Daech lessivé

Daech lessivé

29 Août 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Diantre chers amis, quelques semaines coupé du monde et voilà que Daech ne lave plus blanc. Lessivée, rincée, essorée, la coproduction saoudo-obamesque…

La poche de Qalamoun (2) à la frontière syro-libanaise n’est plus qu’un mauvais souvenir. Offensive à la fois contre Al Nosra et l’EI, victoire, accord d’évacuation pour les restes djihadistes afin de ne pas s’éterniser dans la région. La frontière est sécurisée et le Hezbollah peut désormais redéployer toutes ses forces ailleurs. Pas étonnant que Bibi la Terreur soit de plus en plus fébrile… Et l’information (notez la formulation délicieusement ambiguë laissant ouvertes toutes les portes) selon laquelle Moscou et Damas ont établi un système de défense anti-aérien commun n’est pas fait pour le rassurer.

Mais c’est en Syrie centrale (1) que les grands mouvements ont eu lieu. Annihilé, le saillant daéchique qui, le mois dernier encore, enfonçait un coin territorial dans le ventre mou des loyalistes, obligés d’étirer leurs forces afin de surveiller des centaines de kilomètres par où pouvaient surgir les petits hommes en noir. Que de chemin parcouru depuis juillet…

Désormais, sous réserve que la dernière poche d’Uqayribat soit réduite, la ligne de front est divisée par deux (300 km au lieu de 600 km), permettant à l’armée syrienne de masser ses troupes pour se ruer vers Deir ez-Zoor. L’attaque se fera sans doute sur trois axes :

Comme si cela ne suffisait pas, le calife, dont personne ne veut la place, est également en train de perdre la poche de Tal Afar en Irak (3). La ville, berceau de plusieurs cadres daéchiques, devrait bientôt être libérée par l’armée irakienne et les milices chiites, leur permettant elles aussi de réaffecter leurs forces vers la frontière pour la grande bataille finale que nous annonçons depuis longtemps :

Al Bukamal, bientôt le dernier bastion urbain de Daech et bataille ultime de la longue guerre syrakienne ? C’est bien possible… A moins que tout n’ait déjà été réglé par de discrets envoyés dans les couloirs du pouvoir à Moscou, Washington, Damas et Téhéran, l’on pourrait assister à une détonante convergence de l’armée syrienne, des YPG kurdo-américaines, des UMP iranisées et de l’armée irakienne. Deux contre un si l’on considère, dans le meilleur des cas pour les Américains, que l’armée irakienne restera neutre : le rapport de force n’est de toute façon pas en faveur de l’empire. Le tout face à une résistance désespérée de l’EI dont ce sera le chant du cygne. Chaud devant…

La carte ci-dessus datait de juin. On voit maintenant que le 4+1 a pris une option conséquente tandis que les derniers proxies de l’empire, les Kurdes, n’ont à peu près pas bougé, embringués qu’ils sont dans la bataille de Raqqa et les menaces turques.

Notons quand même que dans le maelstrom des SDF, dont les Kurdes sont le fer de lance, certains bataillons arabes ont fait sécession et menacent de lancer une offensive sur Deir ez-Zoor (mais que valent ces unités ?) tandis que d’autres ont fait défection et se sont ralliés à l’armée loyaliste. Dans ces conditions, et sauf retournement de situation, la frontière syro-irakienne sera reconquise par le 4+1 et l’arc chiite reconstitué.

***

Chers amis, je ne peux pas ne pas vous faire profiter de ces quelques photos prises dans le métro de Téhéran où l’on voit que, même si ce n’est pas spécifié comme tel, le Grand jeu n’est jamais très loin…

 

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques nouvelles de OMBRE43 https://ombre43.wordpress.com

Quelques nouvelles de OMBRE43 https://ombre43.wordpress.com

je travaille depuis quelques mois à améliorer et enrichir la revue de presse, que beaucoup d’entre vous connaissent depuis plus de 4 ans.

En effet je continuerais à  vous présenter des analyses développées par des auteurs, journalistes et points de vue particuliers ,d’auteurs indépendants, sur ce point particulier, vos analyses seront lues et publiées après acceptation du modérateur.

La revue de presse couvrira la RUSSIE, ASIE  CHINE  L’évolution de la Route de la soie,le gaz et le  pétrole, le Proche et Moyen Orient, l’AFRIQUE de l’OUEST, je cite les grands dossiers. mais ombre43 se réserve le droit d’aborder avec intérêt toute zone géographique pouvant enrichir la géopolitique et les géostratégies.

En quelques lignes voici  quelques propositions sur lesquelles , je ( nous ) travaillons et nous vous invitons à y participer)

Ombre43  vous tiendra au courant , et en attendant  vous invite a faire plus ample connaissance avec ombre 43, et ses revues de presse et ses analyses en visitant quotidiennement :

. https;//ombre43.wordpress.com

A BIENTÖT         amicalement

Bernard FELLI  administrateur.

 

 

L’Inde de Narendra Modi a-t-elle changé de camp ?

Au cours des derniers mois, l’Inde a brusquement changé d’attitude dans plusieurs dossiers. Tout se passe comme si le Premier ministre Narendra Modi tentait de saboter son rapprochement avec la Chine et le Pakistan et de créer des conflits artificiels. Pour William Engdhal, ce revirement serait inspiré par Washington et Tel-Aviv.

| Francfort (Allemagne) | 28 août 2017

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Il est très dérangeant pour l’esprit de voir une nation comme l’Inde, potentiellement l’un des plus grands pays émergents du monde, s’autodétruire systématiquement. Provoquer une nouvelle guerre avec la Chine pour quelques parcelles de terre éloignées dans les hauteurs de l’Himalaya, là où les frontières de la région autonome chinoise du Tibet convergent avec l’Inde et le royaume du Bhoutan, n’en est que le plus récent exemple. La question posée est de savoir qui ou quel grand dessein se trouvent derrière ces politiques intérieures et étrangères de l’Inde de Narendra Modi. Modi vient-il de changer de camp ? Et dans l’affirmative, pour se ranger sous quelle bannière ?

L’harmonie eurasienne ?

Une année plus tôt seulement, tout semblait sinon serein, du moins les développements pacifiques du voisinage asiatique semblaient sur la bonne voie, y compris vis-à-vis de la Chine et même non sans prudence, avec le Pakistan.

L’année dernière en effet, l’Inde fut acceptée aux côtés du Pakistan en tant que membre à part entière de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à l’importance grandissante, dans laquelle la Chine est un membre fondateur aux côtés de la Russie. Ceci fit croître les espoirs en un format commun par lequel l’OCS permettrait une résolution pacifique des tensions frontalières toujours frémissantes, créées par la partition britannique de l’Inde en 1947 : entre un Pakistan à dominante musulmane et une Inde à majorité hindoue, laissant de nombreuses zones de frictions non résolues incluant le Cachemire, et sournoisement laissée par le vicomte Mountbatten en tant que futurs points d’explosion possible.

L’Inde et la Chine sont membres du BRICS, qui vient de créer une nouvelle Banque de développement à Shanghai, dont le président est un Indien. L’Inde est aussi membre de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, basée en Chine. Et jusqu’à ce que le Premier ministre Narendra Modi ait annoncé le refus de son pays de participer à la conférence de Beijing sur la route de la soie (China One Belt, One Road), du 14 mai, l’Inde avait également participé au vaste projet d’infrastructure eurasienne.

Le boycott de la route de la soie par l’Inde, et le « Corridor de la liberté du Japon »

Combien rapidement les choses ont pu changer ! Modi a annoncé son refus de participer à la conférence sur la route de la soie, citant comme motif les investissements chinois dans le Corridor économique Chine–Pakistan (China-Pakistan Economic Corridor — CPEC) : un développement d’infrastructures portuaires, ferroviaires et autoroutières chiffré à 62 milliards de dollars, entre la Chine et le Pakistan en tant que partie intégrante de la route de la soie, passant à travers la partie pakistanaise du Cachemire.

Par la suite, avec une précipitation surprenante, l’Inde a dévoilé un document prospectif pour un nouveau « Corridor de croissance Asie-Afrique » (Asia-Africa Growth Corridor — AAGC), lors de la réunion de la Banque africaine de Développement (BAD) dans l’État indien du Gujarat, dans le cadre d’un projet conjoint présenté avec le Premier ministre du Japon, Shinzo Abe. Cet AAGC indo-japonais, est une partie explicite de ce qui est appelé le « Corridor de la liberté indo-pacifique » (Indo-Pacific Freedom Corridor — IPFC), qui est en train d’être mis en place par l’Inde et le Japon afin de contrer la route de la soie, utilisant pour ce faire de l’argent japonais et la présence indienne déjà établie en Afrique [1].

Sous le Premier ministre Abe, le Japon s’est engagé dans un agenda anti-chinois de plus en plus agressif, incluant la dispute autour des îles Diaoyu —appelées « îles Senkaku » par le Japon—, dans l’est de la mer de Chine. Dans le même sens, le Japon a opté pour l’installation de systèmes de défense missiliers états-uniens, et est considéré sous Abe comme le plus fort allié militaire des États-Unis en Asie. Lorsque Abe a rencontré Trump en février dernier (2017), le président US a réaffirmé les termes du traité de défense mutuelle entre les États-Unis et le Japon, et a rendu clair que ce traité s’étendait bien à ces îles disputées, pourtant pareillement stériles, qu’elles soient considérées depuis la Chine ou le Japon.

Modi à Washington, Tel-Aviv

Des semaines plus tard, le 27 juin, le Premier ministre Indien a rencontré le président états-unien à Washington. Le jour précédent, commodément, le département d’État a placé Mohammad Yusuf Shah et de son groupe terroriste islamiste séparatiste du Cachemire basé au Pakistan Hizb-ul-Moujahidines, sur la liste officielle des « terroristes mondiaux spécialement désignés » (Specially Designated Global Terrorist — SDGT). Cette démarche étant notamment susceptible de permettre les sanctions des États-Unis à l’encontre du Pakistan [2].

À la suite des discussions entre Modi et Trump, les États-Unis ont donné leur accord pour la vente de 22 drones Guardian considérés comme donnant un « avantage déterminant » (game-changer) à l’Inde, ceci pour un montant d’environ 3 milliards de dollars. D’autres éléments incluent une coopération militaire étendue, et l’accord indien en vue de l’achat de gaz de schiste liquéfié US. Modi a semblé si satisfait par ces pourparlers à Washington, qu’il a invité la fille du président, Ivanka Trump, à présider le Sommet global de l’entreprenariat (Global Entrepreneurship Summit — GES), devant se tenir plus tard cette année en Inde [3].

Tout auréolé de son succès politique clair à Washington, le Premier ministre indien s’est ensuite envolé pour Israël, le 7 juillet, pour une réunion sans précédent entre un chef de gouvernement indien et son homologue israélien. Les discussions entre Narendra Modi et Benjamin Netanyahu ont été saluées dans les médias indiens, comme une évolution majeure dans la politique étrangère indienne

C’est là que les choses deviennent sérieusement intéressantes. Il y a eu une collaboration secrète comprenant les bons offices du service de Renseignement israélien, le Mossad, en faveur de l’agence de Renseignement indienne, le Research and Analysis Wing (R&AW). En 2008, l’ambassadeur d’Israël en Inde, Mark Sofer, révéla par exemple que le Renseignement israélien avait fourni à l’Armée indienne de l’imagerie satellite vitale durant la guerre de Kargil de 1999 contre le Pakistan ; des renseignements qui avaient permis à l’Inde de bombarder précisément les positions des troupes pakistanaises occupant des postes dans l’État indien de Jammu-et-Cachemire [4].

Le rôle douteux d’Ajit Doval

La visite de Modi à Tel-Aviv en juillet 2017, était en préparation depuis des mois. Déjà vers la fin février, Modi avait envoyé son conseiller à la Sécurité nationale Ajit Doval à Tel Aviv, afin de discuter des détails de ce voyage. Là-bas, Doval rencontra Yosef Cohen, l’actuel patron du Mossad, afin de discuter entre autres choses, du soutien allégué par la Chine et le Pakistan ainsi que par d’autres États, en faveur des talibans en Afghanistan près de la frontière afghano-pakistanaise

Doval n’est pas un sentimental. C’est l’auteur de la doctrine homonyme, correspondant à un récent mouvement dans la politique de sécurité indienne en relation avec le Pakistan, la faisant passer d’une logique « défensive » à une nouvelle, à la fois « défensive et offensive ». Doval serait derrière les frappes dites chirurgicales de l’Inde au Pakistan en septembre 2016, ainsi que derrière la montée de militants pro-Indiens au Cachemire pakistanais.

Comme un blog indien l’a récemment décrite, la « Doctrine Doval » formulée dans ses discours de 2014 et 2015, après avoir été nommé conseiller à la Sécurité nationale de Modi, vise essentiellement la Chine et le Pakistan, et se constitue de trois éléments :
- la non-pertinence de la moralité,
- la non-pertinence de l’extrémisme libre de tout calcul ou calibrage,
- et la confiance dans l’appareil militaire.
Clairement, Doval semble ainsi faire bien peu de cas des solutions diplomatiques [5].

Quoi qu’il ait pu être décidé en privé entre Modi et Washington en juin, de même qu’avec Tel-Aviv début juillet, c’est dans ce laps de temps que la dispute dite du Doklam a fait éruption par la décision indienne d’envoyer des troupes pour intervenir par la force contre les équipes de constructions chinoises, dans la zone frontalière sensible entre la Chine, le Bhoutan et l’Inde sur le plateau tibétain.

De son côté, la Chine cite une lettre de l’ancien Premier ministre indien Jawaharlal Nehru adressé à son homologue chinois Chou En-Lai en 1959 : « Cette convention de 1890 définit également la frontière entre le Sikkim et le Tibet, et la frontière fut démarquée plus tard en 1895. Il n’y a dès lors aucune dispute au regard de la démarcation faite entre le Sikkim et le Tibet », conclut la lettre. La Chine cite également en référence une lettre du 10 mai 2006, aux côtés de la convention de 1890 et de l’échange de courriers des années 1959 et 60, selon lesquelles « Les deux parties s’accordent quant à l’alignement de la frontière dans le Sikkim ». La Chine proclame enfin publiquement qu’elle a notifié la construction de la route en cours, notification attestant de sa bonne volonté [6].

À ce point, le vrai problème n’est pas tant la validité ou la non validité des arguments chinois sous l’angle du Droit international. Mais tout ce qui entoure ce récent incident du Doklam entre la Chine et l’Inde, suggère la main sombre de Washington et de Tel-Aviv, comme étant de mèche avec le gouvernement Modi afin d’utiliser cette confrontation pour saboter les progrès de l’énorme projet chinois développant la « route de la soie », en tentant de déclencher une nouvelle guerre par procuration à l’instigation des États-Unis

Cette escalade dans la dispute au sujet du Doklam, n’aurait jamais eu besoin d’une escalade sur le front militaire. Ceci fut une décision délibérée du gouvernement Modi, et porte clairement les empreintes d’Ajit Doval, le conseiller à la Sécurité nationale de Modi et ancien patron du Renseignement indien.

Est-ce que Narendra Modi aurait en effet changé de camp ? Étant passé d’un véritable soutien d’une résolution pacifique des litiges frontaliers entre l’Inde et le Pakistan d’une part, l’Inde et la Chine d’autre part, dans un esprit de bonne volonté et de collaboration au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai, Narendra Modi ne vient-il pas plutôt tel un Janus, au terme de ces allégeances depuis le début de son mandat en tant que Premier ministre (2014), de se révéler comme une sorte de cheval de Troie anglo-étatsuno-israélien, envoyé pour saboter la promotion par la Chine d’une nouvelle route de la soie économique eurasiatique ?

La réponse n’est pas encore connue précisément par l’auteur. Cependant une source indienne bien placée disposant de liens étroits avec les forces militaires indiennes, m’a fait savoir au gré d’une correspondance privée récente, que peu de temps après l’élection de Trump en novembre de l’année dernière, un conseiller senior du Renseignement états-unien au sein du premier cercle de Trump, a déclaré sans ambages qu’en lieu et place d’une guerre entre les États-Unis et la Chine, il y aurait plutôt une guerre entre l’Inde et la Chine par-dessus l’Himalaya. C’était en novembre dernier. À cette époque, le Doklam était complètement calme.

Traduction
Jean-Louis Scarsi

Source
New Eastern Outlook (Russie)

[1] “In Welcoming Shinzo Abe, Trump Affirms U.S. Commitment to Defending Japan”, Julie Hirschfeld & Peter Baker, The New York Times, February 10, 2017.

[2] “Sanctioning Syed Salahuddin : Too Little, Too Late”, Sudha Ramachandran, Terrorism Monitor Volume : 15 Issue : 15, Jamestown Foundation, July 28, 2017.

[3] “Top 10 takeaways from Modi’s U.S. visit”, The Hindu, June 27, 2017.

[4] Deadly Impasse : Kashmir and Inda-Pakistani Relations at the Dawn of a New Century, Sumit Ganguly, Cambridge University Press, 2016.

[5] “What is the Doval doctrine ?”, Ankith Bp, Quora, September 19, 2016.

[6] “New Aftergrowth in India, China Doklam Dispute”, Sputnik, August 3, 2017.

F. William Engdahl

F. William Engdahl Journaliste états-unien, spécialiste des questions énergétiques et géopolitiques. Dernier ouvrage paru en français : OGM : semences de destruction – L’arme de la faim (Jean-Cyrille Godefroy éd., 2008). Dernier ouvrage en anglais : Gods of Money : Wall Street and the Death of the American Century (2010).

voltairenet.org/article197615

[Vidéo] L’influence de l’Arabie saoudite par Pierre Conesa

Source : Stratpol, Youtube, 28-10-2016

Pierre Conesa, auteur de Dr Saoud et Mr Djihad, la diplomatie religieuse de l’Arabie Saoudite (Robert Laffont).

Ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense.

Source : Stratpol, Youtube, 28-10-2016

 

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[Vidéo] L’influence de l’Arabie saoudite par Pierre Conesa

Source : Stratpol, Youtube, 28-10-2016

Pierre Conesa, auteur de Dr Saoud et Mr Djihad, la diplomatie religieuse de l’Arabie Saoudite (Robert Laffont).

Ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense.

Source : Stratpol, Youtube, 28-10-2016

http://www.les-crises.fr/video-linfluence-de-larabie-saoudite-par-pierre-conesa/

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L’euro grimpe, le dollar descend et le dirham plonge !

Économie et Finance

le 28 août 2017

La réforme de la cotation des changes, même si elle a été reportée, sera de mieux en mieux comprise dans son concept et sa nécessité pour notre pays au fil des problèmes qui toucheront au solde extérieur de notre balance des paiements.

Ce solde, qui arithmétiquement dépend du poids des exportations et importations, est également très sensible à la cotation du dirham fixé par le panier de référence, lui-même composé à 60% en euros et 40% en dollars US.

En conséquence, notre monnaie est prise dans un étau entre les devises plus importantes et qui régissent le monde.

Or, il faut savoir que le Maroc importe plus en euros et exporte essentiellement en dollars et que déjà, aux cours de Bank Al-Maghrib, il importe plus qu’il n’exporte.

Cette première cause du déséquilibre de notre balance des paiements est assortie d’une seconde, celle du coût de chacune de ces devises, rapporté aux flux d’importations et exportations du moment.

La suprématie de l’une sur l’autre impacte le dirham et peut aggraver de fait notre solde extérieur.

C’est le cas pour cet été et ce mois d’août en particulier où l’euro s’est raffermi face au dollar, renchérissant ainsi nos importations en euros au détriment du dollar, dévalorisant nos exportations tout particulièrement celles des phosphates qui en constituent une proportion importante.

La réforme de la cotation du dirham se justifiant, selon M. Jouahri, Gouverneur de BAM, notamment par la possibilité de préserver le dirham contre les crises internationales, l’on est en droit de se demander si la tendance d’un euro fort n’en serait pas une justement.

Et pour cause ! Alors que l’économie américaine ne cesse de réaliser des exploits en matière de création d’emplois, avec un taux de chômage à 4,3%, soit son plus bas depuis 16 ans (et qu’en juillet les nouvelles embauches se sont élevées à 209 000 contre 181 000 le mois auparavant, signe d’une santé économique en continuelle amélioration même si le taux de croissance reste en deçà des attentes puisqu’inférieur à 3%), le dollar ne résiste pas à la remontée de l’euro.

Pourtant la santé économique en Europe, si elle s’améliore notamment en France qui connaît quand même un taux de chômage élevé, cumule les mauvaises nouvelles. Ainsi, la production industrielle allemande a baissé en juin de 1,1% par rapport au mois de mai.

On peut donc légitimement se demander si la santé économique européenne justifie un euro fort surtout si l’on s’intéresse à la situation de l’Italie, de la Grèce et de certains pays de l’Est…

Mais surtout, on est obligé de constater que la force d’une monnaie n’est plus malheureusement totalement corrélée à celle d’une économie !

Bien sûr, l’on sait que le risque politique domine ce postulat et que les USA de Trump inquiètent les investisseurs, mais le dirham et les fondamentaux du Maroc en sont victimes ! C’est exactement ce que la réforme de la cotation du dirham voulait éviter.

En effet, si elle avait été mise en oeuvre, et que Bank Al-Maghrib avait déclenché l’opérabilité de la fourchette de flottement du dirham, celle-ci évoluant à plus ou moins 2,5%, cela aurait constitué des barrières de protection du dirham !

Il est fort dommage et bien regrettable ainsi, en raison de l’ouverture de notre économie, que les spécialistes, les professionnels et les experts de la politique des changes se soient effacés devant les politiques en différant une réforme qui aurait initié la stabilisation de notre monnaie.

Face à tous genres de chocs exogènes qui peuvent se transformer en crise pour le dirham, toute variation des grandes devises peut attaquer notre solde extérieur et fragiliser nos fondamentaux macroéconomiques.

Qu’on se le dise !

Afifa DASSOULI

https://lnt.ma/leuro-grimpe-dollar-descend-dirham-plonge/

L’euro grimpe, le dollar descend et le dirham plonge !

Comment le New York Times joue avec l’Histoire, par Robert Parry

Source : Consortium News, Robert Parry, 19-01-2017

Reportage spécial : En ne parvenant pas à écrire la dure vérité au sujet des malversations de la classe dirigeante, le New York Times – au même titre que d’autres publications de médias dominants américains – a déstabilisé la démocratie américaine, rapporte Robert Parry

Par Robert Parry

Chaque fois que le New York Times ou d’autres grands médias d’information se présentent comme des parangons du journalisme professionnel – en agitant le doigt à propos de certaines “fausses informations” pro-Trump ou de quelques “théories du complot” d’Internet – je grince des dents devant cette auto illusion et cette hypocrisie.

 

Personne ne déteste plus que moi les fausses informations et les théories du complot sans preuves, mais la triste vérité c’est que la presse grand public, en ouvrant la porte à de tels fantasmes, a fini par perdre la confiance du peuple Américain et n’est plus guère aujourd’hui que le porte-parole des élites, inventant la version des fait qui l’arrange et diffusant ses propres mensonges.

Plutôt que d’agir comme un chien de garde contre ces supercheries, le Times et ses compagnons de route des courants principaux sont devenus à peine plus que les apologistes et les propagandistes des pouvoirs établis.

Quand l’Irak est “l’ennemi”, on nous raconte des mensonges délirants sur ses armes de destruction massive inexistantes qui sont un danger pour nous tous. Quand la Syrie entre dans le collimateur de Washington, on nous fournit un récit biaisé de ce qui se passe là-bas, chapeaux noirs pour le “régime” et chapeaux blancs pour les “rebelles”?

Quand le Département d’Etat soutient un coup d’Etat en Ukraine pour renverser un dirigeant élu, on nous régale de contes sur sa corruption et sur la “promotion démocratique” que ça produirait de le renverser. À l’heure actuelle, nous subissons une sténographie aveugle de toutes les accusations possibles que le gouvernement américain forme contre la Russie.

Pourtant, alors que cette crise du journalisme américain s’est aggravée ces dernières années, le schéma n’est pas entièrement nouveau. Il fait écho à la façon dont les médias grands public ont manqué bien des affaires les plus importantes de l’histoire moderne et ont plus souvent qu’à leur tour été un obstacle à la vérité.

Par la suite, quand les preuves sont finalement devenues si accablantes qu’il n’est plus possible de rester dans le déni, les médias traditionnels essaient de restaurer leur crédibilité en lambeaux en prenant le moindre petit bout de preuve pour prétexte et déclarer que, jusque là, on avait juste entendu des rumeurs mais que maintenant, c’est du solide, on peut prendre les rumeurs au sérieux – on a l’autorisation du Times.

Par exemple, il y a l’affaire du sabotage par Richard Nixon des négociations de paix du président Lyndon Johnson pendant la guerre du Vietnam en 1968, pour se donner un coup de pouce essentiel dans sa course présidentielle serrée contre le vice-président Hubert Humphrey. En “temps réel” – à la fois pendant que Nixon exécutait sa manœuvre et dans les années qui ont suivi – les journaux alternatifs et les journalistes indépendants ont signalé ce que Johnson appelait en privé la “trahison” de Nixon, mais le Times et d’autres ” journaux de référence” ont traité l’histoire avec guère plus de sérieux que s’il s’agissait d’une théorie du complot.

Au fur et à mesure que les années passaient et que la culpabilité de Nixon devenait de plus en plus évidente, l’histoire ne parvenait toujours pas à franchir le seuil d’attention du Grand Média.

Preuve définitive

Il y a plusieurs années, j’ai compilé un récit détaillé des événements de 1968 à partir des documents déclassifiés par la bibliothèque présidentielle de Johnson et j’ai publié le résultat chez Consortiumnews.com. J’ai pu exploiter les enregistrements récemment disponibles des appels téléphoniques de Johnson, mais aussi un fichier d’écoutes téléphoniques top secret – étiqueté “L’enveloppe X ” – que Johnson avait ordonné à son conseiller en sécurité nationale, Walt Rostow, de récupérer de la Maison Blanche avant l’installation de Nixon.

J’ai également retracé comment, au sujet du dossier de la Maison Blanche manquant et de son détendeur, la paranoïa de Nixon l’avait conduit à rassembler une équipe de cambrioleurs, connue sous le nom de “plombiers”, dont les activités ont par la suite fait surface dans le scandale du Watergate.

En d’autres termes, en démêlant le mystère de la “trahison” de Nixon en 1968, on change les récits de la guerre du Vietnam et du Watergate, deux des questions essentielles de l’histoire américaine moderne. Les médias américains traditionnels ont bien soigneusement ignoré ces nouvelles révélations.

C’est seulement en novembre dernier, dans un récapitulatif des affaires de “La surprise d’Octobre” passées – dans le contexte de la déclaration au Congrès de la réouverture de l’enquête sur les emails d’Hillary Clinton par le Directeur du FBI, James Comey – que le Times a fourni le résumé suivant de l’affaire de 1968 :

“Le président Lyndon Baines Johnson avait annoncé une trêve des bombardements sur le Nord Vietnam, justifiée selon ses dires par le fait que les pourparlers de paix étaient ” entrés dans une phase nouvelle et bien plus prometteuse” et il avait invité le gouvernement du Sud Vietnam et le Viet Cong à prendre part aux négociations. Soulevant l’espoir que la guerre pourrait se terminer bientôt, l’annonce avait semblé renforcer la position dans les sondages du vice-président Hubert H. Humphrey, le candidat présidentiel démocrate désigné, mais Humphrey perdit malgré tout les élections face à l’ancien vice-président Richard M. Nixon, le Républicain.”

En d’autres termes, c’est la trêve du bombardement par Johnson et les pourparlers de paix que le Times considère comme étant la “surprise d’octobre” destinée à influencer l’élection en faveur de Humphrey. Alors que la preuve est maintenant établie qu’un accord de paix était vraiment à portée de main et que la “surprise d’octobre” c’était que Nixon avait saboté les négociations en persuadant le président sud-vietnamien Nguyen van Thieu de boycotter les discussions de Paris.

Le Times retourne complètement l’histoire en échouant à réexaminer l’affaire à la lumière de nouvelles preuves irréfutables qui étaient disponibles depuis des années, bien que circulant en dehors du courant dominant.

Cependant, au final, ce dédain pour l’histoire peut parfois être dissipé. Ce mois-ci, le Times a mis en évidence dans un éditorial et dans un article faisant suite, des notes cryptées de la campagne de 1968 de Nixon révélant les instructions de Nixon à son aide principal H.R. Haldeman.

Les notes de Haldeman – découvertes à la bibliothèque présidentielle de Nixon par l’historien John A. Farrell – révèlent que Nixon a dit à Haldeman ” Conservez Anna Chennault au travail sur SVN”, employant SVN pour Sud Vietnam et se référant à l’émissaire en chef de la campagne auprès du gouvernement sud-vietnamien, l’émigrée chinoise Anna Chennault du parti de droite.

La manoeuvre de Nixon était de faire passer le mot par Chennault au président sud-vietnamien Thieu, que s’il boycottait les discussions de paix de Johnson à Paris – ce qui ferait dérailler les négociations – Nixon assurerait à Thieu qu’il poursuivrait le soutien militaire américain à la guerre.

Semer la pagaille

Une autre note de Haldeman révélait l’intention de Nixon d’obtenir du chef de la minorité au Sénat, Everett Dirksen, Républicain de l’Illinois, d’admonester Johnson au sujet d’une trêve du bombardement planifié alors que Nixon cherchait ” n’importe quelle autre façon de mettre la pagaille ? RN [Richard Nixon] est capable de tout “.

Bien que le gribouillage de Haldeman soit parfois difficile à déchiffrer, l’inscription suivante fait référence à “SVN” et ajoute: “Dites-lui de tenir bon” – le même message que Anna Chennault a transmis plus tard aux hauts fonctionnaires sud-vietnamiens lors des derniers jours de la campagne de 1968.

Bien que la découverte de Farrell soit certainement en soi une information d’importance, sa plus grande signification est peut-être qu’elle a servi de point de basculement qui a finalement obligé le Times et les médias traditionnels à dépasser le stade de leur rejet de longue date de cette “théorie de la conspiration”.

The Times a donné à Farrell de l’espace sur sa page d’éditorial du 1er janvier pour expliquer sa découverte et l’a fait suivre d’articles à l’intérieur sur les billets de Haldeman. Cette histoire comprenait des commentaires favorables de la part de journalistes traditionnels, tels que l’ancien chef de bureau de Newsweek, Evan Thomas, notant que Farrell “a établi définitivement ce qui est l’objet de discussions depuis longtemps”.

Bien sûr, l’histoire du sabotage de la paix au Vietnam de Nixon a été plus que ” discuté depuis longtemps “. Une série de journalistes ont rassemblé les preuves, dont certaines au fur et à mesure que le complot se dévoilait et d’autres en fouillant les fichiers gouvernementaux jaunis quand ils devenaient disponibles ces deux dernières décennies.

Mais les grands journaux ont surtout balayé cette accumulation de preuves, apparemment parce qu’elles contestaient leur récit “autorisé” de cette époque. Aussi étranges et vicieux que certains des comportements paranoïaques de Nixon aient pu être, ils semblent avoir été trop durs à intégrer pour pouvoir suggérer qu’il mettait ses ambitions politiques en amont de la sécurité d’un demi million de soldats américains dans la zone de guerre du Vietnam en 1968.

Parce qu’informer de cette troublante vérité le peuple américain aurait profondément secoué sa confiance dans la classe dirigeante, compte tenu du décès de 58 000 soldats américains dans la guerre du Vietnam, plus le meurtre de plusieurs millions de Vietnamiens. (Près de la moitié des morts ont été tués après l’échec des négociations de paix de Johnson et la réponse de Nixon à son engagement envers Thieu en augmentant l’implication directe des États-Unis dans le combat pendant quatre années supplémentaires).

[Pour plus de détails, consultez le “Fichier X” de LBJ du Consortiumnews.com sur “La trahison” de Nixon et “Le Crime Odieux Derrière le Watergate“.]Une Reprise

Mais la dissimulation par les médias traditionnels de la “trahison” de Nixon n’était pas un problème isolé en termes de distorsion de l’histoire américaine récente. Si le peuple américain avait réalisé jusqu’où certains hauts fonctionnaires américains pouvaient aller pour atteindre leurs ambitions politiques, ils auraient été plus disposés à croire d’autres accusations sérieuses d’actes répréhensibles de la part du gouvernement.

Reagan a repris la manoeuvre de Nixon de 1968 en 1980 en minant les négociations du président Jimmy Carter pour libérer les 52 otages américains alors détenus en Iran, un autre cas bien documenté de la ” Surprise d’Octobre” que les médias traditionnels désignent encore comme une ” théorie du complot “.

Avec plus de deux douzaines de témoins – y compris les responsables américains, iraniens, israéliens et autres – décrivant les aspects de cet accord républicain en coulisse, la réalité de ce “prologue” au futur scandale de l’Iran-Contra de Reagan, des armes contre des otages, devrait être largement accepté comme un élément véritable de l’histoire américaine moderne.

Mais une enquête sans conviction du congrès en 1991-93 a naïvement confié alors au président d’alors George H.W. Bush le soin crucial de rassembler des dossiers gouvernementaux internes des États-Unis pour confirmer les allégations – malgré le fait que Bush était le principal suspect de l’opération de 1980.

Il y a plusieurs années, j’ai découvert des documents dans la bibliothèque présidentielle de Bush à College Station, au Texas, montrant comment le personnel de Bush à la Maison-Blanche s’est organisé pour masquer des preuves indéniables et cacher un témoin-clé de l’enquête.

Une note d’un des avocats de Bush a révélé que la Maison Blanche avait reçu la confirmation d’une révélation majeure concernant la Surprise d’Octobre – un voyage secret par le président de campagne (et plus tard le directeur de la CIA) William Casey à Madrid – mais a caché cette information auprès des enquêteurs du Congrès. Les documents ont également montré que la Maison Blanche a empêché les tentatives d’interroger l’ancien officier de la CIA, Donald Gregg, un témoin-clé.

Un autre document expose crûment le but de la Maison Blanche : ” détruire/supprimer cette histoire ” pour protéger les chances de réélection de Bush en 1992.

Après que j’ai découvert la confirmation du voyage à Madrid il y a plusieurs années – et envoyé le document à l’ancien représentant Lee Hamilton, qui avait dirigé l’enquête du Congrès qui avait conclu qu’il n’y avait aucune preuve crédible étayant les accusations – il était stupéfait par la trahison apparente de sa confiance.

“Le 41e président de la Maison Blanche [Bush-41] ne nous a pas informés qu’il [Casey] a fait le voyage” à Madrid, m’a dit Hamilton dans une interview. Questionné si le fait de savoir que Casey s’était rendu à Madrid aurait peut-être changé la conclusion décevante de la Surprise d’Octobre, Hamilton a déclaré oui, car la question du voyage de Madrid était au centre de l’enquête.

Pourtant, à ce jour, à la fois l’aile droite et les publications des médias traditionnels citent les résultats non concluants de l’enquête comme leur argument central pour défendre Reagan et son héritage. Cependant, si la manoeuvre de Nixon en 1968 – compromettant la vie d’un demi million de soldats américains – avait été acceptée comme la véritable histoire plus tôt, la preuve que Reagan avait mis en danger 52 membres de l’ambassade américaine aurait semblé beaucoup plus facile à croire.

Au fur et à mesure que ces anciens masques de la vérité se fissurent lentement et commencent à s’effondrer, l’histoire sérieuse derrière eux a commencé à se manifester dans les médias traditionnels. Par exemple, le 3 janvier, lors d’une table ronde de la CNN sur l’ingérence dans les élections présidentielles aux États-Unis, l’historien populaire Doug Brinkley a ajouté : “Un point : en 1980, Ronald Reagan parlait de Jimmy Carter, et il y a eu la rencontre de la Surprise d’Octobre avec l’Iran qui gardait les otages. William Casey, les gens de l’administration Reagan étaient en interférence avec la politique étrangère en disant : “Conservez les otages jusqu’à l’issue de l’élection”. Donc, c’est déjà arrivé. Ce n’est pas seulement Nixon ou Donald Trump. ”

[Pour plus de détails sur l’affaire de 1980, reportez-vous à America’s Stolen Narrative or Trick or Treason par Robert Parry : The Second Surprise Mystery de 1980 ou Consortiumnews.com, “Second Thoughts on October Surprise“.]Le scandale Cocaïne-Contra

Mais le déni d’une sérieuse malversation des pouvoirs dominants meurt difficilement. Par exemple, The New York Times, The Washington Post et d’autres organes de presse importants ont longtemps refusé d’accepter la preuve écrasante que les précieux rebelles Contra du Nicaragua de Reagan se sont engagés dans le trafic de cocaïne sous le regard bienveillant de la Maison-Blanche et de la CIA.

Mon confrère Brian Barger de l’Associated Press et moi-même avons rassemblé énormément de ces preuves en 1985 pour le premier reportage sur ce scandale qui a sapé les déclarations de Reagan selon lesquelles il menait une guerre implacable contre les drogues. À l’époque, le Times est également allé au combat pour défendre le pouvoir en place. S’étant basé sur les propres informations du ministère de la Justice de Reagan, le Times a défoncé nos reportages sur AP. Et une fois que le Times a été confondu par ses sources officielles, lui-même et d’autres presses traditionnelles déclenchaient des vendettas contre quiconque osait contredire la version admise.

Ainsi, lorsque le journaliste de San Jose Mercury News, Gary Webb, a relancé l’histoire de Cocaïne-Contra en 1996 – avec des preuves qu’une partie de cette cocaïne avait alimenté l’épidémie de crack – le Times et d’autres grands journaux ont férocement attaqué les articles de Webb et ont détruit sa carrière. Pas même un aveu institutionnel de la CIA en 1998 selon lequel elle avait été consciente de la diffusion de la drogue de contrebande des Contra tout en regardant ailleurs était suffisante pour ébranler la fausse information conventionnelle des médias traditionnels au sujet de l’innocence des Contra et de la CIA.

Après que l’inspecteur général de la CIA a abouti à ses conclusions accablantes en admettant la connaissance de la circulation des drogues, le Times a lancé une histoire en reconnaissant qu’il pourrait y avoir eu plus d’allégations que le journal l’avait cru auparavant, mais le même article a maintenu le dénigrement de Webb, qui a été évincé du journalisme et, presque sans le sou, s’est suicidé en 2004.

Malgré les aveux de la CIA, le Washington Post a malgré tout continué à nier la réalité du Cocaïne-Contra. Quand un film sur le supplice de Webb, “Kill the Messenger”, a été réalisé en 2014, le journaliste d’investigation de la rédaction du Post, Jeff Leen, a maintenu le déni de la réalité du journal avec une nouvelle attaque immonde envers Webb.

L’histoire de Leen a été validée par l’ancien directeur de la rédaction du Post, Leonard Downie Jr., qui a fait circuler la rabaissante publication de Leen sur Webb avec le commentaire associé: “J’étais au Washington Post au moment où il a enquêté sur les reportages de Gary Webb et Jeff Leen a parfaitement raison. Cependant, il est trop complaisant avec un film qui présente un mensonge comme un fait établi”.

[Pour en savoir plus sur la publication en riposte de Leen, consultez le “Wimper’s Slimy Assault on Gary Webb” de Consortiumnews.com. Pour en savoir plus sur l’histoire de Cocaïne-Contra, consultez la section “The Sordid Contra-Cocaine Saga“.]Des mensonges en tant que vérité

Le fait que les “stars” des médias traditionnels mentent en désignant les faits comme mensongers – ou qu’ils ne peuvent distinguer les faits des mensonges – a contribué à une dégradation dangereuse de la capacité du public à discerner le vrai du faux.

Essentiellement, le problème est que les médias traditionnels ont cherché à protéger l’intégrité des pouvoirs établis en éconduisant les cas réels de criminalité institutionnelle et d’abus de pouvoir. Cependant, en supprimant ces faits, plutôt que de contester les actes répréhensibles du système, les médias traditionnels ont vu leur propre crédibilité s’effondrer.

On pourrait espérer que quelqu’un en position de pouvoir au sein des principaux organes d’information reconnaîtrait ce danger et déclencherait une réforme radicale, qui pourrait commencer par reconnaître certaines des réalités historiques longtemps enterrées, même si elles mettent les icônes du pouvoir établi, telles que Ronald Reagan et George HW Bush, dans un éclairage négatif.

Mais ce n’est clairement pas la direction vers laquelle les médias américains traditionnels se dirigent. Au lieu de cela, le Times, le Post et d’autres publications principales continuent de prendre à la lettre toutes les sources que le pouvoir dominant leur distribue, y compris des accusations douteuses et bizarres des renseignements américains concernant la Russie et le Président élu Donald Trump.

Plutôt que de se joindre à des demandes de preuves réelles pour soutenir ces déclarations, les médias traditionnels semblent vouloir simplement canaliser le mépris du pouvoir institutionnel pour la Russie et Trump. Donc, tout ce qui est dit – même le plus improbable – mérite les gros titres en première page.

Le résultat final, cependant, est de pousser de plus en plus d’Américains dans un état de confusion quant à ce qu’il faut croire. Bien que certains citoyens puissent chercher un journalisme indépendant et honnête pour combler ce qui leur manque, les autres seront certainement victimes de fausses nouvelles et de théories du complot.

Le journaliste d’enquête Robert Parry a décrédibilisé plusieurs des récits de l’Iran-Contra pour The Associated Press et Newsweek dans les années 1980.

Source : Consortium News, Robert Parry, 19-01-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

http://www.les-crises.fr/comment-le-new-york-times-joue-avec-lhistoire-par-robert-parry/

4 réponses à Comment le New York Times joue avec l’Histoire, par Robert Parry

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Et si l’on donnait la parole aux Français (XVII)

Et si l’on donnait la parole aux Français (XVII)

Et si l’on donnait la parole aux Français (XVII)

Période de vacances d’été 2017 – Pendant la période de vacances d’été, Polémia se met au repos du lundi 10 juillet au jeudi 31 août 2017. Voulant éviter à nos lecteurs tout assoupissement pendant ladite période, notre équipe a planifié un calendrier de mises en ligne d’articles déjà diffusés au cours des mois passés mais dont l’intérêt est toujours d’actualité et qui auraient pu échapper à certains d’entre eux…

Chronique de Michel Geoffroy, essayiste.


Les institutions et les partis institutionnels

77% des personnes interrogées (+14 points) pensent que la démocratie fonctionne de moins en moins bien en France (sondage Ipsos-Sopra Steria-l’Institut Montaigne, Sciences Po et Le Monde du 21 au 25 octobre 2016).

74% citent comme principales raisons des « élus trop souvent corrompus », les élections qui « ne changent rien » (70%) et « trop d’insécurité, de zones de non-droit » (67%). Pour 65%, les préoccupations des citoyens ne sont pas prises en compte et pour 62% ces derniers sont mal représentés

59% des personnes interrogées déclarent ne se sentir en sécurité nulle part. Ce chiffre est à mettre en relation avec le fait que 69% des Français jugent les personnels de police et de gendarmerie en sous-effectifs dans le pays. Cette opinion a d’ailleurs d’autant plus de résonance que les interviewés expriment majoritairement une bonne image de leurs forces de l’ordre (90% pour la Gendarmerie, 84% pour la Police nationale et 73% pour la Police municipale) (sondageIFOP Fiducial Public Sénat Sud Radio – Public Sénat du 17 mars 2017

78% estiment que les partis politiques constituent un frein à l’amélioration de la situation, devant les syndicats (62%), les médias (57%), les intellectuels (44%) et les chefs d’entreprise (40%).

78% des personnes interrogées jugent le bilan de François Hollande négativement. 81% estiment qu’il n’a pas été fidèle à ses promesses de campagne. La loi travail est la plus critiquée, avec seulement 23% de réponses positives (sondage OpinionWay Le Figaro des 2 et 3 décembre 2016).

Les médias

64% des personnes interrogées estiment que les médias ne sont pas indépendants vis-à-vis des partis et du pouvoir ; 58% estiment que les médias ne sont pas indépendants vis-à-vis des pressions de l’argent (sondage TNS Sofres La Croix des 7 au 11 janvier 2016).

91% des internautes interrogés en ligne le 13 décembre 2016 depuis son compte Twitter par Jean-Jacques Bourdin, l’animateur de RMC et BFMTV, estiment que « les médias nous mentent ».

57% des personnes interrogées estiment que les médias présentent la campagne et le programme de François Fillon avec un parti pris négatif. 55% pensent de même s’agissant de Marine Le Pen. Et 46% des personnes interrogées estiment que les médias présentent la campagne et le programme d’Emmanuel Macron avec un parti pris positif (sondage Harris-Interactive, c/o Fdesouche du 20 mars 2017).

La préférence nationale

41% des téléspectateurs ont jugé Marine Le Pen « convaincante » lors de l’émission politique du 9 février 2017 de France 2 (sondage Harris-Interactive effectué le 9 février 2017).

80% des personnes interrogées se déclarent favorables à la « clause Molière », mesure adoptée récemment par plusieurs conseils régionaux, obligeant les ouvriers à parler français sur les chantiers engagés par la commande publique et 39% répondent « très favorable » (sondage Ifop Valeurs actuelles réalisé du 15 au 17 mars 2017).

Michel Geoffroy
20/03/2017

Voir ou revoir :

Correspondance Polémia – 21/07/2017

Michel Geoffroy

Michel Geoffroy, ENA. Essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du “Dictionnaire de Novlangue”

Séoul identifie les projectiles tirés samedi par Pyongyang comme des missiles balistiques à courte portée

© Chine Nouvelle (Xinhua)Wang Huanying, le 28/08/2017 10:52

L’armée sud-coréenne a identifié les projectiles tirés la semaine dernière par la République populaire démocratique de Corée (RPDC) comme des missiles balistiques à courte portée dont tout essai est interdit par des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, ont rapporté lundi les médias locaux citant une source militaire.

Un responsable de l’armée sud-coréenne, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a indiqué que ces projectiles étaient très probablement des missiles balistiques à courte portée d’après les résultats des analyses conjointement menées par les armées sud-coréenne et américaine.

Samedi dernier, Pyongyang a tiré depuis le site de Kittaeryong (sud-est de la RPDC) trois projectiles à courte portée en direction de la mer à l’est du pays.

Deux des trois projectiles ont parcouru environ 250km, tandis que le troisième a explosé peu après son décollage.

La présidence sud-coréenne avait indiqué dans un premier temps que ces projectiles de la RPDC pouvaient être des obus d’artillerie tirés par des lance-roquettes multiples de 300mm.

Le responsable militaire sud-coréen a fait savoir que d’autres détails sur le type de missile et ses capacité faisaient l’objet d’analyses.

Les derniers tirs menés par la RPDC sont intervenus au moment des manoeuvres militaires annuelles UFG des forces sud-coréennes et américaines. Celles-ci ont débuté lundi dernier et doivent se poursuivre jusqu’à jeudi.

china.in

Kiev ou Moscou ?

Kiev ou Moscou ?


Par Emmanuel Leroy − Août 2017

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Analyse sommaire sur les motivations et les engagements des militants identitaires dans le conflit du Donbass. Pour des raisons de commodité et de clarté de l’exposé les tenants de la ligne kiévienne seront appelés ici « occidentalistes » et leurs adversaires de la ligne moscovite seront désignés comme « eurasistes ».

Il est clair pour tout esprit lucide que la guerre opposant dans l’est de l’Ukraine les partisans de Kiev à ceux de Moscou depuis le printemps 2014 a provoqué, sur cette question, une profonde dissension dans le camp des identitaires 1 européens et singulièrement en France. Ainsi on a vu récemment cette ligne de fracture s’exposer dans le N° 70 de la revue Terre et Peuple 2 du néo-païen Pierre Vial ou encore plus récemment lors d’un débat organisé par le Cercle de Flore de l’Action Française et opposant les deux lignes à travers la participation d’un « pro-Russe » Nikola Mirkovic et d’un « pro-Ukrainien » Florian Lemarchand. Le débat ayant d’ailleurs clairement tourné à l’avantage de ce dernier (écouter ici le débat et lire l’analyse critique intéressante faite sur le site Agoravox).

Si l’on poursuit l’examen rapide de la situation dans d’autres pays européens, et sans prétendre à l’exhaustivité, on peut observer en Italie par exemple une ligne de fracture identique opposant la Casa Pound ayant suivi une ligne majoritairement occidentaliste aux partisans de la Ligue du Nord, ayant suivi une option clairement eurasiste.

Dans les milieux « identitaires » allemands (PEGIDA, Alternative für Deutschland…) et en y incluant également une assez large majorité de la CDU/CSU et même certaines factions du Parti Die Linke on peut observer un très net tropisme philo-russe et un assez faible engagement en faveur du camp occidentaliste.

Dans la majorité des pays de l’ex-pacte de Varsovie en revanche (Pologne, pays Baltes, République tchèque, Roumanie…) et pour des raisons historiques essentiellement, la majorité des populations, et pas seulement des mouvements identitaires locaux, a pris fait et cause depuis l’éclatement de l’Union soviétique pour le camp occidental. Ce phénomène étant particulièrement marqué dans les pays baltes, et singulièrement en Lituanie, et bien évidemment en Pologne. En revanche, un pays comme la Hongrie, malgré le souvenir de l’insurrection de Budapest en 1956, a clairement manifesté un choix eurasiste dès le commencement du conflit dans le Donbass en 2014. Cela peut s’expliquer en partie par la présence d’une minorité hongroise en Transcarpatie ukrainienne pour laquelle la quasi-totalité de la classe politique hongroise, et pas seulement le Jobbik, milite pour éviter l’enrôlement de ces Hongrois de l’étranger dans la guerre de Porochenko contre les populations du Donbass.

En Grèce, le mouvement identitaire Aube Dorée a pris fait et cause de manière tranchée pour le camp eurasiste. Cet engagement pouvant en partie s’expliquer par la politique de sanctions inouïes que l’Occident fait subir à la Grèce depuis 2008.

En ex-Yougoslavie en revanche, les clivages sur la question ukrainienne recoupent essentiellement les divisions religieuses entre catholiques, musulmans et orthodoxes, nonobstant la couleur politique de chacun. Les Serbes orthodoxes étant naturellement, sur la question ukrainienne et tous partis politiques confondus, dans le camp eurasiste, et les catholiques croates avec leurs « alliés » musulmans restant dans le camp occidental.

Venons-en maintenant à l’analyse des racines de cet antagonisme qui sépare de manière radicale les partisans de Kiev et ceux de Moscou. Il faut pour cela à mon avis remonter au bouillonnement intellectuel que l’on vit en Europe après l’immonde guerre civile européenne de 1914 et qui marqua entre autres des personnalités comme Bertrand de Jouvenel, Emmanuel Berl, Henri de Man ou encore Pierre Drieu la Rochelle. Même si ces intellectuels suivirent des chemins différents, ils partagèrent avec beaucoup d’autres l’horreur que fut la Première Guerre mondiale, et ils tentèrent, chacun à leur façon, d’inventer un monde où ces affrontements fratricides entre nations européennes seraient abolis.

Ils ont de ce fait été des précurseurs dans le monde intellectuel européen de la mise en avant des idées européistes et ont accompagné ou précédé, consciemment ou inconsciemment, des personnalités telle que le fameux Richard de Coudenhove-Kalergi, agent patenté du Nouvel ordre mondial à travers notamment le concept de Paneurope qu’il inventa. De manière plus tangible, la transcription de cet idéal paneuropéen dans les milieux nationalistes français s’est concrétisée dans le tournant des années 1960 du XXe siècle. Un des hommes clé de cette évolution en a été Dominique Venner. Militant nationaliste, engagé dans le combat pour l’Algérie française, il passera dix-huit mois à la prison de la Santé en raison de son engagement dans le camp des réprouvés. C’est à sa sortie de prison en 1962 qu’il écrit le manifeste Pour une critique positive dans lequel il oppose « nationaux » et « nationalistes ». C’est dans cette filiation intellectuelle que s’est construit un nationalisme révolutionnaire européen qui se détachera de plus en plus de l’idée de la nation française. Par la suite, cette évolution naturelle conduira à l’émergence de deux courants, proches mais distincts, l’un politique et qui aboutira à la création de plusieurs mouvements nationalistes révolutionnaires, l’autre métapolitique duquel émergera le GRECE en 1968, présenté comme « nouvelle droite » par les médias au tournant des années 1980.
Dominique Venner naquit en 1935 et a donc vécu de plain-pied dans son âme et dans sa chair, avec ceux de sa génération, toutes les défaites et les reculs que la France a connus depuis l’entre deux-guerres. Mai 1940, l’Indochine et l’Algérie enfin auront eu raison de son amour pour la mère patrie. Il n’y a qu’un amour déçu pour engendrer une haine inexpiable ou pire encore, un mépris infini. Cette France vaincue par les Allemands en 1940, puis asservie à nouveau par les vainqueurs anglo-saxons, humiliée et trahie en Indochine, et puis trahie encore par celui qui prétendait la sauver en Algérie, cette accumulation de défaites et de reculades a probablement été le principal facteur de perte de confiance dans la capacité de la nation à se régénérer.

Dans ces années 1960, devant tant de honte et avec aussi peu d’espoir de voir surgir une alternative politique, des hommes comme Dominique Venner ont essayé d’imaginer une alternative à ce qui pouvait sembler à l’époque, pour un militant révolutionnaire, une société bloquée et sans avenir. C’est ainsi qu’a été forgée cette idéologie politique nationaliste européenne, d’abord à travers le périodique Europe-Action, puis par le prisme de multiples revues et mouvements politiques et métapolitiques.

C’est dans cette matrice idéologique, conjuguée avec l’idée de « Fédéralisme européen » et incarnée par exemple dans la pensée de Yann Fouéré auteur de L’Europe aux cent drapeaux, que s’est constituée une idéologie supranationale destinée dans l’esprit de ses promoteurs à dépasser le cadre étroit et oppresseur de l’État-nation pour le transcender dans une construction européenne mythique.

Dans ce projet d’abolition de la nation dans sa version jacobine, on retrouve le mythe de l’empire carolingien originel, empire qui unissait sous sa férule les peuples celtes, latins et germaniques. Ce n’est pas pour rien qu’aujourd’hui encore le mythe de cet empire européen perdu est utilisé par les chantres de l’Union européenne à travers le prix Charlemagne qu’ils décernent chaque année à une personnalité ayant œuvré pour la promotion de cette Europe coupée de ses véritables racines. C’est là, à travers cette escroquerie de la pensée que constitue l’idée européenne sous contrôle de l’idéologie anglo-saxonne, que se sont fourvoyés les militants du nationalisme révolutionnaire européen et avec eux, nombre de leurs alliés ou compagnons de route régionalistes.

Je pense qu’une des origines probables du clivage qui sépare les occidentalistes partisans de Kiev des eurasistes qui soutiennent les républiques rebelles du Donbass se situe dans cette perception, en partie erronée de mon point de vue, d’une Europe mythique constituée de patries charnelles qu’il faudrait détacher des États-nations actuellement existants pour les regrouper dans une structure supra-étatique de type impérial. Quand l’Ukraine en 1991 et avec elle de nombreux peuples « soviétiques » trouvent ou retrouvent une indépendance, les partisans de l’Europe aux cent drapeaux, ayant pour nombre d’entre eux longtemps baigné dans un anticommunisme primaire, voire supérieur, épousent la cause de ces nouvelles nations ayant échappé à l’ogre russe. Mais c’est avoir une vision bien primaire et bien superficielle de la réalité pour imaginer une Ukraine unifiée sur les plans linguistique et culturel. Outre le nombre important de minorités ethniques vivant sur le territoire ukrainien (Russes, Moldaves, Roumains, Polonais, Biélorusses, Grecs, Hongrois, Ruthènes, Tatars…), la langue véhiculaire qui unit tous ces peuples, y compris les locuteurs de la langue ukrainienne, est le russe. Le meilleur exemple en étant le grand écrivain « ukrainien » Nicolas Gogol qui n’a jamais écrit que dans la langue de Pouchkine.
Pour suivre le raisonnement plus avant, les partisans de Kiev pensent soutenir une juste cause, luttant pour une ethnie « charnelle » en butte à un oppresseur fanatique désireux d’annihiler leur singularité alors qu’ils occultent totalement le fait, objectif celui-là, que l’Ukraine, surtout depuis la révolution du Maïdan, s’est vendue corps et âme au camp occidental, livrant son peuple, ses peuples plutôt, aux vautours du FMI et à la férule de l’OTAN.

La question des patries charnelles n’est pas à évacuer pour autant, et une réflexion devra être menée pour la sauvegarde des langues vernaculaires et des traditions culturelles de tous les peuples menacés par la mondialisation, mais aujourd’hui, et je conviens qu’il s’agit là d’un paradoxe, le meilleur rempart contre les effets délétères de la mise en place d’un gouvernement mondial dirigé par la haute finance, c’est l’État-nation, avec tous ses défauts et ses insuffisances. Ce n’est pas pour rien que le Système ne ménage pas ses efforts pour achever la mise à mort de nos institutions, de notre langue, de notre culture, de notre droit et c’est la raison impérieuse pour laquelle il faut protéger ce cadre national, aussi imparfait soit-il mais qui constitue la dernière digue avant l’effondrement total.
Ceux qui ont choisi le camp des rebelles séparatistes du Donbass – et c’est encore un paradoxe – se sont inscrits dans cette logique. Ils considèrent que la Russie – ensemble multiculturel et multinational – représente la dernière grande force sur le territoire eurasiatique qui ne soit pas encore tombée dans les griffes des Anglo-Saxons. Il ne s’agit pas d’aimer ou de ne pas aimer Poutine, il s’agit d’un raisonnement froid et objectif : l’Europe occidentale, centrale et orientale, et avec elle l’Ukraine, est tombée tout entière dans le camp occidental et l’enjeu de ce Grand Jeu est l’achèvement de la conquête du monde que les élites anglo-saxonnes ont programmé depuis des siècles.

J’ajouterai une réflexion sur la question de l’engagement des occidentalistes dans le camp ukrainien, à savoir qu’il existe une véritable continuité dans ce combat pro-occidental qui a commencé d’une certaine manière dès les années 1950 du siècle dernier par l’engagement français sous l’égide de l’ONU dans la guerre de Corée aux côtés des forces anglo-américaines. Les années gaulliennes verront au contraire un arrêt brutal de la collaboration entre la France et les Anglo-Saxons (cf. sortie de l’OTAN) mais en revanche, dès la chute de de Gaulle en 1969, on assistera rapidement à la reconstitution des politiques pro-occidentales, notamment en Afrique (Angola, Cabinda, Namibie…) et donc à nouveau à l’asservissement de la France aux intérêts de la City et de Wall Street.

Cette continuité aux services des intérêts anglo-saxons s’incarne parfaitement dans le personnage de Gaston Besson que j’avais croisé à Paris au début des années 2000. Nous ne nous étions pas vraiment entendus ni compris : quelques années plus tôt, lui avait choisi le camp croate et donc occidental, et moi le camp serbe et donc anti-occidental. De son propre aveu il avait participé comme mercenaire à toutes les guerres sales au service des intérêts du Système : Birmanie, Laos, Cambodge, Colombie, Croatie, Bosnie. Son engagement pour l’Ukraine en 2014 est dans la droite ligne de ses guerres au service des intérêts anglo-saxons. Est-il seulement conscient de servir la cause de nos ennemis mortels ? Je ne le pense pas ! Il est seulement dans une logique de réseaux, probablement passablement infiltrés par les services et il doit se voir comme une espèce de condottière mettant sa vie en jeu dans un engagement dont ne sont pas capables les bourgeois, ce qui n’est pas faux. Le seul problème est que son combat est mis au service de la plus mauvaise des causes qui soit.

Ceux qui comme lui ont choisi le camp du bataillon Azov parce que les symboles utilisés par ces militants sont fortement inspirés des runes scandinaves qu’affectionnait la SS se trompent de combat une fois de plus et sont utilisés à nouveau comme chair à canon comme leurs ancêtres les Galiciens et les Allemands l’ont été au siècle dernier et pour le même combat contre le dernier grand peuple libre du continent eurasiatique.

En ce qui me concerne, je ne suis pas de ceux qui se réjouiront de la présence à Kiev le Jeudi 24 août 2017 de James Mattis, secrétaire à la Défense des États-Unis, pour assister à la fête nationale ukrainienne. Je m’en réjouirai d’autant moins qu’il sera accompagné par le vice-ministre Britannique de la Défense. Les assassins reviennent toujours sur les lieux de leur crime.

Le 24 août, en ce qui me concerne, je serai en route une nouvelle fois pour Donetsk afin d’apporter mon soutien aux populations martyres du Donbass en lutte contre l’Occident, ses Gay Prides et ses idiots utiles qui croient lutter pour la libération des peuples.

Урра ! Победа ! Les initiés et les locuteurs de russe comprendront.

Emmanuel Leroy

L’auteur collabore à la revue « Sans Frontières », la revue officielle de l’Institut franco-russe de Donetsk et du département français des sciences et techniques de l’Université nationale technique de Donetsk qui pour but premier le partage des cultures russe et française et le développement du Donbass.

 

Note du Saker Francophone

On peut faire un parallèle avec l'article de Bruno GuigUe publié juste avant. Bruno Guigue fait un tour d'horizon des contradictions de cette nouvelle "Gauche" médiatique française du XXIe siècle avec l'Histoire. Emmanuel Leroy aborde lui la "Droite" politique en France et en Europe par rapport à son positionnement sur l'Ukraine qui n'est pas sans créer des tensions.

Comme Die Linke en Allemagne, Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce, on peut également noter que la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon est aussi traversée par cette fracture russo-ukrainienne, atlantisme contre monde multipolaire. Tous ces mouvements politiques doivent naviguer à vue entre les récit imposés par le Système et ses médias, la revendication des peuples à leur retour au centre du jeu, imposant le thème de l'identité [encore un mot qui faudra totalement reconstruire] dans le débat politique. Ces contradictions internes seront difficiles à cacher longtemps et le virage patriote de la FI durant les élections en est un témoignage.

Il reste à observer comment ces forces vont évoluer et permettre ou pas un retour du CNR sous une autre forme en France et en Europe, si c'est encore possible et si la situation est encore gérable.

Notes

  1. Le terme « identitaire » désigne ici tout militant ou sympathisant se définissant comme « national », « nationaliste », « patriote » ou « monarchiste » et s’opposant au projet mondialiste de dissolution des nations et de l’identité des peuples. Ces vocables « identitaire » ou « patriote » pouvant être attribués à des personnes se considérant comme de « gauche » dès lors qu’elles manifestent un attachement au pays et à la culture dont elles sont issues.
  2. Terre et Peuple Magazine N°70 Hiver 2016 avec un dossier intitulé Russie/Ukraine une fracture au cœur de l’Europe.

http://lesakerfrancophone.fr/kiev-ou-moscou

 

Revue de presse nationale et internationale.