Le défi catalan

Le défi catalan

Jacques Hubert-rodier / Editorialiste diplomatique Les Echos

 

 

 

Le président de la Généralité de Catalogne, Carles Puigdemont, et les indépendantistes catalans ont gagné dimanche une mini-bataille : celle de l’image. L’intervention de la police pour empêcher le référendum, « illégal », sur l’autodétermination n’a pas réussi à entamer la détermination de voter de nombre de Catalans. Et le recours à la force, filmé et passé en boucle sur les chaînes de télévision, a renforcé le sentiment indépendantiste et ému en Europe.

En face, le Premier ministre, Mariano Rajoy (Parti populaire), est apparu plus affaibli que jamais. Son gouvernement minoritaire, il est vrai, ne tient qu’à un fil : celui de l’abstention du Parti socialiste (PSOE). Certes, le gouvernement a le droit pour lui. La Cour constitutionnelle a invalidé la loi adoptée par le Parlement de la communauté autonome de Catalogne et les décrets visant à organiser le scrutin du 1er octobre. La Constitution de 1978, adoptée après la chute du franquisme, est aussi formelle : son « fondement » est « l’unité indissoluble de la nation espagnole », même si elle reconnaît le droit à l’autonomie des nationalités et des régions qui la composent. Mais se réfugier derrière la loi ne réglera pas la crise ouverte entre Madrid et Barcelone. « Dès que l’oppression vient de Madrid, l’unanimité catalane se reforme », écrivait il y a quarante ans l’historien de la Catalogne  Pierre Vilar. C’était vrai sous le franquisme. C’est vrai aujourd’hui.  Mariano Rajoy peut encore jouer une carte : celle d’une révision de la Constitution qui permettrait de passer d’un Etat fédéral de fait avec 17 communautés autonomes à un véritable système fédéral. Mais, seul, en a-t-il encore le pouvoir ? Ce n’est pas certain. La crise catalane ouvre dans une Union européenne qui vient tout juste de tourner le dos à sa crise économique une blessure inattendue. Certes, l’Union n’est pas en première ligne dans une affaire qui regarde les dirigeants politiques en Espagne. Mais elle ne peut se contenter d’appeler « tous les acteurs pertinents à passer rapidement de la confrontation au dialogue ». Ada Colau, la maire de Barcelone soutenue par le parti d’ultra-gauche Podemos, lui-même divisé sur l’indépendance de la Catalogne, a appelé l’Union européenne à une « médiation ». Un souhait partagé désormais par Carles Puigdemont. Bruxelles ne peut se permettre, non plus, de laisser une nouvelle crise, cette fois-ci politique, et non plus financière et économique comme celle de la Grèce, s’installer au coeur de l’Europe. La voie est étroite. Mais il y a une petite opportunité : le gouvernement catalan ne sait pas trop quoi faire de sa « victoire ». Il faut aller vite. Car le risque est de voir d’autres régions européennes prendre la voie catalane.

En savoir plus sur

https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/030650232466-le-defi-catalan-2118948.php#sUyrfRWvAPh9IsWw.99

 

https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/030650232466-le-defi-catalan-2118948.php#xtor=EPR-3038-%5Bnl_ideesdebats%5D-20171003-%5BProv_AL_CLO_BOURSE_PU%5D-

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Des fleurs saoudiennes pour la Russie

Des fleurs saoudiennes pour la Russie

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Des fleurs saoudiennes pour la Russie

Le roi d’Arabie saoudite Salmane (Salmane ben Abdelaziz) se rend en Russie pour une visite officielle que l’on qualifie d’“historique” (du 5 au 7 octobre). Un tel déplacement est effectivement extrêmement rarissime, sinon inédit, et représente une marque symbolique d’une volonté d’établir les meilleurs rapports possibles entre deux pays qui ne sont pourtant pas les meilleurs amis du monde sur tous les théâtres d’opération, – notamment en Syrie et au Yemen, et compte tenu de l’hostilité affichée de la Russie vis-à-vis du terrorisme islamique par rapport à la tradition de soutien des Saoud au terrorisme islamiste. Qu’importe, nous somme dans un monde où cohabitent diverses narrative et presque autant de simulacres, et où les vérités-de-situation sont à trouver dans ces relations flottantes et incertaines entre des univers factices et orientés entretenant des relations aussi nécessaires qu’improbables.

Quoi qu’il en soit, les deux pays s’arrangent de cette visite. La Russie, c’est pour montrer qu’elle est amie, médiatrice, conseillère et bonne voisine de tout le monde, sans aucunement exiger quoi que ce soit de chacun souverain dans son royaume, et donc se jugeant elle-même comme une véritable puissance souveraine dans les relations internationales d’un monde multipolaire. La Russie montre cette attitude complètement contraire cela va sans dire, de celle des USA et de tous les donneurs de leçon du bloc-BAO qui exigent des certificats de vertu humanitaire avant de serrer la main d’un Russe, certes en se bouchant le nez.

(Il n’en va pas de même pour la main d’un prince saoudien pour les mêmes USA et tous ces pays du bloc-BAO qui se respectent à l’aune de leur réputation dans le domaine des vertus de communication et de téléréalité. Une main saoudienne, cela se serre avec respect et une dignité servile et zélée, sans trop penser aux mœurs sociétales des princes, au sort des droits de l’homme et du reste dans le royaume et ainsi de suite. Qu’importe, l’on n’est pas à l’abri d’une contradiction lorsque le business c’est le business, et il suffit alors de ne rien dire ni imprimer de tout ce qu’il y a de contradictoire dans ces si nombreuses hypocrisies dont nous sommes chargés. On constate ainsi que différents simulacres peuvent cohabiter, ce qui peut certes se concevoir à condition que l’on soit conscient qu’il s’agit de simulacres.)

L’Arabie, elle et de son côté dans cette circonstance, veut montrer par sa chaleur prorussiste qu’elle n’est après tout pas très satisfaite de ses relations avec ses tuteurs et complices divers, aux USA évidemment et dans les pays du bloc-BAO bien entendu. La Syrie a été une grande déception pour les Saoud, qui jugent que le bloc-BAO n’a pas fait son travail alors qu’ils ont eux-mêmes sacrifié sans compter un certain nombre de leurs comptes en banque pour soutenir les rebelles islamistes et avoir la peau d’Assad, et des Iraniens indirectement, et tout cela au risque de tomber sur quelque régiment ou escadrille russes. Qu’importe, les Saoud sont réalistes et ils ont donc évolué dans le sens des choses et des événements ; ils sont donc désormais ouvertement méprisants et condescendants pour leurs complices occidentaux, et finalement plutôt admiratifs de leurs ennemis-amis russes. Nous sommes clairement dans la phase “amis” et il est temps de reconnaître avec éclat ce qu’il y a d’admirable chez les Russes.

Par conséquent on lira ce qui suit des propos de l’ancien ambassadeur d’Arabie à Moscou à propos de la Russie avec l’esprit dégagé du poids de toutes ces contradictions, hypocrisies, coups fourrés et autres qui ont émaillé ces diverses relations et épisodes délicats, entre Arabie et Russie notmment. Du côté de l’Arabie nous ne sommes plus du tout au temps de Prince Bandar, – expédié à la retraite ou ad patres c’est selon, – qui venait parler à Poutine, presque menaçant en agitant la menace terroriste en marge des Jeux Olympiques de Sotchi. Nous sommes au temps des fleurs lancées à la Russie, dont le type de société est présenté comme un modèle sociétal, d’une société multiethnique vivant en harmonie, sans mettre en cause la souveraineté nationale mais bien plutôt en la renforçant, – bref, un modèle que les pays du bloc-BAO serait bien avisés de suivre… Et vous savez quoi ? pourrait-on dire au lecteur, mais les propos de l’ancien ambassadeur à Moscou, prince Tourki ben Fayçal Al Saoud, ne sont pas dénués de bon sens ni d’une certaine justesse si l’on accepte un certain point de vue. Il suffirait d’ajouter que tout ce que le prince dit de flatteur du “modèle russe” s’accompagne, comme c’est l’évidence, d’une très forte affirmation souveraine et identitaire pour compléter justement son propos, – et comment ne pas en convenir ?.

… Encore une fois, il s’agit de dégager son esprit de tout ce que l’on sait et remâche de la duplicité, de l’hypocrisie, des contradictions fâcheuses des uns et des autres, de l’ironie sublime et grinçante qu’il y a d’un certain point de vue qui n’est pas rien, à entendre un prince saoudien donner des conseils pour lutter contre le terrorisme, et plus encore le “terorisme islamiste” qu’il ne faut justement pas qulifier comme tel. Il s’agit de dégager l’esprit de toutes les hypothèses complexes que la raison développe sur des renversements d’alliance, des coups tordus de type géopolitique ou des manœuvres habiles simplement de type politique, etc., qu’impliquent une telle visite du roi et les déclarations de ce prince. Il importe de lire le propos pour ce qu’il dit, puisqu’il pourrait dire selon un certain point de vue le “bon sens et une certaine justesse”. On s’en tiendra là, ce qui n’est déjà pas si mal, pour lire ce quelques interventions du prince, recueillies le 2 octobre 2017, lors d’une interview que donne le susdit prince à Spoutnik et la chaîne TV russe NTV.

dedefensa.org

 

http://www.dedefensa.org/article/des-fleurs-saoudiennes-pour-la-russie

Le chant du cygne noir

Le chant du cygne noir

2 Octobre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

A la ramasse il y a deux semaines, bouffé tout cru par l’avancée loyaliste autour de Deir ez-Zoor, Daech souffle le chaud et l’effroi depuis quelques jours. Une contre-attaque éclair et massive en plusieurs points a partiellement coupé la M20 entre Palmyre et Zoor et mis l’armée syrienne en difficulté. Les combats sont féroces et les pertes sérieuses des deux côtés.

Les petits hommes en noir ont apparemment puisé dans leurs réserves et amené du côté irakien de la frontière troupes d’élite et équipement lourd pour ce qui semble être le chant du cygne du califat. La question que tout le monde se pose est évidemment : comment ont-ils pu tranquillement passer via la zone de surveillance aérienne américaine à l’est de l’Euphrate ? Nous y reviendrons…

Si la situation est maintenant stabilisée et l’armée syrienne a repris une partie du terrain perdu, l’EI ne lâche rien et la lutte est âpre, notamment autour de la petite ville de Choulah, emplacement stratégique sur la M20.

Tout cela n’empêche pas les loyalistes d’avancer à partir de Zoor le long de l’Euphrate vers Mayadin, sur le chemin d’Al Bukamal, but et raison ultimes de la guerre. Arc chiite, quand tu nous tiens… Ce faisant, Damas et Kurdes américanisés se tirent la bourre car, en parallèle, les proxies US avancent également de leur côté :

C’est dans ce contexte qu’il faut replacer la brutale contre-attaque daéchique. La logique impériale voudrait qu’elle ait été permise par le Centcom et vise à ralentir la progression de l’armée syrienne sur la frontière. Mais rien n’est tout à fait sûr et les doutes que nous avions mi-septembre sont toujours d’actualité :

Au printemps (avril-mai en l’occurrence), les Américains et leurs proxies avaient tout le temps du monde pour mettre la main sur la frontière syro-irakienne et couper définitivement l’arc chiite en deux alors que l’armée syrienne était encore à des années-lumière. Ils n’ont rien fait…

Pire, ils ont laissé sans bouger un orteil les loyalistes manger le territoire daéchique en Syrie centrale, couper l’herbe sous le pied des « modérés » d’Al Tanaf, progresser inexorablement le long de l’Euphrate au nord et libérer Deir ez-Zoor.

Et c’est seulement maintenant que l’empire, après des mois de sommeil, se réveillerait et déciderait que non finalement, il faut faire quelque chose ? Difficilement crédible.

A ces interrogations s’ajoutent d’autres questions : pourquoi par exemple l’armée syrienne n’a-t-elle à peu près rien fait entre la libération de Zoor et la contre-offensive de Daech (trois bonnes semaines) ? Pourquoi, alors qu’elle a débarqué sur l’autre rive de l’Euphrate grâce au pontage russe, n’a-t-elle pas avancé d’un pouce ? Pourquoi, de l’autre côté de la frontière, l’offensive armée irakienne/UMP vers Al Qaïm a-t-elle été stoppée ? Mystère, mystère…

Le flou est également entretenu par une flopée de vraies-fausses informations : bombardements russes sur les YPG kurdes, forces spéciales US se baladant aimablement dans le califat, bombardement du Hezbollah par un drone US près du T3… Info et intox se côtoient allègrement et il est bien difficile de démêler tout cela.

Il a aussi beaucoup été écrit que l’EI laisse tranquillement avancer les Kurdes sur Deir ez-Zoor tandis qu’il donne tout contre l’armée syrienne. Mais ce n’est pas tout à fait exact non plus. Si la réaction daéchique paraît effectivement parfois un peu soft face aux YPG, il y a quand même des combats (Suwar, Suwayyan). Quant aux décapitations (âmes sensibles s’abstenir) de combattants kurdes, elles n’ont rien de douces…

Les tempêtes de sable qui se lèvent régulièrement dans l’est syrien n’ont rien à envier au brouillard de ce qui se passe dans la zone.

A moins que, depuis le départ de Bannon, le Donald ait été totalement récupéré par le Deep State, l’empire semble avoir lâché l’affaire en Syrie (cf. plus haut) ; nous ne sommes plus sous l’ère Barack à frites, quand Washington soutenait presque ouvertement Daech, Al Qaida et consorts. De fait, les Cassandre pourtant de qualité (Moon of Alabama, Saker etc.) qui nous prédisaient presque une guerre ouverte entre Russie et Etats-Unis à propos de la Syrie il y a une semaine sont devenus soudain muets.

D’un autre côté, il serait naïf d’écarter totalement l’idée d’une coopération ponctuelle et partielle entre le Centcom et les petits hommes en noir actuellement. Il s’agit moins de couper – chimère morte et enterrée – l’arc chiite que de mettre Russes et Syriens un peu en difficulté et de peser sur les négociations d’après-guerre en donnant aux Kurdes un poids exponentiel.

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/10/le-chant-du-cygne-noir.html

Japon : le moral des industriels au plus haut depuis 10 ans, sur fond d’embellie économique

Japon : le moral des industriels au plus haut depuis 10 ans, sur fond d’embellie économique

Par latribune.fr  |   |  342  mots
L'économie japonaise a enregistré une croissance de 2,5% au deuxième trimestre en rythme annualisé grâce à la robustesse de la consommation des ménages et des dépenses d'entreprises.
L’économie japonaise a enregistré une croissance de 2,5% au deuxième trimestre en rythme annualisé grâce à la robustesse de la consommation des ménages et des dépenses d’entreprises. (Crédits : TORU HANAI)
Les grandes entreprises manufacturières japonaises n’avaient pas connu un tel niveau de moral depuis septembre 2007. Cette étude renforce les déclarations de la Banque du Japon (BoJ), qui considère que l’économie évolue vers une expansion soutenue, capable de stimuler les salaires et les dépenses des ménages et d’accélérer l’inflation jusqu’à atteindre son ambitieux objectif de 2% d’ici 2020.

Signe de l’accélération de la reprise au sein de la troisième économie mondiale, la confiance des grands groupes manufacturiers japonais a atteint un pic de dix ans en septembre, selon l’enquête trimestrielle « tankan » de la Banque du Japon publiée lundi.

L’indice phare de l’enquête « tankan » a grimpé à +22 en septembre contre +17 trois mois auparavant, son quatrième trimestre d’affilée de hausse et son meilleur niveau depuis septembre 2007. La prévision médiane du marché était de +18. Cet indice est cependant attendu en baisse au cours du quatrième trimestre, montre l’enquête, les industriels l’anticipant à +19 pour sa prochaine édition.

L’indice du moral des grandes entreprises non industrielles s’est établi à +23, inchangé par rapport à juin et conformément aux attentes du marché.

Vers une expansion soutenue ?

Cette étude renforce les déclarations de la Banque du Japon (BoJ), qui considère que l’économie évolue vers une expansion soutenue, capable de stimuler les salaires et les dépenses des ménages et d’accélérer l’inflation jusqu’à atteindre son ambitieux objectif de 2% d’ici 2020.

« Il existe un certain nombre de facteurs positifs, dont la reprise des exportations du Japon et l’amélioration de l’économie mondiale, conjuguée à la récente dépréciation du yen », a commenté Katsunori Kitakura, analyste de SuMi Trust.

Les grands groupes prévoient d’augmenter leurs investissements de 7,7% au cours de l’exercice fiscal en cours, qui prend fin en mars 2018, précise en outre l’enquête. Les analystes interrogés par Reuters prévoyaient une hausse de 8,3%.

Ces données figurent parmi les facteurs que les neuf membres de la BoJ prendront en compte lors de leur réunion d’évaluation économique prévue les 30 et 31 octobre. Elles sont susceptibles en outre de favoriser la campagne du Premier ministre sortant Shinzo Abe en vue des élections législatives anticipées du 22 octobre.

L’économie japonaise a enregistré une croissance de 2,5% au deuxième trimestre en rythme annualisé grâce à la robustesse de la consommation des ménages et des dépenses d’entreprises.

(avec Reuters)

 

 

http://www.latribune.fr/economie/international/japon-le-moral-des-industriels-au-plus-haut-depuis-10-ans-sur-fond-d-embellie-economique-752469.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20171002

 

Tunisie-Indonésie : vers l’instauration d’un partenariat de libre échange commercial

Tunisie-Indonésie : vers l’instauration d’un partenariat de libre échange commercial

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 03/10/2017 00:06

 

Après neuf années de suspension, la commission mixte tuniso-indonésienne a repris lundi ses travaux à l’occasion d’une visite officielle de la ministre indonésienne des Affaires étrangères, Retno Marsudi.

Démarrée en 2008, la commission mixte tuniso-indonésienne arrive cette année à sa dixième session qui, deux jours durant, discutera des moyens susceptibles de renforcer la coopération bilatérale, selon le ministre tunisien des Affaires étrangères Khemais Jhinaoui.

Le chef de la diplomatie tunisienne a confirmé avoir reçu de la partie indonésienne un projet, désormais en cours d’examen, portant sur l’instauration d’un partenariat commercial de libre échange entre la Tunisie et l’Indonésie.

« Tenir cette session, après neuf années de gel, traduit parfaitement la volonté commune des deux pays à réussir un élan qualitatif en matière de coopération », a déclaré la ministre indonésienne Retno Marsudi.

Cette visite favorisera la conquête de nouveaux potentiels d’investissements dans le cadre du partenariat public-privé dans les deux pays, a-t-elle poursuivi.

Les deux responsables se sont convenus à appuyer la coopération entre la Tunisie et l’Indonésie dans le cadre du principe gagnant-gagnant touchant le commerce, l’investissement, l’éducation, la formation diplomatique outre la lutte contre le terrorisme.

Actuellement, le volume des échanges commerciaux entre la Tunisie et l’Indonésie s’établit entre 120 et 150 millions de dinars (entre 48 et 60 millions de dollars).

[Russeurope en Exil] Catalogne, l’urgence d’une solution, par Jacques Sapir

Billet Invité

Les événements de Catalogne, suite à la tenue du référendum, déclaré « illégal » par divers tribunaux, et aux violences policières (plus de 800 personnes ont eu besoin d’avoir une assistance médicale) qui l’ont accompagné pourraient présager d’un avenir sombre en Espagne. Les indépendantistes clament que, sur un corps électoral de plus de 5,5 millions d’électeurs, il y a eu une participation de 42,3% (chiffre faible, mais qu’explique l’intervention de la police pour tenter de mettre fin au vote) et que sur ces électeurs, ils ont recueilli 90% d’approbation à l’indépendance. Ils sortent donc renforcés de l’épreuve de force tandis que le gouvernement de Madrid, et le Premier-ministre M. Rajoy en particulier, apparaissent affaiblis. De ce point de vue, le soutien apporté par Emmanuel Macron à M. Rajoy[1] apparaît comme une double erreur. Erreur de tactique, car ce dernier sort affaibli de son affrontement avec les indépendantistes catalans. Mais aussi une erreur de fond car, et c’est l’évidence, Emmanuel Macron n’a nullement compris ce qui se jouait en Catalogne.

La question de la sortie de cette crise se pose avec aujourd’hui une acuité toute particulière. De nouveaux dérapages pourraient conduire à une guerre civile. Il convient de rappeler ici certains principes qui devraient guider l’action des uns et des autres.

La question de la légalité

On a beaucoup dit que ce référendum était « illégal », et que ce simple fait justifiait la répression massive qui a été employée. C’est ici faire très profondément erreur et sans même se pencher sur la nature des tribunaux qui ont émis ce jugement.

En effer, le « légalité » ne peut servir de boussole dans cette situation. Non que l’état de droit ne soit pas une chose importante, mais il convient de ne pas oublier que le droit peut opprimer tout autant que libérer. On rappelle ici les études de cas qui sont proposées dans l’ouvrage de David Dyzenhaus, The Constitution of Law. À plusieurs reprises, l’auteur évoque ses propres analyses des perversions du système légal de l’Apartheid[2] en rappelant que cette jurisprudence avilissante tenait moins aux convictions racistes des juges sud-africains qu’à leur « positivisme»[3]. Ces études aboutissent, au bout du compte, à mettre en évidence une critique du positivisme. Cette dernière est fondamentale. Elle permet de comprendre comment l’obsession pour la rule by law (i.e. la légalité formelle) et la fidélité au texte tourne bien souvent à l’avantage des politiques gouvernementales quelles qu’elles soient.

Que ce référendum ait été déclaré illégal est une chose, mais n’est donc pas la fin de l’histoire. L’existence d’une situation exceptionnelle, de ce que les juristes appellent le cas « extremus necessitatis », est régulièrement abordée par les juristes. Il est citée par Bodin comme relevant le souverain de l’observation régulière de la loi[4]. Carl Schmitt, citant d’ailleurs lui aussi Bodin, en fait le cas emblématique de l’exception juridique[5], de l’interruption du droit normal sans que le principe du Droit ne soit, quant à lui, interrompu. D’autres solutions que l’envoi massif de la police (plus de 10 000 hommes) contre des personnes désarmées et pacifiques pouvaient être trouvée, même en respectant la lettre de la règle de droit. Plus fondamentalement, il était clair devant l’ampleur du mouvement de soutien aux indépendantistes que l’on était sorti du monde des règles de droit pour entrer dans celui de la politique. Mais, si on veut que ce monde de la politique reste fidèle aux principes du droit, alors il faut discuter de la souveraineté.

Un conflit de souveraineté

La question de la souveraineté est ici au cœur même de cet affrontement. Il faut le comprendre, et comprendre donc la centralité de cette notion, ce que, à l’évidence, et M. Rajoy et M. Macron ne sont pas capables de faire. A l’évidence, on a un ici conflit entre la souveraineté espagnole et la souveraineté, ou du moins son aspiration, catalane. Mais, la souveraineté renvoie à la notion de peuple. Car, c’est le peuple la source de toute souveraineté.

Cependant, encore faut-il savoir ce qui fait ce peuple, et donc faut-il ce qui constitue un « peuple ». Il faut comprendre que quand nous parlons d’un « peuple » nous ne parlons pas d’une communauté ethnique ou religieuse, mais une communauté politique d’individus rassemblés, une communauté qui prend son avenir en mains[6]. Le « peuple » auquel on se réfère est donc un peuple « pour soi », qui se construit dans l’action et non un peuple « en soi ». Se référer à cette notion de souveraineté, vouloir la défendre et la faire vivre, se définir donc comme souverainiste, implique de comprendre que nous vivons dans des sociétés hétérogènes et que l’unité de ces dernières se construit, et se construit avant tout politiquement. Se référer à la notion de souveraineté implique donc aussi de dépasser l’idée d’un peuple constitué sur des bases ethniques ou par une communauté de croyants. La liberté de la communauté politique, de ce que l’on nomme le peuple, passe par la liberté de l’ensemble territorial sur lequel ce peuple vit. On ne peut penser de « Peuple » sans penser dans le même mouvement la « Nation ». Et, la liberté du « Peuple » dans le cadre de la « Nation » s’appelle justement la souveraineté. C’est pourquoi elle est essentielle à l’existence de la démocratie. La souveraineté est une et elle ne se divise pas.

La construction du peuple

Seulement, cette unité du peuple n’est jamais donnée ni naturelle[7]. Le peuple se construit simultanément à la nation, dont l’achèvement est l’Etat- nation. Cette unité du peuple repose sur un pacte fondateur, que ce dernier soit explicite ou implicite. Ce pacte, par ailleurs n’est nullement un « contrat » que l’on pourrait défaire au gré des changements de volonté. De ce point de vue, le peuple dont on parle est une chose différente de la libre association des producteurs dont parlait Marx. Il fait référence à l’histoire, aux luttes politiques accumulées, et donc à une forme d’identité politique. Ce pacte s’impose à ses membres et demande, pour être rompu, que des événements graves, des situations exceptionnelles (et revoici la notion d’extremus necessitatis) soit survenus. La notion de peuple est en réalité intimement liée à cette « chose commune » ou Res Publica, qui unit les individus. En réalité il y a un lien entre tout cela[8]. Quand on porte atteinte à la souveraineté du peuple, on porte atteinte à la légitimité des institutions. Mais, si les institutions ne sont plus légitimes et si – ainsi – on affaiblit la légalité, c’est-à-dire la force de la loi que reste-t-il si ce n’est l’illusoire recours à une loi divine ? Et l’on sait très bien aujourd’hui à quelles horreurs cela entraîne.

Si, donc, nous en tenons à cette définition essentiellement politique du peuple, il convient alors de remarquer que l’identité nationale se construit aussi dans la lutte permanente pour faire vivre et évoluer les institutions de ce peuple, tout comme elle vit dans des coutumes et des usages. Telle est la leçon qu’il faut tirer de l’ouvrage classique de François Guizot sur la « civilisation européenne ». Dans sa septième leçon, il analyse le processus d’affranchissement des communes, ce qui le conduit d’ailleurs à la célèbre conclusion que voici : « (…) la lutte, au lieu de devenir un principe d’immobilité, a été une cause de progrès ; les rapports des diverses classes entre elles, la nécessité où elles se sont trouvées de se combattre et de se céder tour à tour, la variété de leurs intérêts et de leurs passions, le besoin de se vaincre sans pouvoir en venir à bout, de là est sorti peut être le plus énergique, le plus fécond principe de développement de la civilisation européenne[9]. »

Le poids de l’Histoire

Or, l’histoire des institutions n’est pas exactement la même en Espagne et en Catalogne. La Catalogne avait des institutions en un sens plus modernes, et en tous les cas différentes, de celles du reste de l’Espagne. C’est aussi cela qui explique la vivacité, au travers des siècles, du sentiment national catalan. Cela fut, en un sens, reconnu dans le statut quasi-fédéral de l’Espagne[10] puisque l’on y parle des peuples espagnols et non du peuple espagnol[11]. Le pacte fondateur, dans ce cas la Constitution de 1978, n’unissait pas le peuple mais des peuples. L’Espagne et les élites espagnoles, tiraient – semblaient le faire de plus en plus depuis 1978 – les leçons de son histoire tragique. Car, la question des autonomies avait été au cœur des problèmes traités lors de la rédaction de la Constitution de la 1ère République, en 1931. Ces questions avaient aussi été au centre de la Guerre Civile. Il faut encore rappeler le tribut extrêmement lourd que la Catalogne paya à la répression franquiste à partir de 1939. Ces événements sont tout aussi constitutifs de l’identité politique catalane que ne l’est la langue ou des traditions.

Cependant, cette Constitution était imparfaite, ce qui n’est pas étonnant quand on considère les compromis passés pour faire sortir l’Espagne de l’époque franquiste, et les Catalans sont fondés à considérer qu’ils n’ont pas été bien traités, du moins depuis la crise de 2008 et l’invalidation de leur statut en 2010.

Cela justifiait-il un basculement vers l’indépendantisme ? Ce n’est pas à un étranger, à un Français, de le dire. Mais on peut du moins constater que le pacte fondateur a été très sérieusement ébranlé ces dernières années. Il n’est pas neutre, dans ce contexte, que ces ébranlements soient venus de Madrid. Il faut donc reconnaître ce poids du passé, qu’il s’agisse d’un passé ancien ou du passé récent. La politique ne peut faire fi de l’histoire.


La nécessité d’un double compromis

Dans ces conditions, et tenant compte de ce qui s’est passé ce 1er octobre, quelles sont les conditions probables pour une sortie démocratique de la crise actuelle ? Car, et il faut en être conscient, cette crise peut dégénérer dans les mois qui viennent en une guerre civile.

Il est ici évident qu’un compromis doit être trouvé entre Madrid et Barcelone autour du statut du référendum. Ce dernier était illégal, mais il s’est tenu en dépit de la répression, et le nombre de personnes qui se sont déplacées pour voter fait que l’on ne peut pas le balayer d’un revers de main. Le premier compromis porte donc sur un moratoire quant à la question de l’indépendance (disons de trois ans) assorti de la reconnaissance d’un véritable référendum à l’issue de cette période. Ce compromis doit alors s’appuyer sur la déclaration irrévocable du gouvernement de Madrid de reconnaître le résultat de ce référendum, et sur l’engagement d’organiser une conférence constitutionnelle qui proposera aux Catalans l’alternative entre une autonomie réformée et l’indépendance à la fin du délai de trois ans.

Un second compromis porte sur le pouvoir à Madrid. M. Rajoy est aujourd’hui discrédité, que ce soit au niveau national ou international. Il doit donc se retirer si l’on veut que la tension baisse significativement entre Madrid et les Catalans. Son retrait pourrait être l’occasion d’appeler à de nouvelles élections générales dont l’un des thèmes devrait être « dans quelle Espagne voulez-vous vivre ». On sent bien la nécessité de refonder le Pacte national. Cette refondation doit passer à la fois par la conférence constitutionnelle et une consultation de tous les espagnols. Une autre solution pourrait être d’appeler à une assemblée constituante et non une simple conférence constitutionnelle. Si elle apparaît plus simple à mettre en œuvre, il est à craindre qu’elle ne se heurte à des résistances très profondes au sein de la classe politique, et en particulier du Parti Populaire.

Ces deux compromis pourraient ouvrir la voie à une solution pacifique et démocratique. Elle donnerait une ultime chance de refonder le Pacte national espagnol, et donc de préserver l’intégrité territoriale de l’Espagne. Elle laisserait surtout, et c’est le principal, le dernier mot au peuple.

Le gouvernement français se serait grandi si, au lieu d’apporter son soutien aux matraqueurs de la police, il avait fait entendre la voix de la raison et appelé à un compromis. Il n’est pas encore trop tard pour le faire. Car, si aucune solution n’est trouvée, si les affrontements montent encore d’un cran, c’est folie de croire que la France n’en subira pas les conséquences.

Jacques Sapir

Notes

[1] http://www.lcp.fr/afp/catalogne-macron-soutient-rajoy

 

[2] Dyzenhaus D, Hard Cases in Wicked Legal Systems. South African Law in the Perspective of Legal Philosophy, Oxford, Clarendon Press, 1991.

[3] Dyzenhaus D., The Constitution of Law. Legality In a Time of Emergency, op.cit., p. 22.

[4] Bodin J., Les Six Livres de la République, (1575), Librairie générale française, Paris, Le livre de poche, LP17, n° 4619. Classiques de la philosophie, 1993.

[5] Schmitt C., Théologie Politique, traduction française de J.-L. Schlegel, Paris, Gallimard, 1988; édition originelle en allemand 1922, pp. 8-10.

[6] Et l’on avoue ici plus qu’une influence de Lukacs G., Histoire et conscience de classe. Essais de dialectique marxiste. Paris, Les Éditions de Minuit, 1960, 383 pages. Collection « Arguments »

[7] Cette question est largement traitée dans le livre écrit pour le Haut Collège d’Economie de Moscou, Sapir J., K Ekonomitcheskoj teorii neodnorodnyh sistem – opyt issledovanija decentralizovannoj ekonomiki (Théorie économique des systèmes hétérogènes – Essai sur l’étude des économies décentralisées) – traduction de E.V. Vinogradova et A.A. Katchanov, Presses du Haut Collège d’Économie, Moscou, 2001. Une partie de l’argumentation est reprise sous une forme différente dans Sapir J., Les trous noirs de la science économique – Essai sur l’impossibilité de penser le temps et l’argent, Albin Michel, Paris, 2000.

[8] « La genèse de la laïcité » in Blandine Kriegel, La politique de la raison, Paris, Payot, 1994.

[9]. F. Guizot, Histoire de la civilisation en Europe, rééd. du texte de 1828 avec une présentation de P. Rosanvallon, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », 1985, p. 182.

[10] Campuzano F., La transition espagnole : entre réforme et rupture (1975-1986), Paris, PUF, 2011

[11] Voir les articles 143 et 151 de la Constitution espagnole.

12 réponses à [Russeurope en Exil] Catalogne, l’urgence d’une solution, par Jacques Sapir. Pour lire les 12 réponses, cliquez sur le lien !

 

http://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-catalogne-lurgence-dune-solution-par-jacques-sapir/

Gérard Larcher (LR) réélu très largement à la présidence du Sénat, pour la troisième fois

Gérard Larcher (LR) réélu très largement à la présidence du Sénat, pour la troisième fois

Il a été élu dès le premier tour, avec 223 voix.

Le sénateur LR Gérard Larcher, applaudi après sa réélection à la tête du Sénat, le 2 octobre 2017.
Le sénateur LR Gérard Larcher, applaudi après sa réélection à la tête du Sénat, le 2 octobre 2017. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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Fusillade de Las Vegas : pourquoi la revendication du groupe Etat islamique pose question

Le sénateur Les Républicains Gérard Larcher a été réélu très largement à la présidence du Sénat, dès le premier tour, lundi 2 octobre. Grand favori du scrutin, le président sortant, au profil consensuel, âgé de 68 ans, a été élu dès le premier tour lors d’un vote à bulletins secrets à la tribune. Celui qui se présente comme le défenseur des territoires a été désigné avec 223 voix contre 79 pour Didier Guillaume (PS) et 15 pour Eliane Assassi (PCF).

Vétérinaire de profession, ancien ministre, Gérard Larcher entame son troisième mandat à la tête du Sénat, qu’il a dirigé de 2008 à 2011 avant de laisser la place au socialiste Jean-Pierre Bel, puis de nouveau à partir de 2014. Le président du Sénat est le deuxième personnage de l’Etat, censé assurer l’intérim du président de la République en cas de vacance et d’empêchement.

Crise en Catalogne : l’Europe reste sans voix (V2)

Crise en Catalogne : l’Europe reste sans voix (V2)

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(B2) La crise gronde en Catalogne, et l’Europe fait aujourd’hui un petit service minimum. Il est vrai que la situation est tendue : entre un gouvernement, intransigeant, si « droit dans les bottes » qu’il en vient à vaciller, et un pouvoir catalan qui cherche l’affrontement, et l’a obtenu, il n’est pas aisé de trouver une troisième voie. Mais ce qu’on aperçoit confine aujourd’hui à l’absurdité.

Après les évènements de dimanche, les réactions ont, en effet, été plutôt limitées. Le porte-parole de la Commission s’est limité, à midi à appeler à la retenue. « Nous appelons tous les acteurs pertinents à passer rapidement de la confrontation au dialogue. […] La violence ne peut jamais être un instrument en politique. » Et Donald Tusk le président du Conseil européen a mis plusieurs heures avant de trouver une centaine de caractères pour apporter une variation sur cette thématique : « je viens juste de parler avec Mariano Rajoy. Partageant ses arguments constitutionnels, j’appelle pour trouver des voix afin d’éviter l’escalade et l’usage de la force ».

Et que dire de ce qui s’est passé depuis plusieurs semaines. L’Europe a joué au sourd et muet durant de longues semaines précédant la consultation organisée par Barcelone. Elle n’a pas cherché à prévenir la crise, à s’entremettre, à s’interposer dans une escalade qui paraissait évidente et pourrait déborder le terrain espagnol. Mettre en place une commission, composée de quelques « sages » Européens, à la retraite mais disposant d’une certaine expérience, n’aurait pas vraiment coûté très cher. Il était à portée de main d’imaginer une solution pour sortir de la crise.

Le respect de la Constitution espagnole a bon dos… On peut davantage parler d’un manque d’anticipation, voire d’une certaine lâcheté. De tous temps, la Commission européenne a reçu, parfois jusqu’au plus haut niveau – du président de la Commission – les leaders des régions. Comme pour leur donner un rôle. Pourquoi avoir reçu l’Ecossaise Nicola Surgeon, en grande pompe, en lendemain du Brexit, au grand dam de Londres ? Pourquoi la Commission s’interpose dans la législation polonaise en matière de justice ? Et, hors des frontières de l’UE, comment les Européens ont-ils pu arraché l’indépendance du Kosovo à la Serbie (même si cinq pays, dont justement l’Espagne, n’ont jamais reconnu cette indépendance) et la soutenir à bout de bras, en lui ouvrant les portes de l’adhésion à l’Union européenne… Et refuser pareille chose à la Catalogne. Il y a, là, certaines logiques vraiment surprenantes…

En recevant en juin 2016, la chef de l’Ecosse Nicola Sturgeon, la Commission européenne avait beaucoup moins de « sentimentalité » sur le sort du Royaume-Uni (crédit : CE)

Peut-on d’ailleurs vraiment dire que l’indépendance de la Catalogne, une des régions les plus riches d’Espagne, ne concerne que Madrid et Barcelone ? Cela parait délicat. Si la Catalogne obtient ou arrache son indépendance, cela risque d’avoir un effet boule de neige sur d’autres parties européennes tentées par l’autonomie. D’autant plus quand la crise se marque de positions de plus en plus tranchées. Toutes proportions gardées, on se trouve, ici, placé face au même phénomène qui a marqué l’ex-Yougoslavie au début des années 1990 quand la Slovénie puis la Croatie ont pris leur indépendance, provoquant une série de réactions en cascade et plusieurs guerres civiles. On sait que dans ce type de crises, ce qui importe c’est de désamorcer très vite toute tentative de nationalisme ou de violence… Après il est souvent trop tard…

Au surplus, ce type d’abstention silencieuse, cette politique de l’autruche, pose un problème de légitimité pour l’Union européenne, quand elle voudra s’exprimer dans le monde. Au moindre dérapage dans une manifestation, dans un bourrage d’urnes, au Cameroun ou au Kenya, l’Union européenne communique (à juste titre). Mais, voir des policiers intervenir dans des bureaux de vote, tenus pacifiquement, en terre européenne, ne lui arrache pas plus d’une dizaine de mots… et encore très polis.

(Nicolas Gros-Verheyde)

NB : dans ce papier je ne cherche à valider aucun des arguments entendus de part et d’autre. Parler « d’oppression de Madrid » est aussi ubuesque que de qualifier cette consultation de « farce démocratique » ? Il s’agit d’éviter qu’une crise dégénère et atteigne un point de non retour. C’est le rôle de l’Union européenne, son premier rôle d’ailleurs (avant tous les autres) : faire que l’Europe soit un continent de paix, de démocratie et de dialogue.

NB 2 : à B2, nous n’avions pas de case « Europe » dans notre rubrique « Zones de Crises », faudra-il en créer une demain ?

Nicolas Gros-Verheyde

© B2 – Bruxelles2 est un média en ligne français qui porte son centre d’intérêt sur l’Europe politique (pouvoirs, défense, politique étrangère, sécurité intérieure). Il suit et analyse les évolutions de la politique européenne, sans fard et sans concessions. Agréé par la CPPAP. Membre du SPIIL. Merci de citer « B2 » ou « Bruxelles2 » en cas de reprise Son rédacteur en chef est Nicolas Gros-Verheyde, également correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest et La Lettre de l’expansion et intervenant pour BX1 (Tv Bruxelles). Auditeur de la 65e session de l’IHEDN (Institut des Hautes Etudes de la Défense nationale).
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