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La confrontation sociale se durcit en France

La confrontation sociale se durcit en France

Pour Thierry Meyssan, le Grand débat national est parvenu à distraire les Français de la question de la désindustrialisation posée par les Gilets jaunes. Aussi intéressantes quelles soient, les problématiques abordées par ces bavardages sont absolument secondaires au vu du prodigieux dépassement économique de l’Union européenne par l’Organisation de coopération de Shanghai.

 | DAMAS (SYRIE)  

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Les Gilets jaunes et la réponse d’Emmanuel Macron

Pour répondre au mouvement des Gilets jaunes, le président français Emmanuel Macron avait annoncé des mesures sociales et organisé un débat national de trois mois.

À l’issue de celui-ci, il apparaît que non seulement les positions n’ont pas changé, mais se sont durcies.

Les mesures sociales effectivement mises en œuvre ont consisté à augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs les moins bien payés via la revalorisation d’allocations et non pas par la juste rémunération de leur travail.

Le Grand débat a permis à deux millions de Français de s’exprimer, mais a été largement ignoré par les Gilets jaunes. De très nombreux sujets y ont été abordés (baisse du pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes ; inefficacité de l’État en province, politique énergétique), mais absolument jamais la cause de la crise. Rappelons que celle-ci, loin d’être uniquement française, concerne tous les pays occidentaux depuis la disparition de l’Union soviétique et a été singulièrement aggravée par l’effondrement financier de 2008 [1].

Les Français ont notamment pris conscience du déclassement de la moyenne bourgeoisie, contrainte à quitter les villes et reléguée en « périphérie urbaine ». Ils n’ont toujours pas assimilé la rapide disparition des classes moyennes en Occident et leur soudaine apparition en Asie. Par conséquent, ils n’ont pas encore compris que les maux qui les atteignent sont la conséquence du succès des acteurs capitalistes débarrassés des règles politiques. Ils persistent à tenir les super-riches pour responsables et non pas les leaders politiques qui ont aboli leurs contraintes.

Les délocalisations des entreprises occidentales recourant à un savoir-faire basique sont profitables à tous dans la mesure où de nouvelles entreprises sont créées utilisant un savoir-faire plus élaboré. L’Asie n’a donc pas volé la richesse de l’Occident, mais a bénéficié des investissements occidentaux. L’anomalie, c’est que les responsables politiques occidentaux ont renoncé à réguler ce processus depuis la fin de l’URSS, autorisant non seulement les transferts de technologie en raison des différences de niveau de vie entre pays, mais aussi pour échapper aux responsabilités sociales.

Les Gilets jaunes ont soigneusement évité de se choisir des leaders, laissant la classe dirigeante sans interlocuteur.

Celle-ci, qui au départ était conciliante avec les protestataires, s’est brusquement durcie lorsqu’elle a compris qu’il ne serait pas possible de résoudre la crise sans atteindre directement son propre mode de vie. Elle a alors pris le parti de l’oligarchie contre le peuple, et lancé une répression policière causant de nombreux blessés et invalides. Puis, elle a laissé le champ libre aux anarchistes pour qu’ils troublent l’ordre public durant les manifestations et discréditent ainsi la contestation.

La société française se trouve, à l’issue de ces trois mois, plus consciente du problème et plus profondément fracturée. Deux lectures de la période sont possibles :
- Soit on considère que les événements actuels (augmentation des inégalités, affaiblissement des institutions nationales et passage à un État répressif, concurrence pour représenter le peuple uni) ressemblent à ceux qui conduisirent à la Seconde Guerre mondiale.
- Soit on considère que ces mêmes événements ressemblent à ceux qui suscitèrent le mouvement des Communes libres (dont la plus célèbre est la Commune de Paris).
Ces deux interprétations ne sont pas contradictoires dans la mesure où la Seconde Guerre mondiale fut aussi une manière de répondre à la crise financière de 1929 sans avoir à en tirer les conséquences économiques et sociales.

Un sondage Ifop-Atlantico du 20 mars 2019 montre que si 50 % des Français attendent des réformes, 39 % jugent une révolution nécessaire ; un chiffre deux fois plus important que dans les autres pays occidentaux sondés. Cette appétence révolutionnaire s’explique à la fois par la tradition historique française et par le blocage très particulier des institutions rendant impossible toute solution réformiste (les réformes actuelles sont toujours au service de ceux qui contrôlent les institutions et non de l’Intérêt général).

La situation de la France dans le monde

Considérant que la classe dirigeante française est plus préoccupée de préserver son mode de vie que de résoudre la crise, et que la cause de cette crise est transnationale, nous pouvons anticiper que son évolution dépendra principalement des facteurs extérieurs.

Depuis plusieurs années, un débat agite la classe dirigeante sur un éventuel déclin français. Il n’est pas possible de le trancher puisque la notion de déclin renvoie à des valeurs relatives. Cependant ce qui est certain, c’est que l’Occident en général et la France en particulier ont été largement dépassés par d’autres acteurs.

Depuis 2009 (c’est-à-dire postérieurement à l’effondrement financier de 2008) les États-Unis ont réalisé une croissance de +34%, l’Inde de +96%, la Chine de +139%, tandis que l’Union européenne a décru de -2%.

Durant la même période, les États-Unis, qui ont gouverné le monde unilatéralement après la disparition de l’Union soviétique, ont conservé leur déploiement militaire à l’étranger et leur capacité de production d’armement, mais ont perdu leur supériorité technologique militaire. Ils se sont donc spécialisés dans la guerre asymétrique, c’est-à-dire dans l’encadrement de groupes armés non-étatiques qu’ils arment et financent. Dans la même période, la Russie, dont l’armée post-soviétique était en loques, a été réorganisée et est devenue grâce à sa recherche scientifique la première puissance à la fois en termes de guerre conventionnelle et de guerre nucléaire.

Au plan des Droits de l’homme et du citoyen, les États-Unis sont le seul pays à pratiquer à grande échelle l’assassinat sans jugement, tandis que les pays membres de l’Union européenne (y compris le Royaume-Uni sur le départ) sont les seuls États à convoquer des référendums et à ne pas tenir compte de l’avis exprimé par leurs citoyens. Le taux d’incarcération, qui est de 385 prisonniers pour 100 000 habitants en Russie, est de 655 aux États-Unis, soit 70 % de plus.

Le monde d’aujourd’hui n’a donc plus aucun rapport avec celui d’il y a dix ans. Les États-Unis sont toujours à l’avant-garde de l’Occident, mais celui-ci n’est plus à l’avant-garde du reste du monde. Il est dépassé par la Russie et la Chine aussi bien en termes économiques, que militaires et politiques. Nous continuons pourtant à regarder des blockbusters hollywoodiens, à apprendre l’anglais et à souhaiter passer nos vacances à New York comme si rien n’avait changé.

De ce point de vue, il est illusoire de croire qu’une meilleure répartition des richesses en Occident résoudra le problème comme ce fut le cas au cours des cinq cent dernières années. Il existe bien sûr un conflit de classe qui doit être réglé, mais celui-ci est très secondaire par rapport aux changements internationaux. Toutes les luttes sociales classiques seront insuffisantes parce que l’Occident a perdu sa prééminence.

Comment débloquer la situation ?

Le dépassement de l’Occident par la Russie et la Chine n’est pas une fatalité. Il ne s’agit pas ici de défendre la stratégie énoncée par Paul Wolfowitz à la chute de l’Union soviétique visant à empêcher les concurrents des États-Unis de se développer plus vite qu’eux, mais d’affirmer que le monde serait meilleur si tous pouvaient se développer librement. Il ne s’agit pas non plus de prétendre que tout développement doit se conformer à l’American Way of Life car les ressources de la planète ne le permettent pas, mais d’encourager chaque civilisation à suivre sa voie en respectant son propre environnement.

Tout changement structurel ne peut être ordonné que par un Pouvoir souverain. La seule échelle de gouvernement qui permette de promouvoir l’Intérêt général est la Nation. Il convient donc prioritairement de rétablir la souveraineté nationale. Simultanément, la démocratie doit être instituée dans le cadre national, mais cette question reste secondaire par rapport à celle du service de l’Intérêt général.

Pour la France, cela signifie à la fois l’affranchissement d’un pouvoir politique supranational et d’un commandement militaire étranger, c’est-à-dire la sortie non pas nécessairement de l’Union européenne mais des principes du Traité de Maastricht et non pas de l’Alliance atlantique mais du commandement intégré de l’Otan.

Ce n’est qu’en redevant souveraine que la France pourra jouer un rôle dans le concert des nations. Pour le moment, elle prétend défendre le multilatéralisme là où en réalité, elle pratique une politique de bloc, s’alignant systématiquement sur les positions allemandes.

La première décision à prendre devrait être de mettre fin à la libre-circulation des capitaux. Il ne s’agit pas du tout d’interdire les mouvements d’argent, de remettre en cause le commerce international et de se diriger vers l’autarcie, mais de reprendre le contrôle des richesses nationales qui doivent rester dans le pays qui les a produites.

La seconde décision devrait être de réduire le champ et la durée de la propriété intellectuelle, brevets et droits d’auteur. Les découvertes, les inventions, les créations, les idées en général ne ressortissent pas du droit de propriété individuelle, mais appartiennent à tous. Les exclusivités et les royalties sont des mesures provisoires qui doivent être réglementées au regard du seul Intérêt général.

La troisième décision sera de revoir un à un les accords commerciaux internationaux. Il ne s’agira pas d’instaurer des règles protectionniste au risque d’interrompre le perfectionnement de la production de biens et de services, mais de veiller à l’équilibre des échanges. Ce sont deux objectifs complétement différents.

Les États-Unis eux-mêmes reconquièrent leur souveraineté en renonçant partiellement à leur suprématie impériale et en retournant à une position hégémonique. Identiquement, ils rééquilibrent leur balance commerciale. Par contre, ils maintiennent les abus de propriété intellectuelle qui leur assurent de confortables rentes.

Conclusion

Les réformes sont toujours moins douloureuses que les révolutions. Quoi qu’il en soit, ces changements de longue haleine devront être opérés d’une manière ou d’une autre. Le refus actuel de la classe dirigeante française ne parviendra pas à les empêcher et ne peut qu’espérer faire durer son confort au mépris de la souffrance des autres. Il cessera au plus tard lorsque le Système, dont elle profite pour le moment, commencera à broyer aussi leur mode de vie.

[1] « Comment l’Occident dévore ses enfants », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 décembre 2018

.https://www.voltairenet.org/article205738.html

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La révolte du public” : interview exclusive avec Martin Gurri, l’analyste de la CIA qui annonçait la crise des Gilets jaunes dès 2014

PROPHÉTIQUE
“La révolte du public” : interview exclusive avec Martin Gurri, l’analyste de la CIA qui annonçait la crise des Gilets jaunes dès 2014

Atlantico : Votre livre The Revolt of The Public and the Crisis of Authority in the New Millennium (Stripe Press), publié initalement en 2014 et ressorti en décembre 2018 dans une version augmentée, a été présenté comme une forme de prophétie du mouvement des Gilets jaunes en France. Dans quelle mesure pensez-vous que les idées développées dans votre livre correspondent à la situation française ?

Martin Gurri : La thèse de mon livre est que le conflit décisif du XXIe siècle n’est pas un conflit entre gauche et droite, ni entre Islam et Occident, ni même entre démocratie et tyrannie. Aujourd’hui, la lutte cruciale oppose un public en colère, renforcé par la panoplie nouvelle et impressionnante des technologies de l’information, aux élites qui dirigent les grandes institutions de la société moderne, gouvernement compris.

Ces institutions ont reçu leur forme et leur esprit pendant l’ère industrielle. Elles ont un fonctionnement vertical, hiérarchique, procédural et lourd. Elles sont obsédées par les plans quinquennaux et les publications pseudo-scientifiques. Elles revendiquent haut et fort certaines compétences : elles pensent par exemple pouvoir lutter contre le chômage et les inégalités. Pour conserver leur légitimité, ces institutions industrielles ont par conséquent besoin d’avoir le monopole de l’information dans leurs domaines respectifs. Aujourd’hui ce monopole a été balayé par le tsunami d’informations provoqué par la révolution numérique apparue au tournant du millénaire. Un rugissement de nouvelles voix étranges couvre désormais les déclarations et les explications du gouvernement. Or la surabondance d’informations nuit à toutes les formes d’autorité.

Les élites possèdent encore toutes les armes et la plus grande partie de la richesse – mais elles savent qu’elles ont perdu leur autorité, leur capacité à commander et elles sont désorientées et démoralisées. Le public révolté s’organise sur internet et surgit tout d’un coup, à n’importe quel moment, avec des manifestations sur la voie publique qui ont l’air de venir de nulle part. Et les élites sont toujours surprises : de la place Tahrir aux Gilets jaunes en passant par le Brexit, les gouvernements ont été choqués par le changement radical et soudain du paysage politique. Les élites n’avaient aucune idée de ce qui allait se passer et elles n’ont pas encore compris la leçon.

Néanmoins, je ne crois pas aux prophéties. Je pense qu’en principe nous ne pouvons pas connaître l’avenir de systèmes complexes comme le sont les sociétés humaines. Les observateurs doivent avoir pour tâche de décrire avec précision le présent : c’est déjà suffisamment compliqué.

Cela étant, les gilets jaunes et leur mouvement correspondent, dans une très grande mesure, à ma description (et non à ma prophétie) du public révolté. En premier lieu, ils se sont rassemblés en-dessous de la ligne d’horizon numérique, dans des « groupes de colères » sur Facebook, où ils ont pu se déchaîner en une frénésie de revendications et de rejets, et rester quand même à l’abri de la surveillance des médias et des hommes politiques. Après cela, des dizaines de milliers de personnes sont apparues dans les rues, comme par magie, avec, en signe de reconnaissance, le gilet jaune et une puissante rhétorique anti-Macron. Ils n’ont pas de chefs. En fait, ils sont contre tout type de chefs – caractéristique super-égalitaire de tous les mouvements qui naissent en ligne. Ils n’ont pas de programmes. Les programmes proviennent du gouvernement et il ne faut jamais faire confiance au gouvernement. Ils n’ont pas d’idéologie cohérente. Ils ne sont ni à gauche ni à droite, et leur identité est une sorte de non-identité : ce sont des gens venus de rien qui veulent qu’on les reconnaisse comme quelque chose.

Surtout, avec une conviction absolue, ils s’opposent. Le web politique est un lieu fracturé, peuplé de sectes et de groupes d’opinion dissidents. Le public n’est pas un mais plusieurs. Les propositions positives le divisent et le frustrent. Le public ne peut devenir un acteur politique, unifié dans ses objectifs, que dans l’acte de rejet : dans la négation de l’ordre social et politique établi. Et c’est la passion qui imprègne les messages du public sur internet – la rhétorique de la rage attire davantage l’attention, plus elle est violente et véhémente. En fin de compte, une révolte entièrement fondée sur la négation risque à chaque instant de basculer dans le nihilisme. Le vandalisme est pour elle une vertu. La destruction apparaît comme une forme de progrès – comme la démolition de structures d’exploitation corrompues.

Les gilets jaunes sont l’illustration quasi idéale de cette trajectoire et de ces attitudes. Ils ont commencé par les discours de colère sur des groupes Facebook et ont fini par attaquer l’Arc de Triomphe et par mettre des banques en feu. Ils sont également typiques à un autre égard. Le public ne considère jamais qu’un « oui » est une bonne réponse à ses revendications. Il n’y a pas une seule des manifestations de rues que j’ai étudiées qui ait été désarmée suite à des concessions politiques du gouvernement. Le grief qui a enflammé la colère des gilets jaunes était une taxe sur les carburants – mais la rage et les manifestations se sont poursuivies après le retrait de la taxe.

Emmanuel Macron a démarré sa campagne présidentielle en 2017 en publiant un livre, Révolution, afin de convaincre les citoyens français de sa capacité à apporter un changement réel. Ironiquement, un sondage IFOP / Atlantico publié cette semaine montre que 39% des français pensent qu’une révolution est la solution adaptée à la situation française. C’est beaucoup plus qu’en Italie (28%), qu’en Allemagne (20%) ou qu’en Espagne ( 13%). Ne pourrions-nous pas y voir une autre pièce du puzzle décrit dans The Revolt of the Public ?

Ma réponse à cette question est simple : non.

Faire une révolution consiste à conquérir le pouvoir, et le public n’a montré aucune volonté de le faire. Le penseur le plus clair sur ce sujet (comme sur beaucoup d’autres) est Pierre Rosanvallon. DansLa Contre-Démocratie, il écrit : « Le radicalisme n’attend plus un « grand soir » de soulèvement révolutionnaire… Être radical, c’est pointer chaque jour le doit pour blâmer ; c’est retourner le couteau dans les plaies de la société. » C’est bien sûr la rhétorique de la colère qui est la forme privilégiée de discours du public à l’ère numérique.

Personne, public ou élite, ne croit qu’une révolution est souhaitable. Pire, personne ne croit qu’elle est possible. Quelles sont les alternatives à la démocratie libérale ? Quel serait le nouvel ordre ? Le « modèle » chinois ? Le poutinisme ? La démocratie libérale perdure malgré la colère et la méfiance du public car il n’existe actuellement aucune alternative imaginable. Cela lui procure un minimum de stabilité politique mais alimente également le courant du nihilisme : mieux vaut rien, une page blanche, que le statu quo. Notre stérilité conceptuelle a également permis à certains d’embrasser les cadavres d’idéaux anciens, tels que le socialisme et le nationalisme, qui ont été mis de côté par l’histoire.

Je soupçonne que les 39% de Français qui ont voté pour la révolution dans le sondage voulaient dire des choses très diverses par ce geste. Ils avaient sûrement l’intention d’envoyer un message de rejet, mais il y a probablement aussi une cause culturelle. Je suis Américain, mais je suis né à Cuba et j’ai observé qu’en France comme à Cuba, le mot «révolution» est presque synonyme de «patriotisme».

Dans le même sondage, 81% des Français déclarent que l’opposition entre les élites et « le peuple » devrait être forte à court terme. Vous avez fait la différence entre « le peuple » et « le public » dans votre livre. Aujourd’hui, qui est le public en France et quel rapport ce public entretient-il avec les élites ?

Quand j’utilise ce terme « public », je veut montrer que le public n’est pas «le peuple», bien qu’il le prétende souvent. Le public, ce n’est pas non plus « les masses », ce concept qui nous vient du siècle dernier. Ce n’est pas exactement « la foule » non plus, bien qu’à l’heure du téléphone mobile, la foule et le public partagent une relation intime. J’ai tiré ma définition de Walter Lippmann, qui a défini le public non pas comme une classe ou un groupe fixé d’individus, mais seulement comme des personnes qui ont été mobilisées par intérêt commun dans une affaire spécifique. Les gilets jaunes se rassemblent par exemple parce qu’ils veulent se débarrasser de Macron. Les Brexiteers ont été mobilisés par la sortie de l’UE. Les électeurs de Trump ont été mobilisés par la volonté « d’évacuer la vase » de Washington. Il y a toujours un petit intérêt aigu, un irritant, qui donne vie au public. Aujourd’hui, c’est toujours le rejet de quelque chose.

Le public français est le même que partout ailleurs. Il est fracturé sur plusieurs fronts. Il ne peut s’unir et se mobiliser que par opposition à l’ordre établi. Mais il n’a pas d’alternative au système en place et n’a aucun intérêt à prendre le pouvoir : il tombe donc parfois dans le nihilisme.

Les élites françaises, elles, se tiennent difficilement au sommet de la pyramide. Elles avaient autrefois l’autorité suprême dans un système national qui donnait aux puissants un pouvoir supérieur à celui que la plupart des démocraties tolère. À présent, elles sont assiégées par les manifestants et ne savent pas ce qui les attend. Les élites françaises ont, au sens propre, créé le public français, l’ont provoqué par leur aveuglement total et l’ont conduit à son état de malheur actuel. Elles n’ont jamais su que de telles personnes existaient, car celles-ci étaient invisibles du haut de la pyramide.

Bien qu’il soit généralement présenté comme le dernier espoir de maintenir le statu quo, Emmanuel Macron est une des créatures de la révolte du public. En Marche n’existait pas un an avant les élections de 2017. C’est sans précédent dans la Ve République. Macron n’avait jamais été élu avant de remporter la présidence. C’est aussi inédit. Ce sont des personnes neuves – au sens propre puisque de nombreux citoyens sont entrés en politique pour la première fois en soutenant la campagne de Macron. Voilà la marque d’un mouvement populiste. La langue de Macron, qui exhorte les Français à retrouver leur ancienne grandeur, fait souvent écho à celle de Trump.

Il a fallu un nombre important de péripéties et d’accidents pour conduire à l’élection de Macron, mais une fois au pouvoir, il a eu la possibilité étonnante de fusionner les énergies politiques extraordinaires libérées par le public avec la permanence et la vocation des institutions. Cela n’est jamais arrivé. Je ne prétendrai pas comprendre ce qui se passe dans l’esprit du président français et expliquer ce qui ne va pas. Mais il était inexpérimenté. Peut-être qu’il s’est égaré. Il a écrit un livre intitulé Révolution mais il a tout de même parlé d’une présidence jupitérienne et a prononcé son premier discours majeur au château de Versailles. Il est ambitieux. J’imagine qu’il a été tenté par la couronne du Saint-Empire romain germanique : le rêve de devenir le prochain Angela Merkel. Il était quand même issu d’une élite parmi les élites, diplômé des grandes écoles, et il se joignait à sa classe. Les gens autour de lui parlent au mieux avec ignorance et généralement avec mépris du public. Gilles Le Gendre a déclaré à un intervieweur que le gouvernement était « trop intelligent, trop subtil, trop technique » pour que les citoyens ordinaires comprennent ce qu’il était en train de réaliser.

Les 81% des sondés qui ont parlé d’une forte opposition entre le public et les élites avaient certainement en tête ce genre de déclarations.

Comment pourrions-nous réconcilier le nihilisme du public et la revendication de compétence du gouvernement ?

Je reformulerais plutôt ainsi la question : comment pouvons-nous réconcilier un public indiscipliné avec le système démocratique ? Voici le grand dilemme de notre époque : notre énigme du Sphinx. La réponse est généralement formulée en termes économiques. On dit que le public veut plus d’argent, plus d’emplois et plus de programmes gouvernementaux.

C’est peut-être vrai dans des cas spécifiques. Mais je remarque que, à ma connaissance, les membres les plus pauvres ou les plus marginalisés de la société n’ont pas participé à la révolte du public. Les gilets jaunes ne font pas partie des classes les plus démunies de France. Ils possèdent des ordinateurs portables et des smartphones et savent se rassembler sur Facebook. Les indignés en Espagne étaient principalement des universitaires. De même, la foule sur la place Tahrir était composée des enfants des élites égyptiennes éduquées. Aux États-Unis, les manifestations Occupy Wall Street ont perdu leur pouvoir d’attraction lorsque des sans-abris ont commencé à infiltrer le camp des manifestants.

Je n’ai pas de solution définitive – et je me méfie de quiconque prétend en avoir. Nous sommes au début d’une transformation structurelle massive. Le modèle industriel qui, au cours des 150 dernières années, a fait progressivement partie du paysage naturel pour l’humanité est en train de tomber. Et cela inclue tout le modèle de la démocratie issu de la révolution industrielle : partis politiques hiérarchiques, gouvernement dominé par l’exécutif, arrangements entre politique et médias. Beaucoup d’anciennes manières de faire ont déjà été emportées par la tempête.

Mais la démocratie est antérieure à l’ère industrielle et il n’est pas exagéré d’espérer qu’elle y survivra.

Quand je lis les plaintes du public, pas seulement en France, mais dans le monde entier, je trouve deux thèmes primordiaux : la distance et l’échec.

Le public a le sentiment que les élus grimpent au sommet d’une pyramide très raide, puis disparaissent. Les présidents ne sont pourtant pas des dieux olympiens. Les politiciens ne sont pas des stars hollywoodiennes. C’est contraire à l’esprit démocratique. Lorsque le public demande une proximité accrue, les élites apeurées s’éloignent. Le Gendre dirait néanmoins que les élites politiques sont « trop intelligentes » pour cette conversation. Hillary Clinton observerait que, dans tous les cas, ils ont affaire à des personnes « pitoyables ». Si nous voulons réconcilier le public avec la démocratie, nos élites politiques doivent se comporter comme si elles croyaient en l’égalité. Elles doivent parler en langage clair plutôt que jargonner. Elles doivent participer à cette conversation numérique sans fin. Et elles doivent faire plus que parler : elles doivent écouter. Elles doivent descendre de la pyramide, avec moins de gardes du corps, moins de limousines, et se présenter comme appartenant à la même espèce mortelle que le public.

L’échec est moins une évaluation empirique du fonctionnement de l’État moderne qu’une perception, pas entièrement fausse, que les élites promettent beaucoup et qu’elles font peu. Les politiciens affirment de manière extraordinaire leur capacité à « résoudre » le problème du chômage, par exemple, ou encore celui des inégalités économiques. Mais la société n’est pas une équation mathématique. Des conditions historiques complexes ne peuvent pas être « résolues ». Les candidats se présentent donc aux élections avec des promesses qui vont souvent détruire leur crédibilité une fois élus au gouvernement.

Si nous voulons réconcilier le public avec la démocratie, les élites doivent reconnaître les limites du savoir humain et apprendre à parler avec humilité. Elles ne doivent plus tenter le public en leur promettant tous les royaumes du monde. Elles ne doivent plus affirmer que l’état normal du monde, c’est l’utopie, de sorte que toute chute de la perfection doit être imputée à leurs adversaires, à ces forces égoïstes et corrompues. Elles doivent avoir l’honnêteté de dire la vérité comme elles la voient et elles doivent avoir le courage le courage de dire « j’ai eu tort » si nécessaire.

Cela ne sera pas facile. J’imagine que rien de tout cela ne se fera sans conflit. Les élites aiment leur distance par rapport aux « pitoyables ». C’est un des plaisirs de l’élite. Le public, pour sa part, veut croire aux miracles. Les politiciens qui disent la vérité en toute humilité devront surmonter beaucoup de préjugés et persuader de nombreux cyniques. Est-ce impossible ? J’ai dit que je ne croyais pas aux prophéties : je ne peux donc pas prévoir ce qui se passera. Mais à un moment donné, il faut avancer avec foi. Le système démocratique a déjà traversé des périodes de turbulences – par exemple, dans les années 1930, lorsque les gouvernements totalitaires semblaient maîtres de l’avenir. Il n’y a aucune raison de penser que la démocratie ne pourra pas surmonter la crise actuelle de l’autorité.

Après l’érosion des violences de Gilets Jaunes au début de l’année, de nouvelles violences ont eu lieu samedi dernier en France. Le gouvernement français a choisi de répondre à cette question de sécurité en déployant symboliquement l’armée française contre les Gilets Jaunes au prochain acte. Vers quelle fin nous amène une telle logique ? 

Une fois que les manifestations ont commencé, les gouvernements ont très peu d’options. Leur faiblesse sera exploitée par les manifestants. Les démonstrations de force produiront des images numériques choquantes qui scandaliseront les observateurs indépendants. Le gouvernement actuel en France est pris dans cet étau et continue à se tortiller dans tous les sens. Premièrement, il a offert un certain nombre de concessions, notamment le retrait de la taxe sur les carburants. Ensuite, il a organisé un Grand Débat entre Macron d’un côté et des personnes habituellement invisibles de l’autre. Il évoque maintenant la possibilité de déployer l’armée contre les manifestants.

Il se peut fort bien que les gilets jaunes s’épuisent et que leurs revendications prennent fin. C’est ce qui s’est passé en Espagne avec les indignés et en Israël avec le mouvement de « justice sociale ». Dans ces deux cas, les manifestants sont demeurés inconciliables pendant un certain temps, assez long ; mais à la fin, ils ont perdu tout intérêt pour leur cause commune et sont rentrés chez eux. Cependant les initiatives du gouvernement n’ont que très peu à voir avec ça.

Je suppose que votre question signifie que la guerre civile ou l’autoritarisme militaire pourraient être des menaces immédiates pour la démocratie française. Je peux seulement vous dire que, malgré la rhétorique de la colère si répandue aujourd’hui, la violence organisée entre des partis hostiles – les manifestants et le gouvernement, par exemple – n’a pas encore atteint l’ampleur de la guerre civile dans le monde démocratique. Des nihilistes individuels et de petites sectes ont commis des atrocités, comme au Bataclan et plus récemment à Christchurch. De telles horreurs, planifiées dans un but tactique, peuvent-elles se répandre dans toute la société ? ISIS a réussi à le faire au Levant. Mais soyons clairs : dans les pays démocratiques, les horreurs ont été, jusqu’à présent, seulement verbales et virtuelles.

Et l’image d’un Emmanuel Macron autoritaire est, franchement, risible. Évoquer le recours l’armée est un signe de faiblesse. La maladie des gouvernements démocratiques en cette période de turbulence n’est pas d’être devenus dictatoriaux, mais d’avoir perdu la confiance du public et donc leur autorité. C’est le cas pour tous, que ce soit Macron, Merkel, Salvini et Trump. Ils règnent en haut de leurs pyramides en désintégration et ne peuvent faire preuve que de faiblesse face au nihilisme. Si l’on accepte de dire que réformer le système est nécessaire, on doit d’abord s’assurer que chaque essai de réforme prenne en compte ce constat de faiblesse.

GÉNÉRAL VINCENT DESPORTES : « CETTE DÉCISION D’UTILISER SENTINELLE EST POLITIQUEMENT ET HUMAINEMENT DANGEREUSE. »

Grand Remplacement : débat interdit

– Grand Remplacement : débat interdit
https://chaine.tvlibertes.com/widget/i-media-n-242-grand-remplacement-debat-interdit

I-Média n°242 – Grand Remplacement : débat interdit

Grand Remplacement : débat interdit

Après l’attentat de Christchurch, les répercussions ont été énormes dans le monde médiatique français. Le Grand Remplacement ne semble pouvoir être évoqué que pour le nier.

https://www.tvlibertes.com/i-media-n242-grand-remplacement-debat-interdit

Black blocs : une tactique de lutte plus qu’une idéologie

Black blocs : une tactique de lutte plus qu’une idéologie

Cette mouvance, régulièrement présente dans les manifestations, a rassemblé au moins 1 200 personnes lors du défilé parisien du 1er-Mai et a violemment affronté les forces de l’ordre.

Par Anne-Sophie Faivre Le Cadre et Cyrielle Chazal Publié le 02 mai 2018 à 20h10 – Mis à jour le 07 mai 2018 à 15h41

Temps deLecture 5 min.

Des militants vêtus de noir, cagoulés, cassant du mobilier urbain, dégradant des commerces et affrontant les forces de l’ordre : l’image revient régulièrement lors des manifestations. Elle a encore marqué, de manière spectaculaire, le défilé du 1er-Mai à Paris. Selon la préfecture de police, près de 1 200 « individus cagoulés et masqués »s’étaient massés devant le cortège syndical.

Lire (en édition abonnés) : Antifas, black blocs, anars : ce « cortège de tête » qui a fait dérailler le 1er Mai syndical

Qui sont ces black blocs ? S’ils sont particulièrement difficiles à définir, c’est qu’il s’agit avant tout d’une tactique de lutte, et non d’une idéologie ou d’un mouvement structuré.

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Préfecture de police

@prefpolice

Manifestation du 1er mai, présence d’environ 1200 individus cagoulés et masqués au niveau du Pont d’Austerlitz

1 311 personnes parlent à ce sujet

D’où vient le mouvement black bloc ?

Les racines du mouvement black bloc, né outre-Rhin, ne sont pas orientées à l’extrême droite, mais plutôt du côté de l’extrême gauche. A la fin des années 1980, la police de Berlin-Ouest invente l’expression « schwarze block » (« bloc noir ») pour désigner des manifestants cagoulés de noir et armés de bâtons.

Selon le politologue québécois Francis Dupuis-Déri, qui leur a consacré un article dans la revue Politix, les black blocs allemands s’inspirent eux-mêmes du mouvement Autonomia, né en Italie dans le courant des années 1960 : ce mouvement, ancré à l’extrême gauche, prône des formes d’action insurrectionnelles et illégales.

Que revendiquent-ils ?

La mouvance black bloc s’inscrit en opposition au capitalisme, aux gouvernements, aux forces policières et à la mondialisation. Sur les réseaux sociaux, leurs membres appellent à « rendre l’insurrection irréversible ». Leurs banderoles du défilé du 1er-Mai mêlaient références à l’anarchisme et emprunts à la culture populaire : « Marx attack », « sous les k-ways la plage » ou encore « la piraterie féministe n’est jamais finie », en référence à une chanson du rappeur Booba.

Un tract diffusé en marge de la manifestation du 1er-Mai éclaire les motivations des black blocs :

« Casser, c’est récupérer l’argent que les multinationales volent au peupleFaire payer les assurances, les agent.e.s de privatisations, les propriétaires lucratif.ve.s et tou.te.s ceux qui monopolisent les richesses, pour les inégalités qu’ils instaurent. »

Quels sont leurs moyens d’action ?

« Les black blocs n’ont pas de moyens très importants », résume dans un rapport le Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale (CREOGN). Les membres des black blocs se mêlent aux manifestants avec, dans leur sac, de quoi assurer leur anonymat – des cagoules notamment. Ils se repèrent grâce à des signes de la main et se masquent le visage une fois qu’ils forment un « bloc » suffisamment important au sein du cortège.

Les black blocs arrivent avec leurs propres outils, tels que des marteaux ou des pioches, afin de créer des projectiles à partir de ce qu’ils trouvent dans la rue (mobilier urbain, pavés, etc.). « Ils confectionnent également leurs propres armes, précise le rapport,comme des bombes et projectiles de peinture, des engins incendiaires, ou encore des banderoles renforcées avec des clous et des vis en direction des forces de l’ordre. »

« Un défi pour les forces de l’ordre »

Pour se protéger, ils communiquent sur des réseaux de messagerie cryptés et portent des lunettes de piscine contre les grenades lacrymogènes. Une fois leur action terminée, ils enfilent généralement des vêtements de couleur pour mieux se fondre dans la foule. Ils mettent en place des stratégies pour ne pas être dispersés avant la fin de leur action. Par exemple, ils essaiment en petits groupes afin de saturer les services d’ordre et se replient ensuite en bloc afin d’assurer une défense solidaire. « Cette recomposition perpétuelle est un défi pour les forces de l’ordre, plus habituées aux casseurs », relève le rapport.

Les black blocs fonctionnent sans chef. « C’est au cours d’un processus délibératif que les membres discutent des risques qu’ils entendent prendre et qu’ils décident du type d’actions qu’ils désirent mener », explique le chercheur québécois Francis Dupuis-Déri dans la revue Mouvements. Ils se livrent souvent à des dégradations matérielles, sur du mobilier urbain ou des lieux symboliques comme des vitrines de banques ou d’assureurs. Ces attaques vont des vitres brisées au déclenchement d’incendies, en passant par des jets de cocktails Molotov ou de pavés. Tous les black blocs n’ont cependant pas recours à la force.

Objectif de médiatisation

Leur objectif est double : exprimer une critique directe du « système », via des destructions de lieux symboliques, mais aussi indirecte. « L’action est couverte et discutée dans les médias, ce qui permet de diffuser dans le champ politique une critique radicale du capitalisme et de l’Etat libéral », décrypte Francis Dupuis-Déri.

Quelles ont été leurs actions les plus marquantes ?

En 1999, à Seattle, plusieurs centaines de black blocs se mêlent aux marches contre la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). L’état d’urgence est décrété et un couvre-feu, instauré. A Gênes, en juillet 2001, ils saccagent la ville en se fondant dans des marches pacifiques d’opposants au G8. En avril 2009, à Strasbourg, ils sont 2 000 à semer le trouble en marge du 60anniversaire de l’OTAN. En octobre de la même année, ils sont 300 à noyauter la manifestation d’un collectif anticarcéral, à Poitiers.

En octobre 2011 à Rome, lors de la journée mondiale des « indignés » contre la crise et la finance mondiale, des black blocs se mêlent aux manifestants et jettent des cocktails Molotov. En février 2014, ces émeutiers cagoulés rejoignent les rangs des opposants à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes. En juillet 2017, à Hambourg, ils intègrent les rangs des anti-G20 et suscitent le déploiement d’une dizaine de camions antiémeute.

Ressources

Le black bloc : quand l’antisystème effraie, par Francis Dupuis-Déri, professeur à l’université du Québec à Montréal (UQAM), sur TheConversation.com (août 2017).
La répression des « black blocs », prétexte à la domestication de la rue protestataire, par Olivier Cahn, maître de conférence à l’Université de Cergy-Pontoise, sur Cairn.info (2010).
Les Black blocs, preuves de la mutation de la contestation sociale, rapport du Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale (juillet 2016).
(en anglais) Making the News: Anarchist Counter-Public Relations on the World Wide Web, dans la revue Critical Studies in Media Communication (juin 2010).

 

Anne-Sophie Faivre Le Cadre et Cyrielle Chazal

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/05/02/qui-sont-les-black-blocs_5293523_4355770.html

Révolution, le retour : le scénario d’un vrai dérapage insurrectionnel est-il en train de devenir possible en France ?

GILETS JAUNES, ROUGES, VERTS ET NOIRS ?
Révolution, le retour : le scénario d’un vrai dérapage insurrectionnel est-il en train de devenir possible en France ?

Atlantico : Dans quelle mesure peut-on assister à la naissance d’une forme révolutionnaire par la jonction entre des mouvements Blacks Blocks et des Gilets jaunes radicaux ?

Sylvain Boulouque :  Il y a des formes révolutionnaires qui préexistent puisqu’on retrouve ce mode de manifestations violentes depuis le XIXe siècle dans la société française, qui appelaient elles-aussi à renverser l’ordre établi avec des formes plus spécifiques à notre époque telles que les Black Blocs et autres factions autonomes qui essayent, de par des actions symboliques, de montrer la réalité de ce qu’est le pouvoir. On observe une nouveauté en termes de forme de mobilisation, pour l’instant difficilement cernable, avec des mobilisations 2.0, par internet, caractéristiquement imprévisibles, qui font que les flux de manifestants sont beaucoup plus rapides, beaucoup plus mouvants. Et il devient beaucoup plus difficile de savoir combien de personnes peuvent aujourd’hui participer à une manifestation.

Depuis le mois de décembre – et ce jusqu’au dernier weekend – on a vu des forces au départ hostiles l’une à l’autre manifester sinon ensemble du moins côte à côte. On a donc vu extrême gauche et extrême droite sur les mêmes lieux de manifestation. C’est un phénomène nouveau. Jusqu’à quel point cette cohabitation peut-elle durer ? C’est difficile à dire. On peut juste observer que les gauches révolutionnaires ont chassé les manifestations d’ultra-droite ces dernières semaines.

Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que les Gilets jaunes, mouvement sociétal large mais qui a une idéologie mal définie, sont en train de manifester avec les Black Blocs, et donc que le mouvement d’extrême-gauche prend une ampleur telle qu’il n’en a probablement jamais eu jusqu’ici.

Après il faut relativiser. Tout d’abord il ne s’agit principalement que d’environ un millier de personnes, surtout présentes lors des manifestations parisiennes (ainsi qu’à Nantes, Bordeaux, Rennes ou Toulouse). Si on prend un point de comparaison par rapport à d’autres périodes historiques, telles que mai 68 par exemple, on est face à un phénomène très réduit par rapport à la mobilisation sociale de l’époque, où il y avait en plus un parti communiste extrêmement fort adossé au système communiste international.

Que ce soit pour les Black Blocs ou le sGilets jaunes, les revendications sont donc moins structurées et perceptibles. Ce qui ne signifie en rien qu’il n’y a pas de potentialité révolutionnaire existante parce que le mécontentement dans la société française est extrêmement fort.

Raul Magni-Berton : Il est évident qu’une radicalisation d’une partie du mouvement de contestation est la suite logique de la radicalisation du gouvernement. Face à un mouvement de cette envergure, l’absence de négociations, l’utilisation excessive de la répression policière et les condamnations répétées produisent sans aucun doute un encouragement, pour certains membres du mouvement, à accroitre les actions illégales. S’agissant d’un mouvement extrêmement large et hétéroclite – tout le monde peut mettre un gilet jaune – seul le gouvernement peut aujourd’hui réduire ces tensions en acceptant de s’assoir à la table de négociations ou de concéder au mouvement sa principale revendication. En l’absence d’une telle attitude, toutes les organisations insurrectionnistes pourront mettre un Gilet jaune sans être désavouées par qui que ce soit.

 

Parmi les figures intellectuelles les plus citées parmi la population Gilets jaunes, on a des personnalités telles que Chantal Mouffe, Frédéric Lordon (qui est à toutes les manifestations), Pinçon-Charlot, Etienne Chouard, ou encore François Ruffin… Quelle est l’idéologie que révèlent ces références ?

Sylvain Boulouque :  Pour ce qui est de Chouard, il faut voir qu’il est complètement passé à l’extrême-droite et est en quelques sorte rejeté par les autres.

Le concept central qui unit ces différentes personnalités est le populisme, même si on a encore du mal à en décrire les contours précisément. D’autant plus qu’il y a une différence entre ceux qui s’en réclament, ce qui se définissent comme populistes ou qu’on désigne comme populistes.

A l’extrême-droite, on observe que ce populisme est théorisé par Alain de Benoist avec son livre Contre le libéralisme ou son essai précédent, Droite-gauche, c’est fini ! : le moment populiste.

La deuxième tendance s’opère autour de Chantal Mouffe qui développe l’idée d’un populisme de gauche dans lequel les nouvelles forces de gauche devraient se faire l’écho de toutes les revendications possibles qui existent dans la société (sociales, sociétales, écologiques etc.). C’est un peu l’antienne que reprend Jean-Luc Mélenchon, et avec des sensibilités différentes Ruffin ou Lordon. Leur message consiste à dire qu’il faut écouter, soutenir et porter les souffrances du peuple pour les transformer en revendications sociales.

 

Quelle est l’idéologie dominante de cette nouvelle forme prise par la contestation ? Quelles en sont les « têtes pensantes » et inspiration ? N’est-on pas passé du stade de la contestation de réformes à un stade plus radical d’une contestation plus absolue ayant pour objectif d’installer un modèle alternatif ? 

Raul Magni-Berton : Le stade de la contestation des réformes est fini depuis longtemps. La revendication des Gilets jaunes est  la même depuis des mois: avoir un référendum pour introduire dans la constitution le référendum d’initiative citoyenne en toutes matières. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un modèle alternatif, mais une réforme constitutionnelle qui fournit aux individus mécontents un cadre institutionnel pour poursuivre d’autres objectifs d’une façon pacifique et légale. Si cette revendication était concédée, le mouvement s’arrêterait demain, du moins dans la rue. Aujourd’hui, le gros du mouvement des Gilets jeunes reste pacifique, comme le sont aussi ses membres qui arrivent à coordonner le plus de gens. Cependant, ils n’ont aucun moyen ni aucun intérêt à en exclure les franges les plus radicales. L’existence de celle-ci accroit la pression sur un gouvernement, qui pourrait finir par céder. L’opinion publique ne s’y trompe pas: c’est le gouvernement qui est responsable de la montée d’actions illégales, pas les Gilets jaunes.

 

On a observé aussi lors des manifestations la forte présence du mouvement Justice pour Adama, qui manifeste contre la mort d’Adama Traoré… la logique est donc celle d’une convergence des luttes ?

Sylvain Boulouque :  Oui en effet, le mouvement pour Adama Traoré est en effet bien présent, et il y a un appel à la convergence des luttes. Le but est bien d’utiliser les forts mécontentements qui caractérisent chaque groupe et de les unir dans une lutte générale contre le pouvoir. On veut unir les mécontentements des quartiers avec ceux des étudiants et ceux des gilets jaunes. Le problème est que ces revendications restent pour l’instant isolés. Les « populistes » de gauche estiment pouvoir faire la jonction par la rue.

De leur côté, les populistes de droite pensent pouvoir retrouver dans ce genre de manifestations l’âme d’un peuple unique qui serait plutôt national voire nationaliste et représentant un autre type de France moins « colorée ». On retrouve donc là encore le clivage gauche-droite.

 

Ces dernières années, les extrêmes ont progressé sur la scène politique, on pense à Mélenchon affirmant qu’il était à deux doigts du pouvoir. Cependant cet engouement a rencontré un plafond et a même depuis la campagne présidentielle de 2017 perdu du terrain. C’est dans espace-là que profite les discours révolutionnaires ?

Sylvain Boulouque :  Le problème est que l’extrême-gauche est extrêmement fragmentée. Ils s’entendent sur certains points mais pas sur le fond. Parmi les manifestants de ce week-end, un des mots d’ordre était « Ni Dieu, ni maître, ni Mélenchon ». Toutes ces gauches ne participent pas du mouvement de fusion des gauches portées par la France Insoumise. On retrouve beaucoup de tendances portées par des dizaines de personnes seulement. On peut le voir par exemple dans l’idéologie de l’intersectionnalité qui dénonce les doubles oppressions, qui est portée par quelques universitaires et leurs élèves mais ne pénètre que très peu dans la société, et ne trouve pas nécessairement d’écho dans le mouvement Gilet Jaune. L’atomisation du mouvement encourage l’émergence de ces pensées minoritaires.

 

Ce qui semble rallier ces mouvements est une convergence des « haines » contre le système. N’est-ce pas cela qui unit avant tout les « penseurs » du mouvement ?

Sylvain Boulouque :  Si bien entendu. La dimension anti-capitaliste est viscérale et fédératrice. Dans l’opposition, oui, il y a un front commun, mais quand il s’agit de proposer, le front s’éclate. On retrouve une situation proche à celle qu’on a connu au début du XXe entre anarchistes, communistes et socialistes, qui ne sont jamais parvenus à s’entendre.

 

Alors qu’une majorité de Français n’attend rien du Grand Débat, et que LREM reste minoritaire dans le pays, le mouvement des Gilets jaunes conserve un important bloc de soutien et de sympathie parmi les Français, tout en condamnant les violences. La nature ayant horreur du vide, quelles perspectives ouvrent la persistance d’un mouvement minoritaire mais pas « groupusculaire » face à un gouvernement restant lui-même minoritaire ds le pays ?

Raul Magni-Berton : Il est vrai que ce grand débat a été une inutile perte de temps et de ressources. Il est parti de deux prémisses erronées. Premièrement, de l’idée que le mouvement de Gilets jaunes est une forme de colère spontanée, uniquement réactive et sans revendications précises. Alors que, comme je viens de le dire, il en a une et elle est ignorée par le gouvernement. Deuxièmement, il suppose que le problème vient d’une « désaffection » vis-à-vis de la démocratie en France, sans réellement remettre en question de fonctionnement du système.

Dès lors, la solution passerait par une sorte de thérapie collective, mais en aucun cas par un changement en profondeur des institutions. Face à tout cela, une partie du mouvement s’organise peu à peu vers une forme d’action plus légale, qui passe par les urnes. Cela reste long et difficile, parce que le mouvement est très horizontal et décentralisé, et s’adapte mal à un système électoral où il faut donner carte blanche à un candidat. D’un autre coté, compte tenu du fait que le mouvement grandit, et que les partis politiques ont désormais une base militante très faible, les Gilets jaunes seraient – en termes de militants – le premier parti de France. Je pense pour ces raisons que de candidatures « Gilets jaunes » devraient apparaitre dès les élections municipales.

 

Kokopelli : graines de résistance


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UNE CENTAINE DE BLACK BLOCS S’EN EST PRIS TRÈS VIOLEMMENT À LA NOUVELLE LIBRAIRIE.

UNE CENTAINE DE BLACK BLOCS S’EN EST PRIS TRÈS VIOLEMMENT À LA NOUVELLE LIBRAIRIE.

Connaissez-vous la Nouvelle Librairie, une boutique dissidente au cœur du Quartier latin, à deux pas de la Sorbonne et du Sénat ? La gauche ne supporte pas que cet établissement qui défend l’identité française et européenne, qui est attaché aux frontières et au recours au peuple ait pignon sur rue.

Le journal L’Express a publié un défi aux militants d’extrême gauche sous la forme d’un article intitulé « Une librairie d’extrême droite à l’assaut du Quartier latin ». C’était le début d’une longue série de pressions, de tentatives d’intimidation, d’appels au boycott qui a connu son apogée le samedi 9 février en début d’après-midi.

Les différents objets envoyés contre la vitrine et le libraire.

« Deux Gilets jaunes sont entrés dans la boutique pour me prévenir que des antifas étaient en train d’arriver. Ni une, ni deux, j’ai évacué la petite dizaine de clients présents avant que ça ne dégénère, m’a raconté Hippolyte, le libraire. »

« J’ai tenus les casseurs à distance avec une bombe de gaz lacrymo et l’un d’entre eux m’a agressé avec une matraque télescopique tandis que j’essayais de refermer le rideau métallique ! Des CRS qui surveillaient le cortège ont fait dégager ces militants d’extrême gauche, mais ils sont vite repartis en direction du Sénat où une bagarre avait éclaté. »

Vous connaissez le goût des casseurs d’extrême gauche pour la violence. Les casseurs sont revenus à la charge à peine dix minutes plus tard, plus déterminés que jamais à détruire la Nouvelle Librairie.

Ils ont repris les tirs de projectiles pour casser les vitrines, mais ils ont surtout tenté de forcer la grille qui les empêchait d’entrer dans le magasin. Un homme enragé a foncé contre la porte une bêche à la main, manquant de peu de blesser Hippolyte.

Comme me l’a dit le libraire : « Sans le film antieffraction qui a retenu la vitre, la pelle aurait traversé la porte et je vous parlerais depuis mon lit d’hôpital ! »

Les Gilets jaunes ont empêché que la situation ne dégénère complètement.

Finalement, c’est une petite dizaine de manifestants pacifiques qui a mis fin à cette attaque d’une rare violence en s’interposant entre les casseurs et la librairie. L’un d’entre eux a même déclaré : « Je vous boycotte, mais je ne veux pas que les antifas cassent votre librairie. »

Un lieu comme la Nouvelle Librairie ce n’est pas seulement une bouffée d’air frais, c’est surtout un bastion au cœur de Paris, une vitrine, une tribune pour des idées différentes. C’est pourquoi il est indispensable de procéder aux réparations!

Après le passage des Black blocs, il ne faut pas simplement changer la porte d’entrée et les vitrines, il est primordial de les renforcer ! Pour cela, il est nécessaire de débourser 10000 € pour changer les trois vitres cassées et la porte par des vitres blindées.

Cela laisse malgré tout deux vitrines avec une moindre protection, ce point faible pourrait s’avérer dangereux à l’avenir. Grâce à votre soutien, je suis persuadé que nous pourrons atteindre les 5000 € supplémentaires pour remplacer l’ensemble des vitres.

C’est donc bien de 15 000 € dont nous avons besoin pour remettre la librairie sur pied.

Contre les antifas, vous pouvez faire la différence !

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Un climat délétère de cathophobie haineuse se répand en France

Un climat délétère de cathophobie haineuse se répand en France

Un climat délétère de cathophobie haineuse se répand en France

Si l’on en croit les médias bien-pensants, les gilets jaunes auraient répandu dans l’espace public une vague d’antisémitisme sans précédent depuis les années 1930. Passons sur le côté fantasmagorique de l’accusation. Alain Finkielkraut, bien placé pour parler du sujet, puisqu’il fut, lui, victime d’une agression manifestement sur la base de son appartenance au peuple juif, a fort bien rétorqué que cela n’avait rien à voir avec les gilets jaunes. C’est une évidence. La réalité, c’est que, si l’antisémitisme se développe en France, c’est très largement du fait du développement de l’islamisme plus ou moins radical. Les promoteurs de l’immigration sont donc les derniers à pouvoir légitimement critiquer cette éventuelle recrudescence de l’antisémitisme.

Mais ce qui me frappe surtout, c’est le « deux poids, deux mesures » qui s’exerce dans l’indifférence générale de la caste politico-médiatique.

Les pouvoirs publics réagissent avec vigueur à des graffitis touchant des symboles juifs et ils ont bien raison, car rien ne justifie d’humilier une personne dans sa foi ou dans ses racines culturelles. Mais ils restent muets devant des profanations d’églises. Les exactions les plus graves et les plus nombreuses les laissent de glace.

Doit-on en déduire que, pour les oligarques, les catholiques sont des citoyens de seconde zone, sur lesquels on peut s’essuyer les pieds sans vergogne ?

On peut d’autant plus le penser qu’au sommet de l’Etat, où, normalement, devraient siéger des personnes sages, aptes à calmer les esprits échauffés, figurent pourtant des personnes qui mettent délibérément de l’huile sur le feu. C’est ainsi que la sémillante ministresse Marlène Schiappa s’est cru autorisée à dire : « Je ne mets pas sur le même plan la Manif pour tous [dont il est notoire que les manifestants étaient majoritairement catholiques] et les terroristes islamistes, mais je souligne l’existence d’une convergence idéologique. » Je ne suis pas certain que cette phrase ait le moindre sens, mais, si elle en a un, cela ne peut être que celui-ci : défendre (pacifiquement faut-il le rappeler ?) le mariage homme-femme et le droit des enfants à ne pas être privé artificiellement par l’Etat de leur père ou de leur mère, c’est défendre la même vision de l’homme, de la société et du monde que les assassins djihadistes. C’est-à-dire une vision criminelle. Et, déjà, on commence à entendre en Occident des voix réclamant la criminalisation de l’enseignement moral catholique – supposément hostile aux femmes ou « LGTBphobe » comme on dit dans la novlangue contemporaine.

Prenons-y garde : les persécutions violentes ont toujours été précédées de telles campagnes de dénigrement.

Non, il n’est pas du tout anodin que, dans l’indifférence générale, on profane les saintes espèces dans les tabernacles avant de souiller les autels et de tenter de mettre le feu aux églises. Non, il n’est pas du tout anodin que des fanatiques d’extrême gauche taguent, sans être jamais inquiétés (voire en étant protégés par le pouvoir, comme le montrent tant de séquences vidéo relatives aux manifestations des gilets jaunes), que « la seule église qui illumine est celle qui brûle ». Non, il n’est pas du tout anodin qu’un ministre insulte des millions de catholiques qui ont simplement le malheur de ne pas être de son avis et de ne pas considérer que la révolution sexuelle soit réellement une libération pour la femme. Si elle n’était pas engluée dans son idéologie d’arrière-garde, Mme Schiappa verrait bien que le mariage chrétien est infiniment plus respectueux de la femme que sa répugnante promiscuité sexuelle, dans laquelle la femme n’est plus qu’un objet de plaisir égoïste.

Ces insultes sont gravissimes, surtout venant d’un membre du gouvernement. Au fait, essayez de mettre, par exemple, « le grand rabbin » à la place de « la Manif pour tous » dans la phrase de Marlène Schiappa – ce qui est d’autant plus facile que, naguère, le grand rabbin avait publié un texte remarquable et abondamment partagé parmi les sympathisants de la Manif pour tous, contre la loi Taubira – et regardez les réactions. Je gage qu’il ne faudrait pas attendre longtemps une condamnation unanime du gouvernement. Est-ce à dire, encore une fois, que les catholiques sont, en France, des citoyens de seconde zone (ou, Mme Schiappa, si vous ne comprenez déjà plus le français, des dhimmis) ?

Pourtant, aussi graves que soient ces insultes, ce n’est même pas le pire de ce que nous avons entendu ces derniers jours. Le pire vient du dérèglement total des institutions – qui se grippent dès qu’il s’agit de « chasse au catho ». Regardez ce qui s’est passé avec le film de François Ozon, « Grâce à Dieu » – film manifestement entièrement à charge, visant à faire de l’Eglise un repaire de détraqués sexuels (je dis manifestement, car je ne l’ai pas vu et n’ai aucune intention de le voir : mes impôts servent déjà à financer la haine cathophobe de ceux qui font profession de nous gouverner, je ne vais pas en plus donner librement à des gens qui crachent sur ce que nous avons de plus cher. Je n’ai donc vu que la bande-annonce et cela m’a amplement suffi !). En soi, il est déjà révélateur du climat social qu’un tel film de propagande haineuse puisse être tourné. Sur aucune autre religion que celle qui a façonné notre pays, cela n’aurait été envisageable sans d’abondantes protestations publiques. Là, au contraire, on n’a pratiquement entendu aucun son discordant dans le concert d’éloges. Sans avoir le moins du monde le don de prophétie, je puis d’ores et déjà assurer que le réalisateur va être couvert de prix et de colifichets en tout genre. Mais le pire, c’est que ce film est diffusé avant que le verdict du procès Barbarin n’ait été rendu. Il est impossible que les juges qui ont décidé d’autoriser sa diffusion immédiate n’aient pas vu à quel point cela violait la présomption d’innocence, à quel point ce brûlot était fait pour peser sur la décision de leurs collègues jugeant l’affaire Barbarin. Eh bien, malgré cela, là encore, la décision a été unanimement saluée comme une victoire de la liberté d’expression. La réalité, c’est qu’il s’agit d’une écrasante défaite de la justice : désormais, tout le monde saura que la justice française ne peut, ou ne veut, pas protéger les catholiques. Il est vrai que si ce sont pratiquement des terroristes islamiques…

Il me souvient que, lors de sa campagne, Emmanuel Macron avait pris toutes sortes d’engagements en faveur d’un débat pacifié. On voit ce qu’il en est advenu. La justice dont il est le garant ultime piétine ses propres principes pour mieux humilier un évêque et ses collaborateurs. L’un de ses ministres insulte des millions de catholiques simplement pour leurs convictions anthropologiques. Aucun de ses ministres ne s’émeut quand les églises sont profanées, incendiées, vandalisées.

Le mépris est l’une des causes majeures du mouvement des gilets jaunes. Comme je les comprends !

Guillaume de Thieulloy

https://www.lesalonbeige.fr/un-climat-deletere-de-cathophobie-haineuse-se-repand-en-france/

Cette bombe politique qui se cache dans les sondages sur la remontée de LREM et l’essoufflement des Gilets jaunes

 

Abstention
Cette bombe politique qui se cache dans les sondages sur la remontée de LREM et l’essoufflement des Gilets jaunes

Atlantico: Alors que la crise des Gilets jaunes ne semble véritablement « profiter » à aucun parti, ne peut-on pas craindre une forte abstention au prochain scrutin, alors que les européennes de 2014 avaient déjà conduit à une abstention de plus de 57% des inscrits ? Le retour de l’abstention ne pourrait-il pas s’anticiper au travers de ce sondage ? 

David Nguyen: Les élections européennes sont traditionnellement marquées par un très haut niveau d’abstention et rien ne dit que le mouvement des gilets jaunes va infléchir cette tendance. Sur le papier, cette mobilisation massive de Français qui s’étaient durablement éloignés du débat public, pourrait se traduire par un vote plus important pour les listes d’opposition au gouvernement ou estampillées gilet jaune. Le problème c’est que ce mouvement rejette le fonctionnement démocratique traditionnel et notamment le principe de la représentation. L’impossibilité pour Ingrid Levavasseur de monter une liste illustre bien cette impasse. Dans ces conditions, on peut penser que les 13% de Français qui se disent gilets jaunes aujourd’hui risquent effectivement de s’abstenir et le passage de 7,5% à 3% d’intention de vote pour une liste gilet jaune entre janvier et février 2019 accrédite cette hypothèse.

 

Alors qu’une part importante des abstentionnistes soutenait le mouvement des Gilets Jaunes, ne peut-on pas voir la configuration actuelle comme le symptôme d’une inadéquation de l’offre politique à une demande formulée par le corps électoral ? 

Plus qu’un problème d’adéquation entre les demandes des gilets jaunes et l’offre politique actuelle, je pense qu’il y un décalage entre le désir de démocratie directe exprimée par ce mouvement et un système politique qui fonctionne essentiellement sur le principe de la démocratie représentative. Ce que veulent les gilets jaunes ce n’est pas un leader, c’est le RIC. Ils veulent pouvoir s’exprimer et décider plus directement et plus fréquemment. Le retour durable des abstentionnistes dans le jeu politique passe probablement par une injection de dose de démocratie directe dans le système actuel. A défaut, on peut penser néanmoins que si une formation similaire au mouvement 5 étoiles italien émergeait en France, une partie des gilets jaunes pourrait le soutenir.

 

Alors qu’Emmanuel Macron et Marine Le Pen tentent de transformer cette élection en un duel opposant les « progressistes » et les « nationalistes », peut-on estimer qu’un tel changement de paradigme puisse aboutir à une moindre abstention ? 

C’est vrai qu’il y a une dramatisation inédite du scrutin qui pourrait en principe conduire à une participation accrue. Pourtant, comme je le rappelle dans une note pour le think tank Hémisphère gauche, les Français s’intéressent très peu à cette élection et passeront probablement à côté de cet affrontement. Pour rappel en 2014, seuls 35% des Français déclaraient s’être intéressés à la campagne électorale européenne contre 72% pour la présidentielle de 2017. Les électeurs macronistes et frontistes vont probablement se mobiliser un peu plus que les autres, mais un sursaut de participation général semble improbable. Notamment parce que les têtes de liste comme François Xavier Bellamy ou Jordan Bardella sont inconnus du grand public.

https://www.atlantico.fr/decryptage/3566525/cette-bombe-politique-qui-se-cache-dans-les-sondages-sur-la-remontee-de-lrem-et-l-essoufflement-des-gilets-jaunes-david-nguyen

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