Au bord de la guerre

Au bord de la guerre


La purge de Muhammad Bin-Salman en Arabie Saoudite est le prélude à quelque chose de plus grand


Par Abdel Bari Atwan – Le 10 novembre 2017 – Source raialyoum.com

bin salamn cc.jpg666Notre région est au bord de la guerre. Nous ne devrions pas laisser de petits détails – comme la démission du Premier ministre libanais Saad al-Hariri ou la détention de princes et d’anciens ministres en Arabie saoudite – nous détourner d’une compréhension plus large des développements réels qui se déroulent en coulisses. La phase vraiment dangereuse est celle qui suivra la purge du prince héritier Muhammad Bin-Salman sur le front intérieur saoudien. Elle peut être le précurseur de scénarios pour une guerre régionale qui pourrait, sans exagération, finir par être la plus dévastatrice de son histoire moderne.

Tout ce qui se passe actuellement fait partie d’un plan soigneusement planifié et élaboré, et c’est le prélude à une guerre sectaire menée sous le couvert d’un « nationalisme arabe » contre le pouvoir croissant de l’Iran « chiite » et de ses substituts au Yémen, au Liban et en Irak avec le soutien régional américain et israélien.

L’ancienne Arabie saoudite n’est plus. Le wahhabisme respire encore, mais à peine, et il est en train de devenir une histoire du passé. Un quatrième État saoudien, vêtu de modernité et basé sur des alliances différentes, est en train de naître.

Alors que son futur fondateur et homme fort, Muhammad Bin-Salman, accuse l’Iran de monter une “attaque militaire directe qui peut constituer un acte de guerre” contre son pays en fournissant prétendument des missiles à des factions au Yémen, et que sa position est approuvée et soutenue par les États-Unis, il est clair qu’une nouvelle alliance dirigée par les Américains prend forme dans la région.

La purge de Muhammad Bin-Salman, incluant la détention de 11 princes et de dizaines d’hommes d’affaires et d’anciens fonctionnaires sous la bannière de la lutte contre la corruption, n’est qu’une première phase. Il semble qu’elle se soit déroulée sans heurt jusqu’à présent, sans rencontrer d’obstacles sérieux.

L’homme a maintenant pris en main les quatre principaux piliers du pouvoir de l’État – l’économie, la sécurité et les forces militaires, les médias et l’establishment religieux (le Conseil officiel des hauts Oulémas et les non-officiels clercs “éveillés”). Ils sont totalement sous son contrôle. Il a jeté tous ses adversaires, et tous ceux qui ont critiqué son gouvernement derrière les barreaux (ou, dans le cas des princes et d’autres personnalités de haut rang, les a incarcérés dans un hôtel de luxe, pour le moment). Cette dernière série de mise en détention ne sera probablement pas la dernière, car il s’agit d’un bulldozer qui nivelle tout ce qui se trouve sur son chemin.

En temps voulu, Muhammad Bin-Salman passera à ce que nous croyons être une deuxième phase plus sérieuse, celle de la confrontation militaire.

Cela pourrait inclure les étapes suivantes :

Premièrement, précipiter une confrontation militaire avec l’Iran avec en toile de fond le siège impitoyable du Yémen, après avoir imposé un blocus terrestre, aérien et maritime total sous prétexte d’empêcher les missiles iraniens d’arriver entre les mains des Houthis.

Deuxièmement, la formation d’une nouvelle alliance sur le modèle de la coalition Tempête du désert formée en 1990 pour expulser les forces irakiennes du Koweït. Les candidats à cette coalition, outre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, comprennent la Jordanie, l’Égypte, le Soudan et le Maroc. (Le roi du Maroc qui était, par coïncidence, dans la capitale des Émirats arabes unis, Abou Dhabi, chercherait à négocier avec l’Arabie saoudite au sujet des récentes détentions : il a reçu le message clair de Riyad de ne pas interférer avec ce qui se passe en Arabie saoudite, selon des sources fiables).

Troisièmement, le bombardement du Liban et la destruction de ses infrastructures sous prétexte d’essayer d’éradiquer le Hezbollah. Un tel assaut conduirait le parti à riposter par des frappes de missiles intensives contre Israël, et serait plus susceptible que jamais d’entraîner l’Iran et la Syrie.

Quatrièmement, une invasion du Qatar par les forces égyptiennes, émiraties et saoudiennes visant à renverser son régime, précipitant un affrontement avec la force turque de 30 000 hommes déployée dans ce pays.

Cinquièmement, une contre-offensive américano-saoudo-israélienne en Syrie visant à reconquérir les zones perdues par les États-Unis et les forces proxy de leurs alliés comme Alep, Homs et Deir ez-Zor. Les États-Unis ne peuvent pas facilement digérer leur défaite en Syrie du fait de la Russie et de l’Iran, même au risque de provoquer une collision avec la Russie. Ils ont délibérément saboté la conférence sur le dialogue national syrien à Sotchi, que Moscou avait appelé de ces vœux, en demandant à l’opposition syrienne de la boycotter.

Sixièmement, mobiliser les milices kurdes dans le nord de l’Irak et la Syrie en tant que mandataires américains dans ces guerres dans le but d’affaiblir et de déstabiliser l’Iran, la Turquie et l’Irak.

Ce ne sont là que les plus évidentes des mesures que peut prendre la nouvelle alliance dirigée par les États-Unis – peu importe comment elle choisit de s’appeler.

Mais rien de tout cela ne signifie que cette coalition soit assurée de réussir dans la réalisation de ses objectifs pour remodeler la région selon ses spécifications.

Le contre-scénario pourrait être celui de la consolidation d’une alliance irano-syro-turco-irakienne avec laquelle la Russie sympathiserait d’abord et qu’elle pourrait finir par diriger. Ensemble, ces pays possèdent de formidables arsenaux de missiles qui viseraient principalement l’Arabie saoudite, les EAU et Israël. Les systèmes anti-missiles Patriot des États-Unis tant vantés, achetés par ces États-cibles, seraient inefficaces face aux frappes intensives de milliers de missiles lancés simultanément.

La mesure du succès dans cette guerre régionale que l’on peut anticiper et qui peut être imminente serait la destruction de l’Iran, le changement de régime au Qatar et l’éradication du Hezbollah. Mais son échec signifierait des ravages pour l’Arabie saoudite, Israël et les EAU, et le démembrement du royaume saoudien en fragments.

Nous ne sommes ni devins ni diseurs de bonne aventure. Néanmoins, ceci peut s’avérer être la dernière guerre de transformation de la région, changeant ses États, ses frontières, et peut-être aussi ses populations. Les Arabes et les Iraniens survivront certainement à un tel cataclysme. Mais Israël dans sa forme actuelle peut-il survivre aussi ?

Abdel Bari Atwan

Note du Saker Francophone

Il est fort peu probable que le Hezbollah lance un quelconque missile autrement que sur une force d'invasion terrestre israélienne, scénario peu probable. Nasrallah est bien trop rusé pour laisser une seule image de juifs morts dans les rues de Tel-Aviv qui permettrait une gigantesque campagne médiatique contre l'Iran, justifiant la destruction de ce pays. Au contraire, comme en Syrie qui a refusé de répliquer sur le sol israélien aux multiples provocations, ou en Ukraine ou les Novorusses n'ont pas répondus plus que nécessaire aux mêmes provocations, ce sont les destructions du Liban qui pourraient enfoncer encore un peu plus l'image désastreuse de l'Arabie saoudite, d’Israël et des USA.

Trump y laisserait ses derniers quarterons de supporters aux États-Unis, la gauche libérale et sociétale, soutenant cette coalition, serait décrédibilisée en Europe. Il semble plus probable que les rodomontades de cette coalition ne trouvent en face qu'un silence poli et pas du tout la montée aux extrêmes attendue pour justifier une guerre régionale, seule capable de renverser la table. Et enfin, il reste le rôle de l'éléphant dans la région, la Chine, qui avec sa route de la soie peut permettre le développement... ou pas, des pays impliqués dans une aventure militaire sans lendemain.

 

http://lesakerfrancophone.fr/au-bord-de-la-guerre

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Ennuyeux. La climatologue Valérie Masson-Delmotte soutient l’Expo universelle et l’étalement urbain à Saclay

Ennuyeux. La climatologue Valérie Masson-Delmotte soutient l’Expo universelle et l’étalement urbain à Saclay

25 novembre 2017 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Le gouvernement veut organiser l’Exposition universelle en 2025. Thème « La connaissance à partager, la planète à protéger ». Lieu : le plateau de Saclay (Essonne). Problème : une centaine d’hectares de terres agricoles détruites et la stimulation de l’urbanisation. Pas bon pour le climat. Et pourtant, la climatologue Valérie Masson-Delmotte, membre du GIEC, soutient ce projet.

127 mètres de diamètre, le plus grand globe terrestre jamais réalisé. Inspirée d’une idée du géographe libertaire Élisée Reclus, au début du XXe siècle, cette sphère monumentale constitue « le cœur du village global ». Nous sommes en 2025, sur le plateau de Saclay, aux portes sud de la capitale. L’Exposition universelle invite ses 40 millions de visiteurs à découvrir les innovations de demain. Le thème : « La connaissance à partager, la planète à protéger. »

En ce mois de novembre 2017, le globe n’existe que sur les images de synthèse de l’agence Sensual City Studio. Après le dépôt du dossier de candidature auprès du Bureau international des expositions, le 28 septembre dernier, il faut désormais attendre le vote des 170 pays participants en novembre 2018. Mais déjà, la France aiguise ses arguments. Mère patrie de l’Accord de Paris sur le climat, elle entend faire valoir son atout vert : dix ans après la COP21, « cette Exposition universelle permettra de partager l’ensemble des solutions permettant d’atteindre les objectifs du développement durable et de tenir les engagements pris à Paris ».

« L’esplanade d’accueil » du projet d’Exposition universelle à Saclay.

Une raison de choc portée, qui plus est, par une scientifique de renom : Valérie Masson-Delmotte, vice-présidente du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). La chercheuse, rattachée au Laboratoire des sciences du climat du CEA de Saclay, s’est officiellement déclarée favorable à l’Exposition universelle dans une tribune publiée dans le journal Le Monde.

« Une opportunité de créer un événement autrement »

À Saclay, la pilule verte a du mal à passer. Car ce nouveau projet risque de remuer la pelleteuse dans la plaie des sols fertiles et menacés. Les quelque 2.600 hectares de terres agricoles du plateau ne cessent d’être grignotés par l’urbanisation : la construction d’une « Silicon Valley » à la française], regroupant des dizaines d’établissements de recherche et de l’enseignement supérieur,a déjà englouti près de 250 ha de champs.

Chercheur en pédologie à l’Inra de Grignon, Cyril Girardin se dit ainsi très « perturbé » par cette prise de position de la climatologue : « Comment des scientifiques qui témoignent de la réalité du changement climatique se retrouvent-ils à soutenir des projets démesurés et polluants ? » L’Exposition universelle pourrait bétonner une centaine d’hectares supplémentaires et générer des flux de véhicules très importants (40 millions de visiteurs attendus, dont la moitié d’étrangers). « Le bilan carbone de ce type d’événements n’est jamais bon, estime M. Girardin. Je ne comprends pas que l’on perpétue cette tradition du XIXe siècle, qui n’a plus de sens aujourd’hui au regard des enjeux climatiques. »

Pour le président de la Communauté d’agglomération Paris-Saclay, Michel Bournat, le soutien de la vice-présidente du Giec constitue justement la meilleure garantie de la dimension écologique de l’Expo : « Parmi les porteurs du projet, il y a les plus grands spécialistes du développement durable, comme Valérie Masson-Delmotte. Dire que cette exposition serait nuisible pour l’environnement, c’est lui faire injure », a-t-il affirmé début novembre. Autrement dit, si l’Expo n’était pas écolo, cette écolo convaincue et reconnue ne la défendrait pas. CQFD.

« Les jardins en lisière et les guinguettes » du projet d’Exposition universelle à Saclay.

Jointe par Reporterre, l’intéressée a tenu à justifier son point de vue, tout en refusant de « servir de caution environnementale » : « On peut voir ces Expositions universelles comme des mauvaises idées du siècle précédent, concède-t-elle. Je préfère les voir comme une opportunité de créer un événement autrement, comme un catalyseur de recherches et d’innovations sociales et environnementales. »

À l’image du Train pour le climat, mis en place en amont de la COP21, elle espère que « cet événement exposera les visiteurs à des rencontres et à des échanges inédits et permettra de décloisonner et de renforcer les échanges entre les scientifiques et la société ».

« Une logique du toujours plus qui nous mène droit dans le mur ! »

Quid de la destruction de terres agricoles ? « L’urbanisation du plateau de Saclay a déjà largement eu lieu, observe-telle. Mais la loi protège la majorité de ces terres, et garantit la vocation agricole du plateau, ce qui est inédit en France. » Un décret de décembre 2013 a en effet créé une zone de protection naturelle, agricole et forestière (ZPNAF) qui protège de l’artificialisation plus de 2.400 ha.

Tout est donc beau sur le plateau ? « Non, Paris-Saclay n’est pas forcément un modèle à suivre, reconnaît-elle, citant pêle-mêle les embouteillages récurrents, le manque d’infrastructures de santé et de logements, les pics d’ozone. Mais si cette Exposition universelle peut accélérer le développement de transports doux et de circuits courts, et servir à créer de nouveaux hébergements pour les étudiants (les bâtiments construits pourraient ensuite être réutilisés comme habitations), ce sera un bienfait pour le territoire ! » Autrement dit, s’il est pensé de manière « concertée et intelligente », l’événement pourrait être une réussite environnementale.

Dans une tribune publiée sur Reporterre, Marc Jachym voit au contraire dans cette Exposition « un moyen pour tenter de relancer la machine du “cluster” Paris-Saclay en déroute, et d’imposer la ligne 18 du Grand Paris, futur et puissant vecteur d’urbanisation supplémentaire ». Même son de cloche chez Claudine Parayre, du collectif Urgence Saclay : « La question n’est pas de savoir si cette Expo sera durable et verte : elle s’inscrit dans une logique du toujours plus qui nous mène droit dans le mur ! »

Pour Cyril Girardin, pas question de tergiverser : les terres de Saclay constituent un « patrimoine commun exceptionnel » qu’il s’agit de préserver. « Ces sols sont constitués d’un limon éolien extrêmement fertile, qui a mis plusieurs dizaines de milliers d’années à se fabriquer, insiste-t-il. C’est encore plus précieux qu’une forêt primaire, mais pourtant, on ne les protège pas aussi bien. »

Et de rappeler que, pour défendre la planète, le mieux est de commencer par conserver les sols. « Ce sont d’immenses réservoirs de matière organique, et donc de carbone, ils en contiennent trois fois plus que ce qu’il y a dans l’atmosphère, explique-t-il. En préservant les terres et en développant de nouvelles pratiques culturales, on pourrait compenser une grande partie des émissions de carbone. »

« Une grande partie des réponses aux défis contemporains vient d’ici »

Mais ces pratiques agronomiques innovantes ne viendront-elles pas de la recherche qui se concentrera bientôt à Saclay ? C’est ce qu’a défendu Emmanuel Macron lors de sa visite sur le plateau, le 25 octobre dernier : « Une grande partie des réponses aux défis contemporains vient d’ici », a-t-il déclaré. Onze mille enseignants-chercheurs, 76.000 étudiants, 400 brevets par an… à terme, ce « cluster » pourrait représenter entre 15 % et 20 % du potentiel de recherche français.

Un « cœur d’îlot » du projet d’Exposition universelle à Saclay.

Alarmés par l’urgence écologique qu’ils constatent dans leurs travaux, les scientifiques oscillent entre leur volonté de « profiter de tout espace » médiatique ou événementiel pour diffuser leur message, et la nécessaire neutralité vis-à-vis des décisions politiques, dans lesquelles « ils ne s’impliquent pas », comme l’explique Mme Masson-Delmotte. Une position inconfortable que Jean Jouzel a lui aussi expérimentée, lors de sa participation contestée au lancement du plan climat-air-énergie territorial (PCAET) de l’agglomération Paris-Saclay, le 9 novembre dernier.

À l’instar de sa collègue du CEA, le climatologue défend lui aussi l’implication de la communauté scientifique, tout en admettant ne pas toujours s’intéresser au contenu politique des événements auxquels il prend part. À Saclay, le chercheur est ainsi intervenu pour « témoigner de la réalité du changement climatique ». Même s’il n’a pas lu ce PCAET ? « Je comprends qu’on puisse voir mon intervention comme un accord tacite aux projets de l’agglo Paris-Saclay, mais que puis-je y faire ? Mon rôle comme scientifique est de porter des messages, pas de gouverner. On me reprocherait de ne pas intervenir quand cela est possible. »


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Lire aussi : Près de Paris, les terres exceptionnelles du plateau de Saclay menacées par le béton


Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Jacques Ferrier Architecture – Manuelle Gautrand Architecture
. chapô : La « sphère d’Élisée Reclus ».
. béton : DR

 

https://reporterre.net/Ennuyeux-La-climatologue-Valerie-Masson-Delmotte-soutient-l-Expo-universelle-et

Après le Brexit, quel avenir pour l’Irlande du Nord ?

Après le Brexit, quel avenir pour l’Irlande du Nord ?

Par Ana POUVREAU, le 26 novembre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Spécialiste de géopolitique, écrivain et chercheur en sciences politiques, Ana Pouvreau est docteur ès lettres de l’Université de Paris IV-Sorbonne et diplômée de Boston University en relations internationales et études stratégiques. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages de géostratégie.

Ana Pouvreau présente les implications du Brexit pour l’Irlande du Nord, puis les scénarios envisageables. Un document utile pour s’y retrouver dans une situation pour le moins confuse.

LES électeurs d’Irlande du Nord se sont prononcés à 56% en faveur du maintien dans l’UE le 23 juin 2016, lors du referendum sur l’appartenance du Royaume-Uni (United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland) à l’Union européenne (UE). Cependant, le résultat à l’échelle nationale a été largement en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, un processus complexe qui n’est pas achevé à ce jour. Il conduit cependant à s’interroger sur l’avenir de l’Irlande du Nord.

Près de vingt ans se sont écoulés depuis la signature de l’Accord du Vendredi Saint (Good Friday Agreement), le 10 avril 1998. Ce traité a mis fin à plus de trois décennies d’un conflit sanglant entre protestants (41,6 % de la population selon le recensement de 2011) et catholiques (40,8 %), une période pudiquement désignée par l’appellation de « Troubles » (3700 morts et près de 50 000 blessés).

Dans le cadre de « la dévolution du pouvoir », à savoir le statut accordant des pouvoirs du Parlement britannique aux parlements et aux branches exécutives des nations constitutives du Royaume-Uni, processus lancé par l’ancien Premier ministre travailliste Tony Blair, à la fin des années 1990, une Assemblée nord-irlandaise unicamérale « dévolue » a été créée à Belfast, dans la foulée de l’Accord de paix de 1998. Son ambition était de réunir les différentes communautés pour gouverner. Suspendue à plusieurs reprises, notamment entre octobre 2002 et mai 2007, en raison de la rupture du processus de paix, la dévolution a été finalement restaurée en Irlande du Nord. 90 députés (Members of the Legislative Assembly, MLAs) y siègent. Les unionistes protestants du Democratic Union Party (DUP) défendent l’appartenance de l’Irlande du Nord au Royaume-Uni. Les républicains catholiques du Sinn Féin en faveur de l’unité de l’Irlande, y disposent du plus grand nombre de députés. En raison de désaccords persistants à la suite des élections de mars 2017, l’exécutif nord-irlandais (Northern Ireland Executive) « dévolu » est à ce jour vacant car il n’a pu être désigné par l’Assemblée.

Au plan économique, année après année, le pays, qui se trouve être la plus petite des 4 nations constitutives du Royaume-Uni (14 000 km2, 3% de la population), est le récipiendaire de subventions considérables de la part du gouvernement britannique avec 9,2 milliards de livres sterling en 2013-2014. Cet apport substantiel a notamment permis de maintenir à flot les services publics et l’aide sociale dans cette région post-industrielle où le taux de chômage des jeunes varie entre 20 et 25% [1].

Depuis 1989, l’Irlande du Nord bénéficie également d’une aide financière conséquente de la part de l’UE. A titre d’exemple, entre 1995 et 2016, 1,3 milliard d’euros lui ont été attribués dans le cadre du programme européen PEACE de soutien à la paix entre les communautés. Un programme de 270 millions de livres sterling supplémentaires est actuellement en cours [2]]. Elle dépend aussi très largement des fonds de la Politique Agricole Commune (PAC). A l’horizon 2020, l’UE devait accorder aux fermiers nord-irlandais près de 2,5 milliards d’euros.

Dans ce contexte particulier, la perspective du Brexit, qui pourrait devenir réalité à compter de mars 2019, a fait surgir de nombreuses interrogations quant à l’avenir de l’Irlande du nord et à l’organisation de ses relations avec Londres et l’UE. Dans un document de synthèse publié le 16 août 2017 [3]], le gouvernement britannique a souligné les spécificités que présente le cas de l’Irlande du Nord et il a tenté de dégager des pistes de réflexion pour l’avenir du pays.

Après le Brexit, quel avenir pour l'Irlande du Nord ?
Cartes des îles britanniques et de l’Irlande du Nord
Source : wikipédia

Considérons les implications du Brexit pour l’Irlande du Nord, puis les scénarios envisageables.

Les implications du Brexit pour l’Irlande du Nord ou le temps des peurs

« Hard » ou « Soft » Brexit ?

Face à la crise des migrants (2015-2016) qui, comme l’avait pressenti le président du Conseil européen, Donald Tusk, a constitué un facteur déclencheur majeur du Brexit [4], la Première ministre britannique Theresa May poursuit le double objectif de reprendre le contrôle des frontières nationales, tout en conservant pour le Royaume-Uni un accès maximum au marché unique de l’UE en ce qui concerne les marchandises. Les autres Etats membres de l’UE considèrent, pour leur part, de manière unanime, que ces deux exigences sont incompatibles [5]. Le débat sur les modalités du Brexit fait donc rage avec des implications majeures pour l’Irlande du Nord comme pour la République d’Irlande.

Dans le cas d’un « Soft Brexit », l’accès au marché unique, au moins pour certains secteurs de l’économie, serait maintenu, ainsi que la libre circulation des personnes en échange d’une contribution du Royaume-Uni au budget de l’UE.

Dans le cas d’un « Hard Brexit » ou « Clean Brexit », le Royaume-Uni quitterait le marché unique européen, ce qui impliquerait le retour des droits de douane. Une version encore plus restrictive envisagerait la sortie de l’Union douanière européenne, union dont même la Turquie fait partie. Cette sortie présenterait l’avantage pour les Britanniques de pouvoir négocier leurs propres accords de libre-échange avec les autres Etats de la planète. Dans la configuration d’un « Hard Brexit », la libre circulation des personnes et notamment celle des ressortissants de l’UE entre le Royaume-Uni et le continent, ne serait plus à l’ordre du jour. Visas et permis de travail seraient désormais nécessaires pour se rendre sur le sol britannique et pour y travailler.

La Norvège et la Suisse ainsi que le Canada depuis la signature de l’Accord économique et commercial global (CETA), le 30 octobre 2016 ont, pour leur part, pu négocier des relations à la carte avec l’UE sur l’accès partiel au marché unique et la libre circulation des personnes. Ce qui laisse une certaine marge de manœuvre aux parties britannique et européenne, dans les difficiles négociations en cours [6]].

Inquiétudes persistantes

Comme le souligne l’écrivain irlandais Colm Toibin, avec le Brexit, l’Irlande du Nord court le risque de devenir « une région aux marges d’un pays marginalisé » [7]]. C’est pourquoi un faisceau d’inquiétudes et de peurs s’est emparé d’une partie de la population. Signe révélateur : les demandes de passeports délivrés par la République d’Irlande au bénéfice de ressortissants de l’Irlande du Nord ont augmenté de 106% après le référendum sur le Brexit [8].

Tout d’abord, en cas de « Hard Brexit », la nécessité d’ériger une frontière physique entre les deux Irlande et de voir réapparaître des files d’autos et de camions est une perspective tout à fait rédhibitoire et fait l’objet d’un consensus tant au Sud qu’au Nord. Le gouvernement britannique insiste sur la nécessité de trouver des solutions « flexibles et imaginatives », exclut la réinstallation des « infrastructures frontalières physiques » et des « postes de douane », supprimés en 1998 à la suite de l’accord de paix. Londres souhaite que la démarcation entre les deux Irlande reste la plus invisible possible [9]. Car il faudrait couper les ponts, bloquer les petites routes et les chemins frontaliers tant cette frontière de 500 km de long, que traversent chaque jour entre 23 000 et 30 000 personnes, est devenue inscrutable, traversant certaines maisons, fermes ou pubs !

Cette frontière devenue invisible à partir de 1998 est « le symbole le plus tangible de l’aboutissement du processus de paix » [10]. En effet, érigés à compter de l’année 1923 avec l’établissement de l’Irish Free State, les postes de douane, check-points militaires et miradors, qui émaillaient la frontière et qui furent démantelés, étaient la cible d’attaques fréquentes de la part de l’Irish Republican Army (IRA) pendant la période des « Troubles ».

La fermeture de la frontière avec la République d’Irlande aurait avant tout un impact négatif sur l’économie de l’Irlande du Nord. En effet, les échanges commerciaux entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne représentent 22% des ventes de biens de l’Irlande du Nord, soit 10,7 milliards de livres sterling en 2015. La République d’Irlande est le premier partenaire commercial de l’Irlande du Nord, qui y a exporté 2,7 milliards de livres sterling de marchandises au cours de cette même année. Cependant, pour le gouvernement britannique, ces échanges transfrontaliers pourraient être considérés comme des échanges locaux échappant ainsi aux règles internationales. Quant aux questions relatives aux tarifs douaniers et aux paiements, celles-ci pourraient être résolues facilement après la mise en place d’un nouveau système électronique de reconnaissance des plaques d’immatriculation, en préparation [11]].

Cependant, en cas de « Soft Brexit », qui impliquerait un accord douanier allégé, le maintien de la zone de voyage commune pour les personnes existant depuis 1923 entre l’Irlande, le Royaume-Uni et plusieurs îles, et la libre-circulation des citoyens britanniques et irlandais, toutes les parties s’interrogent sur des solutions pour éviter que la frontière ne devienne une voie de passage détournée pour l’immigration illégale et pour la résurgence d’une économie frontalière de contrebande [12]. Le gouvernement britannique se veut rassurant, en arguant que le Royaume-Uni et la République d’Irlande pourront conserver un régime spécial de circulation des personnes sans vulnérabiliser leurs frontières, attendu que l’Irlande n’est pas dans Schengen [13].

Mais en ce qui concerne les ressortissants de l’UE déjà installés en Irlande du Nord – dont plus de 30 000 Polonais, arrivés après l’entrée de la Pologne dans l’UE – l’avenir s’est soudain assombri avec le spectre du Brexit.

II. Scénarios

Face aux innombrables incertitudes soulevées par la sortie programmée du Royaume-Uni de l’UE, tandis que des voix s’élèvent, à la fois en République d’Irlande et en Irlande du Nord, pour demander un référendum sur l’Irlande unie, il paraît essentiel d’examiner la faisabilité des deux scénarios principaux désormais envisagés :

Option 1La naissance d’un micro-Etat indépendant nord-irlandais.

Dans ce scénario 1, l’Irlande du Nord se séparerait de la Grande-Bretagne pour devenir un micro-Etat souverain indépendant et membre de l’UE tout en reconnaissant l’autorité de la Couronne britannique [14]. Une solution similaire rencontre également un écho favorable en Ecosse, où 62% des électeurs se sont prononcés en 2016 en faveur du maintien dans l’UE. Elle rencontre le même accueil favorable auprès de certains électeurs londoniens europhiles qui verraient bien leur ville devenir une ville-Etat sur le modèle de Singapour ou de Monaco, quitter le cadre britannique et devenir membre de l’UE [15]. En Irlande du Nord, un tel scénario est privilégié par de nombreux protestants. Ils sont pour la plupart des descendants de colons écossais et se considèrent aujourd’hui, soit comme spécifiquement nord-irlandais (Ulster) soit comme britanniques, mais rarement comme des Irlandais. Pour l’écrivain et historien nord-irlandais Peter Millar, la qualification de “nord-irlandais” était, pendant la période des « Troubles  », plus une négation qu’une affirmation. « Cela faisait référence à ce que je n’étais pas, écrit-il, et non pas à ce que j’étais […]. En Irlande du Nord, l’adjectif britannique était subtilement connoté de sectarisme, celui de mes origines protestantes ». [16]].

A la différence du scénario pour l’indépendance de Londres, le spectre d’une Irlande du nord indépendante ne semble pas provoquer le même degré d’inquiétude. La persistance des souvenirs douloureux de la période des « Troubles » (attentats sanglants, assassinats, tortures, atteintes récurrentes aux droits de l’homme) : « le passé entaché de sang » comme le décrit Peter Millar, explique peut-être le désir de certains Britanniques d’en finir avec les tensions intercommunautaires toujours latentes. Par ailleurs, en raison des subventions considérables qui lui sont accordées par le gouvernement britannique – de l’ordre de 9 milliards de livres sterling par an – l’Irlande du Nord est perçue comme un fardeau financier par certains citoyens britanniques.

Mais ce scénario est-il réaliste ? Pour Peter Millar [17], l’Irlande du Nord ne peut en aucun cas devenir un micro-Etat indépendant, car cela serait tout à fait contraire à l’accord du « Vendredi saint », qui constitue l’unique base de la paix. Ni le Sinn Féin ni le Parti unioniste démocrate (en anglais : Democratic Unionist Party, DUP) ne sont en faveur de cette option, et ils sont les deux seuls partis de poids. Le Sinn Féin est en faveur de la réunification des deux Irlande, tandis que le DUP veut à tout prix demeurer dans le giron britannique. Ainsi, personne ne voudrait réellement d’une Irlande du Nord « indépendante ».

De surcroît, au plan économique, le pays dispose de peu de ressources. En dépit d’investissements massifs de l’UE en faveur d’infrastructures touristiques telles que le spectaculaire centre Titanic à Belfast, qui coûta près de 77 millions de livres sterling [18]] ou la Chaussée des géants (The Giants Causeway), mise en valeur grâce à 18 millions d’euros de l’UE, sur la côte d’Antrim, le tourisme reste faible. L’industrie reste fortement dépendante de l’aide britannique, comme l’a d’ailleurs montré la panique récente autour du constructeur aéronautique Bombardier, cas qui ne fut en dernier ressort résolu que par le biais d’Airbus.

« Le scénario de la réunification des deux Irlande a un peu plus de chance d’aboutir, mais cela pourrait prendre 20 ans et requerra la tenue d’un référendum de part et d’autre de la frontière. Si le vote avait lieu maintenant, le « oui » aurait beaucoup plus de chances de l’emporter qu’il y a une génération, mais ne serait pas pour autant garanti », conclut Peter Millar.

Option 2- « United Ireland » ou la réunification des deux Irlande

Alors que le centenaire de la partition de l’Irlande, scindée depuis 1921, approche, le projet de réunification de l’Irlande du Nord – soit 6 comtés de la province irlandaise d’Ulster- avec la République d’Irlande, est en voie de réactivation. Le projet « United Ireland », au nom duquel combattirent les républicains pendant des décennies pourrait donc enfin trouver un aboutissement. Cette solution est souvent présentée comme la solution la plus pragmatique face aux nouvelles contraintes induites par le Brexit. La réunification des deux Irlande permettrait à la fois de garantir la libre circulation des personnes et des marchandises et de clarifier une fois pour toutes les relations entre les deux entités [19]. En septembre 2016, selon un sondage commandé par la BBC, 22% des nord-irlandais se déclaraient en faveur d’une Irlande Unie [20]].

Ce scénario 2 est perçu favorablement en République d’Irlande – à l’évidence par les députés du Sinn Féin – qui en appellent aux dirigeants européens et à l’Union européenne pour soutenir une telle initiative, mais également par les autres formations politiques, comme le montre le consensus concernant le rapport du sénateur Mark Daly de la formation de centre-droit Fianne Fail, sur « Le Brexit et l’avenir de l’Irlande », rendu public en août 2017 [21]]. Celui-ci se base notamment sur le précédent de la réunification entre l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est (3 octobre 1990), réclame un statut spécial pour l’Irlande du Nord et le soutien de l’UE par le biais d’une déclaration du président de la Commission européenne favorable à l’unité de l’Irlande [22]]. Ceci nécessiterait la tenue d’un référendum sur la réunification comme le prévoit d’ailleurs l’Accord de paix de 1998.

Cependant, pour le nouveau Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, un tel référendum serait susceptible de raviver les tensions intercommunautaires et n’est donc pas souhaitable [23]]. L’écrivain irlandais Colm Toibin juge, quant à lui, que dans l’état actuel de « sombre confusion », la création d’une Irlande unifiée paraît être l’option la moins susceptible d’aboutir. « Ce scénario est digne d’intérêt », écrit-il, « uniquement dans la mesure où il demeure ce qu’il fut dans les décennies passées, à savoir le rêve de certains et le cauchemar des autres, en particulier en Irlande du Nord mais également pour la majorité des citoyens irlandais, qui sont indifférents et comme d’ailleurs en Grande-Bretagne ».

Les promoteurs de cette solution ne doivent pas sous-estimer les difficultés qui se poseraient en cas de réunification. Comme le souligne la journaliste Mary Dejevski, pourtant en faveur de l’unité irlandaise, « les héros des uns sont les traîtres des autres ». C’est pourquoi les symboles de la division que sont les drapeaux et les monuments ne sont pas à prendre à la légère. A Belfast et à Londonderry/Derry, deuxième ville d’Irlande du Nord, catholiques et protestants restent englués dans les affres de la ségrégation. En raison de telles crispations, on se demande comment les deux communautés pourraient partager le même Etat si elles ne sont toujours pas en mesure de cohabiter dans une même ville. Les droits des protestants, qui se retrouveraient minoritaires dans une telle configuration, devraient être protégés par des dispositions particulières dans le cadre d’un nouvel Etat fédéral irlandais.

Le risque de raviver les tensions intercommunautaires est donc toujours latent. Pour les Britanniques, le souvenir des attentats meurtriers de Brighton, Belfast ou Manchester commis par les membres de l’IRA est encore frais dans les mémoires. A titre d’exemple, trente ans après, dans le cadre d’une vaste enquête de police sur l’opération « Kenova » et l’agent double Freddie Scappaticci (« Stakeknife »), des juges tentent actuellement d’élucider les liens entre le renseignement militaire britannique (Force Research Unit, FRU) et des groupes paramilitaires loyalistes en Irlande du Nord pendant la période des « Troubles » [24]].

En conclusion, aucun des deux principaux scénarios ne paraît réalisable pour l’heure, mais avec les tensions liées au mouvement vers l’indépendance de la Catalogne, à leur paroxysme, le 28 octobre 2017, les revendications séparatistes se trouvent renforcées au sein même de l’UE. Les partis régionalistes prospèrent. C’est le cas notamment en Flandre, au Pays basque, en Corse et dans les Iles Féroé. Au Royaume-Uni, l’Ecosse et l’Irlande du Nord envisagent leur destin hors du cadre britannique. Cette tendance s’est exprimée avec une vigueur renouvelée après la tenue du référendum sur le Brexit et il est prévisible que ce phénomène ira crescendo tandis que le processus d’éclatement des Etats-nations s’intensifiera.

Copyright Novembre 2017-Pouvreau/Diploweb.com

 

https://www.diploweb.com/Apres-le-Brexit-quel-avenir-pour-l-Irlande-du-Nord.html

L’Arabie saoudite lance une coalition antiterroriste de pays musulmans… sans la Syrie et l’Irak

L’Arabie saoudite lance une coalition antiterroriste de pays musulmans… sans la Syrie et l’Irak

L'Arabie saoudite lance une coalition antiterroriste de pays musulmans... sans la Syrie et l'Irak© Fayez Nureldine / AFP
Le 26 novembre, l’Arabie saoudite a scellé la création d’une coalition antiterroriste composée de pays musulmans. L’Iran, la Syrie ou l’Irak n’en font pas partie

Même s’ils combattent Daesh depuis des mois, Damas et Bagdad ne figurent pas sur la liste des 40 pays membres d’une nouvelle coalition antiterroriste lancée par Riyad. Grand rival régional, l’Iran en est également exclu, au contraire du Qatar.

Le 26 novembre, l’Arabie saoudite a lancé une coalition antiterroriste de 40 pays musulmans d’Asie et d’Afrique.

Au cours d’une réunion des ministres de la Défense de ces nations, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) a appelé à une «coordination forte, excellente et spéciale» entre les membres de cette nouvelle coalition. «Nous allons continuer à pourchasser les terroristes jusqu’à ce qu’ils disparaissent de la terre», a encore lancé le Saoudien.

L’Iran, la Syrie et l’Irak exclus

Même s’ils combattent depuis de longs mois l’organisation terroriste Daesh, en net recul sur leur territoire, la Syrie et l’Irak ne figurent pas dans la liste communiquée par l’agence de presse officielle saoudienne SPA. L’Iran, le grand rival de Riyad dans la région, n’apparaît pas non plus sur la listes des 40 pays membres de cette coalition.

A noter toutefois que le Qatar en fait partie, selon SPA, même si aucun de ses ministres n’était présent à la réunion du 26 novembre. L’Arabie saoudite accuse en effet Doha de soutenir des groupes extrémistes et, à ce titre, Riyad avait rompu en juin ses relations diplomatiques avec ce pays, en dépit de ses dénégations.

Au sein de cette coalition, à dominante sunnite, on retrouve encore des pays comme le Pakistan, la Turquie ou le Nigeria.

«Plus de 40 pays envoient un signal très fort consistant à dire que nous allons travailler ensemble et que nous allons mettre ensemble nos capacités militaires, financières, politiques et de renseignement», a encore déclaré MBS, ajoutant : «Cela se fera à partir d’aujourd’hui et chaque pays va y contribuer à hauteur de ses capacités.»

«Le terrorisme déforme l’image de l’islam»

Exprimant sa solidarité envers l’Egypte, frappée le 24 novembre par un attentat qui a fait 305 morts, le prince héritier saoudien, dont le pays est lui-même accusé de soutenir le terrorisme a promis de se tenir aux côtés «de tous les pays du monde qui combattent le terrorisme et l’extrémisme».

«Plus que le meurtre d’innocents et la propagation de la haine, le terrorisme et l’extrémisme déforment l’image de notre religion», a en outre déclaré le jeune prince saoudien.

Le général pakistanais Raheel Sharif a été désigné commandant militaire de la coalition. Il aura son quartier général dans la capitale saoudienne.

Coalition antiterroriste ou défense d’intérêts régionaux ?

L’Arabie saoudite est par ailleurs membre d’une alliance occidentale antidjihadistes conduite par les Etats-Unis en Irak et en Syrie.

La diplomatie syrienne a critiqué à plusieurs reprises l’action de la monarchie, l’accusant d’avoir «tué davantage de civils innocents que de terroristes» et lui reprochant de violer la souveraineté de la Syrie car les autorités syriennes ne l’ont pas invitée à intervenir sur son territoire.

Le lancement de cette nouvelle coalition intervient au moment où les relations entre Téhéran et Riyad sont plutôt tendues, les deux pays n’ont plus de relations diplomatiques depuis janvier 2016. Leurs positions sont en outre radicalement opposées dans les conflits syirien et yéménite.

Dans un récent entretien accordé au New York Times, MBS avait qualifié Ali Khamenei, le guide suprême iranien, de «nouvel Hitler du Moyen-Orient».

«Personne dans le monde n’accorde le moindre crédit à des remarques de ce genre», lui avait répondu Bahram Ghassemi, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

https://francais.rt.com/international/45965-arabie-saoudite-lance-coalition-antiterroriste-sans-syrie-irak

Pourquoi Londres ne renoncera pas au Brexit

Pourquoi Londres ne renoncera pas au Brexit

Alexandre Counis / Chef de service Le 17/11 à 12:25
Au Royaume-Uni, l'opinion publique, hommes d'affaires politiques n'envisagent retour arrière : Brexit lieu.
Au Royaume-Uni, ni l’opinion publique, ni les hommes d’affaires ni même les politiques n’envisagent un retour en arrière : le Brexit aura bien lieu. – AFP

Depuis plusieurs semaines, une petite musique laisse parfois croire, dans les capitales européennes, que le Royaume-Uni pourrait revenir en arrière sur le Brexit. Un espoir illusoire. Malgré les difficultés de Theresa May, plus personne au Royaume-Uni ne parle plus, désormais, de renoncer à la sortie de l’Union européenne

« You may say I am a dreamer, but I am not the only one. » Lorsqu’il cite en juin dernier les paroles d’« Imagine », le célèbre tube de John Lennon, pour rêver tout haut d’un Royaume-Uni qui renoncerait au Brexit, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a fait entendre une petite musique que certains entonnent volontiers, aujourd’hui encore, à Bruxelles ou à Paris. « C’est en fait à Londres de décider comment tout cela finira, avec un bon accord, pas d’accord, ou pas de Brexit du tout », glissait encore l’ex-Premier ministre polonais fin octobre.

Même antienne fredonnée il y a quelques jours à Londres par le très respecté Lord Kerr. Alors que le gouvernement conservateur de Theresa May martèle à longueur de temps qu’il n’y a plus d’échappatoire, l’ex-diplomate, qui fut l’un des rédacteurs de l’article 50 du traité de Lisbonne, rectifie : la lettre envoyée par le Royaume-Uni à Bruxelles au titre de cet article pour enclencher son processus de sortie de l’Union n’a rien d’engageant juridiquement. « Ce n’était que la notification d’une intention.  Mais les intentions peuvent changer  », précise-t-il. « Le Brexit est réversible, titre aussitôt le « Guardian ». « Nous ne sommes pas obligés de quitter l’Union », renchérit le « Times ».

Conservateurs divisés

Après tout, c’est vrai : les difficultés sont si grandes, les vents contraires si violents, que Londres pourrait légitimement tout laisser tomber. Le parti conservateur, que David Cameron espérait réunifier grâce au référendum, est au contraire aujourd’hui si divisé sur le Brexit qu’il fait peser un vrai risque sur l’issue des négociations avec Bruxelles. Près de dix-huit mois après le vote qui a vu la  victoire du « leave » en juin 2016, les chances de conclure un accord sur les modalités du Brexit avec l’Union se sont amenuisées.

Et la guérilla qui s’annonce au Parlement sur le Repeal Bill accroît encore les risques d’exécution pour le gouvernement. Les députés travaillistes se sont alliés à une quinzaine de conservateurs rebelles (« Rebel Tories ») pour négocier pied à pied chaque ligne de cet important projet de loi, qui fixe les conditions dans lesquelles seront conservés ou abrogés, après le Brexit, les 12.000 textes d’origine communautaire s’appliquant dans le pays.

Incertitudes

Mais si les incertitudes restent nombreuses, une chose est néanmoins certaine : le Brexit aura bien lieu. Difficile à ce stade de dire s’il sera « soft » ou « hard » dans ses modalités. Tout dépendra de la capacité du gouvernement à résister à la pression de ceux qui, dans son propre camp, poussent pour une sortie rapide et brutale de l’Union. Mais si le pays se déchire encore sur la forme que doit revêtir le Brexit, personne ne parle plus désormais de le remettre en cause. Aucun parti ne propose de rester dans l’Union : seuls les libéraux démocrates pourraient porter cette voix, mais ils ne représentent plus rien sur l’échiquier politique et sont aujourd’hui totalement inaudibles. Aucun leader ne porte un tel message. Et alors que, fin septembre début octobre, certains députés « remainers » osaient encore prendre la parole aux conférences annuelles des deux grands partis pour réclamer l’organisation d’un nouveau référendum, plus personne n’envisage aujourd’hui de retourner aux urnes sur le même sujet, dans le même format.

Décision irrévocable

Le peuple a tranché, et dans une démocratie parlementaire aussi ancienne et solide que le Royaume-Uni, cela veut dire quelque chose. Même si le pays a toujours préféré la démocratie représentative à la démocratie directe, tous considèrent aujourd’hui que la décision est prise. L’homme de la rue, qui regrette d’autant moins d’avoir voté « leave » que les contrecoups de ce choix sur l’économie britannique tardent à se faire sentir. Le monde des affaires, où tous les patrons réclament  plus de clarté sur le processus de sortie, mais où aucun ne remet en cause le Brexit en soi. Et la sphère politique, qui sait bien que mépriser la décision sortie des urnes serait bien plus dangereux encore que de la mettre en oeuvre. Même les « Rebel Tories » : ces conservateurs proeuropéens, que  la une du « Daily Telegraph » dénonçait la semaine dernière comme autant de « Brexit Mutineers », cherchent à obtenir des garanties pour encadrer le Brexit. Mais certainement pas à le remettre en cause.

Période de transition

Reste à savoir, néanmoins, de quel Brexit on parle. Car que diront les patrons britanniques, si, à la fin de l’histoire, ils n’ont plus accès au Marché unique européen ? Que diront les ménages, si la chute de la livre finit par entamer vraiment leur pouvoir d’achat ? Un éventuel accord sur les futures modalités du Brexit, quels qu’en soient les termes, sera de toute façon très vivement critiqué au Royaume-Uni. L’absence d’accord encore plus, si Londres et Bruxelles venaient à échouer dans leurs discussions. Quant à l’éventuelle période de transition que Londres réclame de ses voeux, sa longueur pourrait, elle aussi, être cruciale. Qu’elle dure plus de deux ans, et les mentalités peuvent évoluer, ou la scène politique se renouveler. Bref, les choses peuvent changer. C’est, après tout, le propre des intentions.

Vidéo – Royaume-Uni : 29/03/19, 23h, adieu l’UE

https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01870326/zone/1/showtitle/1/src/v3vplk

Alexandre Counis
Correspondant à Londres

https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/030884753935-pourquoi-londres-ne-renoncera-pas-au-brexit-2131103.php#xtor=EPR-3058-%5Bnl_ideesdebats%5D-20171126-%5BProv_AL_CLO_BOURSE_PU%5D-

[Censure ?] Menaces contre “Complément d’enquête” et “Envoyé Spécial” !

Heum, ça se voit là….

Grogne des journalistes de “Complément d’enquête” et d’”Envoyé Spécial” contre Delphine Ernotte, par Florian Guadalupe

Source : Pure Médias, Florian Guadalupe, 22-11-2017

Les reporters des magazines ont adressé une lettre à la présidente de France Télévisions pour faire part de leur colère.

Tempête à tous les étages à France 2. Ce mercredi, les reporters de “Complément d’enquête” et d’”Envoyé spécial” ont adressé une lettre, que s’est procurée “Quotidien“, à l’adresse de Delphine Ernotte, pour faire part de leur mécontentement concernant l’un des projets de France Télévisions. En effet, le groupe audiovisuel public envisage pour début 2018 de supprimer les magazines d’information le jeudi soir en deuxième partie de soirée, et de proposer “Complément d’enquête” en prime-time. Mécaniquement, cette décision provoquerait une réduction du nombre de numéros du programme de Thomas Sotto, ainsi que de celui d’Elise Lucet.

“Dangereux au niveau éditorial” et “incohérent pour le téléspectateur”

En premier lieu, les journalistes notent “la suppression pure et simple des 33 CDD de reporters des magazines” voulue par la direction de l’information. Selon eux, cela représente la “quasi-totalité des postes de fabricants” des deux magazines du jeudi soir, ainsi que de l’émission “13h15”. “Nous venons d’apprendre par accident que notre propre direction vous propose de supprimer jusqu’à 30 ETP (Equivalent Temps Plein) dans les magazines – dont les effectifs s’élèvent à moins de 100 personnes, hiérarchie et production comprises“, lancent-t-ils, rappelant que leur rédaction représente “moins de 7% des effectifs de l’information.

Le projet d’un passage des deux magazines à un rythme mensuel leur “paraît à la fois dangereux au niveau éditorial” et “incohérent pour le téléspectateur“. “Comment se retrouver dans une soirée du jeudi qui verrait se succéder ces deux émissions, mais aussi ‘L’Angle éco’, ‘L’Emission politique’, les portraits de Laurent Delahousse ?“, interrogent-t-ils Delphine Ernotte, assurant qu’une récente étude “facturée 48.000 euros” et “commandée par la direction des magazines” préconisait “précisément l’inverse“.

“Est-ce vraiment tout cela que vous souhaitez supprimer ?”

Par la suite, les reporters des magazines d’Elise Lucet et de Thomas Sotto souhaitent “alerter sur les conséquences directes” de vouloir “se séparer de CDD“, “dont certains sont des collaborateurs exclusifs et à temps plein” du groupe depuis près de 10 ans. Ils ajoutent : “Concrètement, sans CDD, sachez qu’il ne restera plus que deux reporters à ‘Complément d’enquête’, et cinq à ‘Envoyé Spécial’. Autant le dire franchement : cela reviendrait à faire disparaître ces é­missions.

De plus, ils relèvent les nombreuses enquêtes réalisées par les deux magazines qui ont eu un impact sur la société ces dernières années : l’affaire Bygmalion, l’Erythrée, la communication d’Emmanuel Macron, l’interview d’Asia Argento, les activités de Vincent Bolloré – une enquête qui a reçu le prix Albert Londres -, l’affaire Penelope Fillon ou encore les spéciales attentats. “Est-ce vraiment tout cela que vous souhaitez supprimer ? Pour la première fois dans l’histoire de France Télévisions, vous allez, madame Ernotte, devoir valider une réduction du nombre d’heures consacrées à l’information“, s’attristent les journalistes de France 2.

“C’est la survie des derniers magazines produits par le service public qui est en jeu”

Pour conclure, ils concèdent que “la rédaction et les magazines doivent participer aux efforts d’économie“, déclarant “avoir beaucoup d’idées allant dans ce sens” et vouloir “les faire partager“. “Mais prendre comme seule boussole la diminution de nos ETP de fabricants, alors que nous sommes, au quotidien, spectateurs impuissants d’aberrations de gestion nous paraît incompréhensible“, écrivent-t-ils, avant de terminer : “Avant de faire votre choix, gardez à l’esprit que derrière cette décision comptable, c’est la survie des derniers magazines produits par le service public qui est en jeu.

Source : Pure Médias, Florian Guadalupe, 22-11-2017

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24 réponses à [Censure ?] Menaces contre “Complément d’enquête” et “Envoyé Spécial” !

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Arabie Saoudite : Après la tentative de coup d’état, par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 13-11-2017

Beyrouth, 13 novembre 2017.

Comme l’a titré le quotidien Al-Akhbar, dès le lendemain de l’annonce de sa démission sur la chaine de télévision saoudienne Al-Arabia, le Premier ministre libanais Saad Hariri serait l’« otage » du jeune prince héritier Mohamad Ben Salman (MBS). La démission surprise de Saad Hariri constitue sans doute l’un des dégâts collatéraux d’une tentative de coup d’Etat fomenté par les princes, hommes d’affaires et responsables militaires du clan de l’ancien roi Abdallah et d’autres cercles – religieux notamment -, victimes de la révolution de palais mené par l’actuel roi Salman (83 ans) pour installer définitivement son fils MBS (32 ans) sur le trône !

OTAGE ET PRISONNIER

Otage et prisonnier de la monarchie wahhabite, Saad Hariri l’est à plusieurs titres : Premier ministre libanais, mais détenteur d’un passeport saoudien, Saad Hariri et sa famille restent historiquement liés au clan Abdallah. Le Premier ministre libanais partage les options régionales de l’ancien roi d’Arabie : conservatisme sunnite, fermeté vis-à-vis d’Israël et évitement d’un durcissement immodéré avec l’Iran. Cette posture l’a amené à accepter l’accession du général Michel Aoun à la présidence du Liban, après avoir tendu la main à Sleiman Frangieh, le chef des Marada, lui-aussi partisan du camp du « 8 mars », allié au Hezbollah.

En obligeant Saad Hariri à démissionner de ses fonctions d’une manière si brutale, MBS le force aussi à renoncer à la participation du Hezbollah aux pouvoirs exécutif (deux ministres font actuellement partie du gouvernement) et législatif (13 députés sur 128) libanais et, par conséquent, à renier son pragmatisme consensuel qui avait permis au Pays du Cèdre de sortir de plusieurs années de blocage politique. Et pour qu’il boive le calice jusqu’à la lie, Riyad oblige Saad Hariri à effectuer une visite aux Emirats arabes unis, l’autre partenaire de l’Arabie saoudite partisan d’un durcissement des relations avec l’Iran et le Qatar. Le Premier ministre libanais a dû aussi accorder une interview effectuée depuis Riyad à la chaine libanaise Future-TV(organe du camp du 14 mars auquel appartient Saad Hariri) ce dimanche 12 Novembre. Il déclare qu’il est fier d’avoir démissionné depuis l’Arabie saoudite, ajoutant que « le roi Salman le considère comme un fils et qu’il respecte le prince héritier MBS ». Tout est dit !

Non sans cynisme, et en forçant ainsi le Premier ministre libanais à se transformer en VRP de sa politique belliciste, Riyad ose affirmer que Saad Hariri est bien libre de ses mouvements ! En réalité, toute la famille du Premier ministre libanais est retenue en résidence surveillée dans une banlieue résidentielle de Riyad, en dépit des tentatives de médiation libanaise, égyptienne, marocaine, palestinienne et française pour le ramener au Liban – lui et sa famille – ou les exfiltrer vers la France. Profitant de la visite d’Emmanuel Macron aux Emirats arabes unis, la diplomatie française aura mobilisé, en vain, toutes ses énergies.

L’actuel ambassadeur de France à Riyad, l’excellent François Gouyette, a remué des montagnes et des dunes. Il a pu s’entretenir seul à seul avec le Premier ministre libanais et comprendre que ce dernier et sa famille sont retenus en Arabie saoudite contre leur volonté. Bertrand Besancenot – ambassadeur de France à Riyad durant dix ans et actuel médiateur dans le contentieux opposant la monarchie saoudienne au Qatar – ainsi que le patron des services extérieurs (DGSE), Bernard Emié – ancien ambassadeur à Alger et Beyrouth – ont eux-aussi aussi mouillé la chemise, mais se heurtant à une absolue fin de non-recevoir du pouvoir saoudien.

Représentant la France à Beyrouth, l’ambassadeur Bruno Foucher a fait le tour des responsables politiques du Pays du Cèdre, s’assurant de leur volonté unanime à éclaircir les conditions de cette démission surréaliste, contraire à tous les usages. Avec sang-froid et maîtrise, le président libanais Michel Aoun a rejeté cette démission prononcée en dehors du territoire national, exigeant le retour de Saad Hariri au Liban afin qu’il puisse expliquer à ses pairs les raisons d’une telle décision. Seul le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, semble se réjouir du coup de force saoudien…

Sur la route du retour des Emirats arabes unis où il venait d’inaugurer le Louvre local, Emmanuel Macron a fait halte à l’aéroport de Riyad pour y rencontrer MBS, afin d’évoquer « les crises régionales » et le sort du Premier ministre libanais. En signant dernièrement avec Theresa May et Angela Merkel un communiqué commun appelant Donald Trump à ne pas défaire l’accord sur le nucléaire iranien, le président français a indisposé, non seulement Washington, mais aussi Riyad. Afin de rééquilibrer la donne, Emmanuel Macron a donc multiplié les déclarations de fermeté vis-à-vis de l’Iran – s’agissant notamment de son programme balistique – lors de sa visite de la base française d’Abu Dhabi. Mais cela n’a pas suffi à convaincre MBS de le laisser ramener Saad Hariri et sa famille à Paris pour sortir de l’impasse.

« MBS est maintenant prisonnier d’une fuite en avant comme le Prince de Machiavel : soit supprimer tous ses opposants d’un coup, soit succomber lui-même à ses opposants », explique un expert libanais de la monarchie wahhabite qui souhaite conserver l’anonymat ; « à 32 ans, ce jeune prince sans expérience pense qu’avec l’argent il peut tout acheter alors que ses décisions sont des échecs patents, en Syrie, au Yémen et au Bahreïn- où la répression quotidienne par les forces saoudiennes de sécurité contre une population majoritairement chi’ite indispose aussi fortement les minorités chi’ites des provinces pétrolières saoudiennes régulièrement secouées par des mouvements de protestation tout aussi violemment réprimés. Sa conception géopolitique du monde la plus sophistiquée se réduit à celle de la planète des singes… »

REVOLUTION ET CONTRE-REVOLUTION DE PALAIS

Roland Lombardi1 nous rappelle opportunément l’exemple le plus frappant de la détermination de MBS à détenir la totalité du pouvoir entre ses seules mains : « le cas du puissant et incontournable prince Mohammed ben Nayef Al Saoud (57 ans et propre cousin du jeune prince), ancien Monsieur Sécurité et anti-terrorisme du royaume et véritable version bédouine d’un Joseph Fouché ou d’un J. Edgar Hoover est emblématique. Il a été évincé en juin dernier de son ministère de l’Intérieur, de son poste de vice-Premier ministre et surtout de son statut de prince héritier… Tout cela engendre frustrations, rancœurs et fait de nombreux mécontents parmi les élites et les notables écartés du pouvoir ».

Dans les milieux religieux, ce ne sont pas moins d’un millier d’imams wahhabites jugés extrémistes qui ont été mis à l’ombre en quelques semaines, comme en témoignent les dernières arrestations de Salman al-Awda, Awad al-Qarni et Ali al-Omari, trois prédicateurs conservateurs très populaires. D’autres arrestations concernent notamment des personnes étroitement liées à la famille du défunt prince héritier et ministre de la Défense Sultan ben Abdel Aziz, mort en 2011. Le nombre des comptes en banque, appartenant à des particuliers, qui ont été gelés, est passé de 1 200 à plus de 1 700, précise-t-on de sources bancaires.

La dernière décision de MBS visant à permettre aux femmes de conduire leur propre voiture sans être accompagnées d’un chaperon, a été perçue par le Conseil des Oulémas et tous les gardiens du wahhabisme – qui sert toujours de fondement aux lois de la monarchie – comme un véritable défi et une concession faite à l’administration américaine.

Cette révolution de palais, à la fois autoritaire et tintée de modernisme, est couverte, sinon encouragée par Donald Trump lui-même, qui a décidé de miser sur le jeune prince héritier à trois conditions : moderniser, sinon « occidentaliser » les usages de la vie quotidienne de la monarchie ; combattre le radicalisme salafiste et arrêter de financer le terrorisme islamiste ; enfin, orienter principalement la politique étrangère de la monarchie contre l’Iran en se rapprochant d’Israël. Cette « couverture » américaine est principalement le fait de quatre personnages clefs : Jared Kushner (36 ans), le gendre et proche conseiller de Trump, farouchement pro-israélien ; le général H. R. McMaster conseiller à la sécurité nationale ; le général James Mattis Secrétaire à la Défense et le chef de cabinet de la Maison blanche, le général John Kelly.

Les trois derniers connaissent bien les arcanes de l’Orient compliqué et cherchent à tourner la page d’une Arabie saoudite impliquée dans les attentats du 11 septembre 2001 : 17 des 19 pirates de l’air étaient Saoudiens ou d’origine saoudienne. Le 20 mai 2017 à Riyad, devant une cinquantaine de pays sunnites, Donald Trump adoube l’Arabie saoudite comme la seule et unique puissance régionale du Proche-Orient aux côtés d’Israël. Non content de vendre plusieurs centaines de milliards d’armements aux monarchies du Golfe, Donald Trump appelle – en convergence de moins en moins cachée avec Israël – à « isoler l’Iran », accusé de « soutenir le terrorisme ».

Parmi les 10 000 princes saoudiens, ces orientations ne font pas l’unanimité, surtout le rapprochement amorcé avec Tel-Aviv. Ajoutées à l’autoritarisme grandissant de MBS et à sa volonté affichée d’accaparer la totalité du pouvoir, plusieurs manifestations populaires ont été violemment réprimées dernièrement, notamment dans la province du Assir, la région stratégique des terminaux gaziers et pétroliers. Plusieurs sources locales parlent même d’affrontements armés faisant plusieurs dizaines de victimes. Il n’en faut pas plus pour que le Palais dénonce une tentative de coup d’Etat, lui permettant de finir de décapiter toute espèce d’opposition au nom d’une soudaine « lutte contre la corruption ».

Jared Kushner arrive à Riyad en catastrophe. Durant la nuit de samedi à dimanche dernier, il reste en compagnie de MBS jusqu’à 4 heures du matin, tandis que la Vème Flotte2 est mise en alerte. Plusieurs escadrilles de la chasse américaine survolent Djeddah et le Nedj, couverts par un appareil de surveillance AWACS (Airborne Warning and Control System). Accréditant qu’il y a bien eu tentative de coup d’Etat, le CENTCOM reste en alerte, particulièrement mobilisé pour la protection de Dubaï après l’affirmation d’un journal iranien disant qu’il suffirait d’un missile sur cette ville pour faire éclater « la bulle financière des Emirats arabes unis ».

ARRESTATIONS ET ATTENTATS

Simultanément à cette purge sans précédent engagée par MBS contre ses opposants, dimanche 5 novembre l’hélicoptère du prince Mansour ben Moqren – vice-gouverneur de la province du Assir (dans laquelle se sont déroulées les manifestations anti-MBS) – s’écrase près d’Abha à proximité de la frontière du Yémen. « D’autres responsables militaires » se trouvaient à bord de l’appareil a précisé la chaine pro-gouvernementale Al-Arabia, laissant entendre que l’appareil avait été victime, soit d’une avarie technique, soit d’un tir des rebelles yéménites houthi…

Accusés d’être soutenus par l’Iran, ces derniers ont revendiqué avoir tiré un missile sur une distance de plus de 750 kilomètres pour viser l’aéroport de Riyad. Il s’agit de la première attaque du genre visant la capitale saoudienne. Si plusieurs officiers européens de renseignement confirment la paternité « houthi » du tir de ce missile sur Riyad, ces mêmes sources se montrent plus dubitatives quant au crash de l’hélicoptère du prince Moqren. Certains estiment qu’aucune indication de tir de proximité n’a été relevé et que l’explosion est intervenue de l’intérieur de l’appareil…

Dans ce contexte de « tension extrême », selon les propres termes d’un ambassadeur européen en poste à Riyad, le roi Salman a signé deux décrets. Le premier entérine la mise à la retraite anticipée et l’arrestation de l’émir Metab ben Abdallah, le puissant chef de la Garde nationale saoudienne – un corps d’élite de 200 000 hommes chargé d’assurer la sécurité de la capitale et de lutter contre le terrorisme. Le même texte officialise aussi les arrestations du vice-amiral Abdallah al-Sultan, aux commandes de la marine saoudienne depuis 2014 et du ministre de l’Economie et du Plan Adel Fakih.

Un second décret a installé une Commission de lutte contre la corruption, sous la présidence de MBS. Cette nouvelle instance décide aussitôt d’appréhender onze princes, quatre autres ministres en exercice et une dizaine d’anciens ministres dont l’émir Turki ben Abdallah, l’ancien gouverneur de la province de Riyad, lui aussi proche du clan Abdallah. Dans le même temps, à New York, on annonçait que l’offre publique d’achat pour la privatisation effective de l’ARAMCO serait lancée non pas à Riyad, mais… à Wall Street à la plus grande joie du président Trump !

Fait aussi partie de la charrette l’homme d’affaire Walid ben Talal, considéré comme l’un des hommes les plus riches du monde. Sa société Kingdom Holding Company est actionnaire de Citigroup, Apple, Twitter et Euro-Disney notamment. Son animosité envers le président américain Donald Trump pourrait être l’une des raisons de son arrestation. Deux autres hommes d’affaires opposés à MBS font partie du lot : Walid ben Ibrahim al-Ibrahim, le propriétaire de la MBC (Middle East Broadcasting Company) ayant refusé dernièrement de vendre ses chaines à MBS et Bakr ben Laden, le président du groupe Saudi BinLaden, référence lourde des attentats du 11 septembre 2001.

Toutes ces personnalités- soit plus de 1 500 personnes – ont été enfermées à l’hôtel Ritz de Riyad où a été aussi transféré Saad Hariri. La presse officielle de la monarchie vient d’annoncer l’adoption d’une nouvelle loi anti-terroriste qui préconise notamment des peines d’emprisonnement de 5 à 15 ans pour diffamation ou insulte publique à l’égard du roi ou du prince héritier.

L’APRES AOUN A COMMENCE

« Indépendamment de l’insulte faite au peuple libanais, aujourd’hui, le jeune MBS fait exactement ce que Recept Erdogan a fait après la tentative de coup d’Etat visant à le renverser en juillet 2016 », explique un officier de renseignement en poste à Beyrouth, « il fait le ménage en neutralisant les grandes familles, les milieux sécuritaires, économiques et médiatiques suspectés, non pas d’avoir participé directement à la tentative de coup d’Etat, mais de l’avoir acceptée, sinon souhaitée. Avec l’aval des Etats-Unis, il est en train de mettre en place un régime dictatorial tout en libéralisant les mœurs et les réseaux sociaux, parce que c’est meilleur pour les affaires ».

La prise en otage du Premier ministre libanais par les autorités saoudiennes a principalement trois conséquences sur la situation libanaise : une remontée optimale de la menace terroriste (des attentats contre des cibles chi’ites sont à craindre, notamment dans le nord du pays et les régions et quartiers urbains chi’ites des grandes agglomérations) ; la suspension des élections législatives qui devaient avoir lieu en mai prochain ; et la recherche – qui s’annonce d’ores et déjà laborieuse – d’un nouveau gouvernement de « technocrates » où la présence du Hezbollah ne serait plus affichée.

D’une manière générique et organique, cette crise relance aussi la course à la succession de Michel Aoun pour la future présidence de la République. Dialectiquement, la prise d’otage de Saad Hariri foudroie les espoirs de Gibran Bassil de succéder à son beau-père à Baabda, sans parler de ceux du chef des FL Samir Geagea, le « tueur en série » de la guerre civile, aujourd’hui courroie de transmission au Liban des intérêts israéliens et saoudiens.

Victime de son double langage – critiquant le Hezbollah en Arabie saoudite et dans toute la région tout en s’affichant comme son allié sur la scène intérieure -, le premier est largement responsable de l’affaire Hariri. Obligé maintenant de sortir de ses ambiguïtés coutumières, il ne peut être un candidat sérieux à la succession de son beau-père ! Depuis qu’il est sorti de prison, le deuxième souffle sur les braises confessionnelles comme s’il rêvait de voir reprendre la guerre civile pour s’adonner à son occupation favorite : l’assassinat de tous ceux qui ne partagent pas son fantasme d’un réduit chrétien purifié ethniquement et religieusement !

« Dans tous les cas de figures », affirme un ambassadeur européen en poste à Beyrouth, « ni Gibran Bassil, ni Samir Geagea ne pourront prétendre à la succession de Michel Aoun, qui nécessitera un homme jeune, apaisé, populaire et ouvert ».

La rédaction de prochetmoyen-orient.ch souhaite la libération prochaine de Saad Hariri et de sa famille, ainsi que la stabilité de notre cher Liban ! Bonne lecture et bonne semaine !

Richard Labévière
13 novembre 2017

1 Roland Lombardi – docteur en histoire, consultant indépendant en géopolitique et analyste au sein du groupe JFC Conseil. « Arabie saoudite : La “Nuit des Longs Cimeterres” se poursuit… » 8 novembre 2017.
2 La Cinquième flotte de l’US Navy a été créée le 26 avril 1944 puis supprimée en janvier 1947. Dans les années 1990, suite à la guerre du Golfe, le Pentagone a décidé de créer une flotte chargée des forces navales au Moyen-Orient. Elle est donc recréée le 1er juillet 1995. Son quartier général se trouve à Manama, au Bahreïn. Le soulèvement bahreïni de 2011 aurait conduit le commandement américain à envisager d’implanter le quartier général de la flotte dans un pays plus stable, le Qatar ou les Émirats arabes unis. La Ve flotte opère sous l’autorité du CENTCOM.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 13-11-2017

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4 réponses à Arabie Saoudite : Après la tentative de coup d’état, par Richard Labévière

  1. Pierre Tavernier Le 26 novembre 2017 à 06h49

    Afficher/Masquer

    Bonjour
    En complément, cette interview de Bassam Tahhan :
    https://www.iveris.eu/list/entretiens/295-mbs_lapprenti_sorcier

    Notons que Guillaume Berlat est plus réservé sur le bilan de la diplomatie française :
    http://prochetmoyen-orient.ch/arabie-saoudite-liban-voyage-en-absurdie/

    Et Richard Labévière montre dans cet édito les facteurs de risque de déstabilisation :
    http://prochetmoyen-orient.ch/hariri-a-paris-geagea-en-embuscade-a-beyrouth/

    Soulignons que ce dernier a été écrit avant l’annonce par Hariri qu’il suspendait sa démission.

    pour lire les 4 réponses , cliquez sur le lien :

     

    https://www.les-crises.fr/arabie-saoudite-apres-la-tentative-de-coup-detat-par-richard-labeviere/

Raphaël Enthoven présente ses excuses après sa chronique sur le Notre Père

Raphaël Enthoven présente ses excuses après sa chronique sur le Notre Père

© ERIC PIERMONT – AFP
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Le philosophe est revenu ce jeudi sur sa chronique où il accusait à mots couverts l’Église d’avoir modifié la traduction du Notre Père par islamophobie.

Les réactions étaient si nombreuses et l’incompréhension des catholiques si frappante que Raphaël Enthoven a jugé utile de revenir ce jeudi, à l’antenne d’Europe 1, sur son interprétation très personnelle de la nouvelle traduction du Notre Père. Il y expliquait en substance que si l’Église proposait cette nouvelle traduction c’était par islamophobie.

Le philosophe a expliqué d’entrée que sa chronique de mardi dernier « n’était pas bonne » : « d’abord elle était mauvaise, mais surtout elle était malhonnête ». A-t-il eu tort ? Raphaël Enthoven botte en touche et évite de se dédire tout à fait : « mais je n’en sais rien, personne n’en sait rien (…). C’est cela le problème. J’aurai pu dire n’importe quoi, d’ailleurs je l’ai fait. La question n’est pas de savoir ce qui est vrai ou faux, qui le sait, mais si ce que je raconte permet ou empêche le débat. »

« Avoir produit du soupçon au lieu de le dissiper »

En revanche, il admet que c’est sa méthode qui pose problème. Un angle qui lui permet d’éviter de revenir sur le fond du propos de sa chronique : « Je n’ai rien démontré. J’ai juste partagé une intuition, une pauvre opinion avec les auditeurs d’Europe 1, ce qui n’a aucun intérêt. En présumant que c’est par islamophobie que le texte du Notre Père a été purgé du verbe soumettre, je mettais ceux que j’en accusais dans la situation tout à fait impossible d’avoir à dire que ce n’était pas le cas sans pouvoir en apporter la preuve. Une parole indémontrable, comme l’était la mienne, est une parole infalsifiable et ça c’est impardonnable. Ce qui est impardonnable, c’est d’avoir produit du soupçon au lieu de le dissiper ».

« Quel est l’ennemi commun, l’ennemi de tous, l’ennemi du public numéro 1, ce n’est pas le catholicisme, ni l’islam, ni le judaïsme, ni la laïcité bien sûr, a poursuivi le philosophe. Le seul ennemi que nous ayons tous à redouter collectivement, le cauchemar du débat, c’est le procès d’intention, qu’on en fasse ou qu’on en subisse, c’est l’accusation indémontrable qui souille l’accusé sans exposer l’accusateur à un démenti argumenté ».

Des excuses pour son procès d’intention

En conclusion, c’est un mea-culpa sur la forme, bien plus que sur le fond, auquel s’est livré le médiatique chroniqueur : «  Je retire bien volontiers l’accusation d’islamophobie porté mardi dernier à l’encontre du Notre Père nouvelle façon, je reprends à grand frais ce débat sur l’exégèse biblique, où mon inculture est encyclopédique, et je présente mes excuses plates aux gens de bonne volonté, nombreux, qui prient du fond du cœur et ne connaissent pas la haine ». « Tout procès d’intention condamne à l’avance l’accusateur lui-même ». Une attitude qui a été loué par de nombreux internautes. Qui regrettaient néanmoins que le philosophe ne se soit pas interrogé sur le fond de son propos.

 

https://fr.aleteia.org/2017/11/23/raphael-enthoven-presente-ses-excuses-apres-sa-chronique-sur-le-notre-pere/?utm_campaign=NL_fr&utm_source=weekly_newsletter&utm_medium=mail&utm_content=NL_fr

Une base militaire russe au Soudan

Une base militaire russe au Soudan

Chef Poutine! Allez Soudan!

La Russie n’a pas besoin d’une base militaire permanente au Soudan car elle a d’autres priorités stratégiques, a expliqué à Sputnik un expert militaire russe.

Une base militaire russe à part entière au Soudan n’est pas appropriée du point de vue militaire, a déclaré lors d’une interview à Sputnik le rédacteur en chef de la revue Arsenal de la patrie, le colonel Viktor Mourakhovsky.

«Nous avions eu une base à l’époque soviétique dans cette région. Je ne suis pas sûr qu’elle soit nécessaire actuellement. Nous avons plutôt besoin de quelque chose comme une installation navale pour que nos navires puissent changer les équipages, se réapprovisionner, en premier lieu, en nourriture, eau et carburant. Ce serait intéressant pour nous», a-t-il déclaré.

Selon M.Mourakhovsky, une base permanente au Soudan telle que Hmeimim et Tartousen Syrie n’est pas nécessaire actuellement.

«Nous n’avons pas d’escadre permanente dans cette région comme dans la partie orientale de la mer Méditerranée. Il faut regarder la réalité en face. Pour recréer l’escadre dans l’océan Indien, nous devons avoir assez de navires de première et de seconde classe. Il faut regarder, tout d’abord, du point de vue militaire», a-t-il ajouté.

Une base au Soudan pourrait être utilisée, principalement, pour montrer la présence de la Russie dans la région et pour lutter contre la piraterie.

«Et si vous voulez résoudre des problèmes opérationnels dans le cadre d’un conflit à grande échelle, cela veut dire que les [navires, ndlr] seront abandonnés à la mort. À mon avis, il est nécessaire de mettre en œuvre le programme de construction navale pour que nous ayons une nouvelle génération de destroyers, de frégates et de navires de combat», estime M.Murahovsky.

En ce qui concerne une base aérienne au Soudan, Moscou n’en a pas besoin, selon le spécialiste. Un accord permettant d’utiliser des avions de renseignement serait suffisant. Ce régime de contrôle permanent des zones maritimes dans la région nous aiderait beaucoup.

«Maintenant, il est plus approprié de développer la base aérienne de Hmeimim et l’installation navale russe à Tartous, en Syrie, pour ne pas gaspiller de ressources», a conclu M.Mourakhovsky.

Auparavant, le Président soudanais Omar el-Béchir était en visite en Russie pour rencontrer Vladimir Poutine. Lors des négociations à Sotchi, les deux chefs d’État et le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, ont évoqué la possibilité d’installer une base militaire au Soudan. Omar el-Béchir a déclaré que la séparation du Soudan du Sud en 2011 avait été le résultat de la politique des États-Unis et que Khartoum avait besoin d’être protégé des actions agressives de Washington.

fr.sputniknews.com

https://infosdanyfr.wordpress.com/2017/11/26/une-base-militaire-russe-au-soudan/

Le Bangladesh se félicite de l’accord avec le Myanmar sur le rapatriement des Rohingyas

MYANMAR

Le Bangladesh se félicite de l’accord avec le Myanmar sur le rapatriement des Rohingyas

© Chine Nouvelle (Xinhua)Ba Lifenshe, le 25/11/2017 20:38

Le ministre bangladais des Affaires étrangères, Abdul Hassan Mahmood Ali, qui a signé jeudi un accord avec le Myanmar sur le rapatriement des Rohingyas, s’est félicité de cet accord bilatéral.

Samedi, à son retour du Myanmar, le chef de la diplomatie bangladaise a tenu un point de presse à Dacca où il a déclaré que les deux parties sont convenues de chercher à obtenir l’aide du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) afin de mettre en oeuvre le processus de rapatriement.

Le chef de la diplomatie bangladaise a dit qu’un Groupe de travail conjoint devra être créé dans les trois semaines suivant la date de l’accord afin de surveiller le processus de rapatriement.

M. Mahmood Ali et le ministre de la République de l’Union du Myanmar, U Kyaw Tint Swe, ont signé l’accord au bureau du Conseiller d’État, au Myanmar, jeudi.

Selon le ministre, le Myanmar acceptera uniquement ses ressortissants déplacés depuis le 9 octobre 2016, une fois achevé le rapatriement des Rohingyas qui ont récemment franchi la frontière.

Il a en outre déclaré que 622 000 Rohingyas se sont à ce jour réfugiés au Bangladesh après les violences qui ont éclaté au Myanmar le 25 août.

Conformément à l’accord, les deux gouvernements mettront en place le retour volontaire, dans le respect de la  »sûreté, de la sécurité et de la dignité et avec la possibilité de retrouver des moyens de subsistance » lorsque les autorités auront vérifié qu’il s’agit bien de résidents rohingyas.

À cet égard, M. Mahmood Ali a dit samedi aux journalistes que le Myanmar placera les Rohingyas dans des camps temporaires, près de leurs maisons abandonnées, après leur retour dans leur pays.

https://chine.in/actualite/asie/bangladesh-felicite-accord-avec_17839.html

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Revue de presse nationale et internationale.

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