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ITALIE

Flambée de COVID-19: l’Italie verrouille plusieurs villes alors que le nombre de cas augmente

COMMENTAIRESPar  Euronews avec  AP, AFP  •   dernière mise à jour:  23/02/2020 – 17:27

Un homme portant un masque chirurgical passe devant une station-service à Codogno, au sud-est de Milan, le 22 février 2020

Un homme portant un masque chirurgical passe devant une station-service à Codogno, au sud-est de Milan, le 22 février 2020   –  droits d’auteurAFP

Les autorités italiennes ont annoncé dimanche que les événements liés au célèbre carnaval de Venise seraient arrêtés car le pays est devenu le premier en Europe à faire mourir un national du virus COVID-19.

Le gouverneur régional de la Vénétie, Luca Zaia, a déclaré que la fermeture du carnaval commencerait dimanche soir. L’événement, qui attire des dizaines de milliers de visiteurs chaque année, devait se terminer mardi.

L’annonce est intervenue après qu’au moins dix villes du nord du pays ont été mises sous verrouillage à la suite d’un groupe de cas COVID-19.

Le nombre total de cas dans le pays est de 132, dont 89 personnes en Lombardie, 25 en Vénétie, neuf en Émilie-Romagne et six dans le Piémont, a déclaré dimanche après-midi le chef des services de protection civile du pays, Angelo Borrelli.

Les autorités italiennes ont annoncé samedi la mort d’une femme lombarde de 75 ans, à la suite de la mort d’un homme de 78 ans originaire de Vénétie.

Bon nombre des nouveaux cas représentaient les premières infections en Italie contractées par contagion secondaire.

Certains cas sont survenus au même hôpital de Codogno, l’une des villes de Lombardie actuellement en détention.

Un homme de 38 ans y a été hospitalisé et sa femme et un ami l’ont également contracté. Cinq membres du personnel médical, dont des infirmières et des médecins, se sont également révélés positifs.

«Groupe d’affaires»

Le ministre italien de la Santé, Roberto Speranza, a déclaré que l’Italie voyait maintenant le même type de groupe de cas que l’Allemagne et la France.

Le ministère italien de la Santé a ordonné à quiconque entrant en contact direct avec les trois d’être mis en quarantaine pendant 14 jours.

Environ 150 personnes, y compris du personnel médical, étaient isolées et subissaient des tests.

Le président régional de la Vénétie, Zaia, a déclaré que la contagion montrait que le virus se transmet comme n’importe quelle grippe et qu’essayer de localiser une seule source pour les cas ou d’établir un lien avec la Chine n’était plus une mesure de confinement efficace.

« Vous pouvez l’obtenir de n’importe qui », a-t-il déclaré aux journalistes. « On peut s’attendre à avoir des cas de patients n’ayant eu aucun contact » avec des porteurs suspects. Bien que le virus ne soit pas particulièrement mortel, il peut être destiné aux personnes âgées ou aux personnes souffrant de maladies existantes, a-t-il déclaré.

Villes fermées

Le maire de Codogno a publié un décret ordonnant la fermeture de tous les restaurants, cafés, écoles et lieux de rassemblement publics tels que les discothèques et les gymnases. Le ministère de la Santé a conseillé aux résidents de la région de rester à la maison par mesure de précaution.

Les autorités locales d’une autre ville, Casalpusterlengo, ont ordonné la fermeture des écoles locales jusqu’à mardi.

Une troisième ville, Castiglione d’Adda, a déclaré que ses bibliothèques, ses bureaux publics, ses gymnases et ses poubelles seraient fermés par précaution sanitaire.

L’hôpital de Codogno a fermé sa salle d’urgence et du personnel a été vu portant des masques alors que des déménageurs apportaient de nouveaux lits et de nouveaux meubles alors que la quarantaine commençait.

Le vice-ministre de la Santé, Pierpaolo Sileri, a déclaré que le responsable qui s’est rendu en Chine et a été mis en isolement n’est pas un patient zéro. Les résultats de laboratoire ont montré que l’homme n’a pas développé d’anticorps contre le virus.

L’hôpital des maladies infectieuses de Rome s’occupe actuellement de trois autres personnes infectées, dont un couple chinois de Wuhan durement touché et un Italien qui teste désormais le virus «  constamment négatif  » après deux semaines de traitement antiviral.

Malgré les appels à la sauvegarde, les Italiens ont du mal à trouver des masques protecteurs. Un échantillon de pharmacies de Milan a déclaré avoir vendu il y a des semaines, tout comme un pharmacien à Codogno.

Les médias locaux italiens ont déclaré samedi qu’au moins 10 villes étaient effectivement verrouillées: Casalpusterlengo, Codogno, Castiglione d’Adda, Fombio, Maleo, Somaglia, Bertonico, Terranova dei Passerini, Castelgerundo et San Fiorano.

Certaines villes en dehors de la zone couverte par l’ordonnance, telles que Crémone, ont émis leurs propres restrictions après avoir confirmé qu’il y avait des cas locaux.

Le Premier ministre Giuseppe Conte a tenu samedi une réunion d’urgence du cabinet avec la protection civile.

Conte a déclaré l’isolement obligatoire de toutes les personnes en contact avec celles qui avaient été testées positives pour le coronavirus et a déclaré que le gouvernement envisageait de nouvelles mesures pour contenir l’épidémie.

De nouveaux évacués retournent en France

Les autorités britanniques ont également annoncé dimanche que quatre nouvelles personnes avaient été diagnostiquées avec le virus, portant le nombre total de cas au Royaume-Uni à 13.

« Le virus a été transmis dans le bateau de croisière Diamond Princess et les patients sont transférés d’Arrowe Park vers des centres d’infection spécialisés du NHS », a déclaré Public Health England dans un communiqué .

Entre-temps, un nouvel avion rapatriant 28 Français et 36 autres citoyens de l’UE a quitté Wuhan, en Chine, vendredi, a confirmé une source diplomatique à l’AFP.

Les évacués français resteront en quarantaine dans le Calvados en Normandie.

Il s’agit du troisième avion envoyé de Paris à Wuhan, qui fait l’objet de mesures de quarantaine strictes empêchant les voyages depuis environ un mois.

Cet article a été corrigé pour indiquer que dix villes sont fermées. Une version antérieure disait qu’il y en avait douze.

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Au Liban, tout va bien ! Par Richard Labévière

GÉOPOLITIQUE22.février.2020 // Les Crises

Au Liban, tout va bien ! Par Richard Labévière

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 03/02/2020

Le moins que l’on puisse dire est que « le deal du siècle », à savoir le « plan de paix israélo-palestinien » proposé par la bande à Donald Trump, constitue une telle imposture – qui cède tout au régime de Tel-Aviv, en flagrante violation de plusieurs centaines de résolutions des Nations unies -, une imposture qui aggrave les conflits en cours, à tel point qu’il serait plus judicieux de parler d’un plan de guerre, sinon d’une « déclaration de guerre » !

En effet, le plan Trump relance la confrontation avec l’Autorité palestinienne de Ramallah, qui annonce « qu’elle coupe les ponts avec Israël et les Etats-Unis » ; cristallise le face à face avec le Hamas et les autres organisations politico-militaires de la Bande de Gaza ; accentue le bras de fer engagé avec l’Iran – principal soutien de la cause palestinienne ; et d’une manière générale, cristallise les relations entre « l’Etat juif », le monde arabo-musulman et tout Etat respectueux de la légalité internationale.

Au Liban voisin, qui n’avait pas besoin de cela, ce plan maléfique ajoute des difficultés supplémentaires à une situation déjà suffisamment critique, complexe, et dangereuse … En effet, le plan Trump – qui fait de la déportation des populations palestiniennes l’une de ses priorités – barre tout espoir de retour des réfugiés sur leur terre natale. Cela dit, le nombre initial de réfugiés palestiniens – qui atteignait 600 000 personnes dans les années 1970 – serait tombé à 400, voire 200 000 aujourd’hui. Mais, avec la charge de plus d’un million de réfugiés syriens, le Liban est, plus que jamais, cantonné dans son rôle historique « d’Etat Tampon », pour reprendre l’expression de Georges Corm.

BANQUES AU CŒUR DE LA « REVOLUTION » !

Depuis la mal nommée « révolution » du 27 octobre dernier, la rue libanaise s’est décantée, sinon fragmentée. Schématiquement, on peut identifier les « 8 marsistes1 » – de gauche – qui ont occupé plusieurs sièges de banques, jugées responsables de la corruption et de la faillite financière du pays – et les « 14 marsistes » – de droite et d’extrême-droite – qui bloquent régulièrement les routes avec des blocs de béton, l’autoroute du nord à Nar el-Karb, la route du sud et d’autres grands axes de circulation, manifestant dans le centre-ville, sous les fenêtres du Sérail pour faire tomber le gouvernement. Parmi ces manifestants, qui cherchent avant tout à exclure le Hezbollah du jeu politique, un noyau dur de militants vient de Tripoli – de la mouvance d’Achraf Rifi, l’ancien chef de la sécurité – ceux ci affichant clairement leur allégeance aux Frères musulmans, au Qatar et à Ankara, allant jusqu’à brandir des drapeaux turcs. D’autres islamistes tripolitains revendiquent, pour leur part, soutiens et financements de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis.

Au coeur des manifestations, l’un de nos reporters de prochetmoyen-orient.ch a même vu des agents de la Société générale de banque au Liban(SGBL), distribuer drapeaux, casquettes et tracts aux manifestants : l’une des grandes banques libanaises au cœur de la « révolution » !!! Du lourd qui, en effet, nous rappelle que les banques et le système bancaire libanais sont au cœur de la crise.

Depuis des années pourtant, on nous vendait et vantait la banque libanaise, sûre, fiable et de confiance parce que n’oeuvrant pas dans le « subprime », pour s’en tenir aux produits financiers les plus classiques. Or, en moins d’un mois, cette belle légende a volé en éclats. Au bord de la faillite, les banques libanaises n’autorisent plus à leurs clients que des retraits hebdomadaires n’excédant pas quelques 200 dollars ! Que s’est-il passé ?

Le système bancaire libanais repose essentiellement sur les dépôts des clients des banques, ces dépôts provenant notamment de la diaspora libanaise, et ce pour une raison très simple : la quasi-impossibilité pour le système bancaire de se refinancer à l’extérieur. Aucune banque au monde ne prête en effet aux banques libanaises. Pourquoi ? Leur « rating2» ne peut dépasser celui du risque souverain libanais – or celui-ci est tellement négatif (le Liban vient d’être abaissé à Caa3 par Moody’s, soit un risque considéré comme ‘élevé’ ; en clair, quelques mois avant un ‘défaut’, ce qui correspond pour un pays à un dépôt de bilan).

Les obligations éventuellement émises par une entité jouissant de ce rating sont qualifiées de « junk bond4», d’« obligation pourrie ». Et pourquoi ce rating ? Parce que la dette publique représente plus de 150% du PNB, parce qu’aux déficits budgétaires s’ajoutent une absence totale d’exportations, un chômage structurel, une corruption non moins structurelle et une instabilité politique chronique.

Confirmation de l’importance des dépôts dans le bilan des banques libanaises : la première banque du pays (Banque Audi) déclare-t-elle ainsi dans ses comptes 2018, un montant de 32 milliards de dollars de dépôts pour seulement…13 milliards de dollars de crédits ! Enfin, facteur aggravant car il faut bien que les banques placent leurs excédents de trésorerie, elles n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’investir dans des obligations de l’Etat libanais, qui ne valent pas grand-chose, vue la dette du pays – mais pour lesquelles l’Etat paye un intérêt démesurément supérieur aux taux du marché à la seule fin d’obtenir les liquidités dont il a besoin (de 4% à 7% au-dessus du marché selon les cas !).

Bien-sûr, ce montage permettait, par ailleurs aux banques libanaises d’afficher une embellie de façade. Mais aujourd’hui, suite à un mécanisme qui s’apparente tellement au système de Ponzi (on paye les anciens clients avec l’argent provenant des nouveaux clients), le roi libanais est nu.

Dans ces conditions, la plupart des pays du monde auraient fait faillite ! Mais, au FMI, comme à la Banque mondiale et au Club de Paris, chacun s’accorde à reconnaître que le Liban est en situation de fragilité chronique, mais que ce serait pire si on le laissait tomber… Donc, les bailleurs de fonds continuent d’allonger : Paris I, II, III. « Il faut continuer à emprunter, pour continuer à voler… », lâche avec dérision un expert du système qui ajoute que « le système a continué à tourner avec des rémunérations de dépôts supérieures au marché, afin d’attirer l’argent de nouveaux souscripteurs ».

Et un jour, ça saute ! Les gens ne travaillent plus, n’ont plus de rentrées financières, arrêtent de déposer leur argent et cherchent à retirer leurs fonds. Le système s’assèche. Le gouvernement interdit de sortir des dollars. Comme en 2008 en Grèce, les épargnants trouvent portes closes lorsqu’ils veulent vider leur compte…

Gouverneur de la Banque du Liban depuis le 1er août 1993, l’ultra-libéral Riad Salamé a été le garant, durant toutes ces années, de la libre circulation des capitaux et d’une parité fixe entre la Livre libanaise et le dollar, autrement dit d’une dollarisation totale du système financier libanais. Très en cour à New York et Londres, ce financier qui a fait ses classes chez Merrill Lynch n’a rien, strictement rien à refuser à ses parrains américains.

A ce jour, ses motivations ne sont pas toutes éclaircies. Toujours est-il qu’il est unanimement désigné comme l’un des grands responsables du fiasco financier et politique actuel.

EN ATTENDANT LA DECLARATION MINISTERIELLE

Dans cette tourmente, qui pourrait encore s’aggraver parce que près de la moitié de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté (indice des Nations unies) : hausse des prix, licenciements, salaires divisés par deux, fermetures d’entreprises, détresse sociale d’une partie substantielle de la population qui s’appauvrit. Les manifestations se radicalisent, parce que les gens commencent à avoir faim, à craindre pour leur santé et l’éducation des enfants… Et, bien-sûr parce que les bailleurs de fonds occidentaux, dont les Américains jettent de l’huile sur le feu !

Dans ce contexte des plus scabreux est apparu un mot d’ordre quasiment magique : « un gouvernement de technocrates », étant entendu que les technocrates, contrairement aux « politiques » ne voleraient pas… A voir ! Cela dit, le 27 janvier dernier, le nouveau gouvernement libanais a pris ses fonctions, adoptant un budget de crise, sans pour autant préciser ses intentions. Le Premier ministre Hassan Diab reconnaissant que le pays est dans « une impasse financière, économique et sociale ».

Le nouveau budget prévoit un déficit d’environ 7% du PIB. Mais une semaine après la nomination du gouvernement d’Hassan Diab aucun programme n’a encore été annoncé pour tenter d’éviter la « catastrophe », terme employé par le chef du gouvernement lui-même.

Tout juste nommé, le nouveau ministre des Finances, Ghazi Wazni, a annoncé que son pays cherchait à obtenir entre 4 à 5 milliards de dollars de prêts bonifiés pour financer l’achat de blé, de carburant et de médicaments. Le groupe des « Amis du Liban » qui s’est réuni à Paris en décembre a prévenu que toute aide financière était conditionnée par des réformes pour plus de transparence et pour faire reculer la corruption.

Face aux urgences, le Liban pourrait-il se tourner vers le FMI pour un soutien financier ? La question est débattue parmi les économistes. « Le FMI n’a jamais aidé les pays en voie de développement à créer une économie de production », souligne Albert Dagher, professeur de l’université libanaise ; « lorsqu’il y a un gros problème, le FMI cherche à assurer la viabilité financière de l’État. Mais il ne faut pas que vous dépensiez beaucoup, il faut que vous ayiez un équilibre budgétaire. Je suis de ceux qui ont beaucoup de réserves sur les interventions du FMI. On sait qu’il y a un coût élevé à assumer : une forte réduction du pouvoir d’achat des gens, des gens jetés à la rue, des gens qui perdent leur travail et un taux de croissance qui tombe ».

Dans ces conditions, les Libanais attendent impatiemment – dans les jours qui viennent – une déclaration ministérielle qui devrait fixer une feuille de route plus concrète et, surtout un calendrier de mesures drastiques pour tenter de sortir du cercle vicieux, pour éviter de « continuer à emprunter, de continuer à voler… »

UNE REORIENTATION GEOPOLITIQUE

A l’évidence, l’arrimage économique du Liban au dollar, sa vassalisation politique aux puissances occidentales, au premier rang desquelles les Etats-Unis, ont abouti au désastre actuel. Ainsi il est assez logique de voir poindre la Russie qui propose d’avancer au Pays du Cèdre plusieurs milliards d’euros, par l’intermédiaire de la Syrie. Les autorités de Damas viennent même d’avancer différentes propositions pour la construction d’infrastructures communes : lignes de chemin de fer, autoroutes, et infrastructures portuaires.

Malgré ses difficultés économiques liées aux sanctions américaines, l’Iran prône, lui aussi, un système régional d’intégration économique qui recouvre la région du Croissant fertile : la « Grande Syrie » d’Antoun Saadé. Même l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ne sont pas en reste et laissent entrevoir des possibilités de financement novatrices pour aider le Liban à sortir d’une crise que personne n’a intérêt à voir tourner à la faillite et à l’implosion politique.

Comme il l’a souligné dans ses dernières interventions publiques, le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah dresse le même constat : celui de la faillite de l’arrimage du Liban aux puissances occidentales. « Un jour ou l’autre, les Etats-Unis finissent par trahir leurs alliés et leur faire payer, d’une manière ou d’une autre, une proximité qui doit impérativement se traduire en espèces sonnantes et trébuchantes. C’est l’incompressible règle », insiste le chef du Hezbollah ; « par conséquent, il est peut être temps de rechercher et de nouer de nouveaux partenariats et alliances en se tournant résolument vers l’Est, c’est-à-dire vers la Russie et la Chine… »

Dans ce contexte, et à plus ou moins long terme, la reconstruction économique de la Syrie va s’engager et produire nombre d’effets importants dans l’ensemble de la sous-région. Russie et Chine seront des partenaires incontournables. L’Inde investit déjà en Syrie massivement dans les secteurs agricoles et l’industrie pharmaceutique. A terme, le Liban sera forcément impacté, d’une manière ou d’une autre. « Et plutôt que d’attendre et de prendre le train en marche, nous aurions intérêt à devancer le mouvement », estime un collaborateur du nouveau ministre des finances Ghazi Wazni ; « une sortie durable de la crise passe certainement par une nouvelle intégration régionale, par des nouveaux partenariats financiers et économiques qui s’émancipent de la tutelle américaine ».

Dans tous les cas de figures, et au-delà des pesanteurs financières, micro et macro-économiques, la sortie de crise libanaise nécessitera des choix politiques, courageux, inédits et assumés. Avant même que ne soient connus les éléments de la prochaine Déclaration ministérielle, avant que les nouveaux ministres ne se soient mis au travail, la presse occidentale, et notamment parisienne a vivement critiqué le nouveau gouvernement libanais en l’accusant d’être un « à la solde du Hezbollah ». C’est tout dire !

Depuis 1860, date de la première intervention militaire française au Liban, depuis la confrontation récurrente des empires britannique et français au Levant et leur remplacement par les Etats-Unis, depuis la création d’Israël en 1948, cette région n’a cessé d’être le terrain de jeu d’intérêts étrangers aux habitants des Cèdres. La hantise des Etats-Unis, d’Israël, de leurs alliés européens et des pays du Golfe, est de voir le petit Liban s’émanciper des anciennes tutelles coloniales, de le voir sortir de sa situation d’Etat tampon et d’accéder à davantage d’indépendance et de souveraineté nationales. L’heure a sonné !

UN CROISSANT FERTILE

On vient de mentionner le « Croissant fertile ». Dans cette perspective, la pertinence du dernier livre de Régina Sneifer – Une Femme dans la tourmente de la Grande Syrie – D’après les mémoires de Juliette Antoun Saadé5 – revêt une actualité certaine. A partir de la philosophie politique d’Antoun Saadé, insistant sur la géographie pour la reconfiguration des peuples et de leurs territoires, il faut certainement reconsidérer l’intégration du Liban dans son biotope régional et international. Face aux provocations et plans tordus de l’équipe Trump, il s’agit d’ouvrir les chantiers d’autres alternatives intégrant les pays de la région : Syrie, Iran et autres.

N’en déplaise au criminel de guerre Netanyahou et à son « Etat juif », c’est certainement en « déconfessionnalisant » les territoires et leurs cadrages constitutionnels, en favorisant la consolidation d’Etat laïcs et sociaux, qu’on peut espérer ramener la paix aux Proche et Moyen-Orient, ou tout au moins travailler à un nouveau système de sécurité collective et de coopération qui contourne les Etats-Unis, le régime de Netanyahou et les dictatures wahhabo-islamistes du Golfe.

Parlant du Liban, le pape Jean-Paul-II le qualifiait de « pays-témoin », parce qu’il est, foncièrement, dialectiquement et « en même temps » en retard et en avance. Il anticipe souvent les mutations économiques, politiques et sociales des pays du Proche/Moyen-Orient et d’ailleurs. Avec amour et humour (essayons) de continuer à dire qu’« au Liban tout va bien ! ».

Du moins espérons, en attendant la prochaine Déclaration ministérielle, que la crise se résorbe progressivement, que les nouveaux responsables aux affaires puissent trancher avec un système endémique de prédation et de corruption qui a fait tellement de mal aux Libanais.

En attendant donc, bonne lecture et à la semaine prochaine.

Richard Labévière
3 février 2020

1 « 8-M » et « 14-M » : les 8 et 14 mars 2005 marquent manifestation et contre-manifestation après l’assassinat de l’ex-Premier ministre Rafic Hariri. Aujourd’hui, et pas en 2005, le camp du 8 mars regroupe de facto, le Hezbollah, le Courant patriotique libre (CPL), le parti national syrien (PSNS) et le parti Baath. Le 14M regroupe depuis 2005, le Courant du Futur (à dominante sunnite), le parti des Forces libanaises (extrême-droite), les Kataëb et le Parti socialiste (druze).
2 « Rating » : notation financière externe ou notation de la dette par une agence de notation financière (les deux plus connues sont américaines), du risque de solvabilité financière de toute entité (entreprise, banque, État ou collectivité publique, nationale ou locale) désireuse de faire appel à l’épargne publique – par exemple, en émettant des obligations.
3 Junk bond, ou « obligation pourrie » en français, est l’appellation familière désignant sur les marchés financiers mondiaux les obligations à haut risque, soit des obligations sont classées comme spéculatives par les agences de notation, et dont la notation financière est bien évidemment inférieure à l’ « investment grade ».
4 Junk bond : obligation pourrie.
5 Régina Sneifer : Une Femme dans la tourmente de la Grande Syrie – D’après les mémoires de Juliette Antoun Saadé. Editions Riveneuve, juillet 2019.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 03/02/2020

https://www.les-crises.fr/au-liban-tout-va-bien-par-richard-labeviere/

Coronavirus : une affaire géopolitique

L’ÉDITO DE PASCAL BONIFACEAccueilAnalysesCoronavirus : une affaire géopolitique

Coronavirus : une affaire géopolitique

Édito18 février 2020Le point de vue de Pascal Boniface

L’épidémie de Coronavirus a déjà fait près de 2 000 morts et continue à se répandre. Par son ampleur, les craintes et les réactions qu’elle suscite, elle n’est pas seulement une affaire médicale, elle prend une tournure géopolitique.

Comment expliquer la force des angoisses qu’elle a provoquées ? Les rumeurs les plus folles ont couru. On a vu des gens changer de direction dans la rue pour éviter de croiser des Chinois, de peur d’être contaminé, suggérant que tout Chinois était devenu contagieux. L’épidémie a provoqué des réactions tout à fait irrationnelles.  Comme si l’humanité avait une mémoire collective de la peur de la grande peste du XIVe siècle qui avait, elle, réduit la population de l’Europe de 25 à 50 %. Elle était venue par bateaux commerciaux d’Asie, un tiers des Chinois en était mort. La grippe espagnole avait fait entre 50 et 100 millions de victimes entre 1918 et 1920. Les populations et les médias réagissent aujourd’hui comme si des épidémies de cette importance pouvait de nouveau frapper l’humanité.

Or, en s’intéressant aux grandes pandémies les plus récentes, on constate que les proportions ne sont plus du tout les mêmes. Le SRAS, lui aussi parti de Chine en 2003, a fait moins de 1 000 morts. L’épidémie d’Ebola en 2014 a fait 12 500 victimes. Les systèmes de santé sont aujourd’hui bien plus performants pour lutter contre les maladies.

Pourquoi cette épidémie de coronavirus fait-elle plus peur que celle de la grippe qui fait chaque année des milliers de morts sans susciter le même effet de panique ? En 2017, ce sont 60 000 Américains qui sont morts d’un virus de la grippe particulièrement actif. La particularité du coronavirus est qu’il s’agit d’une maladie nouvelle dont on connaît encore mal les modes de propagation. C’est comme cela que la peur de l’autre ressurgit.

A l’heure de la mondialisation, l’intensification et la rapidité des échanges, ainsi que les voyages, multiplient les risques de contamination. Mais le nombre de victimes des dernières pandémies devrait aussi faire réfléchir. S’ils ont été limités (mise à part l’épidémie de SIDA, qui a fait 32 millions de victimes depuis 1981), c’est entre autres grâce au travail de l’Organisation mondiale de la santé. Le multilatéralisme, dans sa forme la plus concrète, fonctionne. À l’heure où il est de bon ton de critiquer les institutions internationales en général, et l’ONU en particulier, on constate que l’OMS – qui est une institution spécialisée de l’ONU – a bien rempli sa mission. La gestion à l’échelle globale de l’épidémie montre qu’elle n’est pas utile, mais indispensable. Sans elle, le bilan serait déjà beaucoup plus lourd. Sans elle, le SRAS et Ebola auraient tué bien plus de personnes. Une fois de plus, il est prouvé que face à une menace globale, seule une réponse multilatérale peut être à la hauteur. Il est regrettable que ce constat, accepté au niveau fonctionnel et médical, ne le soit pas au niveau stratégique.

On se demande également si cette épidémie ne va pas stopper l’ascension de la Chine, qui semblait jusqu’ici irrésistible ? Ceux qui parient sur une telle tendance pourraient en être pour leurs frais. Déjà lors de l’épidémie de SRAS, certains avaient émis l’idée que la Chine ne s’en relèverait pas. Elle a marqué un ralentissement provisoire avant de reprendre son rythme infernal vers la croissance. Elle représentait en 2003 4% du PIB mondial. Elle en représente aujourd’hui 17 %. Cela veut dire entre autres qu’une crise chinoise affecterait l’ensemble de l’économie mondiale. La Chine a représenté à elle seule 70 % de la croissance économique mondiale l’an dernier. Le Japon et les États-Unis craignent déjà d’être affectés eux aussi par un ralentissement de l’économie chinoise. Donc même les pays qui ont des relations compliquées, pour ne pas dire de rivalité avec Pékin, ne peuvent se réjouir de voir la Chine en panne, car cela à des conséquences négatives directes sur eux. La Chine devrait ralentir sa croissance cette année pour probablement la reprendre très vite.

On peut dire qu’aujourd’hui, lorsque la Chine attrape un rhume, c’est le monde entier qui éternue.

https://www.iris-france.org/144420-coronavirus-une-affaire-geopolitique/

LA CONFRONTATION « CALCULÉE »ENTRE L’IRAN ET ES ETATS-UNIS

LA CONFRONTATION « CALCULÉE »ENTRE L’IRAN ET ES ETATS-UNIS

 
Iran, Drapeau, Middle East, Grunge

Lundi 3 janvier 2020, près de l’aéroport de Bagdad en Irak, le Général Qassem Soleimani, chef de la Force du Corps des gardiens de la révolution iranienne (IRGC-QF), est éliminé par une frappe de drone. Il était l’un des hommes les plus puissants du Moyen-Orient, selon le journal Le Monde. Cette frappe, ordonnée par le président des États-Unis Donald Trump, sort totalement du cadre diplomatique habituel. Elle crée ainsi, selon l’économiste français Thierry Coville, une réalité stratégique différente et beaucoup d’incertitudes qui pourraient amener à une situation dramatique. Une conséquence possible serait une internationalisation immédiate du conflit avec la participation des milices chiites en Irak, en Syrie, au Yémen et au Liban. Ainsi, pour le politologue français Bruno Tertrais, nous faisons face aujourd’hui à  « une situation d’attente ». Selon lui, le scénario est tel que ce sont deux grands acteurs qui ne veulent pas d’un conflit ouvert, ni d’une grande guerre mais pourtant la tension est palpable. Alors comment en sommes-nous arrivés là ? Qui a pris l’avantage sur l’autre ? Et que peut-on envisager pour la suite ?

Une crise diplomatique entre enjeux historiques et politiques 

Cette tension entre l’Iran et les États-Unis s’explique en premier par un facteur historique. En 1979, en pleine période de guerre froide, 52 ressortissants américains sont pris en otage à l’ambassade américaine de Téhéran lors de la révolution islamique visant à renverser l’État impérial d’Iran. Un souvenir douloureux qui a résonné auprès de l’administration américaine lorsque, quarante ans plus tard, en 2020, l’ambassade américaine à Bagdad a été la cible de violences de la part de milices chiites protestant contre un raid aérien américain qui avait tué 25 personnes quelques jours plus tôt. Cette riposte américaine faisait suite à la mort d’un de leur compatriote lors de tirs de roquettes contre des installations militaires. Le président Trump a ainsi réagi en supprimant  celui qui était suivi depuis des années par les services de renseignement américains. À la suite de cela, le chef d’État américain a prévenu l’Iran que les États-Unis n’avaient « pas de limites » et qu’il serait prêt à ordonner la destruction de 52 sites iraniens « d’importance culturelle » pour la population en cas de représailles suite à l’élimination du Général Soleiman”.

Pour les observateurs outre-Atlantique, cet épisode ne peut pas se rattacher uniquement à une symbolique historique. Effectivement, en cette année 2020, le président américain est en campagne pour un second mandat. Il se devait de réagir auprès de son électorat.

C’est ce que Ardavan Amir-Aslani, avocat spécialisé sur les questions liées au Moyen-Orient, constate lorsque l’administration Trump se justifie de cet acte en présentant Qassem Soleimani comme un « terroriste », l’assimilant même à Oussama Ben Laden ou Al-Baghdadi, deux chefs d’organisations terroristes abattus par l’armée américaine en 2011 et 2019. Or, pour Me Amir-Aslani, il est difficile de mettre sur le même plan un haut dignitaire d’un pays souverain et des hors-la-loi revendiquant attentats, massacres et mise en esclavage. Il réduit donc l’élimination du général iranien à un argument de campagne. Donald Trump veut s’affirmer auprès de la population américaine comme capable de protéger les intérêts américains et d’avoir un meilleur bilan que son prédécesseur, le démocrate Barack Obama. Enfin, sur un aspect stratégique, le but semblait être de renforcer la dissuasion américaine afin de s’assurer que les Iraniens n’agissent pas plus contre les intérêts américains.

Pour Thierry Coville, cette élimination a apporté un « sursaut nationaliste » iranien bénéfique au régime. Poussé par la ferveur populaire, dans la nuit du 7 au 8 janvier 2020, l’Iran réplique à son tour de plusieurs missiles – une douzaine selon le Pentagone, vingt-deux selon le commandement militaire irakien, une trentaine selon plusieurs sources iraniennes – ciblant les bases américaines d’Al-Assad et d’Erbil en Irak. Le ministre des affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, indique quelques heures plus tard sur les réseaux sociaux que les représailles iraniennes sont « terminées » et « qu’elles furent proportionnées », tout en affirmant que l’Iran ne cherchait pas « la guerre ».

Cependant, cette « attaque » est à prendre avec précaution quand on apprend selon des informations concordantes qu’elle fut arrangée en amont. Téhéran aurait informé le premier ministre irakien Adel Abdel-Mehdi de l’imminence des frappes deux heures avant qu’elles n’aient lieu, ainsi que des cibles visées, permettant aux forces présentes de s’éloigner. En procédant ainsi, selon Fabrice Wolf, rédacteur du Blog Meta-Defense, Téhéran a créé « un contexte favorable à la désescalade », puisque le sentiment de vengeance auprès de la population iranienne est assouvi. Aux États-Unis, cette attaque fut rapidement saisie et instrumentalisée comme signe de domination pour le président Trump. Pourtant, ce qui n’est pas dit par l’administration américaine c’est que les frappes iraniennes ont étonné jusqu’au plus haut sommet de l’État par leur précision et leur portée. Cependant, en Iran la dynamique positive derrière le pouvoir sera rapidement stoppée, constate Ardavan Amir-Aslani. Après la disparition d’un personnage emblématique du régime chiite, un avion de ligne d’une compagnie ukrainienne, comportant plusieurs civils d’origine iranienne à bord, se crashe près de la capitale iranienne. Un épisode qui stoppe toute sympathie de la population auprès de l’appareil du pouvoir, surtout lorsqu’il reconnaîtra être à l’origine de « l’erreur humaine » causant le drame, c’est à dire l’envoi de deux missiles sur l’appareil.

La menace économique : l’atout de la puissance américaine 

Aujourd’hui, alors que la plupart des secteurs de l’économie iranienne sont encore sanctionnés par un embargo, Washington continue « d’étrangler » économiquement Téhéran en durcissant ses sanctions. Dans ce cadre, seul le commerce des denrées alimentaires et des médicaments reste possible. Par ailleurs,  aucune banque ne souhaitant commercer avec l’Iran, le pays rencontre des difficultés à s’approvisionner.  Les regards se tournent vers l’Europe où l’on peut se demander pourquoi les États sont restés si discrets face à ces événements. Pour Clément Therme, chercheur au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences-Po à Paris, le succès de la médiation française, en particulier à l’été 2018 en vue du maintien du plan d’action global conjoint (JCPOA) sur le nucléaire iranien, est néanmoins très improbable aujourd’hui.

La raison est l’incapacité de la France, et plus largement de l’Europe, à affirmer sa souveraineté économique face à Washington. Ainsi les entreprises françaises et européennes appliquent les décisions de l’administration Trump concernant les relations économiques et commerciales avec l’Iran. De Total à Air France en passant par le domaine bancaire, Clément Therme constate que tous s’alignent sur les ordres américains. L’objectif étant de préserver leur marché, et en particulier de protéger leur accès au marché américain. Dans une économie globalisée et très interdépendante, il y a peut-être moins d’espace qu’auparavant pour réagir…

Pourtant, à la suite de la sortie des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, déterminés à sauver le JCPoA et à contourner les sanctions américaines, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne avaient mis en place un « instrument de soutien aux échanges commerciaux » [INSTEX], reposant sur le principe d’une chambre de compensation. Mais aujourd’hui, pour Clément Therme, le fait de ne pas s’être dissocié des Américains décrédibilise tout rôle diplomatique des chancelleries européennes aux yeux des conservateurs en Iran.  Malgré cela, le nouveau chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a insisté sur un objectif clair « nous (l’Union européenne) voulons préserver l’accord (JCPOA) et parvenir à une solution diplomatique (…) ». Avant d’ajouter « Nous appelons l’Iran à participer de manière constructive au processus de négociation qui commence maintenant. » Malheureusement, face aux sanctions américaines qui ne cessent de se durcir et malgré la volonté européenne affichée, ces derniers n’ont pas grand-chose à offrir en contre partie aux Iraniens. Pour l’Iran, cet effort n’est pas à la hauteur de ses attentes. Cela pousse l’État chiite à s’affranchir de plus en plus de ses obligations prises dans le cadre de l’accord de Vienne. Au final, Téhéran qui est écrasé économiquement par les sanctions américaines, n’a plus d’autre moyen d’action que de provoquer l’Occident, avec pour menace de relancer son programme nucléaire. Une attitude que n’accepte pas l’Union européenne ; les ministres des Affaires étrangères français, britannique et allemand, dans une déclaration commune ont expliqué le 12 janvier 2020 que l’Iran “n’a aucun fondement en droit pour cesser de mettre en œuvre les dispositions de l’accord » et que de facto, cela pourrait mener à terme au rétablissement des sanctions de l’ONU contre la République islamique. Une annonce à laquelle Josep Borrell a réagi en tentant de temporiser.

Finalement, pour Ardavan Amir-Aslani, l’Iran se comporte comme s’il n’y avait plus d’accord même si, officiellement, Téhéran ne s’est pas retiré. Quant à Michel Duclos, conseiller à l’Institut Montaigne, il argumente que vu d’Europe, la disparition de Soleimani est bel et bien une « surprise stratégique » qui semble diviser la position des Européens sur la question. Sa suppression pourrait signifier la fin du (JCPOA), le chaos général dans la région et plus précisément la fin de la présence américaine en Irak qui équivaut à la fin de la coalition contre le terrorisme. Ainsi, malgré le poids des contraintes américaines, l’Iran semble sortir vainqueur de cet affrontement. Pour Thierry Coville, cela s’explique par le renforcement de l’arc chiite contre l’ingérence américaine au Moyen-Orient. Le conflit économique entre l’Iran et les États-Unis va-t-il ainsi muer en conflit ouvert ?

Une rivalité politico-militaire très mesurée

Un début de réponse est apporté par France24 : le vendredi 17 janvier 2020, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a pris la parole lors de la grande prière, ce qui ne s’était pas produit depuis 2012. Il a réaffirmé que son objectif à long terme restait d’évincer les forces américaines de la région. La tension reste ainsi présente entre les deux protagonistes. Selon le Stockholm International Peace Research Institute, les États-Unis consacrent plus d’argent à leur armée que le total des budgets de la défense des neuf autres pays qui les suivent au classement. Pourtant, la puissance de leur armée n’est pas invulnérable et cela n’a pas vraiment permis d’assurer la paix. La question d’un affrontement militaire se pose donc. Warren Getler prédit dans le quotidien israélien Haaretz que l’étincelle viendra sans doute du terrain militaire au Moyen-Orient.  Il parie sur « une attaque de groupes armés pro-chiites et donc pro-iraniens, contre des troupes américaines ou leurs alliés, en Syrie ou en Irak ». Selon lui, à la Maison Blanche, des conseillers du président américain comme Mike Pompeo, Secrétaire d’État des États-Unis, n’attendent que cela pour justifier une intervention américaine. Une tentation que le New York Times dénonce. Selon le journal, un conflit en Iran est un piège et il appelle la population à ne pas se laisser “berner” : « qui peut encore croire, après avoir vécu le bourbier en Irak et en Afghanistan, qu’une guerre contre l’Iran ne serait pas longue et impitoyable ? » Le journal américain rappelle également que dans ces deux autres conflits, « la puissance militaire écrasante des États-Unis s’est heurtée à la culture locale, à la géographie, aux rivalités ethniques et religieuses, mais surtout à la détermination d’un ennemi opiniâtre capable de se fondre aisément dans la population ».

De plus, les forces militaires iraniennes, contrairement aux forces irakiennes ou celles affrontées en Afghanistan, disposent d’un arsenal non conventionnel extrêmement sophistiqué (missiles balistiques et drones). Alex Ward sur le site d’informations Vox, ajoute que la République islamique contrôle un grand nombre de milices alliées dans tout le Moyen-Orient soit à peu près 250000 miliciens chiites. Un point de vue partagé par le géopolitologue français Didier Billion.  Selon lui, avec les groupes chiites présents au Liban, en Syrie et en Irak, l’Iran peut cibler des intérêts américains au Moyen-Orient. Une tendance qui semble se confirmer puisque le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah a juré de venger de la mort de Soleimani en désignant les soldats américains comme une cible.

Pour le centre de recherche britannique Chatham House, il est peu probable que l’Iran utilise le Liban et la Syrie comme espace de vengeance contre les États-Unis. Contrairement à 2006, lorsque les actions militaires du Hezbollah contre Israël ont rallié le public autour de lui, il n’y a pas aujourd’hui d’engouement public pour entraîner le Liban dans une guerre. Ne serait-ce qu’à cause des répercussions économiques qui exacerberaient une crise financière déjà grave au Liban. De plus, le Liban ne dispose pas non plus de bases militaires américaines qui pourraient être la cible du Hezbollah. Quant à la Syrie, leurs bases militaires sont en partie occupées par des forces de la coalition internationale anti-E, les attaquer mettraient donc l’Iran en confrontation avec d’autres pays que les États-Unis, ce qui n’est pas dans son intérêt. Enfin, attaquer des soldats américains dans le nord-est de la Syrie irait également à l’encontre des intérêts kurdes car cela affaiblirait le front de la coalition anti-EI dont les forces kurdes font partie. Au final, l’Iran se retrouverait alors à combattre sur plusieurs fronts à la fois, ce qu’il n’a pas la capacité de gérer. Plus probablement, les alliés et les mandataires de l’Iran au Levant vont s’engager dans une rhétorique forte sans prendre de mesures précipitées.

Alex Ward rappelle que la puissance chiite dispose également de capacités sophistiquées dans le domaine de la cyberguerre. Un argument qui donne à la République islamique de redoutables capacités dans le domaine de la « guerre hybride » (un type de conflit qui implique à la fois des moyens conventionnels et non conventionnels). Pour Foreign Policy, ces moyens pourraient être utilisés par l’Iran pour endommager les lieux stratégiques non pas des États-Unis mais de leurs alliés. Par exemple, l’Arabie saoudite, comme ce fut le cas lors de l’attaque sur des sites pétroliers au mois de septembre dernier et qui n’a suscité aucunes réactions de la part de Washington. Ce ne serait pas le cas envers Israël car cela risquerait de créer de vives tensions dans la région comme le mentionne Fabrice Wolf. L’État hébreux est très vigilant à l’influence chiite dans la région, souhaitant en particulier sauvegarder son avantage dans le domaine nucléaire militaire mais surtout, aurait les capacités de répondre aux cyber-attaques. Une autre possibilité développée par Monsieur Billion, est un impact iranien sur la circulation dans le Détroit d’Ormuz et du Golfe persique. L’Iran ne serait pas en mesure de bloquer la circulation mais plutôt de sérieusement la perturber comme en mai et juin 2019. Une analyse partagée par le centre de recherche britannique Chatham House. L’Iran a le potentiel de déstabiliser sérieusement les marchés pétroliers et ses prix mais pas de fermer la circulation dans le détroit malgré sa position stratégique. Cela entraînerait une action militaire sérieuse de la part des Américains et de nombreux de ses alliés. La réaction iranienne devra en outre prendre en compte les préoccupations sécuritaires russes et les intérêts économiques de la Chine, qui importent notamment une partie significative de ses hydrocarbures du Moyen-Orient. Ainsi le conclut Ward : « Une guerre américano-iranienne serait un véritable enfer, tant pendant qu’après les combats. »

En reprenant le constat fait par Fabrice Wolf, il apparaît donc que le statu quo qui prévaut actuellement vis à vis de l’Iran représente probablement la situation la plus dangereuse à moyen terme. Elle ne laisse à Téhéran d’autres choix que de reprendre le développement de son programme nucléaire militaire. Selon une note de Foreign Affairs, publiée par l’organisation à but non lucratif américaine Council on Foreign Relations, la prolifération nucléaire à l’échelle régionale et probablement mondiale est une face de la pièce dangereuse que représentera l’Iran, l’autre est le déploiement d’un terrorisme financé par le pouvoir chiite, entraînant une escalade militaire régionale potentiellement critique. Malheureusement, les clés pour sortir de ce cycle à l’issue dramatique (la levée des sanctions économique contre l’abandon du programme nucléaire iranien militaire accompagnée d’une surveillance internationale très étroite) ne sont pas du ressort des Européens mais sont dans les mains du Président américain dont la politique au Moyen-Orient semble de plus en plus indécise et isolée. Le compte à rebours, lui, ne cesse de tourner.

Damien Bour

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Le Pentagone planche sur un projet de drone pouvant être armé de missiles air-air

Le Pentagone planche sur un projet de drone pouvant être armé de missiles air-air

PAR LAURENT LAGNEAU · 23 FÉVRIER 2020

À l’heure actuelle, les drones MALE [moyenne altitude longue endurance] et tactiques pouvant être armés n’ont qu’une capacité de frappe au sol. Même chose pour les projets de drones de combat [UCAV] jusqu’alors évoqués.

En 2015, Ray Mabus, alors secrétaire à l’US Navy, avait estimé que l’avenir appartiendrait à ces drones de combat, estimant que le F-35C de Lockheed-Martin serait « certainement » le dernier chasseur-bombardier acquis par la marine américaine. Cependant, il avait toutefois admis que des avions de supériorité aérienne avec équipage seraient toujours nécessaire pour assurer la protection d’un groupe aéronaval.

Mais, en juin 2016, une expérience réalisée par l’US Air Force Research Laboratory et l’entreprise Psibernetix, laissa entrevoir des perspectives nouvelles en matière de combat aérien avec une intelligence artificielle appelée Alpha. Fonctionnant avec une simple carte mère de type Raspberry Pi, cette dernière fut en mesure d’élaborer une stratégie 250 plus rapidement que l’Homme.

Résultat : lors de plusieurs scénarios simulés de combats aériens face au très expérimenté colonel Gene Lee, Alpha prit le dessus. « J’ai été surpris par la manière dont elle était consciente et réactive. Elle semblait être consciente de mes intentions et réagir instantanément à mes changements en vol et à mes déploiements de missiles. Elle savait comment déjouer le tir que je faisais. Elle changeait instantanément entre les actions défensives et offensives en fonction des besoins », racontera plus tard l’ex-pilote de chasse de l’US Air Force au magazine Popular Science.

Aussi, on pourrait imaginer associer cette intelligence artificielle à un drone ayant des capacités air-air. Pour le moment, et en raison des contraintes que cela suppose, un tel appareil n’existe pas. Du moins pas encore…

En effet, dans le cadre du budget pour 2021, la DARPA, l’agence de recherche du Pentagone, a demandé une enveloppe de 22 millions de dollars pour financer le programme LongShot, lequel vise à développer un drone capable d’emporter des missiles air-air destiné à l’US Air Force et à l’US Navy.

Selon la description qui en a été donnée par la DARPA, il s’agit de mettre au point un drone subsonique [voire supersonique], ayant a priori une faible signature radar et pouvant être largué en vol par un avion de chasse ou par un bombardier. Une fois libéré, l’appareil s’approcherait au plus près d’aéronefs hostiles afin de tenter de les abattre.

Cet appareil, explique la DARPA, « utiliserait une ‘propulsion multimode’ pour augmenter considérablement sa portée et son efficacité pour contrer plusieurs menaces aériennes à la fois » et il permettra « d’explorer de nouveaux concepts d’engagements ». Et d’ajouter que le tir de missile air-air au plus près de l’adversaire « réduit son temps de réaction » et augmente aussi les chances de l’abattre.

Reste que ce nouveau projet de la DARPA reprend en partie le concept de « Flying Missile Rail » [FMR, voir photo ci-dessus] qu’elle avait dévoilé en 2017. Il s’agissait alors de mettre au point un appareil autopropulsé, armé d’une paire de missile air-air AIM-120 AMRAAM et pouvant être mis en oeuvre depuis un F-16 ou un F/A-18. Une fois libéré de son « avion hôte », il était censé voler pendant une vingtaine de minutes à la vitesse de Mach 0,9.

Cela étant, avec de tels engins, la question est de ce savoir ce deviendront les missiles à longue portée, comme le Meteor de MBDA ou l’AIM-260 JATM [Joint Air Tactical Missile] développé par Lockheed-Martin?

 

Tags: combat aérienDARPAdroneguerre aérienneinnovationLongShotPentagoneTechnologieUS Air ForceUS Navy

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Alain de Benoist : « La descente aux enfers d’Emmanuel Macron est-elle forcément une bonne nouvelle pour Marine Le Pen ? »

Alain de Benoist : « La descente aux enfers d’Emmanuel Macron est-elle forcément une bonne nouvelle pour Marine Le Pen ? »

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Le quinquennat Macron n’avait pas trop mal commencé avec l’épisode du Louvre. Mais l’état de grâce n’a pas duré très longtemps et la situation ne cesse de se dégrader, alors même qu’Emmanuel Macron avait affirmé que s’il ne réussissait pas, un ou une populiste lui succéderait à l’Élysée. Cela en prend-il le chemin ?

En matière d’élection présidentielle, vous le savez bien, toute prédiction faite plus de trois mois avant le scrutin n’a aucune valeur. On peut, en revanche, dresser un rapport d’étape. Tout le monde a longtemps répété qu’en 2022, on allait assister à la répétition de ce qui s’est passé en 2017 : un duel Macron-Marine Le Pen au second tour, avec le résultat qu’on sait. Inutile de s’interroger : c’était plié d’avance. Mais deux nouvelles questions se posent : Macron sera-t-il à nouveau candidat en 2022 ? Et s’il se représente, sera-t-il présent au second tour ? Nous n’en savons rien, bien sûr, mais le simple fait qu’on puisse se poser ces questions montre que beaucoup de choses ont changé. Les gilets jaunes sont passés par là, les grèves aussi. Pour faire adopter ses réformes, Macron a été obligé de passer en force. Après avoir voulu séduire tout le monde, il a déçu partout. On parle régulièrement de sa « baisse de popularité », mais on n’en est même plus là. Nous avons un Président qui ne peut plus mettre un pied en dehors de l’Élysée sans se heurter à des manifestants qui exigent sa démission en brandissant, en effigie pour l’instant, sa tête au bout d’une pique ! Chirac, Giscard, Hollande, Sarkozy ont pu être impopulaires. Macron n’est pas seulement impopulaire, il est détesté, exécré, haï des Français à un degré rarement vu. Il n’est donc pas certain qu’il veuille (ou puisse) se représenter, ni qu’il soit présent au second tour s’il le faisait. Ajoutons, puisqu’il a été mis en place pour adapter la France aux exigences de la mondialisation libérale, que ceux qui l’ont patronné se disent peut-être aussi qu’ils n’ont pas misé sur le bon cheval et qu’il serait peut-être temps d’en trouver un autre.

Est-ce une bonne nouvelle pour Marine Le Pen ? Je ne le pense pas. Elle a tout intérêt, en effet, à avoir face à elle, au second tour, un homme discrédité et détesté par le peuple plutôt qu’un concurrent qui, n’ayant jamais accédé à la charge suprême, aura toujours la possibilité de multiplier les promesses et de ratisser large entre les deux tours. Un Xavier Bertrand, une Ségolène Royal, un Yannick Jadot, une Rachida Dati, un François Baroin ou n’importe quel(le) autre candidat(e) de ce calibre l’emporterait sans doute plus facilement contre Marine Le Pen que ne le ferait Macron, même si le « plafond de verre » auquel elle s’est longtemps heurtée a déjà commencé à se lézarder. D’où une troisième question : du point de vue de Marine Le Pen, quelle est la personnalité, mis à part Macron, face à laquelle elle pourrait avoir le plus de chances de l’emporter ?

Emmanuel Macron prétendait aussi être le candidat du « nouveau monde ». Maintenant qu’il a dépassé son mi-mandat, qu’avons-nous appris sur ce monde-là et sur lui-même ?

J’ai déjà eu l’occasion de le dire : il y a un mystère Macron. Chirac, Sarkozy, Hollande, chacun dans son style, n’avaient rien de mystérieux. Il suffisait de les observer un peu pour savoir à quoi s’en tenir sur leur compte. Avec Macron, c’est autre chose. Ses ressorts intimes sont cachés, et l’on ne sait pas, au fond, ce qui le meut. Même ses relations avec sa maternelle épouse sont un mystère. Sous la surface lisse comme une image de synthèse, on ignore tout de sa machinerie intérieure et de ses évidents troubles de la personnalité. On peut lui trouver une tête de gendre idéal, lui reconnaître une bonne mémoire et une excellente connaissance technique des dossiers, voire un certain talent oratoire, on ne parvient pas à trouver qu’il était taillé pour le poste, alors qu’il serait parfait derrière un guichet de banque ou dans le rôle d’un DRH chargé d’annoncer au personnel un nouveau plan de licenciements. L’impression qui domine est que la politique, au fond, lui est tout aussi étrangère que la culture du pays qu’il est censé diriger. Que ce soit en France ou dans le monde, cet homme à la fois hautain, méprisant et bavard ne comprend pas ce qui se passe. Il gère (mal), il communique (mal), il réprime (brutalement), il supprime la liberté d’expression (efficacement) mais il ne gouverne pas.

C’est un Président narcissique qui n’a ni ami ni homme de confiance – puisqu’il ne fait confiance à personne. Qui a de l’influence sur lui ? Brigitte peut-être, personne d’autre. Entouré de députés inconsistants et de ministres de circonstance, il ne sait pas choisir ses collaborateurs, comme en témoignent l’affaire Benalla et la multiplication des départs au sein de son entourage. Mieux encore, c’est le premier président de la République qui n’a pas su attirer à lui la moindre personnalité dotée d’une carrure d’homme d’État. Il s’est entouré d’une majorité de transparents anonymes condamnés à le rester (Cédric O, Franck Riester), parmi lesquels bon nombre de médiocres et d’incultes, de ridicules ou de grotesques, de François de Rugy (« Homard m’a tué ») à Benjamin Griveaux (« Paris m’habite ») en passant par Agnès Buzyn (coronavirée), le Castaner de l’Intérieur ou la Belloubet de la Justice, sans oublier Sibeth. Qui peut prendre au sérieux pareille équipe de Branquignols ?

Peut-on néanmoins mettre à son crédit une esquisse d’ambition politique européenne, que ce soit avec l’Allemagne ou la Russie, l’Iran ou les États-Unis ?

Il en est resté, précisément, au stade de l’esquisse, qui chez lui prend la forme d’une série d’hésitations et se traduit par des inconséquences. C’est la marque d’une absence totale de vision des choses. En Europe, où il s’est brouillé avec la moitié des gouvernements, après avoir cherché à associer Angela Merkel à ses projets de « refondation » européenne, il n’a cessé de se heurter aux rebuffades de la chancelière, qui a vite évalué le personnage, mais il n’en a pas tiré les leçons. Il a fait sensation en déclarant l’OTAN en état de « mort cérébrale » sans comprendre que l’OTAN pèse toujours de tout son poids et que c’est bien, plutôt, l’Union européenne qui est en état de mort cérébrale. Il a paru comprendre qu’il était de l’intérêt de la France de se rapprocher de l’axe Moscou-Damas-Téhéran, mais il n’a pas fait le moindre geste pour s’opposer aux sanctions absurdes qui frappent ces trois pays. Tout récemment, il est encore allé en Allemagne pour dénoncer les entreprises de « déstabilisation » qu’il attribue à la Russie, montrant par là qu’en dépit de ses divergences avec Trump, il reste plus que jamais le fidèle vassal des Américains. Comment s’étonner, là encore, qu’on ne le prenne au sérieux ni à Moscou ni à Washington ni à Pékin ?

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier.  8.2kÉTIQUETTESEmmanuel Macron

Alain de Benoist

Intellectuel, philosophe et politologue

https://www.bvoltaire.fr/alain-de-benoist-la-descente-aux-enfers-demmanuel-macron-est-elle-forcement-une-bonne-nouvelle-pour-marine-le-pen/

Syrie : la Russie relève le défi du bluff turc …

Syrie : la Russie relève le défi du bluff turc …


… Les sources de l’opposition médiatique en Syrie sont dirigées, et payées, par les services de renseignement britanniques


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Par Moon of Alabama − Le19 février 2020

La Russie a relevé le bluff de la Turquie menaçant d’une attaque de grande envergure contre les forces gouvernementales syriennes. Le président turc Recep Tayyip Erdogan devra maintenant trouver un moyen de sortir du piège d’Idleb dans lequel il s’est enferré. Son excellente aventure en Syrie touche à sa fin.

Entre-temps, nous apprenons que les renseignements militaires britanniques ont lancé une autre grande campagne de désinformation qui a fait entendre des «voix syriennes» dans la presse «occidentale».

Erdogan poursuit sa rhétorique sauvage sur la Syrie :

#ERDOGAN: "#La Turquie ne peut pas être confinée à l'intérieur de sa frontière de 780 000 km2. #Misrata, #Alep, #Homs & #Hasaka sont en dehors de nos frontières actuelles, mais elles sont dans nos limites émotionnelles et physiques, nous affronterons ceux qui limitent notre histoire à seulement 90 ans."

Les pourparlers turcs avec la Russie ne se sont pas bien déroulés. La Russie avait proposé les points suivants :

1- Bande frontalière de 16 km à Idlib sous contrôle turc
 
2- La Russie contrôle le passage entre la bande d'Idlib et Afrin
 
3- Ouverture des autoroutes M4 et M5 sous supervision conjointe russo-turque
 
4- Retraite des points d'observation vers la bande frontalière

Une dizaine de points d’observation de la Turquie sont actuellement encerclés par l’armée syrienne. Si la Turquie commence à intensifier la querelle, elle sera dans une situation désastreuse.

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La Turquie a rejeté la proposition russe :

Le président Recep Tayyip Erdoğan a déclaré le 19 février que les pourparlers avec la Russie sur la région nord-ouest de la Syrie d'Idlib étaient loin de répondre aux demandes de la Turquie et a averti qu'une opération militaire n'était qu'une "question de temps".

"Comme pour toutes les opérations [précédentes], nous disons que nous pourrions surgir tout à coup en une nuit. En d'autres termes, une opération à Idlib est une question de temps", a déclaré Erdoğan. Il faisait référence aux trois précédentes opérations turques dans le nord de la Syrie depuis 2016.

"Nous entrons dans les derniers jours pour que le régime [syrien] cesse ses hostilité à Idlib. Nous faisons nos derniers avertissements", a-t-il ajouté. "La Turquie a fait tous les préparatifs pour exécuter ses propres plans d'opérations à Idlib."

La Russie a qualifié l’attaque turque de scénario du pire :

Le porte-parole du Kremlin a ajouté que "s'il s'agit d'une opération contre les autorités et les forces armées légitimes de la Syrie, ce sera certainement le pire des scénarios".
 
Selon Peskov, la Russie poursuivra ses contacts avec la Turquie afin d'empêcher que la situation à Idlib ne s'aggrave encore.

"Nous sommes déterminés à continuer d'utiliser nos contacts de travail avec nos homologues turcs pour empêcher que la situation à Idlib ne dégénère davantage", a-t-il déclaré.

Deux heures après avoir publié ce qui précède, l’agence russe TASS a également publié ceci :

Deux bombardiers stratégiques russes Tupolev Tu-22M3 ont effectué un vol régulier au-dessus des eaux neutres de la mer Noire, a annoncé mercredi le ministère russe de la Défense.
 
"Pendant le vol, les équipages ont parcouru une distance d'environ 4 500 km et sont restés en l'air pendant plus de cinq heures", indique le communiqué.

Des avions de chasse du district militaire sud de la Russie ont escorté les bombardiers pendant le vol.

Le Tu-22M3 peut tirer des missiles de croisière à longue portée. L’armée turque comprendra cet avertissement.

Les Russes aiguillonnent également Erdogan avec des informations sur des livraisons d’armes américaines aux Kurdes  du PKK dans l’est de la Syrie :

«Le commandement américain dans la région sature intensivement le territoire à l'est de l'Euphrate avec des armes et des munitions. Depuis le début de 2020, 13 convois militaires sont arrivés d'Irak en Syrie, qui incluaient plus de 80 véhicules blindés et plus de 300 camions chargés de divers types d'armes, de munitions et de matériel», a déclaré le contre-amiral Oleg Zhuravlev dans un briefing quotidien.

Les rapports parlent maintenant de plus d’un million de réfugiés à Idleb, même si la population d’avant-guerre du gouvernorat d’Idleb n’a jamais dépassé 1,5 million. Beaucoup ont déjà fui au début de la guerre, soit vers des zones détenues par le gouvernement, soit vers la Turquie et au-delà. D’où sont censés provenir les millions de personnes évoquées ?

Les médias «occidentaux» cherchent à provoquer de nouveau des épanchements lacrymaux à propos de ces réfugiés à Idleb. Mais ses rapports oublient de mentionner qu’Al-Qaïda gouverne Idleb et empêche les gens de franchir la ligne vers les zones tenues par le gouvernement syrien :

Dans une nouvelle et longue histoire, étendue et richement illustrée sur Idlib, le New York Times n'a une fois de plus fait aucune mention de la politique qui se déroule dans cette enclave du nord-ouest de la Syrie - à savoir, le fait que des combattants djihadistes / takfiris bien armés, provenant de partout dans le monde, la contrôlent depuis plusieurs années, tandis que les forces gouvernementales syriennes se battent pour reprendre le contrôle de leur territoire.

Dans ce dernier article, comme dans tous les longs plaidoyers larmoyants unilatéraux qu'il a publiés sur Idlib au cours de la dernière année, le New York Times n'a aucun journaliste ni photographe sur le terrain qui rapporte l'histoire. Au lieu de cela, il dépend entièrement des «récits» et des images qu'il recueille à partir de sources invérifiables à l'intérieur de l'enclave - sources qui, notamment, ne mentionnent jamais les groupes armés djihadistes qui contrôlent tous les aspects de la vie là-bas.

Aujourd’hui, nous apprenons que beaucoup de ces sources invérifiables émargent sur la liste de paie du gouvernement britannique depuis au moins 2012 :

Un certain nombre de documents fuités, consultés par Middle East Eye montrent comment le récit de propagande a commencé en 2012 et s'est accélérée l'année suivante, peu de temps après que le parlement britannique a refusé d'autoriser une action militaire britannique en Syrie.
 
S'appuyant sur des fonds britanniques, américains et canadiens, des entrepreneurs du gouvernement britannique ont établi des bureaux à Istanbul et à Amman, où ils ont embauché des membres de la diaspora syrienne, qui à leur tour ont recruté des journalistes citoyens syriens.
 ...
 
En 2015, Free Syria, Syrian Identity et Undermine ont été financés en livres sterling et en dollars canadiens, l'équivalent d'environ 410 000 £ (540 000 $) étant dépensé chaque mois.

Ces «sources» qui ont été embauchées et instruites par le gouvernement britannique sont celles citées dans les journaux «occidentaux». Tout le programme, comme les «Casques blancs» organisés par les Britanniques, était géré par des officiers du renseignement militaire :

Des personnes familières avec le projet [de propagande] disent qu'environ neuf entreprises ont été invitées à soumissionner pour les contrats. Ils comprenaient un certain nombre d'entreprises créées par d'anciens diplomates britanniques, des officiers du renseignement et des officiers de l'armée.
 
Bien que les contrats aient été attribués par le ministère britannique des Affaires étrangères, ils étaient gérés par le ministère de la Défense du pays, et parfois par des officiers du renseignement militaire.

Ces sociétés ont établi des bureaux à Amman, Istanbul et, pendant un certain temps, à Reyhanli dans le sud-est de la Turquie. À partir de là, ils employaient des Syriens qui recruteraient à leur tour des journalistes citoyens syriens, qui avaient l'impression de travailler pour les bureaux des médias des groupes d'opposition syriens.

Les services de renseignement britanniques ont également engagé des journalistes pour écrire des articles de propagande sur les «rebelles syriens». La Grande-Bretagne a également organisé et dirigé les porte-parole de l’opposition :

Pendant ce temps, d'autres documents fuités, consultés par Middle East Eye montrent que le gouvernement britannique a attribué des contrats à des sociétés de communication, qui ont sélectionné et formé des porte-parole de l'opposition, géré des bureaux de presse qui fonctionnaient 24 / 24 et créé des comptes d'opposition sur les réseaux sociaux.
 
Le personnel britannique qui dirige ces bureaux a été informé que leurs employés syriens étaient autorisés à parler à des journalistes britanniques - en tant que porte-parole de l'opposition syrienne - mais seulement après avoir reçu l'autorisation des responsables du consulat britannique à Istanbul.

L'une des responsabilités des bureaux de presse mis en place secrètement par le gouvernement britannique en vertu de ces contrats était de «maintenir un réseau efficace de correspondants / pigistes en Syrie pour rendre compte des activités de la MAO [opposition armée modérée]».

De cette façon, le gouvernement britannique a pu exercer une influence en coulisse sur les conversations que les médias britanniques avaient avec des individus qui se présentaient comme des représentants de l'opposition syrienne.

Ce ne sont pas seulement les médias britanniques qui ont cité ces personnes. Tout le «mouvement d’opposition civile» était, comme les «Casques blancs», un front du gouvernement britannique bien organisé et rémunéré. Mais lorsque la Turquie a accru son rôle en Syrie, l’opération britannique de désinformation a commencé à cesser :

L'enthousiasme du gouvernement britannique pour une grande partie du travail semble avoir commencé à décliner, car il est devenu de plus en plus clair que le gouvernement Assad et ses alliés russes et iraniens gagnaient la guerre civile, et le financement des contrats a commencé à se tarir.
 
Au début de 2019, la Police syrienne libre, une organisation soutenue par les Britanniques, a finalement cessé ses opérations après une prise de contrôle par al-Qaida de la province d'Idlib, au grand dam des civils et des militants de la société civile.

Le gouvernement turc serait également devenu moins tolérant envers les initiatives de propagande coordonnées à partir de son territoire.

Un entrepreneur britannique aurait été expulsé après que les autorités turques ont découvert qu'il était entrée dans le pays avec un visa de touriste.

Le fait que le gouvernement turc soit devenu moins tolérant à l’égard de l’opération britannique peut également expliquer la mort de l’officier de renseignement militaire britannique qui dirigeait le groupe de propagande des « Casques blancs » depuis son appartement à Istanbul.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/syrie-la-russie-releve-le-defi-du-bluff-turc

DES FRAPPES AÉRIENNES SYRIENNES ET RUSSES DÉTRUISENT DAVANTAGE DE VÉHICULES DANS LE GRAND IDLIB

#SYRIA 22.02.2020 – 7726 vues    5.2 ( 17 votes)

DES FRAPPES AÉRIENNES SYRIENNES ET RUSSES DÉTRUISENT DAVANTAGE DE VÉHICULES DANS LE GRAND IDLIB

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Avions Su-25 en Syrie. IMAGE DU FICHIER: Vadim Grishankin / Bureau de presse et d’information du ministère russe de la Défense / TASSu

Tard le 21 février, des avions de combat syriens et russes ont effectué une série de frappes aériennes sur le Grand Idlib, visant plusieurs véhicules dans la région du nord-ouest.

Selon des sources progouvernementales, au moins neuf véhicules, dont de nombreux chars de combat, ont été détruits entre les villes de Mjdlya et Sarmin, dans le sud d’Idlib. Les véhicules ont probablement été fournis par la Turquie à ses mandataires dans la région.

Il y a deux jours, l’armée turque et ses mandataires, y compris Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), affilié à al-Qaïda, ont lancé une attaque à grande échelle contre les positions de l’AAS dans la ville d’al-Nayrab, dans le sud d’Idlib.

L’armée arabe syrienne (SAA), soutenue par les forces aérospatiales russes (VKS), a repoussé l’attaque en quelques heures. Les frappes syriennes et russes ont détruit plus d’une douzaine de véhicules, dont quatre chars de combat M60 Sabra MK II des forces armées turques. Une vidéo des grèves a été publiée plus tôt.

D’intenses frappes aériennes syriennes et russes visent désormais la campagne du sud d’Idlib. La Turquie et ses mandataires pourraient planifier une nouvelle attaque contre les positions de l’AAS dans la région.

https://southfront.org/syrian-russian-airstrikes-destroy-more-vehicles-in-greater-idlib/

Daech en Libye bis: de la répartition des rôles pour figurants…

ΠΆΝΤΑ ῬΕΙ͂…

Daech en Libye bis: de la répartition des rôles pour figurants…

Nous avons été l’un des rares sinon le seul blog à avoir évoqué depuis longtemps l’implantation de Daech en Libye.

Nous avons également souligné que la menace de Daech au Maghreb est sérieuse, d’autant plus qu’aucune armée de la région ne dispose de capacités suffisantes pour faire face à cette menace au sol.

Les raids aériens menés par les égyptiens en territoire libyen, sous le très fallacieux prétexte de la décapitation de 21 ressortissants égyptiens par Daech en Libye, ne sont pas les premiers. Les avions égyptiens et émiratis basés en Egypte bombardent des cibles en Libye depuis le début de la nouvelle guerre civile.

L’initiative égyptienne n’en est pas une. Le mouvement est dicté par Paris et Ryad. L’implication militaire égyptienne en Libye est très risquée pour le Caire dont les forces armées sont loin d’être efficaces. Elle ouvre surtout un second front pour le Caire puisque ce dernier peine à faire face à des organisations armées au Sinaï.

L’Egypte est économiquement ruinée. Son armée n’a jamais gagné une guerre à l’étranger. Que ce soit lors des guerres contre Israël, ou lors de la catastrophique intervention égyptienne au Yémen et même lors d’un bref conflit armé contre la Libye de Gaddafi. Que vise le « maréchal » Al-Sissi en envoyant ses F-16 au dessus d’une Libye en pleine guerre civile? Le support US est là encore une fois mais le jeu est risqué. C’est pour ça que Le Caire appelle à une intervention étrangère sous couvet Onusien. L’initiative franco-égyptienne au Conseil de Sécurité de l’ONU en dit long sur certains petits arrangements préalables sur cette question.

La Jordanie bombarde Daech en Syrie; l’Egypte le fait en Libye. Amman et Le Caire font partie d’un seul axe et il est connu. Mieux qu’une sous-traitance, c’est de la doublure. Dans tous les cas, c’est de la figuration.

Reste les pays d’un Maghreb inexistant. La Tunisie ne voit pas d’un mauvais oeil les raids égyptiens en Libye mais en réalité ne peut plus rien faire depuis longtemps. Théoriquement plus grand pays maghrébin, l’Algérie semble totalement hors-jeu dans la sous-région et, pour corser le tout, se retrouve publiquement humiliée. Le Maroc ne s’implique pas mais cherche à exploiter ce qu’il pourrait tirer comme dividende face à Alger de cette situation inédite.

S’il y avait un pays qui aurait du intervenir depuis une année par des moyens aériens en Libye, c’était bien l’Algérie. Mais ce pays fait face actuellement à un effondrement interne qui ne dit pas son nom indu par une politique catastrophique. Finalement, ce choix de non-intervention aura été fatal sur le plan géopolitique pour l’Algérie. Car quel que soit l’issue du conflit en Libye, il faudra de très longues années pour que l’Algérie puisse espérer retrouver un rôle au Maghreb.

Photographie prise il y a deux jours à Derna, la capitale supposée de Daech (et de toutes les rebellions soutenus par l'Otan) en Libye après des raids d'avions F-16 égyptiens.
Photographie prise il y a deux jours à Derna, la capitale supposée de Daech (et de toutes les rebellions soutenus par l’Otan) en Libye après des raids d’avions F-16 égyptiens.


https://strategika51.org/2015/02/19/daech-en-libye-bis-de-la-repartition-des-roles-pour-figurants/

Moyen-Orient : le rôle majeur des Russes

Moyen-Orient : le rôle majeur des Russes

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L’échec de la France au Moyen-Orient repose sur deux erreurs essentielles. La première consiste à se dessiner avec une gomme, à se vouloir une république abstraite avant d’être une nation charnelle, à n’être elle-même qu’en se vouant à l’universel. Comme toutes les vieilles nations, la France possède une identité historique et culturelle, simplement plus marquée par la volonté politique d’un État que d’autres. La seconde erreur correspond à l’ignorance de cette priorité politique que Carl Schmitt avait soulignée : la reconnaissance de l’ennemi.

La conscience de son identité, avec ses limites, et la reconnaissance de son ennemi objectif, c’est-à-dire de la menace principale et réelle, sont donc les deux priorités. La politique menée par nos gouvernements au Moyen-Orient a méconnu ces deux principes.

Le printemps arabe et plus précisément la crise syrienne ont, au contraire, vu la France adopter une stratégie ignorant ces principes élémentaires. À l’exception de la position du Président Chirac, en 2003, qui s’est opposé à l’invasion américaine de l’Irak, fondée sur la détention supposée d’armes de destruction massive et sur des liens imaginaires entre le régime de Saddam Hussein et le terrorisme islamiste, notre pays a, une fois de plus, suivi les Anglo-Saxons en montrant parfois, sous Hollande et Macron, une hostilité au régime syrien plus virulente que celle des Américains, notamment lorsqu’il s’agissait de punir les loyalistes pour l’usage soupçonné d’armes chimiques. On ne voit guère, aujourd’hui, à quoi a servi cette posture. Les Russes, qui ont aidé le gouvernement syrien à résister aux islamistes et à restaurer sa souveraineté sur la plus grande partie du territoire, jouent désormais un rôle majeur dans la région et parlent à toutes les parties. La France est, au contraire, marginalisée.

Trois pays de cette région sont en proie à la guerre : le Yémen, où Iran chiite et monarchies arabes sunnites s’affrontent par factions interposées, Syrie et Libye. La France a fourni des armes aux Émirats et à l’Arabie saoudite qui les emploient évidemment contre les rebelles pro-iraniens du Yémen. Mais si l’on excepte l’intérêt économique de ces ventes d’armes pour un pays dont l’industrie a beaucoup reculé, c’est dans les deux autres pays que la France intervient de manière plus politique. La Syrie a été placée sous un mandat français entre 1922 et 1946.

L’intervention française avait entraîné en Libye, dès 2011, la chute de Kadhafi et son assassinat, avec l’explosion du pays entre tribus et milices, livrant celui-ci aux trafics et exposant le Sahel au terrorisme et le sud de l’Europe aux migrations déguisées en demandes d’asile. Et cependant, la France a failli rejouer le même scénario en Syrie ! La solidité plus grande de l’armée syrienne, mais surtout la participation des Russes à la lutte aux côtés de l’État syrien empêchèrent toutefois notre pays de jouer un rôle décisif.

Aujourd’hui, les deux pays connaissent une situation analogue. Ils sont l’un et l’autre contrôlés à 90 % par une armée nationale, avec cette différence qu’en Syrie, c’est celle de l’État reconnu à l’international et qui tient la capitale, et qu’en Libye, la capitale et le gouvernement reconnu par l’ONU, mais dénué de légitimité, ne résistent à l’armée du maréchal Haftar que grâce aux milices « fréristes » de Misrata, épaulées par la Turquie.

Dans les deux cas, en effet, deux États jouent un rôle majeur : la Turquie qui soutient l’expansion de l’islamisme et cherche à retrouver la puissance ottomane ; la Russie, qui au contraire est l’élément stabilisateur qui vise à restaurer des États souverains capables de juguler le terrorisme islamiste et sa propagation – Assad en Syrie, Haftar en Libye offrent cette chance. L’habileté de Vladimir Poutine a su utiliser les difficultés intérieures de la Turquie pour limiter ses prétentions et l’amener à coopérer avec la Russie. Logiquement, l’entente entre deux pays que tout oppose ne peut durer éternellement. Il est temps, pour la France, de prendre conscience que ses intérêts convergent avec la politique russe et sont en tous points opposés à ceux de la Turquie. (À suivre.)  3.5kÉTIQUETTESMoyen-Orient

Christian Vanneste

Homme politiqueAncien député UMP, Président du Rassemblement pour la France, Président de La Droite Libre

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Revue de presse nationale et internationale.

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