Le Parlement belge a failli mettre fin au stationnement des bombes nucléaires US

Le Parlement belge a failli mettre fin au stationnement des bombes nucléaires US

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22 janvier, 2020
DocumentIVERIS

Alors que le débat aurait dû être « transparent », comme ce fut prévu après les pseudo-révélations en juillet dernier sur le stationnement de bombes nucléaires américaines en Belgique, le 16 janvier, lors d’un vote final, les députés ont rejeté à une courte majorité de 74 contre 66 toute révision du status quo. Ce vote est passé dans la discrétion la plus totale, aucun journal francophone ne semble avoir repris l’information. Dommage, car à travers cet épisode, c’est un tableau beaucoup plus vaste qui se dessine, avec un faisceau de thèmes qui vont du désarmement universel à la souveraineté démocratique, en passant par le traité de non-prolifération, le marchandage entre alliés, la mise sous tutelle US des Européens, et la servitude à laquelle ils acquiescent, qui plus est sous de faux prétextes. Pour un décryptage du sujet, l’IVERIS vous propose un article publié il y a dix ans, mais qui n’en est pas moins d’actualité, tant les tenants et les aboutissants de cette mascarade nucléaire restent inchangés.

Parapluie ou hara-kiri ? – la présence nucléaire américaine en Europe

par Hajnalka Vincze, dans Contradictions n°128 (Paix et Désarmement), 2009

Bien trop souvent, on est tenté d’assimiler la présence nucléaire américaine en Europe à sa seule dimension tangible. A savoir le stationnement de quelques centaines de bombes US sur le sol de cinq pays du continent européen, dans le cadre de l’OTAN et de son soi-disant « partage nucléaire ». Et on a tort de le faire.

Certes, la présence d’armes nucléaires sur leur territoire comporte, pour les citoyens européens, de multiples risques. Nombre d’entre eux sont similaires aux risques et dangers auxquels s’exposent les populations de tous les pays « dotés », c’est-à-dire disposant d’un arsenal atomique. Dont l’utilité et la désirabilité peuvent être sujets à débat. Notamment pour savoir si les risques valent la peine d’être pris, au service d’une stratégie politico-militaire de défense nationale (ou, au contraire, doivent être refusés dans la perspective de la paix universelle et du désarmement total). Chacun tranchera selon ses convictions, sa vision du monde, sa perception et hiérarchisation des dangers, et cetera. Peu nous importe ici. Car, dans ce cas précis, cette question ne se pose même pas. Et ce, grâce à l’autre dimension du « partage » nucléaire de l’OTAN, qui est éminemment révélatrice des relations transatlantiques. Tandis que pour les puissances nucléaires le débat peut porter sur l’articulation du nucléaire avec la stratégie (importance accordée, ou pas, à la dissuasion), ici, par contre, le nucléaire (américain), et le mythe du parapluie protecteur qui va avec, sert de prétexte pour justifier l’absence de stratégie (européenne). Ainsi que de paravent commode pour que les gouvernements du vieux continent restent, in fine, à la remorque des Etats-Unis – quitte à devenir complices d’une stratégie nucléaire dans l’élaboration et la mise en œuvre de laquelle ils ne peuvent même pas rêver d’avoir un tant soit peu leur mot à dire. Hélas, ils s’estiment déjà heureux quand ils sont, plus ou moins correctement et plus ou moins après coup, informés sur le sujet.

Problèmes avec les bombes…

On estime aujourd’hui à quelque 200 le nombre des armes nucléaires tactiques (substratégiques) américaines déployées en Europe. Si leur présence est officiellement admise dans les documents de l’OTAN, les chiffres, emplacements et autres données les concernant sont évidemment secret défense.[1] Il s’agit de bombes de type B61, dites « à gravité », c’est-à-dire faites pour être transportées en avions (à double capacité, c’est-à-dire aptes à la fois à des missions conventionnelles et nucléaires) et larguées au-dessus de leur cible. Elles seraient actuellement stockées en Allemagne (sur la base aérienne de Büchel), en Italie (Aviano et Ghedi Torre), en Belgique (Kleine Brogel), au Pays-Bas (Volkel) et en Turquie (Incirlik), sous le contrôle de l’US Air Force, prévoyant un scénario soit d’emploi par des avions US, soit de transfert au pays hôtes pour emploi en temps de guerre. Le nombre des bombes stationnées en Europe a diminué radicalement depuis les années 1970 – et les réductions se poursuivent, comme en témoignent les retraits d’armes récents de la Grèce, de la Grande Bretagne et de la base de Ramstein. Simultanément, l’état de préparation des avions à double capacité s’est, lui aussi, considérablement affaibli : leur niveau d’alerte se mesure aujourd’hui en mois, plutôt que de semaines, de jours, ou de minutes. Il est communément admis que le rôle des bombes US en Europe est de nos jours avant tout symbolique. D’après l’actuel Concept stratégique de l’OTAN « Les forces nucléaires basées en Europe et destinées à l’OTAN constituent un lien politique et militaire essentiel entre les membres européens et les membres nord-américains de l’Alliance. » Cette belle démonstration de solidarité transatlantique a évidemment un prix pour les alliés en Europe : en termes de risques de sûreté/sécurité, d’efforts diplomatiques discrédités et d’entorses à la souveraineté.

Questions de sûreté

Les risques de sûreté/sécurité immédiats associés à la présence de ces armes atomiques sont essentiellement de deux types. Premièrement, l’éventualité d’un accident ne peut jamais être exclue à 100%. Même si la situation s’est sensiblement améliorée par rapport aux années 1960, lorsque deux accidents d’avions B52 transportant des armes nucléaires US eurent lieu en Espagne et au Groenland. Mais malgré le renforcement des conditions de sécurité, le risque est toujours présent. Pour preuve, les conclusions accablantes d’une investigation interne au Pentagone, conduite après le fameux incident d’août 2007 lorsque les autorités américaines ont perdu la trace de six ogives nucléaires pendant trente-six heures alors que celles-ci survolaient, contre toutes les régulations en vigueur et sans les arrangements de sécurité appropriés, le territoire des Etats-Unis. Les enquêteurs ont ensuite trouvé, entre autres, de très sérieuses failles de sécurité sur les bases en Europe. D’après le rapport,[2] « chacun de ces sites européens présente des défis de sécurité uniques », et « la plupart d’entre elles ont besoin d’importantes ressources supplémentaires pour être conformes aux normes de sécurité du DoD » (Département de la Défense, à savoir celui dont les normes s’étaient avérées si diablement efficaces lors de l’incident d’août…).

Deuxièmement, en acceptant le stationnement d’armes nucléaires sur son sol, l’Etat (par ailleurs non nucléaire) accepte aussi de devenir une cible. Non seulement dans le jeu nucléaire « normal », où le ciblage des stocks atomiques entre puissances éventuellement adverses est quasiment automatique, mais aussi du point de vue d’attentats terroristes. En témoignent les complots déjoués récemment, qui visaient les bases nucléaires US/OTAN en Belgique (2001) et en Turquie (2006).

Questions de TNP

En accueillant les bombes de l’Amérique, seul pays au monde à déployer des armes nucléaires en dehors de son territoire national, les Européens prennent aussi le risque de saborder leurs propres efforts diplomatiques. Notamment en matière de non-prolifération, qui est pourtant un de leurs thèmes favoris. Or, au regard du Traité de non-prolifération (TNP), pierre angulaire de toute l’architecture internationale dans ce domaine, le « partage » nucléaire de l’OTAN pose de sérieuses questions juridiques et politiques. Il est inutile d’entrer ici dans les détails des arguments légalistes, aussi divers que multiples.[3] On se contentera de rappeler qu’il en existe grosso modo deux grandes catégories. La première concerne les manœuvres louches, les tractations dans les coulisses et les interprétations unilatérales et arbitraires qui ont permis aux pays de l’OTAN de faire passer leurs arrangements nucléaires, manifestement en flagrante contradiction avec la lettre et l’esprit du TNP, comme juridiquement valables. L’autre catégorie d’arguments a trait aux modalités pratiques du « partage » (maintien d’un parc d’avions destinés à des missions nucléaires, formation d’équipes de pilotage, d’entretien etc.) qui font que les pays hôtes, pourtant « non dotés », sont « mouillés » dans la stratégie nucléaire des Etats-Unis. De la pire manière possible, ajoutons-le tout de suite. Car c’est sans aucun pouvoir réel de contrôle et de décision qu’ils deviennent pourtant des participants actifs.

Ce qui nous intéresse ici, ce sont les conséquences diplomatiques et politiques. D’une part, la pratique otanienne constitue un précédent dangereux. Aujourd’hui, pour enrayer le processus de prolifération de par le monde, une des pistes que l’on est en train d’explorer vise jutement la prolifération géographique (le transfert d’armes nucléaires sur le territoire d’autres Etats) – or c’est justement ce que l’on fait à l’OTAN depuis de longues décennies. Le modèle OTAN est par ailleurs fréquemment évoqué lorsqu’on parle d’éventuels transferts d’armes atomiques de la Russie vers le Cuba ou le Venezuela, ou de celles du Pakistan vers l’Arabie saoudite.

D’autre part, tant que cette situation perdure, la position de négociation des Européens en matière de non-prolifération s’en trouve considérablement affaiblie. En effet, le « partage » nucléaire de l’OTAN constitue une irritante pour de nombreux participants des conférences de révision du TNP. Comme l’avait remarqué l’ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique : «  Nous ne pouvons pas continuer de dire que nous avons 25 Etats, disons les Etats de l’OTAN, qui s’appuient sur le parapluie nucléaire, et que tous les autres doivent rester assis tranquillement au froid. Sur le long terme, on ne peut pas maintenir cela ».[4]

Questions de contrôle

Les gouvernements européens semblent étrangement bien s’accommoder avec  une situation où ils assument des risques (d’accident ou d’attentat) et discréditent leurs propres efforts diplomatiques (en matière de non-prolifération) ; le tout pour abriter des armes nucléaires dont le contrôle leur échappe du bout en bout. Il est vrai que selon les scénarios de l’OTAN, le largage de la bombe atomique US serait un véritable travail d’équipe. En temps de crise, les pilotes et avions de pays hôtes seraient chargés de transporter ces précieux bijoux, avec le soutien diligent d’autres Etats alliés pour des missions de ravitaillement, de couverture radar, ou de protection des bombardiers. N’empêche que le contrôle de ces armes reste, sans équivoque aucune, dans les mains des Etats-Unis. Comme un « dossier de l’OTAN » résume à merveille : « Les armes nucléaires américaines basées en Europe sont la propriété exclusive des États-Unis et sont placées de façon constante et totale sous la garde et le contrôle de ce pays. Elles sont dotées de dispositifs perfectionnés, appelés Permissive Action Links (PAL), garantissant aux États-Unis le contrôle positif absolu de ces armes, et empêchant toute utilisation non autorisée ».

En effet, ce système de sécurité par verrouillage électronique est une garantie supplémentaire pour assurer que les bombes peuvent être employées uniquement si Washington en décide ainsi. Par ailleurs, le périmètre de protection rapprochée des chambres fortes est gardé par des unités de spécialistes US (les MUNSS ou Munitions Support Squadrons), qui sont tenus d’empêcher l’accès aux armes de quiconque sans escorte US autorisée. Les MUNSS reçoivent leurs ordres d’une chaîne de commandement entièrement américaine, et sont chargés de superviser la gestion des armes par le personnel allié même après un éventuel transfert. On comprend tout de suite mieux la remarque de Walter Kalbow, ex-Secrétaire d’Etat au ministère allemand : « l’Allemagne n’a pas d’armes nucléaires à sa disposition, ni en temps de paix ni pour la défense de l’Allemagne ».

(Crédit photo: Federation of American Scientists)

Problèmes au-delà des bombes…

Un déluge de récents rapports et analyses sur le sujet s’accordent pour présager une réduction drastique, voire l’abandon complet de la présence d’armes nucléaires américaines en Europe. En effet, il est admis depuis longtemps que ces bombes à gravité substratégiques/tactiques n’ont plus pratiquement aucune utilité militaire. Etant donnée les progrès techniques des dernières décennies, il n’existe, d’une part, plus véritablement de missions envisageables pour elles qui ne puissent pas être remplies par des forces stratégiques US stationnées hors l’Europe ou par des missiles de croisière lancés à partir de la mer. D’autre part, avec le développement des capacités de défense aérienne, les avions US ou alliés n’auraient guère de chance d’atteindre leur objectif qu’ils devraient effectivement survoler afin de pouvoir larguer leurs bombes à gravité.

Si l’on y ajoute le facteur d’irritation dont celles-ci sont porteuses vis-à-vis et de l’opinion publique européenne et des Etats tiers, on comprendrait bien si pour un Président américain qui se veut le champion du désarmement, les B61 stationnées sur sol européen apparaissaient comme une aubaine : elles seraient les candidats naturels pour faire de beaux gestes à peu de frais. Evidemment tout n’est pas aussi simple. Sinon ces bombes, militairement inutiles et politiquement douteuses, auraient été évacuées depuis belle lurette. N’empêche qu’un processus de réduction/retrait progressif a déjà été amorcé, et que cela n’a rien à voir avec les intentions, ostensiblement pacifistes, du nouveau Président US. Au fait, son rival républicain de la campagne électorale de 2008 s’est lui-même explicitement engagé le sujet. John McCain se disait prêt à « explorer, en concertation avec les Alliés et parallèlement avec la Russie, les moyens de réduire et, espérons-le, éliminer les déploiements d’armes nucléaires tactiques en Europe ». Rien d’étonnant donc à ce que  tout le monde se prépare à d’importants changements. Toutefois, il convient de garder à l’esprit que les bombes ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Même en cas de leur évacuation complète, le « partage » nucléaire de l’OTAN est appelé à se perpétuer, avec tout ce qu’il révèle de, et implique pour, les relations euro-américaines.

Changements dans l’air

Toujours est-il qu’une convergence de circonstances favorables au retrait des bombes s’esquisse maintenant à l’horizon. D’abord, en Amérique. La nouvelle administration washingtonienne multiplie les appels à la revigoration du TNP et à l’élimination, à terme, des armes nucléaires sur toute la planète. Dans ces conditions, la nomination de Ivo Daalder (auteur de l’article intitulé « La logique du zéro – vers un monde sans armes nucléaires » paru fin 2008 dans la revue Foreign Affairs), au poste d’ambassadeur américain à l’OTAN a valeur d’indice, au même titre que le choix du Général James L. Jones (ex-Commandant suprême des Forces alliées en Europe, généralement suspecté d’être peu favorable au stationnement des B61 sur le vieux continent), en tant que Conseiller de sécurité nationale du Président des Etats-Unis. Ce n’est pas un hasard si l’on attend avec plus d’impatience que d’habitude la remise du rapport Nuclear Posture Review, prévue pour décembre 2009. Même si la position américaine restera probablement très similaire à ce que l’ancien vice-Secrétaire d’Etat à la Défense de l’administration Clinton (et aujourd’hui président du Center for Strategic and International Studies) a récemment résumé ainsi, non sans un brin d’hypocrisie : « Aux Etats-Unis, nous ne pensons pas que les armes nucléaires soient utiles. Nous pensons qu’elles sont dangereuses. Mais la plupart des pays pensent qu’elles sont utiles »

Du côté de l’Europe, en plus des pressions constantes en faveur du retrait (venant de l’opinion publique, de la société civile et des initiatives de plus en plus fréquentes des parlementaires), la question se posera avec acuité dans un très proche avenir. De manière d’autant plus incontournable que les raisons en sont principalement techniques. Il s’agit des décisions concrètes à prendre à propos du renouvellement, de plus en plus urgent, du parc d’avions des alliés. Le modèle choisi sera-t-il à double capacité ou non ? – ce sera là toute la question. Car une quincaillerie aussi complexe ne s’improvise pas, il faut que les appareils soient préparés en conséquence au niveau des systèmes de sécurité et de largage des bombes.

Parallèlement, à l’OTAN aussi, les choses commencent à bouger. En juillet dernier, le débat sur le Nouveau concept stratégique de l’Alliance a été officiellement lancé. Or, de telles réflexions ne pourront évidemment pas esquiver la question nucléaire. Un avant-goût de ce que l’exercice pourra accoucher nous a été fourni par une déclaration commune des dirigeants alliés au sommet de Strasbourg d’avril dernier. En parfaite harmonie – surprise, surprise – avec les nouveaux accents de la politique US, l’OTAN y confirme certes son attachement à la dissuasion nucléaire (et autre, dit-elle), mais reprend surtout ses plus belles formules pour souligner ses intentions anti-nucléaires : « La dissuasion, qui s’appuie sur une combinaison appropriée de capacités nucléaires et conventionnelles, reste un élément central de notre stratégie globale. L’OTAN continuera de jouer son rôle s’agissant de renforcer la maîtrise des armements et de promouvoir le désarmement nucléaire et conventionnel conformément au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, ainsi que les efforts dans le domaine de la non?prolifération ».[5] Sans doute, les alliés se préparent déjà à l’échéance de 2010 : la prochaine conférence de révision du TNP.

Evolutions possibles

Il est vrai que nombre des éléments énumérés ne constituent point de nouveauté. Ni la nouvelle donne post-guerre froide (l’ennemi soviétique a disparu il y a presque vingt ans), ni l’hostilité de l’opinion publique européenne aux bombes US, ni le scepticisme d’une large partie du Pentagone, ni la conférence de révision du TNP (qui a lieu tous les cinq ans), ni les intentions pacifistes de l’administration US (Washington a l’habitude d’afficher sa volonté de paix et de sécurité universelles, parfois en appui à de nouveaux projets d’armement – ou plutôt : « de défense » –  gigantesques). Mais si des B61 sont toujours en Europe, malgré tout, c’est parce que de considérables pesanteurs jouent en faveur du statu quo. A un moment où l’OTAN cherche toujours désespérément sa nouvelle raison d’être et où les intérêts et valeurs supposés être communs de part et d’autre de l’Atlantique semblent beaucoup moins automatiquement convergents qu’au temps de l’ours moscovite, personne ne veut prendre des décisions qui puissent donner l’impression d’une diminution soit du rôle de l’Alliance, soit de la solidarité transatlantique. L’administration américaine est soucieuse de ne pas envoyer de signes susceptibles d’être interprétés comme un affaiblissement de son engagement pour la défense collective (et qui s’ajouteraient aux inquiétudes, déjà palpables, des alliés les plus zélés de Washington, notamment en Europe de l’Est). Les  gouvernements des pays hôtes hésitent, eux aussi, à évoquer le sujet, de peur d’être perçus comme anti-OTAN et/ou anti-américains. 

Reste l’extraordinaire concours de circonstances qui semble aujourd’hui particulièrement propice à un changement de la donne. Celui-ci peut prendre plusieurs formes. Soit une réduction (encore plus drastique) du nombre des armes déployées, soit un redéploiement des bombes vers le flanc Sud de l’Alliance, soit la fin pure et simple de leur stationnement permanent en Europe. En réalité, même le scénario du retrait complet n’annoncerait point la fin de la partie (en ce qui concerne le « partage » nucléaire de l’OTAN). Il inclurait probablement des mesures de sauvegarde telle le maintien en condition opérationnelle des infrastructures en vue d’un éventuel redéploiement en temps de crise. Il pourrait aussi s’accompagner du maintien, voire l’intensification de programmes comme l’initiative SNOWCAT (Support of Nuclear  Operations with Conventional Air Tactics), destinés à assurer l’implication des alliés non nucléaires. Pour assurer la dissuasion « commune », des armes stratégiques US stationnées sur le territoire des Etats-Unis feraient parfaitement l’affaire, tandis que d’autres gadgets et d’autres mythes – on pense ici avant tout aux divers projets US/OTAN de bouclier antimissile – pourraient venir en aide pour perpétuer la fiction de la sécurité indivisible.

Invariables certaines

Même un éventuel retrait complet des bombes américaines d’Europe ne signifierait nullement la fin du « partage » nucléaire au sein de l’Alliance atlantique. Y compris ses deux principaux corollaires : d’une part l’institutionnalisation de la mésalliance atomique (c’est-à-dire la sujétion des Etats européens en matière nucléaire aux Etats-Unis – sauf la France, bien entendu, la seule à disposer d’un arsenal nucléaire indépendant), de l’autre, la déresponsabilisation des Européens face aux questions de défense (suite à leur propension à s’en remettre à ce qu’ils croient, ou aimeraient croire, être le parapluie protecteur de l’Amérique).

Pour ce qui est de la mésalliance atomique, il convient de remonter aux origines du GPN (Groupe des plans nucléaires), décrit comme « l’autorité suprême, au sein de l’OTAN, en ce qui concerne les questions de politique nucléaire ». Le GPN fut créé en 1966, suite au départ de la France des structures militaires intégrées de l’Alliance. Il prenait, en quelque sorte, la place de la tentative MLF (Force multilatérale) dans laquelle, sous la bannière du « partage » nucléaire, les Européens furent invités à acheter des missiles, tandis que les ogives restaient aux mains des Américains. L’historien Lawrence L. Kaplan, dans son ouvrage NATO divided, NATO united: the Evolution of an Alliance, en décortique les mécanismes d’une façon remarquablement lucide. Selon lui, « comme dans le cas de la MLF, il y avait un élément de supercherie dans la promotion du GPN. L’administration Johnson espérait faire croire aux alliés qu’ils étaient finalement tout à fait impliqués dans la planification nucléaire. Le fait que les Etats-Unis ne partageaient pas complètement les informations, sans parler du contrôle, des forces nucléaires, fut moins important pour les alliés plus petits que la disposition de l’Amérique à les traiter sur un pied d’égalité avec les alliés moins petits ».

Le GPN, tout comme le Groupe de haut niveau (GHN) qui lui sert d’organe préparatoire et se réunit plus régulièrement, quasiment chaque mois, est censé faire d’une pierre deux coups. Il satisfait le désir des Européens, qui veulent désespérément être « consultés » par les Etats-Unis, en même temps qu’il assure le leadership de l’Amérique. Au fait, le GHN, composé de décideurs et d’experts nationaux, est non seulement présidé par le Secrétaire d’Etat adjoint à la Défense, mais son ordre du jour lui-même est le plus souvent élaboré à Washington et présenté sous forme de prêt-à-porter aux alliés pour qu’ils y mettent leurs estampilles. Ces arrangements soulèvent plusieurs problèmes de fond. Pour commencer, les soi-disant consultations ne sont que pure mascarade. Mais même si elles étaient réelles, elles n’auraient rien à voir avec un véritable « partage ». Comme le Général de Gaulle ne cessait de rappeler à ses homologues US : consultation n’est pas co-décision. Or sans co-décision, il n’y a pas de partage. Il n’y a que sujétion unilatérale. Deuxièmement, dans les moments critiques, loin de songer à de quelconques consultations (ne serait-ce que de façade), les Etats-Unis ne prennent même pas la peine d’informer leurs alliés – en l’occurrence même pas la Grande-Bretagne (qui leur avait pourtant de facto subordonné l’ensemble de son arsenal). Grâce aux documents déclassifiés à Londres, il s’avère par exemple qu’en 1973 le Premier ministre britannique Edward Heath se retrouvait tranquillement à la Chambre des Communes et n’a appris que par agence de presse interposée que son plus grand ami et allié venait de déclarer l’alerte nucléaire globale…

Quant à la fiction du parapluie protecteur que l’Amérique est supposée tenir au-dessus de nos têtes, la légende officielle veut que l’arsenal nucléaire US/OTAN soit considéré comme l’ultime garantie pour dissuader toute attaque contre n’importe lequel des Etats membres. Et ce, en vertu des supposés engagements de défense mutuelle contenus dans l’Article 5 du Traité de Washington. Sur ce point, il n’y a que deux « hics ». Primo, les engagements de l’Article 5 sont tout sauf automatiques. Secundo, la crédibilité de la dissuasion nucléaire US/OTAN est tout sauf solide.

En effet, lors des négociations laborieuses de la rédaction du Traité de Washington, le dossier le plus contentieux concernait justement ce que l’on appelait, à l’époque, le fameux pledge (ou promesse d’engagement). Les Européens auraient voulu un engagement automatique de la part des Etats-Unis, l’Amérique, elle, n’avait nullement l’intention de se souscrire à une telle obligation. Ses négociateurs ont absolument tout fait pour l’éviter, jusqu’à ce qu’ils sont parvenus à faire accepter cette formule définitive contenue dans l’Article 5 (clef-de voûte de la prétendue défense collective) : en cas d’attaque, les parties « conviennent que chacune d’elles assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire ». Chacun de son côté et selon son jugement souverain.

Pour ce qui est de la crédibilité de la dissuasion assurée par l’Amérique, dès le moment où les USA ont perdu leur monopole nucléaire, elle a été détruite. Comme le Général De Gaulle l’avait observé : « Du fait que les Russes ont, eux aussi, maintenant, de quoi détruire l’univers et notamment le nouveau continent, il est tout naturel que l’Amérique voit dans sa propre survie, l’objectif principal d’un conflit éventuel et n’envisage le moment, le degré, les modalités de son intervention nucléaire pour la défense d’autres régions, en particulier de l’Europe, qu’en fonction de cette nécessité naturelle et primordiale ». Il s’agit là de la difficulté inhérente à toute idée de dissuasion élargie. Christopher Layne, auteur du livre La paix des illusions (la grande stratégie américaine depuis 1940 jusqu’à nos jours) résume bien l’absurdité de la dissuasion assurée par un tiers dans l’ère atomique : pour une puissance nucléaire « il vaut mieux de voir ses alliés conquis que son propre territoire anéanti ».  A moins de prétendre le contraire (et surtout d’en persuader à la fois les alliés et les adversaires potentiels), il ne peut y avoir de dissuasion élargie.

Déjà pendant la guerre froide, les stratèges washingtoniens préoccupés par le « problème de crédibilité de l’engagement » ne voyaient qu’une seule solution : la mise en place d’un système de défense antimissile balistique. A terme, ce serait le seul moyen de retrouver la perception d’invulnérabilité qui leur confèrerait la crédibilité nécessaire pour le maintien sous tutelle des alliés et amis. De surcroît, parler de bouclier et de systèmes défensifs froisse beaucoup moins les sensibilités européennes que l’évocation de bombes B61 et d’autres jouets à connotation trop guerrière. Et tant pis si c’est un non-sens stratégique. Car le propre du bouclier est justement qu’il rend possible l’emploi de l’épée. Comme l’avait expliqué le directeur de la MDA (Agence de défense antimissile) américaine lors de son audition au Congrès : les capacités de défense antimissile « renforcent notre aptitude à défendre nos intérêts à l’extérieur ». En tout état de cause, indépendamment de la configuration adoptée, l’Amérique n’aura pas l’intention d’en partager le contrôle ultime. Pas plus, en tout cas, que le contrôle qu’elle exerce sur ses bombes et ses missiles.

Quelles que soient donc les modalités de la présence nucléaire américaine en Europe (avec dimension opérationnelle ou politique, à travers des systèmes d’armes offensives ou défensives, via des installations sur le territoire européen ou sur sol américain), une chose est certaine : Washington est déterminé à ne garder qu’un seul doigt sur le bouton – le sien. C’est son droit et c’est dans son intérêt. Par contre, si les pays européens ont eux aussi le droit de se souscrire à de tels arrangements et de se verrouiller dans une position de dépendance et d’irresponsabilité, il est difficile de voir comment ils pouvaient y avoir intérêt dans la durée.

(Hajnalka Vincze, Parapluie ou hara-kiri ?– la présence nucléaire américaine en Europe, in Contradictions n°128 (Paix et Désarmement), 2009.)



[1] On reprendra ici les données avancées par Hans M. Kristensen de la Federation of American Scientists qui s’est remarquablement spécialisé sur le dossier. Voir Hans M. Kristensen, U.S. Nuclear Weapons in Europe – A Review of Post-Cold War Policy, Force Levels, and War Planning, Natural Resources Defense Council, février 2005; et Hans M. Kristensen – Robert S. Norris, Nuclear Notebook: U.S. nuclear forces, 2009, Bulletin of the Atomic Scientists, mars/avril 2009.
[2] Air Force Blue Ribbon Review of Nuclear Weapons Policies and Procedures, 8 février 2008.[3] Voir entre autres : Otfried Nassauer, Le partage nucléaire de l’OTAN est-il légal?, Energie et Sécurité n°17, 2001 ; Karel Koster, NATO Nuclear Doctrine and the NPT, BASIC Briefings, 29 juin 2004.[4] Mohamed ElBaradei, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, The Challenges Facing Nonproliferation, intervention au Council on Foreign Relations, New York, 14 mai 2004.
[5] Déclaration sur la Sécurité de l’Alliance publiée par les chefs d’État et de gouvernement participant à la réunion du Conseil de l’Atlantique Nord tenue à Strasbourg / Kehl le 4 avril 2009.Tags:
otanrelations transatlantiques

https://www.iveris.eu/list/documents/481-le_parlement_belge_a_failli_mettre_fin_au_stationnement_des_bombes_nucleaires_us_

Municipales à Paris: Griveaux renonce à sa candidature

CHALLENGES  POLITIQUEPolitique

Municipales à Paris: Griveaux renonce à sa candidature

Par Challenges.fr le 14.02.2020 à 09h12, mis à jour le 14.02.2020 à 15h03

VIDÉO – Le candidat LREM retire sa candidature dans le but de protéger ses proches après la diffusion d’une vidéo à caractère sexuel, a-t-il annoncé vendredi.

Le candidat de La République en marche (LREM) pour la mairie de Paris, Benjamin Griveaux, retire sa candidature dans le but de protéger ses proches après la diffusion d’une vidéo à caractère sexuel, a-t-il annoncé vendredi 14 février à l’AFP. Suite à des « attaques ignobles » (…) j’ai décidé de retirer ma candidature à l’élection municipale parisienne. Cette décision me coûte mais mes priorités sont très claires. C’est d’abord ma famille, vous l’aurez compris », a-t-il dit dans une déclaration enregistrée en début de matinée au siège de l’AFP, en présence de BFM Paris.

Un site avait diffusé mercredi soir une vidéo intime et des messages connotés adressés à une femme, affirmant qu’ils émanaient de l’ancien porte-parole du gouvernement. Ils ont été relayés peu à peu jeudi sur les réseaux sociaux. L’artiste contestataire russe Piotr Pavlenski, qui avait incendié la façade d’une succursale de la Banque de France en 2017, a affirmé avoir mis en ligne cette vidéo à caractère sexuel qui a entraîné le retrait de la candidature de Benjamin Griveaux à la mairie de Paris.

« Il affirme tenir cette vidéo d’une +source+ qui avait une relation consentie avec Benjamin Griveaux », écrit sur son site internet le journal Libération, qui a eu un entretien téléphonique jeudi soir avec l’artiste réfugié en France. Ce dernier dit avoir voulu ainsi « dénoncer l’hypocrisie » de Benjamin Griveaux. « C’est quelqu’un qui s’appuie en permanence sur les valeurs familiales, qui dit qu’il veut être le maire des familles et cite toujours en exemple sa femme et ses enfants. Mais il fait tout le contraire », a affirmé Pavlenski à Libération.

« Torrent de boue »

« En annonçant ma candidature à la mairie de Paris, je connaissais la dureté du combat politique », a commencé M. Griveaux dans une brève déclaration solennelle, enregistrée au milieu de membres très émus de son équipe de campagne.

« Depuis plus d’un an, ma famille et moi avons subi des propos diffamatoires, des mensonges, des rumeurs, des attaques anonymes, la révélation de conversations privées dérobées ainsi que des menaces de mort », a-t-il poursuivi: « Ce torrent de boue m’a affecté et surtout a fait mal à ceux que j’aime. Comme si cela n’était pas suffisant, hier, un nouveau stade a été franchi. Un site internet et des réseaux sociaux ont relayé des attaques ignobles mettant en cause ma vie privée. Ma famille ne mérite pas cela. Personne, au fond, ne devrait jamais subir cette violence. En ce qui me concerne, je ne suis pas prêt à nous exposer davantage ma famille et moi quand tous les coups sont désormais permis. Cela va trop loin. »

En marge de sa déclaration, M. Griveaux a indiqué à l’AFP s’être entretenu tard jeudi soir avec le président Emmanuel Macron, qui l’a selon lui assuré de son soutien « quelle que soit sa décision », en l’invitant à protéger les siens.

Cédric Villani, le candidat dissident ex-LREM à la mairie de Paris, a quant à lui réagi vendredi à l’annonce du retrait de candidature de Benjamin Griveaux en dénonçant « une menace grave pour notre démocratie ». « J’adresse à Benjamin Griveaux, ainsi qu’à sa famille, mon soutien plein et entier dans cette épreuve. Je prends acte de sa décision difficile. L’attaque indigne qu’il subit est une menace grave pour notre démocratie », a tweeté le député de l’Essonne.

Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a par ailleurs souligné vendredi que la diffusion d’un vidéo intime de Benjamin Griveaux doit « évidemment être poursuivie » devant les tribunaux, interrogé sur le retrait du candidat LREM à la mairie de Paris lors d’une visite à Strasbourg. « Ces faits-là, le fait de diffuser certaines vidéos sans le consentement de leur auteur, sont des faits qui font l’objet de sanctions pénales dans notre pays », a-t-il déclaré devant la presse, précisant qu’ils étaient sanctionnés par « une peine d’amende importante » et jusqu’à « deux ans d’emprisonnement ».

(Avec AFP)

https://www.challenges.fr/politique/municipales-a-paris-griveaux-se-retire_698922

Grèce, braderie de bases militaires aux États-Unis

« L’ART DE LA GUERRE »

Grèce, braderie de bases militaires aux États-Unis

par Manlio Dinucci

Les États-Unis ont habilement profité des déboires économiques de la Grèce pour lui imposer un traité leur permettant de barrer la route de la mer Noire à la Russie. Seuls les députés communistes grecs et leurs alliés s’y sont opposés.RÉSEAU VOLTAIRE | ROME (ITALIE) | 11 FÉVRIER 2020 ITALIANOESPAÑOLTÜRKÇEROMÂNĂ

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JPEG - 38.6 koLe 5 octobre 2019, le ministre grec de la Défense, Nikólaos Panayotópoulos, et le secrétaire d’État US, Mike Pompeo, signent à Athènes un « Accord de coopération pour la défense réciproque » (Mutual Defense Cooperation Agreement).

Le Parlement grec a ratifié l’ Accord de coopération pour la défense réciproque, qui concède aux États-Unis l’usage de toutes les bases militaires grecques. Elle serviront aux forces armées US non seulement pour stocker des armements, s’approvisionner et s’entraîner, mais aussi pour des opérations de « réponse d’urgence », c’est-à-dire pour des missions d’attaque.

Particulièrement importante la base de Larissa, où l’US Air Force a déjà stocké des drones MQ-9 Reaper et celle de Stefanovikio, où l’US Army a déjà déployé des hélicoptères Apache et Black Hawk.

L’Accord a été défini par le ministre grec de la Défense, Nikólaos Panayotópoulos, comme « avantageux pour nos intérêts nationaux, parce qu’il accroît l’importance de la Grèce dans la planification US ». Importance que la Grèce a depuis longtemps : il suffit de se rappeler du sanglant coup d’État des colonels, organisé en 1967 dans le cadre de l’opération Stay-Behind dirigée par la CIA [1], auquel succéda, ici en Italie, la période des massacres commencée avec celle de Piazza Fontana en 1969 [2].

Lors de cette même année s’installa en Grèce, à Souda Bay dans l’île de Crète, un Détachement naval US provenant de la base de Sigonella en Sicile, sous les ordres du Commandement US de Naples. Aujourd’hui Souda Bay est une des plus importantes bases aéronavales USA/Otan en Méditerranée, employée dans les guerres au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. À Souda Bay le Pentagone investira 6 nouveaux millions d’euros, qui s’ajouteront aux 12 qu’il investira à Larissa, annonce Panagiotopoulos, en le présentant comme une grande affaire pour la Grèce.

Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis précise cependant qu’Athènes a déjà signé avec le Pentagone un accord pour la potentialisation de sa flotte de F-16, qui coûtera à la Grèce 1,5 milliards de dollars, et qu’elle est intéressée aussi par l’achat aux USA de drones et chasseurs F-35.

La Grèce se distingue en outre pour être dans l’Otan, après la Bulgarie, l’allié européen qui consacre depuis longtemps à la dépense militaire le plus haut pourcentage du PIB (2,3%).

L’Accord garantit aussi aux États-Unis « l’usage illimité du port d’Alexandroupoli » [3]. Celui-ci est situé sur la mer Égée au bord du détroit des Dardanelles qui, reliant en territoire turc la Méditerranée et la mer Noire, constitue une fondamentale voie de transit maritime surtout pour la Russie. De plus la Thrace orientale limitrophe (la petite partie européenne de la Turquie) est le point où arrive de Russie, à travers la mer Noire, le gazoduc Turk-Stream.

L’« investissement stratégique », que Washington est déjà en train d’effectuer dans les infrastructures portuaires, vise à faire d’Alexandroupoli une des plus importantes bases militaires US dans la région, en mesure de bloquer l’accès des navires russes à la Méditerranée et, en même temps, de contrecarrer la Chine qui souhaite faire du Pirée une importante escale de la Nouvelle Route de la Soie.

« Nous sommes en train de travailler avec d’autres partenaires démocratiques dans la région pour repousser des acteurs maléfiques comme la Russie et la Chine [4], avant tout la Russie qui utilise l’énergie comme instrument de son influence maléfique », déclare l’ambassadeur US à Athènes Geoffrey Pyatt, en soulignant qu’ « Alexandroupoli a un rôle crucial pour la sécurité énergétique et la stabilité de l’Europe ».

C’est dans ce cadre que s’insère l’Accord de coopération pour la défense réciproque avec les USA, que le Parlement grec a ratifié avec 175 voix pour, du centre-droit au gouvernement (Nouvelle Démocratie et autres) et 33 contre (Parti Communiste et autres), tandis que 80 ont déclaré « présent » selon la formule du Congrès US, équivalent à l’abstention, en usage au Parlement grec. C’est Syriza qui s’est abstenu, la Coalition de la Gauche Radicale conduite par Aléxis Tsípras. D’abord parti de gouvernement, maintenant dans l’opposition, dans un pays qui, après avoir été obligé de brader sa propre économie, maintenant brade non seulement ses bases militaires mais le peu qui lui reste de sa souveraineté.

Manlio Dinucci

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

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[1] « La guerre secrète en Grèce », par Daniele Ganser, Réseau Voltaire, 24 août 2013.

[2] « Quand le juge Felice Casson a dévoilé le Gladio… », par Daniele Ganser, Réseau Voltaire, 17 octobre 2009.

[3] « Alexandroupolis, nouvelle base US contre la Russie », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 24 septembre 2019.

[4] « Grèce, le facteur Otan », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 7 avril 2015

.https://www.voltairenet.org/article209189.html

Renault n’exclut pas des fermetures d’usines après les mauvais résultats de 2019

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Renault n’exclut pas des fermetures d’usines après les mauvais résultats de 2019

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14/02/2020 | Anthony Planus | 3 min de lecture

Isopix

La directrice générale par intérim de Renault, Clotilde Delbos, n’a pas exclu que le constructeur automobile ferme des usines après avoir enregistré l’an dernier ses premières pertes en dix ans, lors d’une conférence de presse ce vendredi.

‘Nous n’avons aucun tabou et nous n’excluons rien’, a déclaré Mme Delbos, interrogée sur la possibilité que des usines en France ou dans le monde puissent être fermées dans le cadre d’un programme d’économie de deux milliards d’euros sur trois ans.

Renault est effectivement tombé dans le rouge l’an dernier pour la première fois depuis 2009, enregistrant une perte nette de 141 millions d’euros, sans pour autant voir le bout du tunnel après sa première année sans son patron emblématique Carlos Ghosn.

Dans un marché mondial en recul, le groupe au losange a été victime d’une baisse de son activité qui s’est traduite par une chute de sa rentabilité opérationnelle à 4,8% des ventes, contre 6,3% en 2018.

La marge opérationnelle a chuté de près d’un milliard d’euros à 2,66 milliards. Le chiffre d’affaires s’est replié de 3,3% à 55,5 milliards.

Visibilité limitée pour 2020

Pour 2020, dans un marché mondial toujours en déclin, le groupe au losange anticipe une nouvelle baisse de sa rentabilité opérationnelle, qui devrait se situer entre 3% et 4% des ventes. Il table sur un chiffre d’affaires ‘du même ordre’ qu’en 2019 et sur une activité automobile générant des flux de trésorerie positifs.

‘La visibilité pour 2020 reste limitée par volatilité attendue des marchés (…) et par les possibles impacts du coronavirus’, a déclaré Clotilde Delbos, directrice générale par intérim, citée dans un communiqué.

Renault était tombé dans le rouge pour la dernière fois lors de la crise financière de 2009, quand il avait enregistré une perte de 3,1 milliards d’euros.

L’action du constructeur français a chuté de près de moitié en un an et se trouve quasiment à son plus bas niveau depuis dix ans, signe de la défiance des investisseurs.

Source: Belga

https://fr.businessam.be/renault-nexclut-pas-des-fermetures-dusines-apres-les-mauvais-resultats-de-2019/

De la guerre psychologique à l'Intelligence économique : l'apport de la contre-insurrection

De la guerre psychologique à l’Intelligence économique : l’apport de la contre-insurrection

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Publié par Valentin Fontan-Moret le 13 Février 2020

La fabrication et la diffusion de l’information à des fins stratégiques (influence) est une composante essentielle de la démarche d’Intelligence économique. Or les groupes de la société civile les plus actifs contre certaines activités économiques, parmi lesquels les écologistes radicaux, les opposants aux grands projets d’aménagement du territoire, les animalistes anti-spécistes ou encore la mouvance altermondialiste ont parfaitement cerné l’importance de cette arme qu’est l’information.

David Galula - image WikimediaDavid Galula – image WikimediaLa notion de guerre cognitive [1] et plus encore d’« encerclement cognitif » (Christian Harbulot [2]) désigne assez explicitement le mécanisme : par différents angles d’attaque, les opposants [3] créent une ambiance, une situation d’inconfort intellectuel qui conduit les décideurs à revenir sur leur position initiale, ou « l’opinion » à se retourner elle aussi contre le projet.

Ce phénomène peut notamment prendre la forme d’un « terrorisme intellectuel » basé sur le dénigrement, ou s’opérer plus subtilement par une distorsion presque imperceptible de l’information. Les modalités tactiques sont multiples : citons le dénigrement franc et direct (fondé sur des idéaux ou des représentations dans l’objectif de rallier ceux qui y adhèrent à la cause d’opposition), la fausse information (mais vraisemblable, pour être crue), l’information partiale ou tronquée, ou encore les biais rhétoriques plus imperceptibles (association d’idées défavorable…).

L’idéal étant qu’une première attaque soit suffisamment spectaculaire pour en susciter d’autres de la part d’autres acteurs, et ainsi dépasser le face-à-face entre le groupe initial d’opposants et le décideur pour atteindre l’encerclement de ce dernier par une multitude d’agents d’influence. Un phénomène qui peut être rapproché de celui d’insurrection : contre un acteur agissant selon son rôle institutionnel (une collectivité développe son territoire, une entreprise produit dans le respect des lois encadrant la liberté du commerce et de l’industrie…), une minorité active travaille à renverser l’ordre établi, cherchant généralement à rallier les neutres (la population, majoritairement silencieuse) pour asseoir un ordre nouveau. Même si l’insurrection passe généralement par l’emploi de la violence physique sous forme d’émeutes, d’assassinats ou d’attentats par exemple, la dimension informationnelle et psychologique est donc prédominante : de la perception des enjeux et des acteurs en présence dépend la conviction des parties prenantes et l’adhésion à l’un des deux camps (loyaliste ou insurgé).

C’est la raison pour laquelle la recherche d’une doctrine en matière de contre-influence devrait pouvoir se nourrir du manuel de l’officier français David Galula (1919-1968) Contre-Insurrection ; Théorie et pratique. Redécouvert au début des années 2000 aux Etats-Unis d’Amérique, cet ouvrage de stratégie fait en effet une très large place à la dimension essentiellement politique des guerres révolutionnaires (une insurrection affrontant les forces loyalistes de l’État qu’elle tente de renverser), et en conséquence à la place de l’information (propagande) dans des opérations de guerre qui visent, notamment, des effets psychologiques (PsyOps).

Une cause séduisante au coeur de la relation conflictuelle

Avant même d’envisager une à une les opérations de contre-insurrection, Galula explique dans son ouvrage que l’insurrection (id est la rupture d’une minorité avec l’ordre établi dans l’objectif d’en imposer un nouveau) repose sur une cause séduisante. Cette cause séduisante s’appuie donc sur un corpus d’idées, de représentations, de conceptions, et surtout d’aspirations à un ordre meilleur, lesquelles prospèrent sur les faiblesses du régime attaqué. D’où il ressort qu’est particulièrement sujet au phénomène insurrectionnel un pays où l’insatisfaction et donc l’aspiration à une alternative sont grandes. Or les attaques informationnelles mues par des défenseurs d’une cause semblent bien être des problèmes propres aux « vieux » pays en voie d’essoufflement, où les difficultés économiques font grandir l’insatisfaction générale, mais où le confort de vie reste suffisamment important pour libérer le temps et l’énergie nécessaires à s’attaquer aux acteurs économiques pour les contraindre à répondre à des aspirations particulières, plutôt qu’aux acteurs étatiques ou gouvernementaux pour revendiquer un renversement total de l’ordre établi.

Jusqu’ici, la comparaison semble donc valable : les attaques informationnelles contre des produits, des acteurs ou des projets économiques s’opposent aux manifestations de l’ordre établi dès lors que les acteurs attaqués agissent dans leur bon droit, que les activités attaquées sont objectivement licites. La motivation des attaques est alors morale. Il y a déni de légitimité au nom d’une cause donnée (défense des animaux, défense de l’environnement…), et non pas des valeurs et des règles que la société entière s’est donnée (inscrites dans Loi, la Constitution ou un supposé « contrat social »…) [4].

La cause est le noeud du conflit, et ce qui le rend asymétrique : l’institutionnel (l’État ou l’acteur économique) fait, et fait potentiellement des erreurs ; tandis que l’insurgé (ou l’attaquant informationnel) se contente de revendiquer, ce qui est plus aisé et populaire si l’insatisfaction générale est par ailleurs importante. La défense du camp loyaliste est donc défense de la continuité de son activité et de sa légitimité. Il est en posture de justification car c’est l’attaquant qui rompt la normalité, « brise le silence », « lance l’alerte » et polarise aussitôt le conflit en opposition du bien contre le mal, et généralement du faible contre le fort. Il y a prime à l’attaquant : en prenant l’initiative du conflit, l’attaquant s’accapare aussi l’avantage stratégique. C’est la raison pour laquelle la population, neutre, ne doit pas être la première cible des opérations de propagande loyaliste. Prendre l’opinion à témoin en posture de justification est vain si la cause des insurgés/attaquants est réellement séduisante.
Le terreau d’une cause séduisante et efficace : point de départ nécessaire de la contre-attaque

C’est également la raison pour laquelle le travail sur le terrain d’insatisfaction sur lequel fleurit la cause séduisante des insurgés et opposants ne devrait pas être négligé. En vérité, l’insurrection ou un travail de sape informationnelle efficace ne commence pas au premier coup de semonce, au premier attentat ou au premier communiqué. Cela débute, sur le plan cognitif, par le « minage » du terrain. En situation d’insurrection, on peut présumer que ce travail est largement accompli par les faits, la situation objectivement dégradée et insatisfaisante. Les insurgés n’ont alors  plus qu’à pointer du doigt les nombreux problèmes sociaux et politiques, focaliser l’attention de la population sur ces troubles pour rendre leur cause séduisante par contraste.

Mais sur le terrain informationnel, dans l’ordre des représentations, des conceptions, des ancrages et des réflexes psychologiques, une attitude plus proactive est envisageable en sus de la dénonciation des faits objectifs. Par exemple, la cause écologiste s’appuie largement sur les manifestations visibles (et parfois spectaculaires) du changement climatique, mais travaille également à la fixation de lignes de démarcation entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas [5].

Ainsi, plusieurs évènements récents ont travaillé l’environnement médiatique français de façon à rendre univoque le discours sur le changement climatique. Désormais, les thèses dites « climatosceptiques » (réfutant le réchauffement climatique) sont à peu près proscrites ou, si elles ressurgissent, provoquent immédiatement une nuée de réactions hostiles, tandis que le débat était encore admis il y a quelques années. Dans la continuité, le terme d’« urgence climatique » s’est progressivement imposé et, faisant apparaître une forme d’enjeu vital, justifie une radicalisation du discours et des actes portés par la cause écologique. Dès lors, les positions plus nuancées ou moins alarmistes, notamment les positions tendant à concilier développement économique et transition écologique semblent déjà arriérées, déconnectées de la réalité voire malhonnêtes. Ajoutons à cela l’idée, déjà bien installée dans le discours  ambiant, selon laquelle les acteurs économiques ne sont mus que par la recherche du profit à court terme quitte à être parfaitement cyniques et nous obtenons la parade du « green washing », argument visant à décrédibiliser toute tentative pour une  entreprise-symbole du capitalisme d’épouser la cause écologiste et d’engager des actions concrètes en faveur de l’environnement. Lancé de façon systématique, l’argument du « green washing » induit en réalité que le souci écologique exprimé par un acteur économique d’envergure ne saurait être honnête et que ses actions en faveur de l’environnement ne servent qu’à « laver » sa conscience écologique ou à « blanchir » une activité néfaste par ailleurs, comme une sorte de façade démagogique.
L’asymétrie du conflit : un trompe-l’oeil en matière de guerre de l’information

Compte tenu de cette prédisposition des opposants à occuper et modeler l’espace informationnel, on peut se demander si l’asymétrie du conflit dans les cas de guerre de l’information est vraiment identique à celle des situations insurrectionnelles. Si un Etat dispose généralement de moyens (matériels, humains, administratifs et militaires) supérieurs à ceux d’une fraction insurgée de sa population civile, une attaque informationnelle peut tout à fait provenir d’une ONG mieux dotée que les acteurs qu’elle cible.

Par exemple, l’association animaliste et antispéciste L214 est certainement plus puissante financièrement [6] que bon nombre d’agriculteurs subissant directement ou indirectement les conséquences de ses attaques, et plus puissante encore que ceux-ci sur le plan de la communication d’influence (maîtrise des codes et espaces de diffusion…).
Mais l’habileté des opposants réside dans ce que l’ambiance dominante du monde des idées (universités, milieux littéraire et intellectuel) et de l’information (médias institutionnels ou sociaux) prépare le terrain aux attaques informationnelles en donnant l’illusion d’une asymétrie. Cette ambiance (le discours dominant) polarise les représentations de la façon suivante : les acteurs économiques (entreprises, organisations professionnelles) sont volontiers perçus comme dominants, forts, voire prompts à l’abus de pouvoir et organisés en « lobbies », crispés sur des intérêts particuliers. Les militants de certaines causes sont quant à eux perçus comme des bénévoles dévoués à un intérêt général bafoué par les puissants, souvent héroïques même lorsqu’ils franchissent la barrière de l’illégalité.

Dans un tel système de représentation le fort est quasiment toujours l’acteur économique, et le faible l’acteur de la société civile. L’asymétrie tient aussi au fait qu’une entreprise ou un acteur économique quelconque ne peut a priori pas user des mêmes arguments et méthodes que la société civile, il est « encombré par sa stature » tout comme le camp loyaliste sous la plume de Galula. Son rôle social le contraint à certaines exigences de respectabilité, de loyauté, de neutralité apparentes que les attaquants issus de la société civile n’ont pas à s’imposer. Les nouvelles formes d’activisme dites « radicales » jouent d’ailleurs de cette distorsion en recourant à des méthodes et des arguments toujours plus forts, violents et hors des rapports de force traditionnels (actions illégales violentes ou non, blocages…), donc hors d’atteinte des acteurs institutionnels qui demeurent tenus par les règles du jeu. La structure en « étoile de mer [7] » (starfish) de beaucoup de ces mouvements d’oppositions et la  formation spontanée de petites cellules d’oppositions ad hoc à chaque occasion particulière (nouveau projet, produit, acteur…) renforce également l’apparente asymétrie : il n’y a à première vue que des petits groupes d’activistes assez isolés et sans grands moyens. Mais cela dissimule bien souvent la capacité d’influence réelle de ces groupes, qui vient de la circulation de l’information au sein d’une sorte de réseau tacite ou informel agissant comme une caisse de résonance, constituée d’individus et de cellules répondant aux mêmes codes, adhérant aux mêmes  représentations, partageant un vocabulaire et une sensibilité commune qui s’auto-entretient de lutte en lutte et organise la distribution des forces militantes entre les différents points de contestation.

Dès lors, même si l’on peut considérer que les entreprises ou organisations professionnelles sont virtuellement plus puissantes que les activistes du fait de leurs capacités financières, relationnelles ou humaines, elles ne bénéficient pas de la même puissance de feu qu’un Etat faisant face à une insurrection. Un Etat a normalement une police, une armée, des moyens militaires concentrés et une administration. Dans le cas d’une attaque informationnelle société civileentreprise, le rapport de force est tout autre : les entreprises sont bien souvent désarmées et ne concentrent en tout cas pas de moyens supérieurs à la puissance de diffusion et de réaction d’un mouvement starfish. Par exemple, ce déséquilibre est criant sur les médias sociaux tels que Facebook : une opposition à un projet, une pétition quelconque peut surgir, l’opposition s’organiser et enfler dans un espace où la voix de l’entreprise ne porte absolument pas.

Si asymétrie il y a, elle est donc en faveur des attaquants en l’état actuel des choses. Le rapport pourrait s’inverser si un « arsenal » et une doctrine de communication d’influence étaient développés et entretenus par les entreprises, y compris sur des canaux où la communication ne peut être institutionnelle et conventionnelle (groupes divers sur les réseaux sociaux notamment). Une autre différence notable entre les deux situations est que s’il est certain que l’information joue un rôle essentiel pour (dé)favoriser une insurrection s’exprimant par la violence armée, un tel bouleversement de l’ordre établi bouscule aussi d’autres facteurs beaucoup plus concrets et matériels, à commencer par la survie, qui peut être très directement menacée. Autrement dit, ce n’est pas uniquement la propagande qui va porter le « coup psychologique » décisif pour faire basculer la population d’un côté ou de l’autre en situation insurrectionnelle. Tandis que les attaques informationnelles « pures », elles, jouent souvent uniquement sur le terrain des perceptions. Elles sont même parfois déconnectées des réalités tangibles : la population n’a que l’information ou le message diffusé pour se faire un avis. Dès lors, la manipulation, la tromperie, le mensonge sont beaucoup plus directement décisifs dans le cas des attaques informationnelles que dans celui d’une insurrection où la réalité pratique finit toujours par rattraper les représentations subjectives.

L’insurrection, in fine, se mate sur le terrain par le contrôle de la population. L’attaque informationnelle, au mieux, ouvre un débat « parole contre parole » qu’aucune réalité objective ne vient trancher de façon nette, incontestable et définitive. La doctrine du « bien faire et laisser dire » est donc parfaitement inappropriée. L’insurrection ou la contre-insurrection aboutit par le fait, tandis que l’influence s’épuise dans la perception des faits, la subjectivité, pour s’achever par le renoncement de la victime à poursuivre son activité ou par une décision tierce (par exemple un changement de législation) déterminés par la pression exercée.

De la guerre psychologique à l'Intelligence économique : l'apport de la contre-insurrection

La propagande de contre-insurrection selon Galula : quelles leçons pour la contre influence ?

Le manuel de David Galula présente étape par étape la progression de la contre-insurrection et livre la substance de la propagande qu’il faut destiner aux forces loyalistes, aux insurgés et à la population. Son propos structuré sur la propagande se limite toutefois aux 4 premières des 8 étapes de la contre-insurrection. Ces 4 étapes sont celles qui opèrent le passage d’une situation initiale de péril pour l’ordre établi (la situation insurrectionnelle) à une situation pacifiée où l’organisation insurgée est détruite. Les 4 étapes suivantes sont donc vouées à pérenniser le retour à la paix, à accompagner la résolution de la crise. On peut résumer ainsi son propos sur la propagande à mener durant les 4 premières étapes :
A. La nécessité du contact

La première leçon qu’il faut en tirer est que la contre-insurrection se joue sur le terrain de jeu de l’insurrection, c’est-à-dire au sein de la population civile dans laquelle les insurgés se fondent. En d’autres termes, il est nécessaire d’aller au contact, de « descendre au niveau » de l’insurrection pour la combattre. Cette nécessité implique quelques adaptations de la part des forces armées qui doivent donc ajuster méthodes, attitudes et matériels aux spécificités de la situation. Concernant les attaques informationnelles, on peut estimer que l’exigence est la même : les entreprises et institutions attaquées par la société civile le sont généralement via des espaces qu’elles n’occupent pas, où elles ne se rendent pas présentes et visibles, où elles n’existent pas et laissent donc tout le loisir aux  activistes de mener leur combat. Et pour cause, ce sont des terrains où la communication institutionnelle, la communication « du temps de paix » n’a pas sa place.

Pourtant, une méthode de communication sensible est le parallélisme des canaux : une attaque formulée sur un canal donné doit faire l’objet d’une réponse sur ce même canal. Ainsi le risque d’extension de la conflictualité à d’autres canaux est réduit (sectorisation). On peut donc considérer que les entreprises sujettes à ce type d’attaques devraient, au moins en prévision de crises éventuelles (et donc, par la même occasion, à des fins de renseignement), se rendre présentes sur le terrain informationnel de l’adversaire (réseaux sociaux, listes de diffusion et d’échanges…) pour pouvoir le combattre le cas échéant.

Cette présence parmi la population est d’ailleurs une clé de résolution du conflit. Car rappelons que l’insurrection se fonde sur une cause séduisante dans l’objectif de créer une forte volonté de rupture avec l’ordre établi au sein de la population. Or il est d’abord possible que cette cause séduisante soit manipulatoire : si elle se fonde sur des informations erronées ou manipulées, il peut être bon de couper l’herbe sous le pied de l’attaquant en démontrant la manipulation. Si en revanche une attaque informationnelle prospère sur des éléments objectifs (disparition de certaines espèces…) et/ou affectifs (violences infligées aux animaux…), la contre-attaque est moins aisée, tout comme la résolution des problèmes socio-politiques favorables à une insurrection.

Néanmoins, il existe toujours des arguments et des justifications valables qui, si elles sont portées et assumées, peuvent éviter à une opposition en voie de formation de se radicaliser et de s’enkyster et pacifier le terrain, éviter qu’il ne devienne trop favorable à une attaque. Le lien avec la population dès avant l’éclatement de la situation conflictuelle permet à la fois de renseigner, de priver les opposants du monopole de la parole et de la diffusion de l’information, et de s’exposer auprès de la population donc, potentiellement, de se rendre « humain » voire sympathique. Car la pratique montre que plus l’ennemi semble lointain et intouchable, plus les offensives sont brutales.
B. Concentrer les efforts sur l’attaquant à l’exclusion de la population

En revanche, lorsque le premier coup de semonce est parti, Galula perçoit très justement qu’il ne faut pas prendre la population à parti ni à témoin. Car l’insurgé a l’avantage psychologique : son attaque repose sur un terrain favorable et une cause suffisamment séduisante pour engager une rupture avec l’ordre établi. Autrement dit, même si la population est neutre en apparence, il est probable qu’elle partage au moins partiellement (et secrètement) le sentiment qui a présidé à la décision de déclencher des hostilités.

Le premier temps de la situation conflictuelle appelle donc une contre-offensive dirigée exclusivement contre les insurgés/attaquants, qui limite au maximum les dommages collatéraux parmi la population afin de ne pas risquer de la faire basculer du côté insurgé. Dans une contre-offensive informationnelle, cela signifie par exemple ménager la sensibilité de la population en ne répondant aux insurgés que sur la forme de leurs attaques, par exemple si celles-ci sont particulièrement violentes voire injurieuses, manipulatoires ou diffamatoires (le cas échéant, on peut d’ailleurs judiciariser ces faits). Souvent, la population peut partager un sentiment commun avec les attaquants/insurgés mais ne pas partager une partie de son discours, de ses méthodes ou de ses motivations.

L’exemple des black blocks est à ce titre particulièrement frappant : au cours d’une manifestation, les participants peuvent partager un même  sentiment de colère et une même aspiration au changement radical mais une partie d’entre eux, voire une majorité, s’inscrit toujours en faux quant aux méthodes des activistes en noir [8]. L’enjeu du contre-attaquant est donc de briser les forces insurgées/attaquantes actives sans heurter la majorité silencieuse, potentiellement supportrice en secret de la cause insurgée. Pour cela, il peut pousser l’attaquant à la faute, par exemple en fournissant un travail de renseignement pointu qui lui permet de discriminer très précisément ce que la population ne soutient pas dans la cause insurgée, et en le poussant à agir dans cette direction impopulaire.
C. Recréer les liens rompus avec la population

Reconquérir la population ne se fera que petit à petit, en maintenant le contact et en tissant des liens d’intérêt avec elle. Une fois l’insurrection affaiblie, il faut consolider et éviter qu’elle ne resurgisse. Sur le plan informationnel, cet affaiblissement de la cause des attaquants peut passer par une « chasse » : si l’attaquant se sent encerclé dans un espace donné (par exemple un groupe Facebook), il va le quitter et, éventuellement, se replier vers un autre groupe plus restreint. L’objectif pourrait alors être d’asphyxier l’opposition en l’obligeant à se replier dans un espace tellement confiné qu’elle ne diffuse plus sa cause qu’auprès de quelques « vieux-croyants » déjà convaincus [9].

L’espace ainsi « nettoyé » devient donc le terrain de jeu des forces loyalistes. Mais Galula  insiste sur la nécessité de jouer la réversibilité auprès de la population : les coups portés à l’insurrection ne suffisent pas à résoudre la situation qui demeure précaire et dangereuse, la population pouvant d’un instant à l’autre basculer dans l’insurrection. C’est pourquoi Galula recommande une présence loyaliste qui ne soit pas prosélyte. Les loyalistes ne cherchent pas à convaincre du bienfondé de leur action ou de leur légitimité. Ils se contentent d’être, ils font acte de présence et se rendent utiles à la population, ce qui ne signifie pas qu’il ne faut pas travailler à résoudre les problèmes profonds qui ont suscité l’insurrection.

Mais ils ne s’adressent pas tant aux sentiments profonds de la population (sinon celui de sécurité, que leur présence garantit) qu’ils ne cherchent à satisfaire ses intérêts, à répondre à ses enjeux particuliers. Resserrer les liens passe d’abord par la redécouverte du besoin : j’ai besoin du camp loyaliste qui m’assiste dans ma vie quotidienne, m’apporte certains biens et services, me protège. La redécouverte du lien social pacifié (par la discussion, à l’exclusion des sujets politiques et polémiques, par le jeu, etc.) est aussi fondamental après une période de conflit ouvert où, nature clandestine de l’insurrection oblige, la suspicion mutuelle et permanente à l’égard de tout un chacun est de mise. Puis très progressivement, avec le tact suffisant pour ne pas donner le sentiment de manipuler les consciences, on peut influencer  positivement.

C’est par exemple ce que font certaines organisations étudiantes militantes (syndicats ou autres) en organisant des « réunions d’information » sur des sujets d’actualité pouvant affecter la condition étudiante. Certes, ces réunions remplissent leur rôle de diffusion d’information, mais par la même occasion elles exposent les participants à une « ambiance » militante, à des biais de perception, un vocabulaire particulier et  choisi qui, si l’illusion de légitimité voire d’objectivité est assurée, va satisfaire leurs enjeux (être informés et défendre leurs droits) et influencer les participants dans un sens donné.

De la guerre psychologique à l'Intelligence économique : l'apport de la contre-insurrection

Conclusion récapitulative

La principale différence entre situations d’insurrection et d’attaque informationnelle réside dans l’asymétrie propre à chacun des deux types de conflits. L’insurrection, et par extension la guerre révolutionnaire (contre-insurrection) est une guerre asymétrique où le « fort » est généralement le camp loyaliste. Dans les situations d’attaque informationnelle, en dépit des représentations collectives, les entreprises et autres acteurs « institutionnels » sont encore largement « sous-armés » pour la guerre de l’information contre la société civile, dans des espaces où la communication institutionnelle est impossible. Le premier enseignement de cette étude porte donc sur la nécessité de créer ou de se saisir des armes nécessaires pour mener cette guerre, tout comme les forces armées se sont dotées des armes, méthodes et doctrines spécifiques à la contre-insurrection (actions clandestines, de guerre en ville…). Des modalités de « rattrapage symétrique » existent, notamment le fonctionnement en war room (social room du temps de crise) et la possibilité, par l’embauche de communicants ou le recours à des prestataires spécialisés, de multiplier les actes de présence et d’influence sur les réseaux sociaux notamment, y compris sous des formes non-institutionnelles. Pour ce qui est de la doctrine d’action, nous pouvons tirer de cette étude des enseignements plus clairs, résumés dans le tableau ci-dessous.
Retenons enfin que si la comparaison entre situations d’insurrection et d’attaque informationnelle émanant de la société civile fonctionne, elle n’est pas parfaite. La logique des opérations psychologiques prescrites par David Galula demeure néanmoins valable et transposable, car elle repose sur une subtile compréhension du rapport de forces. L’action concrète dans le domaine de la contre-influence et de la contre-attaque informationnelle devra trouver dans l’expérience les variables d’ajustement de ces principes pour parfaire l’approche proposée.

Valentin Fontan-Moret,
Consultant-Formateur en Intelligence économique

 
1 Voir « Guerre économique et guerre cognitive », Gagliano Giuseppe, juin 2016, cf2r.org
(https://cf2r.org/tribune/guerre-economique-et-guerre-cognitive/)

2 Voir « Le décryptage des encerclements cognitifs », Christian Harbulot, 27 mai 2019, epge.fr
(http://www.epge.fr/le-decryptage-des-encerclements-cognitifs/)

3 Que l’on peut aussi appeler « agents d’influence » quand leur fin n’est pas de s’opposer à un objectif particulier du décideur mais plutôt de l’influencer en faveur d’une idée, d’une représentation ou d’un autre acteur par exemple.
 
4 Le déclin du sentiment d’appartenance à une société, plus encore à une nation, fait partie des circonstances aggravantes de ce phénomène. Le « commun » cède progressivement le pas à une guerre latente de chacun contre tous, où seuls quelques milieux parviennent encore à former de petites communautés en marge de la « communauté nationale », et défendent leurs intérêts propres – parfois en revendiquant l’incarnation du « commun » alors qu’elles militent pour la marginalisation de certains acteurs de la société.
 
5 Selon le principe de la « fenêtre d’Overton », qui désigne l’étendue des discours acceptable dans une société donnée. Des stratégies pouvant être adoptées pour travailler à étendre ou restreindre cette fenêtre.

6 Voir notamment « L’association L214 est-elle financée par une fondation américaine », 27 juin 2019, Liberation.fr (https://www.liberation.fr/checknews/2019/06/27/l-association-l214-est-elle-financee-par-une-fondationamericaine_1736358)
 
7 Voir « Starfish et A.L.F : les modèles d’Al Qaïda ? », Eric Denécé, octobre 2016, cf2r.org (https://cf2r.org/reflexion/starfish-et-a-l-f-les-modeles-dal-qaida/)
 
8 Mais une situation de forte tension peut faire basculer cette partie de l’opinion a priori hostile à certaines méthodes d’actions et de contestation. Ainsi a-t-on vu, au pic du mouvement des Gilets jaunes, certains manifestants rompre avec l’idéal de manifestation pacifique qu’ils défendaient peut-être auparavant.

9 Mais il faut noter que cela a aussi des inconvénients : en poussant les attaquants à toujours plus de clandestinité, on complique le travail de renseignement. Cela peut aussi les conduire à choisir des modes d’action plus violents.

https://www.enderi.fr/De-la-guerre-psychologique-a-l-Intelligence-economique-l-apport-de-la-contre-insurrection_a606.html

Affaire Mila : un stress test pour la liberté d’expression ?

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FAIRE UN DONLIBERTÉS PUBLIQUES 13 FÉVRIER 2020

Affaire Mila : un stress test pour la liberté d’expression ?

Dans ce débat, chacun est sommé de prendre position, entre la liberté et la censure, entre la lâcheté et les Lumières de la raison. Coup de gueule.

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Par Benjamin Faucher.

L’affaire Mila s’est révélée être un véritable cas pratique de la liberté d’expression.

Rappelons les faits : une jeune fille, en réponse à un harcèlement violent et insistant, a fini par déclarer dans un langage fleuri sa haine de la religion islamique.

Elle ne cesse depuis lors de recevoir des insultes, des menaces de mort et de viols. Au pays de Voltaire, cinq ans après Charlie, on pourrait s’attendre à ce que toute la population fasse corps pour la défendre, et avec elle notre liberté d’expression si précieuse. Pourtant il n’en est rien.

Il faut dire que cette affaire pose la question de la liberté d’expression en poussant sa logique jusqu’au bout et appelle à clarifier les choses. Il est aisé de se dire en faveur de cette liberté lorsqu’on discute de la suppression de l’ISF ou de la météo. Mais lorsqu’on touche à une religion pratiquée par plusieurs millions de Français, les choses se gâtent.

UNE IDÉOLOGIE COMME UNE AUTRE

Pourtant, l’islam est une idéologie comme une autre (christianisme, écologisme, libéralisme, monétarisme…), c’est-à-dire un système de valeur basé sur des croyances inter-subjectives qui a une vocation normative. Pourquoi alors un tel traitement de faveur ? Certains invoquent le fait que s’en prendre à une religion heurte ceux qui la pratiquent. Un tel argument est totalement irrecevable.

Les libéraux devraient-ils crier à l’insulte quand certains vilipendent « l’ultra-libéralisme » ? Les communistes devraient-ils hurler à l’infamie si quelqu’un venait à dire « Marx, c’est de la m… ? ». Bien sûr que non.

Alors, pour la religion, c’est la même chose.

Certains avancent que la jeune fille aurait insulté la religion, à laquelle nous devons le respect. Il s’agit d’une confusion très grave entre ce qui relève de l’expression légitime, et de l’insulte. Celle-ci porte atteinte à l’intégrité morale ou menace l’intégrité physique des personnes. Une religion, une idée, ou Dieu, sont des idées, elles ne peuvent donc pas être insultées. Par conséquent, on ne leur doit aucun respect. Sinon, cela revient à reconnaître par définition le blasphème.

Contrairement à ce que veulent nous faire croire ceux qui veulent cacher leur lâcheté dans du juridisme, la limite n’est pas difficile à établir. Pouvoir dire « telle religion, c’est de la merde » est un droit fondamental, alors que « tels religieux sont des merdes » est un délit qu’il faut condamner fermement. Il suffit de savoir repérer le sujet dans une phrase. Normalement, c’est du niveau CE2.

LE SILENCE MÉDIATIQUE ET POLITIQUE

Le plus hallucinant reste quand même la réaction d’une grande partie de la classe politique et médiatique. Avec l’affaire Mila, c’est bas les masques.

La garde des Sceaux, voulant probablement appliquer un « en même temps » juridique n’a rien trouvé de mieux que de déclarer « l’insulte à la religion, c’est évidemment une atteinte à la liberté de conscience. C’est grave. »

Tant pis pour Voltaire.

Pire encore, le délégué général du CFCM Abdallah Zekri estime que «elle l’a cherché […] qui sème le vent récolte la tempête ».

Tant pis pour Charlie Hebdo.

Ségolène Royal quant à elle, se cache derrière le fait que la jeune Mila serait en pleine « crise d’adolescence ».

Tant pis pour Greta Thunberg.

Plus assourdissant que ces petites pirouettes intellectuelles minables est le silence, qui n’est pas sans rappeler celui qui avait fait suite aux menaces que subissait Charlie Hebdo pour ses caricatures du prophète, peu de temps avant les attentats. Où est la France Insoumise, elle qui a l’habitude de donner des leçons de républicanisme ? Où est le parti socialiste ?

Certes, Olivier Faure et Adrien Quatennens ont réagi il y a peu, mais deux semaines après la bataille, après que les journalistes les aient poursuivis dans les couloirs de l’Assemblée…

Où sont les associations LGBT, les féministes, les Guillaume Meurice et autres artistes engagés, pourtant si prompts à défendre la veuve et l’orphelin ? Il faut dire qu’il est plus facile de jouer les indignés en dénonçant la violence symbolique que représente un mail n’employant pas l’écriture inclusive que de défendre ceux qui subissent des vraies violences.

Où sont les apprentis révolutionnaires de l’UNEF ? Où sont les progressistes de la République En Marche ? Où sont passés les communistes, sans Dieu ni maître, normalement vaillants combattants de « l’opium du peuple » ?

Où sont les journaux qui se revendiquent de l’héritage de Jaurès ? Les InrocksTelerama semblent aux abonnés absents. La gauche actuelle a oublié ses racines et se déshonore.

VINGT ANNÉES DE RENONCEMENT

Cette jeune fille paie 20 années de renoncement et lâchetés sur la liberté d’expression. Elle est également victime du politiquement correct qui a construit une société du ressenti, où chacun peut exacerber sa sensibilité pour se victimiser et s’improviser censeur.

On accuse souvent les libéraux d’être des individualistes mesquins ne pensant qu’à eux. Rien n’est plus faux. Défendre la liberté, c’est s’attacher à ses principes, les défendre jusqu’au bout, même quand ils font mal. La liberté d’expression est entière ou n’est pas.

Entre le droit à l’irrévérence et le délit de blasphème, il n’y a pas de juste milieu. Dans ce débat, chacun est sommé de prendre position, entre la liberté et la censure, entre la lâcheté et les Lumières de la raison.

Les silencieux sont les fossoyeurs de nos libertés publiques.

https://www.contrepoints.org/2020/02/13/364217-affaire-mila-un-stress-test-pour-la-liberte-dexpression?utm_source=Newsletter+Contrepoints&utm_campaign=200284859b-Newsletter_auto_Mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_865f2d37b0-200284859b-114031913&mc_cid=200284859b&mc_eid=acae01963f

Syrie : la Turquie envahit Idleb, c’est du bluff, mais son défi sera relevé

Syrie : la Turquie envahit Idleb, c’est du bluff, mais son défi sera relevé


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama − Le 10 février 2020

Depuis notre  publication de la semaine dernière sur la campagne syrienne à Idleb, l’armée syrienne a fait des progrès importants.

Gouvernorat d’Idleb le 3 février 2020 Agrandir

Saraqib, Al Eis et des dizaines d’autres villes et villages ont été libérés. De grandes parties de l’autoroute M5 à Idleb sont désormais sous le contrôle du gouvernement syrien.

Gouvernorat d’Idleb le 10 février 2020 Agrandir

L’objectif de la campagne actuelle est de reprendre le contrôle de l’autoroute M5 entre Damas et la ville d’Alep et l’autoroute M4 entre Lattaquié et Alep. Ces autoroutes sont importantes pour la relance de l’économie syrienne.

C’était à l’origine la tâche de la Turquie de garantir la libre circulation civile sur les deux autoroutes. Le protocole d’accord de Sotchi entre la Turquie et la Russie, signé le 17 septembre 2018, prévoit :

3. Une zone démilitarisée d’une profondeur de 15 à 20 km sera créée dans la zone de désescalade.

4. Le passage spécifique des lignes délimitant la zone démilitarisée sera convenu lors de nouvelles consultations.

5. Tous les groupes terroristes radicaux seront retirés de la zone démilitarisée d’ici le 15 octobre 2018.

6. Tous les chars, artillerie, lance-roquettes multiples, et mortiers des parties au conflit seront retirés de la zone démilitarisée d’ici le 10 octobre 2018.

7. Les forces armées de la République de Turquie et la police militaire des forces armées de la Fédération de Russie effectueront des patrouilles et des contrôles coordonnés à l’aide de véhicules aériens sans pilote dans la zone démilitarisée.

8. Afin d’assurer la libre circulation des habitants et des marchandises, ainsi que le rétablissement des liens commerciaux et économiques, le trafic de transit le long des routes M4 (Alep-Lattaquié) et M5 (Alep-Hama) sera rétabli avant la fin de 2018.

Aucun de ces points n’a jamais été rempli par la Turquie.

Idleb est toujours sous le contrôle de Hayat Tahrir al Shams (HTS), aligné sur Al-Qaïda, qui a continué d’attaquer les positions du gouvernement syrien ainsi que des cibles civiles. HTS est internationalement reconnue comme une organisation terroriste, y compris par la Turquie. Mais la Turquie n’a rien fait pour l’éradiquer. Elle fournit plutôt à l’organisation des armes et d’autres fournitures.

La réaction du soi-disant Sultan turc Erdogan à la campagne de l’armée syrienne a été hystérique. Il a menacé à plusieurs reprises d’intervenir militairement si l’opération de l’armée syrienne ne s’arrêtait pas. Au cours des derniers jours, plus de 1 450 véhicules militaires turcs, dont des chars, de l’artillerie lourde et des véhicules blindés d’infanterie, ont envahi la zone d’Idleb détenue par les terroristes.

La Turquie dit que ce ne sont que des renforts pour ses «postes d’observateurs». Mais en réalité, ces forces sont configurées pour attaquer l’armée syrienne. Un groupe d’artillerie turc a tenté de prendre position sur l’ancienne base aérienne militaire syrienne Taftanaz, au nord de Saraqib. Plus tôt dans la journée, il a subi des tirs d’artillerie syrienne. Au moins six soldats turcs ont été tués et plusieurs blessés. Un hélicoptère turc a été autorisé à entrer pour évacuer les victimes.

Source : ISWnews – Agrandir – «Points d’observation» turcs et russes

L’armée turque a affirmé avoir riposté à l’attaque :

L'armée turque a répondu aux cibles fixées dans la région, selon le communiqué.
 
«La réponse nécessaire a été donnée, les cibles ont été détruites et le sang de nos martyrs n'a pas été laissé sur le terrain. Les développements sont suivis de près et les mesures nécessaires sont prises», a indiqué le communiqué.

Rien ne prouve que de telles représailles aient eu lieu.

La Turquie exige que l’armée syrienne se replie sur les lignes où sa campagne actuelle a commencé il y a des mois.

Ça n’arrivera pas.

Aujourd’hui, alors que l’armée turque s’est installée parmi les terroristes, HTS a envoyé deux véhicules suicides contre les lignes syriennes. On ne sait pas encore s’ils ont fait des victimes. Si l’armée turque veut être garde du corps de tels terroristes, elle sera traitée de manière appropriée.

Les forces aériennes russes et syriennes contrôlent l’espace aérien au-dessus d’Idleb. Des navires de guerre russes sont déployés près des côtes de la Syrie et sont prêts à lancer leurs missiles de croisière. La Russie peut renforcer sa force aérienne en Syrie dans les 24 heures. L’armée de l’air turque n’est pas en mesure de modifier cette situation.

Après la tentative de coup d’État de 2016 contre Erdogan, près des trois quarts des pilotes de l’armée de l’air turque ont été licenciés. L’état de maintenance des 240 avions de combat turcs F-16 est douteux. On estime que moins d’un quart d’entre eux sont prêts à voler. Les F-16 ne sont pas à la hauteur des avions Su-34 russes qui couvrent la Syrie. Ils n’ont pas non plus les capacités nécessaires pour surmonter les défenses aériennes russes. Ensuite, il y a aussi l’influence économique de la Russie sur la Turquie.

Au cours des derniers jours, des discussions intenses ont eu lieu entre la partie russe et la partie turque. Les Russes ne bougent pas. La Syrie libérera les deux autoroutes que la Turquie a promis d’ouvrir dans le cadre du protocole d’accord de Sotchi. Si l’armée turque essaie d’empêcher cela, elle sera bombardée jusqu’au paradis.

Erdogan ne peut pas risquer une guerre avec la Russie en Syrie. Il bluffe et son défi sera relevé.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/syrie-la-turquie-envahit-idleb-cest-du-bluff-mais-son-defi-sera-releve

LES ÉTATS-UNIS ET L'OTAN SE PRÉCIPITENT POUR AJOUTER DU CARBURANT AU FEU DU CONFLIT D'IDLIB

#TURKEYEditor’s choice 12.02.2020 – 2,999 vues    3 ( 2 voix)

LES ÉTATS-UNIS ET L’OTAN SE PRÉCIPITENT POUR AJOUTER DU CARBURANT AU FEU DU CONFLIT D’IDLIB

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L’establishment dirigé par Washington tente de saisir l’occasion et de pousser la Turquie plus loin dans les tensions d’Idlib et de l’encourager à mener des actions agressives dans la région.

Malgré les différences de conduite et d’objectif final, l’effort diplomatique Turquie-Russie-Iran sur le conflit syrien est l’exemple le plus réussi, et il est compréhensible que Washington et Cie tentent de le décomposer.

Le 11 février, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a exprimé ses condoléances à la Turquie pour les troupes décédées alors qu’elles aidaient des militants à Idlib.

Il a exprimé son soutien à Ankara et a déclaré qu’il avait envoyé le Représentant spécial américain pour l’engagement syrien et l’Envoyé spécial pour la Coalition mondiale pour vaincre Daesh James Jeffrey afin de coordonner les mesures pour répondre aux mouvements de l’armée arabe syrienne.Secretary Pompeo@SecPompeo

My condolences to the families of the soldiers killed in yesterday’s attack in Idlib. The ongoing assaults by the Assad regime and Russia must stop. I’ve sent Jim Jeffrey to Ankara to coordinate steps to respond to this destabilizing attack. We stand by our NATO Ally #Turkey.10,4 kInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité3 636 personnes parlent à ce sujet

« À Ankara, l’ambassadeur Jeffrey rencontrera de hauts responsables turcs pour discuter de questions d’intérêt commun, notamment l’offensive militaire du régime d’Assad à Idlib, la situation actuelle dans le nord-est de la Syrie, la mise en œuvre de la RCSNU 2254 sur la résolution du conflit syrien, et les efforts continus de la Coalition pour assurer une défaite durable de l’Etat islamique en Syrie et en Irak. »

La Conférence de Munich sur la sécurité aura lieu le 13 février, et Jeffrey y assistera, elle est sûre de fournir un aperçu supplémentaire de ce qui pourrait se passer à Idlib.

L’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du département du Trésor américain a officiellement publié une demande de levée des sanctions économiques contre les ministères turcs de la défense et de l’énergie.

Les sanctions ont été imposées dans le cadre de l’opération «Printemps de la paix» dans le nord-est de la Syrie, que la Turquie a commencé à exécuter contre les Forces démocratiques syriennes kurdes (SDF).

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a également accusé l’armée arabe syrienne et les troupes russes qui la soutiennent d’attaquer des civils et a ainsi indirectement exprimé son soutien aux activités de la Turquie en faveur des militants.

«Je suis très préoccupé par la situation à Idlib, car nous avons vu d’horribles attaques contre des civils. Nous avons vu, encore une fois, que des centaines de milliers de personnes ont été forcées de fuir. Et nous avons vu des bombardements aveugles de cibles civiles également. Et nous condamnons cela, car nous condamnons les attaques aveugles contre, également, des cibles civiles.

Et par conséquent, nous appelons Assad et la Russie, parce que la Russie apporte son soutien au régime Assad, à mettre fin à ces attaques, à respecter le droit international et à soutenir pleinement les efforts des Nations Unies pour essayer de trouver une solution pacifique.

C’est urgent, car les gens souffrent aujourd’hui, en ce moment même. Et des centaines de milliers de personnes sont de nouveau forcées de fuir. Et par conséquent, le régime soutenu par la Russie, le régime Assad, doit arrêter ce massacre, cette horrible attaque de personnes innocentes à Idlib. Et je m’attends, bien sûr, à ce que ce soit une question que les ministres alliés soulèveront lors de la réunion ministérielle. »

Le ministre turc de la Défense Hulusi Akar participe à une réunion des ministres de la Défense de l’OTAN à Bruxelles les 12 et 13 février, et il doit discuter de la situation en Syrie et demander le soutien de l’OTAN.

La Turquie prévoit également de repousser l’armée arabe syrienne de ses postes d’observation à Idlib d’ici fin février.ANADOLU AGENCY (ENG)@anadoluagency

#BREAKING – Turkey determined to push back Syrian regime forces by February end from its observation posts as agreed in Sochi agreement: President Erdogan14Informations sur les Publicités Twitter et confidentialitéVoir les autres Tweets de ANADOLU AGENCY (ENG)

La situation est dans une impasse, et actuellement aucun effort turc et militant ne réussit à regagner du terrain.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a promis que la Turquie attaquerait les troupes de l’armée arabe syrienne n’importe où si les troupes turques étaient à nouveau attaquées.

«Si des dommages surviennent à nos soldats dans les postes d’observation [à Idlib] ou n’importe où [en Syrie], je déclare à partir de là que nous frapperons les forces du régime partout, indépendamment de l’accord de Sotchi», a-t-il déclaré.

Pour repousser les forces syriennes, la Turquie « fera tout ce qui est nécessaire par voie terrestre et aérienne sans hésitation », a ajouté Erdogan.TRT World@trtworld · 

#BREAKING: If our soldiers are harmed in any way, whether they are at the observation points or somewhere else, as of today I am declaring we will not be limited to just Idlib or Sochi borders, we will target regime forces everywhere and anywhere – President Erdogan

Vidéo intégrée

TRT World@trtworld

« Will do whatever is necessary on ground and air without hesitation, stalling or waiting for the results of endless meetings … We have strengthened our military power in Idlib. We will not tolerate those enabling the regime to attack Syria. »

Turkey’s President Erdogan

Vidéo intégrée

86Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité54 personnes parlent à ce sujet

Ce qui signifie que la Turquie commencerait une action offensive n’importe où en Syrie, et pas seulement à Idlib contre l’AAS.

À l’initiative de la Turquie, Erdogan a appelé le président russe Vladimir Poutine par téléphone le 12 février.

La discussion a porté sur divers aspects du règlement de la crise syrienne, principalement dans le contexte de l’aggravation de la situation dans la zone de désescalade d’Idlib.

L’importance de la pleine mise en œuvre des accords russo-turcs existants, y compris le mémorandum de Sotchi du 17 septembre 2018, a été notée. À ces fins, il a été convenu de mener des contacts supplémentaires par le biais des départements concernés.

Pendant ce temps, les fournisseurs turcs se sont plaints des difficultés à envoyer des tomates en Russie, a déclaré Ahmet Hamdi Gyrdogan, chef de l’Union des exportateurs de la mer Noire orientale.

Cela est notable, car l’une des sanctions imposées par la Russie à la Turquie lors de la chute du Su-24 russe en 2015 était liée aux tomates et elles constituent une grande partie du commerce agricole Ankara-Moscou.

«Nous sommes prêts à fournir nos produits à la Russie au lieu des Chinois, qu’elle a maintenant abandonnés à cause du coronavirus. Cependant, malheureusement, notre amitié historique avec la Russie en raison des événements en Syrie, et en particulier à Idlib, est sous une grande pression, les relations se détériorent. Maintenant, nous ne pouvons pas envoyer de tomates en Russie: ils disent que le quota est terminé. <…> J’espère que les dirigeants de la Russie et de la Turquie pourront agir sur la base du bon sens », a déclaré une source de RIA .

Selon lui, les exportateurs ont demandé un contingent supplémentaire à la partie russe, mais jusqu’à présent aucune réponse n’a été reçue, et les marchandises livrées sont retournées.

Ainsi, il apparaît qu’une certaine pression de la Russie à l’égard de la Turquie devient apparente, mais des discussions sont également en cours.

Il est peu probable que la Turquie reçoive un soutien militaire réel de la part des États-Unis, ou de l’OTAN d’ailleurs. Mais des proclamations de soutien et divers «avantages» – tels que la levée des sanctions, seraient fournis, afin de l’encourager à mener son opération contre l’armée arabe syrienne et le soutien russe qu’elle reçoit.

Étant donné que l’opération pourrait potentiellement évoluer vers la rupture du trio actuel Moscou-Ankara-Téhéran sur la Syrie, et l’amélioration des relations entre la Turquie et la Russie en particulier.

Quoi qu’il en soit, malgré la rhétorique diplomatique et le soutien creux fourni par les États-Unis et l’OTAN, les discussions entre Ankara et Moscou sont en cours et le temps nous dira si cette tentative de rompre les relations aboutira à un succès quelconque.

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Ébullition à Idlib

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11 Février 2020

Ca chauffe… Alors que les loyalistes n’en reviennent peut-être pas encore tout à fait de pouvoir enfin reprendre leur dû et que les Russes ont enfin haussé le ton vis-à-vis des Turcs, le sultan doit se demander dans quelle galère il s’est embarqué. Comme le résume un bon observateur, la journée fut « trépidante » en Syrie :

  • prise de possession totale de la M5 jusqu’à Alep
  • hélicoptère syrien abattu par les Turco-barbus
  • position turque à nouveau bombardée, près de Qaminas
  • attaque barbue sur Nayrab qui se termine en fiasco
  • bombardements russes sur Idlib

N’en jetez plus !

La M5 est donc dans la poche, même s’il reste à la sécuriser et à créer une zone tampon autour d’elle. L’imMonde en fait une jaunisse

Cette autoroute, qui échappait aux loyalistes depuis huit longues années, a une histoire très spéciale. On se rappelle que c’est dans cette zone que, en août 2016, une mêlée acharnée avait eu lieu :

Combats absolument féroces à Alep ! Les loyalistes avancent lentement, sûrement, lentement encore, tandis que les djihadistes, qui à défaut d’être modérés ont un talent militaire certain, se défendent avec l’énergie du désespoir.

Depuis que la seule voie de communication, la fameuse route Al Castello, passant par le nord-ouest est bloquée, les « rebelles » se lancent vague après vague contre les positions assez fines de l’armée au sud de la ville :

Et c’est sanglant… Des centaines de djihadistes ont été tués, près d’un millier selon le ministère russe de la Défense, dont une trentaine de commandants. Côté gouvernemental, les pertes sont moins importantes mais tout de même conséquentes, sans que l’on puisse établir un chiffre précis. On se bat rue par rue, bâtiment par bâtiment tandis que l’aviation russe bombarde sans répit. Au prix de combats acharnés, l’armée syrienne a repris les quelques positions perdues ces derniers jours au sud de la ville, ce qui semble porter un coup au moral des takfiris, condamnés à tout recommencer.

Car s’ils n’arrivent pas à percer l’encerclement au sud, c’en est fini de leur présence à Alep. Au nord, la poigne loyaliste se referme inexorablement et l’armée avance même dans le camp d’Handarat. La route Castello est maintenant occupée sur des kilomètres et les incessantes attaques djihadistes fin juillet s’y sont toutes cassé les dents (avec des centaines de morts laissés sur le terrain). C’est désormais le sud ou la défaite.

Que de chemin parcouru depuis…

Après avoir établi un périmètre autour de cette route stratégique, dans quelle direction les loyalistes iront-ils pousser la chansonnette ? Du côté de la plaine d’Anadan (1) afin de sécuriser Alep de manière définitive ? En direction de la M4, autre autoroute stratégique (2) qui relie Alep à Lattaquié, comme le suggère une source au sein de l’armée ? Certains parlent même de couper la voie d’approvisionnement entre Idlib et la Turquie (3).

C’est là qu’entre en compte le jeu des puissances. Erdogan passe son temps à chouiner depuis le début de l’opération, mais ce qui fonctionne habituellement avec les euronouilles semble tomber dans l’oreille d’un sourd du côté russe. Plusieurs fois embobiné par l’évidente mauvaise foi turque qui n’a respecté aucun des engagements pris lors des cessez-le-feu précédents, l’ours a dû se dire que cette fois, il y en avait plus qu’assez. Quant aux Syriens, ils viennent une nouvelle fois de bombarder un poste turc !

https://youtu.be/JN1MowUzRNY

A peine le sultan, qui prononcera demain un discours annoncé important sur la Syrie, a-t-il le temps d’avertir Damas que ses soldats sont à nouveau matraqués. Deux, et peut-être même trois fois en deux jours, qui dit mieux ? Ankara ne sait plus comment prendre la chose et alterne menaces et demandes éperdues (s’il vous plaît, dites à vos alliés syriens d’arrêter de bombarder nos postes). Le Kremlin répond placidement : « Faites en sorte que toute attaque contre les forces russes ou syriennes cessent ». Dialogue de sourd pendant que les Sukhois vaporisent les barbus…Tag(s) : #Moyen-Orient

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/02/ebullition-a-idlib.html

Dernières nouvelles des stream

Dernières nouvelles des stream

10 Février 2020

Alors que l’armée syrienne est sur le point de remettre intégralement la main sur l’artère vitale reliant Damas à Alep et que cinq soldats turcs auraient à nouveau été tués, il se passe des choses tout aussi importantes dans le Grand jeu énergético-eurasien. Les Chroniques n’ayant pas abordé le sujet depuis décembre, un petit point de la situation n’est peut-être pas inutile sur les gigantesques tubes qui intègrent le continent-monde…

Le fidèle lecteur sait à quel point la connexion énergétique entre le Heartland et le Rimland fait s’arracher les cheveux des stratèges américains et les dernières nouvelles ne sont guère faites pour les rassurer. Dans le grand match gazier entre l’ours et l’empire, le premier a déjà planté deux essais dans l’en-but et un troisième est dans la balance, analysé par l’arbitre vidéo.

Inauguré en janvier, le Turk Stream (2) a fêté son premier milliard de m3 de gaz (dont une moitié vers la Turquie, l’autre vers la frontière bulgare, c’est-à-dire vers les Balkans). C’est évidemment cette extension vers l’Europe qui cristallise toutes les rancœurs impériales et l’on se rappelle qu’en son temps, McCainistan avait réussi à torpiller le monumental South Stream russe, justement en allant de balader du côté de Sofia.PUBLICITÉ

Depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts et les Bulgares ont amèrement regretté d’avoir succombé aux pressions US comme nous l’expliquions il y a un an et demi :

La victoire présidentielle du russophile Ramen Radev en 2016 a sans doute quelque chose à y voir. Cependant, même le Premier ministre Boyko Borissov, pourtant bon petit soldat de la clique atlantiste et qui a saboté le South Stream contre les intérêts de son pays, semble ne plus savoir quoi faire pour rattraper sa trahison.

Il s’était publiquement humilié fin mai en présentant ses excuses à Poutine lors d’une visite à Moscou et, depuis, mendie la possibilité de recevoir une branche du Turk Stream. Peu rancunier, car grand gagnant en fin de compte, le Kremlin considère sérieusement la possibilité, même si rien n’a été signé encore. Dans ce contexte, une portion de gazoduc d’une vingtaine de kilomètres, commencée en juin, vient d’être inaugurée à la frontière turco-bulgare. Objectif évident : raccorder la Bulgarie au Turk Stream.

Non seulement c’est fait, mais la Serbie voisine, très impatiente, propose même d’aider Sofia à accélérer les travaux !

Inauguré un mois avant le Turk Stream, le pharaonique Sila Sibirii (3), bien connu de nos lecteurs, commence gentiment à alimenter le dragon. Cette jonction entre les deux géants eurasiatiques est un tel crève-cœur pour l’empire que l’on assiste à des scènes ubuesques jusqu’à… Oslo. Dans un grand exercice de délire collectif, les services de renseignement de la Norvège, membre de l’OTAN faut-il rappeler, viennent en effet de placer la Chine et la Russie sur la liste des principales menaces pour le placide pays scandinave, citant notamment le gazoduc ourdi par les deux vilains. Quand le péril jaune menace les fjords…

A Moscou, on s’amuserait presque de ces pitreries si les nouvelles de la Baltique n’étaient venues partiellement assombrir le tableau. Alors que le Danemark avait, après un feuilleton digne d’une télénovela brésilienne, fini par donner son accord à l’achèvement du Nord Stream II (1), les sanctions du Congrès américain ont poussé vers la sortie la compagnie suisse de pose de tubes Allseas, abandonnant en rase campagne le chantier déjà réalisé à 94%. Il ne manquait plus que 80 km, soit environ… deux semaines de travail !

Si d’aucuns auraient souhaité que Gazprom poursuive en justice l’entreprise suisse pour rupture abusive de contrat, Poutine puis le ministère russe de l’Energie ont assuré que le projet serait terminé, mais avec un retard d’un an :

Le chantier étant gelé, Gazprom doit désormais avoir recours à ses propres équipements, beaucoup moins performants. Une mission a priori réaliste car la fin du chantier n’est plus en eaux profondes. Un premier bateau, le Fortuna, pourrait déjà être à l’oeuvre dans les eaux allemandes. Mais sa capacité est de seulement 3 kilomètres de tuyaux posés par jour. Et il n’est pas autorisé à fonctionner dans les eaux danoises où demeure l’essentiel du chantier à achever. 

Gazprom, qui n’a pas précisé l’ampleur des surcoûts provoqués par ces changements, dispose d’un autre navire de construction, l’Akademik Tchersky. Mais celui-ci serait pris pour le moment sur un autre chantier près de… Vladivostok, à l’autre bout de la Russie. Son transfert prendra plusieurs mois. Selon l’agence russe Interfax, il est en fait en cours de reconstruction pour modernisation. D’où les multiples délais et donc un retard final d’au moins un an pour ce projet qui, sans les nouvelles sanctions américaines, devait être terminé tout début janvier, avec une mise en exploitation prévue dès ce printemps. 

A défaut de pouvoir empêcher durablement les pipelines russes de gagner le Rimland, la thalassocratie fait tout pour en retarder l’échéance. Une lutte à mort dont dépend sa survie en tant que superpuissance…Tag(s) : #Gaz#Russie#Etats-Unis

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Revue de presse nationale et internationale.

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