Archives pour la catégorie Entreprises

Arnaud Montebourg balance sur l’Union européenne et sur la trahison des élites françaises

Arnaud Montebourg balance sur l’Union européenne et sur la trahison des élites françaises

Dommage qu’il n’aille pas au bout de son raisonnement et s’arrête au seuil de la seule solution qui vaille, le Frexit. Il n’y a rien à renégocier. Renégocier les traités est impossible, c’est la garantie d’être toujours « couillonnés »comme le disait le général De Gaulle. L’Union européenne et l’oligarchie financière qu’elle incarne (les décisions se prennent « quelque part, on ne sait pas trop où »…) ne sont pas réformables. Il faut en sortir, point à la ligne. Ce qui ne se fera évidemment avec la clique de dirigeants mafieux qui vendent le pays à la découpe, en se servant au passage. OD

(BFM TV, 24 mars 2019)

Rappels :

Affaire Alstom-GE : un « pacte de corruption » impliquant Emmanuel Macron ?

Juncker : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens »

https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2019/03/30/arnaud-montebourg-balance-union-europeenne-trahison-elites-francaises/

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Paris et Pékin en faveur d’un « accord global » UE-Chine sur les investissements

Paris et Pékin en faveur d’un « accord global » UE-Chine sur les investissements

  • afp,
(g-d) Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le président chinois Xi Jinping, le président Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel, le 26 amrs 20189 à l'Elysée, à Paris/POOL/AFP

La France et la Chine se sont dites en faveur d’un « accord global sur les investissements » entre l’Union européenne et le géant asiatique, mardi, dans une déclaration conjointe des présidents Emmanuel Macron et Xi Jinping.

« Les deux pays soutiennent la conclusion rapide d’un ambitieux accord global sur les investissements entre l’UE et la Chine incluant l’accès au marché et la protection des investissements, dans un esprit de bénéfice mutuel et réciproque », stipule le texte adopté à l’occasion de la visite en France du président Xi.

Cette déclaration intervient alors que, comme les Américains, certains pays Européens s’inquiètent des acquisitions de la Chine sur le vieux continent et reprochent à Pékin de ne pas garantir un traitement équitable aux investissements étrangers sur son sol.

La Chine a investi au moins 145 milliards d’euros en Europe depuis 2010, mais la tendance est au ralentissement, à l’heure où plusieurs Etats durcissent leurs mesures pour encadrer les acquisitions du géant asiatique.

De 37,2 milliards en 2016, selon les données de référence du cabinet américain Rhodium Group, les investissements chinois ont décru à 29,1 milliards en 2017, puis à 17,3 milliards d’euros en 2018 (dont 45% concentrés sur le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France).

Investissements chinois dans l'UE/AFP

La Chine a adopté mi-mars une loi sur l’investissement étranger censée garantir une égalité de traitement aux entreprises nationales et étrangères, notamment dans l’attribution des marchés publics, et prévenir les transferts de technologie forcée. Mais les investisseurs étrangers restent exclus de près d’une cinquantaine de secteurs sensibles.

Tout en saluant un progrès, les entreprises européennes et américaines en Chine ont jugé le texte insuffisant, avec des dispositions trop vagues donnant à la Chine, selon la Chambre de Commerce européenne à Pékin, « le pouvoir d’agir unilatéralement contre un partenaire ou un investisseur étranger ».

De son côté, la Commission européenne a haussé le ton le 12 mars avec une série de propositions de mesures visant notamment à « atteindre des rapports économiques plus équilibrés et davantage fondés sur la réciprocité ».

Les entreprises à la merci du droit américain

ÉCONOMIE

Les entreprises à la merci du droit américain

« En dix ans, les entreprises européennes ont versé plus de 20 milliards de dollars aux agences américaines chargées de lutter contre la corruption et les violations d’embargos. En France, ce sont les amendes record infligées à BNP Paribas et à Alstom en 2014 qui ont alerté les autorités. Alors, quelles sont les méthodes de l’administration américaine pour faire plier les multinationales européennes ? Et comment l’Europe peut-elle contre-attaquer ? »https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=1532b7d5-ccad-42e6-8f75-06be785e57bd

Source : Les carnets de l’éco – France Culture

https://www.les-crises.fr/revue-de-presse-du-23-03-2019/

Dérive de l’Europe : rétablir la priorité au grand marché intérieur

25/01/201905:22

Si l’Europe devait se fixer une mission fédératrice, ce serait celle de la reconquête du grand marché… disons plutôt des promesses du grand marché. Non pas que l’UE et encore moins la zone euro dans son ensemble souffrent d’un déficit chronique et inquiétant de ses échanges avec le reste du monde, où d’un taux de pénétration anormalement élevé. Bien au contraire. Leur excédent des transactions courantes sont très largement positifs. La reconquête du grand marché, n’est donc pas celle de la compétitivité.


Les deux promesses du grand marché


Revenons alors sur les promesses du grand marché, à ses origines, c’est-à-dire au moment du marché commun. C’était d’abord celle de créer un vaste marché de consommation et de débouchés sans entrave pour les produits européen. Un marché de 512 millions d’habitants aujourd’hui qui dépasse celui des États-Unis de 325 millions d’habitants. Cette volonté de faire masse, de défragmenter les marchés, avait pour but de renforcer l’offre européenne en jouant sur les deux avantages de la suprématie américaine : 1/ de renforcer les économies d’échelle ; 2/ de booster le développement de l’innovation en permettant la diffusion des nouveaux produits et des nouveaux standards sur un vaste marché. Le grand marché, c’était ainsi une promesse de pouvoir de marché accru pour les entreprises européenne au plan mondial.


Le grand marché c’était ensuite la possibilité de piloter l’espace européen comme une économie fermée. Les économies européennes prises une à une, on le sait, sont des économies très largement ouvertes, d’autant plus pénétrées par les importations qu’elles sont de petites tailles. Et ce haut niveau d’ouverture était le principal argument qui déqualifiait l’efficacité des politiques de relance budgétaire de type keynésien. Or si l’on croit à la fiction du marché unique, le commerce de l’UE, ce n’est plus 42 % de produits importés rapporté au PIB, chiffre qui incorpore le commerce intra-européen, mais  ’est 16,2% d’importations provenant des pays en dehors de l’UE. In fine, l’UE n’est pas plus exposé à la concurrence internationale que les trois principaux grands marchés du monde que sont la Chine, l’Inde et les États-Unis. C’était cela aussi la promesse du grand marché. Les économies européennes, non pilotables budgétairement au plan national, le redevenaient au plan européen.


Pour une politique industrielle européenne


Sur les deux tableaux, il est clair que le projet a déçu. Le grand marché de débouché a viré, on l’a dit de multiples fois, en grand marché de mise en concurrence des facteurs de production. Et les gains escomptés se sont polarisés sur les pays qui disposaient des avantages concurrentiels et géographiques les plus robustes. A défaut de se mettre en coopération budgétaire, les pays se sont mis en concurrence sociale et fiscale. Dans la fièvre idéologique des années quatre-vingt Bruxelles a succombé à l’idolâtrie de la concurrence, comme alpha et oméga de l’innovation, de la croissance, du plein emploi et de la convergence.


Clairement, l’éclosion d’une industrie renforcée, la prise de leadership dans certains domaines de pointe ne jaillissent pas spontanément de l’avènement d’un marché sans barrière tarifaire. Pour que le grand rêve de leadership productif européen voit le jour, chacun peut pressentir qu’il faut un coup de pouce étatique. Mais il ne suffit pas de dire budget européen, à la façon d’un macro-économiste. Plus de dépenses au plan européen, cela ne fait pas nécessairement une stratégie productive. Ce qu’il manque véritablement à l’Europe, c’est une politique industrielle capable d’orienter les regroupements pertinents et de transcender les intérêts nationaux, à l’instar de ce qui s’est produit dans l’aéronautique. Les domaines propices à ces regroupements stratégiques et couvrant des intérêts communs ne manquent pas, que ce soit dans le domaine des transports, pour relever en commun le défi de l’électrique et de l’autonomie, dans l’énergie, pour opérer un renouveau mix de façon coordonnée, dans le numérique pour préserver notre autonomie, dans le militaire etc.


Au-lieu de cela, que voit-on ? Des autorités de la concurrence qui renâclent face au rapprochement d’Alstom et Siemens, dans le ferroviaire. Et ce n’est qu’un cas emblématique parmi d’autres. Plutôt que de fédérer une industrie européenne menacée d’éviction au plan internationale, c’est le catéchisme du risque d’abus de position dominante qui s’impose. Et c’est pourtant par le biais d’une politique industrielle coordonnée au plan européen, cherchant à tirer parti des économies d’échelle et des effets de réseau au plan européen, que le projet européen pourrait sortir de l’ornière.

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Olivier-Passet-Derive-de-l-Europe-retablir-la-priorite-au-grand-marche-interieur_3746818.html?utm_source=Mod%E8le%20diffusion%20Xerfi%20Canal&utm_medium=email&utm_campaign=XC170319

L’inspirateur de Macron le vaut bien

L’inspirateur de Macron le vaut bien

Brèves de crise

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L’inspirateur de Macron le vaut bien

Lorsque nous disons “l’inspirateur” au singulier, c’est pour symboliser la chose, – les gens dont il va être question. Ci-dessous, rapportée par France-Info et relayée par RT-France, l’histoire de la réforme (de la liquidation, disons) de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF). Où l’on voit quelques grosses pointures du monde des grands patrons, parce qu’ils n’ont qu’une confiance moyenne dans leur résolution, demander, ou disons exiger du Fake-président et de ses employés une accélération des “réformes”. Couplé à d’autres initiatives dans le même sens, cela donne un “effet de masse” qui nous conduit au “président des riches” et à “Robin des bois à l’envers”, et un pas plus loin, aux Gilets-Jaunes eux-mêmes. (Il paraît qu’un des participants [Philippe Aghion] à l’élaboration du programme-Macron le pense, – mais un peu tard : tout cela a accouché des Gilets-Jaunes.)

Ce qui signifie qu’ils ont tous la même orientation de l’esprit, les mêmes aveuglements, les mêmes incroyables incompréhensions des sentiments et des réactions des gens, la même psychologie dystopique de l’arrogance d’appréciation du monde et d’eux-mêmes par eux-mêmes. Il y a un extraordinaire enchaînement dans leurs interventions et jugements divers, qui les conduit irrésistiblement vers la catastrophe, vers le trou noir qui fait s’accumuler les maladresses et transformer en baril de poudre ce pouvoir qu’ils ont conquis avec tant de brio. (La même chose se constate, par exemple, avec le pouvoir-neocon à “D.C.-la-folle” ou dans la direction des affaires de l’UE.)

Ce n’est pas complot mal bidouillé, tout juste une combine type-Pieds-Nickelés, et un signe de plus que le Destin veille sur eux comme un gardien sur sa prison, avec une vigoureuse fermeté et un sourire ironique. Il y a des choses hautes qui se passent pour accélérer la transmutation de la surpuissance du Système en autodestruction.

Voici donc les secrets du Fake-président.

« Une rencontre secrète de grands patrons à l’Élysée aurait provoqué l’adoption de la réforme sur l’ISF plus tôt que prévu. C’est ce qu’affirme France Info, la chaîne d’information en continu du service public. Elle rappelle que dans son discours de politique générale, le 4 juillet 2017, le Premier ministre Édouard Philippe avait annoncé que l’ISF serait “resserré autour du seul patrimoine immobilier afin d’encourager l’investissement dans la croissance des entreprises”, mais surtout que la réforme entrerait en vigueur en 2019  (et non dès 2018 comme ce fut finalement le cas).

» Or, trois jours plus tard démarraient les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. A cette occasion, d’après les informations recueillies par la chaîne info «Jean-Hervé Lorenzi, le président du Cercle des économistes, demande au ministre de l’Economie Bruno Le Maire […] d’accélérer son calendrier”.

» Surtout, à la même époque, plusieurs membres de la puissante Association française des entreprises privées (Afep), regroupant de nombreux patrons du CAC 40, considèrent que si le président de la République n’agit pas immédiatement, il ne le fera jamais. Selon France Info, ils se rendent secrètement en délégation à l’Elysée pour demander un changement de calendrier, et peu de temps après Bercy annonce que la réforme entrera bien en vigueur dès 2018.

» Cependant, cette décision s’accompagne d’une baisse des aides personnalisées au logement et d’une hausse du forfait hospitalier qui donne à beaucoup et comme le résumera Clémentine Autain (LFI) le 8 octobre 2017 sur la chaîne parlementaire (LCP)  l’impression “qu’au fond la redistribution se fait au profit des plus riches”, et qu’avec Emmanuel Macron à l’Élysée “c’est un Robin des bois à l’envers qui est à la tête de l’État”.

» Cité par France info, Philippe Aghion, qui a participé à l’élaboration du programme économique d’Emmanuel Macron se désole de la simultanéité de la baisse des APL, de la hausse de la CSG pour les retraités, puis de la désindexation des retraites sur l’inflation, avec le remplacement de l’impôt de solidarité sur la fortune par un impôt sur la fortune immobilière dont le rendement fiscal chute de près de 3 milliards d’euros. Il va jusqu’à avancer : «Si on avait procédé différemment, nous aurions évité le mouvement [des Gilets jaunes] que nous avons aujourd’hui.” »

 

Mis en ligne le 21 février 2019 à 16H30

http://www.dedefensa.org/article/linspirateur-de-macron-le-vaut-bien

Affaire Ghosn : un révélateur des deals de gouvernance

06/02/201905:15

Xerfi Canal a reçu Marie-Jeanne Pasquette, Présidente de Sphère finance publications et rédactrice en chef de minoritaires.com, pour parler de la rémunération des dirigeants après l’affaire Ghosn.

Une interview menée par Adrien de Tricornot.

https://www.xerficanal.com/strategie-management/emission/Marie-Jeanne-Pasquette-Affaire-Ghosn-un-revelateur-des-deals-de-gouvernance_3746744.html

Le Cac 40 a versé 57,4 milliards d’euros à ses actionnaires…

Atlantico-Business
Le Cac 40 a versé 57,4 milliards d’euros à ses actionnaires, de quoi encore enflammer certains ronds-points encore occupés par les Gilets jaunes

Tous ceux qui se sont emparés du sujet de l’ISF considérant que  la suppression a été un pur scandale, tous ceux qui réclament la suppression de la taxe d’habitation, sauf pour les plus riches, sans nous dire d’ailleurs à partir de quel montant on est riche dans ce pays – ne parlons pas de ceux qui condamnent les hauts fonctionnaires à 14 000 euros mensuel (plus que les ministres ou même plus que le président de la République), préférant sans doute un pays administré par des médiocres corrompus parce que pas assez payés. Bref, tous ceux qui utilisent la haine du riche (ou du plus riche que soi) pour pimenter leur projet politique vont pouvoir s’en donner à cœur joie en tricotant de belles diatribes sur le montant des dividendes versées aux actionnaires.

Avant d’interférer dans ce débat, il serait intéressant de se poser quelques petites questions sur ceux qui versent des dividendes, à qui on les verse et au final à quoi ils servent dans l’économie. Des faits et des chiffres.

 

1er question, mais qui verse vraiment les dividendes ? Les dividendes sont versés par toutes les sociétés à leurs actionnaires. Pas seulement les sociétés privées et cotées en bourse mais également les sociétés publiques. Les dividendes sont une part du résultat de l’entreprise. Pour distribuer un dividende, il faut au préalable que l’entreprise fasse des bénéfices.

La valeur créée par l’entreprise est partagée entre les salaires (en général plus de 50%), l’entreprise qui en garde une partie en réserve pour financer ses investissements (l’auto financement) et une dernière partie qui est distribuée aux actionnaires (en moyenne 20%).

En 2018, les entreprises du CAC 40 ont donc distribué 53 milliards d’euros à leurs actionnaires, elles n’avaient pas été aussi généreuses depuis 10 ans. Elles ont donc effacé la crise financière qui les avait laminées depuis 11 ans.

Alors ces résultats sont confortables parce que les performances économiques de ces grandes entreprises françaises ont été exceptionnelles. Ces entreprises qui sont très internationales ont profité du redressement de la conjoncture mondiale à partir de 2015. Puis de l’amélioration plus tardive de la situation de l’Union européenne et enfin en 2016-17 de la reprise encore plus tardive de la dynamique française.

Maintenant, la distribution de dividendes ne dépend pas que de l’ampleur des résultats, elle dépend aussi de la volonté politique des directions d’entreprise et de la pression des investisseurs

Maintenant, il s’agit-là des entreprises du Cac 40, les plus grosses. Les bénéfices ont augmenté de 18%, mais le montant des dividendes versé n’a progressé lui que de 4%.

A noter aussi que six entreprises, dont Total et Danone, ont versé une grande partie de leur dividende, non pas en cash (elles l’ont gardé pour investir) mais en actions.

Enfin, si le Cac 40 apparaît aussi généreux, il le doit à trois entreprises qui, à elles seules, représentent 33% de la distribution globale : Total, Sanofi, et BNP Paribas. Si, à ce tiercé de tête, on ajoute Axa, LVMH, l’Oréal, et Schneider, on a finalement moins de 10 entreprises françaises qui versent plus de la moitié des dividendes. A la fin de ce palmarès des plus grosses, la moitié du Cac distribue moins de 18% des dividendes.

 

Alors ce qui vrai pour le Cac 40, à savoir que l’essentiel de la distribution n’est hélas que le privilège d’une poignée de très grosses entreprises, est encore plus vrai pour le reste des entreprises françaises.

 

2e question : mais à qui sont versé les dividendes ? En théorie, les dividendes reviennent aux actionnaires. En général, les actionnaires sont ceux qui ont créé l’entreprise mais ceux-là ne sont pas ceux qui se servent le plus. L’argent de ces entreprises familiales reste le plus souvent dans l’entreprise pour servir d’autofinancement. Les entreprises les plus importantes ont encore parfois des actionnaires fondateurs ou héritiers des fondateurs, mais c’est très rare. Les familiaux historiques ont très souvent disparu sous d’autres cieux. Les actionnaires dans les très grosses entreprises sont des actionnaires individuels qui ont placé ainsi leur épargne. Ils sont venus seuls ou ont le plus souvent emprunté un véhicule financier, une sorte de transport collectif, un fonds commun d’investissement, une sicav ou un fonds de placement proposé et géré par une banque ou une société d’assurance.

Au risque de provoquer des déceptions, les épargnants français sont peu enclins à prendre ce genre de métros financiers, ils préfèrent l’assurance vie investie en bons du trésor ou en obligations d’Etat. Les Français pensent qu’un Etat endetté est plus sûr qu’une entreprise pharmaceutique qui travaille dans le monde entier. Les Français qui paient déjà beaucoup d’impôts sont libres de confier en plus leur épargne à Bercy. Mais beaucoup d’étrangers, eux, se disent que l’investissement dans une entreprise du Cac est plus intéressant. D’où la présence massive des investisseurs étrangers au capital des entreprises françaises. Et si parfois les entreprises françaises se montrent généreuses, c’est qu’elles répondent à la demande de leurs actionnaires étrangers. 80 % du capital des plus grandes entreprises françaises est dans les mains de fonds étrangers qui récupèrent donc ces dividendes.

Quand les entreprises françaises ont un actionnaire public, le dividende est donc versé à l’Etat. C’est ce que fait EDF ou SNCF. Dans ce cas, il faut savoir que le conflit d’intérêt est permanent entre la qualité de la gestion du service public et la demande hypocrite de l’Etat pour récupérer du dividende afin de rassasier sa soif de recettes fiscales. C’est le cauchemar du président de l’EDF à qui on demande de baisser les prix de l’électricité, mais de dégager un rendement maximum. En même temps bien sûr !

 

3e question : à quoi servent les dividendes distribués ? Là encore, on peut se faire mal en croyant  que les dividendes permettent aux riches oisifs de se payer une vie de rêve dans les plus grands palaces et on se trompe bien sûr.

Les rentiers de luxe existent certes, mais les dividendes qui sont distribués, pour l’essentiel aux fonds d’investissements anglo-saxons, atterrissent dans la poche des adhérents du fonds et les adhérents du fonds sont en général des retraités qui ont confié la gestion de leur retraite à ces fonds financiers.

La retraite française évolue dans un jeu de répartition. Ses enfants actifs cotisent en travaillant et la cotisation va financer la retraite de leurs ainés.

Le retraité anglo-saxon, américain, anglais, nordique ou même allemand évolue lui dans un jeu de capitalisation. Il a cotisé toute sa vie durant à un fonds de retraite, qui a investi son argent dans des entreprises solides dont celles du Cac 40.

Et c’est bien parce que les dividendes sont captés par les fonds de retraites étrangers qu’ils sont soumis à un impérialisme du court terme. Les adhérents du fonds sont des retraités, leur espérance de vie est courte, ils ont donc des exigences précises. Normal.

Ceci étant, les dividendes versés aux fonds de retraites sont recyclés en dépenses de consommation par les retraites eux même puisque ça finance leur revenu quotidien.

Quand les dividendes sont versés à des fonds d’investissement, ils servent bien sûr à de nouveaux investissements. Avec aucune garantie que ces fonds produits par des entreprises françaises soient réinvestis dans l’hexagone puisqu‘ils sont recyclés par des dons étrangers.

Une partie très modeste est recyclé dans du « made in France ».

La vie secrète d’un dividende n’a rien d’une vie de rêve. Mais disons qu‘elle n’est finalement ni très compliquée, si sulfureuse. Le dividende n’a surtout pas grand-chose à cacher, pas même la fiscalité pour cause de retenue à la source depuis des lustres.

 

https://www.atlantico.fr/decryptage/3563123/le-cac-40-a-verse-57-4-milliards-d-euros-a-ses-actionnaires-de-quoi-encore-enflammer-certains-ronds-points-encore-occupes-par-les-gilets-jaunes-jean-marc-sylvestre

Des sièges fabriqués par la Chine équipent des avions Airbus

Des sièges fabriqués par la Chine équipent des avions Airbus

© Chine Nouvelle (Xinhua), Le 31/10/2018 18:31

Airbus a livré à la compagnie aérienne China Express un avion A320, premier avion de ligne d’Airbus équipé de sièges fabriqués par une entreprise chinoise, a indiqué mercredi Airbus Chine.

Il s’agit d’une nouvelle étape pour la coopération industrielle Airbus-Chine, a déclaré Airbus Chine.

L’A320 livré récemment compte une cabine aménagée en deux parties, avec quatre sièges en classe affaires et 168 sièges en classe économique. Il sera bientôt utilisé sur des lignes intérieures de China Express.

Ces sièges d’avion ont été fabriqués par Ali-Jiatai Aircraft Equipment Co., Ltd, basé à Xiangyang, dans la province du Hubei (centre).

L’entreprise figurait sur la liste du catalogue d’achat des produits d’équipements d’Airbus en 2017. Elle est également le fournisseur des sièges de l’avion de ligne C919 développé par la Chine.

Pour l’instant, la famille des A320 a reçu 14.700 commandes dont 8.400 ont été livrés à des clients à travers le monde, selon Airbus Chine

.https://chine.in/actualite/cn/des-sieges-fabriques-par-equipent-des-avions_114024.html

Ford préfèrerait fermer l’usine de Blanquefort, colère de Bruno Le Maire

Ford préfèrerait fermer l’usine de Blanquefort, colère de Bruno Le Maire

Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire rencontre des syndicalistes de l’usine Ford de Blanquefort, le 15 octobre 2018 à Bordeaux / © AFP / Nicolas TUCAT

Bruno Le Maire a manifesté sa colère lundi contre le constructeur automobile Ford qui préfère fermer son usine de Blanquefort (Gironde) plutôt que de la céder à un repreneur, une position jugée « indéfendable » par le ministre de l’Economie qui a alerté le gouvernement américain.

« J’ai eu le président de Ford vendredi dernier au téléphone et le président m’a annoncé qu’entre une reprise du site par Punch et la fermeture de l’usine, l’option privilégiée par Ford était la fermeture de l’usine. Je suis en désaccord total avec ce choix », a dit M. Le Maire à Bordeaux, à l’issue d’une réunion avec des élus locaux et des représentants des quelque 850 salariés.

« S’ils pensent qu’ils peuvent mettre la clef sous la porte sans que ni l’Etat ni les collectivités locales ne réagissent, ils se trompent! Nous allons nous battre et nous ne nous laisserons pas faire », a lancé le ministre, jugeant cette position « indéfendable ».

Déterminé à ce que « l’option de la reprise soit retenue » par le constructeur, M. Le Maire a affirmé avoir multiplié au cours du week-end les appels auprès de l’administration américaine.

Il a dit avoir téléphoné au Secrétaire au Trésor Steve Mnuchin et au conseiller économique du président Donald Trump pour « obtenir leur soutien » et qu’ils alertent « la direction de Ford sur ce qui se passe actuellement sur le site de Blanquefort », près de Bordeaux.

« Je souhaite que nous nous mobilisions tous pour maintenir l’activité industrielle (…) et que plutôt qu’une fermeture nous allions vers une reprise par Punch » Powerglide, « un repreneur solide » qui fabrique lui aussi des boîtes de vitesse, à Strasbourg, a-t-il dit.

Selon lui, « si Ford prenait la décision de fermer sèchement l’usine de Blanquefort le coût serait supérieur à une reprise », un choix « incompréhensible ».

Pour Philippe Poutou, délégué CGT de l’usine, l’américain « préfère fermer l’usine que favoriser la reprise car cela lui coûte moins cher au global » puisqu’une reprise signifie « obligatoirement des engagements de Ford pour assurer la transition » car « le repreneur aurait un plan sérieux mais pas avant trois ans ».

– « Totalement inadmissible » –

En septembre, M. le Maire avait en effet invité Ford « à prendre ses responsabilités », l’appelant à « participer à cette période de transition » du site qui compte 847 salariés.

Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire arrive à l’usine Ford de Blanquefort pour rencontrer des syndicalistes, le 15 octobre 2018 à Bordeaux / © AFP / Nicolas TUCAT

Le ministre avait qualifié d’insuffisant le plan de charge et souhaité « avoir des assurances sur les volumes [de commandes de boîtes de vitesses et de carters, que fabrique l’usine] que Ford va laisser en 2019, 2020 et 2021 ».

Etat et collectivités territoriales se sont de leur côté engagés lundi à apporter une aide financière afin de permettre la réussite de cette reprise. M. Le Maire a assuré que l’Etat était prêt à investir 5 millions d’euros à Blanquefort.

Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole et maire de la ville, a lui aussi dénoncé l’attitude du constructeur américain. « Ford continue à nous mener en bateau », a-t-il estimé, ajoutant que « les collectivités territoriales se sont engagées à apporter 12,5 millions d’euros ».

Les deux tiers seraient financés par la région Nouvelle Aquitaine et un tiers par la Métropole « ce qui est une aide considérable », a-t-il détaillé en quittant la réunion avant la fin.

Même colère d’Alain Rousset, le président de la région Nouvelle Aquitaine, pour qui « Ford a envie de plier les gaules » ce qui est « totalement inadmissible ». Il souhaite que la Commission européenne soit interpellée afin d’examiner les aides qu’elle verse à Ford Europe.

Fin février, Ford avait annoncé cesser tout investissement dans son usine girondine, et rechercher un repreneur pour le site implanté dans la banlieue bordelaise depuis 1972.

Selon Philippe Poutou, sur les 847 salariés du site, 390 souhaitent partir en pré-retraite et un maximum de 400 pourraient être repris par Punch.

(©AFP / (15 octobre 2018 14h11)

https://www.romandie.com/news/Ford-pr-f-rerait-fermer-l-usine-de-Blanquefort-col-re-de-Bruno-Le-Maire/962188.rom

Affaire Areva : la monstrueuse amende qui menace la France

Affaire Areva : la monstrueuse amende qui menace la France

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Affaire Areva, la monstrueuse facture qui menace la France

Ça n’en finira donc jamais ! Le groupe nucléaire, dont les frasques ont déjà coûté 4,5 milliards d’euros aux contribuables, pourrait se voir réclamer 24 milliards par la justice américaine. Cette fois, c’est une affaire de corruption aux Etats-Unis qui est en cause.

Oubliez le scandale du Crédit lyonnais des années 1990 et les 15 milliards d’euros qu’il a coûtés à la France. L’affaire Areva est en passe de battre tous les records. Selon nos informations, la justice américaine a discrètement prévenu début juillet les autorités françaises qu’elle pourrait lancer un procès pour corruption contre l’ex-fleuron tricolore de l’atome. Et que, en cas de condamnation, l’amende pourrait aller jusqu’à… 24 milliards d’euros, l’équivalent d’un tiers des recettes de l’impôt sur le revenu.

Nom d’une chaudière ! On croyait pourtant en avoir fini avec les scandales Areva, les gisements inexploitables d’Uramin rachetés à prix d’or (1,8 milliard d’euros), son réacteur EPR finlandais toujours inachevé et l’incurie de sa gestion depuis sa création en 2001. La facture a déjà coûté 4,5 milliards d’euros aux contribuables français, versés l’an dernier par l’Etat pour éviter la faillite.

Depuis, le groupe a été coupé en trois (les activités d’équipementier nucléaire ont été acquises par EDF) et a été rebaptisé Orano, comme pour lui donner un nouveau départ. Hélas ! Voilà maintenant qu’un possible pacte de corruption, conclu en 2010 par l’entreprise avec des dirigeants du Parti démocrate américain, menace de la faire exploser pour de bon. Une affaire qui pourrait aussi éclabousser le Premier ministre Edouard Philippe, directeur des affaires publiques d’Areva à l’époque.

>> A lire aussi – Le coût astronomique de l’EPR finlandais imposé par Anne Lauvergeon

“Quand, au début de l’année, j’ai découvert l’ampleur de cette affaire, j’ai transmis au directeur du FBI l’ensemble des éléments sur lesquels j’avais pu mettre la main”, dévoile à Capital Marc Eichinger. Cet enquêteur privé spécialisé dans la lutte contre la grande criminalité internationale et la corruption est très au fait du dossier : c’est lui qui a rédigé le rapport remis en avril 2010 à la direction de la sécurité d’Areva pour dénoncer la potentielle escroquerie liée au rachat d’Uramin trois ans plus tôt.

Le 26 janvier dernier, Marc Eichinger, un enquêteur privé qui collabore régulièrement avec les services américains, écrit au FBI pour attirer son attention sur une affaire encore inconnue. Certains éléments qu’il a découverts lui font penser que le rachat de la start-up américaine Ausra par le groupe nucléaire français Areva pourrait cacher un pacte de corruption, mettant en cause plusieurs hauts dirigeants du Parti démocrate, dont l’ancien vice-président Al Gore. Depuis, le FBI travaille discrètement sur cette affaire.

Estomaqué par cette nouvelle affaire de corruption aux Etats-Unis, il a aussi fait passer tout le dossier à la justice française, provoquant une surchauffe des services d’enquête en plein été, déjà caniculaire. Selon nos informations, la brigade financière, en charge des tentaculaires affaires d’Areva, a recommandé au Parquet national financier (PNF) d’ouvrir une nouvelle instruction pour “corruption d’agent public étranger et trafic d’influence”. Mais début septembre, au moment où nous écrivions ces lignes, le PNF n’avait toujours pas suivi ces recommandations.

Au coeur de ce nouveau scandale, qui n’a pas encore éclaté aux Etats-Unis, les conditions dans lesquelles Areva a acquis, en février 2010, Ausra, une startup américaine spécialisée dans l’énergie solaire. Officiellement, selon le groupe français, le prix d’achat aurait été de 243 millions de dollars. Problème : un dirigeant d’Ausra affirme avoir vendu la société pour… 275 millions. A l’époque, Areva s’était contenté du minimum syndical en matière de communication : le dossier de presse ne mentionnait aucun montant, ni l’identité précise des principaux actionnaires vendeurs.

A première vue, Anne Lauvergeon, à l’époque patronne du groupe nucléaire français, aurait pourtant dû se glorifier de cette acquisition. Car parmi ces actionnaires figurait Al Gore, l’ancien vice-président de Bill Clinton, devenu, depuis son échec à la présidentielle de 2000, le nouveau chantre mondial des énergies renouvelables. L’ex-candidat démocrate avait acquis ses parts en participant à des augmentations de capital (de 123,3 millions de dollars au total) à travers les deux fonds d’investissements qu’il préside ou conseille, Kleiner Perkins (ex- KPCB) et Generation Investment Management.

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Si Anne Lauvergeon a préféré rester discrète, c’est que, à l’époque, Areva est déjà dans une situation financière compliquée. Quelques semaines avant cette acquisition, en janvier 2010, une réunion du Conseil de politique nucléaire, qui s’est tenue à l’Elysée en présence de tous les principaux acteurs de la filière, a abouti à la conclusion qu’il fallait le recapitaliser d’urgence. L’opération est réalisée quelques mois plus tard : la société obtient 900 millions d’euros, 600 millions étant versés par le fonds souverain du Koweït, le KIA, et 300 millions par l’Etat.

Dans cet environnement très contraint, on peut s’interroger sur l’opportunité d’acquérir Ausra. D’autant que la start-up est elle-même dans une situation financière difficile, et que sa technologie (l’énergie solaire thermique à concentration) n’a rien de révolutionnaire. Elle est même un peu désuète puisque les premières centrales solaires de ce type ont été construites dans les années 1980.

De plus, l’opération est manifestement surpayée : comme on peut le découvrir dans le propre rapport annuel 2010 d’Areva, la différence entre la valeur réelle des actifs et le prix de vente se monte à quelque 165 millions de dollars !

En réponse à la curieuse proposition d’Olivier Fric, le mari d’Anne Lauvergeon, d’acquérir avec Areva de nouvelles sociétés, l’un des directeurs du groupe assure, en décembre 2009, que l’entreprise “n’a pas les moyens” de mener une telle politique. Pourtant, deux mois plus tard, Areva mettra 243 millions de dollars sur la table pour s’offrir Ausra.

Pour quelles raisons Areva a-t-il accepté de lâcher autant d’argent pour Ausra ? Cette question, Marc Eichinger se l’est posée pendant plusieurs années avant de découvrir la vérité. Cet ancien directeur de salles de marché a en effet fini par mettre la main sur de nombreux documents compromettants pour le groupe français. A commencer par cet échange de mails intervenu en décembre 2009 entre Olivier Fric – le mari d’Anne Lauvergeon, qui n’a officiellement rien à voir avec Areva – et un haut dirigeant du groupe. Fric y propose de monter avec Areva un fonds, dont il serait co-actionnaire, pour réaliser des acquisitions dans les énergies renouvelables. “Impossible !”, lui répond ce dirigeant après avoir consulté sa patronne, en arguant que le groupe n’a pas les moyens de mener ce genre de politique. Cela n’empêchera pas Areva de s’offrir Ausra deux mois plus tard. Ni Olivier Fric d’en devenir lui-même actionnaire en 2011, par le biais d’Agave Partners Holdings, une société constituée avec un homme d’affaires américain.

La découverte de ce méli-mélo a conduit Marc Eichinger à approfondir son enquête aux Etats-Unis. Et à travailler en particulier sur l’incroyable histoire de l’usine qu’Areva était chargé de construire pour le compte du Department of Energy (une affaire que Capital a révélée dans son numéro de janvier 2017), et qui, nous allons le voir, est en relation directe avec le dossier Ausra.

Ce futur établissement était censé assurer la transformation en mox (un combustible nucléaire) des 34 tonnes de plutonium militaire que Washington s’était engagé à faire disparaître dans le cadre d’un accord de désarmement avec la Russie. Son coût était estimé à 1,4 milliard de dollars, et la mise en service programmée pour 2005. Hélas ! Onze ans plus tard, il n’avait toujours pas vu le jour. Et selon un rapport de l’US Army remis au gouvernement américain, sa facture était passée à… 17,4 milliards de dollars et son ouverture repoussée à 2048 !

Depuis, le Congrès américain s’est rendu à l’évidence : il a mis fin à ce projet, baptisé “Mox Services”, au début de cette année. Mais cette petite affaire aura tout de même coûté quelque 7,7 milliards de dollars au budget fédéral en pure perte ! En fait, cette affaire aurait dû s’arrêter bien plus tôt. Dès 2009, les rapports alarmants se multipliaient sur l’incapacité d’Areva et de son partenaire américain à construire l’usine. Et Duke Energy, le seul propriétaire de centrales nucléaires local prêt à utiliser le mox comme combustible, avait fait savoir après une série de tests défaillants qu’il ne choisirait pas cette solution.

La production de la future usine d’Areva n’ayant plus aucun débouché, le projet aurait dû être abandonné séance tenante. Au lieu de quoi, l’administration Obama et Areva persistent. Et, ô miracle, voient arriver quelques mois plus tard un nouveau client pour le mox, en l’occurrence la Tennessee Valley Authority (TVA), une agence fédérale créée en 1933 par le président Roosevelt pour domestiquer le cours du Mississippi et produire de l’électricité. Cette planche de salut inespérée permettra à l’administration fédérale de convaincre le Congrès de poursuivre le financement des travaux.

Rien d’extraordinaire ? A ceci près que la TVA est très proche de la famille d’Al Gore ! Le père du futur vice-président américain, lui-même sénateur démocrate du Tennessee durant plusieurs décennies, en a fait sa chose au point que, durant la course à la présidentielle de 2000, la presse américaine présentera la TVA comme la “candy store” (la boutique à bonbons) de la famille du candidat démocrate. Du coup, l’intervention de cette agence fédérale dans le dossier Mox Services, qui se produit au moment du rachat d’Ausra à Al Gore par Areva, pose question. Celle-là ne serait-elle pas la contrepartie de celui-ci ?

Lâché par son unique client, Areva se retrouve en 2009 sans débouché pour le combustible nucléaire mox qu’elle prévoit de produire dans une nouvelle usine. Mais contre toute attente, quelques mois plus tard, le groupe de production d’électricité TVA, proche de la famille d’Al Gore, fait part de son intention de se fournir en mox dans ce document interne à la société.

L’affaire n’implique d’ailleurs pas que l’ancien vice-président. Trois autres grands noms du Parti démocrate sont cités dans le dossier. A commencer par John Kerry, le futur secrétaire d’Etat de Barack Obama durant son second mandat. L’ex-candidat malheureux à la présidentielle de 2004 est alors sénateur et président du Comité des affaires étrangères. Fin janvier 2009, au cours d’une audience sénatoriale publique et en présence d’Al Gore, il dresse un long panégyrique d’Ausra, affirmant que cette société représente l’avenir.

Coïncidence, John Kerry est aussi actionnaire du fonds qui a investi dans Ausra ! Le jour même de cette audience, le patron de la start-up annoncera pourtant, dans une interview au quotidien californien The Mercury News, l’abandon de la plupart des projets mentionnés par John Kerry en raison de ses difficultés financières…

La deuxième grande figure du Parti démocrate impliquée dans l’histoire est un homme d’affaires américain : John Doerr. Il codirige Kleiner Perkins et est connu pour être l’un des principaux leveurs de fonds du parti. Il est très proche des Clinton et de l’administration Obama : en février 2009, la Maison-Blanche le catapulte au Council on Jobs and Competitiveness, un organisme qui conseille le président. Les nombreux avantages financiers qu’obtiendra John Doerr pendant la présidence Obama généreront autant de scandales (c’est notamment l’affaire Solyndra en 2011), obligeant le ministre de l’Energie, Steven Chu, à abandonner ses fonctions.

Le troisième démocrate mouillé n’est autre que le sénateur Harry Reid, le chef de la majorité démocrate au Sénat entre 2006 et 2014. Lui aussi a beaucoup fait pour soutenir publiquement Ausra, notamment dans son Etat, le Nevada, en proposant la mise à disposition de terrains pour construire des usines solaires. C’est également un partisan inconditionnel d’Areva : il a ainsi plaidé, en 2010, auprès de Barack Obama pour que le gouvernement accorde au groupe français le prêt remboursable de 2 milliards de dollars pour financer un projet d’usine d’enrichissement d’uranium dans l’Idaho. Ce dernier, baptisé “Eagle Rock”, sera finalement abandonné en 2012.

Enfin, l’administration Obama va se montrer très généreuse avec Ausra : en février 2010, au moment de son acquisition par Areva, il reçoit une subvention fédérale (non remboursable) de 13,9 millions de dollars pour un projet d’usine solaire en Californie dont le coût est évalué à 40 millions. D’après Marc Eichinger, cette aide publique, qui représente 34% du coût de construction, est la cinquième plus grosse subvention (par rapport au coût de construction) accordée par le Trésor américain dans le cadre du financement des énergies renouvelables.

Malgré cela, Ausra, rebaptisé Areva Solar, n’a jamais généré que des pertes. Et il a été définitivement liquidé en 2015. La construction de l’usine Mox Services a elle aussi été arrêtée, mais la facture va continuer de gonfler pour le budget fédéral américain. Pour pouvoir entreposer en toute sécurité le plutonium militaire (matière très instable) qui aurait dû être transformé en combustible mox, Washington va en effet devoir dépenser quelque 19,9 milliards de dollars, selon une étude du Department of Energy !

Une bien mauvaise nouvelle pour le contribuable… français. Car, en cas de procès pour corruption aux Etats-Unis, la règle veut que le montant de l’amende couvre la totalité du préjudice financier. Certes, le procureur pourrait se contenter de réclamer à Areva les 243 millions de dollars correspondant au montant de l’acquisition d’Ausra. Mais il peut aussi très bien exiger le remboursement de toutes les dépenses fédérales engagées dans l’affaire, à savoir : les 7,7 milliards de dollars investis dans l’usine de mox jamais construite, les 19,9 milliards qui vont être engloutis dans la gestion du plutonium non transformé et les 243 millions de l’acquisition d’Ausra, soit au total pratiquement 28 milliards de dollars, ou si l’on préfère, 24,1 milliards d’euros au cours actuel.

Inutile de préciser que, Orano n’ayant pas un centime en poche, c’est l’Etat qui devrait passer à la caisse. Le seul moyen d’éviter un tel désastre, font valoir les juristes, serait que la justice française sanctionne elle-même les coupables. Interrogées par Capital, la direction d’Orano et l’Agence des participations de l’Etat (qui représente l’Etat au conseil d’administration d’Orano) ont indiqué n’avoir pas connaissance d’une instruction judiciaire concernant les activités américaines de la société. Contactée par l’intermédiaire de maître Versini-Campinchi, Anne Lauvergeon n’a de son côté pas souhaité nous répondre. En retour, son avocat s’est contenté de traiter par SMS Marc Eichinger de “rat crevé”.

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> Cette enquête est au sommaire du nouveau Capital en kiosque dès aujourd’hui et en numérique

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