Conférences géopolitiques #08 : la synthèse du Diploweb

Conférences géopolitiques #08 : la synthèse du Diploweb

Par Estelle MENARDJoséphine BOUCHERLaurent CHAMONTINMahault BERNARDNoé PENNETIER,Tristan FACCHIN , le 14 mars 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Mahault Bernard, Joséphine Boucher, Tristan Facchin, Noé Pennetier sont étudiants dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur. En cliquant ci-dessus sur leur nom vous accéderez à leur notice biographique. Laurent Chamontin est Polytechnicien, membre du Conseil scientifique du Diploweb.com. Estelle Ménard est titulaire de Masters en Géopolitique (IFG, Paris VIII) et en Relations internationales (MRIAE, Paris I). Elle a participé à la relecture de l’ensemble des contributions, avec Pierre Verluise, fondateur du Diploweb.com.

Voici une précieuse synthèse de 14 conférences de qualité sur les questions internationales, géopolitiques et stratégiques, à Paris et à Londres. Ces conférences améliorent notre compréhension des thèmes suivants : Zones de crise, tensions internationales et politique étrangère (I) ; Géopolitique des ressources et de l’aménagement (II) ; Intérêts nationaux et multilatéralisme (III). Après la couverture des conférences à Londres, nouvelle innovation : 4 vidéos de conférences en bonus !

Le Diploweb.com publie cette huitième édition dans l’intention d’étendre dans l’espace et le temps le bénéfice de ces moments d’intelligence du monde. Puisse cette idée originale du Diploweb être partagée, copiée, développée sur la planète entière. Faire rayonner l’intelligence du monde, c’est dans l’ADN du Diploweb.com…….

(lire la suite en cliquant sur le lien) :

: https://www.diploweb.com/Conferences-geopolitiques-08-la-synthese-du-Diploweb.html?utm_source=sendinblue&utm_campaign=NL232180319&utm_medium=email

https://www.diploweb.com/Conferences-geopolitiques-08-la-synthese-du-Diploweb.html?utm_source=sendinblue&utm_campaign=NL232180319&utm_medium=email

Publicités

 Philippe de Villiers : « Mon livre n’est pas complotiste, c’est la construction européenne qui est ontologiquement conspirationniste »

GRAND ENTRETIEN
Philippe de Villiers : « Mon livre n’est pas complotiste, c’est la construction européenne qui est ontologiquement conspirationniste »

Jean-Sébastien Ferjou : Un certain nombre d’Européens se désolent que l’Europe ne puisse pas s’appuyer sur l’équivalent d’un roman national et que les billets représentent des ponts qui ne vont nulle part plutôt que des héros européens : avez-vous à l’inverse pensé votre livre comme une sorte d’anti-roman national européen pour faire voler en éclat tout ce qui pourrait aider à l’émergence d’un sentiment d’identité « charnel » ? Car « J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu » (Fayard) n’est pas un livre théorique mais un livre de chair et de sang, qui fourmille de portraits de héros nationaux ou d’anti-héros européens.

Philippe de Villiers : Pour qu’il y ait un roman national, il faut qu’il y ait un légendaire, un rêve, une projection de soi-même, une affection, des voisinages, une personnalité. Or, l’Union Européenne ne possède rien de tout ça. Elle s’est détournée de la civilisation européenne, l’a détruite à petit feu en instituant une société multiculturelle et donc multi-déculturée. Il n’y a pas de roman national européen parce qu’il n’y a pas de peuple européen. Nous n’avons pas les mêmes mœurs, les mêmes langues, les mêmes traditions.

Quant aux points communs qui nous réunissent dans notre histoire, et qui sont liés à la mémoire chrétienne, ils sont rejetés par les institutions européennes elles-mêmes. L’histoire de la construction européenne c’est La tabula rasa, l’histoire d’un mythe fabriqué, d’une abstraction.

Comment pourrait-il y avoir un roman national dans ce non-pays où les mots-clés d’une société politique ont été changés ? Gouvernement est devenu gouvernance, mot qui vient des banques, le peuple est devenu une société civile, la loi est devenue une régulation, le territoire est devenu un espace sans frontières. On pourrait continuer ainsi, à décrire le glissement de la sémantique qui traduit le glissement de cette Europe informe vers « globalia ».

Votre question me fait penser à la seule phrase, écrite à la main, par Jean Monnet, dans ses mémoires (tout le reste a été écrit par d’autres). C’est la phrase de conclusion, une question affirmation : « Ai-je assez fait comprendre que la communauté européenne que nous créons n’a pas sa fin en elle-même mais qu’elle n’est qu’une étape vers les formes d’organisation du monde de demain ? » Monnet était mondialiste avant la lettre.

Pour lui, l’Europe ne devait en aucun cas être un nouveau pays, un nouvel État, une nouvelle puissance, mais un simple marchepied, une simple étape vers les formes d’organisation du monde de demain : un marché connexe au marché américain, dans ce qui est devenu un marché planétaire de masse, avec non plus des citoyens romains mais des consommateurs compulsifs, qui s’inclinent devant le divin marché, et une gouvernance acéphale, voulue par Monnet et par ses officiers traitants.

De votre point de vue, souverainiste, attaché à la préservation de l’identité française, n’est-ce pas une chance ? La nation européenne n’existe pas et son roman non plus mais il y la réussite d’un continent ayant retrouvé la paix et un rêve européen développé par les Pères Fondateurs de l’Europe. C’est à ce rêve-là que vous vous attaquez. Auriez-vous préféré une Europe plus classiquement politique mais aussi plus difficile à combattre que la Globalia que vous dénoncez ?

Philippe de Villiers : Il y avait deux manières de faire l’Europe. La première –et c’est ce qu’on a choisi de faire- était de construire une Europe de la marchandisation, une Europe intégrée, sans âme, sans rêve ou armée d’un rêve mensonger, d’un mythe fabriqué à partir des mémoires de Monnet qui sont une vaste entreprise de mystification. Cette Europe-là repose sur une architecture post-politique, sans les États. Une Europe ni inter-étatique ni supra-étatique. Et normalement les fédéralistes devraient être aussi déçus que moi, puisque l’Europe n’est pas fédéraliste. Une Europe fédéraliste devrait rassembler les États pour construire quelque chose d’autre.

La deuxième possibilité était l’Europe de De Gaulle, l’Europe des Nations, fondée sur le principe de la souveraineté, car sans elle il n’y a ni continuité historique ni démocratie, donc il n’y a pas consentement des peuples. Cette Europe aurait pu se construire sur le principe de la coopération inter-étatique, ça aurait pu être une Europe à géométrie variable, l’Europe des anneaux olympiques, de la coopération entre les institutions et les entreprises. D’ailleurs la seule chose qui marche en Europe c’est l’Europe de la coopération, Erasmus, Ariane, Airbus.

Et le marché commun.

Philippe de Villiers : Parlons-en. Si De Gaulle, en 1958, a donné suite à l’entrée de la France dans la Communauté Européenne, c’est pour le marché commun et la préférence communautaire. Il y avait une communauté de producteurs et de consommateurs. Mais elle a disparu au moment de Maastricht.

Dans l’Union Européenne d’aujourd’hui, qui va vers l’épuisement final puisqu’elle est devenue une cible, il y a un mythe fondateur, fondé sur un mensonge : tous les 9 mai, dans toutes les écoles de France et d’Europe, on lit des pages choisies des écritures sacrées. On explique l’histoire sainte de l’Europe, avec Moïse qui sort d’Égypte pour conduire son peuple à la Terre de Promission, et Josué qui arrive à la Terre de Promission. Monnet, Schuman. Or ce mythe est faux, construit sur un mensonge, car ce que j’ai découvert en premier c’est une lettre de Shepard Stone de la Fondation Ford, qui rappelle à Monnet la nécessité de lui fournir la liste des gens qui vont écrire ses mémoires, et le numéro de compte auquel il va falloir apporter l’argent.

En d’autres termes, j’ai découvert les documents qui confirmaient certaines thèses universitaires selon lesquelles les mémoires de Monnet ont été commandées, inspirées, financées par le département d’État de Washington. Les Américains ont expliqué à Monnet qu’il fallait faire croire aux Européens qu’on allait construire une Europe troisième voie, une Europe puissance. Les Américains, pour faire croire aux Européens qu’ils devaient s’engager dans cette aventure, ont vendu l’idée que chacune des nations allait être démultipliée. C’est une idée de lawyers pragmatiques, intelligents, conquérants, qui ne voient en l’Europe qu’un marché annexe où écouler les surcapacités productives.

C’est pourtant une idée que les Européens ou les Français peuvent avoir par eux-mêmes aussi. On entend souvent cet argument du « comment voulez-vous que face à la Chine nous nous en sortions tout seuls ? ». Pensez-vous réellement que cette idée n’a prospéré que parce qu’elle était poussée par les Américains ou parce qu’en soi, même si elle avait cette origine-là, elle entrait en résonance avec le monde tel qu’il existe depuis 1945 ?

Philippe de Villiers : Certains Européens ont résisté à la mainmise américaine sur l’Europe mais la plupart ont accepté, à l’époque du plan Marshall et ensuite, l’idée que l’Europe devait être une Europe soumise, à travers l’OTAN par exemple, à l’Amérique. Ils ont accepté la protection américaine, et c’est là le coup de génie américain. Le département d’État a pris prétexte de la Guerre Froide pour configurer une Europe à sa main.

À l’époque, ils voulaient empêcher que l’Allemagne et la France ne constituent une force commune comme la projetait le traité de l’Élysée. Quand les Américains l’ont découvert, ils ont demandé à Monnet, contre 150 000 dollars, de faire une campagne auprès des députés du Bundestag pour ajouter un préambule atlantiste et neutraliste qui vidait de sa substance le traité de l’Élysée.

Certains Français, anti-communistes, considéraient pendant la Guerre Froide que les Américains étaient nos alliés, qu’ils nous avaient rendu service, qu’ils étaient venus à notre secours deux fois de suite, mais qu’ils devaient être à leur place et nous à la nôtre, que l’Europe devait rester libre, européenne et indépendante. C’est respectable. Mais ce n’est pas du tout la vision de Monnet.

Qu’est-ce que cela nous dit de l’Europe d’aujourd’hui ? Tous les mythes fondateurs sont des mythes, le roman national réécrit l’histoire en fonction de ses intérêts presque par essence… Vous qui êtes vendéen êtes bien placé pour savoir que le roman national français a largement détourné la mémoire des guerres de Vendée…

Philippe de Villiers : L’architecture de l’Europe repose sur un vice constitutif. L’idée d’un processus normatif, qui échappe à tout contrôle démocratique et dans lequel les lobbies sont partie prenante est une folie.

Quand j’étais jeune, j’écoutais les grands anciens comme Valéry Giscard d’Estaing qui disaient : « Il y a des dérives, ce n’est pas cela qu’on voulait faire au commencement du projet européen mais on va corriger les dérives. » J’ai donc cherché les dérives et je me suis aperçu que le gène déconstructeur qui mine et fragmente l’Europe d’aujourd’hui et la met au bord de l’abîme était déjà dans l’ADN du corps d’intentions des pères fondateurs. L’Europe sans tête, sans corps, sans racines et sans âme était prévue dès le début.

Figurez-vous que je viens juste de comprendre ce qui m’est arrivé en 2004, dans mon combat pour sauver les abeilles. Des chercheurs et apiculteurs sont venus me voir en disant « Peut-être aurez-vous le courage d’attaquer le fipronil et l’imidaclopride, qui sont deux neurotoxiques extrêmement puissants et dangereux et qui expliquent la fin du monde des abeilles ». Je publie mon livre, et immédiatement l’avocat d’Albin Michel, me fait savoir que Bayer attaque. A partir de cet instant, à l’Assemblée Nationale et au Parlement européen, je me retrouve seul face au ministre de l’Agriculture de l’époque, Hervé Gaymard, et aux commissaires européens, extrêmement offensifs. Et bien, ce matin, je découvre dans la presse un article annonçant que Bayer paye des sommes considérables aux partis politiques européens.

La leçon est édifiante : l’Europe est totalement infiltrée par les lobbies au premier rang desquels figurent Soros et les GAFA. Quand il n’y a plus la puissance publique, il y a les intérêts privés. Des puissances légales et illégales qui répondent à des allégeances cachées. Nous avons des élus politiques qui obéissent à des bureaucraties supranationales, qui elles-mêmes obéissent à des allégeances cachées.

Sont-elles si cachées que ça ? Les groupes d’intérêts sont transparents au parlement de Bruxelles, beaucoup plus qu’au Parlement français. Comment expliquez-vous que les défenseurs des abeilles ou de l’Europe des Nations ne parviennent jamais à s’organiser avec la même efficacité que les groupes d’intérêt dont vous parlez ? Pourquoi n’y a-t-il pas de groupe Bidelberg souverainiste ?

Philippe de Villiers : Parce que les moyens financiers des uns sont sans rapport avec les moyens financiers des autres. Le petit peuple des apiculteurs est bien incapable de faire face à Bayer Monsanto. Ce mécanisme de la loi infiltrée, qui ne trace plus la destinée vers le bien commun mais n’est que la résultante de pressions plus ou moins connues, c’est très malsain et contraire à la culture européenne. Il y a 25 000 lobbyistes et 3 milliards d’euros dépensés chaque année à Bruxelles. C’est complètement fou.

Ils ont des milliardaires, nous non.

Vous aviez pourtant rencontré Jimmy Goldsmith…

Philippe de Villiers : Oui mais c’est bien le seul. C’était un milliardaire qui s’était retourné contre le système mondialiste et l’accusait de tout détruire, un système dans lequel ce sont les pauvres des pays riches qui subventionnent les riches des pays pauvres.

Serait-ce si différent si tout se jouait exclusivement à Paris ? On peut comprendre les possibilités politiques théoriques que peuvent offrir la souveraineté et l’identité mais avec le recul de votre longue expérience politique, êtes-vous certain que la France seule se comporterait différemment de la manière dont se comporte l’UE au global. Assumerait-elle plus son identité ? Protégerait-elle plus ses frontières ? Se défendrait-elle plus face aux GAFAM et à l’impérialisme juridique américain que vous dénoncez ?

Philippe de Villiers : J’en suis certain ! Pour une raison simple, ce ne sont pas les hommes qui commandent la politique, mais la politique qui commande les hommes, comme dans le Dialogue des Carmélites « Ce ne sont pas nous qui tenons la Règle, c’est la Règle qui nous tient ». En d’autres termes, quand un pays est souverain, il développe des anticorps à toutes les formes de dépendance, d’esclavage, d’abandon. La France a 1000 ans de savoir-faire diplomatique, qui est aujourd’hui stérilisé par Bruxelles. Vous citez l’exemple des GAFAM, mais il y a quinze ans j’avais proposé un internet européen, sur le mode d’Ariane ou d’Airbus. S’il avait été mis en place, avec une coopération européenne, plutôt que de se laisser infiltrer par les GAFAM on aurait aujourd’hui en Europe une puissance numérique bien supérieure.

On a déjà essayé avec le Minitel…

Philippe de Villiers : Bien sûr, mais la meilleure manière de disparaître c’est de n’être plus rien et aujourd’hui la France n’est plus rien face à Bruxelles ! Cette fameuse commission exécutive à la tête de l’UE a sa propre politique, qui n’en est pas une, il n’y a pas de diplomatie, pas de défense, regardez les Belges qui achètent leurs F-35 aux Etats-Unis. Cette Europe n’est plus rien et nous épuise ! Le livre « La France vendue à la découpe » (Editions du Toucan) de Laurent Izard montre que la plupart des entreprises françaises sont rachetées par l’étranger… 35 % des actifs des entreprises européennes sont aux mains de compagnies étrangères, c’est-à-dire 10 % de plus qu’il y a 10 ans. Même la Commission s’en alarme.

Peut être aussi pour des raisons de fiscalité, un problème qui, lui, est franco-français…

Philippe de Villiers : Oui mais d’abord parce qu’on ne défend plus nos fleurons et notre identité. Pour les politiciens le mot « France » ne veut plus rien dire, il est dépassé, c’est la « Startup Nation ». Mais nous sommes rentrés dans un monde inédit, il ne faut pas raisonner comme du temps de Ford. Aujourd’hui les ressorts de l’économie sont nouveaux : c’est la combinaison contradictoire de l’infiniment petit et de l’infiniment puissant. J’en sais quelque chose avec le Puy du Fou, nous taillons des croupières à des géants du monde du loisir alors que nous sommes tout petits, du moins nous étions tout petits. C’est nous qui sommes invités à aller en Chine ou à Tolède, tout a changé !

Ne soyez pas Européens, soyez Vendéens ?

Philippe de Villiers : Soyez Européens du monde de demain et non pas du monde d’hier. Le monde de demain, ce sont des frontières comme filtres pacificateurs, des souverainetés exprimant le droit à la continuité historique et des nations comme familles de familles.

Cette Union européenne est à l’agonie parce qu’il y a le décrochage des peuples. Et pourquoi y-a-t-il le décrochage des peuples ? Parce que le rêve de la fusion des nations s’est désintégré dans le cœur des peuples, parce qu’il était tramé dans un tissu de mensonge : la prospérité, la sécurité, la protection, la puissance. Le Brexit, c’est la porte qui s’ouvre. Après le Brexit, il y aura le groupe de Visegraad. J’ai rencontré Viktor Orban qui m’a dit : « il y a deux Europes, il y a deux mondes. Il y a ceux qui veulent construire l’Europe en se passant des vieilles nations et ceux qui veulent construire l’Europe en les retrouvant. »

S’appuyer sur la nation peut-il suffire pour affronter l’avenir ? Dans le livre, vous évoquez vos amis d’Europe de l’Est, et vous parlez des régimes communistes qui faute de légitimité, justement, s’étaient appuyés sur le principe national, en Roumanie, en Hongrie. Cela n’a pas suffit pour eux. Est-ce que cela suffirait pour nous ?

Philippe de Villiers : Il y a trois facteurs de puissance. Un, la souveraineté : je suis souverain, je suis indépendant. La souveraineté, c’est la compétence de la compétence, disent les juristes. Je suis chez moi, je suis libre. Ensuite il y a l’identité : je suis affilié, j’ai des racines. Mon rêve trouve sa source, son exubérance, son rayonnement à partir de toutes mes dettes morales et affectives. Et troisièmement, la coopération, les voisinages. Pour la France, les voisinages, c’est le monde entier. La France a une raison singulière d’être lié à tous les pays du monde, quand ce n’est pas cent, une raison qui tient à l’histoire, qui tient à la langue, qui tient au rêve que la France constitue pour les pays du monde entier, puisque chaque peuple a deux rêves : le sien, et un peu du rêve français. C’est notre richesse, notre trésor. C’est tout cela qu’on est en train de mettre en jachère. Je ne vous dis pas qu’il faut substituer à l’Union Européenne le repli français. Il faut faire des additions de puissance et non pas des soustractions de puissance.

Je pense, comme j’ai eu l’occasion de le dire à Emmanuel Macron, qu’il faut faire tout de suite l’Europe d’après. L’Europe d’après, c’est l’Europe de la souveraineté, de la coopération et des voisinages. C’est le continent, de l’Atlantique à l’Oural.

Vous qui avez, à certains moments en tout cas, une relation privilégiée avec le Président de la République, avez-vous l’impression qu’il vous écoute ? Lors de L’émission politique entre Marine Le Pen et Nathalie Loiseau, la ministre des Affaires Européennes, la vision de l’Europe défendue par cette dernière était très loin de celle que vous exposez-là…

Philippe de Villiers : Je vous réponds sur la relation privilégiée. Emmanuel Macron est venu au Puy du Fou, quand il était ministre de l’Économie, pour saluer un fleuron français. Ces prédécesseurs allaient à Disneyland où ils se croyaient en France. Cela vaut de ma part un sentiment de gratitude qui ne s’efface pas avec le temps. Il se trouve que cette amitié qui est née au Puy du Fou a perduré, mais c’est une amitié dans la vérité, et la vérité est parfois rude. Il m’accorde le droit de tout lui dire. Il accepte une totale liberté de ton. Je lui reconnais cette liberté-là.

Je lui dis : « Emmanuel, vous êtes européiste. Avec votre souveraineté européenne, vous allez renforcer la Commission de Bruxelles qui nous détruit, vous allez encore un peu plus nous éloigner du pouvoir. C’est une folie d’accorder à une institution moribonde un peu plus de pouvoir. Le pouvoir de nous tuer. »

Deuxièmement, je lui dis : « Vous êtes mondialiste. Le pacte de Marrakech est une faute puisque vous préparez la migration de masse, alors que les Français n’en veulent plus ». Nous avons perdu 100 000 emplois industriels en 5 ans, c’est une hémorragie continue.

Et troisièmement : « Vous êtes multiculturaliste, et à vouloir juxtaposer deux civilisations sur notre territoire, vous allez exposer toute l’Europe à son propre éclatement et aussi à sa disparition. »

Je lui dis que son discours que l’on retrouve dans la vidéo de campagne des Européennes d’En Marche sur le progressisme et le populisme est dangereux. Le populisme, c’est le cri des peuples qui ne veulent pas mourir. Le progressisme porte aujourd’hui, à partir des deux principes actifs du Traité de Rome, la liberté de circulation et la non-discrimination, un double bouleversement de civilisation : la fin de la frontière physique qui produit l’Homme nomade, l’Homme remplaçable ; la fin de la frontière anthropologique qui produit l’Homme désaffilié sans humus ni postérité, la fabrique de l’Homme de sable.

Et que vous répond-il ?

Philippe de Villiers : Ce qu’il me répond doit rester dans le secret de nos conversations qui sont privées. Je ne suis plus un homme politique : je parle à qui me parle. Quand Emmanuel Macron m’appelle, je lui réponds, parce que je me dis que si je peux l’influencer, cela ne sera pas du luxe. Là par exemple, je lui ai dit : « la seule manière que vous avez de vous sortir de ce débat stand-up, c’est de faire un référendum sur l’immigration, parce que c’est la question clé. Ou bien on arrête la migration de masse et on impose en France l’art d’être français. C’est-à-dire la fin du voile, du hallal, des djellabah qui gouvernent 1500 cités où les petits blancs deviennent des passe-murailles. Ou bien vous traitez ce problème, ou bien vous ne ferez qu’un mandat. » C’est une de nos dernières conversations.

Vous disiez qu’on en est à l’essoufflement de l’Europe, mais les enquêtes d’opinion montrent que ce n’est pas particulièrement le cas. C’est-à-dire que oui, les gens ne croient plus vraiment à cette Europe-là mais ils demeurent assez européens dans l’absolu et le souverainisme a un potentiel électoral limité. Vous-même disiez que vous aviez quitté la vie politique parce que vous constatiez que vous étiez minoritaire.

Philippe de Villiers : Les choses sont en train d’évoluer dans des proportions que personne ne connaît. Il suffit de voir ce qui s’est passé depuis dix ans en Europe. Je pense que les Européens sont attachés à l’Europe, c’est-à-dire à la civilisation européenne. Nous avons entre nous des beaux fruits qui sont attachés à notre histoire : l’Europe bénédictine, l’Europe de Léonard de Vinci, l’Europe baroque, l’Europe de Cervantes et de Dostoiëvski … Si l’Europe n’est plus qu’une « tabula rasa », ce n’est plus l’Europe : c’est un espace sans frontière, c’est ainsi qu’elle s’appelle, c’est-à-dire un corpus juridique et non plus un corps politique. Ce que vous dites me fait penser à la phrase de Rémi Brague : « Être européen, c’est être romain, c’est-à-dire avoir en amont un classicisme à imiter et avoir en aval une barbarie à soumettre. » Un Français, c’est quelqu’un qui veut l’Europe. D’ailleurs Erasmus, c’est l’Europe.

Mais l’Europe a été capturée du temps de Monnet et Schuman par un système idéologique qui n’est pas l’Europe. C’est la raison pour laquelle j’ai intitulé un de mes chapitres : la révolte de l’Europe charnelle. L’Europe idéologique a immolé son enveloppe charnelle.

Viktor Orban par exemple, me citait l’illustration suivante qui confine à la tragédie : « lorsque le communisme s’est effondré, que vous nous avez tendu les bras, après des années d’oppression, nous étions dans les larmes, c’était des larmes de joie parce que nous avions l’impression de rentrer chez nous. Nous sommes l’Europe tout autant que vous, nous les Hongrois. Et voilà que, surprise, on découvre un impérialisme à l’intérieur même de l’Europe qui nous rappelle l’impérialisme que nous avons connu avec la souveraineté limitée. » C’est une très belle manière de dire que nous sommes tous attachés à l’Europe et que l’Union Européenne détruit l’Europe dans sa civilisation même. C’est là le piège. Beaucoup de gens confondent l’Europe et l’Union Européenne. Pour sauver l’Europe, il faut qu’on se débarrasse de l’Union Européenne, de ce système Junker qui est « un bateau ivre ».

Justement, vous considérez qu’en quelque sorte, le ver était dans le fruit et que le pêché originel post-national de la pensée des fondateurs empêche qu’il y ait quoi que ce soit à sauver dans l’Europe telle que nous la connaissons. Ne peut-on pas soutenir qu’il y a quand même des choix ou des erreurs qui ont été faits ensuite, notamment au moment de la chute du mur de Berlin et que cela a été des stratégies tout à fait « nationales » et absolument pas désincarnées. Lorsque Helmut Kohl a voulu la réunification allemande ou que François Mitterrand a voulu l’euro pour contrôler la puissance allemande, c’était des choix fondés sur la perception de l’intérêt national de la France ou de l’Allemagne. Ne serait-ce pas précisément aussi parce que l’Europe est restée nationale qu’elle s’est enfermée dans le piège dans lequel elle végète à l’heure actuelle ?

Philippe de Villiers : Là, vous évoquez une période que je connais bien, puisque j’ai eu l’occasion de parler avec François Mitterrand quelques jours après la chute du mur de Berlin. Il a lancé à ce moment-là – Roland Dumas en parle longuement dans ses mémoires – une idée nouvelle qui s’appelle la confédération européenne. Mitterrand a considéré que le système en gestation de Maastricht n’était pas la bonne réponse à la chute du mur. Il a eu une intuition juste et il a pensé qu’il était temps de faire la grande Europe de l’Atlantique à l’Oural, en commençant par une confédération européenne. Cela voulait dire : les pays de l’Europe post-pénitentiaire doivent être accueillis par nous mais il faut mettre des écluses et ils n’accepteront jamais notre souveraineté limitée. Il a dit à Delors à ce moment-là, j’en étais témoin : « ne cherchez pas à enrégimenter l’Europe de l’Est, vous n’y parviendrez pas. Il faut faire la grande Europe ». C’était une manière d’abandonner cette fausse bonne idée de l’euro qui n’a fait qu’accroître les divergences de nos économies nationales.

A l’arrivée, il y a quand même eu le traité de Maastricht…

Philippe de Villiers : Justement, qui a empêché la confédération ? L’Amérique, la diplomatie américaine, le département d’État qui ne voulait surtout pas de cette confédération, parce que les Américains avaient peur d’une Europe puissance. Hubert Védrine vous confirmera cela, lui qui a sur l’Europe une vision enracinée dans son expérience et conforme au bon sens. Védrine dit par exemple : « l’Europe n’est pas la mère de la paix, elle en est la fille, la fille de la guerre froide. Les deux pères de l’Europe sont Truman et Staline. »

C’est une réalité historique difficilement contestable, malgré tout, l’Europe est toujours restée nationale. Vous parliez des frontières, Emmanuel Macron ferme tout autant la frontière de Vintimille que Viktor Orban ferme sa frontière à lui. Il y a des manières de présenter les choses différentes mais on est toujours resté dans des logiques d’intérêt national.

Philippe de Villiers : Parce qu’on ne peut pas, d’un trait de plume, effacer 10 000 ans d’histoire. On voit bien par exemple avec Air France- KLM que les Pays-Bas, qui sont pourtant un pays plutôt neutraliste, qui n’a pas vraiment d’aspérité en termes de souveraineté, ont réagi en cherchant à défendre leur intérêt national. Les nations demeurent une réalité vitale et on ne peut rien construire sans elles. Accorder les souverainetés, c’est s’enrichir des composantes nationales pour faire une Europe forte.

Pourquoi, en Europe de l’Ouest du moins, les nations ne parviennent-elles pas, ou peu, à produire des grands hommes soucieux de la ligne nationale que vous défendez ? Nombre de figures politiques qui s’inscrivent dans cette vision, indépendamment de leur ligne idéologique en tant que telle, ne sont pas forcément les plus efficaces… On l’a vu récemment encore avec Marine Le Pen perdant un peu ses moyens face à une Nathalie Loiseau pourtant passablement maladroite par ailleurs. On se souvient tous aussi du débat d’entre-deux-tours… Pourquoi les Philippe Séguin, les Charles Pasqua ou vous-même, n’y arrivez-vous pas ?

Philippe de Villiers : Il faut du temps et de la patience pour que l’histoire donne raison aux dissidents. Et puis, l’Europe a tué la politique. Quand il n’y a plus de souveraineté, il n’y a plus d’hommes politiques, il n’y a plus, sauf exceptions, que des histrions dans toute l’Europe. Il n’y a que des histrions qui répondent à des normes marketing, qui sont dans les humeurs de l’instant et qui naviguent dans la société médiatique. Le cri des gilets jaunes, c’est un cri qu’il faut savoir articuler : « qu’avez-vous fait de nos pouvoirs ? Vous les avez dispersés, confiés à d’autres. Qu’avez-vous fait de la France, de ses voisinages affectifs, de sa personnalité, de sa civilisation ? ». Quand il n’y a plus la souveraineté, il n’y a plus de conversation légitime, il n’y plus d’agora, c’est le grand vide civique.

Jusqu’à ses représentants, quels qu’il soient ?

Philippe de Villiers : Quand on a tué la démocratie représentative, et qu’on l’a remplacé par la démocratie participative, le Grand Débat, il n’y a plus de capteurs. S’il y avait eu encore des Députés-Maires, il n’y aurait sans doute pas eu de mouvement des Gilets jaunes.

Les politiciens ne croient plus qu’à la fraternité cosmique.

Vous avez beaucoup été accusé, depuis la sortie du livre, de complotisme et de plagiat. Qu’avez-vous à répondre aux accusations qui vous ont été faites ? Sur deux angles, l’un étant que vous êtes imprécis, l’autre étant : « on savait déjà tout ça ». Etes-vous êtes tombé sur un argument au moins qui vous aurait troublé et dont vous vous seriez dit : celui-là, il quand même pertinent ?

Philippe de Villiers : J’étais justement en train de me dire : la réplique est d’une indigence surprenante. Le mot plagiat est un mot insultant. Mon avocat ainsi que celui de Fayard déposent en ce moment-même une plainte en diffamation avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction.

Un plagiat, c’est quand on copie un auteur qu’on ne cite pas. A aucun moment, ce n’est le cas et mon livre est hyper-référencé. Comme dirait de Gaulle, ce n’est pas à soixante-dix ans, après avoir écrit trente livres, que je vais commencer une carrière de plagiaire ! Mon lectorat me reconnaît une chose, c’est que j’ai mon style à moi, qui sans doute explique un petit peu le succès de mes livres. C’est minable d’avoir écrit cela. Ils pensaient en fait discréditer le propos, le fond du propos, en discréditant l’auteur. Quand on ne peut plus utiliser la lance à incendie, parce qu’elle est insuffisante, en France on utilise la lance à purin.

« Complotisme »… Le complotisme, ce sont des rumeurs, des contre-vérités, des théories, des fantasmes. Mon livre, c’est le contraire, c’est un livre d’enquête et de révélations. J’étais persuadé que les esprits critiques et avisés allaient se précipiter sur les documents, les 111 pages avec mes commentaires. J’étais convaincu qu’il y aurait une discussion au fond. Mon livre n’a rien à voir avec le complotisme, il est une réponse au complotisme : des faits, des documents, des preuves. Je vais plus loin : les gens qui liront mon livre vont comprendre très vite que c’est la construction européenne qui est ontologiquement conspirationniste. La méthode Monnet est fondée sur l’opacité, pour ne pas inquiéter, ne pas affoler les peuples, et cela fonctionne très bien depuis soixante-dix ans.

Quand on dit complotiste, on veut dire que c’est faux. En même temps, on me dit : « tout cela on le savait déjà ». Moi je dis à ces gens : « vous avez bien de la chance, parce que moi je ne le savais pas. Vous saviez que Schuman avait porté l’uniforme allemand pendant la Première Guerre mondiale ? Moi, je ne le savais pas. Vous saviez qu’il avait voté les pleins pouvoirs à Pétain ? Moi, je ne le savais pas. Qu’il avait été ministre de Pétain ? Moi, je ne le savais pas. Qu’il avait été frappé d’indignité nationale à la Libération ? Moi, je ne le savais pas ».

Vous en faites tout de même une interprétation un peu maximaliste par rapport à la réalité des faits…

Philippe de Villiers : C’est ce que disent mes contradicteurs inquiets. Moi, je pars des faits, ils se suffisent à eux-mêmes. Ce qui m’a donné l’idée de faire ce livre, c’est quand je suis tombé sur la lettre de la Chase Manhattan du 29 janvier 1958, adressée à Monnet : on est heureux d’ouvrir un compte, 150 000$. J’ai relu les mémoires de Monnet. Ils soulignent qu’il était pauvre, sans moyens, avec des concours bénévoles. On dirait l’abbé Pierre. Qui ment ? Monnet ment. Mes accusateurs savaient donc qu’il y avait des versements secrets de dollars, avec des opérations d’influence servant des intérêts américains comme contrepartie. Il y a des télégrammes où Monnet et John Foster Dulles essaient de voir comment on peut bloquer l’indépendance nucléaire de la France avec la maîtrise des matières fissiles dans le cadre de l’Euratom. Si mes adversaires savaient tout ça, pourquoi ne l’ont-ils pas dit ? Il n’y a pas de maximalisme à conclure que Monnet a menti.

Cela a été dit pour partie, mais effectivement, ce ne sont pas éléments que les gens ont retenu dans le débat public.

Philippe de Villiers : Ceux qui veulent démolir mon livre ont envoyé au front des historiens ou des journalistes. En réalité, ils ne contestent rien des faits que je cite. Ils parlent seulement d’une « nécessaire contextualisation » à la manière de ces islamologues qui implorent devant des passages délicats du Coran : «  il faut contextualiser ».

Ils contestent l’interprétation que vous leur donnez. Vous citez vous-même une confidence de Maurice Couve de Murville qui donne son titre au livre. Couve de Murville lui-même a été impliqué dans le régime de Vichy…

Philippe de Villiers : Je ne vois pas en quoi cela viendrait affaiblir la portée de sa phrase. Sur le fond, Monnet et Schuman ont reçu de l’argent pendant quinze ans pour mener des opérations d’influence au bénéfice non pas du projet européen mais de la vision que les Américains souhaitaient que nous en ayons. Qui parle des opérations d’influence dans la presse ? Personne.

Paradoxalement, vous avez utilisé la méthode qu’on vous a beaucoup opposé ou qu’on a beaucoup opposé à votre famille de pensée, en vous cherchant des poux dans la tête, en disant : regardez, MM. Longuet et Madelin étaient chez Occident, Patrick Buisson était maurassien, Eric Zemmour veut réhabiliter Pétain, etc., et finalement, vous utilisez la même. Comme s’il ne fallait pas prendre les gens à hauteur de leur discours aujourd’hui sans nécessairement considérer que leur passé est la clé explicative de tout.

Philippe de Villiers : Ce que je dis est très simple, c’est que Monnet, Schuman et Hallstein avaient des fragilités que les Américains ont identifiées, détectées, et utilisées pour construire la « non-Europe » qu’ils voulaient, c’est-à-dire un marché annexe avec une Commission exécutive et non pas une Europe libre, indépendante, concurrente.. C’est très grave, je comprends que ce soit perturbant pour ceux qui se réclament d’eux mais c’est vrai.

Avec ce livre, plus polémique, plus engagé que les derniers que vous avez écrits, vous redevenez un homme politique même si ce n’est pas en allant devant les électeurs mais devant les lecteurs : l’écriture et les classements des meilleures ventes que vous squattez aux côtés de votre frère le Général Pierre de Villiers, ont-ils plus d’impact politique que les mandats électoraux ?

Philippe de Villiers : J’ai abandonné mes mandats, j’ai gardé mes convictions. Il m’arrive parfois de descendre sur l’agora pour me mêler à la conversation civique. Avec ce livre, je le fais. J’ai changé de statut : je ne suis pas un donneur de consignes de votes, je ne suis pas un prescripteur qui a ses préconisations dans sa besace. Je suis un lanceur d’alertes ou plutôt un sonneur de tocsin avant que le muezzin n’arrive.

Est-ce plus efficace ?

Philippe de Villiers : C’est aux lecteurs de répondre. Ma circonscription lectorale, j’y tiens beaucoup plus qu’à ma circonscription électorale. On a plus d’influence aujourd’hui quand on est sonneur de tocsin que quémandeur d’un picotin de popularité.

Je suis totalement libre. Mes joies sont ailleurs : dans ma vie, j’ai créé quelque chose qui s’appelle le Puy du Fou, qui suffirait à la vie d’un homme et à ses fiertés rétrospectives. Quand je suis au Puy du Fou, le public me couvre de lauriers. Mais, entre les feuilles, dans le vent du soir, je perçois des rayons douloureux. Et j’en viens à prononcer chaque matin la phrase de Lamartine : « Honte à qui peut chanter pendant que Rome brûle ». Mes lauriers se fanent en mon cœur meurtri parce que la France va mal. C’est une manière différente de la servir. Je ne regrette rien, j’ai été gouverneur territorial de la Vendée, j’ai voulu lui rendre sa fierté, je crois que j’ai réussi. J’ai mené des combats : Maastricht, la Constitution de 2005, etc.

Croyez-vous comme Jimmy Goldsmith vous l’avait dit dans un avion en direction du Parlement de Strasbourg après la campagne européenne que vous aviez réussie ensemble, qu’un jour, forcément, vous parviendriez à avoir la peau de cette Europe ayant tourné le dos aux nations ?

Philippe de Villiers : Le mur de Maastricht va tomber car le rêve des élites post-nationales de la fusion des Nations s’est évanoui dans le cœur des peuples parce qu’il était tramé dans un tissu de mensonges : la sécurité, la prospérité, la puissance. Le monde qui vient est celui de la postnationalisation, de la déglobalisation, – le circuit-court-, un monde de réaffiliation avec des frontières conçues comme des filtres pacificateurs.

J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu, de Philippe de Villiers (éditions Fayard)

Lien direct vers la boutique en ligne Amazon : ICI

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après

Européennes : le “gaulliste” Dominique de Villepin “pourrait voter” pour Nathalie Loiseau (LaRem)

Européennes : le “gaulliste” Dominique de Villepin “pourrait voter” pour Nathalie Loiseau (LaRem)

L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin était l’invité ce vendredi de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et RMC. Il s’est réjoui de la candidature de la ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau s’est dite “prête” à être tête de liste de la majorité présidentielle aux élections européennes de mai prochain :

La CIA a-t-elle déclenché un assaut contre l’ambassade nord-coréenne en Espagne ?

La CIA a-t-elle déclenché un assaut contre l’ambassade nord-coréenne en Espagne ?

Selon la presse espagnole, la CIA serait à l’origine d’un assaut spectaculaire contre l’ambassade de Corée du Nord à Madrid. D’après le quotidien El Païs, l’objectif de l’attaque aurait été de recueillir des informations sur un proche de Kim Jong-un :

La vidéo de la tuerie de Christchurch supprimée 1,5 million de fois : Facebook dans la tourmente ?

La vidéo de la tuerie de Christchurch supprimée 1,5 million de fois : Facebook dans la tourmente ?

La vidéo de la tuerie de Christchurch supprimée 1,5 million de fois : Facebook dans la tourmente ?© Jorge Silva Source: Reuters
Un officier de police devant la mosquée de Masjid Al Noor à Christchurch (image d’illustration).

D’abord diffusée sur Facebook, la vidéo du massacre de Christchurch a été visionnée par un grand nombre d’internautes. Le Premier ministre néo-zélandais a demandé aux réseaux sociaux de faciliter le retrait des images.

Pendant qu’il perpétrait son carnage, l’auteur de l’attaque terroriste dans une mosquée de Christchurch, Brenton Tarrant, portait une caméra corporelle et diffusait les images en direct sur les réseaux sociaux. Avant qu’elle ne soit supprimée par Facebook, la vidéo a été partagée des millions de fois sur plusieurs réseaux sociaux. Ainsi, ce 17 mars, le Premier ministre néo-zélandais Jacinda Ardern a expliqué attendre des explications de Facebook et d’autres réseaux sociaux.

«Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour retirer ou obtenir que soient retirées certaines des images qui ont circulé dans la foulée de cette attaque terroriste […] Mais au final, c’est à ces plateformes qu’il appartient de faciliter ces retraits» a déclaré le chef du gouvernement, précisant être entrée en contact avec la directrice des opérations de Facebook, Sheryl Sandberg.

Dans un communiqué, Mia Garlick, une responsable de Facebook en Nouvelle-Zélande, s’est engagée le même jour à «travailler 24 heures sur 24 pour retirer les contenus en infraction».

«Au cours des 24 premières heures, nous avons retiré dans le monde 1,5 million de vidéos de l’attaque, dont plus de 1,2 million bloquées lors de leur téléchargement», a expliqué réseau social américain dans une série de tweets.

Facebook Newsroom

@fbnewsroom

Update from Mia Garlick, Facebook New Zealand: « We continue to work around the clock to remove violating content using a combination of technology and people…

Facebook Newsroom

@fbnewsroom

In the first 24 hours we removed 1.5 million videos of the attack globally, of which over 1.2 million were blocked at upload…

589 personnes parlent à ce sujet

De son côté, le Premier ministre australien Scott Morrison a fait part de ses doutes quant à l’efficacité des législations en la matière et des possibilités actuelles. «Je dois malheureusement dire que l’aptitude réelle à aider du côté de ces entreprises technologiques est très limitée» a-t-il déclaré.

Un massacre viral, prémédité de longue date

Selon l’analyse du site d’information The Verge, le mode opératoire de Brenton Tarrant était destiné à engranger le maximum de vues sur internet. En plus de l’allusion au compte Pewdiepie, probablement afin d’attirer l’attention des internautes, le tueur a posté sa vidéo sur Facebook, YouTube, Twitter et Instagram. Par ailleurs, il avait posté sur la plateforme 8chan plusieurs liens, dont un renvoyant vers une page Facebook censé diffuser la vidéo de l’attaque et un autre renvoyant vers son manifeste de 74 pages, intitulé Le Grand remplacement. Facebook a supprimé cette page, mais la vidéo avait déjà été téléchargée ailleurs.

Lire aussi : Tuerie de Christchurch : que sait-on de l’assaillant australien Brenton Tarrant ?

https://francais.rt.com/international/60126-video-tuerie-christchurch-supprimee-1-5-million-de-fois

Le plan de paix de Trump au Proche-Orient

Le plan de paix de Trump au Proche-Orient

Présenté comme le “deal du siècle”, le plan de paix de l’administration Trump se veut la solution à l’un des conflits les plus inextricables de notre temps. En rupture avec l’approche des précédents présidents américains, Trump serait favorable à la création d’un “mini-état” palestinien, à cheval entre la bande de Gaza et une partie de la péninsule du Sinaï. 

Un plan de paix “qui ne passera pas ”

manifestant tenant une pancarte, pour marquer son opposition au plan de paix us
Manifestation contre le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem

Décrit comme ” l’accord de 100 ans ” en référence à la déclaration Balfour du 2 novembre 1917, ce plan de paix s’ouvre dans un contexte de tensions avec l’Autorité palestinienne, provoqué par une série de décisions américaines.

A la reconnaissance de Jérusalem, ville trois fois sainte, comme capitale d’Israël et le déplacement de son ambassade, s’est succédé l’arrêt de son financement à l’agence de l’ONU pour les réfugiés Palestiniens (UNRWA) et la fin des aides bilatérales à destination de l’Autorité palestinienne, soit 550 millions de dollars au total. Les Etats-Unis ont également fermé le bureau de la représentation palestinienne à Washington.

Décisions non dénuées de conséquences quand l’on connaît la situation économique dramatique de la Palestine. Largement dépendante des aides internationales, le niveau de vie de ses habitants est à peine égal à 10% de celui des Israéliens. Cela a conduit certains responsables de l’Autorité palestinienne à qualifier ces actes de “chantage bon marché comme outil politique “, rejoignant en cela les dires de leur président Mahmoud Abbas, qui a estimé que l’accord de paix ne “passera pas”.

Les plans de paix avortés des précédents présidents américains

Depuis le début des guerres israélo-arabe, puis ce qui deviendra le conflit israélo-palestinien, toutes les administrations américaines ont tenté d’imposer leur plan de paix. 

PLan de paix de Trump : Poignée de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat; en présence de Bill Clinton
Poignée de main historique entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, le 13 septembre 1993, à Washington.

La Déclaration de principes, dite “accords d’Oslo”, signée le 13 septembre 1993, représente à cet égard l’un des moments phares de l’action diplomatique américaine, où l’on s’est rapproché le plus d’un règlement du conflit. Outre une reconnaissance mutuelle entre Israël et l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), l’accord envisageait une autonomie future de la Palestine.

Mais, du fait des dissensions internes aux deux entités, le processus d’Oslo va s’enliser. Au refus de la droite israélienne de voir l’armée évacuer la Cisjordanie et la bande de Gaza, qui à ses yeux font partie intégrante du grand Israël, le Hamas répond par des attaques contre les colonies juives. L’assassinat, le 4 novembre 1995, du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin par un extrémiste israélien, opposé à la paix avec les Palestiniens, symbolise le début de la fin des accords d’Oslo. Ils seront seront définitivement enterrés après le déclenchement de la seconde Intifada en septembre 2000.

Ce n’est qu’à l’autonome 2002 que l’administration Bush, conjointement avec l’ONU, l’Union Européenne et la Russie, élabore une “feuille de route” destinée à aboutir à une solution à deux Etats. Mais, parallèlement à ces négociations diplomatiques, les actes de violences-représailles continuent, principalement entre le Hamas et Israël. Ce dernier annonce finalement, en septembre 2005, son retrait de la bande de Gaza.

Face au regain de tension, le Président Bush, alors dans son second mandat, entend relancer le processus de paix. Réunis à Annapolis, le 27 novembre 2007, dans le Maryland, Ehmoud Olmert et Mahmoud Abbas s’engagent à la reprise des négociations. Efforts qui seront une nouvelle fois voués à l’échec, après le déclenchement, en décembre 2008, de l’offensive israélienne “Plomb durci” contre la Bande de Gaza.

Fidèle à la tradition américaine, Barack Obama va faire de la résolution du conflit israélo-palestinien une priorité de son mandat. Favorable à une solution à deux Etats, il va obtenir des Israéliens un gel de 10 mois de la colonisation en Cisjordanie, condition sine qua non pour la reprise des négociations. Cette initiative va elle aussi faire long feu : les Israéliens vont reprendre de plus belle la colonisation, sans apporter de concessions concrètes aux négociations.

Pour la première fois, le 26 décembre 2016, les Etats-Unis n’apposent pas leur véto à la résolution 2334, qui condamne la colonisation israélienne. Une première dans l’histoire américano-israélienne, qui signe du même coup l’échec du plan de paix de l’administration Obama.

La création d’un “mini-état” palestinien dans la bande de Gaza ?

Le "mini-état" palestinien, à cheval entre la bande de Gaza et le Sinaï égyptien
Le “mini-état” palestinien, à cheval entre la bande de Gaza et le Sinaï égyptien

Si Trump souhaite à son tour apporter une solution de paix au conflit israélo-palestinien, son approche diffère grandement des précédentes administrations.

Sous son administration, les Etats-Unis ont définitivement abandonné leur rôle “d’honnête intermédiaire”, au profit d’un soutien inconditionnel à Israël. Trump n’a pas d’ailleurs jamais mentionné le retrait israélien des territoires occupés comme une condition préalable à un accord de paix, même s’il s’est dit favorable à une solution à deux Etats. Ces déclarations en apparence contradictoires, le sont moins quand l’on connaît la teneur de son projet. 

Si les détails du plan n’ont pour le moment pas été révélés, diverses sources concordantes et indices laissent penser que les Etat-Unis s’orienteraient vers la création d’un “mini-état” palestinien ou autrement dit d’un “Gaza-plus”. Celui-ci reprendrait les frontières de l’actuelle bande de Gaza, mais élargi par l’annexion d’une partie du Sinaï égyptien.

Il ne s’agirait cependant pas d’un transfert de territoires à proprement parler, mais plutôt de la création d’une zone franche économique entre les deux frontières, dans laquelle les gazaouis constitueraient la principale force de travail. Il a ainsi été évoqué la construction d’une centrale électrique, destinée aux foyers gazaouis, mais également à l’alimentation d’une usine de désaliénation. La construction d’un aéroport et d’un port dans le Nord-Sinaï, qui seraient entièrement sous contrôle égyptien, ont également fait l’objet de discussions. Tous ces projets seraient financés grâce aux subsides des monarchies du Golfe.

Cette proposition rencontre l’assentiment de l’Egypte qui y voit une chance de développer la région pauvre du Nord-Sinaï, frappée par l’une des branches les plus actives de l’Etat islamique. De son côté, Israël perçoit les avantages d’un tel plan : il graverait dans le marbre sa présence dans les territoires occupés, propice à une annexion de facto de la Cisjordanie. Pour Trump,un accord représenterait une victoire diplomatique majeure, à l’heure où sa politique volontarisme avec la République populaire de Corée ne rencontre pas les effets escomptés ; sur le plan interne, il tiendrait l’une de ses promesses de campagne, à moins de deux ans des prochaines élections présidentielles américaines. 

Depuis le début du conflit israélo-palestinien, la diplomatie américaine s’est évertuée en vain à trouver une solution de paix durable. L’arrivée de Trump marque une rupture dans l’approche. Les Etats-Unis abandonnent leur neutralité historique au profit d’un soutien clair à Israël. Ce soutien conduit à une marginalisation de l’Autorité palestinienne, qui ne se verrait pas impliquée dans la création d’un “mini-état” palestinien dans la bande de Gaza.

 

Sources

https://www.middleeasteye.net/opinion/sisi-holds-key-trumps-sinai-plan-palestinians

https://www.lesclesdumoyenorient.com/Territoires-palestiniens.html#oslo

https://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/plan de paix/israel-palestine-le-baroud-d-honneur-de-barack-obama_1864111.html

https://www.challenges.fr/monde/le-plan de paix/-de-trump-propose-un-etat-palestinien-sur-90-de-la-cisjordanie_636949

https://carnegieendowment.org/2018/12/11/trump-s-plan-for-israel-and-palestine-one-more-step-away-from-peace-pub-77905

www.lesclesdumoyenorient.com/Le-groupe-d-Aix-ou-les-dimensions-economiques-d-un-accord-entre-Israel-et-les.html

About Maxime BUTET

Dérive de l’Europe : rétablir la priorité au grand marché intérieur

25/01/201905:22

Si l’Europe devait se fixer une mission fédératrice, ce serait celle de la reconquête du grand marché… disons plutôt des promesses du grand marché. Non pas que l’UE et encore moins la zone euro dans son ensemble souffrent d’un déficit chronique et inquiétant de ses échanges avec le reste du monde, où d’un taux de pénétration anormalement élevé. Bien au contraire. Leur excédent des transactions courantes sont très largement positifs. La reconquête du grand marché, n’est donc pas celle de la compétitivité.


Les deux promesses du grand marché


Revenons alors sur les promesses du grand marché, à ses origines, c’est-à-dire au moment du marché commun. C’était d’abord celle de créer un vaste marché de consommation et de débouchés sans entrave pour les produits européen. Un marché de 512 millions d’habitants aujourd’hui qui dépasse celui des États-Unis de 325 millions d’habitants. Cette volonté de faire masse, de défragmenter les marchés, avait pour but de renforcer l’offre européenne en jouant sur les deux avantages de la suprématie américaine : 1/ de renforcer les économies d’échelle ; 2/ de booster le développement de l’innovation en permettant la diffusion des nouveaux produits et des nouveaux standards sur un vaste marché. Le grand marché, c’était ainsi une promesse de pouvoir de marché accru pour les entreprises européenne au plan mondial.


Le grand marché c’était ensuite la possibilité de piloter l’espace européen comme une économie fermée. Les économies européennes prises une à une, on le sait, sont des économies très largement ouvertes, d’autant plus pénétrées par les importations qu’elles sont de petites tailles. Et ce haut niveau d’ouverture était le principal argument qui déqualifiait l’efficacité des politiques de relance budgétaire de type keynésien. Or si l’on croit à la fiction du marché unique, le commerce de l’UE, ce n’est plus 42 % de produits importés rapporté au PIB, chiffre qui incorpore le commerce intra-européen, mais  ’est 16,2% d’importations provenant des pays en dehors de l’UE. In fine, l’UE n’est pas plus exposé à la concurrence internationale que les trois principaux grands marchés du monde que sont la Chine, l’Inde et les États-Unis. C’était cela aussi la promesse du grand marché. Les économies européennes, non pilotables budgétairement au plan national, le redevenaient au plan européen.


Pour une politique industrielle européenne


Sur les deux tableaux, il est clair que le projet a déçu. Le grand marché de débouché a viré, on l’a dit de multiples fois, en grand marché de mise en concurrence des facteurs de production. Et les gains escomptés se sont polarisés sur les pays qui disposaient des avantages concurrentiels et géographiques les plus robustes. A défaut de se mettre en coopération budgétaire, les pays se sont mis en concurrence sociale et fiscale. Dans la fièvre idéologique des années quatre-vingt Bruxelles a succombé à l’idolâtrie de la concurrence, comme alpha et oméga de l’innovation, de la croissance, du plein emploi et de la convergence.


Clairement, l’éclosion d’une industrie renforcée, la prise de leadership dans certains domaines de pointe ne jaillissent pas spontanément de l’avènement d’un marché sans barrière tarifaire. Pour que le grand rêve de leadership productif européen voit le jour, chacun peut pressentir qu’il faut un coup de pouce étatique. Mais il ne suffit pas de dire budget européen, à la façon d’un macro-économiste. Plus de dépenses au plan européen, cela ne fait pas nécessairement une stratégie productive. Ce qu’il manque véritablement à l’Europe, c’est une politique industrielle capable d’orienter les regroupements pertinents et de transcender les intérêts nationaux, à l’instar de ce qui s’est produit dans l’aéronautique. Les domaines propices à ces regroupements stratégiques et couvrant des intérêts communs ne manquent pas, que ce soit dans le domaine des transports, pour relever en commun le défi de l’électrique et de l’autonomie, dans l’énergie, pour opérer un renouveau mix de façon coordonnée, dans le numérique pour préserver notre autonomie, dans le militaire etc.


Au-lieu de cela, que voit-on ? Des autorités de la concurrence qui renâclent face au rapprochement d’Alstom et Siemens, dans le ferroviaire. Et ce n’est qu’un cas emblématique parmi d’autres. Plutôt que de fédérer une industrie européenne menacée d’éviction au plan internationale, c’est le catéchisme du risque d’abus de position dominante qui s’impose. Et c’est pourtant par le biais d’une politique industrielle coordonnée au plan européen, cherchant à tirer parti des économies d’échelle et des effets de réseau au plan européen, que le projet européen pourrait sortir de l’ornière.

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Olivier-Passet-Derive-de-l-Europe-retablir-la-priorite-au-grand-marche-interieur_3746818.html?utm_source=Mod%E8le%20diffusion%20Xerfi%20Canal&utm_medium=email&utm_campaign=XC170319

Paradoxales incertitudes iraniennes

Paradoxales incertitudes iraniennes

Ouverture libre

   Forum

Il n’y a pas de commentaires associés a cet article. Vous pouvez réagir.

   Imprimer

21

Paradoxales incertitudes iraniennes

En ce moment, si vous envisagez une guerre américaniste, – puisqu’enfin, l’américanisme doit être toujours gros d’au moins une guerre possible/probable, – ce serait plutôt avec l’Iran. Le casting est excellent : Trump, Bolton et Pompeo sont des Iran-haters pur sucre et certifiés, tandis que les obstacles à une telle entreprise, notamment les trois généraux (McMaster, Kelly et Mattis) en poste au gouvernement l’année dernière et qui étaient tous trois très prudents vis-à-vis de l’Iran, sont partis. L’hostilité à l’Iran permet en plus de faire de l’European-bashing et d’interférer en toute exterrorialité et en pratiquant le sport national des sanctions sur les affaires, le commerce et la finance de ces chers “alliés” aussi bien que contre l’Iran… Mais justement, au-delà ?

Au-delà, il y a Israël, en pleine campagne électorale, avec un Netanyahou dont on connaît la rhétorique guerrière contre l’Iran. Mais la stratégie de Netanyahou a été depuis plusieurs années, de concert avec celle de MbS d’Arabie Saoudite, d’appeler à la guerre contre l’Iran à condition que ce soit essentiellement les USA qui la fassent pour lui (pour eux). Ce que montre le texte d’Alastair Crooke ci-dessous, c’est que l’extrême complexité de la situation au Moyen-Orient, comme à l’habitude d’ailleurs, place les USA plutôt en position de manipulateurs qu’en position de manipulés à cet égard, et peut-être d’ailleurs sans intention, par simple nature. L’administration Trump agit surtout par les mesures que Trump affectionne par-dessus tout, qui sont des mesures de rackets, de pressions commerciales de de communication, d’influence, d’agitation et de subversion, et finalement dans des conditions telles que, par le jeu des dispositifs de dissuasion antagonistes sur le théâtre qui nous intéresse, ce serait Israël d’abord qui pourrait se trouver engagé directement dans une guerre régionale de grande dimension, avec confrontation avec l’Iran

D’où la question de Crooke : est-ce que les USA ne vont pas pousser Israël vers un conflit qu’Israël aimerait bien voir les USA prendre à leur compte ? Israël n’a jamais eu de “meilleur allié” (de meilleure “marionnette”, diront certains) à la Maison-Blanche que Trump. Mais Trump est un “allié-marionnette” qui réserve des surprises, très manipulable mais dont la manipulation peut provoquer cez lui des attitudes inattendues, y compris lorsqu’il soutient à fond un de ses propres “alliés”, et même dira-t-on, surtout lorsqu’il le soutient à fond…

Ci-dessous, une traduction-adaptation du texte d’Alistair Crooke mis en ligne le 11 mars sur Strategic-Culture.org.

dde.org

http://www.dedefensa.org/article/paradoxales-incertitudes-iraniennes

______________________

 

 

Les faucons de Trump risqueront-ils Israël ?

C’était la onzième et peut-être la plus importante rencontre entre le président Poutine et le premier ministre Netanyahou le 27 février, écrit le journaliste bien informé, Elijah Magnier : “Le visiteur israélien a clairement entendu de son hôte l’affirmation que Moscou n’a pas assez d’influence pour convaincre l’Iran de quitter la Syrie, – ou d’arrêter le flux d’armes vers Damas … Moscou [a également] informé Tel Aviv de la détermination de Damas à répondre à tout bombardement futur ; et que la Russie ne se considère pas concernée [c’est-à-dire une partie au conflit]”.

Cette dernière phrase nécessite un peu plus d’explication. Ce qui se passe ici, c’est la montée en puissance de la prochaine phase de la stratégie sino-russe visant à contenir la politique américaine d’entretien du désordre hybride et de soutien aux diverses guerres en cours dans la région. Ni la Chine ni la Russie ne veulent entrer en guerre avec les États-Unis. Le président Poutine a averti à plusieurs reprises que si la Russie devait être poussée au bord du gouffre, elle n’aurait d’autre choix que de réagir, – et que les conséquences possibles vont au-delà de l’imaginable.

Les récentes guerres américaines ont clairement démontré leurs limites politiques. Oui, ils sont militairement très destructeurs, mais ils n’ont pas produit les dividendes politiques escomptés ; ou plutôt, les dividendes politiques se sont manifestés sous la forme d’une érosion de la crédibilité des USA et de leur attrait comme “modèle” à imiter pour le monde. Nulle part dans la région il n’y a de de “nouveau” Moyen-Orient qui émerge, qui suive le modèle américain.

Les responsables de la politique étrangère de Trump ne sont pas des interventionnistes “libéraux” à l’ancienne, qui cherchent à liquider les monstres tyranniques de la région pour les remplacer par les valeurs américaines. Cette aile du néo-conservatisme américain s’est assimilée, – sans véritable surprise, – au parti démocrate et aux dirigeants européens tentés par les aventures d’une prétendue “vertu morale”, en opposition à l’approche transactionnelle et supposée amorale de Trump.

Bolton & Cie, cependant, sont de l’école néoconservatrice qui croit que si vous avez le pouvoir, vous devez l’utiliser avec toute sa force ou vous le perdez. Ils ne se préoccupent tout simplement pas de toutes ces folles promesses de démocratie ou de liberté (comme Carl Schmitt, ils considèrent l’éthique comme affaire de théologiens et nullement comme leur préoccupation). Si les États-Unis ne peuvent plus imposer directement certains résultats politiques (selon leurs conditions) au monde comme ils le faisaient auparavant, alors la priorité doit être d’utiliser tous les moyens pour s’assurer qu’aucun rival politique ne puisse émerger pour défier les États-Unis. En d’autres termes, l’instabilité et les conflits ouverts et en cours deviennent des outils puissants pour empêcher les blocs de pouvoir rivaux d’accumuler un poids et une position politiques plus larges. (En d’autres termes, si vous ne pouvez pas “faire” de la politique, vous perturbez et empêcher les autres d’en faire.)

Quelle place cette situation a-t-elle dans le message du Président Poutine à Netanyahou ? Tout d’abord, cette rencontre a eu lieu presque immédiatement après la visite du président Assad à Téhéran. Ce dernier sommet a eu lieu dans le contexte des pressions croissantes exercées sur la Syrie (par les États-Unis et l’UE) pour tenter de réduire le succès syrien dans la libération de ses terres (évidemment avec l’aide de ses amis). L’objectif explicite étant de tenir la future reconstruction syrienne en otage de la reconfiguration politique de la Syrie selon les conceptions de l’Amérique et de l’Europe.

Le sommet précédent de Téhéran (avec Assad) s’est lui aussi déroulé dans le contexte d’une possibilité affichée d’une confrontation avec l’Iran à Washington. Il tout d’abord adopté le principe selon lequel l’Iran constitue la profondeur stratégique de la Syrie et, parallèlement, la Syrie constitue la profondeur stratégique de l’Iran.

Le deuxième point à l’ordre du jour était de savoir comment mettre en place une structure de dissuasion pour la partie nord du Moyen-Orient qui pourrait contenir l’impulsion de M. Bolton de perturber cette sous-région, et tenter de l’affaiblir. Et en l’affaiblissant, affaiblir les risques pour la Russie et la Chine (cette dernière ayant un enjeu majeur en termes de sécurité d’approvisionnement énergétique et de viabilité d’une sphère commerciale asiatique).

Le Président Poutine a simplement exposé à Netanyahou les principes du prétendu plan d’endiguement établi à Teheran ; mais les Israéliens avaient déjà compris le message par d’autres sources (de Sayyed Nasrallah et des fuites de Damas). L’essentiel, c’est que la Russie a l’intention de se tenir au-dessus de toute confrontation militaire régionale (c’est-à-dire d’essayer de ne pas être impliquée dans le conflit éventuel). Moscou veut garder les mains libres et le contact avec toutes les parties. Le système de défense aérienne S-300 installé en Syrie est opérationnel mais Moscou, semble-t-il, préservera une ambiguïté constructive quant aux règles d’engagement de ces missiles très sophistiqués.

Dans le même temps, la Syrie et l’Iran ont clairement indiqué qu’il y aura désormais une réponse à toute attaque aérienne israélienne contre des défenses syriennes “stratégiques” importantes. Au départ, il semble que la Syrie réagirait probablement en lançant ses missiles dans le Golan occupé ; mais si Israël intensifie son attaque, ces missiles seraient ciblés sur des centres stratégiques dans la profondeur d’Israël. Enfin, si Israël montait encore un degré dans l’escalade, il serait alors possible d’activer également les missiles iraniens et ceux du Hezbollah.

Pour confirmer ce schéma, l’Iran confirme que ses conseillers se trouvent effectivement partout en Syrie où se trouvent les forces syriennes. Autrement dit, toute attaque visant les forces syriennes sera automatiquement interprétée par l’Iran comme une attaque contre le personnel iranien.

Ce qui se met en place ici, c’est une dissuasion complexe et différenciée, avec une “ambivalence constructive” à tous les niveaux. D’une part, la Russie entretient une complète ambiguïté sur les règles d’engagement de ses S-300 en Syrie. A un autre niveau, la Syrie maintient une certaine ambiguïté indéfinie (en fonction du degré d’escalade israélienne) sur l’emplacement géographique de sa réponse (Golan seulement ; ou l’étendue d’Israël) ; et l’Iran et le Hezbollah maintiennent également une ambiguïté sur leur engagement possible (en disant que leurs conseillers peuvent être partout en Syrie).

Netanyahou est revenu de sa rencontre avec Poutine en disant que la politique d’Israël d’attaquer les forces iraniennes en Syrie était inchangée (il le dit à chaque fois), – bien que Poutine ait dit clairement que la Russie n’est pas en mesure d’imposer un retrait iranien au gouvernement syrien. La Syrie avait, – et a toujours, – le droit de choisir ses propres partenaires stratégiques. Le Premier ministre israélien a cependant été formellement prévenu que de telles attaques pourraient entraîner une réaction qui affecterait gravement l’opinion publique israélienne (c’est-à-dire des missiles dirigés directement sur Israël). Il sait aussi que les systèmes de défense aérienne syriens existants (même sans le soutien du S-300) fonctionnent avec une très grande efficacité (quoique les commentateurs et les militaires israéliens puissent prétendre). Netanyahou sait que les défenses antimissiles israéliennes “Iron Dome” et “David’s Sling” sont considérées comme d’une faible efficacité par l’armée américaine.

Netanyahou risquera-t-il de lancer de nouvelles attaques importantes contre l’infrastructure stratégique syrienne ? Elijah Magnier cite des sources bien informées : “Tout dépend de la direction que prendront les élections israéliennes. Si le Premier ministre Benjamin Netanyahou estime que ses chances de remporter un second mandat sont suffisamment élevées, il ne s’aventurera pas de sitôt dans une nouvelle confrontation avec la Syrie et ses alliés. La date de la prochaine bataille sera reportée. Mais, s’il croit qu’il perdra l’élection, alors la possibilité qu’il engage une bataille devient très élevée. Une bataille sérieuse entre Israël, d’une part, et la Syrie et l’Iran, d’autre part, serait suffisante pour faire reporter les élections. Netanyahou n’a pas beaucoup de choix : soit il gagne les élections et reporte la procédure de corruption contre lui ; soit il va en prison”.

Cette thèse peut sembler convaincante mais le raisonnement sur lequel elle repose peut s’avérer trop limité. Il est clair que le stratagème de dissuasion différenciée, décrit par Poutine, – bien qu’il soit formulé en termes syriens, – a un objectif plus large. Le langage actuel utilisé par les États-Unis et l’Europe indique assez clairement qu’ils en ont largement fini avec les opérations militaires en Syrie. Mais, parallèlement au désaveu de nouvelles opérations militaires en Syrie, nous avons également assisté à une consolidation de la mentalité de l’administration américaine en faveur d’une confrontation avec l’Iran.

Alors que Netanyahou a toujours été véhément en appelant à la confrontation avec l’Iran, il n’est pas connu en Israël comme un homme à prendre des risques militaires (appeler à liquider tous les moyens palestiniens ne comporte aucun risque politique dans la politique intérieure israélienne). De plus, l’establishment militaire et sécuritaire israélien n’a jamais apprécié la perspective d’une guerre totale avec l’Iran, à moins que celle-ci ne soit menée avec les États-Unis en tête. (Il serait toujours très risqué pour n’importe quel Premier ministre israélien de lancer une guerre éventuellement existentielle à travers la région, sans avoir un consensus solide au sein de l’establishment sécuritaire israélien.)

Pourtant, M. Bolton préconise également depuis longtemps le bombardement de l’Iran (par exemple dans un op-ed du NYT de mars 2015). Jusqu’à récemment, on supposait toujours que c’était Netanyahou qui essayait d’amener les Américains à déclencher une “guerre” avec l’Iran. Est-il possible que ces rôles se soient inversés ? Que ce soit maintenant John Bolton, Mike Pence et Pompeo qui cherchent, non pas à déclencher une guerre totale mais à exercer le maximum de pressions hybrides sur l’Iran, – par des sanctions, en fomentant des insurrections anti-iraniennes parmi les minorités ethniques en Iran, et cela bien qu’Israël s’en prenne régulièrement à l’Iran avec des interventions militaires calibrées (en Syrie), dans l’espoir que l’Iran réagira de manière excessive et tombera dans le piège de M. Bolton qui veut “avoir un Iran exactement où il le souhaite” ?

C’est là l’objectif de l’ensemble des mesures de dissuasion de l’Iran et de la Syrie, – il s’agit avant tout de “contenir” les États-Unis. L’initiative est construite, pour ainsi dire, avec tous ses liens délibérément ambivalents entre acteurs, pour signaler que toute tentative américaine de favoriser le chaos dans le Grand Levant ou en Iran, au-delà d’un certain point indéfini, risque maintenant d’entraîner son protégé, Israël, dans une guerre régionale beaucoup plus vaste, – et aux conséquences imprévisibles. La question n’est pas tant de savoir si Netanyahou “prendra le risque”, mais si Bolton osera “risquer Israël” ?

Alastair Crooke

http://www.dedefensa.org/article/paradoxales-incertitudes-iraniennes

Philippe de Villiers sur la déconstruction européenne

 samedi politique  Le Samedi Politique : Philippe de Villiers sur la déconstruction européenne

Le Samedi Politique : Philippe de Villiers sur la déconstruction européenne

Dans un nouvel ouvrage mené en forme d’enquête, Philippe de Villiers revient aux sources de la construction européenne. Il plonge au cœur du mythe de ce que l’histoire a nommé les Pères Fondateurs de l’Europe, Jean Monnet et Robert Schuman, pour proposer une lecture inédite : l’ADN de l’Union Européenne porte en elle les racines de la déconstruction.

A quelques mois des élections, il décrypte les étapes successives qui ont rythmé l’UE pour la dessiner telle qu’elle est aujourd’hui : morcelée, tiraillée et dévitalisée.


https://www.tvlibertes.com/le-samedi-politique-philippe-de-villiers-sur-la-deconstruction-europeenne

Quatorze djihadistes français entendus par la justice irakienne

Quatorze djihadistes français entendus par la justice irakienne

REUTERS15/03/2019 à 17:58
    BAGDAD, 15 mars (Reuters) - Quatorze djihadistes français du
groupe Etat islamique (EI), capturés en Syrie et transférés le
mois dernier en Irak, ont comparu le 6 mars devant un juge du
tribunal antiterroriste de Bagdad, a-t-on appris vendredi de
sources judiciaires.
    Tous ont reconnu devant le juge s'être rendus dans la ville
irakienne de Mossoul, alors sous le contrôle de l'EI, entre 2014
et 2017, a-t-on précisé de mêmes sources.
    S'ils sont jugés en Irak et reconnus coupables de crimes
contre l'Irak et le peuple irakien, ils risquent la peine de
mort.
    Le président irakien Barham Salih a récemment confirmé que
les combattants étrangers jugés en Irak et reconnus coupables
pourraient subir la peine capitale.
    Les services de renseignement irakien (INS) accusent ces
djihadistes français d'avoir commis des "actes terroristes" à
Mossoul, à 350 km au nord de Bagdad, et de s'être occupés de
certaines affaires financières du "califat".
    Le ministère français des Affaires étrangères n'a fait aucun
commentaire, soulignant qu'il s'agissait d'un dossier judicaire
irakien.
    Les 14 Français faisaient partie d'un groupe de 280
prisonniers irakiens et étrangers remis le mois dernier à l'Irak
par les Forces démocratiques syriennes (FDS), une milice
arabo-kurde soutenue par les Etats-Unis.
    Des sources officielles irakiennes ont fait savoir que les
détenus étrangers pourraient soit être renvoyés dans leur pays
d'origine, soit être jugés en Irak s'ils ont commis des crimes
dans le pays.
    L'un des détenus français, dans sa déposition que Reuters a
pu consulter, précise qu'il est d'origine tunisienne et qu'il a
servi dans l'armée française entre 2000 et 2010, notamment en
Afghanistan en 2009.
    Il ajoute qu'il a décidé de rejoindre les djihadistes en
Syrie après avoir vu de nombreuses vidéos du Front Al Nosra. Il
précise avoir participé à la bataille de Mossoul.
    Un autre prisonnier, Français d'origine algérienne, a quitté
la France pour la Syrie via la Turquie en 2013, lui aussi après
avoir vu des vidéos islamistes sur internet. Il a ensuite
rejoint l'EI à Mossoul.
    Selon Hicham al Hachimi, expert en questions de sécurité et
conseiller du gouvernement irakien, il est peu probable que ces
Français aient détenu des positions importantes au sein de l'EI.

 (Ahmed Rasheed avec John Irish à Paris; Guy Kerivel pour le
service français)
Publicités

Revue de presse nationale et internationale.

Publicités