Polémique avec CNBC concernant les missiles hypersoniques russes

Polémique avec CNBC concernant les missiles hypersoniques russes

Réagissant à l’article de Valentin Vasilescu révélant la possibilité théorique de la Russie de couler les portes-avions états-uniens dès le détroit de Gibraltar, le Pentagone a fait publier un reportage par CNBC. Selon la chaîne US, le missile russe Avangard ne serait pas opérationnel. Sauf que l’argument utilisé pour justifier cette assertion ne fonctionne pas.

| Bucarest (Roumanie)

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Nous avons traité le sujet des nouveaux missiles hypersoniques russes dans deux articles précédents [1]. Nous écrivions : « La probabilité de détruire un porte-avions avec les deux types de missiles hypersoniques, en perçant la défense AA est de 88 %. Ce qui signifie que, sur 100 missiles hypersoniques lancés, 88 perceront les défenses AA et détruiront leurs cibles. Dans le cas des États-Unis, si 11 missiles russes hypersoniques sont lancés contre les 11 porte-avions US existants, statistiquement seul 1,3 missile ne toucherait pas les cibles ».

Une conclusion serait que, dans le cas d’une agression états-unienne sur le sud de la Russie (la côte de la mer Noire), nous avons estimé que les missiles russes hypersoniques pourraient détruire un groupe naval US à Gibraltar. Dans le cas d’une agression états-unienne sur le nord et l’ouest de la Russie (la mer Baltique, l’océan Arctique), nous avons estimé que les missiles hypersoniques russes pourraient détruire un groupe naval US à l’est du Groenland. Bien entendu, ce sont des calculs purement théoriques qui peuvent être démentis par les conditions spécifiques d’une guerre réelle.

Par la suite, la chaîne de télévision états-unienne CNBC a publié une déclaration d’une personne anonyme qui prétend avoir vu un rapport de Renseignement US [2]. Cet individu anonyme déclare que les Russes sont parvenus à la conclusion selon laquelle le matériel de fibre de carbone utilisé pour construire le fuselage de leurs missiles hypersoniques est de mauvaise qualité. Il ne fournirait pas une protection suffisante à des températures élevées. Selon le rapport cité, la Russie devrait sélectionner un nouveau matériau pour les missiles hypersoniques au cours des 12 prochains mois.

Je ne conteste pas l’authenticité du rapport de CNBC, sauf qu’il se réfère probablement à la marine russe, et non aux missiles hypersoniques. Le matériau en fibre de carbone offre une bonne résistance aux chocs mécaniques et est invisible aux radars, c’est pourquoi il est utilisé dans les navires de guerre modernes. Mais il ne résiste pas à un choc thermique pour être utilisé par le système Avangard.

Il faut savoir que lors de la rentrée dans l’atmosphère à une vitesse proche de 7,8 km/s (soit 28 000 km/h), entre l’onde de choc inclinée précédant le véhicule cosmique et l’onde de choc stationnaire qui y est attachée, il se crée un espace d’environ 1 m. Le temps nécessaire à une molécule d’air pour parcourir cet espace est de 18 microsecondes. Ceci est la période pendant laquelle la molécule d’air dans l’onde de choc est soumise à un procédé chimique qui libère de l’énergie calorique, ce qui la ramène à son état d’équilibre initial.

Le Dr Yuri A. Dunaev de l’Université d’État de Leningrad et H. Julian Allen, A.J. Eggers, du département d’aérodynamique théorique du laboratoire d’Ames (NASA), ont découvert la forme la plus efficace de dissipation d’énergie. C’est-à-dire, la diminution de la température que le véhicule cosmique devait supporter lors de la rentrée dans l’atmosphère, en augmentant sa résistance à sa progression.

La décomposition thermochimique des matériaux organiques à des températures élevées et en l’absence d’oxygène est appelée pyrolyse. Le bouclier thermique ablatif est fait de composés qui, dans le processus de pyrolyse, sont carbonisés, fondus et sublimés, c’est à dire transformés de l’état solide directement à l’état gazeux. Le rôle de bouclier thermique ablatif est de bloquer le transfert du flux de chaleur à partir de l’onde de choc de rentrée à la structure du véhicule. Ce type de bouclier de rentrée dans l’atmosphère est utilisé pour les capsules Soyouz.

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Pour les véhicules de rentrée dans l’atmosphère, ce système est souvent utilisé.

Il existe un matériau monolithique de type ablatif qui peut être coulé dans diverses formes, il s’agit d’un composé céramique fragile appelé SIRCA (Silicone Impregnated Reusable Ceramic Ablator). Ce composé est appliqué directement à la coque des navettes spatiales Bourane, la navette spatiale X-37B, mais aussi à l’Avangard.

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Pour ce qui est des missiles hypersoniques Kh-47M2 Kinzhal et 3M22 Zircon, ceux-ci ne quittent jamais l’atmosphère de la terre, mais ils évoluent à un maximum de 40-50 km à des vitesses de Mach 8 (9 800 km/h) et Mach 10 (12 250 km/h). Aucun des deux fuselages n’est constitué de fibre de carbone, mais d’un alliage de titane (33 %) qui résiste au réchauffement cinétique. C’est le même matériau utilisé par l’avion nord-américain X-15 avec des moteurs de fusées qui, en octobre 1967, a établi le record de vitesse de 7 274 km/h, (Mach 6,72), volant à une altitude de 31 120 m.

Traduction
Avic
Réseau International

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Washington annule un nouvel exercice militaire en Corée du Sud

Washington annule un nouvel exercice militaire en Corée du Sud

Washington – Le ministre américain de la Défense Jim Mattis et son homologue sud-coréen Jeong Kyeong-doo ont décidé d’annuler l’exercice militaire « Vigilant Ace » qui était prévu en décembre, a annoncé vendredi Dana White, porte-parole du Pentagone.

Les deux ministres, qui se sont rencontrés vendredi à Singapour, veulent ainsi « donner au processus diplomatique (avec la Corée du Nord) toutes les chances de se poursuivre », a ajouté Mme White dans un communiqué publié à Washington.

Le communiqué ajoute que « les deux ministres sont déterminés à modifier les manoeuvres militaires pour s’assurer de la bonne préparation des forces » des deux pays, une formulation qui laisse entendre que des exercices différents et plus réduits pourraient quand même avoir lieu.

« Ils se sont engagés à continuer à se coordonner étroitement », a poursuivi Mme White, précisant que M. Mattis avait informé son homologue japonais Takeshi Iwaya de cette décision.

Vigilant Ace est un exercice aérien qui a lieu tous les ans début décembre en Corée du Sud pour améliorer la coordination entre les deux armées. L’an dernier, 230 avions et quelque 12.000 soldats américains et sud-coréens y avaient participé.

(©AFP / 19 octobre 2018 15h16)

 

L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?

L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?

Par Pierre VERLUISE, le 31 juillet 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en géopolitique de l’Université Paris IV – Sorbonne. Fondateur associé de Diploweb. Chargé d’un cours semestriel de Géographie politique au sein du M.R.I.A.E de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, chercheur associé à la FRS. Auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine de livres, dont « Histoire, Géographie et Géopolitique du Proche et du Moyen-Orient », éd. Diploweb, diffusion Amazon.

Que nous apprend le revirement américain du 8 mai 2018 de la puissance de l’Iran, des Etats-Unis et de l’Union européenne ? L’Iran a été pendant un temps en capacité de « faire » et à « faire faire », jusqu’à perdre la main. Les Etats-Unis ont été en capacité de « faire et de faire faire » puis en « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Et l’Union européenne a été en incapacité d’ « empêcher de faire ».

LE 14 juillet 2015, un accord sur le nucléaire iranien est signé à Vienne par l’Iran [1] et les pays du « P 5+1 » (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne). Cet événement semble alors marquer le retour sur la scène régionale, voire mondiale, d’un Etat paria depuis de nombreuses années.

Le 8 mai 2018, le président des Etats-Unis – Donald Trump – annonce unilatéralement le retrait des Etats-Unis de cet accord, au grand dam des pays de l’Union européenne. Si la puissance peut se définir selon Serge Sur comme « la capacité de faire, de faire faire, d’empêcher de faire ou de refuser de faire », que nous apprend ce revirement au sujet de la puissance des uns et des autres ?

Considérons successivement l’Iran, les Etats-Unis et l’Union européenne.

L’Iran

Dans les années 1970, pour combler le vide laissé par le départ des Britanniques de la région, les Etats-Unis élaborent la stratégie des « deux piliers » intronisant Iraniens et Saoudiens comme garants de la sécurité régionale [2]

Cette position de partenaire privilégié des Occidentaux connaît un coup d’arrêt brutal avec la Révolution islamique de 1979. Les dirigeants iraniens cherchent alors à exporter la révolution dans les pays voisins ce qui participe à leur isolement sur la scène internationale. L’Iran n’a cependant jamais renoncé à ses ambitions régionales et une véritable réorientation stratégique a lieu, favorisée par la fin de la Guerre froide (1990) et par les conséquences du 11 septembre 2001 au Moyen-Orient. Le pays s’impose comme le leader de la résistance contre les Etats Unis et Israël… qui disposent chacun de l’arme nucléaire mais dans des proportions différentes.

Afin d’appuyer son retour diplomatique et stratégique, Téhéran décide de développer son programme nucléaire. L’énergie atomique n’est pas une idée neuve dans ce pays. Dès les années 1950, Washington et Téhéran développent des partenariats dans le cadre du programme « atoms for peace ». Avec la Révolution de 1979, le programme nucléaire est arrêté puis réactivé à la fin de la guerre Iran Irak (1980-1988). L’objectif est double, il s’agit de garantir les frontières du pays et d’offrir une protection au régime.

A Téhéran deux camps se font face. Le premier, plus conservateur, souhaite développer son programme quitte à être mis au ban des nations. Ses partisans estiment que la « Bombe » est la seule assurance vie du régime, en tant que source de prestige, et qu’elle permettrait de développer autour de l’Iran et de ses alliés un dôme protecteur. De l’autre, un camp dit « modéré » craint que l’isolement de l’Iran ne soit un handicap économique et stratégique. Ils souhaitent se servir du programme comme argument de négociation pour être réintégré au concert des nations. Ils estiment par ailleurs que le simple fait d’être capable d’obtenir la bombe suffit à se prémunir de toute agression.

L'Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?
Carte géopolitique de l’Iran dans les tensions de son environnement, fin 2015, selon Jean-Paul Budry
La légende de cette carte de l’Iran dans les tensions de son environnement comprend trois parties : L’arrière plan confessionnel ; Facteurs et forces stratégiques vus d’Iran ; L’Iran acteur des conflits et ses alliés. Réalisation Sciences Po Atelier de cartographie pour Dila Questions internationales n°77.

La signature de l’Accord de Genève en 2015 marque ainsi une victoire symbolique et diplomatique de l’Iran, lui permettant d’espérer consolider sa place d’acteur incontournable dans la stabilisation de la région. Ce qui suscite une grande inquiétude en Arabie Saoudite. L’Iran mise sur son ouverture économique en renonçant partiellement à son programme nucléaire jusqu’en 2040. Cet accord vise à ce que soit limitée l’accumulation de matière nucléaire fissile pour que l’Iran ne puisse pas développer d’arme nucléaire. L’espoir de la rapide levée des sanctions génère rapidement des flux d’entreprises étrangères dans l’intention de décrocher des contrats d’exploitation et de commercialisation des hydrocarbures ou d’accéder à un marché de 80,6 millions d’habitants en demande de consommation.

L’Iran en quelques chiffres

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L’Iran en quelques chiffres
L’Iran en quelques chiffres : superficie, population mi-2017, projection population en 2050, accroissement naturel, accroissement migratoire, indicateur de fécondité, PNB/h PPA US dollars. Source : Population et Avenir, décembre 2017, n°735, p. 21.

Ainsi, l’Iran a mis en place une stratégie axée autour de l’énergie nucléaire afin d’assurer son retour sur la scène géopolitique et stratégique internationale. Celle-ci a permis, d’une part, de contraindre les Occidentaux à accepter la réémergence du pays et de les amener à la table des négociations, illustrant ainsi la capacité de l’Iran à « faire » et à « faire faire ». Du moins jusqu’à ce que les Etats-Unis de Donald Trump se retirent de l’accord de 2015.

Les Etats-Unis

En 2002, des opposants iraniens exilés aux Etats-Unis révèlent l’existence de deux sites nucléaires cachés. Une part de la société internationale prend alors conscience que l’Iran pourrait chercher à se doter de l’arme atomique. Suivent de nombreuses années de sanctions contre l’Iran, notamment soutenues par la France.

Cependant, le président des Etats-Unis, Barack Obama, engage secrètement des approches avec l’Iran au moins un an avant que la négociation d’un accord ne parvienne sur la place publique. A l’époque, la France du président François Hollande est réticente et apparaît souvent plus dure que Washington dans ses exigences, notamment en la personne de son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Il se dit alors que « les néoconservateurs sont à Paris ».

Quoi qu’il en soit, la capacité d’entraînement des Etats-Unis de B. Obama conduit le 14 juillet 2015 à la signature d’un accord sur le nucléaire iranien par l’Iran et les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies plus l’Allemagne (« P 5+1 »). Ce qui indique, à cet instant et durant quelques années que les Etats-Unis disposent d’une « capacité de faire et de faire faire ».

Cependant, durant la campagne présidentielle de 2016 aux Etats-Unis, le candidat républicain – Donald Trump – critique vertement ce qu’il présente comme un mauvais accord. Il annonce que s’il est élu – hypothèse qui semble peu probable à beaucoup d’Européens – il dénoncera cet accord. Après avoir été élu, il entre à la Maison Blanche en janvier 2017. Et poursuit ses diatribes contre Téhéran. En octobre 2017, le président Donald Trump déclare devant le Congrès américain que l’Iran viole ses engagements, contrairement à ce que dit l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Le 8 mai 2018, le président des Etats-Unis dénonce unilatéralement l’accord de 2015. Ce qui réactive les sanctions américaines à l’encontre de l’Iran et les menaces pour les entreprises qui travailleraient avec l’Iran. Ce qui illustre à cet instant leur « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Au grand désarroi des pays de l’Union européenne.

L’Union européenne

Pensée pour construire la paix, l’Europe communautaire n’a pas dans son ADN la quête de puissance. Cependant, un début de stratégie se met en place à l’orée du XXIe siècle. Le mérite en revient au Haut représentant de l’UE pour la Politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana. Il fait adopter en 2003 par le Conseil européen la « Stratégie européenne de sécurité ». Cette stratégie vise principalement à mieux identifier les menaces, définir les objectifs stratégiques de l’Union et en dégager les implications politiques pour l’UE. La crise financière de 2008, puis les « Printemps arabes » à compter de 2011 réduisent sa concrétisation. Cependant, la mise en œuvre par étape du traité de Lisbonne (2007) à compter du 1er décembre 2009 se traduit par l’entrée en fonction d’une Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton. Sans expérience de la diplomatie, celle-ci laisse une œuvre modeste : la normalisation provisoire des relations Serbie-Kosovo et sa participation à la finalisation de l’accord au sujet du nucléaire iranien.

La deuxième Haute représentante, Federica Mogherini fait adopter le 28 juin 2016 un nouveau document de doctrine, « La Stratégie globale de l’Union européenne », dans une indifférence quasi-totale des médias, encore sous le choc du référendum en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’UE (23 juin 2016). Ce texte fait plusieurs fois explicitement référence à l’accord de 2015 comme l’alpha et l’oméga de la conception européenne du « soft power » par le multilatéralisme et la concertation.

En dépit des efforts des diplomates iraniens – notamment à Paris – pour mobiliser les pays européens afin qu’ils exercent des pressions sur D. Trump pour l’empêcher de dénoncer l’accord de 2015 [3], le président des Etats-Unis s’est pourtant retiré de cet accord le 8 mai 2018.

Ce qui indique pour l’Union européenne la mise en échec de son « soft power » et une incapacité à « empêcher de faire ». Soit tout le contraire de la puissance. En dépit des annonces faites dans les jours suivants par l’UE pour déclarer que Bruxelles allait continuer de porter l’accord de 2015, les entreprises européennes – dont Total – ont vite compris qu’elles manquaient de garanties si elles restaient en Iran. Courant juillet 2018, D. Trump s’occupe une nouvelle fois à souffler le chaud et le froid, tentant de rejouer la scène nord-coréenne. Avec des résultats à évaluer aussi bien pour la Corée du Nord que pour l’Iran…

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Que nous apprend le revirement américain du 8 mai 2018 de la puissance des uns et des autres ? L’Iran a été pendant un temps en capacité de « faire » et à « faire faire », jusqu’à perdre la main. Les Etats-Unis ont été en capacité de « faire et de faire faire » puis en « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Et l’Union européenne a été en incapacité d’ « empêcher de faire ».

Nul doute que le coup a porté, reste à savoir les leçons que l’UE saura en tirer et les actions qu’elle pourra mettre en œuvre.


Copyright Juillet 2018-Verluise-Diploweb


Plus

Vidéo. J-F Daguzan (FRS) L’UE face au retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien

QUESTIONS :
. Quelle est la nouvelle stratégie européenne en terme de défense et de politique extérieure commune ?
. Quelles sont les conséquences de la remise en cause de l’accord sur le nucléaire iranien pour l’Union européenne ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

France/Iran : reprise de la guerre des services ?

NOTE D’ACTUALITÉ N°525 / octobre 2018

France/Iran : reprise de la guerre des services ?

Alain RODIER

 

Selon plusieurs organes de presse, le Mossad serait à l’origine de la chasse déclenchée à travers toute l’Europe contre les services secrets iraniens. Celle-ci a officiellement débuté quand le service spécial hébreu a averti ses homologues du Vieux continent – vraisemblablement en mai/juin 2018 -de la préparation d’un attentat visant la réunion annuelle de l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI[1]) se tenant à Villepinte le 30 juin 2018, en présence de nombreuses personnalités[2].

À la suite de ces renseignements, un couple belgo-iranien- Amir et Nasimeh S., âgés d’une trentaine d’années – a été appréhendé par la police belge le 30 juin dans le quartier de Stockel, à Woluwe-Saint-Pierre, dans la banlieue bruxelloise. 500 grammes d’explosif  TATP et un dispositif de mise à feu ont été trouvés dans deux paquets séparés dans leur voiture. Assadollah Assadi, un diplomate iranien en poste à l’ambassade d’Iran à Vienne (Autriche), soupçonné d’être en contact avec ce couple, a été arrêté en Allemagne. En effet, n’étant pas accrédité dans ce pays, il ne bénéficiait pas de l’immunité diplomatique[3]. Les Israéliens l’ont désigné comme le responsable opérationnel de la tentative d’attentat. Il devrait être extradé vers la Belgique pour y être présenté à la justice.

 

Actions et décisions de la France

 

Début octobre, faisant – tardivement – suite à cette affaire, la France a gelé pour six mois les avoirs sur son territoire du ministère du Renseignement et de la Sécurité iranien (VAJA, ex VEVAK) qui serait lié à la tentative d’attentat. La même sanction a été prise à l’encontre d’Assadollah Assadi – le diplomate arrêté en Allemagne – et du chef des services de renseignement iraniens, le vice-ministre Saeid Hashemi Moghadam.

Ces mesures surviennent parallèlement à l’importante opération policière qui a visé, le 2 octobre, l’association musulmane chiite dénommée Centre Zahra France. Les forces de l’ordre ont perquisitionné son siège ainsi que le domicile de ses principaux dirigeants. 11 personnes ont été interpellées et trois ont été placées en garde à vue pour détention d’armes. Les avoirs du Centre Zahra France et deux organisations qu’il abrite dans ses locaux – France Marianne Télé et la Fédération chiite de France/Parti Antisioniste – ont également été gelés.

Les activités du Centre Zahra France étaient suivies depuis de très nombreuses années par les services de renseignement français pour « soutien à plusieurs organisations terroristes et en faveur de mouvements prônant des idées contraires aux valeurs de la République ». Selon l’AFP, le Centre Zahra France et les associations qu’il héberge sont soupçonnés de prôner la guerre sainte et de faire l’apologie de mouvements comme le Hamas palestinien ou le Hezbollah libanais, soutenus par l’Iran. Les branches militaires de ces organisations sont considérées comme « terroristes » par l’Union européenne.

Il est vrai que des intervenants tiennent au Centre Zahra  des discours extrémistes, à l’exemplede ceux du cheikh Ali Talal qui a déclaré le 29 avril 2018 : « nous ne fermerons pas les yeux […] jusqu’à ce que le sionisme soit extirpé de tout le pays. » Lors d’un autre sermon, délivré le 15 mai, il proclamait : « Aujourd’hui, la boussole de l’unité doit être réglée sur notre union contre le sionisme ! Que nous nous acceptions mutuellement, qui que nous soyons, jusqu’à ce que nous en finissions avec les sionistes, et en débarrasser le monde, que le monde et les opprimés soient débarrassés d’eux. À ce moment, nous nous assiérons et nous parlerons de nos différends, s’ils existeront encore. Et je vous dis qu’il n’y en aura plus, car l’origine de tout différend vient de ces sionistes, ces arrogants, ces maudits qui ne veulent aucune forme de vie pour l’humanité ! ». À l’évidence, il s’agit là d’un appel lancé aux sunnites radicaux.

Certes, le Centre Zahra France était dans le collimateur des autorités françaises depuis des années, mais on peut se demander pourquoi elles ont décidé d’agir maintenant ? N’est-ce pas là un signe politique envoyé en direction de Washington pour faire oublier que la France était en pointe dans la défense du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), traité levant les sanctions contre l’Iran en échange de son engagement de cesser le développement des ses activités nucléaire militaire[4] et remis en cayse par Donald Trump ?

Par la voix de son porte-parole Bahram Ghassemi, la diplomatie iranienne a rejeté les accusations françaises : « Une fois encore, nous démentons avec véhémence ces accusations, nous condamnons l’arrestation de ce diplomate et nous appelons à sa libération immédiate». Suite à cette arrestation, le ministère des Affaires étrangères français a publié le 20 août une note interne demandant à ses personnels non accrédités en Iran d’éviter de se rendre dans ce pays. Ils pourraient être à leur tour arrêtés pour être ensuite échangés contre leur homologue iranien.

 

Une tentative d’attentat quelque peu étrange

 

Généralement, quand ils mènent des actions de type terroriste, les services spéciaux iraniens, agissent via des tiers comme le Hezbollah libanais ou des mouvements palestiniens pour ne pas apparaître en première ligne. Ces derniers se font un devoir de leur rendre ces services car ils dépendent presque totalement de Téhéran, en particulier sur le plan financier. Or, dans la tentatvie d’attentat visant Villepinte, ce ne semble pas avoir été le cas. Selon l’accusation, c’est Assadollah Assadi, le diplomate en poste à Vienne, qui aurait remis la charge explosive aux activistes lesquels, apparemment, n’appartiennent pas à une “structure extérieure“.

Ensuite, si les 500 grammes de TATP auraient pu provoquer des dégâts importants en explosant dans la foule, il s’agit d’une charge d’explosifs relativement faible, d’autant que l’on ignore si elle était entourée de projectiles métalliques qui, eux, sont extrêmement vulnérants. Pour le moment, aucune information n’a filtré sur la composition de l’engin… La clé de l’énigme réside dans cette preuve matérielle : est-ce un engin professionnel ou un bricolage ? Etait-il apte a être mis en oeuvre rapidement et comment ? Les enquêteurs détiennent les réponses à ces questions mais ne les ont pas encore dévoilées.

Rappelons également que l’OMPI vit quasi ouvertement au grand jour en France et tient sa réunion populaire annuelle tous les ans au même endroit, à Villepinte. Pour l’anecdote, les mauvaises langues prétendent que certains participants sont rémunérés pour faire la claque. Si le régime iranien avait voulu s’en prendre à l’OMPI, il aurait pu le faire depuis longtemps et de manière plus professionnelle. Quel est l’intérêt pour lui d’organiser en tel attentat en pleine crise sur la suspension de l’accord JCPOA ?

Enfin, lors de leur arrestation le jour même de la manifestation de l’OMPI, les deux « terroristes » se trouvaient à Bruxelles ce qui était un peu loin de leur objectif supposé. Même s’il n’est pas impossible d’envisager qu’ils se rendaient à Villepinte, une action de ce type se prépare soigneusement à l’avance et les opérateurs sont généralement présents sur place quelques temps auparavant.

 

Des services iraniens de sinistre réputation

 

Il est vrai que les services iraniens traînent une sinistre réputation s’étant livrés au terrorisme d’État à de nombreuses reprises par le passé ; pour mémoire, l’assassinat de l’ambassadeur français au Liban, Louis Delamare, le 4 septembre 1981 ; l’attentat contre les parachutistes français de Drakskaret les Marinesaméricains à l’aéroport de Beyrouth le 23 octobre 1983 (305 morts) ; celui de l’opposant Chapour Bakhtiar à Suresnes, le 6 août 1991 ; sans oublier les attentats terroristes contre les intérêts israéliens en Argentine et en Europe.  La liste est longue et il convient de ne rien oublier ! Le régime des mollahs sait utiliser l’arme de la terreur quand il la juge utile à sa politique.

Les renseignement iranien est organisé autour de deux entités : le ministère du Renseignement et de la Sécurité(VAJA) et le directorat du renseignement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, dont le bras armé à l’étranger est la force Al-Qods. Ces deux services sont présents dans toutes les représentations diplomatiques iraniennes. Il est donc vraisemblable que Assadollah Assadi appartenait à l’un d’eux.

La première mission des services iraniens est la surveillance des opposants ; la seconde est la lutte contre Israël et contre l’Arabie saoudite. Ils agissent généralement de manière très professionnelle, mais il leur est cependant arrivé de commettre de graves erreurs techniques à plusieurs reprises, lesquelles ont permis de les confondre et de mettre en cause leurs responsables politiques, notamment suite aux attentats ayant eu lieu en Argentine ou en Bulgarie.

Il n’est pas exclu que Téhéran – dans le climat international actuel très tendu – ait de nouveau recours à des opérations violentes à l’étranger (attentats, assassinats). La sécurité autour des opposants iraniens réfugiés en Europe aurait d’ailleurs été renforcée ces dernières semaines. Il ne faut pas se faire d’illusions, les services iraniens sont en train de se préparer à mener une guerre secrète si la situation venait à se détériorer du fait de l’agressivité affichée des Américians et des Britanniques suivis – contraints et forcés – par les Européens.

 

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Il n’a échappé à personne que l’accord JCPOA est en train de se détricoter depuis que Donald Trump l’a rejetté et a rétabli les sanctions économiques à l’égard de Téhéran. De plus, Washington ne s’est pas privé de menacer directement de sanctions ses alliés ayant des relations économiques avec l’Iran. Résultat : presque tous les industriels européens et français (Total, Peugeot, etc.) se sont retirés du pays, laissant la place aux Chinois et aux Russes.

C’est dans ce cadre que cette affaire d’attentat survient fort opportunément. Elle a été servie avec délectation par les Israéliens qui considèrent l’Iran comme leur pire ennemi[5]. Comme par hasard, le président iranien Hassan Rohani entamait, début juillet  2018, un voyage officiel en Suisse et en Autriche. La révélation de cette tentative d’attentat et du « complot » iranien est donc venue fort à propos saboter son voyage et a été un signal fort à l’attention des  Etats qui espéraient encore pouvoir négocier.

La stratégie des Américains et d’Israël est clairement d’asphyxier au maximum l’économie iranienne pour provoquer des mécontentements intérieurs qui pourraient changer la donne politique.Pour Washington, l’OMPI a un rôle central à jouer à l’avenir. C’est oublier un peu vite que cette organisation – dont l’idéologie est un mélange de marxisme et d’islamisme – n’est pas populaire du tout en Iran. Une grande majorité d’Iraniens – même ceux qui ne soutiennent pas le pouvoir des mollahs – considère que l’OMPI a trahi la Patrie en combattant dans les rangs de l’armée de Saddam Hussein lors de la « guerre imposée » ou « défense sacrée » (1980-1988). Les Iraniens restent des nationalistes fiers de leur histoire et ne pardonnent pas cette trahison. Mais si Washington appuie l’OMPI, c’est aussi parce ce mouvement a été un fidèle « collaborateur » des services de renseignement américains, ayant fourni dans le passé de précieuses informations sur l’effort nucléaire iranien.

Malheureusement, il y a bien longtemps que la politique du Quai d’Orsay suit celle du département d’État américain. Il est loin le temps où Paris et Berlin avaient refusé de participer à l’invasion de l’Irak de 2003. La fureur des Américains dénonçant la « lâcheté » des Français avait été à son comble. Aujourd’hui,ce n’est pas par conviction que Paris s’aligne sur Washington, mais tout simplement parce que la France n’a plus les moyens de s’y opposer. Les responsables politiques français savent que s’ils passent outre les “recommandations“ de Washington et continuent de commercer avec Téhéran, les sanctions américaines seront sans pitié. Le marché intérieur américain sera alors fermé à nos industriels et les sanctions (condamnations, amendes) ne tarderont pas. Or, le marché américain est vital pour les économies française et européenne alors que celui de l’Iran est, comparativement, négligeable.

 

 

[1] Mojāhedin-e Khalq (MEK).

[2] Dont : Rudy Giulani, avocat de Donald Trump et maire de New York au moment des attentats du 11 septembre 2001 ; Stephen Harper, l’ancien Premier ministre canadien ; Philippe Douste-Blazy, Bernard Kouchner, Rama Yade, etc.

[3] L’accréditation dans un pays ne couvre le diplomate que dans celui-ci, lors des trajets professionnels qu’il effectue ou s’il accompagne la « valise diplomatique.

[4] Signé le 14 juillet 2015 à Vienne par les cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-uni) + l’Allemagne, d’où son appellation « 5+1 ».

[5] Cela n’a pas été toujours le cas car durant la guerre Irak-Iran qui a duré de 1980 à 1988, l’État hébreu a discrètement fourni une aide militaire à Téhéran avec l’accord plus ou moins officiel de Washington. Il considérait à l’époque que Saddam Hussein était son adversaire potentiel le plus menaçant.

https://www.cf2r.org/actualite/france-iran-reprise-de-la-guerre-des-services/

La coalition US aurait frappé des immeubles résidentiels à Deir ez-Zor, des victimes

La coalition US aurait frappé des immeubles résidentiels à Deir ez-Zor, des victimes

La coalition internationale dirigée par les États-Unis aurait porté une frappe contre des maisons dans le gouvernorat syrien de Deir ez-Zor, dans la localité d’As-Soussa, a appris Sputnik d’une source militaire syrienne. La télévision locale fait état de plusieurs morts et blessés dans le raid.

La coalition antiterroriste dirigée par les États-Unis aurait effectué une frappe contre des immeubles civils dans la province syrienne de Deir ez-Zor, a affirmé à Sputnik une source militaire.

«L’aviation de la coalition internationale bombarde toujours les maisons d’habitants civils innocents, aidant ainsi les terroristes de Daech*», a signalé la source.

En même temps, la télévision locale a précisé que la coalition avait porté plusieurs frappes contre un quartier résidentiel dans la localité d’As-Soussa, dans l’est de Deir ez-Zor, et que le raid avait fait plusieurs morts et blessés, a-t-elle ajouté se référant à des sources sur place. Le nombre exact des victimes reste à préciser.

Début octobre, l’agence Sana a signalé que la coalition dirigée par les États-Unis avait évacué des membres de l’organisation terroriste Daech* du gouvernorat de Deir ez-Zor. Se référant à plusieurs médias et à des sources au sein de la population locale, l’agence a précisé que des hélicoptères de la coalition avaient transporté plusieurs terroristes de Daech* de différentes nationalités depuis la zone de concentration d’extrémistes, située près du village d’al-Chaafa, au sud-est de Deir ez-Zor.

Les États-Unis et leurs alliés mènent depuis 2014 une opération antiterroriste en Irak et en Syrie. Cependant, sur le sol de cette dernière ils agissent sans le feu vert des autorités.

source

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/10/la-coalition-us-aurait-frappe-des-immeubles-residentiels-a-deir-ez-zor-des-victimes.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

La Russie et l’Ouzbékistan scellent leurs liens à l’occasion d’une visite de Poutine

La Russie et l’Ouzbékistan scellent leurs liens à l’occasion d’une visite de Poutine

Tachkent – La Russie et l’Ouzbékistan ont affiché vendredi leur volonté de sceller leurs liens à l’occasion d’une visite d’Etat du président Vladimir Poutine dans cette ex-république soviétique d’Asie centrale, deux ans après la mort de son dirigeant autoritaire Islam Karimov.

« L’Ouzbékistan est notre allié fidèle et notre partenaire stratégique (…). Nous allons tout faire pour renforcer notre coopération », a assuré le président Poutine, accueilli en grande pompe à Tachkent, la capitale ouzbèke, lors d’une rencontre avec son homologue ouzbek Chavkat Mirzioïev.

« Chers amis russes, bienvenue en Ouzbékistan! », pouvait-on lire sur d’immenses panneaux installés dans les rues de Tachkent, où des drapeaux russes côtoient des drapeaux ouzbeks le long des artères centrales de la ville. La dernière visite de Vladimir Poutine en Ouzbékistan remontait à septembre 2016, quelques jours après les obsèques du défunt président ouzbek Islam Karimov.

La Russie a d’ailleurs inauguré jeudi à Moscou un monument à la mémoire de Karimov, qui avait dirigé d’une main de fer ce pays frontalier de l’Afghanistan pendant 25 ans. Un geste très apprécié par M. Mirzioïev, élu à la tête de l’Ouzbékistan en décembre 2016, qui a exprimé à M. Poutine « sa sincère gratitude » à titre personnel et « de la part du peuple ouzbek ».

Un forum économique russo-ouzbek de deux jours qui se tient à Tachkent depuis jeudi a été marqué par la signature d’accords bilatéraux pour un montant total de 27,1 milliards de dollars, selon le ministère de l’Economie ouzbek.

Un moment fort de la visite doit également être le coup d’envoi par les deux présidents, via visioconférence, de la construction de la première centrale nucléaire en Ouzbékistan, confiée au groupe nucléaire russe Rosatom.

La centrale, qui doit fournir environ 20% de l’électricité consommée dans le pays, a notamment pour objectif de permettre à l’Ouzbékistan d’utiliser moins de gaz et d’en augmenter les exportations.

Le projet est estimé à 11 milliards de dollars, et le premier réacteur est censé être mis en exploitation en 2028, selon le Kremlin.

M. Mirzioïev a engagé depuis son arrivée au pouvoir d’importantes réformes économiques et politiques, en donnant des signes d’assouplissement du régime. Il cherche notamment à attirer en Ouzbékistan les investissements et les touristes étrangers, après des années d’isolement.

« Nous voyons que la situation en Ouzbékistan change de manière rapide et profonde et qu’on procède à des réformes (…) nécessaires pour l’économie ouzbèke et le peuple ouzbek », a souligné M. Poutine.

(©AFP / 19 octobre 2018 08h16)

https://www.romandie.com/news/La-Russie-et-l-Ouzb-kistan-scellent-leurs-liens-l-occasion-d-une-visite-de-Poutine/963505.rom

La « route de la soie » passera par la Jordanie, l’Égypte et Israël

La « route de la soie » passera par la Jordanie, l’Égypte et Israël

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Après l’attaque de Daesh contre Palmyre, la Chine a renoncé au tracé traditionnel de la route de la soie historique (Bagdad, Palmyre, Damas, Tyr). Un tracé alternatif avait été envisagé, non plus à travers la Syrie, mais la Turquie. Il a également été abandonné.

Au cours de l’Antiquité, il existait aussi une route secondaire par Petra (Jordanie) et Alexandrie (Égypte). En définitive, la nouvelle route devrait passer par la Jordanie, puis se scinder vers l’Égypte et Israël.

Le tracé par l’Égypte a été validé par l’administration Obama. Washington a autorisé le doublement du Canal de Suez (déjà opérationnel) et la création d’une vaste zone industrielle (en cours).

L’administration Trump aurait autorisé le tracé par Israël. Le Shanghai International Port Group vient d’acheter la concession d’exploitation des ports d’Haïfa et d’Ashdod. La Chine construira également le tunnel du Mont Carmel pour doubler l’approvisionnement du port d’Haïfa.

En 2021, 90 % du commerce international d’Israël sera alors contrôlé par la Chine, ce qui signifie que celle-ci deviendra avec les États-Unis le co-protecteur du pays ; une perspective qui suscite une indignation dans les cercles militaires israélo-US.

Cette décision bouleverse complètement la géopolitique régionale. Jusqu’ici, Beijing était un partenaire commercial d’Israël (sauf en matière d’armement) et politique du Hamas (qui dispose d’une représentation à Beijing). Identiquement, la Chine fournissait des missiles au Hezbollah libanais. Désormais, le Hamas et le Hezbollah ne pourront plus attaquer des objectifs routiers, ferroviaires et portuaires israéliens sans entrer en conflit avec la Chine. On se souvient par exemple que le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, avait expliqué qu’en cas d’attaque israélienne du Liban, il pourrait bombarder les matières nucléaires stockées à Haïfa, se félicitant ainsi de disposer de sa propre « bombe atomique ».

Cette décision bouleverse également la géopolitique mondiale. L’accord sino-israélien suppose l’autorisation de Washington. La stratégie commerciale chinoise bouscule les contraintes politiques qu’elle ignore. Elle modifie profondément le sens du Partenariat de l’Eurasie élargie, conclu entre la Chine et la Russie, qui sert aujourd’hui de fondement à l’alliance entre les deux pays.

En définitive, l’annonce de ce nouveau trajet révèle un accord secret entre Beijing et Washington, malgré l’escalade mutuelle des droits de douanes entre les deux Grands.

Si ce projet arrive à son terme, chaque État du Moyen-Orient va devoir se repositionner. Puis, ce sont tous les États du monde qui vont devoir s’adapter à cette nouvelle donne.

http://www.voltairenet.org/article203516.html

Les automobilistes pris au piège du diesel

Les automobilistes pris au piège du diesel

Paris – Face à la flambée des prix du gazole, les propriétaires de voitures diesel se sentent pris au piège, le revirement des politiques publiques ayant provoqué une chute du prix de leur véhicule.

Pour les diésélistes, « c’est la double peine », constate Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem de l’Automobile. « Ils subissent à la fois les prix du carburant qui augmentent et une valeur résiduelle de leur voiture qui baisse fortement parce que le marché des véhicules diesel d’occasion s’effondre ».

Les prix du gazole ont quasiment rejoint à la pompe ceux de l’essence, sous l’effet d’une hausse des taxes visant à mettre fin à l’avantage fiscal dont ce carburant bénéficiait jusqu’ici. Du coup, ces véhicules perdent leur intérêt et leur attrait, d’autant plus qu’ils sont perçus comme ayant peu d’avenir.

« A Paris, on sait que les diesels seront interdits en 2024. Il y a beaucoup d’inquiétudes », estime Guillaume Paoli, co-fondateur et dirigeant d’Aramis Auto, spécialiste de la vente d’automobiles en ligne. D’après une étude commandée par l’entreprise, « 40% des possesseurs de diesel ont prévu de changer de comportement, soit en gardant leur voiture jusqu’au bout, soit en essayant de la revendre au plus vite ».

Mais en cas de revente, il risque d’y avoir de la déception. Sur les voitures urbaines diesel, « les prix sont clairement en baisse, parfois de 10 à 15% », prévient M. Paoli. La baisse est moins perceptible pour les gros véhicules, mais dans tous les cas « les délais de revente sont un peu plus longs ».

Il souligne que le marché de l’occasion est complètement déséquilibré. « Les voitures d’occasion d’aujourd’hui, ce sont les voitures neuves d’il y a quatre ans. Or, il y a 4 ans, on vendait 70% de diesel. Aujourd’hui, quand je regarde les requêtes sur le site Aramis, seules 30 à 35% portent sur du diesel ».

Sur le marché du neuf, la part du diesel est aussi tombée sous la barre des 40% en septembre, contre 73% en 2012.

« Il y a un problème d’offre et de demande. Les gens veulent plus d’essence et on n’a pas forcément autant d’essence à leur proposer », poursuit Guillaume Paoli.

– Inversion de politique –

Les baisses de prix des voitures d’occasion diesel « sont significatives depuis le début de l’année », confirme le Conseil national des professions de l’automobile (CNPA), qui représente notamment les concessionnaires. Interrogé par l’AFP, il n’était pas en mesure de chiffrer le phénomène.

Outre le coût pour les particuliers, le CNPA prévoit une ardoise « en milliards d’euros » pour les concessionnaires, qui doivent gérer les retours de millions de véhicules diesel sur plusieurs années, au terme des contrats de location (LOA) de leurs clients. Les concessionnaires se retrouvent d’ores et déjà avec un parc de voitures dont la valeur est dépréciée.

« Les pouvoirs publics ne prennent jamais en compte le parc existant de véhicules », alerte le CNPA, qui l’estime à 42 millions de voitures, dont les deux tiers en diesel.

Les Français étaient incités par le gouvernement, jusqu’à il y a encore cinq ans, à privilégier le diesel au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, rappelle Flavien Neuvy.

Ces motorisations consomment environ 10% de carburant en moins et émettent donc moins de CO2. Mais leur bilan moins favorable en matière d’émissions d’oxydes d’azote, des gaz nocifs pour la santé, a incité le gouvernement à inverser totalement sa politique depuis la loi sur la transition écologique votée en 2014.

Le dieselgate, avec ses révélations sur les tricheries de Volkswagen et la sous-estimation systématique des émissions nocives lors des tests d’homologation, a porté le coup de grâce à cette technologie.

Chez les consommateurs, « il y a du mécontentement, l’impact est fort sur le pouvoir d’achat, mais il y a aussi des conséquences industrielles », avec des milliers d’emplois menacés chez des équipementiers spécialistes des motorisations diesel, souligne cet expert. « Cela fait des chocs invraisemblables » à gérer pour une industrie automobile qui doit consentir de lourds investissements et a besoin avant tout de visibilité.

aro/ef/spi

VOLKSWAGEN

(©AFP / 18 octobre 2018 11h20)

Le casse-tête du règlement de l’affaire Khashoggi

Le casse-tête du règlement de l’affaire Khashoggi


La négociation de l’affaire Khashoggi sera extrêmement difficile. Les protagonistes sont des gens têtus et dangereux. Le problème pourrait facilement dégénérer.


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 14 octobre 2018

L’empire ottoman régnait sur une grande partie du monde arabe. Le sultan néo-ottoman Recep Tayyip Erdogan voudrait retrouver cette position historique pour la Turquie. Ses principaux concurrents dans ce domaine sont les al-Sauds. Ils ont beaucoup plus d’argent et sont stratégiquement alignés sur Israël et les États-Unis, alors que la Turquie sous Erdogan est plus ou moins isolée. L’élément politico-religieux de la compétition est représenté d’un côté par les Frères musulmans, des islamistes «démocratiques» dont Erdogan est membre et par les absolutistes wahhabites de l’autre côté.

Ce conflit historique comporte d’autres aspects tactiques. Quand les Saoudiens ont coupé les liens avec le Qatar, c’est la Turquie qui a envoyé son armée pour empêcher une invasion saoudienne de ce pays minuscule mais extrêmement riche. Cela a donné à Erdogan le soutien financier dont il avait besoin de toute urgence. En réponse à cela, les Saoudiens ont offert plusieurs centaines de millions de dollars pour renforcer les milices kurdes par procuration le YPK / PKK que les États-Unis utilisent pour occuper le nord-est de la Syrie. Ces groupes kurdes mènent une guérilla en Turquie et menacent son unité.

Le souverain saoudien, le prince heritier Mohammad bin Salman (MbS), a commis une grave erreur en ordonnant l’enlèvement (ou l’assassinat) du journaliste saoudien Khashoggi à Istanbul. L’opération bâclée a donné à Erdogan un outil pour recadrer les Saoudiens.

Mais il a besoin du soutien des États-Unis pour y parvenir. La récente libération du pasteur américain – et agent de la CIA – Andrew Brunson est censée lui acheter la bonne volonté du président américain Donald Trump. Mais Trump base sa politique au Moyen-Orient sur de bonnes relations avec l’Arabie Saoudite. Il ne peut pas se déchaîner sur eux. Une solution doit être trouvée.

Khashoggi était un gars plutôt louche. Un journaliste qui était également agent des services de renseignement saoudiens et américains. C’était une très ancienne recrue des Frères musulmans :

Les intérêts intellectuels de Khashoggi ont pris forme vers l’âge de vingt ans, lorsqu’il étudiait aux États-Unis. Il était également un membre passionné des Frères musulmans. La fraternité était une organisation clandestine qui voulait purger le monde arabe de la corruption et des régimes autocratiques qu’elle considérait comme un héritage du colonialisme occidental.

Khashoggi a participé au projet de déstabilisation de l’Afghanistan par les États-Unis , l’Arabie Saoudite et le Pakistan. Il a rencontré et interviewé Oussama ben Laden en Afghanistan et au Soudan. L’homme avec le lance-roquette dans l’image en haut à gauche est Jamal Khashoggi lui-même.

agrandir l’image
Aparté mise à jour du 18/10

Un de nos fidèles, et perspicace, lecteurs ( M.V.) a aimablement attiré notre attention sur le fait que cette photo est probablement truquée, le visage de Khashoggi ayant été rajouté à l'image originale, à vous de voir ici son explication.

Quoi qu'il en soit, merci à lui.

Khashoggi est devenu un protégé de longue date du chef du renseignement saoudien, Turki Faisal Al-Saud. Il a participé à plusieurs projets en Afghanistan, au Soudan et en Algérie. Khashoggi a suivi Turki en tant que “conseiller en médias” lorsqu’il est devenu ambassadeur à Londres puis à Washington DC.

Jamal Khashoggi a soutenu les Frères musulmans pendant le «Printemps arabe». Cela était conforme au programme de changement de régime soutenu par Hillary Clinton et Barack Obama pour la majeure partie du Moyen-Orient. Après la chute du président Moubarak en Égypte et la victoire électorale des Frères musulmans, les dirigeants saoudiens craignaient d’être les prochains sur la liste. Ils ont commencé à financer des contre-révolutions en Égypte et ailleurs. Sous le règne du roi Salman et de son fils, la répression de tous les aspects de l’influence de la Fraternité s’intensifia. Ayant perdu sa protection, Khashoggi a décidé de quitter l’Arabie saoudite :

Des amis ont aidé Khashoggi à obtenir un visa lui permettant de rester aux États-Unis en tant que résident permanent.

Fred Hiatt, le rédacteur en chef néocon du Washington Post, l’a engagé. Le Post a publié ses articles contre les dirigeants saoudiens en anglais et en arabe.

Khashoggi avait récemment lancé un certain nombre de projets qui sentaient fort les préparatifs d’une révolution de couleur contrôlée par la CIA en Arabie saoudite :

Jamal Khashoggi, écrivain et commentateur prolifique, travaillait discrètement avec des intellectuels, des réformistes et des islamistes pour créer un groupe appelé Démocratie pour le monde arabe d’aujourd’hui. Il souhaitait mettre sur pied une organisation de surveillance des médias chargée de veiller à la liberté de la presse.
Il prévoyait également de lancer un site Web axé sur l’économie pour traduire les rapports internationaux en arabe, afin de fournir des informations réelles à une population souvent avide d’information objective et non de propagande.
L’approche de Khashoggi consistait en partie à inclure les islamistes politiques dans ce qu’il considérait comme une construction de la démocratie.

Khashoggi avait constitué son groupe de défense de la démocratie, DAWN, en janvier dans le Delaware aux États-Unis, a déclaré Khaled Saffuri, un autre de ses amis… Le projet devrait impliquer des journalistes et faire pression pour le changement en représentant à la fois les islamistes et les libéraux, a déclaré un autre ami, Azzam Tamimi, un activiste palestinien et britannique de premier plan et présentateur de télévision.

Tamimi a déclaré que Khashoggi et lui avaient mis sur pied un projet similaire en faveur de la démocratie en 1992, lors de leur première rencontre. Il s’agissait des Amis de la démocratie en Algérie, a-t-il dit. Il a couvert les élections ratées en Algérie, que le gouvernement a annulées pour éviter une victoire islamiste imminente.

Khashoggi a un très grand nombre d’amis à Washington DC. Les journalistes des médias de masse le voient comme l’un des leurs. Comme eux, ils sentent qu’il ne mérite pas un destin aussi horrible. Les néo-libéraux ainsi que les néo-conservateurs ont apprécié son soutien au changement de régime lors du Printemps arabe, et ses efforts dirigés contre l’Arabie saoudite. Beaucoup de membres du Congrès le connaissent personnellement. Ils ont activé des procédures en vertu de la loi Magnitsky sur les droits de l’homme dans le monde, qui entraîneront des sanctions à l’encontre des personnalités saoudiennes. Des dirigeants de médias, de banques et des personnalités bien connues se sont retirés d’une conférence financière de trois jours à Riyad qualifiée de “Davos du désert”.

Trump est sous pression pour “faire quelque chose”, punir les Saoudiens et plus particulièrement MbS.

Mais la politique de Trump au Moyen-Orient dépend de L’Arabie Saoudite et de MbS personnellement.

MbS finance l’occupation américaine en Syrie, le gendre de Trump, Jared Kushner, construit son “plan de paix” pour Netanyahou avec l’approbation saoudienne. Les sanctions contre l’Iran ne pourront être maintenues que si le pétrole saoudien remplace le manque de pétrole iranien [suite aux sanctions]. Le programme Make America Great Again de Trump a besoin de la demande saoudienne en armes américaines, ainsi que des Saoudiens pour éviter une défaite totale en Afghanistan. Enfin, Trump placera le problème Khashoggi dans le cadre de la campagne anti-Trump.

Un ancien directeur de la CIA, Brennan, un fervent opposant à Trump, fait pression pour détrôner Mohammad bin Salman dans cette affaire :

En tant que personne qui a travaillé étroitement avec les Saoudiens pendant de nombreuses années et qui a vécu et travaillé pendant cinq ans en Arabie saoudite, je suis persuadé que si une telle opération devait avoir lieu au sein d’une mission diplomatique saoudienne, contre un journaliste de haut rang travaillant pour un journal américain, elle aurait besoin de l’autorisation directe des plus hautes autorités saoudiennes – le prince héritier. … Je suis convaincu que les agences de renseignement américaines ont la capacité de déterminer, avec un degré élevé de certitude, ce qui est arrivé à Khashoggi. S’il est avéré qu’il est mort aux mains du gouvernement saoudien, sa disparition ne peut rester sans réponse – par l’administration Trump, par le Congrès ou par la communauté internationale. Idéalement, le roi Salman prendrait des mesures immédiates contre les responsables, mais s’il n’en avait ni la volonté ni la capacité, les États-Unis devraient agir. Cela inclurait des sanctions immédiates contre tous les Saoudiens impliqués ; un gel des ventes militaires américaines en Arabie Saoudite ; la suspension de toute coopération du renseignement de routine avec les services de sécurité saoudiens ; et une résolution américaine du Conseil de sécurité , parrainée par les États-Unis, condamnant le meurtre.

Les Saoudiens savent ce qui les attend et ne sont pas sans défense. En réponse aux menaces de sanctions, ils ont publié une déclaration dans le style ‘f *** you’ et ont ouvertement menacé que toute sanction ferait l’objet de représailles par une trentaine de mesures pénibles :

Riyad est maître de son pétrole, et toucher à cela affecterait la production de pétrole avant toute autre produit vital. Cela entraînerait l’Arabie saoudite à faire défaut sur sa production de 7,5 millions de barils par jour. Si un pétrole à 80 dollars le baril irritait le président Trump, personne ne peut exclure que le prix atteigne 100 dollars, voire 200 dollars, voire le double.

Le pétrole peut être vendu dans une monnaie différente, le yuan chinois, peut-être, au lieu du dollar. Et le pétrole est la matière première la plus échangée en dollars aujourd’hui.

Tout cela jettera le Moyen-Orient, le monde musulman dans son ensemble, dans les bras de l’Iran, qui se rapprochera de Riyad plutôt que de Washington …

Les États-Unis seront également privés du marché saoudien, considéré comme l’une des 20 plus grandes économies du monde.

Il s’agit de procédures simples, qui font partie de plus d’un trentaine d’autres que Riyad appliquera directement, sans sourciller, si des sanctions lui sont infligées, selon des sources saoudiennes.

La vérité est que si Washington imposait des sanctions à Riyad, il poignarderait sa propre économie à mort, même s’il pensait ne poignarder que Riyad !

Ces mesures causeraient également de graves dommages à l’Arabie saoudite. Après leur publication, le marché boursier saoudien a fortement chuté.

Le dollar américain dépend de l’accord secret conclu en 1974 qui recycle les pétrodollars saoudiens en bons du Trésor américain. Si les al-Saoud commencent à toucher à cette pierre angulaire de la relation, les États-Unis devront envahir et réduire leur pays de merde en mille morceaux, façon puzzle. La Mecque et Médine seraient rendues aux Hachémites maintenant au pouvoir en Jordanie. La région du Golfe, qui abrite le pétrole et l’industrie pétrolière, principalement habitée par des chiites, deviendrait un État indépendant. Le Yémen regagnerait ses deux provinces du nord. Les plans pour ce faire ont été élaborés depuis longtemps.

Il faut trouver une solution. Le plus simple consiste pour le roi Salman à virer son fils et à rappeler Muhammad bin Nayef, que MbS a détrôné, en tant que prince héritier. Nayef est l’homme de la CIA. Mais si le vieux roi Salman refuse, ou est incapable de le faire, il faut trouver une excuse pour tout ce qui est arrivé à Khashoggi. Les Saoudiens ont demandé à Erdogan d’accepter une “enquête commune” sur l’affaire Khashoggi. C’était un appel du pied pour trouver une solution au problème. Les rumeurs parlent d’une offre de départ de 5 milliards de dollars à titre de compensation. Le roi saoudien a dépêché le gouverneur respecté de la province de La Mecque, le prince Khalid bin Faisal Al Saud, à Ankara pour conclure un accord. L’UE3, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne demandent instamment aux deux parties d’utiliser ce mécanisme.

Le processus de clôture du dossier, si les deux parties le souhaitent, est tout à fait clair :

Dans ses déclarations [..], le président Recep Tayyip Erdogan a cessé brusquement d’accuser directement les Saoudiens. Des responsables turcs ont déclaré que leur président s’était retenu en partie parce qu’il espérait que Washington contribuerait à pousser l’Arabie saoudite à éclaircir le sort de M. Khashoggi. … Certains des alliés de l’Arabie saoudite à Washington reconnaissent que la pression des États-Unis pourrait contraindre le royaume saoudien à expliquer le sort de M. Khashoggi, même s’il s’agit d’une version modifiée protégeant le souverain du royaume, le prince Mohammed, quelle que soit sa responsabilité.

Certains éléments voyous de l’État saoudien pourraient admettre qu’ils ont tué Khashoggi. MbS nierait toute complicité. Mais quinze de ses hommes les plus dignes de confiance, ceux qui ont été vus à Istanbul, devraient être punis, comment le reste de ses gardes du corps réagiraient-il ?

Le vrai problème est que les deux camps, Erdogan et MbS, sont extrêmement entêtés. Pour les deux hommes, le problème est beaucoup plus vaste que l’affaire Khashoggi. Le conflit a des dimensions historiques, stratégiques et très personnelles. Cela rend difficile de trouver un accord.

Erdogan pense qu’il a beaucoup de chance que MbS ait commis cet acte stupide sous le nez de ses services secrets. Cela lui donne un outil pour remettre les Saoudiens à leur place. Il présentera peu à peu de nouvelles preuves pour accroître l’indignation concernant cette affaire et la pression exercée sur l’Arabie saoudite.

De son côté, MbS fera de son mieux pour maintenir sa position. Il pourrait même laisser son père mourir subitement si ce dernier décidait de le renvoyer. Khashoggi était clairement un danger pour le trône. MbS a probablement le sentiment qu’il a agi correctement et qu’il ne mérite aucune critique à ce sujet. Après tout, l’enlèvement et, au besoin, le meurtre de dissidents dans des pays étrangers sont des habitudes politiques saoudiennes de longue date qui n’ont jamais provoqué de tumulte grave.

Mohammed ben Salman a un puissant allié qui pourrait l’aider à atténuer le bruit au Congrès et la pression sur Trump pour qu’il fasse quelque chose.

Les sionistes reconnaissent déjà qu’il est de leur intérêt d’aider MbS :

Khashoggi et la question juive

Eran Lerman, vice-président de l’Institut d’études stratégiques de Jérusalem et ancien président du Conseil de sécurité national adjoint, a déclaré : “Il n’est certainement pas dans notre intérêt de voir le statut du gouvernement saoudien diminuer à Washington.”

Lerman envisage un scénario dans lequel des organisations politiques juives à Washington – telles que le Comité juif américain, pour lequel il avait déjà travaillé à la tête de son bureau en Israël – pourraient allez au Capitole, comme ils l’ont fait dans le passé, et faire discrètement pression en faveur des Saoudiens, ce qui pourrait paradoxalement rapprocher encore les deux pays.

Aucun des protagonistes de ce drame géopolitique ne mérite la moindre pitié. Erdogan, Trump et MbS sont des voyous. Khashoggi était un outil consentant pour la destruction de nombreuses vies. Voir ces gens se prendre à la gorge est très divertissant.

Mais le conflit est aussi dangereux. Cela pourrait dégénérer en quelque chose de beaucoup plus grave qui pourrait être douloureux pour beaucoup de monde. Malheureusement, il semble que personne ne puisse parler avec ces gens et les amener à enterrer l’affaire.

Alors que je pensais précédemment que l’affaire serait réglée plutôt rapidement, je m’attends maintenant à ce que le conflit dure pendant des semaines ou des mois, les dommages collatéraux s’accumulant autour de lui.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-casse-tete-du-reglement-de-laffaire-khashoggi

 

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