Après une fin de course incroyable, Francis Joyon remporte la Route du Rhum avec sept minutes d’avance sur François Gabart

Après une fin de course incroyable, Francis Joyon remporte la Route du Rhum avec sept minutes d’avance sur François Gabart

Le skipper français de 62 ans bat le record de Loïck Peyron. Il passe la ligne au terme de 7 jours 14 heures 21 minutes et 47 secondes passés en mer.

Le Français Francis Joyon à La Trinité-sur-Mer (Morbihan), le 18 septembre 2018.
Le Français Francis Joyon à La Trinité-sur-Mer (Morbihan), le 18 septembre 2018. (SEBASTIEN SALOM GOMIS / AFP)

De la pure folie ! Jamais une victoire ne s’était jouée dans un finish aussi serré depuis 40 ans et la première édition ! Dimanche 11 novembre, à 62 ans, Francis Joyon a remporté la Route du Rhum au terme d’un corps à corps grandiose avec le jeune François Gabart. La septième a été la bonne ! Depuis sa première participation en 1990, Francis Joyon n’avait jamais réussi à s’imposer sur la Route du Rhum.

Et c’est dans un scénario des plus hitchcokien qu’il a coupé la ligne en vainqueur à 23h21 locale au terme de 7 jours 14 heures 21 minutes et 47 secondes passés en mer, soit un nouveau record. Le précédent record avait été établi par Loïck Peyron en 2014, 7 j 15 h 8 min 32 sec.

La deuxième arrivée la plus serrée de l’histoire de la Route du Rhum

Et Gabart, qui a tenu la tête pendant la presque totalité des sept jours de cette traversée de l’Atlantique en solitaire, a fini deuxième avec seulement 7 minutes et 8 secondes de retard sur Joyon. Mais qui aurait cru que Joyon, à la barre d’un bateau vieux de 12 ans, pourrait souffler la victoire à des marins nouvelle génération, pilote de super machines de 32 m de long capables de « voler » ?

Encore chimérique il y a 36 heures, la victoire de Joyon est devenue possible lorsque le sexagénaire a fondu sur Gabart pour offrir la deuxième arrivée la plus serrée de l’histoire de la Route du Rhum. En 1978, pour la toute première édition, le Canadien Mike Birch, à bord de son petit multicoque de 12 m (Olympus), avait coiffé le gros monocoque de Michel Malinovsky (Kritter) de 98 secondes.

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Le porte-avions Charles-de-Gaulle bientôt de retour sur les mers

Le porte-avions Charles-de-Gaulle bientôt de retour sur les mers

Le chantier de rénovation du porte-avions français vient de s’achever à Toulon, après 18 mois de travail :

La Russie et le Japon commencent des exercices navals conjoints dans le golfe d’Aden, selon la marine russe

La Russie et le Japon commencent des exercices navals conjoints dans le golfe d’Aden, selon la marine russe

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 11/11/2018 05:56

Des exercices navals anti-piratage ont été conjointement lancés par la Russie et le Japon au large du golfe d’Aden, a fait savoir samedi la flotte du Nord de la Russie.

Les navires de combat russes et la force maritime japonaise d’autodéfense participent aux exercices, notamment le navire anti-sous-marin Severomorsk de la flotte du Nord de la Russie et le destroyer japonais Ikazuchi, selon le porte-parole de la flotte du Nord de la Russie, Vadim Serga.

« Ces interactions entre les marins de la flotte du Nord de la Russie et la force maritime japonaise d’autodéfense ont lieu pour la première fois dans l’histoire de la marine russe », a dit M. Serga, cité par l’agence de presse russe Interfax.

Les exercices navals ont pour objectif d’augmenter la coopération entre les navires de guerre russes et japonais dans la lutte contre le piratage et le terrorisme, a déclaré M. Serga, cité par l’agence de presse Sputnik.

Pendant les exercices, les équipages des navires échangeront leurs informations, détecteront les vaisseaux suspects, formeront les équipages aux sorties en hélicoptères à partir de bateaux, conduiront des attaques simulées et effectueront des excursions, selon M. Serga.

https://chine.in/actualite/asie/russie-japon-commencent-des-exercices_19242.html

Vladimir Poutine répond en exclusivité aux questions de RT France (VIDEO)

 

11 novembre 2018

En marge du Centenaire, Vladimir Poutine a accordé un entretien exclusif à RT France. Il a évoqué la proposition française d’«armée européenne», l’OTAN, les relations entre la France et la Russie, ainsi que ses futurs entretiens avec Donald Trump.

En marge de son hommage au Corps expéditionnaire russe le 11 novembre, dans le cadre des commémorations du centenaire de l’Armistice à Paris, Vladimir Poutine a répondu en exclusivité aux questions de Xenia Fedorova, présidente de RT France.

La proposition d’«armée européenne» de Macron ? Une évolution «positive», selon Poutine

Vladimir Poutine a commenté la proposition française de création d’une «armée européenne», qui pourrait être une alternative à l’OTAN. Il a notamment estimé que cette «évolution» était «positive» dans un monde «multipolaire».

«D’une manière générale, l’Europe est une formation économique puissante, une alliance économique puissante, et il est tout à fait naturel que ces pays souhaitent être indépendants et souverains dans le domaine de la sécurité et de la défense», a-t-il affirmé.

Auteur: RT France

Pas de rencontre officielle à Paris avec Donald Trump

Le chef d’Etat russe a expliqué de pas s’être encore entretenu avec son homologue américain Donald Trump, mais qu’il pourrait le faire de manière informelle au moment du déjeuner.

Pour cause, il a rappelé que le président français Emmanuel Macron avait souhaité qu’aucun entretien bilatéral ne soit organisé en marge des commémorations du Centenaire. «Nous nous sommes mis d’accord [avec Donald Trump] sur le fait que nous n’allions pas rompre l’emploi du temps des commémorations, à la demande du pays organisateur», a-t-il ainsi expliqué. «Nous aurons la possibilité d’échanger en marge du G20 [en Argentine le 30 novembre] ou plus tard», a poursuivi le président russe.

 

Le «principe essentiel de la démocratie» est «la liberté de circulation de l’information»

Concernant la situation de RT France, qui s’est vu refuser à plusieurs reprises des demandes d’accréditation à l’Elysée, le chef d’Etat russe a regretté «la constitution de listes d’autorisations d’accès», qui sépareraient les médias que le pouvoir français estime «bons» et ceux qui «seraient mauvais».

Il a également estimé que cela n’avait «rien à voir avec la démocratie» et jugé cet état de fait «inacceptable». Le locataire du Kremlin a en outre estimé que le «principe essentiel de la démocratie» était «la liberté de circulation de l’information».

 

L’interview intégrale est à retrouver bientôt sur RT France.

Les Palestiniens marquent le 14e anniversaire du décès d’Arafat

Les Palestiniens marquent le 14e anniversaire du décès d’Arafat

Des Palestiniens marquent le 14e anniversaire de la mort du leader historique de leur cause, Yasser Arafat, le 11 novembre 2018 / © AFP / ABBAS MOMANI

Les Palestiniens ont marqué dimanche à Ramallah, en Cisjordanie occupée, le 14e anniversaire de la mort du dirigeant palestinien Yasser Arafat, qui demeure le symbole de leur cause, aujourd’hui dans l’impasse politique sur fond de divisions internes.

Héros national qui a incarné des décennies durant la lutte pour l’indépendance des Palestiniens, Yasser Arafat est décédé en France le 11 novembre 2004, à 75 ans, les Palestiniens accusant Israël de l’avoir empoisonné.

Une enquête française n’a pas trouvé de traces validant cette hypothèse mais elle est endossée par les Palestiniens qui s’en tiennent à une autre investigation –suisse– s’orientant vers un empoisonnement.

Entouré de hauts dignitaires palestiniens, le successeur de Yasser Arafat, Mahmoud Abbas, est allé fleurir sa tombe dimanche, saluant « le chef de la nation et le chef des martyrs ».

Il en a profité pour dénoncer des attaques menées contre la cause palestinienne par, d’un côté les Etats-Unis qui entendent négocier un accord « ultime » de paix entre Israël et les Palestiniens, et de l’autre le Hamas, mouvement islamiste au pouvoir à Gaza, à couteaux tirés avec le Fatah que dirige le président palestinien.

« Il existe un complot américain à travers l’accord +ultime+ et les Israéliens conspirent pour qu’il soit mis en oeuvre. Un autre complot, du Hamas, vise à perturber l’établissement d’un Etat palestinien indépendant », a déclaré M. Abbas.

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, sur la tombe de son prédécesseur Yasser Arafat, pour le 14e anniversaire de la mort du leader historique de la cause palestinienne, le 14 novembre 2018 / © AFP / ABBAS MOMANI

Alors que les négociations avec les Israéliens sont au point mort, l’Autorité palestinienne a coupé les ponts avec l’administration américaine après l’annonce il y a un près d’un an par le président Donald Trump de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël. Les Palestiniens espèrent faire de cette ville la capitale de l’Etat auquel ils aspirent.

Mais les Palestiniens sont aussi divisés sur le plan politique depuis que le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza en 2007, évinçant le Fatah de l’enclave après des affrontements meurtriers.

Les tentatives de réconciliation ont toutes échoué depuis. Ces dernières semaines, l’Autorité palestinienne, qui n’exerce plus son contrôle, limité, que sur la Cisjordanie occupée, dénonce les négociations indirectes entre Israël et le Hamas sous l’égide de l’Egypte et de l’ONU, afin de parvenir à une trêve durable à Gaza, s’estimant court-circuitée.

(©AFP / (11 novembre 2018 14h56)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Les-Palestiniens-marquent-le-14e-anniversaire-du-d-c-s-d-Arafat/970382.rom

Pétrole: l’Arabie réduira ses exportations de 500.000 barils/jour en décembre

Pétrole: l’Arabie réduira ses exportations de 500.000 barils/jour en décembre

(actualisé)

Abou Dhabi (awp/afp) – Le ministre saoudien de l’Energie Khaled al-Faleh a annoncé dimanche que son pays allait réduire sa production de pétrole, au moment où la dégringolade des prix de l’or noir fait craindre un effondrement des cours comme en 2014.

« Les exportations de brut du royaume (saoudien) pour décembre seront de 500.000 barils par jour moins élevées qu’en novembre », a indiqué à la presse M. Faleh, s’exprimant lors d’une réunion à Abou Dhabi de pays membres de l’Opep et non membres du cartel.

Il a en revanche précisé qu’il n’y avait « pas encore de consensus » entre grands pays producteurs de pétrole pour réduire la production de brut d’un commun accord.

Aucune décision commune ne devrait être prise à Abou Dhabi, ont affirmé plusieurs ministres, selon qui des recommandations devraient être émises avant une réunion plénière de l’Opep prévue en décembre à Vienne.

« Il est prématuré de parler d’action spécifique », a lui-même dit Khaled al-Faleh, en réponse à une question sur la possibilité d’une réduction de la production pour enrayer la baisse des prix. « Nous devons étudier tous les facteurs. »

De son côté, son homologue russe Alexandre Novak, cité par des agences de presse russes, a dit qu’il fallait « désormais analyser la situation sur le marché en profondeur, analyser la mise en oeuvre de l’accord (en vigueur). Il a exhorté à la prudence avant de « décider ce qu’il faudra faire ensuite afin de poursuivre la coopération en faveur de la stabilisation du marché ».

Pris en étau entre un bond de la production chez quelques grands pays producteurs et la crainte d’une baisse de la demande, les cours du pétrole ont chuté de près de 20% en un mois, après avoir pourtant culminé début octobre à leur plus haut niveau depuis quatre ans.

Le prix du baril de Brent est passé vendredi sous la barre des 70 dollars pour la première fois depuis avril, et celui du baril new-yorkais WTI sous les 60 dollars, en baisse pour le neuvième mois consécutif.

Malgré des signes de ralentissement de la demande, l’Arabie saoudite, la Russie, le Koweït et l’Irak ont récemment augmenté leur production de brut, et les Etats-Unis celle de pétrole de schiste.

La récente diminution des prix de pétrole est notamment le résultat d’une demande en baisse de la Chine, le plus grand importateur, qui connaît un ralentissement de sa croissance, souligne Cailin Birch, analyste à l’Economist Intelligence Unit.

D’autre part, les sanctions américaines contre l’Iran, qui menaçaient de faire baisser l’offre mondiale et de faire grimper les prix, se sont avérées moins sévères que prévu.

« Respect de l’accord à 100% »

Dans la perspective des sanctions américaines, Moscou et Ryad, deux des trois plus grands producteurs mondiaux, avaient amendé en juin leur accord de limitation de la production afin de pouvoir extraire plus de brut et compenser une baisse des exportations iraniennes.

Depuis décembre 2016, les pays de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole), menés par l’Arabie saoudite, et d’autres producteurs non membres du cartel, dont la Russie, appliquaient un accord de réduction de la production d’or noir.

Lors de la réunion dimanche du Comité ministériel conjoint de suivi de l’accord, ils comptent aborder la baisse éventuelle de leur production à des niveaux agréés en commun.

Ryad avait augmenté sa production, passant de 9,9 millions de barils par jour en mai à 10,7 millions bpj en octobre, d’après le ministre saoudien de l’Energie.

Selon Fawad Razaqzada, analyste pour Forex.com, les responsables doivent discuter probablement « de la nécessité d’un retour à un respect de l’accord à 100% », après la décision de Washington d’accorder des exemptions à huit importateurs de pétrole iranien.

« Les prix sont en baisse alors que la production des grands producteurs, comme l’Arabie saoudite, la Russie et les Etats-Unis continue d’augmenter, dépassant les quantités de barils iraniens perdus », explique-t-il.

Si les producteurs « échouent à montrer leur intention d’inverser la dernière hausse de la production, les prix du pétrole risquent de plonger davantage », ont prévenu vendredi des analystes de Commerzbank.

afp/rp

(AWP / 11.11.2018 17h06)

https://www.romandie.com/news/P-trole-l-Arabie-r-duira-ses-exportations-de-500-000-barils-jour-en-d-cembre/970411.rom

L’Inde et sa diaspora : une synergie géopolitique ?

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L’Inde et sa diaspora : une synergie géopolitique ?

Par Gérard-François DUMONT, le 11 novembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Recteur, Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne. Président de la revue Population & Avenir. Membre Conseil scientifique du Diploweb.com

Rapportée à la population de l’Inde, la diaspora indienne apparaît faible, avec 2 % de la population du pays. Mais son niveau économique représente pour l’Inde un atout et son implantation géographique variée – dont une forte présence aux États-Unis – en fait un relais important de l’action diplomatique de l’Inde.
Auteur d’un ouvrage fondateur, « Démographie politique. Les lois de la géopolitique des populations », (éd. Ellipses) Gérard-François Dumont donne ici un exemple important de la dimension géopolitique des diasporas.

SOUS L’EFFET des migrations internationales, de nombreux pays comptent des ressortissants ou des descendants de ressortissants qui habitent dans des pays étrangers. Avec l’essor des moyens de communication, ces personnes peuvent conserver des liens forts avec leur pays d’origine ou celui de leurs ascendants. C’est ainsi que le terme diaspora, usité pendant deux millénaires au singulier car il concernait exclusivement les juifs chassés de Palestine, s’applique désormais au pluriel [1] à des personnes vivant dans un autre pays que celui dont eux ou leurs parents sont originaires. Or, cette réalité nouvelle qu’est l’existence de groupes diasporiques peut-elle avoir des effets géopolitiques ? Afin de répondre à cette question, analysons ici l’exemple de la diaspora indienne dans le monde, ou plus précisément des diasporas indiennes dispersées sur tous les continents et dans de nombreux pays.

Cela nécessite d’abord de comprendre les flux migratoires explicatifs de l’existence de diasporas indiennes. Il conviendra ensuite d’en prendre la mesure géographique, vue des pays d’immigration et vue de l’Inde, et de préciser le cheminement qui a conduit les gouvernements indiens à s’intéresser à leurs diasporas. Enfin, le rôle géopolitique des diasporas indiennes sera examiné dans trois régions : l’Amérique du Nord, l’Europe et le Moyen-Orient.

L'Inde et sa diaspora : une synergie géopolitique ?
Gérard-François Dumont
Gérard-François Dumont est Professeur à l’université Paris-Sorbonne

Les vagues d’émigration à la source de groupes diasporiques

La présence de diasporas indiennes est le résultat d’émigrations qui sont un phénomène historiquement assez récent dans l’histoire de l’Inde. Ces émigrations se distinguent en quatre vagues principales.

En effet, les premiers flux d’émigration significatifs de populations d’origine indienne ne se produisent qu’au XIXe siècle. Une première vague migratoire se dirige vers l’Afrique, l’Asie du Sud-est, les Fidji et les Caraïbes (Trinidad, Jamaïque…). Elle est essentiellement motivée par la grande demande de main-d’œuvre bon marché qui naît après l’abolition britannique de l’esclavage en 1833-1834, et concerne donc notamment des territoires de l’Empire britannique recrutant des travailleurs sous contrat individuel (« indenture labour »), surtout en Inde du nord. Au cours de ce même XIXe siècle, se met en place dans le sud de l’Inde le système dit Kangani (contremaître) de recrutement familial villageois vers le Sri Lanka, la Malaisie ou la Birmanie.

La deuxième grande vague migratoire se déploie un siècle plus tard, après l’indépendance de l’Inde en 1947, donc dans la seconde moitié du vingtième siècle. Elle concerne des Indiens bénéficiant généralement d’une certaine qualification et se dirigeant vers des pays développés. La cause est principalement économique car l’Inde a privilégié, dans les premières décennies de son indépendance, des politiques économiques assez proches de la logique soviétique qui, avec la mise en place d’une importante bureaucratie, corsètent l’économie et nuisent au développement.

La troisième vague migratoire, qui commence dans les années 1970, prend des directions géographiques très différentes des deux précédentes, avec un contexte juridique des pays de destination également fort différent. Elle est déclenchée par les besoins croissants des pays producteurs de pétrole d’Asie occidentale qui recrutent des travailleurs temporaires peu qualifiés.

Enfin, et même si les deux dernières vagues continuent d’exercer des effets, les facteurs qui se surajoutent depuis les années 1990, dus aux processus de globalisation, d’internationalisation et de mondialisation [2], conduisent à considérer l’existence d’une quatrième vague, très liée d’une part à l’ouverture économique de l’Inde et, d’autre part, au potentiel des marchés de destinations.

Deux approches statistiques de l’immigration indienne

Deux méthodes sont toujours possibles pour prendre la mesure d’une immigration : considérer, d’une part, les définitions et les statistiques des pays d’immigration et, d’autre part, celles des pays d’émigration.

Le recours à la première méthode est notamment possible dans les pays de l’OCDE qui appliquent une définition géographique de l’immigration, inventoriant les personnes résidentes sur leur sol et nées à l’étranger. Selon ce critère, les statistiques de l’OCDE [3] permettent de mettre en évidence l’importance de l’immigration indienne aux États-Unis, avec plus de 2 200 000 personnes en 2014, devant le Royaume-Uni avec 784 000 personnes, puis le Canada avec plus de 550 000 personnes.

Mais cette approche géographique donne une idée insuffisante de l’apport de l’immigration indienne. En effet, l’immigration ne rend ni stérile ni immortel et toute immigration a des effets sur le mouvement naturel dans le pays d’arrivée. En outre, le fait de naître dans un pays ne signifie nullement le refus des éléments identitaires issus de parents ayant émigré de leur pays de naissance. En conséquence, l’Inde a défini sa propre méthode pour chiffrer le nombre de personnes issues de l’émigration indienne, méthode qui conduit à des chiffres nettement plus élevés que les précédents. Il en résulte, par exemple, que le gouvernement indien estime, en 2015, à 1,8 million les effectifs de la diaspora indienne dans ce pays, un chiffre 2,3 fois supérieur au nombre donné par le Royaume-Uni pour quantifier les personnes y résidant et nées en Inde. Quel cheminement a conduit à une telle différence statistique [4] ?

La prise de conscience par l’Inde de sa diaspora

En réalité, les premiers gouvernements de 1947, donc l’Inde de Nehru, prône l’intégration des communautés indiennes émigrées dans les nouveaux États issus du démembrement de l’Empire britannique. Certes, les personnes ayant émigré sont désignées comme des Indiens d’outre-mer (« overseas Indians »), même si elles n’avaient pas accompli un parcours maritime lors de leur migration ; mais, par exemple, les Indiens résidant en Birmanie ou en Malaisie sont enjoints à adopter la nationalité de ces nouveaux États. L’attitude de désintérêt du gouvernement indien pour ses émigrés d’outre-mer est tout particulièrement mise en évidence en 1972 par le refus de l’Inde d’accueillir l’ensemble de ses ressortissants d’outre-mer qui se trouvent expulsés d’Ouganda.

Le changement d’attitude du gouvernement indien commence en 1986 : la prise de conscience de l’utilité éventuelle pour l’Inde des Indiens d’outre-mer conduit à la création, au sein du département de l’industrie, d’un service pour faciliter les procédures d’investissement des non-résidents. Cette première initiative témoigne du rôle économique possible des diasporas indiennes, mais guère de leur éventuel rôle géopolitique.

À compter des années 1990, le gouvernement indien déploie de nouvelles initiatives pour mobiliser la diaspora indienne au profit de son pays. Le terme diaspora, pour désigner les Indiens ayant entrepris d’émigrer, devient utilisé au sein de son ministère des Affaires étrangères, par une division des Indiens non-résidents et des personnes d’origine indienne. En mars 1999, une carte pour les personnes d’origine indienne est instituée pour leur faciliter notamment l’accès à la propriété et l’octroi d’un visa de long séjour permettant de faciliter les déplacements entre le pays de résidence et l’Inde.

Puis les années 2000 prolongent les initiatives précédentes. En août 2000, un Haut Conseil de la diaspora indienne est installé. Deux ans plus tard, un rapport de ce Haut Conseil affiche, parmi ses six objectifs, sa volonté de « transformer les membres de la diaspora en ambassadeurs de l’Inde ». En 2003, un amendement à la loi sur la citoyenneté permettant de créer une citoyenneté d’outre-mer pour des nationaux d’autres pays d’origine indienne. La même année, est organisée pour la première fois une journée des expatriés indiens (Pravasi Bharatiya Divas). Sa date est fixée au 9 janvier, qui correspond à la commémoration du retour définitif de Gandhi d’Afrique du Sud en Inde en 1915. Cette journée réunit 2 000 délégués des diasporas indiennes venus de 61 pays. Il est alors décidé la création d’une nouvelle décoration créée spécifiquement pour les membres de la diaspora indienne.

Deux ans plus tard, en janvier 2005, lors de la conférence du Pravasi Bharatiya Divas, le Premier ministre indien Manmohan Singh fait état de son espoir de voir un jour tous les descendants d’immigrants indiens vivant dans différents pays du monde bénéficier de la citoyenneté indienne s’ils le désirent. L’Inde souhaiterait donc l’octroi de la double nationalité à tous les descendants des Indiens vivant à l’étranger [5].

Pour illustrer l’importance désormais reconnue de la diaspora indienne par le gouvernement du pays, précisons le thème de la 6ème édition de janvier 2008 de la Pravasi Bharatiya Divas à New Delhi : « Une diaspora engagée : le moyen d’avancer » (Engaging the diaspora the way ahead). À cette occasion, l’Inde remet au chef du gouvernement mauricien le « Pravasi Bharatiya Samman Award », une récompense pour sa contribution « exceptionnelle » en tant que fils d’immigrant indien.

Parallèlement, pour attester l’importance attachée à ses diasporas, l’Inde décide d’en donner une définition précise permettant l’établissement de statistiques par le ministère indien des Affaires étrangères. Les membres des diasporas relèvent de deux types : les personnes d’origine indienne (person of indian origin ou PIO) et les Indiens non-résidents (Non resident Indians ou NRIs), qui peuvent toutes disposer d’un document prouvant leur origine, même si elles n’ont pas la nationalité indienne. Les personnes d’origine indienne, dont certaines sont des descendants de la première vague migratoire présentée ci-dessus, relèvent de trois natures :
. toute personne qui a possédé auparavant un passeport indien ;
. toute personne dont les parents, un des grands-parents ou un des arrière-grands-parents sont nés, ou ont eu une résidence permanente sur le territoire de l’Inde tel que défini par les lois indiennes (donc à l’exclusion du Pakistan et du Bangladesh) ;
. le conjoint d’un citoyen indien ou d’une personne d’origine indienne entrant dans l’une des deux catégories ci-dessus.

Le second ensemble formant la diaspora indienne, selon les normes des autorités de l’Inde, est celui des Indiens non-résidents (« Non resident Indians » ou NRIs). Ce sont des citoyens indiens, de nationalité indienne, ayant un passeport indien et résidant en dehors de l’Inde pour une période indéfinie, en raison d’un emploi à l’étranger ou pour tout autre motif. Dans les faits, les Indiens non-résidents sont le plus souvent des émigrés récents et considérés comme des émigrants temporaires. On peut néanmoins penser que leur émigration temporaire pourrait devenir définitive quand elle s’oriente vers des pays ouverts à la naturalisation, comme en Europe ou en Amérique du Nord, mais devrait rester temporaire lorsqu’elle va vers des pays où l’accès à la citoyenneté est impossible, comme les pays du Golfe.

En appliquant les définitions ci-dessus, au milieu des années 2010, la diaspora indienne compte 28 millions de personnes (NRI+PIO) selon le Ministry of Overseas Indian Affairs. Analysons sa répartition géographique qui s’étend dans 130 pays.

Pluralité géographique avec de fortes concentrations

Si l’on considère les pays de la diaspora indienne par ordre d’importance en 2015 [6], neuf pays comptent plus d’un million d’Indiens (soit, dans l’ordre décroissant, États-Unis, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Malaisie, Myanmar, Afrique du Sud, Royaume-Uni, Sri Lanka et Canada) et vingt pays en comptent plus de 100 000. La diaspora indienne aux États-Unis est le résultat d’une immigration fort récente, due essentiellement à la quatrième vague migratoire précisée ci-dessus. La deuxième place de l’Arabie Saoudite, ainsi que la troisième des Émirats arabes unis, s’inscrit selon la logique de la troisième vague migratoire, tandis que le Royaume-Uni cumule des effets indirects de la première vague migratoire (du fait de la ré-émigration à partir de colonies anglaises) et des deuxième et quatrième vagues.

La quatrième place de la Malaisie dans le classement, avec 2,1 millions d’Indiens de la diaspora, est l’héritage du système dit Kangani (contremaître) cité ci-dessus, c’est-à-dire de la pratique d’un recrutement familial villageois qui a prévalu surtout dans le sud de l’Inde, au XIXe siècle. Ces 2,1 millions sont donc essentiellement des personnes d’origine indienne. La cinquième place de la Birmanie-Myanmar voisine, avec 2 millions d’Indiens, s’explique pour les mêmes raisons relevant de la première vague migratoire.

En sixième position avec 2 millions de personnes, l’Afrique du Sud hérite essentiellement des effets de la première vague migratoire. La présence indienne y est même parfois plus ancienne, mais elle demeura longtemps très faible. Elle commence en 1653, lorsque des marchands néerlandais vendent des Indiens comme esclaves à des Néerlandais de la colonie du Cap. Mais elle prend surtout de l’importance après l’abolition de l’esclavage dans l’empire britannique en 1833-1834. Les travailleurs indiens pour les plantations sud-africaines viennent principalement du Bihâr (au nord de l’Inde, dans l’est de la plaine indo-gangétique), de l’Uttar Pradesh oriental (Inde du Nord), du Tamil Nadu (sud-est) et de l’Andhra Pradesh (sud-est). Plus tard, arrivent aussi des commerçants du Gujarat (ouest de l’Inde) qui émigrent comme « passagers libres » (« free passagers »). Les travailleurs indiens exercent aussi des fonctions de dockers, de mineurs, ou dans les chemins de fer, des services municipaux et domestiques. Comme certains Indiens réussissent dans le commerce en concurrençant les Blancs, l’administration coloniale édicte des lois les discriminant. Une longue bataille pour l’égalité s’ensuit, pour laquelle Gandhi, arrivé en 1893, joue un rôle majeur. En 1894, sont créés le Congrès indien du Natal, puis le congrès indien du Transvaal.

Après les événements ayant conduit à la suppression définitive, en 1994, de l’apartheid, en 2016, il y a 56 millions de Sud-Africains, dont 2 millions d’Indiens, soit 3,5 % de la population totale. La moitié d’entre eux vivent au KwaZulu-Natal. Bien que porteurs d’un rôle historique pour l’indépendance de l’Inde à cause de Gandhi, les Indiens d’Afrique du Sud ont longtemps eu des liens géopolitiques avec l’Inde assez lâches pour trois raisons : leur émigration est ancienne, effectuée essentiellement entre 1860 et 1911 ; ils ont obtenu la nationalité sud-africaine dès 1961 et leur priorité a été de participer à la construction de la nation sud-africaine. Toutefois, la population d’origine indienne a créé une South African Federation pour promouvoir la culture indienne et lui donner toute son importance.

Dans le reste de l’Afrique, hormis Maurice et la Réunion, la communauté indienne n’atteint jamais une proportion aussi importante qu’en Afrique du Sud. Le nombre des immigrés indiens, assez élevé en Afrique australe, a même diminué après les indépendances lorsque les nouveaux gouvernements ont conduit des politiques défavorables aux habitants d’origine non-africaine. Par exemple, en 1972, toutes les personnes d’origine asiatique ont été chassées de l’Ouganda par le Président Idi Amin. Une partie seulement, minoritaire, de la diaspora est donc revenue en Inde car le nombre de personnes que le gouvernement indien était prêt à accueillir était plafonné à 15 000. La majorité des environ 100 000 expulsés a gagné la métropole de l’ancien colonisateur, donc le Royaume-Uni, comme précédemment les Indiens du Kenya à la fin des années 1960.

L’importance relative de la diaspora indienne

Considérons désormais la proportion de la diaspora indienne dans la population totale des pays où elle réside. Des distinctions nettes apparaissent à nouveau selon les vagues migratoires. La première, celle du XIXe siècle, explique que les Indiens forment 55 % de la population de Maurice, 50 % de la population de la Guyana, et des pourcentages supérieurs à 25 % aux Fidji, à Trinité et Tobago, au Surinam et à La Réunion. Les proportions d’Indiens les plus élevées dans la population des pays se trouvent donc dans des îles de l’océan Indien ou dans des pays riverains de la mer des Caraïbes, effets directs de l’abolition de l’esclavage.

Maurice est le seul pays où les personnes d’origine indienne constituent la majorité de la population. Nombre d’entre elles, souvent originaires du district de Bhojpuri dans le Bihâr, situé au nord de l’Inde (dans l’Est de la plaine indo-gangétique), descendent des émigrations consécutives à l’abolition de l’esclavage. À La Réunion, depuis 1920, les personnes d’origine indienne ont la nationalité française et des droits politiques et sociaux complets, ce qui leur permet depuis d’exercer un rôle important dans la vie politique locale.

Puis se distinguent des pays du Golfe (Arabie saoudite, Émirats Arabes Unis, Bahreïn, Qatar, Oman et Koweït), destinations de la troisième vague migratoire, avec des proportions d’Indiens d’autant plus élevées qu’il s’agit de pays faiblement peuplés disposant d’une main-d’œuvre largement insuffisante pour leurs activités liées aux hydrocarbures, pour leurs besoins économiques courants ou pour leur diversification économique comme à Dubaï [7].

L’examen de la diversité du poids et de la nature de la diaspora indienne doit être complété, afin d’en approcher la mesure géopolitique, par l’étude spécifique de trois régions : l’Amérique du Nord, l’Europe et le Moyen-Orient.

La diaspora indienne aux États-Unis, facilitatrice géopolitique

Pour 2014, l’OCDE classe aux États-Unis l’Inde au deuxième rang des pays d’origine des immigrants, soit 2,2 millions, après le Mexique. Mais, selon les définitions de New Delhi, la diaspora indienne y est composée d’environ 4,5 millions de personnes, en raison d’une très forte hausse depuis les années 1990. La diaspora indienne est donc devenue la première diaspora asiatique, devançant la chinoise, la philippine et la diaspora japonaise, longtemps la plus nombreuse. La diversité de l’Inde se retrouve aux États-Unis, avec des associations d’originaires du Kerala, du Gujarat, du Bengale ou une Association des Américains indiens de religion chrétienne, formée à Los Angeles en 2000, sans oublier la Fédération des associations d’Indiens musulmans.

La diaspora indienne représente, avec ses membres ayant la nationalité étatsunienne, un poids électoral non négligeable. Dans les années 1980, elle commence à s’organiser politiquement pour peser au niveau local, celui des États, comme à l’échelon fédéral. Plusieurs Américains d’origine indienne occupent des postes politiques dans les États ou comme maires tandis que la diaspora indienne a, par exemple, exercé des responsabilités dans l’entourage du président Bill Clinton (1993-2001). En 2002, un Comité d’action politique de l’Inde des États-Unis est créé. En 2004, un caucus [8] de l’Inde est formé au Sénat par John Cornyn (parti républicain) et Hillary Clinton (parti démocrate) : c’est le premier caucus axé sur les pays établi au Sénat. Son objet est de favoriser les relations entre l’Inde et les États-Unis. Ce caucus facilite l’action de la diaspora indienne qui obtient, par exemple, l’augmentation du nombre de visas indiens autorisés par le Congrès.

La diaspora indienne aux États-Unis plaide pour des législations américaines favorables aux intérêts de son pays d’origine ou lors d’événements géopolitiques, comme du conflit de Kargil, alors que le contexte ne lui est pas favorable à l’origine. En effet, dans les premières décennies suivant les indépendances de 1947, le Pakistan est diplomatiquement plus proche des États-Unis, alors que les relations entre ces derniers et l’Inde [9], alors très liée à l’URSS, sont plutôt mauvaises. Au fil des années, l’action géopolitique de la diaspora indienne prend de l’importance. Sa présence réelle aux États-Unis est mise en évidence lors de ce conflit de Kargil – aussi appelé la guerre des glaciers – qui oppose l’Inde et le Pakistan en 1999, à l’heure d’une nouvelle dégradation de la situation au Cachemire qui conduit les deux pays à s’affronter. En mai 1999, des centaines de combattants islamistes, soutenus par l’armée pakistanaise dirigée par le général Musharraf, s’infiltrent et s’installent sur les hauteurs de Kargil, puis contrôlent la route stratégique Srinagar-Leh. L’Inde réagit fermement en engageant des moyens importants, notamment aériens, et la nouvelle guerre entre l’Inde et le Pakistan dure du 9 mai au 12 juillet 1999. La tentative pakistanaise de remettre en cause la situation du Cachemire est condamnée par la communauté internationale. Les États-Unis, notamment, exercent une forte pression pour obtenir le retrait des combattants et de l’armée pakistanaise.

L’influence de la diaspora indienne aux États-Unis, qui a pu s’exercer à cette occasion, s’est aussi déployée à plusieurs reprises auprès du Congrès américain pour faire gommer certains aspects législatifs défavorables à l’Inde. En 2007, la diaspora indienne a plaidé auprès des sénateurs américains en faveur de la signature de l’accord sur le nucléaire civil avec New Delhi, ce qui lui a valu les remerciements du Premier ministre indien, Manmohan Singh [10].

Au Canada, la diaspora indienne est moins nombreuse qu’aux États-Unis, mais elle y représente une proportion plus importante de la population (2,8 %) et y connaît aussi une croissance annuelle élevée. Sa présence a été symbolisée par l’élection d’un Canadien d’origine indienne, Ujjal Dosanjh, comme Premier ministre de la Colombie britannique en 2000-2001. De façon générale, les hommes politiques canadiens attachent une importance croissante à la diaspora indienne, dont le poids électoral absolu et relatif augmente.

La prééminence du Royaume-Uni dans la diaspora indienne en Europe
Bien qu’il y ait eu au XIXe siècle une immigration indienne en Europe occidentale, cette dernière n’a véritablement pris de l’importance qu’au milieu du XXe siècle, en devenant intense au moment où les anciennes colonies devinrent indépendantes. Ainsi, des Indiens du Surinam ré-émigrèrent vers les Pays-Bas ; des Indiens de Madagascar ou de Maurice allèrent en France ; des Indiens du Mozambique et de l’Angola se rendirent au Portugal. Mais les flux les plus importants s’effectuèrent de l’Afrique de l’Est ou de l’Inde vers le Royaume-Uni.

Dans les années 2010, plus des deux tiers des personnes d’origine indienne ou de nationalité indienne vivant dans l’Union européenne (à 28) habitent au Royaume-Uni, 12 % d’entre elles résidant aux Pays-Bas. Dans les 26 autres pays, se distinguent l’Italie, le Portugal et la France avec environ 4 % de la diaspora indienne de l’Union européenne, tandis que la présence indienne dans les autres pays de l’Union européenne est très faible. En conséquence, la communauté indienne forme une importante minorité ethnique du Royaume-Uni. Cette présence se trouve symbolisée en économie par de nombreux industriels britanniques d’origine indienne, dont Lakshmi Mittal, mais elle participe aussi à la vie politique britannique. Plusieurs membres de la Chambre des Communes et de la Chambre des Lords sont d’origine indienne. Les deux principaux partis politiques britanniques ont formé des groupes parlementaires d’amitié avec l’Inde.

La caractéristique de la diaspora indienne au Royaume-Uni, ce qui constitue sa différence fondamentale avec la diaspora pakistanaise, est sa nette réussite au point de vue économique comme à celui de l’intégration.

Des émigrants nécessairement temporaires dans les pays du Golfe

Les besoins économiques des pays du Golfe, combinés à une population active limitée, ont engendré depuis les années 1970 des immigrations de travail temporaire. Sur près de 7 millions d’Indiens travaillant dans les pays du Golfe, environ une moitié vient du Kerala.

Ces immigrants indiens sont en majorité des hommes sans qualification ou à faible qualification, auxquels ajoutent des professionnels de métiers tertiaires (médecins, ingénieurs, architectes, banquiers…) ainsi que des personnes, généralement des femmes, assurant le service aux particuliers. Mais cette diaspora indienne dans les pays du Golfe se trouve dans une situation juridique fort différente de celle de l’Europe. En effet, ces pays ne permettent pas aux travailleurs indiens d’obtenir la citoyenneté ou la nationalité, ce qui explique de fortes rotations puisque les travailleurs ne peuvent demeurer sur place à la fin de leur contrat de travail. Le rôle géopolitique de la diaspora indienne est donc fort limité, compte tenu de son manque de libertés dans les pays du Golfe. Toutefois, les gouvernements indiens ne s’en désintéressent pas et agissent auprès de ces pays, tout particulièrement pour que ces derniers ne fassent pas obstacle à l’envoi de remises. La pression géopolitique de New Delhi peut avoir des effets tout simplement parce que les pays du Golfe ont besoin de cette main-d’œuvre pour satisfaire leurs objectifs économiques.

Hormis les pays du Golfe, une diaspora indienne est également présente, dans un contexte fort différent, dans un autre pays du Moyen-Orient, Israël, où sa présence a des effets géopolitiques.

La diaspora indienne en Israël

En effet, depuis les années 1940, environ 50 000 Indiens de confession juive ont migré en Israël. Ces juifs ou leurs descendants souhaitent généralement conserver des liens avec l’Inde car leurs ancêtres n’y ont jamais été maltraités. Cette histoire et le rôle exercé par la diaspora indienne en Israël, comme par les Indiens de confession juive vivant en Inde, sont des facteurs explicatifs des bonnes relations diplomatiques entre l’Inde et Israël.

Ainsi, du 4 au 6 juillet 2017, vingt-cinq ans après l’établissement des relations diplomatiques entre Israël et l’Inde, Narendra Modi a été le premier chef de gouvernement de son pays en visite officielle en Israël. Et M. Modi, comme lors de la plupart de ses déplacements à l’étranger, a pris la parole à Tel-Aviv devant plusieurs milliers de membres de la diaspora indienne, qu’il s’agisse de juifs israéliens ayant une ascendance indienne ou de personnes de nationalité indienne travaillant en Israël.

Conclusion

La diaspora indienne est issue de quatre vagues migratoires principales. Après une période d’indifférence, le gouvernement de l’Inde a réalisé son intérêt géopolitique et décidé d’en établir une définition assez large qui va jusqu’à inclure des arrière-petits-enfants de migrants. Cette diaspora est fort diversifiée selon l’ancienneté de sa migration, la géopolitique interne des pays de résidence, les régions de l’Inde d’où elle tire son origine, ou selon les religions pratiquées.

Rapportée à la population de l’Inde, cette diaspora indienne, 28 millions de personnes, apparaît faible, soit 2 % de la population du pays. Mais, d’une part, son niveau économique représente pour l’Inde un atout et, d’autre part, son implantation géographique variée, dont une forte présence aux États-Unis, en fait un relais important de l’action diplomatique de l’Inde. En promouvant les atouts et les mérites de sa diaspora, dont la réussite dans les pays où elle réside est souvent avérée, l’Inde concourt à valoriser sa politique étrangère et à stimuler son développement tandis que, dans le même temps, la mobilisation de la diaspora indienne pour son pays d’origine en fait un véritable acteur géopolitique dans des pays démocratiques comme les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni ou Israël.

En appliquant la politique diasporique réelle ou souhaitée de l’Inde, la question diasporique dans le monde prendrait une importance fortement accrue au plan quantitatif et qualitatif. Les effectifs des diasporas seraient nettement supérieurs aux chiffres généralement annoncés et le nombre de personnes possédant deux passeports considérablement augmenté. Au plan qualitatif, de nombreux pays sauraient mieux utiliser leurs diasporas pour leurs intérêts diplomatiques et économiques.

Copyright 2018-Dumont/Diploweb


Plus

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Dirigé par Pierre VERLUISE, Docteur en géopolitique de l’Université de Paris – Sorbonne, chargé de cours à la Sorbonne et professeur en CPGE, Chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine d’ouvrages, Fondateur du Diploweb.com et Directeur de ses publications.

Avec des contributions de : Olga V. ALEXEEVA, Patrick ALLARD, Louis-Arthur BORER, Mathieu BOULÈGUE, Etienne BRINTET, René CAGNAT, Théo CLÉMENT, Philippe CONDÉ, Barthélémy COURMONT, Frédérick DOUZET, Gérard-François DUMONT, David GAÜZERE, Marc JULIENNE, Alain LAMBALLE, Frédéric LASSERRE, Martin MICHALON, Éric MOTTET, Emile-Robert PERRIN, Edouard PFLIMLIN, Pierre ROUSSELIN, Daniel SCHAEFFER, Pierre-Louis TÊTU.

. Voir le livre Pierre Verluise (dir), « Histoire, Géographie et Géopolitique de l’Asie. Les dessous des cartes, enjeux et rapports de force », éd. Diploweb via Amazon

https://www.diploweb.com/L-Inde-et-sa-diaspora-une-synergie-geopolitique.html?utm_source=sendinblue&utm_campaign=NL215121118_Quelle_puissance&utm_medium=email

A l’UE et à l’OTAN, la Première ministre islandaise dit « Non merci ! »

7.novembre.2018 // Les Crises

A l’UE et à l’OTAN, la Première ministre islandaise dit « Non merci ! »

Source : EUobserver,, 19-10-2018

PAR MARTIN BREUM

REYKJAVIK, 29 octobre 2018

Les échecs de l’eurozone signifient que l’Islande devrait rester hors de l’UE, a déclaré la Première ministre à EUobserver.

S’il ne tenait qu’à elle, elle quitterait aussi l’OTAN.

« Je ne crois pas que nous devrions entrer dans l’UE aujourd’hui. Je ne crois pas qu’il y ait de raison de candidater », a déclaré Katrin Jakobsdottir dans un entretien avec notre site Internet, tandis que le nouveau gouvernement islandais se préparait à célébrer son premier anniversaire au pouvoir.

« A titre personnel, je suis critique envers les politiques économiques de l’UE – la création de l’eurozone sans vraies politiques centralisées concernant les taxes ou les politiques fiscales », a-t-elle déclaré.

« La Banque centrale européenne est devenue vraiment puissante sans être très démocratique. Les politiques économiques de l’UE ont été vraiment éloignées des gens de l’eurozone et elles ont créé des divisions qui n’auraient pas dû être », a-t-elle ajouté.

L’Islande a déposé sa candidature pour intégrer l’UE en 2009, mais a abandonné en cours de procédure en 2015.

Elle reste membre de l’Association européenne de commerce équitable (AECE) et de l’Espace économique européen (EEE), deux clubs de libre échange, à la place.

Ce pays de l’Atlantique nord, avec une maigre population de seulement 340 000 personnes, est aussi un membre de l’OTAN, la plus large alliance militaire mondiale.

La question de l’adhésion européenne continue de semer la discorde, a déclaré Jakobsdottir.

« C’était controversé à l’époque [en 2009] et ça l’est encore », a-t-elle dit après de récents sondages, qui indiquaient que 60% des Islandais voulaient rester hors de l’Europe, tandis que 40% voulaient y adhérer.

Le libre échange avec l’UE s’est avéré sans l’ombre d’un doute bénéfique pour l’Islande, a toutefois déclaré la Première ministre eurosceptique.

« La position islandaise au sein de l’EEE s’est révélée bénéfique pour nous », a-t-elle déclaré.

Selon la Première ministre: « Quand nous regardons notre économie, notre structure sociale et notre processus législatif, je pense que nous nous nous sommes assez bien débrouillés sans être membres de l’UE ».

« Vous pouvez consulter tous les indices au monde : nous ne nous en sortons pas trop mal en termes d’économie, d’indicateurs sociaux et d’égalité de genre, où nous devançons tous les autres pays nordiques », a-t-elle ajouté.

Exercices militaires

Mme Jakobsdottir, 42 ans, ancienne universitaire, est devenue l’an dernier la seconde femme à se trouver à la tête de l’Islande.

Son parti, le Mouvement des verts et de gauche, a formé une coalition avec les partis libéraux du Progrès et de l’Indépendance pour l’emporter.

Le gouvernement soutient l’appartenance à l’OTAN, mais la Première ministre s’est déclarée favorable à des solutions « diplomatiques et politiques » face aux défis sécuritaires modernes.

« La position de mon parti est que nous sommes contre l’appartenance de l’Islande à l’OTAN. Toutefois, nous sommes au parlement islandais le seul parti à tenir cette position. »

« Nous, le Mouvement des verts et de gauche, reconnaissons qu’il y a en Islande une forte majorité qui soutient notre appartenance à l’OTAN, mais nous ne sommes pas favorables à l’idée d’une présence militaire permanente sur notre territoire », a-t-elle ajouté.

Les troupes américaines ont préservé l’Islande de l’occupation allemande au cours de la Seconde Guerre mondiale.

L’Islande est aussi un membre fondateur de l’OTAN depuis 1949, mais les troupes américaines ont quitté leur base permanente en 2006.

Jakobsdottir s’est exprimée au moment des exercices militaires à grande échelle de l’OTAN – Trident Juncture – qui ont commencé la semaine dernière et ont vu trois frégates canadiennes et deux britanniques ainsi qu’un navire d’assaut amphibie américain, l’USS Iwo Jima, et 7 000 soldats américains, débarquer à Reykjavik.

Le but de l’opération est de défendre la Norvège contre une « agresseur fictif » – un surnom voilé de l’OTAN pour la Russie.

Mais les détroits entre le Groenland, l’Islande et le Royaume-Uni ont reçu beaucoup d’attention après que la Russie a pris la Crimée à l’Ukraine en 2014 et débuté une consolidation militaire dans les régions baltique et arctique.

L’avion américain P-8 Poséidon, qui chasse les sous-marins russes, est aussi devenu un visiteur fréquent de l’aéroport de Reykjavik au cours des dernières années.

Solutions diplomatiques

Jakobsdottir s’est déclarée « critique à l’égard de la militarisation accrue de l’Atlantique nord ».

Son gouvenrement « s’en tiendrait à la politique de sécurité [appartenance à l’OTAN] à laquelle il s’est engagé ».

Mais « nous [son parti] préférons des solutions plus pacifiques et nous ne pensons pas qu’une militarisation accrue soit la solution », a-t-elle ajouté.

« Nous devons renforcer les relations diplomatiques et politiques. Nous n’abandonnerons pas cette position même si cela nous cause des ennuis », a-t-elle ajouté.

Source : EUobserver, Martin Breum, 19-10-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

 

https://www.les-crises.fr/a-lue-et-a-lotan-la-premiere-ministre-islandaise-dit-non-merci/

A Paris, Trump dénonce les propos « insultants » de Macron sur une armée européenne

A Paris, Trump dénonce les propos « insultants » de Macron sur une armée européenne

Le président américain Donald Trump a dénoncé vendredi soir, à son arrivée à Paris, les propos « très insultants » de son homologue français Emmanuel Macron sur la création d’une armée européenne.

« Le président Macron vient de suggérer que l’Europe construise sa propre armée pour se protéger contre les Etats-Unis, la Chine et la Russie », a tweeté M. Trump au moment même où Air Force One atterrissait à l’aéroport international d’Orly, près de Paris.

« Très insultant mais peut-être que l’Europe devrait d’abord payer sa part à l’OTAN que les Etats-Unis subventionnent largement! », a ajouté le président américain.

Le rencontre entre les deux dirigeants, prévue samedi matin au palais de l’Elysée, s’annonce d’ores et déjà particulièrement délicate.

Il s’agit de la deuxième visite de Donald Trump en France depuis son arrivée à la Maison Blanche, après celle du 14 juillet 2017 qu’il évoque régulièrement avec beaucoup d’enthousiasme.

Dans son tweet, le président américain faisait semble-t-il référence aux déclarations mardi de M. Macron qui a appelé de ses voeux la création d’une « véritable armée européenne » pour mieux protéger le Vieux Continent.

« On ne protègera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une vraie armée européenne », a plaidé le président français. Il faut « nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis », a-t-il ajouté.

Il n’existe pour l’heure aucune armée européenne supranationale. Le sujet, récurrent, reste miné car il touche au coeur la souveraineté des Etats-membres.

Au moment de quitter la Maison Blanche, M. Trump avait opté pour un ton nettement plus conciliant.

« Cela va être un moment magnifique », avait-il prédit. « Il y aura beaucoup de pays », avait ajouté, assurant que l’annonce de sa présence avait poussé nombre d’autres dirigeants à faire le déplacement.

Dimanche, M. Trump participera, en présence d’au moins 60 chefs d’Etat, à une cérémonie au pied de l’Arc de Triomphe au cours de laquelle M. Macron prononcera un discours.

Au cours du week-end, il se rendra par ailleurs au cimetière américain du Bois Belleau, dans le département de l’Aisne, ainsi qu’au cimetière américain de Suresnes, en banlieue parisienne.

(©AFP / (09 novembre 2018 22h54)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-A-Paris-Trump-d-nonce-les-propos-insultants-de-Macron-sur-une-arm-e-europ-enne_RP/970137.rom

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