Le Pentagone s’implique dans la guerre… économique!

Le Désordre mondial avec Rachel Marsden

Le Pentagone s’implique dans la guerre… économique!

LE DÉSORDRE MONDIAL

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Washington a décidé de mieux protéger le secteur de la Défense des entreprises étrangères, notamment chinoises. Le Pentagone va créer un «fonds de confiance» comprenant des listes de fournisseurs validés par le gouvernement américain. Éric Denécé, directeur du CF2R, analyse pour le Désordre mondial les enjeux de cette décision.

Les États-Unis ne cachent pas qu’ils considèrent la Chine comme un ennemi dans le paysage mondial multipolaire actuel, mais il semble maintenant que le Pentagone s’implique dans la guerre économique entre les deux pays.

La sous-secrétaire américaine à la Défense pour les acquisitions, Ellen Lord, a annoncé que le Pentagone créerait un «fonds de confiance», permettant aux entreprises américaines dans le domaine de la Défense d’accéder à des sources d’approvisionnement approuvées par le gouvernement américain. En règle générale, il appartient normalement aux entreprises d’exercer une diligence raisonnable vis-à-vis des investisseurs et des capitaux potentiels.

Lord a expliqué la raison d’être de l’initiative: «La Chine tente de plus en plus de faire progresser la R et D, l’exploiter et la manipuler des outils économiques, comme la technologie critique pour notre sécurité nationale». Le Pentagone crée donc un écosystème qui bloque les investisseurs étrangers et supprime les failles potentiellement subversives.Qu’est-ce qui a motivé cette nouvelle mesure? Servira-t-elle à mieux protéger les États-Unis? La France et l’Europe devraient-elles en faire de même? Éric Denécé se penche sur ce nouvel épisode de la guerre économique entre la Chine et les États-Unis. Il est directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) et auteur du nouveau livre «Le Renseignement au service de la démocratie», aux éditions Fauves

https://fr.sputniknews.com/radio_desordre_mondial/201906071041379835-le-pentagone-simplique-dans-la-guerre-economique/

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La mode Modi continue en Inde

La mode Modi continue en Inde

Lors des élections législatives d’avril et mai 2019 en Inde, le Bharatiya Janata Party (BJP, Parti nationaliste hindou) a remporté 301 des 542 sièges de la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement indien. Le parti de Narendra Modi remporte ainsi une victoire écrasante, avec 20 sièges de plus qu’en 2014.

Les élections en Inde, remportées par le BJP et Narendra Modi
Narendra Modi, vainqueur une nouvelle fois des élections en Inde

Une victoire écrasante du BJP et de son dirigeant Narendra Modi

Alors que le parti historique du Congrès, mené par Rahul Gandhi, ne remporte que 52 sièges, Narendra Modi réalise l’exploit, inédit depuis l’indépendance, de porter la droite indienne sur le chemin d’un deuxième mandat consécutif.

Le BJP présentait pourtant un bilan quinquennal en demi-teinte. Malgré des promesses de développement économique mirobolant, le chômage est à son acmé (6,1%) et la croissance en ralentissement (7%). Par ailleurs, les revendications du peuple indien se font nombreuses. C’est le cas par exemple de la grogne agricole en réponse à l’augmentation du prix de l’engrais.

Les raisons d’une telle réussite du BJP

Tout d’abord, Modi a su tirer avantage du quadrillage de fond du territoire indien effectué depuis quelques années pour convaincre une partie de l’électorat. En effet, le parti s’est efforcé de s’actualiser et de s’adapter aux réalités locales dans chaque circonscription. Des réformes microéconomiques ont été menées, telle que la mise en place d’une connexion électrique. De plus, sa parfaite maîtrise des réseaux sociaux et le budget faramineux (supérieur à celui d’Obama) dont le parti a bénéficié lors de la campagne ont joué en sa faveur. C’est surtout la stratégie de son parti qui lui a permis un tel score. Grâce à la faiblesse de l’opposition, et une liberté relativement réduite des instituts de statistiques, Modi n’a pas subi les conséquences de son bilan économique très moyen, dû notamment à ses réformes de réformes de démonétisation, au cœur de son programme en 2014.

Ces échecs macroéconomiques ont été passés sous silence, les questions stratégiques et nationalistes occupant la scène. Modi a ainsi axé sa campagne sur la sécurité nationale, dans un contexte de crise grave au Cachemire. Il a également insisté sur les questions d’hindouité, se posant alors comme le protecteur de la nation. En conséquence, le dirigeant politique a acquis une véritable aura de leader, séduisant l’électorat qui vote par conviction, ou par confiance en ce chef charismatique.

Enfin, une telle réussite s’explique également par l’échec de l’opposition, et notamment du Parti du Congrès. La présidentialisation de la vie politique n’a pas joué en sa faveur. Rahul Gandhi ne semble en effet pas correspondre au rôle qui lui est demandé et ne séduit pas les foules. Cette absence de leader convaincant et son image de parti « dynastique » ont donc poussé l’électorat à se tourner vers un choix de stabilité.

L’Inde entre démocratie illibérale et source d’opportunités

Une telle victoire est-elle signe de stabilité ou de coup d’Etat démocratique ? C’est la question que se pose le sociologue Arjun Appadurai, qui évoque une érosion démocratique au sein du pays. Les chiffres flous au sujet du bilan économique, la démission de certains statisticiens comme acte de désolidarisation, les droits plus ou moins respectés de la minorité musulmane ; tous ces éléments semblent selon lui discréditer l’Inde en tant que « plus grande démocratie du monde ».

Mais a contrario, cette victoire pourrait être vue comme une volonté de stabilité de la part de la population, refusant les coalitions « branlantes ».

Les nombreux défis de Narendra Modi 

Après cette victoire écrasante, Modi devra donc tenir ses promesses d’il y a cinq ans, récemment renouvelées. Les réformes économiques sont urgentes. La mise en place d’une TVA unifiée lors du dernier mandat est un premier pas. De nombreux changements sont cependant attendus pour faciliter les achats de terres et réformer les lois sociales, coûteuses mais inefficaces.

Ce n’est pas tout : le secteur financier, source trop souvent de connivence entre politique et économie, doit être restructuré. Les réformes en matière environnementale doivent devenir une priorité. À titre d’exemple, selon les prévisions, en 2030, la demande indienne en eau dépassera le double des stocks disponibles. Enfin, dans le domaine géopolitique, après des relations délicates avec ses voisins lors de son premier mandat, Modi doit, entre autres, faire face à la friction de ses relations avec les Etats-Unis au regard de ses liens étroits avec l’Iran (exportation de pétrole) et la crise au Cachemire.

Enfin, un défi majeur pour Modi et son parti est son ancrage dans la vie politique régionale. En effet, le BJP a du mal à gagner les élections régionales, ce qui l’oblige à constituer des coalitions avec de plus petits partis. Cela remet ainsi en question sa capacité à accomplir certaines réformes.

Les dés sont désormais jetés et les jeux lancés. Le gouvernement est dans l’élaboration d’un plan de 100 jours. Il devra être à la hauteur de la confiance des Indiens exprimée lors de ces élections envers leur leader.

Sources

http://www.rfi.fr/hebdo/20161216-inde-le-pari-risque-demonetisation-hebdo-modi-billet-economie-recession

LOLA NAYAR, “En pleine période électorale, Inde affronte un chômage record”, Courrier International, 12/04/2019, https://www.courrierinternational.com/article/legislatives-en-pleine-periode-electorale-inde-affronte-un-chomage-record

“Narendra Modi, diriger pour mieux régner”, Courrier International, 10/05/2019, https://www.courrierinternational.com/une/inde-narendra-modi-diviser-pour-mieux-regner

GUILLAUME DELACROIX, “En Inde, le succès triomphal de Narendra Modi”, Courrier International, 23/05/2019, https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/elections-legislatives-en-inde-le-succes-triomphal-de-narendra-modi

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20190410-inde-2019-legislatives-indiennes-bjp-narendra-modi-congres-rahul-gandhi

About Manon REGNOUF

Etudiante à HEC Paris, après deux années de classe prépa ECS à Stanislas.

Jordan Bardella devient deuxième vice-président du Rassemblement National

Rassemblement National

Jordan Bardella devient deuxième vice-président du Rassemblement National

Jordan Bardella, 23 ans, qui a conduit la liste du Rassemblement national aux élections européennes, dont il est sorti vainqueur, a été promu dimanche 2e vice-président de son parti, a annoncé un dirigeant du RN.

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La liste du RN est arrivée en tête du scrutin européen du 26 mai avec 23,34% des voix, devant la liste du parti majoritaire La République en marche (22,42%).

STEPHANE MAHE

Jordan Bardella a été élu à ce poste ainsi qu’au bureau exécutif (direction du parti) par le conseil national (parlement, 120 membres) du RN réuni ce week-end à La Rochelle, a indiqué le maire de Fréjus (Var) et membre du bureau exécutif, David Rachline, en marge de cette réunion.

« Le mouvement souhaite que (Jordan Bardella) s’investisse et prenne des responsabilités (…) au regard de l’immense talent qui est le sien, et on l’a vu pendant la campagne européenne, au regard de son énergie, de son enthousiasme et de sa jeunesse », a fait valoir le maire de la plus grande ville tenue par le RN, qui compte 53.000 habitants. Le vice-président du RN Steeve Briois, maire d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), devient 1er vice-président du parti. La réunion du CN a pour objet de lancer la campagne du RN en vue des élections municipales de mars 2020, où le parti compte renforcer son implantation dans le but de remporter des départements et des régions l’année suivante.

La liste du RN est arrivée en tête du scrutin européen du 26 mai avec 23,34% des voix, devant la liste du parti majoritaire La République en marche (22,42%). Le RN a engrangé près de 560.000 voix de plus qu’en 2014, où il avait récolté 24,86% des voix.

(Avec AFP)

https://www.challenges.fr/politique/rassemblement-national/jordan-bardella-devient-deuxieme-vice-president-du-rassemblement-national_658500

Sarkozy est-il vraiment le messie que la droite attend ?

Sarkozy est-il vraiment le messie que la droite attend ?

Nicolas Sarkozy à Nîmes en 2012 by UMP Photos. (CC BY-NC-ND 2.0) — UMP Photos, CC-BY

Quel serait vraiment l’intérêt de la droite à sortir du congélateur une personnalité comme Sarkozy, comportant un tel potentiel de flou politique et de rejet personnel ?

Par Claude Robert.

Un peu comme dans la pièce de Pirandello1, les électeurs de droite semblent à ce jour désemparés, en attente d’un patriarche si ce n’est d’une voie à suivre. Il est vrai que différents sondages montrent leur éparpillement dans l’espace politique, à l’instar d’une bombe à fragmentation après explosion.

LES PISTES BROUILLÉES PAR MACRON, JUPPÉ ET SARKOZY

Bien sûr, le coup de théâtre de la présidentielle de 2017 a laissé des traces. Mais depuis, ces électeurs devenus orphelins n’ont cessé d’être abusés par le discours politique ambiant. Pas seulement par celui d’un Emmanuel Macron très habile pour brouiller les pistes afin de se faire élire, mais plus incroyable encore, par celui des leaders de la droite elle-même tels qu’Alain Juppé et Nicolas Sarkozy !

Le premier n’a eu de cesse de courtiser l’actuel président après n’avoir soutenu ni François Fillon ni son programme présidentiel d’inspiration libérale, pour ensuite carrément quitter les Républicains.

Quant au second, tout le monde se souvient de ses étonnantes prises de position en faveur de Macron. Parmi les dernières : « Je sais combien il est difficile de satisfaire toutes les attentes nées d’une élection. Je m’abstiendrai donc de le critiquer. Et c’est si facile de détruire. Donnons-lui le temps » (Le Point 12/18). C’était pourtant fin 2018…

Ce délire kaléidoscopique se poursuit de plus belle avec, la semaine dernière, deux déclarations contradictoires qui résument à elles seules l’étendue de la supercherie :

  • Emmanuelle Mignon, ancienne conseillère de Sarkozy, ce 8 juin au Point : « Macron est le meilleur président de droite qu’on ait eu depuis un certain temps » (sic).
  • Gabriel Attal, secrétaire d’État à la jeunesse du gouvernement, deux jours plus tard à BFM : « Non, Emmanuel Macron n’est pas de droite. »

Que cet embrouillamini entretenu de part et d’autre de l’échiquier politique ait fini par déboussoler l’électorat de droite semble assez naturel. Deux sondages Ipsos aux résultats sidérants en témoignent :

  • 50 % des 1505 personnes interrogées (03/18) classaient LREM à droite, contre un tiers au moment de l’élection présidentielle (JDD 05/18).
  • seulement 34 % des électeurs de François Fillon il y a deux ans ont voté pour la liste de François-Xavier Bellamy aux européennes, contre 27 % pour LREM, 18 % pour le RN et 9 % pour l’UDI (05/19).

Mais qu’en est-il vraiment ? À quoi devrait-on distinguer un président de gauche d’un président de droite ? Et d’ailleurs, le clivage gauche/droite a-t-il encore du sens aujourd’hui ?

LE CLIVAGE DROITE/GAUCHE SE SERAIT-IL ÉVAPORÉ ?

Alors que certains commentateurs l’avaient enterré, ce clivage apparaît peut-être plus robuste que jamais. À la différence près qu’il s’exprime aujourd’hui de façon plus codifiée. Il existe en effet deux dimensions importantes de la vie de la cité sur lesquelles, depuis quelques années, les Français s’opposent radicalement : le libéralisme économique d’un côté et le progressisme sociétal de l’autre.

  • Le libéralisme économique : qualifier le peuple de droite de libéral serait mensonger, les Français n’ayant quasiment jamais connu autre chose que l’étatisme, cela tiendrait du miracle. Cependant, l’engouement suscité en 2017 par le programme présidentiel de Fillon suggère clairement la potentialité qu’il puisse le devenir. À l’inverse, la détestation du libéralisme économique à gauche est une certitude. Et les Gracques2, ce courant qui regroupe les socialistes réconciliés avec le marché (libre concurrence, principe de subsidiarité) s’avère toujours aussi confidentiel parmi eux. Ne parlons même pas de l’extrême gauche, qui rêve encore de planisme communiste.
  • Le progressisme sociétal : cette dimension paraît tout aussi discriminante. À gauche, très nombreux sont ceux qui prônent une laïcité active voire l’abandon des signes évocateurs de nos racines judéo-chrétiennes. L’arrivée sans condition des migrants, le refus de stigmatiser l’islamisme, le dédain pour tout ce qui rappelle la défense de la nation, de ses valeurs et de son territoire ainsi que la volonté de donner toujours plus de droits à certaines minorités (homoparentalité, droit de vote des prisonniers) sont des souhaits profondément ancrés à gauche de l’échiquier. À l’inverse, à droite, l’attachement aux valeurs qui ont fait la France d’aujourd’hui est comparativement très développé, même s’il ne s’exprime qu’en réaction aux assauts contraires, ce qui a naturellement a tendance à le faire sous-estimer.

Parce qu’il concerne des fondamentaux sur lesquels chaque camp n’est pas près de transiger, le clivage droite/gauche a de toute évidence de beaux jours devant lui. Mais alors, de quel bord sont nos derniers présidents ?

À QUOI RECONNAÎT-ON UN PRÉSIDENT SOCIALISTE ?

Que les choses soient claires et simplement dites : dans un pays qui truste les premières places mondiales en matière de pression fiscale (57,5 % du PIB), de taille de l’État (plus defonctionnaires que les 83 millions d’Allemands) et de contraintes administratives, tant qu’un président ne s’attaque pas à ces fléaux, il ne peut être objectivement qualifié d’économiquement libéral. Français Hollande s’était certes très superficiellement attaqué au droit du travail mais la dette et les effectifs de l’État ont continué leur progression tandis que le niveau des prélèvements a explosé sous les conseils de son conseiller3 devenu ensuite son ministre de l’Économie, l’actuel président !

Quant à Macron justement, celui-ci n’a réalisé jusqu’à présent que deux réformes d’apparence libérale : celle du droit du travail, et la suppression de l’ISF (hors immobilier). Or, la réforme du droit du travail reste du domaine de la cosmétique puisqu’elle s’est bien gardée de toucher aux inégalités entre le public et le privé, tout en accroissant la complexité des textes de lois sans vraiment améliorer la fluidité du marché du travail4. Quant à la suppression de l’ISF, cette mesure a été plus qu’annihilée par l’augmentation générale de la pression fiscale des contribuables ! Résultat : avec le gouvernement Macron, prélèvements obligatoires et dette de l’État continuent d’augmenter !

Ainsi, au final, rien de ce qui caractériserait un gouvernement libéral en économie n’a été réalisé par l’actuel président. Aucune réforme de fond n’a d’ailleurs été entreprise pour diminuer l’excessive étatisation du pays. Au lieu de s’attaquer à sa désindustrialisation, son recul en matière de compétitivité avec pour conséquence son appauvrissement relatif, Macron s’entête dans les solutions keynésiennes d’aides à l’emploi. Quant au côté sociétal, loin d’œuvrer à une réconciliation nationale, Macron a multiplié les agressions contre la culture française, contre la défense du territoire et contre les signes judéo-chrétiens, au bénéfice des minorités qui ont sa faveur.

Sans aucune hésitation, selon les faits avérés, Macron se comporte en président socialiste. Que la moitié des Français le considère comme étant de droite constitue une profonde et triste méprise. Une méprise probablement basée sur les apparences et les discours, ainsi que l’a suggéré le président lui-même en se targuant d’avoir un « habitus de droite »5.

LA DROITE DANS L’ATTENTE DE SON MESSIE ?

Blessés, manipulés, écartelés, les électeurs de droite ont perdu leurs repères cardinaux. La tentation est immense de croire, tels des orphelins encore sous le choc, qu’il suffit d’attendre le leader salvateur pour panser les plaies et rendre son unité à cet ensemble aujourd’hui dispersé. Encore plus dangereux serait de sortir du congélateur un ex-leader charismatique, à l’instar d’un Sarkozy ou de quelqu’un de sa bande. Bien que confortable à court terme, cette solution signerait la poursuite de l’entreprise de suicide de la droite, et son aboutissement final. Cela pour deux raisons évidentes :

  • En dehors de la première année de son mandat plutôt réformatrice, et de ses résultats bien meilleurs que ceux de Hollande6, Sarkozy a vite repris les travers keynésiens et ruineux de ses ennemis politiques. Son ambiguïté politique n’a d’ailleurs d’égal que sa personnalité controversée.
  • Pour relancer un courant et rassembler derrière sa bannière, deux ingrédients doivent être présents au même moment : non seulement un leader (de préférence neuf) mais également un projet cohérent et solide.

SARKOZY, L’HIBERNATUS DOUBLE FACE

Vraisemblablement, la déclaration d’Emmanuelle Mignon est à prendre au second degré, c’est-à-dire à l’envers. Sans doute a-t-elle voulu signifier que les leaders de droite étaient tellement socialistes que Macron en constituait le plus abouti des prototypes. Pour ne parler que du dernier président dit « de droite », l’ambiguïté politique de Sarkozy a été maintes fois démontrée.

À cette puissante similarité entre Macron et Sarkozy s’ajoute l’aspect clivant de leur personnalité. Sarkozy reste encore détesté d’une bonne partie de la population. Lors des élections de 2012, médias et opposants s’étaient déchaînés contre ses travers. Il en est de même pour l’actuel président7, dont l’exécration atteint des sommets : fin 2018, la moitié des Français souhaitait sa démission, et 55 % d’entre eux appelaient de leurs vœux une dissolution de l’assemblée (sondage Yougov, Capital 12/18).

Après le déferlement de haine des syndicats contre la non-réforme de la SNCF8, c’est au tour des Gilets jaunes de manifester leur colère contre le gouvernement et en particulier contre son président, et ce depuis une trentaine de semaines !  Macron semble donc même dépasser Sarkozy sur ce plan là.

Quel serait vraiment l’intérêt de la droite à sortir du congélateur une personnalité comportant un tel potentiel de flou politique et de rejet personnel ? En dehors d’une fausse réconciliation de façade et potentiellement insuffisante sur le plan électoral, ce qui procurerait un confort de très courte durée donc, avec Sarkozy ou l’un de ses complices, la droite se verrait parachever son travail d’autodestruction dans un grandiose feu d’artifice de pétards mouillés.

Sur le web

  1. Six personnages en quête d’auteur
  2. Le livre Politique économique de droite, politique économique de gauche écrit par des économistes des deux bords dont certains issus des Gracques symbolise parfaitement ce réalisme économique hélas trop peu goûté à gauche… 
  3. Au plus mauvais moment, lorsque la reprise post crise du crédit a démarré. Résultat : un seul pays européen n’en pas profité, la France ! 
  4. Corriger les abus des pénalités infligées par les prud’hommes a été une bonne décision mais ce n’est qu’une goutte d’eau en comparaison des problèmes spécifiques à l’Hexagone… 
  5. Traduire habitus par « une façon d’être ». 
  6. Comparativement au reste de l’Europe, sur deux indicateurs importants, la croissance et le chômage, il n’y a pas photo. Sarkozy a par contre abusé de la dette et des impôts (pour rappel, Hollande a échoué sur tous les plans). 
  7. À la différence des médias qui semblent inféodés à l’actuel gouvernement. 
  8. Se mettre à dos les syndicats d’un tel bastion pour ne rien obtenir en échange à part l’arrêt du recrutement des fonctionnaires constitue un échec cinglant et monstrueusement coûteux. 

Nos dossiers spéciaux: Nicolas Sarkozyhttps://www.contrepoints.org/2019/06/16/346831-sarkozy-est-il-vraiment-le-messie-que-la-droite-attend#fnref-346831-8

Quelles conséquences pour l’Europe ?

Quelles conséquences pour l’Europe ?


Par Emmanuel Leroy − Le 13 juin 2019

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Avant de tenter de répondre à la question des conséquences de cette crise pour l’Europe et la France en particulier, il me paraît nécessaire de rappeler le contexte de ces sanctions prises contre la Russie après le coup de force du Maïdan – soutenu par l’occident rappelons-le – et qui a entraîné le renversement du Président ukrainien légitimement élu, Viktor Yanoukovitch, ce qui conduira au référendum d’autodétermination de la Crimée en mars 2014 et au rattachement de cette dernière à la Fédération de Russie.


Initialement, j’avais prévu de faire un exposé détaillé sur les pertes consécutives aux sanctions contre la Russie dans les différentes filières touchées, en France et en Europe. Mais en regard de l’évolution très rapide de la situation géopolitique sur le plan international, j’ai pensé qu’il n’était peut-être plus nécessaire d’énumérer comme dans Perrette et le pot au lait, les veaux, les vaches, les cochons et les couvées perdus, mais qu’il était peut-être préférable d’aller droit au but et d’appeler un chat, un chat.

En guise de préambule, je voudrais Mesdames et Messieurs, vous lire ce court extrait d’un livre écrit par le général Butler de l’armée américaine, hélas méconnu en France, et qui s’appelle War is a racket paru en 1935 aux États-Unis. Son propos me paraît illustrer parfaitement la situation dans laquelle nous sommes encore plongés aujourd’hui, je cite :

Cela fait trente-trois ans que je sers chez les Marines, et il n’y a pas une méthode utilisée par les gangsters que nous n’ayons utilisée et perfectionnée. Eux utilisent des voyous pour faire peur et éliminer ; nous, nous sommes les hommes de main du « Big Business », de Wall Street et des banques. J’ai fait le coup de poing contre le Honduras pour le compte des compagnies fruitières en 1903. J’ai racketté le Mexique pour le compte d’American Oil en 1914. J’ai fait le coup de feu à Haïti et à Cuba pour que les gars de la National City Bank puissent y ramasser le pognon. J’ai secoué et vandalisé une demi-douzaine de pays d’Amérique centrale pour qu’ils puissent se soumettre au racket de Wall Street. J’ai nettoyé à la sulfateuse le Nicaragua pour le compte de Brown Brothers en 1912. J’ai foutu le feu à la République dominicaine pour American Sugar. (…) Al Capone est un minable, comparé à l’U.S. Army. Lui dirigeait au mieux trois districts de Chicago, nous, nous dirigeons et rackettons trois continents.

Major-Général Smedley D. BUTLER (1881-1940), deux fois titulaire de la Médaille d’Honneur du Congrès. War is a Racket, Round Table Press, 1935 (51 pages).

Toute ressemblance avec des événements actuels serait bien sûr absolument fortuite…

En quoi consistent les sanctions prises contre la Russie ?

Elles portent essentiellement sur les avoirs financiers, l’interdiction de séjour de personnalités politiques ou économiques, la suspension de prêts aux banques publiques, enfin l’embargo sur les technologies militaires et sur les matériels de forage pétrolier et gazier.

La Russie a bien évidemment réagi en décrétant à son tour un embargo dirigé contre l’industrie agro-alimentaire européenne.

Quelles pourraient en être les conséquences pour le secteur agricole français, surtout dans un contexte de fort ralentissement de l’activité économique ? Et en l’état actuel des choses, quelles mesures ont été adoptées à l’échelle européenne pour surmonter cet embargo ?

Recherchant des informations probantes pour aborder la question des conséquences de la politique de sanctions occidentales contre la Russie, j’ai étudié plusieurs sources, dont l’une me semblait particulièrement recommandée, à savoir la Documentation française, dans laquelle je pensais trouver des analyses objectives sur l’impact réel, direct et indirect, sur notre économie suite à cette politique de sanctions.

Le moins que l’on puisse dire est que j’ai été déçu. Déçu tout d’abord pour n’avoir trouvé dans cette prestigieuse revue, qu’un seul et unique article remontant à juin 2017 traitant de cette question.

Déçu ensuite par le choix d’un analyste de l’OTAN, M. Edward Hunter Christie, pour aborder ce problème, comme si notre pays ne comptait pas en son sein des chercheurs et des scientifiques de qualité.

Évidemment, quand on prend connaissance de l’article, on comprend mieux la finalité qui en est recherchée, à savoir noyer le poisson en globalisant l’analyse et en faisant des péréquations subtiles pour ne laisser apparaître in fine qu’un impact minime sur le PIB européen qui représenterait une perte de l’ordre de 0,1% par an sur la période considérée 2014-2016.

Voilà un extrait de cet article de La Documentation française (juin 2017) :

Les pertes cumulées, de 2014 à 2016, qui seraient dues aux seules sanctions seraient de 42 à 43 milliards d’euros. Les pertes dues à d’autres facteurs – chute du prix du pétrole en particulier – se situeraient entre 111 et 113 milliards d’euros. Les sanctions n’expliqueraient donc que 27 % à 28 % des pertes totales intervenues dans les échanges avec la Russie depuis 2013.

Ces estimations, quelles que soit leurs causes, peuvent paraître d’un montant important lorsqu’on les exprime en euros et hors contexte – une technique de présentation fort prisée par certaines sources dont celles du gouvernement russe – mais le graphique montre bien qu’il s’agit de pertes fort modestes, une fois replacées dans leur contexte.

D’une part, les gains issus d’autres marchés en dehors de l’UE depuis 2013, également cumulés sur la période 2014-2016, s’élèvent à 729 milliards d’euros, soit plus de seize fois l’effet des sanctions. D’autre part, comparé au PIB de l’UE, les pertes engendrées par les sanctions contre la Russie sont manifestement très faibles : environ 0,1 % du PIB par an. Cumulées sur les trois années considérées, les pertes totales seraient de 0,29 % à 0,30 % du PIB annuel de l’Union, bien moins que les pertes pour la Russie, qui se situeraient entre 1,30 % et 2,33 % du PIB annuel de la Russie, selon les hypothèses retenues.

L’inclusion de l’interdiction russe sur les importations de biens alimentaires en provenance de l’Union européenne porterait l’estimation des impacts de 0,1% à 0,13% du PIB par an.

Les pertes par rapport au marché russe, environ cinq milliards d’euros en 2016 par rapport à 2013, sont pleinement compensées par des gains sur d’autres marchés hors UE, de plus de huit milliards d’euros.

Alors évidemment, pour pallier les conséquences négatives pour l’économie française, on nous parle de réorientation des échanges. Je cite encore l’article :

L’analyse de la réorientation des échanges constitue un élément essentiel de toute étude sérieuse sur l’incidence des sanctions …

… Parmi les 28 États membres de l’UE, 21 ont enregistré un accroissement net des exportations vers le reste du monde en dépit de la récession en Russie, sous l’effet de la hausse des exportations vers d’autres marchés (dans l’UE et en dehors de celle-ci), qui a plus que compensé la contraction des exportations vers la Russie. Ce constat vaut également pour l’Union européenne dans son ensemble : les exportations vers la Russie se sont certes repliées de 8,65 milliards d’euros, mais les exportations vers d’autres régions ont crû de 49,02 milliards d’euros (y compris les échanges intra-européens) …

Et donc tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, puisque 21 pays de l’UE sont gagnants dans ce jeu de chaises musicales et tant pis pour les 7 pays qui sont perdants, dont la Lituanie, fortement touchée par l’embargo, mais que l’on calmera probablement par un nouveau prêt d’un milliard ou deux en provenance du FMI et une promesse d’embauche dans une institution internationale prestigieuse pour leurs dirigeants politiques qui auront avalisé cette politique de sanctions contre la Russie allant à l’encontre des intérêts de leur pays.

Il convient de préciser aussi que dans les pays présentés comme gagnants dans cet article, il existe de fortes disparités selon les secteurs. S’il est vrai que jusqu’à présent, la filière céréalière française a plutôt bien tiré son épingle du jeu, grâce aux marchés égyptien et ceux du Maghreb notamment, il n’est pas certain que cette situation favorable soit maintenue demain car l’agriculture russe est en plein essor et la réponse du berger à la bergère pourrait se faire sentir très rapidement.

Par ailleurs, si l’état des lieux est encore aujourd’hui satisfaisant pour la filière céréalière, il n’en est pas de même de celle des viandes, notamment porcines, qui auront du mal, vous en conviendrez, à trouver des marchés de substitution dans le monde musulman, et cela sans même aborder la concurrence intra-européenne avec des pays comme la Pologne où les écarts de salaires avec un pays comme le nôtre, permettent une politique de dumping face à laquelle nos producteurs sont irrémédiablement condamnés.

Pour aborder de manière honnête le coût réel, direct et indirect, des sanctions sur l’économie française, il eut été plus intéressant de questionner des experts français comme Thierry Pouch par exemple, de l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture (APCA) dont l’avis sur l’impact des sanctions diffère radicalement de celui de M. Hunter, expert de l’OTAN et dont les analyses macro-économiques (et vous pouvez écrire macro comme vous voulez) visent à justifier cette politique de sanctions dont on sait qu’elles affaiblissent l’Europe et la France en particulier mais qu’elles ne touchent pratiquement pas les USA qui ne sont que très peu impactés par l’embargo.

Au final, que pouvons-nous tirer comme conclusion de cette politique de sanctions qui nous a été imposée par l’OTAN et la Commission européenne ?
Eh bien Mesdames et Messieurs, que si la Russie a certes été touchée et affaiblie, au moins dans un premier temps, cette politique coercitive a contribué à renforcer considérablement sa filière agro-alimentaire et depuis 2017, elle est même devenue première exportatrice mondiale de blé.

En revanche, et malgré la présentation biaisée des spécialistes de l’OTAN ou de l’OCDE (ce sont d’ailleurs souvent les mêmes), la France a perdu un marché important pour nombre de ses produits et particulièrement pour sa filière laitière. Et je ne parle même pas des suites qui nous attendent avec le projet Northstream 2 où sont impliqués plusieurs acteurs majeurs de notre industrie.
Allons-nous, là encore, laisser notre place aux Chinois comme nous venons de le faire en Iran ?

Et c’est là que je voulais attirer votre attention, car au-delà des sanctions contre la Russie, c’est toute l’Europe qui est visée et au premier chef notre pays qui est rançonné et racketté comme nous l’avons vu avec les affaires BNP ou Alstom et beaucoup d’autres moins médiatisées.

Quand M. Marleix dénonce, à juste titre, les turpitudes observées dans l’affaire Alstom, nous sommes dans ce cas précis très au-delà du domaine des simples sanctions, nous sommes victimes de la part de nos « amis » américains d’une politique de racket et de prédation à laquelle je faisais allusion au début de cet exposé et dont François Mitterrand à la fin de sa vie, dans un entretien avec le journaliste Georges-Marc Benhamou nous avait pourtant averti, je le cite :
« La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment, et pourtant une guerre à mort ».

Je vous laisse Mesdames et Messieurs, méditer cette réflexion.

Emmanuel Leroy

Cet article est tiré d’une présentation à l’Assemblée Nationale le 13 juin 2019, l’auteur étant invité par l’Académie de géopolitique de Paris.

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France/Iran : reprise de la guerre des services ? Alain RODIER

France/Iran : reprise de la guerre des services ? Alain RODIER

(Note de Un passant : cet article date d’octobre 2018 mais j’ai trouvé intéressant de le rebloguer car il évoque toute une série de problématiques qui me semblent tout à fait absentes dans l’angélisme pratiqué par certains blogs « anti-Nouvel Ordre mondial » vis-à-vis du régime iranien.) (Et lorsque l’un de ces blogs se dit anarchiste anti-Etat et anti-religions, cela ajoute de l’incongru aux fadaises propagandistes.)

via France/Iran : reprise de la guerre des services ?

Selon plusieurs organes de presse, le Mossad serait à l’origine de la chasse déclenchée à travers toute l’Europe contre les services secrets iraniens. Celle-ci a officiellement débuté quand le service spécial hébreu a averti ses homologues du Vieux continent – vraisemblablement en mai/juin 2018 -de la préparation d’un attentat visant la réunion annuelle de l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI[1]) se tenant à Villepinte le 30 juin 2018, en présence de nombreuses personnalités[2].

À la suite de ces renseignements, un couple belgo-iranien- Amir et Nasimeh S., âgés d’une trentaine d’années – a été appréhendé par la police belge le 30 juin dans le quartier de Stockel, à Woluwe-Saint-Pierre, dans la banlieue bruxelloise. 500 grammes d’explosif TATP et un dispositif de mise à feu ont été trouvés dans deux paquets séparés dans leur voiture. Assadollah Assadi, un diplomate iranien en poste à l’ambassade d’Iran à Vienne (Autriche), soupçonné d’être en contact avec ce couple, a été arrêté en Allemagne. En effet, n’étant pas accrédité dans ce pays, il ne bénéficiait pas de l’immunité diplomatique[3]. Les Israéliens l’ont désigné comme le responsable opérationnel de la tentative d’attentat. Il devrait être extradé vers la Belgique pour y être présenté à la justice.

Actions et décisions de la France

Début octobre, faisant – tardivement – suite à cette affaire, la France a gelé pour six mois les avoirs sur son territoire du ministère du Renseignement et de la Sécurité iranien (VAJA, ex VEVAK) qui serait lié à la tentative d’attentat. La même sanction a été prise à l’encontre d’Assadollah Assadi – le diplomate arrêté en Allemagne – et du chef des services de renseignement iraniens, le vice-ministre Saeid Hashemi Moghadam.

Ces mesures surviennent parallèlement à l’importante opération policière qui a visé, le 2 octobre, l’association musulmane chiite dénommée Centre Zahra France. Les forces de l’ordre ont perquisitionné son siège ainsi que le domicile de ses principaux dirigeants. 11 personnes ont été interpellées et trois ont été placées en garde à vue pour détention d’armes. Les avoirs du Centre Zahra France et deux organisations qu’il abrite dans ses locaux – France Marianne Télé et la Fédération chiite de France/Parti Antisioniste – ont également été gelés.

Les activités du Centre Zahra France étaient suivies depuis de très nombreuses années par les services de renseignement français pour « soutien à plusieurs organisations terroristes et en faveur de mouvements prônant des idées contraires aux valeurs de la République ». Selon l’AFP, le Centre Zahra France et les associations qu’il héberge sont soupçonnés de prôner la guerre sainte et de faire l’apologie de mouvements comme le Hamas palestinien ou le Hezbollah libanais, soutenus par l’Iran. Les branches militaires de ces organisations sont considérées comme « terroristes » par l’Union européenne.

Il est vrai que des intervenants tiennent au Centre Zahra des discours extrémistes, à l’exemple de ceux du cheikh Ali Talal qui a déclaré le 29 avril 2018 : « nous ne fermerons pas les yeux […] jusqu’à ce que le sionisme soit extirpé de tout le pays. » Lors d’un autre sermon, délivré le 15 mai, il proclamait : « Aujourd’hui, la boussole de l’unité doit être réglée sur notre union contre le sionisme ! Que nous nous acceptions mutuellement, qui que nous soyons, jusqu’à ce que nous en finissions avec les sionistes, et en débarrasser le monde, que le monde et les opprimés soient débarrassés d’eux. À ce moment, nous nous assiérons et nous parlerons de nos différends, s’ils existeront encore. Et je vous dis qu’il n’y en aura plus, car l’origine de tout différend vient de ces sionistes, ces arrogants, ces maudits qui ne veulent aucune forme de vie pour l’humanité ! ». À l’évidence, il s’agit là d’un appel lancé aux sunnites radicaux.

Certes, le Centre Zahra France était dans le collimateur des autorités françaises depuis des années, mais on peut se demander pourquoi elles ont décidé d’agir maintenant ? N’est-ce pas là un signe politique envoyé en direction de Washington pour faire oublier que la France était en pointe dans la défense du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), traité levant les sanctions contre l’Iran en échange de son engagement de cesser le développement des ses activités nucléaire militaire[4] et remis en cayse par Donald Trump ?

Par la voix de son porte-parole Bahram Ghassemi, la diplomatie iranienne a rejeté les accusations françaises : « Une fois encore, nous démentons avec véhémence ces accusations, nous condamnons l’arrestation de ce diplomate et nous appelons à sa libération immédiate». Suite à cette arrestation, le ministère des Affaires étrangères français a publié le 20 août une note interne demandant à ses personnels non accrédités en Iran d’éviter de se rendre dans ce pays. Ils pourraient être à leur tour arrêtés pour être ensuite échangés contre leur homologue iranien.

Une tentative d’attentat quelque peu étrange

Généralement, quand ils mènent des actions de type terroriste, les services spéciaux iraniens, agissent via des tiers comme le Hezbollah libanais ou des mouvements palestiniens pour ne pas apparaître en première ligne. Ces derniers se font un devoir de leur rendre ces services car ils dépendent presque totalement de Téhéran, en particulier sur le plan financier. Or, dans la tentative d’attentat visant Villepinte, ce ne semble pas avoir été le cas. Selon l’accusation, c’est Assadollah Assadi, le diplomate en poste à Vienne, qui aurait remis la charge explosive aux activistes lesquels, apparemment, n’appartiennent pas à une “structure extérieure“.

Ensuite, si les 500 grammes de TATP auraient pu provoquer des dégâts importants en explosant dans la foule, il s’agit d’une charge d’explosifs relativement faible, d’autant que l’on ignore si elle était entourée de projectiles métalliques qui, eux, sont extrêmement vulnérants. Pour le moment, aucune information n’a filtré sur la composition de l’engin… La clé de l’énigme réside dans cette preuve matérielle : est-ce un engin professionnel ou un bricolage ? Etait-il apte a être mis en oeuvre rapidement et comment ? Les enquêteurs détiennent les réponses à ces questions mais ne les ont pas encore dévoilées.

Rappelons également que l’OMPI vit quasi ouvertement au grand jour en France et tient sa réunion populaire annuelle tous les ans au même endroit, à Villepinte. Pour l’anecdote, les mauvaises langues prétendent que certains participants sont rémunérés pour faire la claque. Si le régime iranien avait voulu s’en prendre à l’OMPI, il aurait pu le faire depuis longtemps et de manière plus professionnelle. Quel est l’intérêt pour lui d’organiser en tel attentat en pleine crise sur la suspension de l’accord JCPOA ?

Enfin, lors de leur arrestation le jour même de la manifestation de l’OMPI, les deux « terroristes » se trouvaient à Bruxelles ce qui était un peu loin de leur objectif supposé. Même s’il n’est pas impossible d’envisager qu’ils se rendaient à Villepinte, une action de ce type se prépare soigneusement à l’avance et les opérateurs sont généralement présents sur place quelques temps auparavant.

Des services iraniens de sinistre réputation

Il est vrai que les services iraniens traînent une sinistre réputation s’étant livrés au terrorisme d’État à de nombreuses reprises par le passé ; pour mémoire, l’assassinat de l’ambassadeur français au Liban, Louis Delamare, le 4 septembre 1981 ; l’attentat contre les parachutistes français de Drakskaret les Marinesaméricains à l’aéroport de Beyrouth le 23 octobre 1983 (305 morts) ; celui de l’opposant Chapour Bakhtiar à Suresnes, le 6 août 1991 ; sans oublier les attentats terroristes contre les intérêts israéliens en Argentine et en Europe. La liste est longue et il convient de ne rien oublier ! Le régime des mollahs sait utiliser l’arme de la terreur quand il la juge utile à sa politique.

Les renseignement iranien est organisé autour de deux entités : le ministère du Renseignement et de la Sécurité(VAJA) et le directorat du renseignement du Corps des Gardiens de la Révolution islamiquedont le bras armé à l’étranger est la force Al-Qods. Ces deux services sont présents dans toutes les représentations diplomatiques iraniennes. Il est donc vraisemblable que Assadollah Assadi appartenait à l’un d’eux.

La première mission des services iraniens est la surveillance des opposants ; la seconde est la lutte contre Israël et contre l’Arabie saoudite. Ils agissent généralement de manière très professionnelle, mais il leur est cependant arrivé de commettre de graves erreurs techniques à plusieurs reprises, lesquelles ont permis de les confondre et de mettre en cause leurs responsables politiques, notamment suite aux attentats ayant eu lieu en Argentine ou en Bulgarie.

Il n’est pas exclu que Téhéran – dans le climat international actuel très tendu – ait de nouveau recours à des opérations violentes à l’étranger (attentats, assassinats). La sécurité autour des opposants iraniens réfugiés en Europe aurait d’ailleurs été renforcée ces dernières semaines. Il ne faut pas se faire d’illusions, les services iraniens sont en train de se préparer à mener une guerre secrète si la situation venait à se détériorer du fait de l’agressivité affichée des Américians et des Britanniques suivis – contraints et forcés – par les Européens.

*

Il n’a échappé à personne que l’accord JCPOA est en train de se détricoter depuis que Donald Trump l’a rejetté et a rétabli les sanctions économiques à l’égard de Téhéran. De plus, Washington ne s’est pas privé de menacer directement de sanctions ses alliés ayant des relations économiques avec l’Iran. Résultat : presque tous les industriels européens et français (Total, Peugeot, etc.) se sont retirés du pays, laissant la place aux Chinois et aux Russes.

C’est dans ce cadre que cette affaire d’attentat survient fort opportunément. Elle a été servie avec délectation par les Israéliens qui considèrent l’Iran comme leur pire ennemi[5]. Comme par hasard, le président iranien Hassan Rohani entamait, début juillet 2018, un voyage officiel en Suisse et en Autriche. La révélation de cette tentative d’attentat et du « complot » iranien est donc venue fort à propos saboter son voyage et a été un signal fort à l’attention des Etats qui espéraient encore pouvoir négocier.

La stratégie des Américains et d’Israël est clairement d’asphyxier au maximum l’économie iranienne pour provoquer des mécontentements intérieurs qui pourraient changer la donne politique.Pour Washington, l’OMPI a un rôle central à jouer à l’avenir. C’est oublier un peu vite que cette organisation – dont l’idéologie est un mélange de marxisme et d’islamisme – n’est pas populaire du tout en Iran. Une grande majorité d’Iraniens – même ceux qui ne soutiennent pas le pouvoir des mollahs – considère que l’OMPI a trahi la Patrie en combattant dans les rangs de l’armée de Saddam Hussein lors de la « guerre imposée » ou « défense sacrée » (1980-1988). Les Iraniens restent des nationalistes fiers de leur histoire et ne pardonnent pas cette trahison. Mais si Washington appuie l’OMPI, c’est aussi parce ce mouvement a été un fidèle « collaborateur » des services de renseignement américains, ayant fourni dans le passé de précieuses informations sur l’effort nucléaire iranien.

Malheureusement, il y a bien longtemps que la politique du Quai d’Orsay suit celle du département d’État américain. Il est loin le temps où Paris et Berlin avaient refusé de participer à l’invasion de l’Irak de 2003. La fureur des Américains dénonçant la « lâcheté » des Français avait été à son comble. Aujourd’hui,ce n’est pas par conviction que Paris s’aligne sur Washington, mais tout simplement parce que la France n’a plus les moyens de s’y opposer. Les responsables politiques français savent que s’ils passent outre les “recommandations“ de Washington et continuent de commercer avec Téhéran, les sanctions américaines seront sans pitié. Le marché intérieur américain sera alors fermé à nos industriels et les sanctions (condamnations, amendes) ne tarderont pas. Or, le marché américain est vital pour les économies française et européenne alors que celui de l’Iran est, comparativement, négligeable.

[1] Mojāhedin-e Khalq (MEK).

[2] Dont : Rudy Giulani, avocat de Donald Trump et maire de New York au moment des attentats du 11 septembre 2001 ; Stephen Harper, l’ancien Premier ministre canadien ; Philippe Douste-Blazy, Bernard Kouchner, Rama Yade, etc.

[3] L’accréditation dans un pays ne couvre le diplomate que dans celui-ci, lors des trajets professionnels qu’il effectue ou s’il accompagne la « valise diplomatique.

[4] Signé le 14 juillet 2015 à Vienne par les cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-uni) + l’Allemagne, d’où son appellation « 5+1 ».

[5] Cela n’a pas été toujours le cas car durant la guerre Irak-Iran qui a duré de 1980 à 1988, l’État hébreu a discrètement fourni une aide militaire à Téhéran avec l’accord plus ou moins officiel de Washington. Il considérait à l’époque que Saddam Hussein était son adversaire potentiel le plus menaçant.

https://www.cf2r.org/actualite/france-iran-reprise-de-la-guerre-des-services/

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LES MINI-BOTS ITALIENS VONT-ILS TUER L’EURO ?

LES MINI-BOTS ITALIENS VONT-ILS TUER L’EURO ?

PUBLIÉ PAR PHILIPPE HERLIN | 13 JUIN 2019 | ARTICLES1710 

Une dizaine de jours après l’élection européenne, la Commission européenne, par la voix de son commissaire Pierre Moscovici, a annoncé une « procédure de déficit excessif fondée sur la dette » envers l’Italie (bizarrement pas la France, qui souffre pourtant d’un déficit public supérieur…). Comme pour répondre à cet affront, le Parlement italien a voté – à l’unanimité, il faut le signaler – une motion concernant la création de « mini-BOTs », c’est-à-dire de Bons du Trésor ordinaires (Buoni Ordinaro del Tresorio) de montant unitaire faible (« mini »), du niveau d’un billet de banque, pour pouvoir être utilisé couramment. Ils n’offriraient pas d’intérêts et seraient sans échéance, ce qui les assimileraient à des monnaies traditionnelles.

Ces mini-BOTs répondraient à un problème concret et lancinant : l’État italien a des arriérés de paiement d’environ 60 milliards d’euros envers les entreprises italiennes. Solder cette dette creuserait le déficit et l’endettement public de façon importante, ce que Bruxelles interdit. D’où l’idée des mini-BOTs, qui seraient émis pour le montant de cette dette, versés aux entreprises, qui pourraient ensuite s’en servir pour payer leurs impôts, sans que les « critères de Maastricht » ne soient affectés.

Ensuite, ce circuit fermé (État-entreprises-État) pourrait s’élargir : les entreprises pourraient utiliser ces mini-BOTs entre elles, puis pour payer une partie des salaires de leurs salariés et, ainsi, les particuliers pourraient les utiliser. Ces mini-BOTs deviendraient alors une véritable monnaie parallèle. Dans ce modèle, 1 mini-BOT = 1 euro, on resterait dans le cadre de l’euro, même si cette création monétaire irait à l’encontre des traités européens qui imposent une monnaie unique.

L’étape suivante consisterait à décréter que 1 mini-BOT = 1 « nouvelle lire », par exemple, et qu’elle soit cotée sur le marché des changes aux côtés des autres devises, dont l’euro, pour se retrouver dans un système à deux monnaies. La marche ultime serait de convertir, du jour au lendemain, les avoirs en euros dans la nouvelle monnaie (1 euro = 1 nouvelle lire). Et voilà l’Italie sortie de l’euro ! L’Italexit est mis en œuvre. Tout ceci relève de la fiction, bien entendu, mais les Italiens viennent tout de même de décider d’en écrire la première page avec cette motion parlementaire.

Il y a juste un petit oubli dans ce scénario : la balance Target2. Ce système de compensation entre les banques centrales de la zone euro traduit les déséquilibres des balances des paiements entre les pays (quand un Italien achète une Mercedes, cela se concrétise par une créance de la Banque centrale allemande sur la Banque centrale italienne). Le déficit se creuse pour l’Italie (500 milliards d’euros) tandis que les créances explosent pour l’Allemagne (plus de 900 milliards d’euros), qui serait ainsi la grande perdante d’un Italexit ! Un cataclysme susceptible de faire exploser la monnaie unique.

Alors, finalement, peut-être que ces mini-BOTs ne sont qu’un moyen de pression sur Berlin, le vrai patron en Europe, pour que le gouvernement italien puisse légèrement accroître son déficit budgétaire (qui restera inférieur au déficit français, mais personne ne vient embêter Macron, moins turbulant que Salvini il est vrai…). Ou peut-être pas ; les Italiens auraient déjà pris la décision de s’affranchir de la monnaie européenne, et ils y vont pas à pas. Les mois qui viennent seront cruciaux, et la perspective d’une nouvelle crise de l’euro, d’un niveau nettement supérieur à la crise grecque en 2011, se renforce.

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée dès lors qu’elle est accompagnée d’un lien vers la source originale.


PHILIPPE HERLIN CHERCHEUR EN FINANCE / DOCTEUR EN ÉCONOMIE

https://or.fr/actualites/mini-bots-italiens-vont-ils-tuer-euro-1559

Seize thèses sur la société de propagande, par Jean-Yves Le Gallou

Seize thèses sur la société de propagande, par Jean-Yves Le Gallou

Seize thèses sur la société de propagande, par Jean-Yves Le Gallou

Par Jean-Yves Le Gallou ♦ Immigration de masse, « mariage gay », PMA/GPA, écriture inclusive, lutte contre « l’islamophobie », combat contre « l’homophobie » et la « transphobie », réformes sociétales libérales-libertaires et poursuites judiciaires contre les dissidents… Tous ces phénomènes s’ajoutent les unes aux autres dans un cortège sans fin grâce à une propagande incessante. La propagande est En Marche… et la propagande cela marche !
Décryptage de Jean-Yves Le Gallou.


1- La remise en cause des sociétés traditionnelles

Depuis 40 ans la société française et les sociétés européennes subissent une quadruple remise en cause :

  • Bouleversement de leur économie par le libre-échange généralisé, aux conséquences économiques et environnementales souvent désastreuses.
  • Renversement de leurs règles sociales et de leurs équilibres territoriaux par l’arrivée d’une immigration massive et de l’islamisation qui l’accompagne.
  • Déconstruction de toutes les formes de transmission, débouchant notamment sur une catastrophe scolaire.
  • Ébranlement de l’image collective par la culpabilisation historique (Seconde guerre mondiale, colonisation, esclavage) et géologique (« dérèglement climatique »).

2- Les Français perçoivent l’effet désastreux de ces politiques :

  • Montée du chômage et du mal emploi.
  • Explosion de l’insécurité et relégation dans les périphéries.
  • Effondrement du niveau de connaissances des élèves, notamment pour la maîtrise de la langue et des mathématiques.
  • Saccage des paysages et du patrimoine hérité du passé.

3- Pourtant ces orientations politiques ne sont pas remises en cause

Chaque année qui passe, elles sont même portées plus loin. La raison en est simple : ces choix idéologiques sont voulues par les oligarchies dominantes – groupes financiers, médiatiques, communautaires – et elles sont imposées par un appareil de propagande d’une puissance sans équivalent à aucune époque de l’histoire.

4- Une propagande constante

Au cours d’une seule journée un homme (ou une femme) se trouve exposé à des centaines de messages de propagande, directs ou plus subliminaux.
Dès qu’il ouvre une radio ou consulte son téléphone, il reçoit des messages d’information orientés survalorisant ce qui va dans le sens du politiquement correct et occultant ce qui pourrait aller dans un sens contraire.

Mais il encaisse aussi des centaines de messages publicitaires l’incitant à consommer plus et à « bien-penser ». Dès qu’il sort de chez lui, il est exposé aux messages de propagande publicitaire et de communications politique : sur les panneaux d’ « information » des mairies, des églises, des écoles, des entreprises et sur tous les supports publicitaires. Impossible par ailleurs d’échapper aux écrans, ces écrans qui captent le regard par le mouvement des images qu’ils montrent, et qui inoculent leurs messages partout : à la maison, dans la rue et les transports publics, dans les restaurants et les bars, dans les halls d’accueil des entreprises, des administrations, des salles de spectacles et de sport.

5- L’enfant lui-même est exposé au formatage totalitaire

Les totalitarismes du XXe siècle s’intéressaient principalement à l’embrigadement de la jeunesse, entendez les adolescents ou les enfants de plus de 10 ans. Le totalitarisme du XXIsiècle va plus loin. L’enfant est éduqué – rééduqué plutôt – dès l’école primaire, la maternelle, voire la crèche. A travers des livres et des exercices visant à nier les différences de sexe et d’origine par exemple.

6- La propagande est massive

Elle s’impose par la répétition. Le même message est ainsi appelé à s’imprimer un grand nombre de fois.

L’orchestration : la même (fausse) évidence présentée comme une vérité émanera de lieux apparemment différents même si la source peut être unique.

La transfusion : pour améliorer son image, une entreprise ou une association n’hésitera pas à relayer les mantras de la propagande ce qui renforcera leur rayonnement.

La censure – publique ou privée – protégera la propagande de la confrontation avec le réel.

7- Une propagande triplement efficace

La propagande est triplement efficace : par le gavage, par la sidération, par l’intimidation.
Le conditionnement est quotidien. En certaines circonstances (guerre, attentat, émeutes, crise financière), la pression de propagande est telle qu’elle aboutit à la sidération des cibles (c’est-à-dire des citoyens), incapables de résister et de bouger.
La propagande a aussi une fonction intimidante : celui qui tente de résister risque d’être balayé, ostracisé, frappé d’interdit scolaire ou professionnel ou de mort civique ou médiatique.

8- La propagande dispose de moyens financiers considérables

2 % du produit intérieur brut est consacré à la publicité et aux dépenses de communications. Celles-ci ne sont jamais neutres. Elles sont au service de puissants groupes d’intérêts financiers et idéologiques.

Les dépenses de publicité et de communication sont d’ailleurs cadrées :

  • par les grandes centrales publicitaires,
  • par les grandes fondations d’entreprise,
  • par les associations politiquement correctes (immigrationnistes, « antiracistes », LGBTQ) subventionnées à tous les étages administratifs : Union européenne, État, régions, départements, intercommunalités, communes, fondations des grandes entreprises.

9- Des relais considérables

La propagande dispose de relais considérables dans l’entreprise, la culture, le divertissement, le sport, le monde de l’édition, etc.

Avec une double amplification : de l’effet de masse et de répétition ; de l’effet de censure et de soumission. Comme si face au politiquement correct, il n’y avait pas d’alternative.

10- Les entreprises soumises

Longtemps l’entreprise a été neutre. Chacun de ses collaborateurs était libre de ses pensées. L’objectif d’une firme était de satisfaire des clients pour rémunérer son personnel et dégager des profits. Aujourd’hui, les entreprises – surtout les grandes – se piquent de « charte éthique » et de valeurs : entendez par là, la doxa politiquement correcte !
De fait, les entreprises (surtout grandes) deviennent des organes de propagande et de soumission au conformisme à travers leurs actions de communication, leur « mécénat », leurs séminaires de « formation » et les pratiques de leurs directions des ressources humaines (RH).

11- La culture, vecteur de propagande

La culture est aussi enrégimentée au service du politiquement correct à travers le choix des thèmes des expositions, les présentations des musées, les cartels de présentation des œuvres, les discours des « artistes contemporains » autour de leurs « œuvres », la détermination des pièces de théâtre et des festivals subventionnées, l’élection des films susceptibles d’accéder aux avances sur recettes et aux aides régionales…
Le monde de l’édition est aussi orienté par le souci de plaire aux médias.

12- Divertir et subvertir

Le divertissement a aussi fait l’objet d’un véritable arraisonnement idéologique : ainsi les séries imposent l’idée du « vivre ensemble », quitte à chambouler les rôles comme dans « Plus belle la vie » (France 3) où, à Marseille, de méchants jeunes Européens tabassent de gentils arabes pour leur taxer des clopes.

Le concours de Miss France est lui doublement biaisé par le jury favorisant les jeunes filles d’origine non européennes et surtout exigeant des concurrentes des professions de foi politiquement correctes.

Quant à l’Eurovision, de Conchita Wurst à Bilal Hassani, le spectacle est assuré par des femmes à barbe et des êtres hybrides sans considération pour le talent musical. Et Mouv – radio de service public – a assuré le remplacement de la chanson française et du rock par le rap de plus en plus violent

13- Le sport au service de la propagande

Promu par Pierre de Coubertin, l’esprit olympique écartait la politique et l’argent des stades et du sport. Nous en sommes bien loin désormais.

Le football, qui fédère des supporteurs autour d’une équipe, est devenu un instrument de l’immigration et du métissage. La victoire de l’équipe de France, lors de la coupe du monde de 1998, fut présentée comme une réussite « black, blanc, beur ». Un modèle qui s’est exporté. Dans d’autres pays d’Europe et vers le rugby.
C’est dans le même esprit que le « mondial de football féminin » a été médiatiquement promu en juin 2019 : dans le but, cette fois, de réaliser une double opération de propagande à la fois diversitaire et féministe. Une démarche parfaitement artificielle tant le football féminin est marginal. Alors que d’autres sports où les femmes sont très présentes comme la natation et l’équitation ne sont pas médiatisées.

De son côté, le cyclisme a fait l’objet de nombreuses campagnes de dénigrement et de ringardisation : logique car il s’agit d’un sport principalement pratiqué par des hommes européens (et quelques sud-américains) pédalant dans des paysages enracinés.

14- De nouvelles fêtes politiquement correctes

L’année a longtemps été rythmé par les fêtes catholiques, elles-mêmes calées sur les saisons, et trois grandes fêtes patriotiques : 8 mai, 14 juillet, 11 novembre.

Désormais, l’islam impose son calendrier (ramadan, rupture du jeûne, Aïd el-Fitr, Aïd al-Kabir).

Et les journées commémoratives à finalités culpabilisantes ou communautaristes ont été instituées et se sont multipliées : « shoah », Vel d’hiv, esclavage, « marche des fiertés », mois LGBT, journée de la femme, etc.
Fournissant à chaque fois aux médias, aux institutions officielles, aux services publics (train, métro, avion)… matière à un conditionnement idéologique des populations.

15- La publicité, instrument de propagande

Par principe, les messages publicitaires ne peuvent être neutres. Ils ont pour fonction de pousser à l’acte d’achat. Tout en véhiculant un message de propagande politique : le plus souvent contre le réchauffement climatique, présumé d’origine anthropique, et pour la « diversité ». Avec fréquemment la mise en scène de couples ethniquement mixtes sachant que dans l’immense majorité des cas la femme est européenne et l’homme africain ou moyen oriental.

16- Une propagande efficace

Toute cette propagande est formidablement efficace. Il est possible de le mesurer de deux manières :

– L’arrivée de mots nouveaux qui s’imposent dans le débat public comme des armes idéologiques visant à interdire toute opinion contradictoire…
Dans les années 1970-1980 : « racisme », « xénophobie ».
Dans les vingt dernières années : « islamophobie », « négrophobie », « homophobie », « transphobie », « négationnisme », « climato-scepticisme », « genré », « racisé », « grossophobie », « féminicide », « écriture inclusive »…

C’est le triomphe de la novlangue !

– Le déplacement de la fenêtre d’Overton qui classe les idées selon qu’elles sont jugées : impensables, radicales, acceptables, raisonnables, populaires, politiques. Et la fenêtre se déplace en fonction des campagnes d’opinion.
Ainsi sur certains sujets – le mariage gay ou la GPA par exemple – on est passé, en moins de trente ans, de l’impensable au politique, sinon à l’obligatoire.

Tout cela montre le succès d’une véritable ingénierie sociale.

Une ingénierie sociale qu’un prochain article montrera comment démonter !

Jean-Yves Le Gallou
15/06/2019

Jean-Yves Le Gallou

Jean-Yves Le Gallou

Jean-Yves Le Gallou, ENA, inspecteur général de l’administration (ER), ancien député européen est le président de Polémia. Essayiste il a publié de nombreux ouvrages dont « La Tyrannie médiatique » et « Immigration : la catastrophe, que faire ? ». Jean-Yves Le Gallou présente chaque semaine sur TVlibertés i-média, émission d’analyse critique des médias

SÉRIE D’ATTAQUES MYSTÉRIEUSES SUR DES PÉTROLIERS AUTOUR DU GOLFE PERSIQUE

SÉRIE D’ATTAQUES MYSTÉRIEUSES SUR DES PÉTROLIERS AUTOUR DU GOLFE PERSIQUE

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Persian Gulf Tensions
 

Series Of Mysterious Attacks On Oil Tankers Around Persian Gulf

Les tensions ont continué de croître autour du golfe Persique à la suite d’une frappe de missile de croisière sur l’aéroport international Abha en Arabie saoudite par les Houthis le 12 juin.

Le 13 juin, Front Altair (pavillon des îles Marshall) et Kokuka (pavillon du Panama), des pétroliers «Courageous» ont été secoués par des explosions dans le golfe d’Oman.

Après l’incident, les médias iraniens ont annoncé que des marins iraniens avaient sauvé les 44 membres d’équipage des pétroliers. Cette déclaration est en contradiction avec les affirmations du CENTCOM selon lesquelles 21 marins du M / V Kokuka Courageous ont été sauvés par le USS Bainbridge.

Il n’y a pas de détails confirmés concernant ce qui s’est réellement passé. Les principaux médias ont rapporté différents scénarios ayant provoqué l’incident: d’une attaque à la torpille aux mines navales. Néanmoins, le point commun de toutes ces spéculations était que l’Iran était en quelque sorte responsable de l’incident.

Plus tard, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a directement accusé l’Iran de participer à la supposée attaque.

«Ce n’est que le dernier d’une série d’attaques lancées par la République d’Iran et ses substituts contre des alliés et des intérêts américains. Ils doivent être compris dans le contexte de quatre années d’agression non provoquée contre des nations épris de liberté », a déclaré Pompeo. Il a ajouté que l’attaque avait eu lieu dans le cadre de tentatives visant à mettre fin à la « campagne de pression maximale réussie » des sanctions américaines. Cependant, on ne sait toujours pas comment de tels mouvements pourraient aider l’Iran dans cette tâche.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, a qualifié l’incident de « suspect », laissant entendre qu’il s’agissait peut-être d’une provocation. Un autre facteur contribuant à cette version est que l’incident s’est produit lors de la visite du Premier ministre japonais Shinzo Abe en Iran. Le Kokuka Courageous appartient à la société japonaise Kokuka Sangyo Ltd.

La veille, un incendie avait éclaté sur une plate-forme pétrolière iranienne du gisement de gaz de South Pars dans le golfe Persique. L’incendie a ensuite été maîtrisé et aucun décès n’a été signalé. Les autorités iraniennes enquêtent sur sa cause.

Ces incidents surviennent un mois après que quatre pétroliers ont été endommagés au large des côtes des Émirats arabes unis. Après cela, le conseiller américain à la Sécurité nationale, John Bolton, a déclaré que les mines navales « presque certainement de l’Iran » étaient utilisées pour attaquer les navires à l’époque.

Cette série d’incidents mystérieux affectant des pétroliers et des installations à proximité du golfe Persique, ainsi que les attaques croissantes des Houthis contre l’infrastructure pétrolière saoudienne, ont considérablement accru les tensions entre les principales puissances opérant dans la région. Si la situation évolue dans le même sens, le golfe Persique pourrait devenir un nouveau point chaud au Moyen-Orient.

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Général Daniel Schaeffer : « L’Europe est tiraillée autant par les Américains que par les Chinois » [Interview]

Général Daniel Schaeffer : « L’Europe est tiraillée autant par les Américains que par les Chinois » [Interview]

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Général Daniel Schaeffer : « L’Europe est tiraillée autant par les Américains que par les Chinois » [Interview]

Pendant que l’Union européenne se montre incapable – pour le moment – de s’affirmer comme une grande puissance économique et militaire, s’imposant au reste du monde, d’autres pays, et notamment la Chine et les États-Unis, ont une vision de l’histoire à court, moyen, et long terme. Et défendent leurs intérêts, en usant de toutes les cartes possibles.

Pour mieux comprendre la situation internationale actuelle, et notamment les conflits liant la Chine à l’Europe, aux USA, à d’autres régions du monde, nous avons interrogé un spécialiste de la question : le général Daniel Schaeffer. Un entretien passionnant, et une leçon de géopolitique, nécessaire.

Breizh-info.com : Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Général Daniel Schaeffer : En réserve de la République. Saint-Cyrien. La première partie de ma carrière a été celle d’un officier du génie. La deuxième a été consacrée aux relations internationales en tant que titulaire des diplômes requis, dont une maîtrise de chinois. J’ai occupé trois postes d’attaché de défense en Asie : Thaïlande, Vietnam où j’ai été le premier attaché français, et Chine. Aujourd’hui chercheur indépendant, je travaille essentiellement sur la Chine et ses relations internationales. Je suis membre du groupe de réflexion Asie21 (www.asie21.com).

Breizh-info.com : Quelles sont les vraies raisons du conflit entre Taïwan et la Chine ? Qui est en position de force à l’heure actuelle ?

Général Daniel Schaeffer : Le conflit entre Taïwan et la Chine remonte à 1949, lorsque le parti nationaliste, défait par le parti communiste sur le continent se réfugie sur l’île. Depuis Taïwan, les nationalistes espéraient bien repartir à la reconquête du continent, mais déjà à ce moment-là ils n’en avaient pas la capacité militaire. Et inversement la Chine communiste espérait réaliser la réunification de l’île par la force des armes mais ses moyens militaires n’étaient pas non plus suffisants. Plusieurs crises ont éclaté dans le détroit de Taïwan par la suite mais n’ont abouti à rien. Jusqu’en 1964, la Chine nationaliste, donc de Formose, a été l’État chinois. Elle avait des relations diplomatiques avec la quasi-totalité du monde et tenait une place au sein du conseil permanent de sécurité de l’ONU où siègent les cinq États vainqueurs de l’Allemagne nazie et du Japon.

Après 1964, derrière les premiers pays qui avaient reconnu la Chine dès 1949-1950 et derrière la décision du général de Gaulle de reconnaître la Chine populaire, presque tous les autres pays du monde ont suivi. Aujourd’hui la république populaire de Chine a pris la place de la Chine nationaliste dans toutes les institutions internationales. Celle-ci n’a plus que le soutien de quelque 11 petits pays dans le monde. Les puissances autrefois officiellement représentées à Taïwan y conservent toutefois une représentation para-officielle. Mais à l’époque où le transfert de reconnaissance s’est fait de Taïwan à la Chine communiste, tous les États qui ont reconnu la République populaire ont dû en même temps reconnaître que Taïwan était une province chinoise. Nous sommes donc aujourd’hui, sous une autre forme, dans une perpétuation du conflit de 1949, en moins violent mais avec la menace permanente communiste de reprendre possession de Taïwan par la force si l’île décidait unilatéralement de se déclarer indépendante.

La Chine communiste, montant en puissance depuis 1979, est parvenue aujourd’hui à un niveau militaire suffisant pour tenter d’entreprendre une conquête militaire de Taïwan, avec plusieurs problèmes : 1 – savoir si cela vaudrait la peine de retrouver un territoire économiquement prospère qui serait ravagé par la guerre ; 2 – savoir quel soutien militaire les États-Unis se montreraient capables d’apporter à l’île pour se défendre.

À l’heure actuelle la comparaison des forces militaires des deux côtés du détroit donne manifestement la supériorité à la Chine populaire avec cependant un élément d’incertitude, dissuasif d’une tentative de passage à l’acte : le degré de soutien militaire que les États-Unis pourraient apporter à Taïwan. Limité à la diplomatie ? Limité à des livraisons de matériels militaires ? Limité à un appui logistique opérationnel ? Limité à un conseil opérationnel ? Engagé en appui opérationnel (missiles, drones, marine, aviation) ?

Breizh-info.com : Quelles sont les intentions chinoises dans ce secteur-là du monde ?

Général Daniel Schaeffer : Conserver la domination sur la mer de Chine du Sud ; tenter d’y faire le vide stratégique en essayant d’y interdire l’accès aux marines militaires étrangères notamment celle des États-Unis, ce qu’elle ne parvient pas à faire ; contrôler la mer de Chine de l’Est ; récupérer Taïwan si possible sans passer par la voie militaire ; s’ouvrir les meilleurs accès possibles pour sa marine et son aviation en direction de l’océan Pacifique et de l’océan Indien ; exercer une influence majeure sur l’Asie du Sud-Est ; contrôler l’influence du Japon sur l’Asie du Nord-Est ; étendre son influence sur le Pacifique ; rivaliser d’influence avec l’Inde en océan Indien ; assurer la pleine sécurité de ses voies commerciales maritimes en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient, notamment des hydrocarbures et pour ces derniers celle de leur acheminement par voie terrestre depuis la Russie et l’Asie centrale. Tout cela pour ne pas entrer davantage dans les détails.

Breizh-info.com : Alors que les grandes puissances de ce monde semblent à pied d’œuvre au service de stratégies qui leur sont propres, l’Union européenne et la France semblent totalement hors jeu. Comment expliquez-vous cela ?

Général Daniel Schaeffer : Pour faire le plus bref possible, je n’irai pas jusqu’à dire que l’Europe et la France sont hors jeu même si la France a pris le risque de se ré-inféoder complètement à l’OTAN sous la présidence de Nicolas Sarkozy et celui de se laisser ensuite entraîner dans les divagations stratégiques de l’ère Obama au Moyen-Orient sous l’ère François Hollande. À l’inverse, sous Jacques Chirac et Dominique de Villepin nous avons eu la sagesse de ne pas suivre les Américains dans la catastrophique aventure irakienne qui laisse aujourd’hui tant de pauvres gens dans la situation où ils sont aujourd’hui.

Et dans ce suivisme européen et français de la stratégie américaine en Europe, largement inspirée des théories russophobes de Zbigniew Brzezinski, nous avons complètement raté notre rendez-vous avec la Russie. Là aussi nous nous sommes laissés manipuler par les Américains jusqu’au risque de courir à la guerre du siècle dernier, qui n’a pas eu lieu Dieu soit loué, mais toujours avec pour champ de bataille l’Europe ! Accessoirement j’ajouterai que, comme conséquence de cette hasardeuse réflexion stratégique, les Américains ont réussi l’exploit de jeter la Russie dans les bras de la Chine alors que la méfiance russe à l’égard des Chinois est historique. Résultat, du côté Pacifique, au lieu d’avoir un seul adversaire en face d’eux, les Américains en ont deux : les Chinois et les Russes. Sans compter le désordre que cela a créé par répercussion dans les relations entre Russes et Japonais qui reprenaient un dialogue pacifique entre eux.

Quant aux Chinois, s’ils ne sont pas nos ennemis, ils ne sont pas nos amis non plus. Ce sont des partenaires au sens le plus neutre ou le plus froid du terme. Il n’y a pas dans leur esprit idée de domination militaire sur l’Europe, ni idée de domination culturelle. Leur seule idée de domination est économique et faute d’unité au niveau européen, la Chine continuera à obtenir des Européens pratiquement tout ce qu’elle veut. La pensée stratégique de Sun Zi est peut-être devenue une tarte à la crème comme le critiquent certains, mais elle est pleine de bon sens et il est bien d’y revenir de temps en temps pour se rappeler notamment que pour lui la meilleure des victoires est celle qui est obtenue sans avoir à faire la guerre. C’est le destin qui s’annonce à tous les pays qui s’égrènent le long des nouvelles routes de la soie ou qui en sont les terminaux, comme l’Europe tout entière.

Pour en revenir au début de votre question, la France n’est pas totalement hors jeu dans tous les domaines. Il lui arrive tout de même de pouvoir encore avoir voix au chapitre sur le plan international et parvient même parfois à se rendre indépendante des États-Unis, ce qui est effectivement rare. Elle fait fortement entendre sa voix, avec peu de moyens cependant, sur la question du respect du droit de la mer. Mais elle est bien entendue sur ce point. Elle le fait aussi dans la lutte avancée en Afrique contre le terrorisme. Là, avec peu de moyens mais avec courage, abnégation, haut niveau professionnel et avec l’humilité des vrais grands vainqueurs, elle réussit à juguler le fléau.

Breizh-info.com : Comment analysez-vous le conflit entre la Chine et les USA actuellement ? Quelles conséquences, pour les Européens ?

Général Daniel Schaeffer : Comme précédemment pour répondre à toutes les questions que vous me posez, il est difficile de faire sans trop de nuances.

Pour vous répondre ici il y a deux conflits entre la Chine et les USA : un conflit commercial et une rivalité stratégique. Le conflit commercial vise de la part des États-Unis à rétablir la balance commerciale largement déséquilibrée en faveur de la Chine. La Chine n’accepte pas la démarche du président Trump et se heurte à sa fermeté, une fermeté dont l’Europe serait bien avisée de s’inspirer aussi puisque notre déficit commercial avec ce pays se creuse de plus en plus en notre défaveur. Pour la France, en 2016 et en 2017 il était de 30 milliards de dollars. Le problème est que l’Europe est divisée sur une attitude commune à tenir face à la Chine parce que les intérêts particuliers des uns et des autres priment sur l’intérêt collectif.

Contentieux également à cause des équipements de la téléphonie 5G que propose Huawei. Les États-Unis ne l’acceptent pas en raison de la présomption de piégeage des produits, notamment des routeurs. Sur ce point-là aussi il faut arrêter d’être naïfs et de se poser la question de savoir si les Européens doivent accepter ces équipements ou pas. Il faut avoir le courage de les refuser car le risque de piégeage est réel. Maintenant si l’on veut avoir toutes nos communications captées par les Chinois, on peut céder, pourquoi pas ? Enfin, on ne va pas me faire croire que nos entreprises européennes de télécommunications ne sont pas capables de fournir de la 5G, même si c’est un peu plus cher et un peu moins performant que les produits Huawei, ce qui resterait toutefois à démontrer.

Rivalité stratégique USA-Chine. Nous sommes là dans une phase de montée en puissance de la Chine qui entend étendre son influence partout dans le monde essentiellement pour le dominer économiquement et qui, par voie de conséquence, se trouve face à une puissance en perte de vitesse, les États-Unis. La force de la Chine est sa puissante capacité d’influence par les voies économiques et diplomatiques et pas encore par les voies militaires, au contraire des Américains. La Chine n’a pas besoin de déployer ses armements puisqu’elle sait que, quoiqu’il arrive, nous allons bien finir par lui céder.

Conséquences pour l’Europe : l’Europe est au milieu. Elle est tiraillée autant par les Américains que par les Chinois. Or elle n’a pas à choisir. Dans certains cas elle peut donner la préférence aux États-Unis et dans d’autres à la Chine. Le problème est qu’elle ne sait pas afficher son indépendance de décision ni face à l’un, ni face à l’autre. Sa souveraineté est en quelque sorte en partie assujettie aux Chinois et aux Américains.

Breizh-info.com : Autre question : pourquoi l’Europe laisse-t-elle la Chine pénétrer allègrement au sein de ses frontières économiques, dérobant de la technologie et du savoir-faire d’une part, et laissant nos entreprises incapables de faire face à cette concurrence déloyale (et de mauvaise qualité très souvent)… ?

Général Daniel Schaeffer : En 1976, à la mort de Mao, la situation économique chinoise est catastrophique. En 1979, lorsque Deng Xiaoping prend le pouvoir, il lance sa politique de modernisation et fait largement appel à l’Occident qui accourt pour faire des affaires. Les premières années ont été très fructueuses pour les compagnies occidentales. Mais au fur et à mesure des progrès en Chine, notamment sur le plan technologique, celle-ci présente des exigences toujours plus fortes en termes de cessions de technologies et les sociétés continuent à répondre dans la perspective de continuer à faire de substantiels bénéfices. Ça c’est au niveau des sociétés, et lorsqu’elles crient que les Chinois viennent leur voler leurs technologies, c’est de leur faute. Elles n’ont qu’à prendre les dispositions nécessaires pour éviter les transferts non voulus : mieux négocier les contrats, savoir rompre les négociations quand cela s’avère nécessaire, prendre les mesures de protection du patrimoine technologique de l’entreprise. Ça demande un peu de travail, de volonté et de cohésion dans l’entreprise.

Au niveau européen, nous nous laissons impressionner par les Chinois et nous n’avons pas de courage suffisant pour nous opposer à eux quand négociations ou propositions vont dans un sens contraire à nos intérêts. L’Europe, dans certains cas, a bien eu des velléités de vouloir montrer quelques volontés pour défendre sa politique commerciale en demandant l’arbitrage de l’Organisation mondiale du commerce mais cela s’est souvent terminé par des compromis non satisfaisants, bancals. Si un jour, on peut toujours rêver, nous décidions d’adopter, sur le plan économique, une attitude équivalente à celle de Trump, peut-être que les choses pourraient changer. Avec des contrecoups évidemment, mais il faudrait avoir la capacité de les assumer. Cela nécessiterait un énorme chantier de réflexion et de prises communes de décision. Mais là aussi chaque Européen voyant midi à sa porte, la Chine a encore devant elle beaucoup de velours sur lequel jouer à son avantage.

En ce sens il faudra voir quels seront les actes concrets qui devraient découler de la décision européenne de mettre sur pied un système de contrôle des investissements étrangers pour protéger nos entreprises stratégiques. En effet, au début de 2019, l’Union européenne s’est doté « d’outils de filtrage des investissements étrangers ». On ne peut que saluer une telle initiative. Mais ce n’est pas le tout de se doter d’outils. Il faut les utiliser. L’ont-ils été, ou sont-ils en cours de l’être, depuis les annonces du mois d’avril ? Nous aimerions bien savoir où cela en est, preuves concrètes à l’appui.

Pour prolonger sur ce sujet des investissements stratégiques, les Chinois ne semblent pas encore, à ma connaissance, avoir de visées sur les Aéroports de Paris, plateforme stratégique par excellence. Et sur ce point je pense que là nous devons saluer la grande sagesse du Conseil constitutionnel d’avoir validé le 9 mai le projet de référendum d’initiative partagée contre la privatisation. Les débats à ce propos restent consternants puisqu’ils se font tous au travers des seules lorgnettes françaises ou presque. Avec un peu de recul et en prenant conscience de l’ambition qui sous-tend le programme chinois des nouvelles routes de la soie, les Aéroports de Paris leur offriraient une plateforme stratégique de premier ordre, et notre souveraineté nationale s’en trouverait occultée, au moins en partie.

Propos recueillis par YV

Crédit photos : DR
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Général Daniel Schaeffer : « L’Europe est tiraillée autant par les Américains que par les Chinois » [Interview]

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