Les banques centrales ne sont plus centrales

Les banques centrales ne sont plus centrales

Bourse (Crédits jam_90s, licence Creative Commons)

L’actuel retournement des conjonctures s’inscrit dans une dynamique de longue déflation de l’alimentation mondiale en liquidités.

Par Henri Lepage.

Les décisions annoncées au début du mois par Mario Draghi confirment la gravité du retournement de conjoncture qui vient de surprendre les autorités économiques et politiques. Elles n’ont rien vu venir (malgré l’apparition de signes avant-coureurs dès l’été). Elles sont incapables de l’expliquer.

Que faut-il en attendre ? Malheureusement rien. La machine est lancée et rien ne peut plus l’arrêter (au 15 mars, l’inversion des courbes de taux s’est encore aggravée). La seule chose dont on ne peut être sûr est l’ampleur du ralentissement. Y aura-t-il récession pour de bon ? On ne peut l’affirmer. Tout ce qui est certain est que le freinage sera sans doute plus brutal et marqué que lors du dernier creux conjoncturel enregistré en fin 2015/début 2016 (quasi-récession mais pas vraiment de récession aux USA).

LE MODÈLE DÉPASSÉ DES BANQUES CENTRALES

Ce que les banques centrales annoncent ne servira à rien, parce que notre environnement bancaire et monétaire ne fonctionne plus selon les modèles qui dictent leurs réactions aux chocs de conjoncture. Leurs dirigeants croient qu’il suffit de rouvrir aux banques le robinet de la monnaie banque centrale pour qu’elles se sentent rassurées sur leurs risques de liquidité, et que le mécanisme du multiplicateur de crédits se remette à fonctionner. Il y a déjà belle lurette en fait que ce mécanisme ne fonctionne plus.

Ce qui fait la loi aujourd’hui n’est plus la monnaie banque centrale mais les robinets de la liquidité internationale (eurodollars) qui dépendent de la manière dont les grandes banques internationales (Global banks) présentes sur le marché monétaire mondial (une vingtaine) gèrent le portefeuille d’activités qui détermine leur offre collective de quasi-monnaies.

Traditionnellement le métier de banquier consistait principalement à attirer des dépôts qui servaient ensuite à financer leurs portefeuilles de prêts et de crédits. Les risques de liquidité étaient assurés par la présence d’un marché monétaire interbancaire régulé par les interventions d’une banque centrale disposant d’un monopole national. Dans ce système, la rentabilité économique et financière des banques dépendait essentiellement des écarts de taux entre la rémunération obtenue pour leurs prêts et les coûts de refinancement déterminés par la politique de la banque centrale. C’est cet écart (centralement contrôlé) qui, via le mécanisme du multiplicateur, commandait in fine l’offre globale de monnaie du secteur. Ce modèle appartient désormais au passé.

Aujourd’hui la couverture des besoins en liquidité des banques commerciales se fait de plus en plus en s’adressant aux circuits de refinancement directement branchés sur l’eurodollar et alimentés par l’offre des Global banks (ce dont témoigne notamment le déclin du marché des Fed funds américains). Cette mutation a été le principal moteur de l’extraordinaire essor des marchés de l’eurodollar et du shadow banking pendant les années d’avant-crise. Elle s’analyse elle-même comme une conséquence du déclin de la rentabilité des activités bancaires traditionnelles provoqué par la politique de taux d’intérêt bas des banques centrales (suite d’ailleurs à une erreur de diagnostic macroéconomique).

UN MARCHÉ EN PLEIN BOULEVERSEMENT

Il en résulte que l’offre globale de monnaie est désormais commandée non plus par la simple hiérarchie des taux que contrôlent les banques centrales, chacune au niveau de son île économique nationale, mais par l’évolution des coûts et perspectives de rentabilité des activités de marché du petit nombre de banques systémiques présentes au niveau mondial. Dans le nouvel univers de l’économie et de la finance mondialisées celles-ci ont pris la place des banques centrales en tant que robinets ultimes de la création monétaire. Les banques centrales ne sont plus centrales.

En principe les activités de shadow banking échappent à la régulation des banques centrales. C’était le cas avant la crise 2007-2009. Ce ne l’est plus tout à fait depuis que les décisions et mesures réglementaires adoptées depuis cette date ont contraint les shadow banks – c’est-à-dire les établissements non bancaires se livrant néanmoins à des activités bancaires — soit à adopter elles-mêmes un statut de banque de plein exercice (comme la banque d’investissement Goldman Sachs), soit à rejoindre le giron d’un groupe bancaire intégré (comme ce fut le cas de Bear Stern, récupéré par Citibank).

Les activités de marché et de courtage constitutives de leur activité monétaire se trouvent donc désormais intégrées au bilan de grandes banques transnationales. À ce titre, elles se trouvent inclues dans le calcul des contraintes de ratios imposées à celles-ci par la banque centrale nationale dont relève leur siège social. C’est ainsi que les activités de la finance de l’ombre se trouvent rattrapées par la course au renforcement des contraintes réglementaires, et voient leur rentabilité diminuer.

La réaction des banques systémiques est la même que celle de tout entrepreneur confronté à un déclin séculaire de sa profitabilité : faire des économies, sabrer dans les coûts, et redéployer son portefeuille d’activités.

Compte tenu des cibles de la réglementation, les premières victimes désignées sont les activités les plus coûteuses en termes de mobilisation de capacités de bilan. C’est à dire précisément les activités de courtage et de marché qui contribuent directement à l’output monétaire du secteur (titrisation, dérivés et autres produits exotiques), dont elles se retirent progressivement. Ce retrait se poursuit d’autant plus que, en outre, la succession des stop and go conjoncturels convainc leurs dirigeants de l’impossible efficacité des politiques de relance non conventionnelles dont elles sont aux premières lignes pour mesurer l’absence de résultats effectifs.

LES ROBINETS RESTENT POURTANT OUVERTS

Contre toute évidence, les responsables des banques centrales continuent pourtant d’y croire. C’est ce que démontrent les récentes déclarations de Powell et de Draghi, ainsi que celles des autorités monétaires japonaises (qui s’accrochent à leurs QQEs). Leurs décisions de poursuivre ou de reprendre leurs interventions se heurteront au même obstacle qui explique l’inefficacité de leurs précédentes opérations. Ils s’imaginent qu’il n’y a qu’à ouvrir à toutes les banques le robinet des monnaies de base nationales pour contrer la dynamique récessive ; qu’il suffirait d’ajouter encore plus de milliards de liquidités aux milliers de milliards dont ils croient avoir inondé le monde avec leurs précédents QE, QQE, et LTRO pour que ce qui n’a jamais marché jusqu’à présent marche enfin.

Ils ne tiennent pas compte de ce que les banques commerciales se refinancent désormais sur le marché international de l’eurodollar et de la finance de marché, de préférence aux facilités de liquidité d’une banque centrale (comme les Fed funds américains), parce qu’elles y trouvent des produits de liquidité monétaires ou quasi-monétaires répondant à des caractéristiques de marché que ne leur apporte pas au même degré le recours aux instruments de refinancement traditionnels.

Ce qui est à l’origine du présent refroidissement économique sur l’ensemble de la planète, est fondamentalement la réduction de l’offre de ces Global banks (JP Morgan, Goldman Sachs, Citi, UBS, Paribas, Barclays, Deutschebank, etc…) dont l’activité sur les marchés de produits dérivés régule le débit du robinet mondial des liquidités. Or, depuis un an (plus précisément depuis septembre 2017) ce robinet est en train de se refermer de nouveau. Ce dont témoigne par exemple l’annonce que Goldman Sachs est une nouvelle fois en train de sabrer dans ses dépenses d’activité de marché et de courtage monétaire, après avoir procédé à une première purge en 2014.

Ce resserrement de l’alimentation mondiale en liquidités n’est pas nouveau. C’est un mouvement long amorcé par les événements de 2007/2008, un produit de la Grande Récession et de la grande peur déclenchée par l’implosion financière de l’automne 2008. Mais aussi un effet des coûts supplémentaires qu’entraîne le programme mondial d’alourdissement des contraintes prudentielles sur l’ensemble des activités bancaires particulièrement gourmandes en capacité bilantielle : c’est-à-dire, précisément, les activités de courtage et de marché qui concourent à la production de ces produits dérivés, dérivés de dérivés, et dérivés de dérivés de dérivés dont la plupart d’entre nous ignorons qu’ils sont la matière première qui sert d’input à la production de quasi-monnaies par le marché.

Il s’agit d’une tendance qui continuera de s’imposer tant que les autorités monétaires et financières ne se seront pas décidées à décréter une pause dans cet engrenage. Apparemment ce n’est pas encore pour demain. À cet égard, il existe sans aucun doute un lien entre le retournement économique en cours et le dernier gadget des réglementations prudentielles spécifiquement destiné aux plus grandes banques (dites systémiques) : le ratio de levier supplémentaire, assis sur le total du bilan, dont la mise en place était programmée à partir de 2015.

C’est une des raisons qui font que ce retrait de la finance de marché mondiale procède par bonds, par vagues successives qui donnent naissance à une succession de phases de stop and goaffectant la marche de l’économie réelle, d’une durée moyenne d’environ trois années (si l’on prend pour base l’expérience des dix dernières années).

LE RALENTISSEMENT OU L’APOCALYPSE ?

Avec le refroidissement actuel, on en est au quatrième épisode depuis 2007. À chaque fois, on constate que cela correspond au moment où certaines des principales Global banks ont amorcé leur retrait du marché, ou du moins décidé d’y réduire fortement leurs activités : par exemple, JP Morgan dès 2008, Bank of America en 2011, Citibank en 2014, sans doute Deutschebank pour 2018.

Ce processus, si éloigné de ce qu’enseignent les manuels, échappe totalement à l’attention des experts en macroéconomie de nos banques centrales, pourtant bardés de diplômes. Sachant qu’ils sont par définition aveugles aux véritables causes de l’actuel refroidissement économique, il en résulte qu’il ne faut pas s’attendre à ce que leurs remèdes, sans rapport avec le problème, aient la moindre chance d’altérer le cours des événements.

Nous n’avons plus qu’à espérer que, comme pour les deux mini-cycles précédents (2011 et 2014), les choses se tasseront et que le robinet monétaire se remettra en marche jusqu’à l’épisode suivant, même si c’est pour reprendre encore une fois avec un débit qui va, à chaque fois, en s’amenuisant davantage.

Il nous reste à croiser les doigts pour qu’une quelconque erreur des autorités, ou même plusieurs (comme en 2008) ne déclenchent pas une nouvelle apocalypse financière.

Le pronostic le plus vraisemblable est que nous repartirons cahin-caha sur le même chemin poursuivi depuis dix ans — celui d’une seconde décennie de lente croissance affaiblie : croissance de tortue pour les Américains, croissance d’escargot tant pour les Européens que les Japonais (qui, eux, en seront à leur troisième décennie de quasi non croissance).

Nos dossiers spéciaux: Banque centrale Croissance Finance Planche à billetsQuantitative easinghttps://www.contrepoints.org/2019/03/19/339664-les-banques-centrales-ne-sont-plus-centrales

Publicités

La clause de solidarité de l’Otan s’appelle article V, pas article F-35 (Parly)

La clause de solidarité de l’Otan s’appelle article V, pas article F-35 (Parly)

(B2) Invité par le think tank américain Atlantic Council, la ministre française des Armées a assumé lundi (18 mars) un discours particulièrement offensif envers Washington.

L’Otan ne sert pas à vendre des armes

C’est probablement le passage le plus sévère du discours de Florence Parly : « J’entends parfois parler de protectionnisme. Je dis : réfléchissez-bien. La Belgique achète des F-35. La Suède achète des Patriot. La Pologne achète des Himars. L’Europe a le marché de l’armement le plus ouvert. Je suis personnellement préoccupée à l’idée que la solidarité de l’Otan puisse être soumise à l’achat d’équipement par les alliés. L’alliance doit être inconditionnelle, sinon ce n’est pas une alliance. La clause de solidarité de l’Otan s’appelle article V, pas article F-35. »

Une Europe forte doit être autonome

« Construire une autonomie européenne ne doit en aucun cas être perçu comme une menace envers les États-Unis » insiste Florence Parly. Les armées (européennes) ont besoin de matériels qui répondent à une culture stratégique commune qui reste à développer. Consolider l’industrie européenne est un moyen d’améliorer les capacités. Avec 20 types d’avions de combats (contre 6 pour les États-Unis), les Européens souffrent d’une multitude de chaînes de maintenance, de spécificités d’approvisionnements et de capacités.

Washington a besoin d’une Europe forte

« Ce n’est pas non plus une raison pour les États-Unis de se désengager, au contraire », assure-t-elle. Qu’il s’agisse du terrorisme ou de la résurgence des États puissances, USA et Europe font face aux mêmes menaces. Tout éloignement entre les deux bords de l’Atlantique ne ferait qu’affaiblir les uns et les autres. Une telle distance pourrait alors inciter la Russie à mener des agressions comparables à celles qui ont visé la Géorgie et l’Ukraine, contre un pays de l’Otan : la notion de solidarité risquerait en effet, dans un tel contexte, de perdre en capacité de dissuasion.

(Romain Mielcarek)

Télécharger le discours de Florence Parly.

Un sous-marin portugais en Méditerranée

Un sous-marin portugais en Méditerranée

(B2) Le sous-marin portugais Trident a pris la mer lundi (18 mars) pour rejoindre l’opération maritime européenne EUNAVFOR Sophia de lutte contre les trafics de migrants

Une mission : la collecte d’informations sur les trafiquants

Le navire devrait rester deux mois sur zone, avec une mission principale : la collecte d’informations. Celles-ci seront partagées « avec les autorités régionales responsables du sauvetage en mer, en vue d’identifier les navires surpeuplés de migrants », les passeurs et leurs commanditaires. L’objectif est de « contribuer ainsi à la diminution du risque de perte de vies humaines dans la région » indique la marine portugaise.

Une contribution à Sea Guardian

Le ‘Trident’ va aussi apporter son soutien à l’opération ‘Sea Guardian‘ de l’OTAN, en mettant à disposition ses capacités et ses systèmes de collecte d’informations dans le domaine de la connaissance de la situation maritime dans la région méditerranéenne, qui seront partagés avec la structure de commandement de l’Alliance.

Une femme à bord

Parmi les 36 militaires, une femme. C’est la première fois qu’un submersible portugais embarque une femme au sein de son équipage, annonce l’état-major des forces armées portugaises.

Un outil bien discret

(commentaire) Ce n’est pas la première fois en revanche qu’un sous-marin est employé dans l’opération Sophia. Récemment, un sous-marin grec avait été utilisé. Et des sous-marins français ou italien ont aussi été activés dans le passé. Le côté discret, insoupçonnable, de ce navire permet d’assurer une surveillance tout azimut de la côte libyenne et des alentours, pour observer les différents trafics et mouvements militaires — le trafic des êtres humains n’est pas souvent le seul objectif des sous-mariniers.

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

© B2 / Bruxelles2. Vous désirez approfondir, bénéficier de décryptages complets, d’informations plus exclusives… Continuez votre lecture sur B2 Pro. C’est aussi le meilleur moyen de soutenir ce blog et d’en permettre sa pérennité. Nicolas Gros-Verheyde, diplômé en droit européen à l’université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 – Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

Le “parti américain” dans les institutions Ue

L’art de la guerre

Le “parti américain” dans les institutions Ue

Manlio Dinucci

© Manlio Dinucci

Mardi 19 mars 2019

“La Russie ne peut plus être considérée comme un partenaire stratégique et l’Union européenne doit être prête à lui imposer d’ultérieures sanctions si elle continue à violer le droit international” : c’est ce qu’établit la résolution approuvée par le Parlement européen le 12 mars avec 402 voix pour, 163 contre et 89 abstentions. La résolution, présentée par la parlementaire lettone Sandra Kalniete, nie avant tout la légitimité des élections présidentielles en Russie, en les qualifiant de “non-démocratiques”, et en présentant ainsi le président Poutine comme un usurpateur.

Elle accuse la Russie non seulement de “violation de l’intégrité territoriale de l’Ukraine et de la Géorgie”, mais de l’”intervention en Syrie et de l’interférence dans des pays comme la Libye”, et, en Europe, d’interférence visant à influencer les élections et à attiser les tensions”. Elle accuse la Russie de “violation des accords de contrôle des armements”, en lui attribuant la responsabilité d’avoir fossoyé le Traité FNI. Elle l’accuse en outre d’ “importantes violations des droits de l’homme en Russie, y compris tortures et exécutions extra-judiciaires”, et d’”assassinats perpétrés par des agents de renseignement russes au moyen d’armes chimiques sur le sol européen”.

Au terme de ces accusations et d’autres, le Parlement européen déclare que le Nord Stream 2 -le gazoduc destiné à doubler la fourniture de gaz russe à l’Allemagne à travers la Mer Baltique- “accroît la dépendance européenne vis-à-vis de l’approvisionnement en gaz russe, menace le marché intérieur européen et ses intérêts stratégiques […] et qu’il doit donc y être mis fin”.

La résolution du Parlement européen répète fidèlement, non seulement dans ses contenus mais dans ses paroles mêmes, les accusations que les USA et l’Otan adressent à la Russie. Et chose plus importante, il répète fidèlement la demande de bloquer le Nord Stream 2 : objectif de la stratégie de Washington visant à réduire les fournitures énergétiques russes à l’Union européenne pour les remplacer par celles provenant des États-Unis ou en tous cas de compagnies étasuniennes.

Dans ce même cadre entre la communication de la Commission européenne aux pays membres, dont l’Italie, ayant l’intention d’adhérer à l’initiative chinoise de la Nouvelle Route de la Soie : la Commission les prévient que la Chine est un partenaire mais aussi un concurrent économique et, chose de la plus haute importance, “un rival systémique qui promeut des modèles alternatifs de gouvernance”, en d’autres termes des modèles alternatifs à la gouvernance jusque là dominée par les puissances occidentales.
La Commission avertit qu’il faut avant tout “sauvegarder les infrastructures digitales critiques de menaces potentiellement sérieuses contre la sécurité”, dérivant de réseaux 5G fournis par des sociétés chinoises comme Huawei mise au ban par les États-Unis. La Commission européenne répète fidèlement l’avertissement des États-Unis aux alliés. Le Commandant Suprême Allié en Europe, le général étasunien Scaparrotti, a averti que les réseaux mobiles ultra-rapides de cinquième génération joueront un rôle de plus en plus important dans les capacités guerrières de l’Otan : de ce fait ne sont pas admises de “légèretés” de la part des alliés.

Tout cela confirme quelle influence exerce le “parti américain”, puissant camp transversal qui oriente les politiques de l’Union le long des lignes stratégiques USA/Otan.

En construisant la fausse image d’une Russie et d’une Chine menaçantes, les institutions Ue préparent l’opinion publique à accepter ce que les États-Unis sont en train de préparer pour “défendre” l’Europe : les États-Unis -a déclaré à CNN un porte-parole du Pentagone- se préparent à tester des missiles balistiques avec base à terre (interdits par le Traité FNI enterré par Washington), c’est-à-dire de nouveaux euromissiles qui feront à nouveau de l’Europe la base et en même temps la cible d’une guerre nucléaire.

Édition de mardi 19 mars 2019 de il manifesto
https://ilmanifesto.it/il-partito-americano-nelle-istituzioni-ue/
Traduit de l’italien par M-A P.

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.manlio_dinucci.190319.htm

La francophonie, témoignage de l’unité de l’Église et de la langue française

La francophonie, témoignage de l’unité de l’Église et de la langue française

Le sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, au Québec, est le 2e plus grand sanctuaire marial d’Amérique du Nord. Sur les bords du fleuve Saint-Laurent, il accueille chaque année plus de 500 000 pèlerins.
Partager

Le 20 mars, journée internationale de la francophonie, permet de mettre à l’honneur la langue française. Quelque 300 millions de personnes parlent le Français dans 106 pays. Cette journée est donc l’occasion de découvrir les plus grands sanctuaires catholiques où l’on prie en français.

Cliquez ici pour ouvrir le diaporama

La langue française, qui « tisse tant d’amitiés et crée de si belles synergies », est « la langue de l’éducation, de l’accès au savoir », mais aussi « de l’échange », a déclaré Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de la francophonie, à l’occasion de la journée 2019. Elle crée un trait d’union entre des peuples variés dont l’Église bénéficie également puisque l’on peut retrouver partout dans le monde des sanctuaires francophones. En voici quelques exemples, qui témoignent de l’unité de l’Église et de la langue française, mais également de celle de tous les pèlerins qui se rendent en ces lieux pour un seul et même Dieu.

Les Hollandais fondent la VOC… et se lancent à la conquête du monde

20 mars 1602

Les Hollandais fondent la VOC… et se lancent à la conquête du monde

Le 20 mars 1602, les marchands hollandais fondent ensemble la «Verenigde Oost Indische Compagnie»(VOC ou Compagnie des Indes Orientales).

L’attrait des épices

Leur objectif est de commercer avec les Indes orientales, c’est-à-dire les pays de l’océan Indien et de l’Insulinde, et d’en ramener les épices sans lesquelles il n’est pas de bonne cuisine : clous de girofle, poivre, noix de muscade…

L’idée leur en est venue après qu’un jeune homme eût raconté à Amsterdam ses voyages dans les établissements portugais de l’océan Indien.

Arrivée triomphale de Jacob van Neck à Amsterdam le 19 juillet 1599 (Andries van Eertvelt, Musée royal de Greenwich)

La création de la VOC remédie à une concurrence qui fait chuter les cours et ruine les actionnaires. La nouvelle compagnie reçoit le monopole du commerce avec les Indes ainsi que le droit d’y bâtir des forts et d’y lever des troupes.

En 1619, l’un de ses agents débarque à Djakarta et, avec une armée privée, s’empare de l’île de Java. Djakarta est rebaptisée Batavia, d’après le nom latin des Pays-Bas (la ville reprendra son ancien nom lors de l’indépendance de l’Indonésie, en 1948).

De conquête en conquête, la VOC va créer le deuxième empire colonial du monde après l’empire britannique (en terme de richesse) !

Amsterdam devient la plaque tournante du fructueux commerce des épices et sa Bourse des valeurs, prenant le pas sur celle d’Anvers, va très vite dominer le capitalisme naissant (la Bourse tire son nom d’un marchand brugeois : van der Bursen)…

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

La claque d’AKK à Macron

La claque d’AKK à Macron

POSTÉ LE 19 MARS , 2019, 10:25

Emmanuel Macron n’a décidément pas de chance. Il vient d’écrire une lettre « aux citoyens d’Europe » (eh oui, la France, c’est trop petit pour lui !).

Cette lettre est, disons-le tout net, d’un style assez médiocre (le discours de la Sorbonne, l’année dernière, était aussi européiste, mais bien mieux composé) et n’a guère d’autre intérêt que de poser son auteur en chef de file d’une Europe « progressiste », par opposition au « danger populiste » représenté par Viktor Orban ou Matteo Salvini.

Cependant, dans cette étrange division de l’Europe que M. Macron prétend unir, celui-ci ne dispose que d’un unique allié : Angela Merkel, elle-même en fin de course et menacée par la progression de l’AfD.

Ironie du sort, c’est pourtant de l’entourage d’Angela Merkel qu’est venue la claque que vient de recevoir Emmanuel Macron.

Annegret Kramp-Karrenbauer, dauphine de Mme Merkel, qui vient de prendre la présidence de la CDU, a répondu par une lettre intitulée « Faisons l’Europe comme il faut ».

Cette lettre ne se prive pas d’enregistrer tous les abandons de souveraineté que propose M. Macron.

Beaucoup de médias disaient naguère que les critiques du traité d’Aix-la-Chapelle reposaient sur des « fake news ».

Mais « AKK » donne raison aux lanceurs d’alerte en disant que l’UE devrait obtenir un siège au conseil de sécurité de l’ONU – ce qui revient à demander à la France d’abandonner son siège.

Elle somme, à mots à peine couverts, la France d’abandonner toute politique autonome.

Naguère, Angela Merkel avait forcé Nicolas Sarkozy à abandonner son projet d’Union pour la Méditerranée en réclamant qu’y participent tous les États de l’UE. De même, aujourd’hui, la présidente de la CDU prie la France d’abandonner sa politique africaine ou sa politique de défense. On voit mal M. Macron résister à des « prières » qui correspondent si bien à ses vœux les plus chers.

Mais il est cocasse aussi qu’AKK refuse tout net les propositions de M. Macron en faveur du fédéralisme. Elle veut bien une politique étrangère européenne ou une politique européenne de défense, si cela permet à l’Allemagne de s’offrir à moindre coût un siège à l’ONU ou une dissuasion nucléaire. Elle réclame même une « solidarité européenne » pour la crise migratoire. Mais certainement pas de communautarisation des dettes ou d’européanisation de la protection sociale !

Et d’ajouter – et, cette fois, je serai d’accord avec elle : « Refonder l’Europe ne se fera pas sans les États-nations. » M. Macron ferait bien de méditer cela !

Les mensonges du Pouvoir algérien

Les critères que l’on utilise habituellement en politique pour expliquer les jeux de pouvoir ne s’appliquent pas à l’Algérie. Ses dirigeants actuels sont avant tout des imposteurs qui se sont fabriqués, un à un, de fausses biographies pour obtenir la considération de leurs concitoyens. De fil en aiguille, ils sont parvenus au plus haut sommet de l’État. Ils s’y maintiennent par la volonté des grandes puissances qui font mine de croire à leurs fables pour mieux les manipuler.

 | DAMAS (SYRIE)  

+
JPEG - 44.4 ko
Depuis une vingtaine d’années, la majorité des biographies des dirigeants algériens est falsifiée. Tous prétendent s’être battus pour la libération nationale face à l’Occupation française, rares sont ceux qui l’ont effectivement fait. Les vrais héros ont été écartés depuis longtemps.

Les médias internationaux découvrent avec stupeur la réalité du pouvoir algérien qu’ils se sont efforcés de dissimuler jusqu’ici. Celui-ci n’est pas détenu par un clan, mais par plusieurs dont la figure du président Bouteflika est le point d’équilibre.

Dans le pouvoir algérien, qui défend quoi ?

Ces clans se livrent entre eux une bataille féroce qui les a empêchés non seulement de désigner un successeur au président sortant, mais aussi un Premier ministre. En définitive, ils en ont désigné trois : Noureddine Bedoui, assisté de Ramtane Lamamra, tous deux flanqués d’un troisième, Lakhdar Brahimi.

Comprenons bien la répartition des rôles :

- Abdelaziz Bouteflika est un petit escroc qui fut le secrétaire de Houari Boumédiène et a su, au fil du temps s’inventer un passé [1]. Il usurpe la fonction présidentielle, depuis vingt ans, grâce à une série de violations de la Constitution et d’élections visiblement truquées. Hospitalisé en Suisse, durant deux semaines, pour des « contrôles médicaux périodiques », on lui a diagnostiqué des « problèmes neurologiques et respiratoires ». Constatant qu’il était incapable de donner son consentement à des soins, les médecins ont demandé qui était son tuteur légal pour les autoriser. Pour toute réponse, on a rapatrié le mourant grabataire sans le montrer. Puis, on a diffusé sur An Nahar TV de brèves images de lui, datant du 18 octobre 2017 que l’on a présentées comme filmées le 11 mars 2019 [2]. Enfin, on a diffusé une nouvelle lettre, qu’on lui a attribuée, pour annoncer le prolongement sine die de son mandat.

- Noureddine Bedoui a été désigné par la personne tenant la plume présidentielle comme Premier ministre. Il était jusqu’ici ministre de l’Intérieur et réputé proche d’un des frères du président sortant, Nacer Bouteflika. C’est lui qui avait imaginé la possibilité d’attribuer un cinquième mandat au président invalide et avait prétendument collecté six millions de signatures pour le soutenir. Son rôle est de faire durer l’illusion présidentielle.

- Ramtane Lamamra a été nommé Premier ministre adjoint. Il était jusqu’ici conseiller du président invalide, c’est-à-dire en réalité un des détenteurs à sa place du pouvoir. Il passe pour représenter les intérêts de l’ancienne puissance coloniale, la France.

- Lakhdar Brahimi a été nommé président de la Conférence nationale chargée de mettre en œuvre la transition démocratique, toujours annoncée, jamais amorcée. Ce retraité (85 ans) a été rappelé en raison de ses états de service : il a joué un rôle central dans la création du système actuel et représente les intérêts de la nouvelle puissance coloniale : les États-Unis.

Ce personnage de premier plan n’est aucunement celui qu’il prétend être. Issu d’une famille de collaborateurs de l’Occupant français, il est parvenu à faire accroire qu’il avait au contraire participé à la libération nationale.
• En 1965, il fut la dernière personne à recevoir Mehdi Ben Barka. Il informa les services secrets marocains de ses intentions et facilita ainsi l’enlèvement et l’assassinat du secrétaire de la Tricontinentale.
• En 1982, dans le cadre des efforts algéro-maroco-saoudiens, il conclut les Accords de Taëf mettant fin à la guerre civile libanaise en échange de l’instauration d’un régime confessionnel, totalement ingouvernable, plaçant de facto le pays sous le contrôle éternel de grandes puissances régionales et internationales.
• Fin 1991, il fut l’un des 10 membres du Haut Conseil de Sécurité algérien qui destitua le président Chadli Bendjedid, annula les élections municipales et ouvrit la voie à Abdelaziz Bouteflika vers le pouvoir [3].
• En 2000, il poussa à la création d’un service de Renseignement au sein de l’administration des Nations Unies [4].
• En 2001, à la demande de Washington, il conclut les Accords de Bonn mettant fin à l’intervention états-uno-britannique en Afghanistan et plaçant Hamid Karzai et les narco-trafiquants au pouvoir [5].
• En 2012, après la démission de Kofi Annan de son poste de médiateur en Syrie, il est nommé conjointement par l’Onu et par la Ligue arabe, non pas médiateur, mais « représentant spécial ». Loin de mettre en œuvre le plan de paix Lavrov-Annan qui avait été approuvé par le Conseil de sécurité, il travaille à appliquer le plan secret de son patron, le numéro 2 des Nations unies, Jeffrey Feltman, pour une reddition totale et inconditionnelle de la République arabe syrienne [6].

Le rôle des islamistes

Il existe plusieurs narrations de la décennie noire (1991-2002) durant laquelle 60 000 à 150 000 personnes périrent. La seule chose sûre, si l’on observe la longue période, est que les œuvres sociales wahhabites remplacèrent l’État dans les campagnes, que le terrorisme islamiste fut une tentative britannique d’exclure l’influence française, et que l’armée sauva le pays tandis que certains militaires basculèrent du côté des « égorgeurs ».

Lorsque tout fut terminé, en 2004, le président Bouteflika s’allia personnellement aux « égorgeurs » (islamistes [7]) contre les « éradicateurs » (militaires). Il se présenta comme un vieux soldat capable de faire la paix avec ses ennemis. En réalité, il s’alliait aux islamistes pour réduire le pouvoir de l’armée et des services de sécurité qui l’avaient placé au pouvoir.

- En 2013, Abdelaziz Bouteflika restructura le Département du Renseignement et de la Sécurité, lui retirant une large partie de ses attributions et de ses moyens et mettant à la retraite le général Mohamed Médiène.
- En 2014, il autorisa la branche armée du FIS, l’AIS —responsable de dizaines de milliers de morts—, à organiser un camp de formation au vu et au su de tous.
- En 2016, il fit recevoir le chef de l’AIS, Madani Mezrag par Ahmed Ouyahia (qu’il nomma peu après Premier ministre) et fit savoir qu’il disposait désormais d’une amnistie et d’une immunité.
- En mars 2019, son clan fait ressurgir Madani Mezrag sur le devant de la scène pour faire peser la menace d’une nouvelle guerre civile sur la population qui manifeste.

Dans ce contexte, la nomination de Lakhdar Brahimi prend tout son sens. Lorsqu’il était chargé du dossier syrien à l’Onu et à la Ligue arabe, il s’était battu pour une « solution politique » comprenant l’arrestation du président Bachar el-Assad et son remplacement par un professeur de la Sorbonne, Burhan Ghalioun. Or, celui-ci, collaborateur de la National Endowment for Democracy (NED/CIA), bien qu’officiellement partisan d’une Syrie non-confessionnelle, avait été le speech-writer d’Abbassi Madani, le chef du FIS, durant son exil au Qatar.

L’Algérie indépendante s’est d’abord construite dans le secret inhérent à la lutte de libération nationale. Puis ce secret a été maintenu et utilisé par certains pour construire une légende et s’y attribuer un rôle glorieux. Cette mystification, répétée durant des décennies, a privé le peuple de la compréhension des événements. Elle leur a permis de se rendre indispensables en entretenant à la fois le danger (les « égorgeurs ») et la protection (les « éradicateurs »). Prisonniers de leur propre mystification, ils sont aujourd’hui contraints de se soumettre au chantage de la France et des États-Unis.

[1Bouteflika, une imposture algérienne, Mohamed Benchicou, Le Matin, 2003.

[2] « Le report des élections algériennes et la bombe Brahimi », par Khalida Bouredji, Réseau Voltaire, 15 mars 2019.

[3Islam and democracy : the failure of dialogue in Algeria, Frédéric Volpi, Pluto Press, 2003 (p. 55 et suivantes).

[4] « Rapport du Groupe d’étude sur les opérations de paix de l’Organisation des Nations Unies », Nations Unies A/55/305, ou S/2000/809.

[5] « L’opium, la CIA et l’administration Karzai », par Peter Dale Scott, Traduction Anthony Spaggiari, Réseau Voltaire, 10 décembre 2010. « Le partenaire afghan de Monti », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie), Réseau Voltaire, 9 novembre 2012.

[6] « L’Allemagne et l’Onu contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 28 janvier 2016.

[7] Nous distinguons la religion musulmane de sa manipulation politique, l’islamisme, tel que formulé par la Confrérie des Frères musulmans. NdlR.

Thierry Meyssan

Thierry MeyssanConsultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump(2017).

La CPI s
Réseau Voltaire

Voltaire, édition internationale

https://www.voltairenet.org/article205656.html

Communiquer dans un monde globalisé, le nouveau défi des Etats

 

Communiquer dans un monde globalisé, le nouveau défi des Etats

La notion d’image de marque, spécifique aux domaines de la communication et du marketing, s’impose depuis quelques années dans les relations internationales. C’est ce que l’on appelle le nation branding : un pays est une marque. Outre l’aspect économique, le nation branding est révélateur de bouleversements dans les relations internationales, dans un contexte de mondialisation.

La guerre du Vietnam fut l’une des plus médiatisées

Avec l’avènement de la télévision, des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, puis des réseaux sociaux, l’information circule plus librement. Les politiques intérieures et extérieures sont plus médiatisées par des canaux non-officiels ou informels, entrainant des réactions : manifestations contre la guerre du Vietnam, devoir d’ingérence dans la crise du Biafra… Un Etat doit donc désormais tenir compte de nouvelles partie prenantes : les autres Etats bien sûr, mais aussi leurs opinions publiques, les média, les marchés financiers…

La notion de nation branding est théorisée par le consultant Simon Anholt, spécialiste du domaine. L’exemple par excellence est celui des Etats-Unis, où l’image de marque est la plus travaillée. Toutefois, on voit de plus en plus d’Etats faire leur propre promotion, notamment les pays émergents. Il peut s’agir d’une promotion touristique générale, pour favoriser les investissements, ou simplement pour une meilleure image. Des pays comme l’Arabie Saoudite ou les Emirats arabes unis ont régulièrement recours à des agences de communication pour redorer leur image1. L’un des exemples les plus visibles et récents de cette stratégie est le site Kawa News, qui présente l’Arabie Saoudite comme destination culturelle et touristique, sans parler de politique, donnant une image jeune et cool d’une monarchie conservatrice.

Si l’Arabie Saoudite ou le Qatar maintiennent de très bonnes relations avec la France, ces pays sont largement décriés par la société française. L’affaire Khashoggi est à ce titre intéressante : elle ne représente aucun intérêt stratégique pour des pays comme les Etats-Unis ou la France. Pourtant, les révélations faites par les média occidentaux ont fait réagir les opinions publiques. Les réactions sont allées jusqu’à remettre en cause l’intervention saoudienne au Yémen, et la vente d’armes à Riyad. Pourtant, l’intervention saoudienne a commencé dès 2015, simultanément avec les crimes de guerre. Il aura fallu attendre l’affaire Khashoggi pour que les opinions publiques remettent en cause la politique intérieure et extérieure du Royaume saoudien, obligeant les gouvernements de pays occidentaux à réviser, au moins en surface, leurs relations avec Riyad.

1 https://www.challenges.fr/media/ces-communicants-que-l-arabie-saoudite-paie-a-prix-d-or_624298

nation branding

About Thomas CIBOULET

Mauvaise nouvelle pour le climat : la France commence à importer du gaz de schiste

ENERGIE

Mauvaise nouvelle pour le climat : la France commence à importer du gaz de schiste

PAR OLIVIER PETITJEAN

L’affaire avait fait grand bruit il y a trois ans : la France, qui a interdit l’exploitation du gaz de schiste sur son propre territoire, allait-elle importer du gaz de schiste en provenance des États-Unis ? Cette source d’énergie très controversée, en raison des impacts environnementaux de la fracturation hydraulique, allait-elle quand même alimenter les chaudières et plaques de cuisson françaises ? La réponse est oui.

Les importations de gaz de schiste américain ont effectivement commencé à l’automne 2018, selon les données rendues publiques par l’agence état-sunienne d’information sur l’énergie. Et cela ne fait que commencer. Le navire méthanier Provalys, revendu l’année dernière par Engie à Total, devait accoster cette semaine au port de Montoir, à proximité de Saint-Nazaire, en provenance du terminal d’exportation de gaz de Sabine Pass. Celui-ci, situé à la frontière entre la Louisiane et le Texas, appartient à la firme américaine Cheniere. Le Provalys semble avoir changé de cap depuis la première publication de cet article (voir précisions ci-dessous).

« Le gaz naturel américain est importé directement en France depuis fin 2018 »

Elengy, filiale d’Engie qui gère le terminal méthanier de Montoir (et deux terminaux similaires à Fos-sur-Mer), a confirmé à l’Observatoire des multinationales que « le gaz naturel américain est importé en Europe depuis 2017 et directement en France depuis fin 2018 ». Tout en ajoutant que « le nom des importateurs et le détail des cargaisons sont des informations commercialement sensibles que nous ne sommes pas autorisés à divulguer ». Même invocation du secret commercial du côté du quatrième et dernier terminal méthanier française, celui construit par EDF à Dunkerque, récemment revendu à l’opérateur belge Fluxys.

L’Observatoire des multinationales, édité par Basta !, a donc sollicité les entreprises susceptibles d’avoir acheté ce gaz pour le distribuer en France, à savoir les fournisseurs EDF, Engie et Total (qui a récemment absorbé Direct Energie et Lampiris sous la marque Total Spring, prenant la troisième place du marché). Aucune n’a souhaité répondre. L’autre possibilité est que ce gaz ait été acheté par des clients industriels, par exemple pour produire… du plastique (lire à ce sujet : Les liens étroits et méconnus entre le gaz de schiste et l’explosion des déchets plastiques).

Contrats d’approvisionnement signés… au moment de la COP 21

En 2015, juste avant la Conférence de Paris sur le climat, Engie et EDF avaient signé des accords d’approvisionnement avec Cheniere, pionnière de l’exportation du gaz de schiste américain avec les terminaux de Sabine Pass et de Corpus Christi (voir ici). Selon les données officielles, la majorité du gaz exporté vers la France transite par le terminal de Sabine Pass, et par celui de Cove Point, dans la baie de Chesapeake, appartenant à Dominion Energy.

L’essor du gaz de schiste aux États-Unis, un pays qui était auparavant un importateur net, a créé une situation de surproduction et une baisse des prix. Les industriels états-uniens se sont donc rapidement intéressés aux marchés d’exportation. La construction de plusieurs dizaines de nouveaux gazoducs et terminaux méthaniers est planifiée le long des côtes du golfe du Mexique et de la façade Atlantique, dont certains financés par des banques françaises, en particulier la Société générale.

Le gaz, aussi nuisible pour le climat que les autres hydrocarbures

La contestation de ces nouvelles infrastructures gazières est aujourd’hui tout aussi virulente aux États-Unis que celle liée aux impacts locaux de la fracturation hydraulique – contamination de l’eau, séismicité, pollution de l’air, etc (voir ici). Le gaz est souvent présenté par les industriels comme une source d’énergie plus « propre » que le pétrole ou le charbon, et donc plutôt bénéfique pour la transition énergétique. Un discours porté en France par Engie et Total.

En réalité, si l’on tient compte de l’ensemble de la filière et notamment des émissions fugitives de méthane, un gaz à effet de serre plus puissant que le CO2, le gaz est tout aussi nuisible pour le climat que les autres hydrocarbures, voire davantage. De ce point de vue aussi, l’arrivée massive de gaz américain en France et en Europe n’est pas une bonne nouvelle.

NOTE : Depuis la première publication de cet article le 8 mars 2019, le Provalys a changé de cap. Même si sa destination officielle est toujours Nantes, il est actuellement (au 13 mars au matin) en train de tourner en rond à proximité de l’archipel des Açores. Il est possible qu’il attende une offre plus lucrative pour sa cargaison.

Olivier Petitjean

https://www.bastamag.net/Mauvaise-nouvelle-pour-le-climat-la-France-commence-a-importer-du-gaz-de

Publicités

Revue de presse nationale et internationale.

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :