Pendant ce temps, autour des Kouriles… (Pacifico I)

Chroniques du Grand jeu

La géopolitique autrement, pour mieux la comprendre…

Pendant ce temps, autour des Kouriles… (Pacifico I)

Publié le 14 Janvier 2019 par Observatus geopoliticus in Extrême-Orient, Chine, Etats-Unis, Russie

Lorsque Magellan le découvrit et le nomma « Pacifique » en raison du temps calme qu’il y rencontra durant sa traversée, il ne pouvait imaginer que le digne océan deviendrait une composante du Grand jeu un demi-millénaire plus tard…

Plusieurs nouvelles très intéressantes nous en parviennent ces derniers temps. Aussi engageons-nous une série en plusieurs épisodes sur les grandes manœuvres géopolitiques et stratégiques qui s’y déroulent. Mais auparavant, un petit rappel est nécessaire :

Une carte vaut parfois tous les discours. Nous sommes évidemment en plein Grand jeu, qui voit la tentative de containment du Heartland eurasien par la puissance maritime américaine. Les disputes territoriales dans les différentes mers de Chine ne concernent pas une quelconque volonté de mettre la main sur d’éventuelles ressources énergétiques ou routes stratégiques, ou alors seulement en deuxième instance. Il s’agit avant tout pour le Heartland, la Chine en l’occurrence, de briser l’encerclement US et de s’ouvrir des routes vers le Rimland et vers l’océan, exactement comme la Russie le fait sur la partie ouest de l’échiquier avec ses pipelines et ses alliances de revers.

La présence américaine en Extrême-Orient est l’héritage de l’immédiat après-guerre (tiens, tiens, justement la période des père fondateurs de la pensée stratégique états-unienne, MacKinder et Spykman). Japon (1945), Taïwan (1949), Corée (1950) : la boucle était bouclée et l’Eurasie cernée à l’est, comme elle l’était à l’ouest par l’OTAN, au Moyen-Orient par le CENTO et en Asie du sud et sud-est par l’OTASE. La guerre froide entre les deux Corées ou entre Pékin et Taïwan sont évidemment du pain béni pour Washington, prétexte au maintien des bases américaines dans la région.

Le double plan de la puissance maritime – diviser le continent-monde à l’intérieur, l’encercler à l’extérieur – a atteint son acmé avec la rupture sino-soviétique de 1960. Un demi-siècle plus tard, que d’eau a coulé sous les ponts… L’Eurasie n’a jamais été aussi unie (symbiose russo-chinoise, Organisation de Coopération de Shanghai), rendant caduque la première partie du plan. Quant au deuxième axiome, il fuit de partout.

Washington ayant à peu près abandonné ses folles prétentions d’infiltration du Heartland, tout ce qui reste aux stratèges US est le second paradigme : maintenir coûte que coûte l’encerclement de l’Eurasie. C’est sur cette ceinture de plusieurs milliers de kilomètres que les frictions ont lieu, se doublant d’ailleurs parfois de considérations historiques qui n’ont rien à voir avec les menées impériales.

Le meilleur exemple est le point chaud le plus septentrional : les îles Kouriles. La dispute territoriale entre la Russie et le Japon pour ce petit archipel est tout sauf nouvelle.

Reconnues comme soviétiques au traité de San Francisco de 1951, les îles, plus exactement les quatre plus méridionales, sont néanmoins revendiquées par le Japon qui les appellent « Territoires du nord ». Cette dispute empoisonne quelque peu les relations russo-japonaises depuis lors et ont empêché les deux pays de signer un traité de paix trois-quart de siècle après la fin de la guerre.

La question est revenue sur le devant de la scène depuis quelques temps. Poutine, très populaire au Japon où « son » calendrier (!) est plus vendu que celui des stars nippones de la chanson, a semblé ouvert à la rétrocession. Notamment lorsque, au Forum économique de Vladivostok en septembre, il s’est subitement tourné vers le Premier ministre japonais, Abe, et lui a déclaré devant les caméras qu’il était prêt à signer un traité de paix sans préconditions.

Emballement passager dans l’euphorie du moment ? Connaissant le sang-froid et l’intelligence du bonhomme, on serait tenté de répondre non. Mais certaines réactions poutinesques à chaud ont surpris cette année, comme l’invraisemblable high five goguenard au boucher de Riyad lors du sommet du G20 en novembre, qui en a mis plus d’un mal à l’aise… Notons en passant que ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le maître du Kremlin semble en porte-à-faux avec le reste de la direction russe dernièrement (voir la dissonance avec le Ministère russe de la Défense sur le rôle d’Israël en Syrie, par exemple) mais ceci est un autre sujet.

Toujours est-il que Moscou a vite tempéré les espoirs japonais en précisant que si les îles les plus méridionales pouvaient être rétrocédées à Tokyo, cela n’impliquait pas un transfert de souveraineté. En fait de précision, ces déclarations ajoutaient à la confusion.

Le Ministère russe des Affaires étrangères, lui, n’a jamais varié de position et a souvent montré son irritation devant la méthode Coué japonaise qui surinterprétait les déclarations venant de Moscou. Pour Lavrov, la question de la souveraineté russe sur les îles Kouriles n’est pas négociable, point à la ligne. Et quand des responsables nippons ont lancé l’idée que les Etats-Unis pourraient être impliqués dans les négociations, la réponse, sèche, ne s’est pas fait attendre : « Nous avons adressé aujourd’hui un avertissement très sérieux à ce sujet. Dans quelle mesure le Japon peut être indépendant sur de telles questions, lui qui a une telle dépendance à l’égard des Etats-Unis ? » Aux dernières nouvelles, Abe en a avalé son sushi de travers…

Car en filigrane, l’empire US, suzerain de Tokyo depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, n’est évidemment jamais loin. Selon le Traité de coopération mutuelle et de sécurité, signé en 1960, les militaires américains auraient théoriquement le droit de se déployer sur les îles Kouriles si celles-ci étaient rendues au Japon. Et ça, pour Moscou, il n’en est évidemment pas question.

Nous retrouvons ici notre Grand jeu et la tentative de containment de l’Eurasie par les Etats-Unis. Leurs bases en Extrême-Orient (Japon, Corée du Sud, VIIème flotte autour de Taïwan) enserrent déjà le dragon chinois. Que les Américains s’établissent dans les Kouriles et c’est la base navale de Vladivostok, l’un des joyaux de la flotte russe, qui se retrouve dans la nasse ! A Moscou, le calcul est vite fait. Avec des Kouriles russes, l’ours peut aller barboter comme il l’entend dans le Pacifique et il n’est pas concevable qu’il lâche cet avantage stratégique majeur. Même au prix de quelques calendriers invendus…

 

Publicités

Le sort du Brexit suspendu au vote du Parlement britannique

La Première ministre britannique Theresa May devant les députés, le 14 janvier 2019 à Londres (capture d’écran/ AFP Photo/PRU) © PRU/AFP HO

International

Le sort du Brexit suspendu au vote du Parlement britannique

le 15 janvier 2019

Le sort du Brexit est suspendu au vote mardi des députés britanniques, qui se prononceront dans la soirée sur l’accord de divorce conclu avec Bruxelles, une défaite « historique » étant annoncée pour la Première ministre Theresa May.

Celle-ci a déployé tous ses efforts pour tenter de convaincre les députés, les prévenant qu’en cas de rejet du texte, le pays entrera « en territoire inconnu », et pourrait sortir sans accord ou même rester dans l’UE.

Mardi, les tabloïds pro-Brexit suppliaient les députés de soutenir l’accord. « Mettez vos préjugés de côté et donnez la priorité à votre pays », implorait Daily Mail.

Si les députés se prononcent en faveur du texte, le Brexit sera effectif le 29 mars à 23H00 GMT, et Londres et Bruxelles commenceront à discuter de leur future relation commerciale après une période de transition prévue pour durer jusque fin 2020 et censée adoucir la rupture après 40 ans de mariage.

Mais la presse britannique prédisait une déroute massive pour la Première ministre. « May se prépare à une défaite historique » pour le Times, elle n’ a « plus d’alliés et plus de temps », constate le Telegraph. « Nous regrettons de devoir nous opposer à une Première ministre Tory », écrit le Telegraph, quotidien de droite. « Mais ce serait une erreur historique que les députés approuvent cet accord épouvantable. »

Le Daily Mirror, classé à gauche, conseille à la cheffe du gouvernement de « commencer à chercher un Plan B », alors qu’elle s’apprête à connaître « une des plus écrasantes défaites au Parlement ».

Le vote, prévu à partir de 19H00 GMT, intervient après une période de turbulences dans la classe politique britannique. Celle-ci a été incapable de se mettre d’accord sur quel Brexit mettre en oeuvre, entre partisans d’une rupture nette et ceux qui souhaitent au contraire le maintien de liens étroits.

– « Rien n’a changé » –

Initialement prévu en décembre, le vote avait été reporté à la dernière minute par Mme May pour éviter une défaite annoncée et se laisser le temps d’obtenir des « assurances » supplémentaires de la part des dirigeants européens.

Ceux-ci ont affirmé que l’UE « ne souhaite pas » que la disposition controversée du « filet de sécurité » (ou « backstop » en anglais) entre en vigueur, dans une lettre publiée lundi.

Cette option de dernier recours prévoit de maintenir le Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE pour éviter le rétablissement d’une frontière physique entre l’Irlande et la province britannique d’Irlande du Nord, si aucune solution alternative n’était trouvée à l’issue de la période de transition. Elle est particulièrement décriée par les « Brexiters », qui y voient une forme d’amarrage indéfini à l’UE.

Mais les garanties européennes n’ont pas convaincu le parti ultra-conservateur nord-irlandais DUP, dont le soutien est indispensable à Theresa May pour disposer d’une majorité absolue au Parlement. Pour ce parti, le projet d’accord menace l’intégrité économique et politique du Royaume-Uni.

« Nous ne laisserons pas des bureaucrates à Bruxelles nous séparer du reste du Royaume-Uni », a dit Sammy Wilson, chargé du Brexit au sein du DUP, à BBC Newsnight.

Pour le Labour comme pour les libéraux-démocrates et les nationalistes écossais du SNP, « rien n’a changé ».

Une partie du Parti conservateur reste aussi fortement opposée à l’accord négocié par leur cheffe.

La cheffe des conservateurs a prévenu son camp des risques de perdre le pouvoir au profit au Labour, qui compte déposer une motion de censure pour déclencher des élections législatives anticipées en cas d’échec du texte au Parlement.

– « Extension possible » –

Theresa May devrait s’exprimer après le vote.

Ce sera « difficile pour elle de continuer » à son poste, si elle perd par plus de cent voix, a dit une source ministérielle au Telegraph.

Mais pour la ministre des relations avec le Parlement, Andrea Leadsom, la cheffe du gouvernement n’a pas l’intention de jeter l’éponge. Elle « restera déterminée à mettre en oeuvre cet accord », a dit Mme Leadsom à BBC Newsnight.

Face à l’hostilité des députés, la dirigeante britannique n’a pas pu écarter totalement l’hypothèse d’un report de la date du Brexit.

Cette éventualité, de plus en plus évoquée par des députés britanniques, bénéficierait de soutiens côté européen.

À Strasbourg, plus de 100 députés européens se sont engagés lundi à soutenir un report de la date si le Royaume-Uni le réclame, si cela peut éviter un divorce sans accord, dans un courrier destiné aux Britanniques.

LNT avec Afp

https://lnt.ma/sort-brexit-suspendu-vote-parlement-britannique/

Grand débat national : ce que disait le programme de Macron au sujet des quatre thèmes abordés

Grand débat national : ce que disait le programme de Macron au sujet des quatre thèmes abordés

Le grand débat national qui s’ouvre mardi s’articule autour des thèmes de la fiscalité et les dépenses publiques, de l’organisation de l’Etat et des services publics, de la transition écologique et de la démocratie et la citoyenneté.

Emmanuel Macron lors de la présentation de son programme pour l\'élection présidentielle, le 2 mars 2017, à Paris. 
Emmanuel Macron lors de la présentation de son programme pour l’élection présidentielle, le 2 mars 2017, à Paris.  (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Dans sa lettre aux Français, Emmanuel Macron a listé 32 questions « essentielles » à ses yeux qui tracent les grandes lignes du grand débat national qui s’ouvre mardi 15 janvier en réponse à la crise des « gilets jaunes ». Les thèmes retenus sont la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’Etat et des services publics, la transition écologique, et finalement la démocratie et la citoyenneté, lequel a été élargi à la question de l’immigration.

Le candidat Emmanuel Macron avait abordé ces thèmes lors de la campagne présidentielle et dans son programme. Quelles étaient les réponses aux questions retenues dans le cadre du grand débat national ? Franceinfo fait le point.

Sur la fiscalité et les dépenses publiques

« Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace ? Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité ? »

Emmanuel Macron a déjà mis en place plusieurs de ses promesses de campagne en termes de fiscalité. La plus contestée a été de réduire l’impôt sur la fortune (ISF) au patrimoine immobilier, le remplaçant ainsi de facto par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI). L’imposition des revenus du capital a aussi baissé avec l’instauration d’une « flat tax », c’est-à-dire à un taux unique, fixé à 30%.

L’impôt sur les sociétés doit décroître progressivement, en vue de passer d’ici à 2020 de 33,3% à 25% et de rejoindre ainsi la moyenne européenne. Le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) mis en place par François Hollande a lui été converti en baisse des cotisations pérennes des entreprises, de l’ordre de 6 points pour les salaires allant jusqu’à 2,5 fois le smic, et jusqu’à 10 points pour les salaires compris entre 1 et 1,6 smic.

D’autre part, la suppression progressive de la taxe d’habitation a été engagée et se poursuivra jusqu’en 2020. « La suppression pour 80% des Français est déjà actée. C’était d’ailleurs un engagement de campagne du président. La position du gouvernement est celle d’une suppression à 100% », a fait savoir l’Elysée le 8 janvier, c’est-à-dire y compris pour les 20% de Français les plus aisés. Cependant, l’Elysée précise avoir décidé de mettre cette suppression de la taxe d’habitation pour les plus riches sur la table du grand débat.

Sur l’organisation de l’Etat et des services publics

« Y a-t-il trop d’échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales ? »

Le programme d’Emmanuel Macron prévoyait de « réduire le mille-feuille administratif » en supprimant un quart des départements là où ils peuvent être fusionnés avec les grandes métropoles françaises. « Là où il y a métropole, les départements ont vocation à disparaître », indiquait-il pendant sa campagne présidentielle, mettant en avant « un gain d’efficacité » et « des vraies économies ». 

Le programme du candidat établissait que les départements seraient préservés dans les zones rurales, « où il convient plutôt de développer l’intercommunalité ».

« Faut-il renforcer la décentralisation et donner plus de pouvoir de décision et d’action au plus près des citoyens ? A quels niveaux et pour quels services ? »

La réponse à cette question était plus vague de la part du candidat Macron. Il avait assuré que l’Etat donnerait aux préfets « la capacité d’adapter l’organisation des services de l’Etat aux besoins de chaque région et département ». 

« Comment voudriez-vous que l’Etat soit organisé et comment peut-il améliorer son action ? Faut-il revoir le fonctionnement de l’administration et comment ? »

Pour transformer les relations entre l’administration et les citoyens, Emmanuel Macron avait promis la création d’un « droit à l’erreur », qui a depuis été instauré dans la loi – un texte baptisé « projet de loi pour un Etat au service d’une société de confiance » – et qui permet d’éviter des sanctions en cas de premier manquement à une règle.

D’autre part, il avait promis d’élargir les horaires d’ouverture des services publics pour les adapter aux contraintes des usagers, assurant que certains seraient ouverts le samedi et en soirée. Il s’était aussi engagé à moderniser l’administration, notamment en promettant que d’ici à 2022 toutes les démarches administratives pourraient être effectuées sur internet.

« Comment l’Etat et les collectivités locales peuvent-ils s’améliorer pour mieux répondre aux défis de nos territoires les plus en difficulté et que proposez-vous ? »

En ce qui concerne les territoires d’outre-mer, Emmanuel Macron avait formulé plusieurs propositions : modifier la réglementation de droit commun pour l’adapter à leur situation particulière et assurer que les normes au sein de l’Union européenne soient négociées pour prendre en compte leurs besoins, notamment sur l’agriculture et la pêche. Il s’était engagé à consacrer un milliard d’euros sur cinq ans au financement des investissements collectifs des territoires ultra-marins.

Quant aux territoires ruraux, Emmanuel Macron avait dit vouloir investir 10 milliards d’euros pour financer les services publics locaux. Pour faciliter l’accès aux soins, il avait proposé de développer la télémédecine et de supprimer le numerus clausus dans la formation des médecins pour mieux répondre aux besoins de santé. La télémédecine est remboursée depuis le 15 septembre par la Sécurité sociale. Quant au numerus clausus, le président de la République a confirmé sa disparition le 18 septembre.

Sur la transition écologique

« Comment finance-t-on la transition écologique : par l’impôt, par les taxes et qui doit être concerné en priorité ? »

« Nous ferons évoluer les comportements en augmentant le prix du carbone », avait annoncé dans son programme le candidat Emmanuel Macron, qui prévoyait de l’augmenter dans l’objectif d’atteindre 100 euros par tonne de dioxyde de carbone en 2030. Une hausse sur quatre ans a donc été décidée par la majorité pour aligner le prix du diesel sur celui de l’essence, mais la crise des « gilets jaunes » a contraint l’exécutif à la supprimer.

« Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture ? Quelles sont les solutions les plus simples et les plus supportables sur un plan financier ? »

Dans son programme, Emmanuel Macron proposait une prime exceptionnelle de 1 000 euros pour permettre ceux dont les véhicules ont été fabriqués avant 2001 d’acheter des voitures plus écologiques, qu’elles soient neuves ou d’occasion. En novembre, Edouard Philippe a annoncé un élargissement de cette prime de conversion à 4 000 euros pour un véhicule diesel ou essence et 5 000 euros pour un véhicule hybride ou électrique.

Sur la démocratie et la citoyenneté

« Faut-il reconnaître le vote blanc ? Faut-il rendre le vote obligatoire ? »

La question autour du vote n’était pas mentionnée dans le programme du candidat Macron, qui ne s’était pas non plus exprimé à ce sujet pendant la campagne. Mais lors de son allocution du 10 décembre 2018, prononcée en réponse au mouvement des « gilets jaunes », il s’est dit « ouvert » à la reconnaissance du vote blanc.

« Quelle est la bonne dose de proportionnelle aux élections législatives pour une représentation plus juste de tous les projets politiques ? »

Emmanuel Macron s’était dit favorable lors de sa campagne à la mise en place d’un mode de scrutin proportionnel pour les élections législatives. Une fois au pouvoir, il s’est engagé à introduire « une dose de proportionnelle », dans le but de « refléter le pluralisme de notre vie politique », en proposant un taux de 15% d’élus à la proportionnelle. Cette mesure figure dans le projet de loi de réforme des institutions dont l’examen prévu cet été a été repoussé en raison de l’affaire Benalla.

« Faut-il, et dans quelles proportions, limiter le nombre de parlementaires ou autres catégories d’élus ? »

Emmanuel Macron avait indiqué vouloir réduire « d’environ un tiers le nombre de députés et de sénateurs », tout en assurant qu’ils disposeraient de moyens supplémentaires pour mener à bien leurs fonctions. Cette mesure est elle aussi inscrite dans le projet de loi sur la réforme des institutions.

« Faut-il associer davantage et directement des citoyens non élus, par exemple tirés au sort, à la décision publique ? »

Pendant sa campagne, le fondateur d’En Marche ! avait proposé qu’un groupe de citoyens tirés au sort puisse chaque année auditionner le président de la République.

« Faut-il accroître le recours aux référendums et qui doit en avoir l’initiative ? »

Emmanuel Macron n’avait pas évoqué le référendum d’initiative citoyenne (RIC) dans son programme et ne s’était pas saisi du sujet pendant la campagne. C’est l’une des revendications des « gilets jaunes », dont nous vous expliquons les tenants et aboutissants dans cet article. En décembre, après un mois de mobilisation des manifestants, Edouard Philippe avait assuré dans un entretien aux Echos qu’un tel référendum pouvait être « un bon instrument dans une démocratie ».

« En matière d’immigration, une fois nos obligations d’asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ? »

Si l’éxecutif a renoncé à faire de l’immigration le cinquième pilier du grand débat national, ce thème a été incorporé à celui de la démocratie et de la citoyenneté, et Emmanuel Macron y consacre un paragraphe dans sa lettre aux Français. Dans cette question, il évoque sans la nommer la possibilité de mettre en place des quotas d’immigration. Cette mesure n’était pas présente dans son programme, mais elle rejoint une proposition portée par François Fillon lors de la campagne présidentielle de 2017 et avant lui par Nicolas Sarkozy lorsqu’il était président de la République.

« Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’Etat et les religions de notre pays ? »

Dans son programme, Emmanuel Macron s’était engagé à proposer systématiquement aux agents de l’administration des formations à la laïcité, pour assurer des « services publics vraiment neutres ». D’autre part, il avait promis la fermeture des lieux de culte et la dissolution des associations promouvant une propagande jihadiste. Il avait également proposé d’« enseigner le fait religieux à l’école ».

Alors qu’Emmanuel Macron avait affirmé pendant la campagne que « la place de l’islam (…) n’appelle pas une révision de la loi de 1905 », il semble que sa position ait changé. Une réforme de la loi de 1905 est maintenant envisagée pour accompagner la réforme de l’islam de France, souligne Le Monde.

https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/grand-debat-national-ce-que-disait-le-programme-de-macron-au-sujet-des-quatre-themes-abordes_3144193.html#xtor=EPR-51-%5Bgrand-debat-national-ce-que-disait-le-programme-presidentiel-d-emmanuel-macron-au-sujet-des-quatre-themes-abordes_3145733%5D-20190115-%5Bbouton%5D

Grand débat : « Ni une élection ni un référendum »… Macron fixe le cadre

Grand débat : « Ni une élection ni un référendum »… Macron fixe le cadre

Par latribune.fr  |   |  1480  mots
(Crédits : Benoit Tessier)
Le grand débat qui sera lancé mardi n’est « ni une élection, ni un référendum », a affirmé Emmanuel Macron dans sa « lettre aux Français », en appelant « le plus grand nombre » à y participer.

Le président de la République a annoncé qu’il « rendra compte directement » de cette consultation, dans le mois qui suivra sa fin, prévue le 15 mars, dans sa longue lettre, dont la publication a été avancée après avoir été rendue publique par des médias dimanche soir malgré l’embargo fixé.

Lire aussi : Les 32 questions d’Emmanuel Macron dans sa lettre qui lance le grand débat national

« J’entends transformer avec vous les colères en solutions« , indique-t-il en conclusion de cette lettre, dont il avait annoncé la publication en présentant ses voeux, en pleine crise des « Gilets jaunes ». Il propose de baliser le débat avec une série de 35 questions portant sur quatre thèmes déjà fixés comme la démocratie, la transition écologique, la fiscalité ou l’immigration.

« Vos propositions permettront donc de bâtir un nouveau contrat pour la Nation, de structurer l’action du Gouvernement et du Parlement, mais aussi les positions de la France au niveau européen et international », précise Emmanuel Macron.

Parmi ces questions, figurent: « Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité? », « Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité? », « Quelles propositions concrètes feriez-vous pour accélérer notre transition environnementale? », « Faut-il accroître le recours aux référendums? ».

Sur l’immigration, Emmanuel Macron demande: « Une fois nos obligations d’asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement? ».

Mais, comme l’avaient annoncé plusieurs membres du gouvernement ces derniers jours, le président fixe aussi des lignes rouges.

« Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises […] afin d’encourager l’investissement et faire que le travail paie davantage », souligne-t-il, sans citer nommément l’ISF, dont le rétablissement est réclamé par de nombreux « Gilets jaunes ».

« Nous ne pouvons poursuivre les baisses d’impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique », prévient-il aussi.

Il ne cite, dans sa lettre, ni les thèmes du mariage pour tous, de l’IVG ou de la peine de mort.

Emmanuel Macron doit participer à un premier débat mardi avec des maires à Grand Bourgtheroulde (Eure), puis à un deuxième vendredi à Souillac (Lot), premières étapes d’une série de déplacements en province.

Le Premier ministre Edouard Philippe doit préciser lundi les modalités de ce grand débat, notamment sur son pilotage après la défection de la présidente de la Commission nationale du débat public, Chantal Jouanno, après une polémique sur sa rémunération.

Emmanuel Macron a publié sa lettre au lendemain d’un neuvième samedi de mobilisation des « Gilets jaunes » marqué par un regain de mobilisation.

Lire aussi : Gilets Jaunes: la mobilisation reprend de l’ampleur

Comment les « conclusions » seront reprises

Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a demandé lundi que le gouvernement dise « très vite » dans quelles « conditions » va s’organiser le grand débat national et « surtout » comment ses « conclusions » seront reprises.

Interrogé sur CNews au lendemain de la publication de la lettre du président Emmanuel Macron aux Français, M. Berger a souhaité que l’exécutif « dise très vite » « les conditions » dans lesquelles le grand débat s’organise, « les conditions d’indépendance, les conditions de bonne tenue des débats ». « Est-ce qu’on sera dans un cadre apaisé où chacun pourra s’exprimer? », s’est-il demandé.

« Celui ou celle qui va piloter » le débat « doit être indépendant du gouvernement », a souligné Laurent Berger, « y compris pour que les gens s’y inscrivent ».

Il a aussi demandé que l’exécutif dise « surtout » ce qu’il « va être être fait des conclusions » du débat, « la façon dont les débats à un moment donné vont être repris par les uns et les autres pour travailler ensemble ».

Pour le numéro un de la CFDT, il faut qu’à l’issue du débat « les organisations syndicales, patronales, les associations organisent une sorte de Grenelle du pouvoir de vivre où on traite l’ensemble de ces sujets-là » même si « le gouvernement in fine décidera ».

« Mais que ce ne soit pas simplement remonté à l’Elysée et que ce soit le président qui décide », a-t-il insisté.

Sur la lettre du président, dont il n’a pas souhaité « faire l’exégèse », le secrétaire général de la CFDT a observé qu’il « manque des précisions autour de ce qui pourrait être fait autour du pouvoir d’achat« .

Une opération de sauvetage du mandat de Macron ?

Avec sa lettre aux Français dévoilée dimanche soir, Emmanuel Macron tente « de sauver la suite de son mandat » jugent la majeure partie des éditorialistes, quand d’autres enjoignent leurs lecteurs à participer au grand débat.

Pour Stéphane Albouy du Parisien, Emmanuel Macron a pris la plume comme l’avaient fait avant lui François Mitterrand et Nicolas Sarkozy. A la différence que ses prédécesseurs étaient candidats à la présidence et défendaient leur programme de campagne, alors que « notre actuel président essaie pour sa part de sauver la suite de son mandat ».

« Avec cette adresse aux Français, le chef de l’Etat est en fait candidat… à sauver les trois ans qu’il lui reste à passer à l’Elysée« , pense également Paul Quinio de Libération qui voit la lettre du président comme un « écrit de rattrapage« .

« L’arrogant Jupiter tente avec ce texte de se mettre à hauteur de rond-point« , juge l’éditorialiste qui trouve l’exercice « périlleux ».

Dans L’Union, Carole Lardot Bouillé fait chorus:

« l’exercice est périlleux. Emmanuel Macron sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur. »

« Une ‘chance pour la France’, comme l’a dit Marc Fesneau, ce grand débat national?« , demande Guillaume Tabard du Figaro qui estime qu’il s’agit d' »une dernière chance pour Emmanuel Macron en tout cas, s’il veut régler la crise autrement que par des scénarios politiques catastrophes pour lui. »

François Ernenwein de La Croix est d’avis qu’il manque au chef de l’Etat « la crédibilité nécessaire pour convaincre qu’il va vraiment lutter contre les fractures sociales et territoriales en France« . L’éditorialiste du quotidien catholique admet toutefois que le président « peut encore parvenir à sortir son mandat de l’étau de la puissante contestation et des lourdes contraintes budgétaires« .

Dans Les Echos, Cécile Cornudet est sceptique quant à la volonté d’écoute d’Emmanuel Macron qui « se prête à l’exercice du grand débat comme s’il fallait bien en passer par là, mais sans réelle conviction pour le coup. »

Sans surprise, la lettre aux Français reste « lettre morte » pour Paule Masson de l’Humanité qui affirme qu’elle « ne peut être reçue que comme une provocation. » « Pas un mot sur les salaires, le pouvoir d’achat, mais l’affirmation qu’il ne rétablira pas l’ISF« , s’insurge l’éditorialiste du quotidien communiste.

« Le président joue gros« , assure Bernard Stéphan de La Montagne Centre France  qui considère que de la réussite ou de l’échec du grand débat « dépend la suite du quinquennat d’Emmanuel Macron. »

« Comme dans le village d’Astérix, il y aura des engueulades et des débordements, mais, en vérité, l’issue de ce grand débat dépend de nous tous et d’abord de notre volonté de comprendre avant de juger« , croit Vincent Trémolet de Villers du Figaro qui espère « une conversation civique« .

Dans le camp des plus optimistes, Sébastien Georges de L’Est Républicain songe que « ce grand débat peut constituer un des actes fondateurs de la nouvelle gouvernance qu’il avait promise », mais « à condition de tenir compte de ce qui en sortira, sans le cadenasser pour qu’il ne fasse pas pschitt. »

« Faut-il plus de services publics ou moins d’impôts ? Cruel et universel dilemme que le président de la République décline dans sa lettre« . Laurent Bodin dans L’Alsace note que le président « place les Français devant leurs responsabilités« , « habilement« , souligne-t-il.

« C’est à un incroyable exercice de renouvellement de la démocratie et de la politique que nous sommes en train d’assister« , s’enthousiasme Patrice Carmouze dans L’Eclair des Pyrénées. « C’est donc aux citoyens de s’emparer de ce débat, de prendre, en quelque sorte le pouvoir« , prévient-il.

« Emmanuel Macron tente avec ce courrier de nous mettre devant nos responsabilités, les siennes et tous les choix à venir« , constate Jean-Louis Hervois de la Charente Libre.

Dans Ouest France, Stéphane Vernay considère que « le chef de l’État mette autant de sujets sur la table, sachant que toutes les réponses n’iront pas dans son sens, est, de fait, totalement inédit« . Pour l’éditorialiste du quotidien de l’Ouest, cette lettre « plus qu’un engagement, c’est un contrat. Il faut le prendre au mot. En participant« .

(avec agences)

https://www.latribune.fr/economie/france/grand-debat-ni-une-election-ni-un-referendum-macron-fixe-le-cadre-803687.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20190114

L’entente américano-chinoise qui a permis l’extraction de matières nucléaires au Nigeria

Main dans la main
L’entente américano-chinoise qui a permis l’extraction de matières nucléaires au Nigeria

L’opération a été rondement menée même si elle comportait de nombreux risques. En octobre 2018, une équipe d’experts américains, britanniques, norvégiens et chinois ont extrait, en compagnie de sous-traitants tchèques et russes, de l’uranium dans la région de Kaduna au Nigeria. L’objectif était d’éloigner toutes ces matières nucléaires des groupes terroristes nigériens. Une mission que les Etats-Unis voulaient effectuer depuis déjà quelques temps.

Le site Defense News explique tout le déroulé de cette opération. L’équipe a d’abord été réunie dans une zone sure au Ghana. La cible : le réacteur de recherche miniature NIRR-1, situé à l’Université Ahmadu Bello de Kaduna, site qui a ouvert en 2004 et où travaillent 170 nigériens et qui alimente les expériences scientifiques. NIRR-1 ne possède qu’un peu plus d’un kilo d’uranium hautement enrichie (UHE également appelé uranium de qualité militaire), c’est-à-dire une dose insuffisante pour créer une ogive nucléaire. Mais si des groupes terroristes mettaient la main dessus, ils n’auraient qu’à y ajouter du matériel obtenu ailleurs pour créer une explosion conséquente.

D’où l’importance de l’intervention dans cette région sensible, où des groupes terroristes et idéologiques tels que Boko Haram montent en puissance. Dans ce contexte, et pour des raisons de sécurité, l’équipe de chercheurs n’avait donc que 24 heures pour agir pour une mission qui demande plusieurs jours en temps normal. L’opération, initialement prévue le 20 octobre, va même connaître un retard de trois jours à cause d’un couvre-feu imposé par l’Etat après des violences communautaires qui ont causé la mort de 55 personnes.

L’équipe a donc atterri le 23 octobre au Nigeria. Avec eux, un TUK-145 / C, conteneur de 30 litres permettant de transporter l’uranium en toute sécurité. A 9h, les experts, rejoints par l’U.S. State Department security (service de sécurité diplomatique américain) ainsi que la première division de l’armée du Nigeria, sont arrivés au réacteur.

Au terme d’une journée exténuante physiquement pour respecter les délais, l’équipe parvient finalement à extraire le matériel contenu dans le réacteur, ce dernier plongé dans une piscine à 6 mètres de profondeur. L’UHE est ensuite transporté directement en Chine où l’avion a atterri le 6 décembre. Les autorités chinoises se sont alors emparés du matériel et sont désormais seuls décideurs du sort de celui-ci. A en croire Defense News, il pourrait bien être retraité et stocké.

Bien que de réelles tensions et désaccords existent entre le USA et la Chine, l’opération s’est parfaitement bien déroulée et le deux gouvernements prouvent qu’ils sont capables de travailler ensemble pour prévenir la prolifération du nucléaire. D’autant que la Chine n’avait pas participé financièrement à la réalisation de cette mission.

Vu sur : Defense News
Les commentaires de cet article sont à lire ci-après

Jérusalem : Le président Trump met au défi les réflexes « pavloviens » des Européens

Jérusalem : Le président Trump met au défi les réflexes « pavloviens » des Européens


Avec la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et la décision d’y transférer l’ambassade US, le président Trump a fait un premier pas pour briser l’un des réflexes les mieux ancrés des Européens. Car, comme l’avait remarqué l’ancien commissaire européen Chris Patten, sur le dossier proche-oriental en particulier « le principal déterminant du comportement politique de l’Europe » a été jusqu’ici « le refus pavlovien de toute ligne de conduite qui pourrait éloigner l’Europe des Américains ».

Toujours est-il que, si le suivisme mécanique ne s’est pas produit cette fois-ci, les principales puissances européennes désapprouvant la décision US, l’Union européenne est loin de présenter un front uni. L’Europe est divisée, comme à presque chaque fois où l’alignement commun sur le grand allié n’est pas possible. A ceci près que l’administration Trump a considérablement changé la donne, et Jérusalem n’est que le premier d’une série de défis en provenance d’outre-Atlantique qui se profilent à l’horizon.

L’Europe prend ses distances

Une fois n’est pas coutume, sur la question de Jérusalem, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont tous les trois fait part de leur désaccord par rapport à la relocalisation de l’ambassade des Etats-Unis. Ils ont tous les trois soutenu la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies qui « déplore au plus haut point » les décisions américaines relatives à Jérusalem et juge qu’elles sont « nulles et non avenues » du point de vue juridique. Paris, Berlin et Londres ont également été unanimes à boycotter le gala d’ouverture de l’ambassade US relocalisée. Le chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a quant à elle exprimé sa « sérieuse préoccupation » face à l’annonce américaine. Elle n’a également eu de cesse de répéter que « la position de l’UE reste inchangée ».

Cette position commune se limite, par définition, à l’appel au respect du droit international. Ainsi, « L’UE reste fermement engage à continuer de travailler avec les deux parties et avec ses partenaires dans la communauté internationale en vue de la reprise de véritables négociations avec l’objectif d’arriver à la solution des deux Etats, et Jérusalem capitale des deux ».  Ceci implique également, comme elle tient à le souligner, le respect du consensus international tel qu’il s’incarne dans la Résolution 478 du Conseil de sécurité des Nations Unies, appelant au retrait de toute représentation diplomatique de Jérusalem. A cette approche légaliste viennent s’additionner en Europe d’autres considérations, plus politiques. Tel le souci d’enrayer l’escalade de la violence dans son voisinage immédiat, de même que d’éviter les provocations inutiles susceptibles de radicaliser ses propres minorités musulmanes.

De surcroît, les Européens se sentent souvent inconfortables avec certaines caractéristiques de la prise de décision US qui leur paraissent comme faisant partie d’un même schéma. Ils n’apprécient pas d’être mis devant le fait accompli international par le président américain pour des raisons qu’ils estiment être en grande partie d’ordre électoral. Étroitement lié à cela, il existe une forte réticence en Europe vis-à-vis de ce qu’ils voient comme la contamination du discours politique par le fait religieux, la réduction des problèmes complexes à une simple opposition entre le Bien et le Mal. De même, les Européens se méfient de l’option unilatérale, a fortiori sous une forme brutale, qu’ils considèrent à la fois comme source de ressentiments, donc d’instabilité future et, dans un monde de plus en plus multipolaire, comme un précédent dangereux.

L’Europe se divise, pour les mêmes raisons que d’habitude

Malgré cette large convergence des considérations juridiques, politiques et stratégiques, les 28 Etats membres de l’UE n’ont pas été capables de publier ne serait-ce qu’une seule déclaration commune. La première, dès l’annonce du président Trump a été bloquée par la Hongrie, et la seconde, à la veille du transfert de l’ambassade US a été opposée par la Hongrie, La République tchèque et la Roumanie. Entretemps, l’Union européenne n’a pas pu soutenir en tant que telle la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU déplorant la décision US, du fait de l’abstention de six de ses Etats membres (les trois ci-dessus rejoints par la Pologne, la Lettonie et la Croatie). Pour terminer, si 24 pays européens ont boycotté la soirée de gala organisée pour l’ouverture de l’ambassade US, quatre s’y sont rendus (la Hongrie, la Roumanie, la République tchèque et l’Autriche).

Il y a fort à parier que ce n’est pas un soudain accès d’illumination sur les complexités du processus de paix israélo-palestinien qui aurait amené les pays d’Europe centrale et orientale à prendre le contre-pied de la majorité de leurs partenaires européens. Tout comme lors de la division en « vieille Europe » et « jeune Europe » au sujet de l’intervention américaine de 2003 en Irak, quoique dans une proportion bien moindre cette fois-ci, certains Etats membres préfèrent se démarquer de la solidarité européenne s’ils l’estiment aller à l’encontre de la loyauté atlantiste.

Dans ces conditions, la position commune de l’UE, exprimée par sa Haute représentante Mogherini, est réduite au plus petit dénominateur commun qu’est le respect du droit et du consensus international. Toutefois, même avec cette approche minimaliste, l’équilibre fragile à 28 risque d’être mise à mal, sur deux points. Premièrement, il ne s’agit que d’une pause momentanée qui ne durera que jusqu’à la présentation du plan de paix américain. Comme l’a dit le ministre français des Affaires étrangères « dès lors qu’un plan est en préparation, il serait malvenu pour la France ou l’Union européenne de décider d’une initiative unilatérale ». Par contre, si le plan américain n’est pas jugé par tous comme suffisamment équilibré, le projet d’un accord d’association UE-Palestine ou la question de la reconnaissance de l’Etat palestinien pourraient se retrouver en tête de l’agenda. D’ici là, l’Union sera occupée à maintenir tous les Etats membres dans le rang, qu’il s’agisse du non-transfert des ambassades (la République tchèque hésite, paraît-il) ou de la mise en œuvre parfois difficile de la distinction de principe entre territoire israélien et territoires occupés.

Au-delà de Jérusalem : d’autres épreuves transatlantiques en vue

Au lendemain de la crise irakienne, la directrice de l’Institut de l’UE pour les Etudes de sécurité a mis en exergue l’un des obstacles les plus persistants à une politique étrangère européenne : « Il est beaucoup plus facile aux Européens de s’entendre sur l’analyse des crises extérieures que sur l’analyse de la politique américaine. Autrement dit, le monde rassemble, l’Amérique divise. Si les Européens parviennent assez facilement à une vision à peu près commune du monde, ils se divisent en revanche sur le rôle de l’Union dans la gestion des crises. Parce que ce rôle est en effet largement fonction du type de relations que chacun souhaite construire avec la puissance américaine, à titre bilatéral ou au sein de l’OTAN ». En d’autres termes, du moment où l’alignement collectif pur et simple n’est pas une option, le positionnement des uns et des autres se fait, en premier lieu, en fonction de son impact sur les relations transatlantiques. Assument-ils de se démarquer de leur plus grand allié ou, au contraire, estiment-ils que l’essentiel est de faire preuve de loyauté vis-à-vis des Etats-Unis ?

Ce dilemme perpétuel apparaît aujourd’hui dans un contexte bien particulier. Au-delà de la question de Jérusalem, deux sujets éminemment chers au cœur, et au portefeuille, des Européens sont en suspense : les tarifs douaniers et l’accord nucléaire avec l’Iran. Ajoutez à cela le style extrêmement « franc » du président Trump, et une opinion publique européenne de plus en plus eurosceptique qui risque de s’aliéner encore plus si elle ne voit qu’une Union dépendante et impuissante. Il s’agit d’un mélange explosif, où les réflexes européens d’alignement et de concessions disproportionnées pourraient avoir plus de mal que d’habitude à l’emporter.

De ce point de vue, peu importe qui « a raison » ou quelle politique serait « la bonne » sur tel ou tel dossier. Sur Jérusalem, l’Iran, les tarifs douaniers – il peut y avoir des arguments valables des deux côtés. L’essentiel ici est de savoir s’il y a une quelconque utilité pour les Européens d’essayer de défendre collectivement leurs intérêts, voire de définir, ne sait-on jamais, une politique. Ou ces efforts sont-ils d’emblée voués à l’échec, dès que le dossier en question implique, de près ou de loin, les Etats-Unis. Grâce à la propension du président Trump à soulever les sujets les plus sensibles, sans ménagement et à un rythme accéléré, les premiers éléments de réponse tangibles ne sauraient tarder.

Ce texte est la version française de l’article original: Hajnalka Vincze, Jerusalem: President Trump Challenges Europe’s “Pavlovian” Reflexes, In The American Review of Books, Blogs, and Bull, Foreign Policy Research Institute (FPRI), 18 May 2018.

Jérusalem : Le président Trump met au défi les réflexes « pavloviens » des Européens

Jérusalem : Le président Trump met au défi les réflexes « pavloviens » des Européens


Avec la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et la décision d’y transférer l’ambassade US, le président Trump a fait un premier pas pour briser l’un des réflexes les mieux ancrés des Européens. Car, comme l’avait remarqué l’ancien commissaire européen Chris Patten, sur le dossier proche-oriental en particulier « le principal déterminant du comportement politique de l’Europe » a été jusqu’ici « le refus pavlovien de toute ligne de conduite qui pourrait éloigner l’Europe des Américains ».

Toujours est-il que, si le suivisme mécanique ne s’est pas produit cette fois-ci, les principales puissances européennes désapprouvant la décision US, l’Union européenne est loin de présenter un front uni. L’Europe est divisée, comme à presque chaque fois où l’alignement commun sur le grand allié n’est pas possible. A ceci près que l’administration Trump a considérablement changé la donne, et Jérusalem n’est que le premier d’une série de défis en provenance d’outre-Atlantique qui se profilent à l’horizon.

L’Europe prend ses distances

Une fois n’est pas coutume, sur la question de Jérusalem, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont tous les trois fait part de leur désaccord par rapport à la relocalisation de l’ambassade des Etats-Unis. Ils ont tous les trois soutenu la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies qui « déplore au plus haut point » les décisions américaines relatives à Jérusalem et juge qu’elles sont « nulles et non avenues » du point de vue juridique. Paris, Berlin et Londres ont également été unanimes à boycotter le gala d’ouverture de l’ambassade US relocalisée. Le chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a quant à elle exprimé sa « sérieuse préoccupation » face à l’annonce américaine. Elle n’a également eu de cesse de répéter que « la position de l’UE reste inchangée ».

Cette position commune se limite, par définition, à l’appel au respect du droit international. Ainsi, « L’UE reste fermement engage à continuer de travailler avec les deux parties et avec ses partenaires dans la communauté internationale en vue de la reprise de véritables négociations avec l’objectif d’arriver à la solution des deux Etats, et Jérusalem capitale des deux ».  Ceci implique également, comme elle tient à le souligner, le respect du consensus international tel qu’il s’incarne dans la Résolution 478 du Conseil de sécurité des Nations Unies, appelant au retrait de toute représentation diplomatique de Jérusalem. A cette approche légaliste viennent s’additionner en Europe d’autres considérations, plus politiques. Tel le souci d’enrayer l’escalade de la violence dans son voisinage immédiat, de même que d’éviter les provocations inutiles susceptibles de radicaliser ses propres minorités musulmanes.

De surcroît, les Européens se sentent souvent inconfortables avec certaines caractéristiques de la prise de décision US qui leur paraissent comme faisant partie d’un même schéma. Ils n’apprécient pas d’être mis devant le fait accompli international par le président américain pour des raisons qu’ils estiment être en grande partie d’ordre électoral. Étroitement lié à cela, il existe une forte réticence en Europe vis-à-vis de ce qu’ils voient comme la contamination du discours politique par le fait religieux, la réduction des problèmes complexes à une simple opposition entre le Bien et le Mal. De même, les Européens se méfient de l’option unilatérale, a fortiori sous une forme brutale, qu’ils considèrent à la fois comme source de ressentiments, donc d’instabilité future et, dans un monde de plus en plus multipolaire, comme un précédent dangereux.

L’Europe se divise, pour les mêmes raisons que d’habitude

Malgré cette large convergence des considérations juridiques, politiques et stratégiques, les 28 Etats membres de l’UE n’ont pas été capables de publier ne serait-ce qu’une seule déclaration commune. La première, dès l’annonce du président Trump a été bloquée par la Hongrie, et la seconde, à la veille du transfert de l’ambassade US a été opposée par la Hongrie, La République tchèque et la Roumanie. Entretemps, l’Union européenne n’a pas pu soutenir en tant que telle la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU déplorant la décision US, du fait de l’abstention de six de ses Etats membres (les trois ci-dessus rejoints par la Pologne, la Lettonie et la Croatie). Pour terminer, si 24 pays européens ont boycotté la soirée de gala organisée pour l’ouverture de l’ambassade US, quatre s’y sont rendus (la Hongrie, la Roumanie, la République tchèque et l’Autriche).

Il y a fort à parier que ce n’est pas un soudain accès d’illumination sur les complexités du processus de paix israélo-palestinien qui aurait amené les pays d’Europe centrale et orientale à prendre le contre-pied de la majorité de leurs partenaires européens. Tout comme lors de la division en « vieille Europe » et « jeune Europe » au sujet de l’intervention américaine de 2003 en Irak, quoique dans une proportion bien moindre cette fois-ci, certains Etats membres préfèrent se démarquer de la solidarité européenne s’ils l’estiment aller à l’encontre de la loyauté atlantiste.

Dans ces conditions, la position commune de l’UE, exprimée par sa Haute représentante Mogherini, est réduite au plus petit dénominateur commun qu’est le respect du droit et du consensus international. Toutefois, même avec cette approche minimaliste, l’équilibre fragile à 28 risque d’être mise à mal, sur deux points. Premièrement, il ne s’agit que d’une pause momentanée qui ne durera que jusqu’à la présentation du plan de paix américain. Comme l’a dit le ministre français des Affaires étrangères « dès lors qu’un plan est en préparation, il serait malvenu pour la France ou l’Union européenne de décider d’une initiative unilatérale ». Par contre, si le plan américain n’est pas jugé par tous comme suffisamment équilibré, le projet d’un accord d’association UE-Palestine ou la question de la reconnaissance de l’Etat palestinien pourraient se retrouver en tête de l’agenda. D’ici là, l’Union sera occupée à maintenir tous les Etats membres dans le rang, qu’il s’agisse du non-transfert des ambassades (la République tchèque hésite, paraît-il) ou de la mise en œuvre parfois difficile de la distinction de principe entre territoire israélien et territoires occupés.

Au-delà de Jérusalem : d’autres épreuves transatlantiques en vue

Au lendemain de la crise irakienne, la directrice de l’Institut de l’UE pour les Etudes de sécurité a mis en exergue l’un des obstacles les plus persistants à une politique étrangère européenne : « Il est beaucoup plus facile aux Européens de s’entendre sur l’analyse des crises extérieures que sur l’analyse de la politique américaine. Autrement dit, le monde rassemble, l’Amérique divise. Si les Européens parviennent assez facilement à une vision à peu près commune du monde, ils se divisent en revanche sur le rôle de l’Union dans la gestion des crises. Parce que ce rôle est en effet largement fonction du type de relations que chacun souhaite construire avec la puissance américaine, à titre bilatéral ou au sein de l’OTAN ». En d’autres termes, du moment où l’alignement collectif pur et simple n’est pas une option, le positionnement des uns et des autres se fait, en premier lieu, en fonction de son impact sur les relations transatlantiques. Assument-ils de se démarquer de leur plus grand allié ou, au contraire, estiment-ils que l’essentiel est de faire preuve de loyauté vis-à-vis des Etats-Unis ?

Ce dilemme perpétuel apparaît aujourd’hui dans un contexte bien particulier. Au-delà de la question de Jérusalem, deux sujets éminemment chers au cœur, et au portefeuille, des Européens sont en suspense : les tarifs douaniers et l’accord nucléaire avec l’Iran. Ajoutez à cela le style extrêmement « franc » du président Trump, et une opinion publique européenne de plus en plus eurosceptique qui risque de s’aliéner encore plus si elle ne voit qu’une Union dépendante et impuissante. Il s’agit d’un mélange explosif, où les réflexes européens d’alignement et de concessions disproportionnées pourraient avoir plus de mal que d’habitude à l’emporter.

De ce point de vue, peu importe qui « a raison » ou quelle politique serait « la bonne » sur tel ou tel dossier. Sur Jérusalem, l’Iran, les tarifs douaniers – il peut y avoir des arguments valables des deux côtés. L’essentiel ici est de savoir s’il y a une quelconque utilité pour les Européens d’essayer de défendre collectivement leurs intérêts, voire de définir, ne sait-on jamais, une politique. Ou ces efforts sont-ils d’emblée voués à l’échec, dès que le dossier en question implique, de près ou de loin, les Etats-Unis. Grâce à la propension du président Trump à soulever les sujets les plus sensibles, sans ménagement et à un rythme accéléré, les premiers éléments de réponse tangibles ne sauraient tarder.

Ce texte est la version française de l’article original: Hajnalka Vincze, Jerusalem: President Trump Challenges Europe’s “Pavlovian” Reflexes, In The American Review of Books, Blogs, and Bull, Foreign Policy Research Institute (FPRI), 18 May 2018.

Conspirationnisme et analyse

Entretien avec Thierry Meyssan (1/3)

Conspirationnisme et analyse

Pour Thierry Meyssan, les Relations internationales sont exclues aujourd’hui en France du débat démocratique —c’est la doctrine du « domaine réservé du président de la République »—. Par conséquent toute analyse qui ne s’inscrit pas dans la lignée du discours officiel sera qualifiée de « conspirationniste ». Or, c’est précisément le rôle de vrais journalistes, non pas de relayer la communication présidentielle, ni même de la décrypter, mais de chercher les faits et de les analyser.

| Damas (Syrie)

+

Avant que l’Otan ne qualifie de « conspirationniste » toute recherche sur les attentats du 11 septembre 2001, les questions posées par Thierry Meyssan étaient considérées comme légitimes. Ici, une émission de la chaîne d’information continue LCI, en 2002.

Question / Éditions Demi-Lune : Tout d’abord, merci M. Meyssan d’avoir accepté cet entretien dont l’objet est d’expliquer à vos lecteurs, et au-delà, la cohérence de votre production éditoriale. Suite à la parution l’année dernière de Sous nos yeux, il nous a semblé important de rééditer L’Effroyable Imposture 2, ouvrage majeur mais malheureusement épuisé ; c’est chose faite depuis octobre dernier, et vos 3 derniers ouvrages sont donc maintenant disponibles dans la collection Résistances. Les internautes qui lisent le Réseau Voltaire connaissent l’importance de votre travail et sa portée considérable, mais pour les autres vous êtes le « polémiste » du 11-Septembre, et pour vos détracteurs, (c’est-à-dire les médias atlantistes dans leur ensemble, ou pour être plus précis, les directeurs de publication, les rédacteurs en chef et les éditocrates), vous êtes un dangereux « conspirationniste », voire le « pape des théories du complot ». Comment vous définiriez-vous ?

Thierry Meyssan : Comme un analyste des relations internationales. Je suis issu du monde politique français. J’ai été secrétaire national durant 12 ans d’un parti de gouvernement, celui de Jean Moulin. Comme lui, je suis radicalement républicain au sens de « dévoué à l’intérêt général ». C’est pourquoi je ne me suis pas tu lorsque le gouvernement de George W. Bush a présenté sa version des attentats du 11-Septembre. J’ai immédiatement fait l’objet de pressions et j’ai refusé de me soumettre. J’ai d’abord eu la chance d’être protégé par le président Chirac, mais suite à l’élection de Nicolas Sarkozy, un service de l’État a reçu l’ordre de m’éliminer. Plutôt que de baisser la tête, j’ai préféré tout perdre et m’exiler. Après quelques mois, j’ai cherché à comprendre le pouvoir que j’avais troublé. J’ai poursuivi les relations que j’avais établies avec des leaders comme le président vénézuélien Hugo Chavez et j’en ai noué de nouvelles avec d’autres comme le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Petit à petit, j’ai acquis une reconnaissance dans les milieux professionnels du monde entier —diplomatiques, militaires et politiques—. Il existe certainement quantité de meilleurs experts que moi, mais ils sont au sein de gouvernements et ne publient pas leurs travaux. Je suis le seul à avoir eu des expériences de gouvernement dans des pays différents et à avoir écrit dans la presse de nombreux pays.

Question : Il y a une mauvaise foi inouïe à qualifier de « théoriciens du complot » ceux qui doutent de la véracité de la « version officielle » sur ces attentats, laquelle énonce précisément que les attaques terroristes contre les USA sont l’œuvre d’un complot dont le responsable est l’al-Qaïda de Ben Laden ! Sans forcer le trait, on peut dire que pour les médias, quiconque n’adhère pas aveuglément au récit d’une administration criminelle, qui a mené 2 guerres illégales, instauré la détention permanente et la torture, et menti de manière compulsive et répétée à l’ensemble de la communauté mondiale, est un « théoricien du complot ».

Thierry Meyssan : Dès le début, je n’ai pas admis que l’on prétende que la chute des Tours jumelles avait été provoquée par des avions de ligne, qu’un avion avait percuté le Pentagone, que des individus ne figurant pas sur les listes d’embarquement avaient piraté des avions, et qu’une troisième Tour s’était effondrée par mimétisme. Cela n’a rien à voir avec ce que les universitaires d’avant le 11-Septembre appelaient la « théorie du complot », c’est-à-dire le refus par principe que les événements puissent prendre un cours que l’on estime contraire à sa vision du monde. C’est la volonté de rester, non pas rationnel, mais raisonnable qui m’a poussé à réfléchir.

Question : Cependant, en sous-titrant votre dernier livre Du 11-Septembre à Donald Trump, vous semblez donner raison à vos ennemis qui aiment à vous présenter comme un théoricien du complot qui fait une fixette sur les attentats du 11-Septembre… Pourtant, c’est un fait indéniable — même si on a parfois tendance à l’oublier — que ces attentats ont « changé le monde ».

Thierry Meyssan : Tous les historiens s’accordent à dire que le 11-Septembre marque un changement radical de la politique internationale aussi important que le fut la dislocation de l’Union soviétique.

JPEG - 38.8 ko

Question : Quoi qu’il en soit, pour la plupart, (supporters comme détracteurs), vous restez celui qui a permis la médiatisation planétaire du doute sur la responsabilité de ces événements, celui qui a affirmé qu’aucun Boeing n’avait percuté le Pentagone… Nous n’avons pas repris cette phrase-choc de l’éditeur original dans notre réédition de L’Effroyable Imposture & Le Pentagate, car il nous a semblé qu’elle avait totalement occulté le propos général de l’ouvrage, qui était bien plus vaste et riche. En effet, dès mars 2012, soit un an avant l’invasion illégale de l’Iraq par les États-Unis, vous aviez prédit ce qui allait se passer, de l’invasion de l’Iraq à la mise en place de cette « guerre sans fin ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela n’a pas été porté à votre crédit…

Thierry Meyssan : D’abord, mon travail était méconnu aux USA, où les gens ont attendu plusieurs années avant de se poser les questions que j’ai formulées. Ensuite, distinguons deux choses : la manière dont j’ai attiré l’attention de l’opinion publique mondiale sur le mensonge de l’administration Bush et l’étude que j’ai faite de la direction impériale que prenait cette administration.

L’avion sur le Pentagone
n’était pas le sujet de mon livre

Montrer à tous qu’aucun avion n’avait percuté le Pentagone, c’était un moyen simple et vérifiable de mettre en évidence la manipulation à laquelle se livrait l’administration Bush. Mais ce n’était pas le sujet de mon livre. Le sujet, c’était l’imposition d’un système de surveillance aux États-Unis, le Patriot Act, et la poursuite d’une « Guerre sans fin » selon l’expression du président Bush lui-même ; guerre que nous voyons se dérouler sous nos yeux depuis lors.

Il me manquait beaucoup d’éléments que j’ai analysés depuis, mais j’en avais assez à l’époque pour anticiper ce qui se passe aujourd’hui. Beaucoup de gens ont été heurtés, non pas par mon raisonnement, mais par mes seules conclusions. Par exemple, Le Monde m’a reproché de prétendre par « anti-américanisme » que Washington allait attaquer Bagdad. Selon ce quotidien, les États-Unis avaient déjà attaqué l’Iraq sous Bush père, et je faisais une fixation en estimant qu’ils allaient recommencer. Oubliant ses premières accusations, le même journal m’accuse aujourd’hui d’être pro-Trump, donc « pro-américain ».

Surtout, certains de mes détracteurs ont tiré des conclusions absurdes de mes travaux, qu’ils n’avaient probablement pas lus. Selon eux, en réfutant l’idée qu’Al-Qaïda ait conçu ces attentats, je cherchais à minimiser la menace islamiste. Ce dernier livre, Sous nos yeux, montre exactement le contraire : je pense qu’il faut combattre les islamistes pour ce qu’ils font, et non pas pour ce qu’on leur attribue faussement. Par « islamiste », j’entends non pas les croyants de religion musulmane, mais l’idéologie politique de la Confrérie des Frères musulmans.

Question : En fait, il semble que personne n’a pris le président Bush au sérieux quand il a déclaré que les États-Unis allaient s’engager dans une « guerre contre la terreur » qui, contrairement aux guerres modernes, pourrait s’étendre sur une génération ou plus. De fait, cela semblait alors complètement délirant, et pourtant, nous voilà 17 ans plus tard, dans un monde où les conflits et les théâtres d’opération n’ont fait que s’accumuler.

Thierry Meyssan : On ne connaissait pas à l’époque les travaux de l’amiral Arthur Cebrowski. Certes, il donnait déjà des conférences dans toutes les académies militaires US, mais sa pensée n’a été exposée au public qu’en 2003 dans Vanity Fair, et plus encore en 2004 par un livre de son assistant, Thomas Barnett.

L’idée générale est que, une fois l’Union soviétique disparue, il n’y aura plus d’amis et plus d’ennemis, uniquement des gens qui accepteront de faire des affaires avec les États-Unis ou pas. Le Pentagone ne devra plus livrer de guerre contre de grandes puissances, mais instaurer un ordre du monde compatible avec la globalisation financière. Cebrowski divise le monde en deux parties : d’un côté les États stables connectés à l’économie globale, de l’autre tous les autres. Il décide que les États-Unis ne mèneront plus de guerres de ressources pour eux-mêmes, mais contrôleront l’accès des pays globalisés aux ressources naturelles de la zone non-globalisée. Puis, il conclu qu’il reste à détruire les structures étatiques de la partie exploitable du monde afin qu’elle ne puisse pas se défendre.

Lorsque j’ai lu l’ouvrage de Barnett —qui prend des pincettes pour arriver à sa conclusion— je n’y ai pas cru. Cela me paraissait cynique et cruel. Lorsque je l’ai relu quelques années plus tard, j’y ai vu décrite ce que j’avais vu de mes propres yeux : la destruction du Moyen-Orient élargi.

Question : Dans L’Effroyable Imposture & Le Pentagate, vous rappeliez que le renversement des Talibans et même l’invasion de l’Afghanistan, présentés comme une réponse aux attentats, avaient en fait été conçus et préparés antérieurement à ceux-ci.

Thierry Meyssan : Tout le monde a noté que le leader tadjik Ahmed Chah Massoud a été assassiné juste avant les attentats. Mais personne n’a eu le temps de se demander « Pourquoi ? », car les attentats frappaient déjà les États-Unis, puis Washington et Londres attaquaient l’Afghanistan. En fait, il y avait eu dans les mois précédents des négociations à Berlin et à Genève qui avaient échouées. En rentrant chez lui, le représentant du Pakistan avait annoncé que son pays devait se préparer à la guerre en Afghanistan devenue inévitable. Washington et Londres ont amassé leurs troupes dans la région. Puis est survenu le 11-Septembre qui a fourni une justification acceptable pour la guerre coloniale qui se préparait.

Question : De la même manière, les déclarations publiques du général Wesley Clark, en mars et octobre 2007 au sujet des 7 pays qui devaient être attaqués et détruits par les USA, révèlent que cette liste avait été établie au lendemain des attentats. Or chacun de ces pays (Iraq, Syrie, Liban, Libye, Somalie, Soudan et Iran) a depuis été l’objet qui d’une guerre, qui d’une tentative de changement de régime, ou d’une invasion, de bombardements, de destruction, de partition, de déstabilisation ou d’embargo… M. Clark, ancien commandeur suprême de l’Otan, ne pouvant être accusé de « conspirationnisme » par les médias, ses propos ont simplement été passés sous silence, et seuls des sites alternatifs les ont relayés. C’est-à-dire qu’ils sont restés ignorés du grand public…


Enregistrement, en 2006, de la première fois où le général Wesley Clark, ancien commandeur Suprême de l’Otan, témoigna en public des plans du Pentagone pour les années à venir.

Thierry Meyssan : Clark faisait référence à une discussion tenue au Pentagone juste après le 11-Septembre. Il s’agissait d’appliquer la doctrine Cebrowski au Moyen-Orient élargi. Lui non plus n’y a pas cru à ce moment-là. Lui aussi l’a compris après coup.

J’avais écris des horreurs sur le général Clark lorsqu’il bombardait la Yougoslavie. J’ai découvert par la suite un homme respectable ayant fait carrière dans un système effrayant. Il m’a sauvé la vie en 2011.

Question : D’ailleurs, en revoyant cette vidéo, j’ai été frappé par ce qu’il assène au tout début (et à la fin) ! Il parle littéralement d’un coup d’État politique, qui a eu lieu juste après le 11-Septembre, par les membres du PNAC. Cela est très proche de votre analyse, sauf que vous pensez que le coup d’État est le 11-Septembre lui-même…

Thierry Meyssan : Le général Clark pensait se présenter à l’élection présidentielle US. Il ne pouvait donc pas s’exprimer franchement.

Question : Depuis 2002, vous n’existez plus pour les médias et les politiques en France… Vous avez été banni du débat public. Nous en reparlerons plus tard, au sujet des Fake News. Un autre point essentiel abordé dans L’Effroyable Imposture & Le Pentagate, est le rôle que la religion a subitement pris dans la (géo)politique états-unienne au lendemain du 11-Septembre…

Thierry Meyssan : Non. J’existe toujours pour les responsables politiques en France. La plupart d’entre eux me combat, mais beaucoup entretiennent des relations épistolaires avec moi.

Pour ce qui est du rôle de la religion, elle a remplacé les idéologies politiques de la Guerre froide. Nous sommes plus attentifs au rôle du Judaïsme et de l’Islam qu’à celui du Bouddhisme et du Shintoïsme, mais ce sont toutes les religions qui servent aujourd’hui de vecteurs aux ambitions politiques.

Ne parlons pas des Évangéliques qui soutiennent toutes les décisions du Likoud au nom de leurs croyances en citant des passages de l’Ancien Testament, alors même que ces thèmes sont absents des Évangiles. Ou encore des musulmans qui condamnent les crimes de Daesh tout en considérant que cette organisation est musulmane.

Question : Le contrôle des ressources en énergies fossiles a joué un rôle majeur dans la décision d’envahir l’Iraq (puis la Libye et même la Syrie). L’administration Bush-Cheney était alors convaincue de l’imminence du pic pétrolier. Wesley Clark, encore, a exprimé son opinion à ce sujet, mais aussi Alan Greenspan, l’ancien directeur de la Réserve Fédérale (« Déposer Saddam Hussein était essentiel pour garantir l’approvisionnement mondial »). Dans Sous nos yeux, vous rappelez non sans ironie que le premier nom de l’invasion US de l’Irak avait été Operation Iraqi Liberation, mais qu’à cause de son acronyme par trop révélateur, (OIL signifie pétrole), elle fut rapidement renommée « Operation Iraqi Freedom ». Pourtant, dans l’inconscient collectif des journalistes, comme pour l’Histoire ou en tout cas la narration officielle, cette guerre est soit le fruit des erreurs de jugement (voire des mensonges) du couple Bush-Blair sur les armes de destruction massive, ou de son aveuglement politique à « vouloir exporter la démocratie en Irak ».


Alan Greenspan, ancien directeur de la Réserve fédérale, assume que les armes de destruction massive furent un prétexte à la guerre contre l’Iraq. Selon lui, si le mobile était ailleurs, le pétrole était un élément central.

Thierry Meyssan : Ce n’est pas là que résidèrent les erreurs de jugement. La guerre d’Iraq n’a aucun rapport avec les justifications que l’on a évoquées en public. Et le souvenir que l’on en a est lui-même altéré.

Les raisons présentées par le secrétaire d’État Colin Powell devant les Nations unies ne comprenaient pas simplement les prétendues armes de destruction massive iraquiennes menaçant directement les États-Unis, mais aussi la responsabilité de ce pays dans les attentats du 11-Septembre. Ce mensonge là a été éradiqué des mémoires, il n’existe plus qu’à propos de la guerre contre l’Afghanistan.

Certes, les guerres d’Iraq, de Libye et de Syrie ont un enjeu pétrolier. L’administration Bush était persuadée que le pétrole allait manquer dans un avenir très proche, deux ou trois ans. Cette crainte est aujourd’hui dissipée. Les dirigeants états-uniens étaient aveuglés par le malthusianisme qu’ils professent depuis le Club de Rome.

Mais ces conflits n’étaient pas des guerres de ressources pour les États-Unis. D’ailleurs, dans la phrase de Greenspan que vous citez, il parle de garantir l’approvisionnement mondial, pas celui des États-Unis, ni même de leurs alliés, comme l’avait fait le président Carter en 1979. Il s’agit bien de la doctrine Cebrowski de contrôle par le Pentagone de l’accès des pays riches (Chine et Russie inclus) aux ressources naturelles de cette région du monde.

Les journalistes constituent le clergé de la religion dominante

Question : Mais enfin, tout le petit monde médiatique et politique français semble oublier (ou feint d’ignorer) que cette guerre était illégale au regard du droit international ! C’est l’une des raisons principales qui m’ont pousser à publier Les Guerres illégales de l’OTAN, de l’historien Daniele Ganser. Le concept de droit international n’est tout simplement jamais traité dans les médias français (et cela vaut aussi pour la guerre contre la Libye et celle en Syrie).

Thierry Meyssan : Il est très difficile pour un gouvernement allié des États-Unis de qualifier les guerres US d’illégales. Charles De Gaulle se l’était permis dans son discours de Phnom Penh, Jacques Chirac a préféré souligner que les guerres sont « les pires des solutions ».

La plupart des médias français n’ont manifestement pas la capacité de penser par eux-mêmes. Au demeurant leurs journalistes ne sont plus des analystes, juste des commentateurs. Par le passé, « journaliste » n’était pas un métier, mais un moyen de diffuser une pensée. Depuis les années 1980, les patrons de presse ont créé des « écoles » de journalisme. Leurs futurs employés y sont formés pour traiter les dépêches d’agence sans les contester. Ces « journalistes » professionnels constituent une caste homogène qui est devenue le clergé de la religion dominante. Ils ignorent beaucoup de choses, dont le Droit international, bien qu’il ait été construit par des Français et des Russes. Nous avons assisté à une chute drastique du niveau intellectuel des élites dans notre pays ; un processus qui est en train de se renverser sous l’effet de la révolte actuelle. Désormais les citoyens débattent à nouveau de notre intérêt commun. Ils manifestent une maturité politique dont aussi bien les journalistes que nos dirigeants sont dépourvus. Il faudra bien que les médias recrutent de nouveau, comme journalistes, des personnes compétentes.

Ce problème est récurrent dans notre Histoire. Le premier journal français, La Gazette, au XVIIème siècle était rédigée par Théophraste Renaudot pour le compte du cardinal de Richelieu. C’était un « journaliste professionnel ». Mais seules des personnalités comme Voltaire dénonçant la condamnation du chevalier de La Barre ou Zola celle du capitaine Dreyfus sont à mes yeux de vrais journalistes.

Question : Toute naïveté mise à part, on ne peut qu’être atterré que Bush, Cheney, Rumsfeld et Blair n’aient jamais été inquiétés pour leurs crimes ; mais ce qui est vraiment scandaleux, c’est que ce dernier soit reçu avec tous les honneurs sur la radio nationale où il est présenté en novembre 2014, comme « l’invité exceptionnel de Patrick Cohen ». C’est parfaitement abject. Les décisions de cet homme ont contribué à la mort de centaines de milliers de personnes !

Thierry Meyssan : Je ne pense pas que juger et condamner personnellement des dirigeants politiques pour des crimes commis pour le compte de groupes d’intérêt soit juste. D’autre part, je pense qu’il est indispensable de déballer le linge sale en public, mais pas de tenir telle ou telle personnalité personnellement responsable des erreurs structurelles.

Pour moi, la Révolution française s’est terminée avec la décapitation du roi. Louis XVI avait trahi la patrie et méritait le déshonneur, mais il n’était pas responsable des structures héritées de l’Ancien Régime et n’aurait pas dû en être la victime expiatoire. C’était la position de Thomas Paine —l’initiateur de l’indépendance des États-Unis qui était devenu député à la Convention—. Au contraire, en prônant la mort du roi, Robespierre a stoppé la transformation de la société française et s’est lancé dans une course sanglante au Pouvoir.

Question : Dans le même temps, d’une manière générale, tous ceux qui s’opposent aux nouvelles guerres impérialistes sont stigmatisés comme des « conspirationnistes », des individus néfastes, voire dangereux pour la société, et exclus du débat public. Voilà une bien extraordinaire inversion de la réalité !

Thierry Meyssan : C’est moins pénible que les Soviétiques qui envoyaient leurs opposants dans des hôpitaux psychiatriques, mais ce n’est pas différent.

(À suivre…)

 

http://www.voltairenet.org/article204719.html

Le sommet économique de la Ligue arabe et l’affaire Moussa Sadr

Le sommet économique de la Ligue arabe et l’affaire Moussa Sadr

+

Le sommet économique de la Ligue arabe devrait se tenir les 19 et 20 janvier à Beyrouth (Liban). Cependant, deux motifs peuvent le reporter.

- En premier lieu, les États membres de la Ligue se disputent sur l’opportunité de réintroduire la Syrie dans l’organisation dès cette réunion.

- En second lieu, le parti libanais Amal, fondé durant la Guerre civile par l’imam iranien Moussa Sadr, s’oppose à la venue d’une délégation libyenne tant que la question de la disparition de l’imam, lors d’un voyage officiel en Libye en 1978, n’aura pas été résolue.

L’un des fils de Mouammar Kadhafi, Hannibal, est actuellement détenu au Liban. Il a déclaré, en janvier 2017, qu’Abdessalam Jalloud (alors numéro 2 de la Libye, réputé beaucoup plus dur que Kadhafi) avait organisé l’enlèvement de l’imam, que des agents libyens avaient usurpé l’identité de l’imam et de sa suite pour faire croire qu’ils avaient quitté la Libye et s’étaient rendus à Rome. Hannibal a également donné des informations sur le lieu où l’imam aurait été mis au secret pendant des années. Ami d’enfance de Mouammar Kadhafi, Abdessalam Jalloud a été écarté du pouvoir en 1993 après avoir commis plusieurs lourdes erreurs. Il vit aujourd’hui à Londres.

Ces informations contredisent les déclarations du colonel Ahmad Ramadan al-Asaibie, en 2011 à une chaîne de télévision émiratie [1]. Selon l’ancien directeur du bureau d’information du Guide, il aurait été assassiné sur ordre de Mouammar Kadhafi durant son séjour.

Ces deux versions portent sur la disparition de l’imam, mais ne lèvent pas les polémiques ni sur son rôle politique exact, ni sur le commanditaire de son assassinat.

Le ministre libanais de la Justice (bloc du président Michel Aoun), Salim Jreissati, a déclaré avoir reçu en mai 2018 une lettre du rapporteur du Comité des droits de l’homme des Nations unies le questionnant sur la légalité de l’incarcération d’Hannibal Kadhafi. Il a soudain demandé, le 9 janvier 2019, à l’inspection judiciaire de faire le point sur ce sujet. Ce à quoi le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil (bloc d’Amal), a répondu en mettant en doute d’existence de la lettre des Nations unies.

Selon la presse libanaise, la Russie ferait pression sur le gouvernement pour qu’il libère Hannibal Kadhafi.

Le parti Amal prépare un éventuel blocage de l’aéroport pour empêcher la délégation libyenne de se rendre au sommet économique de la Ligue arabe.

Gabbard-2020 ? “D.C.-la-folle” devient fou !

 

Gabbard-2020 ? “D.C.-la-folle” devient fou !

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   Forum

Un commentaire est associé à cet article. Vous pouvez le consulter et réagir à votre tour.

   Imprimer

1745

Gabbard-2020 ? “D.C.-la-folle” devient fou !

12 janvier 2019 – Nos lecteurs imagineront sans peine la joie qui me transporte à cette simple nouvelle que Tulsi Gabbard va pose sa candidature à la désignation démocrate pour la présidentielle de 2020. (Elle l’a annoncé hier soir à CNN et posera sa candidature officielle la semaine prochaine.) La question n’est pas ici de savoir si elle sera élue, ni si elle a une chance d’être élue, ni ce qu’elle fera éventuellement contre Trump, et bla bla bla, mais bien de voir l’extraordinaire explosion de folie, de haine, de confusion, de désarroi qui a enflammé “D.C.-la-folle” à cette nouvelle.

(RT-USA, qui n’a pas manqué l’occasion de sauter sur cette nouvelle, développe un articleessentiellement à partir d’une collection de tweet exprimant l’horreur et la confusion absolues qui se sont emparéesd de la ménagerie des zombieSystème, neocon harpies R2P, LGTBQ, DeepState, presseSystème, establishment et toute la clique tonitruante. [J’ai fait “Gabbard-2020” sur le sympathique moteur de recherche Google à 10H30 et ai obtenu 8 780 000 résultats en 0,30 seconde.] Titre de l’article RT-USA : « La “marionnette de Poutine” contre la “complice d’Assad” : Démocrates et Républicains unis dans une panique commune à l’idée d’une Gabbard défiant Trump en 2020 »)

Je ne vais pas m’attarder trop longtemps sur le cas : on sait l’estime où l’on tient Tulsi sur ce site… Voyez iciiciiciiciiciiciici, etc., etc. Cela rappelé, imaginez le cauchemar où se trouve “D.C.-la-folle”.

• Gabbard est plutôt à la gauche du parti démocrate. Elle a fait campagne pour Sanders après avoir démissionné de la vice-présidence du parti dirigé par la pourriture Wasserman-Schultz, acoquinée jusqu’au cou avec Hillary. Elle est femme, jeune (37 ans), d’origine océanienne (samoanne) et de religion hindouiste, donc complètement des minorités et de la diversité qui plaisent tant aux progressistes-sociétaux. Plus jeune parlementaire de la législature de l’État d’Hawaii à l’âge de 21 ans, elle s’est ensuite engagée dans la Garde Nationale et a effectué deux séjours en zone de guerre,  en Irak et au Koweït. (Elle a été promue major [commandant] en 2015.) Elle est Représentante d’Hawaii à la Chambre des Représentants du Congrès des USA depuis 2012, élue et réélue avec autour de 80% des voix. Que voilà donc une jeune femme émancipée…

• Elle a pris des positions politiques extrêmement tranchées qui font bondir “D.C.-la-folle”, dans le sens antiwar après avoir vu la guerre de près pour l’avoir faite, au contraire d’un Bolton et des neocons-R2P qui recommandent la guerre partout sans avoir jamais porté d’uniforme. Gabbard est célèbre pour un long voyage en Syrie (en janvier 2017), une rencontre avec Assad, une visite de nombreuses régions dévastées, des contacts avec nombre d’habitants, et sa conclusion qu’on peut résumer par ces deux extraits du rapport qu’elle en fit :

« J’ai entendu des témoignages montrant combien les premières manifestations contre le gouvernement étaient pacifiques, et comment elles furent très rapidement infiltrées et manipules par les groupes wahhabites comme al-Qaïda (al-Nusra), financés par l’Arabie, le Quatar, la Turquie, les USA et d’autres. Ils exploitèrent des protestations pacifiques, occupèrent les communautés impliquées et tuèrent et torturèrent les Syriens qui ne voulaient pas coopérer avec dans leur entreprise de faire tomber le gouvernement… »

« Leur message au peuple américain est puissant et substantiel : il n’y a aucune différence entre les rebelles “modérés” et al-Qaida (al-Nusra) ou ISIS, – ils sont tous pareils. [Tous ces Syriens] se lamentent et demandent aux USA et aux autres pays impliqués dans ce sens d’arrêter de soutenir ceux qui sont en train de détruire la Syrie et son peuple. »

Peu m’importe pour l’instant ce qu’il adviendra en 2020, et ce que Tulsi deviendra dans cette perspective. Je n’en juge que pour ici et maintenant. Le fait essentiel est qu’elle intervient comme une fusée hypersonique à charge nucléaire frappant de plein fouet le bordel invraisemblable qu’est le parti démocrate aujourd’hui, dans “D.C.-la-folle” plus-fou-que-folle. Le fait super-essentiel est que l’intervention de cette étonnante jeune femme, que je trouve plus attrayante que Merkel-“sottise du diable” et Schiappa-la complotiste réunies, amène du désordre, encore du désordre, toujours du désordre dans l’énorme Tour de Babel toute penchée, bouffée par les termites, branlante et fissurée, puante comme une vieille usine à gaz désaffectée, qu’est devenu Système.

… Nommons cela le Pearl-Harbor de Tulsi Gabbard.

http://www.dedefensa.org/article/gabbard-2020-dc-la-folle-devient-fou

Publicités

Revue de presse nationale et internationale.

Publicités