut la Syrie, l’Irak, le Liban, le Yémen et, de plus en plus, la Turquie. L’Iran, avec la Russie, a joué un rôle majeur dans la défaite de l’EI. C’est un “partenaire stratégique” de la Russie, alors que celle-ci jouit maintenant d’une large influence à travers la région. En un mot, le poids politique se situe au nord plutôt qu’au sud affaibli.

Si on pense que la Russie pourrait être amenée à « contenir » l’Iran et ses alliés dans la région pour apaiser les inquiétudes israéliennes, cela ressort du vœu pieux. Même si la Russie le pouvait (et probablement elle ne le peut pas ), pourquoi le ferait elle ? Alors comment contenir l’Iran ? Par une action militaire ? Ceci, également, semble tiré par les cheveux.

Les milieux militaire et de sécurité d’Israël, dans le sillage de la guerre du Liban en 2006, envisagent probablement une guerre (autre qu’avec les Palestiniens) qui sera courte (six jours ou moins), n’entraînera pas de lourdes pertes civiles et militaires, et pouvant être gagnée à bas coût. Idéalement, Israël espérerait une implication américaine totale (contrairement à 2006). Le Pentagone a peu d’appétence pour remettre ses bottes sur le terrain du Moyen-Orient, et les Israéliens le savent. D’autre part l’Arabie saoudite seule ne peut pas menacer militairement qui que ce soit (comme l’a amplement démontré le Yémen).

L’Arabie saoudite peut-elle coincer économiquement le Liban et imposer une pression politique sur tout gouvernement libanais ? Naturellement, mais la pression économique touchera probablement les sunnites, classes moyennes et d’affaires, plus durement que les 44% de la population libanaise qui est chiite. Généralement le Libanais a une aversion pour les interférences extérieures, et les sanctions et pressions américaines uniront probablement le Liban plutôt que le diviseront. (C’est la vieille, vieille histoire de l’imposition de sanctions). À première vue, les Européens non plus ne soutiendront pas volontiers la déstabilisation du Liban ni l’abandon du JCPOA, l’accord de 2015 pour empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires.

Alors que peut il arriver ? À première vue, l’Arabie saoudite, une société dans laquelle déjà beaucoup de tensions sont étouffées, peut simplement imploser sous une nouvelle répression (ou alors MbS pourrait en quelque sorte être “supprimé” avant que les tensions n’explosent). L’Amérique et Israël n’en ressortiront pas renforcés mais seront plutôt vus comme moins crédibles au Moyen-Orient.

Robert Malley, l’ancien conseiller pour le Moyen-Orient de la précédente administration, avertit du danger d’une explosion potentielle régionale : “La peur est une chose qui peut l’empêcher, mais qui  pourrait aussi la précipiter.”

Alastair Crooke est est un ancien diplomate britannique qui fut une figure principale du renseignement britannique ainsi que de la diplomatie européenne. Il est le fondateur et directeur du Conflicts Forum.

http://lesakerfrancophone.fr/le-jeu-desespere-d-arabie-saoudite

 

Kurt Volker et la stratégie américaine en UKraine

Les détroits, un enjeu géopolitique

Les détroits, un enjeu géopolitique

Avec l’essor de la mondialisation et du commerce maritime international, les détroits situés sur les principales routes maritimes sont devenus des points stratégiques essentiels au point de susciter de vives tensions entre certains pays. Retour en carte sur l’importance des détroits dans les relations internationales.

Carte : enjeux et tensions du commerce maritime mondial

Un détroit est un bras de mer resserré entre deux côtes et permettant la mise en relation de deux espaces maritimes. Certains ont été créés artificiellement par l’homme afin de raccourcir considérablement les distances pour les navires marchands : c’est le cas notamment des canaux de Suez et de Panama. Il s’agit d’un couloir de circulation maritime où le libre passage est garanti par le droit international lorsqu’il relie deux espaces de haute mer. En effet, même si le détroit est situé sur les eaux territoriales d’un État, il est contraint de respecter les principes édictés lors de la Convention de Montego Bay (1982) comme la libre-circulation des navires ou obligation d’assurer la sécurité de ces derniers. Du fait de l’étroitesse de ces lieux, en général plusieurs États en partagent la souveraineté territoriale comme au détroit de Malacca, situé entre l’Indonésie, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande.

Avec l’accroissement considérable des échanges commerciaux liés à la mondialisation, le transport maritime a acquis au cours des dernières décennies une expansion impressionante pour représenter aujourd’hui 75% du commerce total en terme de poids transporté. Le trafic maritime a explosé, en particulier dans certains détroits comme celui du Bosphore – principale voie d’exportation des ressources énergétiques russes – où plusieurs accidents ont été recensés ces dernières années. Plus de 20.000 navires transitent par le canal de Suez, ce qui a obligé le gouvernement égyptien à effectuer un élargissement dudit canal. Les navires toujours plus gigantesques ont également poussé à un élargissement significatif du canal de Panama, faisant entrer le commerce maritime dans une ère post-Panamax, ces navires dont la dimension maximale avait été adaptée à la largeur du canal. Contrôler une route maritime s’avère essentiel pour l’affirmation de certains pays, et des projets pharaoniques qui se multiplient pour en ouvrir de nouvelles : la Thaïlande a élaboré des études pour percer une voie à travers l’isthme de Kra pour contourner le détroit de Malacca et plusieurs projets sont sur la tables au Nicaragua créer un canal susceptible de concurrencer le canal de Panama.

Des passages stratégiques, sources de tensions internationales

Certains détroits constituent ainsi des passages obligés pour les navires marchands et peuvent devenir sources de tensions de par leur importance stratégique pour le commerce international. Par exemple, une grande partie du pétrole produit par les pays du Golfe transite par le détroit d’Ormuz, soit environ 30% de la production mondiale. Or, un différend oppose l’Iran – qui contrôle le détroit – aux Émirats Arabes Unis au sujet d’îles situés dans la région. En 2011, après le renforcement des sanctions contre l’Iran au sujet de son programme nucléaire, ce pays a annoncé son intention de fermer le détroit si des mesures étaient prises à l’encontre de ses exportations pétrolières. Ce à quoi les puissances occidentales (les États-Unis en particulier, qui possèdent des bases militaires dans le Golfe Persique) ont répondu par l’envoi de navires. Depuis, l’Iran mène régulièrement des exercices militaires dans la zone. Autre exemple, celui des litiges entre les pays bordant la mer de Chine Méridionale à propos des archipels Paracels et Spratleys. Les zones économiques exclusives de plusieurs pays (Chine, Malaisie, Brunei, Philippines, Vietnam entres autres) s’y chevauchent, et des craintes pèsent quant-à un possible blocage de cette route permettant le passage au détroit de Malacca reliant toute l’Asie de l’Est au Moyen-Orient et à l’Europe. Toutefois, ce phénomène est loin d’être nouveau dans la mesure où dans l’histoire le contrôle de passages-clés du commerce a toujours attisé les convoitises, comme l’ont illustré la dispute russo-ottomane pour le les détroits du Bosphore et des Dardanelles à la fin du XIXe siècle ou l’intervention franco-britannique à Suez en 1956. Enfin, les troubles internes aux pays bordant les détroits peuvent avoir un impact significatif sur le transit des navires comme au Golfe d’Aden (au bord du détroit de Bab-el-Mandeb) où les actes de pirateries se sont multipliés.

Ces exemples illustrent donc l’importance des détroits dans les relations internationales, que ce soit concernant le commerce, le déploiement de forces navales, ainsi que pour la gestion de la sécurité territoriale et des migrations. Leur contrôle pourrait s’avérer être l’un des facteurs géopolitiques majeurs du XXIe siècle du fait de la nouvelle puissance économique politique et militaire acquise par des pays comme la Chine ou la Turquie. 

L’invasion en Île-de-France selon l’INSEE

L’invasion en Île-de-France selon l’INSEE

L’invasion en Île-de-France selon l’INSEE

Par André Posokhow, consultant ♦ L’INSEE porte à juste titre une attention particulière à la démographie de notre région capitale, l’Île-de-France. Le mois dernier elle s’est penchée sur la répartition de la population immigrée sur le territoire régional. Cette étude, dont ce n’était cependant pas le thème principal, apporte des éclairages intéressants sur cette population : en particulier son poids démographique en Île-de-France et son caractère cosmopolite.


L’INSEE Analyses Île-de-France a publié en octobre 2017 une étude sur « La population immigrée aujourd’hui plus répartie sur le territoire régional » (*).

Cette étude, dont le thème premier est celui de la répartition de la population immigrée sur le territoire régional et de son évolution – ce qui n’est pas de nature à soulever une attention passionnée –, permet néanmoins au lecteur de faire le point sur l’invasion par les allogènes de notre région capitale.

Une présence écrasante

D’emblée l’INSEE annonce qu’en 2013, 2.206.000 Francîliens sont immigrés, soit 18,5% de la population régionale, ce qui représenterait une proportion deux fois plus élevée qu’en France métropolitaine. Ainsi, pour l’INSEE, le ratio immigrés en France/population française se situerait autour de 10%.

On ne peut cependant admettre ce ratio que si l’on reste sur la définition de l’immigré telle que l’INSEE la présente à la fin de l’étude : « Personne née de nationalité étrangère à l’étranger et résidant en France ». Mais c’est ne pas prendre en compte les descendants directs de l’immigration, c’est-à-dire la deuxième génération, que la plupart des spécialistes intègrent dans les chiffres de l’immigration. Le faire aboutit à peu près à multiplier par 2 le ratio ci-dessus qui se situe à environ 20% pour la France.

Ainsi la véritable proportion des immigrés dans la région parisienne serait probablement proche de 40%. Si ce n’était pas le cas on comprend mal pourquoi, sur le graphique de la figure 1 (voy. en annexe), le pourcentage d’immigrés en France dépasse 16% et celui d’Île-de-France figure à hauteur de 36%. Ajoutons qu’il suffit de parcourir les rues ou de prendre le métro dans le centre de Paris, sans parler de celui de La Courneuve, pour prendre conscience que plus d’une personne sur cinq de la région parisienne relève des rangs de l’immigration.

Les troisième et quatrième générations ne sont pas évoquées

On peut parfaitement admettre qu’un organisme statistique comme l’INSEE n’évoque pas les troisième et quatrième générations d’immigrés dont l’évaluation serait éminemment complexe et sujette à caution. Il faut cependant se souvenir qu’aussi bien Michèle Tribalat que Malika Sorel-Sutter ont souligné dans leurs ouvrages que ces générations, pour une partie significative, ne sont ni assimilées ni même intégrées, qu’elles se sont délaïcisées par un retour à un islam souvent dur et qu’elles nourrissent une haine violente à notre égard.

Les clandestins probablement oubliés

Enfin les chiffres d’immigrés de l’INSEE ne tiennent probablement pas compte des clandestins. Le ministre de l’Intérieur actuel a évalué modestement à 300.000 le nombre de clandestins en France. J.P. Gourévitch estime ce chiffre à plus de 500.000 et plusieurs observateurs citent un chiffre de 1 million. En réalité, les organismes de statistiques ne fournissent pas une évaluation de l’immigration clandestine au public qui est ainsi tenu dans l’ignorance et certainement volontairement.

Une répartition des immigrés qui privilégie les grands centres urbains français

Quatre immigrés sur 10 (38%) vivent en Île-de-France qui est au premier rang des régions qui accueillent le plus d’immigrés, devant PACA (10%) et Rhône-Alpes (9%).

Si ces métropoles, notamment l’Île-de-France, absorbent la plus grosse partie de l’invasion migratoire, il n’en demeure pas moins qu’environ 43% de celle-ci réside dans le reste du territoire. D’où la politique de Valls, qui jugeait visiblement cette proportion comme insuffisante, d’accentuer l’occupation de la France profonde par les clandestins.

L’Île-de-France, une région cosmopolite, multiculturelle et en cours d’africanisation

La diversité des origines des Franciliens couvre la quasi-totalité des pays du monde et explique le caractère cosmopolite de la région.

La moitié des immigrés franciliens sont nés en Afrique, 27% en Europe et 18% en Asie. La part des immigrés d’origine européenne, qui représentaient un immigré sur deux en 1982, a baissé de moitié.

La proportion des immigrés en provenance d’Afrique du Nord est restée stable (29% en 2013). En revanche, la part des immigrés venus de pays d’Asie et surtout d’Afrique subsaharienne a plus que doublé.

En 2013, la moitié des immigrés franciliens proviennent de huit pays. L’Algérie est devenue le premier pays d’origine des immigrés vivant en Île-de-France (295.000 personnes), devant le Portugal (243.000) et le Maroc (233.000). Vient ensuite la Tunisie avec un effectif deux fois plus faible (112.000).

Des naturalisations massives qui poussent à la hausse le phénomène de la double nationalité

Quatre immigrés sur dix ont acquis la nationalité française. Cette proportion est plus faible pour les originaires de l’Union européenne – trois sur dix en moyenne – que pour ceux nés au Maghreb (47%) ou dans le reste de l’Afrique (42%). Au sein des originaires de l’Union européenne, les Portugais ont moins acquis la nationalité française (23%) que les Italiens (33%) ou les Espagnols (36%).

Polémia tient à insister sur le fait que ces naturalisations massives entraînent une hausse vertigineuse et mal maîtrisée du point de vue statistique du phénomène de la double nationalité, avec des conséquences graves quant à la loyauté d’une partie de plus en plus importante de la population à l’égard de la France.

Le regroupement familial, principal moteur de l’invasion migratoire

Selon les termes mêmes de l’INSEE, « depuis les restrictions à l’accueil des travailleurs étrangers mises en place dans les années soixante-dix, l’immigration familiale est devenue le principal moteur de la progression du nombre d’immigrés ». Elle explique la progression de dix points, entre 1968 et 2008, de l’immigration en Île-de-France depuis les années cinquante, et plus rapidement qu’en France jusqu’au milieu des années 2000.

Il apparaît clairement que l’immigration familiale représente la source principale de la question migratoire, poison mortifère pour notre nation. Merci au Conseil d’Etat, à Giscard d’Estaing, à Chirac et à l’Union européenne ! C’est l’une des clés sinon la clé pour arrêter cette invasion.

Le courant continu de l’arrivée de nouveaux immigrés ne ralentit pas le vieillissement de la population

En 1975, l’autorisation des regroupements familiaux a favorisé la constitution des familles et l’installation durable des populations d’origine étrangère. En conséquence, l’âge moyen des immigrés francîliens a augmenté, passant de 42,9 ans en 1999 à 45,1 ans en 2013. Un immigré sur cinq a plus de 60 ans en 2013.

Ainsi, selon l’INSEE, l’arrivée régulière de jeunes ne permet pas d’enrayer le vieillissement de la population immigrée. Les jeunes adultes deviennent assez vite des adultes âgés avec ce que cela représente de poids sur les dépenses publiques en termes de santé comme de retraite. Ce constat de l’INSEE infirme l’argumentaire des immigrationnistes visant le palliatif du vieillissement de la population française par une immigration sans cesse renouvelée.

Une affirmation surprenante concernant le logement

Si l’on en croit l’INSEE, les immigrés se répartissent de façon assez équilibrée entre le parc social, le locatif privé et la propriété. Ils constituent ainsi un quart seulement des habitants du parc HLM. Voilà qui semble faible et surprenant, d’autant plus que cette information n’est pas documentée par des données chiffrées et qu’elle semble en contradiction avec l’affirmation de l’Institut selon laquelle « la population immigrée est surreprésentée dans les zones urbaines défavorisées ».

Conclusion

En définitive, si la tendance actuelle se poursuit, les conditions de la transformation de notre région d’Île-de-France en un bastion de l’invasion migratoire et d’une partition seront réunies. Les taux de natalité des allogènes tels que les articles de Polémia sur la drépanocytose l’ont démontré, ne pourront que renforcer et accélérer cette dépossession des Français et des Européens de leur capitale, Paris, la Ville lumière, la vieille Lutèce…

André Posokhow
Consultant
14/11/2017

(*) Insee Analyses Île-de-France, Une population immigrée aujourd’hui plus répartie sur le territoire régional, n° 70, paru le 17/10/2017 :

Correspondance polémia – 14/11/2017

André Posokhow

André Posokhow

André Posokhow, Sciences Po Paris, officier supérieur de réserve est expert-comptable diplômé. Au plan professionnel, il a animé son propre cabinet de commissariat aux comptes d’une quinzaine de personnes. Consultant chez Polémia, il est spécialiste de l’invasion migratoire, de l’économie et de l’énergie. André Posokhow a livré en 2013 pour Polémia une étude sur le coût de l’immigration pour les finances publiques de la France.

Entretenir plus de bains de sang en Ukraine, par James W. Carden

Source : James W. Carden, Consortium News, 14-10-2017

Aux USA, les libéraux qui haïssent la Russie et les néoconservateurs se joignent pour viser à plus de guerres en Ukraine, alors que les perspectives de résolution pacifique et rationnelle s’étiolent, explique James W. Carden.

En janvier dernier, le sénateur John McCain a conduit une délégation avec son comparse de longue date le sénateur Lindsey Graham, à un contingent de troupes ukrainiennes non loin de la ligne de front à l’Est de l’Ukraine. En présence du président ukrainien Petro Poroshenko, Graham a dit aux soldats : « votre combat est notre combat… 2017 sera l’année de l’offensive. Nous allons tous rentrer à Washington et nous allons faire pression contre les Russes. »

McCain a promis aux troupes assemblées : « nous ferons tout ce que nous pouvons pour vous procurer ce dont vous avez besoin. »

Quand on examine les longues carrières des deux sénateurs républicains, il est difficile d’échapper à la conclusion de la blague que McGeorge Bundy a dit au célèbre chroniqueur de la Guerre Froide Joe Alsop – « qu’il ne l’avait jamais vu se rendre nulle part où le sang pouvait couler d’où il ne soit jamais revenu en demandant plus de sang » – s’applique entièrement à McCain et à Graham.

En effet, la loi du mois dernier sur l’autorisation de la Défense nationale montre que – à défaut d’autre chose – McCain et Graham peuvent tenir parole : le projet de loi récemment voté sur les crédits de défense prévoit 500 millions de dollars, dont « une assistance défensive fatale » à Kiev faisant partie des 640 milliard de dollars de dépenses globales.

L’aide arrive à point nommé pour le président ukrainien Porochenko, dont la cote de popularité tourne autour de 16%. Dans le but d’éviter la possibilité d’un coup d’État d’extrême droite, Porochenko en revient à frapper les tambours de guerre, promettant, eh bien, plus de sang.

Dans un discours peu couvert à l’Académie militaire américaine de West Point le 19 septembre, Porochenko a promis que « les armes américaines nous aideront à libérer le Donbass et à récupérer les territoires ukrainiens ». Il a également noté que l’Ukraine dépensait environ 6% de son PIB « Une somme », a-t-il observé, « beaucoup plus important que les exigences pour les membres de l’OTAN ».

Clairement, la condamnation par Washington des gouvernements qui mènent la guerre « contre leur propre peuple » reste sélective, en fonction de qui commet le meurtre et qui meurt. Dans ce cas, il semblerait que les Ukrainiens russophones ne comptent simplement pas.

En plus de promettre une guerre plus large dans le Donbass, Porochenko a promis à plusieurs reprises qu’il essayera de devenir membre de l’OTAN. En août, lors d’une visite du secrétaire américain à la Défense James Mattis, Porochenko a déclaré : « Notre caravane ukrainienne est en marche et nous avons une route à parcourir : une large autoroute euro-atlantique menant à l’adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN. »

Les violations des droits de l’homme de l’Ukraine

Il y a un certain nombre d’objections à un autre cycle d’expansion de l’OTAN. Comme je l’ai rapporté en février 2015 : « Le gouvernement [ukrainien] actuel a, selon des organisations qui ne peuvent guère être qualifiées de sympathisantes du Kremlin (Human Rights Watch, Amnesty International, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), commis des crimes de guerre dans sa tentative de battre les séparatistes soutenus par la Russie dans le Donbass. […] La principale considération de l’OTAN ne devrait pas être de savoir si l’OTAN rendra l’Ukraine plus sûre, mais si l’Ukraine rendra l’OTAN plus sûre. La réponse est évidente. »

Il est vrai que le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a insisté, aussi récemment que ce mois-ci dans les médias nationaux russes, que l’OTAN n’envisageait pas l’adhésion de l’Ukraine, disant à Sputnik : « Il n’y a pas de plan d’action pour l’adhésion sur notre agenda ». Stoltenberg a également déclaré, comme il l’a fait lors d’un discours devant le parlement ukrainien en juillet, qu’il croit que l’Ukraine « a le droit de choisir ses propres arrangements de sécurité », notant ensuite que « le mois dernier, l’OTAN a accueilli le Monténégro comme 29e membre de notre Alliance. Cela montre que la porte de l’OTAN reste ouverte. »

Donc, le problème ne semble pas disparaître.

La pression de Porochenko pour rejoindre l’OTAN, qui se déroule dans le contexte de relations s’aggravant entre les États-Unis et la Russie, ignore, peut-être délibérément, l’une des principales causes du bourbier dans lequel se trouvent Kiev et Moscou. La crainte de Moscou, qui n’était pas infondée, était que l’Ukraine puisse rejoindre l’OTAN, ce qui a contribué à déclencher la crise ukrainienne début 2014.

Dans les semaines qui ont précédé l’annexion de la Crimée par la Russie (et juste un peu plus d’un mois avant le début des hostilités dans le Donbass), trois anciens présidents ukrainiens (Leonid Kravtchouk, Leonid Koutchma et Viktor Youchtchenko) ont appelé le régime post-Maïdan à renoncer à l’accord de Kharkiv de 2010 qui a permis à la Russie de baser sa flotte navale dans la mer Noire en Crimée (en échange d’un rabais sur le gaz naturel russe).

Il n’est peut-être pas déraisonnable que cette dernière action, en plus des protocoles de politique étrangère et de sécurité intégrés dans l’accord d’association avec l’Union européenne (signé en juin 2014 par Porochenko), conduise le gouvernement russe à soupçonner à tout le moins que l’OTAN pose les bases pour une absorption éventuelle de l’Ukraine dans l’alliance.

En effet, le lancement par Kiev de son « Opération antiterroriste » violente et aveugle contre le Donbass – avec pour effet d’intimider et d’aliéner des citoyens russophones par ailleurs loyaux dans l’est du pays – a certainement joué un rôle dans la décision du Kremlin de venir à l’aide des rebelles plus tard dans l’été 2014 et encore à Debaltseve au début de l’année suivante.

Des options moins dangereuses

Une alternative raisonnable à l’adhésion à l’OTAN serait un traité sur le modèle du Traité d’État autrichien de 1955, qui était un accord conclu entre les quatre puissances d’occupations de la fin de la Seconde Guerre mondiale (États-Unis, URSS, Grande-Bretagne et France) qui garantissait à l’Autriche son indépendance « Avec la compréhension », selon le Département d’État américain, « que l’État autrichien nouvellement indépendant déclarerait sa neutralité, créant une zone tampon entre l’Est et l’Ouest », signifiant qu’il ne rejoindrait ni l’OTAN ni les pays soviétiques sous le traité de Varsovie.

Charles Bohlen, le diplomate américain légendaire qui a servi comme ambassadeur à Moscou de 1953-57, a rappelé dans ses mémoires « Témoin de l’Histoire » que, en ce qui concerne le Traité d’État autrichien, il croyait « que les dirigeants du Kremlin, et probablement les chefs militaires soviétiques, décidèrent qu’une Autriche véritablement neutre avait plus de valeur pour la Russie soviétique que l’entretien d’un pays divisé où l’Armée rouge n’occuperait qu’une petite moitié. »

La situation dans l’Autriche d’après-guerre – occupée par l’Est et l’Ouest – n’est pas parfaitement analogue à la situation actuelle en Ukraine, mais il semble y avoir des leçons à retenir de l’intuition de Bohlen, que les motifs du Kremlin pourraient inspirer la diplomatie occidentale.

Mais au lieu d’essayer de mettre en œuvre l’accord de paix de Minsk (qui demande que le Donbass reste en Ukraine mais avec une plus grande autonomie vis-à-vis de Kiev) ou de chercher une alternative raisonnable aux questions de sécurité nationale,qui sont bien sûr pressantes et embarrassantes, Porochenko continue de sonner l’alarme sur une autre, cette fois illusoire, invasion russe.

Dans un récent discours devant le parlement ukrainien, Porochenko a affirmé « qu’il y a de plus en plus de preuves que la Russie se prépare à une guerre offensive de dimension continentale. »

Pourtant, le danger n’est peut-être pas aussi clair et aussi présent que Porochenko l’a décrit. Comme l’a observé Mary Dejevesky du journal anglais The Independant : « L’OTAN elle-même avait organisé des exercices dans la mer Noire et avant cela dans et autour des confins ouest de l’Ukraine. Qui, doit-on se demander ici, menace qui ? »

En effet, si la Russie était sur le point de lancer une guerre terrestre en Europe de l’Est, aurait-elle réduit son budget de défense de 25% à 48 milliards de dollars par an, comme l’a annoncé récemment le Kremlin?

Aussi difficile que cela puisse être de le croire pour notre solide bande de nouveaux guerriers de la Guerre froide (dont quelquesuns n’ont guère de connaissances au sujet des relations américano-russes sur lesquelles ils décident si souvent de pérorer), la pression pour un règlement pacifique en Ukraine ne vient pas de Washington, mais de Moscou et de Berlin.

Néanmoins, l’impasse persiste : une résolution du conflit ukrainien – à travers la mise en œuvre des accords de Minsk, ainsi qu’un règlement des problèmes de sécurité en suspens de toutes les parties en conflit – semble rester tragiquement hors d’atteinte.

James W. Carden a servi comme conseiller sur la politique de la Russie au Département d’État américain. Actuellement auteur au magazine The Nation, son travail a été publié dans le Los Angeles Times, Quartz, The American Conservative et The National Interest.

Source : James W. Carden, Consortium News, 14-10-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Luc Ferry révèle la vérité cachée de la faillite scolaire

Décidément, le vieux monde craque de toute part… Luc Ferry réitère sur les ondes de BFM-TV le 17 novembre 2017 lors de l’émission « Et en même temps » d’Apolline de Malherbe les propos qu’il avait déjà tenu en 2013. « Si on supprimait les 15% de quartiers pourris qu’il y a en France, avec des établissements dans lesquels il y a 98 nationalités où on n’arrive pas à faire cours, eh bien nous serions classés numéro 1 dans PISA », propos qu’il prête à son directeur d’évaluation, devant un Eric Brunet médusé et qui déclara n’avoir jamais entendu des propos pareils.

Or, Luc Ferry avait tenu au mot près les mêmes propos sur la même chaîne lors de l’émission de Ruth Elkrief le 2 décembre 2013, cette fois face à Jacques Séguéla :

« J’ai visité des centaines d’établissements scolaires et moi je peux vous assurer aujourd’hui que dans 15% des établissements scolaires, l’enseignement ça ressemble à du domptage et pas à de l’enseignement. Un spécialiste de l’évaluation, quelqu’un qui travaillait, je ne vais pas citer son nom, un chercheur qui travaillait à la direction de l’évaluation et de la prospective me disait que si on faisait abstraction, alors je vais dire un truc pas politiquement correct, c’est pas facile, c’est compliqué à dire mais c’est vrai, si on faisait abstraction des 15% d’établissements qui sont en perdition dans des quartiers en perdition, la France serait numéro 1 dans l’enquête Pisa. Voilà. Je pense que c’est globalement vrai. Ça demande à être vérifié mais c’est globalement vrai. Je pense qu’il y a une telle disparité entre les quartiers, entre les établissements, entre les familles, la sociologie de la France est telle aujourd’hui que les résultats ne m’étonnent pas. Et moi, je maintiens, quand je vois les maîtresses d’école de mes filles, ce sont des saintes laïques. Elles font mille fois moins de fautes de Français que les politiques. Elles sont cultivées, elles sont intelligentes. Elles n’ont qu’une envie, c’est de faire réussir les enfants. Aucun programme, aussi mauvais soit-il, n’a jamais empêché un bon prof de faire un bon cours.(…). D’abord, j’ai regardé évidemment toutes les enquêtes de Pisa avant de venir. Et puis je les connais, je les connaissais par cœur. Il y en a tous les 3 ans. 2003, 2006, 2009. C’est totalement faux qu’on était bien classés avant. J’ai regardé 2003. C’est très intéressant : il n’y avait que 40 pays à l’époque et on était exactement au milieu de la classe. On était, en gros, 20èmesur 40. On n’était pas très bien classés. On était derrière la Belgique et la Suisse. Et l’Allemagne était très mal classée…Simplement, ce que je veux dire, c’est que, quand vous regardez les pays qui sont très bien classés, c’est très étonnant en effet (…) tous les pays, mais c’est pas un hasard, c’est quoi ? C’est Hong Kong, c’est la Corée, c’est la Chine, c’est le Japon, etc. C’est-à-dire des pays dans lesquels l’éducation traditionnelle, ils n’ont pas les 35 h là-bas, l’éducation traditionnelle, le goût du travail… et la force de la famille est là. Quand vous regardez, par exemple en Suisse, plus un canton est archaïque, plus vous allez vers le Valais… meilleurs sont les résultats. C’est-à-dire quand l’éducation précède l’enseignement, ça marche. Quand l’enseignement n’est pas précédé… encore une fois… Moi, je te mets dans une classe préprofessionnelle dans le 9 cube un peu délicate, tu ressors en tutu au bout d’un quart d’heure… C’est ça la réalité des choses… ».

Rappelons que Luc Ferry s’était attiré les foudres du régime pour avoir révélé les frasques pédophiles d’un ministre au Maroc. Sans langue de Blois, pardon, de bois. Bizarrement, rien du côté de la justice, et pas de coups de bâton, même pas de Justin Bridoux.

Puisqu’on parle de PISA, voici les résultats 2015, les derniers en dates, présentés façon championnat de football :

Ligue 1 (+ de 530 points) : Singapour (556), Japon (538), Estonie (534), Taïwan (532), Finlande (531).

Ligue 2 (+ de 500 points) : Macao (529), Canada (528), Vietnam (525), Hong-Kong (523), Chine (518), Corée du Sud (516), Nouvelle-Zélande (513), Slovénie (513), Australie (510), Royaume-Uni (509), Allemagne (509), Pays-Bas (509), Chine (506), Irlande (503), Belgique (502), Danemark (502), Pologne (501), Portugal (501).

Nationale 1 (+ de 470 points) : Norvège (498), Etats-Unis (496), Autriche (495), France (495), Suède (493), Tchéquie (493), Espagne (493), Lettonie (490), Russie (487), Luxembourg (483), Italie (481), Hongrie (477), Lituanie (475), Croatie (475), Argentine (475), Islande (473).

Nationale 2 (+ de 440 points) : Israël (467), Malte (465), Slovaquie (461), Grèce (455), Chili (447), Bulgarie (446).

Nationale 3 (+ de 410 points) : Emirats Arabes Unis (437), Uruguay (435), Roumanie (435), Chypre (433), Moldavie (428), Albanie (427), Turquie (425), Trinidad et Tobago (425), Thaïlande (421), Costa Rica (420), Qatar (418), Colombie (416), Mexique (416), Monténégro (411), Géorgie (411).

Régionale 1(+ de 380 points) : Jordanie (409), Indonésie (403), Brésil (401), Pérou (397), Liban (386), Tunisie (386), Macédoine (384)

Régionale 2 (- de 380 points) : Kosovo (378), Algérie (376), République Dominicaine (332).

Hristo XIEPhttp://www.medias-presse.info/?wysija-page=1&controller=email&action=view&email_id=1565&wysijap=subscriptions&user_id=1069

 

 

COP23 : des négociations climatiques toujours sous influence des gros pollueurs ?

Lobbying

COP23 : des négociations climatiques toujours sous influence des gros pollueurs ?

par Rachel Knaebel

La 23e conférence sur le changement climatique, la COP23, se tient en ce moment à Bonn, en Allemagne. Deux ans après la signature de l’Accord de Paris, les gros pollueurs sont toujours aussi présents et influents dans les négociations onusiennes sur le climat.

L’entreprise pétrolière espagnole Iberdrola, le constructeur automobile allemand BMW, et quelques autres comme BNP Paribas, KPMG, Microsoft et le lobby de l’éthanol. Ce sont les (discrets) partenaires officiels de la COP23, qui se tient actuellement à Bonn. Est-ce à dire que les industries les plus polluantes, en particulier celles des énergies fossiles, seront une nouvelle fois en mesure de peser sur les négociations climatiques pour protéger leurs intérêts ? Un rapport tout juste publié par un groupe d’ONG internationales [1] rappelle comment ces industries ont réussi depuis le début des COP à faire obstacle à de véritables avancées dans la lutte contre le changement climatique. Soit directement, soit en faisant en sorte que ce soient leurs propres « solutions » qui soient privilégiées.

Cette influence s’est faite sentir dès la négociation du protocole de Kyoto, souligne le rapport. Ce premier accord international de lutte contre le changement climatique a été signé à la fin des années 1990. « Durant les négociations du protocole de Kyoto, les États-Unis et les gros pollueurs se sont donné une échappatoire en insistant pour inclure dans le protocole un ’mécanisme flexible’ de commerce des émissions de gaz à effet de serre, qui autoriserait les pays du nord à échanger entre eux, à acheter et vendre leurs obligations de réduction des émissions. » Ce qui donna naissance au marché carbone : on donne aux émissions de CO2 un prix, puis les pays pollueurs ou les multinationales qui ne veulent pas respecter leurs engagements de réduction des gaz à effet de serre peuvent acheter des crédits à ceux qui ont fait plus pour réduire leurs émissions… Dans le cas du marché du carbone européen, ce mécanisme a encore été davantage perverti par l’octroi massif de permis carbone gratuits aux industriels du continent (lire notre article).

Renault, ArcelorMittal, Engie comme sponsors des négociations climatiques

En plus d’être directement relayés par certains États, les intérêts des multinationales les plus polluantes sont portés via leur sponsoring des conférences climat. À Durban, en 2011, lors de la COP17, « les entreprises avaient la possibilité de financer des concerts de jazz, des dîners de gala. Le géant minier Anglo American, a ainsi financé nombre d’événements clé de la conférence, comme la cérémonie d’ouverture », rappellent les ONG. « Comme par hasard, un projet de mine de cette entreprise a été le seul qui ait jamais reçu l’approbation officielle de la conférence des Nations unies sur le climat », note encore le rapport.

Lors de la COP19 de Varsovie, en 2013, le stade de football devenu centre de conférence « était couvert de logos d’entreprises, dont PGE et LOTOS, deux entreprises de charbon et de pétrole détenues en majorité par l’État polonais ». PGE exploite deux grandes mines de lignite et plus de 40 centrales électriques, dont celle de Belchatow, la plus importante source d’émission de CO2 d’Europe. Parmi les principaux sponsors de la Conférence de Varsovie, on trouvait aussi le géant de l’acier et de la sidérurgie ArcelorMittal, alors même que le secteur de la sidérurgie représente environ 7 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. ArcelorMittal avait construit gratuitement le dôme d’acier du hall de la conférence, PGE avait fourni les stylos et bloc-notes, Opel et BMW avaient mis des voitures à disposition… (Voir notre La Pologne, le climat et les entreprises françaises de l’énergie).

La COP21 de Paris en 2015 s’est inscrite dans la continuité des précédentes avec une liste de sponsors comprenant de nombreux gros pollueurs, comme Engie, EDF ou Renault, ainsi que l’Observatoire des multinationales l’avait abondamment documenté à l’époque (lire notamment Lobby Planet Paris : cartographie d’une COP21 sous influence, Solutions COP21 : les solutions climat confisquées par les multinationales et Conférence climat : les dessous de l’appel au « mécenat » des grandes entreprises). De même la COP22 tenue à Marrakech en 2016 (lire notre enquête). En plus de leur assurer une présence au sein même des COP, ces accords de mécénat offrent aussi de plus en plus aux multinationales un moyen de faire la promotion de leurs produits prétendument « verts ».

Des pressions des entreprises pour conserver le marché carbone

Une telle implication des grandes entreprises dans les négociations climatiques a forcément une influence sur ce qui en ressort. Ainsi, « durant la onzième heure des négociations de l’accord de Paris, les États-Unis et l’Union européenne ont aidé à imposé un deal de dernière minute sur la négociation de l’article 6 de l’accord », rappelle le rapport. L’article 6, dans son paragraphe 4, confirme le privilège donné au mécanisme du marché carbone, pourtant largement décrié [2]. « Des individus et des organisations représentant ce qui est bon pour les entreprises, et pas pour l’humanité, se sont frayé un chemin jusqu’aux bureaux où les gouvernements du monde étaient en train de négocier cet article 6 », soulignent les ONG.

Le lobbying en faveur du marché carbone s’exerce notamment à travers l’association internationale pour l’échange de droits d’émissions (l’International Emissions Trading Association (IETA)), créée en 1999 pour être « la voix écoutée du business sur sur les solutions climatiques appuyées sur le marché » [3]. L’association compte parmi ses membres des entreprises comme BP, Rio Tinto, Chevron, Veolia, Statoil ou encore Total… « Des personnes étroitement liées à cette association négocient, au nom de gouvernements, à la table des conférences climat », indique le rapport. Par exemple, l’actuel négociateur de la délégation officielle du Panama, est membre de la direction de l’IETA et en a été le président pendant presque huit ans. « Sa position de délégué d’un État est un privilège qui lui a permis d’assister de très près aux négociations de l’article 6 ».

Que faut-il donc faire pour lutter contre cette influence des entreprises les plus polluantes sur les négociations climatiques, alors que l’enjeu se fait de plus en plus urgent au vu de la multiplication des événements climatiques extrêmes ? « Il est temps de montrer la porte au gros pollueurs », répondent simplement les ONG. « En finir avec le sponsoring des conférence climat par des entreprises est un premier pas concret pour empêcher le secteur des énergies fossiles de faire valoir ses intérêts dans la politique climatique aux niveaux national et international. » Et pourquoi pas exclure totalement les représentants des gros pollueurs des négociations climatiques, comme l’Organisation mondiale de la santé a fini par le faire pour les industriels du tabac ?

Rachel Knaebel

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Revue de presse nationale et internationale.

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