L’Otan souhaite devenir l’Alliance atlantico-pacifique

L’Otan souhaite devenir l’Alliance atlantico-pacifique

par Thierry Meyssan

Nul n’arrête le Pentagone. Alors que le projet de déploiement militaire alentour de la Chine évoqué par Hillary Clinton en 2011 avait officiellement été abandonné, l’Otan vient de le faire acter par le Sommet de Londres. Le processus a été lancé et devrait commencer par l’adhésion de l’Australie en 2026.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 10 DÉCEMBRE 2019 DEUTSCHESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEΕΛΛΗΝΙΚΆعربيPORTUGUÊSРУССКИЙENGLISH

+
JPEG - 32.9 ko

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, s’est exprimé le 7 août 2019 devant le Lowy Institute de Sydney. Il y a affirmé que ce n’est pas l’Otan qui veut se déployer dans le Pacifique, mais la Chine qui y menace les Alliés.

La presse internationale n’a retenu du Sommet du 70ème anniversaire de l’Otan à Londres que les éclats de voix qui l’ont précédé et les ricanements qui l’ont rythmé. L’important était évidemment ailleurs [1].

Lors de sa création, la fonction de l’Alliance atlantique fut résumée par son secrétaire général, Lord Hastings Lionel Ismay comme « Garder l’Union soviétique à l’extérieur, les Américains à l’intérieur et les Allemands hors jeu » (keep the Soviet Union out, the Americans in, and the Germans down) [2]. Cet objectif ayant disparu avec la « patrie du communisme », on s’est efforcé de présenter la Fédération de Russie comme sa continuation. Puis on a accepté l’idée d’autoriser l’Allemagne à disposer de sa propre politique. Enfin, on a envisagé d’étendre l’Alliance au Pacifique pour « endiguer » la Chine ; ce qui vient d’être confirmé.

Les insultes actuelles livrent une mauvaise image de l’Alliance, mais elles correspondent au retour de la rivalité séculaire franco-allemande. La France entend devenir une très grande puissance, à la fois grâce à sa bombe atomique et grâce à l’État supranational européen, tandis que l’Allemagne ne peut pas envisager de redevenir une puissance militaire sans la protection nucléaire de l’Otan [3].

Cette donne s’exprime à propos de la Syrie et du Sahel. Sur la Syrie, la France peste à propos de l’attaque turque contre les mercenaires kurdes du PKK/YPG, tandis que l’Allemagne se propose de déployer ses troupes sous contrôle de l’Otan. Aucun des deux ne parvient à avancer, les États-Unis restant les seuls maîtres du jeu. Sur le Sahel, la France commence à trouver trop lourd pour elle le poids du maintien du status quo, tandis que l’Allemagne serait prête à augmenter sa part, mais exclusivement sous commandement US. Là encore, aucun des deux États ne parvient à avancer. Tous ont compris ce qui se joue derrière la rhétorique anti-terroriste : le maintien des gouvernements actuels qui permettent l’exploitation des ressources de la région. Or, là encore, les États-Unis sont les seuls maîtres du jeu et entendent profiter les premiers de cette exploitation.

La nouveauté, c’est la possible ouverture du front chinois. Il supposerait de transformer l’Alliance atlantique en « Alliance atlanto-pacifique ». Selon les études du Pentagone, il conviendrait dès lors de faire adhérer l’Australie, l’Inde et le Japon de manière à encercler la Chine comme on l’a fait avec la Russie. Ce processus, qui devrait demander une décennie, vient de commencer avec le Sommet de Londres.

D’ores et déjà, l’US PaCom, c’est-à-dire le Commandement des États-Unis pour le Pacifique, a été renommé par le secrétaire à la Défense Jim Mattis US IndoPaCom [4].

Puis le nouveau secrétaire à la Défense Mark Esper, le secrétaire d’État Mike Pompeo et le secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg se sont discrètement rendus à Sydney, début août dernier, tester les dirigeants australiens qui s’en sont trouvés très honorés quoi qu’effrayés par la perspective de devoir abriter des missiles nucléaires [5]. Des contacts ont identiquement été pris avec l’Inde et le Japon, mais ils furent beaucoup moins fructueux. En outre, les États-Unis ont revu leur politique vis-à-vis de la Corée du Sud, de l’Indonésie, du Myanmar, des Philippines, de la Thaïlande et du Vietnam afin de rapprocher leurs armées respectives. Ces États ont l’habitude de travailler avec le personnel du Pentagone, mais pas du tout les uns avec les autres.

Beijing avait compris dès 2014 que la volonté US de quitter le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire traduisait moins une perspective anti-Russe qu’une menace pour elle. Il est désormais évident qu’il y aura un déploiement de missiles nucléaires US tout autour de la Chine et que l’Otan suivra.

Pour les Chinois, c’est un retour en arrière, lorsqu’à la fin du XIXème siècle les États-Unis élaborèrent leur « doctrine de la Porte ouverte ». Il s’agissait d’instaurer un pacte entre les empires coloniaux afin qu’ils établissent une forme de libre-concurrence commerciale entre eux et exploitent des régions sous-développées au lieu de se faire la guerre entre eux pour s’approprier un territoire. Compte tenu de sa supériorité industrielle, Washington était sûr de l’emporter. Pour poursuivre cette agression, il développa un discours apaisant. Il soutint « l’intégrité territoriale et la souveraineté » des pays où il souhaitait faire des affaires. Il favorisa le renforcement des gouvernements locaux dans la mesure où seuls ceux-ci pouvaient garantir l’application de traités inégaux. De la sorte, les peuples se contrôlaient eux-mêmes à son profit. Le caractère mensonger des déclarations de principe US fut vérifié lors des agressions japonaises contre la Chine : Washington soutint toutes les demandes japonaises et laissa dépecer la Chine orientale.

C’est précisément cette expérience de s’être battu contre tous les Empires coloniaux ligués contre lui —y compris la Russie tsariste— qui a poussé le président Xi Jinping à se rapprocher de son homologue russe, Vladimir Poutine, car son pays a connu la même agression par la suite : les deux États savent dans leur sang qu’ils devront les affronter un jour ou l’autre. Cependant le Pentagone a fait le pari qu’une fois le danger venu, Moscou ne soutiendra pas Beijing ; une évaluation du risque antérieure aux missiles hypersoniques russes.

La Chine n’envisage pas cette guerre dans les mêmes termes que l’Otan : elle entend déplacer le champ de bataille dans la sphère informatique et détruire les armes de l’Alliance Atlantique-Nord Élargie par de cyber-attaques avant qu’elle ne s’en serve.

En octobre 2011, la secrétaire d’État Hillary Clinton lançait dans Foreign Policy son appel au « pivot vers l’Asie » (pivot to Asia) : les États-Unis devaient quitter l’Europe et le Moyen-Orient élargi pour se déployer en Extrême-Orient [6]. Le conseiller de Sécurité nationale, Tom Donilon, explicitait ce plan en mars 2013 devant l’Asia Society [7]. Il comportait notamment un dispositif diplomatique et financier, le projet d’Accord de partenariat transpacifique. Cependant, très vite le Pentagone rectifiait le tir : il ne s’agirait pas d’abandonner une partie du monde pour une autre, mais de s’étendre de l’une sur l’autre. C’était la notion de « rééquilibrage » (rebalance), seule compatible avec la poursuite de la « guerre sans fin » (war without end) au Moyen-Orient élargi. Ne parvenant pas à convaincre, le Pentagone mettait abruptement fin au débat en soulignant qu’il était impossible d’un point de vue budgétaire d’entretenir trois fronts à la fois [8]. Depuis lors, le Pentagone a acquis quantité d’armes qu’il a stockées dans le Pacifique.

Le président Donald Trump a tenté de stopper ce mirage en retirant les États-Unis de l’Accord de partenariat transpacifique dès son accession à la Maison-Blanche. Mais rien n’y a fait. Le Pentagone poursuit inexorablement sa marche et vient d’imposer sa vision à l’issue de neuf années de palabres.

Alors que du point de vue français, l’Otan est en état de « mort cérébrale », le Pentagone a commencé sa mutation en une organisation globale. Tous les États-membres ont signé sans réfléchir la Déclaration de Londres qui stipule : « Nous sommes conscients que l’influence croissante et les politiques internationales de la Chine présentent à la fois des opportunités et des défis, auxquels nous devons répondre ensemble, en tant qu’Alliance » [9]. Le processus est lancé.Thierry Meyssan

<img src="https://www.voltairenet.org/rien.gif" alt="

[1] « Sommet de l’Otan : le parti de la guerre se renforce », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 7 décembre 2019.

Facebook

[2Whitehall, Peter Hennessy, The Free Press, 1989.

[3] « Six projets contradictoires d’ordre mondial », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 19 novembre 2019.

[4] « L’US PaCom devient US IndoPaCom », Réseau Voltaire, 3 juin 2018.

[5] “Australia-US Ministerial Consultations (AUSMIN) 2019”, Voltaire Network, 4 August 2019.

[6] “America’s Pacific Century”, Hillary Clinton, Foreign Policy, October 11, 2011.

[7] “The United States and the Asia-Pacific in 2013”, by Tom Donilon, Voltaire Network, 11 March 2013.

[8] “DoD Official : Asia Pivot ‘Can’t Happen’ Due to Budget Pressures”, Defense News, March 4, 2014.

[9] « Déclaration de Londres », Réseau Voltaire, 4 décembre 2019.

https://www.voltairenet.org/article208500.html

Twitter
Delicious
Seenthis
Digg
RSS

Les visées coloniales de l’Union européenne sur l’Arctique

Les visées coloniales de l’Union européenne sur l’Arctique

RÉSEAU VOLTAIRE | 10 DÉCEMBRE 2019 ITALIANOESPAÑOLENGLISHTÜRKÇEDEUTSCH

https://www.voltairenet.org/article208517.html

+

Le Conseil européen des Affaires étrangères s’est réuni, le 9 décembre 2019 à Bruxelles, pour statuer sur sa politique en Arctique.

Sans vergogne, le Conseil a déclaré qu’il « reconnaît la responsabilité première des États de l’Arctique dans le développement de l’Arctique, mais considère également que nombre de problèmes affectant la région sont de nature mondiale et sont traités plus efficacement par le biais d’une coopération régionale ou multilatérale, en particulier le Conseil de l’Arctique et y compris via le système des Nations Unies » [1] (sic).

En d’autres termes, de même que le président Emmanuel Macron avait déclaré lors du sommet du G7 à Biarritz que le sort de l’Amazonie ne relevait pas uniquement des États de la région, mais aussi les membres du G7, le Conseil européen remet en cause la souveraineté des États de l’Arctique.

Cependant, alors qu’en août dernier, le président du Conseil, Donald Tusk, avait ignoré l’OTCA (Organisation du traité de coopération amazonienne), cette fois le Conseil, présidé par Charles Michel, mentionne le Conseil de l’Arctique. A la différence de l’OTCA, le Conseil de l’Arctique ne réunit pas seulement les États ayant une partie de leur territoire dans la région, mais associe également les populations indigènes.

Malgré cette précaution oratoire, ce discours marque clairement un retour en arrière à la période coloniale.

<img src="https://www.voltairenet.org/rien.gif" alt="

[1] “The Council recognises the primary responsibility of the Arctic States for the development of the Arctic but also considers that many of the issues affecting the region are of a global nature and are more effectively addressed through regional or multilateral cooperation in particular the Arctic Council and including via the UN system”. (CFSP/PESC 942)

https://www.voltairenet.org/article208517.html

Facebook
Twitter
Delicious
Seenthis
Digg
RSS

Quelques vérités sur la guerre en Afghanistan

Quelques vérités sur la guerre en Afghanistan


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama – Le 10 décembre 2019

Le Washington Post a publié quelque 2 000 pages, tirées de plus de 400 transcriptions et résumés d’entrevues du Bureau de l’inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan (SIGAR). Des entrevues qui se sont déroulées avec des fonctionnaires et des soldats ayant participé à la guerre contre l’Afghanistan.

Il est déprimant de lire les trois chapitres de cette série dans les journaux. Les opinions et les récits des gens ayant participé à cette guerre sont, comme on pouvait s’y attendre, dévastateurs :

"Nous étions dépourvus d'une compréhension de base de l'Afghanistan - nous ne savions pas ce que nous y faisions ", explique Douglas Lute, un général trois étoiles de l'armée qui a servi de chef de guerre de la Maison-Blanche sous les gouvernements Bush et Obama, à des enquêteurs du gouvernement, en 2015. Il ajoute : " A quoi voulions nous aboutir ici ? Nous n'en avions pas la moindre idée."

Depuis 2001, les États-Unis ont dépensé plus de mille milliards de dollars en Afghanistan. La plus grande partie de l’argent est retournée dans les poches d’« entrepreneurs » étasuniens. Une part importante, tout ce que pots-de-vin et corruption pouvaient générer, a été investie par des fonctionnaires afghans dans l’immobilier à Dubaï.

En public, les responsables américains insistaient sur le fait qu'ils n'avaient aucune tolérance envers les détournements d’argent. Mais pendant ces entretiens, il a été admis que le gouvernement américain détournait les yeux quand des chefs afghans – les alliés de Washington - pillaient en toute impunité.

Christopher Kolenda, un colonel de l'armée ayant effectué plusieurs missions en Afghanistan et conseillé trois généraux américains chargés de la guerre, y déclare que le gouvernement afghan dirigé par le président Hamid Karzaï s'était "auto-organisé en une kleptocratie" dès 2006 - et que les responsables américains ont manqué de reconnaître que c’était une menace fatale pour leur stratégie.

Seule une infime partie de l’argent est parvenue au peuple afghan. Quand ce fut le cas, il a été gaspillé dans des projets que l’Afghanistan ne pourrait jamais soutenir. La corruption est l’une des raisons pour lesquelles de nombreux Afghans tolèrent ou même favorisent le régime taliban. (Les zones indiquées sur la carte comme étant « contestées » sont en fait gouvernées par les talibans.)

talibans


Agrandir

Cette guerre fut, et est toujours, complètement inutile, depuis le début :

M. Jeffrey Eggers, un ancien SEAL de la Navy et représentant de la Maison-Blanche sous les ordres de M. Bush et de M. Obama, a déclaré que peu de gens remettaient en question le principe même du maintien des troupes américaines en Afghanistan. 

"Pourquoi avons-nous fait des talibans l'ennemi alors que nous avons été attaqués par Al-Qaïda ? Pourquoi voulions-nous vaincre les talibans ?" a questionné Eggers lors de ces entretiens. "Collectivement, le système est incapable de prendre du recul pour remettre en question les hypothèses de base."

Cette guerre était et est toujours un racket. Elle n’a pas d’autre but que de transférer de l’argent du contribuable vers certains intérêts particuliers. Pour justifier ce vol, les politiciens et les commandants militaires ont menti au public à maintes reprises :

Plusieurs des personnes interrogées ont décrit les efforts explicites et soutenus déployés par le gouvernement des États-Unis pour tromper délibérément le public. Ils ont dit qu'il était d’usage au quartier général militaire de Kaboul, et à la Maison-Blanche, de déformer les statistiques pour faire croire que les États-Unis étaient en train de gagner la guerre alors que ce n'était pas le cas.

"Chaque donnée était modifiée pour présenter la meilleure image possible", a déclaré Bob Crowley aux enquêteurs du gouvernement américain, un colonel de l'armée de terre qui a été conseiller principal des commandants militaires américains en matière de contre-insurrection en 2013 et 2014."Les sondages, par exemple, n'étaient pas du tout fiables, mais ils ont confirmé que tout ce que nous faisions était juste et que nous étions devenus un cornet de crème glacée qui se léchait lui-même."

Le cornet de crème glacée continue de se lécher lui-même.

Les élections présidentielles en Afghanistan devaient avoir lieu en mars de cette année. Elles ont été reportées deux fois avant d’avoir finalement lieu en septembre. Les résultats devaient être annoncés en octobre, mais cette date a été reportée à novembre. Ensuite, la commission électorale a décidé de reporter l’annonce une deuxième fois, indéfiniment.

Les postes à la tête du gouvernement afghan sont extrêmement lucratifs. Aucun des dirigeants ne laissera la place à un autre.

L’administration Trump est de nouveau en pourparlers avec les talibans pour négocier un accord de paix. Les conditions fixées par les talibans sont claires. Ils n’accepteront pas de troupes étrangères dans leur pays. L’armée américaine et la CIA ne sont pas disposées à accepter cela, même si les 12 000 soldats américains qui s’y trouvent n’ont aucun but identifiable.

La seule façon de quitter l’Afghanistan, c’est de le faire vraiment. Trump devrait ordonner aux troupes de partir. Toutes. Sans condition et dès que cela sera pratiquement possible. Les gros bonnets de Kaboul déménageront à Dubaï, les talibans s’empareront de Kaboul et pacifieront le pays en quelques mois ou un an. Ce n’est qu’à ce moment-là, lorsque l’Afghanistan sera dirigé par des dirigeants non corrompus, espérons-le, qu’il sera possible de développer raisonnablement le pays. On pourrait faire beaucoup avec moins de 1% de l’argent qui est actuellement dépensé pour la guerre.

Mais comme cela est sensé, cela ne se produira pas.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

Note du Saker Francophone : Pour avoir un peu plus de détails, vous pouvez lire l'article du Figaro sur ce même sujet.

https://lesakerfrancophone.fr/quelques-verites-sur-la-guerre-en-afghanistan

En réponse à Berlin, Moscou va expulser deux diplomates allemands de Russie…

En réponse à Berlin, Moscou va expulser deux diplomates allemands de Russie 12 déc. 2019, 09:22 © Alexander Nemenov Source: AFP Le Kremlin, Moscou. (image d’illustration)

La diplomatie russe a annoncé que Moscou allait expulser deux diplomates de l’ambassade d’Allemagne. Une réponse symétrique après que Berlin a expulsé deux diplomates russes dans le cadre de l’enquête sur le meurtre d’un Géorgien dans la capitale. Moscou a annoncé ce 12 décembre l’expulsion de deux diplomates allemands, en représailles à la décision de l’Allemagne début décembre de renvoyer deux russes après le meurtre commandité, selon Berlin, d’un Géorgien d’origine tchétchène dans la capitale allemande.

Le ministère russe des Affaires étrangères a convoqué ce même jour l’ambassadeur allemand Géza Andreas von Geyr pour lui signifier que «deux collaborateurs de l’ambassade d’Allemagne avaient été déclarés persona non grata et avaient sept jours pour quitter» la Russie.

La diplomatie russe a également fait savoir espérer que ces expulsions – «symétriques» et constituant une réponse «inévitable» de la Russie – ne détérioreront pas les liens diplomatiques bilatéraux entre les deux pays.

La partie allemande a dit regretter la réaction de la Russie, évoquant par la voix de son ministère des Affaires étrangères une expulsion «injustifiée» et un «mauvais signal».

Dans un communiqué, Berlin annonce se réserver «le droit de prendre d’autres mesures dans cette affaire à la lumière des enquêtes» en cours.

Lire aussi Deux diplomates russes expulsés d’Allemagne, Moscou promet une réponse Le 4 décembre, Berlin avait sommé deux membres de l’ambassade russe en Allemagne de quitter le pays, «avec effet immédiat», accusant Moscou de n’avoir pas «suffisamment coopéré» dans l’enquête sur le meurtre d’un Géorgien à Berlin.

 Le même jour, le parquet fédéral allemand, compétent en matière d’espionnage, avait déjà décidé de se saisir de cette enquête, évoquant un «contexte politique». «Vous avez expulsé nos diplomates, nous expulsons les vôtres. C’est tout», a déclaré le président russe Vladimir Poutine répondant à des questions de journalistes sur ce sujet après un sommet au «format Normandie» qui s’est tenu à Paris le 9 décembre.

C’est un combattant, très cruel et sanguinaire. L’une des opérations à laquelle il a participé a fait 98 morts. Il était l’un des organisateurs de l’attentat du métro de Moscou Interrogé au sujet de l’affaire par un journaliste allemand, le chef de l’Etat russe s’est également exprimé sur l’identité et les antécédents de la victime, un Géorgien d’origine tchétchène, nommé Tornike K. et identifié comme étant Zelimkhan Khangochvili.

Vladimir Poutine a affirmé que ce dernier avait «participé à des activités séparatistes» et était recherché par les services russes. «C’est un combattant, très cruel et sanguinaire. L’une des opérations à laquelle il a participé a fait 98 morts. Il était l’un des organisateurs de l’attentat du métro de Moscou», a déclaré Vladimir Poutine. Le président russe n’a pas précisé de quel attentat il s’agissait mais Moscou a connu une série d’explosions meurtrières à partir de 1996. Les attentats dans le métro de la capitale russe ont fait, au total, 106 morts et 520 blessés dans la période entre 1996 et 2010. 

Le ministère russe des Affaires étrangères, de son côté, avait évoqué un acte «injustifié» concernant la mesure allemande et promis des représailles. «Nous considérons que les déclarations faites par la partie allemande concernant l’expulsion de deux employés de l’ambassade de Russie à Berlin sont hostiles et sans fondement. Une approche politisée de questions relatives à une enquête est inadmissible.

Nous sommes contraints de prendre une série de mesures de rétorsion», avait déclaré la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova. Un Géorgien tué par balle au beau milieu d’un parc à Berlin Le 23 août, en plein jour, dans un parc du centre de la capitale allemande, un Géorgien issu de la minorité tchétchène du pays et identifié comme Tornike K., a été tué de trois balles tirées d’une arme avec silencieux. Des témoins ont évoqué une «exécution».

Tornike K. avait participé à la deuxième guerre de Tchétchénie contre la Russie, avant d’entrer dans une unité anti-terroriste du ministère géorgien de l’Intérieur, tout en gardant des liens avec les milieux islamistes dont il était proche. Il était considéré par Moscou comme terroriste.

Déjà visé par plusieurs tentatives d’assassinat, il avait émigré quelques années avant sa mort en Allemagne. Selon le parquet fédéral allemand, chargé des affaires d’espionnage, le meurtre aurait été commis «soit pour le compte d’entités étatiques de la Fédération de Russie, soit pour le compte de la République autonome tchétchène». Le meurtrier présumé est un Russe, depuis emprisonné à Berlin où il garde le silence.

 Cet homme aurait été détenteur de papiers d’identité au nom de Vadim Sokolov, 49 ans, qui ne figurent pas dans les bases de données russes. Il était entré en Allemagne, en passant par la France, deux jours avant le meurtre.

Lire aussi : Selon Poutine, le Géorgien tué en Allemagne était «un combattant, très cruel et sanguinaire» International

En savoir plus sur RT France : 

https://francais.rt.com/international/68988-reponse-berlin-moscou-va-expulser-deux-diplomates-allemands-russie?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications

Expansion démographique : un facteur aggravant des crises au Sahel ?

Expansion démographique : un facteur aggravant des crises au Sahel ?

Alicia PIVETEAU 10 décembre 2019 ActualitéActualités analyséesAfrique et Moyen-OrientAfrique subsaharienne Leave a comment

Le Sahel est confronté à de nombreuses crises, qu’elles soient d’ordre humanitaire, environnemental ou sécuritaire. Outre les conflits armés, les changements climatiques dramatiques et la forte expansion démographique de la région inquiètent. Selon les Nations Unies, 24% de la croissance démographique mondiale d’ici à 2050 proviendra de dix pays du Sahel.

Démographie des pays du G5 SAHEL
Regroupement d’enfants, Yanfolila, Mali.

Le Sahel, une “bombe démographique”

L’actualité est rythmée par l’annonce d’attaques et des difficultés du G5 Sahel, adossé à l’opération Barkhane, d’annihiler la myriade de groupes djihadistes présente au Sahel. L’occasion se présente ici d’interroger les liens entre dégradation sécuritaire et explosion démographique. Mauritanie, Mali, Tchad, Burkina Faso et Niger connaissaient des fragilités structurelles et sécuritaires préexistantes à l’explosion démographique. Ce phénomène de population est ici à concevoir comme un élément amplificateur qui agit tant sur les racines de la crise que sur ses conséquences.

La population des pays du G5 Sahel passera de 83,7 millions d’habitants en 2019, dont environ 50% de moins de 15 ans, à 196 millions en 2050. Dans la zone des trois frontières, épicentre de la crise, le Niger se démarque particulièrement. Le pays comptabilise 21,48 millions de nigériens en 2019. Il présente la plus forte croissance africaine (3,8% selon la Banque Mondiale) et le taux de fécondité le plus élevé (6,5 enfants par femme selon l’ONU). Cette démographie exponentielle et la jeunesse de la population peuvent constituer un vivier de recrutements à l’avantage des groupes terroristes. En parallèle, les tensions interethniques renforcent la volonté de maintenir et de perdurer le groupe. Cette logique sociale fortement présente tend au ralentissement de la transition démographique[1].

Pour le démographe Michel Garenne, il est urgent de ne plus laisser la question démographique de côté, au risque d’arriver à une “situation insoutenable”. Il met en garde contre les conséquences de la surpopulation : migrations, guerres, famines, épidémies. “Il n’y aura pas assez de place et de ressources pour tout le monde”, précise-t-il.

Des tensions exacerbées par le réchauffement climatique

Le paramètre du réchauffement climatique est également à prendre en compte dans l’équation. Les scientifiques du GIEC l’affirment : le Sahel est l’une des régions les plus vulnérables face au changement climatique. À son climat aride s’ajoute la désertification, la réduction des terres arables, la diminution significative de la pluviométrie ou encore la réduction et l’imprévisibilité de la saison des pluies. En somme, le stress hydrique et alimentaire s’annonce sans précèdent dans la région. L’enjeu est d’autant plus stratégique dans le cadre d’une économie agropastorale où 80 % de la population dépend de ces ressources naturelles pour garantir sa subsistance.

La demande en ressources augmente donc alors que, au même moment, l’offre diminue. En parallèle, les migrations climatiques s’accumulent aux déplacements déclenchés par l’insécurité. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, ces déplacements ont concerné 4,1 millions de personnes au Sahel en 2019. Temporaires ou définitifs, internes ou externes, ils peuvent être un vecteur de tensions.

Longtemps, les dispositifs de planification des naissances ont été impopulaires auprès des populations. De même, les défis liés à la démographie restaient peu abordés par les gouvernements à l’échelle nationale. La mise en valeur des vertus économiques est parfois préférée au bilan alarmiste. Or, les croissances économiques ont été en partie absorbées par l’expansion démographique. Compte-tenu du contexte, les chances de bénéficier du dividende démographique sont faibles[1]. Toutefois, les Etats semblent prendre progressivement des mesures. Le Niger, par exemple, s’est doté d’une Politique nationale de population depuis août 2019. L’importance du facteur démographique ne doit pas être laissé-pour-compte. Il se révèle être un point clé dans la compréhension des enjeux de sécurité et de développement à moyen et long terme dans la région. D’intenses efforts de développement peuvent encore influencer et accélérer la transition démographique.

Notes

[1] Le dividende démographique correspond à la situation suivant la baisse rapide d’une fécondité élevée. La part des personnes en âge de travailler est favorable : il y a peu de personnes âgés et peu d’enfants à charge. C’est une période de forte stimulation économique qui a énormément profité aux émergents asiatiques. Dans le cas présent, la baisse de la fécondité est trop lente et les perspectives d’emplois sont faibles.Share

  • Share
  • Enregistrer

About Alicia PIVETEAU

Alicia Piveteau est étudiante en master 2 Géopolitique et Sécurité Internationale. Passionnée par les liens entre sécurité et environnement elle en a fait son domaine de prédilection. Elle suit également de près la politique étrangère chinoise

.https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/42341-expansion-demographique-danger-pays-g5-sahel

Pourquoi l’éruption volcanique de White Island a surpris tout le monde

Catastrophe naturelle.

Pourquoi l’éruption volcanique de White Island a surpris tout le monde

Publié le 10/12/2019 – 15:48

L’éruption du volcan de l’île de Whakaari, aussi appelée White Island, le 9 décembre 2019. Photo INSTAGRAM @ALLESSANDROKAUFFMANN / via REUTERS
L’éruption du volcan de l’île de Whakaari, aussi appelée White Island, le 9 décembre 2019. Photo INSTAGRAM @ALLESSANDROKAUFFMANN / via REUTERS

L’éruption volcanique de l’île néo-zélandaise de White Island a surpris lundi une cinquantaine de touristes en excursion, faisant au moins six morts. Le volcan était pourtant surveillé très attentivement par les scientifiques.NOS SERVICES

Au moins six morts, 30 personnes blessées et huit disparus. Le bilan de l’éruption volcanique de White Island, au large de la côte est de la Nouvelle-Zélande, est lourd. Destination prisée, l’île – inhabitée – était visitée par une cinquantaine de touristes lundi en début d’après-midi, au moment où le volcan a explosé. Ils n’ont pas eu le temps de réagir. La série de “déflagrations” d’une dizaine de secondes chacune a duré au total deux minutes environ.

D’après le New Zealand Herald il s’agit d’“une des catastrophes les plus mortelles de Nouvelle-Zélande”. Une enquête a même été ouverte, affirme le Guardian. Pourtant, assure National Geographic, une telle éruption n’est pas complètement inattendue :

Pour ce volcan et compte tenu du type d’éruption qu’il implique, ce n’était rien d’extraordinaire : des éruptions similaires ont déjà eu lieu partout dans le monde, même si elles n’adviennent pas quotidiennement. Et elles continueront à arriver, sans prévenir.”

Le volcan était d’ailleurs très surveillé, notamment par des scientifiques de l’agence gouvernementale GeoNet, car il entre régulièrement en éruption.

Des signes invisibles à l’œil nu

Même avec ces efforts de surveillance, la catastrophe de lundi était difficilement prévisible, reprend le magazine américain. L’île de White Island – aussi appelée Whakaari en maori – est en réalité le sommet d’un “volcan sous-marin complexe”, précise National Geographic. Très actif, ses explosions modérées sont fréquentes.

Plusieurs indicateurs peuvent annoncer une éruption sur l’île : des déformations du sol, qui trahissent une pression anormale sous la surface ou des mouvements de la croûte terrestre ; des émissions de gaz plus fortes qu’à l’accoutumée notamment. La plupart de ces signes sont invisibles à l’œil nu et nécessitent des instruments spécifiques pour être repérés.À LIRE AUSSIVidéo. Nouvelle-Zélande : au moins cinq morts après l’éruption du volcan de White Island

En l’occurrence, aucune déformation suspecte n’avait été détectée par les géologues étudiant l’île. Plusieurs rapports avaient néanmoins fait état de “quelques convulsions ressemblant un peu à des geysers, ainsi qu’une légère hausse des émissions de gaz et des bruits sismiques”. Les autorités avaient d’ailleurs relevé le niveau d’alerte volcanique à 2 sur une échelle de 5 en novembre suite à ces observations.

Mais comme le souligne National Geographic“la hausse du niveau d’alerte ne veut pas dire qu’une éruption est inévitable. Et dans de nombreux cas, il n’y en a pas du tout”.

“Probablement le pire scénario”

“Dans ce cas précis, on a joué de malchance” commente le journal, qui cite le volcanologue de l’université d’Auckland Shane Cronin : “c’était probablement le pire scénario possible”. Un épisode volcanique similaire s’était déjà produit en 2016 sur White Island, pendant la nuit. L’île étant déserte il n’y avait pas eu de victime.

Quel que soit l’endroit cependant, “personne n’a jamais été en mesure de prévoir ce type d’événement” assure au magazine Geoff Kilgour, un chercheur qui travaille pour la société de consultants scientifiques GNS Science. “L’incertitude est une chose que les touristes ont du mal à admettre, continue-t-il. Or, rien n’est plus incertain qu’une éruption volcanique, surtout celles de ce type, rapides et pour l’essentiel imprévisibles.”SOURCE

NATIONAL GEOGRAPHICWashingtonwww.nationalgeographic.com/

Créé en 1888 par la National Geographic Society, le magazine poursuit le même but qu’elle : le développement et la diffusion de la connaissance géographique dans le monde. L’importance donnée à l’illustration en a fait une

[…]Lire la suiteSÉLECTION DE LA RÉDACTION

Climat. Des éruptions volcaniques auraient favorisé l’union Écosse-Grande-Bretagne

Histoire. Il y a 1500 ans, les Mayas victimes d’une gigantesque éruption volcanique

Italie. Stromboli : île de feu

Science. Dans les Alpes, des carottes de glace pour lire l’histoire du monde

https://www.courrierinternational.com/article/catastrophe-naturelle-pourquoi-leruption-volcanique-de-white-island-surpris-tout-le-monde?utm_source=batch-notif&utm_medium=push-notification&utm_campaign=batch-notif

Sommet au «format Normandie» : les quatre dirigeants s'engagent à stabiliser l'est ukrainien 9 déc. 2019

Sommet au «format Normandie» : les quatre dirigeants s’engagent à stabiliser l’est ukrainien 9 déc. 2019, 23:53 © REUTERS/Charles Platiau/Pool Les quatre dirigeants du sommet au format Normandie, le soir du 9 décembre à Paris.

Les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de la Russie et de l’Ukraine ont convenu ce 10 décembre, de mettre en œuvre des mesures de soutien au cessez-le-feu pour l’est de l’Ukraine, afin de «stabiliser» la région d’ici la fin de l’année. A l’issue du sommet au «Format Normandie» qui s’est tenu ce 9 décembre à Paris, les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de la Russie et de l’Ukraine ont convenu, via un communiqué, des mesures pour stabiliser la situation dans la zone de conflit dans l’est de l’Ukraine.

Dans le détail, il s’agit de «mesures de soutien au cessez-le-feu» pour l’est de l’Ukraine afin de «stabiliser» la région d’ici la fin de l’année. Le retrait de forces dans trois zones disputées devrait être opéré d’ici fin mars 2020.  «Nous avons avancé sur le désengagement, les échanges de prisonniers, le cessez-le-feu et l’évolution politique» et «nous avons demandé pour les quatre mois à venir à nos ministres de travailler […] en vue d’organiser des élections locales, avec l’objectif d’un nouveau sommet dans quatre mois», a précisé le président français, Emmanuel Macron, lors de la conférence de presse avec les trois autres dirigeants qui concluait le sommet parisien.

Un «pas important» pour Vladimir Poutine Ce sommet au format Normandie constitue un «pas important» vers une désescalade, s’est félicité le chef d’Etat russe Vladimir Poutine, affirmant que des bases avaient été posées pour «croire en un processus de paix qui va dans la bonne direction». Le président russe a insisté à de nombreuses reprises sur le fait que l’Ukraine devait modifier sa Constitution afin d’accorder un statut spécial pour le Donbass, conformément aux accords de Minsk.

Interrogé par la presse sur une possible souplesse sur les accords de Minsk, le chef d’Etat russe a fait valoir qu’il convenait de ne pas toucher aux engagements déjà adoptés par les parties du format Normandie. C’est d’ailleurs l’un des points de divergence bien palpable lors de ce sommet. Sous pression de l’opinion publique dans son pays, le président Volodymyr Zelensky a déclaré que l’Ukraine n’accepterait pas une «fédéralisation» et ne permettra à personne d’«influer son vecteur de développement».  Ne pas oublier «les gens ordinaires» «Nous devons nous assurer qu’il n’y a pas de queues interminables, que les milliers de gens ordinaires qui vivent dans cette zone puissent passer aisément», a également déclaré Vladimir Poutine, à propos de la ligne de contact entre les territoires sous contrôle des rebelles est-ukrainiens et le reste de l’Ukraine. «N’oublions pas les gens ordinaires qui y vivent. Tous nos accords doivent améliorer leurs vies, non pas dans le futur, mais maintenant.»

En outre, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé un important échange de prisonniers avec les rebelles de l’Est ukrainien en décembre. Il a également fait savoir son accord sur un élargissement du mandat de l’OSCE dans le processus de règlement du conflit et lui a accordé un accès total à la zone de conflit. Le chef d’Etat ukrainien a pour autant jugé les avancées issues de ce sommet trop limitées : «Beaucoup de questions ont été abordées, mes homologues ont dit que c’est un très bon résultat pour une première rencontre. Pour moi, je le dis honnêtement, c’est très peu : je voudrais résoudre un plus grand nombre de problèmes», a-t-il déclaré. Un nouveau sommet dans quatre mois

Enfin, la chancelière allemande Angela Merkel et Emmanuel Macron ont annoncé qu’un autre sommet devrait se tenir dans quatre mois entre les représentants des quatre pays.

Le chef d’Etat français a d’ailleurs rappelé, lors de la conférence de presse, que le «format Normandie» constituait le seul format diplomatique permettant de mettre en œuvre les accords de paix de Minsk. Le «format Normandie» a été conçu en 2014 pour tenter d’arrêter le conflit dans l’est de l’Ukraine. Les combats entre les autorités ukrainiennes et deux républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk ont ​​éclaté après un coup d’Etat à Kiev, qui a renversé le président Victor Ianoukovitch. Les pourparlers ont finalement abouti à un plan de paix, connu sous le nom d’«accords de Minsk», début 2015. Lire aussi : «Format Normandie» à Paris : un sommet pour tenter de mettre fin au conflit ukrainien  International

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/international/68821-sommet-format-normandie-dirigeants-engagent-stabiliser-est-ukraine?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications

Crise de nerfs au Pentagone

Crise de nerfs au Pentagone

7 Décembre 2019

Désolé pour le rythme de ces derniers temps, chers amis, mais je mets la dernière touche à mon livre qui sort le mois prochain et suis par conséquent très pris. Un rapide passage néanmoins pour narrer une petite histoire qui fait baver de rage le Deep State et ses officines.

Voice of America, organe néo-impérial bien comme il faut, en est tout retourné : près de la moitié du personnel militaire américain considère la Russie comme… un allié. Brzezinski et McCain doivent faire un triple axel dans leur tombe.

Les chiffres, tirés du très sérieux Reagan National Defense Survey réalisé au mois d’octobre, ont envoyé des ondes de choc du côté du Pentagone, dont les divers portes-parole montent au créneau. Si 46% de l’armée US a une bonne opinion de la Russie, c’est la faute à la désinformation du Kremlin qui « sème le doute et la confusion ». Bon sang mais c’est bien sûr ! Ces perfides Russkofs sont capables de tout…

La suite de l’article est un ramassis d’explications aussi alambiquées que pathétiques qui ont au moins un avantage : faire rire.

Tag(s) : #Etats-Unis

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/12/crise-de-nerfs-au-pentagone.html

Dopage : l'AMA exclut la Russie des Jeux olympiques pour quatre ans

Dopage : l’AMA exclut la Russie des Jeux olympiques pour quatre ans 9 déc. 2019, 11:20 Auteur: RT France Le porte-parole de l’agence mondiale antidopage a annoncé que la Russie était exclue durant quatre ans des Jeux olympiques, sur base d’accusations de «dopage d’Etat» que Moscou dément fermement.

Les autorités russes ont 21 jours pour faire appel. Mise à jour automatique Lundi 9 décembre 15h00 CET Jonathan Taylor, président du Comité indépendant de révision de la conformité (CRC) de l’AMA, a évoqué le cas de la Coupe du monde de football 2022 lors de la conférence de presse de l’agence. «Si [la Russie] se qualifie, aucune équipe représentant la Russie ne pourra pas participer [à la Coupe du monde]. Mais si un mécanisme est mis en place, alors [les joueurs] pourront demander à participer sur une base neutre, pas en tant que représentants de la Russie», a-t-il expliqué, cité par Reuters.  Il a ajouté que cette décision revenait à la fédération organisatrice de la Coupe du monde : «Ce sera à la FIFA d’implémenter [un tel mécanisme], mais ils devront le faire en conjonction avec l’AMA. Mais il n’y aura ni drapeau, ni hymne.»

La FIFA n’a pas encore réagi sur ce point. Elle a néanmoins confirmé que la participation de la Russie à l’Euro 2020 n’était pas remise en question puisque les sanctions de l’AMA ne concernent que les compétitions à l’échelle mondiale. 14h21 CET Les sanctions de l’AMA témoignent d’une «hystérie antirusse» selon Dmitri Medvedev, Premier ministre russe. «Toutes ces décisions se répètent contre des sportifs qui ont déjà été punis […] ce qui fait penser à la poursuite d’une hystérie antirusse devenue chronique», a déclaré Dmitri Medvedev, cité par les agences russes, souhaitant que les instances sportives compétentes fassent appel de la décision de l’AMA. 14h15 CET Dans sa décision, l’AMA n’a pas précisé quelles compétitions précisément étaient visées. Toutefois, si les sanctions s’appliquent bien aux compétitions mondiales, la Russie devrait être bannie de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar. La FIFA n’accepte en effet pas le concours d’équipes sous bannière neutre. Néanmoins, l’organisation cherche à clarifier la situation. Contacté par RT France, un membre du service de presse de la FIFA a commenté : «La FIFA a pris note de la décision prise aujourd’hui par le Comité exécutif de l’AMA. La FIFA est en contact avec l’AMA et l’ASOIF (Association des fédérations internationales des sports olympiques d’été) pour clarifier la portée de cette décision en ce qui concerne le football.» Le 9 décembre, l’agence mondiale antidopage (AMA) a annoncé que la Russie était écartée pendant quatre ans, des événements sportifs planétaires. Réuni à Lausanne, le Comité exécutif de l’AMA a ainsi approuvé la recommandation émise le 25 novembre par le comité de révision de la conformité (CRC). Le CRC accuse la Russie de falsification des données de laboratoire transmises aux enquêteurs de l’Agence. De son côté, Moscou a toujours fermement démenti toute accusation de «dopage d’Etat».  Dans un premier temps, la première vice-présidente de la commission des Affaires étrangères de la Douma d’Etat, Svetlana Jourova a affirmé que la Russie ferait appel de la décision de l’AMA auprès du Tribunal arbitral du sport basé à Lausanne. Mais le patron de l’agence antidopage Rusada, Iouri Ganous, a par la suite affirmé à l’AFP que le conseil de surveillance de l’agence russe antidopage (Rusada) déciderait, lors d’une réunion le 19 décembre, de faire ou non appel. «Il n’y a aucune chance de gagner devant un tribunal», a-t-il ajouté. Il a en outre qualifié la décision de l’AMA de «tragédie» pour les sportifs propres.

Le vice-président de la Douma, Igor Lebedev, a de son côté déclaré que la décision de l’AMA sur l’agence russe antidopage (Rusada) était un coup dur pour le sport russe et qu’une réaction énergique de la part des autorités russes s’imposait. Le sénateur, Andreï Klimov, a de son côté appelé à «s’occuper» des fonctionnaires qui étaient responsables de la politique antidopage et qui ont permis à l’AMA d’utiliser leur erreur comme prétexte pour mener la campagne contre la Russie.

La Russie dans le viseur Conséquence de la décision de l’AMA : aucun Russe ne sera autorisé sur les théâtres des compétitions sportives mondiales durant cette période sous ses couleurs nationales et la Russie ne pourra plus candidater à l’attribution d’événements sportifs internationaux, jeux olympiques compris, durant cette période. La décision de l’AMA peut être contestée dans un délai de 21 jours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), par l’agence nationale antidopage Rusada, ou par le Comité olympique russe (ROC) ou toute fédération internationale qui serait concernée. Lire aussi Un comité de l’Agence mondiale antidopage recommande la suspension de quatre ans de la Russie Concrètement, la Russie ne pourra pas participer aux prochains Jeux olympiques (JO) d’été et d’hiver, aux JO de la jeunesse et aux Jeux paralympiques. Les championnats d’Europe, y compris l’Euro 2020 et la finale de la Ligue des champions qui doit avoir lieu à Saint-Pétersbourg, ne sont a priori pas concernés par la décision de l’AMA. Plusieurs compétitions sont toutefois sous la menace, mais des décisions devront être prises par diverses instances.

Ainsi, par exemple, la participation de la Russie à la Coupe du monde de football doit fait l’objet d’une décision individuelle de la FIFA. En outre, les sportifs russes ne pourront participer aux compétitions sportives planétaires sanctionnées par la décision de l’AMA que lorsqu’ils seraient «en mesure de démontrer qu’ils ne sont impliqués en aucune manière» dans l’affaire incriminée. Mais dans ce cas de figure, ils ne seraient néanmoins pas autorisés à concourir sous leurs couleurs nationales.  Mise en cause en raison de scandales liés à de présumés cas de dopage institutionnel, la Russie avait déjà été exclue de plusieurs compétitions internationales comme lors des derniers JO d’hiver, en 2018, à Pyeongchang, en Corée du Sud, durant lesquels seulement quelques athlètes russes avaient pu participer aux épreuves, sous pavillon olympique. 

Lire aussi : Le président de RUSADA confirme des manipulations des données du laboratoire antidopage en Russie International Raconter l’actualité

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/international/68786-dopage-ama-exclut-russie-jeux-olympiques-pendant-quatre-ans?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications

La France manipulée

« SOUS NOS YEUX » (9/25)

La France manipulée

par Thierry Meyssan

Nous poursuivons la publication du livre de Thierry Meyssan, Sous nos yeux. Dans cet épisode, l’auteur montre que la France post-coloniale a été recrutée par le Royaume-Uni et les États-Unis pour se joindre aux guerres contre la Libye et la Syrie, sans que ces deux puissances l’informent sur leur projet de « printemps arabe ». Accaparés par les détournements de fonds auxquels ils se livraient, les dirigeants français n’ont rien vu venir. Lorsqu’ils ont réalisé être tenus à l’écart de la planification, leur réaction a été purement communicationnelle : ils ont tenté d’apparaître comme les amiraux de l’opération, sans se préoccuper des conséquences des agissements de leurs partenaires.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 6 DÉCEMBRE 2019 TÜRKÇEITALIANO

+

Cet article est extrait du livre Sous nos yeux.
Voir la Table des matières.

JPEG - 33.1 ko

Le Royaume-Uni a manipulé la France en l’entraînant dans ses aventures au Moyen-Orient élargi sans lui révéler l’opération qu’elle y préparait avec les États-Unis depuis 2005.

18— La préparation des invasions
de la Libye et de la Syrie

Avant même sa confirmation par le Sénat, la future secrétaire d’État Hillary Clinton contacte Londres et Paris pour mener une double opération militaire au «  Moyen-Orient élargi  ». Après le fiasco irakien, Washington considère comme impossible d’utiliser ses propres troupes pour ce genre d’aventure. D’un point de vue états-unien, le moment est venu de remodeler la région, c’est-à-dire de redessiner les États dont les frontières avaient été fixées en 1916 par les empires anglais, français et russe (la «  Triple entente  ») et d’imposer des lignes favorables aux intérêts US. Cet accord est connu sous le nom des délégués britannique et français Sykes et Picot (le nom de l’ambassadeur Sazonov a été oublié du fait de la révolution russe). Mais comment convaincre Londres et Paris de ruiner leur héritage, sinon en leur promettant de les laisser recoloniser la région  ? D’où la théorie du «  leadership par l’arrière  ». Cette stratégie est confirmée par l’ancien ministre mitterrandien des Affaires étrangères, Roland Dumas, qui attestera à la télévision avoir été contacté par des Britanniques et des États-uniens, en 2009, pour savoir si l’opposition française soutiendrait un nouveau projet colonial.

JPEG - 60.9 ko

À l’instigation des États-Unis, la France et le Royaume-Uni signent les accords de Lancaster House. Une clause secrète prévoit de conquérir la Libye et la Syrie. L’opinion publique ignore cependant l’accord entre Londres et Washington sur les futurs « printemps arabes ».

En novembre 2010, c’est-à-dire avant le début du prétendu «  Printemps arabe  », David Cameron et Nicolas Sarkozy signent à Londres les Traités de Lancaster House [1]. Il s’agit officiellement de mettre en commun des éléments de Défense, y compris nucléaires, de manière à réaliser des économies d’échelle. Bien que ce soit une idée stupide au regard de la différence d’intérêts des deux pays, l’opinion publique ne comprend pas ce qui se trame. L’un des Traités unit les «  forces de projection  » (comprendre les forces coloniales) des deux nations.

JPEG - 37.1 ko

Opération « Southern Mistral » : l’étrange logo du Commandement des opérations aériennes. Le rétiaire ne protège pas l’oiseau de la liberté, mais le fait prisonnier dans son filet.

Une annexe de ces Traités indique que la Force expéditionnaire franco-britannique réalisera les plus importantes manœuvres militaires conjointes de l’histoire des deux pays du 15 au 25 mars 2011, sous le nom de «  Southern Mistral  ». Le site Internet de la Défense précise que le scénario du jeu de guerre sera un bombardement à très grande distance pour venir en aide aux populations menacées par «  deux dictateurs de la Méditerranée  ».

C’est précisément le 21 mars que l’US AfriCom et l’US CentCom – les commandements régionaux des Forces états-uniennes – ont choisi comme date pour que la France et le Royaume-Uni attaquent à la fois la Libye et la Syrie [2]. Cela tombe bien, les Forces franco-britanniques sont prêtes. Comme les choses ne se passent jamais comme prévu, la guerre contre la Syrie est remise à un peu plus tard, et Nicolas Sarkozy qui veut frapper en premier ordonne à son armée d’attaquer seule la Libye dès le 19 mars, lors de l’opération «  Harmattan  » (traduction française de Southern Mistral).

JPEG - 11.4 ko

L’ex compagnon de Kadhafi, Nouri Massoud El-Mesmari, a fait défection le 21 octobre 2010. Il s’est placé sous protection des services secrets français prétendant connaître les secrets du Guide.

La France croit disposer d’un atout maître  : le chef du protocole libyen, Nouri Massoud El-Mesmari, a fait défection et a demandé asile à Paris. Sarkozy est persuadé que l’homme était le confident du colonel Kadhafi et peut l’aider à identifier ceux qui sont prêts à le trahir. Malheureusement, ce beau parleur tenait l’agenda du Guide, mais n’assistait pas aux réunions [3].

Quelques jours après la signature des Traités de Lancaster House, une délégation commerciale française se rend à la Foire de Benghazi avec des fonctionnaires du ministère de l’Agriculture, des dirigeants de France Export Céréales et de France Agrimer, des managers de Soufflet, de Louis Dreyfus, de Glencore, de Cani Céréales, de Cargill et de Conagra. Sur place, les agents de la DGSE qui les accompagnent rencontrent secrètement des militaires pour préparer un coup d’État.

Prévenu par les États-Unis, Tripoli arrête les traîtres, le 22 janvier 2011. Les Libyens s’imaginent protégés par leur nouvelle alliance avec Washington, alors qu’il se prépare à leur apporter la mort. Les Français, quant à eux, doivent retourner dans l’ombre du Grand frère US.

Pendant que les Français s’occupent de préparer l’invasion de la Libye, les États-uniens lancent leur opération avec les Britanniques. Elle est beaucoup plus vaste que ce qu’ils en ont dit à leur agent Sarkozy. Il ne s’agit pas simplement de renverser Mouammar el-Kadhafi et Bachar el-Assad, comme ils le lui ont fait croire, mais tous les gouvernements laïcs et de les remplacer par les Frères musulmans. Ils commencent donc avec les États amis (Tunisie et Égypte), laissant les Britanniques et les Français s’occuper des ennemis (Libye et Syrie).

Le premier coup part en Tunisie. En réponse à la tentative de suicide d’un marchand de rue, Mohamed el-Bouzazi, le 17 décembre 2010, des manifestations se succèdent contre les abus de la police, puis contre le gouvernement. La France qui croit à leur spontanéité se propose pour équiper la police tunisienne en matériel anti-émeute.

JPEG - 40.4 ko

Nicolas Sarkozy et Michèle Alliot-Marie, ignorant le projet anglo-saxon des « printemps arabes », négocient avec la famille du président Ben Ali la vente d’un avion officiel qu’ils ont détourné, pendant que la « révolution de jasmin » débute en Tunisie.

Nicolas Sarkozy et sa ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, ont toute confiance en Ben Ali avec qui ils font des «  affaires  » personnelles. Après s’être fait construire et équiper un Airbus A330 comme super avion présidentiel, ils ont revendu les deux anciens aéronefs destinés aux voyages officiels. L’un des A319 CJ a été discrètement retiré des inventaires et cédé à la société tunisienne Karthago Airlines, propriété d’Aziz Miled et de Belhassen Trabelsi (frère de Mme Ben Ali) [4]. Nul ne sait quel est l’heureux bénéficiaire de cette transaction. Après la fuite du Président Ben Ali, l’avion sera récupéré et vendu à une société de jeux à Singapour, puis à la Turquie.

Tout occupés à protéger leur receleur, Nicolas Sarkozy et Michèle Alliot-Marie tombent des nues lorsque le Président Ben Ali demande à atterrir à Paris et à s’y réfugier. L’Élysée a juste le temps d’annuler l’envoi d’un avion-cargo transportant le matériel de maintien de l’ordre promis qui patiente sur le tarmac en raison de lenteurs dans les formalités de dédouanement et de renvoyer l’appareil du Président déchu hors de son espace aérien.

Pendant ce temps, en Égypte, l’ingénieur informatique Ahmed Maher et la bloggeuse islamiste Israa Abdel Fattah appellent à manifester contre le Président Hosni Moubarak, le 25 janvier 2011, «  jour de colère  ».

Immédiatement soutenus par la télévision qatarie Al-Jazeera et par les Frères musulmans, ils lancent un mouvement qui, avec l’aide des «  ONG  » de la CIA, déstabilise le régime. Les manifestations se succèdent chaque vendredi à la sortie des mosquées à partir du 28 janvier, encadrées par les Serbes que Gene Sharp, le faiseur de «  révolutions colorées  », a formés. En définitive Nicolas Sarkozy apprend le 11 février par un coup de téléphone de son beau-père, l’ambassadeur US Frank Wisner Jr que, sur instruction de la Maison-Blanche, il a convaincu le général Moubarak de se retirer.

JPEG - 35.8 ko

Venu participer au Caire à la réunion de lancement des printemps arabes en Libye et en Syrie par la CIA, le lobbyiste Bernard-Henri Lévy (dit « BHL ») prend la pose sur la place Tahrir.

La CIA organise alors une réunion secrète au Caire à laquelle le Président Sarkozy envoie une délégation incluant le lobbyiste Bernard-Henri Lévy, un ancien amant de Carla Bruni et de Ségolène Royal. Le Frère musulman Mahmoud Jibril, qui est le n°2 du gouvernement libyen en entrant dans la pièce, devient le leader de «  l’opposition au tyran  » en sortant. Parmi les Syriens présents, se trouvent notamment Malik Al-Abdeh (un ancien de la BBC qui créa BaradaTV avec l’argent de la CIA et du département d’État) et Ammar Qurabi (membre d’une kyrielle d’associations de défense des Droits de l’Homme et créateur d’OrientTV) [5].

Les guerres contre la Libye et contre la Syrie viennent de commencer.

JPEG - 30.7 ko

Apparaissant sur la place verte, le 25 février 2011, Mouammar Kadhafi dénonce une attaque de son pays par les terroristes d’Al-Qaïda. Lyrique, il proclame fièrement qu’il se battra jusqu’au bout contre eux avec son peuple, quitte à faire couler des « rivières de sang » et à se sacrifier lui-même. Il annonce une distribution d’armes aux citoyens pour défendre la patrie en danger. La propagande atlantiste va l’accuser de vouloir faire couler le sang de son peuple.

19— Le début de la guerre contre la Libye

La presse occidentale assure que la police libyenne a dispersé une manifestation à Benghazi, le 16 février 2011, en tirant sur la foule. Depuis, le pays se soulève, poursuit-elle, et les autorités tirent sur tout ce qui bouge. Pressentant le possible retour de l’esclavage, 200 000 travailleurs immigrés tentent de fuir le pays et les télévisions les montrent attendant aux postes frontières. Mouammar Kadhafi apparaît trois fois à l’écran. Il dénonce une opération mise en œuvre par Al-Qaïda et déclare être prêt à mourir en martyr. Puis, il annonce la distribution d’armes à la population pour faire couler des «  rivières de sang  », exterminer ces «  rats  » et protéger le pays. Sorties de leur contexte, les phrases du Guide sont diffusées par les chaînes occidentales qui les interprètent comme annonçant non pas la lutte contre le terrorisme, mais la répression d’une hypothétique révolution.

JPEG - 89.2 ko

Pris de panique, les ouvriers noirs de l’Est de la Libye tentent de fuir avant que la Jamahiriya soit renversée. Ils sont persuadés que si les Occidentaux rétablissent l’Ancien régime, ils seront réduits en esclavage. Selon l’Onu ils sont des dizaines de milliers à se précipiter aux frontières.

À Genève, le 25 février, le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU écoute avec effroi les témoignages de la Ligue libyenne des Droits de l’Homme. Le dictateur est devenu fou et «  massacre son propre peuple  ». L’ambassadeur du Pakistan dénonce l’abus de la force. Soudain, la délégation officielle libyenne entre dans la salle, valide les témoignages entendus et se déclare solidaire de ses concitoyens face au dictateur. Une résolution est adoptée et transmise au Conseil de sécurité [6]. Celui-ci adopte immédiatement la Résolution 1970 [7] – sous le chapitre VII de la Charte qui autorise l’emploi de la force – étrangement prête depuis plusieurs jours. Il saisit la Cour pénale internationale et place la Libye sous embargo. Cette dernière mesure est immédiatement reprise et élargie par l’Union européenne. Allant plus loin que les autres Occidentaux, le Président Sarkozy déclare  : «  Kadhafi doit partir  !  »

JPEG - 46.3 ko

L’ancien ministre de la Justice, Moustafa Abdel Jalil (ici avec BHL) , qui avait fait torturer les infirmières bulgares, devient chef du Gouvernement provisoire.

Le 27 février, les insurgés de Benghazi fondent le Conseil national libyen de transition (CNLT), tandis que quittant Tripoli le ministre de la Justice, Moustafa Abdel Jalil, crée un Gouvernement provisoire. Ces deux instances, contrôlées par les Frères musulmans, fusionnent donnant l’impression d’une unité nationale. Immédiatement, des drapeaux de l’ancien roi Idriss fleurissent à Benghazi [8]. Depuis Londres, son fils, S.A. Mohamed Senussi, se déclare prêt à régner.

Abdel Jalil ne parvenant pas à convaincre tous les membres du CNLT de faire appel aux Occidentaux, il fait nommer un Comité de crise disposant des pleins pouvoirs et présidé par l’ancien numéro 2 du gouvernement de Kadhafi, Mahmoud Jibril, de retour du Caire.

À Paris, on admire la manière dont Washington gère les événements. Pourtant, contredisant les informations en provenance de Benghazi et des Nations Unies, les diplomates et les journalistes présents à Tripoli assurent ne rien voir qui évoque une révolution. Mais peu importe la vérité, pourvu que les apparences soient favorables. Ainsi, le «  philosophe  » Bernard-Henri Lévy persuade les Français de la justesse de la cause en assurant avoir convaincu lui-même le Président de la République de s’engager pour la liberté après avoir rencontré des «  révolutionnaires  » libyens.

L’armée française vient chercher Mahmoud Jibril et l’amène à Strasbourg où il plaide pour une intervention «  humanitaire  » occidentale devant le Parlement européen. Le 10 mars, Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron écrivent au Président de l’Union européenne pour lui demander de reconnaître le CNLT à la place du «  régime  » et pour instaurer une zone d’exclusion aérienne [9]. Parfaitement coordonnés, le député écologiste français Daniel Cohn-Bendit (l’agent d’influence de Mai 68) et le libéral belge Guy Verhofstadt font adopter le même jour par le Parlement européen une résolution dénonçant le «  régime  » de Kadhafi et appelant à prendre le contrôle de l’espace aérien libyen pour protéger la population civile de la répression du dictateur [10]. Le même jour encore, le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, annonce travailler sur les moyens techniques nécessaires pour mettre en œuvre cette exclusion aérienne.

Le 12 mars, la Ligue arabe vote en faveur de la zone d’exclusion aérienne malgré l’opposition de l’Algérie et de la Syrie.

Seules fausses notes dans ce concert d’unanimité  : la Bulgarie, qui se souvenant qu’Abdel Jalil a couvert les tortures des infirmières bulgares et du médecin palestinien, refuse de reconnaître le CNTL. De son côté, l’Union africaine s’oppose vivement à toute intervention militaire étrangère.

JPEG - 17.8 ko

Le Livre vert de Mouammar Kadhafi

La Jamahiriya arabe libyenne est organisée selon les principes du Livre vert de Mouammar Kadhafi. Celui-ci est un admirateur des socialistes libertaires français du XIXe siècle, Charles Fourier et Pierre-Joseph Proudhon. Il a donc imaginé un État minimal qui s’avère incapable de défendre son peuple face aux armées impérialistes. En outre, il a donné à l’État la mission de répondre aux aspirations des Bédouins  : gratuité d’un moyen de locomotion, d’une habitation et de l’eau. Chacun dispose donc de sa voiture, les transports collectifs étant de facto réservés aux immigrés. À son mariage, chacun reçoit un appartement, mais il faut parfois attendre trois ans que la maison soit construite pour pouvoir se marier. De gigantesques travaux ont été réalisés pour puiser l’eau dans des nappes phréatiques millénaires, très profondément sous le désert. Le pays est devenu prospère. Son niveau de vie est le plus élevé de tout le continent africain. Mais peu de choses ont été faites en matière d’éducation. Bien que les universités soient gratuites, la plupart des jeunes arrêtent précocement leurs études. Mouammar Kadhafi a sous-estimé le poids des traditions tribales. Trois millions de Libyens coulent des jours paisibles, tandis que deux millions d’immigrés africains et asiatiques les servent.

Le 19 mars, 18 États (Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Émirats arabes unis, Espagne, États-Unis, France, Grèce, Italie, Irak, Jordanie, Maroc, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Qatar et Royaume-Uni) et 3 organisations internationales (Ligue arabe, Union européenne et ONU) se réunissent à Paris pour annoncer l’imminence de leur intervention militaire [11]. Quelques heures plus tard, la France double ses partenaires et attaque en premier.

Les choses tardent par contre à se concrétiser en Syrie. Les appels à manifester des 4, 11, 18 et 25 février et ceux des 4 et 11 mars à Damas ne donnent rien. Au contraire, c’est au Yémen et au Bahreïn que le Peuple descend dans la rue, sans y être invité.

Au Yémen, les Frères musulmans – dont la jeune Tawakkol Karman, qui recevra le Prix Nobel de la paix – lancent une «  révolution  ». Mais, comme la Libye, ce pays est organisé de manière tribale de sorte qu’il n’est pas possible d’avoir une lecture exclusivement politique des événements.

JPEG - 18.5 ko

Nicolas Sarkozy donne instruction à Alain Bauer pour contrer la révolution au Bahreïn.

À la requête du souverain bahreïni, l’armée saoudienne vient «  rétablir l’ordre  » dans le minuscule royaume qui abrite la Ve Flotte états-unienne. Le Royaume-Uni envoie le tortionnaire Ian Anderson, qui avait fait merveille en dirigeant la répression à l’époque coloniale (c’est-à-dire avant 1971). Tandis que, pour réorganiser la police, la France envoie Alain Bauer, conseiller en sécurité du Président Sarkozy et à la fois ancien responsable de la NSA états-unienne pour l’Europe et ancien grand-maître du Grand Orient de France [12].

Le désordre se propage par contagion, reste à faire croire qu’il est initié par les peuples et qu’il vise à établir des démocraties.

(À suivre …)Thierry Meyssan

<img src="https://www.voltairenet.org/rien.gif" alt="
Facebook
Twitter
Delicious
Seenthis
Digg
RSS

Ce livre est disponible en français en version papier.

[1] « Déclaration franco-britannique sur la coopération de défense et de sécurité », Réseau Voltaire, 2 novembre 2010.

[2] « Washington regarde se lever « l’aube de l’odyssée » africaine », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 19 mars 2011.

[3] “Sarkozy manovra la rivolta libica”, di Franco Bechis, Libero, 23 marzo 2011. Version française : « La France préparait depuis novembre le renversement de Kadhafi », par Franco Bechis, Traduction Marie-Ange Patrizio, Réseau Voltaire, 24 mars 2011.

[4] « Un avion présidentiel dans la 4e dimension », par Patrimoine du Peuple, Comité Valmy , Réseau Voltaire, 6 mars 2011.

[5] Rapport des services de Renseignement extérieurs libyens.

[6] « Résolution du Conseil des droits de l’homme sur la situation en Libye », Réseau Voltaire, 25 février 2011.

[7] « Résolution 1970 et débats sur la Libye », Réseau Voltaire, 26 février 2011.

[8] « Quand flottent sur les places libyennes les drapeaux du roi Idris », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Réseau Voltaire, 1er mars 2011.

[9] « Lettre conjointe de Nicolas Sarkozy et David Cameron à Herman Van Rompuy sur la Libye », par David Cameron, Nicolas Sarkozy, Réseau Voltaire, 10 mars 2011.

[10] « Résolution du Parlement européen sur le voisinage sud, en particulier la Libye », Réseau Voltaire, 10 mars 2011.

[11] « Déclaration du Sommet de Paris pour le soutien au peuple libyen », Réseau Voltaire, 19 mars 2011.

[12] « La France impliquée dans la répression des insurrections arabes », Réseau Voltaire, 3 mars 2011.

https://www.voltairenet.org/article206775.html

Revue de presse nationale et internationale.

%d blogueurs aiment cette page :