Après Helsinki, Trump invite Poutine à Washington

Après Helsinki, Trump invite Poutine à Washington

Les présidents américain Donald Trump et russe Vladimir Poutine le 16 juillet à Helsinki / © AFP/Archives / Brendan Smialowski

En pleine polémique sur le sommet d’Helsinki, Donald Trump persiste et signe: il a fait savoir jeudi qu’il avait invité Vladimir Poutine à Washington à l’automne afin de « poursuivre le dialogue » avec l’homme fort du Kremlin.

Accusé par ses détracteurs, mais aussi nombre d’élus de son parti, de s’être montré beaucoup trop conciliant avec son homologue russe, le président américain s’en est pris avec virulence aux journalistes coupables à ses yeux de ne pas avoir souligné le « grand succès » de leur face-à-face.

Selon Sarah Sanders, porte-parole de la Maison Blanche, des discussions sont « déjà en cours » pour une nouvelle rencontre, cette fois-ci dans la capitale fédérale américaine.

Martelant sa conviction que bien s’entendre avec M. Poutine était « une chose positive », M. Trump a ajouté sur la chaîne CNBC: « Si cela ne fonctionne pas, je serai le pire ennemi qu’il ait jamais eu ».

Trois jours après le rendez-vous qui l’a mis en porte-à-faux avec les agences américaines de renseignement en raison de ses atermoiements sur l’ingérence russe dans la présidentielle, Donald Trump peine toujours à éteindre l’incendie.

« Le sommet avec la Russie a été un grand succès, sauf pour le vrai ennemi du peuple, les médias +Fake News+ », a-t-il tweeté, reprenant une expression particulièrement agressive qu’il avait déjà utilisée en 2017.

« J’attends avec impatience notre deuxième rencontre pour que nous puissions commencer à mettre en place certaines des choses dont nous avons parlé », a-t-il ajouté, citant, pêle-mêle, la lutte contre le terrorisme, « la sécurité pour Israël », les cyberattaques, les échanges commerciaux, l’Ukraine, la paix au Proche-Orient ou encore la Corée du Nord.

Fait remarquable, M. Poutine avait, quelques heures plus tôt, lui aussi dénoncé les critiques visant M. Trump, stigmatisant les « forces » aux Etats-Unis « prêtes à sacrifier les relations russo-américaines à leurs ambitions ».

Plaidant pour un renforcement des contacts entre les deux grandes puissances nucléaires, le maître du Kremlin a notamment rappelé que le traité de réduction du nombre des armes nucléaires entre la Russie et les Etats-Unis, le New START, devait expirer en 2021.

Pour le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, la conférence de presse Trump-Poutine a fait « beaucoup de bruit », sans que les médias n’apportent beaucoup d' »éclaircissements ».

« Le président (Trump) avait pour objectif de rediriger deux pays qui avançaient sur un mauvais chemin (…), de créer un espace pour la communication et le dialogue et il y est parvenu », a-t-il estimé mercredi sur la chaîne catholique EWTN.

– « Une mauvaise semaine » –

Affaire Trump-Russie : les mises en accusation / © AFP / Gal ROMA

A Washington, les critiques restaient vives, tant sur le sommet que sur les jours qui ont suivi.

« En ce qui concerne la Russie, cela a été une mauvaise semaine et il est impératif que (Donald Trump) comprenne qu’il a mal évalué Poutine », a lancé Lindsey Graham, un sénateur républicain pourtant souvent en phase avec le milliardaire.

Jeudi après-midi, la Maison Blanche a tenté de clore une des nombreuses polémiques nées de la désormais célèbre conférence de presse sur la Baltique.

M. Poutine avait alors proposé de permettre à Washington d’interroger 12 agents du renseignement russes inculpés aux Etats-Unis pour interférence dans l’élection, mais à la condition d’une « réciprocité » sur des Américains soupçonnés « d’activités illégales ».

L’affaire s’était envenimée lorsque la justice russe avait précisé mardi vouloir interroger onze Américains, dont l’ex-ambassadeur des Etats-Unis à Moscou (2012-2014) Michael McFaul, nommé par l’ancien président démocrate Barack Obama.

Après avoir laissé plané le doute mercredi, ce qui a suscité une nouvelle tempête dans la capitale fédérale américaine, Sarah Sanders, porte-parole de l’exécutif, a indiqué que le président n’était « pas d’accord » avec cette proposition.

« Le président Trump a clairement indiqué que nous n’allons pas forcer des Américains à se rendre en Russie pour être interrogés par des Russes. Cela a fait beaucoup de bruit, je ne sais pas pourquoi. Les Américains peuvent être rassurés », a appuyé le secrétaire d’Etat Mike Pompeo sur les ondes de Voice of America.

Michael McFaul a vivement interpellé l’administration Trump sur les réseaux sociaux et dans les médias. Les anciens secrétaires d’Etat démocrates John Kerry, Hillary Clinton et Madeleine Albright lui ont apporté leur soutien, tout comme certains élus républicains, dont le sénateur Marco Rubio.

Le tête-à-tête Trump/Poutine, qui a duré environ deux heures, fait désormais l’objet d’intenses conjectures. Certains élus ont même demandé que l’interprète du président américain soit interrogée par le Congrès.

Mais Mike Pompeo a dit mercredi sur EWTN qu’il serait « très surpris » que soient rendues publiques les retranscriptions de la rencontre d’Helsinki ou de celle que M. Trump avait eu avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un le mois dernier à Singapour. « Ce serait historique », a-t-il souligné.

(©AFP / 20 juillet 2018 02h38)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Apr-s-Helsinki-Trump-invite-Poutine-Washington/938179.rom

 

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Trump et la bureaucratie de l’Otan

Trump et la bureaucratie de l’Otan

Contrairement à la pensée dominante, le sommet de l’Otan n’a pas opposé les États-Unis aux autres membres de l’Alliance, mais le président Trump à la haute administration intergouvernementale. Pour Thierry Meyssan, le problème n’est pas de savoir si l’on apprécie ou pas la personnalité du locataire de la Maison-Blanche, mais si on le soutient parce qu’il est élu par son peuple ou si on lui préfère les bureaucrates du système.

| Damas (Syrie)

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Convoqué à la résidence de l’ambassadeur des États-Unis à Bruxelles par le président Trump, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a été sermonné en public pour son incapacité à maintenir la cohérence politique de l’Alliance.

Depuis le 20 janvier 2017, l’arrivée à la Maison-Blanche d’un partisan du capitalisme productif bouleverse l’ordre international au détriment des partisans du capitalisme financier. L’impérialisme, qui était jusque-là aveuglément défendu par les présidents des États-Unis au point qu’on l’identifiait avec la politique extérieure US, s’appuie désormais sur des bureaucraties, au premier rang desquelles figurent les administrations de l’Otan et de l’UE.

Donald Trump, agissant comme il l’avait annoncé durant sa campagne électorale, est un élu très prévisible. Cependant sa capacité à changer le système est, elle, tout à fait imprévisible. Il n’a pour le moment ni été assassiné comme John Kennedy, ni contraint à la démission comme Richard Nixon [1], et poursuit sa route, faisant deux pas en avant, un en arrière.

Les Occidentaux l’ont oublié, mais, en République, l’unique rôle des élus est de contrôler les administrations des États qu’ils gouvernent. Cependant, progressivement une « pensée unique » s’est imposée à tous, transformant les élus en hauts fonctionnaires et les États en dictatures administratives. Le conflit entre le président Trump et les hauts fonctionnaires de ses prédécesseurs est donc une simple tentative de retour à la normale. C’est aussi un conflit titanesque comparable à celui qui opposa les deux gouvernements français durant la Seconde Guerre mondiale [2].

Échaudée par le sommet de l’Otan du 25 mai 2017, au cours duquel Donald Trump imposa d’ajouter la lutte contre le terrorisme aux objectifs de l’Alliance, et par celui du G7 des 8 et 9 juin 2018, où Donald Trump refusa de signer la Déclaration finale, l’administration de l’Otan tenta de préserver les objectifs de l’impérialisme.
- Premièrement, elle signa une Déclaration conjointe avec ses homologues de l’Union européenne, la veille du sommet [3]. De la sorte, elle s’assurait du lien de subordination de l’UE à l’Otan institué par l’article 42 du Traité de Maastricht. Cette Déclaration fut signée par le président du Conseil européen, Donald Tusk, et par celui de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Le Polonais Tusk est issu d’une famille qui travaillait secrètement pour l’Otan durant la Guerre froide, tandis que le Luxembourgeois Juncker est l’ancien responsable des services secrets de l’Alliance dans son pays (Gladio) [4]. Les hauts fonctionnaires européens se savent menacés depuis que l’ancien conseiller spécial de Donald Trump, Steve Bannon, est venu en Italie soutenir la création d’un gouvernement anti-système dans le but affiché de dynamiter l’Union européenne.
- Deuxièmement, l’administration de l’Otan fit signer le brouillon de Déclaration commune au début du sommet et non pas à sa fin [5]. Il n’y eut donc pas de discussion de la doctrine anti-russe de l’Alliance.

Conscient du piège qui lui était tendu, le président Trump décida de prendre ses fonctionnaires de court. Alors que tous les participants s’attendaient à une polémique sur la faible contribution financière des Alliés à l’effort de guerre commun, Donald Trump mit en cause le fondement de l’Alliance : la protection face à la Russie.

Convoquant à la résidence de l’ambassadeur US le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, en présence de la presse, il observa que l’Allemagne alimente son économie avec du gaz de son « ami » russe tout en demandant à être protégée de son « ennemi » russe. En pointant cette contradiction, il reléguait au second plan la question du financement, qu’il n’abandonnait pas pour autant. Surtout, une semaine avant sa rencontre avec le président Vladimir Poutine, il rendait sans objet le long réquisitoire contre la Russie contenu dans la Déclaration d’ouverture du sommet.

Contrairement aux commentaires de presse, cette remarque du président Trump était moins destinée à l’Allemagne qu’à Stoltenberg lui-même. Elle souligne l’incurie de ce haut fonctionnaire qui administre l’Otan sans s’interroger sur la raison d’être de l’Alliance.

L’affrontement entre la Maison-Blanche et Bruxelles [6] se poursuit.

D’un côté, l’Otan vient d’avaliser la création de deux centres de commandement conjoint (à Ulm en Allemagne et Norfolk aux USA)… et l’augmentation de son personnel de 10 %. Tandis que l’Union européenne vient de créer la « Coopération structurée permanente » (un programme capacitaire doté de 6,5 milliards d’euros) et que la France lui adjoint l’« Initiative européenne d’intervention » (un programme opérationnel). Contrairement aux discours sur l’indépendance européenne, ces deux structures sont soumises au Traité de Maastricht et sont donc au service de l’Otan. Elles ajoutent à la complexité de la bureaucratie européenne pour la plus grande satisfaction de ses hauts fonctionnaires.

D’un autre côté, le président Trump a discrètement entamé des discussions avec son homologue russe en vue de retirer les troupes de la Russie et de l’Otan de leur ligne de front.

[1] Richard Nixon a certes été contraint à la démission en raison de sa responsabilité dans l’affaire du Watergate. Mais celle-ci n’a existé que par la volonté du délateur « Gorge profonde », en l’occurrence Mark Felt, un des assistants de J. Edgar Hoover.

[2] À la faveur de la Guerre mondiale et de la défaite, l’Assemblée nationale, réunie dans la station thermale de Vichy le 10 juillet 1940, proclame « l’État français », abrogeant de facto la République. Ce changement de régime était soutenu depuis longtemps par des groupes et partis anti-parlementaires. Dès lors, la France fut représentée par deux gouvernements concurrents : celui légitime de la République en exil à Londres et celui légal de l’État à Vichy. En août 1944, le gouvernement de la République est réinstallé par de Gaulle à Paris, tandis que celui de l’État se poursuit en Allemagne, à Sigmaringen, jusqu’en avril 1945.
La confusion entre la République française et l’État français est aujourd’hui courante au point que l’on utilise indistinctement pour désigner le président de la République le rang protocolaire de « chef d’État » et le titre de « chef de l’État ».

[3] « Déclaration conjointe sur la coopération entre l’UE et l’OTAN », Réseau Voltaire, 10 juillet 2018.

[4] « La guerre secrète au Luxembourg », par Daniele Ganser ; « Luxembourg : Jean-Claude Juncker refuse de démissionner pour le Gladio » ; « Gladio-Luxembourg : Juncker contraint de démissionner », Réseau Voltaire, 4 et 10 juillet 2013.

[5] « Déclaration d’ouverture du sommet de l’Otan », Réseau Voltaire, 11 juillet 2018.

[6] Bruxelles est à la fois le siège de l’Otan et celui de l’UE.

http://www.voltairenet.org/article202000.html

 

75 « journalistes » exerçant en Syrie appellent Israël à l’aide

75 « journalistes » exerçant en Syrie appellent Israël à l’aide

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75 « journalistes » exerçant en Syrie dans les zones « rebelles » ont appelé Israël au secours. Ils demandent à pouvoir franchir la frontière, puis à être évacués en Europe.

Ces « journalistes », dont on ignore précisément les noms, ne sont en général pas des combattants. Ils ont couvert les événements et accrédité diverses imputations de crime qui auraient été commis par la République arabe syrienne, dont l’usage d’armes chimiques.

Si au début, plusieurs de ces « journalistes » étaient rémunérés par les rédactions d’Al-Arabiya, BBC, Al-Jazeera, France24 ou Sky, aucun média international ne les revendique plus.

Le MI6 britannique avait installé des correspondants chargé de fournir des « images » et des « témoignages » à la presse occidentale. Doté de 3 millions d’euros par an, ce dispositif avait été tardivement présenté comme visant à lutter contre Daesh, en réalité, il avait été conçu dès le début des événements et servait à justifier la guerre contre la République arabe syrienne.

– “How Britain funds the ’propaganda war’ against Isis in Syria”, Ian Cobain, Alice Ross, Rob Evans, Mona Mahmood, The Guardian, May 3rd, 2016.
- « Les techniques de la propagande militaire moderne », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 16 mai 2016.

Réseau Voltaire

Voltaire, édition internationale

 

Trump veut revoir Poutine et attaque les médias

Trump veut revoir Poutine et attaque les médias

En pleine polémique sur ses déclarations d’Helsinki, Donald Trump s’est dit jeudi impatient d’une nouvelle rencontre avec Vladimir Poutine, s’en prenant aux médias coupables à ses yeux de ne pas avoir souligné le « grand succès » de leur sommet.

Le président américain est sous le feu des critiques, au sein même de son propre camp, depuis le face-à-face dans la capitale finlandaise où il a multiplié les déclarations pour le moins conciliantes vis-à-vis de son homologue russe.

Trois jours après ce rendez-vous qui l’a mis en porte-à-faux avec les agences américaines de renseignement en raison de ses atermoiements sur l’ingérence russe dans la présidentielle, il peine à reprendre la main.

« Le sommet avec la Russie a été un grand succès, sauf pour le vrai ennemi du peuple, les médias +Fake News+ », a-t-il tweeté jeudi, reprenant une expression particulièrement agressive qu’il avait déjà utilisée en 2017.

« J’attends avec impatience notre deuxième rencontre pour que nous puissions commencer à mettre en place certaines des choses dont nous avons parlé », a-t-il ajouté.

Citant, pêle-mêle, la lutte contre le terrorisme, « la sécurité pour Israël », les cyberattaques, les échanges commerciaux, l’Ukraine, la paix au Proche-Orient ou encore la Corée du Nord, il a estimé que ces problèmes pouvaient « tous être réglés », même si certaines réponses étaient difficiles.

Fait remarquable, M. Poutine avait, quelques heures plus tôt, lui aussi dénoncé les critiques visant M. Trump, stigmatisant les « forces » aux Etats-Unis « prêtes à sacrifier les relations russo-américaines à leurs ambitions ».

Plaidant pour un renforcement des contacts entre les deux grandes puissances nucléaires, le maître du Kremlin a notamment rappelé que le traité de réduction du nombre des armes nucléaires entre la Russie et les Etats-Unis, le New START, devait expirer en 2021.

« Si on ne commence pas dès aujourd’hui (…), il va tout simplement expirer, il n’existera plus », a-t-il insisté.

– Deux heures de tête-à-tête –

Son tête-à-tête d’environ deux heures avec Donald Trump, en l’absence de leurs conseillers, fait désormais l’objet d’intenses conjectures. Certains élus ont même demandé que l’interprète de M. Trump soit interrogée par le Congrès.

Le président russe, qui avait jugé lundi ses pourparlers avec Donald Trump « très réussis et très utiles », a assuré qu’ils avaient commencé à « se comprendre mieux », en écho aux propos du président américain.

« Nous nous sommes très bien entendus, ce qui a vraiment dérangé beaucoup de personnes remplies de haine qui voulaient voir un match de boxe », a tweeté ce dernier.

Fait rare, le directeur du renseignement américain, Dan Coats, est monté au créneau juste après la conférence de presse commune entre les deux dirigeants pour défendre le travail de ses équipes après les propos de M. Trump mettant en doute l’ingérence russe, sur lesquels il est partiellement revenu depuis.

Selon un sondage CBS News publié jeudi, seul un tiers (32%) des Américains approuve la façon dont Donald Trump a géré le rendez-vous d’Helsinki. Dans le camp républicain, cependant, le taux d’approbation monte à 68%.

Parallèlement, le président américain fait face à une autre polémique après avoir qualifié le Monténégro de « tout petit pays (…) avec des gens très forts, très agressifs ».

Le Monténégro, qui a rejoint l’Otan au printemps 2017 au grand dam de Moscou, lui a répondu en affirmant qu’il contribuait « à la paix et à la stabilité, non seulement sur le continent européen mais dans le monde entier ».

Podgorica a en particulier souligné qu’il le faisait notamment « aux côtés des soldats américains en Afghanistan ».

« En attaquant le Monténégro et en mettant en doute nos obligations au sein de l’Otan, le président fait exactement le jeu de Poutine », a déploré de son côté le sénateur républicain John McCain.

(©AFP / 19 juillet 2018 17h37)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Trump-veut-revoir-Poutine-et-attaque-les-m-dias_RP/938102.rom

 

 

Sommet Trump/Poutine : Le Sénateur Rand Paul qualifie l’ex-patron de la CIA de “complètement dérangé”. 71% des Républicains approuvent l’approche de Trump sur la Russie (Reuters).

Sommet Trump/Poutine : Le Sénateur Rand Paul qualifie l’ex-patron de la CIA de “complètement dérangé”. 71% des Républicains approuvent l’approche de Trump sur la Russie (Reuters).

11h48

Le Sénateur Républicain Rand Paul sur l’ex-directeur de la CIA John Brennan qui a qualifié Trump de “traître” : «John Brennan est complètement dérangé. Il traite le Président de traître mais ce qui devrait inquiéter les Américains est qu’un haineux anti-Trump ait dirigé la CIA qui possède toutes les informations pour pouvoir détruire n’importe qui (…) John Brennan a commencé sa vie d’adulte en votant communiste et termine sa carrière comme le plus biaisé, fanatique, extravagant, hyperbolique, dérangé, directeur de la CIA qu’on ait jamais eu (…) Dov Levin de l’Université Carnegie-Mellon a dit que les USA se sont ingérées, ou ont essayé, dans 80 différentes élections de ces 50 dernières années. La seule leçon à retenir est de se protéger.»

Rand Paul défend la position de Donald Trump sur la Russie et annonce qu’il s’y rendra lui-même dans les prochaines semaines : «Je suis d’accord avec le Président Trump quand il dit qu’il préfère prendre un risque politique pour la paix que risquer la paix en poursuivant une politique.»

 


Reuters : «Un nouveau sondage Reuters/Ipsos montre que 71% des Républicains approuvent l’approche de Trump sur la Russie, un signe que le Président jouit toujours d’un large soutien parmi les électeurs Républicains».

Jean-Eric Branaa : «Une base en béton armé ! Un sondage réalisé par @Reuters indique que 71% des républicains soutiennent @POTUS dans son approche des relations avec la Russie. Même si une majorité d’Américains indiquent le contraire, ce soutien indéfectible de ses électeurs est assez inédit.»

La Chine et l’Afrique

La Chine et l’Afrique


Par Pavel Nastine – Le 9 juillet 2018 – Source New Eastern Outlook

La Chine applique en Afrique une stratégie de politique étrangère qui à la fois fait partie intégrante de la doctrine de Beijing en la matière et s’y entremêle. Son objectif principal est de transformer le continent africain en un atout stratégique de la Chine, dont le but serait de renforcer la puissance économique et politique de la République populaire et de permettre à la Chine de se positionner comme une superpuissance. Aux yeux de Beijing, l’Afrique est riche de ressources de valeur et, avec sa population de 1.2 milliard d’habitants, est un grand et vaste marché pour ses marchandises ; le continent est aussi l’un des plus grands bénéficiaires des investissements chinois. Les projets à long terme comprennent la transformation de l’Afrique en une zone manufacturière où la Chine, qui a investi à grande échelle, pourrait déplacer son appareil de production afin d’être plus proche des sources de matières premières et de la main-d’œuvre. Enfin, cela permettra à la Chine de se libérer des anciennes technologies et d’ouvrir la voie à la quatrième vague d’innovation.

L’intérêt de la RPC à transformer l’Afrique en une zone pacifiée fait aussi partie de cette stratégie, parce que seul un tel scénario justifierait des investissements massifs sur ce continent et y assurerait des ventes constantes de marchandises chinoises.

Cette stratégie a été développée au début des années 2000 et elle a été systématiquement mise à jour depuis lors. Des Livres blancs sur la politique de la Chine en Afrique ont été publiés depuis 2006, et ils se focalisent de plus en plus sur la sécurité du continent et sur la lutte contre le terrorisme. Du point de vue de Beijing, la sécurité est étroitement liée à l’élimination de la pauvreté et du sous-développement, et ce sont des processus auxquels la Chine aimerait prendre part avec ses marchandises, ses technologies et ses investissements.

Pour la Chine, la sécurité et le développement sont interdépendants et priment sur les doctrines activement promues par l’Occident, qui lient les droits de l’homme à la démocratie ainsi qu’à une gestion appropriée au progrès économique. Guidée par sa propre expérience, Beijing ne souscrit pas à cette doctrine et passe son temps à promouvoir activement sa propre vision, basée sur la nécessité de soutenir le développement économique et d’assurer la sécurité, tout en ignorant pour l’essentiel les progrès accomplis par divers pays dans les domaines de la démocratie et des droits de l’homme.

En outre, la Chine pense qu’elle ne devrait pas s’immiscer dans les affaires internes de l’Afrique ou participer à des interventions militaires, comme le font les pays occidentaux afin d’atteindre leurs propres buts économiques et politiques. La priorité de la Chine est de sauvegarder ses intérêts en prenant part à de nombreuses missions de rétablissement de la paix sur le continent, garantissant ainsi la sécurité de ses investissements.

Dans la pratique, cela signifie que la Chine est devenue l’un des participants les plus actifs parmi les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies dans les opérations de maintien de la paix en Afrique. Le 30 juin 2017, 2 515 soldats chinois ont participé à des opérations de rétablissement de la paix en Afrique. En 2015, le président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, avait annoncé qu’il projetait d’augmenter le nombre de ses troupes de maintien de la paix à 8000 soldats. La vérité est que les Chinois ne prennent pas part aux opérations militaires et font plutôt partie des unités de ravitaillement. Pourtant, la présence militaire chinoise en Afrique a commencé en 2013, année où Beijing a envoyé une unité de 197 personnes en mission au Mali, et en 2015, 700 soldats ont été déployés au Soudan, où la Chine a d’importants intérêts pétroliers.

Au même moment, Beijing aidait l’Union africaine sur le plan de la sécurité régionale. En 2017, la Chine a accordé un don de 100 millions de dollars US à l’Union africaine, destiné à l’achat de matériel militaire pour ses troupes de maintien de la paix en Afrique. En outre, elle a aidé la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) à combattre les activités terroristes d’Al-Shabaab en dépensant des sommes importantes pour la préparation de la Force de défense du peuple ougandais et de la Force de défense du Kenya, qui participent activement à l’AMISOM.

La Chine apporte également une contribution importante à la lutte contre la piraterie. De 2008 à 2015, environ 16 000 marins chinois et 1 300 soldats de la Marine et des forces spéciales faisaient partie de convois armés.

En 2015, un contrat a été signé pour la construction de la première base militaire chinoise en Afrique, à Djibouti. Des militaires chinois y sont déjà stationnés depuis 2017. Selon le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, l’établissement de cette base « reflète le désir de la Chine de jouer un rôle constructif dans la résolution des problèmes internationaux et régionaux et de créer des conditions plus sûres, plus stables pour ses activités à l’étranger ».

Les raisons de ces actions deviennent claires si on est conscient du fait qu’à l’heure actuelle, plus de 2 000 entreprises chinoises et plus d’un million de Chinois travaillent sur le continent africain et ont besoin d’assurer leur sécurité.

Certes, cette stratégie chinoise a, dans l’ensemble, porté ses fruits. Le chiffre d’affaires entre Beijing et le continent africain a atteint 180 à 200 milliards de dollars par an, tandis que les investissements chinois ont augmenté à 100 milliards de dollars depuis 2000. Les principaux partenaires de la Chine en Afrique sont l’Égypte ; le Nigeria ; l’Afrique du Sud ; l’Éthiopie ; la République démocratique du Congo ; la Zambie ; l’Angola ; le Maroc ; le Niger ; le Cameroun ;  le Tchad et quelques autres.

Pour promouvoir ses intérêts, Beijing utilise également des moyens tels que l’aide sous forme de dons, des prêts sans intérêt ou à faible intérêt, l’annulation de dette, des projets de construction caritatifs, l’exonération de taxes à l’importation pour certaines marchandises africaines, l’envoi de spécialistes aux pays africains, la création de centres de santé et la formation d’étudiants. Tout cela conduit à l’influence croissante de la Chine, la langue chinoise devenant même la langue de communication transnationale entre étudiants, comme c’est le cas au Kenya.

Pour donner vie à ses politiques ambitieuses, la Chine a créé un arsenal d’outils et de mécanismes. Sous les auspices des organismes d’État, les projets d’investissement sont stratégiquement mis en œuvre par la Banque chinoise de développement et la China Investment Corporation, qui est un fonds souverain.

Parmi les organismes d’aide spécialisés, il faut mentionner le Fonds de développement Chine-Afrique (CAD Fund), le Fonds pour le développement de capacités productives, le Fonds de développement des petites et moyennes entreprises, le Fonds Route de la soie, l’Institut Confucius et la Fondation pour le développement des sources humaines.

Le Fonds de développement Chine–Afrique se distingue des autres instruments utilisés par la Chine pour étendre son influence en Afrique. En 2007, la Banque chinoise de développement a fourni le capital nécessaire pour créer cette organisation, qui est un fonds d’investissement enregistré selon le droit privé de la RPC. En d’autres termes, il ne s’agit pas d’un fonds souverain, mais la part de son capital fourni par la Banque chinoise de développement permet à l’État de contrôler cette institution.

Contrairement à d’autres organisations chinoises similaires, le Fonds CAD n’accorde pas de lignes de crédit mais investit directement en Afrique en finançant des projets d’affaires dont le but est de collaborer avec les pays africains. Le fonds couvre généralement un tiers du capital nécessaire, jouant ainsi un rôle d’investisseur passif. Le reste est financé par des investisseurs chinois et étrangers.

Jusqu’à présent le Fonds CAD a investi 3.2 milliards de dollars dans 91 projets dans 36 pays africains sur une période de 10 ans. Au total, les investissements chinois en Afrique s’élèvent à 100 milliards de dollars.

En pratique, le Fonds investit du capital dans le secteur de l’énergie, les infrastructures, l’exploitation minière et la transformation des ressources naturelles, et l’agriculture. Ces types de projets chinois comprennent la construction de plus de 100 parcs industriels, dont plus de 40% sont déjà opérationnels. Fin 2016, 5 756 kilomètres de voies de chemin de fer, 4 335 km de routes, 9 ports, 14 aéroports, 34 centrales électriques ainsi que 10 grandes et des milliers de petites centrales hydroélectriques ont été construites !

Ainsi, la Chine a atteint des résultats impressionnants en Afrique au cours de ces 10 ou 12 dernières années. Ayant développé la bonne stratégie à long terme, soutenue par des instruments financiers et politiques efficaces ainsi que par des ressources financières, elle a développé la politique la plus fructueuse, qui réussit actuellement beaucoup mieux que celle d’autres pays. Et c’est quelque chose dont tout le monde devra tenir compte.

Pavel Nastine, observateur politique sur l’Asie et l’Afrique, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-chine-et-lafrique

 

Le pas de Trump au-delà de « l’art de la négociation » qui change tout. Par Alastair Crooke

19.juillet.2018 // Les Crises

Le pas de Trump au-delà de « l’art de la négociation » qui change tout. Par Alastair Crooke

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 14-05-2018

Nahum Barnea écrivant dans Yedioth Ahronoth expose, assez clairement, le pari en cours entre Israël et l’Iran (et dont Trump est le complice volontaire) : Dans la foulée de la sortie américaine du JCPOA [accord de Vienne sur le nucléaire iranien ou plan d’action conjoint (en anglais : Joint Comprehensive Plan of Action, NdT], Trump menacera Téhéran d’une pluie de « feu et de fureur » si ce dernier attaque directement Israël, tandis que Poutine devrait empêcher l’Iran d’attaquer Israël, en utilisant le territoire syrien – laissant ainsi Netanyahou libre d’établir de nouvelles règles du jeu selon lesquelles Israël peut attaquer et détruire les forces iraniennes n’importe où en Syrie (et pas seulement dans la zone frontalière, comme convenu précédemment) quand il le souhaite, sans crainte de représailles.

Barnea appelle cela un « triple pari » : « Netanyahou compte sur la prudence de Khamenei, sur la crédibilité de Trump et sur la générosité de Poutine, trois traits de caractère qu’ils ne sont pas réputés posséder jusqu’à aujourd’hui… La question est de savoir ce qui se passera, si au lieu d’abandonner, les ayatollahs choisissent la guerre, ou si plus probablement, la région plonge dans la guerre à la suite d’une action précipitée et non calculée de l’un des joueurs. Trump sera-t-il prêt, pour défendre Israël et l’Arabie saoudite, à ouvrir un nouveau front au Moyen-Orient ? S’il le fait, cela va à l’encontre de tout ce qu’il a promis aux électeurs pendant la campagne électorale ». Le collègue de Barnea, Ben Caspit, affirme cependant que cette question – le soutien militaire américain – est déjà réglée : « Les États-Unis ont promis à Israël un soutien inconditionnel et total sur tous les fronts… Si une guerre régionale éclate, les États-Unis feront immédiatement connaître clairement leur position, exprimeront leur soutien à Israël et enverront les bons signaux à Moscou. Il s’agit de veiller à ce que le président russe Vladimir Poutine reste en dehors du conflit et n’essaie pas d’intervenir, directement ou indirectement, au nom de ses alliés, l’Iran et la Syrie. A son retour de Washington, le ministre israélien de la défense, M. Liberman a informé le premier ministre qu’il avait reçu le “feu vert” en matière de sécurité. »

Caspit décrit fidèlement la relation, post JCPOA, entre Bibi et Trump, ainsi : « Il n’y a qu’une seule chose qui n’est pas claire », a déclaré à Al-Monitor l’une des personnes les plus proches de Netanyahou, parlant sous le couvert de l’anonymat : « C’est qui travaille pour qui ? Est-ce que Netanyahou travaille pour Trump, ou est-ce que le Président Trump est au service de Netanyahou… De l’extérieur, au moins, après une analyse minutieuse, il semble que les deux hommes soient parfaitement en phase. De l’intérieur, cela semble l’être encore plus : Ce type de coopération entre les deux dirigeants et leurs deux bureaux – le Bureau ovale à la Maison-Blanche et le Bureau du Premier ministre à Jérusalem – donne parfois l’impression qu’ils ne forment qu’un seul et grand bureau », a déclaré un haut responsable de la défense israélienne à Caspit.

« Pour l’instant, le pari est payant : Les Iraniens n’ont pas (jusqu’à présent) répondu. Maintenant, ils ont une autre bonne raison de faire preuve de retenue : la bataille pour l’opinion publique en Europe », ajoute Barnea. « Trump aurait pu déclarer un retrait américain et en rester là. Mais sous l’influence de Netanyahou et de sa nouvelle équipe, il a choisi de faire un pas de plus. Les sanctions économiques contre l’Iran seront beaucoup plus sévères, au-delà de ce qu’elles étaient avant la signature de l’accord nucléaire. Netanyahou a conseillé à Trump : Frappez-les au porte-monnaie, ils étoufferont; et quand ils étoufferont, ils se débarrasseront des ayatollahs. Depuis hier soir [sortie de Trump de l’accord nucléaire avec les Iraniens – JCPOA], Trump a ardemment adopté cette approche. »

C’est donc – de source directe – le point de vue israélien : L’Iran sera frappé partout en Syrie, (et beaucoup moins plausiblement) isolé diplomatiquement, et son économie sera ravagée. Le « régime » iranien est « entravé » ; son économie est « dans une spirale de la mort » et le rial iranien est en chute libre – si l’on en croit les éléments de langage des « faucons » du courant dominant israélien et américain .

Incidemment, l’escalade et l’échange de tirs de missiles à travers la frontière israélienne, mercredi et jeudi matin, n’était pas d’origine iranienne (il n’y a pas d’IRGC [corps des Gardiens de la révolution islamique, NdT] près du Golan). L’échange n’a pas non plus été initié par l’Iran, mais plutôt par Israël, frappant des cibles syriennes comme il l’a fait régulièrement ces dernières semaines. A cette occasion, cependant, Israël avait l’intention de présenter l’Iran comme « l’accusé » (l’ouverture pré-annoncée des abris dans le Golan occupé par Israël était en quelque sorte « l’aveu » d’une future attaque sous faux drapeaux), afin d’accroître les pressions sur Téhéran.

En fait, que Damas ait violé la convention en tirant vingt missiles sur le Golan occupé, sans tenir compte des demandes de retenue de la Russie, est d’une plus grande importance que si c’étaient les Iraniens qui avaient tiré les missiles. Cet échange de missiles représente la première fois, depuis des décennies, que la Syrie tire des missiles sur des cibles militaires israéliennes à l’intérieur du Golan

C’est la première « conséquence involontaire » de l’annonce de Trump : La provocation israélienne visant l’Iran, paradoxalement, a forcé le gouvernement syrien à mettre en jeu le plateau du Golan occupé, comme prochain champ de bataille. « Si Israël continue ses attaques, la Syrie pensera à envoyer ses missiles ou ses roquettes bien au-delà des hauteurs du Golan – pour atteindre le territoire israélien », prédit Elijah Magnier, commentateur de guerre régional.

Mais, contrairement à la présentation dominante, la « guerre » de Trump contre l’Iran a une ramification géopolitique beaucoup plus large qu’un simple durcissement des tensions Iran-Israël. Nous observerons d’autres « conséquences involontaires » pour les États-Unis dans les semaines à venir.

La signification plus large à la lecture israélienne de l’accord Trump-Netanyahou (si elles sont exactes – et c’est probablement le cas), est qu’il s’agit d’un changement stratégique : Il ne s’agit plus de l’art de la négociation, mais d’un prélude à un couplage – et finalement à un accord négocié.

Barnea et d’autres commentateurs israéliens ont peut-être raison : Netanyahou (et son équipe de faucons) a poussé Trump, a faire un pas de plus. C’est devenu l’Art du « changement de régime » ; une guerre d’usure contre l’Iran – autrement dit : un siège médiéval.

Non seulement l’Iran, mais aussi la Corée du Nord, la Russie et la Chine devront y prêter une attention particulière. Il semble que le fait que Kim Jong Un se soit porté volontaire pour parler de dénucléarisation avec Trump a électrifié, et apparemment légitimé, l’enthousiasme de Trump pour l’art de la négociation du style « feu et fureur », la tactique des menaces et de la réconciliation. Cependant, Netanyahou a apparemment réussi à agiter le parfum délicieux du changement de régime devant le nez de Trump, et l’a attiré, pour le suivre sur les talons de Bibi, dans l’espoir d’une grande « victoire ». Trump semble convaincu qu’une promesse de « feu et de fureur » est une « chose sûre » pour obtenir la capitulation de l’autre partie.

Le problème est que Trump risque de découvrir qu’il construit sur du sable. Est-ce la position dure de Trump qui a amené Jong Un à la table ? Ou, peut-être au contraire, Jong Un pourrait-il considérer une rencontre avec Trump précisément comme le prix nécessaire et requis à payer pour que en quelque sorte la Chine « protège ses arrières » – au cas où la « dénucléarisation contre la désaméricanisation » de la région ne fonctionnerait pas – et pour développer sa diplomatie de réunification avec un Sud qui maintenant – pour la première fois – a donné son mandat à l’unification – indépendamment des souhaits américains ?

Trump est-il au courant de cette possibilité ? La Chine est le Goliath dans l’arrière-cour de la Corée. C’est son principal – presque seul partenaire commercial – et elle contrôle efficacement l’étau des sanctions contre la Corée du Nord. Et la Chine a resserré cet étau, tour après tour. La Chine préconise depuis longtemps, et avec insistance, des pourparlers entre Jong Un et Washington. Xi veut la dénucléarisation de son voisinage et la réconciliation avec le Sud. Kim respecte les souhaits de son puissant voisin, mais, à son tour, il ne fait aucun doute qu’il a demandé à la Chine de « couvrir ses arrières » si tout cela tourne mal.

Le pas au-delà des stratégies de « l’art de la négociation » de Trump, vers un changement de régime (en Iran) n’est pas de bon augure pour la stratégie de la Chine en Corée du Nord. Si Trump attend la capitulation de Jong Un – et ne l’obtient pas, alors la Chine n’aura pas d’autre choix que de s’impliquer afin de dissuader Trump de tout exercice « sanguinaire » ou de toute tentative de changement de régime. La Chine ne veut pas de la capitulation ou du retrait de Jong Un – Elle n’a aucun désir d’avoir un mandataire américain – ou ses missiles – à sa frontière.

L’enthousiasme de Trump pour son art de la négociation – et dorénavant, pour le changement de régime – rend plus probable que Trump interprète mal la disposition de Jong Un à « s’agenouiller » – avec la « conséquence involontaire » de constater que la Chine est « derrière le dos » de Jong Un, et non pas Trump. Les conséquences peuvent être importantes.

Dans le même ordre d’idées, Israël prédit le renversement de l’État iranien par son peuple depuis des décennies (tout comme les responsables israéliens ont annoncé la faiblesse du Hezbollah et son désaveu par le peuple libanais, avec une régularité constante – au moins jusqu’aux élections libanaises de cette semaine).

L’économie iranienne a été quelque peu léthargique, il est juste de le dire ; mais elle n’est pas – du tout – aussi faible (ou dans une « spirale de la mort ») que le consensus prétend. Bien sûr : les jeunes manquent d’emplois (mais c’est la même chose dans une grande partie de l’Europe). Mais 2018 n’est pas 2012. L’Iran ne sera pas aussi isolé financièrement ou politiquement après la décision de Trump contre l’accord JOCPA – en fait, l’initiative israélo-américaine renforcera probablement l’alliance de l’Iran avec la Chine et la Russie. L’Iran se tournera vers l’Est, bien sûr.

Pour la Russie, le message de l’Amérique ne pouvait pas être plus clair : Les États-Unis et Israël veulent garder la Syrie comme une plaie ouverte, dans laquelle Israël peut mettre le doigt à tout moment – principalement pour empêcher le président Poutine de réaliser « l’objectif » de sa politique étrangère, mais aussi simplement pour maintenir Damas « dans un état de faiblesse ». Et Trump veut soit la capitulation totale du gouvernement iranien, soit son renversement.

Avec la sortie de l’accord JCPOA et l’octroi de Jérusalem à Israël, Poutine seront placés devant un Moyen-Orient déstabilisé, conflictuel et fragile – exactement ce que la Chine et la Russie ne voulaient pas voir. Les chemins de la Syrie, de l’Iran et de la Russie sont maintenant profondément entrelacés. Ils ont peut-être leurs différences, mais la Syrie est la raison pour laquelle ils se battent ensemble, en tant que compagnons d’armes, et pourquoi, dans un contexte plus large, ils se comportent conjointement comme des partenaires dans une alliance militaire et stratégique avec la Chine.

Ces trois États font partie d’une alliance de facto dont le domaine stratégique, bien compris, est l’ensemble du Moyen-Orient, qu’il s’agisse de l’initiative « Road and Corridor » [Nouvelle route de la soie, Ndt] de la Chine ou de l’infrastructure du « cœur » énergétique de la Russie. Leur intérêt est dans une région apaisée et non déstabilisée. Les deux actions de Trump (JCPOA et Jérusalem) sont comme des grenades à fragmentation lancées au cœur des intérêts stratégiques de la Chine et de la Russie.

Le pas en avant de Trump : son art de sortir de l’accord en faveur d’un changement de régime, impose toutefois un autre niveau de menace à Moscou. Bien sûr, Poutine est conscient que « l’État profond » américain veut que sa « cinquième colonne » atlantiste, la base du pouvoir économique en Russie, écarte Poutine du pouvoir – et que la Russie soit amenée à embrasser l’ordre mondial dirigé par les Américains.

Peut-être Poutine pensait-il que Trump allait surmonter la « guerre civile » interne aux États-Unis pour trouver son chemin vers la détente. Mais la série de signaux est claire : les premières déclarations de la défense des États-Unis sont passées d’une vision de la Russie comme un « concurrent » ; puis à une « puissance révisionniste » ; puis à une menace « numéro un » (au-dessus du terrorisme) ; puis à une « menace » beaucoup plus élevée – exigeant la modernisation des systèmes de missiles américains, le remplacement de sa flotte de sous-marins nucléaires et le remaniement de son arsenal nucléaire ; puis à une doctrine de l’utilisation d’armes nucléaires basée sur des conditions – et maintenant, à « l’étape au-delà » : changement de régime.

Poutine veut naturellement éviter tout conflit militaire avec les États-Unis, si possible, mais, en même temps, il doit savoir que s’il ne précise pas la ligne rouge de la Russie avec l’Amérique (et Netanyahou), bientôt, il sera perçu comme faible par les faucons américains, qui ne feront que le pousser plus fort. Poutine a essayé de servir de médiateur entre Israël et l’Iran, mais cette possibilité a été compromise par la passion anti-iranienne et rédemptrice de Pompeo et Trump. Et Poutine, lui aussi, doit se préparer au pire avec les États-Unis – et pourtant ne pas compromettre prématurément la situation de son partenaire, la joute verbale raffinée encours entre Xi Jinping et Washington, sur le commerce et les tarifs douaniers et la Corée du Nord.

La plus importante « conséquence imprévue » sera que Poutine et Xi déterminent que ce « pas en avant » de Trump est précisément le moment de tracer la « ligne rouge » – et décident de l’appliquer. Si cela se produit, tout change. Trump a-t-il compris cela ?

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 14-05-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Le pétrole recule avant les stocks américains

Le pétrole recule avant les stocks américains

Londres (awp/afp) – Les prix du pétrole reculaient à nouveau mercredi en cours d’échanges européens avant les données hebdomadaires officielles sur les stocks américains, des premiers chiffres faisant état d’une hausse inattendue des réserves de brut.

Vers 10H20 GMT (12H20 HEC), le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre valait 71,54 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en baisse de 62 cents par rapport à la clôture de mardi.

Dans les échanges électroniques sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de « light sweet crude » (WTI) pour le contrat d’août cédait 53 cents à 67,55 dollars.

Vers 08H45 GMT, le Brent a touché 71,23 dollars, à son plus bas niveau en trois mois, tandis que le WTI avait atteint mardi 67,03 dollars, à son plus bas en trois semaines et demie.

Les marchés attendent la publication en cours de séance du rapport hebdomadaire de l’Agence américaine d’information sur l’Energie (EIA) sur les réserves arrêtées au 13 juillet.

Après une glissade de 12,6 millions de barils des stocks de brut la semaine dernière, les analystes tablent sur une nouvelle baisse hebdomadaire de 4,1 millions de barils des réserves américaines de brut, selon la médiane d’un consensus compilé par Bloomberg.

Les réserves d’essence auraient elles reculé de 700.000 barils et celles d’autres produits distillés (fioul de chauffage et diesel) auraient augmenté de 1,18 million de barils.

Mais la fédération professionnelle de l’American petroleum institute (API), qui publie ses propres données dès le mardi, a pour sa part estimé que les stocks de brut, d’essence et de produits distillés avaient augmenté.

« L’API a fait état d’une hausse de 630.000 barils (des stocks de brut, ndlr), ce qui n’est pas énorme », a commenté Michael van Dulken, analyste chez Accendo Markets, qui estime que l’EIA pourrait décevoir les attentes.

Après s’être envolés au printemps alors que les marchés se focalisaient sur les perturbations de l’offre au Venezuela et dans d’autres pays, avec la perspective de sanctions américaines contre l’Iran, les prix ont reculé avec les efforts d’augmentation de la production, principalement chez les trois plus grands producteurs mondiaux, les Etats-Unis, la Russie et l’Arabie saoudite.

Mais malgré la baisse récente, « à 70 dollars le baril, le Brent est toujours quasiment 20 dollars plus cher qu’un an auparavant », ont rappelé les analystes de JBC Energy, « et pour atteindre ce niveau il a fallu utiliser une bonne partie des capacités de production disponibles ».

Selon eux, dans un marché où les réserves commerciales sont peu élevées et où les producteurs ont peu de marge pour augmenter encore leurs extractions, une volatilité élevée est à attendre dans les prochains mois.

js/pn/nas

(AWP / 18.07.2018 12h28)

https://www.romandie.com/news/Le-p-trole-recule-avant-les-stocks-am-ricains/937596.rom

 

La guerre commerciale inquiète le FMI

La guerre commerciale inquiète le FMI

Par Grégoire Normand  |   |  797  mots
La directrice générale du Fonds monétaire international Christine Lagarde.
La directrice générale du Fonds monétaire international Christine Lagarde. (Crédits : Michele Tantussi)
Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé ce lundi avoir maintenu sa prévision de croissance mondiale à 3,9% pour 2018 mais l’escalade des tensions commerciales constitue « un risque de dégradation important. »

Selon les dernières projections du Fonds monétaire international (FMI), la croissance mondiale devrait atteindre 3,9% en 2018 et 2019. Ce qui reste conforme aux dernières prévisions du mois d’avril dernier. La croissance mondiale devrait rester solide, mais elle apparaît moins équilibrée que par le passé. Selon l’institution internationale, la croissance du PIB pourrait rapidement accuser le coup si les menaces sur le commerce mondial se concrétisent. Après la Commission européenne la semaine dernière, les craintes se multiplient dans les institutions internationales.

> Lire aussi : Guerre commerciale : Bruxelles abaisse ses prévisions de croissance

Craintes des tensions commerciales

Les projections du FMI sont assombries par l’escalade des tensions commerciales et l’affaiblissement du soutien à l’intégration économique mondial dans certains pays avancés. La politique économique et commerciale de Donald Trump remplie d’incertitudes suscitent des inquiétudes chez les économistes du Fonds :

« Une escalade des tensions commerciales pourrait miner la confiance des entreprises et des marchés financiers, ce qui nuirait à l’investissement et au commerce. Au-delà de son impact immédiat sur l’état d’esprit des marchés, la prolifération de mesures commerciales pourrait accroître l’incertitude entourant la portée potentielle des mesures commerciales. »

Ils estiment que cette montée des tensions pourrait freiner l’investissement tandis que la multiplication des obstacles pourrait rendre les biens échangeables moins abordables, perturbant « les chaînes d’approvisionnement mondiales et ralentirait la propagation des nouvelles technologies, ce qui réduirait la productivité. » Dans ce contexte, les auteurs de la dernière note de prévisions indiquent que le volume du commerce mondial de biens et services pourrait baisser de rythme passant d’une croissance exceptionnelle de 5,1% en 2017 à 4,8% en 2018 et 4,5% en 2019.

> Lire aussi : La guerre commerciale pourrait coûter près d’un Smic à chaque Français

Coup de frein pour la zone euro

Après avoir connu une croissance très favorable en 2017 (2,4%), la zone euro devrait connaître un ralentissement de son activité en 2018 (2,2% et 1,9% en 2019) . Parmi les grandes économies de l’union monétaire, la France devrait voir son PIB sérieusement ralentir dans les deux prochaines années (1,8% en 2018 et 1,7% en 2019) contre 2,3% en 2017. En Allemagne, le coup de frein devrait être moins marqué. La première économie européenne devrait voir sa croissance ralentir à 2,2% en 2018 et 2,1% en 2019 contre 2,5% en 2019.

Dans l’Europe du Sud, la croissance devrait également marquer le pas pour l’Italie (1,2% en 2018 et 1% en 2019 contre 1,5% en 2017). Au Royaume-Uni, les incertitudes qui pèsent autour du Brexit ont amené les économistes du FMI à prévoir une croissance moindre en 2018 (1,4% en contre 1,7% en 2017) avant de légèrement se redresser en 2019 à 1,5%. Du côté des Etats-Unis, la croissance américaine devrait connaître un pic de croissance en 2018 à 2,9% (contre 2,3% en 2018) avant de retomber à 2,7% en 2019 laissant penser que l’économie outre-Atlantique devrait arriver en fin de cycle cette année.

Pour les pays émergents et les pays en développement, les experts de l’institution basée à Washington anticipent une croissance de 4,9% pour 2018 et 5,1% pour 2019 avec le pétrole plus cher, la hausse des taux d’intérêt américains, les tensions commerciales et les pressions des marchés sur les devises des pays dont les fondamentaux sont les plus faibles.

Si le PIB de la Chine devrait ralentir dans les deux années à venir (6,6% en 2018 et 6,4% en 2019 contre 6,9% en 2017, la croissance de l’Inde devrait accélérer à 7,3% en 2018 et 7,5% en 2019). Enfin, concernant l’évolution des prix à la consommation, il existe de fortes divergences entre les grandes régions du monde. L’inflation devrait passer de 1,7% en 2017 à 2,2% en 2018 et se maintenir à ce taux en 2019 sans les pays avancés. Dans les pays émergents, la hausse des prix devrait se maintenir à 4,4% sur les deux prochaines années.

Incertitudes politiques

Outre les facteurs économiques, l’organisation internationale note que l’incertitude politique liée à des échéances électorales à venir, comme les élections de mi-mandat aux Etats-Unis en novembre prochain ou les élections européennes au printemps 2019, pourrait décourager l’investissement privé et freiner l’activité économique. La situation politique italienne préoccupe particulièrement l’institution de Bretton Woods :

« les ventes massives d’obligations italiennes à la fin du mois de mai ont de nouveau mis en évidence les profonds problèmes structurels et les maigres volants de sécurité au niveau national, ce qui représente un risque considérable pour les perspectives. »

Ils évoquent également la montée des risques géopolitiques, la remise en cause du multilatéralisme et les troubles internes qui pèsent sur les projections de plusieurs pays en particulier au Moyen-Orient ou en Afrique Subsaharienne. Enfin, le dérèglement climatique pourrait encore accroître les flux migratoires et les risques économiques et humanitaires alors que les divisions en Europe sur ces sujets sont particulièrement sensibles actuellement.

https://www.latribune.fr/economie/international/la-guerre-commerciale-inquiete-le-fmi-785315.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180717

 

 

Poutine, maître du jeu – JT TVL 17 juillet 2018

Poutine, maître du jeu – JT TVL 17 juillet 2018

1) International / Poutine, maître du jeu

Poutine transforme l’essai de la Coupe du Monde. Au lendemain d’une compétition internationale organisée sans anicroche, le président russe sort renforcé de sa première rencontre en tête à tête avec Donald Trump.

2) Politique / Macron et son contrat social

Emmanuel Macron à la rencontre des “partenaires sociaux”. Le président de la république a convié les syndicats de salariés et de dirigeants pour proposer son propre “contrat social”… mais l’échange pourrait bien tourner au monologue.

3) International / Toronto : crimes au pays des Bisounours

4) L’actualité en bref

https://www.tvlibertes.com/2018/07/17/24357/poutine-maitre-jeu-jt-tvl-17-juillet-2018

 

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Revue de presse nationale et internationale.

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