La manifestation des « gilets jaunes » à Paris dégénère: vitrines cassées, incendies, des centaines d’interpellations (PHOTOS)

La manifestation des « gilets jaunes » à Paris dégénère: vitrines cassées, incendies, des centaines d’interpellations (PHOTOS)

AFP Publié le – Mis à jour le 

INTERNATIONALMobilisés depuis plus de cinq mois, les « gilets jaunes » étaient de retour dans la rue samedi pour un acte 23 marqué par de nouvelles tensions à Paris, à l’issue d’une semaine dominée par l’incendie à Notre-Dame. Il y aurait 9.600 manifestants en France à 14h, dont 6.700 à Paris, selon le Ministère de l’Intérieur.

Réunies pour lancer un nouvel « ultimatum » à Emmanuel Macron, plusieurs milliers de personnes s’étaient rassemblées dans la matinée sous un grand soleil, à Bercy, dans le sud-est de la capitale, avant de s’élancer vers midi en direction de la place de la République.

De premières échauffourées ont éclaté en début d’après-midi près de Bastille et se sont poursuivies aux abords de République par un face-à-face tendu entre manifestants et forces de l’ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogènes et ont procédé à plusieurs charges devant un restaurant McDonald’s, parfois munies de lanceurs de balles de défense.

Au milieu de scooters incendiés, des manifestants jetaient bouteilles et autres projectiles en direction des forces de l’ordre. Certains criaient « Suicidez-vous, suicidez-vous », alors que la police nationale est touchée par une vague de suicides sans précédent depuis le début de l’année.

Dans un tweet, la préfecture de police a appelé les manifestants à se « désolidariser des groupes violents ». A la mi-journée, la police avait procédé à Paris à 137 interpellations et plus de 11.000 contrôles préventifs, selon la préfecture. A 15H, 110 personnes avaient été placées en garde à vue dans la capitale, selon le parquet.

« Je suis Notre-Dame »

La manifestation parisienne s’était jusque-là déroulée dans un calme relatif autour des mots d’ordre portés par ce mouvement protéiforme pour plus de pouvoir d’achat et de démocratie directe. Un autre cortège, parti lui de la basilique de Saint-Denis mais beaucoup moins suivi, se déroulait sans le moindre incident, a constaté l’AFP.

« On veut vivre dignement. Moi j’ai ma retraite mais je suis là pour les générations à venir », a dit Joël Blayon, marin pêcheur de 60 ans à la retraite.

La méfiance était palpable à quelques jours des mesures que le chef de l’Etat doit dévoiler jeudi après le grand débat national et dont il avait dû différer l’annonce en raison de l’incendie de Notre-Dame.

« Macron tarde à nous annoncer ses mesures. Tant qu’il n’aura pas répondu à une majorité de nos revendications, comme le RIC (référendum d’initiative citoyenne, NDLR), nous serons là », assure Yolande Rodrigues, une sans-emploi de 47 ans.

L’incendie de Notre-Dame était également dans les esprits et divisait les troupes. « Notre-Dame, c’est pas nous », pouvait-on lire sur une pancarte qui voisinait des posters de l’édifice et des affiches « Je suis Notre-Dame ».

Les promesses de centaines de millions d’euros pour la reconstruction de la cathédrale laissaient aussi un sentiment partagé. « C’est une bonne chose cet argent pour Notre-Dame mais quand on voit ce qu’on peut débloquer en quelques heures… », résumait Jean François Mougey, retraité de la SNCF venu de Mulhouse.

« Victor Hugo vous remercie pour Notre-Dame de Paris mais n’oubliez pas les misérables », proclamait une banderole.

« De l’argent, il y en a »

Pour cet acte 23, des défilés étaient également prévus dans plusieurs villes en région.

A Bordeaux, traditionnelle place forte du mouvement, une petite foule s’est rassemblée place de la Bourse avant d’entamer un itinéraire canalisé par des forces de police très mobiles bloquant les accès à l’hypercentre, ce qui provoquait quelques face-à-face tendus.

« On vient depuis le début, pour les injustices, la pauvreté », dit Loïc, chef d’entreprise manifestant en famille. « Il y a moins de monde que d’habitude (…). Ca va être plus épisodique », dit-il.

A Toulouse, des milliers de personnes se sont rassemblées en début d’après-midi place Jean-Jaurès, précédées par des dizaines de motards en gilet jaune. « J’ai la trouille mais ça ne va pas m’arrêter de venir », assure Claudine Sarradet, retraitée de l’éducation nationale.

Comme lors des récentes semaines, les autorités avaient interdit aux manifestations des lieux emblématiques de plusieurs villes: les Champs-Élysées à Paris, ainsi que les abords de la cathédrale de Notre-Dame où certains « gilets jaunes » voulaient converger.

Ont aussi été interdits l’hyper-centre lyonnais ou la place du Capitole à Toulouse par crainte des débordements qui avaient notamment émaillé le premier « ultimatum » le 16 mars à Paris.

Plus de 60.000 policiers et gendarmes sont mobilisés dans tout le pays. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, qui a fait un « point sur la situation » lors d’un déjeuner samedi à l’Elysée avec Emmanuel Macron, avait mis en garde vendredi contre le retour des casseurs.

Samedi dernier, les manifestations des « gilets jaunes » avaient rassemblé 31.000 personnes, dont 5.000 à Paris, selon les chiffres officiels régulièrement contestés par les manifestants.

AFP
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La manifestation des « gilets jaunes » à Paris dégénère: vitrines cassées, incendies, des centaines d’interpellations (PHOTOS)

La manifestation des « gilets jaunes » à Paris dégénère: vitrines cassées, incendies, des centaines d’interpellations (PHOTOS)

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 En images: « Gilets jaunes »: premières échauffourées dans le cortège parisien, 126 interpellations

INTERNATIONALMobilisés depuis plus de cinq mois, les « gilets jaunes » étaient de retour dans la rue samedi pour un acte 23 marqué par de nouvelles tensions à Paris, à l’issue d’une semaine dominée par l’incendie à Notre-Dame. Il y aurait 9.600 manifestants en France à 14h, dont 6.700 à Paris, selon le Ministère de l’Intérieur.

Réunies pour lancer un nouvel « ultimatum » à Emmanuel Macron, plusieurs milliers de personnes s’étaient rassemblées dans la matinée sous un grand soleil, à Bercy, dans le sud-est de la capitale, avant de s’élancer vers midi en direction de la place de la République.

De premières échauffourées ont éclaté en début d’après-midi près de Bastille et se sont poursuivies aux abords de République par un face-à-face tendu entre manifestants et forces de l’ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogènes et ont procédé à plusieurs charges devant un restaurant McDonald’s, parfois munies de lanceurs de balles de défense.

Au milieu de scooters incendiés, des manifestants jetaient bouteilles et autres projectiles en direction des forces de l’ordre. Certains criaient « Suicidez-vous, suicidez-vous », alors que la police nationale est touchée par une vague de suicides sans précédent depuis le début de l’année.

Dans un tweet, la préfecture de police a appelé les manifestants à se « désolidariser des groupes violents ». A la mi-journée, la police avait procédé à Paris à 137 interpellations et plus de 11.000 contrôles préventifs, selon la préfecture. A 15H, 110 personnes avaient été placées en garde à vue dans la capitale, selon le parquet.

« Je suis Notre-Dame »

La manifestation parisienne s’était jusque-là déroulée dans un calme relatif autour des mots d’ordre portés par ce mouvement protéiforme pour plus de pouvoir d’achat et de démocratie directe. Un autre cortège, parti lui de la basilique de Saint-Denis mais beaucoup moins suivi, se déroulait sans le moindre incident, a constaté l’AFP.

« On veut vivre dignement. Moi j’ai ma retraite mais je suis là pour les générations à venir », a dit Joël Blayon, marin pêcheur de 60 ans à la retraite.

La méfiance était palpable à quelques jours des mesures que le chef de l’Etat doit dévoiler jeudi après le grand débat national et dont il avait dû différer l’annonce en raison de l’incendie de Notre-Dame.

« Macron tarde à nous annoncer ses mesures. Tant qu’il n’aura pas répondu à une majorité de nos revendications, comme le RIC (référendum d’initiative citoyenne, NDLR), nous serons là », assure Yolande Rodrigues, une sans-emploi de 47 ans.

L’incendie de Notre-Dame était également dans les esprits et divisait les troupes. « Notre-Dame, c’est pas nous », pouvait-on lire sur une pancarte qui voisinait des posters de l’édifice et des affiches « Je suis Notre-Dame ».

Les promesses de centaines de millions d’euros pour la reconstruction de la cathédrale laissaient aussi un sentiment partagé. « C’est une bonne chose cet argent pour Notre-Dame mais quand on voit ce qu’on peut débloquer en quelques heures… », résumait Jean François Mougey, retraité de la SNCF venu de Mulhouse.

« Victor Hugo vous remercie pour Notre-Dame de Paris mais n’oubliez pas les misérables », proclamait une banderole.

« De l’argent, il y en a »

Pour cet acte 23, des défilés étaient également prévus dans plusieurs villes en région.

A Bordeaux, traditionnelle place forte du mouvement, une petite foule s’est rassemblée place de la Bourse avant d’entamer un itinéraire canalisé par des forces de police très mobiles bloquant les accès à l’hypercentre, ce qui provoquait quelques face-à-face tendus.

« On vient depuis le début, pour les injustices, la pauvreté », dit Loïc, chef d’entreprise manifestant en famille. « Il y a moins de monde que d’habitude (…). Ca va être plus épisodique », dit-il.

A Toulouse, des milliers de personnes se sont rassemblées en début d’après-midi place Jean-Jaurès, précédées par des dizaines de motards en gilet jaune. « J’ai la trouille mais ça ne va pas m’arrêter de venir », assure Claudine Sarradet, retraitée de l’éducation nationale.

Comme lors des récentes semaines, les autorités avaient interdit aux manifestations des lieux emblématiques de plusieurs villes: les Champs-Élysées à Paris, ainsi que les abords de la cathédrale de Notre-Dame où certains « gilets jaunes » voulaient converger.

Ont aussi été interdits l’hyper-centre lyonnais ou la place du Capitole à Toulouse par crainte des débordements qui avaient notamment émaillé le premier « ultimatum » le 16 mars à Paris.

Plus de 60.000 policiers et gendarmes sont mobilisés dans tout le pays. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, qui a fait un « point sur la situation » lors d’un déjeuner samedi à l’Elysée avec Emmanuel Macron, avait mis en garde vendredi contre le retour des casseurs.

Samedi dernier, les manifestations des « gilets jaunes » avaient rassemblé 31.000 personnes, dont 5.000 à Paris, selon les chiffres officiels régulièrement contestés par les manifestants.

AFP

Du « dégagisme » au populisme

DÉGAGISME
Election présidentielle en Ukraine : l’acteur Volodymir Zelenski pourrait triompher sur un programme entre dégagisme et populisme

Du « dégagisme » au populisme

La victoire de Vladimir Zelenski atteste à nouveau du « dégagisme» qui gagne l’Ukraine après avoir transformé plusieursscènes politiques européennes. De la France à la Slovaquie, de l’Italie à l’Autriche, les électeurs européens renouvellent massivement leur personnel et leur paysage politiques. Ils font émerger de nouvelles figures : aussi différents soient-ils, Emmanuel Macron, Sebastian Kurz, Luigi di Maio ou encore Zuzana Caputovabousculent tous les codes en se propulsant au sommet du pouvoir en quelques mois. Les vieux partis sociaux-démocrates, socialistes et démocrates-chrétiens sont à la peine en France, en Espagne, en Italie ou encore en Grèce. Et ils sont remplacés par des formations disruptives, LaREM, Podemos, le M5S, etc.

Le succès de la candidature Zelenski au premier tour reprend cette tendanceen contestant lala classe politique ukrainienne issue de l’indépendance de 1991 et de la Révolution Orange de 2004. Ioulia Timochenko, ancienne Premier ministre, en a fait les frais au premier tour.

Conséquence évidente, les ressorts des succès électoraux des populistes fonctionnent aussi dans le cas Zelenski. Il a laissé son programme dans un vague qui confine à la confusion. Sur l’annexion de la Crimée et la fin des conflits dans le Donbass, il renvoie à des consultations avec la partie russe sans préciser sa méthode. Concernant l’économie et les besoins d’investissements, il promet seulement de ménagerles bailleurs de fonds du FMI et de l’Union européenne. « Faire ce que le peuple attend » et « lutter contre la corruption », voilà ses maîtres mots. Louables mais insuffisants pour un programme de gouvernement.

Voilà le premier enseignement de cette campagne ukrainienne : le « dégagisme » peut conduire au succès de leaders et de mouvements plus en phase avec le peuple mais moins mûrs idéologiquement et politiquement.

Défaite de Porochenko : l’héritage de Maïdan en question

Le président sortant, Petro Porochenko a subi au premier tour un revers important en atteignant avec peine les 15% de suffrages exprimés. Il a assurément fait les frais de sa stratégie de campagne résolument nationaliste mettant en avant la foi, l’armée et la langue. Président combatif, il s’est révélé peu en phase avec une population épuisée par la guerre et soucieuse avant tout de se ménager des perspectives socio-économiques. Cet oligarque de l’agro-alimentaire paie également les scandales de corruptions qui ont émaillé la vie politique ukrainienne durant son mandat.

Toutefois, la campagne de l’entre-deux-tours pose la question de l’héritage de la révolution de Maïdan. Ce mouvement de l’hiver 2013-2014 avait une dimension anti-russe et anti-Poutine. Mais il a constitué au moins autant un refus de la corruption. Les habitants de Kiev se sont mobilisés contre le président pro-russe Ianoukovitch pour contester la cleptocratie autant que pour empêcher l’Ukraine de quitter le partenariat oriental de l’Union européenne au profit de l’union eurasiatique de la Russie poutinienne.

L’essor de la candidature Zelenski confirme une partie de l’héritage de Maïdan : le rejet des élites et de la corruption. Toute sa popularité est fondée sur le personnage qu’il a incarné depuis plusieurs années à l’écran dans la série « serviteur du peuple » : un professeur d’histoire portée à la tête du pays par un mouvement populaire de rejet de la corruption. En revanche, la prodigieuse volonté de liberté nationale, l’autre volet de Maïdan, peut-elle être incarnée par ce nouveau leader ? Il n’a pas participé aux luttes qui ont marqué l’émergence d’une Ukraine détachée de la Russie. Et, hormis une rencontre avec Emmanuel Macron, il n’a pas encore bâti de réseau politique international lui ménageant soutiens diplomatiques et aides financières. Or l’héritage de Maïdan ne peut être défendu par un président faible ou amateur.

Voilà la deuxième leçon européenne : face à la résurgence des défis et des menaces, en Mer Noire, dans les Balkans, en Arctique, etc. l’angélisme et la bonne volonté des leaders européens ne suffiront pas. Le retrait américain d’Europe oblige les Ukrainiens et les Européens à revenir à la Realpolitik sur leur propre continent.

Les prochains défis du « serviteur du peuple »

La métamorphose de l’acteur en chef d’Etat peut aller vite. Ronald Reagan en avait apporté un exemple frappant. S’il est bien élu le président Zelenski devra se transformer en homme d’Etat en quelques heures. Car il affrontera dès lundi plusieurs défis politiques majeurs, bien réels.

Le premier sera de faire reconnaître et consacrer sa victoire puis son statut sur la scène internationale. Outre la sincérité du scrutin, il devra manifester rapidement son ancrage dans le partenariat oriental de l’Union européenne. Autrement dit montrer qu’il s’inscrit paradoxalement dans la continuité de Petro Porochenko.

Le deuxième défi sera intérieur : la transformation de l’économie est du ressort du Parlement, la Rada Suprême. Or celle-ci sera renouvelée par les élections législatives à l’automne. Le défi du nouveau président sera de constituer une majorité et de développer un parti pour lui servir de colonne vertébrale. Or le paysage parlementaire ukrainien est éclaté. Le nouveau président devra choisir rapidement un Premier ministre à la fois compétent et capable de mener campagne.

Le troisième défi concernera la Russie. En guerre larvée avec l’Ukraine dans le Donbass celle-ci peut être tentée de favoriser l’instabilité dans le pays à la faveur de la transition politique. Là encore, le nouveau président devra manifester à la fois sa détermination à rétablir la souveraineté nationale et sa volonté d’entrer en négociation.

On le voit, il se joue en Ukraine bien plus que le destin d’un Etat de 40 millions d’habitants en guerre larvée avec la Russie et pris dans une crise économique. Il se joue une partie du destin de l’Europe.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après

La Corée du Nord réprimande l’appel ‘aveugle’ de Bolton à un signe de dénucléarisation

20 AVRIL 2019 / 09:46 / MIS À JOUR IL Y A 8 HEURES

La Corée du Nord réprimande l’appel ‘aveugle’ de Bolton à un signe de dénucléarisation

Le conseiller américain à la Sécurité nationale, John Bolton, ajuste ses lunettes alors que le président américain, Donald Trump, parle lors d’une rencontre avec le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, au bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, aux États-Unis, le 2 avril 2019. REUTERS / Joshua Roberts

SEOUL (Reuters) – La Corée du Nord a critiqué l’appel « non-sensé » du conseiller américain à la Sécurité nationale, John Bolton, à montrer à Pyongyang qu’il était sérieux en ce qui concerne l’abandon de ses armes nucléaires, pour la deuxième fois en moins d’une semaine.

Le président américain Donald Trump a déclaré qu’il était ouvert à un troisième sommet avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, mais Bolton a déclaré mercredi à Bloomberg qu’il devait d’abord y avoir « une indication réelle de la part de la Corée du Nord qu’elle a pris la décision stratégique de donner des armes nucléaires « .

« Dans une interview avec Bloomberg, Bolton, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, a montré sa supériorité », a déclaré à la presse le vice-ministre nord-coréen des Affaires étrangères, Choe Son Hui, à la suite de ses commentaires récents, a rapporté l’agence de presse centrale coréenne. le samedi.

« Les remarques de Bolton me font me demander si elles découlaient d’une incompréhension des intentions des plus hauts dirigeants de la RPDC et des États-Unis ou s’il essayait simplement de parler avec un certain sens de l’humour, avec sa propre déviation », at-elle déclaré. se référant à la République populaire démocratique de Corée, nom officiel de la Corée du Nord.

« Tout bien considéré, sa parole n’a pas de charme et il me semble déprimé. »

Le vice-ministre nord-coréen a également averti qu’il ne servirait à rien que les États-Unis continuent à « rejeter de tels propos sans pouvoir discrétionnaire ni raison ».

La Corée du Nord a déclaré jeudi qu’elle ne souhaitait plus traiter avec le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo et qu’il devrait être remplacé dans les négociations par quelqu’un de plus mûr, quelques heures après l’annonce du premier essai de son armement depuis la rupture des négociations nucléaires.

Reportage de Joori Roh, Josh Smith; Édité par Nick Macfie

L’avenir de la filière nucléaire

L’avenir de la filière nucléaire

437 réacteurs nucléaires sont en service dans le monde, principalement aux Etats-Unis, en France, au Japon et en Russie [1]. La part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité est de 13,6% en 2009.

En France, les principaux acteurs de la filière nucléaire sont EDF, qui exploite les 19 centrales hexagonales, Areva, qui gère l’ensemble de la chaîne de combustible – extraction et enrichissement de l’uranium, transport, recyclage d’une partie des déchets… – et fabrique des réacteurs, GDF-Suez, qui possède des participations dans les centrales de Chooz et du Tricastion (et exploite sept réacteurs en Belgique avec Electrabel), Bouygues, spécialisé dans les ouvrages liés aux centrales, de la construction de l’EPR à Flamanville à celle du « sarcophage » recouvrant la centrale de Tchernobyl, et Alstom, qui conçoit des turbines pour les centrales.

La filière nucléaire est confrontée à plusieurs grands enjeux :

-  Son avenir d’abord, alors que trois catastrophes et accidents graves ont marqué son histoire depuis trois décennies : Three Miles Island (Etats-Unis, 1979), Tchernobyl (Ukraine, 1986) et Fukushima (Japon, 2011). La filière se présente comme une alternative aux hydrocarbures, très peu émettrice en CO2. Mais les conséquences d’un seul accident nucléaire dépassent l’entendement. Le recours au nucléaire et la construction de nouveaux réacteurs sont de plus en plus contestés par les opinions publiques.

-  La sûreté des installations ensuite, remise en cause par une double tension : le vieillissement du parc nucléaire mondial, dont la moyenne d’âge est de 28 ans. Cela signifie que, d’ici une décennie, la moitié des réacteurs nucléaires dans le monde avoisineront les 40 ans sans que l’on connaisse vraiment les conditions et les coûts liés à leur prolongation éventuelle jusqu’à 60 ans. A ce vieillissement, s’ajoute la pression de la rentabilité qui incite les opérateurs à réduire les coûts (recours à une sous-traitance bon marché par exemple), ce qui peut avoir un impact sur la sûreté des installations.

-  L’épuisement des ressources en uranium : selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la moitié des ressources en uranium auront été extraites en 2035 (pic de production puis déclin progressif).

-  La gestion des déchets radioactifs, dont la toxicité peut s’étendre sur des millions d’années : en France, les sites d’entreposages des déchets sont gérés par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, un établissement public.

http://multinationales.org/L-avenir-de-la-filiere-nucleaire

La géopolitique d’Oman : un acteur légitime (1/3)

La géopolitique d’Oman : un acteur légitime (1/3)

Ce premier volet consacré au statut de médiateur du sultanat d’Oman au Moyen-Orient nous amène à nous questionner sur les attributs de la légitimité. Le passé historique d’Oman, à travers sa domination des mers, sa localisation stratégique au niveau du détroit d’Ormuz, ainsi que sa stabilité étatique nous permettent de mieux comprendre comment cet État parvient à s’affirmer dans une région qui semble écrasée par la rivalité irano-saoudienne.

Sur la carte du Moyen-Orient, nous voyons qu'Oman se trouve à un endroit stratégique : le sultanat contrôle les entrées et sorties du détroit d'Ormuz.
Grâce au contrôle du détroit d’Ormuz, la localisation géographique d’Oman lui permet de jouer un rôle stratégique au Moyen-Orient.

La légitimité historique.

La légitimité d’un État s’appuie en partie sur l’Histoire de celui-ci. Dans le cas d’Oman, le XVIIe siècle marqua son affirmation sur la scène internationale. En janvier 1650, les forces omanaises de Sultan bin Saif al-Said chassèrent les troupes portugaises de Mascate. Cet évènement marqua la fin du protectorat portugais sur Oman, alors constitué en imamat (1). De plus, il permit à Oman de devenir une puissance maritime. Son fils, Saif bin Sultan, continua la lutte contre l’Empire portugais en récupérant la ville de Mombasa en 1698. Oman regardait désormais vers l’Afrique de l’Est. Progressivement, l’Imamat prit l’île de Pemba, Kilwa, puis Zanzibar. Saif encouragea l’exercice de la piraterie contre les Perses et les Européens. Ainsi, les pirates omanais commencèrent à attaquer des possessions portugaises dans l’ouest de l’Inde actuelle. Le golfe Persique fut aussi le théâtre d’attaques omanaises : l’Imamat prit le contrôle de Bahreïn aux Perses, de 1717 à 1738. Au milieu du XIXe siècle, Oman consolida son empire maritime en profitant du commerce d’esclaves.

En 1856, la mort du souverain Said bin Sultan provoqua un conflit de succession parmi ses fils. L’Empire britannique, présent dans la région du fait d’un protectorat sur les États de la Trêve (actuels Émirats arabes unis), servit de médiateur. À travers le Canning Award (2), l’Empire omanais fut divisé en deux entités. Tout d’abord, le sultanat de Zanzibar qui récupéra la côte est-africaine et les territoires autour des Grands Lacs. Puis, le sultanat de Mascate et Oman qui conserva le reste des possessions. Ce dernier fut, de facto, soumis à deux influences internes encore présentes aujourd’hui. La première, venant des côtes, se caractérisait par la personne du sultan et d’une société cosmopolite, voire séculaire. La seconde, venant des terres, s’appuyait sur la personne de l’imam, une société tribale et la prééminence de l’ibadisme (3).

Malgré cette coexistence, les littoraux furent régulièrement la cible d’attaques d’ibadites venus de l’intérieur des terres. À partir de 1892, le territoire passa sous protectorat britannique et y resta jusqu’en 1971.

Une localisation stratégique.

Le sultanat d’Oman est constitué de trois entités territoriales. Tout d’abord, la surface que nous voyons de prime abord sur une carte, composée de dix gouvernorats contigus. Ensuite, le gouvernorat de Musandam qui est situé à la pointe des Émirats arabes unis. Enfin, le territoire de Madha, une exclave du gouvernorat de Musandam, situé dans les Émirats et composé en son centre d’une ville… émiratie.

En-dehors de l’aspect original de son territoire, Oman occupe une position prépondérante au Moyen-Orient. La péninsule de Musandam lui permet d’avoir le contrôle du détroit d’Ormuz, l’un des verrous stratégiques de la région. En effet, les pays moyen-orientaux exportateurs de pétrole doivent tous faire transiter leurs cargaisons par ce passage. Oman contrôle ainsi les entrées et les sorties du golfe Persique. Chaque année, 35 % du pétrole mondial passent donc par les eaux territoriales omanaises.

Par ailleurs, le sultanat d’Oman se situe au croisement de trois régions. Premièrement, l’Afrique de l’Est, dont nous avons vu les liens qui ont pu exister avec Mascate. Deuxièmement, le sous-continent indien, dont de nombreux ressortissants sont partis s’installer à Oman, faisant d’ailleurs quasiment doubler la population totale omanaise entre 2010 et 2018. Troisièmement, le Moyen-Orient, où se joue une lutte d’influence entre l’Arabie saoudite et l’Iran.

La stabilité de l’État.

Sur la période contemporaine, le sultanat d’Oman se démarque par une stabilité dont peu de voisins régionaux peuvent se targuer. Hormis lors de la guerre du Dhofar (1964-1976), l’État omanais a globalement vécu dans une certaine sérénité. Dès sa prise de pouvoir, Qaboos bin Said a tout fait pour instaurer cette stabilité, dont nous parlerons ultérieurement.

Oman fut touché par les révoltes de 2011, qui ont secoué les mondes arabes, sans toutefois plier. Au début des évènements, les autorités omanaises ne s’attendaient pas à faire face à des mouvements contestataires. Des sit-in eurent lieu dans le pays en signe de protestation. Il y eut aussi des manifestations ouvrières pour réclamer une hausse des salaires et pour dénoncer le monde du travail, la corruption et le piston. Dans le Dhofar, des pancartes invitèrent le sultan à dénoncer la corruption. Néanmoins, la monarchie n’était pas en danger. Des réformes furent mises en place et permirent une augmentation des salaires et la création de 50 000 postes publics dans la sécurité.

Notes :

  • (1) L’imamat est un système politique constitué autour de la personne de l’imam, le guide religieux.

 

  • (2) Le Canning Award est un accord visant à régler les différends territoriaux entre le sultan de Mascate et celui de Zanzibar autour des territoires africains de l’empire omanais.

 

  • (3) L’ibadisme est un courant de l’islam se différenciant des deux branches majoritaires que sont le sunnites et le shî’isme. Il fera l’objet d’une analyse plus approfondie dans la suite du présent article.

 

Sources.

GHUBASH Hussein, Oman : une démocratie islamique millénaire, 1998.

KATZMAN Kenneth, « Oman: Reform, Security, and U.S. Policy », Congressional Research Service, novembre 2018.

RODRIGUEZ Sonia et ABIDI Hasni, « Oman : une autre géopolitique dans le monde arabe », IRIS, octobre 2016

About Maxime ONFRAY

Maxime ONFRAY est diplômé d’un master d’Histoire et est actuellement en M2 Géopolitique et Prospective à l’IRIS. Il est spécialiste du Moyen-Orient et s’intéresse fortement aux problématiques liées à l’Afrique et à l’Asie centrale. Ses thématiques de prédilection sont les questions d’ordres politique, , géopolitique et religieux.

La Syrie, vitrine du potentiel industriel de défense russe.

La Syrie, vitrine du potentiel industriel de défense russe.

En quelques années, et grâce à des investissements massifs, la Russie a surpris par sa capacité d’adaptation et de production de matériels militaires de très haute technologie. La Syrie est devenue un théâtre vitrine du savoir faire russe. De quoi intéresser de nombreux pays acheteurs mais également susciter la crainte sur la scène internationale.

La Syrie comme vitrine de l'effort de défense russe
Le conflit syrien, lieu de test pour l’aviation russe

La Syrie, un théâtre de tests opérationnels

Le conflit syrien a, par exemple, permis les tests opérationnels de différents robots de combats téléopérés. C’est le cas pour le Platforma-M et l’Argo depuis 2016. Ces deux robots armés pour le combat permettraient des engagements en zones urbaines sans exposer inutilement les troupes assaillantes.

La modularité des équipements disponibles pour ces robots permet de s’adapter à de multiples situations. Cela explique que les différents sites proches de la Russie comme Sputnik annoncent également le développement de robot de contre-minage, ou sous-marins. Devant le succès d’utilisation des premières gammes de robots russes, la célèbre entreprise Kalachnikov développe également le sien depuis 2015: le Volk-2.

De matériels de toute nouvelle génération extrêmement performants

La protection antiaérienne russe est également un véritable domaine d’expertise qui a pu dévoiler son potentiel en Syrie. Le S-400 est actuellement d’une technologie inégalée et limite l’ampleur de tout bombardement au-dessus de zones protégées par l’armée. La Russie a donc actuellement le pouvoir de bloquer une partie de l’espace aérien syrien à l’OTAN. Israël en fait également les frais depuis 2015 et ne peut survoler l’espace aérien sous contrôle russe qu’avec leur assentiment. Le S-500, actuellement en conception, serait même, en l’état, indestructible du ciel et capable de détruire des missiles hypersoniques dans un rayon de 600 kilomètres. Ce nouveau matériel change donc totalement les doctrines de bombardement aériens.

Les forces aériennes russes ont pu, de plus, tester le Sukhoï Su-57, avion de chasse de 5egénération à même de concurrencer le F-22 américain Cependant, ces nouveaux avions furtifs n’étaient qu’à un stade de prototype.

La marine russe bénéficie également de nouveaux sous-marins depuis 2014 et a la possibilité de lancer de nouveaux missiles de croisières de catégories Kaliber en Syrie depuis la mer Caspienne. En conséquence, la distance de 1500 km n’est plus un problème technique pour un lancement de missile.

Enfin, à défaut de pouvoir posséder un budget similaire aux États-Unis, la Russie a opté pour une spécialité tout aussi efficace que les batteries anti-aériennes : la guerre électronique. Les Américains ont ainsi fait les frais de coupures de communication sur le théâtre syrien, empêchant des frappes aériennes et bloquant les communications avec leurs alliés de l’opposition. De quoi susciter des inquiétudes et une adaptation de l’entraînement américain au combat.

Des succès technologiques qui suscitent craintes et envies

Les succès industriels d’armement russe et leur expérimentation sur le théâtre syrien encouragent leur exportation. Erdogan a  même annoncé, en début 2019, vouloir acquérir des S400 russes, de quoi susciter la polémique au sein de l’OTAN et démontrer l’attractivité croissante de la Russie auprès de son voisin. Le pays vend également des armes à la République Centrafricaine, renouant ainsi avec une vieille tradition de soutien aux pays africains.

Dans un contexte de réarmement mondial, la Russie se replace au premier plan des exportations d’armes. La Syrie est devenue une véritable vitrine de son savoir-faire, ce qui ajoute une dose de cynisme à la tragédie humaine qui s’y déroule depuis 2011. Les dividendes de la paix semblent bien loin.

Sources :

-“Achat d’équipements militaires russes: Erdogan persiste et signe”, Le Figaro, mars 2019

-“Budget, équipements, compétences: que vaut l’armée russe?”, Challenges, décembre 2016

-“Système S-500: le nouveau missile détruira des cibles à 100 kilomètres d’altitude”, russiabeyond.com , avril 2017

-“DGSE, Espions, Secrets des Affaires, Crises mondiales, interview d’Alain Juillet”, Thinkerview, avril 2018

– “Platform-M, le robot combattant”, Chaire de Saint-Cyr, décembre 2015

-“Syrie, la surprise russe pour les USA”, parstoday.com, aout 2018

-“Robots armés autonomes et IA : les 825 millions de coupes budgétaires auraient pu, auraient dû, s’y investir intelligemment” , La Synthèse online, aout 2017

– “Russia’s Platform-M combat robot on display in Sevastopol”, Russia Today, juillet 2015

-“Were Russian Combat Robots Used in Syria ?”, Bellingat.com, janvier 2016

-“La Russie a testé ses avions de chasse dernier cri Su-57 au combat en Syrie”, Russia Today, mars 2018

-“L’avion de combat russe de la 5e génération Soukhoï Su-57 testé en Syrie”,Intellivoire.net, novembre 2018

– “Plus performants et dotés de missiles Kalibr, les nouveaux sous-marins russes préoccupent l’Otan”, Opex360.com, octobre 2018

– “La Russie a lancé 26 missiles de croisière à partir de la mer Caspienne sur des cibles de l’EI”, Réseau International, octobre 2015

-“La guerre en Syrie exhibe les armes russes et encourage leurs ventes”, Memri, janvier 2016

About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant en Master II de Grenoble Ecole de Management. Il s’intéresse particulièrement aux questions de Défense et de gestion de crise dans les relations internatio

Les États-Unis demandent aux pays de refuser l’espace aérien aux avions russes à destination du Venezuela

Les États-Unis demandent aux pays de refuser l’espace aérien aux avions russes à destination du Venezuela

Igor Ivanko / Agence de presse Moskva

Le porte-parole du département d’État américain a appelé les pays à «suivre l’exemple de Malte» et à empêcher les avions militaires russes en route pour le Venezuela d’utiliser leur espace aérien.

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré le 4 avril que Malte refusait d’utiliser son espace aérien pour transporter un avion militaire de la Syrie au Venezuela. Zakharova a ajouté que Malte n’avait pas motivé sa décision. agence de presse a rapporté.

«Nous félicitons le gouvernement maltais d’avoir refusé d’autoriser les avions russes à utiliser son espace aérien pour approvisionner l’ancien régime brutal au Venezuela. Nous appelons tous les pays à suivre l’exemple de Malte pour arrêter le soutien du Kremlin pour le dictateur Maduro, » porte – parole du département d’ Etat Morgan Ortagus a tweetévendredi.

La Russie, qui a également fourni des avions de combat, des chars et des systèmes de défense aérienne au Venezuela, a rejeté les critiques de la coopération militaire américaine avec Caracas, affirmant qu’elle n’interférait pas dans les affaires intérieures du pays latino-américain et ne menaçait pas la stabilité régionale.

Le président américain Donald Trump a déjà déclaré que « la Russie doit sortir » du Venezuela et que « toutes les options » sont ouvertes pour obliger la Russie à mettre fin à son aide à Maduro, évoquant la perspective de nouvelles sanctions américaines contre Moscou.

La frénésie anti-Trump menace de mettre fin à la diplomatie des superpuissances.

20.avril.2019 // Les Crises

La frénésie anti-Trump menace de mettre fin à la diplomatie des superpuissances. Par Stephen F. Cohen

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Source : The Nation, Stephen F. Cohen, 16-01-2019

Les accusations sans fondement de Russiagate continuent de faire courir un risque de guerre avec la Russie.

Par Stephen F. Cohen

16 janvier 2019

Le Nouvel An a apporté un torrent d’allégations de plus en plus frénétiques selon lesquelles le président Donald Trump entretient depuis longtemps une relation de conspiration avec Vladimir Poutine, dirigeant du Kremlin – pourquoi mâcher ces mots et appeler cela « collusion ».

Pourquoi cette frénésie maintenant ? Peut-être parce que les promoteurs du Russiagate en haut lieu craignent que le conseiller spécial Robert Mueller ne présente pas la « bombe » que l’on espérait pour mettre fin à la présidence de Trump. Certes, le chroniqueur du New York Times David Leonhardt semble inquiet, exigeant que « le président doit partir », sa ligne d’appel exhortant : « Qu’est-ce qu’on attend ? » (Dans certains pays, des articles comme le sien, et il y en a beaucoup, seraient considérés comme appelant à un coup d’état.) Peut-être pour inciter les démocrates qui ont maintenant pris le contrôle des comités d’enquête de la Chambre. Peut-être simplement parce que Russiagate est devenu une secte politico-médiatique qu’aucun fait, ou aucun manque de preuves, ne peut dissuader ou diminuer.

Et il n’y a pas de nouvelles preuves crédibles, nonobstant les allégations grotesques. L’une des récentes « bombes » du New York Times, publiée le 12 janvier, rapportait, par exemple, qu’au printemps 2017, les responsables du FBI « ont commencé à enquêter pour savoir si [le président Trump] avait travaillé pour la Russie contre les intérêts américains ». Aucun des trois journalistes n’a pris la peine de signaler que ces « agents et fonctionnaires » incluaient presque certainement ceux que le FBI lui-même a réprimandés et mis à la retraite pour leurs partis pris politiques. (Comme d’habitude, le Times a enfoui sa dénégation de responsabilité en la noyant dans le récit : « Rien ne prouve publiquement que M. Trump était secrètement en contact avec des représentants du gouvernement russe ou qu’il avait suivi leurs instructions. »)

Quelle qu’en soit l’explication, la frénésie exacerbée est indubitable, canalisant presque quotidiennement les « informations » dans une synergie de parutions et de dépêches des médias de la presse qui font la promotion zélée du Russiagate depuis plus de deux ans, en particulier le TimesThe Washington Post, MSNBC, CNN, et leurs journaux apparentés. Ils disposent d’un grand nombre de collaborateurs enthousiastes, dont le distingué Strobe Talbott, le principal conseiller du président Bill Clinton pour la Russie et jusqu’à récemment président de la Brookings Institution. Selon Talbott, « Nous savons déjà que le Kremlin a aidé à faire entrer Trump à la Maison-Blanche et l’a fait passer pour un gogo… Trump a été de connivence avec une Russie hostile tout au long de sa présidence ». En fait, nous ne « savons » rien de tout cela. Ces soupçons et allégations restent largement diffusés.

Dans ce commentaire sectaire, la « menace » d’une « Russie hostile » doit être gonflée avec les accusations contre Trump. (En vérité, la Russie ne représente aucune menace pour les États-Unis autre que celle que Washington, depuis la fin de l’Union soviétique en 1991, n’ait elle-même provoquée). Pour sa propre inflation de menaces, le Times ne présentait pas un expert avec des références plausibles, mais Lisa Page, l’ancienne avocate du FBI sans expertise connue de la Russie, et qui était une de celles que l’agence avait blâmées pour son parti pris politique contre Trump. Néanmoins, le Times cite longuement Page : « Dans la Fédération de Russie et chez le président Poutine lui-même, vous avez un individu dont le but est de perturber l’alliance occidentale et de rendre la démocratie occidentale plus hargneuse afin d’affaiblir notre capacité… à diffuser nos idéaux démocratiques. Nous aurions peut-être dû deviner que les gènes de promotion de la démocratie de J. Edgar Hoover étaient encore vivants et se reproduisaient au FBI, bien que pour le Times, dans son utilisation du malheureux et légalement en danger Page, cela semble sans importance. »

Ce qui nous amène, ou plutôt les fanatiques du Russiagate, à la « menace » accrue que représente « la Russie de Poutine ». Si c’est vrai, nous nous attendrions à ce que le président américain négocie avec le dirigeant du Kremlin, y compris lors des réunions au sommet, comme tous les présidents l’ont fait depuis Dwight Eisenhower. Mais, nous dit-on, nous ne pouvons pas faire confiance à Trump pour le faire, car, selon le Washington Post, il a rencontré Poutine seul à plusieurs reprises, avec seulement des traducteurs présents, et a caché les enregistrements de leurs entretiens privés, signes certains d’un comportement « perfide » comme les médias pro Russiagate l’ont affirmé lors du sommet Trump-Poutin en Helsinki en juillet 2018.

Il est difficile de savoir s’il s’agit d’ignorance historique ou d’une ruse des pro Russiagate, bien que ce soit probablement les deux. Quoi qu’il en soit, la vérité est très différente. En préparant les sommets américano-russes (soviétique et post-soviétique) depuis les années 1950, les assistants des deux parties ont organisé un « temps privatif » pour leurs patrons pour deux raisons essentielles : pour qu’ils puissent développer des relations personnelles suffisantes pour soutenir tout partenariat politique qu’ils décideraient de mettre en place ; et pour qu’ils se préviennent mutuellement des contraintes sur leurs pouvoirs politiques au pays, qu’exercent leurs ennemis souvent présents dans les services secrets respectifs. (Le KGB a mené des opérations contre la politique de détente de Nikita Khrouchtchev avec Eisenhower et, comme il est bien établi, les services de renseignement américains ont mené des opérations contre l’objectif proclamé de Trump de « coopération avec la Russie »).

C’est-à-dire que dans l’histoire moderne des sommets américano-russes, nous dit un ancien ambassadeur américain qui sait que « le secret des réunions privées présidentielles… a été la règle et non l’exception ». Il poursuivait : « Il n’y a rien d’inhabituel à cacher des informations à la bureaucratie au sujet des rencontres privées du président avec des dirigeants étrangers… Parfois, ils dictaient ensuite un mémo, parfois non ». En effet, le président Richard Nixon, méfiant à l’égard de la « bureaucratie » américaine, a quelquefois rencontré en privé Leonid Brejnev, dirigeant du Kremlin, alors que seul le traducteur de Brejnev était présent.

Nous ne devons pas non plus oublier les avantages en matière de sécurité nationale qui ont découlé des réunions privées entre les dirigeants américains et ceux du Kremlin. En octobre 1986, le président Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev se sont rencontrés avec leurs seuls traducteurs et un fonctionnaire américain qui a pris des notes – les deux dirigeants, malgré leurs désaccords, ont convenu en principe que les armes nucléaires devraient être abolies. Le résultat, en 1987, a été le premier et toujours le seul traité à abolir une catégorie entière de ces armes, les armes à portée intermédiaire, extrêmement dangereuses. (C’est le traité historique que Trump a dit qu’il pourrait abroger.)

Et pourtant, les fanatiques du Congrès menacent maintenant d’assigner à comparaître le traducteur américain qui était présent lors des réunions de Trump avec Poutine. Si cette irresponsabilité prévaut, ce sera la fin de la diplomatie au sommet des puissances nucléaires qui a contribué à protéger les États-Unis et le monde d’une guerre catastrophique pendant près de 70 ans – et alors qu’une nouvelle course aux armements nucléaires plus périlleuse se déroule entre ces deux pays. Cela confirmera amplement une thèse présentée dans mon livre La guerre avec la Russie ? à savoir que les allégations anti-Trump de Russiagate sont devenues la menace la plus grave pour notre sécurité.

Les corrections et clarifications suivantes ont été apportées à la version originale de cet article le 17 janvier : Reagan et Gorbatchev se sont rencontrés en privé avec des traducteurs lors du sommet à Reykjavik, Islande, en octobre 1986, et non février, et Reagan était également accompagné par un représentant américain qui a pris des notes. Et il serait plus précis de dire que les deux dirigeants, malgré leurs désaccords, ont convenu en principe que les armes nucléaires devraient être abolies.

Stephen F. Cohen est professeur émérite de sciences politiques et d’études russes à Princeton et NY Université et auteur du nouveau livre War with Russia ? De Poutine et l’Ukraine à Trump et Russiagate. Ce analyse est basée sur les plus récentes de ses entretiens hebdomadaires sur la nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Russie avec John Batchelor, animateur de l’émission de radio. (Le podcast est ici. Les épisodes précédents, nous en sommes maintenant à la cinquième année, sont sur TheNation.com.)

Source : The Nation, Stephen F. Cohen, 16-01-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/la-frenesie-anti-trump-menace-de-mettre-fin-a-la-diplomatie-des-superpuissances-par-stephen-f-cohen/

Jean-Louis Georgelin, un général pour la reconstruction de Notre-Dame

Jean-Louis Georgelin, un général pour la reconstruction de Notre-Dame

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Portrait

Ancien chef d’État-major des armées, ce catholique passionné d’histoire est décrit comme ayant un fort caractère.

  • Loup Besmond de Senneville,
Jean-Louis Georgelin, un général pour la reconstruction de Notre-Dame

Jean-Louis Georgelin, 70 ans, s’est vu confier par l’Élysée la responsabilité de piloter la reconstruction de Notre-Dame de Paris.ETIENNE LAURENT/AFP

 

Il est un visage bien connu des militaires français. Jean-Louis Georgelin, 70 ans, s’est vu confier par l’Élysée la responsabilité de piloter la reconstruction de Notre-Dame de Paris. Ce général cinq étoiles passionné d’histoire, a notamment été chef de l’état-major particulier de Jacques Chirac lorsque ce dernier était président de la République, avant de devenir chef d’état-major des armées, entre 2006 et 2010. Il a ensuite occupé la fonction de Grand chancelier de la Légion d’honneur pendant six ans.

Il a été nommé « afin de veiller à l’avancement des procédures et des travaux qui seront engagés ». Ceux qui le connaissent décrivent un fort caractère : « Il a une forte personnalité, il peut même être assez brusque », explique à La Croix un témoin qui l’a croisé lorsqu’il était en fonction à l’Élysée. « Il se tenait assez loin des coteries politiques, se cantonnant à son rôle de militaire », poursuit la même source.

Oblat d’une abbaye bénédictine

Né à Aspet (Haute-Garonne) d’un père officier et d’une mère au foyer, ce célibataire sans enfant a notamment mené les opérations de l’armée française en Côte d’Ivoire, en Aghanistan et au Liban. En 2010, ses propos sur le coût des opérations engagées pour libérer les journalistes Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, pris en otage en Afghanistan, avaient déclenché une forte polémique.+

L’homme est non seulement discret sur sa foi – il est oblat d’une abbaye bénédictine et membre de l’Académie catholique de France –, mais aussi sur la scène publique. Néanmoins, il était sorti de sa réserve en 2018, lorsqu’il avait critiqué ouvertement, sur France Culture, l’attitude d’Emmanuel Macron vis-à-vis du général de Villiers, alors en conflit avec le chef de l’État pour des raisons budgétaires.

« Il est carré, très direct et sait ce qu’il veut : avant d’accepter sa mission, il a dû poser des conditions très précises, demander un cadre et des moyens, pour piloter la reconstruction », explique une source qui le croise régulièrement depuis plusieurs années. Une autre source, militaire, complète : « C’est un chef qui sait prendre des décisions et décider. Il fera le job. »

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/France/Jean-Louis-Georgelin-general-reconstruction-Notre-Dame-2019-04-18-1201016618

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