La restitution des œuvres d’art à l’Afrique en débat au Monde Festival

La restitution des œuvres d’art à l’Afrique en débat au Monde Festival

Des experts étaient réunis, samedi 5 octobre, au Théâtre des Bouffes du Nord pour confronter leurs points de vue sur la décision prise par Emmanuel Macron.

Par Sylvie Kerviel  Publié le 05 octobre 2019 à 17h28, mis à jour hier à 15h10

Temps deLecture 3 min.

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Le Monde Festival, au Théâtre des Bouffes à Paris, le samedi 5 octobre. Au menu des discussions : le dilemme de la restitution des oeuvres d'art. De gauche à droite : Didier Claes, Marie-Cécile Zinsou, Maryline Beaumard, Didier Rykner, Samuel Sidibé.
Le Monde Festival, au Théâtre des Bouffes à Paris, le samedi 5 octobre. Au menu des discussions : le dilemme de la restitution des oeuvres d’art. De gauche à droite : Didier Claes, Marie-Cécile Zinsou, Maryline Beaumard, Didier Rykner, Samuel Sidibé. Laurent Van der Stockt pour Le Monde

Pourquoi et comment restituer aux pays africains les œuvres d’art collectées ou pillées pendant les conquêtes coloniales et conservées dans les musées français ? Cette question agite le milieu de l’art depuis que le 28 novembre 2017, lors d’un discours à Ouagadougou (Burkina Faso), Emmanuel Macron avait déclaré : « Je veux que d’ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique. »Verbatim : Le discours de Ouagadougou d’Emmanuel Macron

Le sujetétait au cœur d’un débat organisé dans le cadre du Monde Festival, samedi 5 octobre. Orchestré par la journaliste Maryline Baumard, responsable du Monde Afrique, celui-ci a réuni, au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris, trois experts favorables aux restitutions – Marie-Cécile Zinsou, entrepreneuse franco béninoise, créatrice, à Cotonou, de la Fondation Zinsou consacrée à l’art contemporain, Samuel Sidibé, historien de l’art et archéologue, ancien directeur du Musée national du Mali à Bamako, et Didier Claes, chercheur au musée de Kinshasa, marchand d’art africain, galeriste à Bruxelles – et un opposé à cette hypothèse, Didier Rykner, qui dirige le journal numérique la Tribune de l’art.

Samuel Sidibé, historien de l’art et archéologue, ancien directeur du Musée national du Mali à Bamako, samedi 5 octobre au Monde Fesival.
Samuel Sidibé, historien de l’art et archéologue, ancien directeur du Musée national du Mali à Bamako, samedi 5 octobre au Monde Fesival. Laurent Van der Stockt pour Le Monde

Un point a fait l’unanimité : la nécessité pour les peuples africains d’avoir accès, chez eux, à leur art patrimonial, pour qu’ils puissent s’inscrire dans une histoire, une culture et une identité. « Une donnée fondamentale », a insisté d’emblée M. Sidibé, pour lequel, de ce point de vue, la question des restitutions est « incontestable ». « L’Afrique a été vidée de son patrimoine, parfois à 100 %, la réalité est là et, pour son identité, elle a besoin de récupérer ses œuvres », a poursuivi M. Claes.

Comme l’a rappelé Maryline Baumard en préambule, Emmanuel Macron le disait dans son discours de Ouagadougou : « Je ne peux pas accepter qu’une large part du patrimoine historique africain soit en France. » C’était alors la première fois qu’un président de la République française prenait position sur la question des œuvres africaines conservées dans les musées français depuis la colonisation.

« La France n’est pas venue sauver des œuvres, elle les a prises »

Une position à l’opposé de celle défendue jusqu’alors : les collections nationales sont inaliénables et aucune restitution n’est donc possible. Une mission fut confiée par l’Elysée à deux universitaires, Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, qui ont remis au président un rapport proposant de modifier le code du patrimoine pour favoriser les restitutions d’œuvres aux Etats subsahariens.

Deux ans après ces déclarations, il semble que rien n’ait vraiment bougé. Pourquoi ? « Le rapport est excessif, même les personnes favorables aux restitutions estiment que les rapporteurs sont allés trop loin », a avancé M. Rykner, qui défend l’idée d’une « circulation des œuvres » entre les musées plutôt que de procéder à des restitutions. Pour Mme Zinsou, il convient de construire un cadre juridique pour permettre le retour des œuvres et « ce temps-là n’est pas celui des réseaux sociaux ».Article réservé à nos abonnés Lire aussi  « La restitution annoncée de 26 objets au Bénin s’inscrit dans un processus de revendication aussi exemplaire que nécessaire »

Elle appelle à déplacer le regard du côté africain plutôt que de dire sur un ton affolé : « les musées français vont se vider ». Elle rappelle qu’en 2006, à Porto Novo, des œuvres béninoises venues du musée parisien du Quai Branly avaient été vues par 275 000 personnes en trois mois, « preuve d’un vif intérêt des populations pour leur art ». Et qu’au moment où les œuvres sont reparties pour la France, les gens n’ont pas compris. Mme Zinsou a vivement réagi à l’argument souvent avancé selon lequel les pillages effectués avaient protégé des pièces de la destruction : « la France n’est pas venue sauver des œuvres, elle les a prises », a -t-elle insisté, sous les applaudissements de la salle.

Didier Claes, chercheur au musée de Kinshasa, et Marie-Cécile Zinsou, entrepreneuse franco-béninoise, créatrice de la Fondation Zinsou consacrée à l’art contemporain, au Monde Festival, samedi 5 octobre.
Didier Claes, chercheur au musée de Kinshasa, et Marie-Cécile Zinsou, entrepreneuse franco-béninoise, créatrice de la Fondation Zinsou consacrée à l’art contemporain, au Monde Festival, samedi 5 octobre. Laurent Van der Stockt pour Le Monde

A la suite du rapport Savoy-Sarr, peu de pays ont fait la démarche de réclamer des œuvres, ont reconnu tous les intervenants, faute souvent d’avoir les structures pour les accueillir et les sécuriser. « Je salue d’ailleurs cette sagesse des pays africains », a souligné M.Claes qui fait confiance à ces Etats pour « prendre des initiatives, avec le temps ». « On n’a pas encore su créer un environnement pour permettre le processus de restitution, mais l’Afrique en a besoin », a ajouté M. Sidibé. M. Claes se félicitant que le discours d’Emmanuel Macron ait eu le grand mérite « de faire bouger les mentalités ».

https://www.lemonde.fr/festival/article/2019/10/05/la-restitution-des-uvres-d-art-a-l-afrique-en-debat-au-monde-festival_6014374_4415198.html

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