Le butin de guerre: le commerce d’héroïne de plusieurs milliards de dollars en Afghanistan

Cet article a été publié pour la première fois en 2005, puis mis à jour en janvier 2015 et en avril 2017.

La crise des opioïdes est liée à l’exportation d’héroïne hors d’Afghanistan. Alors qu’en 2001, avant l’invasion de l’Afghanistan par les États-Unis et l’OTAN, il n’y avait que 189,000 consommateurs d’héroïne aux États-Unis, en 2016, ce nombre s’élevait à 4,5 millions (2,5 millions d’héroïnomanes et 2 millions d’utilisateurs occasionnels).

Note de l’auteur et mise à jour

L’économie de l’opium en Afghanistan est une opération de plusieurs milliards de dollars qui alimente la flambée du marché américain de l’héroïne et qui fait actuellement l’objet de débats et de préoccupations publiques.

Au cours de la dernière décennie, la production d’opium afghane a connu une forte augmentation. À son tour, le nombre d’héroïnomanes aux États-Unis a augmenté de façon spectaculaire. Y a-t-il une relation?

« Il y avait 189,000 utilisateurs d’héroïne aux Etats-Unis en 2001, avant l’invasion de l’Afghanistan par les Etats-Unis et l’OTAN. En 2016, ce nombre s’élevait à 4,5 millions (2,5 millions d’héroïnomanes et 2 millions d’utilisateurs occasionnels). Les décès dû à l’héroïne sont passés de 1779 en 2001 à 10,574 en 2014, les champs de pavot à opium ayant métastasé de 7600 hectares en 2001 (début de la guerre américano-OTAN) à 224,000 hectares en 2016 (un hectare équivaut à environ 2,5 acres). Ironiquement, la soi-disant opération d’éradication américaine en Afghanistan a coûté environ 8,5 milliards de dollars aux contribuables américains depuis le début de la guerre entre les États-Unis et l’OTAN en octobre 2001 (Voir l’article de Sibel Edmonds, 22 août 2017). »

L’Afghanistan produit plus de 90% de l’opium qui alimente le marché de l’héroïne.

À leur tour, les États-Unis envoient maintenant plus de troupes en Afghanistan.

Soldats américains dans un champ de pavot en Afghanistan

Soldats américains dans un champ de pavot en Afghanistan

Nous ne devons pas oublier que la production d’opium a connu une forte hausse dans l’immédiat après l’invasion américaine en octobre 2001.

Qui protège les exportations d’opium hors d’Afghanistan?

En 2000-2001, « le gouvernement des Taliban, en collaboration avec les Nations Unies, a imposé une interdiction de la culture du pavot. En 2001, la production d’opium a diminué de plus de 90%. En fait, l’explosion de la production d’opium a coïncidé avec l’assaut de l’opération militaire dirigée par les États-Unis et la chute du régime des Taliban. D’octobre à décembre 2001, les agriculteurs ont commencé à replanter du pavot sur une base étendue (Cité de l’article ci-dessous) ».

L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), basé à Vienne, révèle que la culture du pavot s’étendait sur plus de 154,000 hectares en 2012, soit une augmentation de 18% par rapport à 2011. En 2013, un porte-parole de l’UNODC a confirmé que la production d’opium était montée à des niveaux jamais atteints.

En 2014, la culture de l’opium en Afghanistan a atteint un niveau record, selon l’enquête sur l’opium afghan de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (voir graphique ci-dessous). Une légère baisse s’est produite en 2015-2016.

La guerre est bonne pour les affaires. L’économie de l’opium afghan alimente un commerce lucratif de stupéfiants et de blanchiment d’argent.

En 2014, la culture de l'opium en Afghanistan atteignait un niveau record. Graphique Source: United Nations Office on Drugs and Crime’s (UNODC)

En 2014, la culture de l’opium en Afghanistan atteignait un niveau record. Graphique Source: United Nations Office on Drugs and Crime’s (UNODC)

Selon l’enquête sur l’opium menée en Afghanistan en 2012 et publiée en novembre 2012 par le Ministère de la lutte contre les stupéfiants (MCN) et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC). La production potentielle d’opium en 2012 était de l’ordre de 3700 tonnes, soit une baisse de 18% par rapport à 2001, selon les données de l’UNODC.

Il y a des raisons de croire que ce chiffre de 3700 tonnes est largement sous-estimé. De plus, cela contredit les prédictions de l’UNOCD concernant les récoltes record sur une zone de culture étendue.

Bien que le mauvais temps et les cultures endommagées aient pu jouer un rôle tel que suggéré par l’ONUDC, sur la base des tendances historiques, la production potentielle d’une zone de culture de 154,000 hectares devrait dépasser largement les 6000 tonnes. Avec 80,000 hectares cultivés en 2003, la production était déjà de l’ordre de 3600 tonnes.

Il convient de noter que l’UNODC a modifié les concepts et les chiffres sur les ventes d’opium et la production d’héroïne, comme indiqué par l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT).

Un changement dans la méthodologie de l’ONU en 2010 a entraîné une révision à la baisse des estimations de production d’héroïne afghane pour 2004-2011. L’UNODC estimait que la totalité de l’opium global était transformée en héroïne et fournissait des estimations de la production mondiale d’héroïne sur cette base. Avant 2010, un taux de conversion global d’environ 10 kg d’opium pour 1 kg d’héroïne a été utilisé pour estimer la production mondiale d’héroïne (17). Par exemple, on estime que les quelque 4620 tonnes d’opium récoltées dans le monde en 2005 permettaient de fabriquer 472 tonnes d’héroïne (UNODC, 2009a). Toutefois, l’UNODC estime désormais qu’une grande partie de la récolte d’opium en Afghanistan n’est pas transformée en héroïne ou en morphine, mais reste « disponible sur le marché des drogues sous forme d’opium » (UNODC, 2010a). … Rapport de l’UE sur les marchés de la drogue: analyse stratégique, OEDT, Lisbonne, janvier 2013

Rien n’indique qu’un pourcentage important de la production d’opium ne soit plus transformé en héroïne, comme le prétendent les Nations Unies. Cette méthodologie révisée de l’UNODC a permis, par la manipulation pure et simple de concepts statistiques, de réduire artificiellement la taille du commerce mondial de l’héroïne.

Selon l’UNODC, cité dans le rapport de l’OEDT:

« On estime que 3400 tonnes d’opium afghan n’ont pas été transformées en héroïne ou en morphine en 2011. Comparée aux années précédentes, cette proportion est exceptionnellement élevée, représentant près de 60% de la récolte d’opium en Afghanistan et près de 50% la récolte mondiale en 2011.

Ce que l’UNODC, dont le mandat est de soutenir la prévention des activités criminelles organisées, a fait est d’obscurcir l’importance et la nature criminelle du trafic de drogue afghan, laissant entendre – sans preuve – qu’une grande partie de l’opium n’est plus dirigée vers le marché illégal de l’héroïne.

En 2012 selon l’UNODC, les prix à la production de l’opium étaient de l’ordre de 196 par kg.

Chaque kg. d’opium produit 100 grammes d’héroïne pure. Les prix de détail de l’héroïne aux États-Unis (avec un faible niveau de pureté) sont, selon l’UNODC, de l’ordre de 172 dollars le gramme. Le prix par gramme d’héroïne pure est sensiblement plus élevé.

Les bénéfices sont largement récoltés au niveau des marchés internationaux de gros et de détail de l’héroïne ainsi que dans le processus de blanchiment d’argent dans les institutions bancaires occidentales.

Les revenus tirés du commerce mondial de l’héroïne constituent une manne de plusieurs milliards de dollars pour les institutions financières et le crime organisé.

Production record en 2016. Faux programme d’éradication

Selon l’UNODC:

« La production d’opium en Afghanistan a augmenté de 43 pour cent, soit 4800 tonnes, en 2016 par rapport aux niveaux de 2015, selon les derniers chiffres de l’Afghanistan Opium Survey publiés aujourd’hui par le ministère afghan de la lutte contre les stupéfiants et l’UNODC. La superficie consacrée à la culture du pavot à opium a également augmenté pour atteindre 201,000 hectares (ha) en 2016, soit une augmentation de 10% par rapport aux 183,000 hectares de 2015.

Cela représente une multiplication par vingt des superficies cultivées en opium depuis l’invasion américaine d’octobre 2001. En 2016, la production d’opium a augmenté d’environ 25 fois par rapport à 2001, passant de 185 tonnes en 2001 à 4800 tonnes en 2016.

Les derniers chiffres de l'Afghanistan Opium Survey publiés par l'UNODC

Les derniers chiffres de l’Afghanistan Opium Survey publiés par l’UNODC

L’article suivant, publié pour la première fois en mai 2005, donne un aperçu de l’histoire du commerce de l’opium afghan qui continue à ce jour d’être protégée par les forces d’occupation américaines et de l’OTAN au nom de puissants intérêts financiers.

Michel Chossudovsky, janvier 2015, août 2017, chiffres mis à jour pour 2016


Le butin de guerre: le commerce d’héroïne de plusieurs milliards de dollars en Afghanistan

par Michel Chossudovsky

Global Research, mai 2005

Depuis l’invasion de l’Afghanistan par les États-Unis en octobre 2001, le commerce de l’opium du Croissant d’Or a explosé. Selon les médias américains, cette contrebande lucrative est protégée par Oussama Ben Laden, les Talibans et, bien sûr, les seigneurs de la guerre, au mépris de la « communauté internationale ».

On affirme que l’héroïne « remplit les coffres des Talibans ». D’après le Département d’État américain:

« L’opium rapporte plusieurs milliards de dollars aux groupes extrémistes et criminels … Eliminer l’approvisionnement en opium est essentiel pour établir une démocratie sûre et stable, ainsi que pour gagner la guerre mondiale contre le terrorisme » (Déclaration du Secrétaire d’État adjoint Robert Charles, Audience du Congrès, 1er avril 2004)

Selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), la production d’opium en Afghanistan était estimée à 3600 tonnes en 2003, avec une superficie cultivée estimée à 80,000 hectares. (UNODC à http://www.unodc.org/unodc/index.html). Une récolte record encore plus importante a été prévue pour 2004.

Le Département d’Etat suggère que jusqu’à 120,000 hectares étaient cultivés en 2004. (Audience du Congrès, op cit):

 « Nous pourrions être sur la voie d’une poussée significative. Certains observateurs indiquent une croissance de 50 à 100% de la récolte de 2004 par rapport aux chiffres déjà troublants de l’année dernière. »(Ibid.)

« Operation Containment »

En réponse à l’essor post-taliban de la production d’opium, l’administration Bush a intensifié ses activités antiterroristes, tout en allouant des sommes importantes à l’initiative de l’Administration de lutte contre la drogue (Drug Enforcement Administration DEA) en Asie occidentale, cette politique étant baptisée « Operation Containment ».

Les divers rapports et déclarations officielles sont, bien sûr, mêlés à l’autocritique « équilibrée » habituelle selon laquelle « la communauté internationale n’en fait pas assez » et que nous avons besoin de « transparence ».

Les titres médiatiques sont:

« Les drogues, les seigneurs de la guerre et l’insécurité éclipsent le chemin de l’Afghanistan vers la démocratie ». En chœur, les médias américains accusent le défunt régime islamiste « dur », sans même mentionner que les Talibans – en collaboration avec les Nations unies – avaient imposé une interdiction de la culture du pavot en 2000. La production d’opium avait alors baissé de plus de 90% en 2001. En fait, l’explosion de la production d’opium a coïncidé avec l’assaut de l’opération militaire menée par les États-Unis et la chute du régime des Talibans. D’octobre à décembre 2001, les agriculteurs ont commencé à replanter du pavot à grande échelle.

Le succès du programme afghan d’éradication de la drogue sous les Talibans en 2000 a été reconnu lors de la session d’octobre 2001 de l’Assemblée générale des Nations Unies (qui a eu lieu quelques jours à peine après le début des bombardements de 2001). Aucun autre pays membre de l’UNODC n’a été en mesure de mettre en œuvre un programme comparable:

« En ce qui concerne le contrôle des drogues, je m’attendais à concentrer mes remarques sur les conséquences de l’interdiction de la culture du pavot à opium par les Talibans dans les zones sous leur contrôle … Nous avons maintenant les résultats de notre enquête annuelle sur la culture du pavot en Afghanistan. La production de cette année [2001] est d’environ 185 tonnes. Cela est en baisse par rapport aux 3300 tonnes de l’an dernier [2000], soit une diminution de plus de 94%. Par rapport à la récolte record de 4700 tonnes d’il y a deux ans, la diminution est bien supérieure à 97 pour cent.

Toute diminution des cultures illicites est la bienvenue, en particulier dans des cas comme celui-ci, où aucun déplacement [des cultures], sur place ou dans d’autres pays, n’a eu lieu pour affaiblir la réussite. »

(Remarques au nom du Directeur exécutif de l’UNODC à l’Assemblée générale des Nations Unies, octobre 2001, http://www.unodc.org/unodc/en/speech_2001-10-12_1.html)

La dissimulation des Nations Unies

Dans le sillage de l’invasion américaine se produit un changement de rhétorique. L’UNODC agit maintenant comme si l’interdiction de l’opium de 2000 n’avait jamais eu lieu:

« La bataille contre la culture des stupéfiants a été menée et gagnée dans d’autres pays et il est possible de le faire ici [en Afghanistan], avec une gouvernance forte et démocratique, une assistance internationale et une sécurité et une intégrité accrues ». (Déclaration du représentant de l’UNODC en Afghanistan à la Conférence internationale de lutte contre les stupéfiants de février 2004, http://www.unodc.org/pdf/afg/afg_intl_counter_narcotics_conf_2004.pdf, page 5).

En fait, Washington et l’UNODC prétendent maintenant que l’objectif des Talibans en 2000 n’était pas vraiment « l’éradication de la drogue », mais un stratagème détourné pour déclencher « une pénurie artificielle d’approvisionnement » dans le but de faire grimper les prix mondiaux de l’héroïne.

Ironiquement, cette logique tordue, qui fait désormais partie d’un nouveau « consensus des Nations Unies », est réfutée par un rapport du bureau de l’UNODC au Pakistan, qui a confirmé, à l’époque, qu’il n’y avait aucune preuve de stockage par les Talibans. (Deseret News, Salt Lake City, Utah, 5 octobre 2003)

L’agenda caché de Washington: relancer le commerce de la drogue

À la suite du bombardement de l’Afghanistan par les États-Unis en 2001, le gouvernement britannique de Tony Blair a été chargé par le Groupe G-8 des principaux pays industrialisés d’exécuter un programme d’éradication de la drogue qui devait permettre en théorie aux cultivateurs afghans de pavot de se recycler dans d’autres cultures. Les Britanniques travaillaient à Kaboul en étroite liaison avec l’opération « Containment » de la DEA américaine.

Le programme, parrainé par le Royaume-Uni, d’éradication des cultures est un écran de fumée évident. Depuis octobre 2001, la culture du pavot à opium a explosé. La présence des forces d’occupation en Afghanistan n’a pas entraîné l’éradication de la culture du pavot. C’est plutôt l’inverse.

L’interdiction de l’opium par les Talibans avait effectivement provoqué « le début d’une pénurie d’héroïne en Europe vers la fin de 2001 », comme l’a reconnu l’UNODC.

L’héroïne est une entreprise de plusieurs milliards de dollars soutenue par des intérêts puissants, ce qui nécessite un flux de marchandises stable et sûr. L’un des objectifs « cachés » de la guerre était précisément de ramener le commerce de la drogue parrainé par la CIA à son niveau historique et d’exercer un contrôle direct sur les routes de la drogue.

Immédiatement après l’invasion d’octobre 2001, les marchés de l’opium ont été restaurés. Les prix de l’opium ont monté en flèche. Au début de 2002, le prix de l’opium (en dollars/kg) était presque 10 fois plus élevé qu’en 2000.

En 2001, sous les Talibans, la production d’opiacés s’élevait à 185 tonnes, passant à 3400 tonnes en 2002 sous le régime fantoche du président Hamid Karzaï, parrainé par les États-Unis.

Tout en soulignant la lutte patriotique de Karzaï contre les Talibans, les médias omettent de mentionner qu’il avait auparavant collaboré avec ces derniers. Il a également été à la solde d’une grande compagnie pétrolière américaine, UNOCAL. En fait, depuis le milieu des années 1990, Hamid Karzaï a agi en tant que consultant et lobbyiste pour UNOCAL dans les négociations avec les Talibans. Selon le journal saoudien Al-Watan:

« Karzaï est un opérateur secret de la Central Intelligence Agency depuis les années 1980. Il a collaboré avec la CIA pour canaliser l’aide américaine aux Talibans à partir de 1994 quand les Américains ont secrètement et par l’intermédiaire des Pakistanais [en particulier l’ISI] soutenu l’accession au pouvoir des Talibans. « (Cité dans Karen Talbot, US Energy Giant Unocal Kaboul, Global Outlook, n ° 1, printemps 2002. page 70. Voir aussi BBC Monitoring Service, 15 décembre 2001)

Histoire du commerce de drogue du Croissant d’Or

Il convient de rappeler l’histoire du commerce de la drogue du Croissant d’Or, qui est intimement liée aux opérations secrètes de la CIA dans la région depuis la guerre soviéto-afghane et ses conséquences.

Avant la guerre soviéto-afghane (1979-1989), la production d’opium en Afghanistan et au Pakistan était destinée à de petits marchés régionaux. Il n’y avait pas de production locale d’héroïne. (Alfred McCoy, Drug Fallout: la complicité de quarante ans de la CIA dans le commerce des stupéfiants, The Progressive, 1er août 1997).

L’économie afghane des stupéfiants fut un projet soigneusement conçu par la CIA et soutenu par la politique étrangère américaine.

Comme l’ont révélé les scandales Iran-Contra et Bank of Commerce et Credit International (BCCI), les opérations secrètes de la CIA en soutien des moudjahidines afghans ont été financées par le blanchiment de l’argent de la drogue. « L’argent sale » a été recyclé – à travers un certain nombre d’institutions bancaires (au Moyen-Orient) ainsi que par des sociétés écrans anonymes de la CIA, en « argent caché », utilisé pour financer divers groupes d’insurgés pendant la guerre soviéto-afghane et ses conséquences:

« Parce que les Etats-Unis voulaient fournir aux rebelles moudjahidin en Afghanistan des missiles Stinger et d’autres équipements militaires, ils avaient besoin de la pleine coopération du Pakistan. Au milieu des années 1980, la présence de la CIA à Islamabad était une des plus importantes au monde. « Si la BCCI est si embarrassante pour les Etats-Unis et que des enquêtes franches ne sont pas menées, cela a beaucoup à voir avec le fait que les Etats-Unis se sont tournés vers le trafic d’héroïne au Pakistan », a déclaré un officier du renseignement américain (“The Dirtiest Bank of All,” Time, July 29, 1991, p. 22.).

L’étude d’Alfred McCoy confirme que seulement deux ans après le déclenchement des opérations clandestines de la CIA en Afghanistan, en 1979,

« les régions frontalières entre le Pakistan et l’Afghanistan sont devenu la première source mondiale d’héroïne, fournissant 60 % de la demande américaine. Au Pakistan, la population d’héroïnomanes est passée de près de zéro en 1979 à 1,2 million en 1985, soit une augmentation beaucoup plus forte que dans n’importe quelle autre pays. »

« Les actifs de la CIA contrôlaient à nouveau le commerce d’héroïne. Alors que les moudjahidines s’emparaient de territoires à l’intérieur de l’Afghanistan, ils ordonnaient aux paysans de planter de l’opium comme une taxe révolutionnaire. De l’autre côté de la frontière pakistanaise, des dirigeants afghans et des syndicats locaux, sous la protection des services de renseignement pakistanais, exploitaient des centaines de laboratoires d’héroïne. Au cours de cette décennie de trafic de drogue, l’Agence antidrogue américaine d’Islamabad (la DEA) a échoué à provoquer des saisies ou des arrestations majeures.

Les autorités américaines avaient refusé d’enquêter sur les accusations de trafic d’héroïne par leurs alliés afghans parce que la politique américaine en matière de stupéfiants en Afghanistan était subordonnée à la guerre contre l’influence soviétique dans ce pays. En 1995, l’ancien directeur de l’opération afghane, Charles Cogan, a avoué que la CIA avait effectivement sacrifié la Guerre contre la drogue à la Guerre froide. « Notre mission principale était d’infliger autant de dégâts que possible aux Soviétiques. Nous n’avions pas vraiment les ressources ou le temps nécessaires pour mener une enquête sur le trafic de drogue: « Je ne pense pas que nous devions nous excuser pour cela. Chaque situation a ses retombées. Il y a eu des retombées en termes de drogues, oui. Mais l’objectif principal a été accompli. Les Soviétiques ont quitté l’Afghanistan » (McCoy, op cit).

Le rôle de la CIA, qui est amplement documenté, n’est pas mentionné dans les publications officielles de l’UNODC, qui se concentrent sur les facteurs sociaux et politiques internes. Inutile de dire que les racines historiques du commerce de l’opium ont été grossièrement déformées (Voir UNODC http://www.unodc.org/pdf/publications/afg_opium_economy_www.pdf).

Selon l’UNODC, la production d’opium en Afghanistan a augmenté de plus de 15 fois depuis 1979. À la suite de la guerre soviéto-afghane, la croissance de l’économie des stupéfiants s’est poursuivie sans relâche. Les Talibans, qui ont été soutenus par les États-Unis, ont d’abord contribué à la poursuite de la croissance de la production d’opiacés jusqu’à l’interdiction de l’opium en 2000 (Voir UNODC http://www.unodc.org/pdf/publications/afg_opium_economy_www.pdf).

Ce recyclage de l’argent de la drogue a été utilisé pour financer les insurrections de l’après-guerre froide en Asie centrale et dans les Balkans, y compris Al-Qaïda (Pour plus de détails, voir Michel Chossudovsky, La guerre et la mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre, Perspectives mondiales, 2002, http://globalresearch.ca/globaloutlook/truth911.html).

Stupéfiants: troisième après le pétrole et le commerce des armes

Les revenus générés par le trafic de la drogue afghane parrainé par la CIA sont considérables. Le commerce afghan d’opiacés constitue une part importante du chiffre d’affaires annuel mondial des stupéfiants, estimé par l’ONU à 400-500 milliards de dollars (Douglas Keh, L’argent des drogues dans un monde en évolution, document technique n ° 4, 1998, PNUCID Vienne, page 4. Voir aussi Programme des Nations Unies pour le contrôle des drogues, Rapport de l’Organe international de contrôle des stupéfiants pour 1999, E/ INCB/1999/1 Nations Unies, Vienne 1999, p.49-51, et Richard Lapper, L’ONU craint la croissance du commerce d’héroïne, Financial Times, 24 février 2000). Au moment de la publication de ces chiffres de l’ONU (1994), le commerce mondial (estimé) de drogues était du même ordre de grandeur que celui du pétrole.

Le FMI estime que le blanchiment d’argent mondial se situe entre 590 milliards et 1 500 milliards de dollars par an, soit 2 à 5% du PIB mondial. (Asian Banker, 15 août 2003). Une part importante du blanchiment d’argent mondial, telle qu’estimée par le FMI, est liée au commerce des stupéfiants.

Basé sur des chiffres récents (2003), le trafic de drogue constitue « le troisième produit mondial en termes de liquidités après le pétrole et le commerce des armes » (The Independent, 29 février 2004).

De plus, les chiffres ci-dessus, y compris ceux sur le blanchiment d’argent, confirment que les groupes terroristes et les chefs de guerre ne s’approprient pas la majeure partie des revenus associés au commerce mondial des stupéfiants, comme le suggère le rapport de l’UNODC.

Il existe de puissants intérêts commerciaux et financiers derrière la drogue. De ce point de vue, le contrôle géopolitique et militaire des routes de la drogue est aussi stratégique que celui du pétrole et des oléoducs.

Toutefois, ce qui distingue la drogue des commerces légaux est que les narcotiques constituent une source majeure de richesse non seulement pour le crime organisé, mais aussi pour l’appareil de renseignement américain qui devient de plus en plus un acteur puissant dans les domaines bancaire et financier.

À son tour, la CIA, qui protège le commerce de la drogue, a développé des liens complexes d’affaires et d’infiltration avec les principaux groupes criminels impliqués dans ce trafic.

En d’autres termes, les agences de renseignement et les puissants syndicats d’affaires alliés au crime organisé se disputent le contrôle stratégique des routes de l’héroïne. Les revenus de plusieurs milliards de dollars provenant du trafic de drogue sont déposés dans le système bancaire occidental. La plupart des grandes banques internationales ainsi que leurs filiales dans les paradis bancaires offshore blanchissent de grandes quantités de narco-dollars.

Ce commerce ne peut prospérer que si les principaux acteurs impliqués dans les stupéfiants ont des « amis politiques haut placés ». Les entreprises légales et illégales sont de plus en plus interdépendantes, la ligne de démarcation entre les « hommes d’affaires » et les criminels est floue. À leur tour, les relations entre les criminels, les politiciens et les membres de la direction du renseignement ont entaché les structures de l’État et le rôle de ses institutions.

Ou va l’argent? Qui profite du commerce de l’opium afghan?

Ce commerce est caractérisé par un réseau complexe d’intermédiaires. Il y a différentes étapes dans le trafic de drogue, plusieurs marchés interdépendants, de l’éleveur de pavot appauvri en Afghanistan aux marchés de gros et de détail de l’héroïne dans les pays occidentaux. En d’autres termes, il existe une « hiérarchie des prix » pour les opiacés.

Cette hiérarchie des prix est reconnue par l’administration américaine: « L’héroïne afghane se vend sur le marché international des stupéfiants 100 fois le prix que les agriculteurs obtiennent pour leur opium dès la sortie du champ » (Département d’Etat américain cité par Voice of America (VOA), 27 février 2004).

Selon l’UNODC, l’opium en Afghanistan a généré en 2003 « un revenu d’un milliard de dollars américains pour les agriculteurs et de 1,3 milliard de dollars américains pour les trafiquants, soit plus de la moitié du revenu national de ce pays ».

Conformément à ces estimations de l’UNODC, le prix moyen de l’opium frais était de 350 dollars le kilo (2002) et la production de 2002 était de 3400 tonnes. (http://www.poppies.org/news/104267739031389.shtml).

L’estimation de l’UNDOC, basée sur les prix locaux de vente à la ferme et de gros, ne représente toutefois qu’un très faible pourcentage du chiffre d’affaires total du trafic de la drogue afghane qui rapporte plusieurs milliards de dollars. L’UNODC estime à 30 milliards de dollars le « chiffre d’affaires annuel total du commerce international » des opiacés afghans. L’examen des prix de gros et de détail de l’héroïne dans les pays occidentaux laisse toutefois supposer que les recettes totales générées, y compris celles du commerce de détail, sont nettement plus élevées.

Prix ​​de gros de l’héroïne dans les pays occidentaux

On estime qu’un kilo d’opium produit environ 100 grammes d’héroïne (pure). La DEA américaine confirme que l’héroïne SWA (South West Asia ce qui veut dire l’Afghanistan) à New York se vendait à la fin des années 1990 de 85,000 à 190,000 dollars par kilogramme en gros avec un taux de pureté de 75% (National Drug Intelligence Centre, http://www.usdoj.gov/ndic/pubs/648/ny_econ.htm).

Selon la Drug Enforcement Administration des États-Unis, « le prix de l’héroïne SEA (Asie du Sud-Est) varie entre 70,000 et 100,000 dollars par unité (700 grammes) et la pureté de l’héroïne se situe entre 85 et 90 pour cent » (ibid.). L’unité SEA de 700 gr (85-90% de pureté) se traduit par un prix de gros par kg. pour l’héroïne pure allant de 115,000 à 163 000 dollars.

Les chiffres de la DEA cités ci-dessus, tout en reflétant la situation dans les années 90, sont globalement conformes aux chiffres britanniques récents. Selon un rapport publié dans le Guardian (11 août 2002), le prix de gros de l’héroïne (pure) à Londres (Royaume-Uni) était de l’ordre de 50,000 livres sterling, soit environ 80,000 dollars (2002).

Considérant qu’il existe une concurrence entre les différentes sources d’approvisionnement en héroïne, il convient de souligner que l’héroïne afghane représente un pourcentage relativement faible du marché américain de l’héroïne, qui est en grande partie fourni à partir de la Colombie.

Prix ​​de détail:

USA

« La NYPD note que les prix de détail de l’héroïne sont en baisse et que la pureté est relativement élevée. L’héroïne se vendait auparavant à environ 90 dollars le gramme, mais elle se vend maintenant entre 65 et 70 dollars le gramme ou même moins. Des informations anecdotiques provenant de la NYPD indiquent que la pureté pour un sac d’héroïne varie généralement de 50 à 80%, mais peut être aussi faible que 30%. D’après les données de juin 2000, les paquets (10 sachets) achetés par de petits dealers en quantités plus importantes (environ 150 paquets) auprès de vendeurs dominicains se vendaient à 40 dollars pièce ou 55 dollars pièce à Central Park. La DEA rapporte qu’une once d’héroïne se vend habituellement de 2500 à 5000 dollars, un gramme de 70 à 95 dollars, un paquet de 80 à 90 dollars et un sachet à 10 dollars. Le DMP rapporte que la pureté moyenne de l’héroïne au niveau de la rue en 1999 était d’environ 62% » (National Drug Intelligence Center, http://www.usdoj.gov/ndic/pubs/648/ny_econ.htm).

Les chiffres des prix de détail de la NYPD et de la DEA semblent cohérents. Le prix donné par la DEA de 70 à 95 dollars, avec une pureté de 62 pour cent, se traduit par 112 à 153 dollars par gramme d’héroïne pure. Les chiffres de NYPD sont à peu près similaires avec peut-être des estimations plus faibles pour la pureté.

Il convient de noter que lorsque l’héroïne est achetée en très petites quantités, le prix de détail a tendance à être beaucoup plus élevé. Aux États-Unis, l’achat est souvent effectué par « sachets »; selon Rocheleau et Boyum un sachet typique contient 25 milligrammes d’héroïne pure.

(http://www.whitehousedrugpolicy.gov/publications/drugfact/american_users_spend/appc.html)

Un sachet de 10 dollars à New York (selon le chiffre de la DEA cité ci-dessus) représenterait un prix de 400 dollars par gramme, chaque sac contenant 0,025 gr. d’héroïne pure. (op cit). En d’autres termes, pour les très petits achats commercialisés par les vendeurs de rue, la marge de détail tend à être significativement plus élevée. Dans le cas de l’achat du sachet de 10 $, il est environ 3 à 4 fois le prix de détail par gramme correspondant (112 $ – 153 $)

Royaume-Uni

En Grande-Bretagne, le prix de vente au détail par gramme d’héroïne, selon les sources de la police britannique, « est tombé de 74 livres en 1997 à 61 livres [en 2004]. » [C.-à-d. d’environ 133 dollars à 110, selon le taux de change de 2004] (Independent, 3 mars 2004). Dans certaines villes, il était aussi bas que 30-40 livres par gramme avec un faible niveau de pureté. (AAP News, 3 mars 2004). Selon Drugscope (http://www.drugscope.org.uk/), le prix moyen d’un gramme d’héroïne en Grande-Bretagne se situe entre 40 et 90 livres (de 72 à 162 dollars le gramme) (le rapport ne mentionne pas la pureté) . Le prix de vente de l’héroïne était de 60 livres par gramme en avril 2002, selon le National Criminal Intelligence Service.

(Voir: drugscope.org.uk)

La hiérarchie des prix

Nous avons affaire à une hiérarchie des prix, du prix à la production dans le pays producteur, à la hausse, jusqu’au prix de détail final. Ce dernier représente souvent 80-100 fois le prix payé à l’agriculteur.

En d’autres termes, le produit opiacé traverse plusieurs marchés, du pays producteur au(x) pays de transbordement et de ce(s) dernier(s) aux pays consommateurs. Dans ce dernier cas, il existe de larges marges entre « le prix de débarquement » au point d’entrée, exigé par les cartels de la drogue et les prix de gros et ceux de détail dans la rue, protégés par le crime organisé occidental.

Le produit global du commerce afghan des stupéfiants

En Afghanistan, la production de 3600 tonnes d’opium déclarée en 2003 permettrait la production d’environ 360,000 kg d’héroïne pure. Selon l’ONUDC, les revenus bruts revenant aux agriculteurs afghans seraient de l’ordre de 1 milliard de dollars auquel on doit ajouter 1,3 milliard revenant aux trafiquants locaux.

Vendue sur les marchés occidentaux à un prix de gros de l’ordre de 100,000 dollars le kilo (avec un taux de pureté de 70%), le produit de gros global (correspondant à 3 600 tonnes d’opium afghan) serait de l’ordre de 51,4 milliards de dollars. Ce dernier constitue une estimation prudente basée sur les différents chiffres des prix de gros de la section précédente.

Le produit total du commerce de stupéfiants afghans (en termes de valeur ajoutée totale) est estimé en utilisant le prix de détail final de l’héroïne. En d’autres termes, la valeur au détail du commerce est en fin de compte le critère pour mesurer l’importance du commerce de la drogue en termes de génération de revenus et de création de richesse.

Une estimation significative de la valeur de détail est cependant presque impossible à établir en raison du fait que les prix de détail varient considérablement dans les zones urbaines, d’une ville à l’autre et entre pays consommateurs, sans parler des variations de pureté et de qualité. .

Les données sur les marges des détaillants, à savoir la différence entre les prix de gros et de détail dans les pays consommateurs, suggèrent néanmoins qu’une part importante du produit total (monétaire) du commerce de la drogue est générée au niveau du détail.

En d’autres termes, une part importante du produit du commerce de la drogue revient aux syndicats criminels et commerciaux des pays occidentaux impliqués dans les marchés locaux de gros et de détail des stupéfiants. Et les différentes bandes criminelles impliquées dans le commerce de détail sont invariablement protégées par les syndicats du crime « d’entreprise ».

90% de l’héroïne consommée au Royaume-Uni provient d’Afghanistan. En utilisant le chiffre britannique de 110 dollars le gramme (avec un niveau de pureté supposé de 50%), la valeur totale du commerce de stupéfiants afghans en 2003 (3600 tonnes d’opium) serait de l’ordre de 79,2 milliards de dollars. Ce dernier devrait être considéré comme une simulation plutôt qu’une estimation.

Selon cette hypothèse (simulation), un milliard de dollars de revenus bruts pour les agriculteurs en Afghanistan (2003) générerait des revenus mondiaux de stupéfiants, -s’accumulant à divers stades et sur différents marchés- de l’ordre de 79,2 milliards de dollars. Ces recettes globales reviennent aux syndicats d’entreprises, aux agences de renseignement, au crime organisé, aux institutions financières, aux grossistes, aux détaillants, etc. impliqués directement ou indirectement dans le commerce de la drogue.

À son tour, le produit de ce commerce lucratif est déposé dans les banques occidentales, qui constituent un mécanisme essentiel dans le blanchiment de l’argent sale.

Un très faible pourcentage revient aux agriculteurs et aux commerçants du pays producteur. Gardez à l’esprit que le revenu net revenant aux agriculteurs afghans ne représente qu’une fraction du montant estimé à 1 milliard de dollars. Ce dernier ne comprend pas les paiements d’intrants agricoles, les intérêts sur les prêts aux prêteurs d’argent, la protection politique, etc.

(Voir aussi ONUDC, L’économie de l’opium en Afghanistan, http://www.unodc.org/pdf/publications/afg_opium_economy_www.pdf, Vienne, 2003, p.7-8)

La part de l’héroïne afghane dans le marché mondial des drogues

L’Afghanistan produit plus de 70% de l’offre mondiale d’héroïne et cette drogue représente une fraction non négligeable du marché mondial des stupéfiants, estimé par l’ONU à 400-500 milliards de dollars.

Il n’existe pas d’estimations fiables sur la répartition du commerce mondial des stupéfiants entre les catégories principales: Cocaïne, Opium / Héroïne, Cannabis, Stimulants de type amphétamine (ATS), Autres drogues.

Le blanchiment de l’argent de la drogue

Le produit du commerce de la drogue est déposé dans le système bancaire. L’argent de la drogue est blanchi dans les nombreux paradis bancaires offshore de Suisse, du Luxembourg, des îles anglo-normandes, des îles Caïmans et d’une cinquantaine d’autres endroits dans le monde. C’est ici que les syndicats criminels impliqués dans le commerce de la drogue et les représentants des plus grandes banques commerciales du monde interagissent. De l’argent sale est déposé dans ces paradis offshore, contrôlés par les principales banques commerciales occidentales. Ces derniers ont tout intérêt à maintenir et à soutenir le commerce de la drogue (Pour plus de détails, voir Michel Chossudovsky, La corruption à l’assaut des Etats – Comment les mafias gangrènent l’économie mondiale, Le Monde diplomatique décembre 1996 https://www.monde-diplomatique.fr/1996/12/CHOSSUDOVSKY/5945).

Une fois que l’argent a été blanchi, il peut être recyclé en investissements de bonne foi non seulement dans l’immobilier, les hôtels, etc., mais aussi dans d’autres domaines tels que l’économie des services et la production d’usine. L’argent sale et caché est également canalisé dans divers instruments financiers, y compris le commerce des produits dérivés, des produits primaires, des stocks et des obligations d’État.

Remarques finales: Criminalisation de la politique étrangère américaine

La politique étrangère américaine soutient le fonctionnement d’une économie criminelle florissante dans laquelle la démarcation entre le capitalisme traditionnel et le crime organisé s’estompe de plus en plus.

L’industrie de l’héroïne ne « remplit pas les coffres des talibans » comme le prétendent le gouvernement américain et la communauté internationale: bien au contraire! Le produit de ce commerce illégal est la source de la formation de la richesse, largement récoltée par de puissants intérêts commerciaux/criminels dans les pays occidentaux. Ces intérêts sont soutenus par la politique étrangère américaine.

La prise de décision au Département d’État américain, à la CIA et au Pentagone contribue à soutenir ce commerce hautement rentable de plusieurs milliards de dollars, le troisième en valeur marchande après le pétrole et le commerce des armes.

L’économie de la drogue afghane est « protégée ».

Le commerce de l’héroïne faisait partie des plans de guerre. Ce que cette guerre aura accompli, c’est le rétablissement d’un narco-régime dirigé par un gouvernement fantoche nommé par les États-Unis.

Les puissants intérêts financiers derrière les stupéfiants sont soutenus par la militarisation des principaux triangles de la drogue (et des routes de transbordement), y compris le Croissant d’Or et la région andine d’Amérique du Sud (dans le cadre de l’Initiative andine).

La culture du pavot à opium en Afghanistan Source: PNUCID et UNOCD

La culture du pavot à opium en Afghanistan Source: PNUCID et UNOCD

Ci-dessus : La culture du pavot à opium en Afghanistan

Michel Chossudovsky

 

Source: PNUCID, Afghanistan, Enquête sur le pavot à opium, 2001, UNOCD, Enquête sur le pavot à opium, 2002. http://www.unodc.org/pdf/afg/afg_opium_survey_2002.pdf

Voir aussi le communiqué de presse: http://www.unodc.org/unodc/press_release_2004-03-31_1.html, et 2003 Survey: http://www.unodc.org/pdf/afg/afghanistan_opium_survey_2003.pdf

 

Article en anglais:

The Spoils of War: Afghanistan’s Multibillion Dollar Heroin Trade

Traduction : La Gazette du Citoyen, 21 novembre 2017

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L’OTAN demande une conversion à l’économie de guerre

L’OTAN demande une conversion à l’économie de guerre


Par Wolfgang Jungmann – Le 15 novembre 2017 – Source NEOPresse

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN

Le Secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg a appelé, à l’occasion de la rencontre des ministres de la Guerre de l’OTAN, à orienter la planification de l’infrastructure civile vers les besoins de l’armée : « Il ne s’agit pas seulement de commandement. Nous devons également veiller à ce que les routes et les ponts soient assez solides pour supporter les plus massifs de nos véhicules et que les réseaux ferroviaires pour le transport rapide de blindés et de matériel lourd soient bien équipés. »

Les rôles clés seraient assurés par les gouvernements nationaux, le secteur privé et l’Union européenne.

Stoltenberg n’a laissé planer aucun doute sur la direction que prendront les mouvements de troupes : « Les routes et les voies mal adaptées pour le transport des chars rendent actuellement difficile par exemple un déplacement rapide de troupes vers les pays baltes. »

C’est de nouveau contre la Russie. Exactement comme le Führer avait développé le réseau d’autoroutes par tous les moyens dans les années 1930, pour déplacer le plus rapidement possible des troupes et du matériel vers l’Est (le dernier tronçon de l’A2, qui reliait Berlin à la Ruhr, a été inauguré ponctuellement le 23 septembre 1939, pour le début de la Seconde Guerre mondiale), le renforcement de l’infrastructure de transport fait partie aujourd’hui encore d’une préparation consciencieuse et responsable de la guerre.

L’ensemble de l’UE a immédiatement pris position, claqué des talons et promis solennellement de remettre prochainement en état le réseau de transports à l’abandon en Europe. Die Zeit rapporte : « Federica Mogherini, la représentante de l’UE pour les affaires étrangères, a annoncé à Bruxelles que la Commission européenne diffuserait, d’ici la fin de la semaine, des propositions sur la manière dont le transport de troupes à l’intérieur de l’Europe peut être amélioré. »

Cette entrée massive de la politique en faveur d’une économie de guerre, dans laquelle toutes les activités se concentrent uniquement sur le renforcement de la capacité de faire la guerre, est le point culminant d’une propagande belliqueuse s’aggravant sans cesse. En la matière, un pas entraîne toujours l’autre. Il semble toujours que l’OTAN soit en position défensive par rapport à la Russie et qu’en plus sa force militaire doive être nettement supérieure.

Ainsi les agressions actuelles de l’OTAN contre la Russie sont fondées sur la situation en Ukraine, sa prétendue annexion de la Crimée et son intervention dans la guerre en Syrie. Ici, la véracité des faits et du contexte historique ne joue aucun rôle. L’important est de présenter toutes les agressions par les États-Unis et l’OTAN exclusivement comme des mesures défensives. Presque toujours, au début d’une crise, d’un conflit, on peut entendre les bruits de bottes de l’OTAN.

Par exemple, les États-Unis ont mis le feu en Ukraine il y a plusieurs années, lorsque s’y jouait en 2004, aux yeux du public, une mise en scène convaincante.

« Soixante-cinq millions de dollars fournis par les contribuables ont été versés depuis 2002 par le Département d’État américain pour les élections en Ukraine, par le biais du NED et des fondations des partis Démocrate et Républicain aux États-Unis, respectivement le NDI et l’IRI », écrit Der Spiegel dans son numéro 46 de 2005. Il cite le sénateur républicain Ron Paul :

« Nous ne savons pas exactement combien de millions ou de douzaines de millions de dollars le gouvernement des États-Unis a dépensé pour l’élection présidentielle en Ukraine. Mais nous savons qu’une grande partie de cet argent était destinée à soutenir un candidat spécifique ». Puis il explique à ses lecteurs : « Victor Iouchtchenko ».

En ce moment, des faits importants, selon lesquels les élections présidentielles aux États-Unis auraient été manipulées par la Russie, constituent ainsi un levier pour continuer à stigmatiser la Russie.

Comme on le sait, l’affaire du changement de régime et de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN a mal tourné à l’époque. Der Spiegel a toutefois écrit ces mots prophétiques en 2005 déjà :

« D’un autre côté, il n’y a plus de retour en arrière possible pour les États-Unis et leurs alliés. Beaucoup d’argent, beaucoup d’efforts ont été investis. Dans les semaines précédant l’élection (de Iouchtchenko à la présidence de l’Ukraine), des valises d’argent liquide provenant des États-Unis furent livrées à l’aéroport de Kiev, raconte la comptable de l’organisation d’opposition ‘Notre Ukraine’. Un don américain privé de plus de 150 000 dollars a été temporairement mis à l’écart parce que personne ne savait plus où l’affecter. »

Ce qui était vrai alors l’est encore plus aujourd’hui. S’il y avait à l’époque « beaucoup de millions ou de douzaines de millions de dollars », en 2014, dix ans plus tard, selon la secrétaire d’État américaine alors en poste Victoria Nuland, c’était plus de 5 milliards de dollars que les États-Unis et leurs alliés avaient investis dans un changement de régime en Ukraine, dont l’unique but était d’encercler la Russie. Nuland a mentionné cette somme dans une conversation téléphonique interceptée par le service de renseignement ukrainien le 28 janvier 2014.

Tout le monde sait qu’il faut des retours sur investissement. Les retours, dans une Ukraine colonisée par l’Occident, permettraient avant tout de bloquer facilement les livraisons de pétrole et de gaz de la Russie, puisque ces sources d’énergie sont amenées dans l’UE par le système de pipeline ukrainien. Ensuite, les fournisseurs d’énergie dominés par les États-Unis se précipiteraient.

L’hebdomadaire Die Zeit cite le prof. John Mearsheimer, qui enseigne la science politique à l’Université de Chicago, dans un article d’Alice Bota du 17 mai 2015, dans lequel celle-ci se donne toute les peines du monde pour nier l’influence américaine en Ukraine :

« Selon lui (le prof. Maersheimer), Washington poursuit sa politique d’ingérence en Ukraine, dix ans après la Révolution orange. Pour lui, c’est clair : les manifestations sur le Maïdan, qui ont finalement abouti au renversement du président Victor Ianoukovitch le 22 février 2014, ont été préparées par les Américains pendant des années, avec beaucoup d’argent. Un coup d’État. L’Amérique voulait un changement de pouvoir car elle voulait gagner de l’influence sur l’Ukraine. »

Bien que l’on veuille absolument nous faire croire que les manifestations du Maïdan ont conduit au renversement de Ianoukovitch, les manifestants étaient, dans le meilleur des cas, des figurants dans un drame qui se déroulait devant l’opinion publique mondiale, et dont le déroulement et l’issue étaient décidés depuis longtemps. Les temps changent, de même que Serge Eisenstein a essayé en 1928, avec les moyens du cinéma muet et des milliers de figurants, de donner une image de la Révolution d’Octobre qui avait très peu à voir avec la réalité, les tireurs de ficelles aux États-Unis ont donné, avec l’aide des nouveaux médias, l’image d’une insurrection populaire en Ukraine qui n’a jamais eu lieu.

Le renversement du pouvoir à Kiev était décidé depuis longtemps. Le Maïdan n’a été que l’occasion bienvenue de frapper enfin. Après plusieurs semaines de manifestations contre un gouvernement corrompu, qui n’a pas hésité à « violer son propre peuple », le monde était prêt pour le « décompte final ». Le 20 février, la violence s’est intensifiée. Il y a eu des coups de feu. Le soir, 70 personnes gisaient, mortes, sur le pavé. Les responsables des tirs en embuscade ne sont toujours pas identifiés, encore moins jugés. [Si, on sait aujourd’hui qui étaient les tireurs. Voir cet article, NdT] Notamment parce que le nouveau gouvernement a montré peu d’enthousiasme pour faire la lumière.

L’important n’était pas la vérité, mais ce qui était tenu pour la vérité dans l’opinion publique et c’était l’histoire que les médias racontaient déjà alors que les corps des morts n’étaient pas encore froids : les Berkut, les forces spéciales de Ianoukovitch, avaient tiré indistinctement dans la foule – sur ordre du président. Ainsi Ianoukovitch était définitivement discrédité et visé. Il a fui la foule excitée par le parti nazi « Secteur droit » : « Ils réclament la peine de mort, ils veulent le mettre au pilori, mais il doit au moins aller au tribunal », et Der Spiegel se réjouissait encore le 24 février de voir enfin en Russie un spectacle semblable à la pendaison publique de Saddam Hussein ou à l’ignoble assassinat de Kadhafi.

Les forces qui se trouvaient maintenant au pouvoir en Ukraine ne représentaient plus du tout une grande partie de la population ukrainienne. Selon le dernier recensement à peu près fiable, environ 8 334 100 Russes ethniques vivaient en Ukraine, soit 17,3% de la population totale. L’une des premières mesures du nouveau gouvernement a été la suppression du russe comme deuxième langue officielle. Cela a suscité la colère, en particulier, des habitants des oblasts de Lougansk et de Donetsk, où la proportion de la population russe est respectivement de 39% et de 38,2%, et en Crimée, où les Russes sont majoritaires. La loi existe toujours. Si elle n’est plus en vigueur actuellement, elle  pourrait à tout moment le redevenir.

La population a protesté, ce qui a poussé le nouveau gouvernement à envoyer des troupes [contre les régions rétives du Donbass, NdT] qui, armées jusqu’aux dents, ont même utilisé l’artillerie. En juillet, le nouveau président ukrainien, le fabricant de chocolat et oligarque Porochenko, a déclaré, tout à fait dans le style des généraux de la Wehrmacht lors de la Seconde Guerre mondiale : « Les militants paieront de centaines de vies celle de chacun de nos soldats. »

Die Welt écrivait le 19 décembre 2012 :

« Les directives du haut commandement de la Wehrmacht de septembre 1941 ordonnaient par exemple de fusiller de 40 à 100 ‘communistes, nationalistes ou démocrates’ par soldat allemand tué… Dans la Yougoslavie occupée, le général Franz Böhme avait établi que pour chaque soldat allemand tué, il fallait fusiller 100 otages, et que pour chaque blessé, il fallait en fusiller 50. »

Wilhelm Keitel, le commandant en chef de l’armée allemande, a été condamné à mort par pendaison le 1er octobre 1946 lors du procès de Nuremberg contre les principaux criminels de guerre, entre autres à cause de ses « ordonnances de représailles » [contre les otages civils, NdT]. La peine a été exécutée le 16 octobre 1946 à Nuremberg.

En Crimée, le gouvernement russe devait craindre pour le maintien de sa flotte de la mer Noire à Sébastopol. Déjà sous le président Iouchtchenko, pro-occidental, l’accord conclu en 1997 et valable jusqu’en 2017 sur l’utilisation des installations par la flotte russe à Sébastopol était utilisé par l’Ukraine comme moyen de chantage sur la Russie.

Au cours du conflit gazier de 2005-2006, l’Institut pour la sécurité nationale de l’Ukraine a proposé qu’« une série de compromis politiques devait être recherchée suite à l’augmentation rapide des prix de l’approvisionnement en gaz, fixés dans l’accord ukrainien [avec la Russie, NdT]. Cela comprenait l’accord sur le retrait anticipé (au 1er janvier 2012) de Crimée de la flotte russe en mer Noire et le protocole dans lequel la Russie devrait déclarer explicitement qu’elle n’aurait pas d’objections à l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN dans un avenir prévisible (2008-2010) », comme l’écrit assez maladroitement Lyudmyla Synelnyk dans l’ouvrage paru en 2013 Energieressourcen und politische Erpressung : Der Gasstreit zwischen Russland und der Ukraine” (Ressources énergétiques et chantage politique : le conflit gazier entre la Russie et l’Ukraine). En 2008, Iouchtchenko se penchait encore une fois personnellement sur la question. Lyudmyla Synelnyk écrit :

« C’est ainsi que le 20 mai 2008 (donc quelques mois avant la guerre en Géorgie d’août 2008) – contrairement aux affirmations de la presse occidentale selon lesquelles cette exigence était une réaction à la participation d’éléments de la flotte russe à la guerre) – le gouvernement ukrainien a été chargé par décret présidentiel de préparer un projet de loi sur l’abrogation de l’accord russo-ukrainien sur le stationnement de la flotte de la mer Noire russe après 2017. »

Bien que le traité ait été prolongé de 2010 à 2042, Poutine savait que l’expulsion de la flotte de Sébastopol menaçait la Russie au plus tard en 2017, les États-Unis prenant ensuite possession des installations, les forces au pouvoir à Kiev n’ont d’entrée pas reconnu la prolongation de l’accord.

On peut appeler cela une politique de puissance, mais la Russie devait agir, tant en Ukraine de l’Est, dont la séparation du reste du pays était planifiée et acceptée tout à fait ouvertement avec un haussement d’épaules dans les médias occidentaux dès le début du Maïdan, qu’en Crimée. La Russie avait été massivement défiée par les États-Unis, l’OTAN et l’Union européenne. Mais maintenant, elle était présentée comme l’unique agresseur.

On reconnaît sans peine le même schéma dans le cas de la Syrie. Des troubles intérieurs limités ont été utilisés pour amener dans le pays des mercenaires, des armes et des munitions en grand nombre sous le prétexte de protéger la population d’un dictateur massacreur de son propre peuple. Un mémorandum qui se trouvait dans les courriels piratés de Hillary Clinton démontre qu’il ne s’agit en aucun cas, pour les États-Unis, de liberté et de droits de l’homme pour la population syrienne.

Le document ne porte ni la date ni le nom de son auteur, d’où on peut déduire qu’il s’agit d’un proche collaborateur de Clinton, ou de la ministre américaine des Affaires étrangères de l’époque elle-même. À partir de quelques passages du texte, on peut facilement dater la rédaction du papier à mars-avril 2012, donc à un stade très précoce de la guerre en Syrie.

La toute première phrase dans le document de WikiLeaks dément la version américaine de l’ingérence : « La meilleure façon d’aider Israël à faire face à la menace nucléaire croissante de l’Iran est d’aider les Syriens à renverser le régime de Bachar al-Assad. »

Il s’agissait donc à l’évidence d’affaiblir l’Iran en le privant de son plus fidèle allié. Il s’agissait de maintenir le monopole d’Israël sur les armes nucléaires au Proche-Orient : « Ce dont l’armée israélienne s’inquiète vraiment – mais ne peut pas en parler ouvertement – c’est de la perte de son monopole nucléaire. Une capacité nucléaire iranienne ne mettrait pas seulement fin à ce monopole, mais pourrait aussi inciter d’autres adversaires, comme l’Arabie saoudite et l’Égypte, à s’équiper d’armes nucléaires. »

La secrétaire d’État américaine ou l’un de ses plus proches collaborateurs révèlent au printemps 2012 les vraies réflexions de l’administration Obama : « C’est la relation stratégique entre l’Iran et le régime de Bachar al-Assad en Syrie qui permet à l’Iran de saper la sécurité d’Israël (…) par ses alliés au Liban, comme le Hezbollah, qui est soutenu, armé et formé par l’Iran en Syrie. »

De cela, il n’y a qu’une conclusion à tirer : « La fin du régime d’Assad mettrait fin à cette alliance dangereuse. »

Visiblement, on ne faisait pas confiance à ses propres négociations avec l’Iran sur la limitation de son programme nucléaire, ces dernières n’avaient d’emblée qu’une fonction d’alibi : « Les négociations sur la limitation du programme nucléaire iranien ne résoudront pas le dilemme sécuritaire d’Israël. Elles n’empêcheront pas non plus l’Iran de continuer à développer la partie décisive de son programme nucléaire – la capacité d’enrichir l’uranium. »

Et donc, en 2012, le renversement d’Assad n’était considéré à Washington que comme la première étape d’une importante solution définitive. La petite guerre avant la très grande contre l’Iran : « Faire tomber Assad ne serait pas seulement une énorme bénédiction pour la sécurité d’Israël, cela atténuerait également la peur compréhensible d’Israël de la perte de son monopole nucléaire. Ensuite Israël et les États-Unis pourraient développer une vision commune au moment où le programme iranien serait si dangereux qu’une action militaire pourrait se justifier. »

On pensait procéder avec Assad et sa famille comme auparavant avec Saddam Hussein en Irak ou Mouammar Kadhafi en Libye : « Sa vie et sa famille étant en danger, seule la menace ou l’usage de la force changera l’esprit du dictateur Bachar al-Assad. »

On n’avait pas non plus l’intention de se laisser entraver par le droit international. Le Conseil de sécurité de l’ONU, qui devait approuver une intervention militaire contre la Syrie, a été écarté d’autorité : « La Russie ne soutiendra jamais une telle mission, donc cela n’a aucun sens de passer par le Conseil de sécurité des Nations unies. »

Quant à la Russie alliée de la Syrie, où se trouve sa seule base militaire en Méditerranée, elle était encore considérée comme beaucoup trop faible pour qu’on doive se préoccuper davantage de sa réaction : « Certains soutiennent que la participation des États-Unis fait courir le risque d’une autre guerre avec la Russie. Mais l’exemple du Kosovo montre autre chose. Dans ce cas, la Russie avait de vrais liens ethniques et politiques avec les Serbes, des liens qui n’existent pas entre la Russie et la Syrie, et même alors elle n’avait rien fait de plus que se plaindre. »

Comme on sait, tout s’est ensuite déroulé un peu différemment. Vraisemblablement aussi parce que Hillary Clinton n’était plus la ministre des Affaires étrangère des États-Unis pendant le second mandat d’Obama et qu’elle se préparait, avec son équipe de néocons et de fauteurs de guerre, à sa propre campagne présidentielle de 2016. Obama a reculé plusieurs fois devant une participation directe des États-Unis à la guerre en Syrie.

À la demande d’Assad, la Russie s’est activement engagée en septembre 2015 contre les terroristes islamistes avec des frappes aériennes et a mis fin à l’interminable effusion de sang du peuple syrien, à quelques exceptions près. Mais dans la propagande, la Russie était désormais l’agresseur, comme si c’était Poutine qui avait été à l’origine des nombreux morts en Syrie pour des raisons stratégiques et non les États-Unis.

Revenons maintenant à la demande de l’OTAN de transformer graduellement notre économie en une économie de guerre. Avec la stigmatisation en tant qu’agresseur qui a attaqué d’autres pays comme l’Ukraine et la Syrie, en violation du droit international, il y a l’avertissement injustifiable que l’ours russe pourrait aussi intervenir militairement contre d’autres pays, et en premier lieu contre les États baltes. Alors la peur a été attisée et rapidement, l’appel à s’armer a retenti. La Russie ne comprend que le langage de la force, il faut la retenir, montrer sa force.

Aucun épouvantail, aucune comparaison avec des événements historiques catastrophiques n’a été et n’est suffisant pour retenir les applaudissements de l’industrie de l’armement et des faucons. On a cité à maintes reprises la politique d’apaisement du Premier ministre britannique Neville Chamberlain à l’égard d’Hitler en 1938. Si Chamberlain avait alors remis énergiquement Hitler à sa place, soutient-on encore et encore, la Seconde Guerre mondiale n’aurait jamais eu lieu.

La stupide comparaison de Poutine avec Hitler est censée faire peur aux gens. Ils doivent se préparer à la grande confrontation avec le Mal éternel. Comme dans toute économie de guerre, ils doivent mettre de côté leurs besoins personnels au profit du grand effort nécessaire pour écraser l’ennemi décrit comme hyper-puissant.

Adieu les nouvelles places en crèche, adieu les écoles toute la journée, la prise en charge des enfants et des jeunes, adieu les systèmes de retraite équitables, la dignité dans la vieillesse, les investissements dans le système de santé et les soins. Dorénavant, chaque euro sera utilisé pour la formation à la défense. Chaque pays doit consacrer 2% du produit intérieur brut, chaque année, pour son armement. À cela s’ajoutent maintenant les coûts énormes pour élargir les routes sur lesquelles les blindés pourront rouler vers l’Est, pour renforcer des ponts qui devront supporter les énormes colosses de métal. Sans aucun égard pour l’environnement, les autoroutes devront pouvoir être utilisées en cas de guerre comme pistes d’atterrissage et de décollage pour les bombardiers meurtriers. Les lignes de chemin de fer doivent être modernisées, non pas pour se rendre mieux, plus vite et plus ponctuellement de A à B, mais pour qu’on puisse les employer, en cas de besoin, pour la victoire.

Mais chers concitoyens, soyez confiants et donnez volontiers pour les chars, les fusées et les bombardiers. Pour le moment, ils ne veulent que votre argent. Mais tôt ou tard, ils viendront et ils vous demanderont vos enfants et vos petits-enfants.

Wolfgang Jungmann

 

http://lesakerfrancophone.fr/lotan-demande-une-conversion-a-leconomie-de-guerre

 

Les détroits, un enjeu géopolitique

Les détroits, un enjeu géopolitique

Avec l’essor de la mondialisation et du commerce maritime international, les détroits situés sur les principales routes maritimes sont devenus des points stratégiques essentiels au point de susciter de vives tensions entre certains pays. Retour en carte sur l’importance des détroits dans les relations internationales.

Carte : enjeux et tensions du commerce maritime mondial

Un détroit est un bras de mer resserré entre deux côtes et permettant la mise en relation de deux espaces maritimes. Certains ont été créés artificiellement par l’homme afin de raccourcir considérablement les distances pour les navires marchands : c’est le cas notamment des canaux de Suez et de Panama. Il s’agit d’un couloir de circulation maritime où le libre passage est garanti par le droit international lorsqu’il relie deux espaces de haute mer. En effet, même si le détroit est situé sur les eaux territoriales d’un État, il est contraint de respecter les principes édictés lors de la Convention de Montego Bay (1982) comme la libre-circulation des navires ou obligation d’assurer la sécurité de ces derniers. Du fait de l’étroitesse de ces lieux, en général plusieurs États en partagent la souveraineté territoriale comme au détroit de Malacca, situé entre l’Indonésie, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande.

Avec l’accroissement considérable des échanges commerciaux liés à la mondialisation, le transport maritime a acquis au cours des dernières décennies une expansion impressionante pour représenter aujourd’hui 75% du commerce total en terme de poids transporté. Le trafic maritime a explosé, en particulier dans certains détroits comme celui du Bosphore – principale voie d’exportation des ressources énergétiques russes – où plusieurs accidents ont été recensés ces dernières années. Plus de 20.000 navires transitent par le canal de Suez, ce qui a obligé le gouvernement égyptien à effectuer un élargissement dudit canal. Les navires toujours plus gigantesques ont également poussé à un élargissement significatif du canal de Panama, faisant entrer le commerce maritime dans une ère post-Panamax, ces navires dont la dimension maximale avait été adaptée à la largeur du canal. Contrôler une route maritime s’avère essentiel pour l’affirmation de certains pays, et des projets pharaoniques qui se multiplient pour en ouvrir de nouvelles : la Thaïlande a élaboré des études pour percer une voie à travers l’isthme de Kra pour contourner le détroit de Malacca et plusieurs projets sont sur la tables au Nicaragua créer un canal susceptible de concurrencer le canal de Panama.

Des passages stratégiques, sources de tensions internationales

Certains détroits constituent ainsi des passages obligés pour les navires marchands et peuvent devenir sources de tensions de par leur importance stratégique pour le commerce international. Par exemple, une grande partie du pétrole produit par les pays du Golfe transite par le détroit d’Ormuz, soit environ 30% de la production mondiale. Or, un différend oppose l’Iran – qui contrôle le détroit – aux Émirats Arabes Unis au sujet d’îles situés dans la région. En 2011, après le renforcement des sanctions contre l’Iran au sujet de son programme nucléaire, ce pays a annoncé son intention de fermer le détroit si des mesures étaient prises à l’encontre de ses exportations pétrolières. Ce à quoi les puissances occidentales (les États-Unis en particulier, qui possèdent des bases militaires dans le Golfe Persique) ont répondu par l’envoi de navires. Depuis, l’Iran mène régulièrement des exercices militaires dans la zone. Autre exemple, celui des litiges entre les pays bordant la mer de Chine Méridionale à propos des archipels Paracels et Spratleys. Les zones économiques exclusives de plusieurs pays (Chine, Malaisie, Brunei, Philippines, Vietnam entres autres) s’y chevauchent, et des craintes pèsent quant-à un possible blocage de cette route permettant le passage au détroit de Malacca reliant toute l’Asie de l’Est au Moyen-Orient et à l’Europe. Toutefois, ce phénomène est loin d’être nouveau dans la mesure où dans l’histoire le contrôle de passages-clés du commerce a toujours attisé les convoitises, comme l’ont illustré la dispute russo-ottomane pour le les détroits du Bosphore et des Dardanelles à la fin du XIXe siècle ou l’intervention franco-britannique à Suez en 1956. Enfin, les troubles internes aux pays bordant les détroits peuvent avoir un impact significatif sur le transit des navires comme au Golfe d’Aden (au bord du détroit de Bab-el-Mandeb) où les actes de pirateries se sont multipliés.

Ces exemples illustrent donc l’importance des détroits dans les relations internationales, que ce soit concernant le commerce, le déploiement de forces navales, ainsi que pour la gestion de la sécurité territoriale et des migrations. Leur contrôle pourrait s’avérer être l’un des facteurs géopolitiques majeurs du XXIe siècle du fait de la nouvelle puissance économique politique et militaire acquise par des pays comme la Chine ou la Turquie. 

http://les-yeux-du-monde.fr/actualite/mondialisation-enjeux/27999-les-detroits-enjeux-geopolitiques-du-xxie-siecle

Le bitcoin, une « monnaie ubérisée » mais pas sans danger

Le bitcoin, une « monnaie ubérisée » mais pas sans danger

Le bitconi, devise virtuelle, répond à une volonté « d’ubériser » la monnaie mais n’est pas sans danger, selon les économistes / © AFP/Archives / ANTHONY WALLACE

Le bitcoin, devise virtuelle qui n’en finit plus de flamber, répond à une volonté « d’ubériser » la monnaie en échappant aux banques centrales, et pourrait se répandre dans les pays aux finances fragiles, mais « aux risques et périls » des utilisateurs, avertissent les économistes.

« Le bitcoin? C’est une volonté d’ubériser la monnaie, de ne pas avoir de banquier central qui décide de son prix », explique Ludovic Subran, chef économiste de l’assureur-crédit Euler Hermes, comparant la cryptomonnaie à ce qui se passe entre les taxis et Uber, société de location de voitures avec chauffeur (VTC) qui a bouleversé le marché.

« Oui, c’est tout à fait ça: on se passe de l’autorité centrale. C’est le génie de cette invention », s’enflamme Yves Choueifaty, fondateur du gestionnaire d’actifs Tobam, qui vient de lancer le premier fonds européen de placement investi en bitcoins.

Le bitcoin est présent sur des plateformes d’échange spécifiques et non sur des marchés régulés. Sans cours légal, sans banque centrale, il est régi par une vaste communauté d’internautes.

Des investisseurs parlent déjà « d’or numérique », alors que le bitcoin a atteint cette semaine un nouveau record à plus de 8.000 dollars. Il émargeait à un peu moins de 1.000 dollars en début d’année.

« Nous n’avons pas besoin des banques centrales », assure Yves Choueifaty, convaincu que les dernières bulles ont été justement alimentées par ces institutions, et persuadé par ailleurs qu’il n’y a « pas de bulle pour le bitcoin », créé par un ou plusieurs informaticiens se cachant sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto.

L’intérêt croissant pour le bitcoin touche désormais des institutions reconnues comme l’un des plus gros opérateurs boursiers du monde, le CME Groupe de Chicago, ou de prestigieuses universités américaines qui forment à la technologie informatique servant de base aux monnaies virtuelles, la « blockchain » ou « chaîne de blocs ».

– « Dollarisation 2.0 » –

Mais cette monnaie séduit aussi les acteurs économiques de pays ruinés tels que le Zimbabwe ou le Venezuela, dont les devises ne valent plus rien à force d’hyper-inflation – Caracas a dû émettre récemment un nouveau billet de 100.000 bolivars, là où il y a un an la plus grosse coupure en circulation était de 100 bolivars.

« Prenons des pays avec des institutions faibles et des devises nationales instables. Au lieu d’adopter la monnaie d’un autre pays, par exemple le dollar américain, ces économies pourraient connaître un usage croissant des monnaies virtuelles », estimait récemment la directrice générale du Fonds monétaire international Christine Lagarde, qui parle de « dollarisation 2.0 ».

Les économistes signalent aussi l’intérêt pour le bitcoin dans des pays en développement, dont les habitants ont plus facilement accès à internet qu’à des comptes bancaires traditionnels.

Les banques centrales et certains grands noms de la finance tirent pourtant la sonnette d’alarme face à une devise utilisée pour nombre de transactions illicites, et souvent dénoncée comme « spéculative ».

« C’est la définition même d’une bulle », a prévenu récemment le patron de Crédit suisse Tidjane Thiam, devenant aussitôt la cible sur les réseaux sociaux des partisans, souvent virulents, du bitcoin.

Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, avait lancé un avertissement dès l’été: « Ceux qui utilisent aujourd’hui le bitcoin, très clairement, c’est à leurs risques et périls ».

– Une « bulle » pour le Nobel d’économie –

Le prix Nobel d’économie, Jean Tirole, partage cette opinion: « C’est une bulle! », a-t-il assuré à l’AFP en marge d’un colloque cette semaine à Paris.

« C’est quelque chose qui n’a pas de valeur intrinsèque, qui peut s’effondrer du jour au lendemain. Donc, je ne voudrais absolument pas que les banques françaises, par exemple, investissent dans le bitcoin ».

Pour sa part, M. Subran attend des autorités qu’elles sensibilisent davantage les investisseurs potentiels aux risques: « Il y a beaucoup d’argent à faire et beaucoup d’argent à perdre aussi. On voit de plus en plus de gens qui veulent y aller, mais qui ne se rendent pas compte du risque ».

Régulièrement, la devise accuse des baisses abruptes, par exemple en cas de frictions entre les membres de la communauté qui la gèrent et qui la produisent, face à des avertissements venus des autorités de régulation, ou en cas de piratages informatiques.

Mais le plus souvent, le bitcoin efface rapidement ses pertes: certains investisseurs le voient déjà à 10.000 dollars. En 2011, il dépassait à peine 1 dollar.

(©AFP / 24 novembre 2017 12h12)

https://www.romandie.com/news/Le-bitcoin-une-monnaie-uberisee-mais-pas-sans-danger/866353.rom

Bonaparte, la Russie, ou comment rien ne change.

Bonaparte, la Russie, ou comment rien ne change.

Franco-russe, je me souviens encore de ce sentiment de gêne qui me travaillait, enfant, à chaque fois que j’entendais parler de la guerre partiotique de 1812. Si j’avais eu le malheur de naître à cette époque, qu’aurais-je fait ? Comme, en certains cas, le sens des réalités n’est pas négociable, je finissais par me ranger du côté russe car, après tout, qui était l’envahisseur ? Le barbare ? Je me souviens des réflexions que m’avaient inspirée la biographie de la bonne vieille Comtesse de Ségur dont le père, Fédor Rostopchine, gouverneur de Moscou entre 1812 et 1814, ordonna la mise à feu de Moscou. Si j’avais été à sa place, me demandais-je, aurais-je pu épouser un Français ? Prenant un peu plus de recul, 25 ans plus tard, je me repose la question mais en d’autres termes : est-ce que les Russes ont bien raison de ravaler une rancune normalement indigeste alors que, si l’on inverse un certain nombre de scénarios, on se rend compte que jamais l’Occident n’aurait absous la Russie. Imaginons que les trois-quarts de Paris eussent été brûlés pour éviter que l’envahisseur russe ne s’en empare ! Imaginons que plus de 10.000 Français auraient trouvé la mort sur les champs d’honneur russes pendant la I GM et que le roi (le président, l’Empereur …) qui les y aurait envoyé aurait fini trahi par le gouvernement russe de l’époque ! Imaginons que deux divisions SS russes aient été aux portes de Paris mais que Paris, au lendemain de l’armistice, ait décidé de passer l’éponge ! Imaginons que le gouvernement russe ait soutenu une guerre civile menée par un gouvernement fantoche contre des régions ethniquement françaises et francophones et qu’ils aient imposé des sanctions à la France parce qu’elle osait soutenir ces régions ! Cette dernière remarque vaut aussi pour l’Allemagne qui pourtant, vu un passé peu glorieux, ferait mieux de la mettre en veilleuse. Dois-je poursuivre ?

J’entends être claire : il ne s’agit pas de dénigrer le bercail, d’opposer une Patrie à une autre, mais bien de supposer, observations empiriques à l’appui, que la Russie n’est pas assez rancunière. Que le gouvernement russe actuel n’est pas assez lucide lorsqu’il estime que l’on peut se permettre de raisonner le gangster étasunien et de séduire la ravissante’Europe qui, dans l’esprit d’un grand nombre de Russes auxquels j’ai l’immense plaisir d’enseigner notre langue que j’affectionne, reste l’Europe des châteaux forts, des cathédrales, des blés mûrs et des champs moissonnés.

Le fait que le gouvernement russe ait ENFIN décidé de voter une loi sur les médias « agents de l’étranger » en réponse aux poursuites délirantes qui accablent aujourd’hui RT est, à mon sens, un bon début. Encore faut-il persévérer sans craindre de ne pas être « assez démocrates » aux yeux des gouvernements occidentaux qui s’en soucient comme d’une guigne.

On doit bien sûr respecter les règles du jeu … jusqu’au moment où votre adversaire les respecte. Or, le droit international, aujourd’hui, c’est le droit du plus fort. Lorsque les schémas classique ne fonctionnent plus et que le discours politique tourne à l’impasse, il faut parfois oser prendre des décisions inattendues comme en avait pris, il y a 215 ans, le tsar Alexandre I et ses hauts-fonctionnaires.

Ainsi, et là encore, à mon humble sens, la présence fantasmée d’une armée russe dans le Donbass restera telle tant que Kiev ne se décidera pas – s’il s’y décide ! – à un blitzkrieg mettant en jeu la survie de la région et de ses peuples. Ce qui sépare le droit de son sosie, l’action vraie du discours hypocrite, c’est précisément cette ligne rouge qui, si elle est franchie, mettra un terme à cette diplomatie de façade de plus en plus ridicule incarnée par les accords de Minsk. Les Russes se sont bien décidés à en découdre avec Daesh et sa sordide constellation, pourtant, on essayait de l’en empêcher arguant l’existence d’une opposition modérée. Ils le firent quand ils n’avaient plus le choix. Je ne suis pas dans le secret de Dieu et j’ignore comment se fera la libération du Donbass et dans quelle mesure la Russie s’inverstira si elle s’investit. Ce qui pour moi est clair, c’est que nous entrons dans une période où il faudra oublier le droit et adopter des tactiques de circonstances, là encore, comme le firent les aïeux russes il y a 215 ans car, au fond, à travers le Donbass, c’est toute la Russie, tout le monde slave orthodoxe qui est dans le collimateur.

Voici, ci-dessous, le petit texte qui m’a inspirée ce billet d’humeur et qui prouve qu’en deux centenaires, bien peu de choses ont changé. Chacun en tirera ce qu’il jugera bon d’en tirer.

Les sept petites merveilles qui ont choqué Bonaparte.

1. La tactique déployée par l’armée russe.

La tactique déployée par les troupes russes avait impressionné Bonaparte. Impressionné dans tous les sens du terme! Placée sous le commandement du général Barclay de Tolly, l’armée russe recourait sans discontinuer au retrait tactique. Les troupes purent ainsi reculer au-delà de Vitebsk, Smolensk, et Moscou. Avant le redéploiement de Tollay et de Koutouzov, les Français ne purent engager que deux batailles.

Le regard que porta Bonaparte sur le retrait des troupes russes était équivoque. Au début de la campagne, le choix d’une telle tactique profitait à l’Empereur français car il espérait progresser jusqu’à Smolensk sans grandes effusions de sang. Néanmoins, les Français ne prirent pas Smolensk puisqu’ils trouvèrent cette ville dans un état lamentable. S’y cantonner n’avait donc aucun sens, quant à pousser plus loin, le risque était bien trop grand. Cette armée française qui misait sur une opération fulgurante, une sorte de blitzkrieg, s’enfonçait jusqu’au menton dans les tréfonds d’un pays incernable, égrenant des terres qui n’en finissaient pas, s’enlisant.

Les soldats entraient dans des villes désertes, achevant piteusement les provisions qui leur restait alors qu’un sentiment de panique gagnait progressivement les rangs. Exilé à Sainte-Hélène, retranché dans ses souvenirs, Bonaparte avait fait cette confidence :

«Consternées de voir sans cesse s’éloigner puis se perdre les fruits de leurs efforts conquis au terme de traversées si difficiles et si périlleuses, mes troupes en vinrent à mesurer, non sans angoisse, la distance qui les séparait de la France», 

(NdT. N’ayant pu retrouver l’original de cette confidence, j’ai dû me contenter d’une traduction approximative. Idem pour les confidences qui suivront).

2, Des murailles (trop) épaisses.

Bonaparte consacra toute une page de ses Mémoires aux murailles inexpugnables de Smolensk. La description qu’il y fait commence par un éloge des beautés de la ville auquel succède l’énumération de tous les procédés insensés mis à l’oeuvre pour s’en emparer :

« J’ai dû utiliser toutes les réserves de mon artillerie pour essayer de défoncer la courtine, mais en vain: nos boulets finissaient coincés dans l’épaisseur des murailles qui résistaient comme si de rien n’était. Il n’y avait qu’un moyen de percer : focaliser tous nos tirs sur deux tours rondes. L’inconvénient, c’est que nous en ignorions l’épaisseur comparée à celle de l’ensemble de la muraille ».

3, Les incendies.

Si ce n’était les Mémoires de Bonaparte, on aurait pu croire que les villes russes avaient été mises à feu par l’armée française. L’avancée napoléonienne s’accompagnait en effet d’incendies spectaculaires : le feu ravageait non seulement les villes, mais aussi les routes ! A Smolensk, à Gzatsk (actuellement, Gagarine, NdT), à Maly Jaroslavets, c’était les Français qui éteignaient le feu ! Les Russes brûlaient tout : les maisons, les magazins, les rues, les champs. Au beau milieu d’un Moscou cerné de flammes, Bonaparte ne parvenait pas à comprendre d’où venait un tel brasier. On en retrouve le témoigage à travers ces lignes imprégnées de poésie et de tristesse :

« Moscou n’était plus qu’un océan de flammes. La vue qui s’offrait à moi depuis un balcon du Kremlin aurait épaté Néron mettant Rome à feu ; en ce qui me concerne, jamais je n’ai ressemblé à ce monstre, et le coeur me saignait à la vue de cet horrible spectacle dont je fus alors le triste témoin »

4, Les villes.

Bonaparte se montrait admiratif du talent des architectes russes. Pour se consoler de l’échec cuisant de son artillerie, il consacra plusieurs pages de ses Mémoires aux tours de Smolensk. Mais ce fut Moscou qui, plus que d’autres villes rebelles à l’invasion, impressionna l’Empereur à tel point qu’il écrivit ceci :

« Bâtie, à l’instar de Rome, sur sept collines, Moscou est pittoresque. Il faudrait voir ne serait-ce qu’une image de cette ville où Orient et Occident fraternisent, ses deux-cents églises avec les milliers de dômes multicolores les surplombant, pour imaginer quelles furent nos impressions lorsque nous la vîmes, pour la première fois, depuis les hauteurs du mont Poklonnaïa ».

5, Les routes

Les routes que Bonaparte dut sillonner lors de sa campagne russe étaient loin de l’avoir satisfaites. En l’occurence, ce n’était pas le climat qu’il mettait en cause – il en parlera amplement mais ailleurs –  mais le fait que celles-ci se soient révélées impraticables :

« Faute d’avoir assez d’informations sur l’état des routes, et vu que les cartes dont nous disposions étaient incomplètes ou fausses, je décidai de ne pas disperser mes unités, car rien ne garantissait qu’elles allaient prendre des routes praticables ».

6, La météo.

Bonaparte lança sa campagne au début de l’été, alors que le retrait eut lieu vers le printemps. L’Empereur avait donc tout loisir de se faire une idée de ce qu’était le climat en Russie. Ainsi, l’automne était d’une « exceptionnelle beauté dans ces rudes contrées ». Mais c’est au pire moment de sa campagne, en rebroussant chemin, qu’il se heurta au véritable froid russe :

« Au-delà du 7 novembre, les températures se mirent à dégringoler aussi vite que l’angoisse gagnait mes hommes, un sentiment qui ne les quittait plus depuis la bataille de Viazma ».

7, Les partisans.

Comment ne pas être fier en constatant que c’est bien le courage exemplaire du peuple russe qui choqua jusqu’à l’admiration la plus franche un Bonaparte pourtant assez peu sentimental ? De cette guerre patriotique (populaire selon les termes de l’original, NdT), Bonaparte dit ceci : « La plus redoutable des armées ne saurait guerroyer contre un peuple unanimement résolu à vaincre ou à mourir. Ce n’était plus au peuple lituanien, témoin indifférent des grands cataclysmes de l’Histoire, que nous avions affaire. Chaque habitant de ce pays, produit organique du peuple russe, quittait sa demeure à notre approche. Des logis désertés et des villages carbonisés, voici le spectacle sinistre qui se déployait sur toutes les routes que nous prenions. Les habitants qui avaient pris la fuite s’organisaient en bandes et s’en prenaient à nos fourrageurs. Sans jamais troubler l’avancée des troupes, ils n’hésitaient pas à enlever les maraudeurs et les soldats à la traîne ».

Françoise Compoint

Texte original de Anna Fomenkova :

 

http://nrt24.ru/fr/news/bonaparte-la-russie-ou-comment-rien-ne-change

Facebook crée un nouvel outil anti-propagande russe

Bien sûr personne ne rappelle le manque total d’éthique démocratique de tous les médias, biaisés en faveur de Clinton…

Source : Les Echos, AFP, 23-11-2017

Le réseau social a présenté sa nouvelle fonction destinée à montrer aux utilisateurs s’ils ont suivi des contenus pilotés par la propagande russe.

Facebook a annoncé, mercredi, l’apparition d’une nouvelle fonction, qui sera lancée d’ici la fin de l’année. Le concept : savoir si, entre janvier 2015 et août 2016, l’on a « aimé » ou « suivi » sur le réseau social des pages ou des comptes pilotés par l’Internet Research Agency.

Cette société, liée au renseignement russe, est accusée d’avoir publié des milliers de messages pour influencer la campagne qui a mené à l’élection de Donald Trump en novembre 2016.

« Nous ne cessons de vouloir protéger notre plateforme et les gens qui l’utilisent des personnes mal intentionnées essayant de détruire notre démocratie », a justifié l’entreprise californienne.

150 millions d’utilisateurs concernés

Pour Facebook, « il est important que les gens comprennent comment des intervenants étrangers ont tenté de semer la division et la méfiance en utilisant Facebook avant et après l’élection américaine de 2016 », explique la firme sur son blog.

De quoi redorer un peu son blason, alors que Facebook et d’autres géants d’internet ont été récemment pointés du doigt par le Congrès américain pour avoir permis la diffusion de contenus mis en ligne par des intérêts russes. Et aussi, d’avoir tardé à réagir face à cette campagne d’influence.

Au total, environ 150 millions d’utilisateurs de Facebook et d’Instagram ont vu des contenus créés par des opérateurs russes pour influencer la présidentielle, avait affirmé le directeur juridique de Facebook, Colin Stretch, lors d’une audition parlementaire consacrée au rôle des réseaux sociaux dans la campagne.

Google, Facebook et d’autres groupes technologiques ont rejoint plusieurs médias en début de mois au sein de l’initiative « Trust Project », destinée à identifier les sources d’information fiables, dernier projet en date pour combattre le phénomène des « fake news ».

Source AFP

Source : Les Echos, AFP, 23-11-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

18 réponses à Facebook crée un nouvel outil anti-propagande russe

Google veut réduire la visibilité de la propagande russe, la Russie menace de représailles

À ce stade, je n’ai même plus le courage de commenter trop longuement.

Voilà ne tous cas ce que je présentais de notre avenir : la censure molle.

Les “Décodintox” notent les mauvaises sources, et Google va, non pas faire disparaître – censure trop voyante – mais les faire apparaître ne pages 3, 4 ou 5 des résultats Google, que personne ne lit jamais. Ce qui revient donc au même, avec l’avantage que la victime ne peut se plaindre (Google fait ce qu’il veut dans son algorithme -secret- et n’a aucune justification à donner)

Il y aurait bien sûr beaucoup à en dire, tant c’est stupéfiant en termes de Droit à l’information.

Mais ce n’est pas ça que je trouve le plus extraordinaire.

C’est, exactement comme les délires de la NSA, le naufrage à venir par arrogance de la puissance actuelle. Les États-Unis ont Google, Facebook, Twitter, énorme avantage planétaire. Eh bien il leur faut 10 ans pour commencer à tripatouiller les résultats et expositions des informations,.

ET DONC, ils vont inciter d’urgence Russie, Chine, Inde et compagnie à ne surtout plus utiliser leurs services et produits traficotés à leur détriment…

Des génies…

Source : Le Nouvel Obs, Thierry Noisette, 22-11-2017

Le PDG d’Alphabet, la maison mère de Google, veut faire reculer dans les classements du moteur de recherche les médias russes RT et Sputnik.

Les relations sont tendues ces derniers jours entre Google et la Russie, où le traitement accordé aux médias Russia Today (RT) et Sputnik est en cause.

Samedi 18 novembre, Eric Schmidt, le président d’Alphabet (maison mère de Google), participait, au Canada, au Halifax International Security Forum. Il y a indiqué que Google travaille à réduire l’impact des contenus trompeurs, et du matériel “transformé en arme” à des fins néfastes.

“Nous travaillons à détecter ce genre de scénario”

Schmidt a été interrogé sur la place favorable donnée aux sites russes sur les plateformes de Google, où Russia Today et Sputnik font partie des sites accessibles depuis Google Actualités, et sur leur monétisation par le programme d’annonces publicitaires de Google Adsense.

Le PDG d’Alphabet a répondu : “Nous travaillons à détecter ce genre de scénario, à déclasser [en les faisant reculer dans le classement des réponses] ce genre de sites. Il s’agit à la base de RT et de Sputnik” (le passage en question se trouve à partir de 1h38 dans cette vidéo).

Eric Schmidt a ajouté que son entreprise ne veut cependant pas bannir ces médias.

Ce n’est pas la première fois que ces deux sites proches du Kremlin sont mis en cause pour leur participation à des opérations de propagande ou de désinformation.

Fin octobre, Twitter a exclu les deux journaux de l’achat de publicités : ils ne peuvent plus passer d’annonces sponsorisées pour leurs contenus, mais restent accessibles via leurs comptes Twitter. Le réseau à l’oiseau avait cité le besoin “d’aider à protéger l’intégrité de l’expérience des utilisateurs”.

Une porte-parole de Google a indiqué à Reuters que les propos de Schmidt se réfèrent aux modifications du moteur de recherche annoncées en avril, qui incluaient la volonté de mettre en avant des pages faisant autorité et de mettre de côté les contenus de faible qualité.

“Nous défendrons nos médias”

[….] Lire la suite sur :Le Nouvel Obs, Thierry Noisette, 22-11-2017

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Le PDG de Google Eric Schmidt assume la censure à venir !

Sans commentaire.

C’était à peine en mars 2017 – on voit ce qu’il est advenu à peine 8 mois plus tard

36 réponses à Le PDG de Google Eric Schmidt assume la censure à venir !

Le Baloutchistan : région stratégique entre Chine et Inde

Le Dessous des cartes
Le Baloutchistan : région stratégique entre Chine et Inde

12 min.
Disponible : 30/09/2017 au 29/11/2017
Ce programme est disponible en vidéo à la demande ou DVD.

Le Baloutchistan est une région dont on entend rarement parler. À cheval sur trois pays, l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan, elle fait l’objet d’un bras de fer entre deux puissances majeures, l’Inde et la Chine.
Après la disparition en décembre dernier de Jean-Christophe Victor, qui en fut le producteur et l’incarnation pendant vingt ans, « Le dessous des cartes » revient à l’antenne dans une version visuellement enrichie et présentée par la journaliste Émilie Aubry. La partie cartographique s’étoffe grâce à des images satellite en haute résolution, des données d’élévation et des séquences de survol en 3D. Outre des images de toute beauté, l’émission offre désormais une meilleure visualisation des reliefs et s’ouvre à de nouvelles sources de données. Aujourd’hui : le Baloutchistan est une région dont on entend rarement parler. À cheval sur trois pays, l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan, elle fait l’objet d’un bras de fer entre deux puissances majeures, l’Inde et la Chine.

Générique

Présentation :

Émilie Aubry

Pays :

France

Le secret de la renaissance irakienne : les milices multi-confessionnelles du peuple soutenues par l’Iran

Le secret de la renaissance irakienne : les milices multi-confessionnelles du peuple soutenues par l’Iran


La riposte à État islamique, sa défaite et, finalement, la victoire militaire sur les Kurdes sécessionnistes auraient été inimaginables sans les milices irakiennes qui ont fourni la plus grande partie de l’effort humain.


Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – Le 14 novembre 2017 – Source Russia Insider

Dans la matinée d’une tempête de sable à Bagdad la semaine dernière, Abu Mahdi al-Muhandis, le légendaire chef adjoint de Hashd al-Shaabi, alias “People Mobilization Units” (PMU) et véritable cerveau de nombreuses batailles contre Daech, a rencontré un petit nombre de journalistes et d’analystes étrangers indépendants.

Ce fut un moment de remise en jeu à plus d’un titre. C’était la première interview détaillée accordée par Muhandis depuis la fatwa émise par le Grand Ayatollah al-Sistani – la marja, source d’émulation, et autorité cléricale la plus respectée en Irak – en juin 2014, quand Daesh a traversé la frontière syrienne. La fatwa, traduite librement, se lit comme suit : “Il appartient à tout Irakien, capable de porter des armes, d’aider volontairement les forces armées irakiennes pour défendre les sanctuaires de la nation.”

Muhandis a pris du temps, hors du champ de bataille, spécialement pour la réunion, il est ensuite parti directement pour al-Qaim. Il était sûr que “al-Qaim serait pris dans quelques jours” – une référence à la ville frontalière irakienne tenue par Daech et reliée au bastion de Daech Abu Kamal en Syrie.

C’est exactement ce qui s’est passé seulement quatre jours plus tard. Les forces irakiennes ont immédiatement entamé une opération de nettoyage et se sont préparées à rencontrer les forces syriennes avancées à la frontière – preuve supplémentaire que la restauration de l’intégrité territoriale de l’Irak et de la Syrie est un travail (rapide) en cours.

La rencontre avec Muhandis a eu lieu dans un bâtiment à l’intérieur de la Zone Verte massivement fortifiée – une bulle concoctée à l’américaine totalement isolée de la zone rouge ultra-volatile de Bagdad, avec de nombreux postes de contrôle et chiens renifleurs, tenus par des entreprises privées américaines.

Pour ajouter à la dramatisation, le département d’État américain, a qualifié Muhandis de « terroriste ». Cela équivaut en pratique à criminaliser le gouvernement irakien à Bagdad – qui a dûment publié une déclaration officielle réfutant avec fureur cette qualification.

Les PMU sont un organe officiel regroupant des dizaines de milliers de volontaires liés au bureau du commandant en chef des forces armées irakiennes. Le Parlement irakien a pleinement légalisé les PMU en novembre 2016 via la résolution 91. Le point numéro 4, par exemple, stipule que « les PMU et leurs affiliés sont soumis à des réglementations militaires qui sont appliquées sous tous leurs aspects ».

Ses vingt cinq brigades de combat – comprenant chiites, sunnites, chrétiens, yézidis, turkmènes, shabaks et kurdes – ont été absolument déterminantes dans la lutte contre Daech à Samarra, Amirli, Jalawla, Balad, Salahuddin, Falloujah (trente cinq batailles différentes), Shirqat et Mossoul (surtout sur l’axe ouest de la base de Qayara à la frontière irako-syrienne, coupant les chaînes d’approvisionnement et bloquant les issues de Mossoul pour éviter les tentatives d’évasion de Daech en Syrie).

Reprendre Kirkouk « en quelques heures »

Muhandis présente les PMU comme « une force militaire officielle » qui joue un « rôle complémentaire » à celui de l’armée irakienne. Le plan initial était que les PMU deviennent une garde nationale – ce qui est le cas actuellement : “Nous avons des drones de reconnaissance et des unités du génie que l’armée n’a pas. Cela ne nous dérange pas d’être appelés des gendarmes.” Il est fier que les PMU se battent dans une « guerre non conventionnelle », entretenant un haut niveau « militaire et moral » avec « des victoires obtenues en un temps record ». Et, “contrairement à la Syrie”, sans soutien direct de la Russie.

Muhandis dit clairement que l’Iran est la seule nation soutenant la lutte de l’Irak contre Daech. L’Irak a renvoyé la balle en demandant à la Syrie de « faciliter les vols des avions iraniens ». Sans accord sur le statut des forces (SOFA) entre Washington et Bagdad, « les Américains ont retiré les compagnies qui entretenaient les chars Abrams ». En 2014, “nous n’avions même pas de kalachnikov AK-47. L’Iran nous les a données. L’ambassade américaine avait douze hélicoptères Apache prêts à évacuer des diplomates si Bagdad tombait aux mains de Daech.”

Un an plus tard, “Bagdad aurait été occupée” s’il n’y avait pas eu les PMU. “C’est comme si tu étais dans un hôpital et que tu avais besoin de sang. Les Américains se présentent avec la transfusion quand il est trop tard.” Il est catégorique, “les États-Unis n’ont pas fourni une seule balle” dans la lutte globale contre Daech. Et pourtant, Muhandis précise que les “États-Unis peuvent rester en Irak si le gouvernement irakien le décide. Mon opinion personnelle est bien connue.”

Muhandis considère la “guerre médiatique” [occidentale] menée contre les PMU comme “normale depuis le début… Les pays qui soutenaient le terrorisme n’ont pas vu venir l’émergence d’une force populaire, et ne reconnaissent pas le nouveau système politique en Irak”. Sur cette note, il ajoute avec tristesse, “vous pouvez sentir l’odeur du pétrole”.

Muhandis a été personnellement blessé à Halabja et dans les opérations anti-kurdes de Saddam Hussein à Anfal. Il était “heureux de voir le Kurdistan sauvé après 1991”, soulignant, “nous avions des martyrs qui sont tombés au Kurdistan en le défendant”. Il se considère comme un ami des Kurdes, entretenant de bonnes relations avec leurs dirigeants. Les conseillers iraniens, aux côtés de l’armée irakienne et des PMU, ont également « empêché Daech de conquérir Erbil ». Pourtant, après un « référendum unilatéral, l’Irak a dû affirmer l’autorité de l’État ».

La reprise de Kirkouk, largement une opération des PMU, a été “l’affaire de quelques heures”. Les PMU « ont évité de se battre et sont restés dans la banlieue de Kirkouk ». M. Muhandis a précédemment discuté des détails opérationnels avec les peshmergas, et il y avait une coordination complète avec l’Iran et la Turquie. “C’est une idée fausse que les dirigeants kurdes ne pourraient pas compter sur la Turquie.”

Fallujah, enfin en sécurité

Les dirigeants du Kurdistan insistent sur la protection des minorités ethniques, en faisant référence à des milliers de Sabak, Yazidi et Turkmènes – au moins 120 000 familles – contraints par la loi de Daech de devenir des réfugiés de l’intérieur. Après la victoire et la libération, les PMU ont fourni à ces familles de la nourriture, des vêtements, des jouets, des générateurs et du carburant. J’ai pu confirmer que beaucoup de ces dons provenaient de familles de combattants des PMU dans tout le pays.

Les priorités des PMU concernent des équipes de combat du génie, qui ramènent les familles chez elles, après avoir nettoyé les mines et les explosifs, et ouvert les hôpitaux et les écoles. Par exemple, 67 000 familles ont été réinstallées chez elles à Salahuddin et 35 000 familles à Diyala.

Muhandis souligne que « dans la lutte contre Daech à Salahuddin et à Hawija, les commandants de brigade étaient sunnites ». Les PMU comprennent une brigade chrétienne de Babylone, une brigade Yazidi, et une brigade turkmène. « Lorsque les yézidis étaient assiégés à Sinjar, nous avons libéré au moins 300 000 personnes. » Dans l’ensemble, les PMU totalisent plus de 20 000 combattants sunnites. Comparez-cela au fait que 50% des kamikazes de Daech en Irak étaient des ressortissants saoudiens. J’ai confirmé avec cheikh Muhammad al-Nouri, dirigeant des universitaires sunnites à Falloujah : « C’est une bataille contre l’idéologie wahhabite. Nous devons nous éloigner de l’école wahhabite et rediriger nos connaissances vers d’autres écoles sunnites. » Il a expliqué comment cela fonctionnait sur le terrain à Haditha, à 30 minutes d’ici : “Nous étions capables de contrôler les mosquées”, et cela motivait les gens à Fallujah. “Falloujah est une ville irakienne. Nous croyons dans la coexistence.”

Après 14 ans d’insécurité à Falloujah et avec l’expansion rapide de Haditha, Sheikh Muhammad est convaincu que « l’Irak déclarera une guerre différente contre le terrorisme ». L’approche multiconfessionnelle a également été confirmée par Yezen Meshaan. Jebouri, le chef de la brigade des PMU à Salahuddin. C’est crucial parce qu’il est membre de la très importante famille sunnite Jebouri, historiquement hostile à Saddam Hussein. Son père est l’actuel gouverneur de Tikrit. Al-Jebouri dénonce “la corruption de l’État dans les régions sunnites”, “une impression d’injustice”, et le fait que pour Daech, “les sunnites qui ne les ont pas suivis devraient aussi être tués”. Il s’inquiète de “l’accumulation saoudienne d’armes développées. Qui garantit que celles-ci ne seront pas utilisées contre la région ?” Et il refuse l’idée que “nous sommes regardés par l’Occident comme faisant partie du projet iranien”.

La victoire militaire rencontre la victoire politique

Loin du terroriste stéréotypé, Muhandis est désarmant, intelligent, spirituel et franc. Et un patriote irakien pur-sang : “L’Irak rétablit maintenant sa position grâce au sang de ses fils. Nous avions besoin d’une force militaire capable de combattre une menace interne. Nous accomplissons un devoir religieux national et humanitaire.”

Ce sont des soldats à part, les milliers de bénévoles supplémentaires des PMU ne reçoivent pas de salaire. Les députés et même les ministres étaient actifs sur le champ de bataille. Muhandis est fier : “nous avons une chaîne de commandement comme l’armée. Les PMU hébergent des milliers de personnes ayant des diplômes universitaires, ils font fonctionner des douzaines d’hôpitaux de campagne, des unités de soins intensifs, et ont le service de renseignement le plus fort d’Irak.”

À Bagdad, j’ai personnellement pu constater que le récit accusant les PMU d’être l’armée privée du Premier ministre Nouri al-Maliki est une absurdité. Si tel était le cas, le Grand Ayatollah al-Sistani devrait être blâmé, puisqu’il est conceptuellement le père des PMU. Hadi al-Amiri, le secrétaire général de la puissante organisation Badr, également extrêmement actif dans la lutte contre Daech, m’a souligné que les PMU font « partie du système de sécurité, intégré au ministère de la Défense ». Mais maintenant « nous avons besoin d’universités et de mettre l’accent sur l’éducation ».

Le professeur pakistanais Hassan Abbas, du Collège des affaires de sécurité internationale de la National Defense University à Washington, est allé encore plus loin, car nous avons longuement discuté non seulement de l’Irak et de la Syrie, mais aussi de l’Afghanistan et du Pakistan. “L’Irak est maintenant dans une position unique pour se diriger vers une société démocratique et pluraliste”, prouvant que “la meilleure réponse au sectarisme est l’harmonie religieuse”. Cette “croisade multiconfessionnelle contre le Takfirisme” doit maintenant se retrouver dans les rues “avec la primauté du droit et un système de justice équitable”. Abbas souligne que la base pour l’Irak à construire est le respect de la loi par l’intermédiaire d’une investigation scientifique : “Faire la police est la première ligne de défense.”

Bagdad a été capable, presque simultanément, de changer doublement la donne, par une victoire militaire à Mossoul et une victoire politique à Kirkouk. Si l’Irak se stabilise, effaçant le culte de la mort de Daech, la Syrie le fera aussi. Comme le note al-Jebouri, « maintenant, chaque communauté doit avoir une part du gâteau ». Au moins 7 millions d’emplois et de retraites sont payés par Bagdad. Les gens veulent le retour des salaires payés régulièrement. Cela commence par une sécurité décente dans tout le pays. Muhandis a été l’ingénieur – sa profession actuelle – de batailles clés contre Daech. Il y a un large consensus à Bagdad pour dire que sans lui, Daech serait fermement installé dans la Zone Verte.

Hashd al-Shaabi (PMU) est déjà un phénomène pop irakien, reflété dans cet énorme clip vidéo de la superstar Ali Aldelfi. Passer de la pop à la politique est tout autre chose. Muhandis est catégorique : les PMU ne s’impliqueront pas dans la politique, “et ne contesteront pas directement les élections. Si quelqu’un le fait, et de nombreuses personnes sont maintenant très populaires, il doit quitter Hashd”.

De la guerre hybride au renouveau national

Après des jours de conversation avec le personnel de Hashd al-Shaabi et l’observation de leur modus operandi sur un champ de bataille hybride complexe, associé à un processus de recrutement actif et à une présence massive dans les médias sociaux, il est clair que les PMU sont maintenant solidement établis comme colonne vertébrale soutenant la sécurité de l’État irakien, assurant une série de programmes de stabilisation – y compris des services médicaux indispensables – et surtout l’introduction de mesures d’efficacité dont l’Irak était totalement dépourvu depuis presque trois décennies.

C’est une sorte de mécanisme de construction de l’État qui naît d’une éthique de la résistance. Comme si la menace inquiétante de Daech, qui a pu déplacer jusqu’à 3,1 millions de personnes, avait secoué le subconscient collectif irakien, éveillé le prolétariat chiite irakien – des masses privées de leurs droits – et accéléré la décolonisation culturelle. Et ce développement complexe ne pouvait être plus éloigné de la bigoterie religieuse.

Au milieu des louanges wilsoniennes et des références au plan Marshall, le ministre des Affaires étrangères Ibrahim al-Jaafari est également un ardent défenseur des PMU, insistant sur « une expérience à étudier », « un nouveau phénomène avec une base humanitaire opérant dans un cadre légal » et « capable de briser le siège de la solitude dont l’Irak a souffert pendant des années ».

En référence à l’offensive de Daech, Jaafari a insisté : tout d’abord « l’Irak n’a pas commis de crime », et heureusement, “une nouvelle génération de jeunes est capable de renforcer l’expérience”. L’accent est maintenant mis sur « une période de participation nationale » après la réconciliation. Il insiste sur le fait que « les familles des membres de Daech ne devraient pas payer pour leurs erreurs ». Les collaborateurs de Daech seront dûment jugés.

J’ai demandé au ministre des Affaires étrangères si Bagdad n’avait pas peur d’être pris dans un échange de tirs mortel entre Washington et Téhéran. Sa réponse a été soigneusement mesurée. Il a dit qu’il avait assez d’expérience avec les néocons “radicaux” de Washington D.C. Et en même temps, il était pleinement conscient du rôle des PMU ainsi que de l’Iran dans la réaffirmation de la souveraineté de l’Irak. Son sourire chaleureux soulignait la conviction que, sur les cendres d’une secte noire morbide, la renaissance irakienne était vigoureusement en marche.

Pepe Escobar

http://lesakerfrancophone.fr/le-secret-de-la-renaissance-irakienne-les-milices-multi-confessionnelles-du-peuple-soutenues-par-liran

 

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