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Éviter le piège de la division


Éviter le piège de la division

 3 semaines ago Strategika51

Divide et impera. Diviser pour régner, un l’un des axes directeurs de la stratégie de contrôle des populations menée par la plupart des élites ou des oligarchies tout en affichant la promotion de la diversité et du vivre-ensemble. C’est un outil politique par excellence dont le concept se heurte aux ambitions d’un empire universel dans son acception de toujours depuis la plus haute antiquité.

L’esclavage n’a jamais disparu. Une nouvelle forme d’asservissement à chaque renouvelé et adaptée aux besoins d’un système économique profondément inégalitaire et prédateur. L’esclavage post-moderne est probablement plus cruel dans son fond que celui, fort codifié et différent qui était en vigueur durant l’Antiquité et le haut Moyen-âge.

Dès qu’un événement ou un traumatisme risquent d’éveiller des populations-objet de leur torpeur, le pouvoir réel (qui se distingue dans le fond et dans la forme du pouvoir apparent) utilise des expédients éprouvés exploitant de vieilles lignes de fracture sociétale ou un clivage persistent basé sur la puissance de l’ignorance. Dans un monde néo-liberal et « ouvert », les vieux démons de la division ethnique ou pire, raciale, n’avaient plus de raison d’exister et pourtant la ré-écriture de plus en plus subjective et faussée de l’histoire rend une partie de la population en perte de repères plus réceptive à une certaine sublimation de l’Ego collectif d’un groupe basé sur des critères aussi puérils que l’apparence ou le phénotype polymorphe éphémère d’une humanité en pleine altérité. Cette approche est d’autant plus dangereuse qu’elle se crée une idéologie à laquelle des individus adhérent et y croient dur comme fer au point de passer à l’acte irréfléchi et irreversible.

Le racisme est une forme atavique de l’ignorance et une frivolité d’un esprit simple. Il existe là où l’ignorance et le déni du réel sont érigés en critères de vie dans une société dystopique et névrosée croyant vivre en utopie ou du moins dans une sorte de monde parfait ou chaque membre est moralement convaincu de la supériorité de son groupe. C’est un retour à peine déguisé au tribalisme primitif sous l’apparence sophistiquée d’un système économique mécanique ou automatisé.

Le racisme, l’ostracisme, l’exclusion, la marginalisation, l’injustice, l’aliénation, la domination de l’homme par l’homme, la destruction de la vie humaine (celle-ci est loin de se limiter à l’homicide) sont des maux réels sur lesquels tout système de domination repose. Le déni d’humanité infligé à un humain ou un groupe d’humain est le stade ultime de l’aliénation induite par un système matérialiste et déshumanisé. C’est à partir du clivage que se nourrit le système de prédation et il n’a de cesse d’en créer de nouveau même au sein de la famille restreinte ou individuel. Plus de divisions signifie plus de pouvoir sur une masse d’humains zombifiés et désarticulés objets de manipulations orientées selon un degré croissant de complexité comme on l’a vu récemment avec la crise du COVID-19  et maintenant les tensions liées aux thématiques ethniques et/ou confessionnelles dans un monde où le concept fallacieux du choc des civilisations, crée de toutes pièces pour des besoins immédiats en matière de stratégie d’hégémonie, ne pouvait que lamentablement échouer.

Il est temps d’arrêter de se mentir et de créer des mythes. La mystification ne fait qu’aggraver le problème de fond. Le racisme est un syndrome pathologique psychiatrique et ne devrait pas avoir droit de cité. Mais il existe et il est de plus en plus répandu en raison de l’effondrement des valeurs et de la promotion du crétinisme et de la xénophobie. Certains pays y sont plus réceptifs que d’autres. Paradoxalement, le racisme est plus présent dans les pays du monde dit libre que dans les systèmes fermés qualifiés de dictatoriaux. C’est un instrument de contrôle et de manoeuvre. Il n’y a aucune différence biologique entre les humains. Il y a la névrose du Gestalt. De la perception de la perception. De l’apparat.

Le piège de la division à l’infini est une nasse de laquelle il est très difficile d’échapper. C’est un nihilisme  collectif. D’où la nécessité d’éviter tout jugement hâtif ou une foi aveugle dans des stéréotypes simplifiant une réalité bien plus complexe que tout ce que notre esprit peut concevoir. 

L’humain est fragile. Nous sommes tous esclaves d’un système prédateur, aveugle, impitoyable et inhumain qui nous fait dresser les uns contre les autres comme le faisaient les rabatteurs des gladiateurs dans les sous-sols de l’arène du Colisée pour entretenir l’amusement et la frénésie dans les tribunes bondées d’une foule en transe sanguinaire.

Paix à tous les humains de bonne volonté.

https://strategika51.org/2020/06/15/eviter-le-piege-de-la-division/

L’opinion, ça se travaille… ou pas

L’opinion, ça se travaille… ou pas

8 Mai 2020

Attachons-nous dans ce billet, au titre en forme de clin d’œil à l’excellent livre paru au lendemain de l’incroyable intox de la guerre du Kosovo, à quelques nouvelles intéressantes. Si les années 90 ont marqué l’apogée d’une opinion publique crédule qui gobait tout ce que les médias occidentaux lui servaient, la situation actuelle semble quelque peu différente…

Nous avons évoqué, il y a un mois, une mauvaise nouvelle pour l’empire :

Autre sondage inquiétant pour le Deep State US, là aussi mené avant la crise coronavirienne qui n’a rien fait pour arranger les choses, une étude du très sérieux Pew Research Center montre que la confiance dans l’OTAN se détériore dangereusement parmi la population de ses pays membres.PUBLICITÉ

Si, en moyenne, 53% continuent de percevoir l’alliance atlantique de manière positive contre 27% de manière négative, la tendance ne trompe pas. Entre 2017 et 2019, les opinions positives sont passées de 62% à 52% aux Etats-Unis, 60% à 49% en France, 67% à 57% en Allemagne. Seul le Royaume-Uni post-Brexit a vu une petite augmentation (62% à 65%).

Question encore plus dérangeante, 50% (contre 38%) des interrogés pensent que leur pays ne devrait pas intervenir si un membre de l’OTAN était attaqué par la Russie ! L’article 5 a du plomb dans l’aile… La réticence est particulièrement élevée en Allemagne (60%) et surtout en Italie (66%).

L’Union européenne étant l’antichambre de l’alliance atlantique, est-ce tout à fait un hasard si la première suit la seconde dans le mouvement de défiance générale que connaît le système impérial ? Notre bonne presse l’avoue benoitement, les Français ne croient plus en l’UE. Drame à Bruxelles…

Si l’éthylique Jean-Claude n’est plus là, les euronouilles passent un bien mauvais printemps. Et encore, l’étude citée plus haut, dirigée par le très européiste Institut Jacques Delors, a-t-elle eu lieu avant le fiasco pandémique qui a définitivement ridiculisé l’UE. L’on sent, depuis quelques temps, les officines médiatiques en mode damage control ; les mots tentent encore de faire illusion mais le cœur n’y est plus.

Et puisque l’on parle de l’OTAN, un très remarqué sondage sur la jeunesse russe a été menée par le Centre Levada, dont la réputation de sérieux et d’indépendance n’est plus à faire. Si quatre jeunes sur cinq se déclare apolitiques, ce sont les autres questions qui interpellent.

Seuls 16% éprouvent le désir d’aller vivre à l’étranger et un tiers seulement considère la Russie comme européenne. Parmi les institutions les plus respectées, on trouve sans surprise le volontariat (49%) mais, chose intéressante, l’armée (44%) et le président (42%) sont en bonne place. Celles qui suscitent, au contraire, le plus de défiance sont les syndicats (44%), les partis politiques (50%) et surtout… l’OTAN (56%) !

Si le Kremlin se posait des questions sur l’après-Poutine, il peut être rassuré. Les piliers de la combativité russe dans le Grand jeu – patriotisme, président fort, armée et hostilité envers l’Alliance atlantique – sont profondément ancrés dans la jeunesse, même quand elle s’intéresse peu à la chose publique.Tag(s) : #Europe#Russie

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/05/l-opinion-ca-se-travaille.ou-pas.html

De l’urgence à remettre l’Humain au cœur de l’entreprise.

L’entreprise de l’après pandémie (1)

De l’urgence à remettre l’Humain au cœur de l’entreprise.

La crise du coronavirus est riche d’enseignements en matière d’entreprise et, va l’être encore plus, notamment en matière de comportement d’icelles en regard de leur masse salariale. On peut déjà enregistrer des tendances qui n’augurent rien de bon en matière d’évolution des relations sociales. Si l’on reste sur cette ligne, il est à gager que ces évolutions impacteront fortement les comportements sociaux de la manière la plus négative qui soit pour les décennies qui viennent. Au-delà de la période curieuse et paradoxale que nous vivons, il est curieux de faire ce constat dans une telle indifférence, alors que nous parlons d’avenir et que chacun est concerné. Si beaucoup nous parle du gâchis alimentaire, personne ne parle du gâchis humain auquel nous allons assister. Si le réchauffement climatique, jusqu’à peu était sur toutes les lèvres et à toutes les sauces, personne ne nous parle de la période de glaciation des cœurs dans laquelle l’occident est entré, de l’aggravation à court terme ni des risques et des conséquences induites. Récemment, on a pu constater que la terre se régénérait très vite quand l’homme arrêtait son emprise parasitaire… Toutefois, à quoi servira une terre plus propre si les cœurs restent désespérément vides, sans espoirs ? A l’heure où l’on parle de réparer notre société (très), abimée, où beaucoup s’interrogent sur la pertinence du système de valeurs, de l’impéritie et de l’inconséquence qui nous ont conduits jusqu’ici. Au moment, où d’autres commencent une réflexion sur ce que pourrait être l’entreprise de demain dans un monde à rebâtir. A l’instant où une conscience se fait jour, où les bonnes volontés se cristallisent autour de ce que pourrait être et ce qu’impliquerait un changement de paradigme. Il est navrant de noter que d’aucuns continuent de ratiociner sur des données, une logique, une façon de penser et des méthodes d’un autre âge qui démontrent l’enlisement, que dis-je, l’enkystement dans des conceptions qui sont aux antipodes des attentes et vont à rebrousse champ de l’évolution de la société civile. Au-delà d’être dangereux pour le pays, l’entreprise, elle l’est plus encore pour cette légendaire « richesse » que sont les femmes et les hommes qui la composent. Cela impactera durablement la place, le rôle et la perception de l’entreprise, sans omettre les effets induits sur le marché du travail et les conséquences en matière de recrutements, ainsi qu’en accentuant les comportements inappropriés des salariés, tout comme ceux  des clients/consommateurs/utilisateurs par réaction. Ce que nous voyons se dessiner, c’est comme si l’entreprise avait sciemment décidé de se couper de la réalité, de refuser toutes évolutions positives, de nier sa capacité d’adaptation, alors qu’elle-même préconisait, il y a peu « l’agilité » pour ses personnels. Alors qu’elle se dit à la recherche des talents nécessaires à sa pérennité et son développement, qu’elle est confrontée à des soucis de compétences transverses, de recherche de spécialités et de talents évolutifs voire d’autres formes d’intelligences pour mieux appréhender un marché devenu complexe, d’érosion de l’engagement, de la fidélité de ses salariés, de compétitions effrénées à tous les niveaux, etc. Il est dommage aujourd’hui, de constater qu’elle épouse une posture inverse à l’heure où sa responsabilité est pleinement engagée dans toutes les dimensions de sa relation sociale et sociétale (RSH – RSE – RSM – RSP), comme si les liens avec la composante humaine de son tissu s’étaient distendus, plus encore, presque inconsciemment à la faveur de la mise en place des mesures de « distanciation sociale » (que je n’aime pas ce terme), que l’épidémie nous a imposé.

Au-delà du phénomène pandémique et de ses conséquences sur l’entreprise, l’économie, le pays. Cet éloignement contraint, impacte également les rapports salariés-entreprise. Outre la prise de conscience généralisée, c’est aussi une remise en cause profonde de la façon de travailler qui a émergé et qui, si elle n’est pas valorisée au profit de tous, porte en elle les germes de sa propre destruction.

Quand je parle de destruction, cela prendra la forme, au départ, d’un « oubli », d’une simple omission, pourtant essentielle. Comment pourrions-nous nous inscrire dans le monde de demain si l’on oublie, d’inclure dans nos réflexions (dans le cadre de la remise à plats des valeurs [pas seulement du et au travail]), de remettre l’Humain au centre de nos préoccupations ? Comment pourrions-nous continuer à pousser, jusqu’au bout du bout, des raisonnements et ratiociner sur des valeurs et des systèmes qui excluent l’Humain, autant dans sa dimension [d’accomplissement] que dans sa singularité et sa finalité ? Comment pourrions-nous passer à côté de ce qui peut-être sera l’opportunité, pour toutes les entreprises, comme pour leurs salariés de la refondation d’un nouveau contrat social ? Comment pourrions-nous passer à côté du « new deal 2.0 » qui, remettant l’Humain au cœur du dispositif, va être profitable à tous (marchés, marques, produits, fabricants, distributeurs, consommateur, environnement, etc.) ? Car si l’Humain justifie, depuis la création, l’origine, la raison d’être de l’entreprise. C’est l’innovation et la capacité de l’entreprise à s’adapter qui pérennise son inscription dans un marché légitime. En ce sens, c’est l’entreprise qui donne à l’humain sa raison d’y être… Les deux sont intimement imbriqués et ne peuvent se passer l’in de l’autre au risque de s’annihiler.

Bref, non plus un jeu à sommes nulles dans une posture éculée qui ne dupe plus personne, inadapté aux enjeux de l’époque et à l’impérieuse soif de « vérité » du moment. Tablons sur un jeu réellement « gagnant-gagnant » qui pourrait se révéler positif, inclusif, bénéfique et porteurs de grandes opportunités. Au-delà de la simple réintroduction de sens (si ce n’est du bon, a minima), c’est un engagement profond qui est attendu de part et d’autres, de la cohérence, ce n’est pas qu’un énième saupoudrage d’un vernis d’humanité qui craquera à première tension, s’il n’est pas pensé et en accord avec la réalité et les attentes. Cet engagement, en cohérence, en conscience, ici et maintenant n’est pas une figure de style convenue, une élucubration de plus, un effet de mode ou une posture de circonstance éphémère et aléatoire facilement interchangeable. Avant tout, c’est l’expression d’un désir profond, d’une attente réelle auxquels nous nous devons de répondre avant que nos salariés aillent chercher, ailleurs, les conditions qui leur paraitront les meilleurs à leur épanouissement et à la réalisation de leur singularité. A défaut de ce faire, bien après toutes les réflexions sur l’optimisation des modes de management et de fonctionnement qui tournent en boucles sur des critères de performances qui sont, eux-aussi, à réévaluer, ce sera notre capacité d’innovation qui sera impactée durablement, sans doute de façons plus grave que d’aucuns le pense…

L’entreprise saura-t-elle négocier – à l’avantage de tous – ce tournant ? Seul l’à-venir, celui qui est train de se construire, pourra le dire.

R.H. LEGRET

Secrétaire Général du CRED*

* Centre de Recherche et d’Etudes de Défense

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Finie la ridicule attestation dérogatoire !

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FAIRE UN DONLIBERTÉS PUBLIQUES 6 MAI 2020 

Finie la ridicule attestation dérogatoire !

Screenshot attestation de déplacement dérigatoire — Service Public ,

Vous allez bientôt être débarrassé de cette « attestation de déplacement dérogatoire » qui fera date. Cette infantilisation de toute une population suscitera sans doute des études sociologiques.

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Par Patrick Aulnas.

Vous allez bientôt être débarrassé de cette « attestation de déplacement dérogatoire » qui fera date. Les Français, considérés généralement comme frondeurs, ont été plutôt disciplinés. Ils ont globalement respecté les règles édictées pour le confinement, et utilisé, bon gré mal gré, cette absurde attestation, sortie du cerveau d’on ne sait quel haut fonctionnaire.

Avez-vous coché la bonne case ? Si vous avez un jeu d’attestations que vous corrigez au blanco, avez-vous pris la bonne attestation ? Faites attention, si vous changez de vêtement, à ne pas oublier la précieuse attestation dans l’ancienne poche.

Veillez bien à l’heure de départ si vous vous baladez un peu. Vous avez une heure pas plus. Un kilomètre, pas plus.

Cette infantilisation de toute une population suscitera sans doute des études sociologiques.

UN CHEF-D’ŒUVRE TECHNOCRATIQUE : L’ATTESTATION AUTO-ACCORDÉE

L’autorisation de sortie, que l’on s’accorde à soi-même, est une singularité française, partagée par la seule Italie. Dans quel esprit a pu germer une telle idée ? Il faut être particulièrement vétilleux pour demander aux citoyens d’une démocratie de s’auto-autoriser à sortir tout en limitant la possibilité de le faire à quelques raisons impérieuses. Seul un énarque est capable de gérer la liberté avec une telle parcimonie.

Car la liberté se gère désormais. Elle peut se réduire comme peau de chagrin puis retrouver sa dimension première. Voilà une grande nouvelle, mais préoccupante pour le futur.

La permission de sortie auto-accordée restera sans aucun doute dans l’Histoire. C’est un véritable chef-d’œuvre. On connaissait les billets de sortie des internats de l’enseignement secondaire, les permissions accordées auparavant aux appelés, qui pouvaient pour quelques jours rejoindre leur famille, les autorisations accordées aux détenus en semi-liberté, devant justifier de la régularité de leur présence hors de la prison. Mais dans toutes ces situations, c’est l’autorité responsable qui accordait la liberté temporaire de sortie.

L’innovation fondamentale et vraiment historique consiste à demander à un citoyen libre et responsable de s’octroyer à lui-même un billet de sortie en choisissant uniquement parmi huit possibilités.

Vous pouvez parfaitement prétendre aller faire vos courses alors que vous vous promenez. Personne ne pourra vérifier. Vous pouvez avoir sur vous trois ou quatre attestations avec des horaires décalés. Personne ne pourra vérifier que vous n’avez pas dépassé l’heure de promenade généreusement accordée.about:blank

Tout cela est épouvantablement infantilisant et l’on se surprend soi-même à défier l’autorité comme un enfant ou un adolescent.

UN INDIVIDU LAMBDA

Prenez par exemple un individu moyen, sans histoire, comme il en existe tant. Bon citoyen, bon père, bon époux. Aucune condamnation pénale dans toute une vie de labeur. Vraiment rien à lui reprocher. Pourtant, il s’est laissé aller à ne pas respecter les sacro-saintes règles de sortie.

Attention ! Jamais il n’a fait prendre le moindre risque de contamination à quiconque et jamais il n’a pris lui-même le moindre risque. Il a toujours scrupuleusement respecté les prescriptions médicales de distanciation et d’hygiène. Il n’a d’ailleurs pas attendu la date fatidique du 17 mars 2020, début du confinement, pour prendre ses distances avec ses congénères, potentiellement contagieux depuis janvier ou février.

Notre individu lambda n’a aucun mérite. Il habite à la campagne et peut parcourir chemins et sentiers sans rencontrer âme qui vive. En cas de rencontre, la distance de plusieurs mètres ne pose aucun problème. Pourquoi alors respecter l’heure et le kilomètre autorisés ? Les chances de contrôle sont à peu près nulles. Il se sent responsable de ses actes et prend très au sérieux le risque de contagion. Il considère qu’il n’a nul besoin de la violence légitime pour bien se comporter en période épidémique.

Nombreux sont les Français qui pensent ainsi et qui ont agi ainsi. Il faut vivre dans « la France profonde » pour le savoir, celle des Gilets jaunes.

TROPISME ÉGALITARISTE ET CENTRALISATEUR

Fallait-il imposer à tous les mêmes règles au nom de l’égalitarisme, dévoiement de l’égalité républicaine ? Car le choix d’une attestation uniforme, auto-rédigée ou produite en ligne, résulte surtout de motifs politiques. Il aurait été possible de décentraliser la gestion du confinement pour mieux s’adapter aux réalités locales. Des gouvernants parisiens ont mis le pays entier au régime parisien. Voilà le résultat de leur tropisme égalitariste et centralisateur. La sociologie ne l’imposait pas.

Selon l’INSEE, La France comporte 19,7 millions de logements individuels (56,5 %) et 15,6 millions de logements collectifs (43,5 %). Pour les 56,5 % habitant dans des maisons individuelles, le risque est bien moindre : pas de locaux communs, pas d’ascenseurs bondés, moins de transports en commun, densité de population faible dans les rues. Ce type d’habitat permet de respecter sans aucune difficulté la distanciation sociale.

Il est possible de sortir librement de chez soi à tout moment sans aucun risque de se trouver dans une fourmilière humaine. Rien à voir avec la situation des très grandes villes surpeuplées, où la population a été entassée depuis des décennies du fait de choix politiques aberrants d’aménagement du territoire.

Chacun comprend qu’une discipline collective soit prévue par l’autorité politique en cas de pandémie. Mais, en démocratie, les gouvernants ne doivent pas confondre violence légitime et vexation illégitime. Rien de plus normal que de sanctionner les comportements à risque par des amendes et même des peines d’emprisonnement dans les cas graves. Mais infantiliser la population entière avec un morceau de papier pour la protéger d’un virus, voilà sans doute le nec plus ultra du principe de précaution.What do you want to do ?

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Le risque d’une nouvelle barbarie

Le risque d’une nouvelle barbarie

GeopragmaBillet d’actualitéFrancePostCovid-19Emmanuel Macron

Chronique du Figaro du mardi 21 avril 2020 par Renaud Girard*

Malgré sa faible létalité, le Covid-19 nous pose toujours un problème grave : cette pathologie respiratoire est très contagieuse ; elle crée, dans 5% des cas, des suffocations, qui peuvent entraîner une saturation des services hospitaliers de soins intensifs et de réanimation. En attendant le vaccin, nous devrons donc conserver nos « gestes barrières », voire porter des masques dans les lieux clos.

Mais à la menace de voir notre système hospitalier débordé, vient s’ajouter un autre risque : celui d’une nouvelle barbarie dans la manière dont nous regardons nos anciens. Nous n’utilisons plus le beau mot de vieillards, en raison de notre addiction linguistique aux euphémismes.

Dans un éditorial du Figaro du 25 août 2003, intitulé Barbarie française et écrit pendant la canicule estivale qui tua 15 000 personnes en deux semaines, j’avais déjà pointé du doigt la dérive d’une société individualiste et égoïste, où de nombreuses familles avaient abandonné leurs parents dans la solitude, tant la priorité était pour elles de profiter sans contrainte des plages et des boîtes de nuit. Or certaines scènes que nous voyons aujourd’hui relèvent de la même barbarie.

Le 12 avril, la télévision belge RTL Info diffusait un effrayant reportage sur l’EHPAD du Jardin des Plantes, dans le 5ème arrondissement de Paris. On y voyait des personnes âgées séquestrées dans leur chambre, abandonnées et privées des soins les plus élémentaires. Dans les maisons de retraite, où les visites des familles sont interdites, la dureté du confinement risque de provoquer davantage de morts (du fait du manque de soins et de contacts sociaux) que le Covid-19. La civilisation occidentale individualiste a tort de se croire moralement supérieure aux civilisations africaines et orientales, où il ne viendrait à l’idée de personne d’abandonner ses parents âgés à la solitude.

Chez nous, les règles de confinement ont pendant plusieurs semaines interdit à des milliers de Français de se rendre à des enterrements ou au chevet de leurs proches mourants, qui ont rendu leur dernier soupir dans la plus affreuse solitude. Dans son roman L’Etranger, Albert Camus montrait que l’homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère se rend suspect à toute la collectivité. Dans notre nouvelle société, égoïste et obsédée par son « principe » de précaution, l’inversion des valeurs est telle que le suspect est désormais celui qui accomplit les plus anciens rites humains : assister les mourants ; veiller, puis enterrer les morts. Le sort de l’Antigone de Sophocle, condamnée pour avoir enterré son frère, ne nous paraît plus si étranger.

Fort heureusement, Emmanuel Macron a pris conscience de ce problème. Il a décidé d’autoriser les visites aux patients en fin de vie et même les visites en EPHAD, sous certaines conditions. De même, en annonçant la fin du confinement le 11 mai, le Président de la République a pris une décision courageuse, allant à l’encontre de l’avis de l’INSERM et du Comité scientifique, qui souhaitaient un confinement prolongé sans prendre en compte ses risques économiques, sociaux et psychologiques. Comme l’écrit l’historien Marc Bloch dans son livre L’Etrange défaite, où il analyse les causes du désastre français de 1940, le chef est pleinement le chef lorsqu’il refuse « de capituler devant les techniciens. » Macron a eu raison de refuser d’interdire de sortie les personnes âgées. N’infantilisons pas les citoyens français. Ils sont tout à fait capables de s’imposer un auto-confinement, lorsque nécessaire. Il peut y avoir de la barbarie dans le systématisme d’une administration.

Emmanuel Macron devra aussi surmonter bien des égoïsmes, soutenus parfois par certains syndicats, s’il veut remettre au travail une population française désormais droguée au confinement. Pourquoi tant de bureaux de La Poste sont-ils fermés ? Qu’ils réduisent leurs horaires est compréhensible, mais leur fermeture pure et simple ne correspond nullement à ce qu’on est en droit d’attendre d’un service public. Là encore, on retrouve Marc Bloch qui raconte avoir vu des femmes ne pas pouvoir rentrer chez elles en mai 1940, car «de peur d’infliger quelques heures d’un travail supplémentaire à leurs employés, les gares avaient préféré fermer. » Chez Amazon, des employés ont obtenu de la justice que les entrepôts soient fermés jusqu’au 22 avril au motif d’une « mise en danger de la vie d’autrui », sans même se soucier des PME et des logisticiens qui risquaient de faire faillite. Certains enseignants se mobilisent pour exiger que la reprise des classes n’ait lieu qu’en septembre. Faut-il rappeler qu’en 1944, malgré les combats et les bombes, les examens du baccalauréat ont quand même eu lieu en Normandie ? Heureusement pour les malades, les soignants n’ont pas eux aussi invoqué leur « droit » au confinement !

*Renaud Girard, membre du Conseil d’orientation stratégique de Geopragma

http://geopragma.fr/le-risque-dune-nouvelle-barbarie/

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’Occident a déchu, le Roi est nu

’Occident a déchu, le Roi est nu

Publié par Antonin Campana sur 21 Avril 2020, 15:46pm

Catégories : #Perspectives Autochtones#Les joies de la nation Frankenstein

L’Occident a déchu, le Roi est nu

Ceux qui suivent régulièrement ce blog auront compris nos désillusions quant au projet autochtoniste, que nous avons pourtant proposé durant plus de sept ans (cf. Antonin Campana, La Nation Frankenstein, Un Plaidoyer pour s’en libérer, 2013. Epuisé). Nous pensons en effet que, par la force des choses, cette stratégie de mise en résilience des peuples autochtones européens, doit être temporairement mise de côté (même si, de manière théorique, nous nous permettrons de la travailler encore dans ce blog). Il y a deux raisons à cette mise en sommeil forcée. D’une part, il faut l’avouer, cette stratégie n’intéresse personne  (peu importe pourquoi, cela est un fait). D’autre part, cette stratégie de long terme se concilie mal avec la précipitation et demande une certaine tranquillité pour être déroulée. Or, depuis quelques mois, l’enchaînement des évènements est si rapide qu’il nous force à réagir dans l’urgence et à penser moins à la construction de cette stratégie qu’à l’anticipation du prochain choc (N.B. précisons à nouveau, entre parenthèse, que la stratégie autochoniste que nous proposons n’est pas invalidée pour autant. Dans notre esprit, elle est seulement différée, car, à vrai dire, on en trouvera pas d’autres pour assurer la survie des peuples européens).

Ceci étant dit, et puisqu’il nous faut anticiper le prochain choc, nous voudrions communiquer au lecteur les éléments qui suivent.

La plupart des commentateurs et analystes, y compris au plus haut sommet de l’Etat, pensent qu’un choc économique succèdera au choc sanitaire. Certains anticipent même un « effondrement ». Du coup cela nous a fait penser aux travaux de l’anthropologue et historien Joseph Tainter sur l’effondrement des sociétés complexes. Nous nous sommes posés cette question : la complexité de notre société peut-elle faciliter son effondrement ?

En leur commencement, les sociétés humaines ne sont pas très « complexes » : tout le monde vit de ce qu’il produit, fabrique ou chasse. Avec le temps, les sociétés se complexifient : de plus en plus de gens ne produisent plus directement, tout en dépendant des biens fabriqués par d’autres. Prenons l’exemple du Bâtiment. On peut imaginer que, dans une société primitive, les gens construisent leur propre maison et n’ont pas besoin d’intermédiaires pour l’habiter. Dans une société complexe, la construction est confiée à des maçons et de nombreuses professions vont dépendre directement du produit de leur travail : promoteurs, agents immobiliers, notaires, assureurs, banquiers… Ces professions sont évidemment indispensables… mais nous pouvons dire que les maçons produisent un bien tangible, une maison par exemple, alors que les autres professionnels, dépendant entièrement du travail des maçons, rendent un « service ». D’une manière générale, moins est importante la proportion de ceux qui produisent des biens réels, plus la société est complexe. 

De ce point de vue, nous nous sommes livrés à une petite approche comparative, à partir des statistiques fournies par la Banque Mondiale et l’INSEE.  Nous avons distingué les emplois « improductifs » du secteur des services, de ceux, « productifs », de l’industrie et de l’agriculture. L’industrie et l’agriculture produisent des biens réels (des produits manufacturés, des avions, des céréales, des pommes de terre…), les services produisent des… services. Le secteur des services regroupe l’ensemble des emplois de l’administration publique, du commerce, de l’hébergement-restauration, de l’Enseignement, de la Santé, de l’action sociale, de la banque, etc. Nous avons comparé, pour différents pays, les emplois productifs (de biens réels) et les emplois de service.

Ainsi, en France, 77,08% (plus de 20 millions) des emplois  sont liés aux services, et 22.92% des emplois produisent des biens réels (ceux de l’agriculture,2.6%, de l’industrie, 13.32%, et de la Construction, 7% environ). En d’autres termes, cela signifie qu’en France il y a seulement 2 actifs environ qui produisent des biens réels pour 8 actifs qui produisent des services. De plus, la part des emplois liés au service est en progrès, alors que celle liée à l’industrie et à l’agriculture est en recul.

Alors que le secteur des services représente 77% des emplois en France, la richesse produite par ce secteur représente seulement 56% de la richesse totale produite par le pays (1087,6 milliard d’Euros, en 2015). Encore faut-il fortement relativiser cette richesse produite. Ainsi l’Administration ou la Police sont comptabilisées dans le PIB selon le principe que la richesse qu’elles produisent est égale à leur coût (où comment transformer une charge en gain !). De plus, il faut avoir à l’esprit que les emplois productifs sont souvent les plus mal payés. Les hauts salaires se rencontrent dans le tertiaire et les plus bas dans l’agriculture. Le secteur des services, majoritaire, exerce une pression sur le secteur productif, minoritaire, afin de capter l’essentiel de la plus-value que celui-ci génère. Cela s’observe clairement, par exemple, dans les rapports entre la grande distribution et le monde agricole. Quoi qu’il en soit, on peut se poser la question de l’avenir d’une société qui s’organise de telle manière que 8 personnes dépendent du travail de 2 personnes. Encore ne parle-t-on ici que de la population active. Ramené à la population totale, le rapport est de 11 pour 2 !  

Nous avons donc classé les pays selon le nombre d’emplois affectés à la production de biens réels par rapport au nombre d’emplois qui dépendent directement ou indirectement de cette production. Nous obtenons trois groupes :

  • 1er groupe : 5 à 6 actifs sur 10 produisent des biens réels

Dans ce groupe, nous trouvons la Chine (5), la Turquie (5) et l’Inde (6-7)

  • 2e groupe : 3 actifs sur 10 produisent des biens réels

Dans ce groupe, nous trouvons l’Allemagne, la Russie, le Japon, la Corée et, surprise, l’Italie (en raison de son réseau de PME)

  • 3e groupe : 2 actifs sur 10 produisent des biens réels

Dans ce groupe, nous trouvons les Etats-Unis, la France, l’Espagne, le Royaume Uni, la Suède, le Canada ou l’Australie…

Question : combien de temps une société complexe peut-elle durer quand seulement 2 « productifs » de biens réels pourvoient aux besoins essentiels de 8 (ou 11 !) « improductifs » ?  La crise sanitaire nous a montré que nous manquions de lits, de masques, de médicaments, de respirateurs, de blouses, de gants… et que nous étions incapables d’en fabriquer ! Si nous avions eu des troubles civils, nous nous serions rendus compte que nos fusils sont désormais fabriqués en Allemagne, que nos pistolets automatiques viennent d’Autriche, que nos munitions sont fabriquées en Israël, au Brésil ou aux Emirats arabes unis, que même nos rangers sont fabriquées en Tunisie, que les treillis des militaires sont fabriqués en Bulgarie et en Roumanie et que les uniformes des policiers et gendarmes viennent de Tunisie et de Madagascar !

Faute de « productifs » en nombre suffisant, nous importons une grande partie des biens dont nous avons besoin. Nous échangeons ces biens contre de l’argent tout droit sorti de la BCE. Nous échangeons nos masques, nos munitions 5,56, nos ordinateurs, nos téléphones et la plupart des pièces de nos voitures contre du vent, ou presque : contre des Euros, c’est-à-dire de la monnaie fiduciaire ! On le sait, la valeur d’une monnaie fiduciaire est fixée par la confiance que leur accordent ceux qui l’acceptent. Or, depuis 2008, les pays du groupe qui compte  2 « productifs » pour 8 « improductifs » ont pris l’habitude de faire fonctionner la planche à billet à la moindre alerte  financière ou économique. Aujourd’hui encore, alors que leurs entreprises sont à l’arrêt, ces pays impriment des centaines de milliards d’Euros et de Dollars pour faire face à la crise économique qui vient ! En d’autres termes plus la production régresse, plus on fait marcher la planche à billet, au risque de diminuer la valeur de la monnaie.

On nous répondra que nous avons nos exportations. Néanmoins, les deux fleurons de nos exportations, l’aéronautique et le luxe, seront-ils toujours aussi lucratifs dans un monde qui se contracte et se referme ? Si le tourisme de masse ne redémarre pas très vite (outre que deux millions d’emplois directs et indirects en dépendent en France), c’est toute l’industrie aéronautique qui sera touchée durablement. Et quelle sera la place du luxe à la française dans un monde forcé d’aller à l’essentiel ?

Nous sommes donc dans une situation assez compliquée : il n’est pas exclu que nos fournisseurs perdent bientôt confiance en la valeur de notre monnaie (monnaie qu’ils ne pourront peut-être plus nous retourner par le tourisme), et nous ne sommes pas capables de les payer en biens réels. Comment dès lors se procurer tous les biens de consommation qu’ils produisent et qui font notre « qualité de vie » ? Terminés les télévisions pas chères, les smartphones, les voitures électriques, les tondeuses à gazon, les ordinateurs à bas coût, la « société de consommation » ? Retour garantie aux années 50, avec en toile de fond une crise sociale et des émeutes allochtones ?

En fait, pour revenir à Joseph Tainter, plus nombreux sont ceux qui vivent du travail des « productifs », plus la société est complexe… et plus la société est proche de son effondrement. Il se pourrait, l’avenir nous le dira rapidement, qu’en dessous de 3 « productifs » sur 10, une société ne soit plus viable.

Dans le schéma exposé par Tainter, une société qui s’effondre aura tendance à se fractionner en entités plus petites et moins complexes, c’est-à-dire plus résilientes. Nous voyons parfaitement s’ébaucher les contours de ces futures entités. Certaines ont déjà mis en place un certain nombre de structures destinées à les organiser. Elles se tiennent prêtes pour ce saut prochain dans l’inconnu. C’était un peu dans cet esprit que nous avions proposé notre projet autochtoniste. Mais il semble que les Autochtones aient un attachement profond pour ce modèle chironné de société, qui s’effondrera, malgré eux, à la première brise, et dont ils seront les derniers à sortir.

La crise qui succèdera à celle du coronavirus sera une crise économique carabinée. L’Occident sortira vaincu et laminé de la crise sanitaire. La valeur de sa monnaie était essentiellement fondée sur un prestige hérité du passé, sur une réputation. Le monde se persuadait de la supériorité de l’Occident, donc de sa monnaie. Aujourd’hui, la débâcle intellectuelle, morale, économique, sanitaire, technologique, scientifique… des pays occidentaux apparaît à tous. L’humiliation est terrible. Personne, pas plus nous que nos fournisseurs, ne peut désormais ignorer l’effondrement civilisationnel de l’Europe et des Etats-Unis : tout le monde voit que leur réputation n’est plus justifiée. L’Occident a déchu. Le Roi est nu. La conséquence inévitable sera la dépréciation de ses monnaies et le tarissement d’un commerce fondé sur l’échange de biens réels contre du vent. Une époque est en train de se terminer.

Prêts ?

Antonin Campana

http://www.autochtonisme.com/2020/04/l-occident-a-dechu-le-roi-est-nu.html

Quelle soutenabilité pour la société moderne ? [3/4] Chapitre III : La dépendance psychologique à la réalité matérielle actuelle

Quelle soutenabilité pour la société moderne ? [3/4] Chapitre III : La dépendance psychologique à la réalité matérielle actuelle

Charles SIROUX 20 avril 2020 ActualitéActualités analyséesMondialisation et enjeuxNotionsSociété Leave a comment

Développement durable, résilience, transition énergétique… Autant de termes et concepts de plus en plus présents dans le champ lexical de nos contemporains. Des vœux pieux plus que des constats, tant notre société est structurellement aux antipodes de ces paradigmes.

Cette série intitulée “Quelle soutenabilité pour la société moderne ?” traitera ce sujet au travers de quatre articles. Le premier sera consacré aux conditions matérielles, le deuxième aux nouveaux liens sociaux, le troisième à la structuration psychologique des individus, et enfin le quatrième aux enjeux énergétiques.

Chapitre I : Des conditions matériels d’existence vulnérables

Chapitre II : Les nouveaux liens sociaux face à la continuité d’activité des secteurs essentiels

Cette série d’articles n’est pas prescriptrice. Elle a pour vocation l’identification des points de blocages et les injonctions contradictoires de nos sociétés faces aux enjeux de demain. Cette rapide synthèse a pour humble ambition de fournir à chaque citoyen les informations nécessaires à la structuration de solutions cohérentes et fonctionnelles.

Chapitre III : La dépendance psychologique à la réalité matérielle actuelle

L’adaptation des individus à leur quotidien

L’adaptation d’un animal à son environnement est la base de la survie, ou non, des espèces. L’être humain n’échappe pas à la règle. C’est pourquoi les conditions de vie matérielles façonnent les univers mentaux des individus. Par exemple, le socialisme est né de l’industrialisation et les femmes se sont émancipées dans un contexte d’équipement matériel des foyers.

L’idée de dépendance alimentaire était quasi impensable pour nos ancêtres. Elle est désormais la norme pour l’immense majorité d’entre nous partout dans le monde. Cette norme confère à chaque individu le sentiment que la sécurité alimentaire est un acquis indiscutable. La société compte sur la bonne réalisation du travail des maillons de la chaîne agroalimentaire pour étancher ses besoins primaires.

La production, la transformation, le conditionnement, l'acheminement et la conservation de la nourriture est totalement déléguée à une chaine d'acteurs dans le monde moderne.
Dans le monde moderne, la production, la transformation, le conditionnement, l’acheminement et la conservation de la nourriture est totalement déléguée à une chaine d’acteurs. Aucun consommateur ne la maitrise totalement.

Pourtant, personne n’a les moyens matériels de faire face à une défaillance dans les rouages. Surtout si la situation perdure. Il n’est plus question, pour l’immense majorité des individus, de compter sur un jardin, un petit élevage ainsi qu’un sellier, pour faire face à une coupure d’électricité de plusieurs semaines rendant inopérants les réfrigérateurs et autres plaques à induction. Résultat, lors du blackout de New-York en 1977, des émeutes ont eu lieu. Il s’agit d’un exemple parmi d’autres des conséquences sécuritaires et sociétales d’une disparition, même temporaire, d’un élément (ici l’électricité) indispensable à notre vie quotidienne.

En cas de défaillance massive, les sentiments de panique et de vulnérabilité seraient donc surement de la partie. Les comportements constatés dans les supermarchés lors de la mise en place du confinement face aux COVID-19 en attestent. La chaîne de production n’a pourtant subi aucun dommage. Les spécialistes expliquent même la ruée sur le papier toilette par ce besoin des individus de contrôler ce qui est à la base de la pyramide de Maslow. Or, nous venons de le voir, nous n’en contrôlant entièrement et individuellement aucun. Nous sommes spécialisés dans notre domaine d’expertise, et dépendons des autres pour tout le reste. Cette perte de contrôle sur sa survie est une source d’angoisse matériellement plus concrète pour le Français de 2020 que le Français de 1900.

La fin du tragique

Le rapport au tragique a lui aussi évolué. Dans nos sociétés, la mortalité infantile s’est effondrée, les famines disparues, les maladies endémiques ont été vaincues par la vaccination, la guerre est reléguée à des milliers de kilomètres ou aux livres d’Histoire.

Le génie scientifique nous fournit des rendements agricoles et une médecine nous ayant totalement fait échapper au tragique de la sélection naturelle darwinienne. La paix n’est plus un intervalle entre deux guerres, mais un acquis dont on oublie la valeur. L’Homme se rêve volontiers en Homo Deus. Il regarde son passé comme une tragédie certes, mais aussi bien souvent comme une fiction, un monde duquel il se serait extirpé définitivement.

Le retour brutal à une situation alimentaire, sanitaire et/ou sécuritaire dégradée serait donc un bouleversement autant matériel que psychologique pour les individus. Les traumatismes individuels et directs, tel que la mort récurrente et visible dans un contexte de guerre ou d’épidémie, sont le quotidien de quelques professionnels, et non plus du citoyen en armes ou voyant s’accumuler les charniers dans son village. Les effets psychologiques du confinement actuels inquiètent déjà , alors que le quotidien des individus n’est que très peu dégradé.

L’imaginaire collectif de notre société est bien plus proche de la fin de l’Histoire que de celui de la continuité. Nos enjeux relèvent d’une optimisation permanente de l’instant présent, et non pas de l’inclusion dans une Histoire héritée et à transmettre. On sacrifie donc bien souvent la prévision, le patrimoine et la souveraineté industrielle sur l’autel de la rentabilité immédiate.

Conclusion

Ce mode de vie n’est possible que grâce à l’énergie abondante et pilotable. Un monde industriel, émancipé des énergies vertes, avec lesquelles composait l’humanité depuis sa naissance. Est-il possible de le maintenir en réduisant notre emprunte carbone ? En réduisant notre vulnérabilité donc notre interdépendance ? Il s’agit du sujet du quatrième et dernier chapitre de cette chronique.

Ressources Bibliographiques :

NOAH HARARI, Yuval, Homo Deus : Une brève histoire de l’avenir, Albin Michel, 2017.

Le Nouvel Obs, “Ruée sur le papier-toilette: pourquoi une telle frénésie ?“, 17 mars 2020

Le Figaro, “L’impact inquiétant du confinement sur l’état psychologique des Français“, 13 avril 2020

France Info, “Angoisses décuplées ou effet libérateur : des psychologues racontent les répercussions du confinement sur leurs patients“, 17 avril 2020

Wikipedia, “New York City blackout of 1977“.Share

About Charles SIROUX

Travaillant dans la gestion de risque et de crise, il est diplômé d’un M2 en géopolitique et prospective à l’IRIS. Ses thèmes de prédilection sont les enjeux sécuritaires, énergétiques et d’influence, ainsi que les tendances historiques.

https://les-yeux-du-monde.fr/ressources/notions/soc/43313-quelle-soutenabilite-pour-la-societe-moderne-3-4-chapitre-iii-la-dependance-psychologique-a-la-realite-materielle-actuelle

Quelle soutenabilité pour la société moderne ? [2/4] Chapitre II : Des liens sociaux nouveaux

Quelle soutenabilité pour la société moderne ? [2/4] Chapitre II : Des liens sociaux nouveaux

Charles SIROUX 18 avril 2020 ActualitéActualités analyséesMondialisation et enjeuxNotionsSociété Leave a comment

Développement durable, résilience, transition énergétique… Autant de termes et concepts de plus en plus présents dans le champ lexical de nos contemporains. Des vœux pieux plus que des constats, tant notre société est structurellement aux antipodes de ces paradigmes.

Cette série intitulée “Quelle soutenabilité pour la société moderne ?” traitera ce sujet au travers de quatre articles. Le premier sera consacré aux conditions matérielles, le deuxième aux nouveaux liens sociaux, le troisième à la structuration psychologique des individus, et enfin le quatrième aux enjeux énergétiques.

Chapitre I : Des conditions matériels d’existence vulnérables

Chapitre III : La dépendance psychologique à la réalité matérielle actuelle

Cette série d’articles n’est pas prescriptrice. Elle a pour vocation l’identification des points de blocages et les injonctions contradictoires de nos sociétés faces aux enjeux de demain. Cette rapide synthèse a pour humble ambition de fournir à chaque citoyen les informations nécessaires à la structuration de solutions cohérentes et fonctionnelles.

Chapitre II : Les nouveaux liens sociaux face à la continuité d’activité des secteurs essentiels

Les nouveaux liens sociaux de nos société sont-ils adaptés à des conditions matérielles modifiées ? Quel est sa résilience face aux crises ?

Les liens sociaux ont beaucoup évolué en conséquence des bouleversements de nos conditions de vie, évoqués jusqu’ici.  Ils ne reposent plus sur les mêmes fondements aujourd’hui qu’autrefois.

Le collectif n’a donc plus le même poids sur la vie et l’imaginaire des individus. « La bouche à nourrir » n’est plus un concept valide, car la part de chacun dans la survie du groupe n’a plus la même importance, nous l’avons vuDans ce contexte, les individus ne se sentent plus autant redevables et comptables les uns des autres. Les liens sociaux ne sont plus prédéterminés et nécessaires, mais choisis.

Le regroupement choisi des individus avec d’autres personnes autour de leurs centres d’intérêts personnels modifie la structure du capital social.

Le Capital social correspond au niveau de confiance et de coopération des individus au sein d'un groupe donné.
Le Capital social correspond au niveau de confiance et de coopération des individus au sein d’un groupe donné.

Un capital social articulé différemment

Le capital social, tel que défini par Robert Putnam , est l’ensemble des “caractéristiques de l’organisation sociale telle que les réseaux, les normes, et la confiance qui facilitent la coordination et la coopération pour un bénéfice mutuel.“. La confiance et la coopération entre les individus se mesurent par la force de ce capital social. Il n’y a pas de société sans lui.

Les individus l’articulait autrefois sur deux plans. L’un dans le cadre de communautés réelles, à savoir la famille et le village. L’autre au travers d’une communauté imaginée , la patrie, à échelle nationale.

La communauté réelle est composée d’individus se connaissant tous. Ils partagent des lieux de vie, des coutumes ou encore des liens familiaux. Le capital social y est donc très puissant. La communauté imaginée (ici nationale), quant à elle, est définie par Benedict Anderson comme une communauté réunissant des gens qui ne se connaissent pas et qui ne se croiseront jamais mais qui éprouvent un fort sentiment d’appartenance à une communauté nationale.

La communauté réelle (la famille, la tribu, le village) a toujours existé, et s’est vue adjoindre avec le temps la communauté imaginée (religions puis nations). Une alliance entre le capital social inhérent au petit groupe d’individus et la puissance technologique et logistique des grands ensembles comme les nations s’est donc opérée. Les deux s’imbriquant et se complétant.

Si les soldats de la Grande Guerre ont tenu dans l’enfer des tranchés, c’est certes en partie par peur du peloton d’exécution, mais aussi par intériorisation de ces éléments sociétaux. Défendre sa nation, c’était se battre pour sa famille élargie, et par voie de conséquence pour sa famille stricto sensu. Dans ces deux communautés, l’individu est comptable vis-à-vis du collectif. Son appartenance passe par son apport et sa fidélité au groupe. Toute action individualiste et préjudiciable est donc sévèrement condamnée.

Des rapports sociaux adaptés seulement à nos conditions matérielles actuelles

Les processus d’individualisation et d’”archipélisation” à l’œuvre dans l’ensemble des sociétés occidentales ont bouleversé cet état de fait. L’horizontalité est de plus en plus commune en entreprise, l’originalité de plus en plus recherchée, les spécifiés de chacune de plus en plus prises en compte.

On a, par exemple, constaté une explosion de la diversité dans la graphie des prénoms. Touchant l’ensemble des catégories de la population française, cet indicateur permet de constater le renversement des rapports entre l’individu et la société. Avoir un prénom rare est recherché, alors qu’auparavant il fallait au contraire se fondre dans le collectif.

Cet habitus psychologique issu de nos conditions matérielles est cependant une vulnérabilité de plus en cas de dégradation de ces dernières. La structuration psychologique de chacun ainsi que nos savoirs individuels sont adaptés à notre monde actuel, pas à d’autres conditions de vie. Un bouleversement trop brutal dû à un effet domino ne permettrait pas d’adaptation psychologique, et pourrait laisser beaucoup de personnes en état de sidération.

Le mode de vie moderne, garanti par le travail d’individus au profit d’un collectif

Or, un trop grand effondrement du corps social menace les activités essentielles. Tous les scénarios de crise sont bâtis sur l’infaillibilité des opérateurs exerçant dans les secteurs indispensables (agroalimentaire, transport, sanitaire, énergie, sécurité).

Le dévouement et le sacrifice de ces opérateurs, formidablement illustrés par la crise du COVID-19, a malgré tout ses limites. Les opérateurs remplissent leur devoir envers la société tant qu’il y a société. En cas de trop grande désagrégation, les opérateurs redeviennent des individus aux enjeux individuels et familiaux. Le comportement des forces de police lors de l’effondrement de la Yougoslavie en est un bon exemple. En plus de ne plus remplir leur rôle, les policiers se sont en partie transformés en mafieux, profitant d’être du bon côté du canon. De rares, mais malheureux, exemples de détournement de masques par des personnels sanitaires ont déjà été constaté dans la crise sanitaire actuelle.

Il y a donc un lien très direct entre la cohésion d’une société et son niveau de vie matériel. Les conséquences d’une rupture de la chaine d’alimentation en nourriture ou en énergie seront abordé dans les chapitres III et IV de cette série.

Ressources Bibliographiques :

ANDERSON, Benedict, L’imaginaire national : réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, 1983, Paris, La Découverte

FOURQUET, Jérome, L’archipel Français, 2019, Le Seuil

PUTNAM, Robert, « The rosperous community, social capital and public life », The American Prospect, n°13, printemps 1993

Le Monde, « L’Archipel français » : une nation multiple et divisée, 29 mars 2019

L’Histoire, “Pourquoi les Yougoslaves se sont entretués“, juillet-aout 2006Share

About Charles SIROUX

Travaillant dans la gestion de risque et de crise, il est diplômé d’un M2 en géopolitique et prospective à l’IRIS. Ses thèmes de prédilection sont les enjeux sécuritaires, énergétiques et d’influence, ainsi que les tendances historiques

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/43302-quelle-soutenabilite-pour-le-nouveau-capital-social

Quelle soutenabilité pour la société moderne ? [1/4] Chapitre I : Des conditions matériels d’existence vulnérables

Quelle soutenabilité pour la société moderne ? [1/4] Chapitre I : Des conditions matériels d’existence vulnérables

Charles SIROUX 17 avril 2020 ActualitéActualités analyséesMondialisation et enjeuxNotionsSociété Leave a comment

Développement durable, résilience, transition énergétique… Autant de termes et concepts de plus en plus présents dans le champ lexical de nos contemporains. Des vœux pieux plus que des constats, tant notre société est structurellement aux antipodes de ces paradigmes.

Cette série intitulée “Quelle soutenabilité pour la société moderne ?” traitera ce sujet au travers de trois articles. Le premier sera consacré aux conditions matérielles, le deuxième à la structuration psychologique des individus, et enfin le troisième aux enjeux énergétiques.

Cette série d’articles n’est pas prescriptrice. Elle a pour vocation l’identification des points de blocages et les injonctions contradictoires de nos sociétés faces aux enjeux de demain. Cette rapide synthèse a pour humble ambition de fournir à chaque citoyen les informations nécessaires à la structuration de solutions cohérentes et fonctionnelles.

La soutenabilité de notre modèle de société est questionnable
L’optimisation économique provoque d’immenses vulnérabilités.

Chapitre I : Des conditions matériels d’existence vulnérables

L’optimisation de l’organisation collective …

L’organisation économique actuelle est fondée sur les avantages comparatifs. Chaque pays et chaque individu se spécialisent dans son domaine d’excellence. Il fournit ainsi aux autres les fruits de son travail, en échange des fruits du travail des autres dans leurs propres domaines d’expertise.

La mondialisation, fondée sur cette logique, a libéré les capitaux et les hommes, éclatant donc les chaines de production. Un produit est désormais le résultat du travail d’individus répartis partout sur le globe. Les flux physiques ont explosés, l’objectif étant l’optimisation et donc la rentabilité économique maximale. Les secteurs d’activité, les organisations et les individus ne sont pas autosuffisants. De plus, la souveraineté totale sur les secteurs vitaux n’est pas assurée, soit parce que la production est délocalisée, soit parce que la production nationale dépend des importations.

Ce paradigme a ses avantages. Le progrès scientifique et technologique a été en partie permis par l’optimisation et la spécialisation. La complexité de la société moderne est telle qu’il est impossible pour un individu d’en maîtriser tous les savoirs.

… corolaire de la dépendance

La soutenabilité et la résilience font cependant défaut. Multiplier les acteurs et les distances, c’est multiplier les vulnérabilités. Cette optimisation par l’interdépendance et les flux a donc un talon d’Achille : la défaillance d’un maillon de la chaîne entraîne un arrêt sectoriel, voire un effet domino. Le problème des masques ou des réactifs dans la crise sanitaire actuelle en est l’illustration.

De plus, l’optimisation économique empêche un aspect fondamental de la résilience : la redondance. Les stocks sont vus comme de l’immobilisation, et donc une perte immédiate. Ce paradigme est structurellement porté sur le présent et les flux tendus, et n’intègre le futur que dans le cadre de la croissance économique. Ce qui, nous le verrons dans le troisième chapitre, se heurte aux contraintes énergétiques et démographiques.

Au contraire, un individu formé à l’ensemble des compétences nécessaires à la réalisation complète d’une tâche sera moins performant, mais sera autonome. Les groupes humains fondés sur cette indépendance sont donc structurellement plus résilients, car les compétences sont partagées et la défaillance d’un individu plus vite circonscrite.

La spécialisation rime avec la division du travail. A mesure que l'optimisation augmente, la complexité technologique et logistique s'accroissent.
La spécialisation rime avec la division du travail. A mesure que l’optimisation augmente, la complexité technologique et logistique s’accroissent.

La délégation des besoins fondamentaux

Les conditions de vie que nous connaissons aujourd’hui sont exceptionnelles à bien des égards. Tout d’abord, la majorité de l’humanité vit désormais en ville. Situation inédite depuis que l’humanité est sédentarisée, cette rupture avec les sociétés historiques atteint son paroxysme en Occident. Les agriculteurs représentaient par exemple 0,67% de la population Française en 2018. Cette situation est rendue possible par l’explosion des rendements agricoles pour des raisons énergétiques, donc dépendante de l’approvisionnement en énergie pilotable et abondante.

99% de la population active Française a donc une activité professionnelle non productrice de vivres, déléguant cette tâche à d’autres individus. Cette dépendance alimentaire est accentuée par l’habitat. La population urbaine et suburbaine n’a que très peu accès au jardinage, et encore moins à de l’eau potable en dehors de l’eau courante fournie là encore par une puissante logistique, donc le travail d’autres personnes.

Les conséquences sur les conditions matérielles de vie des individus

Cet état d’interdépendance professionnelle et matérielle pour les ressources fondamentales est aussi significatif d’une structuration psychologique particulière à notre temps. Lors de l’exode rural du XIXe siècle, les paysans devenus ouvriers disposaient de jardins ouvriers. Assurer sa propre subsistance alimentaire, même dans un environnement urbain et dense, semblait relever de l’indispensable. Les logements du personnel ferroviaire chargé des barrières avant l’automatisation en attestent aussi, chacun disposant systématiquement d’un puits.

Les traditions culinaires sont aussi directement issues d’un temps où elles étaient une nécessité autant qu’un plaisir culinaire. Ce mode de vie correspond à un monde à l’énergie rare et chère. En effet, l’eau des villes était souvent insalubre, et l’alcool était donc un gage de stérilisation du breuvage. L’approvisionnement en une énergie continue et pilotable comme l’électricité était impossible, rendant indispensable de fumer les aliments et d’allonger leur durée de vie, d’où les fromages ou la charcuterie. Enfin, consommer des produits hors saison était hors de propos.

De plus, le propre de l’évolution technologique est de rendre obsolètes les strates techniques précédentes. Lorsque l’automobile est arrivée, la logistique nécessaire au déplacement à cheval a été abandonnée. Le télégraphe n’a pas survécu au téléphone. Les exemples sont légion. Ce mécanisme est économiquement cohérent. L’absence de moyens matériels ainsi que la perte des savoirs-faire afférents aux strates technologiques précédentes entraînent cependant une vulnérabilité supplémentaire. Effectivement, la perte des moyens technologiques actuels n’entraînerait donc pas un retour aux technologies des années 1960, mais plutôt à celles du Moyen-Age.

Conclusion

Ainsi, le Français moyen du début du XXe siècle avait des conditions de vie matérielles plus proches de son homologue du Xe siècle que de celui du XXIe. Des pistes sont envisageables pour augmenter l’autonomie et la résilience de la société, comme les relocalisations. Cependant, il est impossible de maintenir nos conditions de vie sans la spécialisation des individus dans leur domaine d’expertise. Les conséquences sur sa soutenabilité matérielle sont donc évidentes, mais elles le sont aussi sur sa structuration psychologique.

Ressources bibliographiques :

FAUBERT, Violaine, “Quels enseignements tirer de la première mondialisation (1870-1914) ?“, Économie & prévision, n°200, février 2012. 

Le Monde, “Depuis 2008, la moitié de l’humanité vit en ville“, 23 octobre 2008.

Le Figaro, “Comment la France a renoncé à garder le contrôle de son patrimoine économique“, 25 janvier 2019.

Le Figaro, “Le nombre d’agriculteurs en France ne cesse de baisser“, 29 janvier 2019.

France Info, “Coronavirus : pourquoi la France manque-t-elle de masques respiratoires ?“, 19 mars 2020.

Le Figaro, “Quand l’Occident renonçait à produire ses propres médicaments“, 13 avril 2020.

Les Crises, “L’usine bretonne qui alimentait la France en masques : histoire secrète d’un saccage industriel“, 14 avril 2020.Share

About Charles SIROUX

Diplômé d’un M2 en géopolitique et prospective à l’IRIS, ses thèmes de prédilection sont les tendances historiques et la géopolitique, ainsi que les enjeux sécuritaires et d’influence.

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