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« L’homme qui tua Don Quichotte » : l’histoire folle du film maudit qui a presque tué Terry Gilliam

« L’homme qui tua Don Quichotte » : l’histoire folle du film maudit qui a presque tué Terry Gilliam

Tournages annulés, difficultés de financement, bataille judiciaire… Le cinéaste tente de produire son adaptation du roman de Cervantès depuis les années 1990. Samedi, le film va (enfin) être diffusé à Cannes et sortir en salle.

Le cinéaste Terry Gilliam et l\'acteur Jean Rochefort lors du premier tournage de \"L\'homme qui tua Don Quichotte\", en 2000.
Le cinéaste Terry Gilliam et l’acteur Jean Rochefort lors du premier tournage de « L’homme qui tua Don Quichotte », en 2000. (QUIXOTE FILMS / LOW KEY PRODUCTI)

« Tout ce qui pouvait foirer a foiré. » Lorsque Terry Gilliam lâche cette phrase sur le tournage de Don Quichotte en 2000 dans le désert espagnol, il pense avoir bu le calice jusqu’à la lie. Après avoir porté le projet pendant des années, il a vu son film virer au fiasco après quelques semaines de tournage catastrophiques. Mais le réalisateur américain n’a pas fini d’être tourmenté par l’œuvre de sa vie.

Pendant près de trente ans, le réalisateur de Las Vegas Parano et Brazil s’est battu pour faire ce film : après un premier tournage désastreux, de nombreux essais avortés faute de financements, L’homme qui tua Don Quichotte est enfin présenté, samedi 19 mai, en clôture du Festival de Cannes.

Le film sortira dans les salles obscures le même jour. Et jusqu’au dernier moment, sa diffusion en France est pourtant restée suspendue à une décision de justice. Vous avez dit maudit ?

« Je suis le meilleur réalisateur pour faire ce film »

L’ex-Monty Python commence à plancher sur le long-métrage en 1989. Il lit le roman de Cervantès et, dès lors, l’histoire de Alonso Quichano (le nom hidalgo de Don Quichotte) ne le lâche plus. Dès les années 1990, Terry Gilliam s’attelle à trouver de l’argent auprès des studios. Les acteurs Nigel Hawthorne et Danny DeVito sont pressentis pour incarner Don Quichotte et Sancho Panza. Mais les négociations n’aboutissent pas et Terry Gilliam s’engage sur un autre tournage. Le scénario, lui, est finalement confié à un autre réalisateur. « Ça m’a vraiment blessé d’avoir laissé filer ce projet. D’autant que je suis convaincu d’être le meilleur réalisateur sur Terre pour faire ce film », peste Terry Gilliam dans le magazine Neon en 1997.

L’histoire aurait été trop simple si elle s’était arrêtée là. Quelques années et trois films plus tard, Terry Gilliam revient à la charge. La voie est libre et aucune concurrence en vue car le projet qu’il avait perdu a été abandonné. Son adaptation du roman, coécrite avec Tony Grisoni, mêle l’œuvre de Cervantès et un roman de Mark Twain assez peu connu : Un Yankee du Connecticut à la cour du roi Arthur. Le budget du film s’élève à 32,1 millions d’euros, alors que Terry Gilliam en espérait 40. Une somme « très élevée pour un film produit en Europe », rappelle à l’époque René Cleitman, producteur français associé au projet. Côté casting, l’équipe a choisi l’acteur français Jean Rochefort pour combattre les moulins, accompagné de Johnny Depp et Vanessa Paradis.

Faire un film avec Terry, ce n’est pas facile, c’est tumultueux. C’est comme monter un poney à cru. Accroche-toi et tiens bon, parce que ça va être l’aventure de ta vie.Phil Patterson, premier assistant réalisateurdans « Lost in La Mancha »

Dès la période de pré-production, le tournage s’annonce compliqué. Terry Gilliam a vu les choses en grand, avec d’imposants décors qui rappellent les animations des films des Monty Python dont il était en charge à l’époque. Dans un grand hangar, des dizaines de marionnettistes s’entraînent à faire marcher en rythme une armée d’armures en polystyrène, censée illustrer l’un des délires de Don Quichotte.

Pendant ce temps, les producteurs s’affairent pour s’assurer que tous les acteurs seront bien là à temps. Entre l’emploi du temps de Johnny Depp et les négociations avec l’agent de Vanessa Paradis, ce n’est pas chose aisée. Malgré les soucis d’organisation, l’excitation de l’équipe est palpable, probablement parce que Terry Gilliam est habité par son film. « Don Quichotte, c’est lui », résume le premier assistant réalisateur, Phil Patterson, dans le documentaire Lost in La Mancha.

Jean Rochefort enchaîne les pépins de santé

Mais les nuages s’accumulent au-dessus de Terry Gilliam. Avant même le début du tournage, Jean Rochefort doit être rapatrié en France à la suite de problèmes de prostate. Un premier coup de tonnerre sans grandes conséquences, car l’acteur revient rapidement sur le plateau.

Pendant quelques instants, les galères des années précédentes semblent avoir disparu. Au premier jour du tournage, Jean Rochefort et Johnny Depp chevauchent leurs montures en échangeant leurs répliques. Dans le désert des Bardenas Reales – au nord de l’Espagne – qui leur sert de décor, ils semblent seuls au monde. A un (gros) détail près : la base militaire de l’Otan située à quelques kilomètres de là. Chaque séquence est régulièrement bousillée par le bruit des avions de chasse qui traversent le ciel.

On continue ? Jour 2 : à nouveau, l’équipe entend des bruits venant du ciel mais, cette fois, pas d’avions en vue. Seulement des nuages. Branle-bas de combat pour mettre le matériel à l’abri de la pluie. Les quelques tonnelles ne suffisent pas à protéger les caméras et autres équipements des coulées de boue. L’agitation et l’exhaltation causées par l’orage sont rapidement remplacées par la panique : quelle part des dégâts sera prise en charge par l’assurance ? Autre souci, impossible de reprendre le tournage avant plusieurs jours : le désert aride qui servait de décor s’est transformé en marécage.

Vous en voulez encore ? Jour 6 : Jean Rochefort a besoin d’aide pour monter sur son cheval et en descendre, à cause de douleurs dans le dos. Sur les images tournées par Louis Pepe et Keith Fulton pour leur documentaire sur le film, l’acteur semble souffrir mais continue à jouer sa scène avec Johnny Depp. Le directeur de la photographie, Nicola Pecorini, tente de détendre l’atmosphère : « Vous pensez qu’on va avoir de la neige la semaine prochaine ? » Quelques heures plus tard, Jean Rochefort embarque dans un avion en direction de la France pour consulter son médecin. Verdict : hernie discale. L’incertitude s’installe pendant plusieurs jours. Le film prend encore plus de retard.

Pendant deux semaines, le tournage est suspendu, car peu de scènes peuvent être filmées en l’absence du personnage principal. Bien que Terry Gilliam semble satisfait des quelques séquences tournées, l’ambiance est plus que morose. Les producteurs, eux, s’intéressent plus à ce qui pourra être couvert par l’assurance qu’au film à proprement parler.

On ne peut pas faire le film. Ou en tout cas, pas celui que tu avais en tête.Phil Patterson, premier assistant réalisateurdans « Lost in La Mancha »

La décision finit par tomber : le film est abandonné. « Il n’y a pas aujourd’hui de perspectives concrètes pour le reprendre. Ça viendra peut-être un jour (…) Aujourd’hui, les droits du film appartiennent à la compagnie d’assurances », raconte le producteur René Cleitman aux réalisateurs de Lost in La Mancha. « Le plus dur, résume Tony Grisoni, coauteur du scénario, ça a été de voir la réalité prendre le dessus sur Don Quichotte… »

La valse des acteurs

Il faudra bien cinq ans à Terry Gilliam pour se remettre de ce fiasco. En 2005, il remonte à cheval. Avant toute chose, il faut racheter les droits du film. Comme en 1989, Terry Gilliam lutte pour trouver des financements et des producteurs. Vient ensuite le bal des acteurs. A partir de 2005, le réalisateur de Brazil envisage de faire tourner Gérard Depardieu. Deux ans plus tard, il pense à Michael Palin, son ex-camarade de jeu des Monty Python, puis Robert Duvall, mais toujours avec Johnny Depp. Et puis finalement non : on garde Robert Duvall, mais on remplace Johnny Depp par Ewan McGregor.

Entre 2014 et 2017, Owen Wilson, Jack O’Connell (connu pour le rôle de James Cook dans la série Skins) et John Hurt rejoignent les autres acteurs de la liste. L’énumération s’arrête ici : Jonathan Pryce sera Don Quichotte et Adam Driver, son Sancho Panza. En 2016, enfin, Terry Gilliam a pu filmer L’homme qui tua Don Quichotte. Cette fois, pas d’inondation, pas de hernie discale… On croirait presque que la malédiction est terminée, que le sort est levé. Terry Gilliam aura son Don Quichotte. Enfin, presque…

La légende continue

Changement de décor. Les galères des plaines désertiques espagnoles de 2000 ont laissé place aux bureaux feutrés des avocats. C’est sous les plafonds du tribunal de grande instance de Paris que l’affaire se joue depuis mars 2017. D’un côté, Terry Gilliam souhaite faire résilier le contrat qui le liait au producteur Paulo Branco, de l’autre ce même Paulo Branco souhaite prouver qu’il est toujours producteur du film. Une bataille judiciaire qui pourrait même empêcher la sortie du film en salle.

En 2016, alors que le réalisateur britannique recherche des financements pour enfin donner vie au film qui l’obsède, il rencontre Paulo Branco. Quelques mois plus tard, en août 2016, leur collaboration prend brutalement fin. Entre les deux monstres du cinéma, les tensions sont multiples. Terry Gilliam met fin au contrat qui les lie : il reproche au producteur d’avoir voulu prendre le contrôle sur son film et de lui avoir imposé des conditions.

Pour Juan Branco, fils et avocat de Paulo Branco, Terry Gilliam a mis en place des obstacles, « jusqu’à pousser Paulo Branco à expliquer qu’on ne pourrait pas commencer le tournage à temps ». « A ce moment-là, il a considéré, contre toutes les règles de droit, que son contrat était résilié avec Paulo Branco », estime-t-il. Dans l’autre camp, les rôles sont inversés : « En 2016, Paulo Branco a posé un ultimatum en expliquant très simplement à Terry Gilliam que soit il se soumettait (…) à son exigence, soit le film n’existerait pas », pointe Benjamin Sarfati, l’avocat de Terry Gilliam, contacté par franceinfo.

Un climat de confiance est nécessaire à la réalisation d’un film. (…) On ne conçoit pas une œuvre sous la menace ou la contrainte.Benjamin Sarfatià franceinfo

Tout s’accélère lors de l’ouverture du Festival de Cannes. Paulo Branco et ses avocats tentent d’empêcher la diffusion du film, prévue pour la cérémonie de clôture. Le même jour, on apprend que Terry Gilliam a été victime d’un AVC le week-end précédent. Après avoir retenu son souffle toute la journée du 9 mai, la Croisette peut respirer : elle verra bien le film et la présence du réalisateur n’est pas compromise. Seulement, sa diffusion devra être précédée d’un message expliquant que « la projection du film L’homme qui tua Don Quichotte (…) ne préjuge en rien des droits revendiqués par (…) Monsieur Paulo Branco sur ce film à l’encontre de Monsieur Terry Gilliam et des producteurs mentionnés au générique ». Comprenez : ce n’est pas parce que vous avez le droit de diffuser le film que les affaires judiciaires sont réglées pour autant.

Dernier épisode en date : le Centre national du cinéma (CNC) a accordé au film son visa d’exploitation le 10 mai. Un sésame indispensable à la sortie du film en salle. A quatre jours de la sortie, Paulo Branco attaque le distributeur et le producteur français du film pour tenter d’entraver sa diffusion en France. Jusqu’au dernier moment, l’avenir du film ne tient qu’à un fil. Mais L’homme qui tua Don Quichotte sera bel et bien projeté dans les cinémas le 19 mai, a appris vendredi franceinfo auprès de l’avocat du réalisateur, Benjamin Sarfati.

Car la demande de suspension de Paulo Branco a été rejetée par le tribunal de grande instance de Paris saisi en urgence. Cet ultime rebondissement participe à la légende du long-métrage. Pour Benjamin Sarfati, « c’est à se demander si Monsieur Branco n’a pas pris cette légende au pied de lettre et se prend pour le bras armé de cette malédiction ». En tout état de cause, la fatalité qui semble poursuivre Terry Gilliam et L’homme qui tua Don Quichotte prendra fin samedi soir. Il appartient maintenant au public de décider de son destin.

https://www.francetvinfo.fr/choix/l-homme-qui-tua-don-quichotte-l-histoire-folle-du-film-maudit-qui-a-presque-tue-terry-gilliam_2753561.html#xtor=EPR-51-[cannes-l-histoire-folle-de-l-homme-qui-tua-don-quichotte-le-film-maudit-qui-a-presque-tue-terry-gilliam_2760371]-20180519-[bouton]

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Pourquoi parle-t-on toujours « d’oligarques russes » et jamais « d’oligarques occidentaux » ?

Pourquoi parle-t-on toujours « d’oligarques russes » et jamais « d’oligarques occidentaux » ?


Par Jeff Cohen – Le 10 avril 2018 – Source Truthdig

Brian Roberts, PDG de Comcast.

Les infos télévisées peuvent être assez énervantes. Jour et nuit, j’entends les présentateurs sur CNN et MSNBC parlant sans cesse des plans de tel ou tel « oligarque russe ayant des liens avec le Kremlin ». J’ai entendu cette phrase un nombre incalculable de fois ces dernières semaines.

Et beaucoup d’autres que moi ont entendu l’expression « oligarque russe ». Merriam-Webster.com expliquait que «oligarque» était l’un de ses mots clés les plus recherchés, en date du 5 avril, «suite aux informations selon lesquelles Robert Mueller avait interrogé des hommes d’affaires russes auxquels ce descriptif s’applique ».

Mais il y a une phrase que je n’ai jamais entendue sortir de la bouche d’aucun des animateurs, prétendûment progressistes, de MSNBC : «Un oligarque américain ayant des liens avec Washington ».

Cet oubli est révélateur si l’on considère un fait indiscutable : les oligarques américains ont fait beaucoup plus pour miner la démocratie américaine que n’importe quel Russe.

Prenez, par exemple, Brian L. Roberts – qui correspond certainement à la définition d’oligarque prise dans le dictionnaire : « une personne faisant partie d’un petit groupe de personnes puissantes qui contrôlent un pays ou une industrie ». En tant que président et chef de la direction de Comcast, Roberts dirige la société que son père a fondée et détient plus d’un tiers des actions de cette société. Sa rémunération annuelle de 28,6 millions de dollars l’an dernier était inférieure à celle que quatorze autres oligarques américains − je veux dire PDG − ont « gagné ». Sa valeur nette est estimée à plus de 1,65 milliard de dollars.

Cet oligarque a-t-il des « liens avec Washington » ? Au cours d’une année récente, Comcast a consacré près de 19 millions de dollars au lobbying, en deuxième position après l’entreprise militaro-industrielle Northrop Grumman. L’an dernier, Comcast a dépensé plus de 15 millions de dollars. Et l’oligarque Roberts a été un acteur  de pouvoir de premier plan à Washington pendant des décennies, ayant porte ouverte chez tous les présidents − de la loi de déréglementation sur les télécommunications, loi anti-consommateurs votée en 1996, à l’effort actuel du président Trump pour mettre fin à la neutralité du réseau, au nom de Comcast et d’autres grands fournisseurs d’accès Internet.

La Loi sur les télécommunications − pro-conglomérats − de Clinton et l’assaut de Trump contre la neutralité du net ont tous deux miné la démocratie américaine. Aucun Russe n’y est pour quelque chose. (Vous avez peut-être entendu dire que le Sinclair Broadcast Group, qui travaille sur la propagande de Trump, possédera bientôt plus de 200 stations de télévision locales ; jusqu’à l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur les télécommunications, une entreprise ne pouvait légalement en posséder plus de 12.)

Vous devez l’accorder aux oligarques américains. Beaucoup gardent un certain pouvoir, quel que soit le parti qui dirige Washington. Ils ont une plus grande résistance que les oligarques russes qui, nous dit-on constamment, finissent morts ou en prison s’ils tombent en disgrâce avec le président Poutine.

Roberts a certainement le style de vie d’un oligarque. Il possède une datcha d’été − je veux dire une résidence secondaire − à Martha’s Vineyard où il ancre ses bateaux Sparkman & Stephens construits sur mesure et où il a accueilli le président Obama, y compris lors d’un cocktail de la liste A, organisé pour Obama, en août 2013. Et Roberts aurait construit un vaste manoir à North Palm Beach, non loin du Mar-a-lago de Trump.

Mais sa résidence principale est à Philadelphie. Obama a régulièrement séjourné dans les manoirs de Comcast. En 2013, lors d’une collecte de fonds du Parti démocrate à Philadelphie, chez le meilleur lobbyiste de Roberts, le président Obama déclarait : « Je suis venu ici tant de fois, la seule chose que je n’ai pas faite dans cette maison, c’est d’avoir un dîner Seder. » [repas rituel juif, NdT]

Alors que les oligarques russes sont souvent des chasseurs de gibier passionnés, Roberts est un golfeur fanatique. Obama a joué au golf avec lui « sur les gazons luxuriants du Vineyard Golf Club ».

Il y a une dernière chose que je dois ajouter au sujet de Roberts. En tant que PDG de Comcast, il est le patron ultime des animateurs prétendument progressistes de MSNBC. Ce qui peut aider à expliquer leur silence sur les oligarques américains, puisqu’il serait difficile d’aborder le sujet sans mentionner leur patron.

Je ne devrais pas cibler Roberts, ni les hôtes MSNBC qu’il emploie. Parce que le problème va bien au-delà de cet oligarque particulier et de cet organe d’information corporatif particulier.

Roberts n’est qu’un parmi des dizaines de puissants oligarques américains. Ils forment une « classe dirigeante » et dirigent un « État corporatif » − deux expressions de plus que l’on n’entend pratiquement jamais dans les médias américains. L’une des raisons pour lesquelles ces oligarques ont peu de couverture critique et aucun examen systémique est que, comme en Russie, les oligarques sont les propriétaires ou des clients importants des médias grand public.

Permettez-moi d’être clair, afin de ne pas exagérer : les animateurs de Fox News sont libres de ternir certains oligarques, surtout des démocrates, comme George Soros et les animateurs de MSNBC s’en prennent gaiement à certains oligarques, Républicains cette fois, comme les Mercers et les frères Koch.

Mais pour avoir une vision claire et complète du fonctionnement du système politique américain (c’est-à-dire de l’« oligarchie américaine »), j’ai une suggestion à vous faire : déconnectez-vous de MSNBC, CNN, Fox et d’autres sources d’information tenues par les grosses entreprises et tournez-vous plutôt vers des médias progressistes indépendants de qualité.

Si vous le faites, vous verrez que les problèmes qui affligent la démocratie et l’économie américaines sont certainement l’œuvre d’oligarques. Et ceux-là ne parlent pas russe.

Jeff Cohen

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-parle-t-on-toujours-doligarques-russes-et-jamais-doligarques-occidentaux

CSFRS et GeoStrategia « Repenser l’approche de la question sahélienne par la recherche »

CSFRS et GeoStrategia « Repenser l’approche de la question sahélienne par la recherche »

Par CSFRS, GEOSTRATEGIA, le 3 mai 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Le Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques (CSFRS) a pour objet le soutien, la coordination et l’ animation des efforts développés en matière de recherche et de formation stratégiques dans les domaines de la sécurité et de la défense de façon à permettre l’ élaboration et l’actualisation d’instruments de référence de niveau international. En cohérence avec la finalité et l’ensemble des actions menées par le CSFRS, Geostrategia est un site web collaboratif qui vise à soutenir la formation et la recherche stratégiques nationales et à contribuer à la l’émergence d’une communauté stratégique nationale.
Une production vidéo SAS Expertise géopolitique – Diploweb. Propos recueillis par Pierre Verluise. Images et son : Jérémie Rocques. Montage : Fabien Herbert. Résumé : Estelle Ménard.

Le CSFRS et GeoStrategia présentent « Repenser l’approche de la question sahélienne par la recherche », première session des Rendez-vous de la Réflexion Stratégique (Paris, École militaire, 11 avril 2018). Les Rendez-vous de la Réflexion Stratégique visent à valoriser la recherche soutenue par le CSFRS et à créer des synergies avec les partenaires de GeoStrategia.
Cette première session s’appuie sur divers articles et études mis en ligne sur Geostrategia (www.geostrategia.fr) et issus de la Revue Défense Nationale, de l’European Council on Foreign Relations, des Cahiers de l’Orient et du CSFRS.

Par ordre d’apparition, les intervenants :

Olivier Caron, directeur général du CSFRS.
Jean-Marc Châtaignier, Ambassadeur « Envoyé spécial pour le Sahel »
Serge Michailof, Chercheur, enseignant associé à Sciences Po Paris
Thierry Hommel, Économiste, enseignant associé à l’École des ponts et chaussées
Andrew Lebovich, Chercheur associé à l’European Council on Foreign Relations
Salim Chena, Chercheur, enseignant associé à Sciences Po Bordeaux.
Yvan Guichaoua, Chercheur et enseignant à la Brussels School of International Studies.
Anne De Luca, Chercheure associée au centre Thucydide.

Résumé

La question sahélienne est complexe, et le paysage stratégique associé englobe tant le Sahara que ses deux rives : l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. Les sept intervenants en abordent les différents aspects interdépendants : sécurité, gouvernance, développement.

La crise de l’espace sahélien dépasse donc le Mali, même si ce problème malien est majeur et déborde sur le Niger et le Burkina. Par ailleurs, le Nord-Nigéria, le sud-est du Niger et le sud du Tchad constituent un deuxième foyer de tension majeure, avec le phénomène Boko Haram.

Le Sahel est une zone fragile sur les plans environnemental, politique, démographique. Le rôle de la communauté internationale ne consiste pas à donner des leçons, à exporter des « recettes », mais à proposer un véritable support à une politique définie par les Sahéliens eux-mêmes. D’où l’accent porté sur l’importance du dialogue avec les partenaires locaux, sur la compréhension de leurs besoins comme de leurs aspirations.

Au Mali, les difficultés du gouvernement et les attaques successives contre les troupes régulières soulignent la difficulté stratégique à laquelle nous faisons face. Les élections de juillet 2018 offrent une opportunité pour construire un appareil d’État capable de rétablir l’ordre dans le pays, ce que les forces françaises et onusiennes ne peuvent faire seules. Les organisations non-gouvernementales (ONG) ne peuvent également pas à elles seules ramener le Mali sur la voie du développement. L’urgence est donc au rétablissement de l’appareil régalien. Pourtant, malgré leurs discours sur l’importance du développement pour la sécurité et inversement, les ONG jugent trop délicat et politiquement sensible d’intervenir dans ce sens. Or, il faut améliorer les conditions de vie pour ramener la paix dans les villages. Il faut donc pouvoir coordonner l’aide internationale de façon plus efficace. Dans le cas contraire, cette aide risque d’accroitre la désorganisation et la dégradation économique du territoire, nonobstant la perte financière. Ainsi, tant qu’il y aura un vide étatique, l’impact des interventions dans ces régions enclavées sera toujours limité par les difficultés des populations à accéder à certains services essentiels comme l’éducation, la santé, l’énergie.

Certaines représentations faussent la compréhension de la crise sahélienne. L’Algérie est ainsi plus active qu’on ne le pense. Même si son histoire et sa Constitution l’empêchent d’intervenir en dehors de ses frontières, elle coopère avec des partenaires, régionaux, européens et américains. Par ailleurs, les causes sociologiques et politiques sont essentielles pour comprendre les raisons qui poussent aux révoltes armées au Sahel. La croissance du djihadisme n’est-elle pas liée à un désengagement de l’État ? S’il existe une volonté de transformer un système politique en accord avec des références religieuses, il faut impérativement prendre en compte la dimension locale. Le djihadisme prospère en effet sur des territoires fragmentés, au sein de communautés ayant des comptes à régler avec l’État. Il faut également être attentif aux interférences externes de la France et de l’ONU et aux risques qu’elles portent sur la cohésion sociale et politique au Sahel. Enfin, il faut se défier des idées reçues sur la dimension religieuse et sur les textes (Coran…) associés, auxquels on prête beaucoup de significations plus ou moins erronées. Il est nécessaire d’apporter des réponses argumentées et construites aux interrogations légitimes des opinions publiques, via une meilleure connaissance de ces textes.

Plus : le site du CSFR https://www.csfrs.fr/ et GeoStrategia https://www.geostrategia.fr

Une production vidéo SAS Expertise géopolitique – Diploweb. Propos recueillis par Pierre Verluise. Images et son : Jérémie Rocques. Montage : Fabien Herbert. Résumé : Estelle Ménard.

https://www.diploweb.com/CSFRS-et-GeoStrategia-Repenser-l-approche-de-la-question-sahelienne-par-la-recherche.html

[NOUVEL ORDRE MONDIAL]Toujours plus violents, toujours plus nombreux : qui sont les Black Blocs ?Eric Verhaeghe, essayiste et président de Tripalio, analyse pour RT France la violence des groupes d’ultra-gauche et l’action du gouvernement face à ce phénomène qui tend à s’élargir et à se radicaliser (video media fr)

[NOUVEL ORDRE MONDIAL]Toujours plus violents, toujours plus nombreux : qui sont les Black Blocs ?Eric Verhaeghe, essayiste et président de Tripalio, analyse pour RT France la violence des groupes d’ultra-gauche et l’action du gouvernement face à ce phénomène qui tend à s’élargir et à se radicaliser (video media fr)

Publié le par 2012nouvelmorguemondial

Eric Verhaeghe, essayiste et président de Tripalio, analyse pour RT France la violence des groupes d’ultra-gauche et l’action du gouvernement face à ce phénomène qui tend à s’élargir et à se radicaliser. 

Invité sur le plateau du JT de RT France le 1er mai pour rendre compte des événements violents survenus en marge du traditionnel rassemblement du Premier mai, l’essayiste Eric Verhaeghe a décrypté la stratégie des «Black Blocs», ces groupuscules violents d’extrême-gauche, ainsi que celle du gouvernement. 

carte jeu illuminati 1995,plan nouvel ordre mondial

Valeur stratégique du français militaire

Valeur stratégique du français militaire

Le président vient de prononcer un discours sur la francophonie : est-ce le cas aussi dans la langue militaire ? Ce ptit article pour évoquer ce que La Vigie en pense… JDOK

Source

Comme beaucoup je m’interroge sur le fait que la valorisation de l’excellence française passe désormais systématiquement par la langue anglaise ; le lancement récent de l’opération Choose France pour annoncer que France is back, au-delà de l’effet mondain, me semble signifier un manque de confiance dans la France et dans la valeur universelle de sa langue. (lire la suite : cliquez ci-dessous)

Déjà dans une chronique d’avril 2013 intitulée « souveraineté et dépendances », j’évoquais le monde fluide et effervescent dans lequel nous devions défendre nos intérêts, valoriser nos atouts et assumer nos responsabilités, pour reprendre la litanie classique. Je m’inquiétais de notre capacité de manœuvre. Plus avant en 2008 aussi, je disais ma réticence d’un enrôlement atlantique dans un mouvement stratégique servant une vision du monde élaborée hors d’Europe. Je récusais l’antienne admise sans inventaire qui postule que « les engagements militaires de la France dans l’Otan et dans l’UE sont complémentaires », pensant et pensant toujours qu’ils sont peu compatibles. Ailleurs, j’exprimais mon scepticisme face à un embrigadement du monde occidental dans une posture défensive face à la mondialisation et réclamais le droit de défendre une vision européocentrée autonome et ambitieuse.

Aujourd’hui, c’est notre langue que je voudrais célébrer car elle est bien malmenée voire délaissée. Le sujet est sensible et j’ai bien conscience que l’aborder ici va hérisser toute la génération opérationnelle française qui combat en anglais, via des écrans et des procédures. Sans compter l’agacement de ceux qui y ont renoncé au nom de l’efficacité informationnelle. J’entends cela mais voudrais tenter de parler d’autre chose que de procédures et d’échanges. Je voudrais parler d’autonomie intellectuelle et de désalignement.

La langue française fait partie du paquetage militaire

Je veux appeler l’attention sur l’instrument de souveraineté irremplaçable que constitue notre langue qui, à l’instar d’une industrie d’armement qu’on a beaucoup défendue, constitue l’un des vecteurs éprouvés de notre autorité, un support essentiel de notre efficacité et un moyen nécessaire de notre créativité conceptuelle et tactique. Nous sommes beaucoup plus que l’un des alliés, certes valeureux, d’un Occident aujourd’hui relativisé ou l’un des fondateurs, certes inspiré, d’une construction européenne immergée dans la mondialisation ou d’une alliance atlantique moins que jamais nécessaire. Nous sommes d’abord les héritiers d’une pensée illustre qui a su faire la guerre dans tout le spectre de ses développements les plus variés : pensée et action sont les deux faces du métier militaire français.

Je sais que le front linguistique est général et l’impudence des « abandonnistes » généralisée. On ne traduit même plus les titres des films anglo-américains qu’on nous vend. Ne parlons pas de l’enseignement universitaire des savoirs qui se pratique désormais couramment en langue anglaise, en France même. Contentons-nous d’examiner l’usage que fait du français la communauté de défense de notre pays. Il y a à dire. Car nous abandonnons tous les jours l’usage du français dans la réflexion et l’expression militaires. Celui qui reçoit et lit des centaines de textes venant de nos experts de défense peut mesurer la dérivée du phénomène d’anglicisation accélérée de la pensée militaire française.

La pente est forte, très forte ; elle affecte toute la formulation militaire, syntaxe, vocabulaire et acronymes, tout y passe, avec entrain, dans un grand bradage consensuel.

Or l’enjeu du français militaire est d’importance ; il s’agit d’un état d’esprit opérationnel et d’une capacité de production doctrinale et stratégique portée par une conception de l’histoire, de la géographie, de la morale, de l’éthique militaire, du sens de l’efficacité aussi. Il s’agit également d’une forme de loyauté maintenue envers nos vaillants cousins du Québec et de ceux que nous avons formés à l’état militaire, notamment en Afrique et dans le Golfe arabo-persique. Cet héritage glorieux affermi au feu de combats séculaires permet de tirer le meilleur parti de la vertu militaire française propre, une audace et une résolution sereines tempérées par une méthodologie de l’action éprouvée.

Trois facteurs se conjuguent aujourd’hui pour évincer le français de la langue militaire.

La communauté atlantique est une communauté qui parle et pense anglais.

Comme c’était hélas prévisible, la réintégration pleine et entière de la France dans l’Otan militaire à partir de 2009, loin de renforcer la pratique de la langue française dans l’Alliance et la structure militaire intégrée de l’Otan, comme on avait pu le projeter naïvement, a eu bien au contraire l’effet pervers de généraliser l’exercice de la langue anglaise au sein même des forces armées françaises. Constatons-le : l’Otan parle moins le français que lorsque nous étions dans notre position particulière, sans commandement stratégique ni Flag officers ! Elle y renonce même, n’ayant plus la nécessité de tenir compte de notre singularité préservée jusque là.

C’est vrai que les valeureuses opérations de la Fias en Afghanistan sous conduite américaine en ont créé la nécessité tactique. Désormais les forces armées françaises, éprouvées au feu de l’action afghane, s’expriment en anglais opérationnel, au quotidien, de façon indirecte par habitude ou vanité, ou de façon directe par effort collectif puisque l’avancement interne est aujourd’hui conditionné à l’aisance dans l’exercice de l’anglais militaire. Nul besoin de dire que la plupart des militaires français s’est prêtée au jeu avec délice, ravie de sortir de son isolement supposé et pas peu fière de rivaliser linguistiquement avec les autres alliés dans la langue du maître militaire[1]. Cela a valu principalement pour la gent kakie, qui enviait depuis longtemps les connivences procédurales et tactiques de ses homologues bleu ciel et bleu marine avec leurs compagnons de jeu tactiques de l’Otan. Avec l’Afghanistan, elle s’est rattrapée et est revenue au niveau linguistique de ses congénères. Il est loin le Foch, généralissime interallié, qui s’adressait en français à des millions de soldats.

Plus grave que ce phénomène de rattrapage inévitable et salutaire est l’abandon de la production doctrinale en langue française par abonnement méthodique au catalogue de l’Otan dont la source est presqu’exclusivement américaine. En effet la considérable production doctrinale des forces armées américaines et des structures qui gravitent autour, de Tradoc au Net Assesment et à la Rand Corp, influence directement la capacité de réflexion de l’Otan, sommée de transposer dans ses structures intégrées la plupart des concepts et procédures développés pour les forces américaines. C’est cela l’interopérabilité doctrinale. Et la France mobilise désormais ses forces pour traduire et adapter dans sa propre bibliothèque doctrinale l’avalanche conceptuelle qui lui vient de Bruxelles, Mons et Norfolk. Elle essaye de conserver le peu de recul qui lui reste, pour rédiger un codicille d’application nationale des concepts otaniens. C’est que nous sommes malheureusement rentrés dans l’Otan militaire sans projet doctrinal affiché, sans portefeuille national suffisant de savoirs, de leçons et de concepts pour défendre notre vision du combat, notre expérience des rapports de force militaires et notre connaissance du terrain. Nos alliés anglo-américains en ont d’ailleurs été assez surpris et même déçus.

Notre compétence militaire avérée ne relevait donc pas de ce secteur très compétitif de la planification et de la logistique opérationnelles dans lequel Anglais et Américains excellent depuis toujours. Elle était plutôt à rechercher dans la réactivité de la décision politico-militaire et l’initiative tactique de terrain, des domaines peu transposables pour les multilatéraliser et trop français pour être généralisés.

Il n’est d’ailleurs pas sûr que les capacités militaires françaises soient si facilement valorisables dans l’Otan ! C’est sans doute pour cela qu’elles s’y banalisent en rivalisant de conformité aux standards de cette organisation, qu’elles s’y normalisent en renonçant de facto à leurs traits habituels. Rarement les forces françaises auront été aussi à l’aise que lors de l’opération Serval au Mali ; elles y opéraient seules et en français avec leurs frères africains.

Cela ne vaut pas que pour l’Otan, naturellement. Ce qu’on continue d’appeler imprudemment la défense européenne ne fait pas mieux et le français, pourtant l’une des deux langues de la PSDC, que ses experts ne pratiquent plus et que l’on exige plus vraiment pour servir dans ses instances s’évanouit. Le très parisien Institut d’études de sécurité de l’Union européenne, hérité de l’UEO, avait déjà renoncé à l’équilibre pourtant politiquement et diplomatiquement accepté jusqu’ici entre les deux langues de la Pesc. Nul ne s’en était vraiment affecté. La FRS a généralisé cette pratique et l’Irsem lui emboîte le pas.

Une dernière notation qui concerne un nouveau front linguistique qui a lâché, il y a déjà quelque temps, celui de la géographie et de la prononciation. Fin de l’Iraq, de Tobrouk, d’Istamboul qui cèdent la place à l’Irak, Tobruk, Istanbul … Fin de l’Afrique du Nord et arrivée du globalisant MENA. La phonétique anglaise a remplacé la phonétique française dans l’orthographe, Uzbeen et non plus Uzbin, al Jezeera et non plus Al Djezira … Fin des noms d’opérations en français et des références culturelles françaises dans les choix faits pour les actions militaires, les entrainements bilatéraux ou multilatéraux dans lesquels la France est engagée, et cela même quand elle en exerce le commandement et la direction.

Le français militaire n’a pas su passer l’épreuve de l’usage opérationnel multilatéral.

Planification de défense, technologie et industrie de défense vivent en anglais.

Passons plus vite sur d’autres dimensions de la souveraineté de défense ; on les connait bien : il s’agit du partage capacitaire, du développement industriel de l’armement et de l’exigence technologique. Espaces naturellement duaux car ils servent à la fois à alimenter les arsenaux nationaux et à exporter nos produits sur le marché international. Le français scientifique et commercial n’a pas tenu le choc de la mondialisation et a cédé le pas devant la langue universelle des affaires, de la science et de la technique. Pour s’en convaincre, écoutez les explications des techniciens de la détonique, de la balistique ou de l’avionique ou celles des cybernéticiens de la guerre de l’information. La compétition et la coopération dans ces domaines se fondent sur un vocabulaire et des concepts souvent étrangers à nos racines culturelles, à nos expériences opérationnelles et au droit des conflits armés. On le voit avec la mise au point d’outils militaires permettant hier les destructions « massives » et aujourd’hui les « assassinats ciblés », les frappes sans dommages collatéraux et les ciblages sélectifs.

Aux temps de la guerre froide, où la course aux armements pour la recherche de la supériorité stratégique formait l’essentiel de la dynamique de la planification de défense et de la recherche technologique, la conceptualisation de l’affrontement relevait directement de l’art de la guerre, de ses règles et de ses principes, qui étaient essentiellement d’origine européenne, et qui s’affichaient en allemand et en français.

Aujourd’hui, après la « révolution dans les affaires militaires », la recherche d’invulnérabilité par les boucliers technologiques renvoie à une autre culture, celle du rêve techniciste et commerçant qui octroie la supériorité au plus inventif, au plus débridé, au plus inspiré. C’est une dynamique du primat du fonctionnalisme d’origine anglo-américaine, dans laquelle le génie français n’a que peu d’espace pour se déployer.

Le français n’est pas ou plus le véhicule de l’excellence scientifique, économique et technique ; la mondialisation dans ces domaines aussi parle anglais.

Les nouveaux théâtres de friction se conçoivent en anglais.

Langue du terroir et du droit, le français tire une partie de ses racines d’un brassage ancien dont Braudel a exploré les richesses. C’est en réalité une langue du patrimoine qui a érigé en principes des expériences politiques et sociales rapportées à des religions et des philosophies. A cet égard, elle tire, comme la langue allemande, de ses racines celtes, germaines, latines et grecques toute une grammaire stratégique et juridique liée au continent européen et à ses abords maritimes qui a établit des règles, des modèles et des hiérarchies à la base d’un humanisme que les Lumières ont transcendé et qui est partagé de l’Atlantique à l’Oural.

Langue des échanges et des compétitions complexes, l’anglais s’est facilement adapté aux évolutions commerciales, démographiques et scientifiques de la planète pour se généraliser comme vecteur universel des temps modernes. C’est dans cette langue que les experts des espaces fluides coopèrent et se confrontent, qu’il s’agisse des logisticiens de l’Offshore ou du Shipping ou des informaticiens du Cloud ou de la City. Et ce sont les bonnes pratiques des common law qui régulent ces domaines où la compétition mondiale a remplacé les combats territoriaux d’hier dans des frictions dont la dimension militaire s’estompe mais dont les enjeux, stratégiques s’il en est, sont d’abord le contrôle par quelques uns des espaces communs, les common goods, patrimoine commun mais disputé d’une humanité globalisée.

Fondée sur de bonnes pratiques plutôt que de bons principes, la conflictualité moderne se développe aussi en anglais.

Sauvegarder le français militaire, c’est avant tout défendre une vision et une expérience du monde, une aptitude et un savoir opérationnels qui nous sont propres.

A nous de vouloir le maintenir là il est essentiel à notre sécurité et à notre identité.

JDOK

[1] Nos ancêtres stratégiques André Beaufre, Marcel Duval Pierre Gallois et Lucien Poirier parfaitement bilingues pensaient et s’exprimaient en français tout comme en son temps Georges Clémenceau.

Pitié, pas d’anglicisme ce jour aux Invalides !

Pitié, pas d’anglicisme ce jour aux Invalides !

 

J’ai été amené à faire cette prière et ce commentaire suite à la lecture d’un bien bel article de courage publié par les éditeurs du Blog la Vigie (ici)1.  Le courage des plumes…qu’est ce par rapport au sacrifice d’une vie, un timide pétale d’hommage en ce jour où la valeur du courage porte dans les esprits français encore grâce à lui.   Les auteurs défendent dans ce billet la langue française ; cette défense va bien au-delà du secteur militaire dont ils nous parlent. La problématique de «l’anglicisation» qu’ils décrivent comme instrument de domination de pouvoir dans l’OTAN mais aussi de contrôle des esprits est à l’oeuvre dans bien d’autres espaces de la vie et du travail des Français.

Un sursaut dans cette soumission française dont l’efficacité est à questionner même en terme anglo-saxon (efficience) est-il possible? Les auteurs semblent ainsi s’interroger sur la réversibilité possible du processus et l’appellent de leurs voeux tant ils ne peuvent réprimer la force de leur critique dans ce « billet d’humeur ». Plus de faux-semblants possibles en ce jour… Un « ras-le-bol », que je partage.

A perdre la diversité, la communauté de l’OTAN s’appauvrit. On la voit s’égarer ainsi sur le terrain stratégique, diplomatique et militaire. Seuls la com et les media permettent de dissimuler ses défaites réelles aux yeux des populations et des autorités parlementaires… Tandis qu’alliés et même ennemis, eux ont tout le loisir de les mesurer sur le terrain : défaillance du matériel, des hommes et des soutiens. Que seraient nos exportations si la guerre au Yemen se terminait ? Quel recours vital ? Une guerre en Europe? Doit-on la voir comme une nécessité financière pour mieux l’accepter ? Les militaires la feront-ils facilement ? La com arme de guerre et de pouvoir fera assurément encore une fois le nécessaire pour rendre le sacrifice impératif.

Qui vivra verra…

Les éditeurs de la Vigie écrivent “la supériorité au plus inventif, au plus débridé, au plus inspiré”…certes, c’est le primat du pragmatisme que partagent les Américains et les Anglais mais aussi les Russes. Mais il doit être précisé que c’est la balance des coûts qui a le dernier mot en la matière. Faire de l’invention au moindre coût, c’est précisément ce que l’Occident ne sait plus faire. L’emprise des cartels du business (Deep State? Pour ne pas lésiner sur les anglicismes…) n’en a ni les moyens intellectuels ni les moyens humains. Les contrats d’armement alimentent plus les actionnaires impotents que l’ingénieur qui trouve.


Alors la seule solution : dissimuler le vrai, faire de faux rapports mais en anglais bien sûr!… Garantir haut et fort de l’impossibilité budgétaire qu’auraient les Russes d’avoir les armements dont ils se vantent…en se fondant sur des pseudos résultats économiques d’experts. Et si malgré «l’économie», une mauvaise surprise survenait (de la Caspienne? ) ; alors, espérer être déjà à la retraite… Une stratégie bien rodée qui aboutit à une perte d’informations et de savoir et qui condamne toute vision stratégie à l’échec, faute de bases analytiques fiables. Qui oserait dire en nos temps ce qui déplaît ? La dictature du mot déplacé règne, et la censure n’hésite devant rien, pour avoir des retombées économiques radicales sur l’impétrant. En langage professionnel la censure…prend des formes statutaires bien définies. Disons que les militaires ne sont pas vraiment responsables ; ils se laissent entrainer pas le démon du conformisme. L’appât du gain d’économistes à gage fournit les propos qui rassurent les politiques et les états-majors… Notons que c’est parfois au grand dam d’experts militaires sur le terrain, qui eux voient autrement, des avions voler (pas donnés à toutes les armées !) et des bataillons qui s’entraînent ou défilent ! La force des raisonnements extérieurs est que souvent on leur accorde plus de crédit qu’au collègue qui voit sur le terrain…et qui prend le risque de témoigner. Un mal assez français et bien répandu tant dans nos états-majors que dans nos milieux académiques et certainement bien au-delà. Ces convergences avaient été dénoncées en des temps bien cruels par Marc Bloch dans ses derniers écrits, l’Etrange défaite2.
 C’est ainsi que les militaires ont pu entendre comme moi des conférences, lors desquelles les experts bienveillants ont rassuré les corps militaires à coup de propos sucrés de ce type : “rien n’est possible en Russie, l’industrie est rouillée”, «l’économie s’est effondrée avec la dévaluation du rouble, les coûts explosent»… On va même vous marquer la cadence avec la «décennie perdue» en 2007-2017 après avoir insisté sur «le moment politique de la Russie» l’année dernière (comprendre, la révolution imminente façon Maïdan)… Verbiage du mensonge hors-sol mais à l’habile sauce d’économistes, bons experts en psychologie qui savent trouver les mots qui rassurent au bon moment3. L’éternelle méthode Coué qu’a bien trop chérie l’armée française pour son malheur et le nôtre avant 1940.

Tout pour la bonne conscience et le sentiment du travail bien fait. Surprises ou patates chaudes seront assurément pour la prochaine fournée de généraux…chacun ses problèmes! Individualisme primaire, retraite en horizon vital, caractérisent bien la société de la France des temps présents…Pourquoi la gent militaire serait exclue de ce mouvement d’ensemble ? L’OTAN fournit pour les élites,  honneurs, statut et avantages qui plaisent et flattent, les media rassurent…et le réel, il suffit de ne pas trop s’y frotter pour garder santé certes mais surtout se prémunir contre les pensées rebelles.
 Retraite horizon idéal du militaire français comme de tout citoyen français…Triste constat d’un pays presque défunt.

Service de mémoire ce jour aux Invalides, en hommage au Lieutenant-Colonel Arnaud Beltrame…qu’au moins à lui soient épargnés les anglicismes à la mode présidentielle ! Un héros français tombe et meurt…alors qu’il en faudrait tant de vivants.

  1. Valeur stratégique du français militaire – La Vigie []
  2. voir dans Viableco https://viableco.hypotheses.org/?s=Marc+Bloch+etrange+d%C3%A9faite le lien avec une lecture gratuite du livre []
  3. cf. Viableco LE «FLOP» DES EXPERTS CHANTRES DE LA DÉBÂCLE ÉCONOMIQUE RUSSE ! L’ONU PASSE À L’EXPLICATION DE TEXTE…ici []

 

https://viableco.hypotheses.org/1696

Pétition contre « le nouvel antisémitisme » : les pompiers pyromanes ?

Pétition contre « le nouvel antisémitisme » : les pompiers pyromanes ?

Pétition contre « le nouvel antisémitisme » : les pompiers pyromanes ?

Par Nicolas Gauthier, journaliste et écrivain ♦ C’est une pétition qui agite le milieu politico-médiatique depuis sa diffusion. Près de trois cents personnealités ont répondu à l’appel rédigé par un collectif, dont faisait partie Philippe Val, l’ancien directeur de « Charlie Hebdo ». Parmi eux, l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, trois anciens Premiers ministres, des élus, des intellectuels, des artistes… Leur peur ? Le « nouvel antisémitisme », provenant de l’extrême-gauche et des banlieues. Nicolas Gauthier, qui rédige une tribune sur Boulevard Voltaire, note que « ces belles âmes ont été les premières à stigmatiser tous ceux qui s’alarmaient de l’immigration de masse, de la création de gigantesques ghettos ethnico-religieux, de la montée en puissance d’un islam radicalisé ». La prise de conscience serait donc enfin arrivée. Mieux vaut tard que jamais ?


Trois cents « personnalités » viennent de signer une pétition contre « le nouvel antisémitisme », à l’occasion décrété « cause nationale ». Dans ce texte, on lit notamment : « Dix pour cent des citoyens juifs d’Île-de-France – c’est-à-dire cinquante mille personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Émile Zola et de Clemenceau. »

Et les pétitionnaires de pointer ce nouveau péril : « L’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des juifs en victimes de la société. » Fort bien. Et les mêmes d’exiger l’abrogation de certaines sourates du Coran pas toujours très tendres à l’égard des mêmes juifs. Fort bien, une fois encore, mêmes si cela fait tout de même beaucoup de problèmes d’un coup, surtout lorsque posés par ceux-là mêmes qui ont contribué à les créer.

En effet, les pompiers d’aujourd’hui ne seraient-ils pas, un peu, les pyromanes d’hier ? Ceux qui, avec la création d’un mouvement tel que SOS Racisme, en plein règne mitterrandien, ont largement hystérisé les rapports entre les communautés. L’objectif de cette opération de basse politique, téléguidée par l’Élysée et mise en œuvre par les trotskistes de la Ligue communiste révolutionnaire – l’actuel NPA d’Olivier Besancenot –, fut de créer de la haine là où il n’y en avait pas. En persuadant les immigrés que les autochtones étaient la cause de tous leurs malheurs, par exemple. Résultat : les uns se sont enfermés dans une posture victimaire, tandis que les autres, à force de se faire dire qu’ils étaient racistes, ont parfois pu le devenir. Tout cela pour accompagner la progression du Front national, tout en interdisant, en raison d’une morale de façade, à la droite de s’allier avec lui, permettant de fait à la gauche de demeurer au pouvoir alors qu’elle était minoritaire dans les urnes. Les mêmes payent désormais au prix fort leur cynisme passé.

Le paradoxe est que les fondateurs de SOS Racisme, Alain Krivine et ses disciples, mêmes acquis à la cause palestinienne, n’étaient arabo-musulmans que de loin. C’est une litote.

Toujours à propos de l’hystérisation relative à l’antisémitisme, on rappellera deux fake news demeurées fameuses : l’attentat de la rue Copernic en 1980 et la profanation du cimetière de Carpentras, dix ans plus tard. Dans ces deux affaires, le coupable était, là encore, dénoncé à l’avance : cette « extrême droite », paraît-il responsable de tous nos maux, à en croire la vulgate médiatique dominante. Dans le premier cas, c’était la faute de Louis Pauwels et du Figaro Magazine ; dans le second, de Jean-Marie Le Pen et du Front national. Déontologie journalistique, quand tu nous tiens…

Et aujourd’hui ? La faute au gauchisme et à l’islam, semble-t-il. C’est bien vague : l’un comme l’autre n’étant pas des personnes juridiquement constituées, il sera délicat de les traîner devant les tribunaux. D’où l’accueil critique fait à cette pétition par certains éditorialistes – Jean-Michel Helvig, par exemple. Et cet ancien directeur de Libération d’écrire ce lundi, dans La République des Pyrénées : « Chacun sait bien que l’islam n’est pas une église unifiée où une autorité peut officiellement toiletter un dogme anachronique. Au demeurant, le “nouvel antisémitisme” visé par le texte est porté par des individus qui s’embarrassent peu d’une lecture interprétative de textes séculaires. »

En la matière, l’autocritique vaudrait d’ailleurs mieux que la simple critique, sachant que ces belles âmes ont été les premières à stigmatiser tous ceux qui s’alarmaient de l’immigration de masse, de la création de gigantesques ghettos ethnico-religieux, de la montée en puissance d’un islam radicalisé et réduit à sa seule dimension identitaire.
On notera qu’à force de crier au loup, ce dernier a néanmoins fini par prendre forme. Et pas n’importe quelle forme, s’agissant de celle des agneaux que ces mêmes autorités morales couvaient jadis. Quelle ironie. On en rirait presque.

Nicolas Gauthier
24/04/2018

Source : Boulevard Voltaire

https://www.polemia.com/petition-contre-le-nouvel-antisemitisme-les-pompiers-pyromanes/

Évacuation du Mont-Saint-Michel : un homme de 36 ans interpellé à Caen, reconnaît les faits

Évacuation du Mont-Saint-Michel : un homme de 36 ans interpellé à Caen, reconnaît les faits

L’homme a été interpellé après s’être vanté auprès d’un témoin d’avoir provoqué l’évacuation du site touristique normand, a appris franceinfo lundi auprès des gendarmes.

L\'hôtel de police de Caen (Calvados), le 18 novembre 2012 (illustration).
L’hôtel de police de Caen (Calvados), le 18 novembre 2012 (illustration). (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Un homme de 36 ans correspondant au profil du suspect recherché après l’évacuation du Mont-Saint-Michel a été interpellé dimanche 22 avril dans la soirée et placé en garde à vue, où il a affirmé être l’auteur des faits, a appris franceinfo auprès des gendarmes lundi 23 avril.

L’homme a été arrêté par la brigade anti-criminalité (BAC) de Caen vers 23h30, après s’être vanté auprès d’un témoin d’avoir provoqué l’évacuation du site touristique normand. Il ne portait pas d’arme sur lui et a été placé en garde-à-vue à la section de recherches de Caen. Au cours de son audition, il a affirmé être l’auteur des menaces contre les forces de l’ordre, ce que les enquêteurs doivent encore confirmer.

Le suspect était connu des services de police pour des faits de petite délinquance (conduite sans permis, stupéfiants). Il ne fait en revanche l’objet d’aucune fiche « S » et d’aucun signalement pour radicalisation.

Menaces envers les gendarmes

Dimanche, vers 10h, le site touristique normand, parmi les plus visités de France, avait dû être évacué « par précaution », en raison de la présence d’un individu suspect proférant des menaces à l’égard des gendarmes.

Une enquête de flagrance pour menace de mort sur personne dépositaire de l’autorité publique avait été ouverte dimanche après-midi après qu’un individu suspect a proféré des menaces dans la matinée au Mont Saint-Michel envers les gendarmes. Le suspect risque jusqu’à 5 ans de prison.

https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/evacuation-du-mont-saint-michel-un-homme-de-36ans-interpelle-a-caen_2719166.html#xtor=EPR-51-[evacuation-du-mont-saint-michel-un-homme-de-36-ans-interpelle-a-caen_2719178]-20180423-[bouton]

Tolbiac évacuée par la police : « On dormait dans l’amphi, quelqu’un est entré en criant ‘Ils arrivent’ « 

Tolbiac évacuée par la police : « On dormait dans l’amphi, quelqu’un est entré en criant ‘Ils arrivent’ « 

Vendredi au petit matin, les forces de l’ordre ont lancé une opération pour lever le blocage de l’université de Tolbiac à Paris. Une centaine de CRS a évacué la tour occupée depuis près d’un mois, devenue le symbole de la mobilisation contre la réforme de l’accès à l’université.

Les CRS évacuent l'université de Tolbiac, ce 20 avril 2018
Les CRS évacuent l’université de Tolbiac, ce 20 avril 2018 © AFP / CHRISTOPHE SIMON

L’opération a commencé aux alentours de 5h du matin ce vendredi : au moins une centaine de CRS est intervenue sur le site de l’université de Tolbiac, dans le XIIIe arrondissement de Paris, place forte de la mobilisation étudiante contre la réforme de l’accès à l’université. Une intervention qui était demandée depuis le 9 avril dernier par le président de l’université Paris-1, Georges Haddad.

Les occupants des lieux ont fait sonner l’alarme quelques minutes avant le début de l’intervention policière, certains se retranchant à l’intérieur alors que d’autres tentaient de fuir. Mais la rue longeant cette tour de 22 étages, qui était occupée depuis le 26 mars, était également bouclée par les forces de l’ordre.

« Ils arrivent »

A 7h du matin, les CRS étaient en rang derrière les grilles de l’université, selon les constatations de notre journaliste sur place, chaises et tables à leurs pieds, comme des traces de l’occupation. Les étudiants racontent une intervention rapide, en quelques minutes, à 5h du matin : « _Nous dormions dans l’amphithéâtre quand quelqu’un est entré en criant « Ils arrivent »_. Nous ne savions pas trop, à moitié endormis, ce qu’il se passait et de qui on parlait« , raconte l’un d’entre eux.

Les CRS sont entrés dans l’amphithéâtre équipés de matraques et de gaz au poivre. Selon l’une des étudiantes, certains des jeunes occupants ont pris des coups : « _Ils étaient peut-être une centaine, nous une quarantaine à dormir là pour protester contre la réforme_, avec au ventre une crainte tenace de voir une sélection se mettre en place« . « C’est dur« , glisse une autre jeune fille. Mais son amie l’arrête : « Ce n’est pas ce qui nous arrive ce matin qui va nous arrêter, nous allons nous organiser« .

Évacuation dans le calme, une interpellation

« A 6h, plus aucun étudiant ne se trouvait dans les locaux » de l’université, a annoncé la préfecture de police de Paris dans un communiqué. L’évacuation s’est essentiellement déroulée dans le calme, assure la préfecture : « Nous n’avons pas observé de résistance, l’opération a été menée comme prévu avec maîtrise et calme, selon un dispositif approprié qui a garanti le rapport des forces« , explique le préfet de police Michel Delpuech. Seule une personne a été interpellée pour « outrage et rébellion« .

« Il y avait un manquement à l’état de droit, des dégradations à l’intérieur du site, des conditions de sécurité qui pouvaient être fragiles, et de plus en plus des effets d’ordre public dans le quartier, avec des affrontements au moins à deux reprises avec des groupes extérieurs ; il était temps de mettre fin à cette situation de non-droit« , justifie le préfet de police. Dans un tweet, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb s’est félicité de cette intervention.

Selon la police, « des dégradations nombreuses et de diverses natures sont en cours de constatation« . Lorsque le président de l’université avait demandé l’évacuation des lieux début avril, la police n’avait pas immédiatement donné suite, et avait évoqué une « appréciation technique » et un besoin de préparer l’opération.

Pierre Vermeren : «Ces causes du “populisme” qu’on préfère oublier»

mardi, avril 17, 2018

Etat de la France : Pierre Vermeren

Au fond, le problème tient dans la boutade de Warren Buffett : « Oui, il y a une lutte des classes et c’est ma classe, celle des riches, qui l’a gagnée ». Exactement ce que pourrait dire Macron s’il avait une once de franchise (on ne risque rien).

Pierre Vermeren : «Ces causes du “populisme” qu’on préfère oublier»

TRIBUNE – La coupure entre élites et classes populaires dans les démocraties contemporaines est un fait établi, mais les ressorts de ce phénomène dramatique restent trop peu étudiés, argumente l’historien*.
La vague «populiste» qui, après les États-Unis et l’Italie, vient à nouveau de submerger la Hongrie d’Orban, est un phénomène international contemporain. Dans chaque pays concerné, le vote contestataire est le fait d’un électorat composite, populaire en majorité, qui cesse de s’abstenir, ou de suivre les consignes électorales de ses représentants bourgeois habituels, pour faire triompher des leaders qui répondent  à ses préoccupations. Des voix non autorisées imposent ainsi leurs priorités de l’heure.
L’hypothèse qu’on défend ici est que le sort fait aux classes populaires et ouvrières des anciennes nations industrielles – dépossédées par la concurrence de l’Asie et par une mécanisation souvent plus idéologique que nécessaire – crée le terreau favorable de ce phénomène, accentué par le repli sur soi des classes aisées. Claquemurées en France dans des forteresses urbaines, littorales et alpines, dans les métropoles, des institutions et réseaux de sociabilité, dans les TGV et avions, elles ne côtoient plus la France (ou l’Amérique) invisible dont elles n’attendent rien, sauf à en redouter le vote.
La « tiers-mondisation » économique et sociale de l’Occident sape ce qui constituait la spécificité des sociétés industrielles avancées : l’existence d’une classe moyenne majoritaire au centre de la société.
La «tiers-mondisation» économique et sociale de l’Occident sape ce qui constituait la spécificité des sociétés industrielles avancées: l’existence d’une classe moyenne majoritaire au centre de la société. Fragilisation et paupérisation des classes moyennes d’une part, et enrichissement du décile le plus aisé de l’autre rapprochent cette société en sablier des sociétés inégalitaires du Sud. Or cette nouvelle société, déjà établie aux États-Unis et dans l’Europe latine, bute sur le suffrage universel, reliquat des sociétés démocratiques dont les fondations ont été inventées par les révolutions du XVIIIe siècle. Le XIXe siècle a promu l’ascension des classes populaires par l’école et la libre entreprise.
Le XXe siècle a forgé un État social tentaculaire pour élargir la classe moyenne. Mais la belle mécanique est en pleine déréliction, puisque les classes laborieuses de l’Occident n’ont plus d’utilité économique (comme l’a révélé l’économiste Pierre-Noël Giraud dans L’Homme inutile), sauf à installer des produits importés (le syndrome Ikea, qui consiste à assembler des biens fabriqués ailleurs). Pour masquer cette triste évolution, l’audiovisuel, qui n’a jamais été si puissant, fait écran entre les préoccupations ordinaires de la population et le récit qui en est donné, de plain-pied avec la société du spectacle.
Qu’il nous soit permis de lister quelques maux qui dressent les classes populaires des pays riches contre leurs élites, libérales comme socialistes, les deux ayant fini par fusionner dans le renzisme, le trudisme ou le macronisme.
Dans les années 1830, Paris était peuplée de 36 % d’ouvriers, chiffre tombé à 5 % aujourd’hui, les élites sociales les ayant remplacés.
La relégation géographique et l’assignation à résidence sont un phénomène connu. Elles se matérialisent par l’expulsion des classes populaires des métropoles, même si immigrés et migrants sont supposés peupler les «quartiers populaires», et par la concentration des établissements scolaires de la réussite dans le centre des métropoles. Dans les années 1830, Paris était peuplée de 36 % d’ouvriers, chiffre tombé à 5 % aujourd’hui, les élites sociales les ayant remplacés.
Les conséquences sont très diverses et sous-estimées: en médecine, les étudiants étant maintenant recrutés dans les classes supérieures des métropoles, les jeunes médecins refusent d’être affectés en dehors d’elles (là où vivent pourtant les trois quarts de la population). Cela oblige à y recruter des médecins venant de pays pauvres, qui en manquent pourtant (Balkans, Asie, Maghreb, Afrique). Il fut un temps où les élites sociales se sentaient investies d’une mission d’éducation, de formation et d’encadrement du peuple, surtout dans une société cléricale comme la nôtre. Cette situation a laissé place à leur désengagement et à leur désinvolture.
Au lieu d’édifier les masses, les plus cyniques proposent aux jeunes le panem et circenses du XXIe siècle : du sexe, du crime et du néant
L’exemple des médias de masse est édifiant. L’ORTF d’antan était peut-être ennuyeux, mais il s’évertuait à éduquer le peuple, en diffusant ce qui était considéré comme le meilleur de la culture artistique et intellectuelle. Mise à l’école du Berlusconi des années 1980 puis de la sous-culture de masse américaine, la télévision, y compris publique, a sombré dans l’indigence. Au lieu d’édifier les masses, les plus cyniques proposent aux jeunes le panem et circenses du XXIe siècle: du sexe, du crime et du néant (la téléréalité offre à ses auditeurs le spectacle de leur propre vacuité).
La France fut jusqu’aux années 1950 un jardin de 140 millions de parcelles appartenant à 10 millions de propriétaires. Ce trésor était connu, entretenu et cultivé depuis des centaines d’années. Par étapes (remembrement, décentralisation qui a transféré le pouvoir de déterminer les zones constructibles des fonctionnaires de l’État aux maires, effondrement des revenus agricoles), la terre est devenue une stricte source de spéculation marchande, et le grand jardin une «zone» revendue à la découpe. Les Français sont devenus les épiciers de leurs propres terres, monnayant à vil prix ce qui constitua la fierté et la richesse de leurs ancêtres. Certaines sont livrées à une agriculture industrielle (de surcroît désormais en crise) et d’autres cédées aux infrastructures (autoroutes et échangeurs du tout-automobile, parkings) et aux activités commerciales et marchandes (entrepôts géants, déchetteries). Dans ce no man’s land, qui évoque l’organisation de l’espace aux États-Unis, consommation et destruction de l’espace sont désormais sans limite. Ainsi, l’ancien jardin qu’était la France est jonché de centaines de millions de déchets plastiques que plus personne ne ramasse, comme les autoroutes urbaines d’Île-de-France en offrent le triste spectacle.
À l’inverse de Churchill, qui réduisit fortement dès l’été 1940 les taxes sur le tabac et l’alcool pour doper le moral des travailleurs, nos dirigeants veulent des pauvres vertueux.
La caporalisation moralisatrice des masses, doublée de leur intoxication alimentaire et marchande, nourrit le terreau «populiste». Pour les ouvriers français au smic, fumer un paquet de cigarettes par jour coûtera bientôt 25 % du revenu mensuel. Faute d’argent disponible chez ces mêmes clients, la quasi-totalité des bistrots de France a fermé: il en reste 29.000 sur 600.000 il y a cinquante ans (selon France Boisson). Ainsi est mort un des principaux lieux de sociabilité français, une évolution inconnue en Espagne, dont la «modernisation» fut moins brutale et plus tardive.  À l’inverse de Churchill, qui réduisit fortement dès l’été 1940 les taxes sur le tabac et l’alcool pour doper le moral des travailleurs, nos dirigeants veulent des pauvres vertueux.
L’État peut bien promouvoir le sport et les cinq fruits et légumes par jour, la grande distribution ventile ses produits ultra-transformés.
La grande distribution et la restauration de masse ont aussi reconfiguré la société française. On mange de la perche du Nil à Boulogne-sur-Mer, le plus grand port de pêche d’Europe, du cochon est-allemand en Bretagne ou du cèpe des Balkans à Bordeaux! La grande distribution choisit et définit les fêtes en fonction de stricts impératifs commerciaux: le Nouvel An chinois a supplanté le mardi gras. Et le Coca-frites-burger est souverain pour un Français sur deux, bel exploit. L’État peut bien promouvoir le sport et les cinq fruits et légumes par jour, la grande distribution ventile ses produits ultra-transformés.
La destruction de toute culture héritée et des liens anthropologiques est le dernier étage de cet édifice. Les cultures populaires et professionnelles (langues, fêtes) ont été laminées par excès de jacobinisme et par l’exode rural, sauf dans quelques villes ou régions périphériques de l’Hexagone (Bretagne, Vendée, Nord-Pas-de-Calais, Alsace). Le grand Bassin parisien et le centre de la France ont été déculturés au sens propre. La déconstruction de l’école et le refus de la transmission ont laissé le peuple très démuni, d’autant que des phénomènes complexes se sont intriqués: effondrement du maillage catholique dense jusqu’aux années 1970, arrivée de populations aux systèmes culturels les plus divers et diffusion d’une culture marchande de masse dénuée de toute signification. La construction du sens a fait défaut, projetant ses effets sur les structures familiales (effondrement du couple stable et multiplication des enfants ballottés ou sans père).
Aux États-Unis, cette alchimie complexe a conduit à l’élection de Donald Trump, ainsi que l’a précisément décrite à l’époque la correspondante du Figaro, Laure Mandeville. Elle est désormais en train de ronger l’Europe et détourne les pays d’Europe centrale de l’Union européenne. Si ces mêmes lignes sont poursuivies, le risque est parfaitement identifié.
* Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé et docteur en histoire, Pierre Vermeren a notamment publié «Le Choc des décolonisations. De la guerre d’Algérie aux printemps arabes» (Odile Jacob, 2015) et «La France en terre d’islam. Empire colonial et religions» (Belin, 2016).
Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 16/04/2018. Accédez à sa version PDF en cliquant ici
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