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Grand débat national : ce que disait le programme de Macron au sujet des quatre thèmes abordés

Grand débat national : ce que disait le programme de Macron au sujet des quatre thèmes abordés

Le grand débat national qui s’ouvre mardi s’articule autour des thèmes de la fiscalité et les dépenses publiques, de l’organisation de l’Etat et des services publics, de la transition écologique et de la démocratie et la citoyenneté.

Emmanuel Macron lors de la présentation de son programme pour l\'élection présidentielle, le 2 mars 2017, à Paris. 
Emmanuel Macron lors de la présentation de son programme pour l’élection présidentielle, le 2 mars 2017, à Paris.  (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Dans sa lettre aux Français, Emmanuel Macron a listé 32 questions « essentielles » à ses yeux qui tracent les grandes lignes du grand débat national qui s’ouvre mardi 15 janvier en réponse à la crise des « gilets jaunes ». Les thèmes retenus sont la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’Etat et des services publics, la transition écologique, et finalement la démocratie et la citoyenneté, lequel a été élargi à la question de l’immigration.

Le candidat Emmanuel Macron avait abordé ces thèmes lors de la campagne présidentielle et dans son programme. Quelles étaient les réponses aux questions retenues dans le cadre du grand débat national ? Franceinfo fait le point.

Sur la fiscalité et les dépenses publiques

« Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace ? Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité ? »

Emmanuel Macron a déjà mis en place plusieurs de ses promesses de campagne en termes de fiscalité. La plus contestée a été de réduire l’impôt sur la fortune (ISF) au patrimoine immobilier, le remplaçant ainsi de facto par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI). L’imposition des revenus du capital a aussi baissé avec l’instauration d’une « flat tax », c’est-à-dire à un taux unique, fixé à 30%.

L’impôt sur les sociétés doit décroître progressivement, en vue de passer d’ici à 2020 de 33,3% à 25% et de rejoindre ainsi la moyenne européenne. Le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) mis en place par François Hollande a lui été converti en baisse des cotisations pérennes des entreprises, de l’ordre de 6 points pour les salaires allant jusqu’à 2,5 fois le smic, et jusqu’à 10 points pour les salaires compris entre 1 et 1,6 smic.

D’autre part, la suppression progressive de la taxe d’habitation a été engagée et se poursuivra jusqu’en 2020. « La suppression pour 80% des Français est déjà actée. C’était d’ailleurs un engagement de campagne du président. La position du gouvernement est celle d’une suppression à 100% », a fait savoir l’Elysée le 8 janvier, c’est-à-dire y compris pour les 20% de Français les plus aisés. Cependant, l’Elysée précise avoir décidé de mettre cette suppression de la taxe d’habitation pour les plus riches sur la table du grand débat.

Sur l’organisation de l’Etat et des services publics

« Y a-t-il trop d’échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales ? »

Le programme d’Emmanuel Macron prévoyait de « réduire le mille-feuille administratif » en supprimant un quart des départements là où ils peuvent être fusionnés avec les grandes métropoles françaises. « Là où il y a métropole, les départements ont vocation à disparaître », indiquait-il pendant sa campagne présidentielle, mettant en avant « un gain d’efficacité » et « des vraies économies ». 

Le programme du candidat établissait que les départements seraient préservés dans les zones rurales, « où il convient plutôt de développer l’intercommunalité ».

« Faut-il renforcer la décentralisation et donner plus de pouvoir de décision et d’action au plus près des citoyens ? A quels niveaux et pour quels services ? »

La réponse à cette question était plus vague de la part du candidat Macron. Il avait assuré que l’Etat donnerait aux préfets « la capacité d’adapter l’organisation des services de l’Etat aux besoins de chaque région et département ». 

« Comment voudriez-vous que l’Etat soit organisé et comment peut-il améliorer son action ? Faut-il revoir le fonctionnement de l’administration et comment ? »

Pour transformer les relations entre l’administration et les citoyens, Emmanuel Macron avait promis la création d’un « droit à l’erreur », qui a depuis été instauré dans la loi – un texte baptisé « projet de loi pour un Etat au service d’une société de confiance » – et qui permet d’éviter des sanctions en cas de premier manquement à une règle.

D’autre part, il avait promis d’élargir les horaires d’ouverture des services publics pour les adapter aux contraintes des usagers, assurant que certains seraient ouverts le samedi et en soirée. Il s’était aussi engagé à moderniser l’administration, notamment en promettant que d’ici à 2022 toutes les démarches administratives pourraient être effectuées sur internet.

« Comment l’Etat et les collectivités locales peuvent-ils s’améliorer pour mieux répondre aux défis de nos territoires les plus en difficulté et que proposez-vous ? »

En ce qui concerne les territoires d’outre-mer, Emmanuel Macron avait formulé plusieurs propositions : modifier la réglementation de droit commun pour l’adapter à leur situation particulière et assurer que les normes au sein de l’Union européenne soient négociées pour prendre en compte leurs besoins, notamment sur l’agriculture et la pêche. Il s’était engagé à consacrer un milliard d’euros sur cinq ans au financement des investissements collectifs des territoires ultra-marins.

Quant aux territoires ruraux, Emmanuel Macron avait dit vouloir investir 10 milliards d’euros pour financer les services publics locaux. Pour faciliter l’accès aux soins, il avait proposé de développer la télémédecine et de supprimer le numerus clausus dans la formation des médecins pour mieux répondre aux besoins de santé. La télémédecine est remboursée depuis le 15 septembre par la Sécurité sociale. Quant au numerus clausus, le président de la République a confirmé sa disparition le 18 septembre.

Sur la transition écologique

« Comment finance-t-on la transition écologique : par l’impôt, par les taxes et qui doit être concerné en priorité ? »

« Nous ferons évoluer les comportements en augmentant le prix du carbone », avait annoncé dans son programme le candidat Emmanuel Macron, qui prévoyait de l’augmenter dans l’objectif d’atteindre 100 euros par tonne de dioxyde de carbone en 2030. Une hausse sur quatre ans a donc été décidée par la majorité pour aligner le prix du diesel sur celui de l’essence, mais la crise des « gilets jaunes » a contraint l’exécutif à la supprimer.

« Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture ? Quelles sont les solutions les plus simples et les plus supportables sur un plan financier ? »

Dans son programme, Emmanuel Macron proposait une prime exceptionnelle de 1 000 euros pour permettre ceux dont les véhicules ont été fabriqués avant 2001 d’acheter des voitures plus écologiques, qu’elles soient neuves ou d’occasion. En novembre, Edouard Philippe a annoncé un élargissement de cette prime de conversion à 4 000 euros pour un véhicule diesel ou essence et 5 000 euros pour un véhicule hybride ou électrique.

Sur la démocratie et la citoyenneté

« Faut-il reconnaître le vote blanc ? Faut-il rendre le vote obligatoire ? »

La question autour du vote n’était pas mentionnée dans le programme du candidat Macron, qui ne s’était pas non plus exprimé à ce sujet pendant la campagne. Mais lors de son allocution du 10 décembre 2018, prononcée en réponse au mouvement des « gilets jaunes », il s’est dit « ouvert » à la reconnaissance du vote blanc.

« Quelle est la bonne dose de proportionnelle aux élections législatives pour une représentation plus juste de tous les projets politiques ? »

Emmanuel Macron s’était dit favorable lors de sa campagne à la mise en place d’un mode de scrutin proportionnel pour les élections législatives. Une fois au pouvoir, il s’est engagé à introduire « une dose de proportionnelle », dans le but de « refléter le pluralisme de notre vie politique », en proposant un taux de 15% d’élus à la proportionnelle. Cette mesure figure dans le projet de loi de réforme des institutions dont l’examen prévu cet été a été repoussé en raison de l’affaire Benalla.

« Faut-il, et dans quelles proportions, limiter le nombre de parlementaires ou autres catégories d’élus ? »

Emmanuel Macron avait indiqué vouloir réduire « d’environ un tiers le nombre de députés et de sénateurs », tout en assurant qu’ils disposeraient de moyens supplémentaires pour mener à bien leurs fonctions. Cette mesure est elle aussi inscrite dans le projet de loi sur la réforme des institutions.

« Faut-il associer davantage et directement des citoyens non élus, par exemple tirés au sort, à la décision publique ? »

Pendant sa campagne, le fondateur d’En Marche ! avait proposé qu’un groupe de citoyens tirés au sort puisse chaque année auditionner le président de la République.

« Faut-il accroître le recours aux référendums et qui doit en avoir l’initiative ? »

Emmanuel Macron n’avait pas évoqué le référendum d’initiative citoyenne (RIC) dans son programme et ne s’était pas saisi du sujet pendant la campagne. C’est l’une des revendications des « gilets jaunes », dont nous vous expliquons les tenants et aboutissants dans cet article. En décembre, après un mois de mobilisation des manifestants, Edouard Philippe avait assuré dans un entretien aux Echos qu’un tel référendum pouvait être « un bon instrument dans une démocratie ».

« En matière d’immigration, une fois nos obligations d’asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ? »

Si l’éxecutif a renoncé à faire de l’immigration le cinquième pilier du grand débat national, ce thème a été incorporé à celui de la démocratie et de la citoyenneté, et Emmanuel Macron y consacre un paragraphe dans sa lettre aux Français. Dans cette question, il évoque sans la nommer la possibilité de mettre en place des quotas d’immigration. Cette mesure n’était pas présente dans son programme, mais elle rejoint une proposition portée par François Fillon lors de la campagne présidentielle de 2017 et avant lui par Nicolas Sarkozy lorsqu’il était président de la République.

« Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’Etat et les religions de notre pays ? »

Dans son programme, Emmanuel Macron s’était engagé à proposer systématiquement aux agents de l’administration des formations à la laïcité, pour assurer des « services publics vraiment neutres ». D’autre part, il avait promis la fermeture des lieux de culte et la dissolution des associations promouvant une propagande jihadiste. Il avait également proposé d’« enseigner le fait religieux à l’école ».

Alors qu’Emmanuel Macron avait affirmé pendant la campagne que « la place de l’islam (…) n’appelle pas une révision de la loi de 1905 », il semble que sa position ait changé. Une réforme de la loi de 1905 est maintenant envisagée pour accompagner la réforme de l’islam de France, souligne Le Monde.

https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/grand-debat-national-ce-que-disait-le-programme-de-macron-au-sujet-des-quatre-themes-abordes_3144193.html#xtor=EPR-51-%5Bgrand-debat-national-ce-que-disait-le-programme-presidentiel-d-emmanuel-macron-au-sujet-des-quatre-themes-abordes_3145733%5D-20190115-%5Bbouton%5D

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Grand débat : « Ni une élection ni un référendum »… Macron fixe le cadre

Grand débat : « Ni une élection ni un référendum »… Macron fixe le cadre

Par latribune.fr  |   |  1480  mots
(Crédits : Benoit Tessier)
Le grand débat qui sera lancé mardi n’est « ni une élection, ni un référendum », a affirmé Emmanuel Macron dans sa « lettre aux Français », en appelant « le plus grand nombre » à y participer.

Le président de la République a annoncé qu’il « rendra compte directement » de cette consultation, dans le mois qui suivra sa fin, prévue le 15 mars, dans sa longue lettre, dont la publication a été avancée après avoir été rendue publique par des médias dimanche soir malgré l’embargo fixé.

Lire aussi : Les 32 questions d’Emmanuel Macron dans sa lettre qui lance le grand débat national

« J’entends transformer avec vous les colères en solutions« , indique-t-il en conclusion de cette lettre, dont il avait annoncé la publication en présentant ses voeux, en pleine crise des « Gilets jaunes ». Il propose de baliser le débat avec une série de 35 questions portant sur quatre thèmes déjà fixés comme la démocratie, la transition écologique, la fiscalité ou l’immigration.

« Vos propositions permettront donc de bâtir un nouveau contrat pour la Nation, de structurer l’action du Gouvernement et du Parlement, mais aussi les positions de la France au niveau européen et international », précise Emmanuel Macron.

Parmi ces questions, figurent: « Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité? », « Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité? », « Quelles propositions concrètes feriez-vous pour accélérer notre transition environnementale? », « Faut-il accroître le recours aux référendums? ».

Sur l’immigration, Emmanuel Macron demande: « Une fois nos obligations d’asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement? ».

Mais, comme l’avaient annoncé plusieurs membres du gouvernement ces derniers jours, le président fixe aussi des lignes rouges.

« Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises […] afin d’encourager l’investissement et faire que le travail paie davantage », souligne-t-il, sans citer nommément l’ISF, dont le rétablissement est réclamé par de nombreux « Gilets jaunes ».

« Nous ne pouvons poursuivre les baisses d’impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique », prévient-il aussi.

Il ne cite, dans sa lettre, ni les thèmes du mariage pour tous, de l’IVG ou de la peine de mort.

Emmanuel Macron doit participer à un premier débat mardi avec des maires à Grand Bourgtheroulde (Eure), puis à un deuxième vendredi à Souillac (Lot), premières étapes d’une série de déplacements en province.

Le Premier ministre Edouard Philippe doit préciser lundi les modalités de ce grand débat, notamment sur son pilotage après la défection de la présidente de la Commission nationale du débat public, Chantal Jouanno, après une polémique sur sa rémunération.

Emmanuel Macron a publié sa lettre au lendemain d’un neuvième samedi de mobilisation des « Gilets jaunes » marqué par un regain de mobilisation.

Lire aussi : Gilets Jaunes: la mobilisation reprend de l’ampleur

Comment les « conclusions » seront reprises

Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a demandé lundi que le gouvernement dise « très vite » dans quelles « conditions » va s’organiser le grand débat national et « surtout » comment ses « conclusions » seront reprises.

Interrogé sur CNews au lendemain de la publication de la lettre du président Emmanuel Macron aux Français, M. Berger a souhaité que l’exécutif « dise très vite » « les conditions » dans lesquelles le grand débat s’organise, « les conditions d’indépendance, les conditions de bonne tenue des débats ». « Est-ce qu’on sera dans un cadre apaisé où chacun pourra s’exprimer? », s’est-il demandé.

« Celui ou celle qui va piloter » le débat « doit être indépendant du gouvernement », a souligné Laurent Berger, « y compris pour que les gens s’y inscrivent ».

Il a aussi demandé que l’exécutif dise « surtout » ce qu’il « va être être fait des conclusions » du débat, « la façon dont les débats à un moment donné vont être repris par les uns et les autres pour travailler ensemble ».

Pour le numéro un de la CFDT, il faut qu’à l’issue du débat « les organisations syndicales, patronales, les associations organisent une sorte de Grenelle du pouvoir de vivre où on traite l’ensemble de ces sujets-là » même si « le gouvernement in fine décidera ».

« Mais que ce ne soit pas simplement remonté à l’Elysée et que ce soit le président qui décide », a-t-il insisté.

Sur la lettre du président, dont il n’a pas souhaité « faire l’exégèse », le secrétaire général de la CFDT a observé qu’il « manque des précisions autour de ce qui pourrait être fait autour du pouvoir d’achat« .

Une opération de sauvetage du mandat de Macron ?

Avec sa lettre aux Français dévoilée dimanche soir, Emmanuel Macron tente « de sauver la suite de son mandat » jugent la majeure partie des éditorialistes, quand d’autres enjoignent leurs lecteurs à participer au grand débat.

Pour Stéphane Albouy du Parisien, Emmanuel Macron a pris la plume comme l’avaient fait avant lui François Mitterrand et Nicolas Sarkozy. A la différence que ses prédécesseurs étaient candidats à la présidence et défendaient leur programme de campagne, alors que « notre actuel président essaie pour sa part de sauver la suite de son mandat ».

« Avec cette adresse aux Français, le chef de l’Etat est en fait candidat… à sauver les trois ans qu’il lui reste à passer à l’Elysée« , pense également Paul Quinio de Libération qui voit la lettre du président comme un « écrit de rattrapage« .

« L’arrogant Jupiter tente avec ce texte de se mettre à hauteur de rond-point« , juge l’éditorialiste qui trouve l’exercice « périlleux ».

Dans L’Union, Carole Lardot Bouillé fait chorus:

« l’exercice est périlleux. Emmanuel Macron sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur. »

« Une ‘chance pour la France’, comme l’a dit Marc Fesneau, ce grand débat national?« , demande Guillaume Tabard du Figaro qui estime qu’il s’agit d' »une dernière chance pour Emmanuel Macron en tout cas, s’il veut régler la crise autrement que par des scénarios politiques catastrophes pour lui. »

François Ernenwein de La Croix est d’avis qu’il manque au chef de l’Etat « la crédibilité nécessaire pour convaincre qu’il va vraiment lutter contre les fractures sociales et territoriales en France« . L’éditorialiste du quotidien catholique admet toutefois que le président « peut encore parvenir à sortir son mandat de l’étau de la puissante contestation et des lourdes contraintes budgétaires« .

Dans Les Echos, Cécile Cornudet est sceptique quant à la volonté d’écoute d’Emmanuel Macron qui « se prête à l’exercice du grand débat comme s’il fallait bien en passer par là, mais sans réelle conviction pour le coup. »

Sans surprise, la lettre aux Français reste « lettre morte » pour Paule Masson de l’Humanité qui affirme qu’elle « ne peut être reçue que comme une provocation. » « Pas un mot sur les salaires, le pouvoir d’achat, mais l’affirmation qu’il ne rétablira pas l’ISF« , s’insurge l’éditorialiste du quotidien communiste.

« Le président joue gros« , assure Bernard Stéphan de La Montagne Centre France  qui considère que de la réussite ou de l’échec du grand débat « dépend la suite du quinquennat d’Emmanuel Macron. »

« Comme dans le village d’Astérix, il y aura des engueulades et des débordements, mais, en vérité, l’issue de ce grand débat dépend de nous tous et d’abord de notre volonté de comprendre avant de juger« , croit Vincent Trémolet de Villers du Figaro qui espère « une conversation civique« .

Dans le camp des plus optimistes, Sébastien Georges de L’Est Républicain songe que « ce grand débat peut constituer un des actes fondateurs de la nouvelle gouvernance qu’il avait promise », mais « à condition de tenir compte de ce qui en sortira, sans le cadenasser pour qu’il ne fasse pas pschitt. »

« Faut-il plus de services publics ou moins d’impôts ? Cruel et universel dilemme que le président de la République décline dans sa lettre« . Laurent Bodin dans L’Alsace note que le président « place les Français devant leurs responsabilités« , « habilement« , souligne-t-il.

« C’est à un incroyable exercice de renouvellement de la démocratie et de la politique que nous sommes en train d’assister« , s’enthousiasme Patrice Carmouze dans L’Eclair des Pyrénées. « C’est donc aux citoyens de s’emparer de ce débat, de prendre, en quelque sorte le pouvoir« , prévient-il.

« Emmanuel Macron tente avec ce courrier de nous mettre devant nos responsabilités, les siennes et tous les choix à venir« , constate Jean-Louis Hervois de la Charente Libre.

Dans Ouest France, Stéphane Vernay considère que « le chef de l’État mette autant de sujets sur la table, sachant que toutes les réponses n’iront pas dans son sens, est, de fait, totalement inédit« . Pour l’éditorialiste du quotidien de l’Ouest, cette lettre « plus qu’un engagement, c’est un contrat. Il faut le prendre au mot. En participant« .

(avec agences)

https://www.latribune.fr/economie/france/grand-debat-ni-une-election-ni-un-referendum-macron-fixe-le-cadre-803687.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20190114

« Gilets jaunes »: la cagnotte pour les policiers blessés dépasse le million d’euros

Paris, 10 jan 2019 (AFP) – La cagnotte en ligne pour les forces de l’ordre blessées lors des manifestations des « gilets jaunes » lancée mardi par le président LR de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur Renaud Muselier a dépassé jeudi en tout début d’après-midi le million d’euros collectés.Cette cagnotte avait été lancée sur la plateforme en ligne Leetchi en réaction à celle créée en soutien à l’ex-boxeur Christophe Dettinger, soupçonné d’avoir agressé deux gendarmes à Paris samedi, et qui doit être jugé pour ces faits le 13 février.

À 13H49 jeudi, 1.008.223,09 euros avaient été récoltés, de la part de 36.894 donateurs – soit une moyenne de plus de 27 euros par don.

« Courage et soutien sans limite à nos forces de l’ordre et de sécurité », « Bravo pour cette initiative. Tous ceux qui refusent la violence et la haine doivent se mobiliser pour dire Stop! C’est notre responsabilité individuelle et collective » ou « Avec toute notre gratitude envers les forces de l’ordre qui essaient de faire respecter nos droits et notre sécurité », commentent les donateurs.

Dans la présentation de sa cagnotte, l’ex-secrétaire d’État aux Affaires étrangères déclare qu' »en dehors du caractère absolument amoral (de la cagnotte de soutien à M. Dettinger) qu’il convient de dénoncer, il est de notre devoir en tant qu’amoureux de la République de répondre ».

« Quand on s’attaque à un policier, à un gendarme ou à un sapeur-pompier, c’est en réalité à la France que l’on s’attaque », ajoute-t-il.

M. Muselier veut soutenir les 1.050 policiers, gendarmes et pompiers blessés depuis le début du mouvement des « gilets jaunes ». « Celles et ceux qui mettent leur vie en danger pour protéger la nôtre et faire respecter l’ordre républicain en France font face à un déferlement de violence et de haine absolument intolérable », ajoute-t-il.

La somme récoltée sera reversée à l’amicale de la police nationale, une « association d’entraide » qui oeuvre pour les gendarmes, policiers et sapeurs-pompiers et pourra la répartir entre les forces de l’ordre blessés, avait précisé mardi à l’AFP un porte-parole de M. Muselier.

La cagnotte en soutien à l’ancien boxeur Christophe Dettinger a été close mardi midi par la plateforme Leetchi, après plus de 117.000 euros récoltés.

Publié le 10/01/2019 02:06

Gilets Jaunes. Entre révolte sociale et rébellion identitaire, esquisse d’une révolution politique

Révolte des Gilets Jaunes : l’histoire est bien le lieu de l’imprévu !

Gilets Jaunes. Entre révolte sociale et rébellion identitaire, esquisse d’une révolution politique

Par Didier Beauregard, journaliste et essayiste ♦ L’ensemble des commentateurs médiatiques l’a ressenti d’emblée, le mouvement des gilets jaunes, centré sur la problématique des taxes et du pouvoir d’achat, dépasse largement le cadre traditionnel d’une lutte sociale classique. Il s’est imposé comme une contestation de portée systémique. La remise en cause des castes dirigeantes en constitue le fil conducteur.


Ce premier constat, partagé par tous, parce qu’exprimé par les gilets jaunes eux-mêmes, cache cependant une réalité plus profonde qui peine encore à s’affirmer, alors qu’elle représente l’élément le plus subversif de cette contestation : la rencontre entre une révolte sociale et une rébellion identitaire. Cette dimension identitaire est la ligne de front décisive qui donnera sa pleine nature au mouvement des gilets jaunes, c’est-à-dire celle d’une contestation globale du pouvoir en place. Non pas seulement celui du gouvernement Macron, mais aussi de l’idéologie dominante des quatre ou cinq dernières décennies et de l’ordre politique que ce pouvoir a engendré.

La réalité de cette contestation existe déjà par le seul fait de la composante de la mobilisation populaire. Une mobilisation de la France d’en bas, du peuple blanc des périphéries que la dominance idéologique a effacé de ses représentations collectives, sauf à le portraiturer négativement pour sa dangerosité raciste et son inaptitude à la modernité culturelle et économique, type « gaulois réfractaire ». Enfermé dans cette représentation de « beauf », le Français populaire, soit encore la majorité des habitants de ce pays, avait vocation à disparaître en tant qu’identité vivante après avoir (quasi) disparu des représentations collectives dignes d’intérêt. La sémantique de la dominance ayant même poussé le vice jusqu’à qualifier de « quartier populaire », les grandes périphéries urbaines d’où le peuple avait été chassé, après avoir été dégagé auparavant des centres villes des métropoles.

La cause était entendue, la France c’est la « Diversité », les minorités (« l’autre » mythifié) sont le moteur du progrès social et le peuple autochtone, le peuple « de souche », n’existe pas, sauf à le définir en mode négatif ou répulsif. Mais voilà, la réalité d’une identité ne se détermine pas par ceux qui la commentent, mais par ceux qui la vivent; l’identité existe d’abord à travers ceux qui la portent et donc la font vivre. Bien des peuples et des communautés, à travers l’histoire, ont continué d’exister à travers la conscience qu’ils avaient d’eux-mêmes, en dépit de l’idée d’eux-mêmes que ceux qui les dominaient voulaient leur imposer.

https://www.polemia.com/jean-yves-le-gallou-gilets-jaunes-france-blanche-souffre/embed/#?secret=wIqCXM6LvM

Révolte sociale et révolution politique

Le mouvement des gilets jaunes est blanc et populaire, cette réalité personne ne peut sérieusement la contester. Et, paradoxalement, cette réalité qui ne se revendique pas en tant que telle, est la preuve la plus manifeste de son caractère identitaire ; comme le dit l’adage, qui se ressemble, s’assemble. La chose s’est faite spontanément, sans volontarisme, ni mots d’ordre. Le drapeau tricolore et la Marseillaise ont la force d’une évidence où chacun, naturellement, trouve sa place et ses repères. Cette représentation du peuple, par son seul jaillissement dans l’espace public d’où il était banni, revêt une dimension révolutionnaire puisqu’elle met à bas le système idéologique dominant qui niait son être.

Cette réalité donc, du seul fait de son existence, annonce un changement de paradigme qui dépasse le cadre classique de la lutte sociale pour s’inscrire dans un mouvement historique de fond; celui du devenir identitaire de l’Europe et du type d’organisation politique que cette question soulève : un système politique recentré sur l’héritage historique des veilles nations européennes, ou porté par une gouvernance transnationale et post nationale dans le cadre d’une vision mondialiste déterminée par les échanges économiques et les migrations ? Nous sommes bien au cœur de l’enjeu politique et civilisationnel du monde contemporain.

5 thèmes offensifs

Toutefois, il ne suffit pas non plus d’afficher son identité pour que celle-ci s’impose comme une force opérationnelle destinée à vaincre. Encore faut-il qu’elle porte en elle un sens politique offensif, d’autant que le président Macron vient d’exprimer, lors de ses vœux, sa détermination à assumer une épreuve de force avec la révolte populaire qualifiée de « foule haineuse ». Seule une volonté idéologique qui se pense elle-même avec une juste conscience de sa nature peut remplacer une force idéologique dominante. C’est le défi auquel le mouvement des gilets jaunes est désormais confronté. Il s’articule autour de quelques points clés susceptibles de définir un redéploiement stratégique du mouvement : –la question institutionnelle et le RIC – l’immigration et le pacte de Marrakech – le rôle, la représentativité et l’éthique des médias – l’enjeu écologique et ses réalités- la place et l’étendue de la solidarité sociale, thème capital directement lié aux projets de réforme des retraites et de l’assurance chômage. Chacun des ces cinq thèmes possède une charge subversive suffisante pour ébranler la dominance idéologique en place.

Engagée contre la taxe carbone, la révolte des gilets jaunes s’est vite élargie à la question sociale, c’est-à-dire le pouvoir d’achat et l’injustice des prélèvements obligatoires. Ce sujet a rencontré un large écho auprès de l’ensemble de la population qui a profondément déstabilisé le gouvernement. Il est difficile de délégitimer un mouvement social soutenu par 70 à 80% des citoyens. Il est pourtant clair aujourd’hui que quelque soit la pertinence des revendications exprimées autour du pouvoir d’achat, elles ne peuvent suffire à prolonger durablement la révolte en cours.

https://www.polemia.com/dix-observations-mouvement-gilets-jaunes/embed/#?secret=oOaxkCwnql

La stratégie du pouvoir : minimiser, diaboliser, diviser, isoler

Les concessions du gouvernement, même limitées, fournissent un argumentaire crédible au pouvoir en place, sur le thème, nous avons fait un geste, vous devez maintenant cesser de vous agiter et discuter avec nous. Il ne faut pas négliger la portée de cet argument auprès d’une frange non négligeable de la population très perméable aux campagnes sur les violences et le danger des extrêmes. Le soutien de l’opinion public peut s’affaiblir, voire se retourner, assez rapidement, et il est le seul vrai garant de la puissance du mouvement. La façon dont le pouvoir et ses relais médiatiques ont massivement divulgués la thèse de l’essoufflement de la mobilisation et de sa radicalisation concomitante (qui coûte si chère au pays !) ne laisse aucun doute sur ses visées. Nous retrouvons les principes de manipulation de l’opinion face à un mouvement de masse que nous avions déjà analysés dans ces colonnes durant la séquence Manif pour tous (1): Minimiser, diaboliser, diviser et isoler. Le processus est bien engagé et laisse des traces dans les esprits.

La gauche au secours du système : exclure la question migratoire

Par ailleurs, la polarisation sur la question sociale et le pouvoir d’achat entretient une ambigüité qui pèse sur le mouvement et brouille ses significations. Si l’on admet comme une réalité déterminante que la révolte des gilets jaunes est beaucoup plus qu’un classique mouvement de revendication sociale, mais une forme nouvelle de contestation politique, susceptible de redéfinir les principes démocratiques des sociétés occidentales, la question unique du pouvoir d’achat l’enferme dans une thématique classique et trop bien balisée. En claire, elle permet à la gauche, c’est-à-dire principalement le parti de Mélenchon, de s’accaparer du drapeau de la révolte. Une manœuvre relayée par les médias qui favorisent largement la prise de parole des gilets jaunes à discours de « gauche ».

Le thème du référendum d’initiative citoyenne (RIC) est à cet égard un enjeu décisif. Les modalités de son soutien, ou de son refus, sont un test qui doit décanter les positions des protagonistes. Nombre de commentateurs de gauche l’abordent avec distance, voire hostilité, soulignant volontiers les risques de dérives populistes qu’il représente. Chacun comprend qu’en arrière plan se joue la question de l’immigration et de sa charge explosive. Avec la complicité de toute la gauche et des instances « morales » autoproclamées, le gouvernement a déjà exclu l’immigration des thèmes soumis au grand débat national. La gauche a bien joué son rôle de serre file et de garde chiourme des mouvements de contestation sociale. La question migratoire reste l’impensé de la révolte en cours. Son émergence, ou non, déterminera la nature et l’avenir de la révolte des gilets jaunes.

Didier Beauregard
06/01/2018

(1)« De l’art de la guerre médiatique »  : Polémia, 24 juin et 25 juin 2013.

Source : Correspondance Polémia

https://www.polemia.com/gilets-jaunes-entre-revolte-sociale-et-rebellion-identitaire-esquisse-dune-revolution-politique/

Plusieurs milliers de « Gilets jaunes » de retour dans la rue pour l’Acte VIII

Plusieurs milliers de « Gilets jaunes » de retour dans la rue pour l’Acte VIII

Par latribune.fr  |   |  687  mots
A Paris, Bordeaux, Lyon, Grenoble ou encore Rouen, les Gilets jaunes ont commencé samedi à se rassembler dans plusieurs villes pour l'acte VIII de leur mobilisation.
A Paris, Bordeaux, Lyon, Grenoble ou encore Rouen, les « Gilets jaunes » ont commencé samedi à se rassembler dans plusieurs villes pour « l’acte VIII » de leur mobilisation. (Crédits : CHRISTIAN HARTMANN)
De l’ordre de 50.000 manifestants ont défilé dans plusieurs villes de France ce samedi, huitième journée de protestation du mouvement des « Gilets jaunes ». Des heurts ont éclaté dans la capitale en début d’après-midi.

[Article initialement publié à 12h55, mis à jour au cours de la journée]

A Paris, Bordeaux, Lyon, Grenoble ou encore Rouen, des dizaines de milliers de « Gilets jaunes » se sont rassemblés ce samedi 5 janvier dans plusieurs villes pour « l’acte VIII » de leur mobilisation, dans l’espoir de peser sur le gouvernement qui réclame le retour à l’ordre. Dans la capitale, la préfecture de police avait reçu deux déclarations officielles, la première pour un rassemblement sur les Champs-Elysées suivi d’un déplacement vers la place de la Bourse, la seconde pour un cheminement au départ de l’Hôtel de ville en direction de l’Assemblée nationale. Sur l’ensemble de la journée, ce sont 50.000 « Gilets jaunes » qui ont été recensés à travers le pays selon la police, contre 280.000 au plus fort de la mobilisation et 32.000 la semaine dernière.

A Paris, on dénombrait plus de 3.500 personnes, parties de l’avenue des Champs-Elysées, cheminant dans les 1er et 2ème arrondissements.

« On va manifester ici tous les samedis, ça va continuer tout 2019 », déclamait dans un mégaphone une des manifestantes.

Des heurts ont éclaté devant l’Hôtel de ville et sur la passerelle Léopold-Sédar-Senghor, qui chevauche la Seine entre les Tuileries et la rue de Solférino. Un feu s’est également déclaré dans une péniche-restaurant amarrée près du musée d’Orsay et plusieurs scooters et une voiture ont été incendiés sur le boulevard Saint-Germain où des barricades de fortune ont été érigées, a rapporté l’AFP. A Montpellier, quatre CRS ont été légèrement blessés à la suite de jets de pierres et de bouteilles dans le secteur de la gare Saint-Roch, où la situation restait « tendue », avec entre 300 et 400 « gilets jaunes », selon la Direction départementale de la sécurité publique.

Pour la première fois, une ébauche de service d’ordre interne accompagnait les différents défilés de ce mouvement sans leader désigné dont les actions s’organisent essentiellement via les réseaux sociaux.

Forte mobilisation à Bordeaux et Toulouse

A Lyon, plusieurs milliers de « gilets jaunes » ont bloqué dans les deux sens l’autoroute A7 qui traverse la ville, créant des bouchons en amont des voies coupées à la circulation en ce jour de retour de vacances, quand d’autres avaient convergé vers la place Bellecour. A Rouen, de mille à 2.000 manifestants, dont des familles et des adolescents, marchaient en criant « Macron démission ». A Bordeaux, ils étaient environ 4.600 à manifester dans le calme, retrouvant leur niveau de mobilisation d’avant les fêtes de fin d’année et consacrant la capitale de Nouvelle-Aquitaine comme l’un des bastions du mouvement. A Toulouse, la mobilisation était en hausse par rapport au 29 décembre, avec quelque 2.000 personnes défilant dans l’après-midi, sans qu’aucun incident ne soit signalé, selon la préfecture.

Griveaux évacué de son ministère

Le gouvernement avait durci le ton. Vendredi, Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, a estimé que le mouvement était « devenu le fait d’agitateurs qui veulent l’insurrection et, au fond, renverser le gouvernement« .

Samedi, il a dû être évacué de son bureau après l’intrusion de manifestants violents dans la cour de son secrétariat d’Etat situé rue de Grenelle, non loin de l’Assemblée nationale. Selon le récit de son entourage, confirmant des informations du Parisien, une quinzaine de personnes, certaines vêtues de noirs, d’autres avec un gilet jaune, ont fait irruption dans la cour du bâtiment après avoir défoncé la grille à l’aide d’un engin de chantier. Les manifestants ont vandalisé des voitures garées dans la cour sans entrer dans les locaux, avant de repartir du site qui abrite également le ministère des Relations avec le Parlement.

Vendredi soir, 18 « gilets jaunes », dont une mineure, ont été placés en garde à vue en Saône-et-Loire après avoir tenté de bloquer la plateforme logistique Amazon de Sevrey.

Selon un sondage Odoxa Dentsu consulting publié jeudi, 55% des Français souhaite toujours que le mouvement se poursuive et l’amélioration du pouvoir d’achat est désormais en tête des attentes pour 2019.

(avec AFP et Reuters)

https://www.latribune.fr/economie/france/plusieurs-milliers-de-gilets-jaunes-de-retour-dans-la-rue-pour-l-acte-viii-802833.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20190107

éphémère jaunisse des cocus

Ephémère jaunisse des cocus

Il n’y aura pas de révolution jaune.
Les révolutions de couleurs sont financées par l’extérieur, à commencer par la révolution bleue destinée à punir la France pour sa contribution militaire décisive à l’émancipation des colonies anglaises d’Amérique, dont le financement collectif passait des loges maçonniques londoniennes à leurs salons parisiens où se réunissaient les révolutionnaires français, et dont le financement individuel passait par la Compagnie des Indes (anglaise) qui versait des salaires réguliers auxdits révolutionnaires. Or la jaunisse actuelle ne bénéficie d’aucun soutien ou financement extérieur, ce qui n’empêche pas bien sûr le gouvernement français, pourtant contributeur aux agences uniopéennes de déstabilisation de la Russie comme la East Stratcom Task Force, d’accuser le gouvernement russe et d’ouvrir une pseudo enquête judiciaire pour, sinon discréditer le mouvement des gilets jaunes, du moins tirer profit d’une nouvelle opportunité de harcèlement prémilitaire contre la Russie.
Et justement, les révolutions qui réussissent sont celles menées par des révolutionnaires, qu’ils soient des meneurs sincères ou des activistes payés par l’étranger. Or il y a certainement bien peu de révolutionnaires dans les rangs jaunes. Personne n’est là pour casser l’Etat ou renverser le régime, et on a vu plusieurs cas de jaunis venant au secours de Compagnons Républicains de Sécurité, ou de gens d’armes Gardes Républicains, pris à partie par des « casseurs » infiltrés dans les manifestations et des éléments incontrôlés du moins par les manifestants. Aujourd’hui comme hier, les petites gens n’en veulent qu’à Cancras, Carbalas et Urssaf, ces rap-tout d’un Etat-vampire au service des grands soupiers du régime. Leur logique est celle de la glasnost ou transparence de l’appareil, mais aussi d’une meilleure efficacité de l’Etat remis au service de la France. Cette aspiration est plutôt contre-révolutionnaire.
Le petit peuple qui arbore   aujourd’hui la couleur des cocus n’a ni chefs ni ambitions politiques, et si quelques-uns de ses militants accédaient au parlement comme en 1956, ils n’arriveraient pas à convaincre leurs électeurs d’un jour que les luxueux avantages de la chambre d’enregistrement des directives uniopéennes ne les ont pas coupés des réalités des petites gens. La grève de l’impôt n’est pas compatible avec le vote du budget, et le poujadisme est mort en s’asseyant sur les bancs où son initiateur n’a jamais brigué l’admission.
Pourtant les griefs du peuple n’ont jamais été aussi justifiés. Par exemple, la présomption de culpabilité de fraude fiscale fut à l’origine de l’orgie de contrôles fiscaux destructifs déchaînée en 1952 contre le petit commerce et l’artisanat, pour provoquer les dizaines de milliers de faillites nécessaires ou utiles à l’expansion de la grande distribution capitalisée. En dépit des protestations du pays productif, cette présomption de culpabilité a été officialisée par la loi 59-1472 instituant, avec l’impôt sur le revenu des personnes physiques, l’abattement de 20% pour impossibilité de tricher, privilège réservé aux salariés, impliquant que toute personne dont le revenu n’est pas déclaré par un tiers ment, et incitant de ce fait à la malhonnêteté par la pénalisation de l’indépendant honnête. Cette loi de 1959 poussant les anciens commerçants mis en faillite à s’engager contre salaire dans la grande distribution, et les artisans à se faire embaucher dans l’industrie, mit solennellement le dernier clou dans le cercueil de la révolte contre l’oppression fiscale, et montra s’il en était besoin que le nouveau régime né du coup d’Etat du 13 mai 1958 n’entendait pas être plus protecteur des Français que la république antérieure, dite quatrième.
Au demeurant, la rafle, ce samedi 8 décembre 2018, de milliers de conducteurs responsables de respecter l’obligation (instituée en 2008) de détenir un gilet de haute visibilité dans leur voiture, et leur défèrement immédiat en garde à vue pour présomption de sympathie avec les manifestations jaunes, confirme que la présomption de culpabilité du petit peuple est toujours en vigueur. Les intentions de la V° n’ayant pas changé depuis le 26 mars 1962, le gouvernement, par la voix de plusieurs ministres, a menacé de violence et de morts, a essayé de dissuader les gens de descendre dans la rue et encore plus de monter à Paris, et a soigneusement fait choisir des familles communes et des passants quelconques pour les violences dites policières (tir tendu de grenades, passages à tabac, mutilations) et les humiliations judiciaires, afin que chacun puisse s’identifier à ces victimes de la répression et se calfeutre chez soi la prochaine fois. D’ailleurs, quant à l’appartenance authentique des auteurs de ces violences aux services publics dont ils portent le discret brassard de reconnaissance (voire parfois l’uniforme), seul le régime employeur de Benalla serait en mesure de la confirmer ou de l’infirmer, de même que l’appartenance des « casseurs » infiltrés, au profil physique, social et comportemental tellement différent des manifestants qu’ils sont chargés de discréditer.
Les revendications matérialistes peuvent rassembler de grandes foules mais elles ne peuvent pas les mobiliser sur la durée, au coût d’inconforts physiques ou de pertes de revenus. Il en serait différent si de grands orateurs ou meneurs de foules les soutenaient, les dotaient d’une grande idéologie ou plus simplement d’un but concret, et les canalisaient vers des actions de changement réel de la conduite politique. A ce jour ce n’est pas le cas, beaucoup se plaignent du prix du carburant à la pompe mais tous sont satisfaits de trouver du carburant à volonté, à la station-service du coin, moyennant quelques billets ou un débit différé. La fronde des samedis se calmera vraisemblablement le 22, début des congés de la Nativité, et sera éteinte le 29, avant-veille du réveillon.
Il faudra beaucoup de souffrances et de morts pour que les peuples de France descendent vraiment dans la rue pour autre chose que des selfies, ou autoportraits bras tendus, en cible fluo devant les caméras. Il faudra alors beaucoup de policiers cagoulés et de barbouzes encapuchés ou casqués pour tenter de les retenir. Mais après quelques grosses rues d’Isly, l’action reviendra aux petites gens.

[RussEurope-en-Exil] Emmanuel Macron, Président du « parti de l’ordre », par Jacques Sapir

 

5.janvier.2019 // Les Crises

[RussEurope-en-Exil] Emmanuel Macron, Président du « parti de l’ordre », par Jacques Sapir

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Emmanuel Macron s’était présenté comme le candidat du « parti du mouvement ». Moins de deux ans après son élection, il est devenu le Président du parti de l’ordre. Les interpellations d’Eric Drouet et de ses camarades dans la nuit du 2 au 3 janvier, mais aussi les 219 incarcérations qui ont eu lieu depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes, et les nombreux blessés graves que l’on a au à déplorer lors des manifestations le prouvent. Ce n’est pas par hasard si l’on utilise ici les termes de « parti du mouvement » de « parti de l’ordre ». Ils servaient à analyser la polarisation politique en France au XIXème siècle, et ils furent repris dans de nombreux ouvrages de science politique. Il y a aujourd’hui une certaine ironie à ce que le fondateur d’un mouvement appelé En Marche, ait finalement choisi le parti de l’immobilité, et en réalité – car ce fut le cas du « parti de l’ordre » au XIXème et au XXème siècle – de la réaction.

La mutation d’Emmanuel Macron

Cette mutation n’est ni étonnante, ni accidentelle. Elle était même prévisible. Au début de l’année 2017 j’avais, à la télévision russe (RT en anglais), expliqué en quoi tant Emmanuel Macron que François Fillon représentaient des candidats du passé, ou si l’on préfère de la réaction. J’avais même retraduit le texte en français et installé cette traduction sur mon blog[1], ce qui me fut d’ailleurs reproché, au point que ce fut l’un des prétextes utilisés pour me censurer. Emmanuel Macron est un parfait représentant des élites métropolisées et mondialisées face au soulèvement de la « France périphérique »[2] .

Or, c’est le soulèvement de cette « France périphérique » qui a dévoilé la nature réelle du projet politique et économique d’Emmanuel Macron. C’est le choc engendré par le soulèvement de ces couches sociales qui a provoqué le raidissement conservateur ultime de son pouvoir et qui l’a fait basculer, au vu et au su de tous, du « parti du mouvement » au « parti de l’ordre ». Ce basculement a d’abord eu comme effet la répression extrêmement violente des diverses manifestations qui ont eu lieux depuis la fin du mois de novembre. Non que toutes ces manifestations aient été pacifiques. Tout le monde a pu voir que des groupes ultra-violents, ou uniquement motivés par le pillage, s’étaient infiltrés dans ces manifestations. Mais, tout le monde a pu AUSSI constater que les brutalités policières ont bien souvent commencées avant l’irruption de ces groupes ultra-violents, et que les pilleurs ont parfois bénéficié d’une bien étrange immunité. L’emploi d’armes de tir (ce que l’on appelle les « Flash Ball ») pour viser les parties hautes du corps des manifestants ainsi que la tête doit être dénoncé. Un certain nombre de manifestants ont été éborgnés ou défigurés par ces armes[3]. On ne compte plus, hélas, les cas de pertes de mains, d’œil, de traumatismes crâniens ou de fractures du crane. Tout cela sans compter le cas de cette femme de Marseille tuée par une grenade alors qu’elle fermait ses volets au quatrième étage, un cas qui a manifestement peu ému les éditorialistes des grands médias…

L’Inspection Générale de la Police, l’IGPN a d’ailleurs ouvert au moins 48 dossiers sur ces violences. L’association Amnesty International a dénoncé les violences policières dans le cours de ces manifestations[4]. Au-delà, ces violences posent la question suivantes : le gouvernement, car nul ne peut croire qu’il puisse s’agir seulement de « bavures » individuelles même si elles existent incontestablement, le gouvernement donc a-t-il délibérément décidé de provoquer un sentiment de terreur afin de décourager les manifestants ? La mise en scène de ces violences par le gouvernement est un élément qui incite à le penser. On peut ici opposer l’attitude du Ministre de l’intérieur et celle du Préfet de Police à celle de l’homme qui fut Préfet de police en mai 1968, M. Maurice Grimaud[5], et dont les consignes et ordres permirent d’éviter le pire lors de manifestations qui étaient en réalité bien plus violentes que celles des différents « actes » des Gilets Jaunes.

Emmanuel Macron et le « débat national »

Le Président de la République a annoncé, dans son allocution du 10 décembre, un grand « débat national ». Pourtant, les revendications du mouvement des Gilets Jaunes sont bien connues : elles portent sur la justice fiscale, le pouvoir d’achat, et la nécessité de renforcer les mécanismes démocratiques dans notre pays. Sur ce dernier point, ces revendications se concentrent sur le référendum d’initiative citoyenne, qui pourrait être un remède à l’inachèvement démocratique des institutions de la France[6]. Dans son allocution du 31 décembre, allocution dite des « Vœux », le Président a pourtant réaffirmé sa volonté de mener à bien des réformes, dans l’assurance chômage, l’organisation des services publics ou sur les retraites. Soumettra-t-il ces réformes au « débat national », ce qui serait dans la logique de ce dernier ? Car, ces « réformes » ont toutes un très fort impact potentiel avec les questions qui ont émergé du mouvement des Gilets Jaunes. Ainsi, la soi-disant réforme de l’assurance chômage, dont on peut penser que le décret pris au début de l’année est une anticipation, entend stigmatiser au moins 4,5 millions de personnes (et en réalité au dessus de 6 millions), du fait de l’existence de 300 000 postes de travail non pourvus, soit dans un rapport d’1 sur 20. De même, la réforme des services publics, si elle est menée dans l’esprit des réformes antérieures, et en particulier de la SNCF, aboutira à sacrifier toujours plus la « France périphérique » au profit des grandes métropoles et de la partie boboïsée de leur population. Enfin, ce que l’on annonce de la réforme des retraites, et en particulier l’adoption d’un système par points et d’une forte réduction des pensions de réversion aura des conséquences négatives considérables sur la partie la plus fragile des retraités.

On peut donc penser que non ; le Président n’aura nulle envie de soumettre ses « réformes » à consultation populaire. Alors, si la nécessité de « cadrer » un débat, pour des raisons d’efficacité qui sont évidentes et qui renvoient à la théorie de l’information, n’est pas discutable, on sait aussi que le contrôle sur les ordres du jour est une des formes les plus classiques de capturer à son profit un processus démocratique[7]. C’est pourquoi il conviendra de lire avec attention la « lettre » que le Président entend envoyer à tous les français. C’est cette lettre qui déterminera si le Président est honnête dans sa volonté d’organiser un « débat national » ou s’il entend seulement se livrer à une opération bassement politicienne. De ce point de vue, l’interview de Christophe Bouillaut sur le site Atlantico se révèle riche d’enseignements[8].

Car, le « débat national » est déjà en train d’avoir lieu. Les « cahiers de doléances » mis à disposition du public dans de nombreuses mairies de communes rurales nous donnent à voir quelles sont les questions que les français aimeraient discuter dans ce « débat ». Un comportement démocratique de la part du Président aurait été de prendre acte de ce qui existe. Mais, pour cela, encore faudrait-il qu’il rétablisse le contact, depuis longtemps perdu, entre le sommet du pouvoir et cet échelon essentiel de la démocratie que sont les petites communes. Il faudrait aussi qu’il admette qu’un débat sans sanction n’est pas un débat. L’engagement de soumettre les réformes projetées à la sanction des français une fois le débat achevé, par exemple sous la forme d’un référendum, serait, de la part d’Emmanuel Macron le signe le plus juste et le plus indubitable, qu’il a bien entendu ce que les français ont voulu dire. A contrario, la volonté d’émasculer le débat, et de continuer comme si de rien n’était à promouvoir des réformes dont l’impact sur la vie quotidienne des français sera évident, sera le signe le plus évident que ce Président n’a rien appris ni rien oublié.

Le « parti de l’ordre » et le désordre

Emmanuel Macron s’affirme donc comme un tenant du « parti de l’ordre », et parfois dans tous ses excès. Mais, contribue-t-il à l’ordre républicain ? Remarquons que cet ordre est quelque peu asymétrique. Si la presse, souvent aux ordres, s’est largement déchaînée sur les dégradations – condamnables – survenues lors des manifestations des Gilets Jaunes, elle a été bien plus silencieuse quant aux centaines de voitures brulées lors de la nuit du 31 décembre. De plus, rien de comparable aux déploiements spectaculaires des forces de l’ordre lors de ces dites manifestations n’a été vu pour sécuriser des quartiers où se produisent, maintenant depuis des années, des violences récurrentes lors des nuits du 1er de l’an.

Mais, de plus, que ce soit dans les mots qu’il utilise, comme l’emploi tout récent de « foules haineuses » pour stigmatiser le mouvement des Gilets Jaunes, ou ses déclarations plus anciennes sur les « fainéants » et « ceux qui ne sont rien », ou que ce soit dans certains des actes qu’il a inspirés voire commandités, comme l’arrestation d’Eric Drouet ou la destruction contestable des points de rassemblements établis par les Gilets Jaunes (destructions qu’une avocate a fait déclarer illégales), il y a une incontestable volonté provocatrice. Comment appelle-t-on alors celui qui se pose en défenseur de l’ordre mais qui par ses propres actions créé le désordre ? On peut même aller plus loin. Si Emmanuel Macron avait, dans une courte déclaration (et l’on sait combien il a tendance à s’étendre), reconnu l’existence de problèmes sociaux importants et annulé l’accroissement des taxes sur les carburants et annoncé le coup de pouce au pouvoir d’achat, toutes choses qu’il a faites le 10 décembre, dès le 1er ou le 2, on peut penser que le mouvement se serait calmé de lui-même. Car, si l’on peut toujours trouver ici ou là des personnes qui ne sont motivées que par le désordre et le profit qu’ils peuvent en tirer, la moindre des honnêteté serait de reconnaître que la force, l’ampleur et la violence du mouvement sont le produit de l’insatisfaction de revendications essentielles. Ces revendications n’ont d’ailleurs reçues qu’une satisfaction très partielle, ce qui contribue à enraciner le mouvement dans la durée.

Il est des dirigeants qui ne comprennent pas la différence qu’il peut y avoir entre un accès de révolte et un mouvement plus profond. Il est aussi des dirigeants qui ne comprennent pas comment on peut glisser de l’un à l’autre. Et, ce glissement est largement le produit de l’incapacité ou de la surdité des gouvernants. A l’annonce de la prise de la Bastille, on dit que Louis XVI déclara, interrogatif : « c’est une révolte ? » et que l’un de ses courtisans lui répondit « non, Sire, c’est une révolution ». Que l’échange soit réel ou inventé après coup, il témoigne de la dangereuse pente dans laquelle glissent les pouvoirs qui ne comprennent pas les événements qui surviennent, qui en minorent tout d’abord l’ampleur puis la signification. Emmanuel Macron a-t-il commis la même erreur ? C’est bien probable. Glisse-t-il sur la même pente ? Seul l’avenir peut le dire. Mais, s’il persiste à ne pas entendre ce que lui disent les français, s’il persiste dans ses provocations, qu’elles soient volontaires ou non, il y a fort à penser qu’il contribue à transformer un mouvement au départ limité en une réelle révolution.

La peur du peuple est, bien souvent, le début de la sagesse pour les dirigeants. A l’évidence, Emmanuel Macron n’a pas encore eu assez peur.


[1] https://russeurope.hypotheses.org/5888

J’écrivais alors, au sujet d’Emmanuel Macron : « Se faisant le candidat de l’Ubérisation de la société, Emmanuel Macron, derrière un langage faussement moderne, n’est en fait que l’avocat d’un retour au début du XIXème siècle, un retour au « domestic system » d’avant la révolution industrielle. Il est ici frappant de constater que le candidat même qui se prétend le plus « moderne », celui qui ne cesse de vanter les vertus de ce qu’il appelle « l’économie numérique », est en réalité un homme du passé. Mais, Emmanuel Macron est un homme du passé à un deuxième titre. S’il se présente comme un « homme nouveau », voire – et cela ne manque pas de sel – comme un candidat « anti-système »[[1]], il convient de rappeler qu’il fut étroitement associé, que ce soit comme conseiller de François Hollande ou comme Ministre de Manuel Valls, à la politique désastreuse mise en œuvre durant ce quinquennat. Or, cette politique à rajouté, de février 2013 au début de cette année, plus de 400 000 chômeurs au nombre considérable que nous avait laissé le tandem Sarkozy-Fillon. »

J’écrivais aussi, à propos de Marine le Pen : « Mme Marine le Pen s’appuie sur un électorat extrêmement stable, largement composé de personnes convaincues, et qui défie toutes les approximations et autres effets de manche cherchant à le qualifier « d’extrême droite » et même, sans aucune peur du ridicule, de « fasciste ». Si des franges extrémistes peuvent se joindre à cet électorat, sa réalité correspond très largement à ce que le géographe Christophe Guilluy a appelé la « France périphérique ».

[2] Guilluy C., La France périphérique : comment on a sacrifié les classes populaires, Paris, Flammarion, 2014

[3] Diverses sources permettent de faire le recensement (partiel) de ces incidents : https://www.liberation.fr/checknews/2018/12/04/gilets-jaunes-quel-est-le-bilan-officiel-des-morts-blesses-et-interpelles-depuis-le-debut-du-mouveme_1695762 , http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/12/09/97001-20181209FILWWW00099-videos-gilets-jaunes-des-violences-policieres-denoncees.php, https://www.lepoint.fr/societe/manifestations-la-police-est-elle-de-plus-en-plus-violente-17-12-2018-2279793_23.php. , https://www.streetpress.com/sujet/1495554039-morts-victimes-police .

[4] https://www.liberation.fr/direct/element/amnesty-international-denonce-les-violences-policieres-dans-les-manifestations-de-gilets-jaunes_91530/

[5] https://www.lci.fr/societe/commemoration-des-50-ans-de-mai-68-maurice-grimaud-ce-prefet-de-police-de-paris-qui-a-evite-le-pire-lors-des-manifestations-2083405.html

[6] Bertrand Renouvin a publié sur son blog un entretien avec Pierre Rosenvallon sur cette notion d’inachèvement démocratique réalisé à l’origine pour le numéro 36 de la revue « Cité » – Deuxième trimestre 2001. : http://www.bertrand-renouvin.fr/

[7] S. Holmes, “Gag-Rules or the politics of omission”, in J. Elster & R. Slagstad, Constitutionalism and Democracy, Cambridge University Press, Cambridge, 1993, (1988), pp. 19-58.

[8] https://www.atlantico.fr/decryptage/3562632/lettre-aux-francais-pour-cadrer-le-grand-debat–emmanuel-macron-ou-l-anti-discours-de-la-methode-christophe-bouillaud

 

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-emmanuel-macron-president-du-parti-de-lordre-par-jacques-sapir/

Étienne Chouard: «Évidemment que nous ne sommes pas en démocratie!»

Étienne Chouard: «Évidemment que nous ne sommes pas en démocratie!»


Par Jean-Baptiste Mendès – Le 3 janvier 2019 – Sputnik News

Est-ce le Grand Soir pour les Gilets Jaunes? Le RIC, dont il est l’un des promoteurs, est-il la solution miracle pour sauver la démocratie représentative? Les accusations de complotisme? Le professeur d’économie et de droit, militant et blogueur politique, Étienne Chouard a longuement répondu aux questions de Sputnik.

Confusionniste, rouge-brun, infréquentable… rien que ça?

Que peut-on dire de plus sur Étienne Chouard que ce qu’ont déjà dit Le Monde et Arrêt sur Images? Alors que le mouvement des Gilets Jaunes semble s’essouffler, en tout cas à Paris, Sputnik a reçu dans ses locaux ce professeur d’économie et de droit devenu militant qui sentirait le soufre.

Lors du referendum de 2005, il était l’une des figures de proue du Non au Traité constitutionnel européen. Après avoir contribué à populariser le RIC (referendum d’initiative citoyenne), il est devenu l’un des champions des Gilets Jaunes. Nous avons écouté ce qu’il avait à dire, sans l’accuser immédiatement de complotisme ou d’être soralien.

Nous laissons à nos lecteurs la possibilité de se construire une opinion par eux-mêmes, voici l’entretien en intégralité:

 

Premier contact, un jeudi soir de décembre, je lui demande s’il est disponible dans les prochains jours, il me répond dans la foulée et contre toute attente arriver le lendemain à Paris pour des passages médias. Je ne suis pas seul sur le coup, mais allons-y quand même!

Il me propose également de s’écrire sur une plateforme de messagerie sécurisée, je lui réponds Telegram, il me rétorque: «Telegram est contrôlé par Facebook non? Alors que Signal est recommandé par Snowden et Poitras». Ça promet!

Rencontre donc le 28 décembre avec le très disponible Étienne Chouard. Celui-ci m’explique presque naïvement avoir oublié la mobilisation hebdomadaire sur les Champs-Élysées qu’il juge dangereuse et contre-productive:

«Ces bagarres tous les samedis avec les CRS dans la capitale mettent, c’est vrai, la pression sur le pouvoir, mais sont un grand danger pour le mouvement. C’est trop tôt, il faudrait arriver à mon avis à faire pression de façon plus douce et plus diffuse sur le territoire comme c’est le cas le reste de la semaine et de façon beaucoup plus révolutionnaire, subversive et intéressante alors que la castagne avec les CRS me paraît extrêmement dangereuse et contre-productive.»

Non, lui préfère les Gilets Jaunes de province. Là où il a créé des «ateliers constituants». Malgré les intempéries, les casseurs et les fêtes de Noël, le mouvement reste extrêmement populaire auprès de la population française. Il y a encore une quinzaine de jours, le 19 décembre, 70% des Français les soutenaient et au 1er janvier, ils étaient encore 49% à souhaiter qu’il continue, malgré les violences en marge du mouvement et les concessions déjà obtenues. Le militant politique magnifie complètement ces mouvements de foules spontanés, louant l’exemplarité et l’infatigabilité des manifestants postés sur les giratoires.

«Ils sortent de chez eux —tout le monde devrait faire ça- et ils vont sur des lieux publics, de passage où il fait froid, où il pleut. Ils y restent même la nuit, donc ils y restent de façon obstinée et ils font société.»

Il loue également leur volonté de dépasser les clivages partisans, en masquant volontairement leur appartenance politique. Mais il se montre plutôt critique vis-à-vis de la longue liste de revendications du mouvement, qui ne seraient que législatives et qui n’aborderaient pas de front les dysfonctionnements démocratiques. Il n’y aurait qu’une seule mesure qui trouve réellement grâce à ses yeux, son fameux RIC.

«La liste de doléances, ce sont des requêtes adressées à un pouvoir supérieur, à l’élu, aux élus et on leur demande s’il-vous-plaît, un peu moins d’impôts, un peu plus de salaires, un peu de destruction de services publics […] Toutes ces doléances sont législatives, sauf qu’au milieu, il y en a une —c’est une pépite qui n’est pas législative- c’est le referendum d’initiative citoyenne et elle est constituante. Ce n’est pas une loi, c’est une façon de voter les lois qui fait que le peuple lui-même, de sa propre initiative, peut décider des sujets qui sont importants pour lui, sans que ce soit imposé par les élus.»

La question du Referendum d’Initiative Populaire —ou citoyenne, comme on voudra- a ressurgi au mois de décembre, parmi les nombreuses revendications des Gilets Jaunes. Étienne Chouard propose ainsi son institution afin de mettre en place une démocratie directe, qui irait radicalement plus loin que la Suisse. Un individu unique pourrait poser une question par referendum:

«Le RIC c’est la possibilité pour un groupe de personnes, pour une personne de poser une question à l’ensemble de ses citoyens. Une des premières questions à se poser, c’est combien de personnes sont légitimes poser la question. En Italie, en Suisse, c’est 100.000, 500.000, ça pourrait être un million, c’est à nous de décider […] Moi je dirais qu’une personne devrait pouvoir poser la question.»

Bien sûr, la conséquence directe de cette déclaration, le RIC illimité et sans quota minimum, c’est que cela entraînerait un joyeux bazar. Le blogueur a prévu l’éventualité, imaginant la mise en place d’un filtre intitulé «la Chambre du referendum», dont les membres seraient des citoyens lambda tirés au sort, façon démocratie athénienne. Plusieurs autres arguments peuvent être objectés au RIC, comme la tyrannie de la majorité, de l’émotion, un éventuel rétablissement de la peine de mort, la suppression du mariage homosexuel… Des «chiffons rouges», rétorque Chouard. Pour se prémunir des cas les plus risqués, il préconise la mise en place d’une campagne d’information neutre de six mois ou un an:

«Je suis contre la peine de mort, je suis évidemment pour que les femmes puissent avorter. Tout cela va de soi pour moi et il y a plein d’arguments qui vont dans ce sens […] Je suis démocrate, c’est-à-dire je suis pour que les peuples décident eux-mêmes de leur destin et prennent eux-mêmes les décisions qu’ils considèrent comme les plus importantes. Du même coup, si on est vraiment démocrate, honnête, il faut s’attendre de temps en temps, sur certains sujets qui peuvent être importants, à ce que le peuple prenne des décisions qui ne soient pas celles que j’aurais prises.»

Je ne résiste évidemment pas à la tentation de demander à ce démocrate et brillant théoricien (et paraît-il fameux parapentiste) si nous sommes réellement en démocratie.

“Évidemment que nous ne sommes pas en démocratie, c’est quoi la démocratie? C’est un régime dans lequel le demos a du kratos, le peuple a du pouvoir.»

Petit choc d’apprendre que je n’ai pas de pouvoir. Étienne Chouard tonne ainsi contre la démocratie représentative et les élus, sur qui le peuple n’aurait aucune prise.

«Élire, c’est renoncer à voter. La démocratie, ce serait des citoyens qui votent leurs lois. Alors que nous sommes dans un gouvernement représentatif dans lequel nous ne votons rien, nous élisons des maîtres qui vont tout voter à notre place, c’est une anti-démocratie.»

Il encourage les mandats révocatoires, mesure promue à titre personnel par l’un de ses amis, le député François Ruffin qui l’a cité, début décembre, lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale, accompagné de ses collègues Insoumis. Il n’imaginait pas le tollé. Étienne Chouard le défend, expliquant ne lui avoir rien demandé. Certains députés LFI ont exprimé rapidement leur malaise vis-à-vis de Chouard, promu au rang de référence sulfureuse, à commencer par Clémentine Autain:

Clémentine Autain@Clem_Autain

 Je suis évidemment en phase avec la proposition pour le RIC mais j”avoue, je n’aurais pas pris en modèle Etienne Chouard. Mais sans doute suis-je trop sensible aux dérives rouge/brun…

Une autre figure de gauche, Aude Lancelin, directrice du Média, accuse Chouard de confusionnisme et de frayer avec Alain Soral:

Aude Lancelin@alancelin
 Le soulèvement des Gilets jaunes, authentiquement populaire, n’a pas besoin d’une demi-portion intellectuelle comme lui. Ce sont certaines rédactions CAC 40 qui ont érigé ce type en soi-disant coqueluche. Sur le terrain, personne ne savait qui il était, et c’était tant mieux.

Et enfin la LICRA qui s’est fendue d’un communiqué l’accusant de complotisme.

Révélateur ou pas, quand on cherche le nom d’Étienne Chouard sur Google, les recherches associées sont des personnalités souverainistes comme François Asselineau ou Natacha Polony, mais aussi d’autres plus sulfureuses, comme Alain Soral ou Thierry Meyssan. Le professeur de droit et d’économie à Marseille se défend avec véhémence de créer des passerelles entre extrême-droite et extrême-gauche. Est-il un rouge-brun? Sur le cas Soral, il qualifiait en 2014 le fondateur d’Égalité & Réconciliation, condamné plusieurs fois pour antisémitisme, de «résistant». Il a réitéré devant moi ses propos, déclarant toutefois n’être pas proche du tout du personnage. Comment justifier alors son propos? En parlant de la 2de Guerre mondiale:

«Dans la Résistance, pendant la guerre, il y avait des communistes qui se battaient avec des maurassiens, c’est la droite de la droite la plus dure. Ça ne vous gêne pas? Quand le pays est en survie, oui les communistes se mettent avec les maurassiens, de Gaulle était maurassien».

Et il ajoute:

«Je suis d’extrême gauche, parce que j’ai un projet qui est fondamentalement démocratique. Je ne veux pas de chef, je veux des chefs dominés, je suis anti-tyrannique, c’est extravagant de m’assimiler à l’extrême-droite.»

Jean-Baptiste Mendès

http://lesakerfrancophone.fr/etienne-chouard-evidemment-que-nous-ne-sommes-pas-en-democratie

 

Un communiqué du Grand Maître du Grand Orient de France

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Un communiqué du Grand Maître du Grand Orient de France

Publié par Brujitafr sur 26 Décembre 2018, 06:50am

Catégories : #ACTUALITES

Peu de gens ont parlé du communiqué du 7 décembre dernier diffusé par le Grand Orient de France et signé par Jean-Philippe Hubsch. Nous voulions revenir sur les propos tenus et démontrer à quel point cette organisation très puissante qui gouverne pratiquement la France depuis deux siècles est d’une immense hypocrisie. En réalité, c’est la panique à bord, car le GODF sait très bien que le peuple se réveille et qu’il a compris.

 

 

Premièrement, malgré la gravité de la situation, avec le pays quasiment en feu, le communiqué commence par cette histoire de laïcité et de volonté de la faire appliquer en Alsace-Moselle comme s’il s’agissait d’une priorité nationale absolue, une revendication des #GiletsJaunes ! Décidément, cela relève de la pathologie.

Ensuite, le communiqué va faire un état des lieux de la réalité économique catastrophique de la France et la paupérisation de son peuple en demandant aux politiques de mettre en place un Grenelle de la pauvreté… On croit rêver ! Alors que le GODF – au même titre que la GLNF… – est au pouvoir en France depuis deux siècles, et qu’il s’accapare tous les ministères régaliens sans exception aucune*, comment ose-t-il aujourd’hui se dire étranger aux politiques ultralibérales menées depuis des décennies ! Faut-il établir ici la liste de tous les ministres de l’économie francs-maçons qui se sont succédé ! Il nous suffit de citer le ministre du budget Cahuzac qui s’est illustré par son évasion fiscale et qui a été condamné par la justice.

* Ministères Intérieur, Armées, Économie et finances, Justice, Éducation…

« Que trouve-t-on dans les gilets jaunes ? Essentiellement, une population sans repère et désespérée emportée par les extrémistes de tout bord. Là est le vrai danger, car ce peuple en colère est prêt à tous les excès. »

Mais ce qui est le plus choquant dans ce communiqué c’est bien l’arrogance du ton utilisé et le mépris que l’on peut lire lorsqu’il s’agit des gilets jaunes qui seraient selon eux un mouvement désordonné composé de gens du peuple incapables de penser correctement car ils ne sont pas dirigés par des partis ou des syndicats. Effectivement, même le faux gauchiste frère-la-truelle Mélenchon (GODF) n’arrive pas à mettre la main sur cette fronde populaire. C’est nouveau pour eux, c’est la première fois qu’il n’arrivent pas à comprendre ce qui se passe ni à contrôler les événements en cours. Du coup, il ne leur reste plus qu’une seule solution, diaboliser le mouvement et le discréditer car comme vous le savez, eux seuls possèdent la Lumière, la science et le savoir nécessaire à la gestion des affaires de la cité. Vous autres Gilets jaunes vous n’être que du bétail, des ignorants et des gueux incapables de comprendre quoi que ce soit.

Comme toujours, à l’instar du pouvoir qu’elle infiltre et qu’elle tient d’une main de fer depuis trop longtemps, la mafia maçonnique n’a rien vu venir et ne sait quasiment jamais préoccupée du sort du peuple, de la pauvreté et de la misère, de la souffrance des plus faibles dans un pays qui est censé être parmi les cinq plus puissants du monde ! Ils ne se réveillent que parce que le feu est dans la demeure mais c’est malheureusement trop tard pour eux.

Un communiqué du Grand Maître du Grand Orient de France

À l’heure où une modification de la loi du 9 décembre 1905 nous est annoncée, réforme sans doute d’autant plus dangereuse et sournoise qu’elle s’appuie sur le besoin d’organiser le fonctionnement du culte musulman et de regagner les territoires perdus de la République, nous devons augmenter notre vigilance. Rappelons toujours cette phrase si simple et si claire du grand Victor Hugo : « l’État chez lui, l’Église chez elle ».

Les francs-maçons et les laïques ne sont pas des adversaires des religions, ils souhaitent simplement que les croyances restent là où elles auraient toujours dû rester : dans la sphère privée. Le système français de laïcité permet depuis 113 ans une cohabitation pacifique, sans guerre de religion, sans prosélytisme subventionné, sans primauté d’une croyance sur l’autre. Certes, il reste des exceptions, avec le concordat d’Alsace-Moselle et aussi dans des territoires ultra-marins, mais nous continuerons le combat jusqu’à ce que la loi de 1905 s’applique dans chaque centimètre carré du territoire de la République.

Mais ce soir, mes inquiétudes vont au-delà de cette réforme annoncée, car ce n’est pas que la laïcité qui est menacée, c’est tout l’édifice républicain.

Depuis les dernières élections présidentielles, les partis politiques traditionnels ont explosé. Que reste-t-il des partis de gouvernement traditionnels ? Des ruines, dont la reconstruction est aléatoire. À côté de cela, un nouveau mouvement majoritaire, jeune, inexpérimenté, sans leaders charismatiques au Parlement, peine à être audible. Ceux qui tirent profit de cette situation, ce sont les extrémistes de tout bord aux discours populistes, qui attirent une population qui a perdu ses repères. Et comme le monde syndical ne se porte pas mieux, ce sont tous les corps intermédiaires traditionnels qui sont affaiblis.

À côté de cela, a-t-on vraiment pris la mesure de l’état de la population ? Pour tous ceux qui ont plus de 60 ans et qui ont commencé à avoir une conscience politique après la présidence de Georges Pompidou, le dernier Président qui pouvait dire aux Français : « Enrichissez-vous », toute leur vie a été bercée par deux mots : crise et austérité. Comment peut-on vivre heureux dans ce contexte de morosité permanente où on vous annonce la fin d’un tunnel alors que la montagne ne sera peut-être jamais percée ?

La campagne présidentielle de 1995 s’est faite sur la reconnaissance d’une fracture sociale. Mais qui a cherché à la réduire ? Bien au contraire, celle-ci n’a cessé de s’accroître. 3 millions d’enfants vivent actuellement sous le seuil de pauvreté. Comment pouvons-nous accepter cette situation ?

Alors, à qui la faute ? Les politiques, qui multipliant leurs mandats électifs et donc les points de contact avec les territoires : communes, communautés de communes ou agglomérations, départements, régions, parlement national et parlement européen, auraient dû sentir la fracture sociale s’agrandir et prendre la mesure de la paupérisation croissante de la population depuis plus de 30 ans.

Avec le mouvement des gilets jaunes, dont la complexité provient de l’absence de leaders et d’interlocuteurs, de l’absence de cohérence dans les revendications, se résumant finalement à un appel au secours : « Ras le bol de cette vie sans avenir ! Aidez-nous ! » Aujourd’hui, nos institutions sont en danger ! La Révolution Française voulait la fin de la monarchie absolue et de l’accaparement des richesses par la noblesse, mais elle était entourée par des révolutionnaires éclairés et de grands tribuns. Plus près de nous, mai 68 était un soulèvement de la jeunesse et des classes populaires, mais encadrées par des syndicats puissants et des partis politiques organisés.

Que trouve-t-on dans les gilets jaunes ? Essentiellement, une population sans repère et désespérée emportée par les extrémistes de tout bord. Là est le vrai danger, car ce peuple en colère est prêt à tous les excès.

Nous avons tous ici été profondément choqués par les dégradations de samedi dernier, et en particulier en s’en prenant au symbole fort de la République qu’est l’Arc de Triomphe, et à la stèle du soldat inconnu, symbole de respect pour ceux qui ont offert leur vie pour que les survivants et leurs descendants que nous sommes puissent vivre en paix. Le symbole de destruction est inadmissible, mais à côté de cela, pouvons-nous juger de la détresse d’un peuple ?

J’appelle ce soir nos compatriotes à se retrouver autour des valeurs de la République, que sont la liberté, l’égalité et la fraternité.
J’appelle les élus de tous bords politiques à cesser de chercher à récupérer un mouvement dont ils ont aussi la responsabilité.
J’appelle le gouvernement à lancer un Grenelle de la pauvreté et de la précarité, car certaines lois ne sont pas correctement appliquées dans ce pays, et je pense en premier lieu à l’attribution des logements sociaux, mais aussi à l’inégalité devant tous les impôts directs et indirects.
J’appelle les manifestants à la retenue, envers les symboles de la République qui reste le système démocratique ultime qui nous permettra ensemble de surmonter cette crise, par le dialogue et par le respect.

Vive la République ! Vive la France !

Jean-Philippe HUBSCH 
Grand Maître du Grand Orient de France 
Paris, le 7 décembre 2018


Hiram Belgique [Le blog maçonnique]

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http://www.brujitafr.fr/2018/12/un-communique-du-grand-maitre-du-grand-orient-de-france.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

La question d’une possible ingérence russe dans le mouvement des gilets jaunes

La question d’une possible ingérence russe dans le mouvement des gilets jaunes

Et si le mouvement des gilets jaunes avait été parasité par une ingérence étrangère ? C’est en tout cas ce qu’affirme un récent article du Times qui soutient une thèse dangereuse: il y aurait une ingérence russe dans le mouvement des gilets jaunes visant à en exagérer l’ampleur. Cette thèse a été prise au sérieux par le gouvernement français car le SGDSN (Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale) a décidé d’ouvrir une enquête sur cette possible intervention russe sur les réseaux sociaux français.

Certains comptes twitter alimenteraient-ils une fausse grogne populaire ?
Certains comptes twitter alimenteraient-ils une fausse grogne populaire ?

Les origines d’une rumeur

C’est en réalité deux médias anglo-saxons qui accréditent cette thèse. C’est tout d’abord l’article du Times qui relate une analyse de la société spécialisée en cybersécurité New Knowledge. Selon cette étude, il y aurait 200 comptes Twitter qui seraient liés à la Russie et qui alimenteraient le réseau social de 1600 tweets et retweets par jour. On nomme ces comptes des « sock puppet ». En plus de déployer des innombrables tweet sur la toile, ces faux comptes seraient aussi à l’origine de photos et vidéos invérifiables. Cette thèse est, de plus, soutenue par l’organisme américain Bloomberg. En effet, celui-ci indique que, parmi les faux comptes recensés, le hashtag #giletsjaunes se retrouve en tête des recherches. Selon Bret Scafer, qui travaille chez Bloomberg, cela démontre qu’il y a « un intérêt à amplifier le conflit ». Cette théorie sert aussi à s’attaquer directement à la légitimité du mouvement en dénonçant une illusion de grogne et une ampleur factice.

Une théorie qui présente des incohérences

Au-delà d’études et autres prises de positions politiques et idéologiques, peut-on réellement affirmer qu’il existe une ingérence russe vis-à-vis du mouvement des gilets jaunes ? Tout d’abord, le Kremlin n’a pas tardé à réagir à ces accusations et à démentir fermement : tout cela serait de la « diffamation » selon le porte-parole Dmitri Peskov. Il déclarait, en effet, à ce sujet : « Nous ne nous sommes pas immiscés et ne nous ingérerons pas dans les affaires intérieures d’un pays tiers, dont la France ». Contacté par France 24, Baptiste Robert, un chercheur en cybersécurité, s’est attaché, sur 6 jours, à dresser un mapping virtuel de 256 000 tweets anglais pour déceler les principaux comptes influenceurs utilisant le hashtag #giletsjaunes. Il relève ainsi qu’ « aucun compte de ce top 10 ne s’affiche comme ouvertement russe ». De même, le compte qui gagne la première place sur le podium serait celle de Katie Hopkins, une britannique pro-Trump et pro-Brexit. Ainsi, même si des comptes russes s’intéressent au mouvement des gilets jaunes, ils ne sont en rien les plus influents sur la toile et, de fait, participent ainsi difficilement à la montée en puissance d’une grogne populaire, qui est, elle, bien réelle.

Distance et enseignements

Que cette ingérence soit vraie ou non, que peut-on en apprendre ? Il n’est plus à démontrer l’importance de l’effet des réseaux sociaux sur les mouvements populaires. Ceux-ci ont démontré, par exemple, leur efficacité pour déjouer les différentes propagandes ou censures lors des printemps arabes. De plus, encore une fois que la véracité de cette ingérence se confirme ou non, le fait même d’y poser une interrogation et d’y ouvrir une enquête gouvernementale, démontre l‘importance du levier de pouvoir et l’existence du combat entre les nations qui se joue sur les réseaux sociaux. Ils s’érigent ainsi comme véritable soft power (ou sharp power) et armes de pouvoir dans les différents combats sous-jacents qui existent et florissent entre les Etats. L’enjeu pour les puissances américaines comme russes est celui de montrer un Paris à feu et à sang : Trump en fait des gorges chaudes sur Twitter afin de démontrer que la question climatique divise la population et de ce fait qu’elle ne paraît pas si évidente que ce qu’en peuvent en dire les experts pro-climats du monde entier et les divers gouvernements qui soutiendraient cette « théorie ». Cependant, il n’est plus à prouver que définir le mouvement des gilets jaunes à la seule question de la taxe écologique est hors de propos. Enfin, comme pour tout mouvement, ceux-ci sont repris idéologiquement et de façon partisane en fonction d’intérêts collectifs ou individuels. Il n’en reste pas moins qu’en lui-même, et surtout par lui-même, le mouvement des gilets jaunes continue à faire entendre sa voix dans les mondes réels et virtuels et que les personnes qui ont battu les pavés pendant plusieurs samedi successifs, à tort ou à raison, obéissaient à une volonté plus grande que celle de l’intérêt des Etats : leurs volontés propres.

Sources :

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/38318