LA LIBYE VUE D’ALGÉRIE


TRIBUNE LIBRE N°84 / SEPTEMBRE 2019

LA LIBYE VUE D’ALGÉRIE

LAURENCE AÏDA AMMOUR

Sociologue et analyste en sécurité et défense pour l’Afrique du Nord-Ouest, associée au Centre d’études stratégiques de l’Afrique (Washington D.C.), au Groupe d’analyse JFC-Conseil (France) et membre de la communauté du Centre des hautes études de Défense et de Sécurité (Dakar, Sénégal)[1].

Lorsqu’en 2011, à l’instigation de la France, et en vertu de la résolution1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, les forces de l’OTAN bombardent la Libye, l’Algérie s’oppose à cette intervention qu’elle considère comme le prélude à l’éclatement du pays et à une instabilité régionale incontrôlable.

Dans un premier temps, l’Algérie affiche une position de neutralité et de non-ingérence dans les affaires intérieures de la Libye. Elle compte sur la feuille de route proposée par l’Union africaine (UA), acceptée par le régime libyen, prévoyant la cessation immédiate des hostilités, l’acheminement facilité de l’aide humanitaire, le lancement d’un dialogue entre les parties libyennes et le remplacement de Mouammar Kadhafi par son fils Saïf al-Islam en vue d’amorcer une transition politique. Maisla France refuse catégoriquement cette option.

Bien que les relations d’Alger avec le leader libyen n’aient jamais été sereines, dans la mesure où il était un rival influent en Afrique subsaharienne et au Sahara, les autorités algériennes le soutiennent jusqu’au dernier moment. Après tout le régime libyen relevait de la même parenté idéologique et politique et demeurait un Etat autoritaire garantissant la stabilité au Maghreb et au Sahara. En mai 2011, Sadek Bouguetaya, membre du comité central du Front de Libération Nationale, est dépêché à Tripoli pour représenter l’Algérielors d’une « réunion de soutien des chefs de tribus à Kadhafi, durant laquelle il a clairement exprimé le soutien de son pays auguide libyen » et qualifié l’opposition de « pion des Occidentaux »[2].

Quand Alger accueille certains membres de la famille Kadhafi, de nombreuses personnalités politico-militaires et tribales libyennes lui refusent un rôle dans le processus de sortie de crise. Mais vu son statut de puissance régionale, la participation de l’Algérie s’imposera d’elle-même.

Après plusieurs mois d’attentisme, le pouvoir algérien se résout à reconnaître le Conseil National de Transition (CNT) créé le 27 février 2011[3], avec toutefois des réserves sérieuses sur cette entité faible qu’il considère comme une émanation d’Etats désireux de contrôler le processus de transition libyen.Pour Alger, le vide de pouvoir créé par l’effondrement de la gouvernance autoritaire ne peut pas être comblé par deux sources de légitimité antinomiques : celle issue des armes et celle d’un leadership auto-proclamé bénéficiant du soutien occidental et incapable de s’imposer comme sphère du pouvoir. Les relations algéro-libyennes s’enveniment encore quand le CNT accuse les autorités algériennes de livrer des armes, du carburant et de l’équipement militaire aux forces loyales au leader libyen. 

Vue d’Alger, l’intervention occidentale a entraîné la militarisation à grande échelle de la société libyenne et la déstabilisation en chaîne de toute la zone sahélo-saharienne. Les impératifs sécuritaires et stratégiques deviennent alors des éléments déterminants de la position algérienne. Alger doit en effet composer avec plusieurs Etats faibles ou inexistants ainsi qu’avec le djihadisme islamiste dans son voisinage immédiat. Ces nouvelles menaces vont conduire l’Algérie à renforcer considérablement la surveillance de ses frontières et à infléchir sa doctrine de non-intervention lorsque son intégrité territoriale et ses intérêts stratégiques seront directement menacés.

En conséquence, Alger se fixe deux priorités : préserver sa sécurité nationale par l’endiguement du champ d’action terroriste, et sauvegarder l’unité de la Libye par le dialogue politique inclusif. Comme le dit l’ancien ambassadeur algérien Abdelaziz Rahabi : « C’est toute la différence entre le reste du monde et l’Algérie : nous sommes en faveur d’un accord politique entre toutes les parties parce que nous en serons les premiers bénéficiaires. Nous sommes les premiers à avoir besoin d’une Libye forte. »[4].

Les autorités algériennes ont conscience que le territoire national sera affecté par les retombées sécuritaires de la guerre civile libyenne et de ses prolongements. La suite des événements confirmera les appréhensions de l’Algérie : fragilisation de la frontière algéro-libyenne longue de près de 1000 km ; explosion des trafics ; et champ libre pour l’installation et le transfert de djihadistes. L’enjeu pour l’Algérie est d’éviter que son territoire ne devienne la base arrière des milices libyennes et/ou de groupes terroristes, et ne soit submergé par les flux d’armes provenant des arsenaux libyens[5].

En 2012 la frontière avec la Libye est fermée, alors que certaines milices chargées de sa surveillance sont affiliées à l’ancien Groupe islamique combattant libyen (GICL), dont des éléments avaient combattu durant la guerre civile en Algérie au côté du Groupe islamique armé (GIA), avant de se dissocier de ce dernier.

Malgré l’échec du processus de transition qui avait engendré deux gouvernements rivaux, l’Algérie continue de prôner la réconciliation nationaleen dialoguant aussi bien avec les Frères musulmans (que l’Egypte et les Emirats arabes unis considèrent comme des terroristes) qu’avec des responsables ayant soutenu Kadhafi, mais excluant les entités terroristes comme Ansar al-Charia ou Da’ech qui rejettent tout processus électoral. « La diplomatie(…) de l’Algérie consiste à travailler avec et à exercer un effet de levier sur les factions libyennes non-djihadistes pour les empêcher de recourir à l’affrontement violent à ses frontières« [6].

Pour Alger, la voie institutionnelle demeure la seule à même de stopper la propagation du jihadisme violent. En visite à Rome en 2015, le Premier ministre Abdelmalek Sellal réitère que« Faute d’accord politique entre toutes les parties, les groupes terroristes finiront par créer un abcès de fixation (…) la démarche est simple et consiste à aboutir à une solution politique inclusive (…) Le terrorisme peut être vaincu par la force, mais on a aussi besoin d’opérations de réconciliation pour l’éradique »[7].

PRÉSERVER L’UNITÉ DE LA LIBYE

Dans son environnement régional, l’Algérie a toujours eu une préférence pour les Etats forts et centralisés – qui vont de pair avec la stabilité autoritaire – au vide sécuritaire aspirant groupes terroristes locaux, combattants islamistes étrangers, trafiquants et mercenaires. L’enjeu est de contrer toute velléité de partition[8] et de combattre la fragmentation grandissante de la Libye, issue de légitimités concurrentes[9].

L’Algérie est accoutumée à traiter avec ses voisins dans une position de leader régional reconnu, même si en coulisse elle a souvent tenté de contrôler certains acteurs non-étatiques, sans succès – par exemple Ansar-eddine au Mali[10]. Fondamentalement, ce qui inquiète Alger c’est l’absence d’interlocuteur étatique véritablement légitime. Comme l’explique en 2014 le ministre algérien chargé des Affaires maghrébines, Abdelkader Messahel : « L’Etat y est quasiment inexistant, contrairement à la Tunisie ou à l’Egypte. Lorsque vous [à savoir l’OTAN et les rebelles libyens]avez aboli le régime, vous avez aboli l’Etat ; c’était un effondrement de régime, pas un changement de régime. Et il n’y a pas eu d’efforts systématiques pour reconstruire l’Etat depuis la chute de Kadhafi« [11].

Durant la première médiation de l’ONU entre parlementaires libyens à Ghadamès (septembre 2014), l’Algérie tente en vain de les convaincre de boycotter laChambre des représentants de Tobrouk (élue en juin 2014) et d’opter pour la formation d’un gouvernement d’unité nationale afin de poursuivre la transition bloquée deux mois plus tôt.

Conformément à sa doctrine de politique extérieure en vigueur depuis l’indépendance[12], Alger défend le principe de non-interventionnisme militaire, de souveraineté territoriale et d’auto-détermination, comme au Mali ou en Libye, deux pays où elle encourage le dialogue politique inclusif et favorise la distribution d’une aide humanitaire sous l’égide de l’ONU et des organisations internationales. Elle tente de promouvoir cette vision chez ses partenaires au sein des organisations régionales, continentales (Union africaine) ou internationales (ONU, Ligue arabe). Mais cela exige d’avoir plusieurs fers au feu sans perdre la main sur des dossiers complexes dans lesquels interviennent de multiples acteurs dont l’action ne fait qu’aggraver la situation. Lorsqu’une nouvelle intervention militaire est envisagée par la France, l’Egypte, les Emirats Arabes Unis (EAU) et l’Italie, elle s’y oppose fermement, voyant dans cette perspective le risque d’un effondrement encore pire que celui de 2011.

L’Algérie connaît bien la Libye. Les réseaux de l’ancien patron du DRS, Mohamed Médiène, qui fut attaché militaire à Tripoli dans les années 1970, sont encore actifs à la fois chez les partisans de Kadhafi et chez les opposants du leader déchu[13].

La solution politique telle que la conçoit l’Algérie doit aller dans le sens de ses intérêts sécuritaires. Pour cela, elle orchestre des rapprochements politiques et communautaires à travers ses réseaux d’influence qui visent la mise en œuvre d’un processus de réconciliation nationale, une solution peu appréciée par certains acteurs internationaux. S’inspirant de l’accord appliqué à la crise malienne[14], Alger convie aussi des acteurs locaux non institutionnels. Parmi eux, les principales tribus de l’ouest (Warchafana, Ghaddaffa, Warfalla, al-Megharha), longtemps marginalisées pour leur loyauté à l’ancien régime. Leur rôle pourrait être décisif dans la formation d’un gouvernement d’unité nationale dans un pays où les institutions tribales jouissent d’un poids social formel et informel non négligeable et restent un facteur de stabilité. C’est aussi le cas de la tribu des Zintan, qui détenait Saïf al-Islam. Pour Alger, le fils de Mouammar Kadhafi, nommé chef du Conseil suprême des tribus libyennes en 2015, pourrait être une figure de la réconciliation.[15]En avril 2015, l’Algérie réussira même à convaincre les Libyens, toutes tendances confondues, à se parler de manière officieuse, lors d’une rencontre avec les partisans de l’ancien régime.

Parallèlement, Alger collabore avec les représentants spéciaux successifs des Nations unies pour la Libye, en accueillant les négociations entre les différents partis politiques libyens sous l’égide de l’ONU.Elle reconnaît l’accord inter-libyen de Skhirat (Maroc), de décembre 2015, comme seule base de travail équitable.

Associée aux cinq pays voisins de la Libye (Tunisie, Tchad, Niger, Soudan et Egypte), elle privilégie les actions émanant de la région. Ainsi, la reconstruction d’une armée nationale et l’unification des forces de police font l’objet d’un dialogue tripartite organisé par Alger, Le Caire et Tunis. Ce qui ne l’empêche pas d’être en désaccord avec l’Egypte qui soutient politiquementet militairement le général Haftar[16]. Notamment quand Le Caire demande une levée partielle de l’embargo sur les armes, en vigueur depuis 2011, et les EAU – ainsi que d’autres pays – violent cet embargo[17]. Dans un récent rapport, le Comité des experts de l’ONU chargé de contrôler l’embargo a indiqué enquêter sur l’implication possible des EAU dans le lancement en avril 2019 de missiles sur des unités fidèles à Tripoli.[18]

Par ailleurs, l’assistance française à la coalition Haftar par l’envoi de conseillers, d’agents clandestins et de forces spéciales sur le terrain, indispose Alger qui craint que la France et ses alliés arabes ne gagnent en influence au Maghreb et au Sahel[19].

SANCTUARISER LE TERRITOIRE NATIONAL

Le 13 janvier 2013, le complexe gazier de Tinguentourine (In Amenas) est attaqué par le groupe « Signataires par le sang » de Mokhtar Belmokhtar. Ce groupe, implanté en Libye dès 2011, avait rallié à sa cause certaines brigades locales.

Cette surprise stratégique a mis en lumière la vulnérabilité du territoire algérien pourtant bien quadrillé par l’Armée Nationale Populaire (ANP). Cette attaque de grande ampleur a ébranlé la politique jusque-là défensive de l’Algérie, démontrant que les djihadistes implantés dans les pays voisins avaient la capacité de frapper le cœur de l’économie algérienne. Jusqu’alors, habituée à lutter contre les menaces internes, essentiellement dans le nord du pays, l’Algérie a du étendre son champ d’action pour faire face aux menaces transnationales sur l’ensemble de son territoire. Elle a aussi contraint le commandement militaire à réévaluer le principe de non-intervention et à combiner diplomatie régionale et opérations militaires ponctuelles.

– D’une part, en déployant des forces terrestres supplémentaires aux frontières algériennes appuyées par des forces aériennes (100 000 hommes au total), en fermant les points de passages vers la Libye et le Mali, et en exigeant un laissez-passer militaire pour l’entrée en Algérie.

– D’autre part, en intervenant militairement hors de son territoire dès lors que son intégrité territoriale et ses intérêts étaient directement mis en cause. En mai 2014, Alger envoie 3 500 parachutistes conjointement aux forces spéciales françaises et américaines au sud du bassin de Ghadamès, « avec pour mission de traiter des positions potentielles des groupes terroristes, dans un rayon de 100 km ». Du côté libyen, l’opération se déroule avec l’aide du maréchal Haftar. Les commandos algériens ciblent Mokhtar Belmokhtar[20]. La zone d’intervention concernée correspond en effet à l’itinéraire emprunté par les djihadistes qui ont attaqué le site de Tiguentourine[21].

Puis, quand son ambassade est menacée par le groupe de Mokhtar Belmokhtar au printemps 2014, les forces spéciales algériennes interviennent à Tripoli et déjouent la prise d’otages[22].

En février 2019, l’Algérie redoute que la prise de contrôle du Fezzan et du champ pétrolier al-Charara par le maréchal Haftar ne soit le prélude à une offensive sur Tripoli, menaçant du même coup la zone située aux confins de l’Algérie, du Niger, du Tchad et du Soudan.  Ces craintes sont confirmées en avril 2019 lorsque l’Armée Nationale Libyenne (ANL) entame son avancée sur Tripoli. Deux semaines plus tard, en guise d’avertissement, l’ANP effectue pour la première foisun exercice à balles réelles dans le secteur opérationnel nord-est d’In-Amenas, à quelques encablures de la frontière libyenne.

CONTRECARRER LA MENACE HAFTAR

En septembre 2018, Haftar accuse l’armée algérienne de mener des incursions sur le territoire libyen et menace d’exporter la guerre en Algérie[23]. Paradoxalement, « ces propos confortent la solution prônée par la diplomatie algérienne, soit une ‘solution politique’ inclusive (…). Ils offrent à la diplomatie algérienne un argument supplémentaire pour discréditer, du moins officieusement, le maréchal Haftar« [24].

Alger sait bien que la légitimité de Haftar dépend surtout de ses soutiens étrangers[25], parce qu’il prétend mener la guerre aux terroristes – alors que des milices salafistes constituent une partie de ses troupes-, règne sur les terminaux pétroliers et contrôle près des trois-quarts du pays. Après son AVC en avril 2018, c’est Le Caire qui choisit son successeur, le général Abdessalam Hassi, en accord avec les EAU. Alger perçoit ainsi Haftar comme le dépositaire de la puissance égyptienne alors que l’Algérie craint de voir l’Égypte s’implanter dans l’Ouest libyen.

Les EAU qui appuient l’avancée des troupes de Haftar vers Tripoli, se rangent du côté de l’Egypte et de la France, comme l’illustrent les propos du chef de la diplomatie émirienne: « Les groupes Islamistes et djihadistes se sont tous alliés pour soutenir Sarraj (à Tripoli)ce qui pose la question comme l’a déclaré Jean-Yves Le Drian récemment de l’ambiguïté qu’entretiennent certains groupes liés à l’islamisme politique avec des groupes djihadistes (…) Les EAU agiront toujours (…) avec des partenaires comme la France, qui partagent la même vision, afin de protéger au mieux les intérêts de la région et de ses peuples« [26].

Après avoir admis le principe d’élections présidentielles pour décembre 2018 sur l’insistance du Président français (accord de la Celle-Saint-Cloud en juillet 2017, puis conférence de Paris en mai 2018), Haftar rejette tout cessez-le-feu lors de sa visite à Paris le 22 mai 2019. Le GNA fait de même considérant « cette guerre comme une lutte existentielle« [27].

Sceptiques sur un agenda électoral jugé improbable et décidé unilatéralement par des acteurs extérieurs, l’Italie et l’Algérie accordent peu de crédit à cette solution. Alger considère que sans réconciliation nationale préalable, les élections se réduiraient à un processus technique formel, sans traiter les causes du conflit. Elles pourraient au contraire devenir un vecteur de polarisation, ainsi que le démontrent de nombreux exemples de scrutins en Afrique.

L’Italie, ancienne puissance coloniale, a d’autres préoccupations : la réactivation des voies de migrations en Méditerranée qu’elle avait réussi à contenir au prix d’accords bilatéraux avec Kadhafi. Rome propose alors une autre conférence internationale à Palerme en novembre 2018 à laquelle l’Algérie participe.

Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée algérienne, voit d’un très mauvais œil l’implication de la France aux côtés du maréchal Haftar, qui veut s’imposer par la force et, de facto, internationalise le conflit. Le soutien français est perçu comme une manœuvre de déstabilisation de l’Algérie visant à compromettre ses efforts de médiation. Aux yeux de Gaïd Salah comme des autres généraux algériens, la percée de Haftar menace sérieusement la Libye mais aussi la Tunisie. Paradoxalement, en soutenant Haftar, la France ne fait que « compliquer la lutte déjà ardue (qu’elle mène) contre la menace djihadiste dans la région« [28].

Pour Alger, Haftar est le fossoyeur de l’accord inter-libyen de Skhirat (qu’il avait qualifié de caduc et avec lui le gouvernement de M. Al-Sarraj en décembre 2017), et l’obstacle principal à la médiation onusienne[29], pour justifier ses ambitions de restauration autoritaire[30].. Ce qui va à l’encontre de la stratégie algérienneconsistant « à faire barrage à toute entité qui chercherait à imposer la ‘stabilité’ dans l’Ouest libyen par la force militaire et par une politique d’exclusion« [31].

QUELLES PERSPECTIVES ?

On ne compte plus le nombre d’initiatives, de sommets, de conférences et de réunions initiées par les voisins de la Libye et les parrains étrangers qui cherchent une issue qui leur serait politiquement favorable et économiquement profitable. Du point de vue algérien, la somme de ces interférences politiques et militaires exacerbe les divisons locales et cristallise les rivalités inter-arabes et européennes[32]. L’escalade militaire actuelle ne fait qu’intensifier la livraison d’armement aux deux camps rivaux par les soutiens étrangers[33]. A tel point que l’ONU a récemment renouvelé l’embargo sur les armes[34]. Dans un tel contexte la stratégie algérienne est quasi inaudible. 

A l’heure où la contestation populaire algérienne a jusqu’ici réussi à modifier l’agenda politique, l’Algérie conservera-t-elle son statut de puissance régionale et par la même celui de médiateur dans la crise libyenne ? Quel pourra être le rôle de l’armée algérienne garante de la sécurité intérieure[35] ? Certes l’ANP est une armée professionnelle, moderne et puissante et ses capacités de renseignement sont importantes en matière de contre-terrorisme[36]. Mais encore faut-il qu’elle puisse poursuivre sa mission dans le cadre d’une transition politique pacifique et qu’elle accepte de se retirer de la sphère politique. Pour l’instant, il est illusoire de l’envisager. En « dirigeant sans gouverner » l’armée a toujours su se préserver des turbulences politiques et demeurer le véritable détenteur du pouvoir[37].

*

Un changement de régime en Algérie pourrait avoir une incidence sur le contrôle des frontières et sur la lutte contre les groupes djihadistes. Un repli sur les affaires intérieures pourrait bouleverser la donne au niveau de la géopolitique et de la sécurité régionales. En particulier au Sahel où Alger est très sollicitée et souvent incitée à s’investir militairement. L’enjeu n’est donc pas seulement intérieur, puisque les politiques extérieure et de défense restent le domaine exclusif des militaires et des services de sécurité. Mais les puissances étrangères seront prêtes à tout pour éviter la déstabilisation de l’Algérie. La France, l’Union européenne et les Etats-Unis savent que l’Algérie est un pays pivot dans la région, malgré leurs ingérences concurrentes en Libye : « rien ne se réglera au Sahel sans l’Algérie. On ne peut pas concevoir la paix et la stabilité de cette immense région sans l’Algérie (et son armée)(…) L’Algérie a joué un rôle positif quand elle a autorisé le survol de son territoire par des avions de guerre français, quand elle a livré de l’essence, quand elle a parrainé les accords d’Alger en 2015. (…)Pas plus l’Algérie que la France ne souhaitent que les troupes françaises s’éternisent dans la bande sahélo-saharienne. Il faut donc travailler à une collaboration plus active avec l’Algérie« [38].

Il est trop tôt pour direquelle forme prendra la transition politique en Algérie et quelle place l’ANP occupera dans cette transition. Aujourd’hui, l’armée se retrouve l’arbitre de l’étape actuelle par la voie de son chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, très contesté par les manifestants, qui se pose unilatéralement comme interlocuteur du « hirak ». Tout dépendra des rapports de force internes au sein de l’armée et des services de sécurité, et de la capacité de la société civile et des forces politiques à mettre en œuvre une stratégie de sortie de crise concertée et pacifique.

[1]Une version de cet article est parue en italien en juillet 2019 sous le titre « L’Algeria vuole riunire la Libia » dans la revue LIMES, Rivista Italiana di Geopolitica, no. 6/2019, Rome, pp. 71-79.

[2]José Garçon, « Le soutien trouble de l’Algérie à la Libye de Kadhafi « , Libération, 31 août 2011.

[3]Adoubé « par la communauté internationale » selon l’expression consacrée, ainsi que par l’Union européenne, la Ligue arabe, l’ONU et l’Union africaine

[4]Mélanie Matarese, « Alger sur tous les fronts pour la Libye », Middle East Eye, 29 janvier 2016.

[5]Depuis 2011, des convois d’armes sont régulièrement interceptés par l’ANP et par la gendarmerie algérienne dans la région d’Illizi et dans le Tassili n’Ajjer ; voir « Libye : Tunis, Alger et Le Caire dénoncent les flux « continus » d’armes et de « terroristes », TV5 Monde, 13 juin 2019 ; Jérôme Tubiana et Claudio Gramizzi, Lost in Trans-Nation, Tubu and Other Armed Groups and Smugglers along Libya’s Southern Border, Small Arms Survey, Genève, décembre 2018.

[6]Jalel Harchaoui, Too Close for Comfort. How Algeria Faces the Libyan Conflict,Briefing Paper, Security Assessment in North Africa, Small Arms Survey, Genève, juillet 2018, p. 15.

[7]« Sellal: Le temps est compté », El Watan (Algérie), 28 mai 2015.

[8]Le 6 mars 2012 est créé un Conseil provisoire de Cyrénaïque à Benghazi.

[9]Laurence-Aïda Ammour, « La Libye en fragments », Annuaire Français des Relations Internationales(AFRI), Vol. XIV, Paris, 2013, pp. 653-678.

[10]Laurence-Aïda Ammour, « Algeria’s Role in the Sahelian Security Crisis », Stability: International Journal of Security and Development, Ontario, Canada: 2(2), 28, 2013, pp. 1-11.

[11]Cité par International Crisis Group, L’Algérie et ses voisins, Rapport Moyen-Orient et Afrique du Nord, n°164, 12 octobre 2015, p. 16.

[12]L’article 26 des Constitutions de 1989 et 1996 stipule que « l’Algérie se défend de recourir à la guerre pour porter atteinte à la souveraineté légitime et à la liberté d’autres peuples. Elle s’efforce de régler les différends internationaux par des moyens pacifiques. »

[13]Mélanie Matarese, op. cit : « En réalité, l’Algérie a entretenu de très bonnes relations avec la Libye dès la guerre de libération (1956-1962) (…) (Le pays) a servi de base logistique pour l’armement de l’est algérien. Certaines personnalités féodales entretenaient des liens avec les révolutionnaires. En grande partie parce que le roi Idriss Senoussi (roi de Libye de 1951 à 1969) était d’origine algérienne (par son grand-père, Mohammed ben Ali El-Senoussi, né près de Mostaghanem). Et puis les familles touarègues des deux côtés des frontières ont toujours été entremêlées. Si bien que les Algériens sont les seuls à pouvoir intervenir pour apaiser les tensions lors des affrontements entre les milices touarègues et les milices toubous dans le sud de la Libye. »

[14]Il s’agit des pourparlers tenus à Alger entre legouvernement malien et les factions rebelles du nord, pour stabiliser le pays et empêcher la sécession du pays qui ont abouti aux accords d’Alger de 2015.

[15]Laurence-Aïda Ammour, « Vers un retour en politique de Saïf Al-Islam Kadhafi ? », Huffpost-Maghreb, 8 février 2018.

[16]Laurence-Aïda Ammour, « In the Libyan conflict, Algiers stands up to France and Egypt », Middle East Eye, 27 mars 2015.

[17]Olivier Fourt, « Libye : un embargo de l’ONU violé sous le nez des marines européennes », RFI,19 mai 2019 : « La France, qui perd à l’été 2016 trois membres de la DGSE en Libye, est forcée de reconnaître son implication dans le conflit aux côtés de (Haftar). Puis, c’est au tour de la Russie qui, en 2017, commence à fournir des pièces détachées de chasseurs Mig-23 (…) Encore récemment, des drones d’origine chinoise Wing Loong auraient conduit des missions dans la région de Tripoli. (…) Le 18 mai dernier une trentaine de véhicules blindés en provenance de Turquie sont arrivés au port de Tripoli« .

[18]Conseil de sécurité : « La Libye sur le point de sombrer dans la guerre civile », selon le Représentant spécial qui plaide pour un retour au processus politique, CS/13816, 21 mai 2019. Voir aussi « Libya arms embargo must be enforced – UN chief Antonio Guterres », Al Jazeera, 11 juin 2019 ; « L’ONU renouvelle l’embargo sur les armes en Libye », BBC Afrique, 11 juin 2019

[19]Rappelons que les EAUont participé aux bombardements de l’OTAN.L’Egypte et les EAU avaient aussi bombardé la Libye en 2014 ciblant des positions tenues par des milices islamistes libyennes, notamment la coalition Fajr Libya, pour soutenir les forces du général Khalifa Haftar.

[20]Akram Karief, « L’Algérie a commencé les opérations commando », El Watan(Algérie), 6 juin 2014.

[21]Cette opération n’a jamais été reconnue officiellement par le gouvernement algérien, de crainte qu’elle ne soit perçue par l’opinion publique comme un alignement de l’Algérie sur l’agenda militaire occidental.

[22]Il s’agissait de prendre en otage le personnel de l’ambassade et de l’échanger contre les trois terroristes faits prisonniers lors de l’opération de Tiguentourine.

[23]« Libye : réactions de colère en Algérie après les menaces de Haftar », Middle East Eye, 9 septembre 2018; Abla Chérif, « Qui manipule la carte Haftar ? », Le Soir d’Algérie,11 septembre 2018.

[24]Lynda Abbou, « Raouf Farrah décrypte les motivations du Maréchal Haftar et la situation en Libye », Maghreb Emergent, 11 septembre 2018.

[25]Egypte, EAU, France, Russie et Arabie saoudite. Pour le GNA : Turquie et Qatar.

[26]Interview de Anwar Gargash, « Notre solution pour la Libye », Le Journal du dimanche, 18 mai 2019.

[27]Claudia Gazzini, pour l’International Crisis group, « Libya’s warring rivals in ‘existential fight’ for Tripoli. Forces locked in stalemate at the gates of the city », AFP, 4 juin 2019.

[28]Jean-Pierre Filliu, « Déjà deux mois de nouvelle guerre civile en Libye », Le Monde, 2 juin 2019.

[29]Conseil de sécurité : « La Libye sur le point de sombrer dans la guerre civile », CS 21 mai 2019; Lisa Watanabe, UN Mediation in Libya: Peace Still a Distant Prospect,CSS Analysis in Security Policy, no. 246, juin 2019.

[30]Antoine Malo, Interview du maréchal libyen Khalifa Haftar : « Nous sommes aux portes de Tripoli et nous continuons d’avancer »,Le Journal du Dimanche, 29 mai 2019.

[31]Jalel Harchaoui, op. cit.

[32]Karim Mezran et Arturo Varvelli, Foreign Actors in Libya’s Crisis, ISPI-The Atlantic Council, Milan, juillet 2017.

[33]« Libya: Haftar forces launch airstrike near Tripoli », Middle East Monitor, 9 juin 2019.

[34]« L’ONU renouvelle l’embargo sur les armes en Libye », BBC Afrique, 11 juin 2019.

[35]Depuis la démission du Président Bouteflika, l’armée et le renseignement militaire ont repris la main sur les services de renseignement qui avaient été accaparés par la Présidence.

[36]Laurence-Aïda Ammour, « Algeria », The Military Balance, The International Institute for Strategic Studies, Londres, 2014, pp. 307-313.

[37]Selon le mot de Steven A. Cook, Ruling but not Governing. The Military and Political Development in Egypt, Algeria and Turkey, John Hopkins University Press, Baltimore, 2007.

https://www.cf2r.org/tribune/la-libye-vue-dalgerie/

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Le ralentissement économique sème le trouble dans l’UE

Le ralentissement économique sème le trouble dans l’UE

Par : Jorge Valero | EURACTIV.com | translated by Nathanaël Herman

 9:31 (mis à jour:  10:33)

EPA-EFE/OLIVIER HOSLET [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

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Les États membres de l’UE devraient se préparer à « tous les scénarios », alors que l’économie européenne continue de ralentir et ne devrait pas reprendre de si peu, avertit la Commission européenne dans ses dernières prévisions économiques.

L’économie européenne vient d’entrer dans une nouvelle phase. Alors que la production a augmenté tout au long de cette décennie, comme en témoignent les chiffres impressionnants des dernières années, « ce n’est plus le cas à l’heure actuelle », a signalé le commissaire des Affaires économiques, Pierre Moscovici.

Selon les chiffres présentés le jeudi 7 novembre, la zone euro devrait connaitre une croissance de 1,1 % cette année et de 1,2 % en 2020 et 2021. Les estimations de juillet, elles, prévoyaient une augmentation de 1,2 % du PIB en 2019 et de 1,4 % en 2020.

La croissance économique de l’ensemble de l’UE stagnera à 1,4 % pendant les deux prochaines années, un chiffre revu à la baisse par rapport aux prévisions de juillet 2018 qui l’établissaient à 1,6 %.

Pierre Moscovici a déclaré qu’il s’agissait « d’un nouveau régime » par rapport aux anciennes prévisions, étant donné que son équipe ne s’attend plus à une relance économique dans les deux prochaines années.

En Europe, le chômage se stabilise et la croissance cale

La croissance dans la zone euro est restée stable au troisième trimestre, mais à un niveau faible de 0,2%, signe d’une stagnation de l’activité en Europe, selon l’Office européen de statistiques Eurostat. Un article de notre partenaire, la Tribune.

« Nous devons être prêts à tous les scénarios », a-t-il affirmé.

Marco Buti, chef de la direction générale des affaires économiques et financières à la Commission européenne, a expliqué dans le document présenté que ce ralentissement économique appelé à durer constituait un « changement majeur » et se fondait « sur l’évaluation que de nombreuses caractéristiques de ce ralentissement mondial perdureront ».

Malgré cette évaluation maussade, M. Moscovici a souligné que l’économie européenne continuerait de croître, mais plus lentement, et qu’une récession économique n’était pas envisagée par l’exécutif européen.

Mais il a ajouté qu’ « il fallait faire en sorte que ce “plateau” ne soit pas “un plafond”, car nous avons, de l’autre côté, des risques de baisse qui pourraient se matérialiser ».

Il s’est, en outre, aligné sur les avis de la Banque centrale européenne (BCE) et d’autres institutions, appelant ainsi les États membres avec des finances publiques plus saines, comme les Pays-Bas et l’Allemagne, à investir plus pour stimuler l’économie.

D’après le commissaire, ce boost n’est pas urgent, mais les gouvernements nationaux avec de la marge budgétaire devraient y réfléchir « pour que nous soyons en mesure de réagir rapidement ».

Macro Buti argue que les États membres avec de meilleures situations budgétaires devraient profiter des très faibles (voire négatifs) coûts de financement, afin d’investir dans des projets « avec un retour social, environnemental et économique élevé ».

Les tensions commerciales mondiales continuent d’inquiéter l’exécutif européen.

« La recrudescence des tensions commerciales et l’incertitude de ce secteur ont très probablement eu des effets néfastes permanents sur le commerce international » a écrit M. Buti, qui dirigera le cabinet du commissaire désigné à l’Économie, Paolo Gentiloni.

L’italien Paolo Gentiloni réussit son oral devant les eurodéputés

L’ancien chef du gouvernement italien Paolo Gentiloni a reçu l’aval du Parlement européen le 3 octobre pour devenir commissaire européen à l’Économie, malgré la position délicate de son pays en matière budgétaire.

Les pays

Dans le cas de l’Allemagne, la Commission a légèrement ajusté son PIB à 0,04, mais diminué sa croissance économique de 0,4 % afin d’atteindre 1 % pour l’année, une tendance qui devrait se maintenir en 2021.

L’économie allemande compensera la baisse de la demande mondiale et des investissements avec sa consommation privée et une dette publique « modérément expansionniste ».

Parmi les plus grandes économies de l’UE, l’Espagne devrait endurer les plus grosses pertes. Selon les prévisions, son PIB devrait chuter de 0,4 % cette année et l’année prochaine (1,9 % en 2019 et 1,5 % en 2020). En 2021 l’économie espagnole devrait augmenter de 1,4 %.

L’office national de la statistique est à l’origine de la moitié de la baisse, car il a apporté des modifications à l’historique de données, mais l’économie espagnole a aussi été affectée par le ralentissement du rythme de la croissance qui s’inscrit dans une période d’incertitude au niveau mondial.

La production française devrait également décélérer à environ 1,3 % cette année et l’année prochaine, puis à 1,2 % en 2021. La consommation contribuera à compenser le ralentissement de l’investissement et l’impact des tensions commerciales sur les exportations.

L’économie italienne « ne montre encore aucun signe de reprise significative », après la stagnation enregistrée l’année dernière, selon les prévisions. La croissance économique n’atteindra que 0,1 % cette année, puis 0,4 % et 0,7 % en 2020 et 2021, respectivement.

Selon l’évaluation de la Commission, Rome ne parviendra pas non plus à équilibrer ses comptes publics, comme le gouvernement de coalition l’avait convenu avec la Commission. Le déficit et de la dette continueront d’augmenter au cours des deux prochaines années en raison de la croissance plus faible et de l’augmentation des coûts des mesures antérieures.

La dette publique italienne devrait ainsi passer de 134,8 % de son PIB en 2018 à 137,4 % en 2021.

Langues : English

https://www.euractiv.fr/section/economie/news/as-economy-slows-commission-tells-member-states-to-be-ready-for-all-scenarios/

11 novembre 2018 : le centenaire d’un conflit de portée immense [Replay]

11 novembre 2018 : le centenaire d’un conflit de portée immense [Replay]

Battle of the Argonne Forest-Lest we forget by Cam Miller(CC BY-NC-ND 2.0) — Cam Miller, CC-BY

La Grande Guerre, qui marque le recul du libéralisme, est notamment à l’origine des régimes totalitaires et des problèmes actuels du Moyen-Orient.

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Par Gérard-Michel Thermeau.

C’était il y a cent ans. Nous commémorons, ce 11 novembre, le centenaire d’un conflit qui a joué un rôle considérable dans l’histoire de la France et du monde.

Bien que les participants en aient tous disparu, cette date du 11 novembre conserve toute sa signification à la différence du 8 mai, date qui ne renvoie pas à grand-chose.

Le 8 mai ne marque ni la libération de la France, ni la capitulation allemande, ni la fin de la seconde guerre mondiale. Et puis les Français, pour des raisons diverses, ne peuvent guère célébrer un conflit qui a vu le pays s’effondrer et la population se diviser. Non, le 8 mai est un de ces nombreux jours qui décorent le calendrier des jours fériés. Et c’est bien le seul intérêt qu’il conserve.

Le 11 novembre, célébration de l’armistice de 1918, c’est autre chose. Cette date renvoie à l’arrêt des combats, la fin d’une longue boucherie inaugurée le 28 juin 1914 par un attentat qui faisait trois orphelins dans une obscure ville des Balkans.

UNE GUERRE ABSURDE AUX CONSÉQUENCES TRAGIQUES

Ce centième anniversaire est l’occasion de se souvenir d’une guerre, absurde par bien de ses aspects, et dont les conséquences furent tragiques. Mais aussi d’une guerre qui a engendré la plupart des guerres qui ont suivi.

Pour la dernière fois, la France l’emportait dans un conflit majeur. Ce fut le chant du cygne de notre pays comme puissance mondiale. En 1944-1945, la magie du verbe gaullien devait masquer, par son éclat, le rôle mineur de la participation française à la victoire alliée, conséquence de la débâcle de 1940. L’hécatombe de cette première guerre mondiale, 1,4 million de morts, avait pesé lourdement dans l’enchaînement des événements qui devait déboucher sur « l’affreuse aventure », pour reprendre le mot de Pétain.

Que l’on y songe, sans la Grande Guerre, ni communisme, ni fascisme, ni nazisme. Les valeurs libérales étaient ainsi durablement remises en question. La Grande guerre a également semé au Moyen-Orient les graines de tous les problèmes qui l’agitent encore.

En somme, si le prétexte en fut insignifiant — un banal assassinat politique —, les conséquences en furent immenses.

LA NAISSANCE DU COMMUNISME MODERNE

Le socialisme, qui avait tant effrayé durant les dernières décennies du XIXe siècle, était en voie de parlementarisation dans les pays avancés, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne.

Le poids du vote ouvrier poussait les gouvernements à faire voter des lois sociales qui donnaient satisfaction à d’anciennes revendications. Les ouvriers ne voulaient pas la révolution. Ils voulaient travailler moins, gagner plus, être mieux considérés. Bref, leur horizon était empreint de cette « médiocrité bourgeoise » que dénonçaient les zélateurs de la Révolution. On ne pouvait décidément pas compter sur le « prolétariat » pour renverser l’ordre social.

Lénine, cet obscur agitateur d’avant 1914, rêvait de la guerre salvatrice. N’avait-il pas écrit en 1906 :

Cacher aux masses la nécessité d’une guerre exterminatrice, sanglante, désespérée comme objectif immédiat de l’action future, c’est se tromper soi-même et tromper le peuple.

Les dirigeants européens devaient exaucer ses vœux.

Sans la guerre, la Russie tsariste aurait peut-être connu une lente évolution réformatrice. En tout cas, sans la guerre, jamais les Bolcheviks n’auraient pu s’emparer du pouvoir. Le communisme, sous sa forme moderne, prenait un visage : le marxisme-léninisme.

La peur du « péril rouge » devait, par ailleurs, favoriser l’arrivée au pouvoir de leurs concurrents aux chemises noires et brunes.

FASCISME ET NAZISME, ENFANTS DE LA GRANDE GUERRE

Sans la guerre, Hitler serait resté un de ces innombrables artistes ratés qui ruminent leur médiocrité leur vie durant. La guerre le révéla à lui-même et lui permit de développer le génie maléfique qui ne pouvait s’extérioriser que dans des circonstances exceptionnelles.

Le génocide arménien, dont l’Allemagne impériale devait se faire le complice, devait par ailleurs lui servir de source d’inspiration. « Qui s’en souvient encore ? », devait-il faire remarquer à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

La guerre servit tout autant de révélateur à Benito Mussolini, ce socialiste révolutionnaire qui rêvait avant guerre, comme Lénine, à la prise du pouvoir par une élite résolue. Combattant exemplaire de l’armée italienne, il puisa dans son expérience du front les fondements de ce qui deviendra le fascisme.

Le fascisme et le nazisme, au-delà de leurs divergences idéologiques, partageaient quelques points communs et notamment le rejet du libéralisme sous toutes ses formes.

LE MARCHÉ REMIS EN QUESTION PAR L’ÉTAT

La Grande Guerre a, en effet, contribué au déclin du libéralisme. La guerre totale exigeait des moyens sans commune mesure avec les guerres traditionnelles. Pour la première fois, l’État va intervenir de façon importante dans l’économie.

Comme le déclare, en Allemagne, l’industriel Rathenau :

L’activité économique n’est plus une responsabilité privée mais une responsabilité sociale.

En Allemagne, l’État fixe les prix maximum et contrôle les bénéfices. En France, le socialiste Albert Thomas devient ministre de l’Armement et réunit régulièrement les principaux industriels. Même au Royaume-Uni où l’opinion est hostile à toute « mobilisation économique », l’État ne va cesser d’étendre son contrôle sur la main d’œuvre. Partout, l’État se mêle désormais de la fixation des salaires.

Le marché va cesser de fonctionner au profit d’une économie administrée provoquant pénurie et rationnement. Les entreprises privées doivent reconvertir leurs activités pour participer à l’effort de guerre.

Cette situation présentait d’ailleurs des avantages pour les entreprises : moins de concurrence, des débouchés assurés, des profits faciles. Mais les productions n’étaient plus orientées par la satisfaction de besoins réels. Il s’agissait de produire pour détruire. La rancœur à l’égard des « profiteurs de guerre », dans un temps où beaucoup de gens souffraient, devait rendre la population plus perméable au discours anticapitaliste.

Rapidement abandonné une fois la guerre terminée, l’expérience du dirigisme de guerre ne devait pas être oubliée. Et la grande crise des années 30 devait amener les États à recourir aux recettes expérimentées pendant le conflit.

LES LIBERTÉS INDIVIDUELLES SUSPENDUES

Le libéralisme économique s’effaçait dans le même temps où le libéralisme politique prenait de rudes coups. Les libertés individuelles se trouvaient remises en question au nom des nécessités de la guerre. La liberté de la presse disparaissait, les journaux étant soumis à une censure tatillonne.

L’autoritarisme du pouvoir exécutif ne cessa de se renforcer et connut son apogée, en France, sous le gouvernement de Georges Clemenceau (1917-1919). Le « Tigre », farouche défenseur des libertés dans l’opposition, était un dictateur en puissance, une fois au pouvoir.

Clemenceau porte sa responsabilité, parmi d’autres, dans l’échec de la paix manifesté par les divers traités signés suite à la Conférence de paix de Paris. Si l’éclatement de l’Autriche-Hongrie se révéla catastrophique en Europe centrale, la chute d’un autre empire affectait le Moyen-Orient.

LA POUDRIÈRE DU MOYEN-ORIENT

Les circonstances de l’effondrement final de l’Empire Ottoman, déjà fort affaibli, vont faire du Moyen-Orient une nouvelle poudrière.

Pendant la guerre, politiciens britanniques et français s’étaient cru fort habiles dans leurs manœuvres au Moyen-Orient. Ils avaient incité les Arabes à se soulever contre les Turcs en agitant, aux yeux des Hachémites, le rêve du grand royaume arabe. Dans le même temps, ils se partageaient les dépouilles de l’empire ottoman en établissant leur zone d’influence. Les anciennes provinces turques devaient se métamorphoser en mandats de la SDN après guerre.

Loin d’obtenir leur indépendance, les Arabes se voyaient ainsi tomber sous la coupe des deux anciens rivaux impérialistes. Aux Français la Syrie et le Liban, aux Britanniques l’Irak, la Jordanie et la Palestine. De surcroît, Lord Balfour, par une déclaration fameuse, avait promis la création d’un foyer national juif, source de complications futures.

Discrédités par la trahison des Alliés, les Hachémites devaient être chassés de la Mecque par Ibn Séoud. Aux descendants du prophète succédaient des fanatiques, promoteurs du wahhabisme, incarnation d’un Islam sectaire.

LES EMPIRES COLONIAUX FRAGILISÉS

Pendant le conflit, les Alliés puisèrent dans leurs empires ressources, main d’œuvre et troupes. Des Indiens, des Africains, des Maghrébins se trouvèrent à se battre, bien loin de chez eux, dans des tranchées boueuses.

De fait, les colonisateurs se trouvaient pris aux pièges de leurs propres conceptions. Inférieurs en droit, les colonisés ne pouvaient donc être mobilisés comme les citoyens des métropoles. Aussi, les effectifs coloniaux ne furent-ils qu’une force d’appoint.

Sept millions et demi de Français furent mobilisés mais seulement 520 000 soldats dans tout l’Empire, pour une population légèrement supérieure. Ainsi, le nombre de Corses tués fut-il supérieur à celui des pertes des troupes de l’Afrique occidentale française.

Mais en engageant les troupes coloniales en métropole, les colonisateurs sciaient la branche sur laquelle reposait leur domination. L’artillerie ennemie tuait, par exemple, sans distinction « dominants » et « dominés ». Le discours inégalitaire allait devenir de plus en plus difficile à tenir.

À la conférence de paix, en dépit des 14 points de Wilson, les vainqueurs restèrent aveugles et sourds aux timides demandes de réformes dans les colonies. Mais les principes wilsoniens, avec l’idée du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, n’étaient pas restés lettre morte aux yeux d’intellectuels en Tunisie comme en Indochine. Le temps, là aussi, ferait son œuvre.

LES LEÇONS DE L’HISTOIRE ?

C’était il y a cent ans. Et c’était hier.

Le 11 novembre 1918 à 11 heures, sur la ligne de front les clairons sonnaient le « cessez le feu ».

Ce n’était pas la paix, certes, c’était l’arrêt des combats. Et c’était déjà beaucoup.

Cette guerre atroce et absurde était enfin terminée. Ce devait être la « der des der », seule justification de tant de souffrances et de tant de vies sacrifiées jusqu’à la dernière heure.

Mais ce n’était pas la paix, oh non ! C’était un armistice de vingt ans. La « der des der » était la préfiguration des tragédies à venir.

Article initialement publié en novembre 2018.

https://www.contrepoints.org/2019/11/11/329042-11-novembre-2018-le-centenaire-dun-conflit-de-portee-immense

Mort de l’OTAN ? Blaguons un peu avec Macron

Mort de l’OTAN ? Blaguons un peu avec Macron

Bloc-Notes

   jeudi 07 novembre 2019

   Forum

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Mort de l’OTAN ? Blaguons un peu avec Macron

Décidément, le jeune Emmanuel M. reste, malgré ses multiples avatars, ses casseroles idéologiques et ses conceptions politico-économiques stupides, une boîte à surprise. Ainsi pouvait-on en juger (“boîte à surprise”) lors de son intervention du 27 août où, après des recherches minutieuses, des commentateurs hors-Système et même antiSystème découvrirent des pépites que les grrrrrrands professionnels de la grrrrrrande presseSystème du bloc-BAO avaient ratées. (Si l’on parlait d’un film on dirait que la presseSystème montra dans ce cas une attitude qu’on nommerait “une connerie chorale” en jugeant qu’on se trouve là devant l’archétype de la chose.) Il s’agit bien sûr de cette déclaration selon laquelle il est notamment question de la fin de l’hégémonie occidentale, dont on mit du temps à comprendre l’importance :

« …Bref, et comme disait l’avisé Macron : « Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l’hégémonie occidentale sur le monde. » (Le temps de traduire ce texte du discours macronien, d’une forme infâme cachant les pépites reposant sur le fond, nos amis anglophones de la communication antiSystème commencent à réaliser le caractère historique de la chose : iciiciici, etc.) »

Cette fois, Macron nous dit, via The Economist qui est certainement l’une de ses lectures de chevet, que l’OTAN est cliniquement kaput, ou dit autrement « en état de mort cérébrale ». C’est dans une interview du célèbre hebdo qui défend depuis bien plus d’un siècle l’Anglosphère, le libre-échange et le néo-ultralibéralisme, le suprémacisme anglo-saxon même déguisé en Jokey progressiste-sociétal, – et, par conséquent, l’OTAN elle-même.

Dans le viseur de Macron, outre l’OTAN kaput mais qu’on pourrait ressusciter si certains voulaient bien changer d’attitude, et notamment accepter de devenir le serviteur fidèle d’une “vraie défense européenne”, les USA de Trump avec des pincettes, et la Turquie d’Erdogan avec une artillerie extrêmement lourde.

Lisons le compte-rendu qu’en fait RT-France, qui vaut bien largement toutes les salades congelées que vont nous servir Le MondeLibé et Jacques Attali (qui est cité justement, au moment où il nous régale de sa petite vesse mensuelle) :

« “Ce qu’on est en train de vivre, c’est la mort cérébrale de l’OTAN” : le jugement, particulièrement sévère, est celui du président de la République française. Dans un entretien accordé au magazine ‘The Economist’, Emmanuel Macron a expliqué ce constat par le désengagement américain vis-à-vis de ses alliés de l’alliance atlantique et le comportement de la Turquie, également membre de l’organisation militaire.
» Le chef d’État ne souhaite pas pour autant la fin de l’OTAN, appelant au contraire à “clarifier maintenant quelles sont [ses]finalités stratégique ”. En même temps, le président français a plaidé à nouveau pour “muscler” l’Europe de la Défense – une idée pourtant  peu appréciée par l’alliée américain au sein de l’OTAN.
» La décision de la Turquie de lancer en octobre une offensive militaire contre la milice kurde des Unités kurdes de protection du peuple (YPG), qu’elle considère comme terroriste, a mis mal à l’aise ses partenaires de l’OTAN – les États-Unis et la France, entre autres, condamnant de leur côté fermement cette intervention.
» L’OTAN est apparu à cette occasion divisée sur une question d’ordre stratégique, au point que des commentateurs ont ni plus ni moins annoncé la “mort” de l’organisation militaire. “L’OTAN est mort[e]puisqu’une puissance de l’OTAN [la Turquie]a décidé de se battre, totalement librement, en achetant d’ailleurs des armes russes sans l’accord des autres membres”, avait par exemple jugé le mois dernier l’économiste Jacques Attali sur France Info. »

Outre la “mort cérébrale” de l’OTAN, qu’il est nécessaire rapidement de mettre aux soins intensifs pour la faire revenir dans ce bas-monde, Macron parle de la « “fragilité extraordinaire de l’Europe” qui “disparaîtra” selon lui, si elle ne “se pense pas comme puissance dans ce monde”. » Et de revenir bien entendu sur l’idée d’“armée européenne” qu’il est vital sous peine de mort de développer, mais selon une perspective si ambitieuse qu’on finirait par croire que l’OTAN, même ranimée et regonflée aux stéroïdes, ne serait que la supplétive de l’Europe super-ranimée (elle aussi). Le texte qui fait rapport de l’interview rappelle qu’en novembre 2018,  « Donald Trump avait exprimé  son indignation face à la proposition d’Emmanuel Macron de créer une “vraie armée européenne” pour “protéger[l’Europe] de la Chine, de la Russie et même des États-Unis d’Amérique” ».

Cela nous ramène à l’OTAN et, sur cette question des USA ainsi mentionnée, Macron fait quelques remarques nullement dénuées de sens sur ce qu’il perçoit des conceptions de Trump, terminant sur un clin d’œil vers la Russie, – selon l’arrangement du texte de RT-France qui est loin d’être de simple opportunité, – qui ferait croire qu’après tout il (Macron) préférerait peut-être bien la Russie aux USA comme partenaire stratégique : 

« Dans son entretien à ‘The Economist’, Emmanuel Macron estime que le président américain et la France ne partagent pas la même philosophie de l’alliance atlantique. “Le président Trump, j’ai beaucoup de respect pour cela, pose la question de l’OTAN comme un projet commercial. Selon lui c’est un projet où les États-Unis assurent une forme d’ombrelle géopolitique, mais en contrepartie, il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain. La France n’a pas signé pour ça”, a-t-il déclaré.
» Enfin, le président français juge que l’affirmation de la puissance européenne passera par la réouverture d’“un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie”. Une position affichée de longue date par le président français. »

Pour cette fois, ne dissimulons pas notre sérieux : l’humeur exécrable de Macron contre l’OTAN ne rencontre pas une opposition sourde et puissante de la part de l’“État-profond”à la française, comme c’est le cas pour sa volonté de rapprochement de la Russie. L’hostilité française à la Turquie, et indirectement à l’OTAN qui a plutôt et aussitôt soutenu la position turque dans l’affaire syrienne (la pseudo-“invasion” turque de la Syrie), est très répandue et extrêmement radicale dans les milieux et les bureaucraties diplomatiques et de la sécurité français, à Evere comme à Paris. Lorsqu’on remarque devant un haut-fonctionnaire français du domaine que cette hostilité à la Turquie implique, chose gravissime, le souhait du départ ou de l’expulsion de ce pays de l’Alliance, certains peuvent entendre comme réponse : « Qu’est-ce qui est plus grave, une OTAN sans la Turquie ou une OTAN sans la France ? ».

Cela ferait penser qu’il y a dans des esprits très échauffés l’idée d’un “c’est eux ou c’est nous”, avec comme conclusion d’une telle situation de confrontation qu’il y aurait de toutes les façons une crise gravissime et inévitable de l’OTAN. C’est bien entendu le sentiment de l’Attali cité, qui conclut déjà, et d’ailleurs pas faussement, que “l’OTAN est mort[e]”. Son allusion aux armes russes de la Turquie, – les S-400 et peut-être des Su-35 demain, – est par contre un peu déplacée et montre que cet esprit un peu trop embrumé suit mal le raisonnement puisqu’il transforme un argument anti-Trump de Macron (« l’OTAN comme un projet commercial […] il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain. ») en un argument anti-Turquie. (Il y a déjà eu des cas du genre, comme les S-300 russes achetés par la Grèce, qui n’ont pas provoqué de crise.)

Finalement, l’humeur antiturque des français est assez peu compréhensible par rapport à l’énormité du sujet qu’elle déplace et des questions qu’elle pose. Elle est d’une intensité peu ordinaire par comparaison au sujet officiel-officieux qui la justifie (attaque des Turcs en Syrie, – Dieu sait si ce n’est pas la première, – défense des Kurdes “lâchement abandonnés” par la soldatesque US, laquelle continue à faire des ronds dans les sables syriens, ici ou là, avec l’odeur du pétrole et les batailles internes des différents centres de pouvoir de “D.C.-la-folle” en sus) ; quant au diagnostic sur “la mort cérébrale de l’OTAN”, on dira qu’il est valable depuis pas loin de tout juste vingt ans, après tout et après la chute du Mur… Aussi y a-t-il peut-être quelque chose de plus profond chez les Français, dont eux-mêmes ne se rendent peut-être pas compte, qui fait qu’on découvre parfois que le roi est nu simplement parce qu’on ouvre les yeux par inadvertance, – car nu, il l’est depuis longtemps. (Autrement dit : cela fait bien longtemps que « l’OTAN [est] un projet commercial […] il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain » ; simplement, –ô surprise, o tempora, o mores, – Trump est plus sincère que ses prédécesseurs, il appelle un chat un chat…)

Dans tous les cas, si Macron poursuit sur ce terrain, une chose est assurée : il doit vite concrétiser son rapprochement avec la Russie, car il trouvera des USA déterminés et impitoyables de quelque que ce soit, et l’Europe en pleine accélération de désintégration. Il ne faut pas non plus se tromper en imaginant qu’une défaite ou une destitution de Trump, c’est-à-dire dans tous les cas une victoire d’un démocrate, ouvrirait de nouvelles perspectives de “coopération” avec les USA (“coopération, kèsako ?” interrogent les USA). Les perspectives devraient être pires, puisque s’ouvrant sans doute sur la perspective d’un conflit avec la Russie, la victoirte démocrate signifiant celle du DeepState.

Sur cette question, le texte de ce jour sur Strategic-Culture.org de Philip Giraldi, excellent commentateur généralement excellemment informé, est du plus haut intérêt. Giraldi s’intéresse au témoignage du colonel Vindman qui vient d’(avoir lieu à la Chambre des Représentants, dans l’instruction de la mise en accusation pour la destitution du président Trump. Vindman est un Ukrainien naturalisé Américain, qui s’occupe présentement du dossier-Ukraine au Conseil National de Sécurité (NSC). Son témoignage est intéressant parce qu’il est complètement indifférent à la polémique de savoir si Trump a demandé au président ukrainien d’impliquer les Biden dans l’affaire de corruption qui les met dans un mauvais cas, parce qu’il ne s’intéresse qu’au blocage de l’aide militaire pour l’Ukraine brandie par les démocrates comme argument prouvant dans ce cas la tentative de corruption du président ukrainien par Trump. Pour Vindman, cela signifie surtout qu’on n’arme pas les Ukrainiens contre les Russes. Giraldi juge que Vindman parle pour le DeepState et que le but du DeepState est non seulement l’armement de l’Ukraine, mais l’entrée de l’Ukraine (et de la Géorgie) dans l’OTAN… Voilà le véritable enjeu de l’Ukraingate parce que les démocrates sont à 200% otages du DeepState.

« Le colonel Vindman, qui dépendait de la détestable et hyper-antirusse Fiona Hill, laquelle dépendait du fou de guerre John Bolton, a été au cœur au milieu de tous les plans pour faire tomber la Russie. Il ne s’inquiète pas vraiment de la polémique Trump vs. Biden. Il s’agit plutôt, pour lui, d’accélérer l’aide militaire de 380 millions de dollars, y compris les armes offensives, qui était en préparation pour Kiev. Et en supposant que les Ukrainiens puissent réellement apprendre à utiliser les armes, l’objectif est de punir les Russes et de prolonger le conflit au Donbass sans autre raison [que la dynamique de désordre à finalité antirusse].
» Notez l’extrait suivant de la déclaration préparée par Vindman : “J’étais inquiet des implications pour le soutien du gouvernement américain à l’Ukraine… Je me suis rendu compte que si l’Ukraine menait une enquête sur les Biden, cela serait probablement interprété comme un jeu partisan qui ferait sans aucun doute perdre à l’Ukraine le soutien bipartisan qu’elle a maintenu jusqu’ici.” […]
» Alexander Vindman ne dit ni n’écrit que l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN est son objectif réel, mais ses commentaires sur “l’intégration dans l’Occident” et la “communauté euro-atlantique” l’indiquent clairement. L’expansion de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie par l’irresponsable Clinton a constitué la destruction d’une des plus importantes occasions d’une stabilisation de sécurité après la Guerre froide. L’ajout de l’Ukraine et de la Géorgie à l’alliance amplifierait cette erreur, car ces deux pays sont des intérêts vitaux pour la sécurité nationale de Moscou compte tenu de leur histoire et de leur géographie. Vindman doit être considéré comme une manifestation de la pensée de l’État profond qui a causé tant de maux aux États-Unis au cours des vingt dernières années… »

Voilà l’alternative qui attend Macron (et les Européens) via l’OTAN si Trump s’en va, alors qu’un président français vient de nous dire que poursuivre dans l’OTAN selon les conceptions de Trump n’est plus guère possible. De tous les côtés et de toutes les façons, tout tourne au pire, – et cette fois, en remontant du Moyen-Orient jusqu’au cœur de l’Europe, là où les dangers de conflit sont infiniment plus graves. Certes, dans cette soupe Erdogan et ses conquêtes grandioses, sous la couverture des S-400 et l’œil attentif d’Attali, ne sont qu’un avant-goût, une mise en bouche.

“D.C.-la-folle” étant effectivement folle, il s’agit d’aller jusqu’au bout de la démence, comme on dit boire le calice jusqu’à la lie, et enfin saisir l’OTAN au corps pour bien vérifier qu’elle n’existe plus. Macron a pris un chemin semé d’embûches en disant ce qu’il a dit, mais cela est après tout préférable à la stratégie de l’autruche habituellement suivie. Dans tous les cas, et malgré ses beaux projets (ceux de Macron), l’Europe dans sa forme actuelle ne survivra pas aux événements tels qu’ils se profilent, – mais les USA non plus, certainement, et peut-être plus vite encore qu’on ne croit, – c’est-à-dire encore plus vite que “les événements tels qu’ils se profilent”…

Mis en ligne le 7 novembre 2019 à 17H55

https://www.dedefensa.org/article/mort-de-lotan-blaguons-un-peu-avec-macron

Quatre blessés dans le sud-est de la France secoué par un fort séisme

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Quatre personnes ont été blessées, dont l’une grièvement, dans un fort séisme survenu lundi peu avant midi près de Montélimar (Drôme), et ressenti de Lyon à Montpellier sans toutefois provoquer de dégâts majeurs.AFP11/11/2019SéismeAssurances

Quatre blessés dans le sud-est de la France secoué par un fort séisme

Un séisme de magnitude 5,4 sur l’échelle de Richter s’est produit en Ardèche, à « 26km au sud-est de Privas », possiblement à proximité du Teil, à 11h52, a précisé dans un communiqué le Bureau central sismologique Français (BCSF) de Strasbourg. 

Il a été ressenti principalement dans la Drôme et l’Ardèche, notamment dans les environs de Montélimar où une personne a été grièvement blessée dans la chute d’un échafaudage, selon la préfecture de la Drôme.

Trois autres personnes ont été légèrement blessées en Ardèche « suite à une crise de panique », a indiqué sur Twitter le préfet de ce département qui a demandé aux habitants du Teil (Ardèche) de « rester pour le moment à l’extérieur des habitations ».

Le maire de cette ville, limitrophe de Montélimar, a ouvert trois gymnases pour ses administrés, a ajouté le préfet.

« Ca a duré cinq secondes, tout a tremblé autour de moi, les meubles, les murs, comme si un avion s’était écrasé à 800 mètres ou une grosse explosion », a témoigné auprès de l’AFP Kevin Cuer, habitant au 4e étage d’un immeuble de Montélimar.

Selon lui « tout le monde est sorti dans la rue après la secousse, les gens ont eu très peur, on s’est dit +pourvu que ça s’arrête vite+ ».

« Aucun dégât majeur n’a été recensé à ce stade dans le département », ni sur l’ensemble des installations nucléaires du Tricastin, a confirmé dans un communiqué la préfecture de la Drôme.

Les services du SDIS « effectuent actuellement une quinzaine d’interventions pour vérifier l’état des bâtiments et cheminées signalés comme ayant subi de légers dégâts », a-t-elle aussi indiqué.

– « Jambes en coton » –

« La Terre a tremblé à Montélimar. A priori aucun blessé n’est à déplorer », a tweeté le maire de la ville, Franck Reynier. « Il n’y aurait pas de dégâts. Aucune intervention de pompiers n’a été nécessaire », a-t-il ajouté, appelant la population à ne pas saturer les services d’urgences d’appels. « Nous vous tiendrons informés au fur et à mesure », a-t-il conclu.

« J’ai senti mes jambes trembler, j’avais l’impression que j’allais tomber, les jambes en coton, je me suis assise et j’ai compris qu’il y avait eu un tremblement de terre », a témoigné auprès de l’AFP Nathalie Lefèvre, habitante de Vallon Pont d’Arc, dans l’Ardèche.

« J’étais appuyé contre le four de la boulangerie de ma mère quand je l’ai senti trembler. Le vaisselier d’une cliente a bougé et toute sa vaisselle a été cassée », a aussi expliqué Victoria Brielle, une habitante de Privas.

La secousse, d’une intensité rare dans la région, a également été ressentie jusqu’à Saint-Etienne, Lyon, et même dans le sud de la France, ont indiqué des témoins à l’AFP.

« J’étais allongé devant mon ordinateur sur mon lit quand j’ai senti un gros bruit derrière la cloison de l’appartement, les meubles ont bougé, ma femme dans la pièce d’à côté a eu l’impression de marcher sur une passerelle », a indiqué à l’AFP Bertrand Maigre, habitant au 5e étage d’un immeuble du 6e arrondissement de Lyon.

« Le chien a aboyé avant la secousse », a par ailleurs témoigné auprès de l’AFP Didier Lévy, qui habite un château du XVe siècle à Lamotte-du-Rhône (Vaucluse). « C’est la première fois que je vis ça, j’ai ressenti la secousse alors que nos murs font un mètre d’épaisseur », a-t-il ajouté. Plusieurs minutes après la secousse, « les lustres bougeaient toujours », a-t-il assuré.

Après la secousse, les pompiers du Vaucluse ont reçu « une cinquantaine d’appels principalement de communes situées au nord du département, notamment Bollène et Valréas », a indiqué un porte-parole à l’AFP.

https://pro.orange.fr/actualites/quatre-blesses-dans-le-sud-est-de-la-france-secoue-par-un-fort-seisme-CNT000001lcVoc.html

La Turquie renvoie des djihadistes étrangers dont plusieurs Français

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La Turquie renvoie des djihadistes étrangers dont plusieurs Français

Les opérations de rapatriement par Ankara ont débuté lundi 11 novembre. La majorité sont des femmes.Par Le Figaro avec AFP et ReutersPublié il y a 6 heures, mis à jour il y a 49 min

Florence Parly, la ministre des Armées, aux coté de Jean-Yves le Drian, le ministre des affaires étrangères qui était à Bagdad en octobre pour discuter du sort des combattants français de Daesh.
Florence Parly, la ministre des Armées, aux coté de Jean-Yves le Drian, le ministre des affaires étrangères qui était à Bagdad en octobre pour discuter du sort des combattants français de Daesh. BERTRAND GUAY / AFP

La Turquie a entrepris de renvoyer dans leur pays d’origine des activistes étrangers du groupe Etat islamique, dont onze Français – en majorité des femmes, selon une source proche du dossier.À lire aussi : Djihadistes: Paris face à l’urgence en Syrie

Certaines de ces personnes sont en prison «depuis longtemps» et d’autres sont arrivées «plus récemment», a précisé la source. Elles seront toutes interpellées et présentées à un juge à leur arrivée en France dans le cadre du «protocole Cazeneuve».

«Les démarches concernant 11 combattants étrangers d’origine française sont en cours», a indiqué le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères Ismail Catakli, annonçant également l’expulsion prochaine de dix Allemands, deux Irlandais, un Danois et un Américain.

Que cela vous fasse plaisir ou non, que vous leur retiriez ou non leur nationalité, nous vous renverrons ces membres de l’EI, vos propres gens, vos propres ressortissantsSüleyman Soylu, ministre turc de l’Intérieur

Le ministre turc de l’Intérieur, Suleyman Soylu, avait annoncé vendredi, cité par l’agence Anadolu, le rapatriement à venir des djihadistes étrangers, même ceux déchus de leur nationalité. «Nous allons vous renvoyer les membres de l’EI. Ils sont à vous, faites-en ce que vous voudrez», avait dit vendredi 8 novembre Süleyman Soylu lors d’un discours à Ankara. «Que cela vous fasse plaisir ou non, que vous leur retiriez ou non leur nationalité, nous vous renverrons ces membres de l’EI, vos propres gens, vos propres ressortissants», avait-il martelé.

La chaîne de télévision publique TRT Haber rapporte que l’Etat turc entend rapatrier quelque 2500 activistes, dont une majorité vers des pays de l’Union européenne, et que 813 djihadistes présumés sont actuellement en attente d’expulsion dans 12 centres de rétention.

Florence Parly démentait la présence de français dans le contingent rapatrié

Florence Parly, la ministre des Armées, avait réagi ce lundi 11 novembre au micro de France Inter avant l’annonce du rapatriement des djihadistes français. «Je n’ai pas connaissance d’un retour précis des terroristes de la part de la Turquie», avait dit la ministre des Armées peu avant 08h.

France Inter@franceinter

.@florence_parly et les djihadistes français en Turquie : « Il y a un protocole pour rapatrier des terroristes; je n’ai pas connaissance d’un retour précis » «  » #le79Inter708:08 – 11 nov. 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité15 personnes parlent à ce sujet

La Turquie appelle régulièrement les pays européens à reprendre leurs ressortissants qui ont intégré les rangs de l’EI en Syrie, mais ceux-ci sont peu enclins à les récupérer, notamment pour des raisons sécuritaires et d’impopularité.

Longtemps soupçonnée d’avoir laissé les djihadistes traverser sa frontière pour rejoindre la Syrie après le début du conflit qui déchire ce pays depuis 2011, la Turquie, frappée par plusieurs attentats commis par l’EI, a rejoint en 2015 la coalition antidjihadiste.

Mais Ankara a été accusé ces dernières semaines d’affaiblir la lutte contre les éléments dispersés de l’EI en lançant, le 9 octobre, une offensive contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), fer de lance du combat contre l’organisation djihadiste.

À voir aussi : Où sont les djihadistes français dans le nord syrien?Où sont les djihadistes français dans le nord syrien?Certains djihadistes retenus par les Kurdes dans le nord de la Syrie ont profité de l’offensive turque pour s’échapper. Notre grand reporter Georges Malbrunot fait le point sur la situation.PartagerPlayUnmuteCurrent Time 0:16/Duration 2:56Loaded: 39.30% Niveaux de qualitéFullscreen

https://www.lefigaro.fr/international/la-turquie-renvoie-des-djihadistes-etrangers-la-france-ne-serait-pas-concernee-20191111?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign=[20191111_NL_ACTUALITES]&mediego_euid=[4726051]&een=07d35d6dfbc7bc24543248fcd9bee521&seen=6&m_i=dStK_2XpQ1xLFZWQ7U3%2Bx10FaA0cx1IH0zKyInAeRg0F5z1wljwB0K9Sx%2BHwiR_%2Bhbi6yKy4F7h5WX14dM8x6YMp9lWYZAGJdU

Le maître-espion britannique James Le Mesurier, fondateur de l’organisation rebelle syrienne des « Casques Blancs », retrouvé mort à Istanbul en Turquie

Le maître-espion britannique James Le Mesurier, fondateur de l’organisation rebelle syrienne des « Casques Blancs », retrouvé mort à Istanbul en Turquie

ON: 11/11/2019  IN: ANALYSIS  WITH: 0 COMMENTS

Le Maître-espion de Sa Majesté britannique James Le Mesurier, fondateur de l’organisation rebelle syrienne connue sous le nom de « Casques Blancs » ou White Helmets, à été retrouvé mort à Istanbul, Turquie.

Selon le journal turc Sozcu, le maître-espion britannique James Le Mesurier, un membre éminent du Mi6 britannique qui se faisait passer pour un ex-officier de l’Armée britannique et un « Contractor » (spécialiste de la sécurité et du renseignement à son compte) , a été retrouvé mort dans le jardin de son « safe house » à Istanbul, Turquie par des voisins. La police turque n’a pas précisé les causes du décès et ouvert une enquête.

James Le Mesurier vivait à Istanbul depuis quelque temps et selon des sources journalistiques turques, Le Mesurier souffrait d’une dépression sévère l’ayant contraint à prendre une médication à base de benzodiazépines et d’autres psychotropes.

Une autre source non confirmée évoque une defenestration « assistée » comme la cause de la mort de Le Mesurier. Dans ce cas précis il pourrait s’agir d’une élimination. Par qui ?

Pourtant les états de service de Le Mesurier ne sont pas loin d’égaler celles de Lawrence d’Arabie toutes proportions gardées. James Le Mesurier avait servi dans les Balkans (guerre de l’ex-Yougoslavie), dans la guerre du Kozovo, en Irak et notamment dans le Kurdistan irakien, au Liban, dans les territoires palestiniens, en Turquie et en Syrie.

Le Mesurier est présenté comme l’un des co-fondateurs de l’organisation rebelle syrienne des « Casques Blancs » ou White Helmets mais en réalité il n’a fait que créer des ONG écrans pour mettre en place les mécanismes nécessaires à la création de cette organisation dans le cadre de la politique du Mi6 et en accord avec la stratégie US de changement de régime au Moyen-Orient. Présentée comme une sorte de défense civile opérant en territoire rebelle, l’organisation des Casques Blancs a été portée aux nues par l’ensemble des médias de la propagande occidentale et arabe hostiles à la Syrie.

Comme beaucoup d’espions ou d’ex-espions impliqués un peu trop personnellement avec les projets qu’ils ont mis en place et que la hiérarchie exploite à d’autres fins avant de les abandonner, Le Mesurier souffrait de dépression sévère et ne sortait presque plus. A t-il été éliminé par le Mi6 de peur que sa dépression ne le pousse à divulguer le pot-aux-roses ? Ou bien a t-il été neutralisé par les turcs, les syriens, les russes, les kurdes, le Mossad ou encore des factions mécontentes de la rebellion syrienne? On ne le saura sans doute jamais. L’homme disparaît comme dans les romans d’espionnage les plus classiques et on ne saura jamais s’il a laissé des écrits ou un journal racontant la formidable opération secrète derrière la création des organisations rebelles en Syrie.

La Turquie n’avait aucun intérêt à le voire disparaître et les services syriens sont trop occupés à l’intérieur de la Syrie pour tenter la moindre aventure dans une Turquie forteresse. Pour les russes, aucun membre du Groupe Wagner n’a pu passer jusqu’ici vivant le redoutable filet sécuritaire turc et de ce fait, il nous reste les hypothèses suivantes:

  1. James Le Mesurier s’est probablement suicidé en se jetant de son balcon et/ou à l’aide de barbituriques ou autres substances chimoques;
  2. Le maître-espion aurait été neutralisé par le Mi6 après s’être rendu compte de l’ampleur de la manipulation;
  3. Des agents sous-traitants issus du Mossad et travaillant pour le Deep State ou l’État profond US l’auraient « écarté » en le mettant littéralement sur le carreau pour éviter toute divulgation d’information contraire à la doxa de la propagande occidentale.

Quoi qu’il en soit, James Le Mesurier ne sera ni le premier ni le dernier des artisans de l’ombre à disparaître de façon mystérieuse.

Un pan de l’histoire secrète de la guerre contre la Syrie s’en va.

https://strategika51.org/2019/11/11/le-maitre-espion-britannique-james-le-mesurier-fondateur-de-lorganisation-rebelle-syrienne-des-casques-blancs-retrouve-mort-a-istanbul-en-turquie/

Décomposition impériale

Décomposition impériale

9 Novembre 2019

Moins spectaculaire que les guerres américaines ratées, moins médiatique que les tentatives de putsch qui ne prennent plus, le mouvement tectonique du reflux de l’empire suit son cours, inexorable. Le schéma est classique, presque mécanique…

Années 90 : après l’éclatement de l’URSS, le système impérial est à son apogée. Il est alors pris d’une véritable folie des grandeurs qui finira par causer sa perte.

Années 2000 (ère Bush) : victime d’hybris, il s’engage dans un certains nombre de fiascos coûteux et retentissants (Irak, Afghanistan), et provoque la résurgence de ses rivaux (Russie, Chine, OCS).

Années 2000-2010 (ère Obama) : sentant le vent tourner, ils s’arc-boute sur ses fondamentaux (Europe totalement vassalisée, presstituée noyautée comme jamais) pour tenter de durer, au risque d’imploser.

A bien des égards, la géopolitique ressemble à la physique pure. Plus un corps, soumis à une pression intense, se comprime, plus il est instable et susceptible de provoquer des réactions en chaîne. C’est ce qui finit par arriver

Qui aurait imaginé, même dans ses rêves les plus fous, voir le système impérial US se décomposer aussi rapidement ? Certes, il y avait eu des signes avant-coureurs : crise grecque, montée des «  »populismes » » (entre huit guillemets) en Europe, multiplication des voix discordantes concernant la politique anti-russe (Hongrie d’Orban, Italie, Slovaquie, République tchèque, Grèce, industriels allemands etc.), record d’impopularité des hommes de paille de Washington (Flamby Ier rejoignant les rois fainéants mérovingiens dans le palmarès des dirigeants les plus détestés de l’histoire de France)…

Mais l’année 2016 restera comme l’apothéose de ce détricotage. En mai dernier, avant le sommet du G7 à Tokyo, un eurocrate envisageait le « scénario de l’horreur » :

Imaginez si, au lieu de Barack Obama, François Hollande, David Cameron et Matteo Renzi, nous avons Donald Trump, Marine Le Pen, Boris Johnson et Beppe Grillo.

Un mois plus tard, le scénario tant honni commençait à se mettre en place, au grand dam de Washington, Bruxelles et de leurs relais médiatiques. Le Brexit envoya des ondes de choc (…) Ce n’était pourtant rien en comparaison de ce qui allait se passer trois mois plus tard, au cœur même de l’empire, la deuxième étape du « scénario de l’horreur », le changement tectonique représenté l’élection du Donald.

2016 fut en effet le début de la fin : Brexit, Trump, guerre pétrolière américano-saoudienne, perte ou trahison des alliés, dédollarisation, fiasco ukrainien, dégringolade de la branche médiatique… Ce qui avait été patiemment bâti au cours de longues décennies se défaisait à vue d’œil. Et si le Deep State réussissait à sauver quelques meubles, par exemple en récupérant partiellement le Donald, plus rien ne serait comme avant. Comme la marée basse laisse sur le sable les traces de son passage, le reflux de l’empire mettait à jour ses contradictions criantes et ses dysfonctionnements inhérents.

Les éléments, auparavant maintenus sous la chape (de plomb) du manteau américain, étaient désormais livrés à eux-mêmes. Certains comme les euronouilles, complètement perdus, couraient dans tous les sens comme des poulets sans tête. D’autres, tel le sultan, jouaient les électrons libres et se rapprochaient dangereusement de l’autre camp. Partout, l’unité faisait place à la dissension. Sur le Vieux continent :

L’Europe américaine sera-t-elle mise à mort par ceux-là même qui étaient censés la régénérer ? L’on peut sérieusement se poser la question quand on voit le divorce grandissant entre l’UE et les pays d’Europe centrale et orientale, fers de lance de la « Nouvelle Europe » si chère aux néo-cons. Le pied droit de Washington donne des coups au pied gauche et c’est tout le système vassalique européen qui risque de tomber.

Rappelons d’abord que la construction européenne fut, dès le départ, un projet américain. Des archives déclassifiées montrent que les soi-disant « pères de l’Europe » – Schuman, Spaak ou le bien-nommé Monet – travaillaient en réalité pour les Etats-Unis. Pour Washington, il était en effet plus aisé de mettre la main sur le Vieux continent par le biais d’une structure globale noyautée de l’intérieur que de négocier pays par pays avec des dirigeants indépendants.

La chute du Mur et l’intégration à l’UE des anciennes démocraties populaires n’étaient que le cache-sexe de l’avancée de l’OTAN vers la Russie. Mieux encore, ces pays nouvellement libérés de la tutelle soviétique et férocement anti-russes pour des raisons historiques compréhensibles étaient susceptibles d’établir un nouveau rapport de force très favorable aux Etats-Unis au sein de l’UE face à certaines poussées de fièvre frondeuse toujours possibles de la « vieille Europe » (De Gaulle, Chirac et Schroeder…)

Or, au moment où les institutions européennes sont noyautées et soumises comme jamais aux désidératas US, le château de cartes est en train de s’écrouler… Ce sont d’abord les sanctions anti-russes qui ont créé une brèche. Si elles furent accueillies avec des transports de joie par la Pologne et les pays Baltes, leur réception en Hongrie, en Slovaquie et même en République tchèque fut bien plus mesurée, c’est le moins qu’on puisse dire. Première cassure au sein de la « nouvelle Europe ».

Et maintenant, la question des réfugiés pourrait bien sonner l’hallali. La Pologne, pays ô combien pro-US, refuse tout à fait d’obéir aux injonctions des institutions elles aussi ô combien pro-US de Bruxelles. Diantre, Brzezinski n’avait pas prévu ça…

Il n’avait pas non plus prévu ce qui allait se passer dans le Golfe en juin 2017 :

La grande affaire très commentée de ces derniers jours est la mise au ban du Qatar par l’Arabie saoudite et ses quelques affidés de circonstance. Si c’était dans les tuyaux depuis une bonne semaine, c’est un véritable séisme dans la région, les précédentes querelles n’ayant jamais conduit à une rupture des relations diplomatiques (…)

Le Conseil de Coopération du Golfe est la pierre angulaire de l’empire américain dans la région – un peu comme l’UE en Europe – et il est aujourd’hui au bord du gouffre. Après le Brexit, le Qatarxit ? A Washington, les stratèges impériaux ne doivent pas être aux anges… Le Koweït et Oman ont en tout cas refusé de suivre leurs collègues et de rompre leurs relations avec Doha, ce qui fissure encore un peu plus l’organisation  (…)

Deux piliers du pétrodollar et soutiens du djihadisme en conflit, CCG en crise, Turquie ballotée, Etat profond US divisé… Il faut prendre la rupture saoudo-qatarie pour ce qu’elle est : une énième convulsion du « camp du Bien », un émiettement supplémentaire de l’empire.

Il n’en fallait pas plus à CNN pour accuser… les hackers russes ! Audiard nous avait prévenu : les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Derrière cette nouvelle dégénérescence de la presstituée se cache tout de même une réalité : c’est Noël au Kremlin, qui se garde toutefois de tout triomphalisme.

Les groupies de l’hégémonie américaine ne peuvent maintenant que constater les dégâts :

Un mélancolique article du Jerusalem Post intitulé « Les sommets d’Asie centrale qui montrent que Washington perd prise » nous rappelle une nouvelle fois, si l’en était besoin, que derrière les strass et paillettes de l’événementiel, l’empire américain est inexorablement engagé sur la pente descendante.

A Bichkek, au Kirghizstan, a eu lieu la grand-messe annuelle de l’Organisation de Coopération de Shanghai, incluant désormais l’Inde et le Pakistan. On y a vu Modi et Khan échanger des blagues, Xi et Rouhani renforcer leur coopération, Poutine rencontrer ses homologues chinois, iranien, indien ou pakistanais. Si le président iranien, Etat observateur, s’est fait remarquer en critiquant vertement l’unilatéralisme US et en offrant des privilèges économiques aux membres de l’OCS qui investiraient en Iran, il n’a pas été le seul. A Bichkek, on a parlé multipolarité, Routes de la Soie et intégration de l’Eurasie, pour le plus grand malheur de qui vous savez…

Le jour suivant, au Tadjikistan voisin, le sommet CICA (Conférence pour l’Interaction et la Confiance en Asie) a réuni du beau monde. Les représentants d’une trentaine de pays y participaient dont Poutine, Xi (qui a fêté son 66ème anniversaire avec le président russe), Rouhani, Erdogan ou encore Al Thani, l’émir du Qatar. On sait que ce dernier, depuis la rupture avec l’Arabie saoudite, a une furieuse tendance à se rapprocher de Téhéran et des géants de l’Eurasie. Ses multiples rencontres bilatérales d’hier sont là pour le prouver, notamment avec la Chine et l’Iran, qui a par ailleurs également reçu le soutien turc face au harcèlement américain.

L’hybris impériale – sanctions contre la Russie et l’Iran, guerre économique contre la Chine, menaces contre la Turquie, sanctions saoudiennes contre le Qatar – tend naturellement à rapprocher ces pays et accélère l’inévitable mouvement d’intégration du grand continent, bientôt irrigué par le gaz russe et les Routes de la Soie chinoises. Le monde multipolaire du XXIème émerge sous nos yeux…

Ce qui nous amène aux délectables nouvelles de ces derniers jours, qui remuent encore un peu plus le couteau dans le cœur des petits génies de Washington. Au Royaume-Uni, l’énième report du Brexit par les manigances des députés a poussé le Premier ministre Johnson à organiser des élections générales, prévues dans cinq semaines. Sans surprise, elles mettront aux prises les conservateurs de ce même Johnson et le Labour de Jeremy Corbyn. Si certains articles versent allègrement dans l’hyperbole, parlant de « lutte pour l’âme britannique », un aspect fondamental n’est pourtant jamais abordé : l’accélération du détricotage de l’empire.

Johnson est en effet favorable à l’OTAN mais ne peut, on le sait, voir en peinture l’Union européenne et fut l’un des principaux leaders de la campagne du Leave. A l’opposé, Corbyn est un de ces européistes indécrottables mais a toujours été très critique vis-à-vis de l’impérialisme américain et favorable à un rapprochement avec la Russie. S’il ne réclame plus l’abolition de l’Alliance atlantique, comme c’était encore le cas en 2012, nul doute que la politique étrangère de Londres prendrait un tour nouveau s’il était élu.

OTAN contre UE, alors que ces deux piliers de l’hégémonie américaine en Europe étaient auparavant synonymes, Brexit ou OTANxit (ou du moins une sérieuse prise de distance). Heureusement que McCain n’est plus là pour voir ça…

Et puisqu’on parle d’elle, les déclarations tonitruantes de Macron affirmant que l’OTAN est « en état de mort cérébrale » ont jeté un énorme pavé dans la mare, provoquant les cris d’orfraie de Berlin et de Bruxelles, la fébrilité dans les salles de rédaction et l’amusement de Moscou, qui a d’ailleurs tout lieu de se réjouir des appels du même à « rouvrir un dialogue stratégique avec la Russie ».

Ce n’est pas la première fois que l’actuel président français s’écarte de la ligne vassale de son prédécesseur. S’il n’a pu s’empêcher d’y retomber en certaines occasions, par exemple lors du false flag chimique n°3, l’occupant de l’Elysée est capable de faire montre d’une relative indépendance, comme nous le relations il y a plus de deux ans :

Alerte dans les officines du système impérial, la plaque européenne commence à dangereusement se rapprocher de sa consoeur russe et nos hypothèses se voient une nouvelle fois confirmées. Après la réception de Poutine par Macron à Versailles, nous écrivions :

D’abord, pourquoi inviter Poutine, dans les fastes de Versailles qui plus est ? Notons que, mis à part le traditionnel voyage du 15 mai à Berlin pour retrouver Merkel, c’est le premier dirigeant étranger que rencontre Macron dans un format bilatéral (les discussions avec Trump, Trudeau, Erdogan & Co ayant eu lieu en marge des sommets de l’OTAN et du G7). Relevons également que la somptueuse réception du « tsar de toutes les Russie » au château du roi-soleil n’a pas été du goût des habituels thuriféraires du système impérial.

Ainsi, le président français était demandeur, ce que l’enguirlandement médiatique fanfaron tente d’occulter (…)

Un reset franco-russe, qu’évoque également le peu russophile Financial Times, serait donc dans les tuyaux à la demande de Paris. Ceci pourrait expliquer pourquoi, au-delà des pathétiques flonflons médiatiques et du sauvetage de face macronien sur des questions aussi existentielles que les LGBT de Tchétchénie ou les méchants médias russes, on a furieusement l’impression que Bobobankster s’est aligné sur Poutine.

Sur la Syrie, « l’objectif absolu est la lutte contre le terrorisme, l’éradication des groupes terroristes, en particulier Daech ». Tiens, il y aurait des modérés pas si modérés que ça finalement et Assad ne doit plus partir… Plus intéressant encore, la fameuse phrase sur les armes chimiques que toute la MSN saoudisée a rapportée, persuadée qu’elle est dirigée contre Damas, mais que personne n’a pris la peine de décrypter :

« J’ai indiqué qu’une ligne rouge très claire existe de notre côté : l’utilisation d’une arme chimique par qui que ce soit fera l’objet de représailles et d’une riposte immédiate. »

Les mots importants sont en gras. Ainsi, Assad ne serait pas le seul à disposer et à être susceptible d’utiliser des armes chimiques… Est-ce une reconnaissance en creux du false flag de Khan Cheikhoun ? A noter que le soir même, Vladimirovitch a répété dans une interview destinée au public français qu’il n’y avait aucune preuve de l’implication du gouvernement syrien dans cette attaque. Pour mieux appuyer ce qu’il a dit, voire prouvé, quelques heures plus tôt à Macron sous les lambris versaillais ?

Concernant l’Ukraine, Poutine a pris le bâton, déclarant que c’était une affaire intérieure à ce pays et qu’il fallait tenir Kiev pour responsable des atteintes aux accord de Minsk, le tout sans être contredit par son hôte. Et je ne mentionne pas les formules répétées sur « le rôle indispensable de la Russie »…

Assiste-t-on à un changement de direction de l’euronouillerie, désormais orpheline de son maître américain ? Si Macron dit tout haut ce que Merkel pense tout bas – et il y a de bonnes raisons de croire que le premier est le porte-parole de la seconde -, on est peut-être en train d’assister à un rééquilibrage du Vieux continent. L’avenir nous le dira… Mais on comprendrait mieux alors la flagornerie de la caste médiatique, cachant sous les épithètes dithyrambiques une redirection peu glorieuse pour elle.

On en prend le chemin… Dans la foulée de la visite du réaliste Le Drian à Moscou, c’est en effet une véritable bombe qu’a lancé Macron dans un entretien à huit quotidiens européens paru aujourd’hui. Dans le texte :

Le vrai aggiornamento que j’ai fait sur ce sujet, c’est que je n’ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout. Personne ne m’a présenté son successeur légitime. Assad est un ennemi de son peuple [tous les éléments de langage n’ont pas disparu du jour au lendemain, ndlr] mais pas de la France. Mes lignes sont claires. Un : la lutte absolue contre tous les groupes terroristes. Ce sont eux, nos ennemis. Deux : la Syrie ne doit pas devenir un Etat failli [failed State]. Nous avons besoin de la coopération de tous pour éradiquer les terroristes, en particulier de la Russie.

Dios mio, McCain, Barack à frites, Flamby, l’hilarante, le Seoud et autres joyeux lurons de la clique impériale doivent s’arracher les cheveux. L’imMonde est vert de rage et la presse israélienne rapporte l’info pour le moins fraîchement.

Le président Macron semble en passe de devenir nettement plus sage que le candidat Macron. Un Trump inversé en quelque sorte… Si le Donald a tout le mal du monde à contrer le Deep State, c’est néanmoins son élection qui a permis le détricotage de l’empire dont les composantes s’égaillent maintenant dans la nature.

En plein dans le mille. Le reflux américain a laissé sur la grève les composantes du système impérial qui, nouvellement autonomes, s’éparpillent et prennent des directions inimaginables il y a peu encore.

Pire ! les propres pions de Washington arrivés fraîchement au pouvoir se mettent eux aussi à tourner casaque, notamment en Amérique latine. Au Brésil, Bolsonaro a fait un flip flop digne d’une grande patineuse en allant courtiser les investissements chinois. Ce n’est pas une surprise pour le fidèle lecteur de nos Chroniques, car certains signes étaient annonciateurs :

Un mot encore sur le traditionnel sommet des BRICS en marge du G20. Il était intéressant de voir le comportement de l’américanolâtre néo-président brésilien dans cette structure de facto opposée à Washington. Les bruits alarmistes et peut-être inventés sur une possible exclusion du Brésil ne se sont pas traduits dans les faits et les oreilles de Bolsonaro ont dû quelque peu sursauter en entendant Poutine appeler à la dédollarisation ou défendre le Venezuela, point sur lequel le leader brésilien a préféré éviter de polémiquer avec son homologue russe. Bolsonaro, que d’aucuns pensaient il y a quelques mois qu’il mettrait des bâtons dans les roues des BRICS, a même partiellement épousé les discours sur le multilatéralisme en critiquant le protectionnisme unilatéral d’un certain pays…

Entre un Bolsonaro qui met de l’eau dans son maté et un Lula qui vient de sortir de prison et pourrait reprendre le chemin du pouvoir, l’expérience « américaine » du Brésil a peut-être tourné (très) court. L’occasion de redonner un regain d’énergie aux BRICS, d’autant que le grand voisin argentin pourrait à nouveau être de la partie. Nous l’expliquions en août :

En Argentine, le président Mauricio Macri, gentil toutou des USA, vient de se prendre une volée aux élections primaires, répétition générale de l’élection présidentielle du mois d’octobre. Pour Washington, c’est une bien mauvaise nouvelle, d’autant que le grand vainqueur est le parti de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, elle aussi bien connue des lecteurs. Nous en parlions entre autres dans un billet consacré à l’établissement d’une base radar chinoise dans la pampa :

L’accord sino-argentin avait été signé en 2015, du temps de Cristina Kirchner, égérie de la multipolarité. Ironie du sort, l’objet de l’accord se réalise sous son successeur et adversaire, pion de l’empire comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Macri, dans la plus pure tradition des leaders latino-américains dévoyés, est l’homme de paille des Etats-Unis en Argentine, permettant l’installation de deux bases US dans son pays, plaçant sa fortune chez son maître, s’attirant les louanges de son suzerain.

… et acceptant avec gloutonnerie tout accord avec le FMI visant à esclavagiser un peu plus son pays. Sans surprise, la Cristina, maintenant sénatrice, s’y oppose résolument et préfère les prêts de la banque des BRICS ou de la Chine. D’où la base radar, facilité donnée au dragon contre des espèces sonnantes et trébuchantes à un moment où l’Argentine était étranglée financièrement. Le combat continue entre la pasionaria et le vassal. Macri est largement devancé par C.K dans les projections du premier tour (39%-30%). Quel que soit le résultat, la base chinoise est là pour rester, l’accord ayant été signé pour 50 ans.

C’était l’année dernière et les sondages étaient en deçà de la réalité. Si Cristina ne s’est pas présentée elle-même, son parti a gagné par 47% contre 32%. Un retour du clan Kirchner à la Casa Rosada apporterait à coup sûr un regain d’activité au processus de multipolarité en Amérique du Sud, un temps mis à mal par la destitution de Dilma au Brésil et l’élection de Macri. On se rappelle que l’Argentine de Cristina, bien que ne faisant pas officiellement partie des BRICS, y faisait souvent figure de membre associé, ce qui sera sans doute à nouveau le cas dans deux petits mois…

Bingo. Le 27 octobre, Alberto Fernández, protégé de Cristina, a gagné dès le premier tour, renvoyant Macri à ses chères études. Si sa prise de fonction se fera en décembre, les stratèges américains commencent déjà à se ronger les ongles. Dans un geste ô combien symbolique, Fernández a accordé sa première interview internationale à Correa, l’ancien président équatorien et bête noire de l’imperium US, sur la chaîne russe RT.

Le renouveau de la multipolarité qui se prépare en Amérique du Sud va de pair avec le rôle jamais vu qu’y joue Moscou, au grand dam du Deep State dont les think tanks sonnent le tocsin :

« Il est clair que la Russie est en Amérique latine pour y rester et qu’elle étend son influence – notamment en essayant d’assurer les moyens de menacer les USA au sein même de l’hémisphère occidental. Le désarroi de la politique étrangère américaine a clairement facilité cette évolution. Etant donné l’actuel chaos à Washington [ ! ], il faudra un temps considérable avant que les Etats-Unis ne puissent établir une stratégie coordonnée visant à contrer ou, au moins, atténuer ces menaces. L’Amérique latine est devenue un théâtre d’opérations réel pour les Russes à cause de la négligence des Etats-Unis et de leurs politiques erronées. »

Au-delà de l’alarmisme peut-être exagéré de l’establishment impérial, trop longtemps habitué à l’hégémonie et qui voit surgir avec horreur son rival là où il ne l’attendait pas, une chose est sûre : en Amérique, comme en Europe ou au Moyen-Orient, l’empire US recule terriblement…Tag(s) : #Etats-Unis#Europe#Amérique latine#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/11/decomposition-imperiale.html

Pendant ce temps, dans la steppe…

Pendant ce temps, dans la steppe…

5 Novembre 2019

Elle n’est pas sous les feux de l’actualité mais l’intégration du continent-monde continue, inexorable, au grand dam du Washingtonistan.

Les stratèges états-uniens ont dû se ronger quelques ongles en apprenant que l’Ouzbékistan allait rejoindre L’UEE. Le dernier « e » est d’importance : il ne s’agit évidemment pas de l’attirail d’euronouilles sis à Bruxelles mais de l’Union Economique Eurasienne. Il y a un mois, la nouvelle est tombée :

La présidente du Conseil de la Fédération de Russie a déclaré que le président ouzbek Chavkat Mirzioïev avait pris la décision d’engager la procédure d’entrée de son pays dans l’Union économique eurasiatique. Jusqu’alors, l’Ouzbékistan s’était toujours refusé à rejoindre l’union douanière. C’est un revirement de taille et rapide. Le président de l’Ouzbékistan a pris une décision et travaille sur la question de l’adhésion du pays à l’UEE.

Ce revirement n’est pas tout à fait une surprise, comme le fidèle lecteur de nos Chroniques en avait été averti dès septembre 2016 :

Commençons par la mort d’Islam Karimov, satrape de l’Ouzbékistan depuis son indépendance en 1991. Personnage rusé et retors, il était le symbole de ces potentats centre-asiatiques issus du soviétisme. Comme son collègue turkmène au nom imprononçable (Gourbangouli Berdimoukhamedov) et aux mesures originales, Karimov était extrêmement sourcilleux sur l’indépendance de son pays, bien plus que les leaders des trois autres -stan. Aussi a-t-il mené une politique de relatif équilibre entre la Russie et les Etats-Unis.

Connaissant parfaitement le byzantinisme de la région et sachant ménager les susceptibilités locales, Poutine procéda par petites touches afin de ne pas se mettre à dos ce pays-clé de l’Asie centrale. Moins fin, tonton Sam et ses gros sabots se prit une volée de bois vert quand, en 2005 et après avoir utilisé durant des années la base aérienne de Karshi Khanabad pour son opération afghane, l’administration Bush se permit une critique suite à la répression des émeutes d’Andijan. La réponse ne se fit pas attendre : les Américains étaient invités à quitter leur base dans les plus brefs délais, perdant une occasion unique de s’implanter durablement dans le Heartland.

Rien n’a changé depuis et la mort de Karimov risque même d’accélérer le rapprochement avec Moscou au détriment de Washington. Vladimirovitch a fait les choses comme il faut, envoyant Medvedev aux funérailles et faisant lui-même un stop au retour du sommet du G20 en Chine afin de présenter ses condoléances, geste que l’on apprécie dans les steppes. La chaleureuse réaction du Premier ministre ouzbek et vraisemblable futur président, Shavkat Mirzyoyev, donne une indication intéressante. Il se pourrait même qu’à terme, Tachkent entre dans l’Union Eurasienne, chose qu’avait toujours refusée l’ombrageux Karimov.PUBLICITÉ

Bingo ! C’est désormais en passe de se réaliser et le président, sans doute bien accommodé par Vladimirovitch, a eu de la suite dans les idées. L’Ouzbékistan prépare son entrée dans l’organisation qui avait provoqué l’ire de l’hilarante Clinton, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, en son temps (2012) : « Cela ne portera pas le nom d’URSS. Cela portera le nom d’union douanière, d’Union économique eurasiatique, mais ne nous y trompons pas. Nous en connaissons les buts et nous essayons de trouver le meilleur moyen de le ralentir ou de l’empêcher. »

On se rappelle d’ailleurs que c’est l’éventuelle adhésion de l’Ukraine qui avait précipité le putsch du Maïdan :

Pièce centrale du Grand jeu, l’Ukraine était déjà en difficulté financière en 2013. L’ancien président Yanoukovitch (démocratiquement élu faut-il le rappeler) décida d’abandonner le partenariat oriental de l’Union Européenne pour se rapprocher de l’Union Eurasienne proposée par la Russie. La raison en était simple : loin d’être un pion pro-russe comme trop souvent répété, Yanoukovitch est allé voir Bruxelles et Moscou pour faire, assez cyniquement d’ailleurs, monter les enchères. Bruxelles proposa une aide de 500 millions d’euros, Moscou de 15 milliards. Le calcul était vite fait…

Ce rapprochement avec la Russie déclencha l’opposition de la partie occidentale de ce pays très polarisé. C’est le premier Maïdan ou l’euro-Maïdan (novembre-décembre) : des manifestations pacifiques, bon enfant, de gens représentant vraiment une partie de la population ukrainienne. Ce mouvement était évidemment soutenu en sous-main par les Etats-Unis, dont la poltique depuis vingt ans consiste à arracher l’Ukraine à la sphère russe et à la faire entrer dans l’OTAN après y avoir installé un gouvernement pro-occidental, isolant la Russie de l’Europe et de la Méditerranée. Tout l’appareil US se retrouvait sur cette ligne, de Victoria « Fuck l’UE » Nuland à Brzezinski en passant par les officines néo-cons ou encore le NED qui finance les ONG dans les pays qu’il veut déstabiliser.

2012, 2014 : les Américains assurent qu’ils lutteront de toutes leurs forces contre l’intégration eurasiatique, organisent même un coup d’Etat en Ukraine pour l’empêcher d’y accéder. Depuis, on mesure la dégringolade de l’empire…Tag(s) : #Asie centrale#Russie

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Revue de presse nationale et internationale.

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