Mais pourquoi les pêcheurs chinois découvrent-ils autant de petits sous-marins espions dans leurs filets ?

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Décryptages » Mais pourquoi les pêcheurs chinois découvrent-ils autant de petits sous-marins espions dans leurs filets ?POLITIQUE19 janvier 2020© ReutersIllustrationsETRE PRIS LA MAIN DANS LE SAC

Mais pourquoi les pêcheurs chinois découvrent-ils autant de petits sous-marins espions dans leurs filets ?

La Chine a découvert que des sous-marins d’espionnage rodaient sur son territoire. Le pays a donc demandé à ses pêcheurs de les récupérer.AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN01023Avec Emmanuel Lincot

Le gouvernement chinois demande à ses pêcheurs de récupérer des « torpilles et sous-marins d’espionnage » dans les eaux territoriales chinoises en face du Japon et de la Corée du Sud. Le gouvernement chinois paierait entre 40,000 et 72,000$ en récompense pour chaque objet trouvé.

Atlantico : Ces découvertes sont-elles nouvelles ? La Chine fait-elle de même ?

Emmanuel Lincot : Elles se sont amplifiées depuis ces dernières années. La première prise la plus médiatique par la marine chinoise d’un drone sous marin américain croisant au large des Philippines, pourtant situé dans des eaux territoriales internationales, mais que la Chine revendique comme siennes, avait en 2016 fait déjà grand bruit. La Chine procède de même en effet. Moins visibles que les drones aériens, les drones sous-marins n’en sont pas moins extrêmement importants dans les dispositifs de surveillance des littoraux adverses. Ils s’avèrent utiles pour contrôler les flux des navires en toute discrétion et plus particulièrement ceux des sous-marins mais aussi pour mesurer la salinité des eaux et leur température. Les drones de nouvelles générations seront en mesure d’intervenir dans les abysses pour rompre les câbles, détruire les communications, numériques notamment. Ce qui n’est pas sans poser des problèmes de nature sécuritaire; les communications Internet se faisant en majorité par voie sous-marine et non – contrairement à ce que l’on pourrait croire- par satellite. Que la Chine ait mis en scène ses pêcheurs récompensés comme d’authentiques patriotes participe d’un nationalisme outrancier et a valeur d’avertissement adressé aux étrangers.

Le gouvernement chinois a tapé du poing sur la table en expliquant que le Japon et la Corée étaient protégés par les Etats-Unis et donc que ces objets seraient une menace venant des américains. Ces découvertes peuvent-elles raviver les tensions entre les deux pays ? Quels peuvent être les effets sur le Japon ou la Corée ?

Emmanuel Lincot : C’est une façon de préparer l’opinion à de possibles mesures de représailles. Ces révélations surviennent dans un contexte de crise: tensions en mer de Chine, élections à Taïwan, et guerre commerciale avec les les États-Unis qui, quoi qu’en dise Donald Trump, va dans les faits, se poursuivre. Le fait d’accuser explicitement les États-Unis revient pour Pékin à vouloir ménager ses plus proches voisins coréen et japonais.

Le gouvernement américain s’est défendu de la notion d' »espionnage »; expliquant que ces « sous-marins » équipés de caméras servaient à explorer les fonds marins pour la recherche. Les Etats-Unis font-ils de même dans d’autres mers ou eaux territoriales ? (en Europe par exemple). 

Emmanuel Lincot : Vérité au-dessus des Pyrénées, mensonge en deçà….Bref, que les Américains disent vrai ou faux importe peu ici. Cette rivalité s’inscrit dans une lutte plus globale. Il s’agit, côté chinois et dans tous les cas, de disqualifier l’adversaire pour conditionner psychologiquement l’opinion à des mesures de représailles éventuelles. Une chose est certaine, c’est que les États-Unis ont créé une escadre de drones sous-marin. Ils sont opérationnels sur toutes les mers du monde. Côté européen, ils sont utilisés dans la surveillance des littoraux méditerranéens en crise, comme ceux de la Libye, mais aussi le suivi des navires russes.

https://www.atlantico.fr/decryptage/3586079/mais-pourquoi-les-pecheurs-chinois-decouvrent-ils-autant-de-petits-sous-marins-espions-dans-leurs-filets–lincot

Les Européens s'inquiètent de l'accord sino-américain


Les Européens s’inquiètent de l’accord sino-américain

L’UE craint que les entreprises européennes soient les victimes collatérales de l’accord conclu à Washington. Pékin s’est engagé à acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains en plus sur deux ans.

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A Washington le nouveau commissaire européen au commerce, Phil Hogan, n’a pas caché son inquiétude sur les conséquences de l’accord commercial sino-américain. (PPE/SIPA)Par Frédéric SchaefferPublié le 19 janv. 2020 à 14h05Mis à jour le 19 janv. 2020 à 15h48

La trêve conclue avec Pékin, Donald Trump va-t-il être tenté de s’en prendre à l’Europe ? Malgré l’ouverture à Washington de son procès en destitution, le président américain se rendra cette semaine au Forum de Davos où il devrait évoquer avec la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, les tensions commerciales croissantes entre les Etats-Unis et l’Union européenne. Parmi l’éventail de questions qui divisent les deux alliés, le projet français de taxer les géants du numérique est au coeur des préoccupations de Washington, qui a menacé la France de représailles .

Au-delà, les Européens craignent de faire les frais de l’accord commercial conclu mercredi dernier entre les Etats-Unis et la Chine. Si l’accord limite les risques d’escalades qui pourraient ralentir l’économie mondiale cette année, certaines chancelleries s’inquiètent du fait que Pékin se soit engagé à acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains en plus sur deux ans, craignant que les entreprises européennes soient les victimes collatérales de cet accord bilatéral.PUBLICITÉAds by Teads

Saisie de l’OMC

« Nous n’avons pas analysé le document en détail, mais nous le ferons. Et s’il y a un problème de conformité à l’OMC, bien sûr, nous ferons valoir nos arguments », avait indiqué dès jeudi le nouveau commissaire européen au Commerce Phil Hogan , effectuant sa première visite à Washington. Le lendemain, l’ambassadeur de l’Union Européenne en Chine, Nicolas Chapuis, enfonçait le clou : « les objectifs quantitatifs [de l’accord sino-américain, NDLR] ne sont pas compatibles avec l’OMC s’ils entraînent des distorsions commerciales. Si tel était le cas, nous irions devant l’OMC pour régler cette question », indiquait-il lors d’une conférence de presse à Pékin. Invité dès jeudi au ministère chinois des Affaires étrangères, Nicolas Chapuis a indiqué y avoir « reçu des assurances formelles que les entreprises européennes ne seraient en aucun cas affectées par l’accord ». Outre les achats de biens, l’Union européenne va surveiller de près que les ouvertures du marché financier promises par Pékin ne bénéficient pas uniquement aux acteurs américains.

Distorsion de marché

« Washington dicte à la Chine ce qu’elle devrait acheter aux Etats-Unis. L’accord réécrit les règles de la mondialisation et créé une distorsion du marché à une échelle sans précédent », déplore Joerg Wuttke, président de la Chambre de commerce européenne en Chine. Ce dernier ne cache pas les défis qui attendent les entreprises non-américaines qui exportent ou sont présentes en Chine. « Nous nous demandons quelle est notre place », s’interroge-t-il.

En Chine, la croissance au plus bas depuis 29 ans

En Chine, toujours moins de naissances

Frédéric Schaeffer  (Correspondant à Pékin)

https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/les-europeens-sinquietent-de-laccord-sino-americain-1164227

Lavrov confirme une information de Strategika 51, l'Iran poursuit une nouvelle stratégie asymétrique pour dégager les forces US/OTAN de l'ensemble de la région centrale du monde

 ΠΆΝΤΑ ῬΕΙ͂..

Lavrov confirme une information de Strategika 51, l’Iran poursuit une nouvelle stratégie asymétrique pour dégager les forces US/OTAN de l’ensemble de la région centrale du monde

ON: 18/01/2020  IN: ANALYSIS  WITH: 14 COMMENTS

Le Chef de la diplomatie russe, Serguei Lavrov, a confirmé une information que Strategika 51 a été le seul à rapporter au sujet de l’attaque balistique iranienne du 08 janvier 2020 contre les bases US dans la province irakienne d’Al-Anbar et au Kurdistan irakien selon lesquelles des chasseurs-bombardiers US de type F-35 survolaient les confins irako-iraniens très peu de temps avant la destruction du Boeing 737-800 ukrainien par la défense aérienne iranienne.

«Il y a des informations selon lesquelles, après l’attaque [contre des bases US en Irak], les Iraniens s’attendaient à une nouvelle frappe américaine. Ils ne savaient pas sous quelle forme, mais il y avait au moins six F-35 en vol dans l’espace aérien juste à la frontière iranienne. Ce sont des informations, à mon avis, qui doivent être encore revérifiées. Mais je veux juste souligner que la nervosité est toujours présente dans de telles situations», a affirmé Serguei Lavrov selon le réseau d’informations russe Sputnik.

Strategika 51 a en effet reçu une information le 08 janvier 2020 sur le décollage d’avions de combat US de type Lockheed-Martin F-35 Lightning II et de Lockheed Martin F-22 Raptor de plusieurs bases de pays du Golfe peu après que les premières salves de missiles balistiques iraniens se soient abattus avec une violence inouïe sur la base aérienne d’Ain Assad dans la province irakienne d’Al-Anbar en Irak occidental. Ce qui a non seulement mis en état de combat l’ensemble du dispositif de défense anti-aérienne de la République islamique d’Iran mais a provoqué le décollage téméraire d’avions de combat iraniens pour intercepter la menace. Il est apparu plus tard que des avions de combat US se sont approchés des frontières iraniennes pour simuler une attaque aérienne en concomitance avec une solide cyberattaque et de multiples brouillages électromagnétiques pour leurrer la défense iranienne et lui faire croire à une attaque aérienne. Les radars iraniens étaient totalement saturés d’objets hostiles et il a fallu beaucoup de sang-froid aux officiers de la défense antiaériennes pour ne pas déclencher un tir de barrage massif et décharger la plupart des batteries de missiles SAM. Seule exception, l’équipage d’un système TOR M1 (9M331) modifié dépendant d’une des brigades du dispositif défensif de Téhéran, a lancé deux missiles Sol-Air contre un Boeing 737-800 civil ukrainien, tuant 180 personnes à bord.

La tragédie du Boeing 737-800 ukrainien dont la responsabilité a été courageusement assumée par Téhéran commence à livrer quelques secrets: les dizaines d’arrestations effectuées par les unites de la police militaire iranienne au sein des forces aérospatiales iraniennes ont permis la découverte de saboteurs et il n’est plus exclu à ce stade que l’ordre de tir adressé au chef de l’unité ou son absence soit un sabotage intelligent.

Dans tous les cas de figure, la succession des événements depuis l’assassinat du général-major Qassem Sulaimani indique que:

  1. Aucune défense antimissile ou anti-balistique US ne semble fiable et les performances supposées des systèmes d’armes du type Patriot ne sont que de l’emballage marketing pour booster les ventes à des pays alliés;
  2. Que la force Al-Quds, le petit corps de 15 000 hommes issus des Pasdarans et destinés aux opérations de guerre asymétrique à l’étranger a pu être inflitrée;
  3. Que les Etats-Unis ont déclenché l’une des plus importantes cyberattaques contre l’infrastructure informatique et communicationnelle de la défense iranienne avec des résultats limités;
  4. Que des avions de combat US avaient simulé une attaque contre l’Iran le 08 janvier 2020 pour renforcer la réalité virtuelle d’une attaque aérienne à des fins de déstabilisation;
  5. Que le pouvoir iranien et à sa tête le Guide Suprême de la Révolution iranienne, l’Ayatollah Ali Khamenei s’est mobilisé pour une guerre totale mais asymétrique avec les Etats-Unis et Israël avec pour objectif affiché: dégager l’ensemble des forces US/OTAN du Moyen-Orient et dans la foulée d’Afghanistan et du Golfe.

Que l’on s’y trompe pas. Par un seul acte, Washington s’est embourbé dans un labyrinthe géostratégique qui a déjà entamé l’image des Etats-Unis en tant que superpuissance globale. Le prêche de l’Ayatollah Ali Khamenei du 17 janvier 2020 dans une mosquée de Téhéran, le premier depuis 2012, a très fortement marqué les esprits. C’est le genre de discours que même un observateur très averti des affaires du Moyen-Orient n’aurait jamais cru entendre de son vivant. Le ton de Khamenei ne laisse subsister aucun doute sur la volonté de Téhéran de se doter de tous les moyens possibles de dissuasion face à une menace existentielle.

L’Iran semble avoir pris la mesure de la menace de la guerre de cinquième génération visant à créer des dissensions et des révoltes au sein de sa population par une nouvelle ingénierie du chaos interne, ce que Washington ne cache plus et il est fort probable qu’à ce jeu, le plus faible ne soit pas celui que l’on désigne. Les ennemis de l’Iran comptent beaucoup sur les sanctions économiques et financières dont l’impact sur la population et l’économie iraniennes sont plus qu’effroyables pour aboutir à une révolution colorée d’un nouveau type qui serait appuyé par toute la panoplie diplomatique, militaire et informationnelle de la guerre hybride totale. Mais l’Iran dispose encore de nombreuses cartes: l’Afghanistan est une cause totalement et irrémédiablement perdue pour les Etats-Unis; l’Irak est un terrain d’affrontement idéal et la Syrie et le Liban abritent des forces alliées aguerries par de très longues années de guerre. Cette guerre est celle de la résilience avec des camps non monolithiques ni d’un côté ni de l’autre.

Pour sa part, l’Ayatollah Khamenei, l’un des hommes d’Etat les plus intelligents et les plus fins actuellement au pouvoir, semble poursuivre une stratégie asymétrique d’un nouveau type dont les contours sont totalement étrangers à l’esprit occidental et l’efficacité dans la non-action est plus prononcée que dans l’action. Tout dépendra de la perception des pays Arabes des enjeux colossaux auxquels fait face la région MENA ou la partie centrale du monde et pour le moment tout indique que l’Iran a de grande chances de l’emporter sur le plan stratégique et politique.

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https://strategika51.org/2020/01/18/lavrov-confirme-une-information-de-strategika-51-liran-poursuit-une-nouvelle-strategie-asymetrique-pour-degager-les-forces-us-otan-de-lensemble-de-la-region-centrale-du-monde/comment-page-1/#comment-106011

La Chine et les Etats-Unis ont signé l'accord économique et commercial de phase 1

La Chine et les Etats-Unis ont signé l’accord économique et commercial de phase 1

© Chine Nouvelle (Xinhua), Le 16/01/2020 14:22

La Chine et les Etats-Unis ont officiellement signé mercredi à Washington leur accord économique et commercial de phase 1, le vice-Premier ministre chinois Liu He et le président américain Donald Trump ayant ratifié les documents à la Maison Blanche.

Dans un discours prononcé lors de la cérémonie de signature, M. Liu, qui est également membre du Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois et chef de la partie chinoise du dialogue économique global sino-américain, a d’abord transmis un message du président chinois Xi Jinping à M. Trump.

La conclusion de cet accord est bénéfique pour la Chine, pour les Etats-Unis et pour le monde entier, a déclaré M. Xi dans le message lu par le vice-Premier ministre.

« Cela montre aussi que nos deux pays ont la capacité d’agir sur la base de l’égalité et du respect mutuel, et de travailler par le dialogue et la consultation pour traiter correctement et résoudre efficacement les questions pertinentes », d’après le message.

Au cours de la prochaine étape, les deux parties doivent mettre en oeuvre l’accord avec un réel sérieux et optimiser ses effets positifs, de manière à réaliser des progrès encore plus importants en matière de coopération commerciale et économique entre la Chine et les Etats-Unis, a écrit le président chinois.

Selon lui, le maintien d’une croissance saine et régulière des relations sino-américaines sert les intérêts des deux pays et exige de leur part des efforts conjoints.

Dans cet esprit, M. Xi a exprimé l’espoir que les Etats-Unis traiteront avec équité les entreprises chinoises ainsi que leurs activités économiques, commerciales et d’investissement normales, tout en appuyant la collaboration entre les entreprises, les instituts de recherche et les écoles des deux pays, car cela contribuera à renforcer la confiance mutuelle et la coopération bilatérale.

« La Chine est prête à travailler avec les Etats-Unis en ce sens. Et je resterai personnellement en contact étroit avec vous », a poursuivi le président Xi. « Je suis convaincu que sous notre direction, les relations sino-américaines obtiendront plus de résultats et bénéficieront davantage à nos peuples au cours de l’année à venir. »ANNONCEPARTAGER SUR FACEBOOK !

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https://chine.in/actualite/cn/les-etats-unis-ont-signe-accord-economique_127103.html

La France au Sahel : une stratégie bancale

La France au Sahel : une stratégie bancale

Publié par: Majed Nehméle: 18 janvier, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_MaghrebImprimerEmail

Neuf ans après l’éclatement de la Libye, grâce notamment à la France, alors dirigée par Nicolas Sarkozy, le Sahel, cette immense bande de près de trois millions de km2, séparant le Grand Sahara de l’Afrique de l’Ouest, se retrouve à son tour livré au chaos. Les cinq pays qui la composent (Mauritanie, Mali, Tchad, Niger et Burkina Faso) continuent de subir, à des degrés divers, les contrecoups de la tragédie libyenne.

– Vendredi 10 janvier, deux jours avant la tenue du sommet de Pau convoqué par Macron, un millier de Maliens ont encore manifesté à Bamako pour réclamer le départ des troupes étrangères, en particulier françaises. (AFP)

Celle-ci avait ouvert une boite de pandore d’où sont sortis les démons qui sèment aujourd’hui la terreur et le chaos dans le Sahel et, probablement demain, dans d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest. Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense et de l’Intérieur, fut l’un des rares hommes politiques français à stigmatiser la politique d’ingérence et de regime change qui a ouvert un boulevard au terrorisme, au crime organisé transfrontalier et à l’immigration massive non contrôlée.
A part Hubert Védrine et quelques voix courageuses mais inaudibles, rares étaient ceux qui avaient vu venir cette catastrophe. Même Jean-Luc Mélenchon, alors l’étoile montante de la gauche française avait soutenu cette guerre.
Interrogé en 2014 sur la vague de l’immigration massive et incontrôlée qui s’était abattue à partir de 2011 sur l’Europe, Chevènement imputa ce phénomène à « la destruction de la Libye » par le gouvernement français. «La Libye, déclara-t-il sur le micro d’Europe 1, avait beaucoup de défauts à l’époque de Mouammar Kadhafi, mais la Libye exerçait un contrôle sur ses frontières. Nous avons détruit la Libye, il faut le dire (…) La France, l’Angleterre, sous l’impulsion de M. Sarkozy, peut-être de M. Bernard Henry-Lévy, ont décidé qu’il fallait aller faire le ménage…Résultat de l’ingérence : aujourd’hui, c’est le désordre complet».

Du chaos libyen au bourbier sahélien

Mais ce désordre ne s’est pas arrêté là. Depuis la Libye, livrée à elle-même et aux milices islamistes financées par le Qatar et armées par le Soudan islamiste d’Omar al-Bachir et, plus tard, par la Turquie d’Erdogan, le chaos s’est répandu comme une trainée de poudre dans l’ensemble du Sahel, une région considérée jusqu’ici comme une zone d’influence française. L’imminente chute de cette zone tampon – située entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne – entre les mains de groupes terroristes, mafieux et ethniques constituait une menace directe pour les intérêts français. L’ancien président François Hollande, qui avait applaudi des deux mains l’intervention en Libye, n’avait pas bougé le petit doigt quand ces groupes terroristes, renfloués par des groupes armés Touaregs, s’étaient emparés du nord du Mali, l’Azawad, y constituant une sorte d’émirat islamique autonome. Nombreux d’ailleurs sont les nationalistes maliens, attachés à l’intégrité territoriale de leur pays qui avaient accusé la France de vouloir favoriser la partition du pays et la création d’un Etat touareg indépendant.
Ce n’est que lorsque les groupes islamistes, qui contrôlaient déjà l’Azawad, foncèrent vers la capitale Bamako à partir de Konna le 10 janvier 2013, après avoir défait l’armée malienne, que la France intervint militairement. L’objectif était de stopper l’avance des rebelles et de passer, dans le cadre de l’opération Serval, à la reconquête des territoires sous contrôle des rebelles. Cette intervention était motivée par une saisie du Conseil de sécurité de l’Onu par le gouvernement central de Bamako demandant l’aide militaire de la France et de la communauté internationale. Ce fut le début de l’enlisement militaire français dans le bourbier sahélien.

Sauver le Sahel ou les intérêts géopolitiques de la France ?

Si l’objectif affiché de l’opération était, selon François Hollande dans un discours prononcé le 15 janvier 2013, de soutenir l’armée malienne face aux groupes terroristes et irrédentistes, de stopper l’avancée rebelle vers la capitale Bamako, de sauvegarder l’intégrité territoriale du pays, la mise en application de cette feuille de route s’avèrera plus compliquée que prévu. Une fois les principaux bastions de la rébellion tombés (Gao, Tombouctou, Kidal, Tessalit…), il fallait combattre un ennemi mobile, dispersé non seulement dans l’Azawad et les centres urbains, mais dans le reste du Mali et l’immensité du Sahel. De simple opération de lutte anti-terroriste, la France s’est retrouvée confrontée à un processus de Nation Building avec tous les risques qu’il comporte.
L’opération Barkhane, qui a pris le relais dès le 1er août 2014 de l’opération Serval, est composée de 4 500 hommes essentiellement français. Un effectif jugé par tous les géopoliticiens sérieux de très insuffisant pour mener à terme la pacification du Sahel et la reconstruction de ses Etats fragiles, voire faillis. C’est ce qui a amené la France à proposer à ses partenaires européens la constitution d’une nouvelle structure appelée Takuba, qui consisterait à déployer des forces spéciales auprès des armées locales [notamment malienne] afin de les aider à contrer la menace jihadiste. Ce projet n’a guère emballé les partenaires européens de la France puisque jusqu’ici, seules l’Estonie, déjà présente dans Barkhane, la Belgique et la Tchéquie avaient répondu présentes. Avec une participation presque symbolique…
L’Allemagne, quant à elle, a jusqu’ici refusé l’invitation française à participer au déploiement de forces spéciales européennes pour combattre les islamistes au Mali. Il faut dire que les Allemands ne partagent ni l’approche, ni la perception de la France dans la gestion de ce dossier. Le diagnostic de leurs services de renseignements est très sceptique, rejoignant en cela celui d’un récent rapport de l’ONU et de l’International Crisis Group. Les Américains sont, eux, tentés de se retirer de la région et de fermer leur base de surveillance au Niger, aujourd’hui en voie d’effondrement.
Pour le ministère allemand de la Défense, la menace au Sahel est non seulement incarnée par des groupes jihadistes et le crime organisé, mais aussi par le fait que les groupes armés terroristes y jouissent d’une « grande liberté de mouvement » et pourraient « agir sans restriction ». Ils estiment que « la valeur opérationnelle de la Force conjointe du G5 Sahel est actuellement faible » et que les forces de sécurité maliennes ont « atteint leurs limites malgré le soutien international. » L’ICG va encore plus loin puisqu’il considère, dans un rapport publié à la veille du Sommet de Pau du G5 que la véritable menace pour la sécurité et la stabilité dans cette région « n’est pas seulement le jihad international porté par des groupes terroristes transnationaux, mais une vague d’insurrections tournées contre les États.»

Y a-t-il une stratégie de sortie pour la France ?

Certes, les militaires français ne sont pas les seuls responsables de cet engrenage puisqu’il y a aussi une multitude de forces qui sont censées aider à la mise en application de la stratégie d’intervention dans la région, telle que théoriquement définie par les décideurs français. « La stratégie sahélienne de la France, lit-on sur le site officiel du ministère français de la Défense, vise à ce que les États partenaires acquièrent la capacité d’assurer leur sécurité de façon autonome. Elle repose sur une approche globale (politique, sécuritaire et de développement) dont le volet militaire est porté par l’opération Barkhane, conduite par les armées françaises. »
A titre d’information, Barkhane est soutenue par la Mission européenne de formation de l’armée malienne (EUTM Mali), lancée le 18 février 2013 à la suite de l’adoption de la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU.

– Les cinq chefs d’états du Sahel lors du Sommet de Pau dimanche 12 janvier 2020 autour du président français Emmanuel Macron. Palabre, palabres…Photo DR

Elle s’inscrit dans le cadre de l’approche globale conduite par l’Union européenne pour renforcer la sécurité au Mali et au Sahel. Elle compte un effectif d’environ 600 militaires en provenance d’une vingtaine d’États membres de l’UE et une douzaine de militaires français y contribuent.
A cela s’ajoute la mission onusienne de maintien de la paix Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), créée le 25 avril 2013 par le Conseil de sécurité de l’ONU (résolution 2100) et composée de 11 953 militaires, 1 741 policiers et de 1 180 civils (661 nationaux – 585 internationaux, 155 volontaires des Nations unies).
Certes, un travail considérable a déjà été accompli ne serait-ce qu’au niveau de la défaite des organisations jihadistes et des groupes armés dans le Nord-Mali. Tant que les accords inter-maliens, dont ceux signés respectivement à Alger et à Bamako en 2015 après des négociations laborieuses menées dans la capitale algérienne entre le gouvernement central malien et la Coordination des mouvements de l’Azawad) ne sont pas appliqués par les deux parties, la menace reste sous-jacente, des cellules dormantes attendant le moment propice pour se manifester. Les principes généraux contenus dans ces accords visaient à redéfinir les contours d’un nouveau contrat social au Mali même et dans le reste des Etats du Sahel infesté par le terrorisme, à savoir :

A) respect de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’Etat du Mali, ainsi que de sa forme républicaine et son caractère laïc;
B) reconnaissance et promotion de la diversité culturelle et linguistique et valorisation de la contribution de toutes les composantes du peuple malien, particulièrement celle des femmes et des jeunes, à l’œuvre de construction nationale;
C) prise en charge par les populations de la gestion effective de leurs propres affaires, à travers un système de gouvernance prenant en compte leurs aspirations et leurs besoins spécifiques;
D) promotion d’un développement équilibré de l’ensemble des régions du Mali tenant compte de leurs potentialités respectives;
E) rejet de la violence comme moyen d’expression politique et recours au dialogue et à la concertation pour le règlement des différends;
F) respect des droits de l’Homme, de la dignité humaine et des libertés fondamentales et religieuses;
G) lutte contre la corruption et l’impunité;
H) lutte contre le terrorisme, le trafic de drogues et les autres formes de criminalité transnationale organisée.

Grande absente : l’Algérie

Malheureusement ces accords sont restés lettre morte, même si Emmanuel Macron, dès son élection en mai 2017, avait promis de tout faire pour les ressusciter. Vœux pieux. La réaction très peu diplomatique du locataire de l’Élysée à l’élection d’Abdelmajid Tebboune, en décembre dernier, comme nouveau président de l’Algérie n’est pas de nature à faciliter les contacts entre les deux hommes. Au lieu de présenter ses félicitations, comme c’est l’usage et comme l’ont fait tous les chefs d’Etats européens, il s’était contenté de « prendre note » de l’élection d’Abdelmadjid Tebboune à la tête de l’Algérie et de l’appeler, avec arrogance, à engager un « dialogue avec le peuple algérien ». Ce dernier, vexé, a répliqué : « Je ne lui réponds pas. Il est libre de vendre la marchandise qu’il veut dans son pays, mais moi j’ai été élu par le peuple algérien et je ne reconnais que le peuple algérien ».
On comprend pourquoi la France a brillé par son absence lors du ballet diplomatique autour de la Libye dont Alger a été le théâtre.
Une autre bizarrerie de la stratégie sahélienne française antiterroriste : l’entêtement à exclure implicitement l’Algérie comme partenaire dans le processus de sortie de crise du Sahel. D’autant que ce pays abrite le siège du Conseil des chefs d’état-major opérationnel des armées (Cemoc) basé à Tamanrasset, dans le Sud algérien) et composé de l’Algérie, du Mali, de la Mauritanie et du Niger et qu’il dispose de l’armée la plus puissante de la région.

Pourquoi la France est incomprise par les Africains ?

Incomprise de ses partenaires européens et américains, regardée avec suspicion par de vaste tranches des opinions publiques africaines, jugée sévèrement pour ses maigres résultats sur le terrain, la stratégie française dans le Sahel devrait impérativement être réadaptée pour faire face aux nouveaux foyers qui se sont déplacés du Nord-Mali vers le triangle de la mort (à la frontière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso), le brasier tchadien. Cela risque encore de s’étendre vers l’Afrique de l’Ouest et en particulier en Côte d’Ivoire. Et ce ne sont pas les déclarations sibyllines du sommet de Pau qui constituent une vraie feuille de route pour sortir de ce bourbier. Ni l’envoi de 220 soldats supplémentaires au Mali qui va changer la donne sur le terrain.
Jean-Yves Le Drian, le patron du Quai d’Orsay fait mine de ne pas comprendre pourquoi les Africains sont remontés contre la France.
« Je le constate avec tristesse et un peu de révolte, quand on sait la force de notre engagement, nos 41 morts, et que cela a été fait à la demande des autorités politiques du Sahel. Je ne veux pas non plus surestimer ce sentiment. Il est fortement relayé sur les réseaux sociaux, au travers de fausses nouvelles qu’il faut combattre, mais, dans une situation de crise et d’insécurité, on cherche un bouc émissaire. Une partie du ressentiment antifrançais est liée au fait que les populations ne se sentent pas assez protégées. Il faut que les choses soient claires concernant notre présence. Nous n’avons aucun intérêt dans cette région, sauf la défense du droit et de notre propre sécurité. Si ça ne passe pas par des accords et une clarification des engagements, il faudra se poser des questions et repenser notre positionnement militaire. »
Le Drian, qui reprend ici le même argumentaire que son patron, passe sous silence les racines de la colère, à savoir les ingérences et les interventions militaires françaises à répétition en Afrique pour sauver, non pas leurs pays, mais des régimes à la solde de la France. Les opinions africaines n’ont surtout pas digéré l’intervention militaire française en Libye, comme elles n’ont pas digérée l’emploi de la force armée pour déloger l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. Elles sont enfin en colère contre les maigres résultats de ces interventions. La sécurité promise n’est pas au rendez-vous et les fruits du développement durable promis tardent à mûrir.
Il faudra plus qu’un sommet du G5 pour relever les défis et dissiper les malentendus. Car il y a péril en la demeure et seule la réhabilitation d’Etats africains souverains, autonomes, représentatifs et efficients est de nature à assécher le vivier terroriste. Il n’est pas trop tard pour changer de logiciel et d’approche.

http://www.afrique-asie.fr/la-france-au-sahel-une-strategie-bancale/

500 millions de dollars payés par l’Arabie saoudite pour le déploiement des soldats américains dans le pays

500 millions de dollars payés par l’Arabie saoudite pour le déploiement des soldats américains dans le pays

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17/01/2020 | Kathy De Schrijver | 4 min de lecture

Le président Américain Donald Trump lors de sa premire visite à l’étranger en 2017 auprès du roi saoudien Salmane ben Abdelaziz Al Saoud (Isopix)

Depuis septembre dernier, de nombreux soldats américains protègent l’Arabie saoudite de possibles attaques iraniennes. Mais cela a un coût. Riyad vient d’y participer à hauteur de 500 millions de dollars.

Lorsque l’Iran a attaqué les installations pétrolières saoudiennes, l’Arabie saoudite a fait appel aux USA pour leur venir en aide. Des milliers de soldats américains ont alors été déployés sur place. Le Pentagone a aussi fait envoyer des balises anti-missiles.

‘Conformément aux directives du président visant à accroître le partage des charges des partenaires, le ministère de la Défense a engagé l’Arabie saoudite à partager le coût de ces déploiements, qui soutiennent la sécurité régionale et dissuadent l’hostilité et l’agression’, explique le commandant Rebecca Rebarich, porte-parole du Pentagone. 500 millions de dollars ont donc été versé aux USA fin de l’année passée.

De nouveaux paiements sont à prévoir

L’Arabie saoudite et les USA doivent maintenant recalculer le coût de la présence des Américains sur le sol saoudien. ‘Des discussions sont en cours pour formaliser un mécanisme de contributions futures qui compensera le coût de ces déploiements’, a annoncé cdt. Rebecca Rebarich. De nouveaux paiements pourraient donc être demandés. Le Pentagone affirme que ça ne mènera pas forcément au déploiement de forces supplémentaires.

L’augmentation des troupes américains au Moyen-Orient est à l’opposé des volontés de Donald Trump. Le président américain a déclaré à maintes reprises qu’il souhaitait faire revenir ses hommes au pays. C’était d’ailleurs l’un des points de sa campagne présidentielle. Il avait, par exemple, demandé le rapatriement des troupes en Syrie. Une demande qui avait choqué le Congrès, considérant qu’il abandonnait les forces démocratiques syriennes, leur allié dans la lutte contre l’État islamique.

Cependant, la présence de troupes américaines en Arabie saoudite est sûrement un avantage pour les USA dans le conflit qui l’oppose à l’Iran. Même si l’Arabie n’est pas frontalière avec l’Iran, elle s’y trouve à un jet de pierre. Une situation certainement très pratique pour surveiller les défenses et attaques iranienne.

L’arabie Saoudite habituée au partage des couts avec les USA

Ce n’est pas la première fois que l’Arabie saoudite doit participer au coût du déploiement des Américains dans leur pays. Avec le Koweit et d’autres états du Golfe, l’Arabie a dû payer 36 milliards de dollars. Dans quel but? Couvrir les coûts de la Guerre du Golfe en 1990 et 1991.

En 2018, les USA ont aussi demandé le remboursement de 331 millions de dollars à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Il était question ici de payer les ravitaillements en vol des avions saoudiens lors de la guerre au Yémen.

Lire aussi: Quand le roi Salmane reçoit la plus haute distinction pour ses efforts humanitaires

Source: CNN

https://fr.businessam.be/500-millions-de-dollars-payes-par-larabie-saoudite-pour-le-deploiement-des-soldats-americains-dans-le-pays/

Déclaration conjointe des Chefs d’État du G5 Sahel

Déclaration conjointe des Chefs d’État du G5 Sahel

RÉSEAU VOLTAIRE | 13 JANVIER 2020 

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Les Chefs d’État membres du G5 Sahel et le Président de la République française se sont réunis ce jour 13 janvier 2020 à Pau en France en vue d’examiner la situation dans l’espace G5 Sahel.

Les Chefs d’Etat ont réaffirmé leur détermination commune à lutter ensemble contre les groupes terroristes qui opèrent dans la bande sahélo-saharienne et dans la région du Lac Tchad. Ils ont rendu hommage aux victimes civiles des exactions commises par ces groupes terroristes ainsi qu’aux soldats africains, français et internationaux tombés dans l’accomplissement de leur mission.

Les Chefs d’Etat du G5 Sahel ont exprimé le souhait de la poursuite de l’engagement militaire de la France au Sahel et ont plaidé pour un renforcement de la présence internationale à leurs côtés. Ils ont exprimé leur reconnaissance à l’égard de l’appui crucial apporté par les Etats-Unis et ont exprimé le souhait de sa continuité.

Ils ont réaffirmé que cette action commune vise à protéger les populations civiles, à défendre la souveraineté des Etats du G5 Sahel (conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité des Nations unies et aux accords bilatéraux en vigueur), à prévenir une extension de la menace terroriste dans les pays frontaliers et à ramener la stabilité, condition indispensable du développement.

Les Chefs d’Etat sont convenus d’accroître et de coordonner leurs efforts en vue d’une solution rapide à la crise libyenne, qui continue à alimenter l’instabilité au Sahel. A cet effet, ils ont rappelé la responsabilité de la communauté internationale, l’impérieuse nécessité d’une prise en charge prioritaire de ce dossier par toutes les parties et ont exprimé leur soutien aux objectifs de la conférence internationale de Berlin pour restaurer la stabilité et la sécurité en Libye.

Les chefs d’Etat ont salué les actions déjà menées et ont souligné le besoin d’une plus grande coordination dans la mise en œuvre des initiatives en cours au Sahel et d’un engagement international renforcé.

À cette fin, les chefs d’Etats sont convenus de mener une discussion avec les partenaires déjà engagés afin de mettre en place un nouveau cadre politique, stratégique et opérationnel qui marquera une nouvelle étape dans la lutte contre les groupes terroristes au Sahel et dans la prise de responsabilité collective.

À la lumière de ces discussions, ce nouveau cadre prendra la forme et le nom d’une « Coalition pour le Sahel », rassemblant les pays du G5 Sahel, la France – à travers l’opération Barkhane et ses autres formes d’engagements, les partenaires déjà engagés, ainsi que tous les pays et organisations qui voudront y contribuer. Ce cadre sera organisé autour de quatre piliers rassemblant les efforts engagés dans les domaines suivants :

1. En matière de combat contre le terrorisme :

les chefs d’Etat ont marqué leur ferme volonté de combattre ensemble tous les groupes armés terroristes actifs dans la zone, en concentrant immédiatement leurs efforts militaires dans la région des trois frontières sous le commandement conjoint de la Force Barkhane et de la Force conjointe du G5 Sahel, en ciblant en priorité l’EIGS.

Parallèlement à cet effort, le commandement conjoint de cette coalition accueillera progressivement l’ensemble des pays volontaires et partenaires, dont les contributions militaires rejoindront l’opération Barkhane, comme le futur groupement de forces spéciales européennes, baptisé « Task Force Takuba », qui s’inscrira dans le cadre de ce premier pilier. Le concept d’opération de la Force conjointe sera révisé afin qu’elle puisse agir avec une marge de manœuvre renforcée au-delà de la zone des 50 km de part et d’autre des frontières.

Cette coalition militaire pourra développer les capacités opérationnelles des forces sahéliennes sur l’ensemble de l’espace G5 Sahel afin de réduire la menace des groupes terroristes et d’assurer un meilleur contrôle des frontières.

2. En matière de renforcement des capacités militaires des Etats de la région :

les Chefs d’Etat ont salué le lancement, par la France et l’Allemagne, de l’initiative du partenariat pour la stabilité et la sécurité au Sahel (P3S) et ont souhaité une accélération et une amplification des efforts de formation, d’aguerrissement, de soutien logistique, d’entrainement et d’équipements des armées des pays du G5 Sahel. Ce pilier s’appuiera notamment sur les efforts déjà engagés par les Nations Unies et par les missions de formation de l’Union Européenne. Il pourra inclure un accompagnement au déploiement des armées des pays du G5 Sahel avec le soutien de l’Union Africaine et de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

3. En matière d’appui au retour de l’Etat et des administrations sur le territoire :

Les Chefs d’Etat du G5 Sahel se sont engagés à prendre toutes les mesures visant à accélérer un retour de l’administration et des services publics sur l’ensemble des territoires concernés par la question, en particulier les chaînes pénale et judicaire, essentielles pour le retour de l’Etat de droit. Cet effort s’appliquera prioritairement à Kidal.

Dans un esprit de responsabilité partagée, ces engagements seront appuyés dans le cadre du P3S qui ciblera tout particulièrement son intervention sur la formation et le déploiement jusqu’au niveau local de personnels en matière d’administration civile, de sécurité intérieure (police, gendarmerie, douanes) et de justice.

4. En matière d’aide au développement :

les Chefs d’Etat ont salué les premiers résultats de l’Alliance pour le Sahel, lancée sous l’impulsion de l’Allemagne et de la France en juillet 2017, et ont appelé les pays et organisations, membres de l’Alliance à poursuivre dans la voie d’une démarche encore davantage coordonnée avec l’action sécuritaire, à un recours plus systématique à une programmation conjointe et à des mécanismes de délégation réciproque tenant compte des priorités des pays membres du G5 Sahel.

Dans le même esprit, les Chefs d’Etat en appellent aux partenaires internationaux à concrétiser les engagements pris en décembre 2018 à la Conférence des donateurs de Nouakchott pour la mise en œuvre du Programme d’Investissement Prioritaire (PIP) du G5 Sahel.

Par ailleurs, les Chefs d’Etats appellent les partenaires des États du G5 Sahel à accroitre leur assistance et leur soutien afin de permettre de faire face aux nouveaux défis humanitaires que sont les déplacés internes, les réfugiés, la fermeture des écoles et des centres de santé.

Un sommet associant les Etats du G5 Sahel et la France se tiendra en juin 2020 à Nouakchott dans le cadre de la présidence mauritanienne du G5 Sahel. D’ici cette échéance, le suivi de ces engagements sera effectué au niveau des Ministres des Affaires Etrangères et des Ministres des Armées et de la Défense.

https://www.voltairenet.org/article208905.html

L’effondrement de l’Empire d’Occident moderne. Quel avenir pour l’humanité ?

L’effondrement de l’Empire d’Occident moderne. Quel avenir pour l’humanité ?


Par Ugo Bardi – Le 30 décembre 2019 – Source CassandraLegacy

Ces notes ne sont pas censées dénigrer ni exalter une entité dont l’histoire remonte à au moins deux millénaires. Comme tous les Empires, passés et présents, l’Empire Mondial Moderne a traversé la parabole de sa croissance et de sa gloire et il commence maintenant son déclin. Il n’y a pas grand-chose que nous puissions faire à ce sujet, nous devons accepter que c’est ainsi que l’univers fonctionne. Sur ce sujet, voir aussi un de mes précédents billets « Pourquoi l’Europe a conquis le monde ?« .


Pour tout ce qui existe, il y a une raison et c’est vrai aussi pour cette chose gigantesque qu’on appelle parfois « l’Occident » ou peut-être « l’Empire américain », ou peut-être « la Globalisation ». Pour trouver cette raison, on peut remonter aux origines mêmes de l’empire moderne. Nous pouvons les trouver dans un empire plus ancien, mais déjà très avancé : l’Empire romain.

Comme quelqu’un a pu le dire (et peut-être que quelqu’un l’a fait, mais c’est sans doute un concept original pour moi), « la géographie est la mère des Empires ». Les Empires sont construits sur la disponibilité des ressources naturelles et sur la capacité de les transporter. Ainsi, les Romains ont exploité la géographie du bassin méditerranéen pour construire un empire basé sur le transport maritime. Rome était le centre d’une plaque tournante du commerce qui surpassait tous les autres États de la région occidentale de l’Eurasie et de l’Afrique du Nord. Ce système de transport était si important qu’il a même été déifié sous le nom de la déesse Annona. Sa cohésion était assurée par un système financier basé sur la monnaie, le latin comme lingua franca, un grand système militaire et un système juridique très avancé pour l’époque.

Mais comme tous les empires, celui de Rome portait en lui les germes de sa propre destruction. L’empire a atteint son apogée à un moment donné au cours du 1er siècle de notre ère, puis il a commencé à décliner. Il est le résultat d’une combinaison de facteurs connexes : l’épuisement des mines de métaux précieux qui a privé l’Empire de sa monnaie, la croissance de la route de la soie qui a siphonné les richesses romaines vers la Chine, la surexploitation de l’agriculture nord-africaine qui alimentait les villes romaines. Pas d’argent, pas de ressources, pas de nourriture : l’Empire ne pouvait que s’effondrer et c’est ce qui s’est produit.

L’ancien Empire romain a laissé une ombre fantomatique sur l’Europe, si persistante que pendant deux millénaires, on a essayé de le recréer d’une manière ou d’une autre [Charlemagne, Napoléon, Hitler, NdT]. Mais ce n’était pas possible, c’était encore une fois une question de géographie. L’agriculture intensive romaine avait tellement endommagé le sol nord-africain qu’il ne pouvait plus se rétablir – et c’est bien ce qui s’est passé. La perte du sol fertile sur la rive sud a divisé la mer Méditerranée en deux moitiés : la partie nord, verte et encore fertile, et la partie sud, sèche et stérile. Néanmoins, il y a eu plusieurs tentatives pour reconstruire l’ancienne unité économique et politique du bassin. Le califat arabe a construit un empire méditerranéen du sud basé sur l’arabe comme Lingua Franca et sur l’Islam comme terrain culturel commun. Mais l’expansion de l’Islam n’a jamais atteint l’Europe occidentale. Sa base économique était faible : l’agriculture nord-africaine ne pouvait tout simplement pas soutenir le niveau de population qui aurait été nécessaire pour contrôler l’ensemble du bassin méditerranéen. Le même destin s’est abattu, plus tard, sur l’Empire turc.

De l’autre côté de la mer Méditerranée, l’Europe était une région que les Romains de l’Antiquité avaient toujours considérée comme une périphérie. Avec la disparition de l’Empire romain, l’Europe du Nord a été libérée pour se développer par elle-même. C’était la période que nous appelons « l’âge des ténèbres », un terme impropre s’il en est. Les âges « sombres » étaient une nouvelle civilisation qui a exploité certaines des structures culturelles et technologiques héritées de Rome mais qui a également développé des structures originales. Le manque d’or et d’argent a rendu impossible pour les Européens de maintenir l’unité de l’Europe par des moyens militaires. Ils ont dû se fier à des méthodes plus subtiles et plus sophistiquées qui, néanmoins, ont été modelées sur les vieilles structures romaines. L’unité culturelle était assurée par le christianisme, l’Église créant même une nouvelle forme de monnaie basée non pas sur des métaux précieux mais sur les reliques d’hommes et de femmes saints. L’Église était également le gardien du latin, la vieille langue romaine qui est devenue la Lingua Franca européenne, le seul outil qui a permis aux Européens de se comprendre.

De cette façon, les Européens ont créé une civilisation apaisée et sophistiquée. Ils ont pu maintenir la primauté du droit et ils ont redonné aux femmes certains des droits qu’elles avaient perdus pendant l’Empire romain. Les bûchers de sorcières, endémique dans l’Empire romain, n’ont pas pu être complètement abolis, mais leur fréquence a été réduite à presque zéro. L’esclavage a été officiellement aboli, bien qu’il n’ait jamais réellement disparu. La richesse matérielle a été réduite au profit de la richesse spirituelle, l’art et la littérature ont prospéré autant que possible dans une région pauvre comme l’Europe l’était à cette époque. Les guerres ne disparurent pas, mais le début du Moyen Âge fut une période relativement calme, l’Église conservant un certain contrôle sur les pires excès des seigneurs de la guerre locaux. Le cycle arthurien mettait l’accent sur la façon dont les chevaliers errants se battaient pour accomplir de bonnes actions et pour défendre les faibles. Il n’a été mis par écrit qu’à la fin du Moyen Âge, mais il faisait partie du paysage européen fantasmé depuis des temps bien plus anciens.

Mais les choses ne s’arrêtent jamais. Au Moyen Âge, la population et l’économie européennes se développaient ensemble en exploitant un territoire relativement intact. Bientôt, la civilisation apaisée du début du Moyen Âge a cédé la place à quelque chose qui ne l’était plus. Au tournant du millénaire, l’Europe était surpeuplée et les Européens ont commencé à chercher des zones où s’étendre. Les croisades ont commencé au XIème siècle et ont constitué une nouvelle tentative de réunification du bassin méditerranéen. L’Europe s’est même dotée de structures internationales qui auraient pu régir le nouvel empire méditerranéen : les ordres chevaleresques. Parmi ceux-ci, les Templiers constituaient une structure particulièrement intéressante : en partie une société militaire, mais aussi une banque et un centre culturel, tous basés sur le latin comme Lingua Franca. L’idée était que le nouvel empire méditerranéen serait gouverné par une organisation supranationale, un peu comme l’ancien Empire romain.

Mais les croisades ont été un échec coûteux. L’effort militaire devait être soutenu par les principales ressources économiques de l’époque : les forêts et les terres agricoles. Ces deux ressources ont été fortement sollicitées et le résultat fut une époque de famines et de pestes qui réduisit presque de moitié la population européenne. C’est un nouvel effondrement qui a eu lieu au cours du XIVème siècle. C’était assez grave pour que l’on puisse imaginer que les descendants de Salah ad-Din auraient pu revenir et conquérir l’Europe, s’ils n’avaient pas été poignardés dans le dos par l’Empire mongol en expansion.

La population européenne : graphique de William E Langer, « The Black Death » Scientific American, février 1964, p. 117 — notez comment la croissance est plus rapide après l’effondrement qu’elle ne l’était avant.

Mais les Européens ont été têtus. Malgré l’effondrement du XIVème siècle, ils n’ont pas abandonné et ils ont continué à utiliser le même truc qu’avant : reconstruire après une catastrophe en modelant de nouvelles structures sur les anciennes. Les Européens étaient de bons guerriers, des constructeurs navals compétents, d’excellents marchands et toujours prêts à prendre des risques pour gagner de l’argent. S’ils ne pouvaient pas s’étendre à l’Est, eh bien, pourquoi ne pas s’étendre plus à l’Ouest, de l’autre côté de l’océan Atlantique ? C’était une idée qui a eu un succès fou. Les Européens ont importé de Chine la technologie de la poudre à canon et l’ont utilisée pour construire des armes redoutables. Avec leurs nouvelles compétences en matière d’artillerie, ils ont créé un nouveau type de navire, le galion armé de canons. C’était une arme de domination : un galion pouvait naviguer partout et faire exploser toute opposition sur la mer, puis débarquer des armées pour s’emparer des terres. Un siècle après la grande peste, la population européenne augmentait à nouveau, plus vite qu’avant. Et, cette fois, les Européens se lançaient à la conquête du monde.

Pendant quelques siècles, les Européens se sont comportés comme des maraudeurs dans le monde entier : explorateurs, marchands, pirates, colons, bâtisseurs d’empire, etc. Ils naviguaient partout et partout où ils naviguaient, ils dominaient la mer. Mais qui étaient-ils ? L’Europe n’a jamais gagné une unité politique ni ne s’est engagée dans un effort pour créer un empire politiquement unifié. Tout en combattant les populations non-européennes, les Européens se battaient aussi entre eux pour le butin. La seule entité supranationale de gouvernement qu’ils avaient était l’Église catholique, mais c’était un outil obsolète pour les temps nouveaux. Au XVIème siècle, l’Église catholique n’était plus une gardienne de reliques, elle était elle-même une relique. Le coup de grâce lui a été donné par l’invention de la presse à imprimer qui a énormément réduit le coût des livres. Cela a conduit à un marché pour les livres écrits en langue vernaculaire et ce fut la fin du latin comme Lingua Franca européenne. Le résultat fut la réforme de Martin Luther, en 1517 : le pouvoir de l’Église catholique fut brisé à jamais. Maintenant, les États européens avaient ce qu’ils voulaient : les mains libres pour s’étendre où ils voulaient.

Comme vous l’avez peut-être imaginé, le résultat de cette phase historique de « bataille royale » a été un nouveau désastre. Les États européens se sautèrent à la gorge en s’engageant dans la « guerre de 30 ans » (1618 – 1648). La moitié de l’Europe fut dévastée, les fléaux et les famines réapparurent, la production alimentaire s’effondra et avec elle la population. Les Européens ne se battaient pas seulement les uns contre les autres sous la forme d’États en guerre. Les hommes européens se battaient contre les femmes européennes : c’est l’époque de la chasse aux sorcières, des dizaines de milliers de femmes européennes innocentes furent emprisonnées, torturées et brûlées sur les bûchers. Avec ses forêts coupées et ses terres agricoles érodées par la surexploitation, il devint fort possible d’imaginer que l’âge de l’empire mondial européen soit à jamais révolu. Ce ne fut pas le cas.

Tout comme un coup de chance avait sauvé l’Europe après le premier effondrement du XIVème siècle, un autre événement presque miraculeux a sauvé l’Europe de l’effondrement du XVIIIème siècle. Ce miracle avait un nom : le charbon. C’est un économiste européen du XIXème siècle, William Jevons, qui avait noté qu’« avec le charbon, tout est facile ». Et avec le charbon, les Européens pouvaient résoudre la plupart de leurs problèmes : le charbon pouvait être utilisé à la place du bois pour fondre les métaux et fabriquer des armes. Cela a sauvé les forêts européennes (mais pas celle de l’Espagne, qui n’avait pas de charbon bon marché et dont l’empire s’effondrait lentement). Ensuite, le charbon pouvait être transformé en nourriture grâce à une technologie indirecte mais efficace. Le charbon était utilisé pour fondre le fer et produire des armes. Avec les armes, de nouvelles terres étaient conquises et leurs habitants réduits en esclavage. Les esclaves cultivaient alors des plantations et produisaient des aliments qui étaient expédiés en Europe. C’est à cette époque que les Britanniques ont pris l’habitude de prendre le thé l’après-midi : le thé, le sucre et la farine pour les gâteaux étaient tous produits dans les plantations britanniques d’outre-mer.

Et le cycle continua. La population européenne a recommencé à croître au cours du XVIIIème siècle et, à la fin du XIXème siècle, l’exploit de conquérir le monde était presque terminé. Le XXème siècle a vu la consolidation de ce que nous pouvons aujourd’hui appeler « l’Empire occidental », le terme « Occident » désignant une entité culturelle qui n’était plus seulement européenne : elle comprenait les États-Unis, l’Australie, l’Afrique du Sud et quelques autres États – y compris même des pays asiatiques tels que le Japon qui, en 1905, a gagné un espace parmi les puissances mondiales par la force des armes, battant à plates coutures une puissance européenne traditionnelle, la Russie, lors de la bataille navale de Tsushima [financée pour le Japon par des banques occidentales, NdT]. D’un point de vue militaire, l’Empire d’Occident était une réalité. Il restait à le transformer en une entité politique. Tous les empires ont besoin d’un empereur, mais l’Occident n’en avait pas, pas encore.

La phase finale de la construction de l’Empire d’Occident a eu lieu avec les deux guerres mondiales du XXème siècle. C’étaient de véritables guerres civiles pour la domination impériale, semblables aux guerres civiles de la Rome antique à l’époque de César et d’Auguste. De ces guerres, un vainqueur évident est sorti : les États-Unis. Après 1945, l’Empire avait une monnaie commune (le dollar), une langue commune (l’anglais), une capitale (Washington DC) et un empereur, le président des États-Unis. Plus que tout cela, ils s’étaient doté d’une puissante machine de propagande, celle que nous appelons aujourd’hui « fabrication du consensus ». Elle a construit un récit qui décrivait la Seconde Guerre mondiale comme un triomphe du bien contre le mal — ce dernier étant représenté par l’Allemagne nazie. Ce récit reste aujourd’hui le mythe du financement de l’Empire d’Occident. Le seul empire rival restant, l’Empire soviétique, s’est effondré en 1991, laissant l’Empire américain comme seule puissance dominante du monde. Cela aussi a été considéré comme une preuve de la bonté inhérente de l’Empire américain. C’est à cette époque que Francis Fukuyama a écrit son livre « La fin de l’histoire » (1992), décrivant correctement les événements dont il était témoin. Tout comme lorsque l’empereur Octavianus a inauguré l’âge de la « Pax Romana », ce fut le début d’un nouvel âge d’or : la « Pax Americana ».

Hélas, l’histoire ne finit jamais et, comme je l’ai mentionné au début de cet essai, tous les empires portent en eux les graines de leurs propres destructions. Quelques décennies seulement se sont écoulées depuis l’époque où Fukuyama avait revendiqué la fin de l’histoire et la Pax Americana semble déjà terminée. La domination du monde occidental avait été basée d’abord sur le charbon, puis sur le pétrole, et maintenant on essaie de passer au gaz, mais ce sont toutes des ressources finies qui deviennent de plus en plus chères à produire. Tout comme le déclin de Rome avait suivi celui de ses mines d’or, l’Occident suit le déclin des puits qu’il contrôle. Le dollar perd son rôle de monnaie de réserve mondiale et l’Empire est menacé par un nouveau système commercial. Tout comme l’ancienne route de la soie a été un facteur de l’effondrement de l’Empire romain, l’initiative naissante de la « Nouvelle route de la soie » qui reliera l’Eurasie en une seule région commerciale pourrait donner le coup de grâce à la domination mondialisée de l’Occident.

Il est certain que l’Empire d’Occident, bien que moribond, n’est pas encore mort. Il a toujours sa merveilleuse machine de propagande qui fonctionne. La grande machine a même réussi à convaincre la plupart des gens que l’empire n’existe pas vraiment, que tout ce qu’ils voient qu’on leur fait est fait pour leur bien et que les étrangers sont affamés et bombardés avec les meilleures intentions. C’est un exploit remarquable qui rappelle quelque chose qu’un poète européen, Baudelaire, a dit il y a longtemps : « Le meilleur tour du Diable consiste à vous faire croire qu’il n’existe pas. » C’est typique de toutes les structures de devenir méchantes pendant leur déclin, cela arrive même aux êtres humains. Donc, nous vivons peut-être dans un « Empire du mensonge«  qui se détruit en essayant de construire sa propre réalité. Sauf que la vraie réalité gagne toujours.

Et nous y voilà, aujourd’hui. Tout comme l’ancien Empire romain, l’Empire d’Occident finit son cycle et le déclin a déjà commencé. Donc, à ce stade, nous pourrions risquer une sorte de jugement moral : l’Empire d’Occident était-il bon ou mauvais ? Dans un sens, tous les empires sont mauvais : ce sont généralement des organisations militaires impitoyables qui se livrent à toutes sortes de massacres, de génocides et de destructions. De l’Empire romain, on se souvient de l’extermination des Carthaginois comme exemple, mais ce n’était pas le seul. De l’Empire occidental, nous avons de nombreux exemples : le plus maléfique est peut-être le génocide des Indiens d’Amérique du Nord, mais des choses comme l’extermination de civils par le bombardement aérien des villes pendant la Deuxième Guerre mondiale étaient aussi impressionnantes. Et l’Empire (maléfique) ne semble pas avoir perdu son goût pour le génocide, du moins comme on peut le juger d’après certaines déclarations récentes de membres du gouvernement américain sur l’idée d’affamer les Iraniens.

D’autre part, il serait difficile de soutenir que les Occidentaux sont plus mauvais que les personnes appartenant à d’autres cultures. Si l’histoire nous dit quelque chose, c’est que les gens ont tendance à devenir mauvais lorsqu’ils ont la possibilité de le faire. L’Occident a créé beaucoup de bonnes choses, de la musique polyphonique à la science moderne et, durant cette dernière phase de son histoire, il mène la lutte pour maintenir la Terre en vie – une fille comme Greta Thunberg est un exemple typique du « bon Occident » par opposition au « mauvais Occident ».

Dans l’ensemble, tous les empires de l’histoire sont plus ou moins les mêmes. Ils sont comme des vagues qui s’écrasent sur une plage : certaines sont grandes, d’autres petites, certaines font des dégâts, d’autres ne font que laisser des traces sur le sable. L’Empire d’Occident a fait plus de dégâts que les autres parce qu’il était plus grand, mais il n’était pas différent. Nous devons accepter que l’univers fonctionne d’une certaine manière : jamais en douceur, toujours en montant et descendant et, souvent, en passant par des effondrements abrupts, comme l’avait noté il y a longtemps le philosophe romain Lucius Seneca. L’empire actuel étant si grand, la transition vers ce qui viendra après nous doit être plus abrupte et plus dramatique que tout ce que l’on a vu dans l’histoire auparavant. Mais, tout comme ce fut le cas pour la Rome antique, l’avenir pourrait bien être un âge plus doux et plus sain que l’âge actuel.

Ugo Bardi enseigne la chimie physique à l’Université de Florence, en Italie, et il est également membre du Club de Rome. Il s’intéresse à l’épuisement des ressources, à la modélisation de la dynamique des systèmes, aux sciences climatiques et aux énergies renouvelables.

Traduit par Hervé, relu par Marcel pour le Saker Francophone 595FacebookTwitterWordPress

https://lesakerfrancophone.fr/leffondrement-de-lempire-doccident-moderne-quel-avenir-pour-lhumanite

Comment Trump s’est rebellé contre ses généraux

Comment Trump s’est rebellé contre ses généraux


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama − Le 17 janvier 2020

Au début de 2017, juste au moment où Trump a été intronisé, nous avons écrit au sujet d’une vieille théorie des centres de pouvoir qui semblait expliquer comment Trump avait remporté les élections :

Du point de vue des centres de pouvoir, Mme Clinton a eu un jour tout le soutien dont elle avait besoin. Mais elle a, par la suite, perdu un groupe décisif en raison de sa politique étrangère sans concession. Voici une vue intéressante basée sur une théorie des années 50 :

L'élite au pouvoir peut être mieux décrite comme un «pouvoir triangulaire», les entreprises, le gouvernement exécutif et les factions militaires : «Il existe une économie politique que de nombreux liens attachent à l'ordre militaires et décisionnel. Ce triangle du pouvoir est maintenant un fait structurel, et c'est la clé de toute compréhension des cercles supérieurs aux US aujourd'hui.»
 
Les élections américaines de 2016, comme toutes les autres élections américaines, ont présenté une galerie de candidats présélectionnés qui représentaient les trois factions et leurs intérêts au sein de l'élite au pouvoir. Cependant, ces élections étaient très différentes des élections précédentes. Alors qu'elles s'éternisaient, l'élite au pouvoir s'est amèrement divisée, la majorité soutenant Hillary Clinton, la candidate présélectionnée par les factions politiques et entrepreneuriales, tandis que la faction militaire s'est ralliée à Donald Trump....

Le point politique décisif de ce tour de scrutin a été la lutte entre néo-cons / libéraux-interventionnistes et réalistes dans la politique étrangère. Un côté est représenté exemplairement par la CIA et l'autre par l'armée :

Un schisme s'est développé entre le ministère de la Défense et la CIA hautement politisée. Ce schisme, qui peut être attribué à la politique étrangère secrète de l’État profond, remonte aux «révolutions de couleur» orchestrées par la CIA qui avaient balayé le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

La CIA a créé de futurs ennemis sanguinaires, que les militaires devront vaincre plus tard ...

Cette explication a bien résisté. Au début de son régime, Trump a bourré la Maison Blanche de factions militaires tandis que le gouvernement exécutif – l’État profond – menait une guerre contre lui. Le côté des entreprises dans le triangle du pouvoir était très satisfait de sa politique fiscale.

Mais Trump a rapidement découvert que la faction militaire n’était pas d’accord avec ses tendances isolationnistes « l’Amérique d’abord ». Les « adultes dans la salle » et les généraux voulaient expliquer à Trump pourquoi ils pensent que les États-Unis ont besoin de nombreux alliés et de bases militaires, et pourquoi les nombreuses longues guerres que les États-Unis mènent sont une politique raisonnable.

Selon un nouveau livre, partiellement adapté dans un article du Washington Post, cet effort ne s’est pas bien terminé :

Trump a organisé sa vision du monde peu orthodoxe sous la bannière simpliste de «l'Amérique d'abord», mais [le secrétaire à la Défense Jim] Mattis, [le secrétaire d'État Rex] Tillerson et [le directeur du Conseil économique national Gary] Cohn craignaient que ses propositions soient irréfléchies, à peine considérées, et un danger pour le statut de la superpuissance américaine. Ils ont également estimé que bon nombre des idées impulsives de Trump provenaient de son manque de familiarité avec l'histoire des États-Unis et, même, de son ignorance des lieux où les pays étaient situés. Pour avoir une discussion utile avec lui, le trio a convenu qu'ils devaient créer une connaissance de base, un langage partagé.
 
Donc, le 20 juillet 2017, Mattis a invité Trump au Tank pour ce que lui, Tillerson et Cohn avaient soigneusement organisé comme un tutoriel sur mesure.

La réunion dans le Tank, une salle de conférence sécurisée au Pentagone, faisait partie d’un effort pour soumettre l’insurrection de Trump à la vision militaire du monde. Mais l’explication par les généraux de haut rang s’est présentée comme une conférence qui a  immédiatement déplu à Trump :

Une première ligne d'introduction a clignoté à l'écran, donnant le ton : «L'ordre international fondé sur des règles d'après-guerre est le plus beau cadeau de la plus grande génération.» Mattis a ensuite donné un briefing de 20 minutes sur le pouvoir de l'OTAN pour stabiliser l'Europe et garder les États-Unis en sécurité. Bannon pensa en lui-même : «Pas bon. Trump ne va pas aimer ça du tout.» Le langage internationaliste que Mattis utilisait a été un déclencheur pour Trump.
 
"Oh, baby, ça va partir en couille," pensa Bannon [le stratège en chef de la Maison Blanche, Stephen K.]. "Si vous vous leviez et menaciez de tirer sur lui [Trump], il ne dirait pas 'c'est l'ordre international fondé sur des règles d'après-guerre'. Ce n'est tout simplement pas sa façon de penser"

Bannon avait raison. Des échauffourées verbales sur l’OTAN, la Corée du Sud et les bases américaines ont suivi. Ensuite, Trump s’en est pris aux généraux :

"On nous doit de l'argent que vous n'avez pas collecté !", leur a dit Trump. "Vous feriez totalement faillite si vous deviez gérer votre propre entreprise."

La discussion s’est portée vers la guerre en Afghanistan :

Trump a éclaté pour relancer une autre plainte fréquente : la guerre en Afghanistan, qui était maintenant la plus longue guerre des États-Unis. Il a demandé une explication pour justifier pourquoi les États-Unis n'avaient pas encore gagné en Afghanistan, maintenant 16 ans après que la nation a commencé à y combattre à la suite des attentats terroristes du 11 septembre. Trump a déchaîné son mépris, qualifiant l'Afghanistan de «guerre de perdant». Cette phrase a flotté dans l'air et a dégoûté non seulement les chefs militaires à la table mais aussi les hommes et les femmes en uniforme assis le long du mur du fond derrière leurs directeurs. Ils ont tous juré d'obéir à leur commandant en chef et, ici, il appelait la guerre qu'ils avaient mené une guerre de perdants.

"Vous êtes tous des perdants", a déclaré Trump. "Vous ne savez plus comment gagner."

Quand on lit le récent témoignage au Congrès de l’Inspecteur général spécial pour l’Afghanistan, on peut voir que Trump a raison. La guerre est perdue depuis longtemps et les militaires mentent à ce sujet :

«Il y a une odeur de mensonge dans toute la question afghane... mensonge et orgueil», a déclaré John F. Sopko dans son témoignage devant le Comité des affaires étrangères de la Chambre. «Le problème est qu'il y a vraiment un élément dissuasif pour dire la vérité. Nous avons créé une incitation à presque obliger les gens à mentir» ...
 
«Quand on parle de mensonge, quand on parle de mentir, ce n'est pas seulement mentir à propos d'un programme particulier. C'est mentir par omission», a-t-il dit. «Il s'avère que tout ce qui est une mauvaise nouvelle a été classé au cours des dernières années.»

La diatribe de Trump lors de la rencontre avec les généraux s’est poursuivie :

Trump a songé à destituer le général John Nicholson, le commandant américain en charge des troupes en Afghanistan. "Je ne pense pas qu'il sache comment gagner", a déclaré le président, attaquant Nicholson, qui n'était pas présent à la réunion. ...
 
"Je veux gagner", a-t-il déclaré. "Nous ne gagnons plus de guerres... Nous dépensons 7 000 milliards de dollars, tout les autres ont obtenu le pétrole et nous ne gagnons plus jamais." ...

"Je n'irais pas en guerre avec vous", a déclaré Trump aux huiles galonnées.
 
S'adressant à la pièce, le commandant en chef aboya : "Vous êtes un tas d'andouilles et de gonzesses."

Une engueulade de sergent instructeur sur des recrues à quatre étoiles. Je trouve cela assez impressionnant. Ces princes parfumés devaient être furax.

Alors que certains diront assurément que Trump a déshonoré l’armée avec sa diatribe, la plupart des soldats sur le terrain seront probablement d’accord avec son opinion sur leurs généraux.

La plupart des andouilles et gonzesses qui se trouvaient dans cette pièce ont depuis été licenciés ou mis à la retraite. Leurs remplaçants sont des béni-oui-oui plus au goût de Trump. Ils n’ont même pas protesté contre la dernière erreur de Trump. Il a chichement loué quelques unités de défense aérienne à l’Arabie saoudite et a tranquillement assassiné Qassem Soleimani en Irak alors que les bases américaines ne disposaient plus de défenses aériennes pour les protéger contre les inévitables représailles.

Les dirigeants anti-Trump de la partie exécutive du triangle (le gouvernement) ont également été supprimés et remplacés par des personnes peu susceptibles de lutter contre lui.

Le troisième côté du triangle, la faction des entreprises, est heureux que Trump ait pressé la Fed d’inonder les marchés avec de l’argent gratuit. À moins que l’inévitable krach boursier ne survienne avant les élections, ce qui est peu probable, ils resteront du côté de Trump.

Avec les trois côtés du triangle de pouvoir enclins à le favoriser ou à rester neutres, Trump semble avoir de bonnes chances de gagner les prochaines élections.

Ceci à la condition qu’il ne continue pas de suivre les conseils des néocons avec un mauvais palmarès, et ne commence, par pure stupidité, une guerre contre l’Iran.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/comment-trump-sest-rebelle-contre-ses-generaux

Revue de presse nationale et internationale.

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