Le complot machiavélique pour impliquer l’Arabie saoudite et le Qatar dans une guerre de « frontières de sang »

Le complot machiavélique pour impliquer l’Arabie saoudite et le Qatar dans une guerre de « frontières de sang »


Par Andrew Korybko – Le 7 juin 2017 – Source 21st Century Wire

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Des experts du monde entier essaient de comprendre ce qui alimente vraiment la guerre froide entre le Qatar et l’Arabie saoudite, mais la réponse est simple : les États-Unis. Comme Washington est toujours encline à le faire, elle joue magistralement du « diviser pour mieux régner » au Moyen-Orient, faisant la même chose à ses alliés des pays du Golfe qu’à ses alliés maghrébins lors des révolutions de couleur du printemps arabe. Cette fois, les acteurs en conflit s’opposant les uns aux autres, le sont au niveau des États, par opposition au scénario intra-étatique entre les gouvernements et certains de leurs citoyens.

L’objectif à long terme derrière tout cela est d’inaugurer le plan des « Frontières de sang » publié en 2006, de Ralph Peters pour un « Nouveau Moyen-Orient » dans lequel le Golfe subit une réingénierie géopolitique comme avec le « Syraq » la Turquie et les Balkans. Il est prévu de faire aussi bien. Dans l’ensemble, la fracture de la région en une myriade de mini états internationalement reconnus de facto devrait faciliter la prolongation de l’hégémonie américaine dans le vaste espace interconnecté que le défunt Brzezinski a décrit comme « les Balkans eurasiens » tout en créant simultanément des complications pour l’accès de ses rivaux russes et surtout chinois à cet espace pivot géostratégique au cœur de l’Afro-Eurasie.

C’est beaucoup à digérer tout à la fois. Décomposons donc le tout, morceau par morceau, pour que ce soit plus facile à comprendre.

« Le petit Machiavel »

Tout d’abord, la guerre froide entre le Qatar et l’Arabie saoudite a été déclenchée par le fonctionnement espiègle de ce que l’armée américaine a appelé la « petite Sparte » les Émirats arabes unis, qu’on peut qualifier aujourd’hui de « petit Machiavel ». Le compte Hotmail de l’ambassadeur des Émirats aux États-Unis a récemment été compromis et révèle que M. Yousef al-Otaiba a fait des heures supplémentaires pour détruire la réputation du Qatar aux yeux des décideurs américains influents.

Abou Dhabi est en concurrence acharnée avec Doha depuis le début du siècle, alors que les deux États du Golfe ultra-riches se font concurrence pour attirer le plus grand nombre d’investissements étrangers et devenir les destinations « à ne pas manquer » du Moyen-Orient. En outre, les deux pays sont également engagés dans une guerre par procuration en Libye, où les EAU soutiennent le gouvernement de Tobrouk du général Haftar alors que le Qatar est derrière les factions des Frères musulmans à Tripoli.

Le parrainage des Frères musulmans par Doha − qui est désigné comme une organisation terroriste par les membres du CCG, les EAU et l’Arabie saoudite, l’allié égyptien, la Syrie et la Russie incidemment − a longtemps été le fléau de la méfiance régionale au « Conseil des rois » mené par  Riyad. Les tensions intra-organisationnelles ont atteint un point d’ébullition tout au long de 2014 mais ont finalement été résolues avant la fin de l’année. Pendant ce temps, Doha a promis de réduire radicalement son soutien aux Frères musulmans, mais apparemment, elle n’a jamais tenu sa promesse. Malgré tout, aucun des membres du CCG ne semblait trop s’en préoccuper jusqu’à il y a quelques semaines à peine, ce qui signifie que quelque chose d’autre a dû déclencher cette grande crise du Golfe.

Si on accepte que les fuites touchant les dirigeants des EAU sont vraies et que son ambassadeur aux États-Unis fait en effet tout ce qu’il peut pour salir le Qatar, alors il est très probable que, le mois dernier, Abu Dhabi a conçu un plan pour « tuer beaucoup d’oiseaux avec une seule pierre ». L’émirat a négocié un accord de paix de facto entre les deux principales parties de la guerre civile en Libye au début du mois de mai, ce qui a essentiellement annulé les chances du Qatar de prendre le pouvoir par procuration.

Cet accord fragile a été presque saboté peu de temps après par les troupes de « voyous » du gouvernement soutenu par l’ONU qui ont ouvert le feu sur les forces de Haftar sur une base aérienne dans le sud de la Libye en tuant 141 d’entre eux. Près d’une semaine plus tard, des terroristes libyens ont massacré 29 chrétiens coptes en Égypte et incité le Caire à prendre des mesures décisives en ordonnant des frappes aériennes contre leurs camps de l’autre côté de la frontière. Pris ensemble, et considérant que le Qatar est clairement du côté des perdants de la guerre civile libyenne de nos jours, les EAU ont peut-être trouvé commode de rejeter la faute des attaques terroristes en Libye et en Égypte sur le Qatar. Le moment n’aurait pas pu être mieux choisi.

Trump Riyadh
Trump à Riyad

Le facteur Trump

Le président américain Trump a visité Riyad à l’époque entre les deux attaques et a exhorté les 50 dirigeants musulmans à « chasser » les terroristes dans leurs rangs. Apparemment, l’Émir Qatari al-Thani avait déjà prononcé un discours qui n’a pas reçu de publicité sur le moment, où il avait dénoncé le programme anti-iranien de plus en plus évident de « l’OTAN arabe » mais il aurait été tenu secret pour éviter de détruire le mythe de l’unité des pays du Golfe.

Néanmoins, le simple fait que le dirigeant qatari ose parler de manière non agressive de l’Iran devant le président américain définitivement iranophobe tout en étant accueilli partout en Arabie Saoudite, fait de lui l’homme que « l’OTAN arabe » a décidé de blâmer pour le terrorisme wahhabite dans tout le Moyen-Orient. L’Arabie saoudite aurait probablement inventé un « prétexte » si le Qatar n’avait pas lui-même donné le bâton pour se faire battre, une semaine plus tard quand un de ses radiodiffuseurs publics a rapporté les paroles de l’Émir Thani dans ce que les Saoudiens ont dû interpréter comme leur plus grande humiliation dans l’histoire récente.

Bien que le Qatar se soit rapidement rétracté et ait prétendu avoir été victime de « piratage » l’Arabie saoudite et ses alliés n’y ont évidemment pas cru parce qu’ils avaient entendu le chef du pays faire ces mêmes déclarations sur l’Iran et « l’OTAN arabe » que le Qatar revendique maintenant comme fabriquées.

Cela a donné à Riyad la couverture publique pour aller de l’avant avec ses plans  pour faire de Doha le « bad guy » de tous les problèmes du Moyen-Orient, probablement en raison des conseils murmurés par les EUA au roi Salman et à son adjoint, le ministre de la Défense et prince Mohammed Bin Salman, obsédés qu’ils sont à saper leur rival qatari à chaque fois que c’est possible.

Les EAU avaient déjà une dent contre le Qatar à cause de la situation en Libye et en l’Égypte. Il est bien connu qu’ils étaient très fâchés  que le pays péninsulaire (Qatar) ait soutenu l’ancien président des Frères musulmans, Mohamed Morsi, et les Saoudiens ne pardonneront jamais à l’Émir Thani d’avoir parlé de cette façon de l’Iran tout en étant l’hôte du Royaume.

Du point de vue des EAU, toutes les bonnes pièces étaient en jeu pour que l’Arabie saoudite rassemble le GCC et tous ses alliés contre le Qatar, et Abu Dhabi – en « petit Machiavel » qu’il est – s’est assuré que Riyad passerait les ordres en faisant appel au jeune ministre saoudien de la Défense.

Mohammed Bin Salman est largement considéré comme le « cerveau » derrière la guerre désastreuse contre le Yémen qui a tellement affaibli les finances et le prestige de son royaume, et il cherche désespérément une « victoire rapide » qui pourrait aider à redorer la perception soigneusement élaborée de la communauté sunnite sur l’hégémonie saoudienne au Moyen-Orient. Il ne serait pas surprenant de découvrir que l’ambassadeur des EAU aux États-Unis ou l’un de ses alliés émiratis dans l’« État profond » ait convaincu le ministre de la Défense qu’une « campagne rapide » contre le Qatar pourrait non seulement atteindre ce but, mais aussi aider remodeler le récit historique sur le Moyen-Orient en accusant le Qatar de tous les malheurs saoudiens.

En outre, le calendrier des événements est tel que Trump, égocentrique comme il est, pouvait également en prendre crédit lui aussi, comme il était plus que désireux de le faire sur Twitter plus tôt cette semaine.

Cible : Iran

Tout compte fait, le « Petit Machiavel » a pondu un type de plan qui aurait rendu fier de lui sa référence médiévale. Les Émirats arabes unis ont réussi à prendre le leadership (et donc le blâme si quelque chose devait mal tourner) régional et confessionnel de l’Arabie saoudite en rassemblant certains des pays de « l’OTAN arabe » contre le Qatar afin de le blâmer pour les années de terrorisme wahhabite au Moyen-Orient, au porte même du Royaume, manifestement dans le but de lancer un jeu pour que le royaume transforme Thani en marionnette, ou le renverse carrément en provoquant une Révolution de couleur, une guerre hybride et/ou un coup d’État royal contre lui.

Les jours où un Qatar riche en GNL fourrait son nez dans les affaires des autres pays du CCG et devenait le pionnier d’une politique étrangère quelque peu indépendante en protégeant les Frères musulmans si détestés et en interagissant pragmatiquement avec l’Iran, ennemi juré saoudien, pouvait devenir une histoire tenant debout. Cette « victoire rapide » pourrait également détourner l’attention de la guerre désastreuse au Yémen. C’était une occasion trop tentante pour que le roi Salman et son ministre de la Défense la refusent.

Cela dit, il existe certainement des risques inhérents à la promulgation d’un embargo de facto contre le Qatar et son isolement pour des motifs biaisés, son rapprochement avec l’Iran. Il semble plus qu’évident que cela deviendra une prophétie auto-réalisatrice et conduira Doha dans les bras de Téhéran.

La République islamique a déjà offert une aide humanitaire à l’émirat péninsulaire sous la forme de vivres et a déclaré qu’elle pourrait utiliser son espace aérien pour contourner l’embargo du CCG, ce qui est clairement inacceptable pour l’Arabie saoudite.

Quelques jours plus tard, Daech a perpétré une série d’attentats terroristes sans précédent contre le Parlement iranien et le mausolée de l’ayatollah Khomeiny, que les gardiens de la Révolution islamique ont imputés à leur rival saoudien qui avait promis le mois précédent d’exporter la guerre par proxy sur le paillasson de la maison iranienne.

Évidemment, Riyad voulait empêcher un Partenariat stratégique Qatar/Iran de se former et de se regrouper potentiellement autour d’une « OPEP du gaz » mais le royaume a peut-être involontairement accéléré ce fait accompli car l’Émir Thani a gardé le pouvoir et n’a pas fait marche arrière.

Doha
Doha, Qatar

La fausse piste russe

Tout cet épisode a été interrompu de manière intéressante par les déclarations ridicules des États-Unis selon lesquelles le piratage russe était à l’origine de la reprise de la guerre froide entre le Qatar et l’Arabie saoudite. Il est risible que l’establishment « profond » américain (l’armée, le renseignement et les bureaucraties diplomatiques permanentes) éprouve le besoin d’essayer de relier obsessionnellement tout ce qui « tourne mal » dans le monde avec la Russie, mais il pourrait y avoir quelque chose de plus cette fois-ci.

L’auteur a expliqué dans son dernier article de recherche sur « La diplomatie énergétique de la Russie au Moyen-Orient : Boom ou Fiasco ? » que la Russie a récemment – et à la surprise de tous, sauf des plus avisés – cultivé des relations très positives avec ses anciens rivaux saoudiens et qataris, avec lesquels elle est habituellement en concurrence sur leurs marchés pétroliers et gaziers respectifs, mais aussi en Syrie. Les choses pourraient toutefois changer, puisque l’auteur prévoyait que la Russie serait en mesure de servir de médiateur entre l’Arabie saoudite et le Qatar et l’Iran et l’Arabie saoudite tant qu’elle continuerait à entretenir de bonnes relations avec tous.

En fait, à propos de la première paire de rivaux, le président Poutine a même appelé l’Émir Thani plus tôt cette semaine et le président russe lui-même a été exhorté par le président turc Erdogan un jour auparavant sur ce même sujet. Clairement, la Russie était – et est toujours – sur la bonne voie pour se positionner en tant qu’arbitre neutre final dans cette affaire, vu que ce n’est pas un pays à majorité musulmane comme les médiateurs potentiels que sont la Turquie ou le Koweït. Ils n’ont pas non plus d’intérêt à prendre parti entre les deux pays exportateurs du wahhabisme.

De plus, étant donné que les Saoudiens n’ont probablement pas planifié leur attaque terroriste à Téhéran du jour au lendemain et y ont probablement mis au point une planification impliquant un certain degré de complicité américaine, les États-Unis auraient pu prévoir que la Russie serait le seul pays avoir une chance réelle d’empêcher le prochain pic de tensions sectaires entre les deux pays antagonistes et que ces tensions débouchent sur une guerre chaude.

En conséquence, les États-Unis ont tenté d’attribuer à la Russie la responsabilité de la guerre froide qatari-saoudienne – et, par extension, l’attaque terroriste préventive supportée par l’Arabie Saoudite en Iran – en donnant intelligemment au Qatar un moyen de sauver la face de ce gâchis si et seulement si l’Émir Thani mordait à l’appât et blâmait les hackers russes pour ce « malentendu ».

Le leader du Golfe semble toutefois beaucoup plus sage que ce que les Américains pensent de lui, sachant qu’il joue effectivement un jeu de dupes avec l’Arabie saoudite et qu’il sera destitué ou rendra son pays stratégiquement impuissant s’il recule et capitule face à la pression inébranlable du Royaume.

L’Arabie saoudite ne semble pas non plus trop désireuse de faire avancer cette médiocre théorie de la conspiration pour faire accuser la Russie, d’autant plus que le Qatar n’a pas fait le premier pas dans cette direction. L’un ou l’autre acteur pourrait changer de position sur cette question au fil du temps, ou ce mouvement américain désespéré pourrait bientôt disparaître et être oublié si aucun d’entre eux ne lui accorde beaucoup d’attention.

Si la trajectoire actuelle sur cette sous-tangente se poursuit, la Russie pourrait éventuellement jouer un rôle très important dans la prévention d’un conflit plus important, comme il y a près de 4 ans, lors de l’attaque chimique américaine sous faux drapeaux dans la Ghouta qui a eu pour conséquence de relancer la guerre.

L’Arabie Saoudite comme la « prochaine Syrie »

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Saudi vs Qatar. Photo: FarsNews

La Russie est bien consciente du projet des États-Unis de « balkaniser » les « Balkans eurasiens » et elle sait que cela serait désastreux pour l’émergence de l’ordre mondial multipolaire. D’une part, Moscou est incapable d’arrêter complètement certaines des forces centrifuges que Washington a déjà mises en place et refuse l’engagement militaire nécessaire pour les retarder, ce qui explique par exemple pourquoi elle encourage la « décentralisation » kurde dans le projet de Constitution écrit par la Russie pour la Syrie comme un compromis à la tentative unilatérale de « fédéralisation » promue par ce groupe pro-américain.

D’un autre côté, cependant, cela ne signifie évidemment pas que la Russie soit indifférente à ce processus de fragmentation en général. Comme cela se rapporte à la guerre froide en cours entre qatari et saoudiens et à l’utilisation par le royaume wahhabite des terroristes de Daesh contre la République islamique, Moscou croit que c’est le catalyseur externe provoqué par les États-Unis pour lancer des processus irréversibles mais potentiellement durables de dissolution des États dans cette partie du Moyen-Orient, tout comme ce qui s’est passé en Afrique du Nord et en « Syraq » ces six dernières années. En gardant à l’esprit que les deux États les plus influents du Moyen-Orient sont directement impliqués cette fois, les conséquences géopolitiques pourraient briser l’équilibre du pouvoir en Eurasie.

L’auteur explique les vulnérabilités structurelles de la Guerre hybride dans son article de l’été 2016 sur « Le plan américano-saoudien pour un retrait iranien de la Syrie » qui se concentre sur la manière dont Daech, les Baloutches, les Kurdes, les Arabes et les Azéris pourraient tous être agités aux frontières comme des outils pour miner l’État et induire des concessions désirées par ses dirigeants, de sorte que le lecteur devrait revoir cette analyse s’il n’est pas familier avec ces concepts.

Quant à l’Arabie saoudite, sa direction sectaire a provoqué de graves troubles chiites dans la province de l’Est, riche en pétrole, après avoir opéré une oppression commanditée par l’État contre ses minorités confessionnelles. Un scénario similaire se déploie lentement même s’il n’est pas encore imminent dans la partie sud-ouest du royaume, le long de la frontière yéménite dans les régions à majorité chiite qui faisaient partie de son voisin avant les accords de Taëf de 1934 qui ont mis fin à la guerre yéméno-saoudienne. Ce n’est donc pas sans raison que le groupe de libération nationale majoritaire chiite houthi cible régulièrement les positions militaires saoudiennes dans cette partie du pays. Enfin, la dernière vulnérabilité structurelle majeure en Arabie saoudite concerne les divisions royalistes autour du prince héritier et éminence grise, Mohammed Bin Salman.

Le ministre de la Défense et aspirant roi est doublement détesté par certains dans la monarchie pour les blessures financières et de réputation auto-infligées à son pays provoquées par sa décision de lancer la guerre contre le Yémen, et aussi pour sa « réforme » interne (dans un sens relatif) de la Vision 2030 qui aspire à moderniser l’économie pour en faire un secteur réel et l’éloigner de sa dépendance vis-à-vis de l’exportation de pétrole.

Si le projet qu’il porte est réalisé dans toute son étendue, alors il pourrait initier des changements socioculturels fragmentaires qui vont de manière provocatrice aller à l’encontre des enseignements wahhabites intransigeants de la classe cléricale influente du Royaume. Beaucoup d’observateurs étaient trop occupés (à juste titre) à parler des nombreuses folies de politique étrangère de l’Arabie Saoudite pour remarquer la chose qu’elle a « bien fait » de renforcer ses relations avec la Chine au niveau d’un partenariat stratégique de facto pendant la visite du roi Salman en République populaire de Chine plus tôt ce printemps.

L’auteur a écrit sur la signification de cet événement et la raison pour laquelle la Chine a signé plus de 65 milliards de dollars de contrats avec le royaume wahhabite dans son article intitulé « Pourquoi la Chine choisit-elle de s’associer avec Israël et l’Arabie Saoudite ? ». L’idée se résume au fait que « La Chine chasse les marchés au Moyen-Orient ».

Ce que cet article, cité par l’auteur, signifie, c’est que la vision globale de la Nouvelle Route de la Soie de la Chine prévoit que le CCG jouera un rôle central dans le paradigme de Pékin en construisant des usines et des chemins de fer dans la région. En échange, les Royaumes investiront une partie de leur matelas financier en République populaire de Chine pour un résultat final gagnant-gagnant. En fait, le jumelage réussi de Vision 2030 de Mohammed Bin Salman avec l’OBOR en Chine pourrait conduire à modérer la politique étrangère régionale sectaire de l’Arabie saoudite si l’influence des clercs s’en trouve diluée, ce qui pourrait sérieusement augmenter les perspectives de voir émerger un Moyen-Orient multipolaire.

L’auteur a écrit à ce sujet et a même cartographié les nombreux corridors de la Route de la Soie qui pourraient découler de cette nouvelle dynamique régionale dans son article intitulé « L’Eurasianisme : à quoi ressemblerait un meilleur Moyen-Orient » publié l’automne dernier. Pour que le lecteur puisse avoir une idée claire de la raison pour laquelle la Russie s’oppose si fortement au plan des « Frontières de Sang » des États-Unis dans le « Grand Moyen-Orient » et estime que même ces monarchies du Golfe si turbulentes méritent d’être sauvées, il faut garder en tête la « vue d’ensemble » et la promotion de la multipolarité sur tout le supercontinent.

Tout cela pourrait toutefois être compromis si le Qatar et l’Arabie saoudite, l’Iran et l’Arabie Saoudite entrent dans une lutte existentielle par procuration à l’intérieur des frontières de leur rival et font du Royaume wahhabite – entre autres – la « prochaine Syrie ».

Réflexions finales

Les États-Unis ont l’intention de déstabiliser l’Afro-Eurasie afin de contrôler plus facilement l’hémisphère oriental par procuration, d’où l’utilisation combinée de la guerre hybride et de leur stratégie régionale de « diriger dans l’ombre » des laquais locaux pour y arriver.

Bien que toutes les parties impliquées dans l’actuelle crise du Golfe puissent connaître des bénéfices intéressants avec le multilatéralisme − si elles peuvent se contenir assez longtemps pour récolter des dividendes tangibles des projets OBOR chinois − la réalité est malheureusement que les dynamiques régionales et l’histoire de la méfiance entre plusieurs de ces parties permettent aux États-Unis de toutes les manipuler plus facilement dans un conflit asymétrique hobbesien, les unes contre les autres.

Les EAU, également connus sous le nom de « Petit Machiavel » jouent un rôle clé en attisant les flammes du conflit par leur intrigue magistrale car ils envisagent de recevoir la bénédiction des États-Unis pour devenir la force de consolidation post-fragmentation dans cette partie des Balkans eurasiens en raison de sa nature unique en étant une collection d’émirats séparés. Du point de vue américain, les EAU pourraient devenir un centre de gravité après le redécoupage du Moyen-Orient selon les « Frontières de sang » (probablement ajustées par rapport aux frontières que Ralph Peters avait à l’esprit il y a 11 ans en raison du changement de circonstances dans certaines régions). Ils pourraient exercer une influence centripète en amalgamant certains des émirats post-saoudiens laissés à la suite de l’effondrement du Royaume. Dans cet esprit, les plans des Émirats arabes unis semblent particulièrement cyniques, car ils consistent essentiellement à faire tomber les Saoudiens afin de les remplacer dans leur rôle régional lorsque la poussière retombera.

Cependant, la Russie et la Chine sont bien conscientes de ce qui se passe, car elles se sont réveillées il y a quelques années sous les assauts coordonnés des États-Unis contre chacune d’elles en Ukraine et en mer de Chine méridionale en réalisant que leur principal adversaire géopolitique dans cette guerre hybride essayait de saboter leurs projets de connectivité concurrentiels au XXIe siècle dans une tentative désespérée de prolonger indéfiniment le « moment unipolaire » qui s’estompe.

Pour cette raison, les deux grandes puissances eurasiatiques sont particulièrement préoccupées par les derniers efforts des États-Unis pour manipuler les États du Golfe et l’Iran dans un cycle de déstabilisations qui s’auto-perpétuent pour faire de ce plan des « Frontières de Sang » une réalité. Malheureusement, l’Arabie saoudite est beaucoup trop crédule et facilement poussée dans la direction des grands intérêts stratégiques des États-Unis. Il est donc incertain pour le moment, de savoir si le scénario indiqué peut encore être évité.

Néanmoins, les États-Unis pensent certainement que la Russie a de bonnes chances de stopper leurs plans. C’est pourquoi les USA ont essayé de détruire ses acquis récents dans le Golfe en l’accusant de « pirater » le Qatar et de provoquer toute cette crise. Le fait que ni Doha ni Riyad n’aient mordu à l’appât, ou du moins pas encore, laisse espérer que Moscou pourrait utiliser ses relations positives avec les deux pays et un statut neutre entre eux pour négocier une solution pacifique à la première phase de ce conflit. Puis éventuellement, elle pourrait étendre ses gains pour atténuer les tensions aggravées entre l’Arabie saoudite et l’Iran.

C’est certes une tâche ambitieuse, qui n’a absolument aucune garantie d’atteindre un succès symbolique même le plus modeste, mais c’est encore la responsabilité géopolitique de la Russie et, dans une certaine mesure, de la Chine, l’un des deux moteurs de l’intégration eurasienne, d’au moins faire leurs meilleurs efforts en coulisse pour l’émergence de l’ordre mondial multipolaire avant qu’il ne soit trop tard.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie « Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime » (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Note du Saker Francophone

Ce texte nous avait échappé en juin dernier mais il garde toute sa saveur même si le conflit Qatar/Arabie saoudite semble gelé pour le moment.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-complot-machiavelique-pour-impliquer-larabie-saoudite-et-le-qatar-dans-une-guerre-de-frontieres-de-sang

 

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Merkel met en garde contre l’influence de la Chine dans les Balkans

Merkel met en garde contre l’influence de la Chine dans les Balkans

Angela Merkel à Berlin le 21 février 2018 / © dpa/AFP / Ralf Hirschberger

Angela Merkel a averti mercredi la Chine qu’elle ne devait pas lier ses investissements dans les Balkans à des questions politiques, au moment où Pékin est soupçonné de vouloir étendre par ce biais son influence en Europe.

« Nous sommes pour le libre-échange », a souligné la chancelière allemande lors d’une conférence de presse avec le Premier ministre macédonien, Zoran Zaev, à Berlin.

Mais d’une part « cela doit être réciproque », a jugé Mme Merkel. « Dans les relations avec la Chine, c’est très important que l’ouverture ne vienne pas que d’une partie mais de toutes les parties », a-t-elle souligné.

Et d’autre part chercher à lier les relations commerciales « à des questions politiques, je ne trouve pas que ceci soit une contribution au libre-échange », a jugé la chancelière.

Elle faisait manifestement allusion à l’initiative chinoise des « Nouvelles routes de la soie », un colossal projet d’investissements dans les infrastructures à destination de l’Europe, qui fait parfois craindre de voir le régime communiste étendre son influence politique vers l’Europe notamment.

Parmi les cibles, plusieurs pays de l’est ou du sud du continent, prompts à accepter l’argent des Chinois y compris dans les secteurs stratégiques, comme la Grèce qui a vendu le port du Pirée dans le cadre des privatisations réclamées par ses partenaires européens en échange de plans d’aide financière.

Mme Merkel n’a pas précisé ce qu’elle entendait par l’influence politique chinoise indésirable à ses yeux dans les relations commerciales.

Mais une des craintes des Européens est que les pays des Balkans profitant des investissements chinois soient ensuite plus enclins à défendre les intérêts de Pékin au sein de l’UE, sur la question du respect des droits de l’Homme ou sur celle du commerce principalement.

La Macédoine veut à tout prix rejoindre l’Union européenne et l’Otan.

La coopération entre la Chine et la Macédoine n’atteint pas encore le niveau qu’elle a en Grèce ou en Serbie, où Pékin est déjà très présent économiquement.

Mais la Chine a investi depuis 2014 dans la construction d’autoroutes dans le pays. Et lors d’une récente rencontre avec son homologue chinois Li Keqiang, le chef du gouvernement macédonien Zoran Zaev avait déclaré que « l’aide de la République populaire de Chine est importante pour la modernisation » de son pays.

Le projet de « Nouvelles routes de la soie » a été aussi au coeur de la récente visite du président français, Emmanuel Macron en Chine. A cette occasion, il a souligné que « certains pays sont beaucoup plus ouverts aux intérêts chinois, parfois aux dépens d’un intérêt européen ».

Paris a émis le souhait d’une position commune face à Pékin entre pays de l’UE décidés à privilégier l’intérêt européen sur leur intérêt national à court terme.

(©AFP / 21 février 2018 15h50)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Merkel-met-en-garde-contre-l-influence-de-la-Chine-dans-les-Balkans/892413.rom

Disponibilité des aéronefs militaires : c’est vraiment très, très alarmant ! (1/3)

Disponibilité des aéronefs militaires : c’est vraiment très, très alarmant ! (1/3)

Par Michel CABIROL  |   |  923  mots
Selon le rapport, la disponibilité des hélicoptères, des avions de patrouille maritime et de l'aviation de transport tactique ne permet pas d'honorer le contrat opérationnel seuil bas, nécessaire pour répondre à la tenue de la situation opérationnelle de référence et à la préparation opérationnelle.
Selon le rapport, « la disponibilité des hélicoptères, des avions de patrouille maritime et de l’aviation de transport tactique ne permet pas d’honorer le contrat opérationnel seuil bas, nécessaire pour répondre à la tenue de la situation opérationnelle de référence et à la préparation opérationnelle ». (Crédits : Reuters)
La disponibilité de certaines flottes d’aéronefs militaires est jugée « particulièrement critique », selon Christian Chabbert, auteur d’un rapport sur le MCO aéronautique, que La Tribune s’est procuré. Elle « ne permet pas d’honorer le contrat opérationnel » des forces armées.

Le rapport Chabbert sur le MCO aéronautique (Maintien en condition opérationnelle), sur lequel s’est appuyé en décembre la ministre des Armées Florence Parly pour lancer la réforme du MCO en vue d’augmenter la disponibilité des aéronefs militaires, a été mis sous le boisseau. Et pour cause. Ce rapport est très, très explosif… On connaissait déjà la gravité de la situation sur la disponibilité « particulièrement critique » de certaines flottes d’aéronefs militaires, mais le rapport Chabbert, dont La Tribune a pris connaissance, va beaucoup plus loin en révélant les conséquences très inquiétantes de ce constat sur les contrats opérationnels des forces.

La disponibilité des flottes des forces françaises stagnent depuis 2012, autour de 44%. En 2016, elle s’élevait à 44,4% et sur les six premiers mois de 2017 à 44,1%. Ces chiffres signifient que moins d’un aéronef sur deux est en mesure d’effectuer la mission pour laquelle il a été acquis. Et selon le rapport, « la disponibilité des hélicoptères, des avions de patrouille maritime et de l’aviation de transport tactique ne permet pas d’honorer le contrat opérationnel seuil bas, nécessaire pour répondre à la tenue de la situation opérationnelle de référence et à la préparation opérationnelle ». Au-delà de la difficulté à tenir les contrats opérationnels, le manque de disponibilité des appareils « obère la capacité des forces à soutenir dans la durée l’activité aérienne », estime Christian Chabbert.

La disponibilité des hélicoptères reste catastrophique

Il faut dire que la disponibilité des appareils cités dans le rapport n’excède jamais 40%, à l’exception de l’hélicoptère de transport NH90 en 2016 (41%). C’est notamment le cas des hélicoptères des trois armées. Pour l’armée de Terre, la disponibilité des Tigre s’est élevée à 25% en 2016 et 26% entre janvier/août 2017, des Puma à 31% et 32%, des Cougar à 21% et 24%, des Caracal à 27% et 24%, et, enfin, des Caïman (NH90 TTH) à 37% et 37%. Les NH90 de la Marine avaient une disponibilité de 41% en 2016 pour retomber à 33% sur les six premiers mois de 2017. Enfin, les H225M et les Puma de l’armée de l’air ont eu une disponibilité respectivement de 29% et 28% en 2016 et de 30% et 32%.

Sur les avions, la disponibilité des A400M et des C130 n’était guère mieux que celle des hélicoptères : les A400M (18% en 2016 et 30% sur les six premiers mois de 2017) et les C130 (23% et 18%). Par ailleurs, les ATL2 de la Marine ont également une disponibilité médiocre : 24% et 27%.

La disponibilité en métropole ne dépasse pas 30%

En dépit de ces taux de disponibilité très faibles, les besoins militaires liés à l’activité aérienne ont été satisfaits à 93% en 2016. « Cependant, ce constat doit être nuancé », fait valoir Christian Chabbert. Car la programmation de l’activité tient compte de l’anticipation de la disponibilité. Ainsi, la situation est « en général présentée de façon favorable » : dans le Contrat unifiée de gestion (CUG) de 2017, il est fixé un objectif de 20 Tigre disponibles sur un parc de 61 machines dont 41 en ligne. Toutefois, « les flottes très peu disponibles ont des taux de 15 à 20 % inférieurs à la programmation », précise-t-il.

Enfin, les heures de vol effectuées en opérations portent très fortement l’activité aérienne. Ainsi la disponibilité atteint 80 % en opérations extérieures mais a contrario, elle ne dépasse pas 30 % en métropole. « C’est donc l’activité aéronautique réalisée en métropole qui demeure, depuis plusieurs années, toujours en deçà de celle prévue, explique le rapport. La formation des pilotes, leur entraînement et la régénération des matériels sont par conséquent extrêmement contraints ».

« Si les opérations sont donc réalisées, c’est au prix de l’augmentation non maîtrisée d’une dépréciation de l’actif, créateur d’une dette technique et en compétences humaines qui remet en question la capacité des armées à conduire demain les missions qui leur seront confiées dans le domaine aéronautique ».

Tous les besoins ne sont pas couverts

Les besoins réels des armées estimés à 18,58 milliards d’euros sur la période 2018-2023 ne seraient pas couverts par le ministère des Armées, constate Christian Chabbert. Ainsi, il prévoirait seulement 17,64 milliards d’euros, dont 16,58 milliards d’euros de ressources budgétaires lors d’une programmation présentée en comité ministériel d’investissement (CMI) le 18 septembre 2017. Soit un différentiel de 943 millions d’euros. Mais Christian Chabbert estime les besoins réels de MCO à 4,1 milliards d’euros par an sur la période 2018-2023. Ils « ne seraient pas couverts » par cette prévision.

En outre, en cas d’amélioration de la performance de la fonction MCO, une remontée d’activité pour atteindre les normes d’entraînement (normes OTAN) des équipages entraînera « mécaniquement une nouvelle hausse de l’entretien programmée du matériel (EPM) » note le rapport. Des éventuels surcoûts qui devraient s’ajouter à l’augmentation des dépenses d’EPM prévues ces prochaines années : surcoûts liés aux opérations extérieures (régénération des matériels), la chute d’activité qui doit être enrayée, montée en puissance des nouvelles flottes (Tigre, Caïman et A400M) dont le coût d’EPM est
supérieur à celui des flottes remplacées, maintien en activité de flottes anciennes dont le coût du MCO ne cesse d’augmenter (Alouette III, C160, Gazelle …), externalisation du soutien de certaines flottes (contrat FOMEDEC).  La partie est loin d’être gagnée par Florence Parly.

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/disponibilite-des-aeronefs-militaires-c-est-vraiment-tres-tres-alarmant-1-3-769078.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20180220

Syrieleaks : Un câble diplomatique dévoile la “stratégie occidentale”, par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 19-02-2018

Conférence sur la sécurité – Munich, 17 février.

Dans un anglais quelque peu familier mais précis, Benjamin Norman – diplomate en charge du dossier Proche et Moyen Orient à l’ambassade de Grande Bretagne à Washington – rend compte dans un Télégramme diplomatique confidentiel (TD)1 du 12 janvier 2018 de la première réunion du « Petit groupe américain sur la Syrie » (Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Arabie saoudite et Jordanie), qui s’est tenue à Washington le 11 janvier 2018.

Dans ce TD de cinq pages, il dévoile le détail de la « stratégie occidentale » en Syrie : partition du pays, sabotage de Sotchi, cadrage de la Turquie et instructions adressées au représentant spécial de l’ONU Staffan de Mistura qui dirige les négociations de Genève. Un Non Paper (de 8 pages) accompagne ce TD en prévision de la deuxième réunion du « Petit Groupe ». Celle-ci s’est tenue à Paris le 23 janvier dernier, essentiellement consacrée à l’usage des armes chimiques et aux « consignes » adressées par le « Petit Groupe américain » à Staffan de Mistura.

Assistaient à cette réunion du 11 janvier à Washington Hugh Cleary (chef du Département Proche et Moyen-Orient du Foreign Office) ; Jérôme Bonnafont (directeur ANMO/Afrique du Nord et Moyen-Orient au Quai d’Orsay) ; David Satterfield (Secrétaire d’Etat-adjoint américain chargé du Moyen-Orient) ; le Jordanien Nawaf Tell et le saoudien Jamal al-Aqeel. L’Américain a ouvert la séance en précisant qu’une deuxième réunion aurait lieu à Paris le 23 janvier.

David Satterfield a confirmé que le président Trump avait décidé de maintenir une importante présence militaire américaine en Syrie, malgré la victoire remportée contre l’« Organisation Etat islamique » (Dae’ch) ; le coût de ce maintien étant fixé à quatre milliards de dollars annuels. Il a précisé que cette présence militaire américaine devait prévenir toute résurgence de Dae’ch, mais surtout empêcher les « Iraniens de s’installer durablement et de s’imposer dans la recherche d’une solution politique ». En troisième lieu, il a insisté sur le fait que la première réunion du « Petit Groupe » devait aussi apporter un « appui matériel et politique important à Staffan de Mistura pour « consolider le processus de Genève ». L’ensemble des participants a accueilli très positivement cette mise au point afin de « réaliser des progrès substantiels en Syrie durant l’année 2018 » et de « répondre à la propagande d’une victoire russe ». Ensuite, les participants ont insisté sur le « désir russe d’aboutir à une solution politique » qu’il s’agissait d’utiliser pour rendre « plus opérationnels » les objectifs du « Petit Groupe ».

CONSOLIDER LE PROCESSUS DE GENEVE

Les Etats-Unis ont noté qu’ils ne participeraient plus aux réunions d’Astana, ayant réduit « leur participation à un niveau très bas, pour souligner leur engagement envers Genève » ; en des termes définitifs, il est décidé de « tirer un trait conceptuel sur Astana pour revenir à Genève ». Ils ont ensuite estimé que jusqu’à maintenant « Genève restait un échec, malgré les efforts de Staffan de Mistura ». Ils se sont montrés très prudents quant à l’inclusion du cessez-le-feu dans les discussions de Genève : « la vérité étant que nous n’avons tout simplement pas la capacité d’empêcher le régime de grignoter les poches de l’opposition restantes à Idlib et à l’Est de la Ghouta ».

Le TD fait état de grands progrès « réalisés par l’opposition au cours des derniers mois », en soulignant qu’elle « devra encore faire preuve d’une plus grande souplesse pour s’assurer que le Régime ne quitterait pas Genève (…) alors que les Américains n’apportent aucun soutien à l’hypothèse d’un gouvernement de transition tel que le prévoit la résolution 2254 (du Conseil de sécurité des Nations unies) ». Le texte ajoute qu’il « serait tout de même utile que l’opposition puisse cesser d’agiter cette hypothèse à tout bout de champ… » Il a été aussi convenu que « l’opposition devait faire preuve de plus de flexibilité et arrêter d’agiter l’épouvantail d’un gouvernement de transition », les Américains ajoutant que, sans changer d’objectif final quant à la partition de la Syrie et au départ de Bachar al-Assad, il fallait d’abord « rester en mouvement en procédant à « une manipulation prudente » de l’opposition.

Le représentant français – Jérôme Bonnafont – a posé le problème d’une éventuelle participation de Bachar al-Assad à de futures élections. David Satterfield a répondu que « l’objectif était de créer les conditions et des institutions qui permettraient des élections qu’Assad ne pourrait pas gagner ». Satterfield a ajouté « qu’il n’y avait pas de raison ‘flagrante’ pour empêcher Assad d’être candidat ». Dans ces conditions, il s’agissait surtout de tester les intentions de la Russie, notamment pour qu’elle arrive « à ce que le Régime soit amené à discuter d’une nouvelle Constitution, d’élections libres sous le contrôle des Nations unies et de la création d’un environnement susceptible de favoriser ces deux processus ». Accord sans restriction de tous les membres de la réunion du « Petit Groupe » pour « ne plus se satisfaire des propos mielleux de Lavrov, afin de mettre Moscou sous pression ». Pour Satterfield, il s’agit d’amener les Russes à lâcher Assad, « à travers des réunions du Conseil de sécurité et une large campagne de communication publique », estimant que la ré-élection annoncée de Vladimir Poutine fragilisait positivement la position russe…

SABOTER ET INSTRUMENTALISER SOTCHI

L’une des conclusions de cette première réunion du « Petit Groupe » est parfaitement claire : « revigorer Genève pour que Sotchi devienne hors de propos » ; la France réclamant plus de « transparence sur la position russe ». Mais il s’agit encore de ne pas s’opposer « frontalement » à Sotchi « présentant l’avantage de rassembler une part non négligeable de la société civile syrienne », pour en ramener les « apports les plus positifs à Genève, afin de renouveler et relancer ce format de Genève ».

Les Saoudiens ont mis en garde contre un « risque de fragmentation des différents groupes de l’opposition et demandé de l’aide afin de maintenir la cohésion de celle-ci ». Satterfield a rétorqué que leurs représentants devraient « s’engager davantage dans la recherche d’une solution politique plutôt que de profiter de salaires mirifiques et de longs séjours dans des hôtels agréables ». La France a appuyé cette remarque en insistant sur « la communication ». A cet égard, le TD britannique dresse le commentaire suivant : « malheureusement, la Cinquième République française n’a pas vocation à financer cet effort », les représentants britanniques rappelant « que la communication de l’opposition a été financée en premier lieu par… le Royaume-Uni ».

David Satterfield a, ensuite, expliqué que l’opposition turque aux « Unités de protection du peuple kurde (YPG) » empêchait les Kurdes de participer à Genève. Tout en comprenant la position d’Ankara, il a souligné « qu’on ne pouvait pas ignorer un groupe qui contrôlait le tiers de la Syrie (SIC) et qui avait pris la plus grande part à la lutte contre Dae’ch ». Il a expliqué que « les Américains cherchaient à établir un leadership multi-ethnique au nord-est de la Syrie afin de diluer l’hégémonie de l’ YPG ». Par contre, il s’agissait d’imposer les FDS (Forces démocratiques syriennes, majoritairement kurdes et sous contrôle américain) dans le processus de Genève.

Commentaire de l’auteur du TD : « je comprends que les Etats-Unis vont nommer William (Bill) Roebuck, leur ex-ambassadeur à Bahreïn, comme représentant spécial des FDS. Je vais suivre, mais cela vaut la peine de rappeler – selon les discussions séparées que nous avons eues, par exemple avec Fiona Hill – que les relations entre les Etats-Unis et la Turquie sont déjà mauvaises et ne risquent pas de s’améliorer. Par conséquent, les Américains ne sont pas les mieux placés pour faire – en solo – le gros boulot avec les FDS et Ankara ». L’objectif est clairement défini : « amener Staffan de Mistura à accepter à Genève une structure tripartite incorporant l’opposition, Assad et les FDS ».

Du reste, le secrétaire d’Etat adjoint indique qu’un « Non-Paper – Reviving the Syrian Political Track in Geneva– sera communiqué à Staffan de Mistura avant la réunion du 23 janvier à Paris, « afin de mettre les Russes au pied du mur ». Ce document comporte : « une Feuille de route politique, les éléments d’une réforme constitutionnelle, la structure onusienne de supervision des élections et les directives pour l’établissement d’un environnement pacifié ».

Pour leur part, les Jordaniens ont qualifié la session du « Petit Groupe » de « la réunion publique la plus secrète de tous les temps ». Et l’auteur du TD de conclure : « nous devons, pour le moment, garder un groupe constitué uniquement des Etats-Unis, de la Grande Bretagne, de la France, de l’Arabie saoudite et de la Jordanie. Les prochains à être invités devraient être l’Egypte et l’Allemagne (pour qui nous avons plaidé). La Turquie devrait également joindre le groupe, mais la discussion avec elle risque d’être empoisonnée par les Kurdes, ce qui rendra plus difficile la neutralisation d’Astana. Il n’y a donc pas urgence à intégrer ces trois derniers pays ».

COMMENTAIRES BELLICISTES

Les commentaires en conclusion de ce TD sont fort éloquents en ce qui concerne l’avenir de la stratégie occidentale en Syrie. Les trois conclusions essentielles soulignent « une vraie réaffirmation du leadership des Etats-Unis dans les coulisses… ». La deuxième perspective consiste à « maintenir la pression sur la Russie, même si celle-ci ne parvient pas à convaincre Moscou de lâcher le régime comme nous l’espérions ». Sur ce plan, « nous devons continuer – ce que nous faisons déjà – à dénoncer l’horrible situation humanitaire ainsi que la complicité russe dans la campagne de bombardements de cibles civiles ». Enfin, conclut l’auteur du TD, « les Américains m’ont dit combien ils avaient apprécié notre contribution et notre soutien ces derniers mois alors qu’ils étaient en train de finaliser leur stratégie ».

XXX

Voilà qui n’augure pas d’une prochaine sortie de crise en Syrie dans un contexte marquée par quatre évolutions majeures des plus préoccupantes. 1) Les Etats-Unis ont décidé de renforcer et de diversifier leur posture nucléaire. Le Pentagone vient d’annoncer qu’il va développer des armes nucléaires tactiques miniaturisées « pour s’adapter aux nouvelles menaces internationales ». Le président iranien Hassan Rohani a répondu : « comment quelqu’un peut-il parler de paix mondiale et en même temps annoncer qu’il développe de nouvelles armes nucléaires destinées à ses principaux ennemis ? »

2) Les ministres de la Défense de l’OTAN se sont entendus les 14 et 15 février derniers à Bruxelles sur les grandes lignes d’une nouvelle refonte des structures de commandement de l’Alliance Atlantique. Cette « adaptation – la plus grande depuis la fin de la Guerre froide », selon le secrétaire général Jens Stoltenberg, est proposée par les militaires américains. Elle vise à rendre l’Alliance plus efficace en cas de crise de haute intensité. En clair, il s’agit de « mieux dissuader et répondre aux nouvelles menaces venant de certains Etats, au premier rang desquels la Russie ».

3) Aux lendemains de la destruction d’un chasseur israélien dans l’espace aérien syrien et, alors que la police israélienne demande l’inculpation du premier ministre Benyamin Netanyahou pour corruption, Tel-Aviv accuse l’Iran de s’implanter en Syrie et menace de multiplier ses opérations militaires. Ce n’est pas la première fois que le premier ministre israélien – qui refuse de démissionner – utilise les regains de tension régionale pour consolider son pouvoir personnel et son alliance avec l’extrême-droite du pays.

4) Enfin, le soutien militaire de Washington aux Kurdes de Syrie continue à provoquer l’Ire d’Ankara. La crise de confiance est consommée et l’axe turco-américain est au bord de la rupture. Deuxième contingent de l’OTAN, l’armée turque a dû accompagner le tournant conservateur et anti-occidental après le putsch raté de juillet 2016. Mission vient d’être donnée à un général aux tendances conservatrices et islamistes de restructurer l’armée turque dégarnie par les purges.

En définitive, le TD britannique reflète parfaitement la stratégie occidentale en Syrie : saboter les efforts de paix de Sotchi, ajouter deux nouvelles guerres à la crise syrienne : celle des Turcs contre les Kurdes et celles des Israéliens contre l’Iran et le Hezbollah libanais. « Les Américains n’ont jamais admis leur défaite militaire en Syrie et ne veulent pas lâcher le morceau et surtout leur objectif stratégique principal », commente un haut diplomate français, « celui d’un démantèlement de la Syrie, du type de celui qui a été conduit en Irak et en Libye. Leur volonté est d’armer les Kurdes pour contrôler les régions pétrolières de l’Est syrien afin de pouvoir peser sur la reconstruction politique et économique du pays ». La paix n’est donc pas pour demain.

Richard Labévière

1 Benjamin Norman/Foreign and Security Policy – Middle East/British Embassy – 3100 Massachusetts Avenue, NW/Washington DC/20008/USA. Phone : 202 588 6547/FTN : 8430 6547. Email : Benjamin.norman@fco.gov.uk

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 19-02-2018

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3 réponses à Syrieleaks : Un câble diplomatique dévoile la “stratégie occidentale”, par Richard Labévière

  1. Christian Gedeon Le 21 février 2018 à 07h11

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    Si tout ce que je lis a effectivement été dit,c’est assez ahurissant. Et ça traduit surtout le desarroi de ce petit groupe,tres informel quand même semble t il. In fine on en revient toujours à la meme tentation de faire éclater les pays ,ce qui est une boîte de Pandore. Et je pense surtout que ce groupe ne pige toujours pas que Poutine se contrefout que la solution soit trouvée à Sotchi ,Astana ou au diable vauvert pour peu que cette solution garantisse l’intégrité de la Syrie et empêche la prise de pouvoir par les islamistes quelle que soit leur forme,car là est son véritable but. Genève? Pourquoi pas? Mais Genève passant sous les fourches caudines du projet global russe. Reste l’épineuse question iranienne,épineuse pour les russes aussi en vérité. Peut être le point qui accordera tout ce petit monde.

  2. Fritz Le 21 février 2018 à 07h19

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    Merci de dévoiler les projets de ces cinq États-voyous – dont la France fait partie, hélas…
    C’est consternant. Lundi, le placide et modéré Sergueï Lavrov a exigé la fermeture d’une base américaine en Syrie, qui permet aux djihadistes de reconstituer leurs forces. Rappelons que la “présence américaine en Syrie” est PARFAITEMENT ILLÉGALE, comme l’étaient l’agression et l’occupation américaine en Irak.

    Et là, il y a en face les Russes et les Iraniens, sans compter des Turcs qui se détachent de l’Empire, et un Netanyahu tenté par la fuite en avant pour échapper à une inculpation.

    Concernant l’OTAN, ce machin-truc qui ne s’est pas dissous contrairement au Kominform et au pacte de Varsovie, et qui a deux guerres à son passif (Serbie et Libye), George Kennan nous avait prévenus il y a vingt ans : son extension vers l’Est serait « une erreur tragique ».
    http://www.nytimes.com/1998/05/02/opinion/foreign-affairs-now-a-word-from-x.html

    Tout est réuni pour que ça dérape, définitivement. Si une Troisième Guerre mondiale éclate, nous autres Occidentaux l’aurons amplement méritée.

  3. caliban Le 21 février 2018 à 07h38

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    Ces gens ne sont pas faits comme nous, ils ne pourraient pas survivre dans l’air putride qu’ils respirent lors de ce genre de réunions. Partant de là, séparer la tête des épaules de ces cyborgs serait-il vraiment répréhensible ?

    Blague à part, merci pour ce document très instructif, qui nous apprend que ces gens ne raisonnent évidemment ni avec les sentiments et ni en tenant compte de l’expérience passée. Bref, raisonnent-ils vraiment ? Ne constituent-ils pas une sorte de fanatiques en col blanc ?

    https://www.les-crises.fr/syrieleaks-un-cable-diplomatique-devoile-la-strategie-occidentale-par-richard-labeviere/

Le désarroi des diplomates et militaires à la MSC 2018

Le désarroi des diplomates et militaires à la MSC 2018

Organisée par des Allemands, la Conférence sur la Sécurité de Munich, s’est transformée en forum mondial des ministres des Affaires étrangères et de la Défense. Chacun voulait anticiper l’évolution politique du moment, tandis que les organisateurs tentaient de faire avancer la cause de leur réarmement. En définitive, si les positions des uns et des autres ont été clarifiées, la question des nouvelles règles du jeu reste en suspens.

| Damas (Syrie)

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La Conférence sur la Sécurité de Munich est devenue au fil du temps la rencontre internationale la plus importante sur le sujet au monde. Créée dans le contexte de la Guerre froide par un noble ultra-conservateur, héros de la Résistance contre le nazisme, Ewald-Heinrich von Kleist-Schmenzin, elle a toujours eu un côté atlantiste et anti-communiste. Elle n’en reste pas moins un événement allemand et non pas une initiative états-unienne.

Fondée en 1963, elle réunissait alors une soixantaine de personnalités. Henry Kissinger, qui n’était alors qu’un espion et un universitaire, et Helmut Schmidt, alors simple député fédéral, y participèrent. Depuis 2009, sous l’impulsion de son nouveau président, le diplomate Wolfgang Ischinger, la conférence n’est plus un séminaire stratégique germano-US, ni même un forum européen, mais l’événement mondial en matière de Relations internationales et de Défense.

La Conférence 2018

L’édition 2018 rassemblait 682 hautes personnalités, dont une trentaine de chefs d’État et de gouvernement, une quarantaine de ministres des Affaires étrangères, une autre quarantaine de ministres de la Défense, et presque tous les patrons des services secrets occidentaux, sans compter les directeurs de think tanks et d’ONG humanitaires atlantiques, ou les journalistes bien-pensants  [1]. Depuis trois ans, un sommet des services secrets se tient discrètement en marge de la Conférence.

Le très haut niveau, sans aucun précédent, de cette rencontre s’explique par le désordre international actuel. Chacun a bien vu que le système unipolaire imposé par les États-Unis à partir de 1995 n’est plus. Pour autant, personne ne sait très bien ce qui va suivre.

La presse n’a retenu de cet événement que le show puéril de Benjamin Netanyahu et quelques phrases des uns et des autres. Les vrais enjeux étaient ailleurs.

L’affirmation de la puissance militaire allemande est-elle désormais possible ?

La puissance invitante, c’est-à-dire des Allemands à titre privé et non pas l’État fédéral, entendaient utiliser les participants pour faire avancer ses propres objectifs. Un document distribué à l’entrée, débute par deux articles. Celui de gauche, signé par le ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel, comprend cette phrase : « Il est ni imprudent, ni anti-américain, d’imaginer une Europe sans les États-Unis » [2]. Celui de droite, rédigé par la juriste Constanze Stelzenmüller, analyse les divergences entre le président Trump et ses principaux conseillers pour conclure par une mise en garde face à leurs développements possibles [3].

Juste avant que Berlin ne soit paralysé par l’absence de majorité parlementaire, le gouvernement fédéral réfléchissait à la possibilité d’investir massivement dans son armée et de prendre le contrôle de l’ensemble des armées européennes, française comprise [4]. Il s’agit d’utiliser l’Union européenne au moment où les États-Unis sont en crise pour affirmer au plan politique la puissance économique allemande. Mais comment se passer de la puissante armée britannique après le Brexit ? Comment gérer la force nucléaire française ? Et quelle marge de manœuvre les États-Unis sont-ils prêts à concéder à l’Allemagne ?

Le Premier ministre britannique, Theresa May, a répondu, en ce qui la concerne, que le Royaume-Uni entendait négocier un Traité de Défense avec l’Union européenne, une fois qu’il l’aurait quittée ; ce qui renvoie l’Allemagne à la vision que Winston Churchill en avait. L’Union européenne doit maintenir la stabilité à l’Ouest du continent, Londres sera toujours pour elle un allié solide, mais c’est le gouvernement de Sa Majesté qui fixera les objectifs communs et certainement ni Berlin, ni Paris.

Le Premier ministre français, Édouard Philippe, a dressé l’éloge de l’Europe de la Défense et affirmé que son pays consacrerait 2% de son PIB aux questions militaires en 2025. Capitalisant sur l’excellente communication du président Emmanuel Macron, il a manifesté son soutien aux ambitions allemandes tout en s’abstenant de répondre à la question concrète de la force de frappe. On n’est donc guère avancé : le tandem Macron-Philippe se réjouit du nouveau mécanisme de concertation européenne en matière d’industrie de Défense (le PESCO), mais n’a signé d’engagements concrets qu’avec Londres.

L’énorme délégation US s’est comportée comme imaginé dans le document préparatoire : Washington attache beaucoup d’importance à ses alliés pour renforcer sa crédibilité. Autant dire que l’affirmation de la puissance militaire allemande ne sera possible que tenue en laisse par le Pentagone.

L’Ukraine et la Crimée

Alors que l’Allemagne a voté les sanctions européennes contre la Russie, les membres de la MSC ne remettent pas en question la réunification de la Crimée à la Russie. Ils ne s’appuient pas sur l’exemple de la réunification allemande, car celle-ci ne s’est pas faite au détriment d’un autre État, mais sur leur propre initiative de reconnaître l’indépendance de la Slovénie, de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine contre la volonté de la Fédération yougoslave (actuelle Serbie) [5]. Ils analysent la crise ukrainienne en termes de tectonique des plaques. Pour eux, les forces qui se sont affrontées là-bas durant une vingtaine d’années ont abouti à ce divorce. Dès lors, la question du Donbass est celle de la délimitation des plaques. La réponse n’est pas la même selon que l’on observe l’Histoire longue ou courte.

Quoi qu’il en soit, la MSC considère les accords de Minsk II comme la seule solution de paix, mais elle ne les comprend pas de la même manière que Moscou, ce texte étant particulièrement imprécis.

Les Allemands ont été surpris par la proposition du président Vladimir Poutine de déployer une force de stabilisation des Nations unies au Donbass. Ils la comprennent comme chargée de faire respecter l’ordre de Kiev et donc, de désarmer la région tandis que le gouvernement ukrainien pourrait, lui, se préparer à un nouvel affrontement. Ce n’est évidemment pas le point de vue russe.

Une dizaine de personnalités ukrainiennes étaient présentes à Munich. Certes, le président Petro Poroschenko et ses alliés comme son ministre des affaires étrangères Pavlo Klimkin (ancien ambassadeur à Berlin) ou le maire de Kiev Vitali Klitschko (ex-champion du monde de boxe poids lourds WBO & WBC, « héros » du Maïdan). Également des leaders économiques comme Natalie Jaresco (une ex-employée du département d’État US, placée par Washington comme ministre des Finances) ou le patron de Naftogaz, Andriy Kobolyev, et les oligarques Viktor Pinchuk et Sherhiy Taruta. Mais ne faisant qu’une confiance très limitée à l’équipe actuellement au pouvoir, la MSC avait également invité Yulia Timoschenko, les députés Mustafa Nayyem (le déclencheur du Maïdan) et Svitlana Zalishchuk (US National Endowment for Democracy).

Dans une salle séparée, hors des regards, les représentants de la France, l’Allemagne, l’Union européenne et la Russie ont rencontré ceux de l’Ukraine. Rien n’a avancé et surtout pas l’idée d’un déploiement de Casques bleus.

Le Moyen-Orient vu par Berlin

L’Allemagne s’est considérablement investie dans le projet US au Moyen-Orient (stratégie de destruction des sociétés et des États conçue par l’amiral Arthur Cebrowski [6]), mais peu dans le projet états-uno-britannique des « printemps arabes ». Elle héberge et soutient depuis la Guerre froide plusieurs quartiers généraux des Frères musulmans, dont celui des Syriens à Aix-la-Chapelle. Elle a participé à l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri [7]. Elle a co-rédigé en 2012 le plan Feltman de capitulation totale et inconditionnelle de la Syrie [8]. Actuellement, Volker Perthes, le directeur de la Stiftung Wissenschaft und Politik, son think tank étatique, est conseiller de Jeffrey Feltman à l’Onu.

Depuis plusieurs années, les documents internes du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) sont des copiés-collés des notes de Volker Perthes pour le gouvernement allemand.

Volker Perthes était bien entendu présent à Munich [9] avec Jeffrey Feltman et leurs amis, Lakdhar Brahimi, Ramzi Ramzi, Steffan de Mistura, les généraux David Petraeus (le fond KKR était aussi représenté par Christian Ollig) et John Allen (Brookings Institution), ainsi que Nasser al-Hariri, le président de la Haute-Autorité pour les négociations (opposition syrienne pro-Saoudienne), Raed al-Saleh le directeur des Casques blancs (Al-Qaïda) et leurs sponsors qataris, dont l’émir Thamim.

Dans un article du document préparatoire de la Conférence [10], Volker Perthes assure que l’équilibre politique du Moyen-Orient vient de basculer. Mais il raisonne en s’appuyant sur ce qu’il souhaite et non pas sur ce qu’il voit. Il assure que le gouvernement de Damas est épuisé par la guerre alors qu’il vient de tendre un piège savant aux Israéliens et est parvenu à détruire un de leurs avions. Il évalue la rivalité saoudo-iranienne en croyant que Riyad est en position de force alors que le contre-coup de Palais s’organise depuis l’étranger. Il imagine que les Émirats vont aider l’Arabie saoudite contre Téhéran, alors qu’ils viennent d’imposer à Riyad la partition du Yémen et qu’ils tirent la richesse de Dubaï du contournement de l’embargo anti-iranien.

Les erreurs de Volker Perthes ont été prolongées par celles —volontaires— des trois patrons du BND allemand (Bruno Kahl), du MI6 britannique (Alex Younger) et de la DGSE française (Bernard Émié), qui ont expliqué dans une salle à part, devant un public choisi pour sa crédulité, leurs inquiétudes face à l’opération turque en Syrie. Les trois hommes ont feint de croire que les combattants du YPG sont les meilleurs remparts face à Daesh, alors qu’ils devaient former avec d’ex-daeshistes la Force de sécurité aux frontières et que, cette semaine, plusieurs officiers jihadistes ont été arrêtés par l’armée arabe syrienne en rejoignant Afrin mêlés aux combattants kurdes [11]. Certes, le métier de ces trois maîtres-espions est de savoir à qui ils doivent la vérité et à qui ils peuvent mentir. Continuant sur leur lancée, ils ont laissé entendre que l’armée arabe syrienne utilise des armes chimiques —profitant ainsi de l’absence dans la salle du secrétaire US à la Défense, Jim Mattis, qui avait souligné quelques jours plus tôt l’inexistence de preuve en la matière [12]—.

En définitive, avant de se réarmer massivement, l’Allemagne devrait choisir avec plus soin ses analystes de politique étrangère.

[1] « Liste des 682 participants à la Conférence sur la Sécurité de Munich 2018 », Réseau Voltaire, 18 février 2018.

[2] “Power boost. The EU must win the conflicts of the future”, Sigmar Gabriel, Security Times, February 2018.

[3] “Power outage. « America first » means America alone”, Constanze Stelzenmüller, Security Times, February 2018.

[4] « Ambitionierte Rahmennation : Deutschland in der Nato », Rainer L. Glatz, Martin Zapfe, SWP-Aktuell #62, août 2017.

[5] “Chain of secession”, Andreas Zumach, Security Times, February 2018.

[6] The Pentagon’s New Map, Thomas P. M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004. « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

[7] « Révélations sur l’assassinat de Rafiq Hariri », par Thierry Meyssan, Оdnako (Russie) , Réseau Voltaire, 29 novembre 2010.

[8] « L’Allemagne et l’Onu contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 28 janvier 2016.

[9] Sur les interventions de Volker Perthes à la Conférence 2017, lire : « Le détournement de la Conférence sur la Sécurité de Munich », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 21 février 2017.

[10] “Bismarck would blush. The political geometry of the Middle East has been redrawn in the last year”, Volker Perthes, Security Times, February 2018.

[11] Un accord a été conclu entre le YPG et les autorités syriennes. Les combattants kurdes ont été autorisés à traverser les zones contrôlées par l’armée arabe syrienne pour rejoindre leurs « frères » à Afrin et y lutter contre l’armée turque. Mais cet accord n’est valable que pour les anarchistes kurdes, pas pour les jihadistes étrangers.

[12] « Jim Mattis réfute les « Fake News » d’Israël et de l’Otan », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 14 février 2018.

http://www.voltairenet.org/article199739.html

Les milices pro-Damas sont entrées dans l’enclave kurde d’Afrin, la Turquie ouvre le feu (VIDEOS)

Les milices pro-Damas sont entrées dans l’enclave kurde d’Afrin, la Turquie ouvre le feu (VIDEOS)

Les milices pro-Damas sont entrées dans l'enclave kurde d'Afrin, la Turquie ouvre le feu (VIDEOS)
Convoi de miliciens pro-Damas à Afrin le 20 février 2018, photo ©RT Arabic stringer

La télévision syrienne a diffusé des images d’un convoi de combattants pro-gouvernementaux pénétrant dans la région d’Afrin, dans le nord de la Syrie. Les Forces démocratiques syriennes et les YPG kurdes font face à une offensive turque d’ampleur.

D’après la télévision publique syrienne et Reuters, des miliciens pro-Damas ont pénétré ce 20 février dans l’enclave d’Afrin, tenues par les Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition arabo-kurde dirigée par les Unités de protection du peuple (YPG), entité considérée comme terroriste par la Turquie.

Selon l’agence de presse syrienne Sana, les forces turques ont immédiatement bombardé les combattants pro-Damas. Des médias publics turcs cités par Reuters affirment que ceux-ci auraient alors battu en retraite, une information qui n’a pas été confirmée.

Les YPG ont publié un communiqué, cité par l’AFP, confirmant que le gouvernement syrien avait envoyé des «unités militaires» à Afrin afin de «prendre position à la frontière et participer à la défense de l’unité territoriale de la Syrie et de ses frontières».

Les miliciens kurdes confrontés à l’opération massive «Rameau d’olivier» contre l’enclave d’Afrin déclenchée le 20 janvier dernier par Ankara, avec le concours des combattants de l’Armée syrienne libre (ASL), en avaient appelé à Damas et à l’Armée arabe syrienne. Les YPG ont salué ce même jour l’arrivée des milices syriennes, affirmant que Damas avait répondu à leur appel.

Mais, plutôt qu’un déploiement de l’armée régulière, il s’agit ici de milices, qualifiées de «forces populaires» par l’agence officielle syrienne Sana. «[Celles-ci] arrivent pour soutenir les habitants contre l’attaque du régime turc», poursuit Sana. Selon le journaliste spécialiste du conflit syrien Georges Malbrunot, ces milices seraient composées de «supplétifs syriens, irakiens ou libanais» et compteraient quelque 4 000 combattants.

Une Syrie unie

D’après Reuters qui cite la télévision syrienne, les combattants sont entrés dans Afrin au slogan de «Une Syrie unie !». «Nous sommes venus pour dire à notre peuple que nous sommes un», a lancé un milicien pro-Damas.

Affrontement direct entre la Syrie et la Turquie ?

Ce même jour, avant l’entrée des forces pro-syriennes à Afrin, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait accéléré le tempo et annoncé : «Dans les prochains jours et de façon beaucoup plus rapide, le siège du centre de la ville d’Afrin va commencer.»

La Turquie avait clairement menacé le gouvernement syrien d’une confrontation dans le cas où elle interviendrait aux côtés des milices kurdes, elles-mêmes appuyées par les Etats-Unis, dans la région syrienne d’Afrin, où la situation devient chaque jour plus embrouillée et explosive.

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu avait solennellement mis en garde les autorités syriennes le 19 février. «Si le régime [syrien] entre dans la région d’Afrin pour la débarrasser du PKK, des YPG, il n’y a pas de problème», avait-il commencé, cité par l’agence officielle turque Anadolu, avant de poursuivre : «S’ils viennent pour protéger les YPG, alors personne ne pourra arrêter la Turquie et les soldats turcs.»

Après une première opération «Bouclier de l’Euphrate» d’août 2016 à mars 2017, la Turquie a lancé le 20 janvier 2018 celle du «Rameau d’olivier» en territoire syrien, avec le même but : contenir les Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition arabo-kurde dominée par les YPG kurdes, et empêcher la formation de tout ce qui pourrait ressembler à un territoire administré par des Kurdes à sa frontière.

Lire aussi : «Personne ne pourra arrêter la Turquie» : Ankara menace Damas si elle soutient les Kurdes à Afrin

https://francais.rt.com/international/48207-television-syrienne-annonce-entree-milices-afrin

Le Rapport d’évaluation du dispositif nucléaire des États-Unis : le monde est notre ennemi

Le Rapport d’évaluation du dispositif nucléaire des États-Unis : le monde est notre ennemi


Par Christopher Black – Le 8 février 2018 – Source New Eastern Outlook

Le monde est notre ennemi et nous nous réservons le droit d’en détruire tout ou partie à notre discrétion. C’est l’essence du Rapport d’évaluation du dispositif nucléaire des États-Unis récemment publié ; le document d’une entreprise criminelle axée sur la domination mondiale qui décrit comment l’utilisation de nouvelles armes nucléaires, « plus flexibles » parviendra à cette domination.

La clé de leurs intentions est contenue dans une phrase, à la page 22 du document, où ils déclarent :

« Pour aider à préserver la dissuasion et l’assurance des alliés et des partenaires, les États-Unis n’ont jamais adopté une politique de ‘non-utilisation en premier’ et, compte tenu des menaces actuelles, une telle politique n’est pas justifiée aujourd’hui. La politique des États-Unis reste celle de conserver une certaine ambiguïté concernant les circonstances précises qui pourraient mener à une réponse nucléaire de leur part. »

En d’autres termes, ils disent :

« Nous vous laisserons deviner quand et contre qui nous les utiliserons. Nous conserverons notre rôle de plus grand État terroriste en maintenant constamment l’épée de Damoclès nucléaire au-dessus de la tête des peuples du monde pour être sûrs que le monde agit dans le sens de nos intérêts. »

L’épée nucléaire américaine qu’ils sont en train de fabriquer sera affûtée avec des armes atomiques plus petites, plus utilisables sur le champ de bataille sur terre, sur mer et dans les airs. Mais alors que jusqu’à présent les armes nucléaires étaient considérées comme une catégorie spécifique d’armes dont l’usage signifie la mort de dizaines ou de centaines de milliers de gens, considérées comme immorales et illégales par le droit international, elles sont aujourd’hui considérées par les Américains comme une sorte d’armes conventionnelles, une partie de leur système d’armement conventionnel. Cela fait croître le risque que leur usage passe d’une possibilité à une certitude car ils menacent de les utiliser contre toute situation qui, de leur point de vue, l’exige même si c’est un scénario de guerre conventionnel. Donc si les Américains organisent une attaque russe contre les États baltes et prétendent que leurs forces sont trop faibles pour la stopper, ils utiliseront des armes nucléaires sur les vraies cibles pour lesquelles l’attaque mise en scène était le prétexte. Des millions de gens mourront.

L’épée nucléaire continue à être brandie très dangereusement au-dessus des peuples de la Russie, de la Chine, de la Corée du Nord et de l’Iran, décrits par les fantasmes du Pentagone comme « provoquant » les États-Unis quand ce sont les États-Unis qui les provoquent. La guerre nucléaire menace ces quatre pays simplement parce qu’ils ont réagi à l’agression et aux menaces américaines et qu’ils essaient de se défendre.

La vision américaine de son rôle dans le Traité de non-prolifération nucléaire, telle qu’elle est exprimée dans cette nouvelle posture politique à la toute fin du document − dans un bref passage pour tromper les idiots qui recherchent la paix − est celle d’un flic mondial autorisé par droit divin à user des armes nucléaires tout en les déniant à tous les autres.

Ils répètent les mensonges selon lesquels la Russie a violé divers traités sur les armes nucléaires et commis des actes d’agression et que la Corée du Nord viole le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires alors qu’elle n’en fait plus partie. La Chine est accusée de violations semblables et d’agression dans la mer de Chine du Sud tandis que l’Iran est accusé d’être sur le pont de violer ses engagements de ne pas construire d’armes nucléaires. Tous ces pays sont décrits comme « révisionnistes » ; « agresseurs » ; « menaces pour l’ordre mondial » ou, lorsqu’une certaine honnêteté s’y glisse, comme une menace pour les intérêts américains, ce qui signifie une menace pour la tyrannie américaine sur le monde. Mais les États-nations ne sont pas les seuls déclencheurs possibles de leur « solution finale ».

Ils vont même jusqu’à déclarer leur intention d’utiliser des armes nucléaires sur tout État qui fournit une arme nucléaire à un groupe « terroriste ». Le document déclare à la page 67

« Les États-Unis tiendront pour pleinement responsable tout État, groupe terroriste ou autre acteur non étatique qui soutient ou permet à des terroristes d’obtenir ou d’utiliser des dispositifs nucléaires. Bien que le rôle des armes nucléaires étasuniennes dans la lutte contre le terrorisme nucléaire soit limité, pour une dissuasion efficace, nos ennemis doivent comprendre qu’une attaque terroriste contre les États-Unis ou leurs alliés et partenaires serait qualifiée de ‘circonstances extrêmes’ dans lesquelles les États-Unis pourraient envisager la ‘forme ultime de représailles’. »

Comme nous savons que les États-Unis ont utilisé des opérations sous fausse bannière comme prétextes pour leurs agressions, c’est une position très dangereuse car elle signifie qu’ils pourraient tout simplement accuser la Corée du Nord de fournir des armes nucléaires ou des éléments de ces armes à un groupe quelconque et s’en servir comme prétexte et comme justification pour lancer une attaque nucléaire sur la Corée du Nord.

Il n’y a pas une once de réalité dans tout le document, aucun aveu que le monde s’arme contre eux parce qu’ils ont attaqué ou menacé à peu près tous les pays dans le monde depuis qu’ils sont arrivés au pouvoir sur le sang de millions d’indigènes morts et leurs premières guerres de conquête. Il n’y a pas un seul mot sur leurs attaques nucléaires sur le Japon, leur attaque sur la Corée ; le Vietnam ; Grenade ; l’Amérique centrale et du Sud ; l’Irak ; la Syrie ; le Liban ; le Rwanda ; le Congo ; la Yougoslavie ; l’Afghanistan ; la Chine ; le Venezuela ; le renversement du gouvernement de l’Ukraine ; le soutien de fascistes partout et, bon, je peux continuer et faire la liste de leurs crimes contre des nations, des peuples, des sociétés et des cultures du monde entier, mais je risquerais de fatiguer à la fois moi-même et le lecteur.

Comme l’a relevé Jan Oberg, président de la Fondation transnationale pour la recherche sur la paix et le futur en Suède, les médias occidentaux ont gardé un silence criminel sur ce document « des plus dangereux » incapables d’en faire l’éloge et inquiets de le critiquer, ou ayant reçu l’ordre de ne pas le faire, se rendant ainsi complices des projets criminels des États-Unis et de leurs alliés. Seule la BBC a mis en ligne un article sur les condamnations de la menace américaine par la Chine, la Russie et l’Iran mais, pour en réduire l’effet, elle a mis leurs mots entre guillemets.

La Chine a déclaré qu’elle s’opposait fermement à cette politique et qu’elle refusait que la Chine soit qualifiée de menace nucléaire et a clairement indiqué que cette politique américaine est une négation du Traité de non-prolifération nucléaire. Le ministre russe des Affaires étrangères a déclaré à juste titre que les États-Unis étaient bellicistes et qu’il prendrait les mesures nécessaires pour contrer la menace. L’Iran a aussi déclaré que cette politique était une violation du droit international. Mais c’est peut-être le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel qui a fait la déclaration la plus forte :

« La nouvelle posture nucléaire du gouvernement des États-Unis montre que la spirale d’une nouvelle course aux armements est déjà en cours. Comme aux jours de la Guerre froide, cela constitue une menace grave pour nous en Europe. Au lieu de nouveaux systèmes d’armements, nous avons besoin de nouvelles initiatives de désarmement. »

Mais les Allemands, les Français et les Britanniques en ont de plus en plus assez des politiques américaines. Le ministre allemand des Affaires étrangères a appelé l’Allemagne à adopter une politique étrangère plus agressive et a déclaré que l’Europe doit projeter sa propre puissance (sous contrôle allemand), que les Américains s’éloignent de l’Europe et s’isolent, qu’ils sont vus aujourd’hui comme des rivaux économiques plutôt que comme des partenaires et, par conséquent, qu’ils ne sont plus considérés comme un partenaire de sécurité fiable et représentent au contraire un danger pour l’Europe prise entre les États-Unis et la Russie.

Le président Trump a dit, comme s’il était inconscient de tout cela et avec tout le charme de Mack The Knife, que le fait que les Américains soient prêts à utiliser de nouvelles armes nucléaires, plus petites, garantirait que d’autres ne les utilisent pas. Autrement dit que la préparation des Américains à la guerre mondiale nous apportera à tous le miracle de la paix mondiale, évidemment tant que les autres nations du monde font exactement ce qu’on leur dit.

Mais, pour citer John Galtung, l’éminent professeur des Études pour la paix à Oslo :

« Une raison très importante d’interdire les armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive est qu’elles élèvent le seuil de ce qui est acceptable. On défend souvent une guerre conventionnelle en disant qu’elle ne sera pas nucléaire. Le cadre juridique international pour la guerre est déjà une victime des armes nucléaire et ne peut retrouver sa validité qu’en interdisant cette insulte à l’humanité. »

Nous constatons déjà que le Dr Galtung a raison car la réaction des pays menacés est bien sûr de ne pas plier mais de résister et de renforcer leurs propres systèmes d’armement nucléaire et de modifier leurs politiques de recours à ces armes pour égaler celle des Américains. Le monde est au bord du précipice de la catastrophe ultime.

Comme disait Albert Einstein en 1950 : « Il est impossible de parvenir à la paix tant que toutes les actions sont entreprises en vue d’un possible futur conflit. La concurrence des armements n’est pas une manière d’empêcher la guerre. Chaque pas dans cette direction nous rapproche de la catastrophe. La course aux armements est la pire manière d’empêcher un conflit ouvert. Au contraire, on ne peut atteindre une paix véritable sans un désarmement systématique à l’échelle supranationale. Je répète, l’armement ne protège pas de la guerre mais y conduit inévitablement. »

Mais ceci a été dit lorsque j’étais enfant et nous sommes dans une situation pire que jamais auparavant. Le 25 janvier, le Bulletin des savants atomiques a avancé sa pendule du Jugement dernier de minuit moins deux minutes et demie à minuit moins deux minutes en raison de leurs préoccupations par rapport à la menace de guerre nucléaire, au changement climatique et aux technologies utilisées par les gouvernements contre leurs citoyens. C’était avant la publication de la nouvelle doctrine nucléaire américaine, qui nous place encore plus près de minuit. Et pourtant, même eux reprennent la rhétorique et la propagande du gouvernement américain dans leur déclaration sur l’agression russe et la prétendue menace de la Corée du Nord. Où est donc l’espoir lorsque la vérité est occultée et la réalité mise la tête en bas même par ceux qui nous avertissent de la situation difficile où nous sommes ?

C’est un monde terrible que celui dans lequel nous vivons et il ne changera pas tant que nous ne le changerons pas. La dernière fois, j’ai écrit une Lettre ouverte à la Cour pénale internationale, en demandant au procureur d’ouvrir un dossier sur le leadership des États-Unis et de leurs alliés dans la conspiration pour commettre un génocide contre le peuple de Corée. La publication de ce document peut être considérée comme la preuve d’une conspiration visant à commettre un génocide instantané contre la population mondiale tout entière. C’est la manière de gangster des Américains de nous dire à tous : « Faites ce qu’on vous dit ou vous êtes foutus. »

Il est grand temps de se lever, de résister, de descendre dans les rues, de faire entendre notre voix, de ne pas rester dans l’ombre, pleurant sur notre sort alors qu’il y a une manière de gagner la lutte pour le désarmement, pour la paix, pour mettre la puissance sous notre contrôle, nous faisons tous le travail après tout, pourquoi pas ? Si nous avançons dans la lumière, nous pouvons voir la réalité des choses, si nous passons à l’action ; parce que si nous ne le faisons pas, alors – pour citer les paroles de Mack The Knife, mentionnées plus haut, écrites par Bertolt Brecht,

« Les uns sont dans le noir
Et les autres sont dans la lumière
Mais on ne voit que ceux dans la lumière
Et pas ceux qui sont dans le noir. »

[Traduction d’après les paroles originales en allemand]

Christopher Black

Liens

Le site Dedefensa a publié une note complète sur Sigmar Gabriel et son rôle dans l’espace politique allemand qui complète la citation de l’auteur.

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-rapport-devaluation-du-dispositif-nucleaire-des-etats-unis-le-monde-est-notre-ennemi

 

Réveillons-nous, ils sont devenus fous !

Syrie

Réveillons-nous, ils sont devenus fous !

Michel Raimbaud


Michel Raimbaud

Lundi 19 février 2018

Depuis maintenant sept ans, la Syrie est en guerre. Ce pays aimable, tolérant, hautement civilisé que même ses détracteurs ne pouvaient s’empêcher de trouver beau et attachant est d’ores et déjà confronté à un formidable défi, celui de l’après-guerre. Les assaillants barbares venus de cent pays, atlantistes comme islamistes, se sont acharnés à vouloir en détruire les richesses, les infrastructures, les capacités, les monuments, les beautés naturelles afin de le rayer de la carte. Ils ont aussi et surtout tenté de broyer le peuple syrien, d’effacer sa mémoire et son identité afin de l’anéantir.

Avec la complicité d’une soi-disant « communauté internationale » en trompe-l’œil, ils s’emploient maintenant à le priver, autant qu’il sera possible, de toute perspective d’avenir, en lui volant ses droits imprescriptibles : disposer de lui-même, décider, sans ingérence étrangère, de son destin et de son régime politique. Sans pudeur et sans vergogne, les mêmes assaillants ne cachent pas leurs velléités de replacer l’avenir, notamment constitutionnel, de la Syrie sous « tutelle onusienne », c’est-à-dire sous mandat, autant dire sous le joug colonial.

Afin d’effacer l’empreinte géographique d’une Syrie mère de la civilisation (y compris la nôtre), peut-il y avoir un moyen plus efficace que de disperser un peuple et surtout de briser un Etat qui a commis le crime de lèse-majesté ? En effet, au final, l’entreprise est destinée à faire de ce qui fut jadis une grande Syrie un archipel de mini-entités, et de son peuple une mosaïque tribalisée ayant vocation à être vaporisée en une vaste diaspora : dans une première approche, ce crime inqualifiable mérite la double qualification de « politicide » – la dissolution d’un Etat qui dérange – et d’ethnocide – l’anéantissement d’un peuple qui résiste.

C’est ce qui est inscrit dans le « grand dessein » néoconservateur. Ce dernier, notons-le au passage, reviendrait à infliger à la Syrie le destin réservé depuis 70 ans à la Palestine, pan de terre volé sous l’égide du colonialisme triomphant. Le sort des Syriens pourrait alors ressembler à celui des Palestiniens, irrémédiablement spoliés au nom d’une « mission divine ». Le sinistre destin des peuples amérindiens, éliminés de l’histoire, est là pour rappeler de quoi sont capables les colons venus d’ailleurs.

Les dégâts sont immenses, se chiffrant en centaines de milliards de dollars, auquel il conviendrait d’ajouter – mais c’est leur problème – les millions, billions ou trillions dépensés par les « puissances » assaillantes pour conduire leurs batailles « pour la démocratisation ».

Il ne sert à rien d’invoquer les valeurs de la morale, naturelle ou religieuse, le droit international et la légalité onusienne, voire la simple décence, face à des agresseurs sans foi ni loi. On ne peut attendre d’Etats qui s’érigent en gendarmes de la planète tout en se comportant comme des régimes voyous une quelconque logique. Il est paradoxal, après tout ce temps, ces horreurs, ces massacres, ces actes de sauvagerie, cette barbarie, que l’on trouve encore dans le grand Occident « démocratique » tant de défenseurs de l’indéfendable, tant d’admirateurs des djihadistes présentés comme démocrates ou « modérés ». Les intellectuels sont piégés par leur aveuglement initial, les médias sont plombés par l’omerta, les politiques sont otages de leur doxa néoconservatrice, dans l’Hexagone comme dans tout le monde judéo-chrétien.

Pourquoi un tel acharnement, une telle obstination dans le mensonge ? C’est que la Syrie est depuis longtemps dans le collimateur de l’Amérique, de la Grande-Bretagne et d’Israël. La Syrie historique est le centre de gravité du Proche-Orient, le lieu de naissance des trois religions révélées, le cœur battant de l’arabisme, symbole de l’islam moderne et tolérant, siège des premiers califes : un héritage très lourd à assumer, mais qui a assuré à ce « phare de l’Orient » un prestige indéniable auprès des Arabes et une aura de sympathie chez les Musulmans.

Tolérante, multiconfessionnelle, moderne, républicaine, forte de son identité et de sa conscience historique, elle représente ce que les extrémistes de tout bord exècrent par-dessus tout.

Depuis son indépendance et la création d’Israël, la Syrie n’a cessé d’apporter un soutien indéfectible à la cause palestinienne et est toujours apparue comme un Etat rebelle à l’ordre israélo-atlantique. Face au délabrement du monde arabe, la Syrie s’est inscrite dans l’axe de la résistance et elle résiste. Son armée nationale a tenu le coup seule contre tous durant quatre ans, puis, aidée de ses alliés, a entamé la reconquête, s’affirmant au passage comme le principal artisan de l’éradication de Da’esh, malgré les mensonges et prétentions des usurpateurs fanfarons. L’Etat syrien contrôle désormais les quatre cinquièmes du territoire national, ayant mis en échec, par sa résilience, les plans des agresseurs.

Pour ceux-ci, la Syrie de 2018, après tant de batailles et tant d’essais non transformés, constitue une réalité impensable et intolérable. Il faut donc la faire disparaître de la carte, ne serait-ce qu’en l’ignorant. Il convient pour cela de délégitimer l’Etat, présenté systématiquement comme un « régime », ses institutions, sa constitution, son gouvernement, diaboliser son Président, ignorer les volontés de son peuple, les succès de son armée en les attribuant à ses alliés, voire à ses ennemis.

Il faut dénier au Président et à son entourage tout pouvoir, tout rôle à venir, tout droit de véto, et faire en sorte qu’il ne puisse y avoir de solution politique « syrienne » issue d’un dialogue national, sous l’égide de ses alliés et de ses amis. Il faut au contraire que son sort soit décidé par ses ennemis, par la « communauté internationale » aux aguets, par trois Etats représentant 470 millions de personnes soit 6 à 7% de l’humanité, lesquels pestent de ne plus pouvoir imposer leur loi au Conseil de Sécurité

Décidément, le monde est tombé sur la tête puisqu’il n’y a plus de légalité internationale, plus de respect du droit onusien, censé être la bible des diplomates. Les faux gendarmes du monde qui en sont les fauteurs de désordre, les cambrioleurs qui crient au vol, les violeurs de la légalité qui crient au viol, les agresseurs qui s’indignent des agressions de l’armée syrienne, les pratiquants d’ingérences illégales qui s’indignent de l’intervention légale des alliés et partenaires de l’Etat, tout ce beau monde s’agite et manœuvre au grand jour.

Exit les comparses et les forces écran, voilà que les commanditaires et les parrains véritables ont jeté le masque et s’emploient à réaliser ouvertement ce qu’ils ont échoué à faire par procuration durant sept ans. Israël au Sud, l’Amérique et ses affidés européens au nord–est en appui des forces kurdes portées aux nues, la Turquie au nord-ouest contre les projets des Kurdes et tous contre Bachar al-Assad. Le prétexte de la lutte contre Da’esh et le terrorisme apparaît maintenant pour ce qu’il était, une fumisterie que défendent les ennemis de la Syrie légale et à laquelle ne croient plus que les imbéciles.

Jean-Yves Le Drian exige (sic) « le retrait de tous ceux qui n’ont rien à faire en Syrie ». Il ose. Devinez qui sont pour lui ceux qui n’ont rien à faire en Syrie ? Oui, vous avez gagné : l’Iran, le nouveau diable à la mode, le Hezbollah terreur d’Israël, la Russie, les forces « chiites » d’Irak.

Vous savez donc quels sont les pays qui ont à y faire : les trois obsédés du bombardement humanitaire, ceux qui possèdent des armes de destruction massive, violent systématiquement le droit international, soutiennent le terrorisme quand ils ne l’ont pas créé, ceux qui souhaitent piller tranquillement les ressources pétrolières et gazières de la Syrie et de la région : en d’autres mots, l’Amérique et ses fidèles. Pour faire bon poids bonne mesure, ajoutons Israël, ami des « révolutions arabes » qui détruisent les Etats du même nom, la Saoudie, grande démocratie devant l’éternel et spécialiste en constitutions, en droits de l’homme et de la femme, et en tolérance religieuse, la Turquie membre éminent de l’OTAN, ennemie des turcs des montagnes, mais amie des séparatistes kurdes de Syrie ou d’Irak et soutien des djihadistes, le Qatar à condition qu’il continue à acheter tout et n’importe quoi dans notre pays en difficulté.

Pour le reste, la Syrie a tenu bon pendant de longues années, son armée est capable de soutenir les assauts d’Israël et d’abattre les avions qui l’attaquent. Elle est solidement ancrée dans un axe de la résistance résolu et bien coordonné, soutenue par des alliés fiables, à commencer par la Russie. La Syrie n’est pas un figurant, elle est au centre d’une guerre globale. Combien d’Etats auraient résisté comme elle l’a fait ?

Messieurs les « amis de la Syrie », ennemis de son « régime » et de son Président, vous avez maintenu la fiction d’un soulèvement populaire contre un « tyran massacreur ». En quoi cela vous regarde-t-il ? Vous avez d’ailleurs tout faux et le savez bien puisqu’en réalité le pays qui vous obsède est avant tout victime d’une guerre d’agression qui met en danger son existence.

L’Etat syrien a sûrement le droit de piloter les négociations qui décideront de son avenir et de récuser toute ingérence des agresseurs. Il a le droit de refuser vos ingérences, vos plans de partition et vos projets tordus. Les guerres de Syrie sont depuis belle lurette les composantes d’une guerre universelle en passe de devenir « mondiale ». Si cette agression regarde la « communauté internationale », c’est selon les critères du droit international, codifiés par la Charte des Nations-Unies, qu’elle doit être considérée… Là, on comprendra très bien que cette approche, la seule envisageable, vous pose un léger problème. Ce problème n’est pas celui du pays agressé. Il est celui de l’agresseur que vous êtes et qui traite la Syrie comme un « pays ouvert » à toutes les aventures et à toutes les entreprises hostiles.

Messieurs les agresseurs, n’oubliez jamais que votre présence en Syrie est illégitime et illégale, y compris s’agissant de vos barbouzes, de vos conseillers spéciaux ou de vos forces-au-sol. Et s’il y a une présence légitime par excellence, ce n’est pas la vôtre, c’est celle de l’Etat syrien, celle des alliés et partenaires du gouvernement de Bachar al-Assad, dont vous exigiez le départ. S’il y a un retrait qu’impose le respect du droit international, c’est celui des pays qui n’ont rien à faire en Syrie, vos pays.

Michel Raimbaud
Ancien ambassadeur
Professeur et conférencier

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.michel_raimbaud.190218.htm

Confusion entre masse monétaire et liquidités : le grand méli-mélo

Confusion entre masse monétaire et liquidités : le grand méli-mélo

Olivier-Passet-OPA-Confusion-entre-masse-monetaire-et-liquidites-le-grand-meli-melo

3745591Olivier Passet

21/02/201804:50

Nous vivons dans un monde hyper liquide. C’est une sorte d’évidence. Les banques centrales américaines, européennes et japonaises ont fait exploser leur bilan à partir d’août 2008, moment où les politiques de Quantitative Easing commençaient à imprimer leur marque. Les achats massifs de titres de dettes aux acteurs financiers ont multiplié par près de cinq les encours d’actifs de la FED et de la Banque du Japon, et par plus de trois ceux de la BCE. C’est énorme.

Par cette politique de rachats, elles ont directement alimenté en cash les banques de second rang. Elles ont gonflé ce que l’on appelle la base monétaire, qui est constituée des pièces et billets et des avoirs monétaires des banques auprès de leur banque centrale. Et cette base monétaire, c’est la matière première du crédit. Les banques sont supposées produire du crédit au prorata de cette liquidité première : la variation de la masse monétaire M est égale à k fois la variation de la base monétaire. C’est ce que l’on appelle le multiplicateur monétaire dans nos manuels, qui suggère une relation stable entre la base monétaire et la quantité de monnaie détenue dans une économie.

Le quantitative easing n’a pas augmenté la masse monétaire…

 

Dans cette représentation simplifiée, la liquidité qu’ont injectée les banques centrales auprès du système bancaire doit se retrouver dans l’économie, dans le système de poupées russes de la masse monétaire pour ceux qui s’en souviennent : M1, M2, M3, etc. C’est-à-dire dans les différents périmètres de la monnaie, qui englobe des pièces, billets et dépôts à vue détenus par les agents économiques, dans son acception la plus étroite ; et les dépôts à terme, livrets et divers produits négociables, dans son acception plus large. La mécanique qui fait que la base monétaire se diffuse aux agents non bancaire, c’est le crédit.

Regardons néanmoins ce qui s’est passé avec le Quantitative Easing, aux États-Unis notamment. La base monétaire a bien explosé depuis la crise, dans des proportions qui sont en ligne avec ce que l’on sait de l’ampleur des injections de la FED. En revanche, du côté de M1 et M2, il est clair que le pronostic du multiplicateur est déjoué. La monnaie banque centrale est essentiellement restée piégée dans le système bancaire. En première analyse, le QE n’a pas induit une explosion de la quantité de monnaie en circulation. On le voit clairement lorsque l’on présente M2 en croissance sur un an.

…Mais il a augmenté la liquidité des marchés

 

Dire que le QE n’a pas agi sur la liquidité de l’économie est cependant erroné. Et c’est là qu’il faut s’attarder sur la polysémie du terme liquidité. La liquidité, c’est certes la quantité de monnaie disponible dans une économie. Mais qu’est-ce que la monnaie dans des économies qui n’ont eu de cesse de créer des produits toujours plus négociables, que l’on peut titriser, ou que l’on peut utiliser comme collatéraux pour ouvrir des lignes de crédit ? Si les effets de richesse augmentent la consommation, c’est précisément que la richesse se transforme facilement en instrument de transaction et a le pouvoir d’agir sur la capacité d’achat des agents.

 

Ce qui a véritablement augmenté dans nos économies, c’est ce que l’on appelle la liquidité de marché, c’est-à-dire la capacité à acheter ou à vendre rapidement les actifs qui y sont cotés sans que cela n’ait d’effet majeur sur leur prix.

Or cette liquidité-là varie au cours du temps. Elle est affaire de confiance. Dans les phases ascendantes du cycle, tout actif paraît liquide. Le périmètre de la liquidité s’étend, ce qui participe à l’emballement la machine économique. L’inflation ne se loge pas alors sur le marché des biens et services, mais sur le marché des actifs. 

 

Cette liquidité peut disparaître du jour au lendemain. Lorsque la défiance se répand, la machine est rapidement mise en péril par une crise d’illiquidité, qui menace de bloquer l’ensemble des transactions.

 

De ce point de vue, le QE a bien eu un impact sur la liquidité. Non pas sur la masse monétaire, mais sur la liquidité des marchés, y compris le marché monétaire. Il a servi à pallier une perte brutale de liquidité des marchés, ce qui rend son effet a posteriori en partie invisible.

Mots clés : Economie, Banque, Quantitative easing, Economie mondiale, liquidité, marchés monétaires, liquidité des marchés

http://www.xerficanal-economie.com/ensavoirplus/Olivier-Passet-Confusion-entre-masse-monetaire-et-liquidites-le-grand-meli-melo_i3745591.html

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Le Conseil d’Etat refuse de suspendre la circulaire Collomb qui recense les migrants dans les centres d’accueil d’urgence

Le Conseil d’Etat refuse de suspendre la circulaire Collomb qui recense les migrants dans les centres d’accueil d’urgence

Avec cette circulaire du 12 décembre, l’Etat veut envoyer dans les centres d’hébergement et hôtels sociaux des « équipes mobiles », constituées d’agents des préfectures et de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, pour recenser les personnes hébergées.

Un homme venu du Soudan consulte son téléphone portable dans un centre d\'accueil et d\'orientation pour migrants, à Saint-Brévin-les-Pins (Loire-Atlantique), le 4 janvier 2017.
Un homme venu du Soudan consulte son téléphone portable dans un centre d’accueil et d’orientation pour migrants, à Saint-Brévin-les-Pins (Loire-Atlantique), le 4 janvier 2017. (LOIC VENANCE / AFP)
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Le Conseil d’Etat refuse de suspendre la circulaire Collomb, mardi 20 février. Il y a quatre jours, les Sages s’étaient penchés sur ce texte controversé, qui organise le recensement des migrants dans les centres d’hébergement d’urgence. Avec cette circulaire du 12 décembre, l’Etat veut envoyer dans les centres et hôtels sociaux des « équipes mobiles », constituées d’agents des préfectures et de l’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration), pour recenser les personnes hébergées selon leur droit au séjour.

« Aucun pouvoir de contrainte » lors des recensements

La circulaire édictée le 12 décembre ne confère « aucun pouvoir de contrainte » aux équipes chargées du recensement, qui ne pourront rencontrer les personnes hébergées que sur la base du volontariat. Du côté des associations, on se disait toutefois « assez satisfaits de cette décision » car « le Conseil d’Etat neutralise les effets les plus nocifs » du texte, a affirmé Florent Gueguen de la Fédération des acteurs de solidarité (Fas). « C’est plutôt un encadrement qui va protéger les personnes et les associations qui les accompagnent. »

La circulaire Collomb a suscité un vif émoi, avec des critiques à gauche ou chez les intellectuels, et jusque parmi des proches d’Emmanuel Macron, alors que se profile un projet de loi « asile et immigration » lui aussi très critiqué, qui sera présenté en Conseil des ministres mercredi prochain. Les associations considèrent en effet que la circulaire « leur impose par la contrainte un contrôle des personnes hébergées », ce qui est une « remise en cause de nos missions d’aide sociale », avait affirmé le directeur de la Fédération des acteurs de solidarité, Florent Gueguen.

https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/le-conseil-d-etat-refuse-de-suspendre-la-circulaire-collomb-qui-recense-les-migrants-dans-les-centres-d-accueil-d-urgence_2620202.html#xtor=EPR-51-[le-conseil-d-etat-refuse-de-suspendre-la-circulaire-collomb-qui-recense-les-migrants-dans-les-centres-d-accueil-d-urgence_2620202]-20180220-[bouton]

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