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Celles qui ont révélé les « Monsanto papers » racontent comment Monsanto triche

Celles qui ont révélé les « Monsanto papers » racontent comment Monsanto triche

24 octobre 2017 / Entretien avec Carey Gillam et Kathryn Forgie

Ces deux femmes sont à l’origine de la publication des « Monsanto papers », ces milliers de courriels, notes, rapports, qui montrent les manipulations de la firme chimique pour cacher la dangerosité du glyphosate. Reporterre les a rencontrées.

Carey Gillam et Kathryn Forgie sont à la source des « Monsanto Papers », les documents que la firme productrice du Roundup et des principaux OGM a dû publier en mars dernier : des textes qui révèlent les manœuvres de l’entreprise basée à Saint-Louis, aux Etats-Unis, pour dissimuler les effets sur la santé du glyphosate et pour influencer les agences du gouvernement chargées de la santé. C’est grâce aux procédures juridiques qu’elles ont engagées et aux enquêtes qu’elles ont menées que ces « papers » ont pu être publiés.

Carey Gillam a d’abord été journaliste, ayant travaillé à l’agence de presse Reuters pendant plus de 20 ans. Elle œuvre depuis deux ans pour l’ONG US Right to know les Etats-Unis ont le droit de savoir »), particulièrement sur le dossier Monsanto. Kathryn Forgie est avocate au sein du cabinet Andrus Wastaff et représente l’action collective d’une partie des plaignants contre Monsanto.

Nous les avons rencontrées lors de leur passage à Paris.


Reporterre — Pouvez-vous nous expliquer comment les procédures juridiques ont permis de mettre à jour ces informations internes à Monsanto ?

Kathryn Forgie — Je représente un groupe de plusieurs milliers de personnes qui ont utilisé du Roundup et qui ont notamment développé un forme de cancer, le lymphome non-hodgkinien. Les premières plaintes recensées datent de l’été 2015. Il s’agit d’agriculteurs mais aussi des jardiniers amateurs. Les avocats – près de 20 travaillent sur l’affaire – ont choisi de lancer le procès par une approche ciblée, en ne se concentrant que sur les lymphomes non-hodgkiniens provoqués par le glyphosate.

Une fois le procès enclenché, les avocats avaient la possibilité légale d’interroger les responsables de Monsanto et de leur demander de fournir certains documents. La firme a livré des millions de documents, pour nous noyer. De surcroît, certains documents étaient sujets à une confidentialité ordonnée par le juge. Mais au lieu d’identifier uniquement les documents réellement confidentiels (tels que des secrets relatifs à la propriété intellectuelle), Monsanto a classé comme confidentiels quasiment tous les documents fournis. Les avocats ont dû revenir vers le juge pour lui demander de déclassifier les documents non confidentiels afin qu’on puisse les rendre publics. Le juge l’a accepté en mars 2017, et voilà comment sont nés les « Monsanto Papers ».

Carey Gillam — De mon côté, j’ai obtenu des milliers de documents déclassifiés, grâce au Freedom of information act.

Comment s’y retrouver dans ces millions de feuilles ?

Carey Gillam — Beaucoup de ces documents (courriels, mémos, compte-rendus de réunions, rapports internes,…) concernent des conversations internes au sein de Monsanto, mais aussi avec l’EPA (Agence de protection de l’environnement, équivalent du ministère de l’Ecologie).

Kathryn Forgie — Pour identifier les informations pertinentes dans la masse, nous avons mené un travail long et minutieux : des dizaines d’assistants ont étudié les documents pour opérer une première sélection. J’ai alors analysé celle-ci, notamment par une recherche ciblée utilisant des mots-clés : par exemple, je cherchais le rôle d’une personne sur un sujet particulier, en utilisant les mots de cette personne et du sujet.

Carrey Gillam : « Ils calculent combien d’argent ils peuvent gagner et combien d’argent ils risquent de perdre en dommages et intérêts s’ils sont démasqués »


Quelles sont les informations les plus importantes que vous avez mises au jour ?

Kathryn Forgie — Des documents prouvant que Monsanto a largement pratiqué le « ghostwritting », c’est-à-dire que la firme faisait signer par des scientifiques ayant pignon sur rue des études qu’elle-même avait en fait réalisées et écrites. Les dits scientifiques étaient rémunérés pour accepter de couvrir cette tromperie.

Un exemple de « ghoswriting » : un cadre de Monsanto fournit le brouillon de l’étude à écrire au chercheur Henry Miller.

En 1984, lorsque les premières études indépendantes révélant des tumeurs rénales liées au glyphosate ont été publiées, on aurait pu espérer d’une compagnie responsable qu’elle reconnaitrait son erreur et enquêterait pour identifier et résoudre le problème. Mais Monsanto a préféré nier toute responsabilité, et a tenté de discréditer les études et a attaqué leurs auteurs en les accusant d’être partiaux. C’est aussi ce que nous avons pu documenter.

Une troisième politique de Monsanto était d’influencer les autorités de réglementation, et particulièrement l’EPA. Et c’est ce que révèle la troisième catégorie de documents importants que nous avons trouvés, particulièrement les relations entre les responsables de Monsanto et un responsable important de l’EPA, Jess Rowland. Monsanto l’a convaincu d’empêcher une autre agence de régulation des produits chimiques (l’ATSDR) de mettre le nez dans leurs affaires et notamment de s’intéresser au glyphosate. Jess Rowland et l’EPA lui ont dit, en résumé : « Ne perdez pas votre temps ni votre argent à enquêter sur Monsanto. On l’a déjà fait et ils sont clean. »

Carey Gillam — Obama avait mis en place des politiques d’« intégrité scientifique » pour protéger les chercheurs et responsables scientifiques de l’influence des grandes corporations. Mais ça n’a pas vraiment eu d’effet.

Kathryn Forgie — Personne ne savait réellement ce qu’il se passait avec l’EPA, pas même l’administration Obama, jusqu’à ce que qu’on commence à disposer des documents une fois le procès enclenché. Jess Rowland était en charge de l’évaluation des cancers dus au glyphosate à l’EPA, pour qui il a travaillé pendant plus de 26 ans. C’est aussi lui qui a recommandé de se débarrasser des coefficients de sécurité supplémentaires concernant le glyphosate autorisé dans la nourriture.

Kathryn Forgie : « Depuis des décennies, la firme s’arrange pour faire disparaître toute recherche compromettante concernant le glyphosate »


A-t-on la preuve que Monsanto savait que le glyphosate est nuisible pour la santé ?

Carey Gillam — Oui. En 1985, le glyphosate a été classifié comme catégorie C à la suite d’une étude réalisée sur les tumeurs rénales. La catégorie C désigne les produits possiblement cancérigènes pour l’humain. Il existe des documents non-déclassifiés (toujours confidentiels) dont les avocats n’ont pas le droit de parler dans le détail, mais qui indiquent clairement que Monsanto a voulu modifier la catégorie du produit pour qu’il ne soit plus répertorié comme possiblement cancérigène. Ils ont effectivement réussi à convaincre l’EPA de faire passer le produit en catégorie E qui signifie « inconnu ».

Kathryn Forgie — On dispose de preuves montrant que depuis des décennies, la firme s’arrange pour faire disparaître toute recherche compromettante concernant le glyphosate et ses impacts négatifs (recherche toxicologique, recherche sur l’absorption par la peau, etc.). Dès qu’une nouvelle étude critique voit le jour, la firme fait en sorte que les auteurs ou les journaux qui diffusent l’étude se rétractent et retirent l’étude. S’ils apprennent qu’une étude va être réalisée par une agence qu’ils ne contrôlent pas, ils contactent une autre agence qu’ils contrôlent pour la convaincre de laisser tomber. C’est comme s’ils tiraient les ficelles de marionnettes.

Carey Gillam — Il faut cependant préciser qu’il n’existe pas d’étude concluant que le glyphosate peut être mortel, à la différence des études concernant le tabac. Une étude a cependant été menée sur des tests sanguins réalisés sur des personnes ayant été exposées au glyphosate. L’ADN contaminé de ces personnes a été comparé à leur ADN avant contamination. L’ADN n’est plus le même, le glyphosate pénètre l’ADN. C’est ce que l’on appelle la génotoxicité, qui désigne un produit qui affecte le génome. Monsanto a voulu contredire cette étude en employant un scientifique. Mais comme le verdict du scientifique allait à l’encontre du glyphosate, ils ont de nouveau fait disparaître l’étude.

Monsanto n’est cependant pas la seule firme à falsifier des documents à propos de produits chimiques dangereux pour l’environnement ou l’humain, même si elle a sans doute été le plus loin. Ces abus sont fréquents dans l’industrie chimique, comme avec l’industrie du tabac ou pharmaceutique. Ils calculent combien d’argent ils peuvent gagner et combien d’argent ils risquent de perdre en dommages et intérêts s’ils sont démasqués.

  • Propos recueillis par Fanny Dollberg et Hervé Kempf

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Lire aussi : A La Haye, des victimes du monde entier ont accusé Monsanto


Source : Fanny Dollberg et Hervé Kempf pour Reporterre

Photos : © Fanny Dollberg/Reporterre

 

https://reporterre.net/Celles-qui-ont-revele-les-Monsanto-papers-racontent-comment-Monsanto-triche

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L’UA et une entreprise chinoise lancent un projet de surveillance de la santé intelligente

L’UA et une entreprise chinoise lancent un projet de surveillance de la santé intelligente

© Chine Nouvelle (Xinhua)Gu Yuan, le 27/10/2017 18:30

L’Union africaine (UA) et ZTE, une entreprise chinoise spécialisée dans le secteur de l’information et des télécommunications, ont lancé jeudi un projet de système de surveillance de la santé intelligente au siège de l’UA à Addis-Abeba.

Les deux parties avaient signé l’année dernière l’accord sur le projet, pour renforcer la coopération dans le domaine des TIC et de la transformation numérique intelligente, et fournir à la Commission de l’UA un centre de surveillance de la santé intelligente.

Le Centre de surveillance de la santé intelligente offre une plate-forme opportune pour contribuer aux efforts de développer une solution de soins de santé durable, a déclaré Albert M. Muchanga, Commissaire à l’Industrie et au Commerce de l’UA, à la cérémonie d’inauguration.

Le lancement du projet Smart Health Monitoring, vise à rendre la surveillance de la santé plus proactive, intégrée et personnalisée, a affirmé Yankuba Kassama, directeur de la Direction Médicale et des Services de Santé de l’UA (MHSD) à la cérémonie de lancement du projet.

Avec le système de surveillance de la santé intelligente, les efforts se poursuivent au MHSD, pour la création du système de dossier médical électronique intégré, de l’unité de radiologie entièrement automatisée et de divers auto-analyseurs dans le laboratoire.

« Vous avez illustré l’esprit d’innovation, vous avez réuni des idées brillantes et la technologie, vous avez facilité la prestation de soins de santé et nous en avons profité, notamment de l’efficacité pour assurer la satisfaction des clients et de meilleurs résultats pour les patients », a affirmé le directeur, félicitant la ZTE pour le geste de coopération.

Le soutien de la ZTE à l’UA dans le domaine des services médicaux et de santé peut être considéré comme une partie des efforts pour la création du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies. La Chine soutiendra fermement les efforts de l’UA pour améliorer le bien-être du peuple africain, a déclaré Chen Ning, conseiller à la mission chinoise auprès de l’UA.

M. Chen a indiqué par ailleurs que la Chine s’apprêtait à renforcer les fonctions du Complexe de conférence et de bureaux de l’UA (AUCC), qui a été construit avec un financement chinois, avec la construction d’un centre de services intégré. Il a également annoncé que la Chine allait construire un jardin d’amitié Chine-Afrique, juste entre l’immeuble de bureaux et le centre de services intégrés.

Zhang Jintao, PDG par intérim de ZTE Ethiopie, a noté que le projet fait partie des efforts de la société pour assumer sa responsabilité sociale, et contribuer à l’amélioration des conditions sanitaires de l’Afrique avec ses expériences et sa technologie.

https://chine.in/actualite/cn/une-entreprise-lancent-projet_103411.html

Levothyrox : « Les laboratoires savaient que 3% à 5% des malades allaient déclencher des effets indésirables forts »

25 octobre 2017

« Le laboratoire Merck est assigné en justice par une centaine de patients, qui lui reprochent un manque d’information autour du médicament « Levothyrox ».

« Le seul langage que comprend le laboratoire c’est l’argent » a dénoncé Christophe Lèguevaques, avocat.

Plus d’une centaine d’assignations en justice contre les laboratoires Merck doivent être déposées mercredi 25 octobre auprès du tribunal d’instance de Lyon, dans le cadre d’une action collective dans l’affaire du Levothyrox, ce médicament utilisé pour soigner les troubles de la thyroïde.

Les plaignants dénoncent un défaut d’information de la part du laboratoire Merck. « Les laboratoires savaient que 3% à 5% des malades allaient déclencher des effets indésirables forts », a expliqué sur franceinfo Christophe Lèguevaques, avocat. « Cela représente quand même entre 150 000 et 180 000 personnes. »

franceinfo : que demandez-vous ?

Christophe Lèguevaques : Le seul langage que comprend le laboratoire c’est l’argent. Ce que veulent les malades avant tout, c’est la reconnaissance qu’ils sont malades à cause de ce médicament. C’est le respect de leur dignité. Ils ont trop l’impression qu’on les prend pour des gens zinzins, alors qu’ils souffrent depuis plusieurs mois sans avoir eu la considération dont ils avaient besoin.

Allez-vous attaquer l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) ?

Le moment venu, nous allons peut-être saisir le tribunal administratif contre l’ANSM et nous pourrions demander par exemple la révocation du directeur qui n’a pas été à la hauteur. Nous sommes en train d’étudier cette piste, nous verrons.

Avez-vous eu une réponse du ministère de la Santé ?

Cela fait un mois que nous avons écrit aux ministres, nous avons proposé une solution qui a fait ces preuves : la création d’une commission nationale d’indemnisation. J’avais écrit à madame Buzyn et madame Belloubet. À ce jour, je pense qu’elles sont débordées ou que les services n’ont pas informé les ministres, mais je n’ai même pas reçu un accusé de réception.

Qu’aurait-dû faire le laboratoire ?

Informer le public. Le plus simple aurait été de mettre, comme en Belgique, une information dans la boîte de comprimés indiquant : « attention cela aura peut-être des conséquences sur votre santé, consultez votre médecin. » Le laboratoire n’a rien fait, il n’a rien dit aux malades directement. Il a considéré que ce n’était pas sa responsabilité, ce qui est faux.

Qu’avez-vous pensé de la réaction des laboratoires ?

Ils ont une obligation de pharmacovigilance. Cela veut dire qu’ils doivent surveiller le devenir de leurs médicaments. Très vite, ils ont eu des retours comme quoi la nouvelle formule n’était pas acceptée et dès le mois de juin, une pétition a réuni 50 000 personnes pour dire, « rendez-vous l’ancienne formule ». Pourtant, ils n’ont rien fait. Ils ont gardé le silence de mai à octobre. C’est à partir de ce moment-là que les gens se sont retrouvés dans la panade et n’ont pas reçu d’informations leur permettant de savoir ce qu’il se passait ».

France Info, le 25 octobre 2017

 

http://www.citoyens-et-francais.fr/2017/10/levothyrox-les-laboratoires-savaient-que-3-a-5-des-malades-allaient-declencher-des-effets-indesirables-forts.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Pourquoi j’ai signé et je soutiens cette protestation

Cette protestation mérite que l’on s’y intéresse pour le moment cela donne l’impression d’une précipitation, qui ne parait guère scientifique.

Trop de scandales ont reçemment émaillés l’actualité. il serait prudent que nous puissions retrouver un minimum de confiance à l’égard des laboratoires .

Bernard felli. Administrateur de ombre43. wordpress.

Pourquoi j’ai signé et je soutiens cette protestation :

Tout simplement parce-que la décision du gouvernement d’obliger les parents, sous la contrainte, d’injecter 11 vaccins à tous les nouveaux-nés, est tout à fait digne d’une dictature de la pire espèce contre laquelle il faut s’élever et qu’on ne peut laisser faire sans réagir, compte tenu des risques importants pour ces enfants et surtout en raison des arguments officiels qui ne sont que des contre-vérités manifestes quand on sait que le principal laboratoire intéressé (SANOFI) a été l’employeur de l’actuelle ministre de la santé pendant de nombreuses années et que le PDG n’est autre qu’un ami intime du président Macron.

On ne peut donc pas accepter ce marché de dupes sous couvert de santé publique, laquelle en l’occurrence n’est absolument pas en cause avec le système actuel.

 

 

Objet : Re : Monsieur Macron, nos enfants ne sont pas des cobayes !

 

 

CE  MESSAGE  EST  DE  LA  PLUS  HAUTE  IMPORTANCE, MERCI  D’EN PRENDRE  CONNAISSANCE et de le faire suivre a tous vos contacts.

 

Vite ! Il ne reste plus beaucoup de temps avant le vote officiel de la loi imposant 11 vaccins obligatoires pour les nourrissons !

C’est une question de liberté et de démocratie. Tous les parents et grands-parents de ce pays ont le droit de savoir que :

  • avec 11 nouveaux vaccins obligatoires, on va injecter 25 doses d’aluminium à nos bébés, un métal dangereux pour le cerveau ;
  • dans ces 11 vaccins, il y a le vaccin hépatite B, soupçonné de causer des cas de sclérose en plaque ;

Alors s’il vous plaît, écoutez et transférez vite cet appel à la mobilisation générale, qui contient des révélations sidérantes sur les vaccins !

 

 

Je compte sur vous !

Avec tout mon dévouement,

Guillaume Chopin, de l’Association internationale pour une santé naturelle, scientifique et humaniste

 

“Que les labos ne soient plus hors de contrôle”- Entretien avec Quentin Ravelli, par F. Ruffin

Fin de l’édifiante série Fakir contre Sanofi…

Source : Fakir, Cyril Pocréaux, François Ruffin, 11/10/2017

Quentin Ravelli, sociologue, a passé plusieurs mois en immersion chez Sanofi. Il est l’auteur de La Stratégie de la bactérie.

Fakir : Comme sociologue, pourquoi avez‑vous travaillé plusieurs mois pour Sanofi ?

Quentin Ravelli : J’ai toujours été étonné par une chose : que les produits de santé soient garantis par la Sécu, donc nos cotisations, et en même temps protégés par des brevets. Tout cela alors que les multinationales de ce secteur sont parmi les plus profitables. Franchement, je ne comprenais pas. Et puis, en lisant sur le sujet, je me suis aperçu qu’on ne parlait presque jamais de la partie industrielle : on parlait de « laboratoires », on avait l’image des blouses blanches, mais la réalité est bien différente : on a affaire à du travail en 5×8, épuisant, etc.

Fakir : Votre livre s’appelle La stratégie de la bactérie. Pourquoi ?

Q.R. : C’est une métaphore de la stratégie des labos, mais pas seulement. J’ai suivi le parcours de la Pyostacine, l’antibiotique développé par Sanofi contre une bactérie. Mais aujourd’hui, et c’est d’ailleurs un problème médical mondial, les bactéries sont devenues résistantes, développent leurs propres défenses. Tout comme une grande entreprise comme Sanofi est devenue résistante à toute critique. Elle l’intègre.

Fakir : Et pourquoi ?

Q.R. : Entre autres parce qu’il y a un morcellement de la critique. De l’employé sur son site qui n’en peut plus au médecin qui en a marre, en passant par le chercheur licencié, l’association de patients, on est sur des milieux sociaux totalement différents. Il y a des barrières qui font qu’il n’y a pas de jonction de la critique. La question est : ces gens peuvent‑ils avoir des intérêts communs ?

Fakir : Comment changer la Big Pharma, dès lors ?

Q.R. : L’idée clé, c’est une démocratie de la santé. De l’Assemblée nationale aux agences gouvernementales, dans les partis politiques, il faut faire avancer cette idée d’une démocratie médicale. Que les labos ne soient pas hors de contrôle du citoyen, alors que nous les finançons.

Fakir : Vous prônez quoi ? Une nationalisation de ces entreprises ?

Q.R. : Elles l’ont été pendant le premier septennat de François Mitterrand… La question, c’est plutôt comment on les contrôle, et qui le fait ? On devrait pouvoir en discuter avec le grand public, les salariés… En tout cas, la transparence doit être un programme d’urgence : quels sont les coûts de production ? les salaires ? comment on pratique la recherche ? Alors que c’est aujourd’hui sous le sceau du secret. Il faut retenir les leçons de l’histoire : on considère que les brevets sont une bonne chose, parce qu’ils stimuleraient la recherche. Or, de 1844 à 1969, le système des brevets n’existait pas, et c’est là qu’on a trouvé le plus de molécules. Et le procès de Prétoria, en 2001, ouvre des perspectives.

Fakir : On rappelle ce que c’était. À la fin des années 1990, l’Afrique du Sud paie un lourd tribut au Sida. Le pays de Nelson Mandela inscrit alors, dans sa loi, la possibilité d’importer des médicaments à moindre coût, de produire des génériques, en contournant le droit des brevets. Mais 39 groupes pharmaceutiques portent plainte, sûrs de leur bon droit. Ils reçoivent d’ailleurs le soutien du gouvernement américain et de la Commission européenne : la propriété (intellectuelle, ici) d’abord ! Et tant pis pour les malades… Mais à l’ouverture du procès, le 5 mars 2001, les malades, justement, se signalent. Ils viennent témoigner devant la cour, se portent partie civile, évaluent à 400 000 le nombre de morts depuis que la loi est bloquée par ce recours. De juridique, le procès devient humain : le droit des brevets peut‑il prévaloir sur le traitement des malades ? Et cette association demande aux compagnies pharmaceutiques de justifier le prix de leurs médicaments. Elles ne savent pas répondre. Les firmes réclament trois mois pour préparer leur défense, leur argumentation sur le prix de leurs propres productions. Le juge accorde six semaines. Durant ces six semaines, l’opinion internationale se mobilise, Médecins sans frontières, Sud‑Chimie, via des pétitions en ligne, les médias, le Parlement européen… Quand le procès reprend, le 18 avril, la pression est sur les labos. Eux réclament un report. Leur unité se fissure. Dès l’après‑midi, 37 sur 39 ont abandonné leur plainte. Et le lendemain matin, c’en est fini. L’industrie pharmaceutique accepte même de payer les frais de procédure. Leur défaite est totale.

Q.R. : Vous faites bien de rappeler cette histoire. Ça prouve que des victoires contre ces grosses boîtes sont possibles. Mais il faut, comme le montre cet exemple, que la démocratie, le peuple, se mêle de sa santé.

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Le scandale Sanofi : Les chiffres

Source : Fakir, Cyril Pocréaux, François Ruffin, 11/10/2017

Sanofi, c’est le champion français des dividendes versés aux actionnaires.
Et comment ?
En détruisant des usines qui n’ont jamais servi.
En détruisant la recherche.
En détruisant des millions de vaccins.
En détruisant notre santé pour demain.
Et avec la complicité de nos dirigeants politiques…

Figure 1

En 2015, Sanofi claironne que les dépenses R&D augmenteront de 6 % en 2016. Promesse non tenue, dit l’expert-comptable : elles baisseront en fait de 0,3 %. Surtout, l’externalisation explose aux dépens de la recherche interne. On achète clé en main, très cher, des médicaments qui ne valent pas grand‑chose…

Figure 2

À partir de 2009, la couleur est clairement affichée : le nombre de postes de chercheurs en CDI, en France, s’effondre. Quand ils sont remplacés, c’est par des intérimaires et autres emplois précaires. Une perte d’expertise lourde, et irréparable.

Figure 3

Au niveau mondial (où Sanofi emploie 100 000 personnes), même schéma : le nombre d’employés en Recherche et Développement connaît une chute vertigineuse. Elle est à peine adoucie, fin 2012, par l’intégration strictement comptable des effectifs de Genzyme, société que Sanofi a rachetée quelques mois plus tôt. Dans la foulée, la baisse reprend de plus belle.

Figure 4

Moins de chercheurs, et plus de temps passé à vérifier des molécules achetées à l’extérieur, souvent mauvaises : c’est inévitablement moins de produits en phase de recherche et de développement.

Des taux de profit autour de 30, voire 40 % : la rentabilité des leaders mondiaux de la Big Pharma, est sans équivalente. En comparaison, l’industrie automobile affiche des taux de profit autour de 6 %. Chez Sanofi, les dividendes reversés aux actionnaires sont en hausse pour la 23e année consécutive.

Source : Fakir, Cyril Pocréaux, François Ruffin, 11/10/2017

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Macron : Porte parole des Sanofi

Source : Fakir, Cyril Pocréaux, François Ruffin, 11/10/2017

14 mai 2017. À l’Élysée, c’est la passation de pouvoir entre François Hollande et Emmanuel Macron. Dans l’assistance, le jeune président aperçoit un visage connu.

C’est Serge Weinberg, le PDG de Sanofi. Macron fend la foule, s’en va lui serrer la main. Car c’est un vieil ami, à qui il doit tant. Retour sur cette histoire d’amour…

2007. Rapporteur de la Commission Attali « pour la libération de la croissance », Emmanuel Macron, jeune inspecteur des Finances, fréquente alors les patrons de Nestlé, du Crédit agricole, de Essilor, etc. Et Serge Weinberg, aujourd’hui PDG de Sanofi, qui lui conseille de s’enrichir avant d’entrer en politique.

2008. Grâce à Serge Weinberg, il part pantoufler comme banquier d’affaires chez Rothschild & Cie. En charge de fusions-acquisitions, il gère des deals, entre autres, pour Sofiprotéol, pour Nestlé ou pour Lagardère. Et fait fortune. 2015. Pour Cash investigations, Elise Lucet s’en va interroger le ministre de l’Économie d’alors sur Sanofi et le Crédit impôt recherche.

Elise Lucet : Pour 2013, par exemple, c’est 125 millions d’euros pour Sanofi…
Emmanuel Macron : Oui.
Elise Lucet : Il y a un Crédit d’impôt recherche, qui est versé à un groupe, et qui a supprimé des postes où ? Dans la recherche ! Alors ça, franchement, c’est assez incompréhensible…

Le ministre, lui, ça ne le choque pas, cet usage des deniers publics :

Emmanuel Macron : Si on n’avait pas ce Crédit d’impôt recherche plébiscité par toutes les entreprises, petites et grandes, Sanofi aurait mis depuis des années toute sa recherche, et sans doute même ses quartiers généraux, hors de France.
Elise Lucet : Mais pourquoi ne pas dire ‘‘l’État vous donne de l’argent sous forme de crédit impôt recherche, ne supprimez pas d’emplois dans la recherche’’ ?

Un raisonnement trop simple pour sa pensée complexe.

2016. Lancé dans la course à l’Elysée, Emmanuel Macron reçoit le soutien, implicite ou explicite, de nombreux patrons, dont des patrons de presse : Vincent Bolloré, Bernard Arnault, Arnaud Lagardère… et bien sûr Serge Weinberg.

8 janvier 2017, Nevers. Alors que Mélenchon et Hamon, mais aussi Asselineau, Lassalle, Poutou, etc., veulent « mettre fin à la rente des labos », Emmanuel Macron leur déclare sa flamme. Il affirme ne pas vouloir « sacrifier l’industrie pharmaceutique pour essayer de faire des économies sur son dos ». Et estime qu’il « faut payer les médicaments au juste prix quand il y a derrière des innovations, quand il y a des investissements pour avoir une grande industrie pharmaceutique ».

7 mars 2017, Paris. C’était son « conseiller santé » : le médecin Jean‑Jacques Mourad oeuvrait en même temps pour Servier. L’association Formindep a découvert soixante interventions du cardiologue par le laboratoire Servier, plus 80 000 euros de frais de restaurant et de transport. Après ces révélations, il démissionne. À Nevers, Emmanuel Macron avait notamment plaidé pour un meilleur remboursement des médicaments contre l’hypertension artérielle sévère… précisément le domaine de spécialité de Servier ! (Au passage, ajoute Marianne : « Jean-Jacques Mourad est le frère de Bernard Mourad. Cet ancien banquier conseil de l’homme d’affaires Patrick Drahi a rejoint Emmanuel Macron en octobre 2016. Il est devenu l’un des plus proches conseillers du candidat. »)

4 juillet 2017, à l’Assemblée. Discours de politique générale du Premier ministre :
« Des maladies que l’on croyait éradiquées se développent à nouveau sur notre territoire. Des enfants meurent de la rougeole aujourd’hui en France. Dans la patrie de Pasteur ce n’est pas admissible. L’an prochain, les vaccins pour la petite enfance, qui sont unanimement recommandés par les autorités de santé, deviendront obligatoires. »

20 juillet, Vitry. Édouard Philippe, Premier ministre, rend une visite à Serge Weinberg, sur un site de Sanofi. Mais fait original : le chef du gouvernement n’a prévenu ni les syndicats ni les médias, ni les salariés ni les Français.
Cette rencontre s’effectue en catimini, discrète sinon secrète. Elle se déroule, semble-t-il, à l’initiative du « Cercle de l’industrie » : un lobby patronal, qui comprend Areva (dont Édouard Philippe fut lobbyiste), Alstom, L’Oréal, Peugeot, etc., et bien sûr Sanofi.
Que se sont raconté le Premier ministre et le PDG ?
Ont-ils évoqué le Crédit impôt recherche ?
La suppression de trois mille postes de chercheurs ?
Les milliards de dividendes ?
Ou encore le scandale de la Dépakine ?
Ou le sujet du moment : les vaccins ?
Le chef de gouvernement a-t-il évoqué les sujets qui fâchent ?
Interrogé par nos soins, en plein hémicycle, le gouvernement a refusé de répondre.
Qu’il est bon d’avoir, ainsi, un président de la République intègre, dont on a la conviction qu’il ne doit rien à personne, qu’il saura défendre l’intérêt général contre les intérêts particuliers…

Source : Fakir, Cyril Pocréaux, François Ruffin, 11/10/2017

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VIDEO. Vifs échanges entre Edouard Philippe et le député François Ruffin sur la Dépakine et le patron de Sanofi

Source : France info, AFP, Reuters, 11/10/2017

“Oui, monsieur Ruffin, ce n’est pas parce qu’on crie qu’on a raison. Il va falloir vous y faire.” L’échange a été tendu ce mercredi lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale entre le député de La France insoumise François Ruffin et le Premier ministre, autour de la personnalité de Serge Weinberg, le PDG de Sanofi. Le député accuse Edouard Philippe et le président, Emmanuel Macron, d’être trop proches de Serge Weinberg.Le Premier ministre a dénoncé les “insinuations” du député François Ruffin, qui l’interrogeait sur des récentes visites des principaux membres de l’exécutif chez Sanofi sur fond de scandale de la Dépakine. Ces derniers mois, le député a relevé les visites d’Emmanuel Macron, d’Edouard Philippe et de Christophe Castaner sur des sites de Sanofi ou auprès du patron de l’entreprise.

Vous êtes en train de vous faire un film avec vos insinuations élégantes.

Edouard Philippe

“J’ai peur, monsieur le député, qu’une fois de plus, vous soyez en train de vous faire un film avec vos insinuations élégantes. Vous êtes en train de considérer qu’il serait normal pour la représentation nationale, normal pour le chef du gouvernement de ce pays, dans toute la mesure du possible, de dénigrer une entreprise française, une entreprise qui fonctionne bien”, a répondu le Premier ministre.

“Nous ne gagnerons rien du tout, ni vous, ni nous, ni personne en France à placer systématiquement le débat sur la santé, ou sur la production dans le thème du soupçon tel que vous venez de le faire”, a fini Edouard Philippe, très applaudi par les députés de la majorité.

Source : France info, AFP, Reuters, 11/10/2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

2 réponses à “Que les labos ne soient plus hors de contrôle”- Entretien avec Quentin Ravelli, par F. Ruffin

Pour lire les 2 réponses , cliquez sur le lien :  https://www.les-crises.fr/que-les-labos-ne-soient-plus-hors-de-controle-entretien-avec-quentin-ravelli-par-f-ruffin/

 

 

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L’ancienne formule du Levothyrox sera à nouveau disponible « à partir du 2 octobre », annonce la ministre de la Santé

L’ancienne formule du Levothyrox sera à nouveau disponible « à partir du 2 octobre », annonce la ministre de la Santé

Sur environ 9 millions de patients prenant ce médicament en France, 9 000 personnes ont signalé des effets indésirables après la prise de la nouvelle formule du médicament.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, le 7 juin 2017 à la sortie de l\'Elysée, à Paris.
La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, le 7 juin 2017 à la sortie de l’Elysée, à Paris. (BERTRAND GUAY / AFP)

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Face à la colère de très nombreux patients, le gouvernement l’avait promis : l’ancienne formule du Levothyrox, un médicament pour les malades de la thyroïde, sera remise sur le marché. Elle sera disponible dans les pharmacies « à partir du 2 octobre », a annoncé la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, mardi 26 septembre, sur BFMTV. D’autres alternatives seront disponibles « mi-octobre », a-t-elle ajouté. 

Cette ancienne version du médicament « arrive vendredi en France », a précisé la ministre, sans pouvoir dire combien de temps il sera disponible. « Il y a des négociations avec les industriels pour voir le nombre de stocks. (…) L’objectif est que les patients aient le choix », a-t-elle souligné, pour permettre aux malades de « trouver la formule qui leur convient ».

« On a nié le ressenti des malades »

La nouvelle formule du Levothyrox, du laboratoire Merck, a été mise sur le marché à la fin mars. C’est l’Agence nationale du médicament (ANSM) qui l’a réclamée au laboratoire dès 2012 afin, selon elle, de rendre le produit plus stable. Mais depuis, la justice a été saisie de 63 plaintes de malades, victimes d’effets secondaires de cette nouvelle formule.

Une enquête pour « tromperie aggravée », « atteintes involontaires à l’intégrité physique » et « mise en danger de la vie d’autrui », sera instruite par l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique.

« On a nié le ressenti des malades (…), c’est cela qui crée cette colère que l’on ressent chez les patients, car on a minimisé leur désarroi », avait déclaré la ministre, mercredi sur Europe 1, en réaffirmant sa volonté de créer « une mission sur l’information des malades ».

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