De Notre-Dame de Paris aux Misérables, Victor Hugo est-il toujours politique ?


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Emmanuel Macron invite le pape François en France

Emmanuel Macron invite le pape François en France

MACRON POPE

AFP PHOTO / POOL / Alessandra Tarantino
Le président français, Emmanuel Macron, et le pape François s’échangeant leurs cadeaux, le 26 juin 2018.
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« J’ai eu hier le Pape au téléphone, je l’ai évidemment invité à venir, et il viendra en temps voulu », a indiqué Emmanuel Macron alors qu’il recevait à l’Élysée quelque 300 pompiers ayant participé au sauvetage de la cathédrale de Paris.

Le pape François viendra « en temps voulu » en France, a indiqué jeudi Emmanuel Macron, qui l’a de nouveau invité au cours d’un échange téléphonique après l’incendie de Notre-Dame. « J’ai eu hier le Pape au téléphone, je l’ai évidemment invité à venir, et il viendra en temps voulu ». Le président français s’exprimait lors d’un hommage aux pompiers ayant contribué au sauvetage de la cathédrale Notre-Dame de Paris dans la nuit du 15 au 16 avril.

Le chef d’État français et le pontife argentin ont échangé par téléphone le 16 avril dans l’après-midi au sujet de l’incendie du sanctuaire. Pour le moment, le successeur de Pierre s’est seulement rendu en France en novembre 2014 pour une visite des institutions européennes. Le chef de l’État avait rencontré le Pape au Vatican en juin 2018, avant de prendre son titre de chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean-de-Latran. Benoît XVI avait effectué une visite en France en septembre 2008, se rendant à Paris puis Lourdes. Avant lui, Jean Paul II a visité la France à plusieurs reprises, notamment en 2004 (Lourdes), 1997 (JMJ de Paris), 1996 (Reims) et 1980.

En images : l’intérieur de Notre-Dame de Paris après l’incendie

La destruction des fondations morales de l’Occident a été accomplie par des politiciens qui ont utilisé l’argument du “moindre mal”

La destruction des fondations morales de l’Occident a été accomplie par des politiciens qui ont utilisé l’argument du “moindre mal”

La destruction des fondations morales de l’Occident a été accomplie par des politiciens qui ont utilisé l’argument du “moindre mal”

« Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment » (Mc 13,33). Cette parole du Christ, l’avons-nous trop entendue ? Michael D. O’Brien, auteur du roman le Père Elijah, propose quelques réflexions sur l’Apocalypse et les épreuves que l’Eglise doit affronter dans les derniers temps qui sont les nôtres. Il appelle les catholiques à rester fermes dans la foi, à refuser le compromis et le “moindre mal” :

Comment avons-nous perdu dans cette nation tellement de nos batailles pour la vérité ? Nous les avons presque toutes perdues parce que des hommes fondamentalement de bonne volonté ont succombé à une fausse interprétation du principe du “moindre mal”. Ils se croyaient de bonnes personnes et en tant que telles ne devaient pas perdre leur siège au parlement ou perdre leur voix dans les sphères d’influence où ils se trouvaient. Ils étaient convaincus que le compromis était la seule manière de préserver des morceaux de bien. Ils comptaient bien trop sur la stratégie et bien insuffisamment sur la grâce. Ils ne voulaient pas être ce que le prophète Siméon a appelé “un signe de contradiction”. Ils ne pouvaient pas supporter d’être des signes qui seraient rejetés. Ils se sont convaincus d’être des réalistes et en sont venus à croire que ceux qui tenaient fermes sur les principes étaient des idéalistes voués à l’échec.

Et c’est toujours la même histoire : du sommet au bas de cette société, érosion, érosion, érosion !

La destruction des fondations morales de l’Occident a été accomplie pratiquement sans résistances par de tels politiciens. Ils ont utilisé l’argument du “moindre mal” pour s’exonérer alors qu’ils votaient des lois immorales, arguant que leurs compromis évitaient de grands maux. C’est le moyen par lequel la révolution socio-sexuelle s’est progressivement imposée, contournant la conscience avec un argument apparemment “moral”. Il manquait à de tels politiciens une compréhension correcte de l’usage légitime du “moindre mal” et ils n’ont pas réussi à résister avec courage.

https://www.lesalonbeige.fr/la-destruction-des-fondations-morales-de-loccident-a-ete-accomplie-par-des-politiciens-qui-ont-utilise-largument-du-moindre-mal/

Expropriations forcées en Afrique du Sud : un air de Zimbabwe ?

Expropriations forcées en Afrique du Sud : un air de Zimbabwe ?

Lourmarin – sign – Propriete Privee By: Elliott Brown – CC BY 2.0

En Afrique du Sud, depuis un an, l’épineuse question de redistribution des terres revient sur le devant de la scène en cette période électorale.

Par Narcisse Oredje1.
Un article de Libre Afrique

Le 23 mars 2019, alors qu’il remettait les titres de propriété aux descendants des membres de la tribu des Griquas, expropriés dans les années 1920, le président Cyril Ramaphosa a annoncé l’accélération du processus de la réforme agraire promettant des expropriations sans compensations pour redistribuer les terres aux Noirs.

Depuis un an, l’épineuse question de redistribution des terres revient sur le devant de la scène en cette période marquée par la campagne pour les élections du 8 mai prochain. En se référant au cas du Zimbabwe, que risque la nation arc-en-ciel en instaurant une telle politique ?

DES MOTIVATIONS POLITIQUES AU DÉTRIMENT DE LA LOGIQUE ÉCONOMIQUE

Officiellement, le gouvernement sud-africain envisage l’expropriation des terres sans compensations pour accroître la productivité et assurer la sécurité alimentaire. Du déjà vu avec le Zimbabwe de Mugabe qui a fait de ces réformes agraires son cheval de bataille durant tout son règne.

Ceci étant, déconstruire un système qui génère plus de 10 milliards de rands par an pour le remplacer serait une folie. L’échec du Zimbabwe est là pour en témoigner. Le projet d’expropriation des terres ne date pas d’aujourd’hui mais le moment choisi et la procédure respirent le détournement politique.

Comme Mugabe, l’ANC instrumentalise la réforme agraire pour redorer son blason auprès de ses électeurs, surtout après les scandales de corruption (cas de Jacob Zuma) qui ont terni l’image du vieux parti noir. L’ANC tente également de se positionner pour contrer la montée en puissance du parti radical Economic Freedom Figthers, grand défenseur de cette cause. Autrement dit, ce n’est pas l’accès des Noirs à la propriété foncière qui préoccupe les dirigeants de l’ANC, mais bel et bien la sauvegarde de leur pouvoir.

LE RISQUE DE CHUTE DE LA PRODUCTION AGRICOLE EN AFRIQUE DU SUD

Les fermiers blancs, qui détiennent environ 73 % des terres, assurent à eux seuls plus de 80 % de la production agricole en Afrique du Sud. Ils permettent à l’État, grâce à l’agriculture commerciale, de générer plusieurs milliards de rands mais aussi de faire vivre plus de 160 000 ouvriers noirs et leurs familles.

Retirer les terres à ces hommes qui nourrissent les Sud-Africains grâce à leur productivité et qui assurent l’essentiel des matières premières agricoles aux industries revient à déséquilibrer tout cet écosystème avec un réel risque de déstabilisation de l’économie sud-africaine.

Au Zimbabwe, suite à des mesures similaires prises par le gouvernement de Mugabe, la production agricole n’avait pas tardé à chuter. Les revenus du tabac, par exemple, sont passés de 400 millions à 105 millions de dollars en seulement trois ans (2000 à 2003). En termes d’alimentation le Zimbabwe était le grenier de l’Afrique, mais en seulement dix ans (1998 à 2008), environ 5 millions de citoyens, soit la moitié de la population, ont désormais besoin d’aide alimentaire.

Cette crise était étroitement liée à la baisse de production céréalière, notamment le maïs et le blé qui ont enregistré respectivement des baisses de 28 % et 40 % en 2007. Ce déficit de production s’explique par plusieurs autres facteurs connexes que le projet d’expropriation des terres n’a pas pris en compte.

MANQUE DE COMPÉTENCES DES PRODUCTEURS NOIRS

Au Zimbabwe, les réformes agraires enclenchées ont mis à nu l’incapacité des producteurs noirs à prendre la relève des fermiers blancs qui à eux seuls produisaient environ 70 % de la production agricole annuelle. Pis, les réformes consistaient en réalité à arracher aux Blancs les terres pour les redistribuer, non pas aux pauvres, mais – et plus particulièrement les meilleurs lots – aux leaders politiques proches du pouvoir, généralement anciens combattants de la guerre d’indépendance, et à une petite minorité de paysans noirs sans ressources suffisantes pour faire mieux que les Blancs.

Finalement, les terres sont restées inexploitées, causant le recul de la production. Tout comme le Zimbabwe, l’Afrique du Sud risque de subir le même sort. Tous les Noirs revendiquent ces terres alors qu’ils n’ont pas les compétences et encore moins la volonté nécessaire pour se substituer aux producteurs blancs.

Au Zimbabwe, les terres ont été redistribuées aux Noirs, mais ils n’avaient ni les infrastructures adéquates ni de financement et encore moins de l’eau pour produire. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils ont tous revendu ces terres qui ne valaient pas grand-chose pour eux.

VIOLATION ANTISOCIALE DES DROITS DE PROPRIÉTÉ

Arracher les terres de force sans verser des compensations aux propriétaires constitue une violation grave des droits fondamentaux de propriété reconnus aux fermiers blancs depuis les indépendances. Avec une telle réforme, le signal envoyé aux futurs investisseurs est négatif car ils n’auront aucune garantie que leurs biens et capitaux seront sécurisés.

Or, faire fuir les investisseurs aussi bien locaux qu’étrangers compromettra la création de richesse et d’emplois en Afrique du Sud. Pour rappel, leur retrait lors des réformes au Zimbabwe a précipité l’effondrement de l’économie agricole. Plus de 35 000 ouvriers agricoles sont envoyés en chômage suite à la ruine des fermes agricoles autrefois productives. Au total ce sont plus de 800 000 personnes dépendant directement des fermiers blancs qui se sont retrouvées sans sources de revenus.

L’économie a pris un coup fatal avec une chute de 40 % du PIB en dix ans (1998 à 2008). Une réforme sensée résoudre les problèmes de la masse devient ainsi pire que le problème de départ. L’insécurité alimentaire et le chômage sont deux risques plausibles qui pourraient contraindre les Sud-Africains à l’exil, comme ce fut le cas pour la majorité des Zimbabwéens.

Bref, le projet d’expropriation des terres en Afrique du Sud est une manipulation politique et non une réforme socio-économique.  L’effondrement de l’économie zimbabwéenne doit servir d’exemple à la classe dirigeante sud-africaine. Si une réforme agraire est nécessaire, celle-ci ne doit pas être implémentée au détriment du respect des droits de propriétés, lesquels constituent les fondations de toute économie. Leur non-respect conduit fatalement à l’effondrement de toute l’économie, à l’image du Zimbabwe.

Sur le web

La bataille du Signe des Temps

La bataille du Signe des Temps

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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La bataille du Signe des Temps

20 avril 2019 – J’avoue n’avoir pas marchandé mon bonheur lorsque Finkielkraut, semi-grave pour l’évidente force de son idée et demi-ironique en imaginant ce que seraient les binettes de ceux qui l’écoutaient, commença à dire qu’il ne croyait pas à un accident ni à un attentat, pas du tout… Mais bien plutôt ceci, évoquant l’usine à touristes par millions, l’incessante exploitation, « livrée aux cars immenses et immondes, découragée par cet environnement dé-spiritualisé, elle a voulu mettre fin à ses jours et in extremis en a été empêchée par des pompiers exemplaires et héroïques »…

Je ne marchande pas mon bonheur car vous aurez tous reconnu l’idée centrale que développe notre poétesse Badia Benjelloun dans son « Notre-Dame ». Il est vrai que nous autres, pauvres hères et pauvres humains qui portons et supportons cette époque terrifiante de bassesse, nous comprendrions si bien qu’elle, Notre-Dame, puisse songer au pire selon nos conceptions habituelles et peut-être erronées ; exaspérée enfin, par les marchands du temple qui sont le principal “reflet du temps” que le philosophe Premier ministre Philippe voudrait voir figurer pour illustrer Notre-Dame 2.0 à laquelle nous apporterions les améliorations qui s’imposent, avec consommation réduite, taxe-carbone, et une décoration extérieure rendant compte de cette sublime “diversité” qui fait toute la richesse de cette opulente époque des hautes eaux du système sanitaire. Dans une telle perspective enfermée dans de telles intentions de bureaucrates de l’Art Contemporain, tiendrions-nous le terrain propice à nos élans décisifs ?

Enfin, la “performance” comme il détesterait que l’on dise, d’Alain Finkielkraut sur LCI vendredi, fut dispensatrice d’énergie et surtout portant confirmation, pour mon compte, que s’ouvre effectivement une bataille autour d’un symbole et de son sort, où la métaphysique, et par conséquent la métahistoire, auront la place la plus éminente. « C’est la métaphysique qui descend dans l’hallucinant débat agité des combats politiques pour affirmer une tragédie, restaurer une gravité », dit le comédien Fabrice Lucchini, et j’en suis bien aise.

Finkielkraut participe bien entendu à cette intense émotion qui a saisi le peuple de France, et déclenché une crise étrange, imprévue, extraordinaire, une crise pour le meilleur ou pour le pire. Le suicide raté de Notre-Dame a montré aux Français combien les Français aimaient Notre-Dame, et « Notre-Dame nous a paru vivante parce qu’elle nous a paru mortelle » ; il s’agissait de la sauver, de la retenir au bord du gouffre, parce qu’avec elle nous pouvions bien purement et simplement disparaître, la suivre dans sa funeste décision pourtant si justifiée par la conduite de tant d’arrogance de l’hybris des piètres arrangements humains… Il s’agissait de tout cela car elle est bien autre chose, nous le découvrons :

« Nous avons découvert une autre idée de patrimoine que celle qui était répandue… Ce n’est pas simplement un joyau touristique, ce n’est pas simplement un gisement culturel… […] C’est effectivement [aussi et d’abord] une partie de notre être, un vestige du passé, la présence des morts et pour certains du divin… »

Au cours de cette intervention, Finkielkraut est apparu plus calme qu’à l’ordinaire, moins atteint par la polémique et ainsi moins vulnérable et dominant sa sensibilité parfois impérative et trop exigeante, comme si le fait de s’adosser aux vieilles pierres venues des siècles d’antan donnait une force singulière en bronzant la conviction. Les objections, les répliques ou les attaques dont il fut l’objet manquaient singulièrement de mordant. L’on comprit également que la “reconstruction” de Notre-Dame serait une route semées d’embûches, ou même, et même plus encore, je le répète avec force, une bataille terrible. Finkielkraut, comme bien d’autres, s’il admet ne pas attendre une restauration parfaitement à l’identique, hurle des cris de colère aux échos des thuriféraires de l’Art Contemporain, de la “diversité”, et toutes cette sorte de choses accouchées par une terrible et nihiliste postmodernité, qui déjà tente d’investir le chantier de la restauration. Une terrible bataille, vous dis-je, une bataille pour la substance des pierres et la forme de l’architecture sacrée ; une bataille pour le Signe des Temps

On comprend que toutes les dimensions sont présentes, que l’aspect symbolique se trouve représenté par des situations extrêmement précises et identifiables dans les querelles les plus significatives de notre temps de Grande Crise. Il y est question d’identité, de la conception de la Nation et de l’extension du politique qu’elle implique, du manque de sens d’une époque complètement phagocytée dans l’économisme et dans les narrative arrogantes, qui soudain se trouvent confrontées à ces “siècles d’Histoire” et à l’interrogation de la dimension divine. Notre-Dame porte tout cela, et bien d’autres choses de la même essence encore, et par conséquent son drame devient absolument le drame d’une époque avec sa Grande Crise, et son incendie, et les ruines qui suivent, font naître dans bien des esprits l’analogie de l’incendie et des ruines qui caractérisent la Grande Crise et son époque.

Dans cette situation, il ne fait aucun doute que ce qu’on pourrait désigner comme le “parti postmoderne” a parfaitement compris qu’il s’agit d’une bataille et que son enjeu est colossal. Il la livrera avec toutes les forces de dissolution et de subversion à sa disposition, et peut-être certains y verront-ils le visage du Diable ; je ne ferai rien pour les en dissuader. Peut-être même irait-on jusqu’à penser qu’il s’agit là d’une sorte de “bataille finale”, une sorte d’Armageddon enfin. Ainsi, de symbole qu’est Notre-Dame dans l’occurrence tragique de l’incendie de lundi, devient-elle un signe des Temps, le véritable et décisif Signe des Temps.

J’ai parlé plusieurs fois, ces derniers temps, de Guénon et de son livre Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps ; on y lisait ceci, dans celui du 5 mars 2019 : « Avec Guénon, nous sommes au terme de la Fin des Temps. » Avec Notre-Dame, nous sommes à l’ultime et décisif Signe des Temps.

http://www.dedefensa.org/article/la-bataille-du-signe-des-temps

Série d’explosions au Sri Lanka: le bilan s’alourdit

 

Le bilan des attaques à la bombe contre trois hôtels et trois églises au Sri Lanka où moment de la célébration de la messe de Pâques a grimpé à 156 morts, dont 35 étrangers, a-t-on annoncé de source policière. “Il y a beaucoup de personnes blessées dont certaines dans un état critique”, a indiqué une source policière qui a requis l’anonymat, ajoutant que 254 personnes avaient été admises à l’hôpital à Colombo et que 60 blessés avaient été recensés dans deux attaques hors de la capitale.

Selon la police, au moins 64 personnes ont trouvé la mort à Colombo, où trois hôtels haut de gamme et une église ont été visés par les explosions.

Environ 67 autres personnes ont trouvé la mort dans une église et 25 autres dans une autre église à Batticaloa, dans l’est du pays. Les catholiques sri-lankais, à l’instar de ceux du reste du monde, se rendaient dimanche à l’église pour la messe de Pâques, l’un des temps forts de l’année religieuse chrétienne. Toutes les célébrations de Pâques ont été annulées dans le pays, a annoncé l’archevêché.

Le Premier ministre Srilankais, Ranil Wickremesinghe, a condamné ces “attaques lâches” mais n’a pas donné de chiffres exactes des victimes.

Le Sri Lank est un pays à majorité bouddhiste où les catholiques sont estimés à 1,2 million sur une population totale de 21 millions d’habitants.

L’Empire américain est déjà révolu – Le Saker interviewe Dmitri Orlov

L’Empire américain est déjà révolu – Le Saker interviewe Dmitri Orlov

« Je pense que l’empire américain est déjà bien révolu, mais il n’a pas encore été soumis à un test de résistance sérieux, et donc personne ne se rend compte que c’est le cas. »

Si je devais caractériser la situation internationale actuelle avec un seul mot, le mot « chaos » serait un choix assez convenable (mais pas le seul). Chaos en Ukraine, chaos au Venezuela, chaos partout où l’Empire est impliqué à quelque titre que ce soit et, bien sûr, chaos aux États-Unis. Mais vous ne le saurez pas en écoutant les têtes parlantes et les autres « experts » qui ont pour l’Empire à peu près la même fonction que l’orchestre sur le Titanic : distraire le plus longtemps possible de la ou des catastrophes qui se produisent.

J’ai décidé de me tourner vers l’expert incontesté de l’effondrement social et politique, Dmitri Orlov, que j’ai toujours admiré pour ses analyses comparatives très logiques, non idéologiques, de l’effondrement de l’URSS et des États-Unis. Le fait que ses détracteurs doivent recourir à des attaques ad hominem grossières et, franchement, stupides, me convainc encore davantage que les vues de Dmitri doivent être largement partagées. Dmitri a très aimablement accepté de répondre à mes questions de façon assez détaillée, ce dont je lui suis très reconnaissant. J’espère que vous trouverez cet entretien aussi intéressant que moi.

Le Saker


Le Saker : Comment évaluez-vous la situation actuelle en Ukraine en termes d’effondrement social, économique et politique ?

Dmitri Orlov : L’Ukraine n’a jamais été viable en tant qu’État indépendant et souverain et sa désintégration, déjà amorcée, est donc à prévoir. L’applicabilité du concept d’effondrement repose sur l’existence d’une entité intacte et autonome capable de s’effondrer, ce qui n’est certainement pas le cas avec l’Ukraine. Jamais, dans son histoire, elle n’a été capable de fonctionner seule en tant qu’entité stable, autosuffisante et souveraine. Dès qu’elle a accédé à l’indépendance, elle s’est effondrée. Tout comme les pays Baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), elle avait atteint son apogée de développement économique et social au moment même où l’URSS était sur le point de s’effondrer, et elle n’a cessé depuis de dégénérer et de perdre sa population. Ainsi, le bon modèle pour en discuter n’est pas celui de l’effondrement soudain, mais celui d’une dégénérescence et d’une déliquescence constantes.

Le territoire de l’Ukraine a été assemblé par les bolcheviques – d’abord par Lénine, puis par Staline, puis par Khrouchtchev. C’est Lénine qui y a mis ses régions orientales (Donetsk et Lougansk en particulier) qui faisaient auparavant partie de la Russie proprement dite. Staline a ensuite ajouté des terres occidentales, qui étaient à différentes époques polonaises, austro-hongroises ou roumaines. Enfin, Khrouchtchev y a jeté la Crimée russe dans un mouvement anticonstitutionnel à l’époque, car aucun référendum public n’avait été organisé en Crimée pour trancher cette question comme l’exigeait la Constitution soviétique.

Avant cette initiative bolchevique, le mot « Ukraine » n’était pas utilisé comme une dénomination politique ou géographique propre. Le territoire était considéré comme faisant partie de la Russie, se distinguant du reste par le préfixe « Malo- ». (petit) et appelé « Malorussie » (Petite Russie). Le mot « Ukraine » est simplement une forme archaïque du mot russe « okraina » (périphérie, terre frontalière). C’est pourquoi l’article défini « le » est nécessaire : l’Ukraine est littéralement « la périphérie de la Russie ». Les Soviétiques ont doté cette terre frontalière d’une identité imaginaire et ont forcé nombre de ses habitants à se déclarer officiellement comme ethniquement « Ukrainiens » afin d’obtenir un siège supplémentaire à l’ONU, avec succès.

Cette bouillie politique était censée tenir debout grâce une identité ethnique ukrainienne, qui est elle-même une mixture. La langue ukrainienne est une combinaison de dialectes des villages du sud de la Russie avec un peu de polonais ajouté comme arôme. Elle a une tonalité que les Russes trouvent enchanteresse, ce qui la rend bien adaptée aux chansons folkloriques. Mais elle n’a jamais eu beaucoup de valeur pratique, et la langue de travail des Ukrainiens a toujours été le russe. Aujourd’hui encore, les nationalistes ukrainiens passent au russe si le sujet est suffisamment exigeant. Sur le plan religieux, la majorité de la population est orthodoxe russe depuis de nombreux siècles et l’est toujours.

Lors de mes conversations au sujet de l’Ukraine avec de nombreux Ukrainiens, au fil des ans, j’ai découvert une vérité choquante : contrairement aux Russes, les Ukrainiens semblent avoir une solidarité ethnique absolument nulle. Ce qui les unit, c’est leur expérience historique commune au sein de l’Empire russe, puis de l’URSS, mais cet héritage historique est activement effacé. Après l’effondrement soviétique et l’indépendance de l’Ukraine, une campagne de désoviétisation et de dé-russification de l’Ukraine a suivi, désavouant cet héritage historique commun pour le remplacer par une identité synthétique ukrainienne basée sur une fausse histoire qui est étrangère à une partie importante de la population. Cette fausse histoire honore les collaborateurs des nazis et tente d’effacer complètement le souvenir du rôle autrefois très actif de l’Ukraine dans le monde russe au sens large.

Nous avons donc un territoire majoritairement russophone, historiquement majoritairement russe, où la plupart des gens parlent soit le russe (certains d’entre eux avec un accent), soit une sorte de patois ukrainien appelé Sourjik, qui sonne ukrainien mais avec surtout des mots russes (le chevauchement entre les deux langues est si grand qu’il est difficile de tracer la frontière entre elles). L’ukrainien proprement dit est parlé dans l’ouest du pays, qui n’a jamais fait partie de l’Empire russe, mais c’est un dialecte inintelligible dans la plupart des autres régions du pays.

Malgré cette situation linguistique confuse, l’ukrainien a été imposé comme langue d’enseignement dans tout le pays. Le manque de manuels scolaires en ukrainien et le manque d’enseignants qualifiés pour enseigner en ukrainien ont fait chuter la qualité de l’enseignement public, donnant naissance à plusieurs générations d’Ukrainiens qui ne connaissent pas vraiment l’ukrainien, qui n’ont reçu qu’un enseignement peu formel en russe et qui parlent une sorte de langue informelle. Plus récemment, des lois ont été adoptées qui restreignent sévèrement l’utilisation du russe. Par exemple, les gens qui n’ont jamais parlé un mot d’ukrainien sont maintenant obligés de l’utiliser pour faire des achats ou pour obtenir des services gouvernementaux.

L’identité ukrainienne artificielle et synthétique est trop mince pour donner au pays un sens de soi ou une orientation. C’est une identité purement négative : L’Ukraine est ce qui n’est pas la Russie. Le trou qui en a résulté dans la conscience collective a été comblé en faisant de l’intégration européenne un culte fervent : on a annoncé que l’Ukraine abandonnait le monde russe pour rejoindre l’Union européenne et l’OTAN. Plus récemment, l’intention d’adhérer à l’UE et à l’OTAN a été inscrite directement dans la constitution ukrainienne. Entre-temps, il est devenu tout à fait clair que ni l’adhésion à l’UE ni à l’OTAN ne sont le moins du monde probables ou nécessaires : l’UE a obtenu de l’Ukraine tout ce qu’elle voulait en la contraignant à signer un accord d’association sans contrepartie valable et le territoire de l’Ukraine sert déjà de terrain de jeu aux exercices de formation de l’OTAN.

Ainsi, en ce qui concerne l’effondrement social, il n’y a vraiment pas grand-chose à discuter, car le terme « société ukrainienne » a très peu de fondement dans la réalité. Si nous abandonnons la prétention que l’Ukraine est un pays qui peut être viable s’il est séparé de la Russie, que pouvons-nous dire de ses chances comme partie d’une Grande Russie ?

Ici, je dois faire une digression pour expliquer la différence entre un véritable empire et l’URSS. Un empire proprement dit fonctionne comme une pompe à richesse qui aspire la richesse de ses possessions impériales, que ce soit à l’étranger, comme dans le cas de l’Empire britannique, ou dans une partie de la périphérie, comme dans le cas de l’Empire russe. Ce dernier a hérité des traditions de l’Empire mongol qui l’a précédé. Le terme mongol « tamga » était souvent utilisé pour désigner l’hommage annuel qui devait être collecté auprès des tribus nouvellement conquises à mesure que l’Empire russe s’étendait vers l’est. (Beaucoup de ces tribus étaient auparavant des sujets mongols qui comprenaient le sens du terme.)

Voici le point clé : l’URSS n’était pas du tout un empire normal. Au lieu de fonctionner comme une pompe à richesse, qui pompait la richesse de la périphérie vers le centre impérial, elle fonctionnait comme un incubateur révolutionnaire, exploitant les ressources du noyau (la Russie) et les exportant vers la périphérie pour construire le socialisme, avec l’objectif supplémentaire de fomenter une révolution communiste mondiale. Les divers groupes ethniques qui étaient surreprésentés parmi les bolcheviques venaient tous de la périphérie – de la Zone de Résidence, de Biélorussie, d’Ukraine, du Caucase et des Pays Baltes – et ils s’en fichaient de sacrifier notre mère Russie sur l’autel de la révolution mondiale.

Leur zèle révolutionnaire était entravé par son manque total de sens pratique. Au fur et à mesure que l’on s’en rendait compte, Léon Trotski, le grand représentant de la révolution mondiale, fut d’abord exilé, puis assassiné. Plus tard, lorsqu’il devint clair que sans faire appel aux sentiments patriotiques russes, la tâche de vaincre l’Allemagne nazie avait peu de chances de réussir, Staline ramena l’Église orthodoxe russe et fit d’autres efforts pour restaurer l’identité ethnique russe qui étaient auparavant décriée comme rétrograde et chauviniste. Dans les années 1940, un groupe de dirigeants communistes de Leningrad a tenté de promouvoir les intérêts russes par le biais de la coopération régionale. Ils ont été purgés et ont subi la répression politique dans ce qui est devenu « l’affaire de Leningrad ».

Heureusement, l’idée que la Russie était un terrain de jeu jetable pour la révolution communiste mondiale n’a jamais été pleinement mise en œuvre. Cependant, la tendance à exploiter la Russie au profit de sa périphérie soviétique est restée intacte. Les dirigeants les plus importants de l’URSS – Staline, Khrouchtchev et Brejnev – n’étaient pas russes ; Staline était géorgien et les deux derniers étaient ukrainiens. Toutes les autres républiques soviétiques avaient leurs propres organisations du parti communiste qui développaient des cadres à envoyer à Moscou, alors que la Russie elle-même ne disposait pas d’une telle organisation. Le résultat inévitable était que la plupart des autres républiques soviétiques étaient capables d’aspirer les ressources de la Russie, ce qui les rendait beaucoup plus prospères que la Russie elle-même.

Ainsi, l’image de l’URSS en tant qu’empire typique est tout simplement fausse. La bonne image mentale de l’URSS est celle d’une truie prostrée et émaciée (Russie) que tètent 14 porcelets gras et cupides (les autres républiques socialistes soviétiques). Boris Eltsine, malgré ses nombreux manquements, a bien fait une chose : il a démantelé l’URSS (bien que la façon dont il s’y est pris était plus qu’incompétente et frisait la trahison).

Si vous avez besoin d’une explication sur la raison pour laquelle la Russie est en plein essor, de plus en plus prospère et capable d’investir des sommes considérables dans des systèmes d’armes hypersoniques et dans des infrastructures modernes pour son peuple, c’est cela : les 14 porcelets ont été envoyés se nourrir ailleurs par eux-mêmes. Ce petit point de vue, soit dit en passant, met à l’épreuve l’idiotie de Zbigniew Brzezinski dans son « Grand échiquier  » : sa théorie selon laquelle la Russie veut être un empire mais ne peut le faire sans l’Ukraine s’effondre au contact du constat que la Russie n’est plus un empire depuis un siècle et ne veut ni n’a besoin de redevenir un empire.

En tout cas, les empires d’aujourd’hui sont un peu rétro, vous savez, et pas du tout utiles, sauf comme moyen pour les Américains stupides de finir de se ruiner. La Russie a besoin de partenaires commerciaux fiables qui peuvent payer par eux-mêmes, et non de dépendants ingrats qui réclament des dons. Le simple fait d’amener la Crimée aux normes russes actuelles après 30 ans de négligence ukrainienne s’est avéré être une tâche monumentale ; en ce qui concerne le reste de l’Ukraine, oubliez cela !

Alors, armé de cette perspective, que pouvons-nous dire de l’Ukraine selon le point de vue de la Russie d’aujourd’hui ?

D’abord et avant tout, c’est un spectacle de monstres, comme en témoigne le contenu des talk-shows russes dans lesquels les experts ukrainiens apparaissent comme des personnages clownesques indestructibles : chaque fois que leurs arguments risibles au nom de l’Ukraine leur explosent au visage, ils restent là un moment, carbonisés et furieux, puis se brossent les dents et apparaissent dans la séquence suivante, frais comme une rose. Ce spectacle de monstres a un certain mérite didactique : il aide le corps politique russe à développer des anticorps puissants contre l’hypocrisie occidentale, car c’est l’ingérence occidentale qui a fait de l’Ukraine contemporaine l’horrible gâchis qu’elle est. Mais c’était, en un sens, inévitable : privée de la mamelle soviétique, l’Ukraine tente depuis 30 ans de téter les États-Unis et l’UE et, à défaut, se découpe et grille ses propres entrailles.

Deuxièmement, l’Ukraine est une grande source d’immigrants, ayant perdu environ un tiers de sa population depuis l’indépendance. Une grande partie de sa population est qualifiée de russe : linguistiquement, culturellement et religieusement, elle est parfaitement compatible avec la population russe. Les Ukrainiens constituent déjà le troisième groupe ethnique le plus peuplé en Russie (après les Russes et les Tatars) et la Russie a pu absorber les Ukrainiens qui ont fui en Russie ces dernières années. Au fur et à mesure que la population de l’Ukraine diminue, un tri naturel a lieu. Ceux qui sont les plus compatibles avec le monde russe ont tendance à s’installer en Russie, tandis que les autres vont en Pologne et dans d’autres pays de l’UE.

Pour terminer, le sujet ukrainien fait l’objet d’une grande lassitude en Russie. C’est actuellement un sujet de discussion majeur en raison des élections présidentielles farfelues qui s’y déroulent en ce moment, mais on entend de plus en plus cette question : « Faut-il continuer à parler de ça ?  » Il n’y a rien de positif à dire sur l’Ukraine, et les gens ont tendance à secouer la tête et à changer de chaîne. Ainsi, le dernier élément de la perspective russe sur l’Ukraine est qu’elle fait mal à voir et qu’ils préfèrent aller voir autre chose.

Cependant, ce n’est pas le cas. Pour de nombreuses raisons historiques, la Russie reste le principal partenaire commercial de l’Ukraine. Les économies russe et ukrainienne ont été conçues comme une unité, fondée sur le même ensemble de plans, de normes et de réglementations. Malgré les efforts concertés et politiquement motivés des dirigeants ukrainiens pour rompre ces liens, nombre d’entre eux sont restés obstinément en place, faute d’alternatives. Pendant ce temps, l’Ukraine fait très peu de choses que l’Union européenne ou le reste du monde voudrait, et très peu d’entre elles sont conformes aux normes et réglementations volumineuses de l’UE. En particulier, l’UE n’a aucune utilité pour les produits manufacturés ukrainiens et considère principalement l’Ukraine comme une source de matières premières et de main-d’œuvre bon marché.

C’est la Russie qui fournit le combustible nucléaire pour les centrales nucléaires vieillissantes de l’Ukraine, qui fournissent bien plus de la moitié de toute l’électricité qui s’y trouve, tandis que le charbon russe (l’anthracite, en particulier) fournit une grande partie du reste. Mais, pour des raisons politiques, les responsables ukrainiens répugnent à admettre que le cordon ombilical qui relie l’Ukraine à la Russie ne peut être coupé. Par exemple, ils n’achètent pas le gaz naturel russe directement, mais via des intermédiaires dans l’UE et moyennant une majoration (dont ils empochent une partie). Sur le papier, l’Ukraine importe du gaz de l’UE ; physiquement, les molécules de méthane acheminées de Russie ne quittent jamais le territoire ukrainien ; elles sont simplement détournées pour être utilisées localement.

Au moment de l’effondrement de l’URSS, l’Ukraine était sa partie la plus développée et peut-être la plus riche, et certains s’attendaient à ce que son avenir, après s’être débarrassée du joug soviétique, soit trop brillant pour être contemplé sans lunettes de protection. Elle disposait de ressources naturelles abondantes (terres fertiles, charbon) et d’une main-d’œuvre instruite. Elle fabriquait de nombreux produits de haute technologie, tels que des avions à réaction, des moteurs diesel marins, des moteurs d’hélicoptères, des moteurs de fusées et bien d’autres qui étaient les meilleurs au monde. Au lieu de cela, ce qui s’est produit, c’est plusieurs décennies de vol, de stagnation et de délabrement. Entre-temps, l’Ukraine a perdu la majeure partie de son industrie et l’infrastructure de l’ère soviétique s’est détériorée au point qu’une grande partie de cette infrastructure est usée et sur le point de s’effondrer. L’industrie a fermé ses portes et les spécialistes qu’elle employait auparavant ont pris leur retraite ou sont partis travailler en Russie, dans l’UE ou aux États-Unis. (Certains chercheurs ukrainiens spécialisés dans les fusées sont apparemment partis travailler en Corée du Nord, ce qui explique les récents succès étonnants de la RPDC en matière de fusées ainsi que son choix improbable et exotique de combustible : la diméthylhydrazine asymétrique).

Et les républiques du Donbass ? Comment compareriez-vous la situation en Nouvelle Russie avec ce qui se passe en Ukraine ?

Le terme « Novorossia » (Nouvelle Russie) remonte à plusieurs siècles, à l’époque où Catherine la Grande a étendu l’empire russe à la Crimée et aux autres possessions du sud. Ce que Lénine a réaffecté à la République Socialiste Soviétique d’Ukraine, ce sont des terres russes, dont les régions de Donetsk et de Lougansk.

Il y a plusieurs autres régions ukrainiennes qui sont presque entièrement russes – Kharkov et Odessa en particulier – mais Donetsk et Lougansk ne sont pas du tout ukrainiennes. C’est pourquoi, après le renversement du gouvernement en 2014, lorsqu’il est apparu clairement que les nationalistes ukrainiens qui se sont emparés du pouvoir à Kiev avaient l’intention d’opprimer la partie russe de la population, ces deux régions ont décidé de se lancer seules. Les nationalistes ukrainiens ont réagi en lançant une guerre civile, qui a commencé il y a exactement cinq ans et qu’ils ont perdue. Pour sauver la face, ils ont déclaré leur défaite comme le résultat d’une « invasion russe » mais n’ont pu en apporter la preuve. Si les Russes avaient envahi le pays, le résultat aurait été une réédition de l’action de la Russie en Géorgie en août 2008, qui a duré environ une semaine.

Les Ukrainiens continuent de lancer des projectiles sur les territoires de Donetsk et de Lougansk, faisant des victimes civiles sporadiques. De temps en temps, ils organisent des escarmouches mineures, subissent des pertes et reculent. Mais principalement leur « opération antiterroriste », comme ils appellent cette guerre civile, s’est transformée en une initiative de propagande, les mythiques « envahisseurs russes » étant invoqués à chaque fois pour expliquer leur série de défaites autrement inexplicable.

Après quelques efforts déployés par les instructeurs de l’OTAN pour former les Ukrainiens, les instructeurs ont abandonné. Les Ukrainiens se sont simplement moqués d’eux parce qu’il était clair pour eux que les instructeurs ne savaient pas du tout comment se battre. Il a alors été décidé que la « feuille de route » pour l’inclusion de l’Ukraine dans l’OTAN devait être mise de côté parce que les Ukrainiens sont tout simplement trop fous pour une OTAN endormie et sédentaire. Les formateurs ont ensuite été remplacés par des types de la CIA qui ont simplement recueilli des renseignements sur la façon de mener une guerre terrestre de haute intensité sans soutien aérien, ce qu’aucune force de l’OTAN n’aurait jamais envisagé de faire. Dans de telles conditions, les forces de l’OTAN battraient automatiquement en retraite ou, à défaut, se rendraient.

Entre-temps, les deux régions de l’Est, qui sont très développées économiquement et qui ont beaucoup d’industrie, se sont intégrées de plus en plus étroitement dans l’économie russe. Leurs universités et instituts sont maintenant pleinement accrédités dans le système russe d’enseignement supérieur, leur monnaie est le rouble, et bien qu’en termes de reconnaissance internationale, ils font toujours partie de l’Ukraine, il est très important de noter que l’Ukraine ne les traite pas comme tel.

Le gouvernement ukrainien ne traite pas les citoyens de Donetsk et de Lougansk comme ses citoyens : il ne paie pas leurs retraites, il ne reconnaît pas leur droit de vote et ne leur fournit pas de passeports. Il revendique le territoire de Donetsk et de Lougansk mais pas les personnes qui y résident. Aujourd’hui, le génocide et le nettoyage ethnique sont généralement mal vus par la communauté internationale, mais une exception est faite dans ce cas à cause de la russophobie : les Russes vivant à Donetsk et à Lougansk ont été qualifiés de « pro-russes » et sont donc des cibles légitimes.

La Russie a résisté aux appels en faveur d’une reconnaissance officielle de ces deux républiques populaires ou d’un soutien militaire sans équivoque (les armes et les volontaires passent du côté russe sans aucun obstacle, mais le flux des volontaires s’est ralenti récemment). D’un point de vue purement cynique, cette petite guerre est utile pour la Russie. Si à l’avenir l’Ukraine échoue complètement et se fracture en morceaux, comme cela semble probable, et si certaines de ces pièces (qui pourraient théoriquement inclure non seulement les régions de Donetsk et de Lougansk mais aussi Kharkov, Odessa et Dnipropetrovsk) demandent à nouveau à rejoindre la Russie, alors la Russie serait confrontée à un grave problème.

Voyez-vous, au cours des 30 dernières années, la plupart des Ukrainiens se sont contentés de boire de la bière et de regarder la télévision pendant que leur pays était pillé. Ils ne voyaient aucun problème à aller manifester et à protester à condition d’être payés pour le faire. Ils ont voté comme ils ont été payés pour voter. Ils n’ont pas bronché contre la fermeture de l’industrie ukrainienne tant qu’ils pouvaient travailler à l’étranger et renvoyer de l’argent. Ils ne sont pas furieux ou même embarrassés par le fait que leur pays est presque entièrement géré par l’ambassade des États-Unis à Kiev. Les seuls qui ont à peu près de la passion parmi eux, ce sont les néo-nazis qui marchent avec des torches et portent des insignes nazis. Bref, ce n’est pas le genre de personnes qu’un pays qui se respecte voudrait côtoyer, encore moins absorber en masse dans sa population, car cela aurait pour effet de démoraliser tout son peuple.

Mais les habitants de Donetsk et de Lougansk ne sont pas du tout comme ça. Ces mineurs de charbon, ouvriers d’usine et chauffeurs de taxi passent des jours et des nuits dans les tranchées depuis des années, retenant l’une des plus grandes armées d’Europe et luttant pour chaque mètre carré de leur sol. Si l’Ukraine doit un jour renaître comme quelque chose que la Russie trouverait acceptable, ce sont ces personnes qui peuvent fournir la culture de départ. Ils doivent gagner, et ils doivent gagner sans l’aide de l’armée russe, qui peut écraser l’armée ukrainienne comme un insecte, mais à quoi bon le faire ? Ainsi, la Russie fournit de l’aide humanitaire, des opportunités d’affaires, des armes et des volontaires, et attend son heure, parce que la création d’une nouvelle Ukraine viable à partir d’une Ukraine défunte est un processus qui prendra un temps considérable.

Que pensez-vous du premier tour des élections présidentielles en Ukraine ?

Le premier tour des élections a été une fraude flagrante. Le but de l’exercice était de permettre au président Porochenko de se qualifier pour le second tour. Cela a été fait en falsifiant autant de votes que nécessaire. Dans un grand nombre de circonscriptions, le taux de participation a été exactement de 100 % au lieu des quelque 60 % habituels et on a compté les votes des personnes qui avaient déménagé, qui étaient mortes ou ont quitté le pays. Tous ces faux votes sont allés à Porochenko, ce qui lui a permis de passer au second tour.

Maintenant le combat est entre Porochenko et un comédien nommé Volodymyr Zelensky. La seule différence entre Porochenko et Zelensky, ou l’une des 30 autres personnes qui figuraient sur le bulletin de vote, est que Porochenko a déjà volé des milliards alors que ces candidats n’ont pas encore eu l’occasion de le faire, la seule raison de se présenter à la présidence, ou à un poste d’élu, en Ukraine, étant de se mettre en position de voler de l’argent en grande quantité.

Il y a donc une raison objective de préférer Zelensky à Porochenko, à savoir que Porochenko est un grand voleur alors que Zelensky n’en est pas encore un, mais il faut comprendre que cette différence commencera à s’égaliser dès l’inauguration de Zelensky. En fait, les élites de Kiev sont actuellement en train d’acquiescer à leur ingénieux projet de vendre toutes les terres de l’Ukraine à des investisseurs étrangers (sans doute en empochant de généreux « frais »).

Les programmes des plus de 30 candidats étaient identiques, mais cela ne fait aucune différence dans un pays qui a renoncé à sa souveraineté. En termes de relations étrangères et de considérations stratégiques, l’Ukraine est gérée depuis l’ambassade des États-Unis à Kiev. En ce qui concerne son fonctionnement interne, la principale prérogative de tous les détenteurs du pouvoir, y compris le président, est le vol. Leur idée est d’obtenir leur part et de fuir le pays avant que tout n’explose.

Reste à savoir si le second tour des élections sera aussi une fraude pure et simple et ce qui en résultera. Il existe de nombreuses alternatives, mais aucune d’entre elles ne ressemble à un exercice démocratique. Certes, ce que l’on entend par « démocratie » dans ce cas, c’est simplement la capacité d’exécuter les ordres émanant de Washington ; l’incapacité de le faire ferait de l’Ukraine un « régime autoritaire » ou une « dictature » et soumis à un « changement de régime ». Mais à part ça, rien n’a d’importance.

Les machinations des « démocrates » ukrainiens sont à peu près aussi intéressantes pour moi que la vie sexuelle des rats d’égout, mais par souci d’exhaustivité, permettez-moi d’en faire un schéma pour vous. Porochenko est entré dans le deuxième tour par fraude directe, parce que la perte de cette élection, au sein de la chaîne alimentaire politique ukrainienne, le transformerait instantanément de prédateur à proie. Cependant, il n’était pas trop subtil à ce sujet, il y a de nombreuses preuves de sa tricherie, et l’adversaire qu’il a écrasé – Ioulia Timochenko – pourrait théoriquement contester le résultat devant le tribunal et gagner. Cela invaliderait toute l’élection et laisserait Porochenko en place jusqu’à la prochaine élection. Faire mousser, rincer, répéter.

Une autre option serait pour Porochenko de tricher au deuxième tour (d’une manière encore plus musclée, car cette fois il est en retard de plus de 30 %), auquel cas Zelensky pourrait en théorie contester le résultat au tribunal en gagnant. Cela invaliderait toute l’élection et laisserait Porochenko en charge jusqu’à la prochaine élection. Faire mousser, rincer, répéter. Tu es déjà enthousiaste ?

Rien de tout cela n’a d’importance, car nous ne savons pas lequel des deux est le choix du département d’État américain. Selon lequel est leur choix, et quels que soient les résultats des élections ou des poursuites judiciaires, un pied géant sortira du ciel et frappera la tête de l’autre. Bien sûr, tout aura l’air hautement démocratique pour le plaisir des apparences. La direction de l’UE s’engagera avec quelques applaudissements tout en étouffant le vomi et le monde ira de l’avant.

Vers où l’Ukraine se dirige-t-elle, à votre avis ? Quelle est votre meilleure « hypothèse » de ce qui se passera à court et à moyen terme ?

Je crois que nous serons soumis à plus de la même chose, même si certaines choses ne peuvent pas durer indéfiniment, et ne le seront donc pas. Plus inquiétant encore, les centrales nucléaires de l’ère soviétique qui fournissent actuellement la majeure partie de l’électricité en Ukraine approchent de la fin de leur vie utile et il n’y a pas d’argent pour les remplacer. Par conséquent, il faut s’attendre à ce que la majeure partie du pays s’assombrisse avec le temps. De même, le gazoduc qui approvisionne actuellement l’Ukraine et une grande partie de l’UE en gaz russe est usé et prêt à être désaffecté, tandis que de nouveaux gazoducs traversant la mer Baltique et la mer Noire sont sur le point de le remplacer. Après cette date, l’Ukraine perdra également l’accès au gaz naturel russe.

Si les Ukrainiens continuent de capituler sans condition tout en se contentant de rêves chimériques d’adhésion à l’UE/OTAN, le pays se dépeuplera, les terres seront vendues à l’industrie agroalimentaire occidentale et deviendront une sorte de no man’s land agricole gardé par les troupes de l’OTAN. Mais ce genre de transition en douceur peut être difficile à orchestrer pour l’UE et les Américains. L’Ukraine est plutôt fortement militarisée, inondée d’armes, pleine de gens qui ont été sur le front du Donbass, qui savent comment combattre, et qui pourraient décider de se battre à un moment donné. Il ne faut pas oublier que les Ukrainiens, malgré la décadence des 30 dernières années, ont encore quelque chose de l’esprit combatif russe en eux, et se battront comme les Russes – jusqu’à la victoire ou jusqu’à la mort. Les techniciens militaires ambivalents de l’OTAN en matière de genre ne voudraient pas du tout se mettre en travers de leur chemin.

De même, le rêve d’une Ukraine dépeuplée qui deviendrait un terrain de jeu pour l’agro-industrie occidentale pourrait être quelque peu entravé par le fait que les Russes ont une vision très négative des OGM occidentaux et ne voudraient pas que le pollen contaminé par les OGM traverse leur frontière depuis l’Ouest. Ils trouveraient sans aucun doute le moyen le moins compliqué de rendre la tentative de l’agrobusiness occidental en Ukraine non rentable. L’orchestration d’une petite fuite de rayonnement de l’une des anciennes centrales nucléaires ukrainiennes, petite mais très médiatisée, pourrait probablement fonctionner. Curieusement, les Occidentaux ne pensent s’empoisonner avec du glyphosate, mais ils ont une peur mortelle des rayonnements ionisants, ne serait-ce qu’un petit peu.

Qu’en est-il de l’UE et de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe ? Où l’UE se dirige-t-elle selon vous ?

L’UE connaît un certain nombre de problèmes majeurs. Elle n’est pas fiscalement ou financièrement saine. Dans son ensemble, ou en tant que nations constituantes, elle n’est plus capable d’exercer pleinement sa souveraineté, après l’avoir abandonnée aux États-Unis. Mais les États-Unis ne sont plus capables de garder le contrôle, parce qu’ils sont en conflit interne au point de devenir incohérents dans leurs déclarations. Dans l’ensemble, la structure ressemble à une poupée gigogne. Vous avez les États-Unis, comme une sorte de coquille extérieure fissurée. À l’intérieur se trouve l’OTAN, qui est une force d’occupation à travers la majeure partie de l’Europe jusqu’à la frontière russe. Elle serait inutile contre la Russie, mais elle peut constituer une menace crédible de violence contre les populations occupées. Au sein de l’OTAN se trouve l’UE – un forum de discussion politique et une bureaucratie tentaculaire qui crache des tonnes de lois et de règlements.

Comme aucune de ces superstructures militaires/politiques n’est en fait structurelle sans l’ingrédient clé de l’hégémonie américaine, nous ne devrions pas nous attendre à ce qu’elle fonctionne particulièrement bien. Il continuera d’être un forum de discussion pendant que divers gouvernements nationaux tenteront de reconquérir leur souveraineté. Les électeurs britanniques qui ont participé au référendum ont certainement essayé de pousser leur gouvernement dans cette direction et, en réponse, leur gouvernement a expérimenté diverses méthodes pour se retourner et faire le mort, mais un gouvernement différent pourrait en fait essayer d’exécuter la volonté du peuple. D’autre part, les gouvernements hongrois et italien ont fait des progrès sur la voie de la réaffirmation de leur souveraineté, avec le soutien du public.

Mais il ne s’est encore rien passé. Une fois que l’élite politique d’une nation a été complètement émasculée par l’abandon de sa souveraineté nationale, il lui faut un certain temps pour que ses poils de poitrine repoussent et commencer à représenter une menace crédible pour les intérêts transnationaux. Même en Russie, il a fallu près d’une décennie pour contrecarrer le pouvoir politique et l’influence de l’oligarchie. On voit que l’empire s’affaiblit et que certains pays commencent à rechigner à être vassaux, mais rien de définitif n’a encore été fait.

Ce qui pourrait accélérer les choses, c’est que l’Europe, avec les États-Unis, semble se diriger vers une récession/dépression. Cela aura pour conséquence que tous les travailleurs invités d’Europe de l’Est travaillant à l’ouest seront contraints de rentrer chez eux. Une autre raison est que les subventions de l’UE à ses récentes acquisitions à l’Est, en particulier en Pologne et dans les pays Baltes, risquent d’être réduites considérablement, voire de disparaître complètement. L’afflux de migrants économiques de retour, conjugué au manque de soutien financier, risque d’entraîner la disparition de certaines élites nationales qui se sont régalées des largesses occidentales en échange d’un peu de russophobie.

Nous pouvons imaginer que ce flot humain, éjecté d’Europe occidentale, se dirigera vers l’est, s’écrasera contre la Grande Muraille de Russie et inondera de nouveau l’ouest, mais désormais équipé d’armes et de savoir-faire ukrainiens et de pensées amusantes de pillage au lieu de travail. Là-bas, ils se battront avec les nouveaux venus du Moyen-Orient et d’Afrique pendant que les autochtones se coucheront, espéreront le meilleur et penseront à la neutralité du genre et à d’autres causes si importantes.

Ces vieilles nations européennes vieillissent toutes, non seulement sur le plan démographique, mais aussi sur le plan de l’âge maximum alloué par nature à une ethnie donnée. Les ethnies (pluriel d’« ethnos ») ne durent généralement qu’un millier d’années environ, et à la fin de leur cycle de vie, elles ont tendance à montrer certaines tendances révélatrices : elles arrêtent de bien se reproduire et deviennent sexuellement dépravés et généralement décadents dans leurs goûts. Ces tendances sont déjà bien visibles. Voici un exemple particulièrement absurde : Les certificats de naissance français ne contiennent plus d’entrées pour le père et la mère mais pour le parent1 et le parent2. Peut-être que les barbares envahisseurs verront cela et mourront de rire ; mais s’ils ne le font pas ?

N’étant plus en mesure de se battre, ces ethnies appauvries ont tendance à être facilement envahies par les barbares, et implorent alors leur pitié. À son tour, en se basant sur l’exemple de l’Empire romain tardif ainsi que sur des exemples similaires de l’histoire chinoise et persane, leur accorder la miséricorde est l’une des pires erreurs qu’un barbare puisse faire : le résultat est une bande de barbares sexuellement dépravés et généralement décadents… qui seront facilement envahis et massacrés par la prochaine bande de barbares à arriver dans la foulée.

Il est impossible de prédire ce qui déclenchera la prochaine vague d’ethnogenèse en Europe occidentale, mais nous pouvons être sûrs qu’à un moment donné, une souche mutante de fanatiques arrivera sur les lieux, avec un instinct de conservation atténué mais une soif inaltérable de destruction, de gloire et de mort, et elle sera ensuite à nouveau sur les routes.

Que se passera-t-il une fois que Nord Stream 2 sera terminé ? Où l’Europe se dirige-t-elle ensuite, en particulier dans ses relations avec les États-Unis et la Russie ?

Les nouveaux gazoducs sous la mer Baltique et la mer Noire seront achevés, ainsi que la deuxième installation de GNL à Sabetta, et la Russie continuera à approvisionner l’Europe et l’Asie en gaz naturel. Je pressens que l’effroyable extravagance des États-Unis touche à sa fin et que le rêve d’exportations massives de GNL vers l’Europe ne se réalisera jamais.

Les nations d’Europe se rendront compte progressivement que ses relations avec la Russie sont surtout bénéfiques, tandis que ses relations avec les États-Unis sont surtout nuisibles, et feront certains ajustements. L’Ukraine, son réseau de gazoducs décrépit et irréparable, continuera d’importer du gaz naturel d’Europe, mais ce n’est qu’à ce moment-là que les molécules de méthane arriveront de l’ouest et non de l’est.

Comment voyez-vous le climat politique en Russie ? J’entends très souvent dire que si Poutine personnellement et la politique étrangère du Kremlin jouissent d’un grand soutien, la réforme des retraites a vraiment nui à Poutine et qu’il y a maintenant une « opposition patriotique » interne (par opposition à une opposition payée et achetée par la CIA & Co), qui devient plus bruyante. Est-ce que c’est vrai ?

Il est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de débats en Russie sur la politique étrangère. La popularité de Poutine a quelque peu diminué, bien qu’il soit toujours beaucoup plus populaire que tout dirigeant national en Occident. La réforme des pensions l’a quelque peu touché, mais il s’est rétabli en adoptant une série de mesures destinées à faciliter la transition. En particulier, tous les avantages dont bénéficient actuellement les retraités, comme la réduction des frais de transport en commun et des impôts fonciers, seront étendus à ceux qui approchent de l’âge de la retraite.

Il devient clair que Poutine, bien qu’il soit encore très actif dans la politique intérieure et internationale, s’apprête à prendre sa retraite. Son principal objectif en politique intérieure semble être de maintenir une discipline très stricte au sein du gouvernement pour faire adopter sa liste de priorités. La manière dont il entend effectuer la transition vers l’ère post-Poutine reste un mystère, mais ce qui s’est passé récemment au Kazakhstan peut offrir quelques indices. Si tel est le cas, nous devrions nous attendre à ce que l’accent soit mis sur la continuité, Poutine conservant un certain contrôle sur la politique nationale en tant qu’homme d’État de haut rang.

Mais le changement de loin le plus significatif dans la politique russe est qu’une nouvelle génération de dirigeants régionaux a été mise en place. Un grand nombre de gouvernorats ont été accordés à de jeunes cadres ambitieux ayant le potentiel d’une fonction nationale. Il s’agit d’une nouvelle génération de politiciens de carrière tout à fait professionnels, dotés de compétences managériales à jour. Entre-temps, un nettoyage en profondeur des rangs a eu lieu, certains hauts fonctionnaires purgeant des peines de prison pour corruption. Ce qui est particulièrement remarquable, c’est que certains de ces nouveaux dirigeants régionaux sont maintenant aussi populaires ou plus populaires que Poutine. La malédiction de la gérontocratie, qui a condamné l’expérience soviétique, et qui afflige maintenant l’establishment américain, ne menace plus la Russie.

Vous avez récemment écrit un article intitulé « Le navire USS des Imbéciles prend-il l’eau ? » dans lequel vous discutez du haut niveau de stupidité de la politique américaine moderne. J’ai une question simple pour vous : pensez-vous que l’Empire peut survivre à Trump et, si oui, pour combien de temps ?

Je pense que l’empire américain est déjà bien révolu, mais il n’a pas encore été soumis à un test de résistance sérieux, et personne ne se rend compte que c’est le cas. Il se produira un événement qui laissera le centre du pouvoir complètement humilié et incapable d’accepter cette humiliation et de faire les ajustements nécessaires. Les choses vont se détériorer à partir de là, car tous les membres du gouvernement dans les médias font de leur mieux pour prétendre que le problème n’existe pas. J’espère que le personnel militaire américain actuellement dispersé sur la planète ne sera pas simplement abandonné une fois l’argent épuisé, mais je ne serais pas trop surpris si c’était le cas.

Pour finir, une question similaire mais fondamentalement différente : les États-Unis (par opposition à l’Empire) peuvent-ils survivre à Trump et, si oui, comment ? Y aura-t-il une guerre civile ? Un coup d’État militaire ? Insurrection ? Des grèves ? Une version américaine des gilets jaunes ?

Les États-Unis, en tant qu’ensemble d’institutions servant les intérêts d’un nombre décroissant de personnes, vont probablement continuer à fonctionner pendant un certain temps. La question est la suivante : qui sera inclus et qui ne le sera pas ? Il ne fait guère de doute que les retraités, en tant que catégorie, n’ont rien à attendre des États-Unis : leurs retraites, qu’elles soient publiques ou privées, ont déjà été dépensées. Il ne fait guère de doute que les jeunes, qui ont déjà été saignés à blanc par de mauvaises perspectives d’emploi et des prêts étudiants ridicules, n’ont rien à espérer non plus.

Mais, comme je l’ai déjà dit, les États-Unis ne sont pas tant un pays qu’un country club. L’adhésion a ses privilèges, et les membres ne se soucient pas du tout de ce qu’est la vie de ceux qui sont à la campagne mais qui ne sont pas membres du club. Les récentes initiatives visant à laisser entrer tout le monde et à laisser les non-citoyens voter démontrent amplement que la citoyenneté américaine, en soi, ne compte pour absolument rien. Le seul droit d’un citoyen américain est de vivre comme un clochard dans la rue, entouré d’autres clochards, dont beaucoup sont des étrangers venant de ce que Trump a appelé des « pays de merde ».

Il sera intéressant de voir comment les travailleurs et travailleuses du secteur public et du gouvernement, en tant que groupe, réagiront à la prise de conscience que les départs à la retraite qui leur ont été promis n’existent plus ; peut-être que cela fera basculer tout le système dans un état défunt. Et une fois que la bulle est terminée et qu’un autre tiers de la population découvre qu’elle n’a plus les moyens de conduire, cela pourrait également forcer une sorte de réinitialisation. Mais alors tout le système de police militarisée est conçu pour écraser toute forme de rébellion, et la plupart des gens le savent. Étant donné le choix entre une mort certaine ou le simple fait de s’asseoir sur le trottoir et de se droguer, la plupart des gens choisiront cette dernière option.

Et donc, Trump ou pas Trump, nous allons avoir plus de la même chose : de jeunes informaticiens brillants qui sautent et sifflent en chemin pour aller travailler près de tas de cadavres humains et de leurs excréments ; des ménagères botoxées qui achètent de faux produits biologiques alors que des gens affamés à l’arrière du magasin fouillent dans les poubelles ; des citoyens préoccupés demandant que les migrants soient admis, puis appellent les policiers dès que ces migrants montent une tente sur leur pelouse ou sonnent à leur porte et demandent à utiliser les toilettes ; des couples de personnes âgées aisées qui rêvent d’aller à la rencontre d’un gringo tropical dans un marais de mangrove où ils seraient découpés à la machette et donnés à manger aux poissons, et qui croient tous que tout va bien car la bourse se porte si bien.

À ce rythme, quand la fin des États-Unis arrivera enfin, la plupart des gens ne seront pas en mesure de le remarquer tandis que les autres ne seront pas capables d’absorber ce genre d’informations dérangeantes et choisiront de les ignorer. Tout le monde veut savoir comment se termine l’histoire, mais ce genre d’information n’est probablement pas bon pour la santé mentale de quiconque. Le climat mental aux États-Unis est déjà suffisamment malade ; pourquoi voudrions-nous le rendre encore plus malade ?

Dmitri, merci beaucoup pour votre temps et pour cette interview des plus intéressantes !

Source : The Unz Review
Traduction par Christelle Néant pour Donbass Insider

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Bernard Wicht: Fin des Unions d’États (UE, OTAN) et triomphe des acteurs non-étatiques

Bernard Wicht est privatdocent auprès de la Faculté́ des sciences sociales et politiques de l’Université́ de Lausanne où il enseigne la stratégie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment Citoyen-soldat 2.0 (2017) ; Europe Mad Max demain? Retour à la défense citoyenne (2013) ; Une nouvelle Guerre de Trente Ans: réflexion et hypothèse sur la crise actuelle (2012) ; L’OTAN attaque: la nouvelle donne stratégique(1999) ; L’idée de milice dans la pensée de Machiavel (1995). Ses réflexions sur la milice et le citoyen-soldat l’ont amené à des conclusions alarmantes au sujet de l’évolution policière des États couplée au désarmement progressif des citoyens.

Pourquoi le récit des années 1990 n’est plus adéquat

Il est frappant de constater combien la classe politique suisse dans sa grande majorité est encore prisonnière du discours des années 1990. Élaboré avec honnêteté et conviction dans le cadre des négociations sur l’Espace Économique Européen (EEE), ce discours insistait sur la nécessité économique pour la Suisse de ne pas s’isoler, de garder ouvert l’accès au Grand Marché européen et voyait dans la construction d’une Union Européenne renforcée un facteur de stabilité en Europe suite à l’effondrement du bloc soviétique. En 1992 (date du vote suisse sur l’EEE), un tel récit avait toute sa pertinence. Aujourd’hui en 2019, c’est-à-dire plus d’un quart de siècle plus tard, il est totalement dépassé. Pourtant, une grande partie de la classe politique suisse continue de le servir à chaque occasion aux citoyennes et citoyens du pays. C’est notamment le cas en ce moment dans le cadre du référendum contre la Directive Européenne sur les armes et sa mise en œuvre en droit suisse.

Or, comme on va essayer de le comprendre ci-après, de nos jours l’enjeu stratégique a complètement changé: il ne s’agit plus de ne pas s’isoler, mais bel et bien de se protéger. Essayons de comprendre comment et pourquoi un tel renversement est intervenu.

Les événements ne sont que poussière et ils ne prennent sens que lorsqu’on les replace dans les cycles et les rythmes de la longue durée (Braudel, Wallerstein). En conséquence, il faut se demander si l’on peut expliquer les pannes de l’UE — Brexit, démarche en solitaire de l’Allemagne et de la France avec le traité d’Aix-la-Chapelle, résistances italiennes, défiance de la Hongrie, de la Pologne et de la République tchèque — et celles de l’OTAN — dont l’un des membres, la Turquie, combat les alliés kurdes des États-Unis en Syrie tout en se rapprochant la Russie alors que, dans le même temps, l’Alliance organise des manœuvres militaires en vue de contrer une éventuelle invasion russe en direction de la Pologne et des Pays Baltes —, par un changement de cycle macro-historique qui verrait la remise en cause fondamentale de la pertinence du mode d’organisation stato-national.

Hypothèse iconoclaste sans aucun doute, mais qu’il importe d’examiner dans le contexte actuel si on veut tenter d’appréhender les enjeux stratégiques majeurs plutôt que de céder à la facilité consistant à répéter un discours «clef en main» datant de la fin du siècle passé.

En effet, dans son histoire du temps long, Fernand Braudel souligne que les institutions sont comme les êtres humains: elles naissent, vivent et meurent. Mais ajoute-t-il, leur cycle de vie est beaucoup plus long que les biographies humaines – le temps des institutions est beaucoup plus lent que celui des hommes. C’est pourquoi ce temps échappe généralement à l’observation et, compte tenu de sa «lenteur», nous avons tendance à penser que les institutions avec lesquelles nous vivons (État, Églises, armée) sont éternelles.

Aujourd’hui pourtant, ne sommes-nous pas confrontés à la mort progressive d’un système étatique qui a vu le jour grosso modo à la fin de la Guerre de Trente Ans (1648) et qui, avec certaines modifications, s’est maintenu bon an mal an jusqu’au début du XXIe siècle? L’ordre westphalien (du nom de la Paix de Westphalie qui a mis fin à la guerre précitée) était composé d’États souverains en compétition et en lutte les uns contre les autres, ceci conduisant Clausewitz à énoncer que la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. A partir de 1945, cet ordre inter-national devient peu à peu supra-national avec la création des grandes organisations onusiennes et, en Europe, avec la construction communautaire (CECA, puis CEE, puis CE et enfin UE). L’objectif explicite de la mise en place de cet étage au-dessusdes États, est le «plus jamais ça» en référence au drame en trois actes de la première moitié du XXe siècle – Verdun, Auschwitz, Hiroshima. La cohésion de cet ensemble est garantie par le leadership politique, militaire et monétaire (accords de Bretton Woods) des États-Unis.

Toutefois, à partir des années 1990, la globalisation du capitalisme fragilise gravement cette ambitieuse construction. Avec la libéralisation des flux financiers, elle dépouille progressivement les États de leurs compétences économiques. Au nom des dividendes des actionnaires, elle désindustrialise l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord (thatchérisme, reaganisme, néolibéralisme). Combinée à la révolution de l’information, elle annule la souveraineté des États permettant à des organisations non-étatiques, transnationales, beaucoup plus fluides de se développer.

Là aussi, l’explication braudélienne continue d’être éclairante en distinguant, voire en opposant capitalisme et économie de marché: le capitalisme n’est pas l’économie de marché. S’il se construit à partir de celle-ci, sa logique s’en détache complètement parce qu’il n’est ni basé sur les échanges, ni ouvert à tous. Le capitalisme est opaque, limité à un petit cercle d’initiés, il vise l’accumulation et la spéculation financières. Aujourd’hui, cette dynamique capitaliste a atteint sa masse critique. Elle a pris une telle envergure qu’elle assèche l’économie formelle et provoque, en contrepoint, l’explosion de l’économie grise et informelle. La situation est devenue complètement incontrôlable par les institutions en place (États, organisations internationales).

LE PARADIGME GUERRE

Dans ce contexte, c’est sans doute le paradigme guerre qui est l’élément le plus significatif pour saisir les évolutions en cours. C’est celui qui s’est transformé de la manière la plus radicale… et la plus visible. Groupes armés, narcoguérillas, narcoterroristes, islamistes-djihadistes, gangs militarisés ont su profiter de cette «dérégulation» avec le succès que l’on sait. Et face aux formes de guerres qu’ils pratiquent, tant l’ONU, l’UE que l’OTAN sont devenus largement inefficaces.

Or, Charles Tilly enseigne que la guerre fait l’État. Il faut déduire de cette formule que, si la guerre se transforme, l’État en subit alors automatiquement le contrecoup en vertu du principe la fonction crée l’organe: lorsque la première disparaît ou change profondément de nature, le second s’atrophie ou mute de manière fondamentale.

Ouvrons une parenthèse pour dire que la prise de conscience d’une telle réalité n’a pas encore eu lieu. Certes, le «tremblement de terre» est bien perçu, il fait peur, mais il n’est ni compris, ni expliqué. Face à leur sentiment d’impuissance, les États et les organisations susmentionnées sont entrés dans l’ère de l’incantation droit-de-l’hommiste et, pire encore, de la désignation de coupables «immédiats»: les terroristes et, surtout, les populistes. Ces derniers – de Trump aux gilets jaunes – pointent du doigt (parfois maladroitement) la profonde inadéquation du système actuel avec les besoins des citoyennes et citoyens. Ils sont alors irrémédiablement qualifiés d’extrémistes faisant le lit d’un fascisme-nazisme qui serait en plein retour. C’est la reductio ad hitlerum dont les médias mainstream se font volontiers l’écho et qui a pour effet d’évacuer tout effort d’analyse au profit d’une commode extrapolation du passé récent de l’entre-deux-guerres. Peu ou pas de volonté de comprendre ce qui se passe – la reductio ad hitlerum est intellectuellement confortable!

Revenons à la transformation de la guerre et à ses effets. Que peut-on en dire du point de vue du temps long historique?

1) Si l’État et ses avatars que sont les Unions d’États (UE, OTAN) ne sont plus les formes d’organisation les mieux adaptés pour faire la guerre, alors on peut supposer que nous sommes à la fin d’un cycle historique de près de 400 ans (de 1648 à nos jours). La guerre étant, avec l’économie, le principal moteur des transformations historiques, les formes des communautés politiques découlent de ces deux paramètres et de leur aptitude à combiner efficacement les moyens de faire la guerre et les ressources pour entretenir ces moyens. C’est le couple contrainte (moyens)/capital (ressources) mis en œuvre par Tilly pour expliquer le processus de formation et de dé-formation des unités politiques. D’où sa fameuse phrase:

« Les empires, les royaumes, les cités-Etats, les fédérations de cités, les réseaux de seigneurs terriens, les Églises, les ordres religieux, les ligues de pirates, les bandes de guerriers et bien d’autres formes d’organisation de pouvoir prévalurent en Europe à différentes époques durant le dernier millénaire. La plupart de ces organisations méritent le titre d’État d’une manière ou d’une autre, parce qu’elles contrôlèrent les principaux moyens concentrés de contrainte dans le cadre de territoires délimités et exercèrent leur droit de priorité sur toutes les autres organisations qui agissaient sur leur territoire».

2) Entre 1648 et 1945, l’Etat-nation a représenté cette meilleure synthèse pour faire la guerre: ceci explique la diffusion quasi universelle de ce modèle d’organisation étatique jusqu’à le considérer, à partir de la Révolution française, comme l’aboutissement ultime et le plus accompli de toutes les constructions politiques (Hegel et l’Esprit du monde). Or, avec la transformation de la guerre et la globalisation financière, le paradigme étatique moderne est remis en cause dans ses fondements parce qu’il n’est plus la synthèse la mieux adaptée pour faire la guerre et que, du point de vue économique, il est «prisonnier des recettes qui ont fait son succès» (G. Arrighi), c’est-à-dire l’Etat-providence. La fin du cycle hégémonique américain vient encore faciliter la transition vers d’autres formes d’organisation militaro-politique. Car, le déclin rapide de la superpuissance états-unienne et l’absence de challenger apte à reprendre le leadership mondial (ni la Chine, ni la Russie n’en ont actuellement les qualités), créent une situation de «Grand Interrègne» et de désordre international: une sorte de chaos systémique profitant aux acteurs non-étatiques en guerre un peu partout dans le monde.

3) On l’a dit, la guerre s’est transformée radicalement. De nos jours, elle n’est plus inter-étatique, mais infra-étatique et conduite par des acteurs plus proches des gangs que des armées régulières. Les grandes guerres systémiques (Guerre de Trente Ans, Guerres napoléoniennes, Guerres mondiales) qui ont accouché des différents ordres hégémoniques mondiaux cèdent désormais la place à de longues séries de conflits de basse intensité démembrant les États et donnant l’avantage aux acteurs précités dont la structure non-bureaucratique, non-territoriale et transnationale permet toutes les flexibilités nécessaires. Cette structure est basée sur 1) des fidélités personnelles, 2) le contrôle de certaines franges de population à la fois par la contrainte et la prise en charge de leurs besoins de base (soins, alimentation, parfois scolarisation idéologiquement orientée), 3) le financement via l’économie grise et informelle.

Ce phénomène a débuté (Acte I) avec la Guerre civile libanaise (1975-1990) qui a servi de laboratoire, a pu ensuite se diffuser en raison de l’effondrement du bloc soviétique (1989-1991), puis a atteint sa vitesse de croisière (Acte II) avec le lancement de la War on Terror par Washington, à partir des attentats du 11 septembre 2001 (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie). Depuis, le phénomène ne cesse de s’étendre, notamment à l’Afrique subsaharienne et jusqu’au Nigéria avec Boko Haram, sans oublier la Corne de l’Afrique (Acte III). Aujourd’hui, si les Actes I à III ont pratiquement abouti au démembrement des États de toute cette région, l’Acte IV a démarré en Europe occidentale, au plus tard avec les attentats terroristes de 2015. Cette nouvelle phase d’expansion ne peut que s’amplifier compte tenu de l’inadaptation de plus en plus manifeste des États à ce type de menace et de guerres. Comme dans tout conflit de longue durée, c’est la découverte de l’antidote militaro-économico-institutionnel qui permettra d’y mettre fin.

Ce dernier élément, en lien avec l’approche de Tilly, est un des principaux enseignements à retenir de l’histoire de la longue durée: il en ressort que la résilience des formes d’organisation politique ne dépend ni des décisions de la classe politique au pouvoir, ni de la signature de traités internationaux, ni de la mobilisation (des jeunes et des moins jeunes) en faveur de certains sujets de société «dans l’air du temps» (par exemple, en ce moment, le réchauffement climatique). Non! Le processus n’est ni éthique, ni moral, encore moins «tendance»; il est d’essence darwinienne – adaptation et survie. Dans le contexte actuel marqué par l’état d’esprit «chacun d’entre nous est un petit flocon unique et merveilleux», il est évident que de telles considérations, pourtant tirées de l’outillage de la longue durée, risquent fort d’être qualifiées de cryptofascistes… et pourtant… (eppur…, comme disait Galilée devant le tribunal de la Sainte Inquisition).

UN DÉSARMEMENT OPPORTUN

Dès lors, et pour continuer avec Galilée sur la piste de l’hérésie, à l’heure actuelle les communautés politiques susceptibles de survivre au chaos mondial, susceptibles de se protéger elles et leurs enfants, ne sont pas celles correspondant au modèle dominant calé sur «plus d’Europe et moins de nations», sur «plus de sécurité et moins de liberté». Au contraire, ce sont celles que la grande presse tend généralement à diaboliser, celles qui se rebellent, celles qui ont encore une identité (aujourd’hui qualifiées de populistes), celles qui souhaitent maintenir leurs frontières (aujourd’hui qualifiées de nationalistes) et celles qui ont encore envie de se battre (aujourd’hui qualifiées de dangereuses). En d’autres termes, toutes celles qui n’ont pas envie de se dissoudre dans le politiquement correct au nom du libre-échange… et de cet autre argument plus récent sur la protection des espèces menacées par l’Homme, c’est-à-dire au nom de slogans curieusement apparus avec la globalisation financière, les macrospéculations boursières et les subprimes… Il est vrai que le capitalisme goûte peu la contestation populaire, surtout lorsque le peuple est armé.

Vivant à l’ère du premier capitalisme, Machiavel l’avait bien compris lorsqu’il écrivait à ce propos: le riche désarmé est la récompense du soldat pauvre (L’art de la guerre).

Tiens, l’UE veut désarmer les citoyens européens… Étrange coïncidence!

  • Vient de paraître: Les loups et l’agneau-citoyen de Bernard Wicht (éd. Astrée, 2019).

La vraie menace, le vrai danger ne provient pas tant du terrorisme (qui n’est qu’un symptôme) que de l’affaiblissement, voire de l’effondrement de la démocratie. Le citoyen risque alors de se retrouver «coincé» entre, d’un côté, un appareil étatique de plus en plus autoritaire et répressif et, de l’autre, une dissidence mafieuse de plus en plus violente.

  • Article de Bernard Wicht paru dans la rubrique «Désinvité» de l’Antipresse n° 177 du 21/04/2019.

https://antipresse.net/bernard-wicht-fin-des-unions-detats-ue-otan-et-triomphe-des-acteurs-non-etatiques/?utm_source=Lecteurs+d%27Antipresse&utm_campaign=564657616b-EMAIL_CAMPAIGN_12_26_2017_COPY_01&utm_medium=email&utm_term=0_f9e9755c0e-564657616b-439842509&mc_cid=564657616b&mc_eid=1d2d687fa5

ASSANGE | Hilare Hillary et autres ricanements

Hillary Clinton semble prédestinée par son prénom à accueillir chaque bonne nouvelle par un éclat de rire. En 2011, quand elle visionne la mise à mort de Khadafi par ses sbires. Il y a quelques jours lorsqu’on lui annonce qu’Assange a été trahi par ses hôtes de l’Ambassade d’Equateur et livré aux bons soins de la police britannique. Elle justifie ainsi sa satisfaction hilare : « Assange doit répondre de ses actes. Il ne s’agit pas de punir le journalisme, mais de sanctionner l’assistance qu’il a donnée au piratage d’ordinateurs militaires dans le but de nuire aux Etats-Unis ». Puisqu’elle le dit!

Dévoiler au monde entier l’ignominie et le sadisme de pilotes américains dans le ciel irakien mitraillant des civils comme des lapins ne relève donc pas du devoir du journaliste, mais constitue une atteinte à la sécurité des USA. De même les centaines de milliers de dépêches, montrant comment la secrétaire d’Etat Clinton corrompait sans remords ses homologues étrangers, pour les faire entrer dans son jeu de va-t-en-guerre sous le regard débonnaire d’Obama. Sadique aussi sa plaisanterie doublée d’un nouvel éclat de rire sardonique: « Assange est peut-être le seul étranger que l’administration de Trump aurait du plaisir à accueillir sur le sol des Etats-Unis ». Pour y être torturé et exécuté ?

Le sort du martyr emmuré depuis sept ans, sans droit de promenade, dans des conditions pires que la plus dure des prisons n’a pas mobilisé jusqu’ici les bonnes consciences occidentales, ni ému le cercle de ses confrères. On lui reconnaît certes le mérite d’avoir mis en place une gigantesque banque factuelle où les journalistes peuvent puiser abondamment, mais il plane sur lui une réputation de violeur sulfureux même après que toutes les charges portées contre lui ont été abandonnées. A croire qu’il mérite d’être gardé en quarantaine pour éviter de nuire à la profession.

Une exception : la rédactrice en chef de la chaîne Russia Today, Margarita Simonian, voit en Assange un des plus grands journalistes de notre temps, qui n’hésite pas à se sacrifier au nom de la vérité. Son équipe était la seule à tenir la garde sur les lieux pour filmer ce moment que l’histoire enregistrera comme une trahison de nos prétendues valeurs occidentales : sept baraqués en civil emmènent de force le tribun de la liberté affaibli par sept ans de captivité. Ils ont seulement oublié de le ligoter et Assange parvient encore à esquisser un ultime geste de défi.

J.-M. Bovy/Vendredi saint 19.04.2019

https://log.antipresse.net/assange-hilare-hillary-et-autres-ricanements/?utm_source=Lecteurs+d%27Antipresse&utm_campaign=564657616b-EMAIL_CAMPAIGN_12_26_2017_COPY_01&utm_medium=email&utm_term=0_f9e9755c0e-564657616b-439842509&mc_cid=564657616b&mc_eid=1d2d687fa5

 

Monsanto, révélateur de l’Union Européenne

dimanche 21 avril 2019

Monsanto, révélateur de l’Union Européenne

Bien sûr, pour une fois, une bonne décision a été prise avec l’interdiction de la pêche électrique, mais le bilan environnemental de l’UE est assez calamiteux, plaçant systématiquement les intérêts du monde des affaires avant tout principe de précautionL’interdiction du glyphosate par le Vietnam, après celle décidée par le Sri Lanka en 2015 en dit long sur la nature de l’UE.

Quand Paris a moins de pouvoir que Colombo

Le choix du Vietnam est intéressant à plus d’un titre. D’abord, il n’est pas inintéressant de souligner les interférences des Etats-Unis, le ministre de l’Agriculture étant monté au créneau pour exprimer sa déception, allant même jusqu’à parler « d’effets dévastateurs sur la production agricole mondiale », en menaçant d’un recours à l’OMC. Des déclarations assez révélatrices alors que la justice étasunienne vient de sanctionner Monsanto pour le rôle du Roundup dans un cancer. Mais ce choix rappelle aussi que des pays peuvent parfaitement décider de se passer d’un produit probablement dangereux comme le glyphosate, sans en référer à quiconque, comme l’ont fait le Vietnam et le Sri Lanka.

Le contraste avec l’UE est frappant. Après de très longues années de discussion, en 2017, une interdiction a été programmée pour 2022, sans qu’il soit parfaitement clair si elle sera véritablement mise en place. En effet, un an plus tard, la commission européenne a interdit à Bruxelles d’interdire le glyphosate en évoquant le caractère « trop abstrait » du « principe de précaution ». Les belges s’appuyaient sur l’absence de consensus scientifique sur le sujet, mais la commission a rétorqué avec une liste d’experts affirmant qu’il n’y a pas de justification pour une classification du glyphosate comme cancérigène, une affirmation piquante pour qui connaît les liaisons dangereuses entre UE et Monsanto.

Mais plus fondamentalement, n’est-il pas effarant que les pays de l’UE aient tout simplement renoncé à pouvoir décider d’autoriser ou pas le glyphosate chez eux ? Après tout, si le Sri Lanka ou le Vietnam peuvent le faire, pourquoi ne le pourrions-nous pas ? Comment soutenir qu’une seule règle pour toute l’UE a plus de sens que la liberté pour chaque pays d’autoriser ou pas ces produits ? Il est frappant de constater comment le poison idéologique de l’UE a réussi à éteindre toute velléité de décider de son destin tant de nos dirigeants. Même les pseudo-écologistes préfèrent leur religion européiste à la défense de l’environnement, ne remettant pas en cause l’UE, même si elle impose le glyphosate !

Bien sûr, l’interdiction seule serait insuffisante car interdire le glyphosate chez soi et laisser rentrer tous les produits fabriqués avec du glyphosate représenterait une concurrence déloyale de plus pour nos agriculteurs et une protection limitée. Mais ce qui est frappant, c’est que si le Vietnam et le Sri Lanka le font, pourquoi la Belgique et la France ne pourraient pas le faire ? Ce que cela signifie, c’est que dans l’UE, les intérêts du monde des affaires et de Monsanto passent avant le principe de précaution, notre santé et la démocratie. La religion folle du marché unique écrase tout et a produit un fonctionnement digne d’ayatollahs totalitaires. Merci au Vietnam de nous rappeler ce que doit pouvoir faire un pays.

Bien sûr, comme depuis 10 ans, les trolls à la solde de Monsanto vont probablement être réveillés par un tel papier, mais les révélations des Monsanto Papers ont jeté une lumière crue sur les agissements de cette entreprise, disqualifiant largement leurs commentaires. Une nouvelle preuve de la folie complète de cette UE, mais aussi de l’effet délétère qu’elle a sur nos démocraties.

à 07:55  

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