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T.C.-57 : l’étrange démission

T.C.-57 : l’étrange démission

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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T.C.-57 : l’étrange démission

28 août 2018 – Je ne vais certainement pas mettre la France du président-en-cours au milieu de la folie tourbillonnante de notre étrange époque, d’ailleurs aucune entité cohérente ne mériterait un tel honneur qui est aussi un fardeau insupportable. D’ailleurs, la France n’est pas une “entité cohérente”… Alors, son ministre de “la transition écologique” (l’écologie “en marche” si vous voulez) annonce tout de même sa démission sans avertir personne, sinon le peuple de France à l’écoute de France-Inter, à 08H32 je crois.

Tout cela est un théâtre direz-vous, ou mieux sinon pire, du très-mauvais théâtre ; la démission, les conditions de la démission, les réactions à la démission, du convenu, du déjà-vu. D’une certaine façon, vous n’avez pas tort, car dans ce Système de tels jugements ne peuvent être faux. Cela dit, d’une certaine autre façon vous n’avez pas tout à fait raison, car il y bien autre chose que du théâtre.

Pourquoi n’a-t-il pas averti le président et le premier ministre ? Hulot explique qu’il n’a averti personne, même pas sa femme. Ah si : lui, il était au courant (“Ce fut une décision de moi avec moi”, dit-il à peu près). Il semble que ce soit une réunion, hier en fin d’après-midi, qui l’ait décidé, comme le buveur qui atteint la lie du calice et en goûte l’âpreté catastrophique : il rencontrait le président, et voilà qu’il se retrouve avec un monsieur participant à la rencontre, un lobbyiste des chasseurs, un nommé Thierry Coste. Alors, il demande au président, en aparté suppose-t-on, pourquoi monsieur Coste est là, et il aurait obtenu l’étrange réponse suivante de ce même président : « Je ne comprends pas comment il est entré ». S’il est parti, c’est qu’il ne supporte plus « la présence des lobbies dans les cercles du pouvoir ».

« C’est symptomatique de la présence des lobbies dans les cercles du pouvoir, dit encore Hulot. Il faut à un moment ou un autre poser ce problème sur la table parce que c’est un problème de démocratie : qui a le pouvoir, qui gouverne ? » C’est une intéressante question, bien qu’un esprit candide pourrait la juger étrange, venue d’un homme qui se trouvait à un poste de pouvoir. (Mais Hulot fait la remarque, peut-être étrange, qu’à la place de pouvoir qu’il occupait il n’avait aucun pouvoir.)

Hulot quitte ce gouvernement dans de si étranges conditions, parlant avec une grande émotion tandis que tout le monde vacille sous la surprise, et en précisant étrangement qu’il n’a rien à reprocher ni au premier ministre, ni au président, parce que le responsable c’est “le gouvernement” : « Le Premier ministre, le président de la République, ont été pendant ces 14 mois à mon égard d’une affection, d’une loyauté et d’une fidélité à toute épreuve. Mais malgré cela, le gouvernement n’a pas su donner la priorité aux enjeux environnementaux. »

Une ou deux heures après ce départ, finalement plus étrange que surprenant, “l’Élysée” fait savoir que Nicolas Hulot peut être « fier de son bilan », et qu’en 14 mois (le temps passé par Hulot à la tête de “l’écologie en marche”), « le bilan de ce gouvernement [donc de Hulot] en matière d’environnement est le meilleur depuis de nombreuses années ». Le premier ministre a dit qu’il remerciait Hulot pour son travail, qu’il avait été « important au sein de ce gouvernement » et que lui-même, Philippe comme il s’appelle, avait « aimé travailler avec lui [Hulot] »

Je fais un coq à l’âne… Hier soir, sans m’aviser du dilemme terrible quoiqu’étrange que Hulot tranchait avec lui-même à ce même moment, je regardais une émission documentaire de 2013 sur les conditions dans lesquelles on avait décidé, à Washington, l’attaque contre l’Irak après l’attaque du 11-septembre attribuée aux islamistes d’Al Qaïda. Un monsieur Robert Clarke, qui dirigeait alors la lutte contre-terroriste, assistait à la réunion secrète qui décida de l’attaque, avec tout le cabinet et le président. Il était stupéfait de cette idée parce que Saddam était l’archi-ennemi des islamistes, et il remarqua au milieu d’un étrange silence : attaquer l’Irak pour riposter au 11-septembre, « c’est comme si vous attaquiez le Mexique après Pearl Harbor ». L’étrange silence se poursuivit parce que personne ne releva cette remarque. Dix ans plus tard, pour le documentaire en question, monsieur Robert Clarke fait ce commentaire : « J’ai alors senti que je me trouvais dans le ventre de la Bête. »

Bien entendu, je ne fais aucun parallèle, nulle analogie, je m’en tiens au seul domaine du symbole dans cette époque si étrange qui a vraiment commencé avec l’attaque du 11-septembre… L’étrange, finalement, c’est que quelque mot que vous employiez, “le gouvernement”, “le pouvoir”, “la Bête”, c’est toujours la même circonstance que vous désignez. Cet effondrement des capacités humaines dans la direction des affaires, – que ce soit pour l’influence ou le jugement au profit des manigances et de l’impuissance, – relève d’un même phénomène qui nous emporte tous. Nous le savons bien, nous le sentons de toutes nos perceptions malgré la lutte désespéré d’une raison bien subvertie pour rationnaliser tous ces avatars sous forme de trahison, de complots, de découragement, de paralysie. C’est pour cette raison que nous parlons de “tourbillon crisique” et de Grande Crise de l’Effondrement, parce que notre civilisation ne peut plus rien pour elle-même, qu’elle s’est faite contre-civilisation pour mieux en finir, comme Hulot avec sa décision “de moi avec moi”.

http://www.dedefensa.org/article/tc-57-letrange-demission

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Société L’araméen, quand la langue de Jésus renaît dans le New Jersey

Société L’araméen, quand la langue de Jésus renaît dans le New Jersey

Fuyant le Moyen-Orient et installés aux États-Unis, les exilés syriaques apprennent à leurs descendants la langue araméenne, quasi disparue.

Un centre commercial, à un quart d’heure de Manhattan. Voilà bien le dernier endroit où je m’attendais à entendre parler la langue du Christ. Et pourtant, c’est là, dans le nord du New Jersey, que des chrétiens syriaques, chassés du Moyen-Orient par les violences et les persécutions, sont venus poser leurs valises il y a quelques décennies. Si Jacob Hanikhe voit son vœu exaucé, cela restera aussi l’un des rares endroits où l’araméen, langue ancienne que l’on retrouve tout au long du Talmud [un ouvrage fondamental du judaïsme rabbinique] et des Évangiles, est une langue vivante.

Les chrétiens syriaques, assyriens et chaldéens (le nom qu’ils se donnent peut varier mais la plupart reconnaissent appartenir au même groupe ethnique) sont originaires du Moyen-Orient au départ, où leurs dialectes araméens furent un temps dominants. Poussés à la diaspora par des conflits à la fois ethniques et religieux, les chrétiens syriaques du New Jersey, soit environ 2 000 familles, pour la plupart membres de l’Église orthodoxe syriaque, se sont dotés de structures propres, comme des écoles de langue ou des restaurants.

Je retrouve Jacob Hanikhe dans un marché aux bijoux grouillant, où l’on entend parler presque autant araméen qu’anglais, dans la ville de Paramus. Joaillier de métier, il est aussi le fondateur et le directeur de l’école araméenne Saint Gabriel de Haworth, un borough du comté de Bergen, dans le New Jersey. Le fond d’écran de son ordinateur est une photo d’Eavardo, son village natal, dans la région du Tur Abdin, dans l’est de la province de Mardin, en Turquie. Le Tur Abdin, étymologiquement “la montagne des serviteurs de Dieu”, est au cœur de la vie syriaque depuis des siècles. Mélancolique, le joaillier nous montre sa maison natale et l’église dans laquelle il a été baptisé.

Les chrétiens syriaques de Turquie, des souffre-douleur

Minorité religieuse visible dans un pays à majorité musulmane, les chrétiens syriaques de Turquie ont longtemps été des souffre-douleur. “Nos affaires tournaient nettement mieux, mais on n’avait aucun droit”, raconte Jacob Hanikhe. Selon un article publié dans la revue Ethnic and Racial Studies, la communauté chrétienne de Turquie a fondu, pour ne plus représenter que 0,1 % de la population, contre près d’un cinquième au début de la Première Guerre mondiale.

Les pires attaques perpétrées contre la communauté syriaque datent de la boucherie mécanisée que fut la Grande Guerre. À l’approche du conflit, l’Empire ottoman – qui englobait alors l’essentiel de ce qui est aujourd’hui le Moyen-Orient – a redoublé d’hostilité à l’égard des communautés arméniennes et syriaques situées sur son territoire. À l’effondrement de la dynastie, à la fin de la guerre, les troupes turques et les milices kurdes ont massacré près de 2 millions de civils chrétiens, dont plusieurs centaines de milliers de Syriaques.

Bien que plusieurs groupes kurdes se soient excusés pour le rôle joué par les Kurdes [dans les tueries], la loi turque interdit de qualifier de “génocide” “l’année de l’épée”, Shato d’Sayfo en araméen. Des familles et des villages ont d’ailleurs été rebaptisés pour effacer leur histoire. Le village d’Eavardo, par exemple, est appelé Gülgöze sur les cartes officielles. Si la langue araméenne attire, c’est en partie du fait de l’histoire du peuple syriaque, qui remonte à l’époque biblique, confie Melek Yildiz, diacre de l’église orthodoxe syriaque Mor Gabriel de Haworth.

Une langue internationale sous l’Empire perse

Langue sémitique au même titre que l’arabe et l’hébreu, l’araméen trouve son origine dans les villes-États des environs de Damas, près de mille ans avant Jésus-Christ. Son usage s’est propagé à travers le Croissant fertile (aujourd’hui la Syrie et l’Irak) sous l’Empire assyrien, jusqu’à devenir une langue internationale sous l’Empire perse et rester prédominante pendant une bonne partie de l’époque islamique.

Après que les successeurs d’Alexandre le Grand ont imposé le grec comme la langue des affaires et de l’administration dans le bassin méditerranéen, l’homme de la rue a continué à parler araméen dans la vie de tous les jours. Certains noms et passages des Évangiles – comme “Eloï, Eloï, lama sabachthani” (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Marc 15:34) – figurent tels quels, en araméen, dans le texte grec. Au Moyen-Orient, chrétiens, juifs et mandéens (disciples de Jean-Baptiste) se sont mis à parler des dialectes araméens distincts les uns des autres, et même les zoroastriens (les “mages”) se sont servis d’une écriture inspirée de l’araméen pour la langue perse.

Après la diffusion de l’islam et la montée en puissance du califat des Omeyyades, l’araméen s’est vu supplanter par son cousin arabe. Les nouveaux convertis à l’islam jugeaient à la fois politiquement et culturellement plus approprié d’adopter la langue du Coran, dont l’apprentissage ne pose guère de difficultés quand vous parlez déjà une autre langue sémitique. C’est ainsi que les dialectes syriaques de l’araméen sont devenus, jusqu’à nos jours, le symbole de l’identité chrétienne. Comme Jacob Hanikhe prend soin de me le rappeler, l’araméen est la “langue du Christ”.

Laissés libres de s’autogouverner – du moment qu’ils restaient subordonnés aux souverains musulmans –, les chrétiens de langue araméenne ont forgé des identités distinctes, syriaque, assyrienne ou chaldéenne. Pendant ce temps, bon nombre des textes grecs antiques recueillis par la “Maison de la sagesse”, l’équivalent médiéval, à Bagdad, de ce que serait une université de l’Ivy League [prestigieuses universités américaines], entraient dans la tradition littéraire arabe grâce aux traductions de moines de langue araméenne.

“On n’a pas d’État, on n’a que notre Église”

Certaines populations ont adopté la langue et l’identité arabes sans pour autant se convertir à l’islam (et quelques communautés de Syrie ont conservé l’araméen même après leur conversion à l’islam), mais pour les chrétiens syriaques, l’héritage araméen et la foi chrétienne sont indissociables. “Notre histoire est différente de toutes les autres [communautés du Moyen-Orient]. On n’a pas d’État, on n’a que notre Église”, observe Melek Yildiz. Ces liens entre la langue, l’origine ethnique et la religion syriaques leur ont valu d’être opprimés sur plusieurs fronts. Les fondamentalistes musulmans se sentaient menacés par la langue araméenne, associée à une religion extérieure à leur tradition, et les ultras turcs et arabes voyaient d’un mauvais œil les Églises de langue araméenne, expressions d’une identité ethnique à part.

C’est en Irak que l’hostilité fut la plus forte. À la répression d’État orchestrée par Saddam Hussein et son régime nationaliste panarabe ont succédé des violences religieuses aveugles après 2003, l’occupation américaine, mal gérée, ayant déclenché une guerre civile religieuse. Pendant que les milices chiites et sunnites s’écharpaient, la plupart des chrétiens, n’étant pas armés, étaient exposés aux enlèvements et aux meurtres perpétrés par des extrémistes religieux ou des gangs opportunistes. Quand ils ont proclamé la formation de l’État islamique en 2014, les salafistes ont dévasté la plaine de Ninive, le berceau historique des Syriaques en Irak, déplaçant des villages entiers et détruisant des églises séculaires.

Les archives officielles de l’archevêché syriaque de la région est des États-Unis révèlent qu’un diacre de Mossoul du nom de Micha Al-Nakkar “s’est sans doute installé à Boston ou dans les environs” dans les années 1840. De nombreux Syriaques lui ont emboîté le pas, dont des tisserands du Tur Abdin s’installant au Rhode Island pour travailler dans les soieries locales. Les archives de l’archevêché montrent que leurs enfants ont souvent fait des études de droit ou d’ingénieur.

Melek Yildiz précise que la communauté syriaque du New Jersey remonte au milieu du XIXe siècle et qu’elle a laissé sa marque. Taw Mim Semkath, une école assyrienne de Beyrouth, au Liban, refondée par des migrants du New Jersey, est ainsi “le plus vieil établissement syriaque orthodoxe encore en activité”, selon l’archevêché.

Naum Faiq, grande figure du monde littéraire néoaraméen et penseur nationaliste assyrien, est arrivé dans le New Jersey en 1912, où il a créé et alimenté plusieurs publications araméennes. L’une d’elles, appelée Huyodo, est toujours publiée par la diaspora en Suède sous le nom d’Hujådå. Cependant, beaucoup de Syriaques ont embrassé la foi d’un conjoint américain et la communauté syriaque a fondu comme neige au soleil, relève Melek Yildiz.

Akram Fouad Khater, de l’université de Caroline du Nord, évalue à environ 100 000 le nombre de sujets de l’Empire ottoman ayant émigré aux États-Unis entre 1889 et 1919. Une immense majorité d’entre eux étaient des chrétiens, dont bon nombre de Syriaques. Mais, coincés entre des nativistes hostiles et des bons samaritains paternalistes, les immigrants du Moyen-Orient ont souvent été contraints de troquer une culture jugée “peu civilisée” contre “les normes d’une classe moyenne majoritairement protestante, blanche et anglo-saxonne”.

La jeune génération est aussi celle qui a le plus soif d’apprendre

Aujourd’hui, la chain migration [à rapprocher de notre regroupement familial], qui permet à des familles entières d’obtenir un titre de séjour permanent, fait débat aux États-Unis. Pourtant, c’est ce type d’immigration qui a permis à des immigrés durs à la tâche comme Jacob Hanikhe et Melek Yildiz, de faire du New Jersey un haut lieu de la renaissance araméenne. Six mois seulement après l’ouverture de classes d’araméen, les cours de Melek Yildiz étaient pris d’assaut, et l’afflux de nouveaux arrivants a permis à la communauté de fonder plusieurs églises.

Tous les vendredis de l’année scolaire, quelque 500 enfants de la congrégation de Mor Gabriel consacrent quatre heures à l’apprentissage à la fois des dialectes syriaques et de l’araméen littéraire des textes sacrés (il existe également un dialecte assyrien, mais Jacob Hanikhe explique qu’il n’est pas très différent du syriaque). À quoi il faut ajouter les cours de catéchisme dominicaux, prodigués en araméen, et un camp d’été qui associe loisirs et enseignement religieux.

Jacob Hanikhe m’explique que la plupart des structures syriaques ne touchent aucune aide de l’État et que la revitalisation de la religion chrétienne syriaque dans le New Jersey a été autofinancée par la communauté. Le retour en force de l’araméen bénéficie également du soutien de Suroyo TV, une chaîne satellite qui diffuse des émissions en araméen dans le monde entier.

L’arrivée dans me New Jersey

Jacob Hanikhe, qui parle également anglais, turc, arabe et kurde, confie qu’il ne “déteste aucune langue” mais qu’il préfère l’araméen. Il regrette qu’il soit si difficile de toucher les jeunes Américano-Syriaques qui “tournent le dos à leur culture”, mais se réjouit de constater que la jeune génération est aussi celle qui a le plus soif d’apprendre.

Cet enthousiasme s’explique en partie par la longue histoire de cette langue, mais aussi par le fait que c’est une question de survie pour les Syriaques. Quand les générations précédentes se sont détournées de la culture araméenne au cours de leur processus d’intégration, il se trouvait encore des communautés syriaques prospères au Moyen-Orient : les atrocités à répétition du XXe siècle sont venues renforcer le rôle de la diaspora dans la préservation de leur culture.

Une vague d’immigrés syriaques en provenance de Palestine est arrivée dans le New Jersey après qu’Israël a pris la Cisjordanie et Gaza lors de la guerre des Six-Jours, en 1967, suivie par un nouvel exode de Syriaques pendant la guerre civile libanaise dans les années 1980. Melek Yildiz précise que ces Syriaques avaient déjà abandonné l’araméen au profit de l’arabe. Beaucoup d’immigrés originaires d’autres pays, comme la Turquie et l’Iran, ont également adopté les langues nationales de ces pays. Certaines familles n’ont pas parlé l’araméen pendant des générations, mais leur participation à la vie de la communauté syriaque américaine amène leurs enfants à revenir vers la langue de leurs ancêtres.

Pour autant, la tournure que prend la situation politique aux États-Unis plonge de nombreux Syriaques dans l’incertitude. Si Donald Trump s’est posé en protecteur des chrétiens du Moyen-Orient, il n’en a pas moins été élu grâce à une vague d’hostilité anti-immigrés, et les Syriaques ont compris que le discours nativiste [s’opposant à toute nouvelle immigration] du président américain ne les distinguait pas forcément des autres peuples du Moyen-Orient.

Cela dit, quelle que soit la politique migratoire des États-Unis, la communauté syriaque américaine n’est sans doute pas près de disparaître. Malgré les persécutions et les affres de l’immigration. “Si vous pensez que c’est facile, ça ne l’est pas, observe Jacob Hanikhe, mais on n’a pas le choix.”

Cet article a été publié dans sa version originale le 26/01/2018

Bioéthique : « Plus on prend le temps de débattre, plus l’opinion s’interroge »

Bioéthique : « Plus on prend le temps de débattre, plus l’opinion s’interroge »

XAVIER BRETON

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Député les Républicains de l’Ain et président de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur la bioéthique, Xavier Breton réagit aux initiatives de députés LREM visant à accélérer le calendrier concernant l’ouverture de la PMA à toutes les femmes.

Aleteia : Après Richard Ferrand au congrès de Versailles le 9 juillet et François de Rugy en début de semaine, c’est au tour du député LREM Guillaume Chiche d’annoncer le dépôt d’une proposition de loi ouvrant la PMA à toutes les femmes. Qu’en pensez-vous ?
Xavier Breton : C’est indéniablement une question de calendrier. Après les propos de Richard Ferrand devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles et ceux du président de l’Assemblée nationale François de Rugy, l’initiative de Guillaume Chiche est très provocatrice : elle renvoie l’image d’une majorité parlementaire impatiente cherchant à passer en force sur ce sujet. Nous avons en face des militants, des idéologues qui improvisent alors que ces débats devraient être menés avec sagesse. Cela contraste avec le gouvernement qui affiche une grande prudence sur ce sujet et se rend compte qu’on est loin du consensus. On ne bricole pas des propositions de loi pour respecter un pseudo calendrier médiatique ! Heureusement que le gouvernement a sifflé la fin de la récréation en réaffirmant que ce sujet était intégré dans le projet de loi bioéthique et qu’il sera examiné en 2019. Il y a tellement de sujet liés à la PMA qu’il aurait été impossible de le sortir.

Pourquoi une telle précipitation de la part de certains députés LREM ?
Ceux qui sont pour l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, et qui seront d’ailleurs pour la GPA, craignent de prendre le temps de débattre sur ces sujets ! Plus on prend le temps de débattre, plus l’opinion est amenée à s’interroger. Au début l’opinion y est favorable pour différentes raisons. Mais quand le débat prend corps et qu’il s’agit de creuser les arguments, on touche des sujets très sensibles tels que l’enfant. Et là, l’opinion évolue, elle bascule. Par exemple, aborder la PMA pour des couples de femmes sous l’angle technique va relativement peu poser de questions. Mais il suffit de dire que cela revient à une privation de père pour l’enfant à naître pour faire basculer l’opinion. Prendre le temps de débattre revient à prendre le risque que l’opinion publique s’interroge.

Quel est le rôle de la mission d’information sur la bioéthique dont vous êtes à l’initiative et que vous présidez et dont Jean-Louis Touraine (LREM) est le rapporteur ?
Cette mission d’information a pour objectif de préparer l’examen du projet de loi. Nous devons arriver à poser les questions ensemble, quitte à avoir des réponses différentes. À l’image de la société, nous avons des opinions différentes… et c’est une bonne chose ! Il y a des réalités sociales qui sont là et qu’il faut prendre en compte. Notre rôle est de ne pas rentrer dans la polémique ni de se renvoyer la balle mais de réfléchir ensemble aux problématiques que posent l’ensemble des sujets présents dans la révision des lois de bioéthique. Et il y en a ! Intelligence artificielle, dons d’organe, médecine prédictive… Pour y arriver nous allons privilégier les auditions individuelles. Nous commençons ce jeudi avec le Conseil d’État qui a rendu son rapport ainsi que l’agence de biomédecine qui a également publié son avis.

 

Bioéthique : « Plus on prend le temps de débattre, plus l’opinion s’interroge »

 

 

 

NATACHA POLONY ET LES HOMMES

NATACHA POLONY ET LES HOMMES

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Voila un plaidoyer superbe et courageux qui tranche avec tous les propos imbéciles, sirupeux, bien-pensants et convenus dont nous sommes régulièrement abreuvés. Il ne va pas plaire aux féministes, aux bobos, aux socialo-gauchistes, aux prétendus « insoumis », à « celles et ceux » qui se croient modernes en niant les simples lois naturelles, aux ayatollahs de l’égalitarisme stérile, qui se fourvoient dans la négation de la sexualité procréatrice, à ceux qui, méprisant la complémentarité naturelle de l’homme et de la femme, tentent d’y voir une forme nouvelle d’aliénation sociale et le mobile d’un nouveau combat de libération !
Merci Natacha, pour ce texte rafraîchissant, intelligent et plein de bon sens !

MLS


Ces lignes, messieurs, vous sont donc dédiées. Elles sont un hommage à tout ce que peut être un homme. Elles sont un hommage à la virilité, cette qualité tant décriée, et qui n’est rien d’autre que la confiance qu’un homme peut avoir dans son appartenance à son sexe. Une sorte de certitude rassurante car sereine. Et si rien n’est plus difficile à définir que cette appartenance, que chacun développe à son gré, elle est le miroir dans lequel les femmes se contemplent avec volupté. La virilité est une forme de confiance, de force tranquille ; ce qui signifie que l’époque actuelle, dans sa volonté de criminaliser toute résurgence du patriarcat honni, a rompu le charme et fait des hommes des êtres en doute perpétuel.

Pas question pour autant de regretter le temps où « être un homme » semblait avoir un sens immédiat qu’il n’était même pas nécessaire d’interroger. Car la notion n’était pas moins problématique. Elle relevait, non de la confiance, mais de l’injonction. Considérons l’actuelle remise en cause comme une occasion de dissiper le vieux malentendu : vous n’êtes pas, messieurs, d’affreuses brutes épaisses qu’il faut réprimer ou contrôler. La violence n’est pas une fatalité masculine. Et en vous construisant face aux femmes, vous apprendrez peut-être que votre grandeur est d’investir votre force et votre audace dans la défense et le respect de l’autre, de la femme ; et non dans la peur et le rejet, ou bien au contraire dans l’indifférenciation.

J’ai moi-même choisi, je le confesse, de vivre avec un spécimen en voie de disparition, un de ces authentiques machos que la modernité féministe voue aux gémonies et condamne aux oubliettes de l’histoire. Un être qui ne repasse pas ses chemises, qui paie l’addition au restaurant et propose de m’accompagner dès que je fais un pas dehors, de peur qu’il ne m’arrive quelque chose. Un être qui pique des colères noires et veut toujours avoir raison, et qui fait tout à ma place parce qu’il estime que, par principe, il le fait mieux que moi. Un homme, dans toute son horreur. Un homme, sensuel et râleur, si différent de ce que je peux être et si proche de ce en quoi je crois. Un homme dans le regard duquel je lis que je suis une femme.

Je l’avoue, j’aime l’altérité. J’aime cette différence essentielle qui fait que lui et moi sommes humains sans être semblables. J’aime ces jeux de domination qui nous font nous provoquer et nous affronter, chacun cédant tour à tour devant l’autre, chacun confrontant ce qu’il est à l’inconnu de l’autre. J’aime enfin découvrir à travers notre altérité ce qui nous unit et nous rend l’un à l’autre indispensables. Rien n’est plus destructeur du désir que l’abolition des frontières, le lissage minutieux des aspérités au nom de notre incapacité millénaire à penser la dualité.

Messieurs, ne soyez pas dupes des injonctions contradictoires des femmes. Elles vous parlent d’égalité, de partage des tâches, elles se veulent libres et indépendantes. Et c’est en effet ce dont elles ont besoin. Comme elles ont besoin de cette figure rassurante de l’homme protecteur, autoritaire, assumant ses devoirs et symbolisant la loi ; l’homme qu’on vous a sommés de ne plus être. Ne soyez pas dupes des discours ambiants qui vous intiment l’ordre de vous renier au nom du métissage du féminin et du masculin dont on veut vous faire croire qu’il constitue le stade ultime de l’humanité, comme la seule chance d’abolition des souffrances de tant de femmes.

Il n’est sans doute pas de pire ennui pour une femme que de se trouver face à cet homme insipide et morne qui a si bien appris sa leçon de féminisme et demande respectueusement l’autorisation pour tenter quelque trace de séduction , cet homme un peu ridicule qui use de crèmes antirides et d’autobronzant, cet homme pathétique qui n’éprouve pas le besoin de se lever pour une femme enceinte ou d’offrir sa veste à une belle en robe légère. Car quel geste plus beau que cet enveloppement tendre et puissant de celui qui dépose sur des épaules un peu de chaleur et de protection ?

Et j’adresse ces lignes à mon fils, aujourd’hui si petit, à peine sorti du statut de l’ange, comme un message d’amour et d’espoir. Puisse-t-il à son tour être fier d’être un homme. Un homme, c’est-à-dire un être imprégné des valeurs chevaleresques qui ont fondé la civilisation occidentale. Un homme, c’est-à-dire un être jouant à être le plus fort pour mieux servir, pour mieux protéger, car telle est la vraie grandeur (que les femmes devraient également cultiver), celle qui consiste à ne jamais abuser de son pouvoir. Un homme, sûr de ce qu’il veut être et se promenant dans les modèles anciens et les grandes figures. Même s’il garde à l’esprit que tout cela n’est qu’une fiction, et qu’il ne doit pas être prisonnier des codes mais se les approprier, pour mieux parfois les renverser.

Puisse-t-il apprendre à regarder les femmes dans leur complexité, leurs contradictions et leurs incertitudes. Puisse-t-il les aimer fières et fragiles, pudiques et passionnées, telles qu’elles seraient si notre triste époque ne leur enseignait l’infantile niaiserie qui les empoisonne, et que les bons génies du marketing tentent à tout prix d’inoculer aux hommes.

Natacha Polony

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La décadence occidentale – Le déclin économique

La décadence occidentale – Le déclin économique

La décadence occidentale – Le déclin économique

Par Ivan Blot, ENA, docteur ès sciences économiques, inspecteur général honoraire de l’administration ♦ Les lecteurs de Polémia connaissent bien Ivan Blot qui fournit régulièrement des textes éclairant, tant sur l’actualité que sur divers concepts philosophiques et historiques. C’est avec plaisir que nous partageons avec vous le dernier volet d’une série de quatre articles consacrée aux grands facteurs de la décadence occidentale.
Polémia


En étudiant les quatre causes du déclin occidental, nous avons traité de la cause finale (la vie spirituelle), de la cause formelle (le déclin politique), de la cause efficiente (le déclin culturel) et il reste à analyser la cause matérielle de la société, les bases que sont la famille et la propriété.

Il semble que l’économie occidentale se porte bien, mis à part la perspective effrayante d’un gigantesque endettement.

La famille en danger

Du côté humain, pourtant, quid de la famille qui est la cellule productrice et reproductrice à l’origine de tout ? Or, la famille, qui n’est ni purement instinctive ni purement rationnelle, est en crise grave. La vie de reproduction comporte quatre aspects :
– La vie sexuelle (base matérielle),
– La vie affective, l’amour, qui a chez l’être humain la place cardinale psychologiquement,
– La forme institutionnelle centrée autour du mariage,
– L’aspect spirituel.

Or, il y a crise dans tous ces domaines. La vie sexuelle se détraque et ne correspond plus à la finalité claire de la reproduction. Le mariage prend des formes dénuées de sens (mariage homosexuel) et décline en nombre. L’affectivité est détraquée. L’aspect religieux s’estompe. Au total, l’institution sélectionnée par les siècles tombe en décadence. L’humanité menace de disparaître.

La natalité s’en ressent. L’ambiance culturelle lui est hostile (idéologie individualiste « childfree », ce qui veut dire « libre d’enfants »), la liberté passe avant l’amour de la progéniture !
La religion et la patrie perdent leur valeur sacrificielle. L’individu se prend désormais pour un dieu ! Perversion la pire qui est celle de l’orgueil, selon le Christianisme notamment !
La culture de mort l’emporte sur la culture de la vie avec la promotion de l’avortement et de l’euthanasie !
Les valeurs économiques, revenus, vacances, l’emportent sur les valeurs familiales, plus communautaires.

A long terme, l’individu est de plus en plus isolé, matérialiste, égoïste, comme l’avait vu Dostoïevski. Le peuple ne se reproduit plus et est menacé de disparaitre sous l’invasion étrangère de ceux qui ne sont pas encore atteint de cette maladie mentale, le refus de prolonger sa lignée ! l’homme vit désormais dans l’instant, sans perspective historique, comme un animal.

L’effondrement à terme de l’économie ?

On dira que c’est parce que la priorité a été donnée à la seule économie. Mais, là aussi, le court terme l’emporte comme l’a bien vu l’économiste Hans Hermann Hoppe. Le profit financier l’emporte sur l’économie réelle à long terme comme le montre le philosophe de l’économie Jean Rémy. La monnaie n’est plus un signe qui facilite l’intégration sociale mais un bien comme un autre géré par des banques. La dimension nationale étatique qui assure une solidarité disparaît. Il n’y a plus de démocratie et les oligarques financiers règnent selon leurs propres lois.  Le centre de ce nouveau système de décision est dans le monde anglo-saxon mais certains pays, comme la Russie ou la Chine, tentent de réagir.

Quatre tendances menacent l’économie à terme :

1/ Les inégalités croissantes. Il y a les inégalités individuelles, souvent justifiées par le mérite, mais aussi les inégalités entre nations où la concurrence est loin d’être exercée dans des conditions correctes. Tout le monde sait que les Etats-Unis brutalisent leurs partenaires et exercent un impérialisme économique cynique. Mais la montée d’autres puissances (Chine, Russie entre autres) va rétablir les équilibres. Le malheur est le déclin européen et notamment français car nous négligeons des vertus morales essentielles dans le combat économique.

2/ Le poids des dépenses publiques qui réduit la compétitivité économique. C’est vrai notamment pour la France où des castes à privilèges se sont formées avec l’appui de la gauche. Les grands perdants sont les classes moyennes, ces classes périphériques (dites « moyennes » autrefois) que tout le monde néglige.

3/ L’urbanisation excessive se fait dans le désordre

4 / La primauté du court terme sur le long terme.

A plus long terme, on va vers des déséquilibres graves. La Russie montre le chemin d’une société plus saine qui honore la famille et qui s’efforce de redresser sa démographie. Il y a là des modèles à suivre. La Russie accomplit un redressement religieux, moral et patriotique qui devrait nous inspirer. La famille, la propriété privée et la patrie sont des cadres indispensables. Souhaitons que l’Occident en tienne compte avant qu’il ne soit trop tard !

Ivan Blot
12/07/2018

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : Domaine public, via PixaBay

Ivan Blot

Ivan Blot

Ivan Blot, ENA, docteur ès sciences économiques, inspecteur général honoraire de l’administration, ancien député du Pas-de-Calais et ancien député européen, auteur de nombreux ouvrages dont « La démocratie directe », « L’oligarchie au pouvoir », « La Russie de Poutine, « L’homme défiguré ». Il est membre de l’Académie catholique de France. Il est aussi membre du comité des experts de Rethinking Russia et du Club d’experts de Valdaï, proches de la présidence de la Fédération de Russie.

« L’homme qui tua Don Quichotte » : l’histoire folle du film maudit qui a presque tué Terry Gilliam

« L’homme qui tua Don Quichotte » : l’histoire folle du film maudit qui a presque tué Terry Gilliam

Tournages annulés, difficultés de financement, bataille judiciaire… Le cinéaste tente de produire son adaptation du roman de Cervantès depuis les années 1990. Samedi, le film va (enfin) être diffusé à Cannes et sortir en salle.

Le cinéaste Terry Gilliam et l\'acteur Jean Rochefort lors du premier tournage de \"L\'homme qui tua Don Quichotte\", en 2000.
Le cinéaste Terry Gilliam et l’acteur Jean Rochefort lors du premier tournage de « L’homme qui tua Don Quichotte », en 2000. (QUIXOTE FILMS / LOW KEY PRODUCTI)

« Tout ce qui pouvait foirer a foiré. » Lorsque Terry Gilliam lâche cette phrase sur le tournage de Don Quichotte en 2000 dans le désert espagnol, il pense avoir bu le calice jusqu’à la lie. Après avoir porté le projet pendant des années, il a vu son film virer au fiasco après quelques semaines de tournage catastrophiques. Mais le réalisateur américain n’a pas fini d’être tourmenté par l’œuvre de sa vie.

Pendant près de trente ans, le réalisateur de Las Vegas Parano et Brazil s’est battu pour faire ce film : après un premier tournage désastreux, de nombreux essais avortés faute de financements, L’homme qui tua Don Quichotte est enfin présenté, samedi 19 mai, en clôture du Festival de Cannes.

Le film sortira dans les salles obscures le même jour. Et jusqu’au dernier moment, sa diffusion en France est pourtant restée suspendue à une décision de justice. Vous avez dit maudit ?

« Je suis le meilleur réalisateur pour faire ce film »

L’ex-Monty Python commence à plancher sur le long-métrage en 1989. Il lit le roman de Cervantès et, dès lors, l’histoire de Alonso Quichano (le nom hidalgo de Don Quichotte) ne le lâche plus. Dès les années 1990, Terry Gilliam s’attelle à trouver de l’argent auprès des studios. Les acteurs Nigel Hawthorne et Danny DeVito sont pressentis pour incarner Don Quichotte et Sancho Panza. Mais les négociations n’aboutissent pas et Terry Gilliam s’engage sur un autre tournage. Le scénario, lui, est finalement confié à un autre réalisateur. « Ça m’a vraiment blessé d’avoir laissé filer ce projet. D’autant que je suis convaincu d’être le meilleur réalisateur sur Terre pour faire ce film », peste Terry Gilliam dans le magazine Neon en 1997.

L’histoire aurait été trop simple si elle s’était arrêtée là. Quelques années et trois films plus tard, Terry Gilliam revient à la charge. La voie est libre et aucune concurrence en vue car le projet qu’il avait perdu a été abandonné. Son adaptation du roman, coécrite avec Tony Grisoni, mêle l’œuvre de Cervantès et un roman de Mark Twain assez peu connu : Un Yankee du Connecticut à la cour du roi Arthur. Le budget du film s’élève à 32,1 millions d’euros, alors que Terry Gilliam en espérait 40. Une somme « très élevée pour un film produit en Europe », rappelle à l’époque René Cleitman, producteur français associé au projet. Côté casting, l’équipe a choisi l’acteur français Jean Rochefort pour combattre les moulins, accompagné de Johnny Depp et Vanessa Paradis.

Faire un film avec Terry, ce n’est pas facile, c’est tumultueux. C’est comme monter un poney à cru. Accroche-toi et tiens bon, parce que ça va être l’aventure de ta vie.Phil Patterson, premier assistant réalisateurdans « Lost in La Mancha »

Dès la période de pré-production, le tournage s’annonce compliqué. Terry Gilliam a vu les choses en grand, avec d’imposants décors qui rappellent les animations des films des Monty Python dont il était en charge à l’époque. Dans un grand hangar, des dizaines de marionnettistes s’entraînent à faire marcher en rythme une armée d’armures en polystyrène, censée illustrer l’un des délires de Don Quichotte.

Pendant ce temps, les producteurs s’affairent pour s’assurer que tous les acteurs seront bien là à temps. Entre l’emploi du temps de Johnny Depp et les négociations avec l’agent de Vanessa Paradis, ce n’est pas chose aisée. Malgré les soucis d’organisation, l’excitation de l’équipe est palpable, probablement parce que Terry Gilliam est habité par son film. « Don Quichotte, c’est lui », résume le premier assistant réalisateur, Phil Patterson, dans le documentaire Lost in La Mancha.

Jean Rochefort enchaîne les pépins de santé

Mais les nuages s’accumulent au-dessus de Terry Gilliam. Avant même le début du tournage, Jean Rochefort doit être rapatrié en France à la suite de problèmes de prostate. Un premier coup de tonnerre sans grandes conséquences, car l’acteur revient rapidement sur le plateau.

Pendant quelques instants, les galères des années précédentes semblent avoir disparu. Au premier jour du tournage, Jean Rochefort et Johnny Depp chevauchent leurs montures en échangeant leurs répliques. Dans le désert des Bardenas Reales – au nord de l’Espagne – qui leur sert de décor, ils semblent seuls au monde. A un (gros) détail près : la base militaire de l’Otan située à quelques kilomètres de là. Chaque séquence est régulièrement bousillée par le bruit des avions de chasse qui traversent le ciel.

On continue ? Jour 2 : à nouveau, l’équipe entend des bruits venant du ciel mais, cette fois, pas d’avions en vue. Seulement des nuages. Branle-bas de combat pour mettre le matériel à l’abri de la pluie. Les quelques tonnelles ne suffisent pas à protéger les caméras et autres équipements des coulées de boue. L’agitation et l’exhaltation causées par l’orage sont rapidement remplacées par la panique : quelle part des dégâts sera prise en charge par l’assurance ? Autre souci, impossible de reprendre le tournage avant plusieurs jours : le désert aride qui servait de décor s’est transformé en marécage.

Vous en voulez encore ? Jour 6 : Jean Rochefort a besoin d’aide pour monter sur son cheval et en descendre, à cause de douleurs dans le dos. Sur les images tournées par Louis Pepe et Keith Fulton pour leur documentaire sur le film, l’acteur semble souffrir mais continue à jouer sa scène avec Johnny Depp. Le directeur de la photographie, Nicola Pecorini, tente de détendre l’atmosphère : « Vous pensez qu’on va avoir de la neige la semaine prochaine ? » Quelques heures plus tard, Jean Rochefort embarque dans un avion en direction de la France pour consulter son médecin. Verdict : hernie discale. L’incertitude s’installe pendant plusieurs jours. Le film prend encore plus de retard.

Pendant deux semaines, le tournage est suspendu, car peu de scènes peuvent être filmées en l’absence du personnage principal. Bien que Terry Gilliam semble satisfait des quelques séquences tournées, l’ambiance est plus que morose. Les producteurs, eux, s’intéressent plus à ce qui pourra être couvert par l’assurance qu’au film à proprement parler.

On ne peut pas faire le film. Ou en tout cas, pas celui que tu avais en tête.Phil Patterson, premier assistant réalisateurdans « Lost in La Mancha »

La décision finit par tomber : le film est abandonné. « Il n’y a pas aujourd’hui de perspectives concrètes pour le reprendre. Ça viendra peut-être un jour (…) Aujourd’hui, les droits du film appartiennent à la compagnie d’assurances », raconte le producteur René Cleitman aux réalisateurs de Lost in La Mancha. « Le plus dur, résume Tony Grisoni, coauteur du scénario, ça a été de voir la réalité prendre le dessus sur Don Quichotte… »

La valse des acteurs

Il faudra bien cinq ans à Terry Gilliam pour se remettre de ce fiasco. En 2005, il remonte à cheval. Avant toute chose, il faut racheter les droits du film. Comme en 1989, Terry Gilliam lutte pour trouver des financements et des producteurs. Vient ensuite le bal des acteurs. A partir de 2005, le réalisateur de Brazil envisage de faire tourner Gérard Depardieu. Deux ans plus tard, il pense à Michael Palin, son ex-camarade de jeu des Monty Python, puis Robert Duvall, mais toujours avec Johnny Depp. Et puis finalement non : on garde Robert Duvall, mais on remplace Johnny Depp par Ewan McGregor.

Entre 2014 et 2017, Owen Wilson, Jack O’Connell (connu pour le rôle de James Cook dans la série Skins) et John Hurt rejoignent les autres acteurs de la liste. L’énumération s’arrête ici : Jonathan Pryce sera Don Quichotte et Adam Driver, son Sancho Panza. En 2016, enfin, Terry Gilliam a pu filmer L’homme qui tua Don Quichotte. Cette fois, pas d’inondation, pas de hernie discale… On croirait presque que la malédiction est terminée, que le sort est levé. Terry Gilliam aura son Don Quichotte. Enfin, presque…

La légende continue

Changement de décor. Les galères des plaines désertiques espagnoles de 2000 ont laissé place aux bureaux feutrés des avocats. C’est sous les plafonds du tribunal de grande instance de Paris que l’affaire se joue depuis mars 2017. D’un côté, Terry Gilliam souhaite faire résilier le contrat qui le liait au producteur Paulo Branco, de l’autre ce même Paulo Branco souhaite prouver qu’il est toujours producteur du film. Une bataille judiciaire qui pourrait même empêcher la sortie du film en salle.

En 2016, alors que le réalisateur britannique recherche des financements pour enfin donner vie au film qui l’obsède, il rencontre Paulo Branco. Quelques mois plus tard, en août 2016, leur collaboration prend brutalement fin. Entre les deux monstres du cinéma, les tensions sont multiples. Terry Gilliam met fin au contrat qui les lie : il reproche au producteur d’avoir voulu prendre le contrôle sur son film et de lui avoir imposé des conditions.

Pour Juan Branco, fils et avocat de Paulo Branco, Terry Gilliam a mis en place des obstacles, « jusqu’à pousser Paulo Branco à expliquer qu’on ne pourrait pas commencer le tournage à temps ». « A ce moment-là, il a considéré, contre toutes les règles de droit, que son contrat était résilié avec Paulo Branco », estime-t-il. Dans l’autre camp, les rôles sont inversés : « En 2016, Paulo Branco a posé un ultimatum en expliquant très simplement à Terry Gilliam que soit il se soumettait (…) à son exigence, soit le film n’existerait pas », pointe Benjamin Sarfati, l’avocat de Terry Gilliam, contacté par franceinfo.

Un climat de confiance est nécessaire à la réalisation d’un film. (…) On ne conçoit pas une œuvre sous la menace ou la contrainte.Benjamin Sarfatià franceinfo

Tout s’accélère lors de l’ouverture du Festival de Cannes. Paulo Branco et ses avocats tentent d’empêcher la diffusion du film, prévue pour la cérémonie de clôture. Le même jour, on apprend que Terry Gilliam a été victime d’un AVC le week-end précédent. Après avoir retenu son souffle toute la journée du 9 mai, la Croisette peut respirer : elle verra bien le film et la présence du réalisateur n’est pas compromise. Seulement, sa diffusion devra être précédée d’un message expliquant que « la projection du film L’homme qui tua Don Quichotte (…) ne préjuge en rien des droits revendiqués par (…) Monsieur Paulo Branco sur ce film à l’encontre de Monsieur Terry Gilliam et des producteurs mentionnés au générique ». Comprenez : ce n’est pas parce que vous avez le droit de diffuser le film que les affaires judiciaires sont réglées pour autant.

Dernier épisode en date : le Centre national du cinéma (CNC) a accordé au film son visa d’exploitation le 10 mai. Un sésame indispensable à la sortie du film en salle. A quatre jours de la sortie, Paulo Branco attaque le distributeur et le producteur français du film pour tenter d’entraver sa diffusion en France. Jusqu’au dernier moment, l’avenir du film ne tient qu’à un fil. Mais L’homme qui tua Don Quichotte sera bel et bien projeté dans les cinémas le 19 mai, a appris vendredi franceinfo auprès de l’avocat du réalisateur, Benjamin Sarfati.

Car la demande de suspension de Paulo Branco a été rejetée par le tribunal de grande instance de Paris saisi en urgence. Cet ultime rebondissement participe à la légende du long-métrage. Pour Benjamin Sarfati, « c’est à se demander si Monsieur Branco n’a pas pris cette légende au pied de lettre et se prend pour le bras armé de cette malédiction ». En tout état de cause, la fatalité qui semble poursuivre Terry Gilliam et L’homme qui tua Don Quichotte prendra fin samedi soir. Il appartient maintenant au public de décider de son destin.

https://www.francetvinfo.fr/choix/l-homme-qui-tua-don-quichotte-l-histoire-folle-du-film-maudit-qui-a-presque-tue-terry-gilliam_2753561.html#xtor=EPR-51-[cannes-l-histoire-folle-de-l-homme-qui-tua-don-quichotte-le-film-maudit-qui-a-presque-tue-terry-gilliam_2760371]-20180519-[bouton]

Pourquoi parle-t-on toujours « d’oligarques russes » et jamais « d’oligarques occidentaux » ?

Pourquoi parle-t-on toujours « d’oligarques russes » et jamais « d’oligarques occidentaux » ?


Par Jeff Cohen – Le 10 avril 2018 – Source Truthdig

Brian Roberts, PDG de Comcast.

Les infos télévisées peuvent être assez énervantes. Jour et nuit, j’entends les présentateurs sur CNN et MSNBC parlant sans cesse des plans de tel ou tel « oligarque russe ayant des liens avec le Kremlin ». J’ai entendu cette phrase un nombre incalculable de fois ces dernières semaines.

Et beaucoup d’autres que moi ont entendu l’expression « oligarque russe ». Merriam-Webster.com expliquait que «oligarque» était l’un de ses mots clés les plus recherchés, en date du 5 avril, «suite aux informations selon lesquelles Robert Mueller avait interrogé des hommes d’affaires russes auxquels ce descriptif s’applique ».

Mais il y a une phrase que je n’ai jamais entendue sortir de la bouche d’aucun des animateurs, prétendûment progressistes, de MSNBC : «Un oligarque américain ayant des liens avec Washington ».

Cet oubli est révélateur si l’on considère un fait indiscutable : les oligarques américains ont fait beaucoup plus pour miner la démocratie américaine que n’importe quel Russe.

Prenez, par exemple, Brian L. Roberts – qui correspond certainement à la définition d’oligarque prise dans le dictionnaire : « une personne faisant partie d’un petit groupe de personnes puissantes qui contrôlent un pays ou une industrie ». En tant que président et chef de la direction de Comcast, Roberts dirige la société que son père a fondée et détient plus d’un tiers des actions de cette société. Sa rémunération annuelle de 28,6 millions de dollars l’an dernier était inférieure à celle que quatorze autres oligarques américains − je veux dire PDG − ont « gagné ». Sa valeur nette est estimée à plus de 1,65 milliard de dollars.

Cet oligarque a-t-il des « liens avec Washington » ? Au cours d’une année récente, Comcast a consacré près de 19 millions de dollars au lobbying, en deuxième position après l’entreprise militaro-industrielle Northrop Grumman. L’an dernier, Comcast a dépensé plus de 15 millions de dollars. Et l’oligarque Roberts a été un acteur  de pouvoir de premier plan à Washington pendant des décennies, ayant porte ouverte chez tous les présidents − de la loi de déréglementation sur les télécommunications, loi anti-consommateurs votée en 1996, à l’effort actuel du président Trump pour mettre fin à la neutralité du réseau, au nom de Comcast et d’autres grands fournisseurs d’accès Internet.

La Loi sur les télécommunications − pro-conglomérats − de Clinton et l’assaut de Trump contre la neutralité du net ont tous deux miné la démocratie américaine. Aucun Russe n’y est pour quelque chose. (Vous avez peut-être entendu dire que le Sinclair Broadcast Group, qui travaille sur la propagande de Trump, possédera bientôt plus de 200 stations de télévision locales ; jusqu’à l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur les télécommunications, une entreprise ne pouvait légalement en posséder plus de 12.)

Vous devez l’accorder aux oligarques américains. Beaucoup gardent un certain pouvoir, quel que soit le parti qui dirige Washington. Ils ont une plus grande résistance que les oligarques russes qui, nous dit-on constamment, finissent morts ou en prison s’ils tombent en disgrâce avec le président Poutine.

Roberts a certainement le style de vie d’un oligarque. Il possède une datcha d’été − je veux dire une résidence secondaire − à Martha’s Vineyard où il ancre ses bateaux Sparkman & Stephens construits sur mesure et où il a accueilli le président Obama, y compris lors d’un cocktail de la liste A, organisé pour Obama, en août 2013. Et Roberts aurait construit un vaste manoir à North Palm Beach, non loin du Mar-a-lago de Trump.

Mais sa résidence principale est à Philadelphie. Obama a régulièrement séjourné dans les manoirs de Comcast. En 2013, lors d’une collecte de fonds du Parti démocrate à Philadelphie, chez le meilleur lobbyiste de Roberts, le président Obama déclarait : « Je suis venu ici tant de fois, la seule chose que je n’ai pas faite dans cette maison, c’est d’avoir un dîner Seder. » [repas rituel juif, NdT]

Alors que les oligarques russes sont souvent des chasseurs de gibier passionnés, Roberts est un golfeur fanatique. Obama a joué au golf avec lui « sur les gazons luxuriants du Vineyard Golf Club ».

Il y a une dernière chose que je dois ajouter au sujet de Roberts. En tant que PDG de Comcast, il est le patron ultime des animateurs prétendument progressistes de MSNBC. Ce qui peut aider à expliquer leur silence sur les oligarques américains, puisqu’il serait difficile d’aborder le sujet sans mentionner leur patron.

Je ne devrais pas cibler Roberts, ni les hôtes MSNBC qu’il emploie. Parce que le problème va bien au-delà de cet oligarque particulier et de cet organe d’information corporatif particulier.

Roberts n’est qu’un parmi des dizaines de puissants oligarques américains. Ils forment une « classe dirigeante » et dirigent un « État corporatif » − deux expressions de plus que l’on n’entend pratiquement jamais dans les médias américains. L’une des raisons pour lesquelles ces oligarques ont peu de couverture critique et aucun examen systémique est que, comme en Russie, les oligarques sont les propriétaires ou des clients importants des médias grand public.

Permettez-moi d’être clair, afin de ne pas exagérer : les animateurs de Fox News sont libres de ternir certains oligarques, surtout des démocrates, comme George Soros et les animateurs de MSNBC s’en prennent gaiement à certains oligarques, Républicains cette fois, comme les Mercers et les frères Koch.

Mais pour avoir une vision claire et complète du fonctionnement du système politique américain (c’est-à-dire de l’« oligarchie américaine »), j’ai une suggestion à vous faire : déconnectez-vous de MSNBC, CNN, Fox et d’autres sources d’information tenues par les grosses entreprises et tournez-vous plutôt vers des médias progressistes indépendants de qualité.

Si vous le faites, vous verrez que les problèmes qui affligent la démocratie et l’économie américaines sont certainement l’œuvre d’oligarques. Et ceux-là ne parlent pas russe.

Jeff Cohen

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-parle-t-on-toujours-doligarques-russes-et-jamais-doligarques-occidentaux

CSFRS et GeoStrategia « Repenser l’approche de la question sahélienne par la recherche »

CSFRS et GeoStrategia « Repenser l’approche de la question sahélienne par la recherche »

Par CSFRS, GEOSTRATEGIA, le 3 mai 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Le Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques (CSFRS) a pour objet le soutien, la coordination et l’ animation des efforts développés en matière de recherche et de formation stratégiques dans les domaines de la sécurité et de la défense de façon à permettre l’ élaboration et l’actualisation d’instruments de référence de niveau international. En cohérence avec la finalité et l’ensemble des actions menées par le CSFRS, Geostrategia est un site web collaboratif qui vise à soutenir la formation et la recherche stratégiques nationales et à contribuer à la l’émergence d’une communauté stratégique nationale.
Une production vidéo SAS Expertise géopolitique – Diploweb. Propos recueillis par Pierre Verluise. Images et son : Jérémie Rocques. Montage : Fabien Herbert. Résumé : Estelle Ménard.

Le CSFRS et GeoStrategia présentent « Repenser l’approche de la question sahélienne par la recherche », première session des Rendez-vous de la Réflexion Stratégique (Paris, École militaire, 11 avril 2018). Les Rendez-vous de la Réflexion Stratégique visent à valoriser la recherche soutenue par le CSFRS et à créer des synergies avec les partenaires de GeoStrategia.
Cette première session s’appuie sur divers articles et études mis en ligne sur Geostrategia (www.geostrategia.fr) et issus de la Revue Défense Nationale, de l’European Council on Foreign Relations, des Cahiers de l’Orient et du CSFRS.

Par ordre d’apparition, les intervenants :

Olivier Caron, directeur général du CSFRS.
Jean-Marc Châtaignier, Ambassadeur « Envoyé spécial pour le Sahel »
Serge Michailof, Chercheur, enseignant associé à Sciences Po Paris
Thierry Hommel, Économiste, enseignant associé à l’École des ponts et chaussées
Andrew Lebovich, Chercheur associé à l’European Council on Foreign Relations
Salim Chena, Chercheur, enseignant associé à Sciences Po Bordeaux.
Yvan Guichaoua, Chercheur et enseignant à la Brussels School of International Studies.
Anne De Luca, Chercheure associée au centre Thucydide.

Résumé

La question sahélienne est complexe, et le paysage stratégique associé englobe tant le Sahara que ses deux rives : l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. Les sept intervenants en abordent les différents aspects interdépendants : sécurité, gouvernance, développement.

La crise de l’espace sahélien dépasse donc le Mali, même si ce problème malien est majeur et déborde sur le Niger et le Burkina. Par ailleurs, le Nord-Nigéria, le sud-est du Niger et le sud du Tchad constituent un deuxième foyer de tension majeure, avec le phénomène Boko Haram.

Le Sahel est une zone fragile sur les plans environnemental, politique, démographique. Le rôle de la communauté internationale ne consiste pas à donner des leçons, à exporter des « recettes », mais à proposer un véritable support à une politique définie par les Sahéliens eux-mêmes. D’où l’accent porté sur l’importance du dialogue avec les partenaires locaux, sur la compréhension de leurs besoins comme de leurs aspirations.

Au Mali, les difficultés du gouvernement et les attaques successives contre les troupes régulières soulignent la difficulté stratégique à laquelle nous faisons face. Les élections de juillet 2018 offrent une opportunité pour construire un appareil d’État capable de rétablir l’ordre dans le pays, ce que les forces françaises et onusiennes ne peuvent faire seules. Les organisations non-gouvernementales (ONG) ne peuvent également pas à elles seules ramener le Mali sur la voie du développement. L’urgence est donc au rétablissement de l’appareil régalien. Pourtant, malgré leurs discours sur l’importance du développement pour la sécurité et inversement, les ONG jugent trop délicat et politiquement sensible d’intervenir dans ce sens. Or, il faut améliorer les conditions de vie pour ramener la paix dans les villages. Il faut donc pouvoir coordonner l’aide internationale de façon plus efficace. Dans le cas contraire, cette aide risque d’accroitre la désorganisation et la dégradation économique du territoire, nonobstant la perte financière. Ainsi, tant qu’il y aura un vide étatique, l’impact des interventions dans ces régions enclavées sera toujours limité par les difficultés des populations à accéder à certains services essentiels comme l’éducation, la santé, l’énergie.

Certaines représentations faussent la compréhension de la crise sahélienne. L’Algérie est ainsi plus active qu’on ne le pense. Même si son histoire et sa Constitution l’empêchent d’intervenir en dehors de ses frontières, elle coopère avec des partenaires, régionaux, européens et américains. Par ailleurs, les causes sociologiques et politiques sont essentielles pour comprendre les raisons qui poussent aux révoltes armées au Sahel. La croissance du djihadisme n’est-elle pas liée à un désengagement de l’État ? S’il existe une volonté de transformer un système politique en accord avec des références religieuses, il faut impérativement prendre en compte la dimension locale. Le djihadisme prospère en effet sur des territoires fragmentés, au sein de communautés ayant des comptes à régler avec l’État. Il faut également être attentif aux interférences externes de la France et de l’ONU et aux risques qu’elles portent sur la cohésion sociale et politique au Sahel. Enfin, il faut se défier des idées reçues sur la dimension religieuse et sur les textes (Coran…) associés, auxquels on prête beaucoup de significations plus ou moins erronées. Il est nécessaire d’apporter des réponses argumentées et construites aux interrogations légitimes des opinions publiques, via une meilleure connaissance de ces textes.

Plus : le site du CSFR https://www.csfrs.fr/ et GeoStrategia https://www.geostrategia.fr

Une production vidéo SAS Expertise géopolitique – Diploweb. Propos recueillis par Pierre Verluise. Images et son : Jérémie Rocques. Montage : Fabien Herbert. Résumé : Estelle Ménard.

https://www.diploweb.com/CSFRS-et-GeoStrategia-Repenser-l-approche-de-la-question-sahelienne-par-la-recherche.html

[NOUVEL ORDRE MONDIAL]Toujours plus violents, toujours plus nombreux : qui sont les Black Blocs ?Eric Verhaeghe, essayiste et président de Tripalio, analyse pour RT France la violence des groupes d’ultra-gauche et l’action du gouvernement face à ce phénomène qui tend à s’élargir et à se radicaliser (video media fr)

[NOUVEL ORDRE MONDIAL]Toujours plus violents, toujours plus nombreux : qui sont les Black Blocs ?Eric Verhaeghe, essayiste et président de Tripalio, analyse pour RT France la violence des groupes d’ultra-gauche et l’action du gouvernement face à ce phénomène qui tend à s’élargir et à se radicaliser (video media fr)

Publié le par 2012nouvelmorguemondial

Eric Verhaeghe, essayiste et président de Tripalio, analyse pour RT France la violence des groupes d’ultra-gauche et l’action du gouvernement face à ce phénomène qui tend à s’élargir et à se radicaliser. 

Invité sur le plateau du JT de RT France le 1er mai pour rendre compte des événements violents survenus en marge du traditionnel rassemblement du Premier mai, l’essayiste Eric Verhaeghe a décrypté la stratégie des «Black Blocs», ces groupuscules violents d’extrême-gauche, ainsi que celle du gouvernement. 

carte jeu illuminati 1995,plan nouvel ordre mondial

Valeur stratégique du français militaire

Valeur stratégique du français militaire

Le président vient de prononcer un discours sur la francophonie : est-ce le cas aussi dans la langue militaire ? Ce ptit article pour évoquer ce que La Vigie en pense… JDOK

Source

Comme beaucoup je m’interroge sur le fait que la valorisation de l’excellence française passe désormais systématiquement par la langue anglaise ; le lancement récent de l’opération Choose France pour annoncer que France is back, au-delà de l’effet mondain, me semble signifier un manque de confiance dans la France et dans la valeur universelle de sa langue. (lire la suite : cliquez ci-dessous)

Déjà dans une chronique d’avril 2013 intitulée « souveraineté et dépendances », j’évoquais le monde fluide et effervescent dans lequel nous devions défendre nos intérêts, valoriser nos atouts et assumer nos responsabilités, pour reprendre la litanie classique. Je m’inquiétais de notre capacité de manœuvre. Plus avant en 2008 aussi, je disais ma réticence d’un enrôlement atlantique dans un mouvement stratégique servant une vision du monde élaborée hors d’Europe. Je récusais l’antienne admise sans inventaire qui postule que « les engagements militaires de la France dans l’Otan et dans l’UE sont complémentaires », pensant et pensant toujours qu’ils sont peu compatibles. Ailleurs, j’exprimais mon scepticisme face à un embrigadement du monde occidental dans une posture défensive face à la mondialisation et réclamais le droit de défendre une vision européocentrée autonome et ambitieuse.

Aujourd’hui, c’est notre langue que je voudrais célébrer car elle est bien malmenée voire délaissée. Le sujet est sensible et j’ai bien conscience que l’aborder ici va hérisser toute la génération opérationnelle française qui combat en anglais, via des écrans et des procédures. Sans compter l’agacement de ceux qui y ont renoncé au nom de l’efficacité informationnelle. J’entends cela mais voudrais tenter de parler d’autre chose que de procédures et d’échanges. Je voudrais parler d’autonomie intellectuelle et de désalignement.

La langue française fait partie du paquetage militaire

Je veux appeler l’attention sur l’instrument de souveraineté irremplaçable que constitue notre langue qui, à l’instar d’une industrie d’armement qu’on a beaucoup défendue, constitue l’un des vecteurs éprouvés de notre autorité, un support essentiel de notre efficacité et un moyen nécessaire de notre créativité conceptuelle et tactique. Nous sommes beaucoup plus que l’un des alliés, certes valeureux, d’un Occident aujourd’hui relativisé ou l’un des fondateurs, certes inspiré, d’une construction européenne immergée dans la mondialisation ou d’une alliance atlantique moins que jamais nécessaire. Nous sommes d’abord les héritiers d’une pensée illustre qui a su faire la guerre dans tout le spectre de ses développements les plus variés : pensée et action sont les deux faces du métier militaire français.

Je sais que le front linguistique est général et l’impudence des « abandonnistes » généralisée. On ne traduit même plus les titres des films anglo-américains qu’on nous vend. Ne parlons pas de l’enseignement universitaire des savoirs qui se pratique désormais couramment en langue anglaise, en France même. Contentons-nous d’examiner l’usage que fait du français la communauté de défense de notre pays. Il y a à dire. Car nous abandonnons tous les jours l’usage du français dans la réflexion et l’expression militaires. Celui qui reçoit et lit des centaines de textes venant de nos experts de défense peut mesurer la dérivée du phénomène d’anglicisation accélérée de la pensée militaire française.

La pente est forte, très forte ; elle affecte toute la formulation militaire, syntaxe, vocabulaire et acronymes, tout y passe, avec entrain, dans un grand bradage consensuel.

Or l’enjeu du français militaire est d’importance ; il s’agit d’un état d’esprit opérationnel et d’une capacité de production doctrinale et stratégique portée par une conception de l’histoire, de la géographie, de la morale, de l’éthique militaire, du sens de l’efficacité aussi. Il s’agit également d’une forme de loyauté maintenue envers nos vaillants cousins du Québec et de ceux que nous avons formés à l’état militaire, notamment en Afrique et dans le Golfe arabo-persique. Cet héritage glorieux affermi au feu de combats séculaires permet de tirer le meilleur parti de la vertu militaire française propre, une audace et une résolution sereines tempérées par une méthodologie de l’action éprouvée.

Trois facteurs se conjuguent aujourd’hui pour évincer le français de la langue militaire.

La communauté atlantique est une communauté qui parle et pense anglais.

Comme c’était hélas prévisible, la réintégration pleine et entière de la France dans l’Otan militaire à partir de 2009, loin de renforcer la pratique de la langue française dans l’Alliance et la structure militaire intégrée de l’Otan, comme on avait pu le projeter naïvement, a eu bien au contraire l’effet pervers de généraliser l’exercice de la langue anglaise au sein même des forces armées françaises. Constatons-le : l’Otan parle moins le français que lorsque nous étions dans notre position particulière, sans commandement stratégique ni Flag officers ! Elle y renonce même, n’ayant plus la nécessité de tenir compte de notre singularité préservée jusque là.

C’est vrai que les valeureuses opérations de la Fias en Afghanistan sous conduite américaine en ont créé la nécessité tactique. Désormais les forces armées françaises, éprouvées au feu de l’action afghane, s’expriment en anglais opérationnel, au quotidien, de façon indirecte par habitude ou vanité, ou de façon directe par effort collectif puisque l’avancement interne est aujourd’hui conditionné à l’aisance dans l’exercice de l’anglais militaire. Nul besoin de dire que la plupart des militaires français s’est prêtée au jeu avec délice, ravie de sortir de son isolement supposé et pas peu fière de rivaliser linguistiquement avec les autres alliés dans la langue du maître militaire[1]. Cela a valu principalement pour la gent kakie, qui enviait depuis longtemps les connivences procédurales et tactiques de ses homologues bleu ciel et bleu marine avec leurs compagnons de jeu tactiques de l’Otan. Avec l’Afghanistan, elle s’est rattrapée et est revenue au niveau linguistique de ses congénères. Il est loin le Foch, généralissime interallié, qui s’adressait en français à des millions de soldats.

Plus grave que ce phénomène de rattrapage inévitable et salutaire est l’abandon de la production doctrinale en langue française par abonnement méthodique au catalogue de l’Otan dont la source est presqu’exclusivement américaine. En effet la considérable production doctrinale des forces armées américaines et des structures qui gravitent autour, de Tradoc au Net Assesment et à la Rand Corp, influence directement la capacité de réflexion de l’Otan, sommée de transposer dans ses structures intégrées la plupart des concepts et procédures développés pour les forces américaines. C’est cela l’interopérabilité doctrinale. Et la France mobilise désormais ses forces pour traduire et adapter dans sa propre bibliothèque doctrinale l’avalanche conceptuelle qui lui vient de Bruxelles, Mons et Norfolk. Elle essaye de conserver le peu de recul qui lui reste, pour rédiger un codicille d’application nationale des concepts otaniens. C’est que nous sommes malheureusement rentrés dans l’Otan militaire sans projet doctrinal affiché, sans portefeuille national suffisant de savoirs, de leçons et de concepts pour défendre notre vision du combat, notre expérience des rapports de force militaires et notre connaissance du terrain. Nos alliés anglo-américains en ont d’ailleurs été assez surpris et même déçus.

Notre compétence militaire avérée ne relevait donc pas de ce secteur très compétitif de la planification et de la logistique opérationnelles dans lequel Anglais et Américains excellent depuis toujours. Elle était plutôt à rechercher dans la réactivité de la décision politico-militaire et l’initiative tactique de terrain, des domaines peu transposables pour les multilatéraliser et trop français pour être généralisés.

Il n’est d’ailleurs pas sûr que les capacités militaires françaises soient si facilement valorisables dans l’Otan ! C’est sans doute pour cela qu’elles s’y banalisent en rivalisant de conformité aux standards de cette organisation, qu’elles s’y normalisent en renonçant de facto à leurs traits habituels. Rarement les forces françaises auront été aussi à l’aise que lors de l’opération Serval au Mali ; elles y opéraient seules et en français avec leurs frères africains.

Cela ne vaut pas que pour l’Otan, naturellement. Ce qu’on continue d’appeler imprudemment la défense européenne ne fait pas mieux et le français, pourtant l’une des deux langues de la PSDC, que ses experts ne pratiquent plus et que l’on exige plus vraiment pour servir dans ses instances s’évanouit. Le très parisien Institut d’études de sécurité de l’Union européenne, hérité de l’UEO, avait déjà renoncé à l’équilibre pourtant politiquement et diplomatiquement accepté jusqu’ici entre les deux langues de la Pesc. Nul ne s’en était vraiment affecté. La FRS a généralisé cette pratique et l’Irsem lui emboîte le pas.

Une dernière notation qui concerne un nouveau front linguistique qui a lâché, il y a déjà quelque temps, celui de la géographie et de la prononciation. Fin de l’Iraq, de Tobrouk, d’Istamboul qui cèdent la place à l’Irak, Tobruk, Istanbul … Fin de l’Afrique du Nord et arrivée du globalisant MENA. La phonétique anglaise a remplacé la phonétique française dans l’orthographe, Uzbeen et non plus Uzbin, al Jezeera et non plus Al Djezira … Fin des noms d’opérations en français et des références culturelles françaises dans les choix faits pour les actions militaires, les entrainements bilatéraux ou multilatéraux dans lesquels la France est engagée, et cela même quand elle en exerce le commandement et la direction.

Le français militaire n’a pas su passer l’épreuve de l’usage opérationnel multilatéral.

Planification de défense, technologie et industrie de défense vivent en anglais.

Passons plus vite sur d’autres dimensions de la souveraineté de défense ; on les connait bien : il s’agit du partage capacitaire, du développement industriel de l’armement et de l’exigence technologique. Espaces naturellement duaux car ils servent à la fois à alimenter les arsenaux nationaux et à exporter nos produits sur le marché international. Le français scientifique et commercial n’a pas tenu le choc de la mondialisation et a cédé le pas devant la langue universelle des affaires, de la science et de la technique. Pour s’en convaincre, écoutez les explications des techniciens de la détonique, de la balistique ou de l’avionique ou celles des cybernéticiens de la guerre de l’information. La compétition et la coopération dans ces domaines se fondent sur un vocabulaire et des concepts souvent étrangers à nos racines culturelles, à nos expériences opérationnelles et au droit des conflits armés. On le voit avec la mise au point d’outils militaires permettant hier les destructions « massives » et aujourd’hui les « assassinats ciblés », les frappes sans dommages collatéraux et les ciblages sélectifs.

Aux temps de la guerre froide, où la course aux armements pour la recherche de la supériorité stratégique formait l’essentiel de la dynamique de la planification de défense et de la recherche technologique, la conceptualisation de l’affrontement relevait directement de l’art de la guerre, de ses règles et de ses principes, qui étaient essentiellement d’origine européenne, et qui s’affichaient en allemand et en français.

Aujourd’hui, après la « révolution dans les affaires militaires », la recherche d’invulnérabilité par les boucliers technologiques renvoie à une autre culture, celle du rêve techniciste et commerçant qui octroie la supériorité au plus inventif, au plus débridé, au plus inspiré. C’est une dynamique du primat du fonctionnalisme d’origine anglo-américaine, dans laquelle le génie français n’a que peu d’espace pour se déployer.

Le français n’est pas ou plus le véhicule de l’excellence scientifique, économique et technique ; la mondialisation dans ces domaines aussi parle anglais.

Les nouveaux théâtres de friction se conçoivent en anglais.

Langue du terroir et du droit, le français tire une partie de ses racines d’un brassage ancien dont Braudel a exploré les richesses. C’est en réalité une langue du patrimoine qui a érigé en principes des expériences politiques et sociales rapportées à des religions et des philosophies. A cet égard, elle tire, comme la langue allemande, de ses racines celtes, germaines, latines et grecques toute une grammaire stratégique et juridique liée au continent européen et à ses abords maritimes qui a établit des règles, des modèles et des hiérarchies à la base d’un humanisme que les Lumières ont transcendé et qui est partagé de l’Atlantique à l’Oural.

Langue des échanges et des compétitions complexes, l’anglais s’est facilement adapté aux évolutions commerciales, démographiques et scientifiques de la planète pour se généraliser comme vecteur universel des temps modernes. C’est dans cette langue que les experts des espaces fluides coopèrent et se confrontent, qu’il s’agisse des logisticiens de l’Offshore ou du Shipping ou des informaticiens du Cloud ou de la City. Et ce sont les bonnes pratiques des common law qui régulent ces domaines où la compétition mondiale a remplacé les combats territoriaux d’hier dans des frictions dont la dimension militaire s’estompe mais dont les enjeux, stratégiques s’il en est, sont d’abord le contrôle par quelques uns des espaces communs, les common goods, patrimoine commun mais disputé d’une humanité globalisée.

Fondée sur de bonnes pratiques plutôt que de bons principes, la conflictualité moderne se développe aussi en anglais.

Sauvegarder le français militaire, c’est avant tout défendre une vision et une expérience du monde, une aptitude et un savoir opérationnels qui nous sont propres.

A nous de vouloir le maintenir là il est essentiel à notre sécurité et à notre identité.

JDOK

[1] Nos ancêtres stratégiques André Beaufre, Marcel Duval Pierre Gallois et Lucien Poirier parfaitement bilingues pensaient et s’exprimaient en français tout comme en son temps Georges Clémenceau.

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Revue de presse nationale et internationale.

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