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Les banques centrales ne sont plus centrales

Les banques centrales ne sont plus centrales

Bourse (Crédits jam_90s, licence Creative Commons)

L’actuel retournement des conjonctures s’inscrit dans une dynamique de longue déflation de l’alimentation mondiale en liquidités.

Par Henri Lepage.

Les décisions annoncées au début du mois par Mario Draghi confirment la gravité du retournement de conjoncture qui vient de surprendre les autorités économiques et politiques. Elles n’ont rien vu venir (malgré l’apparition de signes avant-coureurs dès l’été). Elles sont incapables de l’expliquer.

Que faut-il en attendre ? Malheureusement rien. La machine est lancée et rien ne peut plus l’arrêter (au 15 mars, l’inversion des courbes de taux s’est encore aggravée). La seule chose dont on ne peut être sûr est l’ampleur du ralentissement. Y aura-t-il récession pour de bon ? On ne peut l’affirmer. Tout ce qui est certain est que le freinage sera sans doute plus brutal et marqué que lors du dernier creux conjoncturel enregistré en fin 2015/début 2016 (quasi-récession mais pas vraiment de récession aux USA).

LE MODÈLE DÉPASSÉ DES BANQUES CENTRALES

Ce que les banques centrales annoncent ne servira à rien, parce que notre environnement bancaire et monétaire ne fonctionne plus selon les modèles qui dictent leurs réactions aux chocs de conjoncture. Leurs dirigeants croient qu’il suffit de rouvrir aux banques le robinet de la monnaie banque centrale pour qu’elles se sentent rassurées sur leurs risques de liquidité, et que le mécanisme du multiplicateur de crédits se remette à fonctionner. Il y a déjà belle lurette en fait que ce mécanisme ne fonctionne plus.

Ce qui fait la loi aujourd’hui n’est plus la monnaie banque centrale mais les robinets de la liquidité internationale (eurodollars) qui dépendent de la manière dont les grandes banques internationales (Global banks) présentes sur le marché monétaire mondial (une vingtaine) gèrent le portefeuille d’activités qui détermine leur offre collective de quasi-monnaies.

Traditionnellement le métier de banquier consistait principalement à attirer des dépôts qui servaient ensuite à financer leurs portefeuilles de prêts et de crédits. Les risques de liquidité étaient assurés par la présence d’un marché monétaire interbancaire régulé par les interventions d’une banque centrale disposant d’un monopole national. Dans ce système, la rentabilité économique et financière des banques dépendait essentiellement des écarts de taux entre la rémunération obtenue pour leurs prêts et les coûts de refinancement déterminés par la politique de la banque centrale. C’est cet écart (centralement contrôlé) qui, via le mécanisme du multiplicateur, commandait in fine l’offre globale de monnaie du secteur. Ce modèle appartient désormais au passé.

Aujourd’hui la couverture des besoins en liquidité des banques commerciales se fait de plus en plus en s’adressant aux circuits de refinancement directement branchés sur l’eurodollar et alimentés par l’offre des Global banks (ce dont témoigne notamment le déclin du marché des Fed funds américains). Cette mutation a été le principal moteur de l’extraordinaire essor des marchés de l’eurodollar et du shadow banking pendant les années d’avant-crise. Elle s’analyse elle-même comme une conséquence du déclin de la rentabilité des activités bancaires traditionnelles provoqué par la politique de taux d’intérêt bas des banques centrales (suite d’ailleurs à une erreur de diagnostic macroéconomique).

UN MARCHÉ EN PLEIN BOULEVERSEMENT

Il en résulte que l’offre globale de monnaie est désormais commandée non plus par la simple hiérarchie des taux que contrôlent les banques centrales, chacune au niveau de son île économique nationale, mais par l’évolution des coûts et perspectives de rentabilité des activités de marché du petit nombre de banques systémiques présentes au niveau mondial. Dans le nouvel univers de l’économie et de la finance mondialisées celles-ci ont pris la place des banques centrales en tant que robinets ultimes de la création monétaire. Les banques centrales ne sont plus centrales.

En principe les activités de shadow banking échappent à la régulation des banques centrales. C’était le cas avant la crise 2007-2009. Ce ne l’est plus tout à fait depuis que les décisions et mesures réglementaires adoptées depuis cette date ont contraint les shadow banks – c’est-à-dire les établissements non bancaires se livrant néanmoins à des activités bancaires — soit à adopter elles-mêmes un statut de banque de plein exercice (comme la banque d’investissement Goldman Sachs), soit à rejoindre le giron d’un groupe bancaire intégré (comme ce fut le cas de Bear Stern, récupéré par Citibank).

Les activités de marché et de courtage constitutives de leur activité monétaire se trouvent donc désormais intégrées au bilan de grandes banques transnationales. À ce titre, elles se trouvent inclues dans le calcul des contraintes de ratios imposées à celles-ci par la banque centrale nationale dont relève leur siège social. C’est ainsi que les activités de la finance de l’ombre se trouvent rattrapées par la course au renforcement des contraintes réglementaires, et voient leur rentabilité diminuer.

La réaction des banques systémiques est la même que celle de tout entrepreneur confronté à un déclin séculaire de sa profitabilité : faire des économies, sabrer dans les coûts, et redéployer son portefeuille d’activités.

Compte tenu des cibles de la réglementation, les premières victimes désignées sont les activités les plus coûteuses en termes de mobilisation de capacités de bilan. C’est à dire précisément les activités de courtage et de marché qui contribuent directement à l’output monétaire du secteur (titrisation, dérivés et autres produits exotiques), dont elles se retirent progressivement. Ce retrait se poursuit d’autant plus que, en outre, la succession des stop and go conjoncturels convainc leurs dirigeants de l’impossible efficacité des politiques de relance non conventionnelles dont elles sont aux premières lignes pour mesurer l’absence de résultats effectifs.

LES ROBINETS RESTENT POURTANT OUVERTS

Contre toute évidence, les responsables des banques centrales continuent pourtant d’y croire. C’est ce que démontrent les récentes déclarations de Powell et de Draghi, ainsi que celles des autorités monétaires japonaises (qui s’accrochent à leurs QQEs). Leurs décisions de poursuivre ou de reprendre leurs interventions se heurteront au même obstacle qui explique l’inefficacité de leurs précédentes opérations. Ils s’imaginent qu’il n’y a qu’à ouvrir à toutes les banques le robinet des monnaies de base nationales pour contrer la dynamique récessive ; qu’il suffirait d’ajouter encore plus de milliards de liquidités aux milliers de milliards dont ils croient avoir inondé le monde avec leurs précédents QE, QQE, et LTRO pour que ce qui n’a jamais marché jusqu’à présent marche enfin.

Ils ne tiennent pas compte de ce que les banques commerciales se refinancent désormais sur le marché international de l’eurodollar et de la finance de marché, de préférence aux facilités de liquidité d’une banque centrale (comme les Fed funds américains), parce qu’elles y trouvent des produits de liquidité monétaires ou quasi-monétaires répondant à des caractéristiques de marché que ne leur apporte pas au même degré le recours aux instruments de refinancement traditionnels.

Ce qui est à l’origine du présent refroidissement économique sur l’ensemble de la planète, est fondamentalement la réduction de l’offre de ces Global banks (JP Morgan, Goldman Sachs, Citi, UBS, Paribas, Barclays, Deutschebank, etc…) dont l’activité sur les marchés de produits dérivés régule le débit du robinet mondial des liquidités. Or, depuis un an (plus précisément depuis septembre 2017) ce robinet est en train de se refermer de nouveau. Ce dont témoigne par exemple l’annonce que Goldman Sachs est une nouvelle fois en train de sabrer dans ses dépenses d’activité de marché et de courtage monétaire, après avoir procédé à une première purge en 2014.

Ce resserrement de l’alimentation mondiale en liquidités n’est pas nouveau. C’est un mouvement long amorcé par les événements de 2007/2008, un produit de la Grande Récession et de la grande peur déclenchée par l’implosion financière de l’automne 2008. Mais aussi un effet des coûts supplémentaires qu’entraîne le programme mondial d’alourdissement des contraintes prudentielles sur l’ensemble des activités bancaires particulièrement gourmandes en capacité bilantielle : c’est-à-dire, précisément, les activités de courtage et de marché qui concourent à la production de ces produits dérivés, dérivés de dérivés, et dérivés de dérivés de dérivés dont la plupart d’entre nous ignorons qu’ils sont la matière première qui sert d’input à la production de quasi-monnaies par le marché.

Il s’agit d’une tendance qui continuera de s’imposer tant que les autorités monétaires et financières ne se seront pas décidées à décréter une pause dans cet engrenage. Apparemment ce n’est pas encore pour demain. À cet égard, il existe sans aucun doute un lien entre le retournement économique en cours et le dernier gadget des réglementations prudentielles spécifiquement destiné aux plus grandes banques (dites systémiques) : le ratio de levier supplémentaire, assis sur le total du bilan, dont la mise en place était programmée à partir de 2015.

C’est une des raisons qui font que ce retrait de la finance de marché mondiale procède par bonds, par vagues successives qui donnent naissance à une succession de phases de stop and goaffectant la marche de l’économie réelle, d’une durée moyenne d’environ trois années (si l’on prend pour base l’expérience des dix dernières années).

LE RALENTISSEMENT OU L’APOCALYPSE ?

Avec le refroidissement actuel, on en est au quatrième épisode depuis 2007. À chaque fois, on constate que cela correspond au moment où certaines des principales Global banks ont amorcé leur retrait du marché, ou du moins décidé d’y réduire fortement leurs activités : par exemple, JP Morgan dès 2008, Bank of America en 2011, Citibank en 2014, sans doute Deutschebank pour 2018.

Ce processus, si éloigné de ce qu’enseignent les manuels, échappe totalement à l’attention des experts en macroéconomie de nos banques centrales, pourtant bardés de diplômes. Sachant qu’ils sont par définition aveugles aux véritables causes de l’actuel refroidissement économique, il en résulte qu’il ne faut pas s’attendre à ce que leurs remèdes, sans rapport avec le problème, aient la moindre chance d’altérer le cours des événements.

Nous n’avons plus qu’à espérer que, comme pour les deux mini-cycles précédents (2011 et 2014), les choses se tasseront et que le robinet monétaire se remettra en marche jusqu’à l’épisode suivant, même si c’est pour reprendre encore une fois avec un débit qui va, à chaque fois, en s’amenuisant davantage.

Il nous reste à croiser les doigts pour qu’une quelconque erreur des autorités, ou même plusieurs (comme en 2008) ne déclenchent pas une nouvelle apocalypse financière.

Le pronostic le plus vraisemblable est que nous repartirons cahin-caha sur le même chemin poursuivi depuis dix ans — celui d’une seconde décennie de lente croissance affaiblie : croissance de tortue pour les Américains, croissance d’escargot tant pour les Européens que les Japonais (qui, eux, en seront à leur troisième décennie de quasi non croissance).

Nos dossiers spéciaux: Banque centrale Croissance Finance Planche à billetsQuantitative easinghttps://www.contrepoints.org/2019/03/19/339664-les-banques-centrales-ne-sont-plus-centrales

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Jean-Claude Trichet : “Nous sommes dans une situation pire que 2008 !”

Jean-Claude Trichet : “Nous sommes dans une situation pire que 2008 !”

BCE, banques européennes, ralentissement de l’économie mondiale : Jean-Claude Trichet, ancien président de la Banque Centrale Européenne réagit à l’actualité économique.

Source : Écorama du 11 mars 2019, présenté par David Jacquot sur boursorama.com

https://www.ndf.fr/politique/15-03-2019/jean-claude-trichet-nous-sommes-dans-une-situation-pire-que-2008/

Les banques centrales au service des Maîtres de l’Argent

Les banques centrales au service des Maîtres de l’Argent


Par Valentin Katasonov – Le 25 février 2019 – Source Fond Stratégique de la Culture

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À la pyramide des « maîtres de l’argent » – les actionnaires de la Réserve Fédérale Américaine – sont aujourd’hui branchées la plupart des Banques centrales du monde, y compris la Banque de Russie.

Je crois que les lecteurs qui connaissent mes livres se font une bonne idée de l’architecture du système financier international moderne. Il peut être représenté sous la forme d’une pyramide, au sommet de laquelle se trouve la Réserve fédérale américaine, une société privée de type fermé. La Réserve fédérale américaine a des actionnaires, que j’appelle les « maîtres de l’argent ». Ils sont les bénéficiaires du système financier mondial mis en place, et la Réserve fédérale américaine en est le centre de contrôle. Je ne décrirai pas la structure de la pyramide tout entière, mais je noterai qu’au-dessous du sommet de la pyramide, on trouve une institution telle que la Banque centrale européenne (BCE), et qu’au niveau inférieur à celui de la BCE, se trouvent les banques centrales de la zone euro, membres de la BCE. Actuellement, les membres de la BCE sont les  banques centrales de 19 pays européens. Y compris la Banque d’Italie, dont il sera question ci-dessous.


J’ajouterai qu’aujourd’hui la majorité des Banques centrales du monde, y compris la Banque de Russie, sont incluses dans la pyramide des « maîtres de l’argent ». Le contrôle des « maîtres de l’argent » sur les Banques centrales est très efficace car presque toutes ont le statut d’institutions « indépendantes » (indépendantes de leurs États). En dehors de cette pyramide, il n’y a que quelques rares Banques centrales, dont la plus grande est la Banque centrale de la République islamique d’Iran. En ce qui concerne la Banque populaire de Chine (Banque centrale de Chine), sa position dans le système financier mondial est particulière. Sans entrer dans les détails, je dirai que la BPC pour le moment est partiellement dépendante des « maîtres de l’argent ». La situation de la Banque centrale de Chine est instable et dangereuse (nous traiterons ailleurs de la BPC d’une manière ou d’une autre).

L’Argentine, la Hongrie, la Serbie sont en révolte contre les « maîtres de l’argent ».

En de nombreux pays, la pression exercée par les « maîtres de l’argent » par l’intermédiaire des Banques centrales qui leur sont subordonnées, devient très dure et insupportable. De temps à autre, certains États tentent de soustraire les Banques centrales situées sur leur territoire au contrôle des « maîtres de l’argent », et de les placer sous le contrôle des autorités nationales. Ces tentatives sont rares, on peut les compter sur les doigts d’une main. Il y a environ dix ans, la Présidente de l’Argentine de l’époque, Christina Kirchner, a tenté de prélever environ 1/7 des réserves de change de la Banque centrale (6,6 milliards de dollars) pour payer la dette publique extérieure. C’est ce que la Banque centrale d’Argentine lui a catégoriquement refusé, et les « maîtres de l’argent » ont organisé dans les médias une campagne frénétique de harcèlement à l’encontre d’une femme courageuse. L’affaire ne s’est pas limitée à des attaques de la part des médias. Par décision du tribunal américain, les réserves de la Banque centrale d’Argentine furent gelées. Autre cas : en 2011, le Premier ministre Hongrois, Viktor Orban, avait tenté de faire adopter des amendements par le parlement du pays, annulant le statut « indépendant » de la Banque centrale, en la mettant sous le contrôle du gouvernement. Le hurlement universel a de nouveau retenti, organisé par les médias contrôlés par les « maîtres de l’argent ». Bruxelles a organisé une pression sans précédent sur Viktor Orban, qui a dû faire machine arrière, en retirant les amendements. Les déclarations du Premier ministre Hongrois après sa défaite sont caractéristiques : « La bande de bandits, qui a pris le pouvoir dans l’Union Européenne, s’occupe de la banale mise en esclavage de tous ceux qu’elle a réussi à leurrer ! En Hongrie, ils l’ont compris et tentent de s’échapper. Mais la mafia financière internationale tient fermement les Hongrois à la gorge … ». Et voici une autre déclaration de V. Orban à propos de l’histoire de cette époque : « La Hongrie a été traitée comme une colonie ».

En 2012, la petite Serbie a osé établir un contrôle de l’État sur la Banque centrale (également en modifiant la loi, abolissant son « indépendance »). Elle a été traitée de manière encore plus expéditive que la Hongrie. Quelques jours après l’adoption des amendements limitant « l’indépendance » de la Banque centrale de Serbie, les principales agences de notation ont abaissé la cote de crédit du pays. Par exemple, Fitch a commenté son pronostic négatif comme suit : « Au lieu de se concentrer sur la correction des déficits publics croissants et de la dette publique, le nouveau gouvernement a modifié la loi sur la Banque centrale de manière à miner la confiance des investisseurs, et compliquer la conclusion d’un accord d’un nouveau prêt du FMI ».

Attaques contre les Banques centrales : la Turquie et les États-Unis

Voilà deux événements de la dernière année. L’an dernier, le Président Erdogan a été réélu en Turquie. Pendant la campagne électorale, il a déclaré son intention de pousser la Banque centrale à réduire son taux directeur, qui, en réponse à Erdogan, fut augmenté jusqu’à 17,75%, une semaine avant les élections. Erdogan avait également promis qu’il chercherait une meilleure sélection des cadres dirigeants de la Banque centrale. Les tentatives frontales d’Erdogan pour changer le statut « indépendant » de la Banque centrale  n’ont pas abouti. Cependant, il a essayé de renforcer le statut du Ministère des finances, et de le placer au-dessus de celui de la Banque centrale. La lutte continue.

Un autre cas tout à fait sans précédent. Nous parlons d’une série d’attaques de la part de l’actuel Président des États-Unis, Donald Trump, contre la Réserve fédérale. Les attaques survinrent en réponse à la décision de la Réserve fédérale américaine de continuer à augmenter son taux directeur. Le 26 novembre, dans une interview auWall Street Journal, Trump déclara que « la Fed est devenue un problème beaucoup plus grave que la Chine ». À la fin de l’année dernière, Donald Trump a même menacé de demander la démission du président de la FED, Jerome Powell. Il est clair qu’aucune mesure pratique n’a été prise pour démettre J. Powell de ses fonctions de président de la FED. Mais l’événement est sans précédent. Pour la première fois depuis plus d’un siècle dans l’histoire de la Réserve fédérale américaine, le Président américain a parlé de manière aussi directe et franche de cette institution, qui était et reste le premier pouvoir en Amérique.

Les Euro-sceptiques italiens et la Banque d’Italie : la tension monte.

Et voici une autre « émeute à bord du navire ». Nous parlons de l’Italie. Au début de l’été de l’année dernière, après les élections législatives, un nouveau gouvernement a été formé au sein duquel des représentants des mouvements Cinq Étoiles et de la Ligue du Nord ont pris des positions clés. Ce sont des Euro-sceptiques qui cherchent à réviser sérieusement les relations entre Rome et Bruxelles. Et la condition pour qu’une telle révision ait lieu, est de rétablir l’ordre chez soi, en Italie. Non sans fondement, les Euro-sceptiques se représentent la Banque d’Italie comme un « cheval de Troie » grâce auquel Bruxelles mène sa politique à l’égard de Rome.

Afin de se battre contre la Banque centrale, les Euro-sceptiques italiens doivent obtenir le soutien de millions de citoyens ordinaires. Et, comme il leur semble, ce soutien ne manquera pas. Le fait est que le système bancaire italien est considéré comme l’un des plus faibles, si ce n’est de toute l’Union européenne, au moins à coup sûr de la zone Euro. Une vague de faillites de banques commerciales s’est produite dans le pays, entraînant de lourdes pertes pour des millions de déposants ordinaires. C’est à ces déposants, trompés et volés de la sorte, que les dirigeants du gouvernement euro-sceptique ont fait appel, en attirant leur attention sur le fait que les faillites étaient dues à la faute des dirigeants de la Banque d’Italie, chargée de surveiller les organismes de dépôt et de crédit. Les chefs des deux partis au pouvoir en Italie, les vice-premiers ministres Matteo Salvini (« Ligue du Nord ») et Luigi Di Maio (« Cinq étoiles »), se sont prononcés en faveur d’un changement de la direction de la Banque centrale du pays.

Di Maio (qui est également Ministre Italien du développement économique, du travail et de la politique sociale) a bloqué la nomination de l’un des directeurs généraux adjoints de la Banque, soulignant que la Banque centrale avait besoin d’un renouvellement radical de sa direction. Salvini (qui est en même temps le Ministre de l’intérieur) a pour sa part déclaré que la Banque centrale, dans son problème de personnel, avait besoin de faire « table rase », et non de permutations fragmentaires. Avant cela, les deux Vice-premiers ministres ont fait des allusions insidieuses selon lesquelles le statut de la Banque centrale devrait être radicalement changé, et qu’elle devait être privée de son « indépendance ». Le président du pays, Sergio Mattarella, préfère ne pas aborder ce sujet sensible. Le Premier ministre italien Giuseppe Conte occupe à peu près la même position. Mais le Ministre des finances et de l’économie, Giovanni Tria, ne peut éluder la question, et doit exprimer sa position à ce sujet. Et il parle prudemment en faveur de la préservation de l’indépendance de la Banque centrale.

La Banque d’Italie doit rendre l’or au peuple

Un autre thème lié à la Banque d’Italie est l’or qui figure à son bilan. Une petite remarque : les réserves d’or de l’Italie sont depuis longtemps les quatrièmes plus importantes au monde après les États-Unis, l’Allemagne et le Fonds monétaire international (la France est le pays suivant l’Italie en termes de réserves d’or). Au cours des deux dernières décennies, le volume physique de ces réserves est resté inchangé – 2 451,8 tonnes. En janvier de cette année, la part de l’or dans le volume total des réserves de change italiennes était de 65,5% (l’un des taux les plus élevés, seuls ceux des États-Unis, de l’Allemagne et du Venezuela étant supérieurs). Dans les années 70, lors de la Conférence monétaire et financière internationale en Jamaïque, il avait été décidé de démonétiser le métal jaune. Par conséquent, l’or au bilan des Banques centrales a des allures d’« anachronisme ». Mais cet « anachronisme » est présent dans de nombreuses Banques centrales, et la Banque d’Italie est particulièrement remarquable à cet égard. Bien sûr, l’or peut être qualifié d’argent extraordinaire, et cette qualité ne saurait être annulée par quelque conférence internationale que ce soit. Mais dans ce cas, il serait plus naturel que le métal jaune ne soit pas au bilan de la Banque centrale, mais à celui du Ministère des finances, pour couvrir des dépenses budgétaires extraordinaires. C’est une vérité élémentaire, mais elle a depuis longtemps déjà été retirée des manuels d’économie, sur l’ordre des « maîtres de l’argent ».

Et curieusement, les deux Vice-premiers ministres de l’actuel gouvernement italien se sont souvenus de cette élémentaire vérité. À la fin de l’année dernière, Bruxelles exigea de Rome un budget plus ou moins équilibré. En soufflant à Rome qu’il était possible d’éliminer le déficit budgétaire en procédant à une réforme des retraites (comme celle qui est imposée à notre peuple russe aujourd’hui), et en augmentant les impôts (TVA). Rome a refusé de relever la TVA, et a promis au budget une éventuelle réduction de l’âge de la retraite, et l’introduction d’un revenu de base inconditionnel (d’un montant de 780 euros par personne et de 1 032 euros par famille). Sous la pression de Bruxelles, Rome a difficilement réduit le déficit budgétaire de 2,50 à 2,04% du PIB. Et ensuite, Rome a eu l’idée de liquider le déficit budgétaire en 2019, en vendant une partie de l’énorme réserve d’or de l’Italie (environ 20 milliards d’euros seraient nécessaires). Aux prix actuels, la réserve d’or en Italie est estimée à 103 milliards de dollars, ce qui est suffisant pour combler les déficits budgétaires pendant plusieurs années.

Il n’y a qu’un seul « mais » dans cette phrase. Le gouvernement ne peut pas utiliser l’or, car il figure au bilan de la Banque d’Italie, et cette Banque centrale « indépendante » n’a pas l’intention d’abandonner ce métal au profit du Ministère des finances. Le ballon d’essai a été lancé par les auteurs de l’idée en septembre 2018. Ensuite, un article de l’économiste Gabriele Gatozzi a été publié dans les médias italiens (la première publication a été faite sur le blog du fondateur du Mouvement cinq étoiles, Beppe Grillo). L’auteur a attiré l’attention sur la taille gigantesque de la réserve d’or italienne et sur le fait que, contrairement à de nombreux autres pays européens, l’Italie n’avait jamais vendu sa réserve depuis la Conférence de la Jamaïque de 1976. Il serait temps de tirer parti de cette réserve, surtout si Bruxelles s’attend à un budget équilibré de Rome. Deux mois après la parution de cet article, le chef de la Commission du budget de la Chambre des députés, Claudio Borgi, représentant la « Ligue », a présenté un projet de loi prévoyant l’élimination de l’« anomalie », à savoir la présence de la réserve d’or au bilan de la Banque d’Italie, qui devrait être sous le contrôle direct du gouvernement.

Le 11 février, lors d’une conférence de presse, Matteo Salvini a promis que le gouvernement était prêt à régler le problème de la réserve d’or, en l’amenant à sa bonne fin logique. Il a directement déclaré que les réserves de change du pays appartenaient à ses citoyens et non à la Banque centrale dans laquelle elles sont entreposées. Je soupçonne que cette déclaration a provoqué une véritable panique à Bruxelles, car l’Italie a fait savoir ce que les politiciens et les financiers ont tu pendant de nombreuses années. À savoir que les réserves de change devaient être utilisées dans les intérêts du peuple tout entier. C’est un véritable défi lancé aux « maîtres de l’argent ».

À qui appartiennent les réserves d’or de la Banque de Russie ? Il est temps d’y penser

On transpose involontairement les événements d’Italie dans notre vie russe. Les réserves de change de la Fédération de Russie augmentent à pas de géant. Ainsi, le 1er février 2019, elles s’élevaient à 475,9 milliards de dollars, et l’année précédente (le 1er février 2018) à 447,3 milliards de USD, pour une croissance annuelle de 28,6 milliards de dollars. À ce rythme, elles pourraient dépasser la barre des 500 milliards de dollars à la fin de cette année, et de temps à autre, les responsables de notre gouvernement annoncent fièrement ces chiffres, et d’autres chiffres similaires. Mais voilà, le gouvernement n’a rien à voir avec ces réserves. L’article 2 de la loi fédérale sur la Banque centrale de la Fédération de Russie dispose que :

« Conformément aux objectifs et aux procédures établis par la présente loi fédérale, la Banque de Russie exerce le pouvoir de posséder, d’utiliser et de disposer des actifs de la Banque de Russie, y compris des réserves en or et en devises de la Banque de Russie. Les retraits et les gages desdits biens sans le consentement de la Banque de Russie ne sont pas autorisés, sauf disposition contraire de la loi fédérale. L’État n’est pas responsable des obligations de la Banque de Russie et la Banque de Russie des obligations de l’État si elles ne les ont pas assumées ou si les lois fédérales ne le prévoient pas autrement. »

Il semble que tout soit clair. S’agissant de la situation des réserves de change de la Fédération de Russie, le dicton « l’œil voit, mais la dent est paralysée » peut être appliqué. Les nouvelles venant d’Italie concernant des initiatives visant à transférer au bilan du Ministère des finances, sinon toutes les réserves de change, du moins leur partie aurifère, devraient secouer les « Représentants du peuple » de la Douma. Au début de l’année 2019, le volume d’or détenu au bilan de la Banque centrale de Russie atteignait 67,9 millions d’onces, soit 2 112 tonnes. Cet or appartient toujours à la Banque de Russie, qui, en fin de compte, n’est pas « responsable des obligations de l’État ». Or, il fut gagné par le travail de millions de nos citoyens, et devrait appartenir à la population. Par conséquent, il devrait appartenir à l’État qui, selon la constitution de la Fédération de Russie, a pour vocation de servir le peuple. Espérons qu’il y aura des forces politiques en Russie qui, à l’instar des Euro-sceptiques italiens, essaieront finalement de museler la Banque centrale, et de la forcer à servir non pas les « maîtres de l’argent », mais le peuple.

Valentin Katasonov

Traduit du russe par Carpophoros, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/les-banques-centrales-au-service-des-maitres-de-largent

 

La BCE reconnaît que les banques européennes vont mal

La BCE reconnaît que les banques européennes vont mal

Publié par Philippe Herlin | 21 févr. 2019 | Articles 1164

Si l’on vous dit que le secteur bancaire européen se porte bien, n’en croyez rien : la Banque centrale européenne (BCE) elle-même est consciente du problème, et elle vient de l’avouer. La nouvelle n’a fait que quelques lignes dans les journaux spécialisés, mais elle mérite d’être mise en lumière. Un des membres du directoire de la BCE, le Français Benoît Cœuré, a en effet laissé entendre qu’il « pourrait y avoir de la place pour un autre TLTRO » (L’Agefi).

Les TLTRO (Targeted Long-Term Refinancing Operation) sont des facilités de financement (des prêts à taux très faibles) offerts par la BCE aux banques commerciales de la zone euro en mal de liquidités. La précédente tranche avait été lancée en juin 2016, d’une durée de quatre ans, son remboursement doit commencer à partir de juin 2020. Problème : de nombreuses banques ne disposent pas de cet argent, du fait de leur situation financière dégradée, d’où la volonté de la BCE de proposer une autre tranche. Une façon comme une autre de rouler la dette, de faire de la cavalerie financière…

Les montants souscrits par les banques des différents pays en 2016 ont été estimés par l’agence Reuters. On connaît la situation dégradée des banques italiennes et espagnoles, ainsi que celle de la Deutsche Bank, de la Commerzbank et de plusieurs banques régionales allemandes. Mais la surprise est de la voir la France arriver en troisième position, devant l’Allemagne dont, pourtant, les difficultés de sa plus grande banque constituent une vive source d’inquiétude en Europe et dans le monde. Des banques françaises nous cachent-elles quelque chose ?

 

  Montant des TLTRO souscris par les banques en 2016
Pays Milliards d’euros
Italie 250
Espagne 175
France 110
Allemagne 90
Portugal 25
Pays-Bas 20
Belgique 20
Autriche 20
710

Source : Reuters

 

Depuis le 1erjanvier, la BCE a arrêté son QE, son programme de rachat d’actifs obligataires. Les 2 600 milliards d’euros de planche à billets n’ont servi à rien, comme nous l’avons dit. Ils n’ont eu aucun effet sur la croissance économique. Leur véritable utilité aura seulement consisté à abaisser les taux d’intérêt pour permettre aux États de continuer à s’endetter, et à fournir des liquidités aux banques qui en ont besoin. Il fallait donc, pour les banques en difficulté, qu’un autre programme prenne le relais.

Cette politique monétaire laxiste ne fait que repousser les problèmes dans le futur ; il serait vraiment temps qu’elle cesse ! Le mandat du président de la BCE, Mario Draghi, prendra fin en octobre de cette année et parmi les successeurs pressentis figure Jens Weidmann, l’actuel président de la Banque centrale allemande, connu pour ses positions plus rigoureuses. Ce serait à l’évidence le meilleur choix. On parle aussi de François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France qui lui, par contre, s’inscrirait dans la continuité de Mario Draghi. Il faut vraiment souhaiter la victoire du candidat allemand. Quoi qu’il en soit, l’assainissement du secteur bancaire européen figurera en tête des priorités du nouveau président de la BCE.

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée dès lors qu’elle est accompagnée d’un lien vers la source originale.


Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l’équipe éditoriale de Goldbroker.com

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Fraude fiscale : la banque suisse UBS condamnée par la justice française à une amende record de 3,7 milliards d’euros

Fraude fiscale : la banque suisse UBS condamnée par la justice française à une amende record de 3,7 milliards d’euros

Cette amende correspond à ce qu’avait requis le ministère public lors du procès de la banque suisse. La banque va faire appel.

La banque UBS a été condamnée car elle a aidé des contribuables français à échapper au fisc entre 2004 et 2012.
La banque UBS a été condamnée car elle a aidé des contribuables français à échapper au fisc entre 2004 et 2012. (MICHELE LIMINA / AFP)

La sanction est tombée. Le géant bancaire suisse UBS a été condamné, mercredi 20 février, à une amende record de 3,7 milliards d’euros pour « démarchage bancaire illégal » et « blanchiment aggravé de fraude fiscale » en France. C’est la plus lourde peine jamais infligée par la justice française dans une affaire d’évasion fiscale.

La filiale française du groupe suisse, UBS France, a été condamnée, pour complicité des mêmes faits, à une amende de 15 millions d’euros. Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet national financier, condamnant une faute d’une « exceptionnelle gravité »  qui « trouvent leur source dans une organisation structurée, systémique et ancienne », selon les mots de la présidente Christine Mée. Partie civile dans cette affaire, l’Etat français a obtenu 800 millions d’euros de dommages et intérêts.

Cinq cadres condamnés

Grâce à une double comptabilité, baptisée « carnets de lait », la banque a aidé des milliers de contribuables français à échapper au fisc entre 2004 et 2012. Et ce pour un montant estimé entre 8 et 23 milliards d’euros. Immédiatement après l’annonce de cette décision, les avocats de la première banque privée au monde ont immédiatement annoncé leur intention de faire appel.

Cinq des six anciens cadres de la banque jugés se sont vus infliger des peines de prison avec sursis et des amendes allant jusqu’à 300 000 euros. Seul Raoul Weil, l’ex-numéro 3 d’UBS AG, a été relaxé, du fait de sa position dans l’entreprise, pas directement en prise avec la gestion du marché français dans la banque.

https://www.francetvinfo.fr/economie/fraude/fraude-fiscale-la-banque-suisse-ubs-est-condamnee-par-la-justice-francaise-a-une-amende-record-de-3-7-milliards-d-euros_3199115.html#

Banques : le scandale des frais de découvert (ENQUÊTE)

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Quand les banques font du beurre sur le dos des Français économiquement fragiles :

Brexit : la faute des banques ?

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ALTERNATIVES ECONOMIQUES N°386 – 01/2019 – 4,90 €

Fractures : la France malade de ses inégalités

Manifestant pro et anti-Brexit, à Londres, le 21 janvier 2019.
PHOTO : ©PLANET Pix/ZUMA-REA
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Royaume-Uni

Brexit : la faute des banques ?

Gilles Raveaud

Parmi les nombreux facteurs qui expliquent le vote en faveur du Brexit, le rôle des banques a jusqu’ici été sous-estimé. La crise bancaire a pourtant joué un rôle décisif dans la colère des Britanniques.

Le Brexit a de nombreuses causes, comme le nationalisme, la défiance vis-à-vis de l’Union européenne, le sentiment de ne pas être écouté, d’être déclassé, de subir des politiques favorables à la City, etc. En particulier, le Royaume-Uni a connu une très forte désindustrialisation depuis les années 1970, en raison de la perte de compétitivité de nombreuses entreprises, de la mondialisation, et de la priorité accordée à la finance depuis Margaret Thatcher. Ainsi, de très nombreux emplois qualifiés et bien rémunérés ont été détruits, tandis que se sont multipliés les « petits boulots » dans les services (sécurité, hôtellerie-restauration, commerces…).

Concernant la décision lors du vote elle-même, nous avions rappelé les travaux de Simon Wren-Lewis, qui montraient qu’une majorité de Britanniques faisaient le lien – infondé – entre immigration et difficultés de leur système de santé. Ils avaient, de ce fait, été nombreux à voter en faveur du Leave dans l’espoir de récupérer les fantasmagoriques 350 millions de livres sterling hebdomadaires promis à l’époque par Simon Johnson.

Mais un autre facteur a été décisif dans la colère des Britanniques : la faillite des banques.

Hécatombe bancaire

On l’oublie car cela ne s’est pas produit en France, mais, au Royaume-Uni, la crise de 2008 a engendré une hécatombe bancaire, à l’image de Northern Rock, en cessation de paiement, ou de Royal Bank of Scotland, qui a dû être nationalisée et dont la valeur en Bourse a chuté de 90 % depuis son point le plus haut. Ainsi, en 2018, dix ans après la crise, les banques britanniques avaient perdu pas moins de 300 000 salariés, soit le tiers de leurs effectifs.

Bien entendu, cette crise bancaire, très semblable à celle des années 1930 dans ses origines, n’est pas née seulement des difficultés connues par le Royaume-Uni en 2008. Elle découle avant tout de la dérégulation enclenchée dans les années 1980, qui a considérablement fragilisé les établissements, en leur permettant de prêter beaucoup plus. Une technique qui, en temps normal, pousse les profits à la hausse grâce à l’effet de levier, mais qui se referme tel un piège lorsque les emprunteurs ne peuvent plus honorer leurs engagements.

Ainsi que l’explique Nicholas Crafts, professeur à l’Université de Warwick, que nous suivons ici, les pertes de produit intérieur brut (PIB) imputables à la crise bancaire seraient de l’ordre de 5 % du PIB. De même, le déficit public structurel fut accru de l’ordre de 6 points de PIB.

L’erreur des gouvernements

Les gouvernements successifs enclenchèrent alors une cure d’austérité, 90 % de l’effort de réduction du déficit passant par des baisses de dépenses, et seulement 10 % par des hausses de recettes. Plus précisément, les dotations aux collectivités locales furent réduites d’un tiers entre 2009 et 2015, entraînant une réduction des dépenses publiques locales par personne comprise entre 6 % et… 46 %, les baisses les plus fortes étant enregistrées dans les lieux les plus défavorisés.

D’économique et sociale, la crise est alors devenue politique, la forte hausse des voix en faveur de l’UKIP (United Kingdom Independence Party) en faisant une « sérieuse menace électorale » pour les conservateurs, qui furent de ce fait poussés à promettre un référendum sur la sortie de l’Union européenne afin de garder leurs électeurs eurosceptiques.

Et l’engrenage fatal s’enclencha en 2015, lorsque les conservateurs, à la surprise de certains, gagnèrent les élections et furent de ce fait contraints de mettre en œuvre leur promesse de référendum. Le point final étant apporté par les mensonges des tenants du Leave, qui firent croire à de nombreux électeurs que le Royaume-Uni allait économiser des milliards de livres sterling en quittant l’Union européenne, et qui surent attiser le sentiment nationaliste et anti-immigrés.

Un bilan catastrophique

Au double coût de la crise bancaire – récession et sauvetage – s’ajoute aujourd’hui le coût du Brexit lui-même, pour un total difficile à estimer, mais qui pourrait dépasser très largement les 10 points de PIB (Nicholas Crafts l’estime entre 8 et 16 points).

Cette histoire met en avant trois failles majeures de politique économique : la dérégulation bancaire (plutôt qu’un contrôle serré sur le crédit et les établissements bancaires) ; un sauvetage des banques financé par fonds publics (plutôt que par leurs actionnaires) ; et une politique de retour à l’équilibre budgétaire quasi entièrement financée par une baisse des dépenses (plutôt que par un équilibre entre baisses des dépenses, pas nécessairement les mêmes, et hausse des recettes).

Autrement dit, comme l’explique Nicholas Crafts, on sait depuis un petit moment que les bénéfices collectifs d’une réduction des effets de levier des banques l’emportent largement sur les coûts. Mais l’histoire du Brexit montre que ces coûts sont encore bien plus élevés que ce que l’on imaginait jusqu’ici.

Réguler plutôt que « sauver »

Comme toujours, ce ne sont pas les dysfonctionnements du capitalisme qui causent directement les catastrophes. Leur origine directe, ce sont les mauvaises « réponses politiques » aux crises économiques. Comme le dit Nicholas Crafts, « sans la politique d’austérité, le Remain aurait probablement gagné ».

Mais, sachant que de telles erreurs risquent fortement de se répéter à l’avenir, l’argumentation en faveur des réglementations qui empêchent les crises de se produire est d’autant plus forte. Car qui aurait pu croire que la crise bancaire britannique allait conduire à un événement d’une aussi grande ampleur que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne ?

Le crash de la bulle de tout a commencé en 2018

Le crash de la bulle de tout a commencé en 2018


Voici ce qui nous attend en 2019


Par Brandon Smith − Le 11 janvier 2019 − Source Alt-Market.com


En 2018, un changement économique très important s’est produit qui a scellé le sort de l’économie américaine et de nombreuses autres économies dans le monde. Ce changement était le renversement de la politique de la banque centrale. L’ère des mesures de relance et du soutien artificiel de divers marchés, y compris les actions, commence à s’estomper à mesure que la Réserve fédérale poursuit le resserrement de sa politique, notamment en augmentant les taux d’intérêt et en réduisant davantage son bilan.


J’ai mis en garde contre ce changement sous la direction du nouveau président Jérôme Powell au début de 2018 dans mon article « Le nouveau président de la Fed va faire plonger les marchés en 2018 ». Le crash a connu un faux départ en février/mars, les actions ayant été sauvées par des rachats massifs d’entreprises au cours des 2ème et 3ème trimestres. Toutefois, à mesure que les taux d’intérêt ont légèrement augmenté et que les réductions d’impôt de Trump se sont amenuisées, les rachats d’actions de sociétés ont commencé à diminuer au cours du dernier trimestre de l’année.

Comme je l’avais prédit en septembre dans mon article « La bulle de tout : quand va-t-elle enfin éclater ? », le crash s’est accéléré en décembre, lorsque la Fed a relevé les taux d’intérêt à leur taux d’inflation neutre et augmenté les réductions de bilan à 50 milliards de dollars par mois. En 2019, cet effondrement se poursuivra alors que la Fed reprendra ses coupes à la mi-janvier.

Il est important de noter que lorsque l’on parle de crash dans les milieux économiques alternatifs, il ne s’agit pas seulement de marchés boursiers. Les économistes du courant dominant affirment souvent que les marchés sont un indicateur prédictif de la santé future de l’économie au sens large. C’est inexact. Les marchés sont en fait un indicateur de suivi ; ils ont tendance à s’effondrer bien après que tous les autres fondamentaux aient commencé à baisser.

Les marchés de l’immobilier sont en chute libre, tant en termes de prix de ventes que de valeur. Les hausses des taux d’intérêt de la Fed se traduisent par des taux hypothécaires beaucoup plus élevés à la suite d’une inflation excessive des prix et d’une baisse des salaires des consommateurs. Les acheteurs professionnels d’immobilier, qui soutiennent le marché de l’immobilier depuis des années, ne sont plus en mesure de continuer à assurer son maintien en vie. La dette des entreprises n’a jamais été aussi élevée depuis le crash de 2008 et, avec des taux d’intérêt plus élevés, l’emprunt de capitaux bon marché n’est plus une option.

En novembre 2018, les ventes de maisons ont affiché la plus forte baisse depuis plus de 7 ans

Les marchés de l’automobile, autre indicateur majeur de stabilité économique, sont en chute libre. Le marché de l’automobile a connu de fortes baisses tout au long du second semestre de 2018, une fois de plus, la hausse des taux d’intérêt de la Fed ayant tué les prêts automobiles de type ARM à crédit facile.

Le crédit américain se tarit également, car les investisseurs tirent des capitaux de la volatilité des marchés et de la hausse des taux d’intérêt. Les liquidités disparaissent, ce qui signifie que l’endettement devient plus coûteux ou inaccessible pour la plupart des gens et des entreprises.

Les médias et les banquiers centraux présentent un faux récit dans les courants dominants sur ces circonstances, à la fois les médias et les banques centrales. Les autorités économiques et les analystes grand public ont beaucoup parlé pour tenter de détourner l’attention du public de la crise économique et d’inciter le monde de l’investissement à faire du commerce avec des œillères. Avec la propagande qui s’emballe, nous devons couper à travers le brouillard et les miroirs, évaluer les menaces les plus importantes au sein du système et déterminer quand elles pourraient s’intensifier.

Ne vous y trompez pas, aussi erratique et instable qu’ait été 2018, 2019 sera bien pire.

La Réserve fédérale continuera de se resserrer

Un mensonge circule dans les médias selon lequel Jérôme Powell et la Fed sont « héroïques » parce qu’ils « vont à l’encontre » des anciennes politiques des banques centrales et suppriment les politiques de facilité monétaire. C’est exactement le motif opposé qui se cache derrière ce qui se passe. Nous devons nous rappeler que c’est la Fed et d’autres banques centrales qui ont créé le crash initial en 2008 par le biais de politiques d’argent facile. Elles ont ensuite délibérément créé une bulle encore plus grande (la « bulle de tout ») par le biais d’une plus grande détente monétaire ; une bulle si grande qu’elle ferait s’effondrer toute l’économie américaine, y compris les marchés obligataires et le dollar si jamais elle éclatait.

Ce processus circulaire de crise, de stimulation puis de crise est un processus que la banque centrale utilise depuis plus d’un siècle. D’anciens responsables de la Fed comme Ben Bernanke et Alan Greenspan ont ouvertement admis la culpabilité de la banque centrale américaine pour la Grande dépression ainsi que pour le crash de 2008. Cependant, ce faisant, ils affirment également qu’ils n’étaient « pas conscients à l’époque » de ce plus grand danger. Je n’y crois pas une seconde.

Dans presque tous les cas où la Fed a créé un environnement de crash, les institutions bancaires ont pu profiter de l’occasion pour s’emparer d’actifs tangibles pour quelques centimes par dollar, ainsi que voler plus de pouvoir politique et social. Pendant la Grande dépression, les grandes banques ont absorbé des milliers de petites banques locales ainsi que tous les actifs qu’elles détenaient. En 2008, les banques et les entreprises ont bénéficié d’un déluge d’argent facile payé par les contribuables américains sur le dos des générations à venir, tout en aspirant les biens durables comme les hypothèques résidentielles en difficulté.

La centralisation mondiale de l’autorité économique est un prix encore plus important pour les élites bancaires, et c’est je crois leur objectif avec ce prochain crash technique qui suit son cours. Au fur et à mesure que la crise mènera à la catastrophe, ce seront des institutions mues par le globalisme comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque des règlements internationaux (BRI) qui interviendront pour « sauver la situation ».

Comme je l’ai noté à maintes reprises, Jerome Powell est bien conscient de ce qui se passera alors que la Fed resserre. C’est consigné dans le procès-verbal de la Fed d’octobre 2012 où il discute des conséquences, y compris son allusion à un crash imminent si la Fed met fin aux mesures de relance, relève les taux d’intérêt et réduit le bilan.

Pourtant, Powell continue tout de même de resserrer les conditions, ce qui indique que les mesures prises par la Fed et les résultats obtenus sont tout à fait délibérés. Les récentes déclarations de Powell ont été interprétées à tort par les médias dominants comme indiquant que la Fed pourrait arrêter ses politiques de resserrement. Je prévois que cela n’arrivera pas, du moins pas avant que l’accident n’ait déjà bien suivi son cours.

Je m’attends à ce que Powell continue de réduire son bilan d’environ 50 milliards de dollars par mois jusqu’à la fin de 2019, peut-être. Je maintiens également ma prévision initiale de l’an dernier selon laquelle la Fed augmentera les taux d’intérêt en 2019, au moins deux autres fois, avec une hausse en mars. La Fed a continué à montrer une propension au double discours sur l’« accommodation », et il y a une bonne raison à cela…

Les marchés boursiers continueront de plonger

De nombreux économistes alternatifs ont souligné au fil des ans la corrélation directe entre le bilan de la Fed et les cours boursiers. Au fur et à mesure que la Fed a racheté des actifs, le marché boursier a augmenté exactement en tandem. Au fur et à mesure que la Fed se débarrasse de ses actifs, les actions chutent de plus en plus vite et de façon de plus en plus volatile.

Si vous voulez un exemple parfait de cela, il suffit d’examiner les totaux du bilan FRED de la banque centrale et de les comparer avec un graphique de l’indice S&P500 sur un an. Ne regardez pas seulement la chute des actions, mais aussi les rallyes boursiers. Des coupes dramatiques en décembre ont facilité le début du crash ; le récent rebond s’explique en partie par les investissements de fin d’année des caisses de retraite d’entreprises, à la recherche désespérée de rendement dans un environnement où les obligations ne sont plus viables ou sûres. Toutefois, prenez note que la première semaine de Janvier a également vu la Fed bloquer les coupes.

Qu’est-ce que cela signifie ? En l’absence d’une source de capital de remplacement massive comme les rachats d’actions, toute nouvelle réduction importante des actifs de la Fed entraînera une forte baisse vers le milieu de chaque mois. Chaque pause dans les coupes se traduira par un rebond, mais à des sommets plus bas. Le plafond des rallyes et les attentes des investisseurs diminueront progressivement jusqu’à ce que la réalité de la fin de la fête les atteigne enfin.

Les récents commentaires « dovish » de la Fed sont, à mon avis, complètement frauduleux et très calculés. Comme la banque centrale a réduit les mesures de relance et augmenté les taux d’intérêt au point où les entreprises ne peuvent plus se permettre des rachats massifs, il ne reste plus rien pour soutenir les actions, si ce n’est de la désinformation, une confiance aveugle et une pause d’une à deux semaines dans la réduction des bilans.

Il s’agit d’une démolition contrôlée de l’économie et des marchés. La Fed fera tout son possible pour éviter que le système n’implose trop vite, car le désossage des mâchoires est le seul outil qui reste. Entre-temps, M. Powell continuera de réduire les actifs et d’augmenter les taux d’intérêt comme prévu. Cela se traduira inévitablement par une baisse des cours des actions, car le système manque de « pression ». La confiance aveugle des investisseurs n’ira pas plus loin. Ils seront laissés en plan, tout comme ceux qui espèrent leurs pensions.

Je m’attends à ce que les marchés actions reprennent leur forte baisse tout le long de 2019 et qu’ils tombent bien en deçà des niveaux de soutien observés en 2017. Si l’on se fie à la baisse de décembre, tant que la Fed poursuivra sa trajectoire actuelle de réduction de bilan, je vois le Dow Jones dans la fourchette de 17 000 à 18 000 points en mars et avril.

Trump portera le blâme pour l’accident

La propension incessante de Trump à s’attribuer le mérite de la remontée boursière fait de lui un bouc émissaire parfait pour le crash en cours. L’accélération en 2019 sera suivie de nombreuses distractions. Alors que Trump a blâmé la Réserve fédérale pour l’instabilité récente des marchés, il a en même temps blâmé sa propre guerre commerciale. Trump a attaché le succès de sa présidence au succès d’un marché boursier qu’il appelait autrefois une « grande bulle » créée par la Fed.

La guerre commerciale de Trump et l’arrêt du gouvernement ne sont que deux facteurs qui sont déjà ciblés par les médias grand public et les commentateurs globalistes comme étant les causes de la chute des actions en décembre.

L’arrêt du gouvernement pourrait ne pas se poursuivre en janvier si Trump déclare l’état d’urgence et commence le mur à la frontière sud, rendant le débat budgétaire plutôt théorique. Cela dit, je soupçonne que cela pourrait continuer de toute façon ; cette fois-ci, c’est différent. Considérez que si l’arrêt se poursuit jusqu’en février, il y a la menace que les programmes d’aide sociale comme EBT soient retardés, ce qui ouvre la porte à un tout nouveau type de folie. Je n’ai pas nécessairement quelque chose contre la personne moyenne qui demande de l’aide sociale en période de crise personnelle. Cela dit, il y a des millions d’Américains qui ont fait carrière en recevant de l’aide gouvernementale, et leur attitude est souvent celle de se contenter de ce sort. Si et quand leur revenu et leur source de nourriture sont coupés, leur réaction peut être violente.

La date actuelle de l’arrêt fait en sorte qu’il constitue une distraction tellement utile pour la banque centrale que je serais surpris qu’on y mette fin dans un avenir proche. La menace de retards dans l’EBT et l’aide sociale du gouvernement serait une crise très juteuse qui pourrait être exploitée par les banques centrales et les globalistes.

Je prévois que la guerre commerciale se poursuivra jusqu’en 2019, comme l’année dernière. Trump annoncera des progrès « énormes » dans les négociations avec la Chine, parfois pour faire grimper les marchés, mais quelques jours ou semaines plus tard, ces progrès seront à nouveau remis en question. Je sais que c’est une prédiction facile. La farce de la guerre commerciale a suivi un schéma assez prévisible ces derniers temps.

Trump a été d’une aide extraordinaire pour les élites bancaires à cet égard. En fait, l’administration Trump semble ajouter une nouvelle escalade dans la guerre commerciale une semaine après chaque baisse ou hausse de taux importante du bilan de la Fed ; juste à temps pour que les actions chutent violemment en raison de la réduction de bilan de la Fed.

Autres prévisions pour 2019

Un « Hard Brexit » : Attendez-vous à ce que le Brexit entre dans un éventuel scénario de non-accord avec l’UE, suivi d’un ralentissement économique agressif au-delà de ce qui se passe déjà en Europe. Bien que ce résultat semble être un pari risqué en ce moment, il a du sens d’après le faux récit que les globalistes sont en train de construire – le récit selon lequel les « populistes » sont une influence imprudente et destructrice qui mène à un désastre économique.

Turquie quittant l’OTAN : On dirait que c’est déjà fait. La Turquie se positionne pour s’associer à des puissances de l’Est comme la Chine et la Russie par le biais de divers accords commerciaux et d’accords stratégiques, et abandonner ses liens avec l’Ouest. Bien que cela puisse durer encore quelques années, je crois que cela se produira rapidement – d’ici la fin de 2019.

Conditions de la loi martiale en France : Les protestations des « gilets jaunes » vont se poursuivre jusqu’en 2019, et deviendront probablement plus volatiles à mesure qu’Emmanuel Macron tentera de resserrer les contrôles. Attendez-vous à ce que les protestations se multiplient au printemps et en été à mesure que le temps se réchauffe. Macron n’a pas hésité à utiliser sa boîte à outils totalitaire. Je m’attends à ce qu’il déclare l’état d’urgence nationale avec des pouvoirs de type loi martiale en place dès la fin de cette année. Je ne sais pas encore si les globalistes avec lesquels Macron s’associe de si près ont eu l’intention de parvenir à ce résultat, je ne sais pas encore si c’est le cas. Nous n’avons pas beaucoup entendu parler des revendications spécifiques ou des points de vue idéologiques des gilets jaunes. Comprendre les objectifs et les motivations des deux parties déterminera s’il y a un faux paradigme en jeu ou si les gilets jaunes sont un véritable mouvement populaire.

Résumé

En résumé, le crash de la « bulle de tout » a été délibérément initié par les banques centrales. Le pire reste à venir en 2019. Trump est la brebis sacrificielle pour les élites bancaires, et son administration en assumera la responsabilité d’ici la fin de l’année, quels que soient les faits entourant le programme de démolition contrôlée de la Réserve fédérale. L’année 2018 a été le début de la prochaine phase de la crise, 2019 verra l’effondrement frapper la conscience du grand public sans parler de leur pas de porte et de leur portefeuille.

Brandon Smith

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-krach-de-la-bulle-de-tout-a-commence-en-2018

Jean-Louis Etienne : « Il ne faut pas arrêter la recherche sur le nucléaire »

Jean-Louis Etienne : « Il ne faut pas arrêter la recherche sur le nucléaire »

Matthieu Quiret Le 30/12 à 15:22
Le grand RDV Europe 1 Jean-Louis Etienne.
Le grand RDV Europe 1 avec Jean-Louis Etienne. – Laurent Hazgui

L’explorateur, qui prépare une mission en Antarctique, estime que seule l’action des consommateurs peut entraver le réchauffement climatique. Il considère que les énergies renouvelables pourront uniquement s’imposer dans la consommation domestique.

L’Etat doit poursuivre les recherches mais c’est au citoyen d’agir. C’est en substance le propos qu’a développé dimanche l’explorateur Jean-Louis Etienne, lors de l’émission Le Grand Rendez-Vous Europe 1-CNews- « Les Echos » . Interrogé sur la difficulté de poursuivre la transition énergétique dans le contexte de dénonciation des inégalités sociales par les « gilets jaunes », l’ancien médecin a jugé d’abord nécessaire de rétablir la paix sociale et économique dans le pays. « C’est un ajustement difficile », a-t-il reconnu à propos de la mise en place des fiscalités écologiques. S’il juge « logique » d’établir une taxe carbone, Jean-Louis-Etienne comprend les réticences au changement des populations. « Les scientifiques sont écoutés sur le climat mais il s’agit de changer l’économie mondiale. Le monde marche au charbon alors que c’est le pire ennemi du climat. »

Sanctionner les banquiers

Pour lui, notre mode de vie est excessif en consommation de tout mais il ne croit pas à un virage collectif vers la décroissance : « Comme les produits de la croissance, on voit bien que c’est difficile de se partager les produits de la décroissance, elle peut s’appliquer à soi-même sur ses propres choix de vie personnels. » Le spécialiste des pôles juge que chaque consommateur doit agir. Il conseille par exemple de ne manger de la viande que deux fois par semaine, recommandant de manger des oeufs, « un aliment qui contient tout » ; ou de sanctionner les banquiers qui continuent d’investir dans des projets comme  la mine de charbon du Queensland en Australie.

Jean-Louis Etienne estime aussi que les énergies renouvelables pourront s’imposer uniquement dans la consommation domestique. Il assure que chaque maison peut s’alimenter avec quelques panneaux solaires photovoltaïques et thermiques, une petite éolienne verticale mais reste sceptique sur un développement plus massif. « Rien que pour alimenter le métro parisien et le RER, il faudrait 400 éoliennes », prévient-il.

Rare écologiste favorable au nucléaire, Jean-Louis Etienne rappelle qu’il faudra compter sur cette source d’énergie décarbonée. Plus que l’actuelle deuxième génération de réacteur ou le prochain EPR, l’explorateur mise sur la quatrième génération à fusion. « Elle permettra de digérer nos déchets et de produire beaucoup d’énergie. Il ne faut pas arrêter la recherche sur le nucléaire. »

Zéro émission

Dans l’immédiat, le premier homme à avoir atteint le pôle Nord en solitaire en 1986 est surtout à la recherche de sponsors privés pour  sa future expédition Polar Pod en Antarctique. Ce grand flotteur avec huit membres d’équipage doit se laisser dériver le long du courant qui circule autour du continent glacé pour mesurer la dissolution du CO2 dans ces eaux froides. « On a besoin de connaître les échanges entre l’atmosphère et l’océan », justifie-t-il. L’Etat participera à la construction du navire qui coûtera 15 millions d’euros et doit débuter en fin d’année, le financement de la mission elle-même restant à trouver auprès des donateurs. L’explorateur promet un appareil sans émission, alimenté par six éoliennes et juste équipé d’un groupe électrogène de secours.

Matthieu Quiret
@MQuiret

Géopolitique du Brexit

Géopolitique du Brexit


Par Valérie Bugault − Le 16 janvier 2019 

valerie_bugault Cet article fait suite, et complète, l’interview de l’auteur par le journal du matin de RT le mercredi 16 janvier 2019.

Afin de comprendre les véritables enjeux géopolitiques, en termes de pouvoir, de la question du Brexit, il faut s’échapper de la technicité mise, à de très rares exceptions près, en avant par tous les médias, « mainstream » et « alternatifs » et considérer les choses sous leur angle non pas politicien mais réellement politique, c’est-à-dire sous celui de la réalité des forces en présence. 

Le Brexit, c’est-à-dire le retrait de la Grande-Bretagne des institutions européennes, est un mouvement qui est né dans les cercles de pouvoir de la City de Londres. Son promoteur, le très médiatique Nigel Farage 1, avait lui-même, comme d’ailleurs sa seconde épouse, fait toute sa carrière à la City et dans la haute finance. Ce mouvement a, d’autre part, été soutenu par des membres éminents de l’oligarchie apatride ayant son Quartier général à la City. 2

Dans ce contexte, et quoi qu’il advienne, c’est-à-dire avec ou sans accords communs négociés en partenariat avec les instances européennes, la Grande Bretagne sortira de l’Union européenne. Car telle est la volonté des puissances d’argent qui œuvrent, depuis la City of London, pour la réalisation du gouvernement mondial ; gouvernement mondial qui passe, en premier lieu, par la réalisation d’une monnaie mondiale, sous forme de panier de monnaie, dont les acteurs siégeant à la City seront les dirigeants de droit. 

Le contexte britannique 

Avant tout développement, il faut commencer par rappeler que l’Angleterre n’était ni dans l’euro, ni ne faisait partie des accords de Schengen. Ce pays n’a donc, en conséquence, pas eu autant à souffrir des institutions européennes que la plupart des autres pays – dont en particulier la France – beaucoup plus concernés par les contraintes européennes. 

Ensuite, il faut constater que les médias et les hommes politiques, tous bords confondus, laissent entendre que les intérêts britanniques, banques, entreprises et populations, sont inexorablement mêlés et homogènes au regard du retrait britannique des instances européennes. Rien n’est plus faux, cette présentation s’apparente à une manœuvre d’ordre psychologique afin de faire disparaître toute velléité d’analyse sérieuse de cette question dite du « Brexit ». En réalité, il faut, afin d’établir les responsabilités des uns et des autres, distinguer clairement les causes des effets ainsi que les centres d’intérêts de chaque groupe en présence de ce qui s’apparente à un vaste « jeu de dupes ». 

Il y a, d’une part, le premier cercle de pouvoir, celui des institutions et des personnes qui résident à la City, auquel peuvent être adjointes certaines (la plupart des ?) multinationales, quelle que soit par ailleurs leur bannière, c’est-à-dire le pays dont elles sont fictivement ressortissantes. Il va de soi que ce groupe des multinationales apatrides ne comprend pas les multinationales dont la détention majoritaire appartient à un État. Ce groupe, historiquement installé à la City, est en réalité apatride ; il n’a que faire des instances européennes, à part pour les contrôler. Les entités, identifiées ou anonymes, appartenant à ce groupe sont les réels initiateurs du Brexit, non seulement elles n’en souffriront pas 3 mais seraient au contraire pénalisées de rester dans le carcan monétaire européen. La City sera en réalité la « grande gagnante » du Brexit. 4

Il y a, en second lieu, les entreprises, petites et moyennes, qui tissent ce que l’on a coutume de nommer l’économie d’un pays, britannique, en l’occurrence. Ces entreprises n’ont à l’évidence pas les mêmes intérêts que leurs congénères apatrides et sont beaucoup plus liées à leur marché national ainsi qu’au marché européen ; marché européen qui risque, en effet, de devenir légèrement plus difficile d’accès pour elles. Toutefois, il faut garder à l’esprit que ces entreprises n’ont pas le monopole du commerce avec l’UE et que leurs débouchés naturels se trouvent également dans les anciennes dépendances britanniques, les pays du Commonwealth. En réalité, il n’y a guère que les sociétés de services qui risquent de souffrir effectivement du Brexit, ce qui réduit quand même assez drastiquement le champ des « victimes » de la sortie de l’Angleterre des instances européennes. 

Il y a, en troisième lieu, le peuple anglais dans son ensemble. Sans être parfaitement homogène, on peut néanmoins considérer que le peuple anglais a des attentes relativement cohérentes. Il veut, comme tous les peuples, un niveau de vie convenable, un prix des logements et de la vie en général modérés et, surtout en corrélation avec le niveau des revenus. Il est attentif au niveau du chômage, à celui de l’endettement ainsi qu’à celui des taux d’imposition. Le peuple est globalement démuni par rapport à la satisfaction de ses besoins primordiaux. Rien de ce qui lui importe ne dépend de lui, tout dépend du gouvernement et/ou des instances supranationales auxquelles son gouvernement adhère. L’Angleterre étant restée hors du champs de l’euro, le Brexit n’impactera que de façon subsidiaire, par effet secondaire, la valeur de la livre. S’agissant du taux de chômage, le Brexit ne devrait pas non plus avoir d’effet à long terme dans la mesure où l’Angleterre bénéficie d’ores et déjà d’un certain nombre de traités commerciaux bilatéraux avec d’autres pays du monde. Son secteur bancaire, réduit en Europe, se développera avec d’autres pays, en particulier en Asie… Le « taux de chômage » est une « donnée » 5 qui est et restera gérée par le ministère en partenariat avec la banque centrale anglaise, laquelle est connectée, via la BRI 6, avec la très grande majorité des banques centrales du monde. Ici encore, le Brexit ne devrait pas avoir d’impact essentiel et vital. 

Les plus malmenés par la sortie des instances européennes paraissent finalement être les étudiants qui se verront probablement, en cas d’absence d’accords de sortie avec l’UE, privés du programme Erasmus 7. Notons au passage, que ce ne seront pas les seuls étudiants britanniques qui « subiront » cet effet négatif. En effet, les étudiants des 27 autres pays de l’Union européenne 8, se verront également interdire, ou rendre plus difficile, l’accès aux universités britanniques. 

Apparaît ici un effet pervers car, à défaut d’accord avec les instances européennes, ces derniers seront, au moins temporairement, privés d’un « soft power » très important et efficace : celui consistant à former et déformer les jeunes esprits afin de leur faire endosser leurs propres intérêts catégoriels. Il en va notamment, bien que pas uniquement, ainsi de la fameuse London School of Economics 9, mais aussi des universités, comme Cambridge et Oxford, qui enseignent le droit à la mode anglo-saxonne. Le Brexit fera donc – au passage – du point du vue du « soft power », des dommages collatéraux imprévus pour les globalistes de la City. 

Deux précisions importantes doivent néanmoins être apportées. En réalité, au vu de l’importance du « soft power » anglais pour la réalisation du nouvel ordre mondial, unifié dans un futur gouvernement mondial, il est extrêmement douteux que cette « arme contre les peuples » soit abandonnée par les élites oligarchiques au pouvoir. En réalité, le droit anglais tout comme les principes économiques et sociaux issus de la London School of Economics disposent maintenant, dans la totalité des pays de l’Union Européenne, de relais de dispersion au sein même des universités et des systèmes éducatifs nationaux qu’il faudra bientôt – c’est-à-dire lorsque le gouvernement mondial sera formalisé – désigner du terme de « locaux ». Il ne faut donc pas surévaluer la problématique éducative en tant que « sujet » à part entière du Brexit.

Le contexte européen 

Les institutions européennes, construites sur une longue durée et maintenant sur le point de devenir fédéralistes – faisant au passage disparaître toute entité politique nationale – sont d’une importance stratégique pour le futur gouvernement mondial. Ce gouvernement mondial ne pourra opérer qu’avec des relais locaux de pouvoir, sur le modèle des actuels préfectures françaises pour l’État français. Les institutions européennes joueront, précisément, ce rôle primordial de relai de pouvoir pour le gouvernement mondial ; il est donc de première importance, pour les élites oligarchiques apatrides, que ces institutions ne se dissolvent pas. Or, de ce point de vue, le Brexit pourrait être considéré par certains États européens, en particulier par la France des « gilets jaunes », comme un « modèle à suivre ». Le grand risque pour les véritables dirigeants qui siègent à la City est que la France sorte à son tour des institutions européennes, faisant au passage éclater cette construction artificielle. Il est impératif, pour les objectifs globalistes, d’éviter toute évasion du carcan européen. Ce dernier, quoique sous domination américaine, a été et reste l’une des plus belles réalisations du futur gouvernement mondial. Il ne faut plus en réalité que parfaire l’intégration fédéraliste et la disparition corrélative des entités étatiques pour que les instances européennes fonctionnent comme le premier pilier de relai géographique du futur gouvernement mondial. 

C’est précisément la raison pour laquelle le Brexit est présenté, par tous les médias (dominants et alternatifs), comme une véritable catastrophe économique et sociale de nature planétaire. La conservation et la pérennisation de cette narration officielle est de la plus haute importance pour les instances dirigeantes à l’origine même du Brexit. 

La seconde manipulation médiatico-politique autour du Brexit consiste à mettre, artificiellement au centre des débats, le questionnement, réellement accessoire, selon lequel les anglais sortiront de l’Union Européenne avec ou sans accord (le « no-deal » en langage globaliste). Ainsi, au lieu de débattre du fait de savoir si le Brexit doit ou non avoir lieu, les débats deviennent « l’Angleterre sortira-t-elle des instances européennes avec ou sans accord mutuel ». La manipulation est grossière mais néanmoins efficace ! 

Notons que le gouvernement « par l’erreur, pour l’erreur, et par la terreur » est la méthode privilégiée, de tout temps, par les banquiers-commerçants dans leur volonté de domination mondiale.

Le contexte français 

Du point de vue des oligarques mondiaux apatrides siégeant à la City, le Brexit ne doit surtout pas générer la sortie de la France des institutions européennes ; la France devra donc disparaître, de façon à lui interdire définitivement toute velléité d’indépendance. Il s’agit ici du dernier acte de la pièce de théâtre, sous forme de jeu de rôle, qui a débuté avec la signature du Traité de Rome et de la CECA. 

C’est dans le contexte de la nécessité globaliste du resserrement de l’intégration européenne fédéraliste et, plus précisément, pour empêcher la France de sortir de la construction européenne, que s’inscrit le futur traité dit « d’Aix la Chapelle » que s’apprêtent à signer, dans la salle du couronnement 10, le 22 janvier prochain, Emmanuel Macron et Angela Merkel. Notons que ces deux dirigeants se permettent de signer un traité d’importance constitutionnelle, sans en référer à leurs peuples respectifs et alors même qu’ils sont, tous les deux, en sérieuse perte de légitimité politique. La vérité est que ces prétendus dirigeants ne dirigent rien : ils sont de simples courroies de transmission des véritables dirigeants anonymes, les banquiers-commerçants qui siègent à la City de Londres. Ainsi, ce traité ne sera ni français, ni allemand ; il sera la manifestation juridique de la domination politique, dans ces deux ex-pays, des banquiers-commerçants. 

Les signataires dudit traité étant dépourvus de toute légitimité politique, ce Traité n’a, de facto, aucune existence réelle, aussi bien en droit national qu’en droit international. 

Techniquement, ce traité scélérat institue de nombreuses modifications institutionnelles, qui vont toutes dans le sens de la disparition politique de la France :

1°) La transformation des régions de l’Est de la France en « euro-régions » franco-germaniques, avec bilinguisme obligatoire ;

2°) La création d’un gouvernement bipartite franco-allemand ;

3°) L’abandon par la France de son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, lequel sera de facto sous contrôle allemand ;

4°) La mise à disposition des forces de l’ordre allemandes pour régler des conflits intérieurs français ;

5°) L’unification législative du « droit des affaires » entre la France et l’Allemagne, avec la précision que ce fameux « droit des affaires » n’est pas fait sur le modèle du droit continental, traditionnel à ces deux pays, mais sur le modèle anglais, lequel sert beaucoup mieux les intérêts dominants de la City. 

Chacun doit en outre se souvenir qu’Aix la Chapelle était le centre du pouvoir de l’empire carolingien de Charlemagne. 11. Cet empire du Moyen-Âge servira de tremplin symbolique vers l’empire ultime, celui de la domination politique mondiale de la caste des banquiers-commerçants.

Le contexte américain

Les personnalités américaines qui ont fait leur fortune – en pactisant au départ (à la fin XIXème et au début XXème siècle) avec les banques de la City – sur le développement de l’empire américain sont elles-mêmes divisées. 

D’un côté, il y a les plus riches et les plus connus d’entre eux, telle la famille Rockefeller, qui ont pris définitivement parti pour les banques de la City, contre l’intérêt bien compris de leur propre pays. Ces gens-là se rangent du côté du Brexit, de l’abandon du dollar comme monnaie mondiale, et de l’abandon de l’empire américain et de l’avènement du futur gouvernement mondial. 

D’un autre côté, il y a les patriotes américains, qui ont sincèrement crus à la « destinée manifeste » des États-Unis, et qui sont, et restent, collectivement attachés à l’intérêt bien compris de l’Empire américain. 

L’essentiel des avantages compétitifs des États-Unis provient de sa prébende en tant que titulaire et émetteur de la monnaie mondiale. Il est donc de la première importance, pour la préservation de l’empire américain, que le dollar reste la monnaie de référence mondiale. Cette partie de l’élite américaine est une fervente combattante du Brexit ; elle combat également l’évolution des institutions européennes qui fera perdre aux États-Unis leur prééminence dans la gestion de cette entité politique artificielle. Les armes anglaises de cette « oligarchie patriote américaine » sont la partie des élites politiques britanniques en place qui restent sous leur joug, essentiellement pour des raisons de corruption ; ils peuvent également utiliser à leur avantage, pour mettre en avant les avantages du Brexit vis-à-vis des autres pays européens, une certaine élite britannique qui se dit indépendante (jouant en réalité le rôle d’idiots utiles de la City) qui croit pouvoir tirer son épingle du jeu en sortant de l’UE tout en restant sous le joug d’airain de la City. 

Cette « oligarchie américaine patriote » est, sans aucun doute possible, « prête à tout » pour faire exploser les institutions européennes – pourtant leur propre créature – plutôt que d’en laisser les avantages institutionnels aux dirigeants de la City. Cette élite américaine patriote, celle qui reste attachée aux effets de l’empire américain, dispose encore – pour des raisons de corruption physique, financière ou morale – de très sérieux relais d’influence politique et militaire en Europe ; elle fera tout pour s’opposer à ce que l’Europe se fédéralise davantage au profit de leurs ennemis de la City. 

Ces deux clans oligarchiques américains se livrent actuellement, sur le dos des institutions européennes et du Brexit, une guerre à mort, laquelle a de multiples répercussions dans le monde entier. Cette guerre sournoise entre deux clans américains, explique, en partie, les mesures et contre-mesures annoncées et non tenues ou non annoncées et tenues par le gouvernement américain. Ainsi en est-il de l’annulation du traité avec l’Iran, du retrait des troupes américaines de Syrie… 

Remarquons au passage qu’en hâtant l’effondrement de l’empire américain, le président Trump agit comme un allié objectif des intérêts globalistes de la City dont le seul objectif est l’avènement d’un gouvernement mondial. 12. Car précisément, le gouvernement mondial ne pourra voir le jour que sous les décombres des États, tout empires soient-ils. 

D’un point de vue géopolitique, tant stratégique que tactique, le clan américain qui fait corps avec la volonté de la City est objectivement plus à même de l’emporter que le camp des « patriotes ». Essentiellement pour la raison que, conformément à leur habitude multiséculaire, les banquiers agissent de façon sournoise en laissant croire aux ennemis de leur ennemi conjoncturel (l’actuel empire américain) qu’ils sont dans le même camp du « bien », contre toute volonté impérialiste propre. La plupart des pays du monde sont aujourd’hui ralliés à la cause, présentée comme « non impérialiste », de la disparition du dollar en tant que monnaie mondiale et de celle de la prééminence militaire et civilisationnelle des États-Unis. 

Cette présentation des choses est fallacieuse et fausse car la véritable volonté impérialiste émane historiquement, depuis l’époque des grandes découvertes, de la seule City. La seule réelle volonté impérialiste, celle qui a créé les pires impérialismes modernes, est celle des entités qui dirigent la City of London. Si l’empire américain est actuellement dans sa ligne de mire, cet ennemi n’est qu’un ennemi conjoncturel, désigné par les circonstances : leurs véritables ennemis sont toutes les entités politiques autonomes (c’est-à-dire les États indépendants, quelle que soit leur taille), qui devront tous, les uns après les autres, disparaître pour laisser la place au gouvernement mondial qu’ils ambitionnent d’instaurer. 

Le contexte international : la lutte de la City contre l’empire américain et pour le pouvoir mondial 

En réalité, ce qui se joue actuellement dans les coulisses du Brexit est une lutte à mort des banques de la City contre ce qui reste de l’empire américain. Car, les institutions européennes et leur succédané qu’est l’OTAN 13, ne sont, par construction et depuis le début, qu’un dominion de l’empire américain, une colonie non avouée mais très dévouée à la cause de son maître. 

Ainsi, outre sa valeur symbolique, s’extraire des instances européennes signifie, pour l’Angleterre, en particulier pour la City, sortir de la domination monétaire américaine afin de retrouver sa plénitude de compétence monétaire et financière. 

C’est d’ailleurs dans ce cadre précis que s’est inscrite, en son temps, la déchéance de Dominique Strauss Kahn, ancien dirigeant du FMI. Ce dernier tentait d’imposer les Droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI [14 Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Droits_de_tirage_spéciaux] comme monnaie mondiale en remplacement du dollar. Pour cela, il avait manœuvré pour faire entrer, via l’or, les avoirs et les relations de l’ancien dirigeant Libyen Mouammar Kadhafi, 14, une partie du continent africain dans des liens monétaires semblables à ceux de l’euro – le fameux « dinar-or africain » ; la nouvelle monnaie en préparation ayant vocation à intégrer le panier de monnaies que sont les DTS du FMI [16 Cf. http://www.ebengostone.com/sacrifice-de-dsk-et-kadhafi/]. Or, les dirigeants « patriotes » américains avaient compris que cette stratégie était directement opposée à la pérennité de la devise américaine en tant que monnaie mondiale. Ils se sont donc opposés à cette stratégie en éliminant politiquement la personnalité du FMI (DSK) qui l’incarnait. 

Conclusion : l’épée de Damoclès de la City ; les États indépendants en danger de mort 

D’un point de vue géopolitique, les dirigeants de tous les pays du monde, autant ceux de la Russie que ceux de la Chine, doivent être mis en garde : le gouvernement mondial en cours d’élaboration et tel qu’initié par les banquiers n’a réellement que faire des États, lesquels sont en réalité ses pires ennemis. L’Empire américain n’est, pour lui, qu’un ennemi conjoncturel, en aucun cas son véritable ennemi, qui, répétons-le est « tous les États indépendants du monde ». Le gouvernement mondial sous domination des banquiers de la City ne pourra se construire que sur les décombres des entités politiques autonomes : États, États-nations ou empires.

Les États qui continueront à être dupes des banquiers sont d’ores et déjà leurs futures victimes désignées. Les victimes impériales des banquiers de la City sont d’ores et déjà déjà innombrables – Empire napoléonien, empire d’Europe central, empire britannique – il reste à y ajouter, l’empire américain, dont le déclin est maintenant inéluctable, et tous ses potentiels candidats successeurs, en particulier les actuelles Russie et surtout Chine. 

Autrement dit, tant que les banquiers siégeant à la City de Londres continueront à organiser les règles du jeu mondial, ils resteront les seuls bénéficiaires des mouvements géopolitiques de tectoniques des plaques politiques.  

Valérie Bugault est Docteur en droit, ancienne avocate fiscaliste, analyste de géopolitique juridique et économique

Liens

  1. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Nigel_Farage
  2. Voir par exemple : https://www.cnews.fr/monde/2018-08-13/un-milliardaire-britannique-pro-brexit-sexpatrie-monaco-et-cree-lindignation-791139 ; https://pureactu.com/ces-milliardaires-pro-brexit-qui-tournent-le-dos-au-royaume-uni/
  3. Cf. https://pureactu.com/ces-milliardaires-pro-brexit-qui-tournent-le-dos-au-royaume-uni/
  4. Cf. https://www.lesechos.fr/19/09/2018/lesechos.fr/0302266153301_marc-roche—–le-brexit-va-permettre-au-royaume-uni-de-decupler-ses-atouts–.htm
  5. Voir à ce propos le NAIRU : cf. https://www.lesechos.fr/19/09/2018/lesechos.fr/0302266153301_marc-roche—–le-brexit-va-permettre-au-royaume-uni-de-decupler-ses-atouts–.htm
  6. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_des_règlements_internationaux
  7. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Erasmus
  8. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Union_européenne
  9. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/London_School_of_Economics
  10. Cf. https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2019/01/08/signature-nouveau-traite-franco-allemand-aix-la-chapelle ; https://www.les-crises.fr/urgent-texte-integral-et-analyse-du-traite-franco-allemand-daix-la-chapelle-qui-sera-signe-le-22-janvier/
  11. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Aix-la-Chapelle
  12.  Sur cette question : lire, notamment, le dernier article de l’américain Brandon Smith : http://lesakerfrancophone.fr/trump-joue-de-la-flute-enchantee-pour-lagenda-du-nouvel-ordre-mondial
  13. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_du_traité_de_l%27Atlantique_nord
  14. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouammar_Kadhafi

http://lesakerfrancophone.fr/geopolitique-du-brexit

 

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Revue de presse nationale et internationale.

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