En réponse à Berlin, Moscou va expulser deux diplomates allemands de Russie…

En réponse à Berlin, Moscou va expulser deux diplomates allemands de Russie 12 déc. 2019, 09:22 © Alexander Nemenov Source: AFP Le Kremlin, Moscou. (image d’illustration)

La diplomatie russe a annoncé que Moscou allait expulser deux diplomates de l’ambassade d’Allemagne. Une réponse symétrique après que Berlin a expulsé deux diplomates russes dans le cadre de l’enquête sur le meurtre d’un Géorgien dans la capitale. Moscou a annoncé ce 12 décembre l’expulsion de deux diplomates allemands, en représailles à la décision de l’Allemagne début décembre de renvoyer deux russes après le meurtre commandité, selon Berlin, d’un Géorgien d’origine tchétchène dans la capitale allemande.

Le ministère russe des Affaires étrangères a convoqué ce même jour l’ambassadeur allemand Géza Andreas von Geyr pour lui signifier que «deux collaborateurs de l’ambassade d’Allemagne avaient été déclarés persona non grata et avaient sept jours pour quitter» la Russie.

La diplomatie russe a également fait savoir espérer que ces expulsions – «symétriques» et constituant une réponse «inévitable» de la Russie – ne détérioreront pas les liens diplomatiques bilatéraux entre les deux pays.

La partie allemande a dit regretter la réaction de la Russie, évoquant par la voix de son ministère des Affaires étrangères une expulsion «injustifiée» et un «mauvais signal».

Dans un communiqué, Berlin annonce se réserver «le droit de prendre d’autres mesures dans cette affaire à la lumière des enquêtes» en cours.

Lire aussi Deux diplomates russes expulsés d’Allemagne, Moscou promet une réponse Le 4 décembre, Berlin avait sommé deux membres de l’ambassade russe en Allemagne de quitter le pays, «avec effet immédiat», accusant Moscou de n’avoir pas «suffisamment coopéré» dans l’enquête sur le meurtre d’un Géorgien à Berlin.

 Le même jour, le parquet fédéral allemand, compétent en matière d’espionnage, avait déjà décidé de se saisir de cette enquête, évoquant un «contexte politique». «Vous avez expulsé nos diplomates, nous expulsons les vôtres. C’est tout», a déclaré le président russe Vladimir Poutine répondant à des questions de journalistes sur ce sujet après un sommet au «format Normandie» qui s’est tenu à Paris le 9 décembre.

C’est un combattant, très cruel et sanguinaire. L’une des opérations à laquelle il a participé a fait 98 morts. Il était l’un des organisateurs de l’attentat du métro de Moscou Interrogé au sujet de l’affaire par un journaliste allemand, le chef de l’Etat russe s’est également exprimé sur l’identité et les antécédents de la victime, un Géorgien d’origine tchétchène, nommé Tornike K. et identifié comme étant Zelimkhan Khangochvili.

Vladimir Poutine a affirmé que ce dernier avait «participé à des activités séparatistes» et était recherché par les services russes. «C’est un combattant, très cruel et sanguinaire. L’une des opérations à laquelle il a participé a fait 98 morts. Il était l’un des organisateurs de l’attentat du métro de Moscou», a déclaré Vladimir Poutine. Le président russe n’a pas précisé de quel attentat il s’agissait mais Moscou a connu une série d’explosions meurtrières à partir de 1996. Les attentats dans le métro de la capitale russe ont fait, au total, 106 morts et 520 blessés dans la période entre 1996 et 2010. 

Le ministère russe des Affaires étrangères, de son côté, avait évoqué un acte «injustifié» concernant la mesure allemande et promis des représailles. «Nous considérons que les déclarations faites par la partie allemande concernant l’expulsion de deux employés de l’ambassade de Russie à Berlin sont hostiles et sans fondement. Une approche politisée de questions relatives à une enquête est inadmissible.

Nous sommes contraints de prendre une série de mesures de rétorsion», avait déclaré la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova. Un Géorgien tué par balle au beau milieu d’un parc à Berlin Le 23 août, en plein jour, dans un parc du centre de la capitale allemande, un Géorgien issu de la minorité tchétchène du pays et identifié comme Tornike K., a été tué de trois balles tirées d’une arme avec silencieux. Des témoins ont évoqué une «exécution».

Tornike K. avait participé à la deuxième guerre de Tchétchénie contre la Russie, avant d’entrer dans une unité anti-terroriste du ministère géorgien de l’Intérieur, tout en gardant des liens avec les milieux islamistes dont il était proche. Il était considéré par Moscou comme terroriste.

Déjà visé par plusieurs tentatives d’assassinat, il avait émigré quelques années avant sa mort en Allemagne. Selon le parquet fédéral allemand, chargé des affaires d’espionnage, le meurtre aurait été commis «soit pour le compte d’entités étatiques de la Fédération de Russie, soit pour le compte de la République autonome tchétchène». Le meurtrier présumé est un Russe, depuis emprisonné à Berlin où il garde le silence.

 Cet homme aurait été détenteur de papiers d’identité au nom de Vadim Sokolov, 49 ans, qui ne figurent pas dans les bases de données russes. Il était entré en Allemagne, en passant par la France, deux jours avant le meurtre.

Lire aussi : Selon Poutine, le Géorgien tué en Allemagne était «un combattant, très cruel et sanguinaire» International

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Expansion démographique : un facteur aggravant des crises au Sahel ?

Expansion démographique : un facteur aggravant des crises au Sahel ?

Alicia PIVETEAU 10 décembre 2019 ActualitéActualités analyséesAfrique et Moyen-OrientAfrique subsaharienne Leave a comment

Le Sahel est confronté à de nombreuses crises, qu’elles soient d’ordre humanitaire, environnemental ou sécuritaire. Outre les conflits armés, les changements climatiques dramatiques et la forte expansion démographique de la région inquiètent. Selon les Nations Unies, 24% de la croissance démographique mondiale d’ici à 2050 proviendra de dix pays du Sahel.

Démographie des pays du G5 SAHEL
Regroupement d’enfants, Yanfolila, Mali.

Le Sahel, une “bombe démographique”

L’actualité est rythmée par l’annonce d’attaques et des difficultés du G5 Sahel, adossé à l’opération Barkhane, d’annihiler la myriade de groupes djihadistes présente au Sahel. L’occasion se présente ici d’interroger les liens entre dégradation sécuritaire et explosion démographique. Mauritanie, Mali, Tchad, Burkina Faso et Niger connaissaient des fragilités structurelles et sécuritaires préexistantes à l’explosion démographique. Ce phénomène de population est ici à concevoir comme un élément amplificateur qui agit tant sur les racines de la crise que sur ses conséquences.

La population des pays du G5 Sahel passera de 83,7 millions d’habitants en 2019, dont environ 50% de moins de 15 ans, à 196 millions en 2050. Dans la zone des trois frontières, épicentre de la crise, le Niger se démarque particulièrement. Le pays comptabilise 21,48 millions de nigériens en 2019. Il présente la plus forte croissance africaine (3,8% selon la Banque Mondiale) et le taux de fécondité le plus élevé (6,5 enfants par femme selon l’ONU). Cette démographie exponentielle et la jeunesse de la population peuvent constituer un vivier de recrutements à l’avantage des groupes terroristes. En parallèle, les tensions interethniques renforcent la volonté de maintenir et de perdurer le groupe. Cette logique sociale fortement présente tend au ralentissement de la transition démographique[1].

Pour le démographe Michel Garenne, il est urgent de ne plus laisser la question démographique de côté, au risque d’arriver à une “situation insoutenable”. Il met en garde contre les conséquences de la surpopulation : migrations, guerres, famines, épidémies. “Il n’y aura pas assez de place et de ressources pour tout le monde”, précise-t-il.

Des tensions exacerbées par le réchauffement climatique

Le paramètre du réchauffement climatique est également à prendre en compte dans l’équation. Les scientifiques du GIEC l’affirment : le Sahel est l’une des régions les plus vulnérables face au changement climatique. À son climat aride s’ajoute la désertification, la réduction des terres arables, la diminution significative de la pluviométrie ou encore la réduction et l’imprévisibilité de la saison des pluies. En somme, le stress hydrique et alimentaire s’annonce sans précèdent dans la région. L’enjeu est d’autant plus stratégique dans le cadre d’une économie agropastorale où 80 % de la population dépend de ces ressources naturelles pour garantir sa subsistance.

La demande en ressources augmente donc alors que, au même moment, l’offre diminue. En parallèle, les migrations climatiques s’accumulent aux déplacements déclenchés par l’insécurité. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, ces déplacements ont concerné 4,1 millions de personnes au Sahel en 2019. Temporaires ou définitifs, internes ou externes, ils peuvent être un vecteur de tensions.

Longtemps, les dispositifs de planification des naissances ont été impopulaires auprès des populations. De même, les défis liés à la démographie restaient peu abordés par les gouvernements à l’échelle nationale. La mise en valeur des vertus économiques est parfois préférée au bilan alarmiste. Or, les croissances économiques ont été en partie absorbées par l’expansion démographique. Compte-tenu du contexte, les chances de bénéficier du dividende démographique sont faibles[1]. Toutefois, les Etats semblent prendre progressivement des mesures. Le Niger, par exemple, s’est doté d’une Politique nationale de population depuis août 2019. L’importance du facteur démographique ne doit pas être laissé-pour-compte. Il se révèle être un point clé dans la compréhension des enjeux de sécurité et de développement à moyen et long terme dans la région. D’intenses efforts de développement peuvent encore influencer et accélérer la transition démographique.

Notes

[1] Le dividende démographique correspond à la situation suivant la baisse rapide d’une fécondité élevée. La part des personnes en âge de travailler est favorable : il y a peu de personnes âgés et peu d’enfants à charge. C’est une période de forte stimulation économique qui a énormément profité aux émergents asiatiques. Dans le cas présent, la baisse de la fécondité est trop lente et les perspectives d’emplois sont faibles.Share

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About Alicia PIVETEAU

Alicia Piveteau est étudiante en master 2 Géopolitique et Sécurité Internationale. Passionnée par les liens entre sécurité et environnement elle en a fait son domaine de prédilection. Elle suit également de près la politique étrangère chinoise

.https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/42341-expansion-demographique-danger-pays-g5-sahel

Pourquoi l’éruption volcanique de White Island a surpris tout le monde

Catastrophe naturelle.

Pourquoi l’éruption volcanique de White Island a surpris tout le monde

Publié le 10/12/2019 – 15:48

L’éruption du volcan de l’île de Whakaari, aussi appelée White Island, le 9 décembre 2019. Photo INSTAGRAM @ALLESSANDROKAUFFMANN / via REUTERS
L’éruption du volcan de l’île de Whakaari, aussi appelée White Island, le 9 décembre 2019. Photo INSTAGRAM @ALLESSANDROKAUFFMANN / via REUTERS

L’éruption volcanique de l’île néo-zélandaise de White Island a surpris lundi une cinquantaine de touristes en excursion, faisant au moins six morts. Le volcan était pourtant surveillé très attentivement par les scientifiques.NOS SERVICES

Au moins six morts, 30 personnes blessées et huit disparus. Le bilan de l’éruption volcanique de White Island, au large de la côte est de la Nouvelle-Zélande, est lourd. Destination prisée, l’île – inhabitée – était visitée par une cinquantaine de touristes lundi en début d’après-midi, au moment où le volcan a explosé. Ils n’ont pas eu le temps de réagir. La série de “déflagrations” d’une dizaine de secondes chacune a duré au total deux minutes environ.

D’après le New Zealand Herald il s’agit d’“une des catastrophes les plus mortelles de Nouvelle-Zélande”. Une enquête a même été ouverte, affirme le Guardian. Pourtant, assure National Geographic, une telle éruption n’est pas complètement inattendue :

Pour ce volcan et compte tenu du type d’éruption qu’il implique, ce n’était rien d’extraordinaire : des éruptions similaires ont déjà eu lieu partout dans le monde, même si elles n’adviennent pas quotidiennement. Et elles continueront à arriver, sans prévenir.”

Le volcan était d’ailleurs très surveillé, notamment par des scientifiques de l’agence gouvernementale GeoNet, car il entre régulièrement en éruption.

Des signes invisibles à l’œil nu

Même avec ces efforts de surveillance, la catastrophe de lundi était difficilement prévisible, reprend le magazine américain. L’île de White Island – aussi appelée Whakaari en maori – est en réalité le sommet d’un “volcan sous-marin complexe”, précise National Geographic. Très actif, ses explosions modérées sont fréquentes.

Plusieurs indicateurs peuvent annoncer une éruption sur l’île : des déformations du sol, qui trahissent une pression anormale sous la surface ou des mouvements de la croûte terrestre ; des émissions de gaz plus fortes qu’à l’accoutumée notamment. La plupart de ces signes sont invisibles à l’œil nu et nécessitent des instruments spécifiques pour être repérés.À LIRE AUSSIVidéo. Nouvelle-Zélande : au moins cinq morts après l’éruption du volcan de White Island

En l’occurrence, aucune déformation suspecte n’avait été détectée par les géologues étudiant l’île. Plusieurs rapports avaient néanmoins fait état de “quelques convulsions ressemblant un peu à des geysers, ainsi qu’une légère hausse des émissions de gaz et des bruits sismiques”. Les autorités avaient d’ailleurs relevé le niveau d’alerte volcanique à 2 sur une échelle de 5 en novembre suite à ces observations.

Mais comme le souligne National Geographic“la hausse du niveau d’alerte ne veut pas dire qu’une éruption est inévitable. Et dans de nombreux cas, il n’y en a pas du tout”.

“Probablement le pire scénario”

“Dans ce cas précis, on a joué de malchance” commente le journal, qui cite le volcanologue de l’université d’Auckland Shane Cronin : “c’était probablement le pire scénario possible”. Un épisode volcanique similaire s’était déjà produit en 2016 sur White Island, pendant la nuit. L’île étant déserte il n’y avait pas eu de victime.

Quel que soit l’endroit cependant, “personne n’a jamais été en mesure de prévoir ce type d’événement” assure au magazine Geoff Kilgour, un chercheur qui travaille pour la société de consultants scientifiques GNS Science. “L’incertitude est une chose que les touristes ont du mal à admettre, continue-t-il. Or, rien n’est plus incertain qu’une éruption volcanique, surtout celles de ce type, rapides et pour l’essentiel imprévisibles.”SOURCE

NATIONAL GEOGRAPHICWashingtonwww.nationalgeographic.com/

Créé en 1888 par la National Geographic Society, le magazine poursuit le même but qu’elle : le développement et la diffusion de la connaissance géographique dans le monde. L’importance donnée à l’illustration en a fait une

[…]Lire la suiteSÉLECTION DE LA RÉDACTION

Climat. Des éruptions volcaniques auraient favorisé l’union Écosse-Grande-Bretagne

Histoire. Il y a 1500 ans, les Mayas victimes d’une gigantesque éruption volcanique

Italie. Stromboli : île de feu

Science. Dans les Alpes, des carottes de glace pour lire l’histoire du monde

https://www.courrierinternational.com/article/catastrophe-naturelle-pourquoi-leruption-volcanique-de-white-island-surpris-tout-le-monde?utm_source=batch-notif&utm_medium=push-notification&utm_campaign=batch-notif

Sommet au «format Normandie» : les quatre dirigeants s'engagent à stabiliser l'est ukrainien 9 déc. 2019

Sommet au «format Normandie» : les quatre dirigeants s’engagent à stabiliser l’est ukrainien 9 déc. 2019, 23:53 © REUTERS/Charles Platiau/Pool Les quatre dirigeants du sommet au format Normandie, le soir du 9 décembre à Paris.

Les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de la Russie et de l’Ukraine ont convenu ce 10 décembre, de mettre en œuvre des mesures de soutien au cessez-le-feu pour l’est de l’Ukraine, afin de «stabiliser» la région d’ici la fin de l’année. A l’issue du sommet au «Format Normandie» qui s’est tenu ce 9 décembre à Paris, les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de la Russie et de l’Ukraine ont convenu, via un communiqué, des mesures pour stabiliser la situation dans la zone de conflit dans l’est de l’Ukraine.

Dans le détail, il s’agit de «mesures de soutien au cessez-le-feu» pour l’est de l’Ukraine afin de «stabiliser» la région d’ici la fin de l’année. Le retrait de forces dans trois zones disputées devrait être opéré d’ici fin mars 2020.  «Nous avons avancé sur le désengagement, les échanges de prisonniers, le cessez-le-feu et l’évolution politique» et «nous avons demandé pour les quatre mois à venir à nos ministres de travailler […] en vue d’organiser des élections locales, avec l’objectif d’un nouveau sommet dans quatre mois», a précisé le président français, Emmanuel Macron, lors de la conférence de presse avec les trois autres dirigeants qui concluait le sommet parisien.

Un «pas important» pour Vladimir Poutine Ce sommet au format Normandie constitue un «pas important» vers une désescalade, s’est félicité le chef d’Etat russe Vladimir Poutine, affirmant que des bases avaient été posées pour «croire en un processus de paix qui va dans la bonne direction». Le président russe a insisté à de nombreuses reprises sur le fait que l’Ukraine devait modifier sa Constitution afin d’accorder un statut spécial pour le Donbass, conformément aux accords de Minsk.

Interrogé par la presse sur une possible souplesse sur les accords de Minsk, le chef d’Etat russe a fait valoir qu’il convenait de ne pas toucher aux engagements déjà adoptés par les parties du format Normandie. C’est d’ailleurs l’un des points de divergence bien palpable lors de ce sommet. Sous pression de l’opinion publique dans son pays, le président Volodymyr Zelensky a déclaré que l’Ukraine n’accepterait pas une «fédéralisation» et ne permettra à personne d’«influer son vecteur de développement».  Ne pas oublier «les gens ordinaires» «Nous devons nous assurer qu’il n’y a pas de queues interminables, que les milliers de gens ordinaires qui vivent dans cette zone puissent passer aisément», a également déclaré Vladimir Poutine, à propos de la ligne de contact entre les territoires sous contrôle des rebelles est-ukrainiens et le reste de l’Ukraine. «N’oublions pas les gens ordinaires qui y vivent. Tous nos accords doivent améliorer leurs vies, non pas dans le futur, mais maintenant.»

En outre, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé un important échange de prisonniers avec les rebelles de l’Est ukrainien en décembre. Il a également fait savoir son accord sur un élargissement du mandat de l’OSCE dans le processus de règlement du conflit et lui a accordé un accès total à la zone de conflit. Le chef d’Etat ukrainien a pour autant jugé les avancées issues de ce sommet trop limitées : «Beaucoup de questions ont été abordées, mes homologues ont dit que c’est un très bon résultat pour une première rencontre. Pour moi, je le dis honnêtement, c’est très peu : je voudrais résoudre un plus grand nombre de problèmes», a-t-il déclaré. Un nouveau sommet dans quatre mois

Enfin, la chancelière allemande Angela Merkel et Emmanuel Macron ont annoncé qu’un autre sommet devrait se tenir dans quatre mois entre les représentants des quatre pays.

Le chef d’Etat français a d’ailleurs rappelé, lors de la conférence de presse, que le «format Normandie» constituait le seul format diplomatique permettant de mettre en œuvre les accords de paix de Minsk. Le «format Normandie» a été conçu en 2014 pour tenter d’arrêter le conflit dans l’est de l’Ukraine. Les combats entre les autorités ukrainiennes et deux républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk ont ​​éclaté après un coup d’Etat à Kiev, qui a renversé le président Victor Ianoukovitch. Les pourparlers ont finalement abouti à un plan de paix, connu sous le nom d’«accords de Minsk», début 2015. Lire aussi : «Format Normandie» à Paris : un sommet pour tenter de mettre fin au conflit ukrainien  International

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Crise de nerfs au Pentagone

Crise de nerfs au Pentagone

7 Décembre 2019

Désolé pour le rythme de ces derniers temps, chers amis, mais je mets la dernière touche à mon livre qui sort le mois prochain et suis par conséquent très pris. Un rapide passage néanmoins pour narrer une petite histoire qui fait baver de rage le Deep State et ses officines.

Voice of America, organe néo-impérial bien comme il faut, en est tout retourné : près de la moitié du personnel militaire américain considère la Russie comme… un allié. Brzezinski et McCain doivent faire un triple axel dans leur tombe.

Les chiffres, tirés du très sérieux Reagan National Defense Survey réalisé au mois d’octobre, ont envoyé des ondes de choc du côté du Pentagone, dont les divers portes-parole montent au créneau. Si 46% de l’armée US a une bonne opinion de la Russie, c’est la faute à la désinformation du Kremlin qui « sème le doute et la confusion ». Bon sang mais c’est bien sûr ! Ces perfides Russkofs sont capables de tout…

La suite de l’article est un ramassis d’explications aussi alambiquées que pathétiques qui ont au moins un avantage : faire rire.

Tag(s) : #Etats-Unis

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/12/crise-de-nerfs-au-pentagone.html

Dopage : l'AMA exclut la Russie des Jeux olympiques pour quatre ans

Dopage : l’AMA exclut la Russie des Jeux olympiques pour quatre ans 9 déc. 2019, 11:20 Auteur: RT France Le porte-parole de l’agence mondiale antidopage a annoncé que la Russie était exclue durant quatre ans des Jeux olympiques, sur base d’accusations de «dopage d’Etat» que Moscou dément fermement.

Les autorités russes ont 21 jours pour faire appel. Mise à jour automatique Lundi 9 décembre 15h00 CET Jonathan Taylor, président du Comité indépendant de révision de la conformité (CRC) de l’AMA, a évoqué le cas de la Coupe du monde de football 2022 lors de la conférence de presse de l’agence. «Si [la Russie] se qualifie, aucune équipe représentant la Russie ne pourra pas participer [à la Coupe du monde]. Mais si un mécanisme est mis en place, alors [les joueurs] pourront demander à participer sur une base neutre, pas en tant que représentants de la Russie», a-t-il expliqué, cité par Reuters.  Il a ajouté que cette décision revenait à la fédération organisatrice de la Coupe du monde : «Ce sera à la FIFA d’implémenter [un tel mécanisme], mais ils devront le faire en conjonction avec l’AMA. Mais il n’y aura ni drapeau, ni hymne.»

La FIFA n’a pas encore réagi sur ce point. Elle a néanmoins confirmé que la participation de la Russie à l’Euro 2020 n’était pas remise en question puisque les sanctions de l’AMA ne concernent que les compétitions à l’échelle mondiale. 14h21 CET Les sanctions de l’AMA témoignent d’une «hystérie antirusse» selon Dmitri Medvedev, Premier ministre russe. «Toutes ces décisions se répètent contre des sportifs qui ont déjà été punis […] ce qui fait penser à la poursuite d’une hystérie antirusse devenue chronique», a déclaré Dmitri Medvedev, cité par les agences russes, souhaitant que les instances sportives compétentes fassent appel de la décision de l’AMA. 14h15 CET Dans sa décision, l’AMA n’a pas précisé quelles compétitions précisément étaient visées. Toutefois, si les sanctions s’appliquent bien aux compétitions mondiales, la Russie devrait être bannie de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar. La FIFA n’accepte en effet pas le concours d’équipes sous bannière neutre. Néanmoins, l’organisation cherche à clarifier la situation. Contacté par RT France, un membre du service de presse de la FIFA a commenté : «La FIFA a pris note de la décision prise aujourd’hui par le Comité exécutif de l’AMA. La FIFA est en contact avec l’AMA et l’ASOIF (Association des fédérations internationales des sports olympiques d’été) pour clarifier la portée de cette décision en ce qui concerne le football.» Le 9 décembre, l’agence mondiale antidopage (AMA) a annoncé que la Russie était écartée pendant quatre ans, des événements sportifs planétaires. Réuni à Lausanne, le Comité exécutif de l’AMA a ainsi approuvé la recommandation émise le 25 novembre par le comité de révision de la conformité (CRC). Le CRC accuse la Russie de falsification des données de laboratoire transmises aux enquêteurs de l’Agence. De son côté, Moscou a toujours fermement démenti toute accusation de «dopage d’Etat».  Dans un premier temps, la première vice-présidente de la commission des Affaires étrangères de la Douma d’Etat, Svetlana Jourova a affirmé que la Russie ferait appel de la décision de l’AMA auprès du Tribunal arbitral du sport basé à Lausanne. Mais le patron de l’agence antidopage Rusada, Iouri Ganous, a par la suite affirmé à l’AFP que le conseil de surveillance de l’agence russe antidopage (Rusada) déciderait, lors d’une réunion le 19 décembre, de faire ou non appel. «Il n’y a aucune chance de gagner devant un tribunal», a-t-il ajouté. Il a en outre qualifié la décision de l’AMA de «tragédie» pour les sportifs propres.

Le vice-président de la Douma, Igor Lebedev, a de son côté déclaré que la décision de l’AMA sur l’agence russe antidopage (Rusada) était un coup dur pour le sport russe et qu’une réaction énergique de la part des autorités russes s’imposait. Le sénateur, Andreï Klimov, a de son côté appelé à «s’occuper» des fonctionnaires qui étaient responsables de la politique antidopage et qui ont permis à l’AMA d’utiliser leur erreur comme prétexte pour mener la campagne contre la Russie.

La Russie dans le viseur Conséquence de la décision de l’AMA : aucun Russe ne sera autorisé sur les théâtres des compétitions sportives mondiales durant cette période sous ses couleurs nationales et la Russie ne pourra plus candidater à l’attribution d’événements sportifs internationaux, jeux olympiques compris, durant cette période. La décision de l’AMA peut être contestée dans un délai de 21 jours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), par l’agence nationale antidopage Rusada, ou par le Comité olympique russe (ROC) ou toute fédération internationale qui serait concernée. Lire aussi Un comité de l’Agence mondiale antidopage recommande la suspension de quatre ans de la Russie Concrètement, la Russie ne pourra pas participer aux prochains Jeux olympiques (JO) d’été et d’hiver, aux JO de la jeunesse et aux Jeux paralympiques. Les championnats d’Europe, y compris l’Euro 2020 et la finale de la Ligue des champions qui doit avoir lieu à Saint-Pétersbourg, ne sont a priori pas concernés par la décision de l’AMA. Plusieurs compétitions sont toutefois sous la menace, mais des décisions devront être prises par diverses instances.

Ainsi, par exemple, la participation de la Russie à la Coupe du monde de football doit fait l’objet d’une décision individuelle de la FIFA. En outre, les sportifs russes ne pourront participer aux compétitions sportives planétaires sanctionnées par la décision de l’AMA que lorsqu’ils seraient «en mesure de démontrer qu’ils ne sont impliqués en aucune manière» dans l’affaire incriminée. Mais dans ce cas de figure, ils ne seraient néanmoins pas autorisés à concourir sous leurs couleurs nationales.  Mise en cause en raison de scandales liés à de présumés cas de dopage institutionnel, la Russie avait déjà été exclue de plusieurs compétitions internationales comme lors des derniers JO d’hiver, en 2018, à Pyeongchang, en Corée du Sud, durant lesquels seulement quelques athlètes russes avaient pu participer aux épreuves, sous pavillon olympique. 

Lire aussi : Le président de RUSADA confirme des manipulations des données du laboratoire antidopage en Russie International Raconter l’actualité

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La France manipulée

« SOUS NOS YEUX » (9/25)

La France manipulée

par Thierry Meyssan

Nous poursuivons la publication du livre de Thierry Meyssan, Sous nos yeux. Dans cet épisode, l’auteur montre que la France post-coloniale a été recrutée par le Royaume-Uni et les États-Unis pour se joindre aux guerres contre la Libye et la Syrie, sans que ces deux puissances l’informent sur leur projet de « printemps arabe ». Accaparés par les détournements de fonds auxquels ils se livraient, les dirigeants français n’ont rien vu venir. Lorsqu’ils ont réalisé être tenus à l’écart de la planification, leur réaction a été purement communicationnelle : ils ont tenté d’apparaître comme les amiraux de l’opération, sans se préoccuper des conséquences des agissements de leurs partenaires.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 6 DÉCEMBRE 2019 TÜRKÇEITALIANO

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Cet article est extrait du livre Sous nos yeux.
Voir la Table des matières.

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Le Royaume-Uni a manipulé la France en l’entraînant dans ses aventures au Moyen-Orient élargi sans lui révéler l’opération qu’elle y préparait avec les États-Unis depuis 2005.

18— La préparation des invasions
de la Libye et de la Syrie

Avant même sa confirmation par le Sénat, la future secrétaire d’État Hillary Clinton contacte Londres et Paris pour mener une double opération militaire au «  Moyen-Orient élargi  ». Après le fiasco irakien, Washington considère comme impossible d’utiliser ses propres troupes pour ce genre d’aventure. D’un point de vue états-unien, le moment est venu de remodeler la région, c’est-à-dire de redessiner les États dont les frontières avaient été fixées en 1916 par les empires anglais, français et russe (la «  Triple entente  ») et d’imposer des lignes favorables aux intérêts US. Cet accord est connu sous le nom des délégués britannique et français Sykes et Picot (le nom de l’ambassadeur Sazonov a été oublié du fait de la révolution russe). Mais comment convaincre Londres et Paris de ruiner leur héritage, sinon en leur promettant de les laisser recoloniser la région  ? D’où la théorie du «  leadership par l’arrière  ». Cette stratégie est confirmée par l’ancien ministre mitterrandien des Affaires étrangères, Roland Dumas, qui attestera à la télévision avoir été contacté par des Britanniques et des États-uniens, en 2009, pour savoir si l’opposition française soutiendrait un nouveau projet colonial.

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À l’instigation des États-Unis, la France et le Royaume-Uni signent les accords de Lancaster House. Une clause secrète prévoit de conquérir la Libye et la Syrie. L’opinion publique ignore cependant l’accord entre Londres et Washington sur les futurs « printemps arabes ».

En novembre 2010, c’est-à-dire avant le début du prétendu «  Printemps arabe  », David Cameron et Nicolas Sarkozy signent à Londres les Traités de Lancaster House [1]. Il s’agit officiellement de mettre en commun des éléments de Défense, y compris nucléaires, de manière à réaliser des économies d’échelle. Bien que ce soit une idée stupide au regard de la différence d’intérêts des deux pays, l’opinion publique ne comprend pas ce qui se trame. L’un des Traités unit les «  forces de projection  » (comprendre les forces coloniales) des deux nations.

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Opération « Southern Mistral » : l’étrange logo du Commandement des opérations aériennes. Le rétiaire ne protège pas l’oiseau de la liberté, mais le fait prisonnier dans son filet.

Une annexe de ces Traités indique que la Force expéditionnaire franco-britannique réalisera les plus importantes manœuvres militaires conjointes de l’histoire des deux pays du 15 au 25 mars 2011, sous le nom de «  Southern Mistral  ». Le site Internet de la Défense précise que le scénario du jeu de guerre sera un bombardement à très grande distance pour venir en aide aux populations menacées par «  deux dictateurs de la Méditerranée  ».

C’est précisément le 21 mars que l’US AfriCom et l’US CentCom – les commandements régionaux des Forces états-uniennes – ont choisi comme date pour que la France et le Royaume-Uni attaquent à la fois la Libye et la Syrie [2]. Cela tombe bien, les Forces franco-britanniques sont prêtes. Comme les choses ne se passent jamais comme prévu, la guerre contre la Syrie est remise à un peu plus tard, et Nicolas Sarkozy qui veut frapper en premier ordonne à son armée d’attaquer seule la Libye dès le 19 mars, lors de l’opération «  Harmattan  » (traduction française de Southern Mistral).

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L’ex compagnon de Kadhafi, Nouri Massoud El-Mesmari, a fait défection le 21 octobre 2010. Il s’est placé sous protection des services secrets français prétendant connaître les secrets du Guide.

La France croit disposer d’un atout maître  : le chef du protocole libyen, Nouri Massoud El-Mesmari, a fait défection et a demandé asile à Paris. Sarkozy est persuadé que l’homme était le confident du colonel Kadhafi et peut l’aider à identifier ceux qui sont prêts à le trahir. Malheureusement, ce beau parleur tenait l’agenda du Guide, mais n’assistait pas aux réunions [3].

Quelques jours après la signature des Traités de Lancaster House, une délégation commerciale française se rend à la Foire de Benghazi avec des fonctionnaires du ministère de l’Agriculture, des dirigeants de France Export Céréales et de France Agrimer, des managers de Soufflet, de Louis Dreyfus, de Glencore, de Cani Céréales, de Cargill et de Conagra. Sur place, les agents de la DGSE qui les accompagnent rencontrent secrètement des militaires pour préparer un coup d’État.

Prévenu par les États-Unis, Tripoli arrête les traîtres, le 22 janvier 2011. Les Libyens s’imaginent protégés par leur nouvelle alliance avec Washington, alors qu’il se prépare à leur apporter la mort. Les Français, quant à eux, doivent retourner dans l’ombre du Grand frère US.

Pendant que les Français s’occupent de préparer l’invasion de la Libye, les États-uniens lancent leur opération avec les Britanniques. Elle est beaucoup plus vaste que ce qu’ils en ont dit à leur agent Sarkozy. Il ne s’agit pas simplement de renverser Mouammar el-Kadhafi et Bachar el-Assad, comme ils le lui ont fait croire, mais tous les gouvernements laïcs et de les remplacer par les Frères musulmans. Ils commencent donc avec les États amis (Tunisie et Égypte), laissant les Britanniques et les Français s’occuper des ennemis (Libye et Syrie).

Le premier coup part en Tunisie. En réponse à la tentative de suicide d’un marchand de rue, Mohamed el-Bouzazi, le 17 décembre 2010, des manifestations se succèdent contre les abus de la police, puis contre le gouvernement. La France qui croit à leur spontanéité se propose pour équiper la police tunisienne en matériel anti-émeute.

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Nicolas Sarkozy et Michèle Alliot-Marie, ignorant le projet anglo-saxon des « printemps arabes », négocient avec la famille du président Ben Ali la vente d’un avion officiel qu’ils ont détourné, pendant que la « révolution de jasmin » débute en Tunisie.

Nicolas Sarkozy et sa ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, ont toute confiance en Ben Ali avec qui ils font des «  affaires  » personnelles. Après s’être fait construire et équiper un Airbus A330 comme super avion présidentiel, ils ont revendu les deux anciens aéronefs destinés aux voyages officiels. L’un des A319 CJ a été discrètement retiré des inventaires et cédé à la société tunisienne Karthago Airlines, propriété d’Aziz Miled et de Belhassen Trabelsi (frère de Mme Ben Ali) [4]. Nul ne sait quel est l’heureux bénéficiaire de cette transaction. Après la fuite du Président Ben Ali, l’avion sera récupéré et vendu à une société de jeux à Singapour, puis à la Turquie.

Tout occupés à protéger leur receleur, Nicolas Sarkozy et Michèle Alliot-Marie tombent des nues lorsque le Président Ben Ali demande à atterrir à Paris et à s’y réfugier. L’Élysée a juste le temps d’annuler l’envoi d’un avion-cargo transportant le matériel de maintien de l’ordre promis qui patiente sur le tarmac en raison de lenteurs dans les formalités de dédouanement et de renvoyer l’appareil du Président déchu hors de son espace aérien.

Pendant ce temps, en Égypte, l’ingénieur informatique Ahmed Maher et la bloggeuse islamiste Israa Abdel Fattah appellent à manifester contre le Président Hosni Moubarak, le 25 janvier 2011, «  jour de colère  ».

Immédiatement soutenus par la télévision qatarie Al-Jazeera et par les Frères musulmans, ils lancent un mouvement qui, avec l’aide des «  ONG  » de la CIA, déstabilise le régime. Les manifestations se succèdent chaque vendredi à la sortie des mosquées à partir du 28 janvier, encadrées par les Serbes que Gene Sharp, le faiseur de «  révolutions colorées  », a formés. En définitive Nicolas Sarkozy apprend le 11 février par un coup de téléphone de son beau-père, l’ambassadeur US Frank Wisner Jr que, sur instruction de la Maison-Blanche, il a convaincu le général Moubarak de se retirer.

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Venu participer au Caire à la réunion de lancement des printemps arabes en Libye et en Syrie par la CIA, le lobbyiste Bernard-Henri Lévy (dit « BHL ») prend la pose sur la place Tahrir.

La CIA organise alors une réunion secrète au Caire à laquelle le Président Sarkozy envoie une délégation incluant le lobbyiste Bernard-Henri Lévy, un ancien amant de Carla Bruni et de Ségolène Royal. Le Frère musulman Mahmoud Jibril, qui est le n°2 du gouvernement libyen en entrant dans la pièce, devient le leader de «  l’opposition au tyran  » en sortant. Parmi les Syriens présents, se trouvent notamment Malik Al-Abdeh (un ancien de la BBC qui créa BaradaTV avec l’argent de la CIA et du département d’État) et Ammar Qurabi (membre d’une kyrielle d’associations de défense des Droits de l’Homme et créateur d’OrientTV) [5].

Les guerres contre la Libye et contre la Syrie viennent de commencer.

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Apparaissant sur la place verte, le 25 février 2011, Mouammar Kadhafi dénonce une attaque de son pays par les terroristes d’Al-Qaïda. Lyrique, il proclame fièrement qu’il se battra jusqu’au bout contre eux avec son peuple, quitte à faire couler des « rivières de sang » et à se sacrifier lui-même. Il annonce une distribution d’armes aux citoyens pour défendre la patrie en danger. La propagande atlantiste va l’accuser de vouloir faire couler le sang de son peuple.

19— Le début de la guerre contre la Libye

La presse occidentale assure que la police libyenne a dispersé une manifestation à Benghazi, le 16 février 2011, en tirant sur la foule. Depuis, le pays se soulève, poursuit-elle, et les autorités tirent sur tout ce qui bouge. Pressentant le possible retour de l’esclavage, 200 000 travailleurs immigrés tentent de fuir le pays et les télévisions les montrent attendant aux postes frontières. Mouammar Kadhafi apparaît trois fois à l’écran. Il dénonce une opération mise en œuvre par Al-Qaïda et déclare être prêt à mourir en martyr. Puis, il annonce la distribution d’armes à la population pour faire couler des «  rivières de sang  », exterminer ces «  rats  » et protéger le pays. Sorties de leur contexte, les phrases du Guide sont diffusées par les chaînes occidentales qui les interprètent comme annonçant non pas la lutte contre le terrorisme, mais la répression d’une hypothétique révolution.

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Pris de panique, les ouvriers noirs de l’Est de la Libye tentent de fuir avant que la Jamahiriya soit renversée. Ils sont persuadés que si les Occidentaux rétablissent l’Ancien régime, ils seront réduits en esclavage. Selon l’Onu ils sont des dizaines de milliers à se précipiter aux frontières.

À Genève, le 25 février, le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU écoute avec effroi les témoignages de la Ligue libyenne des Droits de l’Homme. Le dictateur est devenu fou et «  massacre son propre peuple  ». L’ambassadeur du Pakistan dénonce l’abus de la force. Soudain, la délégation officielle libyenne entre dans la salle, valide les témoignages entendus et se déclare solidaire de ses concitoyens face au dictateur. Une résolution est adoptée et transmise au Conseil de sécurité [6]. Celui-ci adopte immédiatement la Résolution 1970 [7] – sous le chapitre VII de la Charte qui autorise l’emploi de la force – étrangement prête depuis plusieurs jours. Il saisit la Cour pénale internationale et place la Libye sous embargo. Cette dernière mesure est immédiatement reprise et élargie par l’Union européenne. Allant plus loin que les autres Occidentaux, le Président Sarkozy déclare  : «  Kadhafi doit partir  !  »

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L’ancien ministre de la Justice, Moustafa Abdel Jalil (ici avec BHL) , qui avait fait torturer les infirmières bulgares, devient chef du Gouvernement provisoire.

Le 27 février, les insurgés de Benghazi fondent le Conseil national libyen de transition (CNLT), tandis que quittant Tripoli le ministre de la Justice, Moustafa Abdel Jalil, crée un Gouvernement provisoire. Ces deux instances, contrôlées par les Frères musulmans, fusionnent donnant l’impression d’une unité nationale. Immédiatement, des drapeaux de l’ancien roi Idriss fleurissent à Benghazi [8]. Depuis Londres, son fils, S.A. Mohamed Senussi, se déclare prêt à régner.

Abdel Jalil ne parvenant pas à convaincre tous les membres du CNLT de faire appel aux Occidentaux, il fait nommer un Comité de crise disposant des pleins pouvoirs et présidé par l’ancien numéro 2 du gouvernement de Kadhafi, Mahmoud Jibril, de retour du Caire.

À Paris, on admire la manière dont Washington gère les événements. Pourtant, contredisant les informations en provenance de Benghazi et des Nations Unies, les diplomates et les journalistes présents à Tripoli assurent ne rien voir qui évoque une révolution. Mais peu importe la vérité, pourvu que les apparences soient favorables. Ainsi, le «  philosophe  » Bernard-Henri Lévy persuade les Français de la justesse de la cause en assurant avoir convaincu lui-même le Président de la République de s’engager pour la liberté après avoir rencontré des «  révolutionnaires  » libyens.

L’armée française vient chercher Mahmoud Jibril et l’amène à Strasbourg où il plaide pour une intervention «  humanitaire  » occidentale devant le Parlement européen. Le 10 mars, Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron écrivent au Président de l’Union européenne pour lui demander de reconnaître le CNLT à la place du «  régime  » et pour instaurer une zone d’exclusion aérienne [9]. Parfaitement coordonnés, le député écologiste français Daniel Cohn-Bendit (l’agent d’influence de Mai 68) et le libéral belge Guy Verhofstadt font adopter le même jour par le Parlement européen une résolution dénonçant le «  régime  » de Kadhafi et appelant à prendre le contrôle de l’espace aérien libyen pour protéger la population civile de la répression du dictateur [10]. Le même jour encore, le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, annonce travailler sur les moyens techniques nécessaires pour mettre en œuvre cette exclusion aérienne.

Le 12 mars, la Ligue arabe vote en faveur de la zone d’exclusion aérienne malgré l’opposition de l’Algérie et de la Syrie.

Seules fausses notes dans ce concert d’unanimité  : la Bulgarie, qui se souvenant qu’Abdel Jalil a couvert les tortures des infirmières bulgares et du médecin palestinien, refuse de reconnaître le CNTL. De son côté, l’Union africaine s’oppose vivement à toute intervention militaire étrangère.

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Le Livre vert de Mouammar Kadhafi

La Jamahiriya arabe libyenne est organisée selon les principes du Livre vert de Mouammar Kadhafi. Celui-ci est un admirateur des socialistes libertaires français du XIXe siècle, Charles Fourier et Pierre-Joseph Proudhon. Il a donc imaginé un État minimal qui s’avère incapable de défendre son peuple face aux armées impérialistes. En outre, il a donné à l’État la mission de répondre aux aspirations des Bédouins  : gratuité d’un moyen de locomotion, d’une habitation et de l’eau. Chacun dispose donc de sa voiture, les transports collectifs étant de facto réservés aux immigrés. À son mariage, chacun reçoit un appartement, mais il faut parfois attendre trois ans que la maison soit construite pour pouvoir se marier. De gigantesques travaux ont été réalisés pour puiser l’eau dans des nappes phréatiques millénaires, très profondément sous le désert. Le pays est devenu prospère. Son niveau de vie est le plus élevé de tout le continent africain. Mais peu de choses ont été faites en matière d’éducation. Bien que les universités soient gratuites, la plupart des jeunes arrêtent précocement leurs études. Mouammar Kadhafi a sous-estimé le poids des traditions tribales. Trois millions de Libyens coulent des jours paisibles, tandis que deux millions d’immigrés africains et asiatiques les servent.

Le 19 mars, 18 États (Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Émirats arabes unis, Espagne, États-Unis, France, Grèce, Italie, Irak, Jordanie, Maroc, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Qatar et Royaume-Uni) et 3 organisations internationales (Ligue arabe, Union européenne et ONU) se réunissent à Paris pour annoncer l’imminence de leur intervention militaire [11]. Quelques heures plus tard, la France double ses partenaires et attaque en premier.

Les choses tardent par contre à se concrétiser en Syrie. Les appels à manifester des 4, 11, 18 et 25 février et ceux des 4 et 11 mars à Damas ne donnent rien. Au contraire, c’est au Yémen et au Bahreïn que le Peuple descend dans la rue, sans y être invité.

Au Yémen, les Frères musulmans – dont la jeune Tawakkol Karman, qui recevra le Prix Nobel de la paix – lancent une «  révolution  ». Mais, comme la Libye, ce pays est organisé de manière tribale de sorte qu’il n’est pas possible d’avoir une lecture exclusivement politique des événements.

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Nicolas Sarkozy donne instruction à Alain Bauer pour contrer la révolution au Bahreïn.

À la requête du souverain bahreïni, l’armée saoudienne vient «  rétablir l’ordre  » dans le minuscule royaume qui abrite la Ve Flotte états-unienne. Le Royaume-Uni envoie le tortionnaire Ian Anderson, qui avait fait merveille en dirigeant la répression à l’époque coloniale (c’est-à-dire avant 1971). Tandis que, pour réorganiser la police, la France envoie Alain Bauer, conseiller en sécurité du Président Sarkozy et à la fois ancien responsable de la NSA états-unienne pour l’Europe et ancien grand-maître du Grand Orient de France [12].

Le désordre se propage par contagion, reste à faire croire qu’il est initié par les peuples et qu’il vise à établir des démocraties.

(À suivre …)Thierry Meyssan

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Ce livre est disponible en français en version papier.

[1] « Déclaration franco-britannique sur la coopération de défense et de sécurité », Réseau Voltaire, 2 novembre 2010.

[2] « Washington regarde se lever « l’aube de l’odyssée » africaine », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 19 mars 2011.

[3] “Sarkozy manovra la rivolta libica”, di Franco Bechis, Libero, 23 marzo 2011. Version française : « La France préparait depuis novembre le renversement de Kadhafi », par Franco Bechis, Traduction Marie-Ange Patrizio, Réseau Voltaire, 24 mars 2011.

[4] « Un avion présidentiel dans la 4e dimension », par Patrimoine du Peuple, Comité Valmy , Réseau Voltaire, 6 mars 2011.

[5] Rapport des services de Renseignement extérieurs libyens.

[6] « Résolution du Conseil des droits de l’homme sur la situation en Libye », Réseau Voltaire, 25 février 2011.

[7] « Résolution 1970 et débats sur la Libye », Réseau Voltaire, 26 février 2011.

[8] « Quand flottent sur les places libyennes les drapeaux du roi Idris », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Réseau Voltaire, 1er mars 2011.

[9] « Lettre conjointe de Nicolas Sarkozy et David Cameron à Herman Van Rompuy sur la Libye », par David Cameron, Nicolas Sarkozy, Réseau Voltaire, 10 mars 2011.

[10] « Résolution du Parlement européen sur le voisinage sud, en particulier la Libye », Réseau Voltaire, 10 mars 2011.

[11] « Déclaration du Sommet de Paris pour le soutien au peuple libyen », Réseau Voltaire, 19 mars 2011.

[12] « La France impliquée dans la répression des insurrections arabes », Réseau Voltaire, 3 mars 2011.

https://www.voltairenet.org/article206775.html

La France au sommet de l’OTAN du 4 décembre 2019: résistance ou résignation ? Par Hannoun Hervé

GÉOPOLITIQUE7.décembre.2019 // Les Crises

La France au sommet de l’OTAN du 4 décembre 2019: résistance ou résignation ? Par Hannoun Hervé

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Source : Le Blog Mediapart, Hannoun Hervé, 29-11-2019

«En déclarant que l’OTAN était “en état de mort cérébrale”, le Président de la République a osé briser un tabou, celui de la légitimité existentielle d’une organisation qui, depuis la fin de la guerre froide, mais surtout depuis ces dernières années, a perdu sa raison d’être». On ne peut que souscrire à ce jugement de l’association “Initiatives pour le désarmement nucléaire”.

«En déclarant que l’OTAN était “en état de mort cérébrale”, le Président de la République a osé briser un tabou, celui de la légitimité existentielle d’une organisation qui, depuis la fin de la guerre froide, mais surtout depuis ces dernières années, a perdu sa raison d’être». On ne peut que souscrire à ce jugement de l’association “Initiatives pour le désarmement nucléaire”. A la suite des déclarations justifiées du Président Macron dans The Economist le 7 novembre sur les graves dysfonctionnements de l’OTAN, on a assisté à une levée de boucliers dans le microcosme des milieux ultra-atlantistes, lequel attend maintenant avec fébrilité que, au sommet de Londres du 4 décembre 2019, la France capitule et rentre dans le rang. Ce serait pourtant une faute historique pour notre pays. Il y a quatre raisons fondamentales de ne pas céder, et de choisir le 4 décembre la résistance plutôt que la résignation.

1/La première, et la plus récente, c’est la manière indigne dont l’OTAN s’est lavée les mains en octobre 2019 de l’agression perpétrée par l’armée turque, la seconde de l’OTAN par le nombre, contre les Kurdes de Syrie. Après les désastres des interventions de l’OTAN en Serbie en 1999 (création du Kossovo après des mois de bombardements aériens) et en Lybie en 2012, l’intervention turque au Nord Est de la Syrie en 2019 est un nouveau dysfonctionnement grave de l’OTAN, car cette agression n’a à aucun moment été condamnée ni par le Secrétaire général Stoltenberg ni par les autres organes de l’Alliance. Tout a été dit par le Président français sur cet épisode affligeant. On peut simplement ajouter que, à défaut d’exclure la Turquie de l’organisation, l’OTAN devrait à tout le moins mettre un terme au stockage sous l’égide de l’OTAN de bombes nucléaires américaines sur le sol de la Turquie.

2/ Le deuxième problème fondamental de l’Alliance est que l’appartenance à l’OTAN, organisation étroitement dépendante des Etats-Unis, de 22 sur 28 pays membres de l’Union Européenne n’est pas compatible avec l’affirmation de la “souveraineté européenne” en matière de défense souhaitée par le Président Macron.

Lors du référendum de 1992 sur l’Union européenne et le Traité de Maastricht, nul ne pouvait imaginer que ce grand projet de Mitterrand et Kohl pour la Paix allait être dévoyé, à partir de 1998, par le projet géopolitique américain de prendre le contrôle de fait de la politique de défense et de sécurité commune européenne. Ceci grâce à l’élargissement simultané de l’Union Européenne et de l’OTAN aux pays de l’Est de l’Europe, et grâce aussi à la décision lourde de conséquences du Président Sarkozy d’abandonner en 2008 la position stratégique gaulliste de refus de participation au commandement militaire intégré de l’OTAN. A partir du moment où 22 des 28 pays de l’UE, dont la France, devenaient membres à part entière de l’OTAN, l’esprit initial de Maastricht était trahi car “l’Europe pour la Paix” allait inévitablement être contrariée par l’ingérence des Etats-Unis, avec leurs objectifs géopolitiques propres, dans la politique européenne de défense et de sécurité commune. Pour revenir à l’Europe de la Paix dessinée en 1992, il n’y a pas d’autre voie que de mettre fin à l’imbrication actuelle entre l’OTAN et l’Union Européenne, ce qui supposerait la sortie de l’OTAN des 22 pays de l’Union européenne qui en sont membres. Il serait en effet incohérent de conduire les Français dans l’aventure d’une “défense européenne” tout en maintenant dans le commandement intégré de l’OTAN – sous direction américaine – 80 % des pays de l’Union Européenne.

L’idée des dirigeants allemands actuels de la “complémentarité OTAN/UE”, c’est à dire l’idée de faire de l’OTAN la “pierre angulaire” de la politique européenne de défense et de sécurité commune, est directement contraire à toute notion de “souveraineté européenne”. Cette idée apparait comme un leurre si l’on se rappelle que au sein de l’OTAN le Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) est toujours un général américain.

Il faut avoir la lucidité de reconnaitre la divergence d’intérêt qui s’approfondit entre la France et l’Allemagne sur la question de l’OTAN .Le concept géopolitique porté par le trio Von Der Leyen/Merkel/Kramp-Karrenbauer consiste en un élargissement massif de l’UE et de l’OTAN à l’Est de l’Europe sous le parapluie américain.Une forme nouvelle de la pulsion historique du “Drang nach Osten”, qui va conduire de façon certaine dans quelques années, si la Macédoine,la Bosnie-Herzégovine, le Kossovo, l’Ukraine et la Géorgie devenaient membres de l’OTAN, à la confrontation avec la Russie, souhaitée par le “deep state” à Washington et donc par la technostructure de l’OTAN. Cet expansionnisme à l’Est de l’Union européenne se fait sous le parapluie nucléaire américain, avec lequel les allemands sont familiarisés du fait de la présence sur leur sol d’armes nucléaires tactiques américaines (bombes nucléaires B61) destinées à être en cas de guerre larguées par des avions de la Luftwaffe sous l’égide de l’OTAN. Par ailleurs la CDU vient de se fixer l’objectif d’atteindre à terme les 2% du PIB de dépenses militaires ,soit un énorme budget de 80 MDS d’euros par an, qui conduirait à une remilitarisation de l’Allemagne contraire aux aspirations actuellement pacifiques de sa population.

La France n’a aucun intérêt à endosser ce concept géopolitique allemand. Elle a sa force de frappe nucléaire indépendante. Elle se méfie de l’élargissement de l’UE et de l’OTAN à marche forcée à l’Est.Elle souhaiterait une défense européenne indépendante des Etats-Unis, qui ont actuellement le contrôle total de l’OTAN.

Il n’y a pas donc pas aujourd’hui de “couple franco-allemand” sur les questions de défense et de sécurité. Il y a deux Nations dont les intérêts divergent. L’Allemagne accepte son alignement strict sur les Etats-Unis dans l’OTAN pour soutenir son expansion à l’Est , tandis que la France, elle, n’a pas renoncé à être une puissance d’équilibre, son intérêt étant de revenir à la position gaulliste de non alignement, seule conforme à la vocation universelle du pays de la déclaration des droits de l’Homme.

3/ Le troisième problème majeur posé à la France par l’OTAN, c’est que cette dernière est une Alliance nucléaire. Une Alliance nucléaire floue et dangereuse.

L’OTAN se veut une alliance nucléaire, dont la sécurité collective est garantie d’une part par des forces nucléaires stratégiques, c’est à dire les armes de grande puissance délivrées par des vecteurs à moyenne ou longue portée, et d’autre part par des armes nucléaires tactiques, c’est à dire les armes à plus courte portée destinées à un usage sur le champ de bataille.

-Du côté des armes nucléaires stratégiques, le communiqué du dernier sommet de l’OTAN à Bruxelles le 12 juillet 2018 indique : “Les forces stratégiques de l’Alliance, et en particulier celles des États-Unis, sont la garantie suprême de la sécurité des Alliés. Les forces nucléaires stratégiques indépendantes du Royaume-Uni et de la France ont un rôle de dissuasion propre et contribuent de manière significative à la sécurité globale de l’Alliance.” ( Fin de citation: les mots “de manière significative” ont été rajoutés en 2018 par rapport au langage du sommet précédent).

Ce communiqué semble indiquer que les forces nucléaires stratégiques française et britannique contribuent à la garantie suprême de la sécurité collective des 29 alliés, ce qui semble en contradiction avec le fait que, lorsque la France a décidé en 2008 de rejoindre le commandement intégré de l’OTAN, elle l’a fait à l’exclusion du Comité des plans nucléaires dont la France, pour démontrer l’indépendance de sa force de frappe, n’a pas souhaité faire partie. Il y a là une ambiguïté que l’association “Initiatives pour le désarmement nucléaire” avait soulevée dés le lendemain de ce sommet en 2018, sans recevoir de réponse publique. Cette ambiguïté mériterait d’être levée. Pour cela, la France devrait, au sommet de décembre 2019 à Londres, rappeler de la façon la plus nette qu’elle ne fait pas partie de l’Alliance nucléaire de l’OTAN puisqu’elle ne participe pas au Comité des plans nucléaires. Une telle clarification est indispensable pour éviter à notre pays d’ être un jour la victime collatérale d’éventuelles aventures nucléaires des néo- conservateurs américains, qui ont de facto le contrôle de cette alliance nucléaire qu’est l’OTAN.

-Du côté des armes nucléaires tactiques, armes à plus courte portée et à plus faible puissance, des armes nucléaires tactiques américaines sont actuellement déployées à l’avant en Europe dans des bases situées dans 5 pays sous l’égide de l’OTAN: Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas, Turquie. Il s’agit de bombes nucléaires B 61 qui seraient lâchées en cas de guerre depuis des avions appartenant à ces 5 pays. Ces armes inutiles, dangereuses pour la sécurité des Européens et présentant des risques en termes de prolifération, auraient dû depuis longtemps être retirées du sol européen, comme de nombreux experts français le recommandaient.

-S’agissant des armes nucléaires de portée intermédiaire, la dénonciation annoncée le 1er février 2019 par le Président Trump, puis par le Président russe, du traité INF de 1987 a de façon irresponsable levé l’interdiction de déployer en Europe des armes nucléaires de portée intermédiaire lancées du solCertes au sein de l’OTAN on peut espérer que des pays comme l’Allemagne, se souvenant de la crise des Euromissiles des années 80, refuseront le déploiement de nouveaux missiles nucléaires américains avec base à terre sur leur sol. En revanche les pays les plus belliqueux et russophobes de l’Alliance tels que la Pologne la Roumanie ou les trois États baltes pourraient favoriser un tel déploiement, créant de graves risques nucléaires aux frontières orientales de l’Union européenne.

L’OTAN a joué un rôle néfaste dans cette affaire en publiant le 1er février 2019 une déclaration du Conseil de l’Atlantique Nord (regroupant les Ministres des Affaires Étrangères de l’Alliance) soutenant unanimement la dénonciation du Traité INF par les Etats-Unis. Alors que le Président Macron avait initialement exprimé ses fortes réserves sur cette dénonciation , la technostructure de l’OTAN n’a pas sérieusement tenté de préserver ce traité très important et elle n’a fait que relayer la position des Etats-Unis. Contrairement à l’affirmation de M.Stoltenberg dans une récente interview au Figaro selon laquelle l’OTAN “protège près d’un milliard de personnes”, la réalité est que l ‘OTAN les expose plus qu’elle ne les protège, notamment en soutenant aveuglément la relance par les États-Unis de la course aux armements.

Pour toutes ces raisons, il serait sage pour notre pays de s’éloigner de cette alliance nucléaire dangereuse, dont le leadership américain actuel accroit encore la dangerosité compte tenu de sa nouvelle doctrine d’ emploi des armes nucléaires (Nuclear posture review), publiée en 2018, qui n’exclut plus, pour défendre les intérêts vitaux des États-Unis, l’utilisation d’armes nucléaires en réponse à des attaques non nucléaires.

4/ Le quatrième problème majeur posé à la France par la posture actuelle de l’OTAN concerne la question de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et la question de la Crimée .

Le Président Macron ne ménage pas ses efforts depuis quelques mois pour essayer de réduire les risques de confrontation russo-ukrainienne. La réunion qu’il a convoquée à Paris le 9 décembre en format Normandie 4 sur le Donbass en est l’illustration. Mais il a affaire à un ensemble de forces qui agissent dans le sens contraire et exacerbent les tensions.

Le détonateur d’une confrontation en Europe pourrait être à l’avenir le lancement du processus d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Le Secrétaire général de l’OTAN, adepte de la politique dite de “la porte ouverte de l’OTAN à l’Ukraine”, a reçu en Novembre 2018 le Président du Parlement ukrainien, le nationaliste A. Parubyi. Ce dernier, après cette visite , a réussi à faire inscrire dans la Constitution ukrainienne en janvier 2019 le principe de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Jens Stoltenberg a par ailleurs lancé en avril 2019 de grandes manœuvres navales de l’OTAN en Mer Noire, manœuvres conjointes avec l’Ukraine et la Géorgie, signalant ainsi que l’Ukraine et la Géorgie sont dans l’antichambre de l’OTAN. Alors que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN progresse sans bruit, il est temps pour la France de s’opposer à ce processus, comme Emmanuel Macron s’y était engagé devant les Français avant son élection dans sa plateforme présidentielle de 2017. Il serait en effet peu judicieux pour la France de laisser prospérer ce dossier d’adhésion car une fois l’Ukraine dans l’OTAN, la France constaterait qu’elle est engagée par l‘article 5 du traité de l’OTAN à soutenir militairement l’Ukraine en cas de conflit russo-ukrainien.

Les pays du G7 ont , à la suite de l’ incident du Détroit de Kerch, durci leur position sur la Crimée. Le 30 novembre 2018, les Ministres des Affaires étrangères du G7, ont déclaré: “Nous ne reconnaissons pas, et nous ne reconnaitrons jamais, l‘annexion de la Crimée”. En donnant un caractère éternel à leur position par l’introduction du mot “jamais”, les pays du G7 se prononçaient pour la rétrocession par la Russie de la Crimée à l’Ukraine. Le 31 octobre 2019, le Secrétariat général de l’OTAN a saisi l’occasion de la commission Ukraine-OTAN pour évoquer dans le communiqué de cette réunion “le retour de la Crimée sous contrôle ukrainien”, en paraissant ignorer que ce dossier fait partie de ceux qui peuvent conduire à la troisième guerre mondiale.

L’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN élèverait le risque du scénario catastrophe d’une guerre pour la Crimée entre l’OTAN et l’Ukraine d’une part, la Russie d’autre part, avec implication de la France dans une guerre qui n’est pas la sienne.La sortie de l’OTAN est le seul moyen d’éviter à notre pays d’être entrainé dans les enchainements belliqueux d’une alliance contrôlée de Washington, sur laquelle il n’a que peu de prise.

Au sommet de l’OTAN du 4 décembre 2019, la France va devoir continuer à faire entendre la voix de la raison sur la question de l’OTAN, comme elle a commencé à le faire le 7 novembre , sans craindre les critiques superficielles sur le “risque d’isolement” ou de “crisper nos alliés”. Seule la France est en position d’arrêter la marche actuelle des somnambules de l’OTAN vers la confrontation à l’Est de l’Europe.

Source : Le Blog Mediapart, Hannoun Hervé, 29-11-2019

https://www.les-crises.fr/la-france-au-sommet-de-l-otan-du-4-decembre-2019-resistance-ou-resignation-par-hannoun-herve/

Que gagnent les journalistes ? Entre précarisation et salaires faramineux

MÉDIAS7.décembre.2019 // Les Crises

Que gagnent les journalistes ? Entre précarisation et salaires faramineux

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Source : ACRIMED, Frédéric Lemaire, 26-11-2019

Lors des mobilisations des gilets jaunes, les journalistes n’ont pas manqué de s’interroger sur la « défiance » exprimée par les manifestants à l’égard des médias. Pour certains, leur profession serait victime d’un mythe, selon lequel les journalistes seraient membres d’une élite parisienne, fortunée, proche du pouvoir. En particulier, la question du salaire des journalistes a pris une dimension importante : dans quelle mesure son montant révèle-t-il une éventuelle déconnexion à l’égard du reste de la population ? Dans cet article, nous proposons un ensemble de chiffres qui livrent, en réalité, une situation très contrastée. Il n’en reste pas moins qu’au sein de la profession, les éditocrates et autres présentateurs stars – qui font l’agenda médiatique – affichent des rémunérations très supérieures à celles de la grande majorité de la population française – et en particulier des autres journalistes.

En décembre 2018, dans une émission d’Arrêt sur images, l’historienne Ludivine Bantigny expliquait la déconnexion des présentateurs stars des chaînes d’information vis-à-vis du mouvement des gilets jaunes par leurs salaires très élevés. « J’ai vérifié les salaires des journalistes, ce sont des gens qui sont payés entre 15 000 et pour certains 50 000, 60 000 euros mensuels » avançait-elle, à la suite de la diffusion d’un extrait d’une émission de Bruce Toussaint.

Souvent prise au pied de la lettre – comme si l’historienne évoquait le cas de l’ensemble des journalistes – la citation a suscité de nombreuses réactions dans les médias [1]. Selon L’Express, les salaires faramineux des journalistes seraient « un mythe » ; un « fantasme » selon Challenges ; Le Parisien y va également de son article de « fact-checking ».

Autant de mises en perspective qui ont au moins l’intérêt de rappeler la grande hétérogénéité des situations parmi les journalistes. Ainsi, comme le rappelle l’article de L’Express, les titulaires d’une carte de presse ne disposent pas tous de revenus comparables à ceux de Natacha Polony, qui touchait 27 400 euros mensuels (l’article ne précise pas s’il s’agit du montant net ou brut) pour sa revue de presse sur Europe 1 jusqu’en 2017, ou de Maïtena Biraben (55 944 euros brut par mois comme présentatrice du « Grand journal », avant son licenciement en 2016).

Selon les chiffres de l’Observatoire des métiers de la presse, le salaire médian des journalistes en CDI est, en 2017, de 3 591 euros brut par mois (plus de 2 700€ net), celui des pigistes et des CDD de 2 000 euros environ (soit plus de 1 500€ net). À cela s’ajoute un abattement fiscal de 7 650 euros sur leurs revenus imposables. Pour rappel, selon l’INSEE le salaire médian mensuel net s’élevait à 1 789€ en 2016 en France dans le secteur privé (soit un peu plus de 2 300€ brut).

Challenges reprend quant à lui les chiffres de 2011, avancés par Éric Marquis (membre de la Commission de la carte de 1994 à 2018), pour étudier la répartition des salaires des détenteurs de la carte de presse embauchés en CDI. Nous les avons représentés sous forme de graphique :

Enfin Le Parisien apporte également d’autres éléments, en évoquant la grille de salaires établie par le Syndicat national des journalistes (SNJ). En 2017, dans la presse quotidienne nationale, les salaires varient entre 2 162 euros brut à la sortie d’une école de journaliste (près de 1 600€ net) à 5 430 pour un rédacteur en chef (près de 4 200€ net). Pour la presse quotidienne régionale, les salaires sont légèrement inférieurs, de 1 833 à 5 138 euros brut.

Dans Challenges, le sociologue Jean-Marie Charon, note « un phénomène de précarisation de la profession, mais qui n’est pas très nouveau », avec notamment le nombre croissant de pigistes dans les statistiques de la commission de la carte. Pigistes qui sont confrontés à des difficultés croissantes (comme le rappelait Arrêt sur images) et rémunérés à des tarifs bas et qui n’ont pas été revalorisés depuis parfois quinze ou vingt ans (comme le souligne le dernier rapport de la Scam). Et qui sont fortement pénalisés par la réforme de l’assurance-chômage en application depuis novembre 2019.

Le rapport de la Scam revient par ailleurs de manière détaillée sur le « grand écart » des rémunérations parmi les journalistes. Une enquête réalisée auprès de 4 000 journalistes pointe notamment les inégalités importantes entre permanents et pigistes, mais également parmi les permanents (avec des salaires nets mensuels allant de 1 150 à 10 000 euros). Les inégalités se distribuent selon les types de médias (télévision, presse écrite, radio ou web), l’âge (les plus jeunes étant embauchés à des salaires moindres), mais également le genre (les femmes étant moins bien payées, moins souvent embauchées en CDI ou à des postes d’encadrement).

Des « journalistes stars » aux salaires faramineux

Ces considérations importantes sur les fortes inégalités qui traversent le milieu – et la précarisation qui touche la profession – ne remettent nullement en question le fond du problème posé par Ludivine Bantigny. Car si la plupart des journalistes sont loin de rouler sur l’or, ce sont les rédacteurs en chef et autres animateurs ou journalistes stars – aux salaires parfois faramineux – qui sont en position de fixer les orientations éditoriales. Et dont la déconnexion avec la réalité de la plupart des salariés (y compris des « simples journalistes ») pose question. Outre les cas de Maïtena Biraben et de Natacha Polony, les exemples ne manquent pas.

Ainsi Mediapart évoque-t-il, dans une enquête publiée en avril 2019, les contradictions de la politique salariale d’Europe 1 : d’un côté, des réductions budgétaires pour les salariés et pigistes ; et de l’autre, des contrats aux montants mirobolants pour ses animateurs (avec des salaires moyens de 15 513 euros en 2015) et les « têtes d’affiche » telles que Nicolas Canteloup (qui bénéficie d’un contrat prévoyant une enveloppe « d’un montant mensuel forfaitaire et définitif de 150 755 euros HT » [2]) :

Il est vrai qu’Arnaud Lagardère peut se montrer généreux et que sa radio n’a jamais prétendu mettre au régime sec ses intervenants les plus prestigieux. Dans les fiches de salaire que nous avons pu consulter, on trouve d’anciennes gloires du petit écran payées 3 000 euros la chronique, des matinaliers flirtant avec les 30 000 euros de salaire.

Cyril Hanouna aussi a eu la promesse de voir son très confortable salaire augmenter régulièrement. S’il n’avait pas quitté la station après des scores d’audience décevants, sa société H20 aurait dû recevoir 750 000 euros pour la saison 2016-2017, 800 000 euros l’année suivante.

Le Dauphiné libéré a également publié une enquête en avril 2018 sur les salaires des journalistes. Le quotidien régional évoque notamment des ordres de grandeur pour les salaires des présentateurs de TF1 (Gilles Bouleau, Anne-Claire Coudray et Jean-Pierre Pernaut), estimés entre 30 000 et 45 000 euros par mois [3] ; de Ruth Elkrief sur BFM-TV (10 000 euros par mois) ainsi que pour le service public : 15 000 euros net par mois pour Laurent Delahousse (France 2) et 6 000 euros net par mois pour les présentatrices et présentateurs de France 3. Les matinales radio ne sont pas en reste : le prédécesseur de Patrick Cohen au 7-9 d’Europe 1, Thomas Sotto, touchait un salaire de 37 938 euros net par mois selon le Canard enchaîné. Des ordres de grandeur qui demeurent inférieurs au salaire de Claire Chazal, présentatrice de TF1 sur le départ, révélé par Challenges en 2015 : près de 120 000 euros brut par mois.

Une enquête de BFM-Business évoquait déjà les salaires des journalistes en CDI au sein des groupes audiovisuels français pour l’année 2014 :

À noter que ces moyennes de salaires sont des indicateurs qui peuvent être trompeurs, car très sensibles aux importantes inégalités de salaires. En l’occurrence, les salaires considérables des « journalistes stars », dont les ordres de grandeurs ont été évoqués précédemment, contribuent à tirer vers le haut ces moyennes.

Il n’empêche que le niveau de ces moyennes place les journalistes permanents dans les groupes d’audiovisuel parmi les salariés les mieux lotis de la population française. Selon les données 2016 de l’Observatoire des inégalités, la moyenne de ces salaires correspond aux 10% des salariés les mieux payés en France. Le pourcentage des salariés français touchant un salaire mensuel net au moins aussi élevé que les moyennes indiquées varie de 9% (pour ce qui est du montant le plus « faible », celui de NextRadioTV) à 6% (pour ce qui est de TF1).

Pour compléter ces informations, nous proposons, sur la base d’éléments fournis par différentes sources, plusieurs fourchettes de salaires pour l’année 2016 qui recoupent les informations déjà rendues publiques :

Ainsi, au sein même du groupe privilégié des présentateurs ou animateurs « en vue » sur les chaînes de TV et radio, les différences de salaires restent importantes. Et si François Gapihan (BFM-TV) peut se prévaloir publiquement d’un salaire très confortable mais pas extravagant (3 600€ net par mois), il est loin des montants touchés par les « stars » de sa propre chaîne, des présentateurs des JT de France 2 et TF1 ou des animateurs matinaliers des stations de radio privées. Ces derniers s’inscrivent tous largement, selon les chiffres de l’Observatoire des inégalités, dans les 1% des salariés les mieux rémunérés.

Un autre cas de figure intéressant à étudier est celui des éditocrates multicartes qui multiplient les sources de revenus en se déployant sur différents médias : presse, radio, télévision. Les cas sont nombreux, si l’on se réfère encore une fois à l’année 2016 : ainsi Christophe Barbier était directeur de rédaction de L’Express (jusqu’en octobre 2016) et chroniqueur pour BFM-TV, il était rémunéré par le groupe Altice Média (devenu SFR Presse en juillet 2016) ; Franz-Olivier Giesbert était rémunéré par Le Pointet RTL (« Les grosses têtes ») ; Hervé Gattegno par le JDD, RMC et BFM-TV où il donnait son « parti-pris » ; Nicolas Domenach était chroniqueur à Challenges, « La nouvelle édition » (Canal +) et débattait avec Éric Zemmour tous les matins sur RTL à partir du mois d’août ; Thomas Legrand intervenait comme éditorialiste politique dans la matinale de France Inter et chroniqueur dans « 28 minutes » ; Dominique Seux était également éditorialiste dans la matinale de la radio publique, et directeur des Échos ; Nicolas Beytout était rémunéré par L’Opinion dont il est le fondateur et par France Inter, où il donnait son éditorial le samedi matin ; Jean-Michel Aphatie cumulait les revenus de ses activités sur Europe 1, sur France Info et dans « C l’hebdo » (France 5). Enfin Yves Calviintervenait sur RTL (animateur de la matinale), sur LCI et dans « C dans l’air » (France 5). Là encore, au sein même de cet échantillon du petit groupe privilégié des éditocrates multicartes, les écarts de revenus cumulés sont importants puisqu’ils varient de 100 000 euros brut annuel à près d’un million d’euros [4]. Tous figurent (au moins) dans les 2% des salariés français les mieux rémunérés.

***

Que gagnent les journalistes ? Le rapide panorama que nous avons tenté de dresser fait état d’une situation très inégale parmi les journalistes. Non, tous les journalistes ne roulent pas sur l’or – et certains s’emploient à faire un travail exigeant dans des conditions de précarité accrue, en particulier parmi les pigistes de plus en plus nombreux. Les journalistes en CDI bénéficient en majorité de bons salaires (avec un salaire médian de 2 700€ net par mois en 2017). Enfin, une minorité de journalistes, présentateurs stars ou éditocrates multicartes – souvent dans des positions décisionnaires dans les rédactions – bénéficient quant à eux de salaires considérables. Et Ludivine Bantigny n’a sans doute pas tort de pointer que cela les place, à tout le moins s’agissant des conditions matérielles d’existence, bien plus près du grand patronat que des gilets jaunes…

Frédéric Lemaire

Annexe : les animateurs-producteurs de la télévision

Les animateurs-producteurs de la télévision ne sont généralement pas journalistes. Mais leur cas n’en reste pas moins intéressant, c’est pourquoi nous le traitons en annexe. Dans un article publié en avril 2018, Le Dauphiné libéré s’intéresse aux salaires des animateurs de télévision. Cette enquête fait suite à la publication d’une interview de Thierry Ardisson dans le JDD où il affirmait gagner entre 15 000 et 20 000 euros par mois. Elle reprend en grande partie les éléments d’un dossier publié par le magazine Capital en mars 2017 concernant les « animateurs-producteurs ».

L’article du Dauphiné évoque notamment le cas de Cyril Hanouna, dont la société (H20) affichait un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros pour la saison 2016-2017, sur la base d’un contrat de 250 millions d’euros sur cinq ans signé avec Vincent Bolloré et le groupe Canal+.

Le cas de Nagui est également cité :

France Télévisions commanderait pour 30 à 32 millions d’euros d’émissions à la société qu’il a créée, Air Productions (« Tout le monde veut prendre sa place », « Taratata », « N’oubliez pas les paroles »…). Pour les présenter, il toucherait un total de cachets estimé entre 750 000 et un million d’euros. Il percevrait par ailleurs entre 120 000 et 150 000 euros de salaire annuel pour animer quotidiennement « La Bande originale » sur France Inter. Mais c’est en tant qu’actionnaire que l’animateur gagnerait énormément d’argent : ses parts (5,3%) dans la société Banijay, qui lui a racheté Air Productions en octobre 2008 mais où il reste décisionnaire, pèseraient 20 millions d’euros aujourd’hui.

Ainsi que les cas de Yann Barthès, Arthur et Michel Drucker :

Le troisième animateur-producteur qui transforme ce qu’il touche en or ? Le Savoyard Yann Barthès, co-actionnaire majoritaire de Bangumi (« Quotidien » sur TMC, « Stupéfiant » sur France 2), qui aurait engrangé 27 millions d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice 2016-2017. Arthur arriverait quatrième avec 14 millions d’euros de chiffre d’affaires pour sa société « Satisfaction » (« Vendredi tout est permis »), devant Michel Drucker et ses 9 millions d’euros avec « Production DMD » (« Vivement dimanche »).

Notes

[1] À propos de ce quiproquo, voir la chronique de Daniel Schneidermann.

[2] Selon les propos de l’agent de l’animateur, rapportés par Mediapart, cette enveloppe « permet de rémunérer deux ou trois coauteurs des sketchs », mais l’agent « n’apporte aucun élément, nom ou montant qui permettrait de vérifier ou de préciser ses dires. »

[3] Sauf indication contraire, le montant indiqué dans la suite est le salaire net.

[4] Contactés par nos soins pour commenter ces informations, la plupart des intéressés n’ont pas répondu. Thomas Legrand nous a cependant indiqué que ses revenus cumulés étaient bien inférieurs à 120 000 euros brut annuel. Christophe Barbier nous indique que « seul l’employeur est habilité à communiquer, s’il le souhaite, sur sa politique salariale. En l’occurrence, mon unique employeur est L’Express ».

Source : ACRIMED, Frédéric Lemaire, 26-11-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/que-gagnent-les-journalistes-entre-precarisation-et-salaires-faramineux/

Les prévisions de la RATP et de la SNCF jusqu'à lundi

Les prévisions de la RATP et de la SNCF jusqu’à lundi

Par AFP le 06.12.2019 à 18h38

La RATP et la SNCF prévoient des trafics perturbés en raison de la grève contre la réforme des retraites.

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Au lendemain d’une première journée de mobilisation massive, les syndicats opposés au projet de réforme du système des retraites ont appelé vendredi à de nouvelles grèves le 10 décembre.ERIC GAILLARD

La RATP prévoit un trafic « extrêmement perturbé » pour samedi et dimanche, puis « très perturbé » lundi, avec une offre « similaire » à celle de vendredi sur le métro et le RER, du fait du mouvement contre la réforme des retraites. Le trafic ferroviaire restera quant à lui « très perturbé » samedi et dimanche, a annoncé vendredi la direction de la SNCF, avec 5 TGV sur 6 et de nombreux TER annulés, ainsi que 85% des Transilien supprimés.

Par ailleurs, « lundi 9 décembre le trafic restera fortement perturbé », indique la SNCF en recommandant « aux voyageurs qui le peuvent d’annuler ou de reporter leurs déplacements ».

Dans le détail, seul un TGV sur six en moyenne roulera ce week-end. La SNCF prévoit pour samedi un train sur six pour les axes Est, Nord, Sud-Est et pour les Ouigo, un train sur cinq pour l’axe Atlantique et deux allers-retours province-province. Dimanche, il n’y aura qu’un train sur dix sur l’axe Est, un sur six sur les axes Atlantique et Sud-Est, pour les Ouigo et les liaisons intersecteurs, et un train sur cinq pour l’axe Nord.

Peu d’amélioration sur le trafic international

Sur les lignes TER, seule une circulation sur dix en moyenne samedi -contre trois sur dix vendredi- et deux sur dix en moyenne dimanche seront assurées, essentiellement par bus, avec des différences selon les régions. En Occitanie, il n’y aura quasiment aucune circulation au cours du week-end.Ouverture dans 0Sponsorisé par JeepJEEP RENEGADE QUIKSILVER EDITIONDÉCOUVREZ-LA >

En région parisienne, la SNCF fera circuler 15% des Transilien (RER SNCF et trains de banlieue) en moyenne, comme vendredi. Ainsi, le RER A comptera samedi et dimanche trois trains par heure entre 12H00 et 18H00 sur la branche allant à Cergy, et le RER B (portion nord) proposera un train sur trois mais cessera de fonctionner après 22H00.PUBLICITÉinRead invented by Teads

Le trafic international connaîtra peu d’amélioration, avec un Eurostar sur deux en circulation samedi (trois sur cinq dimanche), deux Thalys sur trois tout le week-end, et des liaisons au compte-gouttes voire absentes entre Paris et la Suisse (Lyria), l’Italie (SVI), l’Espagne (Ellipros) et l’Allemagne (Alleo).

Vendredi matin, le taux de grévistes mesuré par la SNCF était de 31,8% en moyenne, en recul par rapport à jeudi (55,6%), avec toutefois une mobilisation plus prononcée des conducteurs (87,2%) et contrôleurs (80%) contre la réforme des retraites, a annoncé la direction du groupe ferroviaire.

Les trois premiers syndicats représentatifs de la SNCF, CGT, Unsa et SUD, ont lancé un appel unitaire à une grève illimitée, reconductible par période de 24 heures, contre la réforme des retraites et pour le maintien du régime spécial des cheminots. Ils doivent se retrouver samedi à 10H00 au siège de la CGT à Montreuil.

https://www.challenges.fr/entreprise/transports/les-previsions-de-la-ratp-et-de-la-sncf-jusqu-a-lundi_688407#xtor=CS4-92[Les+pr%C3%A9visions+de+la+RATP+et+de+la+SNCF+jusqu%27%C3%A0+lundi]-688407

RATP SNCF

Revue de presse nationale et internationale.

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