Afrin paye le prix de la lutte entre les USA et la Russie

22 février, 2018
Note d’analyse

Elijah J. Magnier

Afrin paye le prix de la lutte entre les USA et la Russie

L’armée syrienne prendra-t-elle finalement le contrôle de la ville syrienne kurde d’Afrin ? Des centaines de membres des forces populaires syriennes (la brigade al-Baker), la plupart provenant des villes chiites avoisinantes de Nub’ul et Zahra, sont entrés dans l’enclave d’Afrin pour soutenir les Kurdes et s’opposer aux forces turques et à leurs alliés. En acceptant d’envoyer des forces armées soutenir les Kurdes, Damas a rompu le « rameau d’olivier » ( nom de code donné à l’opération turque à Afrin) et a décidé de s’en prendre aux forces d’Ankara et à ses mandataires. Une première échauffourée s’est d’ailleurs produite quelques minutes après l’arrivée des forces syriennes à Afrin, mais celles-ci, qui avaient reçu clairement l’ordre de riposter aux tirs, ont lancé leurs premiers obus contre les forces turques marquant ainsi la première confrontation directe de l’année entre la Syrie et la Turquie.

Les combattants des villes de Nub’ul et de Zahra entrent dans Afrin pour soutenir les Kurdes contre les forces turques et leurs alliés

 

Damas s’est abstenu d’envoyer son armée régulière, une décision qui continue de mûrir et qui demande plus de temps et une coordination à tous les niveaux avec la Russie et la Turquie. Cependant, le Président syrien, Bachar al-Assad, défie clairement son homologue turc, le Président Erdogan, en tâtant le terrain et en transmettant un message déterminé à la Turquie afin de lui signifier que la Syrie n’abandonnera pas son territoire. C’est aussi un message positif adressé aux Kurdes et leur dire que seul le gouvernement central peut les protéger, avec le soutien de la superpuissance russe.

Des nouvelles contradictoires sont sporadiquement publiées à propos de l’élaboration d’un accord pour le canton d’Afrin, qui demeure sous les attaques continuelles de l’armée turque et de ses mandataires syriens. Cela révèle la nature de la lutte que se livrent les USA et la Russie en Syrie. En effet, les Kurdes sont les plus grands perdants en payant le prix de leur alliance avec les forces des USA dans les provinces d’Hassaké et de Deir Ezzor. Le consentement des Kurdes à devenir un bouclier américain et à se détacher du gouvernement de Damas pèse très lourd sur leur bien-être en Syrie.

La situation précaire que pose la bataille d’Afrin est due à l’accord conclu entre les Russes et les Américains il y a plus d’un an. Cet accord consistait à se répartir les zones opérationnelles de combat contre le groupe armé « État islamique » (Daech) en Syrie, afin d’éviter toute collision dans le ciel syrien. Moscou croyait que Washington aurait donné suite aux promesses du candidat, Donald Trump, qui avait durement critiqué Hillary Clinton en déclarant que son plan en Syrie mènerait à la « Troisième Guerre mondiale ». Pendant la campagne présidentielle, Trump avait dit  » qu’il foutrait le camp de la Syrie « , qu’il n’était pas disposé à se frotter à la Russie et que sa seule préoccupation était la défaite de Daech. Vladimir Poutine ne s’attendait pas à ce que Trump profère au moins 1 628 mensonges au cours de sa première année à la Maison-Blanche.

Le mal est fait : la Russie a accepté de livrer le territoire à l’est de l’Euphrate aux Américains pendant la guerre contre Daech. La plus grande surprise est arrivée lorsque les USA ont déclaré leur intention de rester en Syrie même après la défaite de Daech, en interdisant à toute force armée, qu’elle soit Russe ou Syrienne, d’entrer dans sa zone d’influence à l’est de l’Euphrate.

Les forces américaines ont la mainmise sur les champs pétrolifères, dont al-Omar, le plus riche, et gaziers, Conoco, à l’est du fleuve. Les USA contrôlent ainsi 24 % du territoire syrien occupé par 10 % de sa population essentiellement des Kurdes et des tribus arabes. En outre, les forces américaines ont tiré des leçons de leur expérience en Irak en créant et en finançant les tribus Sahawat et en établissant d’autres contacts étroits avec les tribus arabes locales.

Enfin, pour défendre le territoire qu’elles occupent, les forces américaines n’ont pas hésité à s’engager directement dans le combat contre des tribus arabes et des combattants russes, liés à la société Wagner, sous le commandement de l’ancien membre des forces spéciales russes Dimitry Utkin, qui s’est soldé par au moins 61 morts et 85 blessés. Leur avancée était commandée par le centre des opérations conjointes dirigé par la Russie, la Syrie et l’Iran, dans le but de mettre à l’épreuve la capacité de riposte des USA et de tenter d’imposer un nouveau rapport de force sur le terrain en établissant une présence autre qu’Américaine à l’est de l’Euphrate.

Les USA et la Russie ont tous deux camouflé l’attaque et évité de fournir des détails s’y rapportant, pour ne pas s’engager dans une guerre élargie aux conséquences imprévisibles. Le spectre d’une Troisième Guerre mondiale, que les deux superpuissances ne souhaitent pas, se profilait à l’horizon. La Syrie semble être un terrain particulièrement dangereux pour quiconque s’y trouve.

Le Président russe n’a cependant pas digéré le coup de bluff stratégique des USA dans le but de diviser les zones d’influence en Syrie plus longtemps que prévu. Il a donc entrepris une contre-attaque silencieuse ; la Russie a ainsi donné le champ libre à la Turquie contre les Kurdes d’Afrin, considérés comme des forces favorables aux USA en Syrie. L’attaque turque a fait ressortir le couteau à deux tranchants qu’est la division des zones d’influence à l’est et à l’ouest de l’Euphrate, qui a de fait empêché les USA de se précipiter pour aider leurs alliés kurdes. La manœuvre russe a ainsi révélé au grand jour le plan des USA qui est de se servir des Kurdes d’Hassaké, considérés davantage comme un bouclier protecteur des forces américaines que comme des alliés. Donald Trump ne peut plus, dorénavant et de manière crédible, se présenter comme le protecteur de la minorité kurde en Syrie, qui bénéficie d’un grand soutien en Occident depuis des décennies.

Le coup porté par les Russes contre les USA s’est manifesté par le retrait des observateurs russes d’Afrin. Les Kurdes n’ont alors pas tenu compte du grand jeu dans lequel sont engagées les deux superpuissances. Lorsque l’administration d’Afrin a refusé de remettre l’enclave d’Afrin sous le contrôle du gouvernement central de Damas, comme c’était le cas avant 2011 (l’année marquant le début de la guerre en Syrie). Dans l’intervalle, Afrin était devenu un canton financièrement riche et équipé en armes lourdes, missiles guidés antichars et missiles TOW, une arme américaine très efficace et meurtrière qui est utilisée contre les chars turcs.

A sa grande déception, l’administration d’Afrin croyait que les USA viendraient à sa rescousse et éloigneraient toute menace contre l’enclave. Mais le Président turc, Recep Tayyib Erdogan, a bien joué son jeu en forçant les USA et l’Europe, notamment la France, à ne pas s’immiscer dans son opération « Rameau d’olivier » contre les Kurdes d’Afrin.

Un mois seulement après le lancement de cette opération, l’administration d’Afrin a commencé à saisir la réalité de la lutte de pouvoir, mais pas encore complètement. La Russie donne une leçon aux Kurdes pour qu’ils comprennent le prix à payer en cherchant à s’attirer les faveurs des Américains. Les USA sont réduits à l’impuissance par rapport aux Kurdes et ont été démasqués, en étant forcés à révéler leur intention de rester en Syrie et d’occuper une partie de son territoire malgré la défaite de Daech. Les Kurdes, eux, n’ont pas encore saisi jusqu’à quel point ils servent de combustible pour le feu syrien et sont  pris en tenaille entre deux superpuissances.

En Syrie, l’alternative est la suivante : si lla partie continue à se jouer de manière aussi abrupte, une seule des grandes puissances restera en Syrie, ou elles cohabiteront comme elles l’ont fait à Berlin après la Seconde Guerre mondiale.

L’administration d’Afrin ne comprend pas que chaque jour qui passe augmente les exigences de Damas. Si les Kurdes continuent d’y résister, le gouvernement syrien demandera de nouvelles concessions et les Kurdes seront amenés à se retirer à l’est de l’Euphrate, pour rejoindre les forces américaines… qui continueront de leur nuire. Cela permettra aussi à la Turquie d’être plus résolue à laisser l’armée syrienne reprendre le contrôle d’Afrin.

Bien que le gouvernement central à Damas ait convenu d’envoyer plusieurs centaines de militants locaux de Nubbl et Zahraa et des membres d’autres forces nationales en guise de soutien préliminaire, il est fort probable que les négociations entourant Afrin se poursuivront jusqu’à la mi-mars, quand la Russie, la Turquie, l’Iran et la Syrie (indirectement) se rencontreront au Kazakhstan pour discuter non seulement d’Afrin, mais aussi d’Idlib, à moins que les Kurdes se plient dès maintenant aux conditions de Damas. Dans l’intervalle, la Turquie augmente, jour après jour, son influence et occupe plus de territoire dans l’enclave.

La Russie ne devrait pas se satisfaire du coup proféré aux USA à Afrin. Elle a mis le pied sur l’accélérateur pour mettre fin au contrôle d’al-Qaeda et d’autres combattants (Faylaq al-Rahman et Jaish al-Islam) sur la Ghouta, à l’est de Damas. Les Russes veulent pointer le doigt sur les USA seulement – Moscou considère la Turquie comme un moindre mal qui pourra être réglé plus tard -, pour faire ressortir son occupation illégale du nord-est de la Syrie, d’autant plus que les dernières forces de Daech se trouvent dans la zone frontalière entre la Syrie et l’Irak sous le contrôle des USA. Les forces américaines ont maintenant l’air de protéger le groupe terroriste en assurant sa continuité et la poursuite de ses opérations en Syrie et en Irak.

Les USA ont aussi de la compagnie dans le camp de Yarmouk, au sud de Damas, où Daech étend sa domination au détriment d’al-Qaeda. On estime à 1 500 le nombre de combattants de Daech, dans ce camp palestinien, prêts à s’attaquer à l’armée syrienne à la périphérie du camp.

Les Kurdes, Daech et al-Qaeda font partie du jeu d’échecs auquel prennent part les USA, la Russie et la Turquie, trois pays puissants qui déplacent leurs pions au gré de leur politique et de leurs besoins. Tous les autres pays arabes et européens en ont eu assez de jouer sur le territoire syrien. Recep Tayyip Erdogan prend encore plus ses distances vis à vis de Washington, sans nécessairement abandonner les USA, et se rapproche de Moscou. Vladimir Poutine est l’allié économique et stratégique d’Erdogan et les forces russes devraient rester beaucoup plus longtemps que celles des USA. De plus, aux yeux du Président turc, Donald Trump arme et protège les ennemis de son pays, ce qui réduit le niveau de confiance entre les deux hommes. Par conséquent, on peut s’attendre à ce que ce soit la Russie, et non les USA, qui aura le dessus au Levant.

Elijah J. Magnier

Traduction Daniel G

 

Tags:
syrie; turquie;, russie, etats-unis

Publicités

Pendant ce temps, dans les tubes…

Pendant ce temps, dans les tubes…

24 Février 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Gaz, #Russie, #Chine, #Europe, #Etats-Unis

Pour son 25ème anniversaire, Gazprom a tout lieu de se réjouir. Non content de caracoler en tête des prix Pulitzer de l’énergie et d’avoir les fondamentaux pour lui, le géant russe voit peu à peu se concrétiser ses projets pharaoniques que nous présentions il y a deux ans et demi :

Gazprom a vraiment la folie des grandeurs. Ils sont maintenant engagés dans la construction simultanée des quatre plus grands pipelines de la planète !

Comment vont-ils financer tout ça ? Certes, ils ne sont pas tout seuls dans le Nord Stream 2, Shell, E.ON (Allemagne) et OMV (Autriche) vont participer ; certes, les Chinois vont financer une partie des travaux de l’Altaî et du Force de Sibérie. Mais enfin, quand même… Il y a deux ans, même dans leurs rêves les plus fous, ils n’auraient jamais pu imaginer en être là. Preuve supplémentaire que, en dépit de quelques difficultés économiques passagères, la crise ukrainienne a été du pain béni pour la Russie (Crimée russe, neutralisation définitive de l’Ukraine qui n’entrera jamais dans l’OTAN, développement des BRICS et de l’OCS, Union Eurasienne…)

Petit tour d’horizon…

Le Turk Stream, remplaçant du défunt South Stream torpillé par l’empire, est en bonne voie. La construction des deux lignes avance rapidement : la première, destinée uniquement au marché turc, entre dans sa dernière phase (déjà 530 km sur les 930 km prévus). Quant à la seconde, signée plus tard et visant l’Europe du sud, 224 km de tubes ont été posés.

Le pipe devrait entrer en service en 2019, année également prévue pour la fin des travaux du Nord Stream II. Le 31 janvier, l’Allemagne a donné l’autorisation de poser un tronçon du gazoduc dans ses eaux territoriales, ce que nous avions prévu fin 2016 :

C’est le genre de petite nouvelle banale qui passe totalement inaperçue, pas même digne d’être évoquée dans les fils de dépêches des journaux. Et pour une fois, je ne les en blâme pas, car seuls les initiés peuvent comprendre la portée de l’information sur notre Grand jeu énergético-eurasiatique.

Une première livraison de tubes est arrivée dans la presqu’île de Rügen, sur la côte baltique de l’Allemagne, et il y en aura désormais 148 par jour, acheminés par trains spéciaux (chaque tuyau mesure en effet 12 mètres et pèse 24 tonnes). Vous l’avez compris, il s’agit des composants du Nord Stream II qui devraient commencer à être assemblés au printemps prochain.

Ainsi, même si aucune décision officielle n’a encore été prise, ou du moins annoncée, le doublement du gazoduc baltique semble bien parti (…) Gazprom prendrait-il le risque de les acheter et de les acheminer sans avoir une idée assez sûre du dénouement ?

Là encore, les fondamentaux – irrésistible et inévitable ascension de la part de gaz russe dans la consommation européenne (+ 30% en trois ans malgré le harcèlement US) – jouent en faveur de Gazprom qui est en train de battre tous ses records sur le Vieux continent. Vladimirovitch est optimiste sur la réalisation du Nord Stream II et Frau Merkel le défend bec et ongles, assurant qu’il ne représente pas une « menace ». Là encore, le fidèle lecteur du blog ne sera pas surpris :

La perspective du doublement du Nord Stream – Nord Stream II pour les intimes – rend les pays de la « nouvelle Europe » (© Bush) chaque jour plus émotifs. L’on se rappelle les réactions hystériques lors de la construction du gazoduc à la fin des années 2000, l’inénarrable Radoslaw Sikorski, pillier néo-conservateur des Affaires étrangères polonaises, comparant même le projet au pacte germano-soviétique ! Rien que ça… Malgré l’opposition résolue des Etats-Unis, utilisant leurs créatures baltes et polonaises afin de couper l’Europe de la Russie, l’Allemagne de Schroeder avait mis tout son poids dans la bataille pour faire passer le tube.

Une demi-décennie plus tard, on prend presque les mêmes et on recommence, mémère Merkel ayant remplacé papi Gerhard. Pourtant, dame Angela aura d’abord tout fait pour crier au grand méchant ours russe. Russophobie réelle, chantage à l’or allemand entreposé à la FED américaine et dont on ne sait plus trop s’il existe encore, chantage de la NSA sur la jeunesse peu reluisante de la possible informatrice de la Stasi, ou tout cela à la fois ? Mémère a en tout cas tout fait pour torpiller le South Stream devant fournir le gaz russe aux Balkans.

Jamais à court de ressources et sachant parfaitement jauger le poids de chaque acteur européen, Moscou a fait contre mauvaise fortune (« abandon » des amis balkaniques qui s’étaient eux-mêmes mis dans la panade en entrant dans l’UE) bon coeur et fait à l’Allemagne une proposition que Berlin ne pouvait refuser. Comme nous l’écrivions en septembre :

« Moscou assure ses arrières en doublant le Nord Stream. Grande intelligence de Poutine qui parie sur l’égoïsme allemand ; la mère Merkel est toute pleine de paroles grandiloquentes sauf quand l’économie de son pays est en jeu. Avec le doublement du tube baltique, l’Allemagne deviendra le hub gazier d’une grande partie de l’Europe, renforçant encore sa mainmise économique sur le Vieux continent. De quoi faire réfléchir la chancelière… »

C’est maintenant tout réfléchi ; mémère ne minaude plus devant la possibilité de faire de l’Allemagne la plateforme énergétique du Vieux continent. Mais c’est là que réapparaissent nos petits geignards de la « nouvelle Europe », jamais à court de critiques acerbes contre la Russie et son gaz mais ne dédaignant visiblement pas les confortables frais de transit de ce même gaz russe. Le beurre et l’argent du beurre, comme toujours…

Que pèsent ces nains geignards maintenant que le système impérial a perdu sa tête avec l’élection du Donald ? On se rappelle qu’il en était autrement sous la présidence du prix Nobel de la paix (défense de rire), comme l’avait avoué candidement une membre du comité des Affaires étrangères du Congrès américain :

Les Etats-Unis devraient agir contre le projet russe de gazoduc afin de soutenir la sécurité énergétique de l’Union européenne [qui eut cru que la novlangue pouvait être amusante ?] L’administration Obama et l’UE ont travaillé contre le Nord Stream II (…) L’administration Obama a fait de la sécurité énergétique européenne une question de haute priorité de la politique étrangère américaine. L’administration Trump serait bien avisée de continuer sur cette voie.

Barack à frites parti, les geignards ont perdu leur source d’inspiration face aux lourdes réalités économiques et au simple bon sens. Se profile à l’horizon un grignotage à la sauce gazière dont Moscou a le secret, contribuant à l’intégration énergétique de l’Eurasie pour le plus grand malheur de McKinder, Spykman et leurs descendants à Washington…

A l’autre bout du continent-monde, les tubes continentaux avancent inexorablement, marginalisant là aussi l’empire maritime. Le Sila Sibirii – chantier pharaonique de 4 000 km suite au contrat du siècle de 400 Mds d’équivalents dollars signé en 2014 entre Gazprom et le chinois CNPC – est aux deux-tiers construit (en avance sur le plan) et devrait bientôt entrer en fonction.

Gazprom vise 13% de part du colossal marché chinois d’ici une quinzaine d’années et l’objectif est loin d’être irréalisable, d’autant que l’on reparle de l’Altaï, le dernier gazoduc de la bande des quatre. Les négociations ont continué ces derniers mois, les positions se sont rapprochées et le projet est une telle évidence que les deux parties, par ailleurs alliés stratégiques, devraient assez rapidement se mettre d’accord.

 

L’Otan a déjà voté, avant nous

« L’art de la guerre »

L’Otan a déjà voté, avant nous

La question de l’appartenance ou de la sortie de l’Union européenne est désormais abordée dans toutes les élections nationales de l’Union. Pas celle de l’Otan. Or, les deux sont intimement liées et il est absurde de vouloir se prononcer sur l’une sans aborder l’autre.

| Rome (Italie)

+
JPEG - 77.9 ko
Gavin Williamson (UK) et James Mattis (USA) durant le Conseil de l’Atlantique-Nord, Bruxelles, 15 février 2018.

Il y a un parti qui, même s’il n’apparaît pas, participe de fait aux élections italiennes : le Nato Party, formé par une majorité transversale qui soutient explicitement ou par consentement tacite l’appartenance de l’Italie à la Grande Alliance sous commandement US. Cela explique pourquoi, en pleine campagne électorale, les principaux partis ont tacitement accepté les engagements précédents pris par le gouvernement dans la rencontre des 29 ministres Otan de la Défense (pour l’Italie Roberta Pinotti), les 14-15 février à Bruxelles.

Les ministres ont d’abord participé au Groupe de planification nucléaire de l’Otan, présidé par les États-Unis, dont les décisions sont toujours top secret. Puis, s’étant réunis comme Conseil de l’Atlantique-Nord, les ministres ont annoncé, après deux heures seulement, d’importantes décisions (déjà prises dans un autre lieu) pour « moderniser la structure de commandement de l’Otan, colonne vertébrale de l’Alliance ». Est instauré un nouveau Commandement conjoint pour l’Atlantique, probablement situé aux États-Unis, dans le but de « protéger les lignes maritimes de communication entre l’Amérique du Nord et l’Europe ». On invente ainsi le scénario de sous-marins russes qui pourraient couler les navires marchands sur les voies transatlantiques. Est aussi instauré un nouveau Commandement logistique, probablement situé en Allemagne, pour « améliorer le mouvement en Europe de troupes et équipements essentiels à la défense ». On invente ainsi le scénario d’une Otan obligée de se défendre d’une Russie agressive, alors que c’est l’Otan qui amasse agressivement des forces aux frontières de la Russie. Sur cette base seront institués en Europe d’autres commandements de la composante terrestre pour « améliorer la riposte rapide de nos forces ».

Est prévu aussi un nouveau Centre de Cyber Opérations pour « renforcer nos défenses », situé près du quartier général de Mons (Belgique), avec à sa tête le Commandant suprême allié en Europe qui est toujours un général US nommé par le président des États-Unis. Est confirmé l’engagement à accroître la dépense militaire : dans les trois dernières années les alliés européens et le Canada l’ont augmentée au total de 46 milliards de dollars, mais ce n’est qu’un début. L’objectif est que tous atteignent au moins les 2 % du PIB (les USA en dépensent 4 %), afin d’avoir « plus d’argent et donc plus de capacités militaires ». Les pays européens qui ont jusqu’à présent atteint et dépassé ce quota sont : la Grèce (2,32 %), l’Estonie, le Royaume-Uni, la Roumanie et la Pologne. La dépense militaire de l’Union européenne — a-t-on rappelé dans une rencontre avec la représentante de l’UE Federica Mogherini — doit être complémentaire à celle de l’Otan. La ministre Roberta Pinotti a confirmé que « l’Italie, respectant la requête états-unienne, a commencé à augmenter la dépense pour la Défense » et que « nous continuerons dans cette voie qui est une voie de responsabilité ». La voie est donc tracée.

Mais de tout cela on ne dit mot dans la campagne électorale. Tandis que sur l’appartenance de l’Italie à l’Union européenne les principaux partis ont des positions diversifiées, sur l’appartenance de l’Italie à l’Otan ils sont pratiquement unanimes. Ce qui fausse tout le cadre. On ne peut pas discuter d’Union européenne en ignorant que 21 des 27 pays UE (après le Brexit), avec environ 90 % de la population de l’Union, font partie de l’Otan sous commandement US. On ne peut pas ignorer les conséquences politiques et militaires — et en même temps économiques, sociales et culturelles — du fait que l’Otan est en train de transformer l’Europe en un champ de bataille contre la Russie, présentée comme un ennemi menaçant : le nouvel « Empire du Mal » qui attaque de l’intérieur « la plus grande démocratie du monde » avec son armée de troll.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

http://www.voltairenet.org/article199806.html

La bataille de Damas et de la Ghouta orientale

La bataille de Damas et de la Ghouta orientale

La ville de Damas et la campagne à l’Est de la capitale, la Ghouta orientale, sont le théâtre de violents combats opposants Al-Qaïda, soutenu par le Royaume-Uni et la France, à l’armée arabe syrienne. La République tente de délivrer la population de sept années d’occupation et de charia. Mais les puissances coloniales ne l’entendent pas de cette oreille.

| Damas (Syrie)

+

La ville de Damas est en permanence bombardée par Al-Qaïda depuis six ans. Ici, un obus, tiré depuis la Ghouta orientale, s’abat sur une maison du quartier de Rukn Eddin, le 23 février 2018, faisant trois morts et quinze blessés.

Au cours des six dernières années, le ministère de la Réconciliation a signé plus d’un millier d’accords et amnistié des dizaines de milliers de combattants. Ils ont été réintégrés dans la société, parfois même dans les armées. Ceux de la Ghouta occidentale ont accepté, mais jamais ceux de la partie orientale.

Cette zone, assez vaste, était peuplée avant la guerre par plus de 400 000 personnes. Selon l’Onu, ils seraient aujourd’hui 367 000. Selon le gouvernement, ils sont beaucoup moins et en tous cas, pas plus de 250 000.

La principale ville est un faubourg assez mal famé, Douma, connu avant la guerre pour ses bordels et ses truands.

Dans les faits, cette zone est tenue par Al-Qaïda, sous la dénomination d’« Armée de l’islam » (Jaych al-Islam), encadré par des SAS britanniques et des officiers de la DGSE française sous couvert de l’ONG Médecins sans frontières. Principalement les combattants sont dirigés par la famille Allouche, qui dispose de biens importants à Londres.

De juillet 2012 à sa mort fin 2015, Zahran Allouche, annonçait plusieurs fois par semaine qu’il allait prendre Damas et exécuter sans jugement tous les infidèles, c’est-à-dire pour lui les non-sunnites. Il a imposé la charia à tous les habitants selon les principes du prédicateur wahhabite Abd al-Aziz ibn Baz. Il a enfermé dans des cages ceux qui contestaient son autorité. Il a exécuté de nombreuses personnes, dont mon voisin (un agent immobilier qui habitait l’appartement au-dessous du mien), égorgé en public parce qu’il avait refusé de dire qu’« Assad est un chien ».

Recevant des armes de l’Arabie saoudite, via la Jordanie, Allouche a présidé un défilé militaire avec des chars ; mis en scène et filmé par le MI6 britannique [1].

Lorsque l’armée arabe syrienne a placé des canons sur la montagne qui domine la capitale et a commencé à bombarder l’armée de Zahran Allouche, il a fait placer des prisonniers sur les toits comme boucliers humains.

Début 2016, son cousin, Mohamed Allouche a pris le commandement. Il s’est rendu célèbre en jetant des homosexuels depuis les toits. Il faut savoir que la Syrie protège les homosexuels, ce qui est une exception parmi les pays musulmans contemporains et l’était par rapport aux pays occidentaux il y a trente ans encore [2].

Mohamed Allouche est devenu le chef de la délégation de l’opposition aux négociations de Genève. Là-bas, il a demandé et obtenu que les tableaux et sculptures qui ornaient son hôtel soient recouverts d’un voile. Pendant les discussions, depuis la salle de négociations, il a tweeté à ses partisans de se préparer à tuer les soldats du « porc ».

Ce n’est que depuis quelques mois que l’armée arabe syrienne a complètement verrouillé la zone. Jusque-là, il était possible pour les habitants de fuir. L’Onu et le Croissant rouge ont un libre accès côté République, mais pas côté Al-Qaïda. Les jihadistes ne laissent sortir que leurs partisans pour être soignés. Les convois de nourriture sont fouillés par l’armée avant d’entrer dans la Ghouta. En effet, de multiples fois, des convois de l’Onu ont été utilisés pour faire parvenir des armes aux jihadistes. Si l’Onu refuse la fouille, les convois sont stoppés.

La Ghouta est la zone maraîchère qui entoure la capitale. Lorsque des produits alimentaires qui ne sont pas cultivés sur place sont fournis par l’Onu, ce sont les jihadistes qui les distribuent à la population. Leur prix sont considérablement plus élevés que dans la capitale, parfois quatre fois plus chers. Seuls les habitants qui font allégeance aux jihadistes reçoivent d’eux de l’argent qui leur permet d’acheter ces produits. Plusieurs fois, les habitants loyalistes de la Ghouta ont dû endurer la famine que leur imposaient les jihadistes.

Durant six ans, les jihadistes ont régulièrement attaqué Damas depuis la Ghouta. Chaque jour, ils n’ont cessé d’en tuer des habitants, dans le silence assourdissant de la communauté internationale. Petit à petit, Daraya, Mouadamiyat al-Cham, Qudsaya et al-Hameh en août 2016, puis Jobar, Barzeh, Qaboun et Tichrine en février 2017, ont été repris. Les accords qui ont alors été signés prévoyaient le transport des combattants sous escorte jusqu’à Idleb, au Nord-Ouest du pays, à la seule condition qu’ils libèrent les habitants.

La République vient de décider de libérer la Ghouta orientale des jihadistes. Des bombardements intensifs sont opérés par l’artillerie et l’aviation. Il s’agit d’anéantir les jihadistes et de faire le moins de victimes possibles parmi les civils. Durant cette campagne, les convois humanitaires sont impossibles. De sont côté, Al-Qaïda tire des obus sur la capitale. En temps normal, les jihadistes ciblent principalement l’ambassade d’Iran à Mazzeh, la place des Omeyyades (siège de la télévision et du ministère de la Défense), le Centre culturel russe en centre ville et l’ambassade de Russie. Cette fois des obus tombent un peu partout. Les Damascènes et les millions de Syriens qui refusent la charia et se sont réfugiés dans la capitale sous la protection de la République tentent à nouveau de survivre. Plus du tiers des habitants reste cloitré à la maison de peur d’être tué par des obus en ville. Un quart des commerces reste fermé et les administrations travaillent au ralenti.

Le Royaume-Uni et la France tentent d’imposer un cessez-le-feu de trente jours dans la Ghouta. Ces deux États ne font pas mystère de leur soutien à la famille Allouche et de leur hostilité à la République arabe syrienne en général et à son président, Bachar el-Assad, en particulier. Tous deux ont refusé d’assister à la conférence de paix de Sotchi à laquelle plus de 90% des Syriens étaient représentés —mais pas les Allouche— [3].

La guerre est un moyen de résoudre un conflit qui d’abord simplifie les problèmes à l’extrême et divise les hommes en deux groupes, jamais trois, contrairement à ce que prétendent les diplomaties britannique et française. La guerre se pratique en tuant non seulement ses ennemis autant que faire se peut, mais aussi les siens, le moins possible. Dans toutes les guerres on est contraint de sacrifier les siens, sans cela ce serait une simple opération de police.

Lorsque la Coalition occidentale a bombardé Mossoul, l’année dernière, pour écraser les quelques milliers de jihadistes qui y restaient, elle a tué beaucoup plus de civils (9 à 11 000, selon les sources). Les médias occidentaux ont salué cette victoire avec enthousiasme. Les mêmes médias occidentaux diffusent à satiété les images de deux petites filles de la Ghouta au milieu des bombardements. Aucun ne s’interroge sur les familles de ces deux enfants, ni sur la manière dont elles ont appris l’anglais. Aucun ne pensent aux autres enfants qui meurent à Damas. Tous implorent que l’on cesse le massacre.

Si un cessez-le-feu intervenait, il n’aurait aucune conséquence pratique. En effet, à la fois Al-Qaïda en serait exclu par l’Onu et il le rejetterait, or c’est Al-Qaïda et lui seul qui tient la Ghouta orientale.

Dans ces conditions, on doit se demander pourquoi le Royaume-Uni et le France promeuvent l’idée de ce cessez-le-feu impraticable ? Pourquoi ces deux États se proposent de donner un répit à Al-Qaïda au seul détriment des civils qu’il opprime ?

[1] « Comment le Royaume-Uni met en scène les jihadistes », Réseau Voltaire, 13 mai 2016.

[2] « Daesh et les homosexuels », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 juin 2016.

[3] « Consensus entre Syriens à Sotchi », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 février 2018.

 

http://www.voltairenet.org/article199832.html

Italie: l’extrême droite portée par les tensions sociales et raciales

Italie: l’extrême droite portée par les tensions sociales et raciales

Des membres du mouvement d’extrême droite italien CasaPound marchent avec des torches à Milan, le 11 février 2018 / © AFP/Archives / MARCO BERTORELLO

Des partis en plein essor, des groupuscules toujours plus actifs: l’extrême droite a le vent en poupe en Italie, portée par les tensions autour des migrants et un engagement sur le terrain auprès de populations qui se sentent abandonnées.

La nuit tombe sur la place Vittorio, dans le quartier multiethnique Esquilino de Rome. Une cinquantaine d’hommes agitent des drapeaux italiens, mais aussi un autre, rouge vif frappé d’une tortue noire. Ils déploient en silence une banderole: « Viols, vols, violences, assez de dégradations ».

Voici CasaPound, un mouvement néofasciste né dans le quartier il y 15 ans et devenu l’un des nombreux partis anti-immigration en course pour les élections législatives du 4 mars.

Dans la troisième économie de la zone euro, des millions d’Italiens et d’étrangers, en situation régulière ou non, vivent toujours sous le seuil de pauvreté après la crise de 2008, et les tensions sociales sont vives.

Même si la criminalité est en baisse depuis des années, des faits divers comme l’agression sexuelle attribuée à un Sénégalais contre une femme SDF la semaine dernière à l’Esquilino ajoutent des tensions raciales dans un pays qui voit débarquer chaque mois des milliers de migrants africains.

« Les Italiens ne peuvent plus se promener tranquilles dans cette zone, parce que tous les étrangers qui débarquent se retrouvent ici », explique Carlomanno Adinolfi, un militant de 35 ans.

« Je ne me sens plus en sécurité quand je marche seule le soir », renchérit Giuliana, une habitante de l’Esquilino de 48 ans. « Je n’ai rien contre les étrangers, je veux juste que l’immigration soit contrôlée, ceux avec un casier judiciaire doivent être renvoyés, mais notre Etat ne s’en occupe pas ».

La ronde de nuit de CasaPound n’est cependant pas du goût de tout le monde. « Ils sont dangereux parce que leur programme exclut toute une série de personnes considérées comme +différentes+ et cela crée des divisions qui nuisent à tout le monde », explique Michele Vacca, 32 ans, qui vit aussi dans le quartier.

Surfant sur les tensions sociales et raciales, la Ligue et Fratelli d’Italia, deux partis d’extrême droite alliés à la droite de Silvio Berlusconi, avoisinent les 20% au total dans les intentions de vote selon les sondages.

Parallèlement, l’audience des groupes néofascistes comme CasaPound ou Forza Nuova ne fait que croître, galvanisée par une décision de la cour de Cassation cette semaine établissant que le salut fasciste n’était pas un délit.

S’ils semblent encore loin du seuil de 3% nécessaire pour entrer au Parlement, ils ont obtenu des élus locaux dans plusieurs régions, essentiellement grâce à leur travail sur le terrain dans les quartiers défavorisés.

« A travers l’aide, nous nous sommes fait des amis », explique un militant, Alessandro Calvo, autour d’un grand plat de pâtes préparées par CasaPound, malgré la pluie, pour les habitants du quartier de Monteverde, toujours à Rome.

« Je suis au chômage. J’attends encore de recevoir mes allocations, ça prend du temps en Italie et dans l’intervalle je me suis retrouvée absolument sans rien », raconte Ana Maria, une mère de famille de 38 ans.

« CasaPound me donne de la nourriture et organise des activités pour nos enfants », ajoute-t-elle en essuyant une larme. « C’est très important, cela crée un esprit de communauté qui avait disparu ».

Pour Paola Menagat, une femme de ménage, c’est un soutien juridique apporté par les militants à une jeune fille que la police voulait expulser d’un logement squatté qui a tout changé.

Ravie d’avoir trouvé « une famille », elle est devenue militante, d’abord avec une poignée d’habitants du quartier et maintenant avec plus de 50 personnes.

« Quand l’Etat vous abandonne, il faut trouver la force de faire face soi-même, et avec CasaPound, on n’est jamais seul », explique-t-elle.

(©AFP / 24 février 2018 10h37)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Italie-l-extreme-droite-portee-par-les-tensions-sociales-et-raciales/893308.rom

Nos cris d’indignation à propos du siège de Ghouta sonnent creux car nous ne ferons rien pour sauver les civils. Par Robert Fisk

Source : Robert Fisk, 22-02-2018

Comment pouvons-nous protester alors que nous ne faisons rien contre l’opposition islamiste armée à Assad (je ne parle pas ici de l’EI) ou que nous n’essayons même pas d’organiser notre propre cessez-le-feu, même avec l’aide de la Russie ? Après tout, cela fait des années que nous armons ces gens-là.

Voilà, ci-dessous quelques cruelles réalités à propos du siège de la Ghouta qui ont été enterrées sous de vrais décombres couverts de vrai sang, ainsi que sous d’hypocrites manifestations apocalyptiques d’horreur occidentales. C’est Sergey Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, qui a énoncé la première et la plus importante de ces réalités en déclarant lundi que Moscou et le gouvernement syrien « pourraient faire bénéficier [la Ghouta] de l’expérience acquise lors de la libération d’Alep ». Cette simple phrase – qu’on peut traduire par « il faut tirer les leçons d’Alep » – a été considérée par les rares personnes qui y ont prêté attention, comme un avertissement que la Ghouta allait être détruite.

Mais pendant de nombreux mois, les Russes et les Syriens, ont tout tenté pour faire sortir les civils syriensde d’Alep-Est avant de la reprendre ; après que les troupes syriennes ont énormément progressé dans la banlieue, il y a eu, en effet, un exode des innocents et des opposants armés au régime ont aussi pu partir. Beaucoup ont été escortés par des policiers militaires russes armés et en uniforme jusqu’à la frontière turque. D’autres ont préféré – sans doute sans avoir bien réfléchi – partir sous escorte, avec leurs familles, pour Idlib, le grand « dépotoir » de combattants islamistes qui est maintenant évidemment assiégé à son tour.

Ce dont Lavrov voulait parler, c’est d’un accord similaire avec les rebelles armés de la Ghouta. Les Russes et les Syriens ont des contacts directs avec ceux qu’ils considèrent comme des « terroristes » – un mot cher à l’Occident lorsqu’ils attaquent les mêmes groupes islamistes de Nusrah (al-Qaida) que les Russes ; C’est pourquoi, lorsque le siège du dernier district rebelle de Homs a pris fin l’année dernière, des soldats russes en uniforme ont escorté les islamistes armés et souvent encagoulés qui étaient autorisés à partir pour Idlib. J’ai vu ça de mes propres yeux.

Les « rebelles » / « terroristes » / « islamistes » / « opposition armée » – choisissez le mantra qui vous plaît – sont, bien sûr, l’autre « réalité » du bain de sang de Ghouta que nous devons ignorer, passer sous silence, cacher, nier. Car les combattants de Nusrah à Ghouta – qu’ils aient ou non exercé des pressions sur les civils de la banlieue pour qu’ils leur servent de « boucliers humains » – font partie du mouvement initial d’Al-Qaïda qui a commis des crimes contre l’humanité aux Etats-Unis en 2001 et qui a souvent coopéré en Syrie avec l’EI, la secte diabolique que les Etats-Unis, l’UE, l’OTAN et la Russie (ajouter ici tous les autres défenseurs habituels de la civilisation) ont promis de détruire. Les alliés de Nusrah sont Jaish al-Islam, un autre groupe islamiste.

C’est une situation très étrange. Personne ne doit douter de l’ampleur du massacre à la Ghouta. Ni de la souffrance des civils. Certes, on ne peut pas s’indigner quand les Israéliens attaquent Gaza (en utilisant le même argument de « boucliers humains » que les Russes d’aujourd’hui) et en même temps excuser le bain de sang à la Ghouta sous prétexte que les « terroristes » assiégés sont des islamistes d’Al-Qaïda proches de l’EI.

Mais ces groupes armés sont curieusement oubliés lorsque nous exprimons notre indignation sur le carnage de la Ghouta. Il n’y a pas de journalistes occidentaux pour les interviewer – parce que ces défenseurs de la Ghouta nous couperaient la tête (un fait que nous préférons aussi passer sous silence) si nous avions l’audace d’essayer d’entrer dans la banlieue assiégée. Et – fait incroyable – sur les images que nous recevons, il n’y a pas un seul homme armé. Cela ne veut pas dire que les enfants blessés, les enfants morts ou les cadavres ensanglantés – dont les visages sont dûment « floutés » par les sensibles chefs de rédaction de nos télévisions – ne sont pas réels ou que les films sont faux. Cela veut dire que les images ne montrent pas toute la vérité. Ces films – et ceux qui les font – se gardent bien de nous montrer les combattants d’al-Nusrah qui sont à la Ghouta. Et il n’y a aucune chance qu’ils nous les montrent jamais.

Sur les films archivés de sièges passés – Varsovie en 1944, Beyrouth en 1982, Sarajevo en 1992 – on voit les combattants qui défendaient ces villes, et on voit leurs armes. Mais quand on regarde les images de la Ghouta – où la quasi-totalité des films en provenance d’Alep-Est – on dirait qu’il n’y a là aucun combattant armé. Je n’en ai pas non plus trouvé la moindre mention dans nos réactions sur les souffrances des civils dans les médias américains et européens, à part la mention que la Ghouta est « tenue par les rebelles ». Qui donc a tiré au mortier sur le centre de Damas et tué six civils – et blessé 28 autres – il y a 24 heures ? C’est peu de monde au regard de tous les morts de la Ghouta, c’est sûr. Mais ont-ils été tués par des fantômes ?

Il s’agit là d’une omission d’importance, car pour en finir avec ce massacre de civils – il vient encore d’y avoir 250 morts de plus -, il faut pouvoir établir de toute urgence un contact entre les assiégeants armés et les attaquants armés. Les déclarations de Lavrov des deux derniers jours suggèrent que les Russes avaient accepté de revenir au statut de « déconfliction » de la Ghouta, une manière bizarre de nommer un cessez-le-feu permettant d’envoyer de l’aide humanitaire à la Ghouta et de faire sortir les blessés. Mais – selon Lavrov, bien sûr – al-Nusrah a rompu l’accord.

Vrai ou pas, comment pouvons-nous nous plaindre alors que nous ne voulons pas nous occuper nous-mêmes de l’opposition islamiste armée à Assad (je ne parle pas ici de l’EI), ou que nous n’avons aucune intention d’organiser notre propre cessez-le-feu, même avec l’aide de la Russie ? Après tout, on les arme depuis des années ! Mais nous ne ferons rien de tout ça. Alors nous nous tordons les mains avec toujours plus d’hyperboles hypocrites.

Au cours des dernières 48 heures, par exemple – et j’attire votre attention là-dessus – nous avons entendu les États-Unis, des ONG et des médecins en contact avec les hôpitaux de Ghouta dire que la banlieue est le théâtre de « flagrants crimes de guerre de dimension épique », parler de « jugement dernier », de « massacre du XXIe siècle », de « violence hystérique » – qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire d’ailleurs ? – et, même la pauvre ONU, elle-même, dire que cela « dépassait l’imagination » et que « les mots leur manquaient ».

Encore une fois, oui, ce sont les Russes et les Syriens qui sont la cause des souffrances inhumaines, abominables et aberrantes des habitants de la Ghouta pour la seule bonne raison qu’ils se trouvent dans cet endroit de la Syrie pendant cette guerre. Mais les petits saints ridicules de la bureaucratie onusienne – qui, hélas, ne manqueront jamais de mots – et ceux qui décrivent le siège de la Ghouta comme « le jugement dernier » savent-ils au moins de quoi ils parlent ? Gardons le sens des proportions, malgré les atrocités. Auschwitz et l’holocauste juif et le génocide rwandais et l’holocauste arménien et les innombrables massacres du XXe siècle (on peut aussi ici rappeler discrètement les pertes de la Russie aux mains des hordes hitlériennes) étaient beaucoup plus proches du « jugement dernier » que la Ghouta. Comparer ce terrible siège aux crimes contre l’humanité du siècle dernier, c’est déshonorer les millions de victimes innocentes de crimes bien pires.

La vérité est que ces expressions d’horreur de « notre » camp sont des substituts. Pourquoi l’ONU n’a-t-elle pas été « à court de mots » la première année de la guerre ? De nombreuses victimes syriennes étaient à court de mots dès 2012, notamment parce qu’un grand nombre d’entre elles étaient mortes. Selon les statistiques que nous établissons 400 000 civils sont piégés à la Ghouta. On peut se demander si c’est bien leur nombre réel. On nous avait dit, en 2016, que 250 000 personnes étaient piégées dans Alep mais on a appris ensuite qu’il y en avait plutôt environ 92 000. Mais c’était encore assez pour qu’on puisse parler de crime de guerre. Et si seulement 200 000 personnes étaient piégées à la Ghouta ? Bien sûr, cela serait aussi une catastrophe épouvantable.

La réalité est que le siège de la Ghouta continuera jusqu’ à la reddition et l’évacuation. Aucune des paroles que nous prononçons n’empêchera ce sombre scénario de se dérouler jusqu’au bout, et nous le savons tous – ou du moins les gardiens de nos plus hautes valeurs morales le savent. Rien sur le terrain ne changera. Et quand la Ghouta « tombera » – ou sera « libérée », comme ses assiégeants nous le diront sans doute – alors la destruction de la ville d’Idlib commencera. Et une fois de plus, ce sera le jugement dernier, une « violence hystérique » et le « massacre du XXIe siècle » (probablement pire que les sièges d’Alep et de la Ghouta). Aucune condamnation occidentale n’empêchera l’inéluctable. Nous sommes en faillite, nous crions notre indignation sans le moindre espoir – ni la moindre intention – de sauver des innocents. C’est cela, j’en ai peur, la triste histoire de la Ghouta telle qu’elle sera relatée par les historiens. Et le pire, c’est qu’ils auront raison.

Robert Fisk

Robert Fisk est le correspondant du journal The Independent pour le Moyen Orient. Il a écrit de nombreux livres sur cette région dont : La grande guerre pour la civilisation : L’Occident à la conquête du Moyen-Orient.

Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

Source : Robert Fisk, 22-02-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

4 réponses à Nos cris d’indignation à propos du siège de Ghouta sonnent creux car nous ne ferons rien pour sauver les civils. Par Robert Fisk    Pour lire les 4 réponses ,cliquez sur le lien :

https://www.les-crises.fr/nos-cris-dindignation-a-propos-du-siege-de-ghouta-sonnent-creux-car-nous-ne-ferons-rien-pour-sauver-les-civils-par-robert-fisk/

Arme et information, par François-Bernard Huyghe

Armes et informations 1

Source : François-Bernard Huyghe, 09-02-2018

Une arme est-elle forcément destinée à tuer ? On objectera spontanément qu’il existe des armes défensives tels un bouclier ou une armure et qu’à l’inverse un gibet ou une chaise électrique, par essence mortels, sont considérés comme des instruments du bourreau, non comme des armes (il est vrai que le supplicié ne peut plus se défendre). Par ailleurs, il existe des armes dites non létales (comme la matraques, les balles caoutchouc, les gaz lacrymogènres ou les pistolets électriques type Taser qu’utilisent les policiers) : dans ce cas l’arme est censée « incapaciter », et, par exemple empêcher une foule de manifestants de rester groupée de façon menaçante, ou encore permettre de s’emparer d’un fou furieux sans avoir à le cribler de balles. Le résultat recherché est la contrainte, pas le bain de sang : la foule se disperse, le bonhomme est menotté et l’affaire est finie, au moins ne principe.

Les dictionnaires définissent l’arme comme un “ élément d’équipement ou équipement complet servant à mettre un adversaire hors de combat et/ou à s’en protéger” ou un “instrument utilisé au combat dans le but de tuer, blesser ou défaire un adversaire”.
À l’idée de détruire ou d’abîmer des corps, il faut ajouter celle des dommages matériels, plus la notion de capturer, neutraliser, décourager…, bref tout ce qui peut contribuer à faire céder la volonté adverse, et en particulier le faire renoncer à prolonger la lutte. Les militaires y incluent souvent des dispositifs en amont de la bataille ou de la destruction : le renseignement, la logistique. Et ne parlons pas de l’arme psychologique ou de l’arme de la propagande, qui pour certains ne sont pas de simples métaphores.
Pour notre part, nous la définirions volontiers comme un “outil à vaincre”, dans la mesure où la victoire – fait de se soumettre ou de reconnaître sa défaite – ne s’obtient pas nécessairement par la mort du vaincu. Elle met un terme à un conflit préalable durant lequel les adversaires ont chacun essayé de l’emporter.
L’arme peut, par ailleurs, avoir d’autres fonctions qu’infliger blessures ou mort. Elle peut, et sans même parler d’héraldique, servir à l’apparat, être objet décoratif ou de collection, servir à des jeux ritualisés…

Les armes qui servent vraiment à tuer ou contraindre obéissent à divers principes. Le premier est un prolongement du bras qui amplifie le choc : massue, casse-tête, épée…, éventuellement en y ajoutant la portée supplémentaire d’un manche (telles les armes dites d’hast, équipées des fers au bout d’une perche). L’origine étymologique latine d’arme (arma) est une racine qui signifie “bras”, “articulation”, mais aussi “habilité à agir”. La projection de l’arme par la force musculaire, puis son amplification grâce à des propulseurs mécaniques, puis enfin des moyens chimiques (comme l’explosion de la poudre) est une autre
constante. L’arme peut mobiliser une énergie cinétique pour lancer un objet dur (balle, éclat, grenaille…) ou employer l’énergie chimique de l’explosion, ou celle de la suffocation par les gaz…
Des concepts plus récents comme “armes non conventionnelles” ou “armes de destruction massive” élargissent le champ. Ainsi, on classera dans cette dernière catégorie les bombes ou radiations nucléaires, les armes chimiques, les armes
biologiques. Certains y ajoutent les virus informatiques ou autres instruments dits de cyberguerre ou de guerre informatique, voire les armes climatiques ou sismiques, à faisceau ou énergie dirigée, dont certaines relèvent sans doute de la science-fiction.
La question de l’arme, qu’elle soit capable de tuer ou de subjuger est une question profondément politique : il n’existe pas – du moins à notre connaissance – d’État qui ne restreigne la détention, le port ou l’usage des armes (et qui ne définisse juridiquement
cette catégorie d’outils). La barre peut être fixée plus ou moins haut. Si tous les pays n’ont pas inscrit dans leur constitution le droit d’en détenir comme aux USA, les critères de la tolérance en matière d’armes privées sont très variables.
Mais quel que soit le système choisi, il est dans la nature de l’État de contrôler fût-ce à un degré minime ou de façon symbolique les moyens techniques de violence disponibles sur son territoire.
Le rapport qu’entretient l’État avec la violence létale est à l’origine d’une production philosophique, politique et juridique qui défie l’inventaire. Du monopole de la violence légitime où Max Weber voit le fondement du politique, en passant par la sulfureuse version qu’est la “désignation de l’ennemi” par Carl Schmitt, beaucoup de réflexion ont tourné autour de ce thèm et donc abordé la question de l’arme. Suivant une longue tradition, l’État ou le souverain dispose du droit d’administrer la mort, soit à l’extérieur par la guerre soit à l’intérieur par le châtiment suprême. Le fait que la plupart des États démocratiques aient aboli la peine de mort ou remplacent les guerres,au moins en parole, par des « interventions extérieures », si possible à zéro mort ou par l’intermédiaire de drones qui font courir moins de risques à leurs soldats, ne change rien à cette origine tragique du pouvoir souverain.
Toutes les armes dont nous avons parlé ont à voir essentiellement avec la violence physique, celles qu’elles mobilisent ou celle qu’elles rendent impuissantes. Mais on peut aussi penser l’arme en termes d’information. L’information, c’est ce qui fait du sens pour un interprétant et a priori suscite une réaction différenciée de sa part. Dans « L’ennemi à l’ère numérique » nous avions défini quatre « arts martiaux qui répondent chacun à une caractéristique de l’information :
– on peut utiliser le secret, pour empêcher l’adversaire de connaître ses plans ou ses capacités et le pousser ainsi à disperser ses forces
– on peut violer les secrets de l’adversaire, savoir et surveiller, donc augmenter par la connaissance – le renseignement par exemple – sa propre capacité d’agir efficacement
– on peut saboter le dispositif adverse soit en lui faisant croire à des choses imaginaires (par exemple on l’intoxique par un espion retourné) qui le poussent à la faute, soit en l’empêchant de bien communiquer (par exemple en coupant ses messageries, en faisant mal fonctionner des dispositifs informationnels ou en l’empêchant d’accéder à des données indispensables)
– enfin on peut jouer la force de la persuasion. L’arme de l’information devient alors le discours (ou l’image) qui suscite l’enthousiasme et la combativité dans un camp et qui divise ou décourage dans l’autre. La propagande et la opérations psychologiques sont des exemples évidents de cette méthode qui repose sur le sens du message et sa capacité de susciter de la croyance et des affects.

Nous verrons comment ces principes peuvent se combiner en étudiant deux cas d’actualité : les cyberarmes et la militarisation (weaponization) de l’information.

Source : François-Bernard Huyghe, 09-02-2018

 


 

Armes et informations 2

Source : François-Bernard Huyghe, 12-02-2018

Les cyberarmes sont-elles bien des armes ? Ce sont, en tout cas, des artefacts (des fabrications dues à l’ingéniosité humaine) ; elles ont une finalité qui est de prendre littéralement le pouvoir sur un ordinateur ou un dispositif numérique adverse. On les décrit souvent aussi comme servant des desseins « malveillants » (on parle ainsi de « malware », les logiciels dits malveillants). Donc comme faisant délibérément subir une perte (de données confidentielles, de contrôle sur des infrastructures critiques, perte de biens immatériels ou de réputation). On retrouve donc ces deux idées qu’elles servent à violer la volonté d’un acteur légitime et qu’elles produisent un dommage.

Certes, elles ne peuvent pas directement tuer. Certes, elles sont immatérielles, dans la mesure où il s’agit généralement d’instructions informatiques, d’algorithmes qui produisent un l’effet – ici nocif- sur des machines.
Elles peuvent pourtant servir
– à violer les secrets (s’emparer de données confidentielles) soit pour s’en servir clandestinement soit pour les rendre publiques et embarrasser la cible,
à détraquer des appareils en les empêchant d’obéir à leur maître (par exemple : vous ouvrez votre ordinateur et découvrez que vous êtes victimes d’un ransomware : vos dossiers ne s’ouvrent plus)
à envoyer de fausses données ou de fausses instructions (c’est une variante du cas précédent). Ainsi on enverra de pseudo communiqués de l’organisation x ou on amènera le système de commande Y à refléter la réalité de façon erronée (l’écran ne montre pas ce qui se passe en fait) ou encore à mal commander des machines ou des dispositifs (exemple : le virus Stuxnet amène les chaînes de centrifugeuses de l’uranium à fonctionner en mauvaise synchronisation et sabote leur travail).
Prélever, altérer, fausser, détruire, encrypter des données pour rendre inutilisables, déstabiliser, interrompre, rendre inopérants des codes et des instructions : c’est toujours la même idée d’un dommage d’un nouveau genre.

Le dernier livre blanc précise que notre pays pratique la lutte informatique offensive et défensive. Cela signifie donc que nous possédons des armes informatiques défensives : elles servent notamment à repérer, attribuer et annuler des attaques adverses, bref à faire cesser la prise de contrôle de l’agresseur sur nos dispositifs, à refaire fonctionner normalement et si possible à trouver le coupable. Et les armes informatiques offensives ? Bien entendu, nous ne nous attendons pas à ce que les autorités en publient la liste : comme elles auraient a priori des cibles biens spécifiques, en publier la liste, ce serait avertir un éventuel adversaire des vulnérabilités qu’il s’empresserait de réparer. En quelque sorte l’État -ici l’État français- avertir qu’il a les moyens d’exercer une rétorsion proportionnelle à la volonté politique du pays et à ses capacités techniques. À vous, adversaire, d’imaginer ce que nous avons dans nos arsenaux : de quoi rendre vos radars muets, vous priver d’électricité, faire sauter votre système bancaire ? À vous d’imaginer.
La cyberarme présente une autre spécificité par rapport à l’armement classique : son relatif anonymat. C’est ce que l’on appelle le problème de l’attribution, problème que ne connaît a priori guère le militaire qui sait bien quelle est l’armée qui l’attaque et à qui sont ces chars. Certes, on peut présumer que vu son niveau technique, vu le choix de sa cible, vu son « style », telle attaque émane de tel service d’État. Mais il restera toujours un doute. L’attaque visait-elle bien cette cible ? Tel indice (dans la programmation d’un virus, par exemple,) ne serait-il pas un « faux drapeau » mis là par le coupable véritable ? Le gouvernement qui attribue l’attaque à tel autre dit-il la vérité ?

Enfin et surtout les cyberarmes sont des armes puisqu’elles sont considérées politiquement comme telles. La doctrine officielle de l’Otan ou des États-Unis en cette matière est que des attaques menées par des moyens informatiques et ayant une certaine gravité (donc comparable aux dommages des armes classiques) seraient assimilables à une agression armée et pourraient justifier une riposte par des armes cyber ou par des armes conventionnelles.

Qui dit arme dit doctrine d’emploi, droit de la guerre, logique de contrainte et de rétorsion, voire diplomatie, négociations internationales, traités de paix… Si l’on met met en parallèle la prolifération de ces nouvelles panoplies avec la tendance croissante des États à se doter d’agences ou d’organismes dits de cyberdéfense ou de cybersécurité, il est évident que des enjeux internationaux de puissance se nouent autour de ces affaires de virus aux noms bizarres, de courriels pillés et de sites bloqués.Une cyberattaque (blocage de sites institutionnels, divulgation de données, vol d’informations stratégiques, divulgation du code source de logiciels et surtout toutes les formes de virus malveillants qui s’en prennent au contenu ou aux systèmes) peut s’envisager de différents points de vue au-delà de l’aspect technique :

– comme viol d’une souveraineté : si État n’est plus en mesure de contrôler des informations ou des programmes qui se propagent sur territoire il perd de l’autorité sur ses citoyens, ou de son pouvoir de leur garantir l’usage paisible des systèmes de communication, ou de ses capacités militaires ou industrielles, du prestige..
– en terme de dommage subi (destruction de systèmes et contrôles, chaos, désorganisation) et qui, à partir d’une certaine nocivité, pourrait effectivement se comparer au ravage d’un attentat voire d’un acte de guerre
– comme un vol de secret, qu’il relève de l’espionnage d’État, de l’espionnage industriel ou du vol de propriété intellectuelle par un particulier : il y a dans tous les cas effraction de dispositifs censés préserver une certaine information et qui sont en défaut.

Pour le dire autrement, une cyberattaque adapte des méthodes de guerre de l’information (espionner, saboter, leurrer, proclamer…) aux caractéristiques du numérique et des réseaux :
– la possibilité d’agir à distance, grâce à de simples algorithme, donc par une connaissance transmissible d’attaquant à attaquant
– la valeur économique ou stratégique de biens immatériels : des données électroniques qui peuvent être altérées, reproduites, consultées, falsifiées captées, appropriées commandées, etc. à l’insu de leur propriétaire légitime
– les dégâts (en termes de chaos, perte de contrôle ou perte de biens ou de connaissances) par l’altération des mémoires, des systèmes de transmission ou de contrôle et de commandement. La contagion du désordre et la diffusion des paniques dans des systèmes tous reliés, dépend du comportement des utilisateurs habitués à faire confiance en “la” technologie et soudain privés de leur prothèses pour calculer, se souvenir et communiquer.
– la lutte de l’épée et du bouclier : moyens offensifs et défensifs changent tous les jours
ce que nous avons appelé ailleurs le problème des quatre M. que l’on pourrait résumer ainsi : sommes-nous attaqués par des Militaires (une cyber brigade d’un pays ennemi), par des Militants (un groupe d’activistes en ligne), par des Mercenaires (des groupes criminels qui “louent” leur capacité de nuisance, notamment des milliers d’ordinateurs distants dont ils ont pris le contrôle à distance) ou par des Marchands plus ou moins pirates (des entreprises utilisant des moyens illégaux contre la concurrence).

Source : François-Bernard Huyghe, 12-02-2018

https://www.les-crises.fr/arme-et-information-par-francois-bernard-huyghe/

 


 

Armes et informations 3

Source : François-Bernard Huyghe, 12-02-2018

la « weaponization » de l’information
Que l’information puisse depuis toujours servir d’arme pour diminuer les capacités de l’adversaire, le plonger dans le chaos, l’affaiblir en le rendant plus prévisible ou pour multiplier le nombre de ses adversaires, pour mobiliser et paralyser, c’est une notion que le lecteur qui nous a suivis jusqu’à présent nous accordera sans doute. Alors, pourquoi cet effet de mode autour de la « weaponization » de l’information ? Ce terme que l’on pourrait traduire par « l’arsenalisation de l’information » plutôt que par « militarisation »ou « martialisation », fait partie du nouveau vocabulaire de la stratégie ou de la géopolitique qui nous vient d’outre-Atlantique. Certes le terme a été employé dans le jargon militaire dès les années 50 (à propos de la « transformation en armes » des missiles) et a longtemps servi comme métaphore, pour rappeler que tout, d’un avion à une centrale énergétique, contient un potentiel de danger et peut donc être détourné de son usage premier pour faire du mal. Mais l’emploi contemporain de « weaponization » se réfère à un contexte historique et géopolitique précis la capacité présumée de la Russie (ou dans une moindre mesure de la Chine) d’utiliser des outils techniques (notamment le Web 2.0) pour obtenir un effet idéologique, sinon d’attraction pour leur modèle, du moins, de déstabilisation des démocraties libérales. La notion, assez ambigüe confond deux facteurs :
D’une part la maîtrise du hacking, de l’astroturfing, des bots, des leaks, des faux comptes, etc que l’on attribue aux autorités russes (ou aux cybermercenaires qu’elles emploieraient ou encourageraient) – pour le sens de ces termes voir http://huyghe.fr/actu_1513.htm -. Bref des instrument de l’activisme en ligne (dont on célébrait le potentiel libérateur au moment du printemps arabe), mais employés par un État. Plus la pratique de quelque chose que l’on connaît depuis les années 60 (et qu’à l’époque, les États-Unis utilisaient pour affaiblir idéologiquement l’URSS sous le nom de diplomatie publique) : l’utilisation de médias internationaux s’adressant aux populations étrangères pour les influencer. Ce que l’on aurait autrefois appelé de la subversion : contestation de l’ordre établi, attaques contre ses représentations et ses principes
D’autre part, une intention stratégique, voire une doctrine élaborée au Kremlin, et qui consisterait à affaiblir les institutions démocratiques de l’ouest par un savant mélange de diffamation ou désinformation, de soutien aux forces, notamment populistes, qui se déclarent anti-système, et de remise en cause du discours des élites et des médias. Si l’on préfère une combinaison de « manipulation des perceptions » (faire croire en des rumeurs, des falsifications et en des interprétations présentées comme vraies, mais dissimulées par les dominants) et d’affirmation de valeurs contraires à celles des sociétés ouvertes.C’est une façon un peu emberlificotée de dire que l’Est pratique la propagande avec des moyens modernes. Bien entendu, nous ne doutons pas que RussiaToday n’exprime des vues qui ne chagrinent pas trop Poutine, ni qu’il y ait des trolls anti-Clinton à Saint Petersbourg. Ce qui intrigue dans cette histoire est que la puissance qui a inventé Hollywood, CNN et Internet (ou du moins les intellectuels de défense qui parlent en son nom) puisse attribuer une telle capacité de persuasion à une télévision internationale ou une agence en ligne entre des dizaines d’autres ou à des réseaux hackitivistes. À l’époque où plus d’un milliard d’êtres humains (dont nombre d’intellectuels) adhéraient au marxisme-léninisme, on n’avait pas davantage peur de l’influence idéologique sensée désagréger l’Occident. Aujourd’hui propsère la thèse selon laquelle le Kremlin peut à sa guise provoquer le Brexit ou l’élection de Trump ou que le principal danger qui menace nos démocraties soit l’influence nihiliste de quelques internautes stipendiés décidés à briser notre confiance dans les faits (ils seraient, excusez du peu, « en guerre » avec la réalité). Il y a là une sorte de pensée magique qui attribue à quelques reportages truqués ou à quelques faux comptes en ligne le pouvoir de faire changer l’esprit de millions d’hommes qui, s’ils n’étaient soumis qu’à des messages véridiques, ne manqueraient pas d’être en accord avec le monde tel qu’il est.
Source : François-Bernard Huyghe, 12-02-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/arme-et-information-par-francois-bernard-huyghe/

 

« Immense émotion à l’aéroport de Toulouse »: son vol retardé, elle se met à jouer du piano quand un chanteur lyrique se joint à elle (vidéo)

« Immense émotion à l’aéroport de Toulouse »: son vol retardé, elle se met à jouer du piano quand un chanteur lyrique se joint à elle (vidéo)

01:08

03:00

FS

Partager

« Immense émotion »: son vol retardé, elle se met à jouer du piano quand un chanteur se joint à elle

RTL Vidéos – France

Une pianiste et un chanteur qui ne se connaissaient pas ont partagé un moment musical à l’aéroport de Toulouse. Les images de cet instant magique ont été visionnées près de 400.000 fois.

Valérie Marie, une pianiste française, a vécu un beau moment à l’aéroport de Toulouse le 18 février. Elle a raconté la scène sur son compte Facebook. Elle a expliqué en quelques lignes que son vol a été retardé ce jour-là. En voyant un piano ouvert au public, elle a décidé de jouer pour passer le temps.

Après ce joli moment musical, un homme s’est approché d’elle et lui a demandé de jouer à nouveau, mais que cette fois-ci, il allait l’accompagner en chanson. Ce dernier s’appelle Gregory Benchenafi. Il est chanteur lyrique. Il a interpreté Hallelujah, le titre de Leonard Cohen repris par Jeff Buckley. Ces quelques minutes ont été magiques pour le duo improvisé, mais également pour toutes les personnes présentes, impressionnées par le talent des deux artistes.

« Immense émotion à l’aéroport de Toulouse« , a commenté la pianiste qui a partagé le moment sur son compte Facebook quelques instants plus tard. En deux jours, la vidéo a été vue près de 394.000 fois.

Gregory Benchenafi a été très surpris en découvrant le succès de ces images le lendemain matin. « Merci infiniment de toute cette vague d’amour. Très honnêtement, c’est rassurant, enveloppant et surtout fou de voir qu’un moment tout simple fait de deux bonnes volontés et d’empathie instantanée puisse encore générer cela. Vous n’imaginez pas à quel point mon âme d’être humain, d’amoureux, de papa, d’artiste est bercée« , a écrit le chanteur sur son compte Facebook.

https://www.rtl.be/info/monde/france/-immense-emotion-a-l-aeroport-de-toulouse-son-vol-retarde-elle-se-met-a-jouer-du-piano-quand-un-chanteur-lyrique-se-joint-a-elle-video–997512.aspx

Escalade en Syrie : jusqu’où les Russes peuvent-ils être poussés ?

Escalade en Syrie : jusqu’où les Russes peuvent-ils être poussés ?


2015-09-15_13h17_31-150x112Par le Saker – Le 16 février 2018 – Source The Saker

Les événements se sont récemment clairement aggravés et il est de plus en plus évident que la force d’intervention russe est visée par une campagne systématique d’« attaques de harcèlement ».

Tout d’abord, il y a eu l’attaque de drone et de mortiers (assez réussie) sur la base aérospatiale russe de Khmeimin. Ensuite, il y a eu le tir qui a abattu un SU-25 russe au-dessus de la ville de Maasran dans la province d’Idlib. Maintenant nous entendons parler de victimes russes dans le raid américain sur une colonne russe (avec des affirmation exagérées de « centaines » de Russes tués). Dans le premier cas, les responsables russes ont ouvertement fait part de leurs forts soupçons que l’attaque, si elle n’avait pas été planifiée et exécutée par les États-Unis, avait été au moins coordonnée avec leurs forces dans les environs. Dans le cas du SU-25 abattu, il n’y a eu aucune accusation ouverte, mais de nombreux experts ont déclaré que l’altitude à laquelle le SU-25 a été frappé suggère un MANPAD assez moderne d’un genre généralement pas vu en Syrie (l’allusion n’est pas du tout subtile étant donné que c’étaient des Stingers américains envoyés aux Kurdes par les États-Unis). Quant à la dernière attaque sur la colonne syrienne, ce qui se discute n’est pas qui l’a fait mais plutôt quelle sorte de personnel russe était impliqué, l’armée russe ou des combattants privés (cette dernière explication étant beaucoup plus probable puisque la colonne syrienne n’avait pas de couverture aérienne).

Pris séparément, aucun de ces incidents n’est significatif, mais pris ensemble, ils pourraient indiquer une nouvelle stratégie américaine en Syrie : punir les Russes autant que possible avant une attaque américaine ouverte contre les forces russes. Cette hypothèse me semble plausible pour les raisons suivantes :

Premièrement, les États-Unis et Israël sont toujours dans l’humiliation et la rage impuissante à cause de leur défaite en Syrie : Assad est toujours au pouvoir, Daech est plus ou moins défait, les Russes ont non seulement réussi dans leurs opérations militaires contre Daech mais aussi leur campagne pour amener autant de « bons terroristes » que possible à la table des négociations. Avec l’achèvement d’une conférence réussie sur la Syrie en Russie et l’accord général de toutes les parties de commencer à travailler à une nouvelle Constitution, il y a eu un réel danger que la paix éclate, une chose contre laquelle les Anglosionistes sont absolument déterminés à s’opposer (jetez un œil sur ce document apparemment piraté qui, s’il est authentique, énonce clairement que la politique américaine ne permettra pas aux Russes de faire quoi que ce soit).

Deuxièmement, tant Trump que Netanyahou ont promis d’amener beaucoup de « victoires » pour prouver comment ils sont virils et forts (comparés aux lopettes qui les ont précédés). Commencer une guerre ouverte contre les Russes serait certainement une « preuve de virilité » mais serait très dangereux. Tuer des Russes « à la marge » pour ainsi dire, soit avec une possibilité de déni plausible soit tuer des mandataires russes privés est une option beaucoup plus sûre et par conséquent beaucoup plus tentante.

Troisièmement, les élections présidentielles en Russie s’annoncent et les Américains continuent à tenir désespérément à leur seconde idée que s’ils créent des ennuis à Poutine (des sanctions ou des sacs mortuaires de Syrie) ils pourront d’une manière ou d’une autre influencer négativement sa popularité en Russie. (en réalité, ils obtiennent l’effet inverse, mais ils sont trop obtus et ignorants pour le comprendre).

Enfin, et surtout, les Anglosionistes ont perdu depuis longtemps leur capacité de parvenir à quoi que ce soit, leur position logique de repli est de ne permettre à personne d’autre de réussir. C’est le but principal de tout le déploiement américain au nord de la Syrie : créer des difficultés à la Turquie, à l’Iran, à la Syrie et, bien sûr, à la Russie.

Résultat : depuis que les Américains ont déclaré qu’ils veulent rester (illégalement) en Syrie jusqu’à ce que la situation se « stabilise », ils doivent faire tout ce qu’ils peuvent pour déstabiliser le pays. Oui, il y a une sorte de logique perverse dans tout cela…

Pour la Russie, toutes ces mauvaises nouvelles pourraient se résumer de la manière suivante : alors que la Russie a vaincu Daech en Syrie, elle est toujours loin d’avoir vaincu les Anglosionistes au Moyen-Orient. La bonne nouvelle, cependant, est que la Russie a des moyens pour faire face à cette situation.

Première étape : encourager les Turcs

Il y a une façon contre-intuitive mais à bien des égards idéale pour la Russie de contrer l’invasion américaine de la Syrie : impliquer les Turcs. Comment ? Pas en attaquant les forces étasuniennes directement, mais en attaquant les milices kurdes derrière lesquelles les forces américaines se « cachent » (au moins politiquement) actuellement. Pensez-y : alors que les États-Unis (ou Israël) n’auront aucun scrupule avant d’attaquer les forces syriennes ou iraniennes, attaquer de fait les forces turques entraînerait un immense risque politique : après la tentative de coup d’État soutenu par les États-Unis contre Erdogan et, pour ajouter l’insulte à l’injure, le soutien étasunien à la création d’un « mini-Kurdistan » en Irak et en Syrie, les relations américano-turques sont historiquement au plus bas et il ne faudrait pas grand chose pour pousser les Turcs à bout avec des conséquences potentiellement cataclysmiques pour les États-Unis, l’Union européenne, l’OTAN, le CENTCOM, Israël et tous les intérêts anglosionistes dans la région. Vraiment, il n’est pas exagéré de souligner l’importance stratégique de la Turquie pour l’Europe, la Méditerranée et le Moyen-Orient, et les États-Unis le savent. De là découle une conséquence très réelle même si elle peut comprise : les forces armées turques en Syrie jouissent fondamentalement de ce que j’appellerais une « immunité politique » contre toute attaque américaine, c’est-à-dire que peu importe (ou presque) ce que font les Turcs, les États-Unis n’envisageraient (presque) jamais de recourir ouvertement à la force contre eux, tout simplement parce que la conséquence, disons, d’une attaque de l’Armée de l’air américaine contre une colonne de l’armée turque serait trop grave.

En fait, je crois que les relation entre les États-Unis et la Turquie sont si mauvaises et si unilatérales que je vois une attaque sur une colonne ou une position kurde (ou de « bons terroristes ») − où des forces spéciales américaines seraient intégrées − comme beaucoup plus probable qu’une attaque américaine contre une colonne de l’armée turque. Cela peut paraître contre-intuitif, mais disons que les Turcs ont attaqué une colonne ou une position kurde (ou de « bons terroristes » avec du personnel américain) et que des soldats américains sont morts. Que feraient/pourraient faire les États-Unis ? Des représailles ? Pas question ! Non seulement l’idée que les États-Unis attaquent un pays membre de l’OTAN est tout à fait impensable, mais cela serait très probablement suivi par une demande des Turcs que les États-Unis/OTAN se retirent complètement du territoire et de l’espace aérien turcs. En théorie, les États-Unis pourraient demander aux Israéliens de faire leur sale boulot à leur place, mais les Israéliens ne sont pas stupides (même s’ils sont fous) et ils n’auraient pas intérêt à entamer une guerre de tirs avec la Turquie à propos de ce qui est un problème créé par les États-Unis dans un « mini-Kurdistan » de peur que du « sang juif » sacré soit versé pour quelques goyim fondamentalement sans valeur.

Non, si les Turcs tuaient effectivement des soldats américains, il y aurait des protestations et une vague de « consultations » et autres actions symboliques, mais au-delà de ça, les États-Unis encaisseraient les pertes et ne feraient rien. Quant à Erdogan, sa popularité au pays n’en serait que plus forte. Ce que tout cela signifie concrètement, c’est que s’il y a un acteur qui peut sérieusement perturber les opérations des États-Unis au nord de la Syrie, ou même les contraindre à se retirer, c’est la Turquie. Cette sorte de capacité donne aussi à la Turquie beaucoup de pouvoir de négociation avec la Russie et l’Iran, dont je suis sûr que Erdogan usera à son profit. Jusqu’à présent, Erdogan n’a fait que menacer de donner une « claque ottomane » aux États-Unis et le secrétaire d’État Tillerson se rend à Ankara pour essayer d’éviter un désastre, mais l’exemple turc voulant que les États-Unis choisissent soit le côté turc soit le côté kurde dans le conflit limite sérieusement les chances de toute véritable percée (le lobby israélien étant à 100% derrière les Kurdes). Il ne faut jamais dire jamais, mais je soutiens qu’il faudrait quelque chose comme un miracle à ce stade pour sauver les relations américano-turques. La Russie peut essayer de capitaliser sur cette dynamique.

La principale faiblesse de tout ce concept est, bien sûr, que les États-Unis sont encore assez puissants, y compris en Turquie, et qu’il serait très dangereux pour Erdogan d’essayer de se confronter ouvertement avec Oncle Sam et de le défier. Jusqu’à présent, Erdogan a agi avec audace et au mépris des États-Unis mais il comprend aussi les risques d’aller trop loin et, pour lui, envisager même ces risques doit comporter des perspectives d’avantages majeurs de sa part. Ici les Russes ont deux options de base : soit promettre aux Turcs quelque chose de très encourageant soit détériorer encore les relations actuelles entre les États-Unis et la Turquie. La bonne nouvelle est que les efforts russes pour semer la zizanie entre eux sont grandement aidés par le soutien américain à Israël, aux Kurdes et aux gulénistes.

L’autre risque évident est que toute opération anti-kurde peut se transformer en une nouvelle partition de la Syrie, cette fois par les Turcs. La réalité, cependant, est que les Turcs ne peuvent pas rester longtemps en Syrie, en particulier si la Russie et l’Iran s’y opposent. Il y a également le problème du droit international que les États-Unis peuvent beaucoup plus facilement ignorer que les Turcs.

Pour toutes ces raisons, utiliser les Turcs pour faire pression sur les États-Unis a ses limites. Pourtant, si les Turcs continuent d’insister pour que les États-Unis cessent de soutenir les Kurdes, ou s’ils continuent à faire pression militairement sur les milices kurdes, tout le concept étasunien d’un « mini-Kurdistan » soutenu par les États-Unis s’effondre et, avec lui, tout leur plan de partition de la Syrie.

Jusqu’ici, les Irakiens ont rapidement traité le « mini-Kurdistan » soutenu par les États-Unis en Irak et les Turcs prennent maintenant les mesures nécessaires pour s’en occuper en Syrie jusqu’à ce que leur problème soit résolu. Les Turcs ne sont pas intéressés à aider Assad ni, d’ailleurs, Poutine et ils ne se soucient pas de ce qui arrive à la Syrie tant que leur problème kurde est sous contrôle. Cela signifie que les Syriens, les Russes et les Iraniens ne devraient pas placer trop d’espoir dans le fait que les Turcs se retourneront contre les États-Unis, à moins bien sûr que les circonstances adéquates ne soient créées. Seul l’avenir dira si les Russes et les Iraniens seront en mesure d’aider à les créer.

Deuxième étape : saturer la Syrie avec des défense aériennes modernes mobiles à court et moyenne portée

En ce moment, personne ne sait quel genre de systèmes de défense aérienne les Russes ont fourni aux Syrien ces dernières années, mais c’est la voie à suivre pour les Russes : fournir beaucoup de systèmes de défense aérienne modernes et mobiles aux Syriens. Comme ce serait cher, la meilleure solution serait de livrer autant de systèmes mobiles Pantsir-S1 Gun/SAM et de MANPAD 9K333 Verba que possible aux Syriens et aux Iraniens. La combinaison de ces deux systèmes compliquerait énormément tout type d’opération aérienne pour les Américains et les Israéliens, en particulier parce qu’il n’y aurait aucun moyen pratique de prédire avec certitude l’emplacement à partir duquel ils pourraient opérer. Et comme les États-Unis et Israël interviennent dans l’espace aérien syrien en totale violation du droit international tandis que les forces armées syriennes protégeraient leur propre espace souverain, une telle fourniture de systèmes de défense par la Russie à la Syrie serait impeccablement légale. Encore mieux, il serait absolument impossible aux Anglosionistes de savoir qui a effectivement tiré sur eux puisque ces systèmes sont mobiles et faciles à dissimuler. Comme en Corée, au Vietnam ou au Liban, les équipages russes pourraient même être envoyés pour manier les systèmes de défense aérienne syriens et il n’y aurait aucun moyen pour personne de prouver que « les Russes l’ont fait » lorsque les avions américains et israéliens commenceraient à tomber du ciel. Les Russes profiteraient de ce que la CIA appelle un « déni plausible ». Les Américains et les Israéliens se retourneraient bien sûr contre la partie plus faible, les Syriens, mais cela ne ferait pas vraiment de différence sur le terrain puisque le ciel syrien resterait insécure pour les forces armées américaines ou israéliennes.

L’autre possibilité pour les Russes serait d’offrir des mises à niveau (logiciels et missiles) aux systèmes de défense aérienne syriens existants, en particulier pour leurs systèmes mobiles sur route 2K12 Kub et 9K37 Buk. Ces mises à niveau, en particulier si elles sont combinées avec le déploiement de suffisamment de Pantsirs et de Verbas seraient un cauchemar pour les Américains et les Israéliens. Les Turcs ne s’en préoccuperaient pas beaucoup puisqu’ils volent déjà généralement avec la totale approbation des Russes, de toute façon, et les Iraniens non plus qui, pour autant que je sache, ne mènent pas d’opération aérienne en Syrie.

Une objection à ce plan serait que deux côtés peuvent jouer ce jeu et qu’il n’y a rien qui empêche les États-Unis d’envoyer des MANPAD encore plus avancés à leurs alliés « bons terroristes » mais cet argument évacue totalement un point : si les deux côtés font la même chose, le côté le plus dépendant des opérations aériennes (les États-Unis) risque de perdre beaucoup plus que le côté qui a l’avantage sur le terrain (les Russes). En outre, en envoyant des MANPAD en Syrie, les États-Unis s’aliènent un allié putatif, la Turquie, alors que si la Russie envoie des MANPAD et autres SAM à la Syrie, les seuls qui se plaindront seront les Israéliens. Si cela se produit, les Russes auront une réponse simple et véridique : nous n’avons pas commencé ce jeu, ce sont vos alliés américains qui l’ont fait, vous pouvez aller les remercier pour ce gâchis.

Le principal problème en Syrie est le fait que les Américains et les Israéliens agissent dans le ciel syrien en toute impunité. Si cela change, ce sera un processus lent et graduel. D’abord, il y aurait quelques pertes isolées (comme récemment le F-16 israélien) puis nous verrions que l’emplacement des frappes aériennes américaines et/ou israéliennes passerait progressivement des centres urbains et des postes de commande centraux à des cibles plus petites et plus isolées (comme des colonnes de véhicules). Cela indiquerait une prise de conscience que les cibles les plus lucratives sont déjà trop bien défendues. Finalement, le nombre de sorties aériennes serait progressivement remplacé par des frappes de missiles de croisière et balistiques. À la base, il y aurait le passage d’opérations aériennes offensives à celles de protection des troupes qui, à leur tour, procureraient aux Syriens, aux Iraniens et au Hezbollah un environnement beaucoup plus facile pour intervenir. Mais la première étape nécessaire à tout cela serait d’augmenter considérablement la capacité des défenses aériennes syriennes.

Depuis des décennies, le Hezbollah est intervenu avec succès sous une suprématie aérienne israélienne totale et son expérience de ce genre d’opérations serait inestimable pour les Syriens jusqu’à ce qu’ils aient suffisamment développé leurs capacités de défense aérienne.

Conclusion : la contre-escalade est-elle vraiment la seule option ?

Franchement, je commence à croire que l’Empire a décidé de tenter une « reconquista » de la Syrie, même Macron émet quelques bruits sur le fait de frapper les Syriens pour les « punir » d’avoir utilisé des armes chimiques (inexistantes). À tout le moins, les États-Unis veulent faire payer aux Russes un prix aussi élevé que possible pour leur rôle en Syrie. Les autres buts américains en Syrie comprennent :

  • L’imposition d’une partition de facto de la Syrie en prenant le contrôle de son territoire à l’est de l’Euphrate (nous pourrions appeler cela le « plan C version 3.0 ») ;
  • Le vol des champs gaziers situés au nord-est de la Syrie ;
  • La création d’une zone de transit contrôlée par les Américains à partir de laquelle les opérations des Kurdes, des bons et des mauvais terroristes pourraient être planifiées et exécutées ;
  • Le sabotage de toute négociation de paix soutenue par les Russes ;
  • Le soutien aux opérations israéliennes contre les forces iraniennes et du Hezbollah au Liban et en Syrie ;
  • S’engager dans des attaques régulières contre les forces syriennes tentant de libérer leur pays des envahisseurs étrangers :
  • Présenter l’invasion et l’occupation de la Syrie comme l’une des « victoires » promises par Trump au Complexe militaro-industriel et au lobby israélien.

Jusqu’à présent, la réponse russe à cette stratégie en développement a été plutôt passive et l’escalade actuelle suggère fortement qu’une nouvelle approche pourrait être nécessaire. Abattre le F-16 israélien est un premier pas dans la bonne direction, mais il faut faire beaucoup plus pour augmenter significativement les coûts que l’Empire devra payer pour sa politique à l’égard de la Syrie. L’augmentation du nombre de commentateurs et d’analystes russes réclamant une réaction plus forte aux provocations actuelles est peut-être un signe que quelque chose est en gestation.

The Saker

Cette analyse a été écrite pour Unz Review

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/escalade-en-syrie-jusquou-les-russes-peuvent-ils-etre-pousses

 

Maison Blanche : L’Irak a le virus anthrax La Russie a créé NotPetya

Maison Blanche : L’Irak a le virus anthrax La Russie a créé NotPetya


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 16 février 2018

Hier soir, la Maison Blanche a accusé l’armée russe d’avoir créé et propagé le malware destructeur « NotPetya » qui, en juin 2017 a infesté de nombreuses entreprises internationales.

Déclaration du porte-parole

En juin 2017, l’armée russe a lancé la cyber-attaque la plus destructrice et la plus coûteuse de l’histoire.

L’attaque, surnommée « NotPetya » s’est rapidement propagée dans le monde entier, causant des milliards de dollars de dégâts en Europe, en Asie, et dans les Amériques. Elle s’inscrivait dans le cadre des efforts continus du Kremlin pour déstabiliser l’Ukraine, et témoigne toujours plus clairement de l’engagement de la Russie dans le conflit en cours. Il s’agit également d’une cyber-attaque irresponsable et tous azimuts qui aura des conséquences internationales.

Cette déclaration ressemble à s’y méprendre aux déclarations précédentes accusant l’Espagne d’avoir fait exploser le Maine ou Saddam Hussein d’avoir des armes de destruction massive.

Ni les États-Unis ni personne d’autre n’a présenté la MOINDRE preuve de la MOINDRE implication russe dans la création ou la diffusion du malware NotPetya. Les États-Unis l’affirment sans pouvoir le démontrer.

Il est, en général, absolument impossible d’attribuer à qui que ce soit de telles cyber-attaques. Comme l’a expliqué John McAfee, qui a fondé une société anti-virus :

« Lorsque le FBI ou tout autre organisme affirme que les Russes ou que les Chinois ou que les Iraniens ont fait quoi que ce soit, ils mentent » a déclaré M. McAfee. (…)

« Un hacker capable d’entrer par effraction dans un système est tout à fait capable d’effacer ses traces. Si j’étais Chinois et que je voulais faire croire que les Russes l’ont fait, j’utiliserais la langue russe dans le code. J’utiliserais des techniques russes pour entrer par effraction dans les organisations, donc il n’y a tout simplement pas moyen de déterminer la source d’une attaque – c’est un mensonge. » (…)

« Je peux vous le garantir, si on a l’impression que ce sont les Russes qui l’ont fait, oui je peux vous garantir que ce n’était pas les Russes. »

Je suis d’accord avec McAfee. La CIA est certainement aussi d’accord avec lui. En effet WikiLeaks a publié un certain nombre d’outils cybernétiques de la CIA qu’une de ses sources lui avait procuré. Il s’agissait notamment de logiciels spécialement conçus pour que les attaques soient attribuées à d’autres que leurs auteurs :

« À travers le programme UMBRAGE de la Remote Devices Branch, la CIA collecte, enregistre et archive une grande quantité de techniques de piratage et de logiciels malveillants ‘volés’ à d’autres acteurs et/ou produits dans d’autres États y compris la Fédération de Russie.

Avec UMBRAGE et des programmes de ce type, la CIA peut non seulement augmenter la variété de ses attaques, mais elle peut aussi faire croire que ceux à qui ces programmes malveillants ont été volés sont à l’origine des attaques en laissant derrière elle leurs ’empreintes’. »

Presque tous les éléments qui permettent d’identifier l’origine d’une cyber-attaque peuvent aisément être falsifiés pour accuser quelqu’un qui n’a rien à voir avec elle.

Le British National Cyber Security Center, qui fait partie de l’organisation britannique d’espionnage informatique GCHQ, affirme également que l’armée russe est « presque certainement » responsable de l’attaque de NotPetya. Le Canada et les Australiens disent aussi la même chose.

Mais attention – ce ne sont PAS des sources indépendantes. Ils font partie, avec la Nouvelle-Zélande, de l’alliance d’espionnage des « Five Eyes ». D’après les dossiers de la NSA publiés par Edward Snowden, nous savons que les Five Eyes sont en pratique dirigés par la US National Security Agency :

« Un document interne cite les paroles du chef de la NSA, le lieutenant-général Keith Alexander, lors d’une visite à Menwith Hill en juin 2008 : ‘Pourquoi ne pouvons-nous pas intercepter tous les signaux tout le temps ? On dirait que cette question pourrait faire l’objet d’un bon programme d’été pour Menwith’. »

Menwith Hill est une base d’espionnage de la Royal Air force et fait partie de l’infrastructure du GCHQ. Que le responsable de la NSA puisse lui dicter son « programme d’été » montre où se trouve le vrai pouvoir.

Le gouvernement russe récuse fermement les accusations.

NotPetya était un virus destructeur qui se dissimulait sous la forme d’un ransomware 1. Il était constitué à la base d’outils d’attaque développés par la NSA qui ont ensuite été diffusés anonymement par quelqu’un dont le pseudo était Shadow-Broker. Un des vecteurs d’attaque utilisé par NotPetya était le mécanisme de mise à jour de logiciels de comptabilité fiscale communs à l’Ukraine et à la Russie. Mais le virus s’est rapidement propagé dans le monde entier :

« La banque centrale de l’Ukraine ; les ordinateurs du gouvernement ; les aéroports ; le métro de Kiev ; la compagnie d’électricité d’État Ukrenergo ; le système de surveillance des rayonnements de Tchernobyl ; et d’autres machines du pays ont été attaqués. Tout comme le géant pétrolier russe Rosneft, le cabinet d’avocats DLA Piper, le géant biopharmaceutique américain Merck, l’annonceur britannique WPP et la compagnie danoise Maersk, entre autres. »

C’est à la compagnie maritime danoise Maersk que NotPetya a causé le plus grand dommage. Elle a dû redémarrer complètement toute son infrastructure et a perdu entre 250 et 300 millions de dollars à cause de l’attaque.

La question qu’il faut toujours se poser lorsque de telles accusations sont portées est celle-ci : quel intérêt celui qui en est accusé avait-il à le faire ?

En janvier, le Washington Post a donné le coup d’envoi des accusations étasuniennes sur le malware NotPetya :

« La CIA a attribué à des pirates militaires russes une cyber-attaque qui a endommagé les ordinateurs en Ukraine l’année dernière. Leur but était de perturber le système financier de ce pays dans le cadre du soutien militaire de la Russie aux séparatistes fidèles au Kremlin. (…)

Selon des rapports classifiés cités par les responsables du renseignement américains, la CIA est arrivée, en novembre dernier, à la conclusion ‘presque sûre’ que l’agence d’espionnage militaire du GRU avait créé NotPetya. (…)

Les pirates travaillaient pour le service d’espionnage militaire GTsST, ou Main Center for Special Technology, selon la CIA. Cette unité est fortement impliquée dans le programme de cyber-attaque du GRU, qui comprend le lancement d’opérations d’influence. »

Quel aurait bien pu être le motif de l’« armée russe » de répandre un malware (mal fichu) qui détruit au hasard les fichiers informatiques d’entreprises du monde entier, y compris ceux de Rosneft, le géant russe du pétrole ? Ceux qui croient que le système financier ukrainien était la cible se trompent presque certainement. D’ailleurs aucune preuve ne vient corroborer ça. La Banque centrale ukrainienne n’a été qu’une des milliers de victimes de l’attaque.

Seulement 50 % environ des entreprises contaminées se trouvaient en Ukraine. La plupart d’entre elles n’étaient pas des sociétés financières. L’attaque a été lancée au moyen d’un mécanisme de mise à jour d’un logiciel comptable qui est également utilisé en Russie. Ce vecteur d’attaque initial a probablement été choisi simplement pour sa facilité d’utilisation. La société de logiciels comptables était très mal protégée contre les attaques. Les premiers ordinateurs infectés ont ensuite utilisé un mécanisme différent pour propager le malware à d’autres machines. L’attaque a été lancée un jour férié ukrainien, ce qui n’était pas le meilleur moyen de la propulser le plus vite possible dans toute l’Ukraine.

Le fait que l’Ukraine et la Russie aient été frappées en premier par les logiciels malveillants n’est probablement qu’une question d’horaire. Les États-Unis et la majeure partie de l’Europe occidentale dormaient encore lorsque le virus a commencé à proliférer. Il n’a fallu que quelques heures aux firmes d’anti-virus, dont la société russe Kaspersky, pour identifier les logiciels d’attaque. Une solution pour limiter les dégâts a été trouvée en moins de douze heures. Au moment où la journée de travail commençait aux États-Unis les firmes d’anti-virus avaient déjà publié des conseils et un code de protection. Si l’attaque n’avait pas été enrayée par un logiciel de protection, elle aurait affecté beaucoup plus d’ordinateurs. Et la plupart d’entre eux n’auraient pas été en Ukraine.

Il est extrêmement douteux que l’attaque NotPetya puisse être attribuée à une organisation russe comme le prétendent les Étasuniens. Il est généralement impossible d’identifier avec certitude l’origine d’une telle cyber-attaque. Il est facile à n’importe quel concepteur de virus un tant soit peu compétent de modifier le code pour que le virus paraisse avoir été créé par un tiers. La CIA elle-même développe des outils qui permettent de le faire.

Les logiciels attaquants semblaient de qualité assez médiocre. C’était un fourre-tout mal conçu créé à partir de logiciels malveillants et d’outils espions connus. L’attaque ne se limitait pas à un pays ou à une cible en particulier. Elle peut au mieux être décrite comme un acte de vandalisme d’échelle mondiale ciblant tout le monde et personne. On ne voit pas pourquoi une organisation d’État russe quelle qu’elle soit ferait quelque chose d’aussi inepte.

En 2009, la Russie a proposé de conclure un traité international interdisant les cyber-attaques. Ce sont les États-Unis, sous Obama, qui l’ont rejeté en disant que c’était « inutile » ; et ils ont continué d’élargir leurs propres capacités d’attaque.

Le gouvernement étasunien a lancé une guerre froide 2.0 contre la Russie. Le motif semble être essentiellement financier. Faire la chasse à quelques « terroristes » ne nécessite  pas de gros budgets militaires, mais déclarer la guerre à une puissance nucléaire, si.

Les accusations actuellement proférées contre la Russie ne sont pas plus fondées que les allégations passées d’armes de destruction massive en Irak. Espérons que ces nouvelles accusations n’auront pas des conséquences aussi lourdes !

Traduction : Dominique Muselet

Note

  1. Un ransomware, ou rançongiciel, est un logiciel malveillant qui prend en otage des données personnelles.

http://lesakerfrancophone.fr/maison-blanche-lirak-a-le-virus-anthrax-la-russie-a-cree-notpetya

 

Publicités

Revue de presse nationale et internationale.

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :