Couac furtif

Couac furtif

19 Octobre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Etats-Unis, #Moyen-Orient, #Russie

Dans la course pour la suprématie militaire mondiale entre l’aigle, l’ours et le dragon, un intéressant article a paru sur la relative inutilité des avions furtifs dans la guerre moderne. Ce qui était valable dans les années 80 ne l’est plus vraiment aujourd’hui pour un certain nombre de raisons, parmi lesquelles l’état d’avancement des radars et des systèmes antiaérien. Nous en donnions un avant-goût l’année dernière :

Tout amateur de rugby sait que le noble sport fonctionne par phase : à certaines époques, les attaques prennent le pas sur les défenses ; à d’autres, c’est l’inverse. Au rugby-champagne des années 90, les entraîneurs de ce jeu infini et complexe ont répondu par la mise en place de systèmes défensifs très élaborés. Il en est de même dans l’éternelle course-poursuite de l’armement entre l’attaque (aviation, missiles) et la défense (systèmes anti-aérien et anti-missiles). Amusante coïncidence, les périodes sont relativement similaires.

Les années 90 ont marqué l’apogée de l’attaque, du pouvoir absolu des airs. Durant la première guerre du Golfe (1991), les avions furtifs et missiles américains sont entrés comme dans du beurre irakien ; la guerre du Kosovo (1999) a, pour la première (et dernière ?) fois de l’histoire, vu la victoire de la seule aviation, sans hommes à terre. Cette « dictature du ciel » a alors provoqué, plus qu’une prise de conscience, une véritable révolution mentale dans les principaux états-major de la planète.

Les Russes ont été les premiers à relever le défi avec la création et la fabrication de systèmes anti-aérien et anti-missiles extrêmement performants : les fameux S300 puis S400. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, les labos russes mettent la dernière touche aux S500, capables d’intercepter simultanément jusqu’à 10 missiles balistiques ou hypersoniques volant à Mach 5, et dont le temps de réaction sera de 4 secondes (contre 10 pour le S-400 et… 90 secondes pour l’antique Patriot américain !) On comprend dans ces conditions que l’OTAN soit « préoccupée », le bras armé US faisant déjà face, avec les S300 et S400, à ce que les analystes appellent des « bulles de déni ».

L’article d’Atimes rebondit sur la question et remet en cause l’utilité du programme furtif US face à des systèmes antiaérien toujours plus performants. D’autant que le coût du projet est littéralement astronomique (1 500 milliards de dollars rien que pour le F-35). Pas fous, Russes et Chinois sont loin d’avoir tout misé sur la technologie furtive ; si les premiers développent le PAK-50 et les seconds ont déjà sorti le Chengdu J-20, ils préfèrent fortifier la défense, bien moins onéreuse et plus efficace.

Au printemps dernier, après le false flag de Khan Cheikhoun et la mini-crise américano-russe qui en a découlé, nous relevions un fait intéressant :

Plus embêtant encore pour les Follamours, les Etats-Unis ont dû réduire assez drastiquement leurs sorties aériennes en Syrie contre l’EI par crainte de possibles représailles russes. Rappelons que Poutine a officiellement coupé le canal de communication visant à éviter les incidents aériens. Théoriquement, tous les coups sont permis dorénavant. Les bombardiers qui sortent encore, maintenant accompagnés par une escorte de F22, sont « lockés » par les radars russes (lire sur ce lien les commentaires souvent croustillants et acerbes venant des quatre coins du monde). Comble de l’ironie, il se pourrait même (le conditionnel reste de mise) que le F22, ce chasseur « furtif » qui a coûté une véritable fortune, soit lui aussi fixé par les radars de ces maudits Ivan…

Coïncidence ou pas, il s’est encore passé quelque chose d’intrigant dans le ciel syrien il y a quelques jours. Le 16 octobre, un énième incident aérien a eu lieu entre Tel Aviv et Damas, des jets israéliens bombardant une batterie antiaérienne prétextant un tir syrien contre deux avions ayant auparavant survolé le Liban. Jusqu’ici, rien que de très habituel même si l’affaire était presque concomitante à la visite de Choïgu en Israël, ce que d’aucuns ont vu comme une petite démonstration de force vis-à-vis de Moscou (précisons tout de même que les Russes ont été prévenus de l’attaque).

Manque de bol pour Bibi la Terreur, il y a comme un air de couac. Que le ministre syrien de la Défense déclare que l’un des deux F-35 israéliens ait été touché par un missile participe de la traditionnelle guerre de l’information et il est difficile de confirmer ou d’infirmer les dires de Damas. Plus intéressant, la presse israélienne a reconnu que le même jour, un F-35 avait été endommagé par… des oiseaux (!) et qu’il prenait la direction du garage.

D’ici à penser que l’avion a en réalité été touché par un vieux S200 syrien de l’époque soviétique, démontrant encore une fois l’inanité du chasseur furtif le plus cher de l’histoire, il n’y a qu’un pas que beaucoup envisagent de franchir.

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/

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Derrière les affaires Sarkozy et Lafarge

Entretien avec Thierry Meyssan

Derrière les affaires Sarkozy et Lafarge

Si la presse ne s’intéresse plus au Moyen-Orient élargi depuis la chute de Raqqa qu’elle interprète à tort comme la défaite du jihadisme, les magistrats français travaillent désormais sur deux affaires venues d’Orient : le présumé financement par la Libye de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy et le présumé achat de pétrole à Daesh par Lafarge. Deux instructions qui, pour le moment, n’ont pas abordé le fond des dossiers.

| Damas (Syrie)

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Serge Marchand : Deux des affaires que vous évoquez dans Sous nos yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump font actuellement l’objet de poursuites judiciaires en France. Pouvez-vous nous en parler ? Commençons par le financement présumé de la campagne électorale du président Sarkozy par la Jamahiriya arabe libyenne.

Thierry Meyssan : Durant l’attaque de la Libye, État souverain membre des Nations unies, par le Royaume-Uni, la France et leurs alliés, j’ai constitué à Tripoli un groupe de travail gouvernemental pour reconstituer les affaires qui pourraient être évoquées pour rappeler Paris à l’ordre. Nous avons rassemblé des preuves dans plusieurs affaires —libyennes, tunisiennes et égyptiennes— dont celle du financement de la campagne électorale présidentielle de 2007. Ce groupe comprenait notamment le fonctionnaire qui a opéré les versements en main propre aux émissaires de Nicolas Sarkozy.

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Fabrice Arfi et Karl Laske ont poursuivi la même enquête [1]. Comme ils n’ont pas eu accès aux preuves de ce pacte, ils ont reconstitué en détail les circuits de transfert de fonds.

Contrairement à ce qui est paru dans la presse, il n’y a jamais eu de preuves écrites de cet arrangement, mais il existe des preuves audio. Elles sont aujourd’hui détenues par un collaborateur du Guide Mouamar Kadhafi qui a ainsi pu échapper à la vindicte de l’Otan et s’est réfugié aujourd’hui dans un autre État africain. Il existe par contre des traces de certains transferts de fond, que la Justice pourra aisément vérifier à partir des informations de Fabrice Arfi et de Karl Laske

Dans cette affaire, les poursuites pénales contre Nicolas Sarkozy sont légitimes car il a bien illégalement financé sa campagne électorale en violant le plafond prévu par la loi, en la finançant avec des fonds étrangers et au détriment de ses concurrents. Mais elles sont injustes car elles ne concernent que lui et pas un autre candidat qui a également bénéficié du même argent, quoique pour un montant de moitié du sien. Si l’on applique la loi, on doit l’appliquer à tous lorsqu’on a les éléments pour cela, ou laisser Monsieur Sarkozy tranquille.

Comme je l’ai souvent déclaré publiquement et écris, Ségolène Royal s’est rendue coupable de la même infraction avec l’aide de l’ancien président du Conseil constitutionnel Maître Roland Dumas…

Serge Marchand : Dans votre livre, vous citez Ségolène Royal, mais pas le nom de Roland Dumas [2]…

Thierry Meyssan : Et bien c’est fait. D’un commun accord, l’éditeur français et moi avons masqué les noms de quelques personnalités française pour éviter qu’elles ne lancent des poursuites en diffamation. Mais ces noms sont lisibles dans les éditions étrangères. Je vais les publier sur notre site ce qui n’engagera pas la responsabilité juridique de mon éditeur. L’important est que les faits que j’ai relatés n’aient pas été contestés.

Au demeurant, je fais la différence entre Roland Dumas, le militant anti-impérialiste pour qui j’éprouve un profond respect, et le même Roland Dumas, aventurier, que nous traînons comme un boulet.

Je reviens à mon propos. Non seulement je ne considère pas en l’état les poursuites contre Nicolas Sarkozy comme justes, mais sachant que presque tous les autres candidats ont également cherché de l’argent d’autres gouvernements étrangers, et que ceci se pratique depuis des lustres, je pense qu’il a simplement été plus malin que ses concurrents et a obtenu plus qu’eux. Malheureusement ce système est la conséquence de notre conception erronée de la Démocratie. Un autre aspect, dont personne ne parle, me choque beaucoup plus : selon la totalité des collaborateurs du Guide, le président Sarkozy et Madame Royal ont tous deux pris l’engagement qu’une fois élus, ils feraient « annuler » la condamnation d’Abdullah Senussi dans l’affaire du vol 772 d’UTA.

Abdullah Senussi est le beau-frère de Mouamar Kadhafi et était le chef des services secrets intérieurs. Durant la guerre du Tchad, en 1989, il avait commandité cet attentat qui coûta la vie à 170 personnes. Tripoli considérait que c’était un acte de guerre et qu’il ne devait donc pas faire l’objet d’une condamnation pénale. Personnellement, je pense comme les magistrats français, que si c’était un acte durant la guerre ce n’était pas un acte de guerre car il était dirigé délibérément contre des civils. Au demeurant, chacun sait que Senussi et moi ne nous entendions pas du tout.

S’engager à « annuler » cette condamnation ne pouvait signifier qu’amnistier le condamné —ce qui est possible au plan constitutionnel, mais pas politiquement— ou pire, manipuler la Justice française —ce qui est contraire à la responsabilité constitutionnelle du président de la République—. Ce faisant, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont montré qu’ils étaient tous deux indignes de cette fonction.

Serge Marchand : La seconde affaire, c’est celle de Lafarge [3]. Cette société est poursuivie par d’anciens employés pour ne pas les avoir régulièrement payés et pour avoir acheté du pétrole à Daesh [4]. Laurent Fabius, pourrait être entendu dans le cadre de l’instruction.

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Thierry Meyssan : Là encore, nous sommes en face d’une vaste hypocrisie. J’ignore si c’est le Parquet qui a limité ainsi l’instruction ou si ce sont les juges d’instruction eux-mêmes qui se sont rognés les ailes. Le problème est complétement différent.

L’usine de Jalabiyeh (à la frontière turque, au nord d’Alep) ne fonctionnait pas au pétrole, mais au coke. Durant deux ans, les services secrets turcs, le MIT, ont affrété des trains pour la livrer en charbon.

Le quotidien Le Monde a reconnu que durant deux ans, l’usine fonctionnait à plein régime. Or, il n’était pas possible de transporter de marchandise de cette zone vers celle contrôlée par Damas, on avait arrêté toute construction civile dans la zone des jihadistes, et il n’y a pas d’exportation vers la Turquie. Alors pourquoi produire et qu’est devenu ce ciment ?

La réponse est simple. Il était utilisé par les jihadistes pour construire des fortifications [5]. On est alors passé à une guerre de position, non pas avec des tranchées, mais avec des bunkers souterrains. Cette stratégie avait été décrite par Abou Moussab «  Le Syrien  » dans son livre de 2004, La Gestion de la barbarie [6].

La quantité de ciment produite par Lafarge à Jalabiyeh et remise aux jihadistes est équivalente à celle utilisée par le Reich allemand pour construire la ligne Siegfried. Ce sont ces bunkers que l’armée de l’air russe est venue détruire avec des bombes pénétrantes.

En 2013, Daesh n’existait pas encore sous sa forme d’État non reconnu. Les jihadistes étaient divisés en de multiples groupes, mais leurs opérations militaires étaient coordonnées de facto par le centre de commandement des Forces terrestres de l’Otan (LandCom) à Izmir (Turquie). Ainsi ont-ils pu bénéficier des conseils des ingénieurs de l’Otan pour construire ces installations.

Laurent Fabius était évidemment un acteur de cette opération…

Serge Marchand : Nicolas Sarkozy y est-il aussi mêlé ?

Thierry Meyssan : Non, pas du tout. L’affaire Lafarge a débuté sous la présidence de François Hollande, l’ex-compagnon de Ségolène Royal. Le président Sarkozy avait conclu un accord de paix avec la Syrie après la libération de Baba Amr où les jihadistes avaient déjà proclamé un Émirat islamique.

À l’époque donc, Laurent Fabius et le général Benoît Puga pensaient que la France et ses alliés renverseraient la République arabe syrienne et placeraient au pouvoir le général Manaf Tlass [7]. Or, le frère de Manaf, Firas, était administrateur de l’usine de Jalabiyeh.

Serge Marchand : Tous deux sont les fils de l’ancien ministre syrien de la Défense, le général Moustapha Tlass.

Thierry Meyssan : Absolument, mais Moustapha Tlass, lui, ne s’est jamais dressé contre la République et n’a jamais soutenu les jihadistes.

Il importe de savoir que par le passé, Hillary Clinton avait été avocate, puis administratrice de Lafarge et qu’à l’époque de Saddam Hussein, cette société avait travaillé avec la CIA pour transporter illégalement des armes en Irak et préparer la guerre.

Évidemment, si l’instruction s’intéressait à ces faits, elle se heurterait immédiatement au Secret-Défense, seul moyen de protéger le gouvernement Hollande pour qu’il n’ait pas à rendre de compte sur la guerre qu’il a coorganisé en Syrie et sur ses relations avec les jihadistes.

Tous ces éléments et beaucoup d’autres sont présents dans mon livre. Je m’étonne qu’aucun magistrat n’ait eu la curiosité de le lire.

Serge Marchand : Je vous remercie.

Même si vous croyez a priori que Thierry Meyssan n’est pas un journaliste mais un romancier et que vous ne le prenez donc pas au sérieux, son livre expose le point de vue russo-arabe sur 15 années de guerre que la presse occidentale a toujours refusé de vous expliquer. Et pour cause.
Sous nos yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump.

Et si vous aimez l’humour involontaire :
Mediapart : le complotisme au petit pied, Étienne Gernelle, Le Point, le 19 octobre 2017.
Pour la petite histoire, Étienne Gernelle doit toute sa carrière à Franz-Olivier Giesbert. Ce dernier succéda à Roland Dumas dans le lit de la sœur de Manaf et Firas Tlass. Le monde est petit.

[1] Avec les compliments du guide, Fabrice Arfi et Karl Laske, Fayard, 2017.

[2] Voir Sous nos yeux, Thierry Meyssan, Demi-Lune, 2017, p. 26.

[3] Ibid, pp. 88-90 pour le point de vue français, p. 95 pour le point de vue russe, et p. 250 pour celui des États-Unis.

[4] Les e-mails de Daesh figurant au dossier d’instruction ont été initialement publiés par le site Zaman Al-Wasl, puis retirés avant la publication de l’article du Monde. Ils sont toujours consultables sur le site du Réseau Voltaire : “Lafarge-Holcim e-mails”.

[5] « Révélations : le jihad de Lafarge-Holcim », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 24 mars 2017.

[6] La Gestion de la barbarie a été signée sous le pseudonyme d’Abu Bakr Naji. Les spécialistes ne s’accordent pas sur la véritable identité de l’auteur. Pour les experts de la chaîne de télévision publique saoudienne, ce serait le responsable de la propagande d’Al-Qaïda, Abou Jihad al-Masri. Au contraire, selon d’autres spécialistes, dont Thierry Meyssan, ce livre ne ressort pas de la propagande, mais de l’art militaire. Il est imputable au même auteur que l’Appel à la résistance islamique mondiale, Abou Moussab «  Le Syrien  ». Ce jihadiste avait obtenu l’asile politique en France sous la présidence Mitterrand. Il est connu pour avoir adapté la « stratégie de la tension » au jihad. Il a dirigé l’Islamic Conflict Studies Bureau, à Madrid et à Londres ; une structure identique à ce que fut Aginter Press (attentat de la Piazza Fontana) dans les années 70. Ibid, p. 118.

[7] Actuellement Laurent Fabius est président du Conseil constitutionnel et le général Puga est Grand chancelier de la Légion d’honneur. Ils sont placés en 8ème et 17ème position dans l’ordre protocolaire de la République.

 

Les Vingt-huit veulent couper les aides à la Turquie

Les Vingt-huit veulent couper les aides à la Turquie

EU_Turkey_flags_mosque_CREDIT[Ege Gocmen_Shutterstock]

Faute de consensus sur l’arrêt des négociations d’adhésion avec la Turquie, les chefs d’État et de gouvernement s’orientent vers une suspension de l’aide financière à Ankara.

La question des relations avec la Turquie s’est invitée au dîner des chefs d’État et de gouvernement le 19 octobre, lors du sommet européen à Bruxelles.

Dans les conclusions du sommet, les vingt-huit ont expliqué avoir « tenu un débat sur les relations avec la Turquie », sans autres précisions.

Arrêt des négociations

Lors de sa conférence de presse, la chancelière allemande Angela Merkel a reconnu qu’il n’y avait toujours pas pour l’heure de majorité au Conseil permettant de suspendre le processus d’adhésion avec la Turquie. «  Il y a tous les points de vue au Conseil », a-t-elle souligné.

En dépit de l’absence de consensus sur la question de l’arrêt des négociations,, les chefs d’État et de gouvernement se sont accordés sur la question des fonds de pré-adhésion, et vont demander à la Commission de soumettre une proposition permettant leur suspension.

Ankara s’en prend à Merkel sur l’adhésion de la Turquie à l’UE

Le porte-parole du président turc Recep Tayyip Erdogan a reproché lundi un « manque de vision » et une « soumission au populisme » à la chancelière allemande Angela Merkel qui s’est dite favorable à un arrêt des négociations sur l’adhésion de la Turquie à l’UE.

Les fonds de pré-adhésion sont destinés aux pays candidats ou aux candidats potentiels à l’adhésion à l’UE. Ce soutien financier est destiné à aider les pays candidats à faire évoluer leur économie ainsi que leur administration pour répondre aux critères européens.

Outre la Turquie, dont le processus d’adhésion a commencé en 2005, 6 pays de la région des Balkans bénéficient également de ce soutien financier. (Monténégro, Serbie, Bosnie, Macédoine, Albanie et Kosovo).

Pour la période 2014-2020, l’UE a prévu un budget total de 11,7 milliards d’euros pour ces 7 pays en processus d’adhésion, dont une majeure partie est fléchée vers la Turquie (4,45 milliards d’euros).

Basculement

« La Turquie est en train de s’éloigner de plus en plus des conditions nécessaires à l’adhésion à l’Union européenne », a affirmé la chancelière.

Pourtant, les appels à l’arrêt des négociations ne sont pas majoritaire au Conseil. Si l’Autriche a demandé de manière répétée l’arrêt des négociations, d’autres pays sont farouchement opposés à la solution radicale.

Pour Juncker, la Turquie «s’éloigne de l’Europe à pas de géants»

La Turquie s’éloigne à « pas de géants » de l’Europe et c’est entièrement de la faute du « système Erdoğan », a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

C’est le cas de la Bulgarie, qui prendra la présidence tournante de l’Union européenne dès le 1er janvier 2018. Lors du sommet, le Premier ministre bulgare, Boïko Borissov a rappelé l’opposition de son pays à l’arrêt du processus. « Pendant la présidence bulgare, l’arrêt définitif des négociations d’adhésion ne devra pas être mentionné ».

Accord sur les réfugiés

L’inquiétude des dirigeants européens sur les relations avec la Turquie a grimpé d’un cran depuis la tentative ratée de coup d’État du 15 juillet 2016. Depuis, la dérive autoritaire du président Recep Tayyip Erdoğan s’est accélérée.

Mais si des voix s’élèvent pour dénoncer les purges opérées par le régime et le non-respect de l’État de droit, l’UE reste liée à son partenaire turc par l’accord sur les réfugiés.

Angela Merkel a d’ailleurs confirmé que cette possible suspension des fonds de pré-adhésion ne remettait pas en cause les 3 milliards d’euros que l’UE a promis à la Turquie dans l’accord sur les réfugiés.

L’Allemagne piégée par l’accord UE-Turquie

Angela Merkel défend toujours l’accord sur les réfugiés, malgré une opposition croissante aux niveaux national et européen. Un article d’Euractiv Allemagne.

 

https://www.euractiv.fr/section/migrations/news/les-vingt-huit-veulent-couper-les-aides-a-la-turquie/

Togo : l’opposition reconduit son appel à manifester au lendemain de nouveaux affrontements

Togo : l’opposition reconduit son appel à manifester au lendemain de nouveaux affrontements

Lomé a connu jeudi un deuxième jour d’affrontements entre forces de l’ordre et militants de l’opposition. La marche prévue prévue par cette dernière sur le siège de la Cedeao dans la capitale togolaise n’a finalement pas pu se tenir.

Les manifestations se suivent et se ressemblent ces jours-ci au Togo. Au point que les comptes-rendus de ces face-à-face violents entre militants de l’opposition et forces de l’ordre tendent à se banaliser. Seuls finalement les décomptes diffèrent, très peu cependant, d’un jour à un autre. Pour ce 19 octobre, une chose à retenir en fin de compte : la marche sur les bureaux loméens de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) n’a pas eu lieu.

Et pour cause, comme la veille, les forces de l’ordre ont fait respecter la décision du gouvernement de ne plus autoriser les marches en semaine. Le bilan diffère d’un camp à un autre : trois morts, 44 blessés par balle et 36 par bastonnade selon l’opposition ; aucun mort ni blessé d’après le gouvernement.

Seule certitude cependant, le 19 octobre dans la soirée, la capitale avait repris un semblant de vie. La circulation était un peu plus importante que la veille à la même heure. Mais la ville porte toujours les stigmates des affrontements de la matinée dans plusieurs zones, notamment le quartier populaire de Bè, dans l’est de la ville.

Lueur d’espoir

La mobilisation de la communauté internationale commence à s’intensifier pour aider les frères ennemis togolais à trouver un terrain d’entente. Le 18 octobre, le chef de l’État béninois, Patrice Talon, a effectué une visite-éclair à Lomé. Il a rencontré à l’aéroport son homologue togolais pendant quelques heures à l’abri des caméras.

Si rien n’a filtré de cette deuxième rencontre en une semaine entre les deux hommes, il est clair que les événements qui se déroulaient à quelques kilomètres du salon présidentiel de l’aéroport étaient au centre des discussions.

Et pour la première fois depuis le début de la crise il y a très exactement deux mois, Tikpi Atchadam s’est montré plutôt favorable à des efforts de médiation. « Je n’ai pas rencontré Patrice Talon mais j’en profite pour le remercier de sa démarche », a indiqué leader du Parti national panafricain (PNP) au micro de RFI.

Appel à Emmanuel Macron

Sur les ondes, il a lancé un appel à Emmanuel Macron pour « mettre son poids dans la balance ». La France appelle depuis le début de la crise les différents protagonistes à privilégier la solution du dialogue pour résoudre la crise, comme l’a encore rappelé le 19 octobre Agnès Romatet-Espagne, porte-parole du Quai d’Orsay.

Dans le camp du gouvernement, on réaffirme l’ouverture au dialogue. « Nous pouvons faire l’économie de ces morts et de ces blessés parce que le sang a trop coulé au Togo », a indiqué Guy Madjé Lorenzo, ministre de la Communication, appelant l’opposition à rejoindre la table des discussions.

Il a aussi annoncé que « les éléments [des forces de l’ordre] qui ont commis des dérapages ont été sanctionnés par leur hiérarchie ».

Les Togolais se réveillent ce vendredi 20 octobre dans l’angoisse de voir se poursuivre les scènes de violence de ces derniers jours, l’opposition ayant renouvelé son appel à la marche. Tous espèrent un miracle qui permettrait aux deux camps de trouver un consensus pour sauver ce qui peut encore l’être de la cohésion sociale du pays.

 

http://www.jeuneafrique.com/484909/politique/togo-lopposition-reconduit-son-appel-a-manifester-au-lendemain-de-nouveaux-affrontements

Un monde en péril. Une interview de Noam Chomsky.

Un monde en péril. Une interview de Noam Chomsky.


Interviewé par David Barsamian – Le 3 octobre 2017 – Source Tomdispatch

David Barsamian : – Vous avez  déjà parlé de la différence entre la bouffonnerie de Trump, qui est sans cesse couverte par les médias, et les politiques qu’il s’efforce d’adopter, qui reçoivent moins d’attention. Pensez-vous qu’il a des objectifs de politique économique ou internationale cohérents ?  Qu’est-ce que Trump a réussi à accomplir dans ses premiers mois au pouvoir ?

Noam Chomsky : –  Il y a un processus de diversion en cours, peut-être juste un résultat naturel dû aux caractéristiques du personnage central et à ceux qui font le travail en arrière plan.

À un certain niveau, les pitreries de Trump font en sorte que l’attention se concentre sur lui, et peu importe la manière. Qui se souvient encore de l’accusation selon laquelle des millions d’immigrants clandestins auraient voté pour Clinton, privant le pathétique petit homme de sa grande victoire ? Ou l’accusation selon laquelle Obama aurait mis sur écoute la Trump Tower ? Les affirmations en elles-mêmes n’ont pas vraiment d’importance. Il suffit que l’attention soit détournée de ce qui se passe en arrière-plan. Là, hors de portée des projecteurs, la frange la plus sauvage du Parti républicain avance avec soin les politiques destinées à enrichir sa véritable circonscription : la circonscription du pouvoir privé et de la richesse, « les maîtres de l’humanité », pour reprendre la phrase d’Adam Smith.

Ces politiques vont nuire à la population générale et dévaster les générations futures, mais cela ne préoccupe guère les Républicains. Ils ont essayé de faire adopter des lois toutes aussi destructrices pendant des années. Paul Ryan, par exemple, a longtemps annoncé son idéal d’éliminer virtuellement le gouvernement fédéral, à l’exception du service militaire – bien que dans le passé, il ait emballé ses propositions dans des feuilles de calcul afin qu’elles aient l’air sérieuses pour les commentateurs. Maintenant, alors que l’attention est concentrée sur les dernières folies de Trump, le gang Ryan et la branche exécutive verrouillent la législation pour saper les droits des travailleurs, paralyser la protection des consommateurs et nuire gravement aux communautés rurales. Ils cherchent à dévaster les programmes de santé, à diminuer les impôts qui permettent de les financer de manière à continuer à enrichir leurs soutiens politiques et à éviscérer la loi Dodd-Frank, qui impose des contraintes bien nécessaires au système financier prédateur qui s’est développé pendant la période néolibérale.

Ce n’est qu’un exemple de la façon dont la massue de démolition est brandie par le Parti républicain qui est de nouveau au pouvoir. En effet, ce n’est plus un parti politique au sens traditionnel du terme. Les analystes politiques conservateurs, Thomas Mann et Norman Ornstein, l’ont décrit plus précisément comme une « insurrection radicale », qui a abandonné la politique parlementaire normale.

Une grande partie de ce travail se déroule furtivement, en séances à huis clos, avec le moins de publicité possible. D’autres politiques républicaines sont plus ouvertes, comme se retirer de l’accord de Paris sur le climat, isolant ainsi les États-Unis et en faisant un État paria qui refuse de participer aux efforts internationaux pour faire face à la catastrophe environnementale imminente. Pire encore, ils ont l’intention de maximiser l’utilisation des combustibles fossiles, y compris les plus dangereux ; de démanteler tous les règlements ; de réduire fortement la recherche et le développement de sources d’énergie alternatives, qui seront bientôt nécessaires pour une survie décente.

Les raisons qui animent ces politiques sont multiples. Certaines sont simplement un retour d’ascenseur aux soutiens financier. D’autres, qui ne préoccupent guère les « maîtres de l’humanité », sont faites pour conserver la confiance du groupe électoral que les Républicains ont rassemblé à la hâte, car les politiques républicaines s’étaient déplacées si loin vers la droite qu’elles n’attiraient plus les électeurs. Par exemple, mettre fin à l’aide à la planification familiale n’est pas un service aux financiers. En effet, ce groupe aurait plutôt tendance à soutenir le planning familial. Mais mettre fin à ce soutien contente la base chrétienne évangélique – des électeurs qui ferment les yeux sur le fait qu’ils préconisent effectivement plus de grossesses non désirées et, par conséquent, augmentent la fréquence de recours à l’avortement, dans des conditions dangereuses et même mortelles.

Tous les dommages ne peuvent être imputés au charlatan qui est théoriquement responsable, à ses nominations extravagantes ou aux forces du Congrès qu’il a déchaînées. Certains des développements les plus dangereux sous Trump remontent aux décisions d’Obama, décisions prises, bien sûr, sous la pression du Congrès républicain.

Le plus dangereux de tout cela a à peine été signalé. Une étude très importante publiée en mars 2017 dans le Bulletin of the Atomic Scientists révèle que le programme de modernisation des armes nucléaires d’Obama a augmenté « d’un facteur d’environ trois le pouvoir destructeur des missiles balistiques étasuniens existants et cela correspond exactement ce que l’on pourrait attendre d’un État doté d’armes nucléaires qui prévoirait d’avoir la capacité de combattre et de gagner une guerre nucléaire en désarmant ses ennemis par une première frappe surprise ». Comme le soulignent les analystes, cette nouvelle capacité compromet la stabilité stratégique dont dépend la survie humaine. Et le bilan effrayant des catastrophes et du comportement imprudent des dirigeants au cours des dernières années montre bien à quel point notre survie est fragile. Ce programme est perpétué par Trump. Ces développements, associés à la menace d’un désastre environnemental, jettent une ombre sur tout le reste – et sont à peine discutés car l’attention est attirée par les performances de l’acteur au centre de la scène.

Il n’est pas facile de discerner si Trump a une idée de ce que lui et ses acolytes font. Peut-être est-il tout à fait authentique : un mégalomane ignorant et fragile, dont la seule idéologie est lui-même. Mais ce qui se passe sous la domination de l’aile extrémiste des Républicains est bien visible.

– Voyez-vous une activité encourageante du côté des Démocrates ? Ou est-il temps de commencer à penser à un troisième parti ?

– Il faut d’abord bien y réfléchir. La caractéristique la plus remarquable de l’élection de 2016 a été la campagne de Bernie Sanders, qui a brisé l’ordre établi aux États-Unis par plus d’un siècle d’histoire politique. Un corpus substantiel de recherches en science politique établit de façon convaincante que les élections sont à peu près acquises ; le financement de la campagne est à lui seul un indicateur remarquable de réussite, tant pour le Congrès que pour la présidence. Il indique également les futures décisions des élus. Par conséquent, une majorité considérable de l’électorat – ceux au bas de l’échelle des revenus – est effectivement privée de ses droits, dans la mesure où ses représentants ne tiennent pas compte de ses préférences. Dans cette optique, la victoire d’une star de la télévision milliardaire avec un soutien médiatique important est peu surprenante : soutien direct de la chaîne câblée de premier plan, Fox News, de Rupert Murdoch, et de la très influente radio de droite ; soutien indirect mais conséquent du reste des grands médias, qui est resté fasciné par les pitreries de Trump et les recettes publicitaires qu’elles ont entraînées.

La campagne Sanders, par contre, a fortement rompu avec ce modèle en vigueur. Sanders était à peine connu. Il n’a pratiquement obtenu aucun soutien des principales sources de financement, a été ignoré ou tourné en dérision par les médias, étiqueté avec le mot effrayant de « socialiste ». Pourtant il est maintenant, et de loin,  la figure politique la plus populaire dans le pays.

Le succès de la campagne Sanders montre au moins que de nombreuses options peuvent être mises en œuvre malgré le cadre biparti institutionnel, malgré toutes les barrières institutionnelles qui s’y opposent. Pendant les années Obama, le Parti démocrate s’est désintégré aux niveaux local et étatique. Le parti avait déjà abandonné en grande partie la classe ouvrière, et même fait pire avec les politiques commerciales et fiscales de Clinton qui ont sapé le secteur manufacturier américain et l’emploi relativement stable qu’il fournissait.

Les propositions politiques progressives ne manquent pas. Le programme développé par Robert Pollin dans son livre Greening the Global Economy est une approche très prometteuse. Le travail de Gar Alperovitz sur la construction d’une démocratie authentique basée sur l’autogestion des travailleurs en est une autre. Des mises en œuvre pratiques de ces approches et des idées associées se concrétisent de différentes manières. Les organisations populaires, dont certaines sont issues de la campagne Sanders, sont activement engagées pour profiter des nombreuses occasions qui s’offrent à elles.

Parallèlement, le cadre biparti établi, bien que vénérable, n’est nullement gravé dans la pierre. Que ces dernières années les institutions politiques traditionnelles déclinent dans les démocraties industrielles sous l’effet de ce qu’on appelle le « populisme » n’est pas un secret. Ce terme est plutôt utilisé pour parler de la vague de mécontentement, de colère et de mépris des institutions qui a accompagné l’assaut néolibéral de la génération précédente qui a conduit à la stagnation de la majorité d’un côté et à la concentration spectaculaire de la richesse dans les mains de quelques-uns de l’autre.

Le fonctionnement démocratique s’érode sous l’effet naturel de la concentration du pouvoir économique, qui se transforme en pouvoir politique par des moyens que l’on connaît bien, mais aussi par des raisons plus profondes et de principe. La doctrine en cours veut que le transfert de la prise de décision du secteur public vers le « marché » contribue à la liberté individuelle, mais la réalité est différente. Le transfert va d’institutions publiques, dans lesquelles les électeurs ont leur mot à dire, dans la mesure où la démocratie fonctionne, aux tyrannies privées – les entreprises qui dominent l’économie – sur lesquelles les électeurs n’ont aucun mot à dire. En Europe, il existe une méthode encore plus directe pour ébranler la menace de la démocratie : faire prendre des décisions cruciales par une troïka non élue – le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et la Commission européenne – qui tient compte des vœux des banques du nord de l’Europe et de la communauté des créanciers, et non pas des électeurs.

Ces politiques sont faites de sorte que la société n’existe plus, la célèbre description de Margaret Thatcher du monde tel qu’elle le perçoit ou, plus précisément, espère le créer : un monde où il n’y a pas de société, seulement des individus. C’était la paraphrase involontaire par Thatcher de la condamnation amère de Marx de la répression en France, qui a laissé la société comme un « sac de pommes de terre », une masse amorphe qui ne peut pas fonctionner. Dans le cas présent, le tyran n’est pas un dirigeant autocratique – au moins en Occident – mais une concentration de pouvoirs privés.

L’effondrement des institutions dirigeantes centristes a été évidente lors des dernières élections : en France, mi-2017, et aux États-Unis quelques mois plus tôt où les deux candidats qui ont mobilisé les forces populaires étaient Sanders et Trump − même si Trump n’a pas tardé à démontrer la fraude de son « populisme » en s’assurant rapidement que les éléments les plus durs de l’ancien établissement seraient solidement installés au pouvoir du luxuriant « marécage ».

Ces processus pourraient conduire à la rupture du monolithique système américain basé sur un parti unique, celui du monde des affaires, divisé en deux factions concurrentes, avec les électeurs passant de l’un à l’autre au fil du temps. C’est l’occasion pour un véritable « parti populaire » d’émerger, un parti dont la base électorale serait réellement les électeurs, et dont les valeurs directrices mériteraient le respect.

– Le premier voyage à l’étranger de Trump a été pour l’Arabie saoudite. Quelle signification y voyez-vous et qu’est-ce que cela signifie pour les politiques moyen-orientales ? Et que pensez-vous de l’agressivité de Trump envers l’Iran ?

– L’Arabie saoudite est le genre d’endroit où Trump se sent chez lui : une dictature brutale, misérablement répressive (notoirement pour les droits des femmes, mais dans beaucoup d’autres domaines aussi), le premier producteur de pétrole (maintenant dépassé par les États-Unis), et beaucoup d’argent. Le voyage a généré de massives promesses de vente d’armes – ce qui a beaucoup plu à son électorat – et de vagues annonces d’autres dons saoudiens. L’une des conséquences de ce voyage est que les amis saoudiens de Trump ont reçu le feu vert pour intensifier leurs atrocités honteuses au Yémen et pour discipliner le Qatar, qui a été une ombre trop indépendante des maîtres saoudiens. L’Iran a aussi été un facteur. Le Qatar partage un champ de gaz naturel avec l’Iran et entretient des relations commerciales et culturelles, désapprouvées par les Saoudiens et leurs associés, avec ce pays.

L’Iran est depuis longtemps considéré par les dirigeants et les médias américains comme un pays extrêmement dangereux, peut-être le plus dangereux de la planète. Cela remonte à bien avant Trump. Dans ce système doctrinal, l’Iran est une double menace : il est le principal partisan du terrorisme, et ses programmes nucléaires constituent une menace existentielle pour Israël, sinon pour le monde entier. Il est si dangereux qu’Obama a dû installer un système avancé de défense aérienne près de la frontière russe pour protéger l’Europe des armes nucléaires iraniennes – qui n’existent pas et que, de toute façon, les dirigeants iraniens n’utiliseraient que s’ils étaient possédés par le désir d’être, en retour, instantanément incinérés.

C’est cela le système doctrinal. Dans le monde réel, le soutien iranien au terrorisme se traduit par un soutien au Hezbollah, dont le crime majeur est qu’il est le seul moyen de dissuasion contre une autre invasion israélienne destructrice du Liban, et au Hamas, qui a remporté des élections libres dans la bande de Gaza, crime qui a instantanément suscité des sanctions sévères et a conduit le gouvernement américain à préparer un coup d’État militaire. Il est vrai que les deux organisations peuvent être accusées d’actes terroristes, bien que complètement différents de ceux qui découlent de l’implication de l’Arabie saoudite dans la formation et les actions des réseaux djihadistes.

En ce qui concerne les programmes d’armement nucléaire de l’Iran, les services de renseignement américains ont confirmé ce que chacun peut facilement savoir : s’ils existent, ils font partie de la stratégie de dissuasion de l’Iran. Il y a aussi le fait inacceptable que toute préoccupation concernant les armes de destruction massive (ADM) iraniennes puisse être atténuée en répondant simplement à l’appel iranien pour établir une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient. Une telle zone est fortement soutenue par les États arabes et la majeure partie du reste du monde mais est bloquée, principalement par les États-Unis qui souhaitent protéger les capacités en ADM d’Israël.

Si on l’observe bien, on voit que ce système doctrinal s’effondre, il nous reste donc à trouver les vraies raisons de l’agressivité américaine envers l’Iran. Les possibilités viennent facilement à l’esprit. Les États-Unis et Israël ne peuvent pas tolérer une force indépendante dans une région qu’ils considèrent comme la leur. Un Iran avec une dissuasion nucléaire est inacceptable pour les États voyous qui veulent se déchaîner comme ils le souhaitent dans tout le Moyen-Orient. Mais il y a plus que cela. Washington  ne pardonne pas à l’Iran d’avoir renversé le dictateur qu’elle avait installé lors d’un coup d’État militaire en 1953, un coup qui a détruit le régime parlementaire iranien et son espoir de pouvoir bénéficier de ses propres ressources naturelles. Le monde est trop complexe pour toute simple description, mais cela me semble être le centre de l’histoire.

Cela ne ferait non plus pas de mal de rappeler qu’au cours des six dernières décennies, à peine un jour ne s’est passé sans que Washington ne tourmente les Iraniens. Après le coup d’État militaire de 1953, les États-Unis ont appuyé un dictateur décrit par Amnesty International comme un des principaux violeurs des droits humains. Immédiatement après son renversement, l’invasion de l’Iran par Saddam Hussein, soutenue par les États-Unis, ne fut pas une mince affaire. Des centaines de milliers d’Iraniens ont été tués, beaucoup par des armes chimiques. Le soutien de Reagan à son ami Saddam était si extrême que lorsque l’Irak a attaqué un navire américain, l’USS Stark, tuant 37 marins américains, il n’a reçu, en réponse, qu’une légère tape sur les doigts. Reagan a également cherché à accuser l’Iran d’avoir perpétré des attaques chimique horribles sur les Kurdes irakiens, en réalité lancées par Saddam.

Finalement, les États-Unis sont intervenus directement dans la guerre Iran-Irak, conduisant à la capitulation amère de l’Iran. Par la suite, George W. Bush a invité les ingénieurs nucléaires irakiens aux États-Unis pour une formation avancée sur la production d’armes nucléaires – une menace extraordinaire pour l’Iran, indépendamment de ses autres implications. Et, bien sûr, Washington a été le moteur des sévères sanctions contre l’Iran qui continuent à ce jour.

Trump, de son côté, a rejoint les dictateurs les plus durs et les plus répressifs en criant des imprécations contre l’Iran. De plus, l’Iran organisait des élections lors du voyage de Trump au Moyen-Orient, une élection qui, même si elle n’était pas parfaite, serait impensable sur la terre de ses hôtes saoudiens, qui sont également la source de l’islamisme radical qui empoisonne la région. Mais l’agressivité étasunienne contre l’Iran va bien au-delà de Trump lui-même. Elle touche aussi ceux considérés comme les « adultes » de l’administration Trump, comme James « Mad Dog » Mattis, le secrétaire à la Défense. Et elle remonte à loin.

– Quels sont les enjeux stratégiques pour la Corée ? Peut-on faire quelque chose pour désamorcer ce conflit qui prend de l’ampleur ?

– La Corée est un problème qui persiste depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les espoirs des Coréens pour l’unification de la péninsule ont été bloqués par l’intervention des grandes puissances, les États-Unis en portant la responsabilité première.

La dictature nord-coréenne pourrait bien gagner le prix de la brutalité et de la répression, mais elle cherche, et dans une certaine mesure atteint, un certain niveau de développement économique, malgré le fardeau écrasant d’un énorme système militaire. Ce système comprend bien entendu un arsenal croissant d’armes nucléaires et de missiles, qui constituent une menace pour la région et, à plus long terme, pour des pays au-delà – mais sa fonction étant de dissuader, il est peu probable que le régime nord-coréen l’abandonne tant qu’il est sous la menace d’une destruction.

Aujourd’hui, on nous dit que le grand défi auquel le monde est confronté est de savoir comment contraindre la Corée du Nord à geler ses programmes nucléaires et balistiques. Ainsi, on devrait peut être recourir à plus de sanctions, à la cyberguerre, à l’intimidation ; au déploiement du système antimissile de la Défense terrestre à haute altitude (THAAD), que la Chine considère comme une menace sérieuse pour ses propres intérêts ; peut-être même attaquer directement la Corée du Nord, ce qui entraînerait des bombardements massifs en représailles, dévastant Séoul et une grande partie de la Corée du Sud, sans même utiliser d’armes nucléaires.

Mais il y a une autre option qui semble être ignorée : nous pourrions simplement accepter l’offre de la Corée du Nord de faire ce que nous demandons. La Chine et la Corée du Nord ont déjà proposé que la Corée du Nord gèle ses programmes nucléaires et de missiles. La proposition, pourtant, a été rejetée immédiatement par Washington, tout comme elle l’avait été deux ans plus tôt, car elle comprend une contrepartie : elle appelle les États-Unis à mettre fin à leurs exercices militaires menaçants aux frontières de la Corée du Nord, dont les simulations d’attaque nucléaires par des B-52.

La proposition sino-nord-coréenne n’est guère déraisonnable. Les Nord-Coréens se souviennent bien que leur pays a été littéralement écrasé par les bombardements américains, et beaucoup se souviennent peut-être de la façon dont les forces américaines ont bombardé de grands barrages quand il n’y avait plus d’autres cibles. Il y avait des rapports joyeux dans les publications militaires américaines au sujet du spectacle passionnant d’un énorme flot d’eau anéantissant les cultures de riz dont dépend l’« Asie » pour sa survie. Ils valent vraiment la peine d’être lus, une partie utile de la mémoire historique.

L’offre de geler les programmes nucléaires et balistiques de la Corée du Nord en échange de l’arrêt des actes provocateurs sur la frontière nord-coréenne pourrait être la base de négociations plus approfondies qui pourraient réduire radicalement la menace nucléaire et même résoudre la crise nord-coréenne. Contrairement à beaucoup de commentaires enflammés, il y a de bonnes raisons de penser que de telles négociations pourraient réussir. Pourtant, même si les programmes nord-coréens sont constamment décrits comme étant peut-être la plus grande menace à laquelle nous sommes confrontés, la proposition sino-nord-coréenne est inacceptable pour Washington et rejetée par les observateurs américains avec une unanimité impressionnante. C’est une autre entrée dans le dossier honteux et déprimant de cette préférence quasi-automatique pour la force alors que des options pacifiques sont disponibles.

Les élections sud-coréennes de 2017 pourraient offrir une lueur d’espoir. Le président qui vient d’être élu, Moon Jae-in, semble vouloir inverser la politique de dure confrontation de son prédécesseur. Il a appelé à explorer les options diplomatiques et à prendre des mesures pour la réconciliation, ce qui est certainement une amélioration par rapport à ces agitations de colère qui pourraient conduire à un vrai désastre.

– Vous avez par le passé exprimé des inquiétudes au sujet de l’Union européenne. Que pensez-vous qu’il adviendra alors que l’Europe devient moins liée aux États-Unis et au Royaume-Uni?

– L’UE est confrontée à des problèmes fondamentaux, notamment une monnaie unique sans union politique. Mais elle a également de nombreuses caractéristiques positives. Il y a quelques idées sensées visant à sauver ce qui est bon et à améliorer ce qui ne l’est pas. L’initiative DiEM25 de Yanis Varoufakis pour une Europe démocratique est une approche prometteuse.

Le Royaume-Uni a souvent été un substitut des États-Unis dans la politique européenne. Le Brexit pourrait encourager l’Europe à adopter un rôle plus indépendant dans les affaires mondiales, cela pourrait être accéléré par les politiques de Trump qui nous isolent de plus en plus du reste du monde. Pendant qu’il crie fort et brandit son énorme bâton, la Chine prend les devants au niveau des politiques énergétiques mondiales tout en étendant son influence vers l’ouest et, finalement, jusqu’à l’Europe, par le biais de l’Organisation de coopération de Shanghai et la Nouvelle Route de la Soie.

Que l’Europe puisse devenir une « troisième force » indépendante est un sujet de préoccupation pour les planificateurs américains depuis la Seconde Guerre mondiale. Il y a eu de longues discussions sur la conception gaulliste d’une Europe allant de l’Atlantique à l’Oural ou, plus récemment, sur la vision de Gorbatchev d’une Europe commune de Bruxelles à Vladivostok.

Quoi qu’il arrive, l’Allemagne est sûre de conserver un rôle dominant dans les affaires européennes. Il est plutôt surprenant d’entendre une chancelière allemande conservatrice, Angela Merkel, faisant la leçon à son homologue américaine sur les droits de l’homme et prendre l’initiative, au moins pour un temps, de se confronter à la question des réfugiés qui montre la profonde crise morale de l’Europe. D’autre part, l’insistance de l’Allemagne pour l’austérité, sa paranoïa envers l’inflation et sa politique de promotion des exportations tout en limitant la consommation intérieure ne portent pas une mince responsabilité dans la détresse économique de l’Europe, en particulier dans la situation désastreuse des économies périphériques. Cependant, dans le meilleur des cas et sans aller trop loin dans l’imagination, l’Allemagne pourrait influencer l’Europe afin qu’elle devienne une force généralement positive dans les affaires mondiales.

– Que pensez-vous du conflit entre l’administration Trump et les services de renseignement états-uniens ? Croyez-vous en « l’État profond » ?

Une bureaucratie de la sécurité nationale existe depuis la Seconde Guerre mondiale. Et les analystes de la sécurité nationale, au sein et en dehors du gouvernement, ont été consternés par les nombreux et sauvages dérapages de Trump. Leur consternation est partagée par les crédibles experts qui ont mis en place l’Horloge de Fin du monde, puisqu’ils l’ont avancée à deux minutes et demie avant minuit sitôt que Trump a pris ses fonctions ; le plus proche du désastre terminal depuis 1953, lorsque les États-Unis et l’URSS ont fait exploser des bombes thermonucléaires. Mais je vois peu de signes que cela aille plus profond que cela, qu’il y aurait une conspiration secrète par un « État profond ».

– En conclusion, à l’approche de votre 89e anniversaire, je me demandais : avez-vous une théorie à propos de la longévité ?

– Oui et elle est simple, vraiment. Si vous roulez à vélo et que vous ne voulez pas tomber, vous devez continuer à rouler, et vite.

Noam Chomsky

http://lesakerfrancophone.fr/un-monde-en-peril-une-interview-de-noam-chomsky

 

[Vidéo] La surtaxation de l’or, par Olivier Berruyer

cliquez

Source : Boursorama, Olivier Berruyer, 17/10/2017

Tous les métaux précieux devraient être concernés par l’alourdissement de la taxe sur les lingots d’or, souhaitée par le gouvernement. Quel est le régime fiscal actuel ? Qui sera le plus pénalisé par cette surtaxation ? Eléments de réponses avec Olivier Berruyer, auteur du blog les-crises.fr. Ecorama du 17 octobre, présenté par David Jacquot sur boursorama.com

cliquez sur le lien :

https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01747256/src/vqsmzx/zone/37/showtitle/1/

Source : Boursorama, Olivier Berruyer, 17/10/2017

 [Vidéo] La surtaxation de l’or, par Olivier   réponsesBerruyer  … POUR LIRE les 7 réponses , cliquez sur le lien :

https://www.les-crises.fr/video-la-surtaxation-de-lor-par-olivier-berruyer/

Après Raqqa, par François-Bernard Huyghe

Source : François-Bernard Huyghe, 18-10-2017

Q : On annonce que Raqqa, capitale de l’État Islamique est quasiment achevée ; la défaite de Daech est-elle proche ?

FBH : En effet, même si la « prise des derniers mètres de Raqqa» est annoncée depuis plusieurs semaines, cela finit par être vrai : il semble bien que cette fois, les Forces démocratiques syriennes, composées de Kurdes et d’Arabes, soient en train de conquérir les derniers bastions et d’évacuer les dji derniers djhadistes – syriens et étrangers-, sans doute vers deir Ezzor qu’ils tiennent encore ; là-bas ils sont confrontés à l’armée syrienne et à ses alliés russes. Aujourd’hui le califat contrôlerait moins de 8% du pays, ce qui commence à ressembler à une déroute pour une organisation territorialisée.
Sur le plan militaire, que ce soit en Irak et en Syrie où il avait dessiné ses frontières et prétendait exercer sa souveraineté, le califat est condamné par la disproportion des forces. Au mieux il aura un sursis. Son slogan des débuts « le califat durera et s’étendra », les mots qui avaient incité des milliers d’étrangers à aller faire la hijra et le djihad au pays de Cham (traduisez : aller vivre religieusement et combattre sur les territoires tenus par le califat), sont ceux d’une utopie qui a échoué. Pourtant..

Perdre des batailles n’est pas perdre une guerre, tant que le vaincu n’a pas reconnu sa défaite. Cela peut se faire soit formellement (par un traité ou une reddition) soit de fait, lorsqu’il n’y a plus de combattants refusant de déposer les armes et continuant à se penser en guerre. Et pour les derniers fanatiques, le choix sera ouvert :
– Continuer la lutte ailleurs en Syrie ou Irak, comme des groupes de guérilla.
– Rejoindre d’autres groupes armés djihadistes, comme Hayat Tahrir al-Cham, rattaché au « courant historique » al Qaïda / al Nosra (quitte à admettre que la fondation prématurée d’un califat par al Baghdadi était une erreur stratégique)
– Aller essaimer et renforcer des groupe affiliés à Daech, mais plus loin, au Pakistan, en Afghanistan, en Égypte, en Libye, etc.
– Pour les « foreign fighters », européens, par exemple, revenir dans leur pays d’origine, échapper, s’ils peuvent, à la prison et relancer une action terroriste.
– Dernière hypothèse : prendre leur « retraite » en redevenant salafistes « quiétistes » (qui ne font pas le djiahd) ou en se convaincant de l’excellence des valeurs démocratiques qu’ils ont combattues. Nous aimerions que cette option soit la plus vraisemblable.

Q : Ils pourraient continuer le combat ?

FBH : On le voit, la vraie défaite de Daech ne peut être que psychologique – renoncer à une lutte sans issue aux objectifs impossibles (conquérir le monde) et renoncer à traitet comme ennemis tous ceux qui ne partagent pas cette utopie-. Mais psychologique, pour eux, cela veut dire spirituel : il faut qu’ils se persuadent que Dieu ne leur fait plus obligation de poursuivre le djihad universel. Or, justement, la propagande du califat les prépare à l’hypothèse d’un défaite « apparente » sur le terrain, une défaite qui ne serait en fait qu’une épreuve, avant une victoire finale plus éclatante encore. Après la période utopique (rejoindre le califat où règne la loi divine et qui « durera et s’étendra »), voici une sorte de prophétisme millénariste : la victoire est d’autant plus proche que nos ennemis croient l’avoir emporté. Autrement dit, il n’est pas garanti que la leçon du réel (la perte du territoire) décourage ceux étaient attirés par le projet de conquérir et convertir le monde. La rage pourrait gagner chez ceux qui verront dans les événements la confirmation que les mécréants et les hypocrites persécutent les musulmans depuis des siècles.

Q : Le terrorisme risque-t-il de se développer en compensation ?

FBH : Quand on perd la guerre classique, il est tentant de mener la « guerre du pauvre » qu’est le terrorisme. La multiplication des attentats en Occident pour « compenser » la chute du califat ? Ces derniers mois les attaques avec une voiture, un couteau, des bonbonnes de gaz qui n’explosent pas toujours, éventuellement avec des armes à feu se sont multipliés. Dans certains cas, la piste djihadiste ne peut être prouvée, dans d’autres on incrimine un mécanisme psychologique d’imitation ou on cherche des causes psychiatriques… Il n’empêche que la tendance lourde semble être à des attaques menées sans grands moyens ou grande organisation, donc d’autant plus difficiles à déceler. La possibilité d’une « routine » terroriste, c’est-à-dire d’attentats relativement fréquents pas forcément très efficaces du fait de l’inexpérience de leurs auteurs, mais motivés par le désir de venger le califat et de punir les pays de la coalition est tout sauf absurde. Et la propagande djihadiste basée sur le ressentiment peut encore nourrir longtemps ce désir de violence compensatrice.

Source : François-Bernard Huyghe, 18-10-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

10 réponses à Après Raqqa, par François-Bernard Huyghe

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Le pipeline d’armement d’origine soviétique de 2,2 milliards de dollars du Pentagone inondant la Syrie

Un intéressant reportage du Balkan Investigative Reporting Network (voir ici ou ) qui a enquêté sur les armes arrivées en Syrie (sujet central, qui a peu intéressé les médias occidentaux)

Source : Balkan Insight, Ivan Angelovski & Lawrence Marzouk, 12-09-2017

Le Pentagone est en pleine frénésie de dépenses alors qu’il se démène pour amasser de grandes quantités d’armes et de munitions de type soviétique. Mais il éprouve des difficultés à s’en procurer et utilise des documents juridiques trompeurs pour camoufler leur destination finale : la Syrie

Ivan Angelovski, Lawrence Marzouk – BIRN – Washington, Belgrade

La défaite de l’État islamique en Syrie repose sur une ligne d’approvisionnement douteuse, acheminant des quantités sans précédent d’armes et de munitions d’Europe de l’Est vers quelque 30 000 combattants rebelles anti-EI.

Armés d’AK-47 et de grenades propulsées par fusée provenant des chaînes de production et des stocks gouvernementaux des Balkans, d’Europe centrale et, de plus en plus, de l’ex-Union soviétique, ces troupes soutenues par les États-Unis mènent la bataille pour reconquérir Raqqa, la capitale du soi-disant califat, et libérer d’autres régions syriennes détenues par l’EI.

Mais l’afflux d’armes à ces milices appuyées par le Pentagone dépend de documents officiels trompeurs, une enquête menée par le Balkan Investigative Reporting Network, BIRN, et par le Projet de Signalement de la Criminalité Organisée et de la Corruption, OCCRP, a permis de révéler le problème.

L’opération a été critiquée par des experts en matière de transferts d’armes et a même inquiété des fonctionnaires à Berlin, qui ont vu de grandes quantités d’armes traverser des bases militaires américaines en Allemagne pour se rendre en Syrie.

Les journalistes ont recensé plus de 700 millions de dollars de dépenses en armes et munitions destinées aux rebelles syriens depuis septembre 2015, date à laquelle le programme de formation et d’équipement anti-EI du Pentagone a modifié sa stratégie.

Le Département de la défense a prévu un budget de 584 millions de dollars spécifiquement pour cette opération syrienne pour les exercices 2017 et 2018, et a affecté 900 millions de dollars supplémentaires aux munitions de type soviétique d’ici 2022.

Le total, soit 2,2 milliards de dollars, sous-estime probablement l’afflux d’armes aux rebelles syriens au cours des prochaines années.

Les armes et les munitions que le Pentagone fournit à la Syrie sont acheminées par un vaste réseau logistique, qui comprend une armée de marchands d’armes, de compagnies maritimes, de compagnies aériennes de fret, de bases militaires allemandes et d’aéroports et de ports des Balkans.

Les achats sont acheminés par deux canaux. L’un est dirigé par le Commandement des opérations spéciales de l’armée américaine, SOCOM, et l’autre par Picatinny Arsenal, un dépôt d’armes peu connu situé au New Jersey

Le programme anti-EI du Pentagone est devenu la seule campagne militaire de Washington en Syrie en juillet 2017 après que le président Trump ait mis fin à l’opération Syacamore financée par la CIA, qui visait à armer les rebelles syriens qui combattaient le président Assad.

Trump s’est engagé à « éliminer » l’EI et a alloué des fonds accrus à la campagne du Pentagone, qui compte maintenant de nombreux anciens groupes anti-régime sur ses fiches de paie.

Alors que de vastes quantités d’armes continuent à affluer en Syrie, les inquiétudes abondent au sujet d’un conflit plus vaste qui émergera une fois que l’ennemi commun EI sera vaincu.

Interrogé sur l’achat sans précédent d’armes de type soviétique pour les rebelles syriens, le Pentagone a répondu qu’il avait soigneusement sélectionné les destinataires et qu’il lâchait du matériel progressivement.

Former et équiper : un virage stratégique majeur

Alors que l’EI balayait la Syrie en 2014, le Pentagone lançait à la hâte, en décembre dernier, un programme de 500 millions de dollars pour équiper et former une nouvelle force de rebelles syriens, armés d’armes américaines modernes, afin de contrer la menace.

Mais neuf mois plus tard, le programme s’était effondré, avec seulement une poignée de recrues arrivées sur le champ de bataille.

Au milieu d’une avalanche de gros titres négatifs, le Pentagone avait besoin d’un nouveau plan: à partir de septembre 2015, et largement méconnu des médias, le Pentagone a discrètement changé de direction pour armer des rebelles syriens déjà présents sur le terrain avec les armes et munitions du bloc de l’Est qu’ils utilisaient déjà, selon un document du Pentagone datant de février 2016, qui n’avait pas été publié auparavant.

Ces matériels de type soviétique, à la fois nouvellement produits et provenant de stocks, sont disponibles en Europe centrale et orientale et dans les anciens pays soviétiques, ainsi qu’en Chine et en Russie. Les deux derniers gros fournisseurs sont hors-limites, leurs équipements militaires étant soumis aux sanctions américaines.

La première livraison du Pentagone, qui comprenait 50 tonnes de munitions, est arrivée en octobre 2015, un mois seulement après le changement de politique. Les munitions ont été larguées par avion à des unités arabes au sein des Forces démocratiques syriennes, SDF, une coalition dirigée par les Kurdes qui menait alors la lutte pour récupérer Raqqa, et le principal allié du Pentagone en Syrie.

La cargaison était loin d’être un événement ponctuel et les SDF n’étaient pas le seul groupe à recevoir un soutien – une coalition changeante de combattants rebelles dans le sud-est de la Syrie est également armée par le Pentagone.

La chaîne de fourniture SOCOM

Le Commandement des opérations spéciales, SOCOM, n’ a pas encore reconnu son rôle dans le programme syrien de formation et d’équipement, mais dans une déclaration écrite au BIRN et à l’OCCRP, le Pentagone a confirmé qu’il avait été accusé d’avoir acheté des armes et des munitions pour les rebelles syriens.

Depuis le changement de stratégie jusqu’en mai 2017, il a acheté des armes et des munitions d’une valeur de 240 millions de dollars à la Bulgarie, à la Bosnie-Herzégovine (B-H), à la République tchèque, au Kazakhstan, à la Serbie, à la Pologne et à la Roumanie, selon une analyse de milliers de dossiers d’achats effectuée par le BIRN et l’OCCRP. Avant le début du programme, les dépenses consacrées aux armements du bloc de l’Est étaient négligeables.

Alors que SOCOM est connu pour fournir secrètement des partenaires américains dans d’autres conflits, les preuves documentaires, les analyses d’experts et le témoignage d’un entrepreneur impliqué dans la chaîne d’approvisionnement ont confirmé que la Syrie est la principale destination de ces achats.

Entre décembre 2015 et septembre 2016, le SOCOM a également affrété quatre navires cargos en provenance des ports roumains et bulgares de la mer Noire, chargés de 6 300 tonnes de munitions achetées qui devaient être livrées aux bases militaires de Turquie et de Jordanie, les principales bases logistiques d’approvisionnement des rebelles syriens, selon les documents d’achat, les listes de colisage et les données de suivi des navires.

Il a également commandé des vols commerciaux de fret avec la compagnie aérienne azerbaïdjanaise Silk Way pour des bases aériennes en Turquie et au Koweït, d’autres centres clés de la mission anti-EI.

Le Pentagone a demandé un montant supplémentaire de 322,5 millions de dollars pour l’exercice se terminant en octobre 2017, ainsi que 261,9 millions de dollars pour les 12 mois suivants [voir le graphique], afin d’acheter des munitions pour le programme syrien de formation et d’équipement.

Cela comprendra des dizaines de milliers de AK-47 et de roquettes à propulsion par fusée, des RPG, et des centaines de millions de pièces de munitions, selon les demandes de financement faites par le Pentagone et l’administration Trump.

En février, le SOCOM avait déjà fait une bosse dans le budget après avoir publié une liste d’achats de 90 millions de dollars pour la Syrie, constatée par les journalistes, qui comprend 10 000 AK-47, 6 000 lance-roquettes, 6 000 mitrailleuses lourdes et légères et 36 millions de munitions.

Picatinny : Une nouvelle ligne d’approvisionnement dévoilée

SOCOM n’est cependant pas la seule unité du Pentagone à acheter des munitions pour le programme syrien de train et d’équipement.

L’arsenal de Picatinny, une base militaire du New Jersey, avec l’aide de sa base sœur à Rock Island, dans le New Jersey, est également un élément essentiel de la chaîne d’approvisionnement.

Il a acheté jusqu’ à 480 millions de dollars d’armes et de munitions de type soviétique pour les rebelles syriens depuis le changement de stratégie, à partir de l’Afghanistan, de la Bulgarie, de la BIH, de la Croatie, de la Roumanie, de la République tchèque, de l’Ukraine, de la Géorgie, de la Pologne et de la Serbie selon ce que l’enquête peut révéler.

Picatinny se vante d’avoir fourni de grandes quantités d’équipements du bloc de l’Est à l’Irak et à l’Afghanistan, mais elle a fait preuve de beaucoup plus de circonspection quant à son rôle dans le conflit syrien, qui divise politiquement la communauté internationale et qui consiste à équiper des milices plutôt que des armées d’État.

Cela signifie que les achats de munitions non standard – l’euphémisme utilisé par les États-Unis pour désigner les équipements de type soviétique – étant clairement marqués pour l’Irak ou l’Afghanistan, il semble que le Pentagone ait pour politique de ne pas étiqueter les biens d’approvisionnement destinés à la Syrie.

Le BIRN et l’OCCRP ont découvert sept contrats d’une valeur de 71 millions de dollars qui ont été signés en septembre 2016 et ont mentionné la Syrie soit par leur nom, soit le code interne du ministère de la Défense – V7 – pour le programme syrien de train et d’équipement. Mais ces références ont été rapidement effacées du dossier public après que le BIRN et l’OCCRP aient demandé au Département de la défense et aux pays fournisseurs des informations quant à ces livraisons en mars de cette année.

Les journalistes ont fait des copies de tous les documents avant leur suppression. Le Pentagone a refusé d’expliquer les modifications.

En plus des 71 millions de dollars prévus pour la Syrie, un autre 408 millions de dollars d’équipement du bloc de l’Est a été fait depuis le changement de stratégie sans qu’aucune destination ne soit mentionnée.

Les livraisons aux rebelles syriens devraient augmenter dans les années à venir, car Picatinny a déjà affecté jusqu’ à 950 millions de dollars aux munitions de type soviétique d’ici 2022 – il a dépensé 1,3 milliard de dollars au cours de la décennie précédente – ce qui met davantage de pression sur la chaîne d’approvisionnement.

Le pipeline de la CIA de Picatinny

La CIA a utilisé un arsenal peu connu du Pentagone pour acheter des armes aux rebelles anti-Assad, affirme un entrepreneur.

L’entrepreneur du SOCOM, qui a demandé à ne pas être nommé, a identifié l’arsenal Picatinny du Pentagone comme étant une source d’approvisionnement pour le programme de la CIA visant à armer les rebelles syriens qui combattent le président Assad, ainsi que pour la campagne anti-EI du Pentagone.

L’opération secrète de la CIA intitulée Bois de Sycomore, qui a été lancée en 2013 sous le président Obama, a été stoppée en juillet 2017 par le président Trump.

Les dossiers d’acquisition montrent que Picatinny Arsenal a déjà acheté des munitions de type soviétique pour le camp Stanley au Texas, qui, selon un rapport de 2015 d’un ancien analyste de la CIA, est probablement le siège d’un dépôt secret de la CIA qui a armé les groupes rebelles du Nicaragua à l’Afghanistan.

Un contrat Picatinny de juin 2016 pour des « armes non conventionnelles » indique également l’implication de la CIA. Il dit que des quantités indéterminées d’armes comme des AK-47 et les RPG seront achetées pour le compte « d’Autres Organismes Gouvernementaux » (OGA), un euphémisme pour la CIA.

Décapage du fond du baril

Le gazoduc de 2,2 milliards de dollars financé par les États-Unis et un gazoduc de 1,2 milliard d’euros financé par l’Arabie saoudite, la Jordanie, la Turquie et les Émirats arabes unis, qui avaient été précédemment révélés par le BIRN, ont marqué une période de prospérité pour les producteurs d’armes en Europe centrale et orientale

Des usines telles que le fabricant de missiles Krusik en Serbie et l’usine militaire de VMZ en Bulgarie ont vu leur production augmenter considérablement. Le Premier ministre serbe Aleksandar Vucic a promis, le 1er juillet, de transformer « les prairies et les forêts » en usines d’armement et de presque doubler les exportations d’armes de la Serbie pour les porter à 750 millions de dollars d’ici 2020, en visitant Belom, une usine de munitions récemment ouverte.

Alors que le gazoduc n’ait pas encore séché, les entrepreneurs du Pentagone ont été contraints de parcourir le monde à la recherche de nouvelles sources et ont demandé l’autorisation de fournir du matériel vieillissant stocké plutôt que du matériel nouvellement produit, selon les documents obtenus par les journalistes.

Traditionnellement, les États-Unis s’étaient tournés vers la Roumanie et la Bulgarie pour obtenir des armements non standard, mais l’explosion de la demande a forcé les entrepreneurs à se tourner vers la République tchèque, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie et maintenant vers les pays voisins de la Russie, l’Ukraine, la Géorgie et le Kazakhstan, et même l’Afghanistan, selon les registres d’achats des États-Unis.

Au fur et à mesure que la demande continue de croître, la concurrence entre les entrepreneurs pour obtenir des armes devient de plus en plus féroce, ce qui les oblige à chercher encore plus loin, notamment au Pakistan et au Vietnam, selon une source.

L’entrepreneur du Pentagone, qui a demandé à garder l’anonymat, a déclaré que cela avait créé un « environnement où l’avidité est le facteur de motivation chez la plupart des… entrepreneurs impliqués ».

La rareté des approvisionnements a poussé le Pentagone à abaisser ses normes en matière d’armes et de munitions. Auparavant, elle exigeait des fournisseurs qu’ils fournissent du matériel de moins de cinq ans, mais en février, elle a abandonné cette exigence pour certains équipements, selon les documents officiels obtenus par le BIRN et l’OCCRP.

Les munitions entreposées dans de mauvaises conditions se dégradent, devenant parfois inutilisables ou même dangereuses. Un sous-traitant du Pentagone chargé d’entraîner les rebelles syriens est mort en juin 2015 lorsque le RPG de 30 ans qu’il manipulait a explosé dans un champ de tir en Bulgarie.

La destruction du système de contrôle des armements

Le bon fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement en armes de la Syrie dépend non seulement du maintien du secret de la destination finale des armes, mais aussi – selon les experts qui ont examiné les preuves obtenues par le BIRN et l’OCCRP – du fait que les pays fournisseurs d’Europe de l’Est ne posent pas trop de questions sur les raisons pour lesquelles les États-Unis recherchent autant d’armes du bloc de l’Est.

Un certificat d’utilisateur final valide garantissant la destination finale des armes et des munitions est une condition légale internationale standard pour obtenir une licence d’exportation d’armes, mais un certificat d’utilisateur final délivré par le SOCOM dans le cadre du programme Syrie et vu par le BIRN et l’OCCRP ne mentionne pas le pays du Moyen-Orient.

Au lieu de cela, il cite le SOCOM comme l’utilisateur final, en dépit du fait que l’armée américaine n’utilise pas elle-même les armes du bloc de l’Est. Le document stipule que « le matériel sera utilisé à des fins de défense en usage direct par le gouvernement américain, transféré au moyen de subventions sous forme d’éducation militaire ou de programme de formation ou d’aide à la sécurité ».

Le texte du document est similaire à celui de quatre certificats d’utilisateur final SOCOM qui ont été divulgués en ligne plus tôt ce mois-ci, et qui décrivent en détail comment les armes ou les munitions seront destinées « à l’usage exclusif du Commandement des opérations spéciales des États-Unis, de ses alliés et partenaires de l’OTAN à l’appui de la formation, de l’aide à la sécurité et des opérations de stabilité ».

Dans une réponse écrite détaillée, le Pentagone n’ a pas contesté la désignation de l’armée américaine comme utilisateur final, ajoutant qu’il considérait le transfert d’armes aux rebelles syriens comme faisant partie de son programme « d’assistance à la sécurité », terme qu’il utilise dans le document juridique.

Mais Patrick Wilcken, chercheur en armement à Amnesty International, a qualifié ces certificats d’utilisateur final de « très trompeurs » et a ajouté : « Un certificat d’utilisateur final qui ne contiendrait pas cette information [destination finale] serait se tirer une balle dans le pied et extrêmement inhabituel ».

Washington n’a pas encore ratifié le Traité sur le commerce des armes de l’ONU, un accord international visant à réglementer le transfert d’armes en empêchant le détournement d’armes vers des zones de guerre et en améliorant la transparence, et n’est donc pas juridiquement lié par celui-ci. Mais en tant que signataire, on s’attend à ce que les États-Unis ne sapent pas l’accord, ce dont Wilcken accuse Washington de faire.

En tant que membre de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, l’OSCE, Washington a toutefois signé une série de mesures pour prévenir le trafic d’armes – y compris une décision contraignante selon laquelle les certificats d’utilisateur final incluent le pays de destination finale.

Les pays exportateurs européens ont ratifié le traité sur le commerce des armes et sont également liés par les décisions de l’OSCE et par les règles encore plus strictes de l’UE, connues sous le nom de politique commune sur les exportations d’armements. Les règles de l’UE s’appliquent à la plupart des membres potentiels.

En vertu du traité sur le commerce des armes et de la politique commune de l’UE, les exportateurs doivent évaluer les risques que des armes et des munitions soient détournées et utilisées pour commettre des crimes de guerre ou « porter atteinte à la paix et à la sécurité » avant de délivrer une licence.

Sans connaître la destination finale, une telle évaluation est impossible, ce qui signifie que les pays exportateurs agissent « par négligence », a dit M. Wilcken.

Roy Isbister de Saferworld, une organisation non gouvernementale qui œuvre pour renforcer les contrôles sur le commerce international des armes, a déclaré : « Si les États-Unis manipulent le processus et fournissent une couverture pour que d’autres prétendent ignorer les utilisateurs finaux des armes en question, c’est l’ensemble du système de contrôle qui est en danger ».

Les autorités roumaines, bulgares, tchèques, serbes, ukrainiennes et géorgiennes se sont vu remettre des documents d’achat américains indiquant que les armes qu’elles avaient exportées étaient destinées à la Syrie. La Roumanie, la République tchèque et la Serbie ont déclaré à BIRN et à l’OCCRP qu’elles avaient accordé des licences d’exportation aux États-Unis, et non à la Syrie, qui étaient considérées comme la destination finale. Le ministère des Affaires étrangères de Prague a ajouté qu’il soutenait la lutte des États-Unis contre l’EI, mais a refusé de confirmer qu’il était au courant de la destination finale des armes.

Le ministère géorgien de la défense a indiqué qu’un accord d’exportation était en cours de négociation mais qu’il n’avait pas reçu de certificat d’utilisateur final du Pentagone et qu’aucun contrat n’avait été signé. L’Ukraine et la Bulgarie n’ont pas répondu aux demandes d’éclaircissements.

La Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Pologne, le Kazakhstan et l’Afghanistan, qui ont tous accepté d’exporter vers le SOCOM ou Picatinny pour une destination indéterminée depuis septembre 2015, ont également été invités à indiquer s’ils savaient si ces armes avaient échoué en Syrie.

La Bosnie-Herzégovine a confirmé qu’elle avait délivré des licences d’exportation au SOCOM mais pas à la Syrie, tandis que la Pologne et la Croatie ont déclaré qu’elles respectaient toutes les règles internationales. Le Kazakhstan et l’Afghanistan n’ont pas répondu.

Les autorités allemandes semblent avoir été moins à l’aise avec le fonctionnement du pipeline d’armes. Une fuite de courrier électronique du Pentagone obtenue par le BIRN et l’OCCRP révèle comment Berlin est devenue « très sensible » aux énormes quantités d’armes du bloc de l’Est qui traversaient son territoire pour se rendre dans des bases américaines, fo.

Les armes continuent à affluer en Syrie pour combattre l’EI, et des craintes grandissent quant à ce qui arrivera aux armes et aux combattants lorsque les djihadistes seront vaincus.

Wilcken a dit qu’il craignait pour l’avenir du Moyen-Orient.

« Compte tenu de la situation très complexe et délétère en Syrie… et de l’existence de nombreux groupes armés accusés d’abus graves », a-t-il déclaré. « Il est difficile de voir comment les États-Unis pourraient s’assurer que les armes envoyées dans la région ne seront pas utilisées à mauvais escient. »

Autres rapports de Pavla Holcova, Maria Cheresheva, Roxana Jipa, David Bloss, Roberto Capocelli, Ana Babinets, Atanas Tchobanov, Aubrey Belford et Frederik Obermaier.

Cette enquête est produite par BIRN dans le cadre du projet Paper Trail to Better Governance.

Source : Balkan Insight, Ivan Angelovski & Lawrence Marzouk, 12-09-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

2 réponses à Le pipeline d’armement d’origine soviétique de 2,2 milliards de dollars du Pentagone inondant la Syrie

  1. Fritz Le 20 octobre 2017 à 07h05

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    Comme disait Napoléon III : “L’empire, c’est la paix”. Jusqu’en 2014, le but des Occidentaux en Syrie était clair : abattre Bachar al-Assad en aidant ses opposants, tous démocrates, les héros du Printemps arabe.

    Depuis que Daech a étendu son emprise sur les confins syro-irakiens, le discours occidental s’est infléchi : “nous aidons les rebelles qui se battent sur deux fronts : contre la barbarie de Daech et contre la barbarie d’Assad, contre la collusion des deux”.

    Et ces branquignols se donnent le nom flatteur de “coalition internationale”… Réduits à du trafic d’armes pour aider des rebelles à combattre d’autres rebelles. Mais la coalition, ce sont les pays qui aident le gouvernement syrien à reconquérir sa souveraineté contre TOUS les rebelles, contre TOUS les djihadistes.

  2. pantocrator Le 20 octobre 2017 à 07h57

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    belle affaire ! les Usa ( et d’autres ) épuisent les stocks d’armes ex-pacte de Varsovie , quitte à proposer ensuite de l’armement standard Otan . C’est beau le commerce mondial !

     

     

    https://www.les-crises.fr/le-pipeline-darmement-dorigine-sovietique-de-22-milliards-de-dollars-du-pentagone-inondant-la-syrie/

La Chine met l’accent sur son engagement à entretenir de bonnes relations avec les Etats-Unis

La Chine met l’accent sur son engagement à entretenir de bonnes relations avec les Etats-Unis

© Chine Nouvelle (Xinhua)Gao Yuye, le 19/10/2017 16:42

 

La Chine espère que les Etats-Unis travailleront avec elle afin de maintenir la stabilité des relations bilatérales, a déclaré jeudi Lu Kang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

M. Lu s’est exprimé ainsi en réponse aux commentaires récents du secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson.

Selon des médias, M. Tillerson, lors d’un discours prononcé mercredi au Centre pour les études stratégiques et internationales à Washington D.C., a prétendu que les « actes de provocation » chinois en mer de Chine méridionale défiaient directement le droit international et les normes internationales, tout en accusant la Chine d’activités économiques et de financements qui rejettent une dette énorme sur les pays en développement de la région.

Selon le porte-parole, la Chine a toujours respecté le système international au coeur duquel se trouvent les Nations Unies, et défend les buts et les principes de la Charte de l’ONU.

Dans le processus de développement, la Chine ne sacrifiera pas les intérêts des autres pays, pas plus qu’elle n’abandonnera ses propres droits et intérêts légitimes, a annoncé M. Lu.

La Chine tient aux relations sino-américaines stables, saines et à long terme, a-t-il souligné, notant que ces relations correspondaient aux intérêts fondamentaux des deux peuples et aux intérêts des pays dans la région Asie-Pacifique.

La Chine espère que les Etats-Unis aborderont le développement et le rôle international de la Chine sans préjugé, et maintiendront l’élan de développement stable des liens bilatéraux, a-t-il ajouté.

© Chine Nouvelle (Xinhua)Gao Yuye, le 19/10/2017 16:42

 

La Chine espère que les Etats-Unis travailleront avec elle afin de maintenir la stabilité des relations bilatérales, a déclaré jeudi Lu Kang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

M. Lu s’est exprimé ainsi en réponse aux commentaires récents du secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson.

Selon des médias, M. Tillerson, lors d’un discours prononcé mercredi au Centre pour les études stratégiques et internationales à Washington D.C., a prétendu que les « actes de provocation » chinois en mer de Chine méridionale défiaient directement le droit international et les normes internationales, tout en accusant la Chine d’activités économiques et de financements qui rejettent une dette énorme sur les pays en développement de la région.

Selon le porte-parole, la Chine a toujours respecté le système international au coeur duquel se trouvent les Nations Unies, et défend les buts et les principes de la Charte de l’ONU.

Dans le processus de développement, la Chine ne sacrifiera pas les intérêts des autres pays, pas plus qu’elle n’abandonnera ses propres droits et intérêts légitimes, a annoncé M. Lu.

La Chine tient aux relations sino-américaines stables, saines et à long terme, a-t-il souligné, notant que ces relations correspondaient aux intérêts fondamentaux des deux peuples et aux intérêts des pays dans la région Asie-Pacifique.

La Chine espère que les Etats-Unis aborderont le développement et le rôle international de la Chine sans préjugé, et maintiendront l’élan de développement stable des liens bilatéraux, a-t-il ajouté.

https://chine.in/actualite/cn/met-accent-sur-son-engagement-entretenir_103171.html

Sahara marocain-ONU : Le nouveau paradigme

Politique

Sahara marocain-ONU : Le nouveau paradigme

le 19 octobre 2017

M. Horst Köhler, envoyé personnel pour le Sahara du Secrétaire général de l’ONU, M. Antonio Guterres, a entrepris depuis le 15 octobre une première tournée ex-officio dans la région nord-africaine.

Et comme rien n’est incident, fortuit ou gratuit lorsqu’il s’agit de relations internationales et de mandats onusiens, cette visite d’un « homme neuf », entré en fonction le 8 septembre dernier et en charge d’un dossier extrêmement sensible, celui du Sahara marocain, prend toute son importance avant la présentation d’un rapport d’étape devant le Conseil de Sécurité à la fin du mois d’octobre.

En effet, d’emblée, des signes évidents d’une nouvelle approche, fort différente des précédentes, peuvent être relevés.
Ils pourraient sans doute annoncer que désormais l’appréhension de la problématique du Sahara occidental marocain et du processus de règlement de cette question, ne seront plus déterminés par des aprioris et des automatismes qui n’ont eu pour seuls résultats que l’enlisement et la négation des droits légitimes du Maroc et de son peuple depuis plus de quarante années.

Marhaba M. Köhler

On notera, tout d’abord, que l’envoyé personnel de M. Guterres a entamé sa tournée par une visite dans la capitale du Royaume. C’est, dirons-nous, un premier signal positif, non parce que Rabat a été la première étape de M. Köhler, mais parce qu’il y a reçu les marques d’une considération dont M. Christopher Ross avait été privé entre 2013 et la fin de sa mission au printemps 2017, celles d’une audience royale.

Le fait que le Roi Mohammed VI accorde une entrevue à l’envoyé personnel de M. Guterres signifie avant toute chose que M. Köhler est persona grata au plus haut niveau de l’Etat marocain.

Ce dernier, en outre, a eu l’heur de rencontrer le chef du gouvernement outre la tenue de plusieurs réunions avec son interlocuteur « institutionnel », M. Nacer Bourita, ministre des AE.

Ainsi, la première prise de contact de M. Köhler avec les autorités marocaines s’est déroulée sous les meilleures auspices.

Deuxième point qui mérite d’être relevé et qui exprime une perception différente de celle de M. Ross, l’actuel missus dominicus n’a pas jugé utile de présenter la demande d’un séjour à Laâyoune, une destination que l’ancien ambassadeur américain à Alger affectionnait tout particulièrement dans le dessein d’accréditer l’existence in situ d’une frange la population acquise aux thèses séparatistes.

Mais, au-delà de ces constats préliminaires et qui détruisent les articles fallacieux de la presse algérienne qui annonçait que l’envoyé de Guterres ne serait pas reçu par le Souverain marocain, de nouvelles constantes sont apparues depuis la prise en charge du dossier du Sahara marocain par le nouveau secrétaire général de l’ONU et son représentant personnel.

On ne reviendra pas sur les termes du rapport que M. Guterres avait présenté devant le Conseil de Sécurité en avril dernier où il demandait avec insistance, entre autres, que l’Algérie s’impliquât sérieusement dans la recherche active d’un règlement définitif de la question, que cet Etat autorisât enfin le recensement des populations incarcérées dans les camps de Tindouf, mais aussi que les seules résolutions onusiennes qui méritassent d’être évoquées dans la perspective d’une solution étaient celles et seulement celles faisant référence à un règlement politique, pacifique et négocié. Ce qui avait eu, d’ailleurs, pour effet d’irriter profondément « les frères de l’Est » !

En effet, que cela plaise ou non à Alger et à ses mercenaires séparatistes, il y a aujourd’hui un réel changement de paradigme et celui-ci est porté par la qualité des hauts responsables de l’ONU en charge de cette question.

Les leçons de l’Histoire

M. Guterres est citoyen portugais, ancien Premier ministre dans son pays et ancien Haut-Commissaire de l’ONU aux réfugiés. Il connaît donc parfaitement la question des populations sahraouies retenues en otage depuis plus de quarante années et nulle propagande fallacieuse des mercenaires de Tindouf ne pourra avoir prise sur lui, contrairement sans doute à son prédécesseur sud-coréen, peu averti des questions qui intéressent l’Europe du Sud et le pourtour méditerranéen depuis des décennies.

En outre, le nouveau patron du « machin » new-yorkais est certainement beaucoup moins l’obligé de Washington que ne l’était M. Ban Ki-moon, alors qu’aujourd’hui, à la Maison Blanche, réside un Président sinon isolationniste, du moins très peu versé dans les questions internationales et essentiellement intéressé par la Corée du Nord, l’Iran, la Chine et la Russie !

A ses côtés, un autre Européen et non des moindres, M. Horst Köhler, qui fut Président de la République allemande et Directeur général du FMI.

L’envoyé personnel connaît bien le contexte régional, les questions qui fâchent et celles qui divisent et pourra puiser dans l’histoire franco-allemande le substrat du différend algéro-marocain, alors que nos voisins de l’Est ont souvent été perçus comme les Prussiens du Maghreb, mais sans le génie militaire et politique d’un Bismarck !

MM. Guterres et Köhler ne pourront s’en laisser compter sur la question du séparatisme, de la balkanisation, de l’érection de micro-Etats non viables et constituant des menaces réelles pour la sécurité régionale et internationale.

Avant même d’appliquer ces vérités au Sahara Marocain, l’exemple de la Catalogne, gravissime pour la pérennité et la stabilité de l’Union européenne est suffisamment présent aujourd’hui dans l’esprit de tous pour servir de repoussoir aux prétentions séparatistes, d’où qu’elles viennent.

C’est sans doute en ce sens qu’il y a aujourd’hui ce changement de paradigme évoqué plus haut.

Le Maroc et ses dirigeants en sont pleinement conscients, eux qui disent et répètent à l’envi et de la façon la plus solennelle et ferme qui soit que le Royaume ne renoncera jamais à la marocanité de nos provinces sahariennes.

Une fermeté comprise désormais par les hommes en charge du dossier à l’ONU et si M. Köhler a pour mandat de tenter la relance des négociations entre les parties concernées et avec la pleine implication des parties intéressées (l’Algérie), dans le genre Manhasset, on est fortement porté à croire qu’une seule option sera mise sur la table, celle basée sur la proposition de large autonomie, telle que présentée par le Maroc en 2007.

N’en déplaise à…

Fahd YATA

 

 

https://lnt.ma/sahara-marocain-onu-nouveau-paradigme/

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Revue de presse nationale et internationale.

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