L’Inde est-elle en train de se tourner vers la Chine ?

L’Inde est-elle en train de se tourner vers la Chine ?


Par Vladimir Terehov − Le 10 mai 2915 − New Eastern Outlook

New Eastern Outlook [ainsi que le Saker Francophone, NdT] essaye de ne pas perdre de vue les événements importants qui jalonnent les relations entre la Chine et l’Inde. Avec les États-Unis, le Japon et la Russie, les deux géants asiatiques ont une influence décisive sur l’évolution de la situation dans la région Indo-Pacifique, dont dépend en grande partie le climat politique mondial.

Pourtant, au cours des dernières années, les relations entre la Chine et l’Inde n’ont pas semblé au mieux, montrant plutôt une tendance constante à la détérioration. Et bien que ce processus négatif dépende en grande partie de l’actualisation périodique de problèmes dit « historiques » (par exemple, les revendications mutuelles sur certains territoires frontaliers), le facteur principal en a toujours été l’ascension de la Chine au statut de deuxième puissance mondiale. C’est cela qui pousse l’Inde à adopter une attitude de plus en plus prudente envers la Chine.

L’incompatibilité des potentiels des deux pays (le PIB de l’Inde est cinq fois moins élevé que celui de la Chine) semble être le facteur naturel qui pousse New Delhi « sous la protection » de Washington. En général, et il en est ainsi depuis le début du nouveau millénaire et cela n’a rien à voir avec les fameuses « manigances américaines », Washington a simplement ouvert les bras, dans lesquelles l’une de ces deux grandes puissances d’Asie était censée tomber naturellement et rapidement.

En prévision de ces développements, il y a deux ans, le projet de création d’un « Quatuor » politico-militaire, composé des États-Unis, du Japon, de l’Inde et de l’Australie, a été extrait d’une malle poussiéreuse, une sorte d’« OTAN asiatique » dont l’orientation anti-chinoise semble évidente. L’entrée dans une telle configuration signifierait le franchissement d’une « ligne rouge » pour l’Inde dans son positionnement sur la scène internationale globale, ainsi que dans ses relations avec la Chine et les États-Unis, en particulier.

Dans ce cas, l’Inde serait finalement libérée de toute trace du neutralisme résultant de la période du « Mouvement des pays non alignés » (qui est presque oublié aujourd’hui) et passerait irréversiblement de l’autre côté de la barricade mondiale, en opposition à la République Populaire Chinoise (RPC). Le pays tomberait inévitablement dans « l’étreinte amicale » du principal adversaire de la Chine que sont les États-Unis.

Il s’agit d’un scénario de type « roulette russe », associé à des risques extrêmement graves. La réalité de sa mise en œuvre explique le scepticisme passé de l’auteur à l’égard des perspectives de relations Chine-Inde et de formation d’un triangle « Russie-Inde-Chine ».

Cependant, au tournant des années 2017-2018, le gouvernement indien (apparemment sous l’influence d’un conflit de près de trois mois sur le Plateau du Doclam) a décidé de rompre ce scénario imposé et d’établir un dialogue avec la RPC.

Pour cette raison, un ancien ambassadeur indien à Pékin a été nommé à un poste élevé au ministère des Affaires étrangères, et les événements organisés par le « gouvernement tibétain en exil » à l’occasion du 60e anniversaire du séjour du Dalaï Lama en Inde ont été ignorés. Ces deux actes ont été accueillis avec satisfaction à Pékin, qui appelle depuis longtemps au développement d’une coopération mutuellement bénéfique, notamment sur la base du projet de Nouvelle route de la soie.

Selon les experts, l’évaluation de l’état actuel des relations Chine-Inde et de leur développement futur sera possible après les réunions des dirigeants des deux pays en marge du sommet de l’OCS, qui se tiendra dans la ville chinoise de Qingdao en juin 2018.

Cependant, Xi Jinping et Narendra Modi ont décidé de ne pas attendre une « opportunité appropriée » et les 27 et 28 avril, une réunion « informelle » s’est tenue à Wuhan − l’un des centres culturels, historiques et industriels importants de la Chine moderne.

Comme cela se produit habituellement en de telles occasions (en particulier lors des réunions de dirigeants asiatiques), beaucoup de mots chaleureux ont été prononcés, parmi lesquels la phrase de M. Modi rappelant que  « pendant 1600 des 2000 dernières années, l’Inde et la Chine ont été les moteurs de la croissance économique mondiale » mérite une attention particulière.

En plus de compliments verbaux quasi obligatoires, il y eut des messages méritant une attention accrue dans l’espace politique moderne. Nous parlons principalement des mentions concernant un « protectionnisme commercial et un nationalisme repliés sur soi » vus négativement. Ces déclarations ont été utilisées par les deux dirigeants en relation avec le mot « Occident ».

Il est important de préciser ici que la plupart des pays dit « occidentaux » avaient, jusqu’à maintenant, une mauvaise opinion envers le « protectionnisme-nationalisme », se référant en particulier à leur propre chef de file, les États-Unis.

En gardant cela à l’esprit, nous allons nous poser une question importante : M. Mody a-t-il l’intention de tourner radicalement son pays vers le principal « globalisateur » et ennemi du « protectionnisme », c’est-à-dire la Chine ? Et la question qui en résulte est la suivante : est-il possible d’espérer une réponse positive du gouvernement indien aux appels répétés de Pékin à rejoindre le projet de Nouvelle route de la soie ?

La réponse de l’auteur à ces deux questions est : « Si oui, alors pas immédiatement. Des manœuvres trop rapides ne sont pas dans la tradition d’un navire géopolitique aussi lourd que l’Inde. » Et la confirmation de ce point de vue est le fait que le ministre des Affaires étrangères, Sushma Swaraj, n’a pas signé la clause du document final de la réunion ministérielle de l’OCS, qui prévoit la participation des membres de l’Organisation au projet de la Route de la soie. Cette réunion s’est tenue à Qingdao trois jours avant les négociations entre Xi Jinping et N. Modi.

La vigilance de l’Inde à l’égard de ce projet est compréhensible, car l’un de ses principaux éléments pratiquement réalisés (le Corridor économique Chine-Pakistan) traverse en partie le territoire de l’ancienne principauté du Cachemire contrôlée par le Pakistan. Entre-temps, en raison de différends concernant la souveraineté sur cette ancienne principauté, ces deux pays (nucléaires) se battent ou se trouvent en situation de pré-guerre.

Quant à la réunion « inattendue et informelle » entre Xi Jinping et N. Modi, son principal résultat positif est l’intention des dirigeants chinois et indiens d’augmenter considérablement la fréquence des contacts bilatéraux. Il n’y a apparemment aucun moyen de nettoyer les débris dans les relations bilatérales sans cela.

La complexité des travaux à venir est due au fait que les deux géants asiatiques sont impliqués dans différents types de relations avec les pays tiers. Plus tôt, nous avons noté que l’Inde est en position de chercher sa place et son rôle sur le nouvel échiquier mondial. À cet égard, la tournée européenne de N. Modi en Suède, au Royaume-Uni et en Allemagne, qui s’est déroulée du 16 au 20 avril, mérite d’être notée.

Lors de sa visite à Londres, le Premier ministre indien a été l’une des figures centrales du sommet des membres du « Commonwealth of Nations », regroupant 54 pays. Cette organisation relativement insignifiante du point de vue de la « Grande politique mondiale » (sa sphère d’intérêts et d’activités se limite aux questions humanitaires) a été ignorée par l’Inde pendant pratiquement toute la période de son existence indépendante.

La présence du premier ministre indien au dernier sommet du Commonwealth est due au renforcement significatif de la position de l’Inde sur la scène mondiale et à la recherche par New Delhi de ressources institutionnelles internationales qui pourraient être utilisées pour répondre à ses ambitions accrues.

Commentant la présence de N. Modi à cet événement, les experts indiens indiquent que le PIB de l’Inde a presque atteint le PIB du Royaume-Uni − le leader officieux du « Commonwealth » (2,43 et 2,56 milliards de dollars, respectivement), et le dépassera cette année. Et en outre, l’écart avec l’Inde augmentera rapidement, il apparaît alors clairement qui pourra mener des tentatives (bien qu’hypothétiques) de faire renaitre un « Empire 2.0 ».

Enfin, il semble que le moment soit venu d’aborder la question du positionnement de la Fédération de Russie sur ce nouvel  échiquier mondial. Malgré le déplacement assez évident du centre des processus mondiaux de la région euro-atlantique vers la région indo-pacifique (où se trouvent les deux tiers du territoire russe), si l’on se réfère au contenu thématique des médias nationaux russes nous pouvons en conclure qu’un ridicule eurocentrisme, datant de l’époque réformiste de la perestroika, continue d’être prédominant en Russie.

Pendant ce temps, les événements susmentionnés dans la région indo-pacifique peuvent donner un nouveau souffle à l’ancienne idée du ministre russe des Affaires étrangères Ievgueni Primakov qui voulait la création d’un triangle stratégique « Russie-Inde-Chine ». Mais avec l’inclusion d’autres acteurs régionaux importants dans cette configuration, principalement le Japon et le Pakistan.

L’idée n’est pas si folle si l’on tient compte, par exemple, des problèmes croissants minant les relations américano-japonaises. Il faudra pourtant encore y travailler.

Quant à la table de jeu autour de laquelle la Russie doit traiter avec « l’Europe occidentale », le moyen le plus rapide pour nous est d’y faire une « pause stratégique ». Nous devrions tourner le dos à cette table et y revenir seulement si les européens prennent des initiatives remarquables.

Car il ne faut pas perdre de vue que de l’autre côté de la table sont assis des escrocs primitifs et non des porteurs de « valeurs européennes − investissements − technologies ». Et leur comportement a été gravement affecté par leur relation avec l’« Ukraine », qu’ils chapeautent.

Vladimir Terekhov

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

: http://lesakerfrancophone.fr/linde-est-elle-en-train-de-se-tourner-vers-la-chine

 

 

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Cauchemar au Nicaragua : ce pourrait n’être que le début

Cauchemar au Nicaragua : ce pourrait n’être que le début


Par Andrew Korybko − Le 28 avril 2018 − Source orientalreview.org

On compte au moins 30 morts à l’issue de plusieurs jours de violences généralisées sur tout le territoire du Nicaragua, après que des émeutiers se sont lâchés dans ce qu’ils prétendaient être une « manifestation pacifique et démocratique » contre les projet du gouvernement de réformer le système de sécurité sociale en faillite. De fait, le gouvernement proposait une faible augmentation des cotisations à sa caisse nationale, mais cette proposition est moins rigoureuse que ce que le FMI et la communauté des affaires du pays voulaient : monter l’âge de la retraite de 5 ans, entre autres choses. Les réformes que le pays s’apprêtait à mettre en œuvre sont donc relativement plus douces, et on n’aurait pas du s’attendre à en voir sortir un tel chaos. On pourrait penser que la situation serait encore pire sur le gouvernement avait suivi la « solution » beaucoup plus dure du FMI, mais on peut aussi supposer que l’ensemble de cet épisode de sécurité sociale avait été prévu à l’avance comme « événement déclencheur » d’un soulèvement plus important, quelles qu’en soient les décisions elles-mêmes.

Après tout, certains émeutiers brandissaient des armes improvisées, et montraient une rage de tuer totalement hors de proportion avec le refus d’une petite augmentation des cotisations de sécurité sociale. La violence qui a explosé au travers du pays, semble-t-il sur commande, ressemble à un nouveau ballon d’essai de guerre hybride, mesurant la réponse de la société à des perturbations de type changement de régime, ainsi que les réponses gouvernementales à ces violences. Le président Ortega, un ancien socialiste qui avait défendu son pays face aux narco-terroristes soutenus par les USA pendant la « première » guerre froide, a pris la sage décision de suspendre les mesures d’augmentation de cotisations, pour faire cesser l’escalade et afin de séparer les vrais manifestants des émeutiers, mais il se peut que ces derniers fassent à présent profil bas et s’intègrent avec les premiers jusqu’à décider de frapper à nouveau. Il ne fait guère de doute qu’ils y reviendront à l’avenir, au vu de l’importance que prend le Nicaragua dans la nouvelle guerre froide ; leurs commanditaires ne sont pas sans ignorer cette importance.

Émeutes au Nicaragua

Le pays, ancienne zone de conflit par proxy [pendant la guerre froide], reprend de l’importance géostratégique, mais pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’ancien modèle « effet domino », sous-jacent à l’ancien conflit. Le Nicaragua d’aujourd’hui héberge le projet chinois de canal trans-océanique, qui devrait entrer en concurrence avec le canal du Panama, mais qui pour l’instant a peiné à avancer concrètement. Comme presque tous les sujets de relations internationales contemporains, le projet chinois présente également des enjeux pour la Russie. Moscou et Managua ont approfondi leurs partenariats militaires et même spatiaux ces dernières années, ce qui a soulevé des commentaires incroyablement négatifs de la part des médias traditionnels occidentaux, enclins à propager des peurs en réalisant des parallèles avec l’ancienne guerre froide. Comme on pouvait s’y attendre, une propagande digne d’une période de guerre a été répandue récemment, dépeignant le pays comme une « dictature corrompue », « ne prêtant aucune considération aux droits environnementaux » et « supprimant les minorités indigènes » le long de sa côte des Caraïbes.

Il est très probable, que cela arrive à court ou à plus long terme, que des perturbations de type guerre hybride reviennent hanter le Nicaragua si le président Ortega ne prend pas ses distances des partenaires multipolaires que constituent la Chine, la Russie, et le groupe ALBA mené par le Venezuela. Il s’agirait d’une concession stratégique qui répondrait à l’agression asymétrique américaine. Il ressort clairement de tout ceci que Trump poursuit l’« Opération Condor 2.0 », lancée par son prédécesseur, opération unipolaire à l’échelle de l’hémisphère, qui vise à reprendre le contrôle de l’Amérique Latine, et qu’il ne mettra pas fin à cette opération avant d’être parvenu à ses fins.

Cet article constitue une retranscription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN, diffusé sur Sputnik News le vendredi 27 avril 2018.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/cauchemar-au-nicaragua-ce-pourrait-netre-que-le-debut

 

Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens

Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens

Par Djiby SOW, le 20 mai 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Djiby Sow est chercheur indépendant. Il s’intéresse aux questions de sécurité internationale et de lutte contre le terrorisme, dans la région du Sahel et en Afrique de l’Ouest en particulier. Djiby Sow est l’auteur de La légalité de l’intervention militaire française au Mali. Contribution à l’étude du cadre juridique de la lutte armée contre le terrorisme international (L’Harmattan, 2016) et contribue régulièrement à l’analyse de divers sujets de géopolitique et d’actualité internationale. Djiby Sow est diplômé de l’Université de Montréal en science politique et en droit international public. Contact : djiby.sow@umontreal.ca

Cette étude inédite présente le concept stratégique de la FC-G5S comme une concession au réalisme, puis le G6 du Sahel ou l’interdépendance stratégique franco-sahélienne. Cette page présente d’abord une synthèse de l’étude, puis l’étude complète au format PDF.

SYNTHÈSE

Le 6 février 2017, les États du G5 Sahel ont lancé une force conjointe de 5000 hommes (la « FC-G5S » ou la « Force ») mandatée pour lutter contre le terrorisme, le trafic de drogue et le trafic d’êtres humains. La FC-G5S est dotée d’un concept d’opérations dual et évolutif dont la première phase consiste en la sécurisation des espaces transfrontaliers de l’espace G5. Ce volet procède de cinq (5) années d’opérations militaires conjointes transfrontalières (OMCT) avec la France, dans le cadre du partenariat militaire conjoint transfrontalier (PMCT). Dans une seconde phase peu élaborée, la FC-G5S devrait muter en une force d’intervention antiterroriste appelée à conduire des opérations dans d’autres zones de l’espace G5.

Les représentations de la FC-G5S dans la littérature oscillent entre la conception d’une création française et celle d’une initiative si authentiquement sahélienne que parler d’appropriation dans le contexte de son opérationnalisation relèverait du fallacieux. L’idée maitresse de cette contribution est que l’identité française ou sahélienne de l’architecte de la FC-G5S importe moins que (i) les déterminismes stratégiques et opérationnels ayant forgé le concept d’opérations de la Force ainsi que (ii) les pesanteurs de son cadre stratégique plus large, dont la combinaison dicte in fine la marge d’appropriation sécuritaire des États du G5 Sahel.

Une marge d’appropriation limitée

Quatre grandes contraintes stratégiques viennent réduire les ambitions de la FC-G5S et consolider le dispositif dans sa dimension transfrontalière :

. Le pilier sécuritaire du G5 Sahel souffre d’une absence de dynamique interne franche et fondée sur une perception commune de la menace. Des équations sécuritaires individuelles et des degrés d’exposition variables au terrorisme et à l’extrémisme violent sont à l’origine de postures stratégiques différenciées. La création de la force multilatérale de sécurisation du Liptako Gourma (janvier 2017) par le Burkina Faso, le Mali et le Niger en réponse à la dégradation sécuritaire dans cette région aura matérialisé la réalité d’un G3 au sein du G5 et sédimenté la FC-G5S dans sa dimension transfrontalière. En octobre 2017, période initialement envisagée pour le plein déploiement de la Force, aucun consensus ne semblait encore avoir été trouvé par les États membres sur les modalités de transition entre les phases du concept d’opérations ;

. Le nord et le centre du Mali ont vocation à constituer la zone de déploiement prioritaire du dispositif dans sa configuration de force d’intervention. La coexistence d’éléments de terrorisme et d’une situation de conflit armé interne soulève toutefois des difficultés juridiques qui imposent aux États du G5 Sahel l’obtention d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU). En particulier eu égard aux cibles de l’emploi de la force : (i) à côté des groupes terroristes, prolifèrent des groupes armés protégés par le droit international (dont certains sont parties au processus de paix inter-malien) et a priori exclus des cibles légales de la FC-G5S et des autres forces offensives qui opèrent au Sahel ; (ii) la plupart des groupes armés actifs dans l’espace G5 participent aux trafics que la FC-G5S a mandat de combattre ;

. Le déploiement de la force d’intervention sahélienne au nord Mali pose la question de son rôle dans un environnement stratégique caractérisé par une forte présence internationale. L’armée française joue déjà le rôle de force d’intervention rapide en soutien de la MINUSMA et mène des opérations antiterroristes, seule ou en coopération avec l’armée malienne et/ou des milices d’autodéfense. La question de la coordination se pose avec moins d’acuité dans le schéma transfrontalier de la FC-G5S : (i) s’inscrivant dans la droite ligne des OMCT, les opérations de la Force reposeront sur une coordination étroite avec Barkhane ; (ii) le déploiement de la FC-G5S intervient dans une logique de complémentarité soulignée par le CSNU et renforcée par la mise en place de mécanismes appropriés de coordination et d’échange de renseignements ;

. D’importantes difficultés financières et opérationnelles obèrent quasi fatalement la montée en puissance de la FC-G5S dans sa dimension transfrontalière, a fortiori dans sa configuration de force d’intervention. La perspective d’un déblocage au compte-goutte des 420m. d’euros réunis en contributions volontaires fait craindre un engagement en pointillés, oscillant entre les OMCT traditionnelles et des opérations labélisées FC-G5S conduites au gré des saisons de la menace. Au plan opérationnel, exception faite de la Mauritanie, redondance avec les effectifs sahéliens de la MINUSMA et surexploitation de ressources limitées sont la règle. Les moyens matériels et techniques des armées du G5 Sahel restent aussi en deçà des exigences d’une pleine opérationnalisation de la FC-G5S quel qu’en soit le volet, malgré une tendance générale à la modernisation observée ces dernières années.

Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l'appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens
Djiby Sow
Chercheur, diplômé de l’Université de Montréal.

Le paradoxe de l’appropriation dans la dépendance

Un second ordre de difficultés découle du cadre stratégique global de la FC-G5S et restreint de façon significative la marge d’appropriation sécuritaire. D’une part, celle-ci est paradoxalement tributaire de la coopération militaire avec la France :

. Annoncée en novembre 2015 et créée en février 2017, c’est à la faveur des difficultés rencontrées par Paris au Sahel que la FC-G5S voit son opérationnalisation s’accélérer. La nette dégradation de la situation sécuritaire régionale sous la garde de Barkhane expose les angles morts de l’antiterrorisme français. Elle s’ajoute au fardeau financier du dispositif et aux problèmes découlant de son élongation sur une superficie de 5,2 millions de kilomètres carrés. L’opérationnalisation accélérée du projet stagnant de force conjointe apparaît comme l’élément clé d’une correction stratégique d’ensemble visant à : (i) réduire l’exposition excessive de Barkhane par le transfert d’une partie du fardeau politique de la sécurité régionale aux États du G5 Sahel ; (ii) permettre une ré-articulation du dispositif français par son recentrage sur le Mali et la boucle du Niger ainsi qu’une réduction des effectifs ;

. Si l’assistance de la France aux armées du G5 Sahel est largement perçue comme l’appui exogène d’une entité à l’autre, les forces françaises exécutent leur mission de renforcement des capacités et de soutien opérationnel, non de l’extérieur mais de l’intérieur d’un édifice de sécurité ad hoc dont elles constituent, par leur centralité et leur prépondérance dans le PMCT, les murs porteurs. L’autonomie opérationnelle de la FC-G5S est dès lors inenvisageable dans l’avenir prévisible : (i) aucun des cinq États du cœur sahélien ne possède les capacités militaires, l’influence et la volonté politiques nécessaires pour se substituer à la France ; (ii) les difficultés de coordination et de logistique mises en lumière par l’opération Hawbi confirment l’invraisemblance du scénario initialement envisagé d’un rôle en retrait de Barkhane dans les opérations de la FC-G5S ;

D’autre part, la coopération avec la France constitue à certains égards un obstacle structurel à une appropriation poussée :

. Nonobstant ses handicaps financiers et opérationnels, le volet de force d’intervention de la FC-G5S entre a priori en conflit avec la mission et le rôle de Barkhane. Les États du G5 Sahel demeurent silencieux là où l’Union africaine, à travers le Processus de Nouakchott, envisageait explicitement une force d’intervention ayant notamment mandat d’« intervenir à l’appui d’éléments de la MINUSMA, en cas de menace grave et imminente, à la demande du Secrétaire général des Nations unies » [1], une mission dévolue aux forces françaises par le CSNU depuis juillet 2013 ;

. En considérant l’appropriation non plus à travers le prisme des moyens militaires mais par celui de leur finalité, à savoir la stabilisation régionale par la pacification prioritaire du Mali, la marge d’appropriation des États du G5 Sahel devient aussi fonction du concours indispensable de l’Algérie. Toutefois, en dépit de coopérations bilatérales relativement soutenues avec ses États membres, la principale puissance régionale se refuse à toute participation directe aux efforts militaires du G5 Sahel : (i) Alger perçoit l’organisation comme un projet français destiné à maintenir des bases militaires françaises à ses frontières ; (ii) le discours officiel préconise une solution afro-africaine aux problèmes de la région et privilégie le cadre fixé par le Processus de Nouakchott à cette fin, ce qui revient en pratique à l’exclusion de la France des initiatives régionales de stabilisation ou, à tout le moins, à sa marginalisation ;

. La France est dans une large mesure une puissance africaine. Elle entend le rester en raison des impératifs stratégiques globaux qui sont les siens et qui ont érigé sa présence en Afrique en constante et priorité de politique étrangère depuis les indépendances. En 2018, « la France a de fait des responsabilités parce qu’elle a des moyens sur place. C’est l’existence de ces moyens qui crée la responsabilité et les demandes d’empire » [2]. De cette réalité fondamentale à la base de l’interdépendance stratégique entre la France et l’Afrique francophone découle le constat que les moyens français et leur fonction de béquille sécuritaire pour les États de la région sont au nombre des facteurs qui grèvent plus largement l’appropriation sécuritaire, en combinaison avec les défaillances « par construction politique » [3] des appareils de défense et de sécurité nationaux (surveillance de l’opposition politique, gardes prétoriennes, mauvaise gouvernance, clientélisme, ethnicisation, etc.).

Le nécessaire élargissement du paradigme sécuritaire

Les perspectives limitées au plan militaire enjoignent les États du G5 Sahel à élargir le champ de l’appropriation sécuritaire. La re-politisation intégrale des problèmes sahéliens et de l’approche de la question sécuritaire apparaissent comme le véritable enjeu.

À brève échéance, le renforcement du traitement politique du problème terroriste est un impératif. Sans prétendre à l’exhaustivité, un espace considérable existe, par exemple, en matière de lutte contre l’extrémisme violent : le Mali est depuis peu le seul des États du G5 Sahel à disposer d’un plan national formel de lutte en la matière. De même, sans constituer une politique officielle de reflux de l’influence religieuse des monarchies du golfe, la position du Tchad à cet égard se démarque, le gouvernement ayant révoqué par le passé les chartes d’organisations et associations d’obédience salafiste [4]. Dans le cas spécifique du Mali, la dégradation continue de la situation sécuritaire impose l’exploration de modes alternatifs de résolution de conflit. À cet égard, l’exercice par le gouvernement de ses prérogatives souveraines, à l’abri des ingérences extérieures, est primordial. Tout particulièrement en ce qui concerne l’option du dialogue avec les groupes armés maliens se revendiquant de l’Islam.

À plus long terme, la logique d’appropriation sécuritaire ne peut faire l’économie d’une refonte des modalités de gouvernance des États et de la réinvention de mécanismes politiques au sein de projets de citoyenneté inclusifs et en cohérence avec les spécificités politiques, historiques et culturelles des sociétés sahéliennes. L’ouverture d’un tel chantier implique notamment d’aller au delà du nexus sécurité-développement et de ré-appréhender la problématique de la sécurité sur une base nationale. À des degrés variables selon le pays considéré, le sous-développement des régions périphériques sahéliennes est l’expression du délitement de l’État. Il constitue l’ancrage le plus puissant du terrorisme, de l’extrémisme violent et des trafics, ainsi qu’un amplificateur des conflits locaux. Mais la faillite de l’État se traduit également par une série de graves dysfonctionnements dans les les centres urbains et politiques (extrême pauvreté, explosion des prix des produits de première nécessité, chômage endémique, défaillance ou inaccessibilité des infrastructures de santé et d’éducation, etc.) et fait le lit d’une défiance ouverte et croissante à l’égard des pouvoirs publics.

À la veille de l’échéance présidentielle 2018, le Mali fait figure de cas d’école en matière de généralisation de la contestation de l’État, mais les forces centrifuges qui travaillent le pays ont leurs abcès de fixation dans les États voisins, qu’il s’agisse de la révolution bloquée au Burkina, de la question identitaire en Mauritanie, de la gouvernance politique du Niger ou du rejet de la personnalisation du pouvoir au Tchad. C’est dans cette très forte tension sur les appareils politiques sahéliens que se situe la principale menace pour la sécurité, la paix et la stabilité régionales et internationales. Elle exige une réponse politique de fond que seules les collectivités sahéliennes ont la responsabilité et la légitimité d’apporter.


Plus : L’étude complète au format PDF. Djiby Sow, « Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens »

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Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens
Une étude de Djiby Sow pour Diploweb.com. Ce document pdf présente la version intégrale (26 pages)

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Les élections ne suffisent pas à la démocratie

Les élections ne suffisent pas à la démocratie

Vu d’Occident, trois élections démocratiques viennent de se tenir en Tunisie, au Liban et en Iraq. Mais pour ces peuples, ces scrutins n’avaient pas grand chose à voir avec l’idéal démocratique car les institutions, que les Occidentaux leur ont imposées, ont été conçues pour les empêcher de choisir librement leurs dirigeants.

| Damas (Syrie)

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L’abstention massive lors des élections législatives libanaises (50 %), iraquiennes (65 %), et municipales tunisiennes (77 %) a été interprétée par les Occidentaux comme la preuve de l’immaturité de ces peuples. Qu’ils disposent de la démocratie depuis 7 ou 75 ans, ils sont irresponsables et doivent donc être placés sous tutelle.

Oubliant qu’en Occident aussi certaines consultations nationales ont été marquées par des taux d’abstention similaires, les Occidentaux expliquent ceux de la Tunisie, du Liban et de l’Iraq par les mauvais résultats économiques de leurs gouvernements. Comme si les Arabes n’avaient pas compris qu’ils pouvaient délibérer de projets et choisir leur avenir, mais s’imaginaient qu’ils devaient approuver les performances de leurs gouvernants passés.

Pressés de rétablir un mandat sur le Levant, les Occidentaux avaient ainsi interprété la libération de Saad Hariri de sa geôle saoudienne comme la victoire d’Emmanuel Macron Le Magnifique. Ils n’avaient ni vu le camouflet infligé par le prince héritier saoudien au président français à l’aéroport de Riyad [1], ni l’efficacité des démarches du président Michel Aoun aux Nations unies. À leurs yeux, les Libanais ne pouvaient pas se débrouiller seuls. Ils ne pouvaient obtenir de résultats qu’encadrés par eux.

Les médias occidentaux abordent les invraisemblables institutions libanaises en les qualifiant de « compliquées », mais sans expliquer que le système communautaire a été conçu par l’ancienne puissance coloniale pour que rien, jamais, ne change. La France est laïque chez elle, mais surtout pas dans ses anciennes colonies. Et les aménagements de la loi électorale avec l’introduction de la proportionnelle au sein des communautés, non seulement maintiennent le carcan colonial, mais en complexifient le maillage.

Oui, il est ridicule de voir la Tunisie élire pour la première fois ses conseillers municipaux, le Liban élire au bout de neuf ans des députés héréditaires, et l’Iraq divisé en 37 partis politiques. Mais c’est précisément parce que c’est ridicule que beaucoup d’électeurs ont refusé de se plier à ce jeu humiliant.

Contrairement à l’interprétation occidentale, ces taux d’abstention, s’ils manifestent un rejet des procédures démocratiques, ne signifient absolument pas le rejet de la démocratie, mais de son dévoiement.

Les Tunisiens, qui ont vu Ennahdha et Nidaâ Tounès s’allier après s’être combattus, avaient toutes les raisons d’anticiper que les deux grands partis s’entendraient entre eux pour se répartir les postes locaux comme ils l’ont fait avec les fonctions nationales. Les Libanais, qui savent ne pas avoir d’autre choix que celui du « seigneur de guerre » de leur communauté et de ses vassaux pour se défendre des autres communautés, ont eux aussi rejeté cet emprisonnement. Les Iraquiens, dont le Premier ministre élu avait été renversé il y a quatre ans par les puissances étrangères, savent que leur vote ne sera pas pris en compte s’il contrevient aux desiderata de l’auto-proclamée « communauté internationale ».

Seuls le Hezbollah libanais, issu de la Résistance contre l’occupation israélienne, et la Coalition iraquienne de Moqtada el-Sadr, issue de la Résistance à l’occupation états-unienne, ont fait le plein de leurs voix avec leurs alliés.

Que l’on ne s’y trompe pas, les Occidentaux se félicitent implicitement de l’abstention car ils y trouvent la justification de leur agression du « Moyen-Orient élargi » depuis 17 ans. Toute expression d’une volonté organisée des peuples est pour eux un cauchemar, leur unique objectif étant de renverser les États et de détruire les sociétés pour mieux les dominer.

Ainsi, lorsque les Syriens, en pleine guerre, se sont rués sur les bureaux de vote pour élire leur président, les Occidentaux sont restés pétrifiés. Ils ont été contraints de remettre à plus tard leur plan de renversement de la République arabe syrienne.

Les Arabes comme les autres hommes aspirent à déterminer eux-mêmes leur propre destin.

Source
Al-Watan (Syrie)

[1] « Le camouflet infligé au président Macron en Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 novembre 2018.

http://www.voltairenet.org/article201073.html

Washington et Pékin écartent pour l’heure une guerre commerciale

Washington et Pékin écartent pour l’heure une guerre commerciale

Le président américain Donald Trump à Washington, le 17 mai 2018 / © AFP / NICHOLAS KAMM

La Chine et les Etats-Unis, qui sont parvenus à un accord de principe pour réduire le déficit commercial américain, ont suspendu l’augmentation de leurs droits de douane respectifs, éloignant le spectre d’une guerre commerciale.

« Nous nous sommes mis d’accord sur un cadre », a déclaré dimanche le secrétaire américain au Commerce Steven Mnuchin sur Fox News, évoquant un accord pour « suspendre les tarifs » pendant la mise en œuvre de ce cadre.

Plus tôt, le vice-Premier ministre chinois Liu He, cité par l’agence officielle Xinhua, avait annoncé que « les deux parties ne s’engageront pas dans une guerre commerciale et n’augmenteront pas les droits de douane respectifs ».

Liu He, un proche du président chinois Xi Jinping, était à Washington cette semaine pour trouver une issue au conflit commercial entre les deux premières puissances économiques de la planète.

Ces déclarations tranchent après des mois de tensions entre les pays, le président américain Donald Trump fustigeant une relation commerciale déséquilibrée constituant un danger pour les Etats-Unis.

Il dénonce en particulier le déficit des Etats-Unis avec la Chine – plus de 375 milliards en 2017 – en raison, selon lui, de pratiques commerciales « déloyales », de transferts de technologies « forcés » ou encore de « vol de la propriété intellectuelle » des entreprises américaines.

Depuis fin mars, la Chine était frappée de droits de douanes de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium. Elle était également sous la menace de taxes sur 50 milliards de dollars de marchandises qui aurait pu être mise en oeuvre dès mardi.

– « Nécessité » –

Liu He, qui a notamment rencontré cette semaine Donald Trump et Steven Mnuchin, a souligné que cet accord était une « nécessité ».

Le secrétaire au Trésor a toutefois souligné que si la Chine ne tenait pas ses engagements, le président américain « pouvait toujours décider de remettre en oeuvre » ses tarifs.

« Il faut en même temps tenir compte du fait que briser la glace ne peut se faire en un jour, que résoudre les problèmes structurels sur les relations économiques et commerciales entre les deux pays prendra du temps », a réagi Liu He.

Washington et Pékin avaient annoncé samedi avoir trouvé un consensus en vue de réduire de manière drastique le déficit commercial américain. Pour ce faire, le géant asiatique s’est engagé à augmenter « considérablement » ses achats de marchandises américaines.

Les deux parties n’ont pas communiqué de données chiffrées alors que la Maison Blanche exige une réduction de 200 milliards de dollars de son déficit avec le géant asiatique.

Sur ce point, Steven Mnuchin a assuré qu’il y avait des objectifs précis », fixés « industrie par industrie » mais qu’il ne les rendrait pas publics.

Il a insisté sur les engagements chinois pris dans des secteurs importants comme l’agriculture ou l’énergie.

« Nous allons faire un suivi immédiatement », a-t-il également assuré, précisant que le secrétaire au Commerce Wilbur Ross se rendrait en Chine avec la ferme intention de voir les hausses d’achats dans ces domaines se concrétiser.

Steven Mnuchin a ainsi annoncé qu’il pourrait y avoir des augmentations de 35 à 45% dans le secteur agricole « cette année seulement ». « Dans le secteur de l’énergie, il pourrait y avoir un doublement des achats ». « Je pense que nous pourrions enregistrer 50, 60 milliards de dollars par an d’achats dans le secteur de l’énergie sur les trois à cinq ans à venir », a-t-il ajouté.

Ces annonces devraient satisfaire l’administration Trump à l’approche des élections de mi-mandat.

Pékin avait en effet jusqu’alors visé dans ses représailles les produits agricoles, dont le soja, extrêmement dépendant du marché chinois et dont les Etats où il est produit sont favorables au président républicain.

Liu He a précisé de son côté que la Chine et les États-Unis renforceront leur coopération commerciale également dans les domaines des soins médicaux, des produits de haute technologie et des finances.

Si les Etats-Unis et la Chine doivent faire face à de nouvelles difficultés dans le futur, « nous devrons les regarder calmement, maintenir le dialogue et les traiter correctement », a-t-il par ailleurs commenté.

Dans le communiqué commun samedi, les deux parties avaient souligné qu’elles étaient engagées de « manière proactive » pour surmonter leurs contentieux commerciaux.

Et, les Etats-Unis enverront une équipe en Chine « afin de travailler sur les détails » d’un accord, ont-elles par ailleurs précisé.

Outre la poursuite du dialogue, la Chine avait, dans un geste de bonne volonté, annoncé dès vendredi lever une mesure antidumping prise en avril contre les importations de sorgho américain.

(©AFP / 20 mai 2018 16h55)

https://www.romandie.com/news/Washington-et-Pekin-ecartent-pour-l-heure-une-guerre-commerciale/919720.rom

Nous sommes tous iraniens… Par Richard Labévière

20.mai.2018 // Les Crises

Nous sommes tous iraniens… Par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 14-03-2018

Mardi soir, sans surprise, Donald Trump a donc annoncé que Washington quitterait l’accord sur le nucléaire iranien – signé le 14 juillet 2015 – également par la France, la Grande Bretagne, la Russie, la Chine et l’Allemagne. Cet accord avait permis une levée partielle des sanctions économiques contre l’Iran, en échange du gel et de la supervision internationale du programme nucléaire iranien pour au moins dix ans. Comme l’explique au cordeau Guillaume Berlat, cette décision n’est pas une surprise tant elle est conforme aux obsessions politiques et géopolitiques américaines : satisfaire l’électorat évangéliste et pro-israélien, satisfaire Tel-Aviv et Riyad, défier Moscou et impressionner Pékin…

Mais au-delà de ces effets de conséquences, la « cause efficiente » de cette décision, qui piétine le multilatéralisme et la paix, ramène en droite ligne à l’argent, – l’argent – l’obsession d’un homme d’affaire qui cherche à « faire du fric » par tous les moyens… Dynamitant ainsi l’ordre international et ses différents instruments élaborés au sortir de la Seconde guerre mondiale, le président américain prône le retour à l’état de nature, à la loi du plus fort : celle de la main invisible d’Adam Smith et ses suiveurs classiques et néo-classique (Léon Walras, Vilfredo Pareto et consorts). Et comme les Américains ont l’art d’habiller leurs coups de force en « norme universelle », le Congrès doit encore avaliser la décision pour rendre conforme ce nouvel embargo avec la législation américaine dans un délai de trois à six mois.

Mais dès à présent, aucun nouveau contrat ne pourra être signé entre des sociétés américaines (et occidentales affiliées) et l’Iran. Pour les contrats existants, les sanctions seront rétablies à l’issue de périodes transitoires de 90 à 180 jours. Autrement dit, toutes les compagnies étrangères ont entre trois et six mois pour « sortir » d’Iran. Quant aux groupes actuellement en négociation pour de futurs contrats, ils doivent y renoncer immédiatement. Par exemple, l’ambassadeur américain à Berlin a déclaré que les entreprises allemandes devaient cesser leurs activités en Iran « immédiatement ». Ceux qui ne respecteront pas les conditions imposées par Washington s’exposeraient à des mesures de rétorsion et à l’interdiction d’accès au marché américain.

Cette nouvelle manifestation de l’unilatéralisme américain perturbe, d’ores et déjà, nombre d’accords passés en Iran par plusieurs centaines de PME françaises depuis la fin 2015. De surcroît, ce coup de force remet en cause plusieurs projets de grandes d’importance prévus en Iran par des groupes français, à commencer par Total, Airbus, Renault et Peugeot. Les activités mondiales de ces sociétés pourraient être gravement mises en péril si elles continuent d’investir en Iran malgré le nouvel embargo.

TOTAL DANS L’ETAU AMERICAIN

Le groupe pétrolier français a fait son retour en Iran en juillet 2017, par la signature avec la National Iranian Oil Company (NIOC) d’un contrat pour développer la production de la « phase 11 » d’un immense champsgazier – South Pars. Par ce contrat, Total – opérateur du projet – est engagé sur 20 ans et détient une participation de 50,1% dans South-Pars-11. La première phase du projet représente un investissement de l’ordre de 2 milliards de dollars, avec un premier versement de plus d’un milliard de dollars.

Mais dès novembre 2017, Patrick Pouyanné – le PDG du pétrolier français – avait pondéré l’enthousiasme né de ces perspectives iraniennes, affirmant que Total réexaminerait ses options d’investissement en Iran si les Etats-Unis décidaient d’adopter de nouvelles sanctions contre ce pays. Il avait alors insisté sur l’importance du marché américain pour le groupe : « nous travaillons aux Etats-Unis, nous avons des actifs aux Etats-Unis, nous venons d’acheter des actifs supplémentaires aux Etats-Unis… »

Le ministre iranien du pétrole avait répondu par cette mise en garde : « si Total, en dehors d’une décision du Conseil de sécurité, annonce qu’il a l’intention de renoncer au contrat, aucun capital ne sera rendu, ni aucune somme transférée à cette entreprise ».

UNE CENTAINE D’AIRBUS POUR IRAN-AIR

Fin 2016, Airbus a reçu une commande de la compagnie nationale Iran-Air portant sur une centaine d’appareils, pour un montant-catalogue de 20,8 milliards de dollars (17,5 milliards d’euros). D’autres commandes iraniennes sont en négociation, notamment pour l’acquisition de plusieurs dizaines d’hélicoptères.

Avec sa prudence habituelle, Airbus a réagi à l’annonce américaine de mardi soir en temporisant : « le groupe va examiner très précisément la décision du président américain avant de bouger », ajoutant que l’exercice prendrait « un certain temps ». Le responsable de la communication d’Airbus – Rainer Ohler – a déclaré : « nous analysons attentivement cette annonce et évaluerons les prochaines étapes en cohérence avec nos politiques internes et dans le respect complet des sanctions et des règles de contrôle des exportations ».

De son côté, Boeing, le concurrent américain d’Airbus, a indiqué dès mardi soir qu’il se conformerait à la décision de la Maison blanche de rétablir les sanctions et à leurs modalités pratiques édictées par le Congrès. En décembre 2016, Boeing avait conclu la vente de 80 appareils à Iran-Air, d’une valeur-catalogue de 16,6 milliards de dollars. Mais la livraison des premiers appareils – initialement prévue fin 2018 – avait été reportée. L’avionneur américain avait aussi signé un contrat de 3 milliards de dollars pour la vente d’une trentaine d’appareils 737-Max à la compagnie iranienne Aseman.

PEUGEOT ET RENAULT AUSSI DANS LA TOURMENTE

Les deux constructeurs automobiles français – Peugeot et Renault – sont aussi dans la tourmente puisque très engagés sur le marché iranien où le taux d’équipement automobile demeure relativement bas. Actuellement estimé à 1 million de véhicules, le marché iranien pourrait tripler de volume durant les dix prochaines années. Afin de concrétiser ces perspectives prometteuses, Peugeot avait signé début 2016 son grand retour en Iran qu’il avait été contraint de quitter en 2012. Son partenaire de l’époque – l’américain General Motors – exigeait déjà que le Français applique l’embargo de Washington imposé à l’Iran !

En janvier 2016, Peugeot créait, à nouveau une joint-venture avec le groupe Iran Khodro avec lequel il travaillait avant son départ forcé d’Iran, L’objectif étant de produire, à terme, quelque 200.000 véhicules par an. La production a démarré en 2017.

Resté engagé dans le marché iranien malgré les sanctions, Renault a signé en 2016 un accord stratégique pour accélérer le développement de ses ventes dans le pays, via une nouvelle société commune avec IDRO (fonds d’investissement et de rénovation de l’industrie en Iran) et Parto Negin. Dans un premier temps, l’objectif était de produire 150.000 véhicules par an, venant s’ajouter aux capacités existantes d’une production annuelle de 200 000 véhicules.

CHINE ET RUSSIE EGALEMENT TOUCHEES

Depuis le 2 mai dernier, l’armée américaine a cessé de vendre dans les magasins de ses bases des téléphones portables chinois de marque Huawei et ZTE, invoquant des risques de sécurité. Cette décision s’inscrivait dans le cadre plus vaste de mesures visant à stopper ou limiter la pénétration des constructeurs chinois dans l’économie américaine. « Avec l’abrogation de l’accord sur le nucléaire iranien », explique l’économiste Hervé Juvin, spécialiste de l’extra-territorialité du droit américain1, « il sera encore plus facile pour les autorités américaines de contrer les concurrences chinoises ou russes sous prétexte que des composants de leurs différents produits sont de conception ou de fabrication américaines ».

Les sanctions américaines qui ont frappé dernièrement le patron de RUSAL, le « tsar de l’aluminium », et le groupe suisse Glencore s’inscrivent dans la même logique, faisant flamber le cours de ce métal de 12% en une semaine, « du jamais vu en une quarantaine d’année », expliquent les spécialistes de la branche. « Le prolongement du statu quo sur l’acier européen jusqu’en juin, n’empêchera pas l’adoption de mesures protectionnistes américaines très dures à l’encontre de nos industriels », ajoute Hervé Juvin.

« A force de multiplier les sanctions, on va se retrouver tout seul et détesté… » avait mis en garde Barak Obama, craignant que les Etats-Unis se mettent le monde à dos avant de quitter la Maison blanche. Donald Trump, qui prend résolument le contre-pied de son prédécesseur sur la plupart des dossiers, instrumentalise la lutte contre le terrorisme, la corruption et la prolifération des armes de destruction massive pour avantager les sociétés américaines et, ainsi, remettre en cause les principes de la libre concurrence défendus par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et les institutions de Bretton-Woods. Dans ce contexte – et plus que jamais depuis la fin de la Seconde guerre mondiale – la dernière décision unilatérale de Donald Trump impose de manière brutale au monde entier les normes américaines du droit des affaires.

L’EXTRA-TERRITORIALITE DU DROIT AMERICAIN

Hervé Juvin : « l’application extra-territoriale du droit américain a détruit des entreprises françaises (Alcatel et Alstom notamment), elle a permis d’extorquer des milliards d’euros à des entreprises et des banques européennes. Cette même pression vise à attaquer Sanofi, Airbus, Safran et bien d’autres. Elle prend pour prétexte la lutte anti-corruption, le respect des embargos américains et le combat anti-terroriste. Le prétendu objectif est l’efficacité économique, la moralisation des affaires, l’établissement des conditions d’une concurrence libre, ouverte et équitable partout dans le monde. Tout cela, en réalité, à l’appui d’un impérialisme juridique grandissant, tout cela au seul bénéfice de l’intérêt national américain. L’extra-territorialité du droit américain se propage à la faveur de l’abandon du droit international, de la faiblesse du régalien et de la négation de la souveraineté des pays Europe. Elle constitue un élément majeur de la stratégie de « Global Constraint » – « contrainte globale » – qui renouvelle la stratégie de l’empire américain ».

Désormais, nous devons regarder la réalité en face. Au nom de la lutte contre la corruption, au nom du combat légitime contre les pratiques abusives, c’est la lutte contre la diversité humaine et contre la liberté des peuples à décider de leurs lois et de leurs principes qui devrait s’imposer. C’est une colonisation américaine d’un nouveau type – soft et smart colonisation – qui s’affirme au fur et à mesure que la croissance économique (totem de la mondialisation) signifie moins la volonté de répondre aux besoins que l’obsession de tuer ses concurrents par tous les moyens. Cette nouvelle colonisation s’immisce jusqu’au cœur de notre vite quotidienne en affectant l’emploi des Français, des autres Européens et de tous les pays en développement.

« Cette position n’est pas acceptable » pour le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire qui a déploré mercredi matin la position de « gendarme économique de la planète » de Donald Trump. « En deux ans, la France avait multiplié par trois son excédent commercial avec l’Iran », a-t-il expliqué lors d’un entretien à France Culture, jugeant que la décision américaine aurait des « conséquences » dommageables pour plusieurs fleurons français. Il a affirmé qu’il aurait « un entretien téléphonique d’ici la fin de la semaine avec le secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin » pour étudier avec lui les possibilités d’éviter ces sanctions.

A l’évidence, Bruno Le Maire croit encore au Père Noël ! Le jour où l’Union européenne et les pays européens – dont la France – auront le courage politique d’appliquer des mesures de réciprocité, sinon de représailles envers les Etats-Unis, nous en reparlerons ! Dans l’immédiat, des mesures symboliques pourraient être prises à l’encontre des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), des MacDo et autres Starbucks-cafés qui détruisent nos restaurants, cafés et centre-ville !

Dans la bouche de Donald Trump, « America first » signifie « par ici la monnaie ». Premier ministre de la colonie du Cap en Afrique du sud de 1890 à 1896 et l’un des inspirateurs du système d’apartheid, Cecil Rhodes disait : « l’argent, c’est le sang des autres… ». Nous y sommes jusqu’au cou…

Richard Labévière
14 mai 2018

1 Hervé Juvin : La guerre du droit pénal américain aura-t-elle lieu ? Cap sur le nouveau système de corruption mondialisé. Editions de l’Observatoire EUROGROUP-CONSULTING, mai 2016.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 14-03-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/nous-sommes-tous-iraniens-par-richard-labeviere/

 

La crise de l’éducation (Hannah Arendt)

La crise de l’éducation (Hannah Arendt)

19 Mai 2018 , Rédigé par L’oeil de Brutus Publié dans #Lectures

Après une pause (salutaire) de presque un an, je reprends les publications sur l’œil de Brutus. Comme je l’annonçais, je m’éloigne du suivi de l’actualité politique dont l’extrême médiocrité a fini par lasser mon goût de l’écriture. Je reprends donc la suite, entamée en septembre 2016, de la recension de l’un des ouvrages majeurs d’Hannah Arendt : La Crise de la culture. Nous avions déjà vu les quatre premiers chapitres : La tradition et l’âge moderne, Le concept d’histoire, Qu’est-ce que l’autorité ? et Qu’est-ce que la liberté ?. Le  cinquième chapitre, sans doute le plus important de l’ouvrage, est consacré à l’éducation. Se basant sur les évolutions de l’éducation dans l’Amérique des années 1950, Hannah Arendt anticipe, avec une clairvoyance impressionnante, l’impact de la rupture avec toutes formes de traditions (sur ce sujet, relire le chapitre 1) sur l’éducation, et surtout sur la déconstruction de l’éducation. Nous sommes en 1961 ; et déjà, Hannah Arendt pressent la dégénérescence de la modernité en une postmodernité (même si elle n’emploie pas le terme) à l’intérieur de  laquelle le règne de l’individu-roi (et par voie de conséquence de l’enfant-roi) atomise tout fonctionnement social et, à contrecourant de ses objectifs proclamés, aboutit à un entremêlement de tyrannies : celle du petit Moi[i], celle de la (supposée) majorité du camp du Bien et celle des minorités agissantes. Cette anticipation est d’une telle actualité vis-à-vis du système éducatif français d’aujourd’hui que je laisse, pour l’essentiel, le lecteur avec des citations intégrales, généralement peu commentées.

 

Aux Etats-Unis, terre d’immigration, il est évident que l’éducation joue un rôle primordial car « il est clair que c’est seulement par la scolarisation, l’éducation et l’américanisation des enfants d’immigrants que l’on peut tenir cette gageure de fondre les groupes ethniques les plus divers en un seul peuple ». En outre, contrairement à nombre d’idées reçues, le concept d’égalité joue un rôle important dans la vie américaine. Arendt souligne ainsi que l’égalitarisme américain se bat pour effacer la différence entre jeunes et vieux, entre doué et non doués, entra enfants et adultes, entre professeurs et élèves. Et ce nivellement se fait aux dépends de l’autorité du professeur et au détriment des plus doués (page 232).

 

« Trois idées de base, qui ne sont que trop connues, permettent d’expliquer schématiquement ces mesures catastrophiques. La première est qu’il existe un monde de l’enfant et une société formée entre les enfants qui sont autonomes et qu’on doit dans la mesure du possible laisser se gouverner eux-mêmes. Le rôle des adultes doit se borner à assister ce gouvernement. C’est le groupe des enfants lui-même qui détient l’autorité qui dit à chacun des enfants ce qu’il doit faire et ne pas faire ; entre autres conséquences, cela crée une situation où l’adulte se trouve désarmé face à l’enfant pris individuellement (…).

Quant à l’enfant dans ce groupe, il est bien entendu dans une situation pire qu’avant, car l’autorité d’un groupe, fût-ce un groupe d’enfants, est toujours beaucoup plus forte et beaucoup plus tyrannique que celle d’un individu, si sévère soit-il. Si l’on se place du point de vue de l’enfant pris individuellement, on voit qu’il n’a pratiquement aucune chance de se révolter ou de faire quelque chose de sa propre initiative. Il ne se trouve plus dans la situation d’une lutte inégale avec quelqu’un qui a, certes, une supériorité absolue sur lui – situation où il peut néanmoins compter sur la solidarité des autres enfants, c’est-à-dire de ses pairs – mais il se trouve bien plutôt dans la situation par définition sans espoir de quelqu’un appartenant à une minorité réduite à une personne face à l’absolue majorité de toutes les autres. Même en l’absence de toute contrainte extérieure, bien peu d’adultes sont capables de supporter une telle situation, et les enfants en sont tout simplement incapables.

Affranchi de l’autorité des adultes, l’enfant n’a donc pas été libéré, mais soumis à une autorité bien plus effrayante et vraiment tyrannique : la tyrannie de la majorité. En tout cas, il en résulte que les enfants ont été pour ainsi dire bannis du monde des adultes. Ils sont soit livrés à eux-mêmes, soit livrés à la tyrannie de leur groupe, contre lequel, du fait de sa supériorité numérique, ils ne peuvent se révolter, avec lequel, étant enfants, ils ne peuvent discuter, et duquel ils ne peuvent s’échapper pour aucun autre monde, car le monde des adultes leur est fermé. Les enfants ont tendance à réagir à cette contrainte soit par le conformisme, soit par la délinquance juvénile, et souvent par un mélange des deux.

La deuxième idée de base à prendre en considération dans la crise présente a trait à l’enseignement. Sous l’influence de la psychologie moderne et des doctrines pragmatiques, la pédagogie est devenue une science de l’enseignement en général, au point de s’affranchir complètement de la matière à enseigner. Est professeur, pensait-on, celui qui est capable d’enseigner … n’importe quoi. Sa formation lui a appris à enseigner et non à maîtriser un sujet particulier. (…) Cela a conduit à négliger complètement la formation des professeurs dans leur propre discipline, surtout dans les écoles secondaires. Puisque le professeur n’a pas besoin de connaître sa propre discipline, il arrive fréquemment qu’il en sait à peine plus que ses élèves. En conséquence, cela ne veut pas seulement dire que les élèves doivent se tirer d’affaire par leurs propres moyens, mais que désormais l’on tarit la source la plus légitime de l’autorité du professeur, qui, quoi qu’on en pense, est encore celui qui en sait le plus et qui est le plus compétent. (…)

(la troisième) idée de base est que l’on ne peut savoir et comprendre ce qu’on a fait soi-même, et sa mise en pratique dans l’éducation est aussi élémentaire qu’évidente : substituer, autant que possible, le faire à l’apprendre. (…) Dans ce processus on s’est surtout efforcé de supprimer autant que possible la distinction entre le travail et le jeu, au profit de ce dernier. On considérait que le jeu est le mode d’expression le plus vivant et la manière la plus appropriée pour l’enfant de se conduire dans le monde, et que c’était la seule forme d’activité qui jaillisse spontanément de son existence d’enfant. (…)

Cette méthode cherche délibérément à maintenir, autant que possible, l’enfant plus âgé au niveau infantile. Ce qui précisément devait préparer l’enfant au monde des adultes, l’habitude acquise peu à peu de travailler au lieu de jouer, est supprimée au profit de l’autonomie du monde de l’enfance. »

 

Tout au contraire de ce système (dans lequel on reconnaît tous les traits du pédagogisme qui a saccagé notre système éducatif), « l’enfant a besoin d’être tout particulièrement protégé et soigné pour éviter que le monde puisse le détruire. Mais ce monde aussi a besoin d’une protection qui l’empêche d’être dévasté et détruit par la vague des nouveaux venus qui déferle sur lui à chaque nouvelle génération. Puisque l’enfant a besoin d’être protégé contre le monde, sa place traditionnelle est au sein de la famille. C’est là qu’à l’abri de quatre mures, les adultes reviennent chaque jour du monde extérieure et se retranchent dans la sécurité de la vie privée ».

Dans l’autre sens, l’école est là pour permettre à l’enfant de réaliser, progressivement, le cheminement qui l’insèrera au monde. Mais si l’école ne tient pas ce rôle, « il est clair qu’en essayant d’instaurer un monde propre aux enfants, l’éducation moderne détruit les conditions nécessaires de leur développement et de leur croissance. (…) Normalement, c’est à l’école que l’enfant fait sa première entrée dans le monde. Or, l’école n’est en aucune façon le monde, et ne doit pas se donner pour tel ; c’est plutôt l’institution qui s’intercale entre le monde et le domaine privé que constitue le foyer pour permettre la transition entre la famille et le monde ». Aussi, « les jeunes sont introduits par les adultes dans un monde en perpétuel changement. Qui refuse d’assumer cette responsabilité du monde ne devrait ni avoir d’enfant, ni avoir le droit de prendre part à leur éducation. Dans le cas de l’éducation, la responsabilité du monde prend la forme de l’autorité ». Or, « on ne veut plus demander à personne de prendre ni confier à personne aucune responsabilité, car, partout où a existé une véritable autorité, elle était liée à la responsabilité, elle était liée à la responsabilité de la marche du monde. Si l’on retire l’autorité de la vie politique et publique, cela peut vouloir dire que la responsabilité de la marche du monde est demandée à chacun. Mais, cela peut aussi vouloir dire qu’on est en train de désavouer, consciemment ou non, les exigences du monde et son besoin d’ordre, on est en train de rejeter toute responsabilité pour le monde : celle de donner des ordres, comme celle d’y obéir. (…) L’autorité a été abolie par les adultes et cela ne peut que signifier une chose : que les adultes refusent d’assumer la responsabilité du monde dans lequel ils ont placé les enfants ».

 

Il s’agit donc de défendre une forme de « conservatisme (qui), pris au sens de conservation, est l’essence même de l’éducation ». A contrario, souligne Arendt, en politique, le conservatisme qui vise à maintenir le statu quo dans un monde qui, quoi qu’il arrive, est en perpétuel mouvement, est une impasse[ii]. Toutefois, la nécessité de se raccrocher au conservatisme pour perpétuer l’éducation se heurte à l’abandon de la tradition et au rejet de de tout ce qui rattache au passé. Nous sommes donc à l’exact opposé du principe de l’éducation antique dans laquelle, selon Polybe, il s’agissait de « vous faire voir que vous êtes tout à fait digne de vos ancêtres ». L’autorité de l’éducateur s’inscrivait alors dans l’autorité de la transmission de ce qui nous rattache au passé afin de permettre à l’enfant de s’insérer progressivement dans l’évolution du monde. C’est ainsi que « le rôle de l’école est d’apprendre aux enfants ce qu’est le monde, et non pas leur inculquer l’art de vivre. (…) C’est également avec l’éducation que nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour ne pas les rejeter de notre monde, ni les abandonner à eux-mêmes, ni leur enlever leur chance d’entreprendre quelque chose de neuf, quelque chose que nous n’avions pas prévu, mais les préparer d’avance à la tâche de renouveler un monde commun ».

 

 

A suivre : la crise de la culture.

[i] Sur ce sujet, voir en particulier les billet sur Le Divin marché de Dany-Robert Dufour : http://loeildebrutus.over-blog.com/2015/01/les-10-commandements-du-postmodernisme-1-10-le-rapport-a-soi-tu-te-laisseras-conduire-par-l-egoisme.html

[ii] Mais l’on assimilerait davantage cela à une politique réactionnaire qu’à un conservatisme.

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« L’homme qui tua Don Quichotte » : l’histoire folle du film maudit qui a presque tué Terry Gilliam

« L’homme qui tua Don Quichotte » : l’histoire folle du film maudit qui a presque tué Terry Gilliam

Tournages annulés, difficultés de financement, bataille judiciaire… Le cinéaste tente de produire son adaptation du roman de Cervantès depuis les années 1990. Samedi, le film va (enfin) être diffusé à Cannes et sortir en salle.

Le cinéaste Terry Gilliam et l\'acteur Jean Rochefort lors du premier tournage de \"L\'homme qui tua Don Quichotte\", en 2000.
Le cinéaste Terry Gilliam et l’acteur Jean Rochefort lors du premier tournage de « L’homme qui tua Don Quichotte », en 2000. (QUIXOTE FILMS / LOW KEY PRODUCTI)

« Tout ce qui pouvait foirer a foiré. » Lorsque Terry Gilliam lâche cette phrase sur le tournage de Don Quichotte en 2000 dans le désert espagnol, il pense avoir bu le calice jusqu’à la lie. Après avoir porté le projet pendant des années, il a vu son film virer au fiasco après quelques semaines de tournage catastrophiques. Mais le réalisateur américain n’a pas fini d’être tourmenté par l’œuvre de sa vie.

Pendant près de trente ans, le réalisateur de Las Vegas Parano et Brazil s’est battu pour faire ce film : après un premier tournage désastreux, de nombreux essais avortés faute de financements, L’homme qui tua Don Quichotte est enfin présenté, samedi 19 mai, en clôture du Festival de Cannes.

Le film sortira dans les salles obscures le même jour. Et jusqu’au dernier moment, sa diffusion en France est pourtant restée suspendue à une décision de justice. Vous avez dit maudit ?

« Je suis le meilleur réalisateur pour faire ce film »

L’ex-Monty Python commence à plancher sur le long-métrage en 1989. Il lit le roman de Cervantès et, dès lors, l’histoire de Alonso Quichano (le nom hidalgo de Don Quichotte) ne le lâche plus. Dès les années 1990, Terry Gilliam s’attelle à trouver de l’argent auprès des studios. Les acteurs Nigel Hawthorne et Danny DeVito sont pressentis pour incarner Don Quichotte et Sancho Panza. Mais les négociations n’aboutissent pas et Terry Gilliam s’engage sur un autre tournage. Le scénario, lui, est finalement confié à un autre réalisateur. « Ça m’a vraiment blessé d’avoir laissé filer ce projet. D’autant que je suis convaincu d’être le meilleur réalisateur sur Terre pour faire ce film », peste Terry Gilliam dans le magazine Neon en 1997.

L’histoire aurait été trop simple si elle s’était arrêtée là. Quelques années et trois films plus tard, Terry Gilliam revient à la charge. La voie est libre et aucune concurrence en vue car le projet qu’il avait perdu a été abandonné. Son adaptation du roman, coécrite avec Tony Grisoni, mêle l’œuvre de Cervantès et un roman de Mark Twain assez peu connu : Un Yankee du Connecticut à la cour du roi Arthur. Le budget du film s’élève à 32,1 millions d’euros, alors que Terry Gilliam en espérait 40. Une somme « très élevée pour un film produit en Europe », rappelle à l’époque René Cleitman, producteur français associé au projet. Côté casting, l’équipe a choisi l’acteur français Jean Rochefort pour combattre les moulins, accompagné de Johnny Depp et Vanessa Paradis.

Faire un film avec Terry, ce n’est pas facile, c’est tumultueux. C’est comme monter un poney à cru. Accroche-toi et tiens bon, parce que ça va être l’aventure de ta vie.Phil Patterson, premier assistant réalisateurdans « Lost in La Mancha »

Dès la période de pré-production, le tournage s’annonce compliqué. Terry Gilliam a vu les choses en grand, avec d’imposants décors qui rappellent les animations des films des Monty Python dont il était en charge à l’époque. Dans un grand hangar, des dizaines de marionnettistes s’entraînent à faire marcher en rythme une armée d’armures en polystyrène, censée illustrer l’un des délires de Don Quichotte.

Pendant ce temps, les producteurs s’affairent pour s’assurer que tous les acteurs seront bien là à temps. Entre l’emploi du temps de Johnny Depp et les négociations avec l’agent de Vanessa Paradis, ce n’est pas chose aisée. Malgré les soucis d’organisation, l’excitation de l’équipe est palpable, probablement parce que Terry Gilliam est habité par son film. « Don Quichotte, c’est lui », résume le premier assistant réalisateur, Phil Patterson, dans le documentaire Lost in La Mancha.

Jean Rochefort enchaîne les pépins de santé

Mais les nuages s’accumulent au-dessus de Terry Gilliam. Avant même le début du tournage, Jean Rochefort doit être rapatrié en France à la suite de problèmes de prostate. Un premier coup de tonnerre sans grandes conséquences, car l’acteur revient rapidement sur le plateau.

Pendant quelques instants, les galères des années précédentes semblent avoir disparu. Au premier jour du tournage, Jean Rochefort et Johnny Depp chevauchent leurs montures en échangeant leurs répliques. Dans le désert des Bardenas Reales – au nord de l’Espagne – qui leur sert de décor, ils semblent seuls au monde. A un (gros) détail près : la base militaire de l’Otan située à quelques kilomètres de là. Chaque séquence est régulièrement bousillée par le bruit des avions de chasse qui traversent le ciel.

On continue ? Jour 2 : à nouveau, l’équipe entend des bruits venant du ciel mais, cette fois, pas d’avions en vue. Seulement des nuages. Branle-bas de combat pour mettre le matériel à l’abri de la pluie. Les quelques tonnelles ne suffisent pas à protéger les caméras et autres équipements des coulées de boue. L’agitation et l’exhaltation causées par l’orage sont rapidement remplacées par la panique : quelle part des dégâts sera prise en charge par l’assurance ? Autre souci, impossible de reprendre le tournage avant plusieurs jours : le désert aride qui servait de décor s’est transformé en marécage.

Vous en voulez encore ? Jour 6 : Jean Rochefort a besoin d’aide pour monter sur son cheval et en descendre, à cause de douleurs dans le dos. Sur les images tournées par Louis Pepe et Keith Fulton pour leur documentaire sur le film, l’acteur semble souffrir mais continue à jouer sa scène avec Johnny Depp. Le directeur de la photographie, Nicola Pecorini, tente de détendre l’atmosphère : « Vous pensez qu’on va avoir de la neige la semaine prochaine ? » Quelques heures plus tard, Jean Rochefort embarque dans un avion en direction de la France pour consulter son médecin. Verdict : hernie discale. L’incertitude s’installe pendant plusieurs jours. Le film prend encore plus de retard.

Pendant deux semaines, le tournage est suspendu, car peu de scènes peuvent être filmées en l’absence du personnage principal. Bien que Terry Gilliam semble satisfait des quelques séquences tournées, l’ambiance est plus que morose. Les producteurs, eux, s’intéressent plus à ce qui pourra être couvert par l’assurance qu’au film à proprement parler.

On ne peut pas faire le film. Ou en tout cas, pas celui que tu avais en tête.Phil Patterson, premier assistant réalisateurdans « Lost in La Mancha »

La décision finit par tomber : le film est abandonné. « Il n’y a pas aujourd’hui de perspectives concrètes pour le reprendre. Ça viendra peut-être un jour (…) Aujourd’hui, les droits du film appartiennent à la compagnie d’assurances », raconte le producteur René Cleitman aux réalisateurs de Lost in La Mancha. « Le plus dur, résume Tony Grisoni, coauteur du scénario, ça a été de voir la réalité prendre le dessus sur Don Quichotte… »

La valse des acteurs

Il faudra bien cinq ans à Terry Gilliam pour se remettre de ce fiasco. En 2005, il remonte à cheval. Avant toute chose, il faut racheter les droits du film. Comme en 1989, Terry Gilliam lutte pour trouver des financements et des producteurs. Vient ensuite le bal des acteurs. A partir de 2005, le réalisateur de Brazil envisage de faire tourner Gérard Depardieu. Deux ans plus tard, il pense à Michael Palin, son ex-camarade de jeu des Monty Python, puis Robert Duvall, mais toujours avec Johnny Depp. Et puis finalement non : on garde Robert Duvall, mais on remplace Johnny Depp par Ewan McGregor.

Entre 2014 et 2017, Owen Wilson, Jack O’Connell (connu pour le rôle de James Cook dans la série Skins) et John Hurt rejoignent les autres acteurs de la liste. L’énumération s’arrête ici : Jonathan Pryce sera Don Quichotte et Adam Driver, son Sancho Panza. En 2016, enfin, Terry Gilliam a pu filmer L’homme qui tua Don Quichotte. Cette fois, pas d’inondation, pas de hernie discale… On croirait presque que la malédiction est terminée, que le sort est levé. Terry Gilliam aura son Don Quichotte. Enfin, presque…

La légende continue

Changement de décor. Les galères des plaines désertiques espagnoles de 2000 ont laissé place aux bureaux feutrés des avocats. C’est sous les plafonds du tribunal de grande instance de Paris que l’affaire se joue depuis mars 2017. D’un côté, Terry Gilliam souhaite faire résilier le contrat qui le liait au producteur Paulo Branco, de l’autre ce même Paulo Branco souhaite prouver qu’il est toujours producteur du film. Une bataille judiciaire qui pourrait même empêcher la sortie du film en salle.

En 2016, alors que le réalisateur britannique recherche des financements pour enfin donner vie au film qui l’obsède, il rencontre Paulo Branco. Quelques mois plus tard, en août 2016, leur collaboration prend brutalement fin. Entre les deux monstres du cinéma, les tensions sont multiples. Terry Gilliam met fin au contrat qui les lie : il reproche au producteur d’avoir voulu prendre le contrôle sur son film et de lui avoir imposé des conditions.

Pour Juan Branco, fils et avocat de Paulo Branco, Terry Gilliam a mis en place des obstacles, « jusqu’à pousser Paulo Branco à expliquer qu’on ne pourrait pas commencer le tournage à temps ». « A ce moment-là, il a considéré, contre toutes les règles de droit, que son contrat était résilié avec Paulo Branco », estime-t-il. Dans l’autre camp, les rôles sont inversés : « En 2016, Paulo Branco a posé un ultimatum en expliquant très simplement à Terry Gilliam que soit il se soumettait (…) à son exigence, soit le film n’existerait pas », pointe Benjamin Sarfati, l’avocat de Terry Gilliam, contacté par franceinfo.

Un climat de confiance est nécessaire à la réalisation d’un film. (…) On ne conçoit pas une œuvre sous la menace ou la contrainte.Benjamin Sarfatià franceinfo

Tout s’accélère lors de l’ouverture du Festival de Cannes. Paulo Branco et ses avocats tentent d’empêcher la diffusion du film, prévue pour la cérémonie de clôture. Le même jour, on apprend que Terry Gilliam a été victime d’un AVC le week-end précédent. Après avoir retenu son souffle toute la journée du 9 mai, la Croisette peut respirer : elle verra bien le film et la présence du réalisateur n’est pas compromise. Seulement, sa diffusion devra être précédée d’un message expliquant que « la projection du film L’homme qui tua Don Quichotte (…) ne préjuge en rien des droits revendiqués par (…) Monsieur Paulo Branco sur ce film à l’encontre de Monsieur Terry Gilliam et des producteurs mentionnés au générique ». Comprenez : ce n’est pas parce que vous avez le droit de diffuser le film que les affaires judiciaires sont réglées pour autant.

Dernier épisode en date : le Centre national du cinéma (CNC) a accordé au film son visa d’exploitation le 10 mai. Un sésame indispensable à la sortie du film en salle. A quatre jours de la sortie, Paulo Branco attaque le distributeur et le producteur français du film pour tenter d’entraver sa diffusion en France. Jusqu’au dernier moment, l’avenir du film ne tient qu’à un fil. Mais L’homme qui tua Don Quichotte sera bel et bien projeté dans les cinémas le 19 mai, a appris vendredi franceinfo auprès de l’avocat du réalisateur, Benjamin Sarfati.

Car la demande de suspension de Paulo Branco a été rejetée par le tribunal de grande instance de Paris saisi en urgence. Cet ultime rebondissement participe à la légende du long-métrage. Pour Benjamin Sarfati, « c’est à se demander si Monsieur Branco n’a pas pris cette légende au pied de lettre et se prend pour le bras armé de cette malédiction ». En tout état de cause, la fatalité qui semble poursuivre Terry Gilliam et L’homme qui tua Don Quichotte prendra fin samedi soir. Il appartient maintenant au public de décider de son destin.

https://www.francetvinfo.fr/choix/l-homme-qui-tua-don-quichotte-l-histoire-folle-du-film-maudit-qui-a-presque-tue-terry-gilliam_2753561.html#xtor=EPR-51-[cannes-l-histoire-folle-de-l-homme-qui-tua-don-quichotte-le-film-maudit-qui-a-presque-tue-terry-gilliam_2760371]-20180519-[bouton]

Budget propre ou fin de la zone euro : l’ultimatum de la France à l’Allemagne, par Aline Robert

Budget propre ou fin de la zone euro : l’ultimatum de la France à l’Allemagne, par Aline Robert

Source : EURACTIV, Aline Robert, 15-05-2018

La zone euro ne survivra pas à l’absence de réforme, assure le ministre de l’Economie français, faisant monter la pression sur l’Allemagne à quelques semaines d’un Conseil européen crucial.

Une longue journée de travail attend les ministres de l’Economie français et alllemand, à Berlin, mercredi 16 mai. L’objet, la feuille de route pour la zone euro de demain qui doit être présentée fin juin lors du Conseil européen, est devenu une pomme de discorde entre la France et l’Allemagne. La France tente de jeter tout son poids politique dans la balance, et ce dans un langage de plus en plus cru.

« La zone euro ne résistera pas aux divergences économiques entre ses Etats-membres. Les différences fiscales sont devenues trop importantes pour une union monétaire » affirmait ainsi, le 14 mai Bruno Le Maire, lors d’une rencontre avec des journalistes à Bercy.

Pour la France, l’urgence de la réforme est dictée par la succession d’alertes électorales qui transfigure l’Europe politique en raison de la montée des forces centripètes. Le Brexit, les élections en Italie et la montée des extrêmes un peu partout devrait, selon l’équipe Macron, entraîner une réaction rapide pour donner des gages aux citoyens. Et ce avant les élections européennes de 2019, pour se prémunir d’une prochaine crise à laquelle l’euro pourrait ne pas résister.

« Maintenant ou jamais »

« C’est maintenant, ou jamais » résume le ministre français, en faisant référence à l’étroite fenêtre de tir qu’il reste : 5 semaines de discussion avant le Conseil européen des 28 et 29 juin. Il sera ensuite trop tard avant l’échéance électorale des européennes, en mai 2019.

Or, les discussions achoppent. « Réveillez-vous ! La France a changé », avait déjà prévenu Emmanuel Macron, le 10 mai à Aix-la-Chapelle, tout en insistant sur le fait qu’ « en Allemagne, il ne peut y avoir un fétichisme perpétuel pour les excédents budgétaires et commerciaux, car ils sont faits aux dépens des autres ».

Une analyse largement partagée par son ministre de l’Economie, qui reconnait que […]

Suite à lire sur : EURACTIV, Aline Robert, 15-05-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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