Quelles sont les raisons des réticences chinoises aux sanctions économiques contre la Corée du Nord ?

Quelles sont les raisons des réticences chinoises aux sanctions économiques contre la Corée du Nord ?

Par Théo CLEMENT, le 15 novembre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Junior Fellow (IAO/ENS Lyon), Doctorant (Université de Vienne)
theo.clement@sciencespo-lyon.fr

Vendredi 17 novembre 2017, le président chinois Xi Jinping envoie un « représentant spécial » en Corée du Nord pour évoquer le programme nucléaire nord-coréen, même si le sujet ne figure pas officiellement sur le descriptif de sa mission. Après le séjour du président des Etats-Unis Donald Trump en Chine, cette mission d’un diplomate chinois attire l’attention sur la nature des relations entre la Chine et la Corée du Nord. Cet article explique les raisons des réticences de Pékin aux sanctions économiques contre la Corée du Nord.

Des sanctions extrêmement sévères mais inefficaces

Souvent représentés dans les imaginaires collectifs tant occidentaux que chinois comme des alliés de long-terme traversant actuellement une « mauvaise passe », la Chine et la Corée du Nord constitueraient des partenaires « naturels », de par leur proximité géographique, idéologique, politique et historique. Sans être totalement erronée, cette représentation dominante des relations entre la Chine et la République Populaire et Démocratique de Corée (RPDC) cède néanmoins beaucoup aux discours politiques et à la propagande des deux pays qui cherchent à présenter sous un jour favorable des relations, certes anciennes et étroites, mais aussi frustrantes et souvent conflictuelles. La Corée du Nord n’a en effet eu de cesse, depuis la fin de la Guerre de Corée (1950-1953) de chercher à empêcher son immense voisin –et ancienne tutelle impériale- de s’immiscer dans ce qu’elle considère ses affaires internes. Si Pyongyang a toujours cherché à bénéficier des largesses et de la générosité – nécessairement intéressées – de Pékin qui a offert de larges quantités de nourriture, y compris au plus dur de la famine du Grand Bond en Avant. Elle a aussi cherché à maintenir la Chine à distance, tant du point de vue politique, en purgeant les éléments pro-chinois du Parti du Travail de Corée, que du point de vue économique, en cherchant activement à diversifier ses partenaires commerciaux. Dans l’optique marxisante des premières générations de dirigeants nord-coréens, l’indépendance économique (jarip) constitue en effet une condition nécessaire de l’indépendance politique (jaju), et cette première passe notamment par une plus large maitrise domestique des chaines des valeurs et une diversification du commerce extérieur.

Le moins que l’on puisse dire est que ces idéaux ont été difficiles à mettre en œuvre, d’abord au temps de la Guerre froide, mais aussi et surtout depuis l’écroulement du bloc soviétique, qui a provoqué la famine nord-coréenne des années 1990, la « Marche difficile ». Se retrouvant, malgré elle, dans un tête-à-tête avec une Chine de moins en moins intéressée par le troc avec la Corée du Nord, Pyongyang, toujours pragmatique, relance un programme de réforme gelé par la « Marche difficile » et met en œuvre une diplomatie économique active, visant à attirer les investissements chinois, sud-coréens et japonais dès 2002. Si cette politique s’est avérée être un succès pour l’économie de la Corée du Nord qui connait une véritable mutation en une quinzaine d’années, la relance du programme nucléaire et le premier test de 2006 poussent progressivement les différents partenaires économiques de la RPDC à limiter, puis à rompre, leurs échanges avec la Corée du Nord. En effet, la mise en œuvre progressive de sanctions économiques uni- ou multilatérales à l’encontre de Pyongyang et la fermeture de divers projets communs avec le Sud créent les conditions d’un tête-à-tête quasiment exclusif avec Pékin. A l’heure actuelle, Pékin constitue de très loin le premier partenaire commercial de la Corée du Nord, puisqu’environ 85% du volume total des échanges nord-coréens se font avec la Chine. Par ailleurs, les réformes du 1er juillet 2002 et la diplomatie économique active de l’ère Kim Jong-il-Hu Jintao ont favorisé l’émergence de vagues d’investissement chinoises, notamment dans les secteurs miniers et manufacturiers. Ce qui a permis à la Corée du Nord de décupler ses exportations de minerais et d’anthracite dont elle regorge. Limitées à 50 millions de dollars en 2002, les exportations de ressources extractives nord-coréennes en direction de la Chine bondissent jusqu’à 1,8 milliard de dollars en 2013 [1]. Du fait de l’accélération des programmes balistiques et nucléaires à la suite de l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un en 2011, c’est justement cette rente financière que le Conseil de Sécurité des Nations Unies (CNSU) cherche à limiter afin de contraindre Pyongyang à remiser ses programmes controversés.

Longtemps limitées à des mesures ciblées visant les produits « de luxe » (dont la définition exacte revenait aux États-membres) ou à « double usage », civil et militaire, les sanctions multilatérales du CSNU visant la RPDC ont changé de nature à la suite du test nucléaire de janvier 2016. La résolution 2270 prévoyait, en effet, un plafond sur les exportations de certaines ressources extractives nord-coréennes, dont le charbon. Ces limites ont été progressivement renforcées au fur et à mesure des progrès affichés par Pyongyang dans le cadre de ses programmes controversés, et ce tant et si bien qu’à l’heure actuelle, presque toutes les principales exportations nord-coréennes (minerais, charbon, jusqu’au textile et fruits de mer) sont plafonnées ou interdites. Si l’on se base sur les données statistiques de 2015 et que l’on déduit les exportations aujourd’hui bannies par les diverses résolutions onusiennes, les exportations nord-coréennes seraient amputées de près de 60% de leur volume total, sans même prendre en compte les mesures unilatérales. Cette sévérité affichée contraste d’autant plus avec l’inefficacité de ces mesures, non seulement parce que Pyongyang progresse à grandes enjambées dans son développement balistique et nucléaire mais aussi parce que la RPDC affiche une santé économique tout à fait insolente : selon la Bank of Korea, de Séoul, le PIB nord-coréen a connu une croissance de 3,9% en 2016 [2], venant ainsi confirmer les commentaires enthousiastes des observateurs présents ponctuellement sur le terrain dont l’auteur. Si la situation économique reste dans l’ensemble très fragile et structurellement instable, l’indubitable développement économique nord-coréen des quinze dernières années est bien entendu lié à la rente issue du commerce avec la Chine. Pékin est régulièrement pointé du doigt pour sa mise en œuvre grossièrement laxiste des sanctions économiques et, plus généralement, pour faire passer ses intérêts stratégiques avant le respect du droit international et des sanctions onusiennes : selon une vision largement partagée, Pékin non seulement « diluerait » les brouillons de résolutions américaines soumises au CSNU, mais de plus viderait de leur contenu les sanctions économiques onusiennes en fermant l’œil sur une large partie des échanges sino-nord-coréens. En effet, toujours selon cette vision « dominante » mais réductrice, la Chine cherche avant tout à limiter la pression sur son turbulent voisin afin de conserver « l’État tampon » nord-coréen et maintenir la Corée du Sud et son « trop bon ami » américain à bonne distance.

Cette vision, largement répandue et certainement assez vraie, ne renvoie qu’à une infime partie des très complexes relations sino-nord-coréennes et surtout des antagonismes Chine-RPDC. S’il est vrai que la Chine a un intérêt à « maintenir » la Corée du Nord en l’état, cette vision est remise en cause par plusieurs auteurs chinois, y compris des analystes militaires. Par ailleurs, l’idée d’un « soutien économique » chinois à la Corée du Nord relève du mythe. Non seulement les investissements chinois en RPDC sont extrêmement limités, mais les stratégies d’engagement économique de la Chine prennent fondamentalement à contre-pied les principes d’indépendance nord-coréens et sont vécus comme une forme d’impérialisme de la part des Nord-coréens [3]. Si la Chine se montre si réticente à appliquer les sanctions économiques, c’est aussi, et surtout, parce que les entreprises chinoises voient dans la Corée du Nord un marché captif très rentable.

Le « phénomène Dongbei » et le tentant marché nord-coréen

La Chine et la RPDC partagent une frontière de plus de 1400 kilomètres, largement délimitée par deux fleuves : le Yalu (Amnok pour les Coréens) à l’ouest et le Tumen à l’est. Côté chinois, deux provinces sont frontalières de la Corée du Nord : le Liaoning et le Jilin, qui, si on leur ajoute la province plus septentrionale du Heilongjiang, sont appelées « Dongbei » (nord-est) en Chine. Cette appellation collective tient de leur proximité géographique ainsi que d’autres traits communs, ethno-linguistiques mais aussi économiques. En effet, ces provinces constituent les locomotives historiques de l’économie chinoise avant la Révolution de 1949 puis sous Mao. Elles sont largement dominées par l’industrie lourde, l’agriculture et les grandes entreprises d’État chinoises, les fameuses « entreprises zombies ». Souvent largement déficitaires, elles ont une importance sans pareille en Chine. Ceci étant, le nord-est chinois a connu coup sur coup le schisme sino-soviétique, la réforme économique chinoise (qui favorise les provinces méridionales car plus proches des routes commerciales) et fait aujourd’hui figure de lanterne rouge de l’économie chinoise que le gouvernement central peine à développer. Selon les statistiques du Fonds monétaire international (FMI) [4], le Liaoning était, en 2014, la huitième province chinoise en terme de PIB/hab. . En 2016, la province tombe à la 14ème place, voyant même sa croissance économique passer en dessous du zéro, phénomène inédit en Chine depuis la réforme économique de 1978. Le Dongbei souffre de sa géographie semi-enclavée, véritable bride pour une économie tournée vers l’export comme celle de la Chine. La poursuite des réformes économiques, voulue par Xi Jinping, passe par une restructuration vraisemblablement douloureuse des mastodontes étatiques du Dongbei qui offrent des mécanismes de protection sociale devenues extrêmement rares en Chine : le fameux « bol de riz en fer » ou sécurité de l’emploi. Ces filets sociaux contrastent très fortement avec la situation du secteur privé, où les salaires, extrêmement bas (le salaire minimum d’une ville moyenne du Jilin tourne autour des 170 euros par mois) sont vus comme peu attractifs pour les populations. Ainsi, la réforme économique risque d’être potentiellement explosive politiquement dans la mesure ou les provinces du nord-est connaissent une agitation sociale déjà très marquée. Pékin peut ainsi difficilement se permettre de s’engager sur la voie de la réforme sans s’assurer que le secteur privé soit assez sain pour absorber les massifs transferts de main d’œuvre excédentaire.

Dans ce contexte, la proximité immédiate d’un marché rendu captif par les sanctions économiques et où l’on manque de presque tout constitue bien évidemment une opportunité tentante. Tous les plans mis en œuvre par Pékin pour désenclaver les économies du Nord-est avaient un point commun. Ils visaient à parfaire l’intégration économique au besoin en développant les infrastructures transfrontalières, préfigurant les fameuses « nouvelles routes de la soie » entre le Dongbei et les pays environnants, dont la Corée du Nord. Celle-ci se trouve au début des années 2000 en grand besoin de capitaux, de technologie et d’infrastructures. Un an après les réformes économiques nord-coréennes de 2002, le plan Zhenxing Dongbei (« revitalisons le Nord-est ») puis le plan Changjitu de 2009 visaient à développer des corridors de développement reliant le cœur du Dongbei avec les villes frontalières et certains ports nord-coréens, dont celui de la Zone économique spéciale (ZES) de Rajin-Sonbong. Cette ZES qui abrite le port préservé du gel le plus septentrional de l’Asie continentale, n’est située qu’à une quinzaine de kilomètres des villes chinoises les plus proches, qui « voient les mouettes mais pas la mer », selon le proverbe local. Véritable fenêtre de désenclavement pour les entreprises du Dongbei, le port de Rajin fait par ailleurs l’objet d’une exception explicite dans toutes les résolutions onusiennes récentes, autorisant notamment certains produits sanctionnés à « traverser » la ZES s’ils ne sont pas originaires de RPDC.

Quelles sont les raisons des réticences chinoises aux sanctions économiques contre la Corée du Nord ?
Corée du Nord. Le port de Rajin-Sonbong
Crédit photographique : Théo Clément, 2014

Les efforts des provinces du Dongbei pour mieux « ouvrir » la Corée du Nord, soutenus par Pékin, disposaient d’un important relais de l’autre côté de la frontière, à savoir Jang Song-taek, personnalité-clé des relations économiques sino-nord-coréennes et beau-frère de Kim Jong-il (et donc oncle de Kim Jong-un). Jang avait notamment mis en place avec le ministre du Commerce chinois de l’époque, Chen Deming, des projets de Zones Économiques Spéciales à proximité immédiate de la ville de Dandong, qui voit passer près de 65% du commerce transfrontalier. C’est aussi probablement lui qui a supervisé la refonte des lois spéciales de certaines ZES visant à faciliter les investissements chinois, dont celle de Rajin-Sonbong en 2011. Sous pression chinoise, jusqu’à la purge médiatisée de Jang Song-taek par Pyongyang en 2013, les corpus législatifs nord-coréens relatifs à la coopération économique ont en effet été profondément remaniés pour faciliter l’intégration économique avec la Chine. Si cette intégration peut, en effet, servir les intérêts géostratégiques de Pékin, et a été largement dynamisée par le pouvoir central, elle reste avant tout le fait d’acteurs privés. Contrairement à une idée largement répandue, les entreprises d’État chinoises n’investissent pas ou peu en Corée du Nord et le commerce transfrontalier reste avant tout le fait de petites sociétés d’import-export privées. Il en existe pas moins de 600 rien qu’à Dandong. Selon le mot d’ordre des années 2000, les « années Jang », la coopération économique bilatérale devait fonctionner sur le modèle suivant : « facilitée par les gouvernements, gérée par les entreprises, opérée selon le marché et mutuellement bénéfique ». Si la purge de Jang a mis un brutal coup d’arrêt à cette convergence affichée, de fait, la politique de rapprochement économique a porté ses fruits. Selon plusieurs études, confirmées par les entretiens de l’auteur à la frontière, si le commerce avec la RPDC est rendu difficile par un environnement d’affaires très largement dominé par des considérations politiques, il n’en demeure pas moins rentable pour près de 90% des entreprises interrogées. Certaines villes frontalières comme Dandong (Liaoning), Ji’An ou Hunchun (Jilin), ont même en grande partie basé leurs perspectives de développement économique sur une meilleure intégration économique avec la Corée du Nord, comme en témoignent l’ouverture de ZES côté chinois visant à remodeler une division transfrontalière du travail (Hunchun Border Economic Zone) [5], ou à faciliter les échanges (Guomenwan Trade Zone à Dandong).

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Corée du Nord. La « Guomenwan Trade Zone » de Dandong
Crédit photographique, Théo Clément, 2015.

Ces efforts placent parfois les pouvoirs publics locaux, et surtout les hommes d’affaires, en porte-à-faux avec le message que Pékin veut envoyer à travers le Conseil de Sécurité de l’ONU. Si personne ne croit le pouvoir central chinois quand il explique appliquer à la lettre les sanctions économiques à l’égard de la Corée du Nord, Pékin ne peut cependant pas se permettre d’être trop ostensiblement laxiste. Tout d’abord, la Chine doit maintenir une relative crédibilité vis-à-vis de la communauté internationale et agir en fonction de ses déclarations. Ensuite, Pékin est aussi véritablement agacée par le comportement nord-coréen, qui place la Chine dans une position diplomatique précaire et fragilise l’image de grande puissance influente et responsable qu’elle cherche à se donner. Appliquer un savant dosage de pression économique est nécessaire pour la Chine, tant pour faire passer un message à la RPDC que pour éviter de voir ses entreprises – ou ses banques – victimes de sanctions dites « secondaires » prises unilatéralement par les États-Unis et qui visent les entreprises chinoises liées à la Corée du Nord. Ainsi, les périodes suivant immédiatement l’adoption de résolutions onusiennes sont souvent des moments de fermeté affichée à la frontière, mais qui laisse progressivement place à plus de souplesse quand les observateurs regardent ailleurs. Cette mise en œuvre contrastée et flexible des sanctions s’explique par le fait que les dirigeants chinois savent que les mesures d’étranglement économique sont extrêmement mal vécues par Pyongyang qui y voit une atteinte à sa souveraineté et son indépendance, et assez contre-productives car elles viennent « justifier » le besoin de sanctuarisation nord-coréen. Mais le laxisme chinois est aussi plus directement intéressé : appliquer les sanctions à la lettre reviendrait presque à fermer hermétiquement la frontière et à enclaver encore plus un Dongbei déjà à la traine.

Des sanctions difficiles à mettre en œuvre

Dans sa quête de stabilité à sa périphérie, la Chine apparait comme une puissance conservatrice, cherchant à « doser » la pression mise sur Pyongyang tout en esquivant les reproches américains sur son prétendu soutien à la RPDC. Cette ambiguïté fondamentale de la politique nord-coréenne de la Chine, complexe tissage résultant de diverses pressions contradictoires, a l’immense désavantage de frustrer tant Washington que Pyongyang. Le premier reproche, en effet, à la Chine de jouer un double jeu et de soutenir la Corée du Nord. Le second voit dans la sévérité chinoise une trahison et une soumission à « l’impérialisme américain », renforçant encore plus l’idée que Pyongyang ne peut décidemment compter que sur elle-même et que l’intégration économique avec la Chine constitue une source d’insécurité. Comme en témoigne la purge de Jang Song-taek, exécuté notamment pour avoir « vendu au hasard les précieuses ressources naturelles souterraines » [6] de la Corée du Nord. Pyongyang n’était déjà pas très à l’aise avec l’approche chinoise très sino-centrée de la coopération économique bilatérale, essentiellement basée sur des investissements limités aux secteurs à très faible valeur ajoutée offrant peu de perspectives de développement endogène. Le fait que Pékin cherche à utiliser – même de manière relative – les leviers économiques forgés à la suite des réformes de 2002 pour faire avancer ses objectifs diplomatiques et politiques ne peut être vécu que comme une humiliation par Pyongyang, surtout si Pékin cherche à faire cohabiter sanctions et intégration économique. Si les relations politiques sino-nord-coréennes n’ont jamais été stables, le fait que Pékin et Pyongyang se critiquent de plus en plus durement et ouvertement via les organes de presse officiels interposés constitue un développement inédit et témoigne notamment de l’agacement et de la détermination nord-coréenne qui attaque et humilie la main qui la nourrit. Kim Jong-un, lors de son rapport pour le 7ème Congrès du Parti du Travail de Corée en 2016, n’a par ailleurs pas manqué de mentionner les « vents pourris qui soufflent dans notre voisinage [7] », paraphrase très claire pour désigner la Chine. Il encourage régulièrement les « forces vives » du secteur de l’économie à limiter « la tendance à l’import » ou de régler le « caractère unilatéral du commerce » [8], soit, dit plus franchement, à sortir de la dépendance chinoise. Nonobstant le fait que les sanctions pourraient avoir un effet potentiellement dramatique sur l’économie nord-coréenne et ses populations sans nécessairement entamer la détermination du régime, qui n’a pas vacillé pendant la famine des années 1990, leur mise en œuvre, même laxiste et contrastée, dégrade fortement les relations déjà méfiantes entre la Chine et la Corée du Nord. Cet état de fait alimente les réticences chinoises sur la mise en œuvre des sanctions, qui, en isolant encore plus la Corée du Nord, en viennent une fois de plus à « justifier » le radicalisme nord-coréen et l’idée que Pyongyang est encerclé de « forces hostiles ».

Autre facteur rendant difficile la mise en œuvre des sanctions par la Chine, la corruption endémique qui sévit dans le nord-est de la Chine. Si la corruption est un phénomène largement répandu en Chine et une priorité affichée de l’actuelle administration chinoise, la domination étatique du tissu économique et le déclassement dont font l’objet les provinces du nord-est a créé un terreau particulièrement fertile pour l’établissement de réseaux commerciaux transfrontaliers « gris » ou franchement illégaux. La mise en œuvre progressive des sanctions économiques (les premières mesures unilatérales, américaines, datent de 1950) a constitué une bonne école d’apprentissage pour les Nord-coréens, qui sont devenus maitres dans l’adaptation de complexes systèmes d’entreprises prête-noms permettant de commercer avec divers acteurs sans même que ces derniers sachent nécessairement à qui les marchandises ou l’argent sont destinés. Un récent et très commenté rapport du Center for Advanced Defense Studies a pu identifier une partie – certainement infime – de ces réseaux, chiffrant à plus de 5 200 le nombre d’entreprises chinoises servant de go-between entre la Corée du Nord et ses clients potentiels. Rare cas publiquement connu et particulièrement révélateur, le groupe chinois Hongxiang, dont certaines branches (notamment ses entreprises de transport maritimes et terrestres transfrontaliers) avaient pignon sur rue à Dandong, a vu son activité de fournisseur de produits sanctionnés à usage militaire publiquement exposée. Or la présidente et fondatrice du groupe Hongxiang, Ma Xiaohong, est aussi connue pour sa carrière de députée au sein du Congrès du Peuple de la province du Liaoning, organe ayant fait les gros titres de la presse chinoise en 2017 quand la commission pour la discipline du PCC a, après enquête, accusé pas moins de 523 députés d’avoir pratiqué diverses formes de fraudes électorales [9]. Cette corruption endémique, couplée à la proximité des entreprises et des officiels des deux côtés de la frontière ainsi qu’à la perspective de juteux profits rendus indétectables par des techniques de contournement des sanctions rend extrêmement difficile par Pékin le contrôle des flux financiers et commerciaux « gris ».

Cette corruption institutionnelle de haut niveau se décline par ailleurs à plusieurs échelons administratifs, rendant la frontière particulièrement poreuse à toutes sortes de trafics plus ou moins criminels, allant du simple recel au trafic de drogue ou de femmes. Les deux provinces nord-coréennes qui constituent la partie centrale de la frontière, le Jagang et le Ryanggyang, sont considérées comme les provinces les plus défavorisées de RPDC du fait de leur éloignement des grands centres de productions agricoles et industriels ainsi que par leur relief très montagneux. Ainsi, les populations des régions frontalières, pérennisant des reflexes « d’entreprenariat de survie » acquis durant la famine des années 1990, sont tentées de traverser les fleuves frontaliers, gelés 5 mois par an, ou d’emprunter la douzaine de ponts qui enjambent Yalu et Tumen pour aller commercer avec l’autre rive.

Enfin, force est de constater que si les sanctions économiques onusiennes à l’égard de la Corée du Nord ont nécessairement un effet dissuasif, le phénomène inverse est aussi constatable à la frontière. Selon une logique économique élémentaire, dans le contexte d’un marché captif privé d’alternative pour ses exportations, les sanctions ont en effet un caractère incitatif, car elles fournissent aux acheteurs chinois un argument de poids pour faire baisser les prix des productions nord-coréennes [10]. Ce phénomène est problématique à bien des égards. La RPDC ne publiant plus de statistiques fiables sur une base régulière depuis les années 1960, les analystes dépendent essentiellement de « données miroir » fournies par la Chine, considérées par les officiels chinois de très haut niveau comme assez fantasques [11]. Or, si les sanctions incitent une partie plus importante du commerce bilatéral à se faire sous les radars, ces statistiques laissent la communauté internationale complètement aveugle quant aux flux transfrontaliers et à l’application des sanctions. En 2014, les exportations de produits pétroliers chinois en Corée du Nord s’étaient effondrées de 740 à 190 millions de dollars, sans que l’économie nord-coréenne n’en soit affectée, mettant en lumière un risque très probable de manipulation des statistiques. Ainsi, si les statistiques officielles chinoises indiquent qu’entre février et août 2017, la Chine n’a pas importé de charbon nord-coréen, il est fort probable que la réalité soit tout autre car les sanctions favorisent l’apparition d’un marché noir, par définition absent des statistiques, à des prix inférieurs à ceux du marché légal.

Une politique de sanctions vouée à l’échec ?

Un nombre croissant de chercheurs voient, dans le sillage de John Delury de l’Université Yonsei de Séoul, dans les sanctions des mesures « inutiles, contre-productives et dangereuses » [12] dans la mesure où, en augmentant la pression sur Pyongyang, elles « justifient » ses craintes pour sa souveraineté et, partant, son besoin de sanctuarisation. Du côté chinois, la réalité de la mise en œuvre des sanctions est, de plus, autrement plus complexe que la seule question de la volonté du pouvoir de se plier à ses obligations internationales. Intérêts économiques et géoéconomiques, besoin d’amortir l’impact social potentiellement dévastateur de la réforme chinoise, corruption endémique, stabilisation de son immédiate périphérie… les raisons des réticences chinoises sont multiples et si Pékin pouvait faire beaucoup plus dans l’application des sanctions, rien ne garantit que cela bloque les échanges transfrontaliers, pas plus que cela ne garanti une très improbable volte-face de Pyongyang sur la question nucléaire.
Si les sanctions ont peu de chance d’avoir un quelconque effet et que les options militaires, malgré les rodomontades de Donald Trump et de Kim Jong-un, sont nécessairement hors-jeu car potentiellement cauchemardesques à l’échelle régionale ou mondiale, il ne reste guère que la négociation pour trouver une issue à la crise. Même dans ce dernier cas de figure, la marge de manœuvre de la communauté internationale est limitée. En effet, non seulement il s’agirait de négociations sous pression et donc en position de faiblesse, mais en plus il n’est clairement pas dans l’intérêt de Pyongyang de remiser son arsenal nucléaire dans les conditions actuelles. Faire un « package deal » visant à dénucléariser la RPDC nécessiterait des contreparties tellement gigantesques (retrait des troupes américaines de Corée du Sud, traité de paix, aide économique, etc.) qu’elles rendent ce type d’accord hautement improbable. Si les négociations sont cependant nécessaires, à court-terme, c’est avant tout pour diminuer les tensions et préparer les conditions d’un accord viable d’ici quelques années.

Copyright Novembre 2017-Clément/Diploweb.com


Bonus vidéo. La Corée du Nord et l’arme nucléaire, par B. Hautecouverture (FRS), septembre 2017

. Quelles sont les idées fausses à propos de la Corée du Nord ?
. Quels sont les faits importants à connaître pour comprendre la Corée du Nord et l’arme nucléaire ?
. Quels sont les points importants à suivre dans les prochains mois ?


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Eurasia, case sud-ouest

Eurasia, case sud-ouest

11 Novembre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Gaz, #Pétrole, #Russie, #Sous-continent indien, #Caucase, #Moyen-Orient

Alors que les loyalistes mettent la main sur Al Bukamal en Syrie, pierre angulaire de l’arc chiite, et que l’Arabie saoudite connaît une Nuit des longs couteaux aussi rare que conséquente – événements sur lesquels nous reviendrons prochainement -, le Grand jeu eurasien est en plein swing quoique ne faisant pas les gros titres. Et là comme ailleurs, le système impérial américain est mis à mal…

Un vieil ami, IPI, revient sur le devant de la scène, sur lequel un petit rappel n’est pas inutile :

L’accord sur le nucléaire iranien et la levée des sanctions ont pour conséquence de faire revivre le projet saboté par Washington de gazoduc Iran-Pakistan-Inde (IPI). Dans leur volonté d’isoler l’Iran, les Américains avaient réussi à détourner l’Inde du projet en 2009 et tentaient de promouvoir l’invraisemblable TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde) censé passer au beau milieu des Talibans sans que ceux-ci ne s’en rendent compte. Trêve de délire et retour à la réalité, l’Inde est maintenant de nouveau intéressée par l’IPI et le projet fait sens. Ainsi, la levée des sanctions contre l’Iran n’aurait pas l’effet escompté par l’Occident. Loin de faire concurrence au gaz russe du côté de l’ouest – la route vers l’Europe est compliquée, qui plus est maintenant que le conflit kurdo-turc empêche le passage de pipelines -, le gaz iranien pourrait au contraire participer un peu plus encore à l’intégration de l’Eurasie et de l’Organisation de Coopération de Shanghai sous direction russo-chinoise, dont l’Inde et le Pakistan sont devenus membres cette année et que l’Iran rejoindra très bientôt.

La méfiance entre les frères ennemis indien et pakistanais ne disparaîtra certes pas du jour au lendemain et New Delhi est toujours gênée aux entournures de savoir que le gaz reçu devra d’abord passer par le territoire de sa Némésis. Mais c’est justement dans ce domaine que du nouveau est apparu et ce diable de Poutine n’y est pas étranger.

Fin octobre, la nouvelle est tombée que la Russie, qui possède de vastes réserves de gaz en Iran, était prête à construire une variante offshore de l’IPI pour inonder d’or bleu le Pakistan et l’Inde.

Chose très intéressante, le pipeline passerait par Gwadar, l’un des lieux les plus stratégiques de la planète que nous avions abordé ici ou ici :

La région est d’une importance immense avec le fameux nœud de Gwadar, port « donné » à Pékin au sortir du Golfe persique et autour duquel se tisse l’alliance stratégique et énergétique entre la Chine, le Pakistan et l’Iran […]

Les liens énergétiques entre Téhéran et Pékin sont déjà anciens mais se consolident chaque jour. Ceci en attendant l’oléoduc irano-pakistanais qui verra prochainement le jour, reliant la base chinoise de Gwadar avant, un jour, de remonter tout le Pakistan et rejoindre la Karakoram Highway dans les somptueux décors himalayens.

C’est cette titanesque imbrication eurasiatique que le Kremlin pilote de main de maître. La connexion sino-pakistanaise, que nous avions abordée il y a deux ans :

Moscou risque fort de bientôt construire le pipeline nord-sud que le Pakistan attend depuis des années. Premier pas vers la fameuse connexion Gwadar-Chine ou le projet de gazoduc Pakistan-Russie ? Tout ceci n’empêche d’ailleurs pas les Russes de renforcer de l’autre côté leur coopération énergétique avec l’Inde.

Et maintenant, donc, l’IPI connectant l’Iran, le Pakistan et l’Inde. Un IPI offshore et garanti par l’ours, susceptible par conséquent de balayer les dernières réticences indiennes. Il se pourrait d’ailleurs que ce faisant, la Russie ait réussi à persuader New Delhi de diminuer son soutien à l’insurrection baloutche, talon d’Achille de son voisin comme nous l’expliquions ailleurs :

Le Pakistan fait face à une insurrection nationaliste dans la rétive province du Baloutchistan, au sud du pays, où les tribus cherchent à obtenir leur indépendance. C’est un conflit peu connu du grand public occidental – sans doute parce que les insurgés sont d’obédience marxiste et non islamiste – mais qui peut se révéler pour le Pakistan au moins aussi dangereux que les troubles des zones tribales. Fait très important, c’est dans cette province que se trouve Gwadar, et plusieurs expatriés chinois y ont trouvé la mort au cours de ces dernières années, tués par des bombes ou le mitraillage de leur bus. Cela explique peut-être la légère réticence de Pékin à s’engager de plein pied dans le projet. Comme de bien entendu, le Pakistan accuse l’Inde de financer et d’aider le mouvement indépendantiste baloutche – où l’on retrouve le jeu des grandes puissances – ce qui semble effectivement le cas… New Delhi a en effet tout intérêt à ce que la situation au Baloutchistan s’envenime, faisant ainsi d’une pierre deux coups : empêcher la Chine de s’implanter dans cette zone stratégique tout en déstabilisant le Pakistan déjà englué dans les zones tribales et au Cachemire.

C’était il y a trois ans et de l’eau a coulé sous les ponts depuis. Dans l’Eurasie qui se prépare, sous l’égide de l’OCS, des routes de la Soie chinoises et des gazoducs russes, les civilisations se rapprochent, l’animosité fait peu à peu place à l’entente et à l’intégration.

Nous n’y sommes cependant pas encore tout à fait et New Delhi se garde de mettre tous ses oeufs dans le même panier. L’Association des Chambres de Commerce indiennes a ainsi émis l’idée en septembre d’un gazoduc sous-marin iranien passant par Oman, évitant comme de bien entendu le territoire pakistanais. Etant donné la croissance indienne et la demande énergétique exponentielle qui l’accompagne, ce deuxième tube ne serait d’ailleurs pas de trop.

Si Moscou n’est pas impliqué dans ce schéma pour l’instant très hypothétique – et qui explique peut-être la proposition IPI 2.0 quinze jours plus tard comme vu plus haut -, l’empire US ne l’est pas davantage tandis que Téhéran se frotte les deux mains avec gourmandise.

Au-delà des rodomontades américano-israoudiennes, l’Iran est plus que jamais au centre du jeu et la visite de Poutine le 1er novembre l’a magnifiquement symbolisé, au grand dam des Spykman boys et autres néo-cons. Accords gaziers et pétroliers – notamment la construction d’un gazoduc irano-russe via l’Azerbaïdjan (pour alimenter l’IPI dans le futur ?) et 30 Mds d’investissements de Rosneft dans le secteur énergétique iranien, profitant de la persophobie du Donald qui laisse les euronouilles vassales dans la gêne et l’indécision.

L’Iran semble de plus en plus devenir la porte de la Russie vers les mers chaudes et le meilleur moyen de relier énergétiquement l’Asie du sud. Dans cette optique, de par sa position géographique, l’Azerbaïdjan a évidemment une carte à jouer et ce n’est sans doute pas un hasard si la visite de Vladimirovitch s’est achevée par un sommet tripartite.

Outre le pipeline trans-azéri mentionné ci-dessus, relevons la volonté de dédollariser les échanges bilatéraux ou encore un accord de libre-échange entre l’Union Economique Eurasienne et l’Iran. Last but not least, le développement du Corridor caspien nord-sud afin de connecter par voie ferroviaire et routière la Caspienne et l’Océan indien. Nous en avions averti le fidèle lecteur l’année dernière :

Dans le grand classique cinématographique de David Lean, lorsque le général britannique renâcle à détacher Lawrence chez les tribus arabes, le rusé Dryden, archétype du brillant diplomate qui était alors la norme du Foreign Office (les choses ont changé depuis), lui rétorque : « Bien des grandes choses commencent petitement ». Or, nous vivons peut-être l’un de ces moments anonymes qui, pourtant, porte en germe d’énormes conséquences pour le futur.

Ce lundi, se sont en effet réunis à Bakou les présidents russe, iranien et azéri. Parmi les sujets divers et variés discutés (contre-terrorisme, coopération dans l’industrie d’armement etc.), il y en a un qui nous intéresse particulièrement : le projet d’un corridor de transport Nord-Sud reliant les trois pays.

Jusqu’ici, rien que de très banal en apparence. Coopération régionale, volonté d’intensifier les échanges ; une petite chose dirait Dryden. Sauf que… A terme, le but n’est ni plus ni moins que de concurrencer le canal de Suez !

« Le projet de corridor de transport international « Nord-Sud » est appelé à réunir les meilleures conditions pour le transit des marchandises depuis l’Inde, l’Iran et les pays du Golfe vers l’Azerbaïdjan, la Russie et plus loin vers le Nord et l’Ouest de l’Europe », a déclaré le chef de l’Etat russe Vladimir Poutine devant les journalistes azerbaïdjanais à la veille de sa visite dans leur capitale.

Il s’agit en fait de non seulement créer des corridors de transport vers l’Inde, le Pakistan et l’Irak, mais aussi et surtout de former l’espace eurasiatique de transport nord-sud.

En ce qui concerne l’avantage économique de la voie « Nord-Sud », on peut dire que l’envoi d’un conteneur de 40 pieds de Francfort-sur-le-Main en Asie du Sud par le canal de Suez revient aujourd’hui à 5.670 dollars. Son transport par le corridor de transport international « Nord-Sud » coûte, dès aujourd’hui, 2.000 dollars de moins et il est de 15 à 20 jours plus rapide ».

Ce que l’article ne dit pas, mais qui sous-tend évidemment le projet, c’est le fait d’éviter l’océan « international » (c’est-à-dire la puissance maritime anglo-saxonne) et de favoriser les voies de transport continentales où l’empire n’a pas son mot à dire. En un mot, accélérer l’intégration de l’Eurasie. McKinder, ne regarde pas cette carte…

Car le corridor est bien sûr à mettre en parallèle (même si géométriquement, ce serait plutôt en perpendiculaire) avec les pharaoniques routes chinoises de la Soie qui courront est-ouest. Pékin doit suivre le dossier de près et a sûrement été briefé par Moscou. Rappelons à cette occasion ce que Poutine déclarait avant sa visite en Chine le mois dernier : « Dire que nos deux pays coopèrent stratégiquement est dépassé. Nous travaillons désormais ensemble sur tous les grands sujet. Nos vues sur les questions internationales sont similaires ou coïncident. Nous sommes en contact constant et nous nous consultons sur toutes les questions globales ou régionales ».

Le corridor RAI (Russie-Azerbaïdjan-Iran) se combinera avec les voies chinoises pour former un maillage eurasien serré par lequel transiteront marchandises et hydrocarbures. De Lisbonne à Pékin et de l’Océan indien à l’Océan arctique. Un seul absent dans tout cela : les Etats-Unis, dont la capacité de nuisance s’amenuise à mesure que l’intégration de l’Eurasie se poursuit.

Ces mots sont plus que jamais d’actualité…http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/11/eurasia-case-sud-ouest.html

L’euronouillerie dans toute sa splendeur

L’euronouillerie dans toute sa splendeur

14 Novembre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Europe, #Etats-Unis, #Gaz

Si la vassalité eurocratique n’existait pas, il faudrait l’inventer… Une info délicieusement navrante quoique hilarante a paru, évidemment soigneusement cachée par la presstituée.

Les Paradise Papers nous révèlent qu’une société américaine a acheté du gaz russe, l’a liquéfié puis l’a revendu bien plus cher à l’Union européenne, en le faisant peut-être passer pour du gaz de schiste américain ! Ô tempora ô mores.

Moscou vend de toute façon son or bleu et doit bien se marrer. L’empire US se moque éperdument de ses vassaux, les obligeant à torpiller leur relation énergétique avec la Russie tandis que ses compagnies font leurs petits profits avec ce même gaz russe. Quant à l’euronouillerie, heu… Comment dit-on « dindon de la farce » à Bruxelles ?

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/11/l-euronouillerie-dans-toute-sa-splendeur.html

L’intrigue au cœur du triangle Pékin–Riyad–Washington

L’intrigue au cœur du triangle Pékin–Riyad–Washington


Par Valentin Katasonov – Le 2 novembre 2017 – Source Strategic Culture

La compagnie saoudienne Saudi Aramco (Saudi Arabian Oil Company) est la plus grande entreprise pétrolière au monde. Elle possède plus de 100 gisements de pétrole et de gaz en Arabie saoudite avec des réserves d’au moins 264 milliards de barils de pétrole, ce qui représente environ le quart des réserves mondiales connues pour cette matière première. Les chiffres de production de l’entreprise ne donnent pas une image complète, car les données n’existent que depuis quelques années. Mais à titre d’exemple, en 2013, Saudi Aramco a produit 3,4 milliards de barils de pétrole brut. Les analystes calculent que chaque année l’entreprise saoudienne extrait environ deux fois plus de pétrole et de gaz, en termes de barils équivalent pétrole, que la plus grande société américaine ExxonMobil.

Fait intéressant, Saudi Aramco n’apparaît jamais dans les classements des plus grands producteurs de pétrole au monde, car elle ne publie pas d’information financière telle que ses bénéfices, ses ventes, ses actifs ou sa capitalisation boursière. Par conséquent, les sociétés américaines ExxonMobil et Chevron, Sinopec et PetroChina en Chine, la société anglo-néerlandaise Royal Dutch Shell, la BP anglaise et Total, une compagnie française, sont en tête du classement. Mais tout le monde sait parfaitement que ces leaders de l’industrie pétrolière mondiale ne sont que des nains comparés à Saudi Aramco.

La direction de Saudi Aramco a lancé une véritable bombe au début de l’année 2016 en annonçant son intention de privatiser une partie de la société par le biais d’une introduction en bourse. La proposition était de vendre l’équivalent de 5% des parts de Saudi Aramco. Mais une estimation du prix potentiel du marché de l’entreprise est nécessaire pour comprendre quelle valeur cela atteindrait en termes absolus. Presque le lendemain de l’annonce de la vente potentielle d’une partie de la société (en janvier 2016), les médias mondiaux ont publié l’évaluation stupéfiante d’un analyste pétrolier indépendant, Mohammad Al Sabban, ancien conseiller au ministère du Pétrole saoudien.

Il a estimé la valeur de l’entreprise à 10 000 000 000 000 $ (10 000 milliards de dollars). À titre de comparaison, en 2016 la plus grande compagnie pétrolière américaine, ExxonMobil, dépassait à peine 350 milliards de dollars en capital social. Et oui, il est vrai que plus tard, une partie de l’exagération dans les évaluations s’est évaporée et des chiffres plus rationnels ont été cités, le plus souvent deux mille milliards de dollars. Cela signifie que l’Arabie Saoudite serait en mesure d’encaisser environ 100 milliards de dollars grâce à la vente de 5% de la société. Le plus grand atout de l’entreprise n’est même pas le niveau record actuel de production de pétrole, mais plutôt les réserves d’hydrocarbures à la disposition de Saudi Aramco. Et c’est un chiffre qu’aucune des entreprises nommées dans les classements de l’industrie pétrolière mondiale ne peut même commencer à approcher.

Actuellement, Riyad ajuste et vérifie les données concernant les réserves d’hydrocarbures dans les champs détenus par Saudi Aramco. Les rapports financiers sont minutieusement rédigés dans les formats requis pour une offre publique d’actions. L’entreprise est en cours de restructuration pour optimiser son organisation et sa gestion. Enfin, une étape cruciale a été franchie pour réduire les impôts sur les bénéfices de la société. Le taux d’imposition traditionnel était de 90%, mais cette année, il a été fixé à 50%, ce qui correspond à peu près au niveau auquel les principales compagnies pétrolières occidentales sont imposées. Abaisser le taux d’imposition augmente les dividendes et rend l’entreprise plus attrayante pour l’investissement.

Mais à partir de début 2017, les estimations de la valeur de Saudi Aramco sur le marché ont soudainement commencé à diminuer. Des évaluations ont commencé à faire surface, affirmant que le capital social de l’entreprise ne valait que 1500 milliards de dollars, puis mille milliards de dollars. La société de conseil Wood Mackenzie a estimé la valeur de Saudi Aramco à 400 milliards de dollars, ce qui la rapproche de la société américaine ExxonMobil. Et soudainement, les consultants occidentaux ont commencé à parler de la nécessité de « réduire » la valeur de la société saoudienne puisqu’elle appartient à l’État et que, sur les marchés des valeurs mobilières, toutes les émissions gouvernementales sont vendues « à prix réduit ». Saudi Aramco paie actuellement 50% de ses bénéfices en impôts, mais comme le gouvernement possède la compagnie celui ci pourrait de toute façon rétablir le taux d’imposition de 90%, demain, d’un simple coup de plume. Il y a aussi la crainte que les prix du pétrole puissent rester bas pendant les prochaines années, et Saudi Aramco pourrait ne pas être capable de générer de gros profits. Mais rien de tout cela ne peut expliquer vraiment pourquoi les évaluations de la société saoudienne ont chuté si précipitamment dans l’année écoulée.

Les analystes attribuent cela à la pression exercée par Washington sur Riyad, pour des raisons qui ont autant à voir avec le marché des devises qu’avec le marché pétrolier. Et la pression venant de Washington est, à son tour, une réponse à la pression exercée également sur Riyad par la Chine, qui veut acheter du pétrole de Saudi Aramco en renminbi plutôt qu’en dollars. La Chine est actuellement le plus grand importateur de pétrole au monde, ce qui a fait perdre aux États-Unis leur ancienne position de premier rang. La Chine est également le plus gros client de l’industrie pétrolière saoudienne, et Pékin ne veut pas payer de supplément pour cet or noir en utilisant la monnaie américaine. Un certain nombre d’exportateurs de pétrole qui vendent à la Chine ont déjà partiellement ou entièrement fait la transition vers le règlement de leurs comptes en renminbi. En tête de liste figurent le Nigeria et l’Iran. La Russie a également récemment commencé à vendre du pétrole à la Chine en renminbi (bien que seulement un petit pourcentage pour le moment).

Cependant, l’Arabie saoudite est fortement dépendante des États-Unis et a, jusqu’à présent, refusé de régler ses comptes en renminbi. Et cette rebuffade coûte cher au pays : Pékin trouve progressivement d’autres fournisseurs pour prendre la place de Riyad. Les Saoudiens étaient le plus grand fournisseur étranger de pétrole de la Chine, mais récemment, la Russie les a évincés pour ce premier rang. Si cela continue, Saudi Aramco pourrait perdre complètement son marché chinois.

Riyad se trouve maintenant pris entre le marteau et l’enclume. Il est difficile d’imaginer comment l’autre côté de l’Atlantique pourrait frapper l’Arabie saoudite si elle venait à vendre ne serait ce qu’un baril de pétrole en monnaie chinoise. Après tout, ce serait un défi direct contre le pétrodollar, qui est né là-bas en Arabie saoudite dans les années 1970, enfanté par les négociations entre Henry Kissinger et le roi Faysal.

Washington a sévèrement averti Riyad de s’abstenir de toute tentative inconsidérée de remplacer le dollar par le renminbi dans ses transactions avec la Chine, de peur que d’autres acteurs du marché pétrolier ne suivent le mouvement (le pétrole pourrait ensuite être échangé contre des roubles, roupies, rials, etc.). Et demain, cette épidémie de transition vers les monnaies nationales pourrait infecter d’autres marchés de matières premières. Incidemment, cette année, Pékin commencera à négocier des contrats à terme sur le renminbi dans ses bourses de matières premières et affirme que ce n’est que la première étape.

Des voix suggérant de bloquer l’inscription des actions de Saudi Aramco à la bourse de New York ont déjà été entendues au sein de l’entourage du président américain. Des signes ont émergé d’une campagne organisée pour vendre à découvert la compagnie pétrolière saoudienne. À la lumière de ce développement, Riyad a annoncé qu’elle remettrait sa cotation à plus tard. Mais son problème ne va pas disparaître, l’Arabie saoudite devra encore faire un choix entre le dollar et le renminbi.

Bien que Pékin intensifie sa pression sur Riyad, elle propose aussi de racheter directement 5% de Saudi Aramco, permettant ainsi aux Saoudiens de renoncer à l’habituel rituel de vendre des actions sur les marchés boursiers occidentaux. Et la Chine est prête à débourser un prix « juste » (environ 100 milliards de dollars). Le gouvernement chinois a déjà annoncé la formation d’un consortium de sociétés d’énergie et de financement, avec la participation du fonds souverain chinois, afin d’acheter un « morceau » de la société saoudienne. Les médias chinois rapportent que ce consortium est prêt à devenir l’un des principaux investisseurs de Saudi Aramco.

Ce mouvement gagnant de Pékin dans son jeu d’échecs contre Washington a neutralisé la menace américaine de perturber la vente de Saudi Aramco, tout en poussant Riyad à prendre une décision pour le passage des ventes de pétrole saoudien en renminbi.

Et ainsi l’intrigue s’épaissit dans le triangle Pékin-Riyad-Washington

Valentin Katasonov

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/lintrigue-au-coeur-du-triangle-pekin-riyad-washington

 

Etude : l’Allemagne, une menace pour le climat en Europe

13.11.2017

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Par Tristan Hurel, SFEN

Alors que le temps presse, pour la première fois une étude dresse le bilan des politiques climatiques pays par pays en Europe. Baptisée European Climate Leadership Report 2017 : Measuring the Metrics that Matter, l’étude analyse les stratégies de chaque pays européen pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Bilan : une transition énergétique efficace est possible, il faut simplement tourner son regard au bon endroit.

Le changement climatique n’est pas un concept abstrait, un horizon lointain. Ses conséquences, déjà perceptibles, vont s’accroître, commence Energy for Humanity dans son rapport : crises de l’eau, crises alimentaires, événements climatiques extrêmes, effondrement de la biodiversité, etc. Autant de conséquences dramatiques et prévisibles appellent à prendre des actions concrètes et rapides. Le GIEC estime à cet effet que les pays dans leur ensemble doivent réduire de moitié le niveau d’émission actuel pour parvenir à contenir le changement climatique.

Partant de ce constat, l’ONG a analysé les trajectoires empruntées par les différentes pays européens (UE-28 + AELE) et la Turquie afin de mettre en lumière les avancées réalisées, pays par pays, et les méthodes utilisées par chacun d’eux, et donc les politiques les plus efficaces.

 

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L’Energiewende : un cas d’école à ne pas reproduire

L’étude analyse longuement la transition énergétique allemande. Au regard de la méthode et de ses conséquences, il apparait désormais qu’il s’agissait moins pour le pays, dont les centrales au charbon tournent à plein régime, de réduire ses émissions de gaz à effet de serre que de sortir du nucléaire. De fait, entre 2010 et 2015, la France a davantage réduit ses émissions nettes de gaz à effet de serre que l’Allemagne : 10 % de réduction contre 4 % pour l’Allemagne. Autre chiffre marquant : tandis que l’énergie est indispensable à l’économie, pour une même quantité de richesse produite, la France émet 30 % de CO2 de moins que l’Allemagne.

Ainsi, malgré 500 milliards d’euros déjà investis, l’Allemagne demeure le plus grand émetteur en Europe (UE-28 + AELE + Turquie) et un mauvais élève puisqu’elle ne décarbonise pas aussi vite que les autres grands émetteurs (14e sur 23 pays analysés). Au final, la part des énergies renouvelables reste inférieure à 30 % dans la production électrique allemande, et inférieure à 15 % dans l’énergie primaire du pays. Les émissions sur la période n’ont pourtant pas changé, les énergies renouvelables s’étant substituées au nucléaire, une autre source de production bas carbone.

Regarder au bon endroit
« Notre analyse montre que l’excellence climatique provient de pays comme le Royaume-Uni, la Suède, la Suisse et la France, où la politique énergétique a rendu possible la transition vers une économies bas-carbone. A contrario, la promotion de la croissance verte où les renouvelables constitue l’énergie du futur se traduit par une dépendance sur le long terme aux énergies fossiles.” Wolfgang Denk, co-auteur de l’étude.

Le Royaume-Uni une transition énergétique pragmatique qui fonctionne

Loin devant l’Allemagne dans l’action climatique, le Royaume-Uni occupe la première place du podium de l’étude. Pragmatique, le pays a accompli une réelle politique en faveur du climat, pourtant bien moins médiatisée que l’essai allemand, malgré des résultats sans appel : en cinq ans, le Royaume-Uni a réduit ses émissions de 20 %. Pour y parvenir, il est passé du charbon au gaz, a investi dans l’éolien et dans un renouvellement de son parc nucléaire.

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Energy for Humanity montre que les leaders climatiques sont des pays qui combinent trois caractéristiques : une électricité bas carbone, une réduction rapide de leurs émissions, le tout avec un niveau de vie et un PIB demeuré élevé. Ces bons élèves, qui fonctionnent avec une combinaison de nucléaire et de renouvelables (dont une grande partie d’hydroélectricité), comprennent la Norvège (hydro-électricité), la France, la Suisse et la Suède (nucléaire et hydroélectricité). L’énergie nucléaire apparaît ainsi comme un moyen efficace pour décarboner rapidement une économie en croissance. Les exemples de la Suède (1976-1986) et de la France (1979-1989) étant les plus parlants.

En définitive, le rapport met en lumière qu’un pourcentage élevé de capacités renouvelables ne garantit pas une baisse des émissions de CO2. Un avertissement éclairant pour trouver le chemin le plus efficace et le moins couteux pour décarboner aussi vite que possible les pays européens.

 

http://www.sfen.org/fr/rgn/etude-lallemagne-une-menace-pour-le-climat-en-europe

La Russie demeure le soutien naturel des peuples libres

La Russie demeure le soutien naturel des peuples libres

Les carnets de Nicolas Bonnal

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La Russie demeure le soutien naturel des peuples libres

Cela semble une provocation, mais c’est pourtant la réalité. La haine que suscite la Russie dans les vieilles nations impérialistes et colonialistes comme la France, les USA et l’extravagant Royaume-Uni (lisez Hobson qui parlait de l’inconsistance britannique) ne peut s’expliquer que comme cela. Et la disparition de l’U.R.S.S. a facilité le retour du refoulé impérial, tout comme il a favorisé le retour du refoulé antisocial, avec ces 400 américains plus riches que 200 millions d’autres (voyez les data rassemblés par Michael Snyder). La fin de l’UR.S.S. a annihilé toutes les politiques sociales, et le seul prix Nobel honnête d’économie Stieglitz l’avait confirmé. La débandade sociale de l’Europe germanique-libérale est caractérisée par le retour du travailleur-esclave à 400 euros/mois.

C’est une restauration, comme l’écrivait Pierre Bourdieu en 1997, et nous sommes revenus au temps des canonnières et des empires…

Mais cette fois les vieillissants empires occidentaux trouvent à qui parler.

Récemment l’écrivaine Rebecca Toledo notait :

« La fin de l’Union soviétique et de la Révolution Russe ont vu une augmentation des agressions impérialistes dans le monde. L’Irak, la Somalie, la Yougoslavie, l’Afghanistan, la Libye et la Syrie ont tous été envahis par les États-Unis depuis que le camp socialiste n’est plus là pour faire contrepoids. C’est le signe indéniable de son importance, non seulement pour empêcher les guerres impérialistes, mais aussi comme inspiration et comme base du socialisme et de l’émancipation des peuples. »

C’est pourquoi la Russie apparaissait comme le pays à abattre dès les années 2000. Emmanuel Todd toujours inspiré dans son Après l’empire écrivait :

« Les États-Unis sont en train d’échouer dans leur tentative pour achever ou, plus modestement, isoler la Russie, même s’ils continuent de faire comme si leur vieil adversaire stratégique ne comptait plus, soit en l’humiliant, soit en affectant la bienveillance qu’on doit à un moribond, parfois en combinant les deux attitudes. »

Todd soulignait aussi la supériorité intellectuelle russe, qui est devenue marquante depuis deux ans :

« Quelle que soit l’intelligence du livre de Brzezinski, il y avait dans la métaphore de l’échiquier de son titre un je-ne-sais- quoi d’acte manqué, au sens freudien, comme un pressentiment de ratage : on ne devrait pas jouer aux échecs avec les Russes dont c’est le sport national. »

Alors qu’on accuse les russes de tous les maux totalitaires possibles et surtout imaginaires, Todd ajoutait cette évidence :

« Elle a abattu par elle-même le régime totalitaire le plus complet jamais mis en place dans l’histoire de l’humanité. Elle a accepté sans violence que ses satellites d’Europe de l’Est prennent leur indépendance, suivis des pays baltes et des républiques du Caucase et d’Asie centrale. Elle a accepté la fission du cœur proprement russe de l’État, la séparation de la Biélorussie et de l’Ukraine. Elle a admis que la présence d’énormes minorités russes dans la plupart des nouveaux États n’interdisait pas leur indépendance. »

Sur cet universalisme démocratique russe, qui fait plier les colonialismes les plus tarés, Todd ajoute :

« Le communisme, doctrine et pratique de servitude, inventé par elle, a séduit à l’extérieur de l’empire russe des ouvriers, des paysans, des professeurs, constituant l’aspiration communiste en force planétaire… Le communisme s’est affirmé comme une doctrine universelle, offerte au monde, pour son malheur je le reconnais. Cette approche universaliste a permis la transformation de l’empire russe en Union soviétique. Le bolchevisme a aspiré vers ses cercles dirigeants les minorités de l’empire : baltes, juifs, géorgiens, arméniens. Comme la France, la Russie a séduit par sa capacité à considérer tous les hommes comme égaux. »

A transmettre à BHL et consorts. Todd martèle encore cette vérité psychologique élémentaire :

« Le tempérament universaliste russe manque cruellement à la politique internationale ces temps-ci. La disparition de la puissance soviétique, qui imprimait une marque égalitaire aux relations internationales, explique en partie le déchaînement des tendances différentialistes, américaine, israélienne ou autres. »

Mais comme on sait, ces tendances « suprématistes-différentialistes » ont du souci à se faire ; quant à la France hexagonale et au Royaume-Uni désuni, ils sont devenus la risée du monde libre. Mais comme disait un cinéaste célèbre à propos de la critique de cinéma, ces institutions gardent leur pouvoir de nuisance, au contraire de la Russie qui ne cesse de montrer aux hommes de bonne volonté que le bons sens et le futur sont de son côté.

Todd concluait excellemment :

« Si la Russie ne sombre pas dans l’anarchie ou l’autoritarisme, elle peut devenir un facteur d’équilibre fondamental : une nation forte, sans être hégémonique, exprimant une perception égalitaire des rapports entre les peuples. »

La presse française ne risque certainement pas de comprendre ; mais est-ce si grave ?

 

Bibliographie

Emmanuel Todd – Après l’empire

John Hobson – Imperialism; a study

Pierre Bourdieu – Contrefeux

 

http://www.dedefensa.org/article/la-russie-demeure-le-soutien-naturel-des-peuples-libres

Israël rejete l’accord de paix russo-US en Syrie

Israël rejete l’accord de paix russo-US en Syrie

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, intervenant à un meeting de son parti politique, le Likoud, a déclaré qu’il s’opposait au plan russo-US de paix en Syrie.

Il a cité les informations publiées par la BBC selon lesquelles l’Iran a été autorisé à installer une base militaire permanente près de Damas (voir photos satellites ci-dessous).

Israël avait demandé que les troupes iraniennes s’engagent à ne pas s’approcher à moins de 40 kilomètres de la ligne de cessez-le-feu israélo-syrienne.

La demande israélienne paraît d’autant plus incongrue que Tel-Aviv soutient activement les jihadistes depuis mars 2011, et n’a pas cessé de leur fournir des armes et un appui aérien. Au contraire, l’Iran a combattu les terroristes, versant le sang de plus d’un millier de ses hommes. Il serait étonnant qu’ayant perdu cette guerre par proxies, Israël puisse imposer ses conditions.

Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, aurait qualifié cette exigence d’irréaliste compte tenu de l’occupation illégale par Israël du plateau syrien du Golan.

Les États-Unis et la Russie seraient convenues d’une zone neutre de seulement 15 kilomètres en plus du Golan.

Monsieur Netanyahu a affirmé à son auditoire que l’armée israélienne se réservait le droit d’intervenir en Syrie « en fonction de ses besoins sécuritaires ».

Photographies de la base d’El-Kiswah, située à 14 kilomètres au sud de Damas.

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©Airbus, McKenzie Intelligence Services
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©Airbus, McKenzie Intelligence Services
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©Airbus, McKenzie Intelligence Services
http://www.voltairenet.org/article198797.html

Le camouflet infligé au président Macron en Arabie saoudite

Le camouflet infligé au président Macron en Arabie saoudite

Ayant organisé à la hâte un déplacement en Arabie saoudite afin de ramener le Premier ministre libanais qui y est retenu prisonnier avec sa famille, le président Emmanuel Macron y a essuyé un affront public sans précédent. Bien que la presse française et occidentale ait tout fait pour occulter une partie des événements, l’opinion publique arabe n’a pu que constater la perte vertigineuse de prestige et d’influence de la France au Moyen-Orient.

| Damas (Syrie)

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Cet article fait suite à : « Coup de Palais à Riyad », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 novembre 2017.

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Le président Macron (ici avec « MBS ») n’est pas le seul responsable de l’humiliation que lui a infligée le roi d’Arabie saoudite. Il paye tout autant les crimes de ses prédécesseurs que son incapacité à déterminer une nouvelle politique au Moyen-Orient.

La démission du Premier ministre sunnite libanais et son discours télévisé anti-perse n’ont pas provoqué l’affrontement attendu dans son pays. Pis, son adversaire de toujours, le chiite sayyed Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, s’est offert le luxe de prendre sa défense, dévoilant qu’il était prisonnier à Riyad et dénonçant l’ingérence saoudienne dans la vie politique libanaise. En quelques heures la communauté religieuse d’Hariri a commencé à s’inquiéter pour son chef. Le président de la République, le chrétien Michel Aoun, a dénoncé un « enlèvement » et refusé de prendre acte de cette démission forcée tant que son Premier ministre ne sera pas venu la lui présenter en personne. Alors que certains leaders du Courant du Futur, le parti de Monsieur Hariri, assuraient qu’il était libre et en bonne santé, les Libanais dans leur ensemble faisaient bloc pour réclamer sa libération. Tous ont compris que le bref voyage de Saad Hariri aux Émirats et ses quelques apparitions publiques n’étaient que de la poudre aux yeux, sa famille étant retenue en otage à l’hôtel Ritz-Carlton de Riyad avec des centaines de personnalités arrêtées. De même, tous ont réalisé qu’en refusant la démission du Premier ministre pour le moment, Michel Aoun agissait en homme d’État et conservait le seul moyen de pression permettant éventuellement d’obtenir sa libération.

La France est l’ancienne puissance coloniale du Liban qu’elle a occupé jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Elle y a longtemps fait la pluie et le beau temps. Elle l’utilise aujourd’hui à la fois comme une antenne au Levant et comme paradis fiscal. Des personnalités libanaises ont été mêlées à tous les scandales politico-financiers des trente dernières années en France.

Le président Emmanuel Macron, agissant en protecteur du Liban, évoquait la nécessité du retour du Premier ministre dans son pays.

Le hasard du calendrier faisant qu’il se rendait à Abou Dhabi le 9 novembre pour y inaugurer le « Louvre des sables », il ne pouvait pas ne pas prendre d’initiative. Il se trouve que, succédant à « Jacques Chirac l’Arabe », à « Nicolas Sarkozy le Qatari » et à « François Hollande le Saoudien », le président Macron n’avait pas manqué durant sa campagne électorale de dire tout le mal qu’il pensait de Doha et de Riyad. Bien que ne manifestant aucune sympathie pour le Golfe, il s’était trouvé proche des Émiratis par défaut.

Le palais de l’Élysée tentait d’organiser une halte d’Emmanuel Macron à Riyad pour y ramener Saad Hariri. Mais le roi Salmane refusait de recevoir le petit Français.

Du point de vue du Conseil de coopération du Golfe (c’est-à-dire de tous les États arabes de cette région), la France fut durant les sept dernières années un allié sûr contre la Libye et contre la Syrie. Elle participa militairement —publiquement ou en secret— à tous les mauvais coups contre ces deux pays et fournit le parapluie diplomatique et le discours lénifiant nécessaires à ces agressions. Cependant, alors que la Libye est en proie au chaos et que la Syrie est, contre toute attente, en passe de gagner la guerre, la France se trouve de fait désemparée et inerte. Le nouvel hôte de l’Élysée, Emmanuel Macron, ignore tout de cette région du monde et balance entre un jour, une reconnaissance de la République syrienne et, le lendemain, des injures contre son président élu. En outre, l’Arabie saoudite et les Émirats ont très mal pris les déclarations du président Macron appelant à la désescalade avec le Qatar. Pour eux, sachant les efforts qu’ils ont commencé à faire pour rompre avec les jihadistes, il est inacceptable de tolérer le soutien de Doha aux terroristes.

L’inauguration du « Louvre des sables » était l’occasion d’un beau discours sur la culture qui nous unit ; prestation qui était incluse dans le package à 1 milliard de dollars conclu de longue date entre les deux États. Cette formalité accomplie, le président Macron s’enquit auprès de son hôte, cheikh Mohammed Ben Zayed, de ce qui se passait en Arabie saoudite voisine et du sort de Saad Hariri.

À la différence des bédouins d’Arabie saoudite et du Qatar, les Émiratis sont un peuple de pécheurs. Autant les premiers ne vécurent durant des siècles que dans leur désert, autant les seconds parcouraient les mers. En raison de cette particularité, les Émiratis avaient été rattachés durant la colonisation britannique à l’Empire des Indes, ne dépendant pas directement de Londres, mais de Delhi. Aujourd’hui ils ont investis leurs revenus pétroliers en achetant une soixantaine de ports dans vingt-cinq pays (dont Marseille en France, Rotterdam aux Pays-Bas, Londres et Southampton au Royaume-Uni). Ce dispositif permet à leurs services secrets de faire entrer et sortir ce qu’ils souhaitent dans ces pays malgré les contrôles des douanes locales ; un service qu’ils savent vendre à d’autres États. Grâce aux sanctions états-uniennes contre Téhéran, le port de Dubaï est devenu de facto la porte de l’Iran, encaissant des profits faramineux pour violer l’embargo US. C’est pourquoi Abou Dhabi a un intérêt économique vital à encourager la querelle arabo-perse, alors même que les Émirats revendiquent les îles de Tonb et de Bou-Moussa à leurs yeux « occupées » par l’Iran.

Il n’est un secret pour personne que cheikh Mohammed Ben Zayed exerce un fort ascendant sur le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane (« MBS »). Aussi le premier téléphona-t-il devant le président Macron au second pour lui obtenir un rendez-vous.

Le Français (39 ans) fit donc escale à Riyad sur le chemin du retour. Il fut accueilli à l’aéroport par « MBS » (32 ans) et y dîna avec lui.

Dans la nuit du 4 au 5 novembre, « MBS » a mis fin au gouvernement collégial de la dynastie des Saoud et a instauré le pouvoir personnel de son père, le roi Salmane. Pour ce faire, il a fait arrêter ou assassiner tous les leaders des autres clans de la famille royale ainsi que les prédicateurs et imams qui leurs sont dévoués, soit au total environ 2 400 personnalités. Des spin doctors israéliens ont présenté ce coup de Palais comme une opération anti-corruption.

Contrairement à ce qu’il croyait, le président français était venu pour rien. Il ne ramena pas avec lui le toujours Premier ministre libanais, et ne le rencontra même pas. Beaucoup plus grave, se disant conscient de ses lourdes obligations parisiennes, « MBS » le raccompagna à son avion.

Peut-être ne saisissez-vous pas l’injure faite à Emmanuel Macron tant elle paraît incroyablement grossière : le président français n’a pas été reçu par son homologue le roi d’Arabie saoudite bien que celui-ci accorde ces jours-ci quantité d’audiences à des personnalités de second rang.

Cette forme de goujaterie, caractéristique des manières de la diplomatie arabe, n’est pas uniquement imputable à « MBS », mais aussi à cheikh Mohammed Ben Zayed qui savait très bien à quoi s’en tenir en envoyant le jeune Français se faire humilier à Riyad.

Conclusion : en ne s’adaptant pas immédiatement au revirement de l’Arabie saoudite après le discours anti-terroriste de Donald Trump en mai dernier et en maintenant deux fers au feu, la France s’est mise elle-même au ban de la région. Les Émirats apprécient le Louvre et les corvettes de la Marine française, mais ils ne prennent plus les Français au sérieux. Les Saoudiens se souviennent des mots du candidat Macron contre eux et de ceux du président Macron en faveur du Qatar, le parrain actuel des Frères musulmans. Ils lui ont fait comprendre qu’il ne devait pas se mêler ni des problèmes du Golfe, ni de la succession au trône des Saoud, encore moins de la querelle contre l’Iran, et surtout pas des conflits autour du Liban.

La France est devenue étrangère au Moyen-Orient.

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump.

 Réseau Voltaire

Voltaire, édition internationale

La fin de l’empire, par Chris Hedges

Source : Truthdig, Chris Hedges, 01-10-2017

L’empire américain touche à sa fin. L’économie américaine est épuisée par les guerres au Moyen-Orient et l’expansion militaire mondiale. Elle est accablée par des déficits croissants, ainsi que par les effets dévastateurs de la désindustrialisation et des accords commerciaux mondiaux. Notre démocratie a été capturée et détruite par des sociétés qui réclament de plus en plus de réductions d’impôts, de déréglementation et d’impunité pour des actes massifs de fraude financière, tout en pillant des milliards de dollars du Trésor américain sous forme de renflouements. La nation a perdu le pouvoir et le respect nécessaires pour inciter les alliés d’Europe, d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique à exécuter ses ordres. Ajoutez à cela la destruction croissante causée par le changement climatique et vous obtenez la recette pour un cauchemar à venir. Cette déliquescence des plus hauts échelons du gouvernement fédéral et des États est encadrée par un ramassis hétéroclite d’imbéciles, d’escrocs, de voleurs, d’opportunistes et de généraux belliqueux. Et pour être clair, les Démocrates en font partie aussi.

L’empire va se ramollir, perdant progressivement de son influence jusqu’à ce que le dollar perde son statut de monnaie de réserve mondiale, plongeant les États-Unis dans une dépression paralysante et provoquant instantanément une contraction massive de leur machine militaire.

À moins d’une révolte populaire soudaine et généralisée, qui semble peu probable, la spirale mortelle semble imparable, ce qui signifie que les États-Unis, comme nous le pensons, n’existeront plus d’ici une décennie ou deux, tout au plus. Le vide mondial que nous laissons derrière nous sera comblé par la Chine, qui s’affirme déjà comme un poids économique et militaire, ou peut-être y aura-t-il un monde multipolaire découpé entre la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, la Turquie, l’Afrique du Sud et quelques autres États. Ou peut-être que le vide sera comblé, comme l’écrit l’historien Alfred W. McCoy dans son livre In the Shadows of the American Century : The Rise and Decline of US Global Power, (Dans l’ombre du siècle américain : l’émergence et le déclin de la puissance mondiale américaine) par « une coalition de sociétés transnationales, de forces militaires multilatérales comme l’OTAN et un leadership financier international auto-proclammé à Davos et Bilderberg » qui « forgeront un lien supranational pour supplanter toute nation ou tout empire ».

Dans tous les aspects, de la croissance financière et des investissements dans les infrastructures à la technologie de pointe, y compris les superordinateurs, l’armement spatial et la guerre cybernétique, nous sommes rapidement dépassés par les Chinois. « En avril 2015, le département de l’Agriculture des États-Unis a laissé entendre que l’économie américaine croîtrait de près de 50 % au cours des 15 prochaines années, tandis que celle de la Chine triplerait et pourrait dépasser celle de l’Amérique en 2030 », a fait remarquer M. McCoy. La Chine est devenue la deuxième économie du monde en 2010, l’année même où elle est devenue la première nation manufacturière du monde, supplantant les États-Unis qui dominaient l’industrie manufacturière mondiale depuis un siècle. Le Département de la Défense a publié un rapport sobre intitulé « At Our Own Peril : DoD Risk Assessment in a Post-Primacy World » (À nos risques et périls : Évaluation des risques du DoD dans un monde d’après la suprématie), dans lequel il conclut que l’armée américaine « ne jouit plus d’une position inattaquable par rapport à ses États concurrents » et « qu’elle ne peut plus assurer automatiquement une supériorité militaire constante et durable à toute distance ». McCoy prédit que l’effondrement se produira d’ici 2030.

Les empires en décomposition se suicident presque volontairement. Aveuglés par leur orgueil et incapables de faire face à la réalité de leur pouvoir décroissant, ils se replient dans un monde imaginaire où ils ignorent les faits pénibles et désagréables. Ils remplacent la diplomatie, le multilatéralisme et la politique par des menaces unilatérales et le recours impitoyable à la guerre.

Cette illusion collective a vu les États-Unis commettre la plus grande bévue stratégique de leur histoire, celle qui a sonné le glas de l’empire : l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak. Les responsables de la guerre à la Maison-Blanche de George W. Bush, ainsi que les nombreux idiots utiles de la presse et du monde universitaire qui l’encourageaient, ne savaient pas grand-chose sur les pays envahis, ils étaient étonnamment naïfs sur les effets de la guerre industrielle et ils ont été aveuglés par le féroce revers. Ils ont déclaré, et ont probablement cru, que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, bien qu’ils n’aient pas de preuves valables à l’appui de cette affirmation. Ils ont insisté pour que la démocratie soit implantée à Bagdad et répandue au Moyen-Orient. Ils ont assuré au public que les troupes américaines seraient accueillies par des Irakiens et des Afghans reconnaissants comme libérateurs. Ils ont promis que les recettes pétrolières couvriraient le coût de la reconstruction. Ils ont insisté sur le fait que la frappe militaire rapide et audacieuse – « choc et terreur » – restaurerait l’hégémonie américaine dans la région et sa domination dans le monde. Ils ont fait le contraire. Comme l’a noté Zbigniew Brzezinski, ce « choix unilatéral de guerre contre l’Irak a entraîné une délégitimation généralisée de la politique étrangère américaine ».

Les historiens de l’empire appellent ces fiascos militaires, une caractéristique de tous les derniers empires, des exemples de « micro-militarisme ». Les Athéniens se sont engagés dans le micro-militarisme lorsque, pendant la guerre du Péloponnèse (431-404 avant J.C.), ils ont envahi la Sicile, subissant la perte de 200 navires et de milliers de soldats, et déclenchant des révoltes dans tout l’empire. La Grande-Bretagne l’a fait en 1956 lorsqu’elle a attaqué l’Égypte pour un différend au sujet de la nationalisation du canal de Suez, puis a rapidement dû se retirer dans l’humiliation, donnant le pouvoir à une série de dirigeants nationalistes arabes comme Gamal Abdel Nasser de l’Égypte et faisant retomber la domination britannique sur les quelques colonies restantes de la nation. Aucun de ces empires ne s’est rétabli.
« Alors que les empires naissants sont souvent judicieux, voire rationnels dans leur application de la force armée pour la conquête et le contrôle des puissances d’outre-mer, les empires en déclin sont enclins à des démonstrations de pouvoir irréfléchies, rêvant d’audacieux coups de maître militaires qui récupéreraient en quelque sorte le prestige et le pouvoir perdus », écrit McCoy. « Souvent irrationnelles même d’un point de vue impérial, ces opérations micro-militaires peuvent provoquer une hémorragie de dépenses ou des défaites humiliantes qui ne font qu’accélérer le processus déjà en cours. »

Les empires ont besoin de plus que de la force pour dominer les autres nations. Ils ont besoin d’une mystique. Cette mystique – un déguisement pour justifier le pillage, la répression et l’exploitation impériaux – séduit certaines élites indigènes, qui sont prêtes à obéir aux ordres du pouvoir impérial, ou du moins à rester passives. Et il fournit une patine de civilité et même de noblesse pour justifier à ceux qui sont chez eux les coûts en sang et en argent nécessaires pour maintenir l’empire. Le système parlementaire de gouvernement que la Grande-Bretagne reproduit en apparence dans les colonies, et l’introduction des sports britanniques tels que le polo, le cricket et les courses de chevaux, ainsi que des vice-roi en uniforme et la page de la royauté, ont été renforcés par ce que les colonialistes ont décrété l’invincibilité de leur marine et de l’armée. L’Angleterre a réussi à maintenir l’unité de son empire de 1815 à 1914 avant d’être forcée de battre en retraite. La rhétorique américaine sur la démocratie, la liberté et l’égalité, ainsi que le basket-ball, le base-ball et Hollywood, de même que notre propre déification de l’armée, ont envoûté et séduit une grande partie du globe au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Dans les coulisses, bien sûr, la CIA a utilisé son répertoire de coups tordus pour orchestrer des coups d’État, truquer les élections et procéder à des assassinats, des campagnes de propagande clandestine, des pots-de-vin, du chantage, de l’intimidation et de la torture. Mais ça ne fonctionne plus.

La perte de la mystique est dévastatrice. Il est difficile de trouver des suppléants dociles pour administrer l’empire, comme nous l’avons vu en Irak et en Afghanistan. Les photographies de violences physiques et d’humiliations sexuelles infligées aux prisonniers arabes à Abou Ghraib ont enflammé le monde musulman et ont alimenté al-Qaïda, puis l’État Islamique, en nouvelles recrues. L’assassinat d’Oussama ben Laden et d’une foule d’autres dirigeants jihadistes, dont le citoyen américain Anwar al-Awlaki, a ouvertement ridiculisé le concept d’État de droit. Les centaines de milliers de morts et les millions de réfugiés fuyant nos exactions au Moyen-Orient, ainsi que la menace presque constante des drones militaires aériens, nous ont dénoncés comme des terroristes d’État. Nous avons exercé au Moyen-Orient le penchant de l’armée américaine pour les atrocités généralisées, la violence aveugle, les mensonges, les bavures et les erreurs de jugement qui ont conduit à notre défaite au Vietnam.

La brutalité à l’étranger s’accompagne d’une brutalité croissante chez nous. La police militarisée abat les gens la plupart du temps non armés, les Noirs et les pauvres remplissent un système carcéral qui détient 25 % des prisonniers dans le monde, bien que les Américains ne représentent que 5 % de la population mondiale. Beaucoup de nos villes sont en ruines. Notre système de transport en commun est un désastre. Notre système d’éducation est en forte régression et privatisé. La dépendance aux opioïdes, le suicide, les fusillades de masse, la dépression et l’obésité morbide affligent une population qui est tombée dans un profond désespoir. La profonde désillusion et la colère qui ont mené à l’élection de Donald Trump – une réaction au coup d’État des entreprises et à la pauvreté qui afflige au moins la moitié du pays – ont détruit le mythe d’une démocratie fonctionnelle. Les tweets et la rhétorique présidentielle célèbrent la haine, le racisme et le sectarisme, et narguent les faibles et les vulnérables. Le président, dans une allocution prononcée devant les Nations Unies, a menacé d’anéantir une autre nation dans un acte génocidaire. Nous sommes des objets de ridicule et de haine dans le monde entier. L’appréhension de l’avenir s’exprime dans l’éruption des films-catastrophe, un cinéma qui ne perpétue plus la vertu et l’exceptionnalisme américains ni le mythe du progrès humain.

« La disparition des États-Unis en tant que première puissance mondiale pourrait survenir beaucoup plus rapidement qu’on ne l’imagine », écrit M. McCoy. « Malgré l’aura souvent projetée par la toute-puissance des empires, la plupart sont étonnamment fragiles et manquent de la force inhérente d’un État-nation, même modeste. En effet, un coup d’œil à leur histoire devrait nous rappeler que les plus grands d’entre eux sont susceptibles de s’effondrer pour des causes diverses, les pressions budgétaires constituant généralement un facteur primordial. Pendant près de deux siècles, la sécurité et la prospérité de la patrie ont été l’objectif principal des États les plus stables, faisant des aventures étrangères ou impériales une option inaccessible, à qui on alloue généralement un maximum de 5 % du budget intérieur. Sans le financement qui émane presque de façon spontanée au sein d’une nation souveraine, les empires sont notoirement prédateurs dans leur chasse incessante au pillage ou au profit – en témoignent la traite des esclaves dans l’Atlantique, la soif de caoutchouc au Congo belge, le commerce de l’opium en Inde britannique, le viol de l’Europe par le Troisième Reich, ou l’exploitation soviétique de l’Europe de l’Est. »

Quand les revenus diminuent ou s’effondrent, « les empires deviennent fragiles. »

« L’environnement de leur pouvoir est si fragile, que lorsque les choses commencent à mal tourner, les empires se délitent régulièrement et avec une rapidité incroyable : un an pour le Portugal, deux ans pour l’Union soviétique, huit ans pour la France, onze ans pour les Ottomans, dix-sept ans pour la Grande-Bretagne et, selon toute vraisemblance, vingt-sept ans pour les États-Unis, à partir de l’année cruciale 2003 [lorsque les États-Unis ont envahi l’Irak] », écrit-il.

Nombreux parmi les 69 empires qui ont existé au cours de l’histoire ont manqué de leadership compétent dans leur déclin, ayant cédé le pouvoir à des monstres tels que les empereurs romains Caligula et Néron. Aux États-Unis, les rênes de l’autorité peuvent être à la portée du premier d’une série de démagogues dépravés.

« Pour la majorité des Américains, les années 2020 resteront probablement dans les mémoires comme une décennie démoralisante de hausse des prix, de stagnation des salaires et de perte de compétitivité internationale », écrit M. McCoy. La perte du dollar comme monnaie de réserve mondiale empêchera les États-Unis de payer leurs énormes déficits en vendant des bons du Trésor, qui seront drastiquement dévalués à ce moment-là. Le coût des importations augmentera fortement. Le chômage va exploser. Les affrontements internes sur ce que McCoy appelle des « questions insignifiantes » alimenteront un dangereux hyper-nationalisme qui pourrait se transformer en fascisme américain.

Une élite discréditée, suspecte et même paranoïaque à une époque de déclin, verra des ennemis partout. La panoplie d’instruments créés pour la domination mondiale – la surveillance de masse, l’éviscération des libertés civiles, les techniques de torture sophistiquées, la police militarisée, le système carcéral massif, les milliers de drones et de satellites militarisés – seront utilisés dans le pays. L’empire va s’effondrer et la nation va se consumer au cours de notre vie si nous ne nous emparons pas du pouvoir de ceux qui gouvernent l’État d’entreprise.

Source : Truthdig, Chris Hedges, 01-10-2017

 

https://www.les-crises.fr/la-fin-de-lempire-par-chris-hedges/

La fragilité de l’industrie minière aurifère

La fragilité de l’industrie minière aurifère


Équipement gigantesque, dépenses en capital massives et coûts en hausse


Par SRSROCCO – Le 18 octobre 2017 – Source SRSrocc REPORT via CassandraLegacy


L’industrie de l’or a été construite sur les capacités d’endettement et sur l’énergie. Les jours où on utilisait le travail humain et animal pour produire le précieux métal jaune sont révolus depuis longtemps. Alors que quelques mines d’or sont encore exploitées à l’ancienne, la grande majorité de la production se fait à l’aide d’équipements miniers de taille colossale, d’énormes quantités de capital, d’énergie et de matériaux. Ainsi, l’approvisionnement mondial en or provient d’une industrie très complexe avec beaucoup d’éléments mobiles. Lorsque l’une de ces parties critiques est insuffisante ou retirée, alors tout le système d’approvisionnement en or se désintègre.


La mine de Pueblo Viejo en République dominicaine, détenue par Barrick (60%) et Goldcorp (40%), qui a coûté 3,7 milliards de dollars à mettre en production, est un exemple de l’une des plus récentes mines d’or complexes au monde. La mine de Pueblo Viejo a démarré sa production en 2013 et fonctionne maintenant à pleine capacité. La production d’or à la mine Pueblo Viejo est supérieure à un million d’onces par année. Selon Barrick, le coût de revient à Pueblo Viejo était de 564 $ l’once en 2016. Toutefois, le coût de revient n’inclut pas « tous les coûts ». Nous devons également tenir compte des frais généraux et administratifs, d’exploration et d’évaluation, de la fermeture un jour de la mine et des impôts.

Ces dépenses supplémentaires ne sont pas inclues dans le coût initial de 3,7 milliards de dollars pour la construction de la mine. Selon les données, la mine de Pueblo Viejo possède environ 15,5 millions d’onces (Moz) de réserves d’or prouvées et probables. Même si d’autres découvertes d’or dans cette mine seront ajoutées à l’avenir, si nous supposons une période de récupération initiale de 15 ans, le coût en capital annualisé serait de 250 $ de plus par once d’or produite.

Ainsi, le coût de revient de 564 $ plus le coût en capital de 250 $ équivaut maintenant à 814 $ l’once. Mais cela n’inclut pas les dépenses supplémentaires qui feraient grimper le coût total réel de la mine de Pueblo Viejo à plus de 900 $ l’once. Ce n’est que mon calcul simple qui ne devrait pas être comparé à la comptabilité plus complexe de la valeur actuelle nette de cette industrie. Même si la mine Pueblo Viejo est la mine d’or la moins coûteuse de Barrick, le coût total de la production d’or de Barrick l’an dernier a été de 1 125 $ l’once, à mettre en perspective du prix mondial au comptant de 1 251 $. Encore une fois, c’est ma simple « analyse du seuil de rentabilité du revenu net ».

Quoi qu’il en soit, la mine Pueblo Viejo est une mine complexe très avancée qui a traité 7,5 millions de tonnes de minerai pour produire 1,1 Moz d’or l’année dernière. Selon le rapport sur le développement durable 2016 de Barrick, la mine Pueblo Viejo a consommé les éléments suivants en 2016 :

Pueblo Viejo Mine Matériaux et énergie consommés :

  • 4,9 milliards de gallons d’eau
  • 3 100 tonnes métriques de cyanure
  • 338 000 tonnes métriques de chaux
  • 18,7 millions de GigaJoules d’énergie (3,1 millions de barils d’équivalent pétrole)

Il y a beaucoup d’autres matériaux qui ne sont pas inclus dans cette liste, mais la capacité à produire de l’or à la mine Pueblo Viejo n’est possible qu’à partir d’une chaîne d’approvisionnement très complexe. La majorité des matériaux et de l’énergie consommés par la mine de Pueblo Viejo doivent être transportés vers l’île de la République dominicaine, dans les Caraïbes.

Par exemple, la flotte d’équipement minier de Barrick à la mine Pueblo Viejo comprend ce qui suit (info from OSIsoft Report) :

  • 34 camions de transport CAT 789
  • 2 pelles Hitachi 3600
  • 3 CAT 994F Chargeurs frontaux
  • 30 équipements de soutien

Le budget d’entretien estimé pour la flotte de camions de transport est de 18 millions de dollars. Et quand l’un des 34 camions est hors service, cela coûte un sacré paquet d’argent. Le coût d’immobilisation du camion est de 700 $ l’heure. Les six pneus utilisés par le camion CAT 789 Haul coûtent environ 30 à 40 000 $ pièce et durent un peu plus d’un an. Le camion CAT 789 Haul consomme environ 7,5 litres de gasoil tous les kilomètres.

CAT 797F transporté par une remorque Mercedes

Maintenant, l’image sélectionnée (ci-dessus) que j’ai utilisée pour cet article n’est pas le CAT 789 ; c’est le CAT 797. Le CAT 797 pèse deux fois plus que le CAT 789, utilisé à la mine Pueblo Viejo. Cependant, je voulais juste donner une idée de la taille de ces camions d’exploitation.

De plus, l’extraction, l’excavation et le transport du minerai hors de la mine de Pueblo Viejo sont contrôlés par des systèmes informatisés de haute technologie. Le transport du minerai par la grande flotte de camions est surveillé par une technologie de pointe qui conçoit la méthode la plus efficace pour extraire le minerai de la mine, de sorte que très peu de temps est gaspillé. Encore une fois, le temps c’est de l’argent.

Nous devons nous rappeler que plus une technologie est utilisée dans un système, plus elle devient complexe et fragile. Bien sûr, la technologie permet de faire fonctionner de grandes opérations de manière plus efficace et plus rapide, mais l’inconvénient est que si une ou plusieurs parties critiques sont supprimées, le système d’exploitation minier complexe se décompose. Qu’adviendrait-il de la production d’or à la mine Pueblo Viejo si le cyanure devient rare ? Sans le cyanure, le traitement du minerai d’or s’arrête.

Même si j’ai fourni un exemple du coût énorme et des quantités massives de capital nécessaires pour produire de l’or dans une mine, jetons un coup d’œil à ce qui se passe dans les huit plus importantes sociétés minières d’or au monde.

Coûts et augmentation des dépenses d’immobilisations du Top 8 des sociétés minières aurifères

Il est assez étonnant de voir combien il en coûte aujourd’hui pour produire une once d’or par rapport au début du siècle. L’énorme augmentation du coût total de production de l’or est la raison pour laquelle le prix est presque cinq fois plus élevé. Malheureusement, de nombreux analystes des métaux précieux suggèrent que l’augmentation du prix de l’or est due soit au sentiment du marché, soit à l’augmentation de la demande. J’ai déclaré dans plusieurs articles que l’augmentation considérable du prix de l’or était due à la hausse du prix du pétrole :

Cependant, d’autres facteurs influent également sur le coût de production de l’or. Par exemple, l’industrie minière aurifère doit maintenant déplacer beaucoup plus de minerai pour produire la même quantité d’or qu’en 2000 [Loi des rendements décroissants, NdT]. Le graphique suivant montre la chute du rendement dans la plus grande mine aurifère de 2005 à 2013 :

En huit ans seulement, les cinq premiers producteurs d’or ont connu une baisse de près de 30% du rendement moyen en or, passant de 1,68 g / t (grammes par tonne) à 1,2 g / t. Si nous revenions cinq années encore avant 2000, j’imagine que ce serait plus proche d’une baisse de 40% du rendement moyen. Ainsi, il faut maintenant traiter 40% de minerai de plus pour produire la même quantité d’or aujourd’hui. Ce qui signifie qu’il faut maintenant beaucoup plus d’énergie et de matériaux pour produire de l’or aujourd’hui qu’il y a 16 ans.

Le tableau suivant met en perspective l’augmentation du coût de production de l’or aujourd’hui par rapport à 2000 :


Ce graphique montre l’augmentation du « coût des marchandises vendues » pour la production d’or dans les huit plus importantes sociétés minières aurifères au monde. Même si de nombreuses entreprises ont vu leur « coût de marchandises vendues » chuter depuis le sommet atteint en 2013, le chiffre global reste encore beaucoup plus élevé qu’en 2000. Certaines entreprises figurant dans le tableau ci-dessus ont vu leur « coût de marchandises vendues » augmenter de manière significative car elles ont augmenté leur production d’or de manière substantielle. Cependant, Barrick n’avait pas cette excuse.

Barrick a produit 5,9 Moz d’or avec un coût de 553 millions de dollars comparativement à 5,4 milliards de dollars en 2016 pour une production d’or de 5,5 Moz. Ici, nous pouvons voir que le « coût de marchandises vendues » de Barrick a été multiplié par dix alors que la production est à peu près la même.

Selon les données de YCharts.com et les rapports annuels de ces entreprises, le coût total de l’or vendu en 2000 était de 4,9 milliards de dollars (4 953 millions de dollars) contre 23,6 milliards de dollars (23 588 millions de dollars) en 2016 :

Maintenant, ce qui est étonnant à propos des chiffres dans le tableau ci-dessus, c’est que le chiffre du « coût de marchandises vendues » a plus que quadruplé alors que la production totale d’or dans le groupe n’a augmenté que de 2 Moz. Le prix des marchandises vendues par les huit principaux chercheurs d’or est passé de 206 $ l’once en 2000 à 907 $ l’an dernier. L’énorme augmentation du coût de production de l’or est la raison même pour laquelle le prix est passé de 279 $ en 2000 à 1251 $ en 2016. Regardons la comparaison.

Coût des marchandises vendues par rapport à l’or

  • 2000 vs 2016 Coût des biens vendus = augmentation par 4,4
  • 2000 vs 2016 Prix de l’or = augmentation par 4,5

Donc, si nous supprimons toutes les forces de l’offre et de la demande de l’équation, il est assez surprenant que le prix de l’or soit en hausse du même montant que le coût de production de l’or. Cependant, nous devons également regarder la hausse des dépenses en capital. Au cours de la même période, les dépenses d’investissement totales des huit principaux exploitants de mines d’or sont passées de 1,7 milliard de dollars (1 723 millions de dollars) en 2000 à 6,1 milliards de dollars (6 088 millions de dollars) en 2016 :


Encore une fois, nous pouvons voir que le total des dépenses en capital (CAPEX) est passé de 72 $ l’once en 2000 à 234 $ l’once en 2016, alors que la production globale n’a augmenté que de 2 Moz. Les dépenses d’investissement du groupe n’ont augmenté que par 3,2 par rapport à 4,4 du « coût des marchandises vendues », mais cela montre qu’il en coûte beaucoup plus d’argent pour soutenir ou remplacer la production.

Si nous comprenons que la valeur actuelle de l’or est liée à son coût de production, alors nous nous rendrons compte qu’elle a un prix plancher. Bien sûr, le prix de l’or pourrait atteindre un sommet plus bas, mais son prix annuel moyen est resté proche (ou supérieur) de son coût de production depuis un certain temps.

Ce tableau représente mon « analyse du seuil de rentabilité nette rajustée » pour Barrick et Newmont, les deux plus importantes sociétés aurifères au monde. Comme je l’ai mentionné plus tôt, le coût de la production d’or de Barrick en 2016 était de 1 125 $, alors que le prix au comptant était de 1 251 $. Ainsi, le marché a valorisé l’or au-dessus de son coût de production (dans ces deux sociétés) depuis au moins 2000.

Enfin, l’industrie minière aurifère a besoin d’une grande quantité de matériaux, de pièces de rechange, d’énergie ainsi que d’un système de chaîne d’approvisionnement très complexe pour produire le précieux métal jaune. Si une partie de la chaîne d’approvisionnement tombe en panne, il devient alors extrêmement difficile ou impossible de produire de l’or. Bien qu’il existe de nombreuses fragilités dans l’industrie moderne de l’or high-tech, je crois que l’énergie est la plus cruciale.

Une fois que le monde commencera à connaître une baisse de la production mondiale de pétrole, le vaste système de la chaîne d’approvisionnement commencera à s’effondrer. Cela aura un impact sur les plus grandes mines. J’écrirai plus à ce sujet et aussi pourquoi un approvisionnement global de pétrole en baisse poussera le prix de l’or beaucoup plus haut.

Note de Ugo Bardi

Cet article illustre un thème typique du blog « Cassandra's Legacy », le fait que toutes les entreprises humaines sont dynamiques ; elles évoluent et s'adaptent aux défis générés par l'environnement.

En particulier, l'industrie minière suit un cycle dynamique typique d'exploitation généré par la baisse progressive des profits provenant de l'extraction de minerais de moins en moins concentrés. C'est vrai pour le pétrole brut et c'est aussi vrai pour l'or. Ce dernier est peut-être le minerai extrait aujourd'hui aux concentrations les plus basses possibles. Pour l'or, la concentration (ou la teneur du minerai, si vous préférez) est le paramètre crucial qui détermine le coût de production. En conséquence, l'industrie minière de l'or est particulièrement fragile et vulnérable à l'épuisement, couplé à l'oscillation du marché. La situation actuelle est expliquée en détail par Steve Rocco dans ce post passionnant et informatif.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-fragilite-de-lindustrie-miniere-aurifere

 

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