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Le COVID-19 pourrait changer fondamentalement la société occidentale

Le COVID-19 pourrait changer fondamentalement la société occidentale


andrew-korybko

Par Andrew Korybko − Le 18 mars 2020 − Source cgtn.com

L’apparition soudaine du COVID-19 dans tout l’Occident a entraîné une série de décisions d’urgence prises par des dizaines de gouvernements qui auraient été impensables il y a quelques semaines à peine. De la fermeture de pratiquement toutes les entreprises, sauf les plus essentielles comme les pharmacies et les épiceries, aux quarantaines obligatoires pour des pays entiers, les Occidentaux n’ont jamais connu de mesures aussi extrêmes, même en temps de guerre.


Ces politiques nécessaires ont toutefois des conséquences indésirables de grande envergure dans les domaines social, économique et politique.

Les Occidentaux ont pour usage de se déplacer à leur guise, mais désormais la plupart d’entre eux sont obligés de rester chez eux, sauf pour se rendre dans les quelques commerces essentiels qui restent ouverts. De nombreuses personnes craignent aujourd’hui pour leurs moyens de subsistance parce qu’elles ont vécu au jour le jour et n’ont pas pu mettre assez de côté pour le proverbial « jour de disette » – ou dans ce cas, au moins « deux semaines de disette ».

D’autres encore craignent que leurs gouvernements n’exploitent à l’avenir ces décisions d’urgence pour des raisons politiques d’intérêt personnel.

Dans l’ensemble, la société occidentale semble avoir fondamentalement changé à la suite de COVID-19. Il semble impossible, du moins à ce stade précoce des tentatives de confinement d’urgence, d’imaginer que la vie puisse un jour redevenir ce qu’elle était.

Les étudiants suivent désormais des cours sur ordinateur plutôt qu’à l’école, des personnes qui pensaient vivre confortablement attendent désormais désespérément une aide gouvernementale pour les aider à joindre les deux bouts, et le scepticisme antigouvernemental croissant qui a marqué ces dernières années s’est encore accentué.

Qu’importe la durée qu’il faudra pour vaincre le COVID-19, l’humanité l’emportera certainement après que la Chine aura montré au monde que c’est effectivement possible – pourvu que chacun fasse sa part de sacrifices pour le bien commun, mais beaucoup de ces changements d’urgence pourraient devenir la nouvelle norme.

On peut comprendre que les gens deviennent réticents à avoir autant de contacts sociaux qu’auparavant, d’où la raison pour laquelle l’apprentissage en ligne pourrait devenir la norme. Ceux qui peuvent travailler à domicile continueront probablement à le faire pour la plupart, et les sceptiques envers le gouvernement pourraient être pris plus au sérieux.

Les ressortissants allemands ont été interdits de voyager pour les vacances. AFP

Le « bon vieux temps » qui consistait à ce que chacun aille où il veut (surtout dans l’UE), à ne pas trop se soucier de l’emploi et, d’une manière générale, à faire confiance aux gouvernements pour faire respecter les droits constitutionnels à tout prix semble presque être un rêve lointain après tout ce qui s’est passé au cours de ces deux dernières semaines.

On peut même dire que beaucoup sont nostalgiques de ces moments, appréciant enfin ce qu’ils auraient pu considérer auparavant comme acquis mais aussi peut-être en voyant les choses sous un jour nouveau comme étant beaucoup plus fragiles que dans leurs rêves les plus fous.

L’ennemi invisible qu’est le COVID-19 a littéralement entraîné des changements plus visibles que l’ennemi semi-invisible du terrorisme qui était considéré comme le principal ennemi de l’Occident. Tout comme le 11 septembre a transformé l’essence de la société occidentale, les deux premières semaines de mars 2020 pourraient avoir un effet similaire.

Tout s’est finalement calmé après ces terribles attaques terroristes, tout comme ce qui se passera avec cette épidémie virale. Cependant, il est naturel que les personnes les plus directement touchées dans les deux cas se souviennent de l’histoire en termes d’« avant et après » ces événements.

Certes, les changements sociaux resteront toujours flexibles dans une certaine mesure, mais il restera à voir quelle sera la profondeur des changements structurels dans les domaines économique et politique.

La nationalisation des hôpitaux et des établissements de santé en Espagne, ainsi que la possibilité tout à fait réelle de répéter ce modèle ailleurs en Occident, pourraient complètement transformer l’économie occidentale, sans parler des programmes de soutien gouvernementaux de plusieurs milliards de dollars (« renflouements ») qui sont en cours de discussion entre les citoyens pour les industries clés.

Sur le plan politique, il est encore trop tôt pour dire quels seront les changements, mais il est incontestable que le processus démocratique a été perturbé, au grand dam de quelques personnes qui ne comprennent pas la nécessité de ces mesures d’endiguement d’urgence ou qui craignent sincèrement que leurs gouvernements ne profitent du précédent qu’elles viennent de créer.

Quoi qu’il en soit, on peut conclure que COVID-19 pourrait changer fondamentalement la société occidentale de manière très radicale.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par Zokal, relu par Kira pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/le-covid-19-pourrait-changer-fondamentalement-la-societe-occidentale

Le 49-3 ? Oui, pour une vraie réforme, pas pour étatiser les retraites et faire payer le privé !

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FAIRE UN DONPOLITIQUE 4 MARS 2020

Le 49-3 ? Oui, pour une vraie réforme, pas pour étatiser les retraites et faire payer le privé !

Edouard Philippe by Jacques Paquier (CC BY 2.0) — Jacques Paquier , CC-BY

Le 49-3 ? Oui, mais pour réformer réellement la France, pas pour l’enfoncer encore plus. Aucune étude sérieuse d’impact financier n’a été faite avant l’adoption de la réforme.

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Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

Jean-Paul Delevoye et Agnès Buzyn avaient quitté le navire. Le premier, contraint et forcé après les révélations sur ses différentes fonctions et missions qu’il avait tenues cachées ; la seconde après avoir été désignée en catastrophe candidate à la mairie de Paris. Les 40 000 amendements déposés à l’Assemblée ont contribué à la cacophonie ambiante, empêchant un vrai débat sur cette réforme.

Finalement, le Premier ministre va utiliser l’article 49-3 pour faire passer le texte. Ce n’est pas une surprise (il y a eu 88 précédents sous la Ve République) mais on aurait préféré qu’il serve pour une vraie réforme, qui aurait changé radicalement le système français tout en le sauvant de la faillite.

Or, ce que fait le gouvernement n’améliorera nullement la situation. Les derniers changements et autres promesses ajoutent encore à l’opacité d’un texte qui était déjà bâclé.

GRAND FLOU SUR LA PÉNIBILITÉ, PRISE EN COMPTE DES PRIMES DES FONCTIONNAIRES

Une chose est certaine. Le Premier ministre a rappelé sa volonté de créer un « système universel de retraites » et ce sera bien une étatisation avec la mise en place d’une retraite unique. Sauf que les incertitudes et les ambiguïtés sur sa faisabilité sont nombreuses. Il y aura, pour certains, quelques « dérogations ».

La notion de « pénibilité » est encore floue, les ordonnances à ce sujet qui vont suivre pourraient englober plusieurs catégories de fonctionnaires et d’agents publics. D’ailleurs, les primes seront prises en considération dans le calcul de la retraite des fonctionnaires. Dans une étude récente, l’IREF a montré que cela coûterait probablement quelque 14 milliards d’euros supplémentaires par an à l’État, donc aux contribuables. Rappelons que les engagements retraites pour les seuls fonctionnaires représentent environ 2000 milliards d’euros.

En ce qui concerne les agents des entreprises publiques, leur entrée dans le « système universel » se fera très, très progressivement. Le texte prévoit que la réforme s’appliquera à partir de 2022 pour la génération née en 2004. Ce qui signifie que les régimes spéciaux actuels vont durer, pour ceux qui sont nés avant cette date, jusqu’à la fin des années… 2060 et qu’ils pourront en profiter jusqu’en 2100 voire davantage pour les plus âgés. À condition qu’aucun autre changement n’intervienne durant cette période.

On est donc encore loin de la suppression de ces régimes privilégiés qui perdurent grâce aux subventions publiques.

LE PRIVÉ VA PAYER MAIS COMBIEN ?

Un très grand flou entoure aussi les caisses des professions libérales. Il est surtout question de leurs réserves, plus de 125 milliards d’euros.

La grève des avocats depuis des semaines n’a pas fait plier le gouvernement même si dans le nouveau texte il est question de « garanties accordées aux professions libérales concernant leurs réserves, le maintien de leur caisse ou le calcul de leurs cotisations ». Mais alors il ne s’agirait plus d’un système unique. Difficile de croire que l’argent de ces caisses ne sera pas siphonné dans le nouveau fonds de retraite. Cela s’est déjà produit naguère avec les complémentaires, il y a donc de fortes chances que cela arrive encore.

Enfin, aucune étude sérieuse d’impact financier n’a été faite avant l’adoption de la réforme. Où le gouvernement trouvera-t-il l’argent pour payer les retraites des fonctionnaires et des agents publics ? Le privé sera de nouveau sacrifié, c’est certain, mais cette fois dans le cadre d’un système qui était censé apporter de l’équité.

Le 49-3 ? Oui, mais pour réformer réellement la France, pas pour l’enfoncer encore plus.

Sur le web

https://www.contrepoints.org/2020/03/04/365698-le-49-3-oui-pour-une-vraie-reforme-pas-pour-etatiser-les-retraites-et-faire-payer-le-prive?utm_source=Newsletter+Contrepoints&utm_campaign=b335ddecbb-Newsletter_auto_Mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_865f2d37b0-b335ddecbb-114285433&mc_cid=b335ddecbb&mc_eid=181a0d4636

Quatrième Temps Crisique

Quatrième Temps Crisique

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   mardi 03 mars 2020

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Quatrième Temps Crisique

3 mars 2020 – Je voudrais faire part à celui qui me lit d’un sentiment général qui me semble devoir beaucoup à ce phénomène, à la fois mystérieux et insaisissable mais où l’on devine une puissance cachée et formidable, qui se nomme “intuition”. C’est dire s’il ne faut pas attendre de démonstration, mais plutôt une escapade aventureuse et pleine d’exhortations. Pour autant, je suis assuré, je ne sais comment ni par quelle machination, que l’escapade n’est pas inutile.

J’ai pris mon temps avant de mesurer l’importance phénoménale, avec une cascade d’effets extérieurs au domaine, – j’en ai déjà beaucoup parlé, – de cette  crise-Covid-19. Je mesure également l’inattention que j’ai montrée sur l’instant à la force des symboles qui font correspondre cette crise à un changement de décade dont plus d’une plume ont signalé la référence centenaire et si fortement significative : les Roaring Twenties menant à la Grande Dépression, et nous, un  siècle plus tard exactement, avec ce Covid-19, l’assassinat métahistorique de Soleimani débouchant dans la même zone de tension sur une quasi-guerre Russie-Turquie mesurée, elle, à la folie mégalomaniaque d’un Erdogan.

Pour compléter  le tableau, on cite l’éruption sans fin de “D.C.-la-folle” ; je veux dire, pour rassembler les principaux événements crisiques, tout cela qui me fait croire que nous avons basculé, au changement de décennie, dans un nouveau temps crisique. Il est vrai que, dans les esprits et dans les psychologies, dans une période crisique si abyssale où la raison est  si suspecte de tant de dévergondages de subversion jusqu’à l’inversion de ce qu’elle prétend être, le symbolisme est d’une capitale importance. Il s’impose alors de faire un classement où les événements terrestres ne seront pas les ordonnateurs, mais le simples conséquences en même temps que les marqueurs de notre avancée générales, par étapes et bonds successifs au cœur des ténèbres de ces Derniers Temps.

Il y a eu à partir de notre Jour de Grâce, notre 11-septembre, un premier Temps Crisique qui est la première étape dans cet espace de temps des Derniers Temps qui englobe ce que je désigne avec une fougue et un optimisme roboratifs la Grande Crise d’Effondrement du Système (GCES). Ce premier Temps Crisique fut celui de l’effarement secret et indicible devant les considérables évènements qui se produisirent, et le peu de sens qu’on pouvait leur trouver malgré la joyeuse et roborative  ivresse américaniste, et pourtant la plupart d’entre nous toujours soumis à la fascination de cet artefact qui rythme la modernité, qu’est l’Amérique : « Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité… ».
La deuxième étape, deuxième Temps Crisique, commence avec la fracture de l’automne 2008, le spasme de la folie du monde financier cherchant à se défausser de ses excès en déclenchant un tourbillon crisique qui va accumuler le chaos dans son domaine et lancer de grandes entreprises démocratiques pour justifier nos prétentions mondiales et cosmiques, à peu près comme Mao lançait sa Campagne des Cent-Fleurs (le “printemps arabe”, ou les Cent-Fleurs du Système). Il s’agissait de renouveler le suprémacisme anglo-saxon (plutôt que “blanc”) une fois l’hypercapitalisme superbement purgé et ressourcé par cette énorme crise, et par conséquent plus “hyper” que jamais.
La troisième étape, je la situe en 2014-2015, en liant la crise ukrainienne et la crise du système de l’américanisme (Trump à partir de 2015, engendrant la haine antiTrump, USA-2016, Russiagate, etc.). Son caractère principal est une explosion absolument chaotique de la communication, un amoncellement affolant de narrative de plus en plus lourdes à porter et supporter avec leurs exigence de  déterminisme-narrativiste, une perte totale du sens de la réalité, voire plus encore, du sens de la nécessité de la réalité, la transformation de la politique en une sorte de gomme mollassonne et qu’on peut mâcher à souhait sans en rien faire sortir, le refuge dans le simulacre du simulacre du simulacre…

Ainsi en vient-on à la quatrième période, notre quatrième Temps Crisique,  du tournant précis des deux décennies et notre entrée dans nos Roaring Twenties du XXIème siècle. Avec le recul de quelques semaines, cette nouvelle décennie apparaît comme une rupture formidable et absolument naturelle, comme une tension trop forte qui se rompt avec quelle brutalité ! Et s’ouvrent effectivement nos “Vingtièmes rugissantes”, comme les marins des légendes d’antan baptisèrent les mers furieuses entre les  “Quarantièmes rugissants”  et les “Cinquantièmes hurlants” des latitudes correspondantes vers le Sud extrême des étendues glacées où jamais le vent ne s’arrête de souffler et la mer de déferler, où les marins disent qu’au-delà vers l’au-delà du Sud Dieu n’est plus.

J’ai tenté de dire tous les événements formidables caractérisant ce passage à 2020 mais, après tout, on pourrait me dire qu’il ne s’agit que  de quelques crises monstrueuses de plus, et là rien de vraiment nouveau, je veux dire ontologiquement, dans un temps qui est crisique par définition. Pourtant non, un événement colossal sans nul doute, ontologique lui, bien que dans le domaine de la perception, – c’est la fin du rêve de la globalisation, – la fin de la globalisation comme rêve de notre avenir. 

Ce poison s’est instillé partout et partout vous le sentez progresser, ce doute terrible face à cette globalisation, laquelle est l’évidente coupable de la crise-Covid-19 qui nous dévaste psychologiquement en faisant entrevoir les mécanismes de l’effondrement, d’une économie-monde qui se défait comme un Meccano mal vissé, qui bascule comme une portée de dominos en rang d’oignons, inarrêtable, inéluctable. Il se dit que le virus envahit notre monde-globalisé par ce qu’il y a de plus globalisant, de plus post-postmoderne, la très-pollueuse et très-luxueuse aviation de transport civil qui relie les capitales, les continents et les régions les plus lointaines, dans le vrombissement élégant des Airbus faisant la courte échelle au virus d’un aéroport l’autre (les Boeing, c’est moins sûr, on sait pourquoi, et Covid-19 s’en méfie comme de la peste si j’ose dire).

Il me semblerait même que cela (le rêve fracassé de la globalisation) explique la folie qui a transformé Washington D.C. en “D.C.-la-folle”, tandis qu’apparaît le second événement qui marque cette rupture rugissante… L’outil fantastique de puissance, qui semblait au service de la globalisation, qui chaque jour la trahit un peu plus ! Le système de la communication triomphant signe son empire sur le monde en apparaissant comme un Janus qui poignarde la globalisation dans le dos, répandant partout les alertes et les fantasmes de Coved-19, remplaçant le chaos de 2014-2015 par l’attaque de la contagion, cette Grande Peur des Ancien Temps retournée contre la globalisation de l’hypermodernité elle-même. Les talk-shows et le reste de  la caravane médiatique, fleuron du système de la communication plongé dans la dissection sans fin de la pandémie qui nous assaille et de la panique qu’il ne faut pas éprouver, a développé une pandémie pire que Coved-19, – et ainsi a-t-il mis, ce fleuron de la communication, en état d’accusation impitoyable la globalisation elle-même… La globalisation gémissant de douleur et rugissant de fureur !

On sent bien alors, sans y réfléchir longtemps, mais prenant plutôt le phénomène avec son intuition, comme une chose allant de soi, on sent bien qu’on se trouve emporté dans une mécanique, un enchaînement qui porte en lui la mort du Système… Je dis bien “enchaînement” comme avec une chaîne : la folie de la surpuissance de ce que nous nommons ici “déchaînement de la Matière”, qui nous a emportés jusque dans ces affreuses convulsions de sa folie destructrice, nous conduisant enfin, comme l’on se débarrasse d’un simulacre qui pourrait être un masque, à l’emprisonnement qu’est l’enchaînement de l’effondrement et de la chute, c’est-à-dire à l’autodestruction.

Pour ce qui est de ces “Quarantième rugissants” et de ces “Cinquantièmes Hurlants” que j’ai évoqués à propos de nos “Vingtièmes”, un vieux dicton des vieux marins des Temps Anciens disait de ces terribles latitudes d’un Sud ressemblant à l’Enfer glacé : « Sous les 40 degrés, il n’y a plus de loi, mais sous les 50 degrés, il n’y a plus de Dieu. » C’est comme si nous étions arrivés au terme de nos tempêtes qui balaient le cap ultime de la modernité battu par les vents, ayant brisé les lois et chassé Dieu, et que nous nous retrouvions plongés dans la tempête ultime mais aussi suprême, celle qui nous place devant nous-mêmes et devant l’alchimie saccagée de notre simulacre d’ “œuvre au noir” si diaboliquement cochonnée, pour balayer tout cela et toutes nos illusions, et enfin nous balayer nous-mêmes selon ce que nous avons fait pitoyablement de nous-mêmes.

https://www.dedefensa.org/article/quatrieme-temps-crisique

Covid-19, miroir de la crise

Covid-19, miroir de la crise

Faits et commentaires

   jeudi 27 février 2020

   Forum

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Covid-19, miroir de la crise

27 février 2020 – Ca y est, le coronavirus, désigné aussi par l’acronyme Covid-19 qui s’adapte mieux aux temps nouveaux, a atteint les USA. Non pas l’épidémie qui semble devenir pandémie, qui devient pandémie si elle atteint les USA, mais la réalisation de l’existence de la crise… Car, cette perception atteignant les USA, cette crise sanitaire devient une crise tout court, une crise-crisique si l’on veut, s’inscrivant parfaitement dans la Grande Crise d’Effondrement du Système.

Trump lui-même s’en est avisé, c’est dire ! Il est bien entendu furieux et, bientôt, il invectivera le virus Covid-19 comme il invective les démocrates et le CDC (Centers for Disease Control and Prevention, organisme officiel et public chargé des questions de santé). Sa dernière attaque en date, contre le CDC, vient du fait qu’il impute à cet organisme la chute des marchés, le  krach  erratique, tantôt au ralenti, tantôt insaisissable (« …ce krach est totalement différent de tout ce qui s’est passé auparavant… Cela sort de notre expérience habituelle », écrit Bill Blain [voir plus loin]).

Trump a tout misé, pour sa réélection, sur ce qu’il connaît le mieux et qu’il chérit comme l’indicateur suprême de son action divine : les marchés, la bourse, Wall Street. Ainsi prend-il furieusement conscience de la crise du coronavirus et fait-il en sorte, en hurlant comme il le fait et ainsi montrant une extrême préoccupation que d’aucuns croiraient venue d’un homme d’État honorable, que Covid-19 devienne dans l’esprit des gens une crise vraiment colossale aux multiples facettes. A cause de ces sonovobitches du CDC… ZeroHedge.com  résume l’affaire :

« Le penchant du président Trump à considérer les performances de la bourse comme un baromètre de la réussite de sa présidence est désormais bien connu du public. Le fait que Trump ait été extrêmement agité par les événements qui se sont déroulés à Wall Street, alors qu’il se trouvait en Inde cette semaine, n’est donc pas une surprise.
» Habituellement, nous n’accordons pas beaucoup de crédit aux articles du Washington Post sur le base-ball intérieur, qui prétendent offrir la “vérité de ce qui est caché” tout en créant une base d’où des fonctionnaires vindicatifs peuvent se venger en dénigrant anonymement le président ou même ses rivaux au sein de l’administration.
» Mais aujourd’hui, le récit de WaPo confirme en gros ce que nous soupçonnons de se dérouler en coulisses, le président s’en prenant à une autre agence fédérale et lui reprochant de faire peur aux marchés. Dans le passé, M. Trump a (publiquement ou en privé) accusé les démocrates, le secrétaire au Trésor Mnuchin, le secrétaire au Travail Wilbur Ross, Boeing et, – bien sûr, – [le président de la Fed] Jay Powell d’avoir provoqué la chute des marchés.
» Aujourd’hui, nous pouvons ajouter le CDC à cette liste. 
» Le paragraphe ci-dessous est en fait le cœur de l’histoire de WaPo, décrivant la fureur impuissante du président Trump observant sans pouvoir intervenir la chute du marché.
» “Alors qu’il a passé les deux derniers jours à voyager en Inde, Trump a observé de près la chute de la bourse et pense que les avertissements [jugés par lui trop] alarmistes du Centers for Disease Control and Prevention ont effrayé les investisseurs, ont confié des sources proches de la présidence. Certains responsables de la Maison Blanche ont été mécontents de la manière dont le ministre de la Santé et des Services sociaux, Alex Azar, a géré la situation, ont-elles précisé.” »

On comprend la situation psychologique, et par conséquent politique sinon métahistorique : Trump ne s’intéresse pas vraiment à Covid-19 en tant que tel, ce que ce virus va causer de handicaps, d’angoisse et de morts. La seule situation qui lui importe, c’est l’effet sur la bourse, sur Wall Street, parce que Wall Street est l’une des références fondamentales de son jugement et que c’est sur la situation de Wall Street qu’il a basé toute sa rhétorique de réélection d’une majestueuse reprise économique.

Tout cela n’est pas à l’avantage du personnage mais peu nous importe. Nous savons très bien, nous, ce que vaut Trump, ce qu’il ne faut pas attendre de lui (qu’il soit un homme de qualité, un homme d’Etat) et ce que l’on peut attendre de lui… Effectivement, on peut attendre de lui, et qui  est sans prix, qu’il soit antiSystème par inadvertance, à cause de ses traits de caractère démesurés, sa pétulance irresponsable, son narcissisme, son américanisme primaire, – paradoxalement puisque normalement le Système utilise ces traits de caractère à son avantage mais le Système est aujourd’hui en phase d’autodestruction ; par conséquent le paradoxe est partout puisque ce qui le favorisait et le servait dans sa surpuissance se retourne contre lui en phase d’autodestruction.

Quoi qu’il en soit, le fait majeur est bien là : grâce aux circonstances née de la globalisation, et grâce au caractère extrême de Trump, la crise sanitaire du coronavirus est devenue une crise majeure antiSystème (la crise du Covid-19) qui se place avantageusement dans le tourbillon crisique de la Crise Générale d’Effondrement du Système.

(Trump se trouve d’ailleurs pris dans l’habituel dilemme qu’impose l’énorme puissance du système de la communication et une autre pandémie chronique qui en découle, qui est la rapidité des réactions de la population avec une psychologie à vif dans les conditions actuelles. Il doit donc naviguer malgré ses outrances coutumières, entre l’affirmation que “tout va bien”, “tout est sous contrôle” et “nous avons le meilleur service de santé du monde et il est prêt”, et d’autre part une préparation à une extension de la pandémie [il nomme le vice-président Pence “Czar du coronavirus”, titre particulièrement baroque mais flatteur].)

La vertu antiSystème de cette crise est sa complète originalité, son caractère totalement inattendu, totalement nouveau par rapport aux crises auxquelles nous sommes accoutumés, – notamment les habituels “krachs des marchés”. Ils sont quelques-uns, parmi les commentateurs US qui suivent Wall Street avec attention, à découvrir le caractère sans précédent la crise Covid-19, la façon dont l’espèce de krach-insaisissable est totalement étranger au modèle habituel.

C’est ce qui rend l’événement de la crise tout à fait extraordinaire, et par conséquent un événement contre lequel on ne sait pas comment lutter. Un événement paradoxalement assez lent (par rapport à un krach  normal), qui laisse le temps de réfléchir… et de se tromper plus lourdement ! Comme l’écrit Bill Bain, qu’on cite plus loin : « Le bon côté de cette crise au ralenti est qu’elle donne aux acteurs du marché plus de temps pour réfléchir et réagir, – ce qui signifie également plus de possibilités de se tromper horriblement ! »

Voici donc cette appréciation du commentateur financier indépendant Bill Bain, sur  MorningPorridge.com, repris par  ZeroHedge.com  hier. Ce qui nous intéresse n’a strictement rien à voir avec d’éventuelles prévisions, mais avec la description de la crise, et aussi avec cette phrase que Blain place en exergue : « L’échec n’est pas de s’effondrer complètement mais de ne pas parvenir à revenir à nouveau où l’on se trouvait »…

« La réalité du marché devient… très compliquée.  D’ici la fin de la semaine, il est tout à fait probable que le marché aura baissé de 10 % ou plus par rapport au sommet de la semaine dernière (actuellement 7,5 % de baisse et à surveiller !).  Mais ce qui est effrayant, c’est que ce krach est totalement différent de tout ce qui s’est passé auparavant… Cela sort de notre expérience habituelle.
» Le marché, hier, c’était comme regarder  Homer Simpson  dévaler une pente raide.  Il rebondit sur une corniche, il s’élève un moment, avant que la gravité ne reprenne inévitablement le dessus.  Badaboum ! 
» Le marché va-t-il cesser de dégringoler aujourd’hui ? Probablement pas, – la tendance est à la poursuite du ralentissement économique, déclenché par un virus auquel le marché est réactif. Mais ce n’est pas une fin-du-monde-telle-que-nous-la-connaissons, lorsque les actions sont en chute libre et mortelle. Il s’agit d’une catastrophe au ralenti que mâchouille une prise de conscience choquée ; où la réalité du virus a induit une récession instantanée dont les conséquences continueront à s’écarter du modèle d’un krach conventionnel. 
» Le bon côté de cette crise au ralenti est qu’elle donne aux acteurs du marché plus de temps pour réfléchir et réagir, – ce qui signifie également plus de possibilités de se tromper horriblement ! 
» Cela va être une nouvelle expérience pour tout le monde.  La plupart des krachs, et c’est mon sixième ou septième depuis le premier que j’ai connu, en 1987, voient l’ensemble du marché s’effondrer en même temps.  Ce krach sera davantage lié à des fondamentaux inconnus, liés aux coronavirus, – quels secteurs et quels marques sont les plus vulnérables aux ruptures de chaînes d’approvisionnement, aux pertes de commandes permanentes, à la limitation drastique des voyages et à la mentalité d’un état de siège industriel, et quels secteurs sont les plus susceptibles de bénéficier d’un soutien gouvernemental essentiel.
» Il fait également l’objet d’une force exogène,  – les inconnues du virus. Cette force dépendra de la façon dont les gouvernements réagiront à une menace de pandémie externe plutôt que des vecteurs de crise interne habituels, comme des prêts bancaires stupidement imprudents ou l’éclatement d’une bulle boursière (même si cela n’aide pas à faire éclater la bulle de valorisation qui semblait très proche !). Les effets et le tempo de la crise vont accélérer et ralentir selon des facteurs non-économiques, – l’extension (la contagion) et les effets (décès) de la maladie. »

Ce texte montre bien les caractères inédits de la situation, – de la crise, bien entendu, du point de vue d’un observateur de l’évolution des affaires financières et boursières. Il montre :
• l’extraordinaire différence de nature entre l’événement déclencheur de la crise et ses effets, sous la forme d’une sorte de “crise secondaire”, les deux crises ayant chacune une vie indépendante tout en continuant dans un cas à exercer une influence l’une sur l’autre (Covid-19 sur Wall Street) ;
• l’impossibilité pour les acteurs de la “crise secondaire” (Wall Street), pourtant considérée comme “crise principale” par eux, de prévoir quoi que ce soit de l’évolution de ce qui est chronologiquement la “crise principale” (la crise Covid-19), qui n’est pour eux que la “crise déclencheuse” (ou “crise-détonateur”) ;
• par conséquent, l’emprisonnement de cette chaîne crisique complètement improbable dans un ballet de cause à effet éventuellement réciproque, ne répondant à aucune logique de crise par rapport à l’expérience qu’on en a. 

L’abîme de la globalisation

Nous avons déjà signalé (voir PhG, le 15 févrieret le 26 février 2020) le caractère extraordinaire de la crise Covid-19 par rapport aux épisodes de pandémies habituels. PhG cite les pandémies de la “crise asiatique” (1957) puis de la “crise de Hong-Kong (1968), et il aurait pu citer, plus proche de nous, la pandémie SRAS de 2003 qui, de la même façon, n’eut aucun effet sérieux hors du domaine sanitaire et ne fut en aucun cas le détonateur de rien. Ce dernier cas était cité hier par François Lenglet sur LCI, avec ce commentaire : « Oui, mais en 2003 la Chine faisait 3% du PIB mondial, aujourd’hui elle fait 16% ». D’autres parlent de la Chine d’aujourd’hui comme “l’usine du monde” pour constater que la chose est en panne.

Mais au-delà de ces explications conjoncturellement justes mais que nous jugeons structurellement insuffisantes, ce que nous constatons, et cela comme une nouveauté par rapport aux crises précédentes, c’est l’extraordinaire “solidarité négative” qu’implique la  globalisation qui caractérise aujourd’hui, hors de tout contrôle, les relations internationales. Le paradoxe, qui est bien entendu le “paradoxe de la globalisation” car là (dans ce phénomène de la globalisation) se trouve l’explication, c’est que ce nouvel (?) arrangement (?) du monde crée une “solidarité” des effets catastrophiques. Sur le plan “constructif”, les insuffisances de la globalisation sont évidentes, sinon furieuses et agressives. Les tensions internationales sont considérables, beaucoup plus nombreuses et diverses qu’en aucun autre époque dans l’histoire, et presque impossibles à apaiser. La coopération dynamique, celle qui est capable de créer des nouvelles situations pour nous faire sortir de nos impasses, – c’est dire si nous écartons les accords de libre-échange signés aveuglément, – est pratiquement inexistante et la législation internationale est le plus souvent réduite à la loi du plus fort.

Par contre, ce que nous montre la crise actuelle, c’est que ses aspects et conséquences négatives menacent tous les acteurs de la globalisation, soit par effets directs, soit indirectement. Dans ce cas, nous sommes “enchaînés”, comme dans une prison à ciel ouvert et sans barreaux nécessaires puisqu’enchaînés les uns aux autres, derrière une devise qui en rappelle fâcheusement d’autres, – ce pourrait être “la globalisation c’est la liberté”. Il s’agit, si l’on veut, d’un “enchaînement” des acteurs-figurants que nous sommes du fait du “déchaînement de la globalisation” (correspondant au “déchaînement de la Matière”).

Nous avons regardé et écouté les premiers échos du coronavirus, alias Covid-19, d’un œil serein et critique. Il n’était question que de savoir si le gouvernement chinois mentait ou disait la vérité, si les droits des gens étaient respectés, si l’organisation de riposte du gouvernement chinois à l’épidémie naissante était au point, si la croissance chinois reculerait de un, deux ou trois points. Pompeo ricanait ouvertement en réclamant un regime changed’urgence, avec tant de bonhomie qu’on s’interrogeait pour savoir si ce n’était pas ses services qui avaient fabriqué la bestiole Covid-19. Bref, le Système se félicitait bruyamment de sa propre vertu, de sa propre morale, de sa propre démocratie dont les Chinois s’avéraient plus que jamais dépourvus et privés à la fois. Puis brusquement, aidés en cela par le début de l’expansion du virus, nous commençâmes à réaliser que nous étions tous dans la même baignoire, à barboter misérablement, et que le sort des Chinois n’était contenu par aucune barrière, que les chaînes qui nous unissent constituaient le meilleur moyen de partager le même sort éventuellement catastrophique, de connaître les mêmes avatars.

Il est très probable, à notre sens, que c’est évidemment cette réalisation qui a conduit notre perception à passer de la seule crise sanitaire du coronavirus à la crise “détonatrice” Covid-19 déclenchant une réaction “en chaîne” (là aussi) nous faisant passer, ou bien plutôt révélant en plein jour qu’il s’agit en fait de la crise du Système, c’est-à-dire d’une étape supplémentaire, et peut-être décisive comme l’on peut dire de plus en plus pour chaque épisode, de ce que nous appelons la Grande Crise d’Effondrement du Système (GCES). De ce point de vue, les polémiques politiques antichinoises du début ont bien contribué à accélérer cette prise de conscience, en donnant une dimension politique et polémique à la perception, en éloignant cette perception de la neutralité solidaire qui caractérise ce qu’on ressent devant une crise sanitaire.

Dans cette dynamique de la perception, il est évident que les USA jouent un rôle déterminant, bien que Pompeo n’ait pas encore demandé de regime change (aux USA)pour sanctionner la folie de Wall Street de ces derniers jours. Ces quatre-cinq derniers jours, alors que l’enchanteur-TV Trump se trouvait en Inde à tenter de séduire Modi, tout s’est mis en branle pour que les USA en prennent conscience, d’un seul élan d’une psychologie collective étrangement alertée et finalement montrant une fois de plus sa fragilité. Cette prise de conscience, comme d’habitude avec les USA, fit grand bruit, d’autant plus que le président Trump éructait de fureur parce que ses fonctionnaires avaient porté un rude coup au moral des traders de Wall Street et qu’on lui avait abimé son indice du NASDAQ. 

Il va être très difficile, c’est-à-dire impossible de se défaire de cette idée, que certains disent à haute voix et que d’autres dénoncent avec une hâte bien suspecte, que nous assistons à une “crise de démonstration” catastrophique du déterminisme du Système, c’est-à-dire de la globalisation pour ce cas, d’un déterminisme qui conduit irrémédiablement à la catastrophe. D’une certaine façon, l’on peut avancer le jugement que nous assistons, en direct, “en temps réel” comme ils disent, “en boucle” comme l’on vit l’attaque du 11-septembre, à l’agonie de la globalisation comme une blessure mortelle percée dans le flanc du Système. C’est dire combien nous pensons que cette affaire ne se résumera pas à un certain nombre de malheureux décès et à une myriade de malades, à la pratique de la quarantaine, au port du masque, aux restrictions de circulation ; c’est à autre chose qu’il faut penser, c’est-à-dire à la possibilité de la nécessité d’un réarrangement du monde dans l’ère du post-coronavirus, – si nous arrivons à bout de cette pandémie.  

Comme l’écrit James Howard Kunstler, « Nous n’avons pas vu venir ce truc ». Rassemblant toutes les excentricités et les folies de la situation intérieure des USA et du pouvoir de l’américanisme, – car cette dimension du désordre intérieur et de l’affrontement radical qui le guide est bien en place pour accélérer et renforcer la puissance de la crise, – il les couronne par l’apparition du Covid-19 et retrouve les idées qu’il avait émises deux semaines avant, qui se précisent, qui prennent forme, qui deviennent pertinentes, sinon évidentes

 « Cela devient sérieux maintenant. Certains d’entre vous ont peut-être remarqué ce matin que les indices boursiers se dirigent vers la pire ouverture depuis des années. Aujourd’hui, M. Market s’est réveillé, comme  Rip Van Winkle, et a découvert que le monde avait changé pendant qu’il dormait. Il y a de fortes chances que les conditions de la vie quotidienne en Amérique se détériorent fortement dans les mois à venir. Depuis janvier, nous avons observé à distance les rues vides de Wuhan et d’autres villes chinoises, pensant que c’était comme une de nos émissions d’horreur sur le réseau câblé. Il n’est pas inconcevable qu’une ville américaine, ou plus d’une, soit soumise à une quarantaine, ou qu’un grand nombre de personnes ne quittent tout simplement pas leur maison pendant un certain temps. Les camionneurs continueront-ils à transporter par camion les choses dont les gens ont besoin ? Nous ne le savons pas. Comment organiser une convention politique dans une telle situation, ou même une élection ? »

Nous n’avons rien vu venir et nous ne savons pas, et nous ne savons rien. Nous sommes irrésistiblement pris de vitesse par les événements qui s’ordonnent, seuls, pour imposer un rangement métahistorique à cette période étrange et extraordinaire que nous vivons. Métaphoriquement, tout se passe comme si la Grande Crise qui attaque le Système cherchait toutes les voies pour le faire, mais aussi pour se signaler à nos psychologies souvent déroutées par une perception faussée ; comme si la crise avait une vie propre et, agissant comme un événement autonome, avait trouvé dans ce cas une voie extrêmement audacieuse et novatrice pour prendre tout le monde, – et notamment le Système, – par surprise.

… D’un point de vue opérationnel, la globalisation est la victime désignée de cet épisode. Nous croyions que la globalisation était au bord de l’abîme et nous réalisons que la globalisation est un abîme où elle est elle-même en train de se perdre. Il va falloir commencer à penser aux choses sérieuses.

https://www.dedefensa.org/article/covid-19-miroir-de-la-crise

Un nouveau concept macronien : le séparatisme islamiste

Un nouveau concept macronien : le séparatisme islamiste

Dernière invention en date, paraît qu’il ne faudrait plus dire « communautarisme » mais « séparatisme »

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Clemenceau aurait dit : « Si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission. » Emmanuel Macron, admirateur du Tigre, dit-on, a bien compris la leçon. La preuve : l’an passé, il a inventé une méga-commission baptisée pompeusement « grand débat national ». L’enterrement de première classe fut de toute beauté. Autre méthode : lancer sur les ondes un nouveau concept, un nouveau mot qu’on n’avait pas encore employé pour essayer de contourner un problème que vous ne savez pas par quel bout prendre. Dernière invention en date : le séparatisme islamiste. Paraît qu’il ne faudrait plus dire « communautarisme » mais « séparatisme ». Outre-Atlantique, on a appelé ça le sécessionnisme.

On avait, pour la Corse, le Pays basque, la Bretagne, les séparatismes corse, basque, breton. On aura donc le séparatisme islamiste. Fallait y penser. C’est dans quel coin de France, l’Islamie – ou l’Islamistan -, que l’on situe un peu, sur la carte ? Les séparatismes – corse, breton, basque, etc. – ont un gros avantage : certes, il leur est arrivé, par le passé, de déposer des bombes et même de faire des morts, mais ils réussissent en même temps à capter une certaine sympathie car l’aspiration à plus de liberté locale peut avoir sa légitimité. Plus compliqué pour le séparatisme islamiste par les temps qui courent, faut bien reconnaître. Ensuite, ces séparatismes ont leur corollaire, leur version soft, en quelque sorte, qu’on appelle l’autonomisme, voire le régionalisme. Là, du coup, le capital sympathie monte en flèche. Mettez-y quelques chants polyphoniques, une langue régionale respectable, des costumes traditionnels des plus charmants, et le touriste, citoyen à ses heures perdues, ne peut qu’être sensible à l’argument. On peut même envisager un statut spécial dans la Constitution de notre République, réputée « une et indivisible ».

Mais vouloir lutter contre le séparatisme, c’est en quelque sorte admettre qu’il existe une portion de la communauté nationale qui veut se couper de la nation, si ce n’est déjà fait, qui souhaite faire sécession. C’est reconnaître qu’il existe des communautés sur notre territoire. De là à les reconnaître… Les fameux « territoires perdus de la République » ? Perdus : pas pour tout le monde, semble-t-il… Jusqu’à ce jour, notre République s’est toujours refusée à reconnaître sur le territoire métropolitain une quelconque communauté. Alors, le communautarisme aurait-il déjà gagné avec cet abandon sémantique ? Emmanuel Macron, alors qu’il était en visite à Mulhouse, ce 18 février, a avoué « ne pas être à l’aise avec ce terme de communautarisme ». Entre nous, qu’il ne soit pas à l’aise sur le sujet, on l’avait un peu remarqué, depuis bientôt trois ans qu’il est au pouvoir. Il paraît qu’il y a des Français, eux aussi, qui ne sont pas à l’aise : non pas avec « ce terme » mais avec le communautarisme tout court. Et cela ne remonte pas à 2017.

On n’est donc pas à l’abri de la création d’une commission.

La guerre de Sécession (1861-1865) fit plus de 600.000 morts, aux États-Unis, ce qui en fait le conflit le plus meurtrier dans lequel ce pays fut impliqué.  5kÉTIQUETTESCommunautarismeEmmanuel MacronSéparatisme

Georges Michel

Colonel à la retraite

https://www.bvoltaire.fr/un-nouveau-concept-macronien-le-separatisme-islamiste/?utm_source=La+Gazette+de+Boulevard+Voltaire&utm_campaign=730fc5fcff-MAILCHIMP_NL&utm_medium=email&utm_term=0_71d6b02183-730fc5fcff-30450793&mc_cid=730fc5fcff&mc_eid=d973bb6006

Affaire Mila : un stress test pour la liberté d’expression ?

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FAIRE UN DONLIBERTÉS PUBLIQUES 13 FÉVRIER 2020

Affaire Mila : un stress test pour la liberté d’expression ?

Dans ce débat, chacun est sommé de prendre position, entre la liberté et la censure, entre la lâcheté et les Lumières de la raison. Coup de gueule.

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Par Benjamin Faucher.

L’affaire Mila s’est révélée être un véritable cas pratique de la liberté d’expression.

Rappelons les faits : une jeune fille, en réponse à un harcèlement violent et insistant, a fini par déclarer dans un langage fleuri sa haine de la religion islamique.

Elle ne cesse depuis lors de recevoir des insultes, des menaces de mort et de viols. Au pays de Voltaire, cinq ans après Charlie, on pourrait s’attendre à ce que toute la population fasse corps pour la défendre, et avec elle notre liberté d’expression si précieuse. Pourtant il n’en est rien.

Il faut dire que cette affaire pose la question de la liberté d’expression en poussant sa logique jusqu’au bout et appelle à clarifier les choses. Il est aisé de se dire en faveur de cette liberté lorsqu’on discute de la suppression de l’ISF ou de la météo. Mais lorsqu’on touche à une religion pratiquée par plusieurs millions de Français, les choses se gâtent.

UNE IDÉOLOGIE COMME UNE AUTRE

Pourtant, l’islam est une idéologie comme une autre (christianisme, écologisme, libéralisme, monétarisme…), c’est-à-dire un système de valeur basé sur des croyances inter-subjectives qui a une vocation normative. Pourquoi alors un tel traitement de faveur ? Certains invoquent le fait que s’en prendre à une religion heurte ceux qui la pratiquent. Un tel argument est totalement irrecevable.

Les libéraux devraient-ils crier à l’insulte quand certains vilipendent « l’ultra-libéralisme » ? Les communistes devraient-ils hurler à l’infamie si quelqu’un venait à dire « Marx, c’est de la m… ? ». Bien sûr que non.

Alors, pour la religion, c’est la même chose.

Certains avancent que la jeune fille aurait insulté la religion, à laquelle nous devons le respect. Il s’agit d’une confusion très grave entre ce qui relève de l’expression légitime, et de l’insulte. Celle-ci porte atteinte à l’intégrité morale ou menace l’intégrité physique des personnes. Une religion, une idée, ou Dieu, sont des idées, elles ne peuvent donc pas être insultées. Par conséquent, on ne leur doit aucun respect. Sinon, cela revient à reconnaître par définition le blasphème.

Contrairement à ce que veulent nous faire croire ceux qui veulent cacher leur lâcheté dans du juridisme, la limite n’est pas difficile à établir. Pouvoir dire « telle religion, c’est de la merde » est un droit fondamental, alors que « tels religieux sont des merdes » est un délit qu’il faut condamner fermement. Il suffit de savoir repérer le sujet dans une phrase. Normalement, c’est du niveau CE2.

LE SILENCE MÉDIATIQUE ET POLITIQUE

Le plus hallucinant reste quand même la réaction d’une grande partie de la classe politique et médiatique. Avec l’affaire Mila, c’est bas les masques.

La garde des Sceaux, voulant probablement appliquer un « en même temps » juridique n’a rien trouvé de mieux que de déclarer « l’insulte à la religion, c’est évidemment une atteinte à la liberté de conscience. C’est grave. »

Tant pis pour Voltaire.

Pire encore, le délégué général du CFCM Abdallah Zekri estime que «elle l’a cherché […] qui sème le vent récolte la tempête ».

Tant pis pour Charlie Hebdo.

Ségolène Royal quant à elle, se cache derrière le fait que la jeune Mila serait en pleine « crise d’adolescence ».

Tant pis pour Greta Thunberg.

Plus assourdissant que ces petites pirouettes intellectuelles minables est le silence, qui n’est pas sans rappeler celui qui avait fait suite aux menaces que subissait Charlie Hebdo pour ses caricatures du prophète, peu de temps avant les attentats. Où est la France Insoumise, elle qui a l’habitude de donner des leçons de républicanisme ? Où est le parti socialiste ?

Certes, Olivier Faure et Adrien Quatennens ont réagi il y a peu, mais deux semaines après la bataille, après que les journalistes les aient poursuivis dans les couloirs de l’Assemblée…

Où sont les associations LGBT, les féministes, les Guillaume Meurice et autres artistes engagés, pourtant si prompts à défendre la veuve et l’orphelin ? Il faut dire qu’il est plus facile de jouer les indignés en dénonçant la violence symbolique que représente un mail n’employant pas l’écriture inclusive que de défendre ceux qui subissent des vraies violences.

Où sont les apprentis révolutionnaires de l’UNEF ? Où sont les progressistes de la République En Marche ? Où sont passés les communistes, sans Dieu ni maître, normalement vaillants combattants de « l’opium du peuple » ?

Où sont les journaux qui se revendiquent de l’héritage de Jaurès ? Les InrocksTelerama semblent aux abonnés absents. La gauche actuelle a oublié ses racines et se déshonore.

VINGT ANNÉES DE RENONCEMENT

Cette jeune fille paie 20 années de renoncement et lâchetés sur la liberté d’expression. Elle est également victime du politiquement correct qui a construit une société du ressenti, où chacun peut exacerber sa sensibilité pour se victimiser et s’improviser censeur.

On accuse souvent les libéraux d’être des individualistes mesquins ne pensant qu’à eux. Rien n’est plus faux. Défendre la liberté, c’est s’attacher à ses principes, les défendre jusqu’au bout, même quand ils font mal. La liberté d’expression est entière ou n’est pas.

Entre le droit à l’irrévérence et le délit de blasphème, il n’y a pas de juste milieu. Dans ce débat, chacun est sommé de prendre position, entre la liberté et la censure, entre la lâcheté et les Lumières de la raison.

Les silencieux sont les fossoyeurs de nos libertés publiques.

https://www.contrepoints.org/2020/02/13/364217-affaire-mila-un-stress-test-pour-la-liberte-dexpression?utm_source=Newsletter+Contrepoints&utm_campaign=200284859b-Newsletter_auto_Mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_865f2d37b0-200284859b-114031913&mc_cid=200284859b&mc_eid=acae01963f

Collectif Némésis : « Les féministes de gauche ne pointent pas les persécuteurs de Mila pour des raisons idéologiques »

Collectif Némésis : « Les féministes de gauche ne pointent pas les persécuteurs de Mila pour des raisons idéologiques »

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Le collectif Némésis dénonce l’indignation à géométrie variable des féministes, dans de récentes affaires ayant touché des jeunes femmes victimes de viol (étudiante à Rouen) ou de menaces de mort (Mila) ou, plus récemment, lors du meurtre sordide de Laura.

Quelle est votre position sur l’affaire Mila ?

Nous avons soutenu la jeune Mila dès le début de l’affaire et relayé le hashtag #JeSuisMila, nous considérons que cette jeune fille n’a fait qu’utiliser son droit à la liberté d’expression et qu’il est intolérable qu’en France, elle doive se cacher comme si elle vivait en Afghanistan ou en Égypte. Elle a rejoint la longue liste de supposés blasphémateurs comme Salman Rushdie (victime d’une fatwa de l’ayatollah Khomeini), Taslima Nasreen, plus proche de nous Robert Redeker, les dessinateurs de Charlie Hebdo et tant d’autres qui ont été menacés de mort pour avoir osé critiquer la religion musulmane.

Vous avez pointé la lâcheté des associations féministes. Pourquoi, selon vous ?

Les associations féministes classiques ont été gênées pour soutenir Mila pour ne pas apparaître comme islamophobes. Ainsi Caroline De Haas, de Nous toutes !, a tenté de noyer l’affaire en la comparant à du simple cyber-harcèlement (cf. sa dernière interview sur le site des Inrocks) en évacuant le côté religieux, tandis qu’Osez le féminisme ! a gardé le silence, préférant parler de problèmes de pilosité ou critiquer Miss France. Ces organisations restent prisonnières de leur appartenance à la gauche de la gauche militante, ce qui fait qu’elles ne peuvent pas pointer du doigt les persécuteurs de Mila pour des raisons idéologiques. Nous devons aussi ajouter que les associations LGBT ont été complètement absentes, également.

Récemment, vous avez apporté votre soutien à une jeune Rouannaise violée par un migrant camerounais. Encore une fois, omerta des associations féministes. Quel est ce malaise ?

Les associations féministes locales n’ont pas eu le moindre mot pour la victime de ce violeur. Pire encore : elles ont même effacé des commentaires de nos militantes qui leur avaient simplement demandé pourquoi elle n’en avait pas parlé alors que la victime est de leur ville. Là encore, l’idéologie pro-immigration des militantes féministes les empêche de dénoncer des violeurs, agresseurs et meurtriers lorsqu’ils sont de nationalité étrangère. Entre les migrants et la sécurité des femmes, ces associations ont choisi leur camp depuis longtemps. Nous, nous ne sommes pas prisonnières de l’idéologie qu’on pourrait nous prêter puisque nous avons aussi attaqué Gabriel Matzneff (encore heureux !) qui est associé à la « droite littéraire » depuis quelques années.

Sur Twitter, le hashtag #JeSuisLaura, du nom de cette jeune fille de 16 ans retrouvée égorgée, émerge. Là aussi, on n’entend mal les relayeurs d’opinion. Toujours le même problème, d’après vous ?

Nous ne connaissons pas le profil du tueur de Laura, mais le fait que les relayeurs d’opinion n’en parlent pas est significatif de l’action des dirigeants politiques et des grands médias pour cacher l’ensauvagement de la France et l’aggravation de la criminalité. Des affaires qui auraient fait les gros titres de la presse, il y a quelques années, sont maintenant relayées dans les pages « faits divers » des journaux régionaux. Les principales victimes en sont les femmes françaises, qui sont la cible principale des crimes les plus sordides.

https://www.bvoltaire.fr/collectif-nemesis-les-feministes-de-gauche-ne-pointent-pas-les-persecuteurs-de-mila-pour-des-raisons-ideologiques/

Schiappa : lutte contre les discriminations et double langage

POLITIQUE 8 FÉVRIER 2020

Schiappa : lutte contre les discriminations et double langage

GA74 Marlène Schiappa by UN WOmen (CC BY-NC-ND 2.0) Photo: UN Women/Ryan Brown — UN Women-Ryan Brown, CC-BY

Marlène Schiappa livre à la vindicte populaire des entreprises qui n’ont nullement enfreint le droit mais qui ont eu l’audace de ne pas obéir au doigt et à l’œil à la secrétaire d’État.

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Par Nathalie MP Meyer.

Nathalie MP Meyer

leblogdenathaliemp.c…

Nathalie MP Meyer est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient « Le Blog de Nathalie MP » avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.

Journée noire, hier 6 février 2020, pour Marlène Schiappa, l’égalité H/F et la lutte contre les discriminations dont elle porte les couleurs au sein du gouvernement !

Non seulement Isabelle Kocher, désormais connue comme « la seule femme à la tête d’un groupe du CAC 40 » n’a pas été renouvelée dans ses fonctions de directrice générale d’ENGIE, mais l’annonce solennelle de la « stratégie interministérielle de lutte contre les discriminations » avec promesse de name and shame prévue également hier s’est transformée en une discrète réunion de travail que la secrétaire d’État n’a même pas évoquée lors de son passage sur Europe 1 le matin même.

Les violences sexuelles dans le sport et dans le monde du cinéma, les douze nominations du film J’accuse de Roman Polanski aux Césars 2020, la question de l’excision, l’affaire Mila – tous les sujets féministes du moment furent abordés, mais pour la stratégie gouvernementale contre les discriminations à l’embauche, on attendra.

Et pour cause : selon des confidences de l’entourage de Marlène Schiappa, « il n’y a pas encore de stratégie ».

Pourtant, à en croire de précédentes déclarations de la secrétaire d’État, sur RTL notamment (vidéo ci-dessous, 02′ 49″), on allait voir ce qu’on allait voir ! Du jamais vu auparavant, justement :

« Il y a eu des mesures contre les discriminations qui ont été prises mais il n’y a jamais eu de stratégie interministérielle avec la totalité du gouvernement mobilisée sous l’autorité du Premier ministre. »

Or il reste beaucoup à faire, aussi bien en matière de logement qu’en matière d’emploi ou de loisirs : d’abord veiller à la montée en puissance de la « Brigade anti-discrimination » créée en avril dernier avec le ministre de la Ville et du Logement Julien Denormandie, et dont l’idée lui avait été suggérée par un intervenant lors du débat qu’elle avait animé dans l’émission Balance ton post de Cyril Hanouna.

Puis poursuivre les testings et intensifier le name and shame, c’est-à-dire la dénonciation publique des entreprises qui discriminent afin de les livrer à l’opprobre de l’opinion publique :

« La journaliste : (Le 6 février) vous allez les dénoncer, ces entreprises qui n’embauchent pas ? Vous allez faire une liste qui sera publiée ?

– Marlène Schiappa : Oui, tout à fait. »

RTL France@RTLFrance

VIDEO – Discrimination à l’embauche : des entreprises seront « dénoncées » le 6 février, annonce @MarleneSchiappa dans #RTLMatin avec @VenturaAlba

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Rien que de très noble et de parfaitement justifié, car in fine, c’est aussi la lutte contre le communautarisme qui motive ces mesures très spéciales inspirées du politiquement correct anglo-saxon. Or pour Mme Schiappa, « le communautarisme se nourrit aussi de ces discriminations ».

Ce n’est pas forcément toujours faux, mais les actions proposées ont-elles la moindre chance d’aboutir à quelque chose ? Et surtout, s’appuient-elles sur une mesure sérieuse de la discrimination effectivement pratiquée en France ?

Tout est parti d’une étude demandée par le gouvernement à des chercheurs des universités Paris-Est Marne-La-Vallée et Paris-Est Créteil. Entre octobre 2018 et janvier 2019, ceux-ci ont envoyé plus de 17 000 lettres de candidature ou de demande de renseignements fictives à 103 entreprises classées parmi les 250 premières capitalisations boursières. La première moitié des lettres émanait de candidats dotés d’un prénom et d’un nom d’origine française et l’autre moitié de candidats dotés d’un profil identique mais avec nom et prénom d’origine maghrébine.

Pour France Inter qui a diffusé l’étude, mais pas que, si le gouvernement semble peu pressé d’accorder trop de publicité à ce testing, c’est évidemment que les résultats en sont catastrophiques :

« Les candidats nord-africains ont près de 20 % de réponses en moins que les candidats français. »

La discrimination fondée sur l’origine serait pratiquement un sport national, notamment pour les grandes entreprises. En revanche, le lieu de résidence du candidat serait assez peu significatif. Conclusion des chercheurs :

« L’étude met en évidence une discrimination significative et robuste selon le critère de l’origine à l’encontre du candidat présumé maghrébin. »

Mais à examiner les résultats chiffrés de plus près, il y a largement de quoi douter du caractère concluant de l’étude. Car finalement, sur 103 grandes entreprises testées fictivement, seules 5 à 15 sont identifiées comme discriminantes.

De plus, toute personne ayant recruté un jour sait bien qu’une embauche ne se résume pas seulement à un CV. La plus ou moins grande abondance de candidats dans le secteur économique qui recrute ainsi que la personnalité du candidat et le sentiment qu’on a, ou pas, qu’il va être capable de s’intégrer aux équipes et qu’on va pouvoir s’entendre avec lui comptent tout autant.

Toutes choses que ces testings ne prennent pas en considération, ce qui réduit largement la pertinence de leurs conclusions. Une embauche est à l’évidence une sélection multifactorielle mi-objective mi-subjective.

Quoi qu’il en soit, à défaut d’avoir une « stratégie », Marlène Schiappa de retour chez Hanouna hier soir, a tenu sa promesse de name and shame à grand spectacle et livré au public le nom de 7 entreprises « qui ont une forte présomption de discrimination à l’embauche » tout en avançant des données différentes de celles de l’étude précitée : Air France, Accor Hotels, Altran, Arkema, Renault, Rexel et Sopra Steria.Balance Ton Post@BalanceTonPost

➡️ @MarleneSchiappa cite les 7 entreprises qui ont une forte présomption de discrimination à l’embauche. #BalanceTonPost

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C’est du reste une technique qui fut déjà utilisée par l’équipe au pouvoir – par Emmanuel Macron lui-même pour stigmatiser cinq entreprises qui payaient leurs factures en retard alors qu’il était ministre de l’Économie de François Hollande (2015), par la secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire Brune Poirson à l’encontre de quatre entreprises qui triaient mal leurs déchets (2019) et par Marlène Schiappa pour dénoncer deux entreprises qui avaient refusé de participer à une réunion de sensibilisation à la féminisation des instances dirigeantes (2017).

Si les deux premiers exemples de name and shame ont au moins pour eux l’avantage de s’appuyer sur une violation effective de la loi, il n’en va pas de même du procédé de Mme Schiappa. Dans ce dernier cas, il s’agit tout simplement et tout autoritairement de livrer à la vindicte populaire des entreprises qui n’ont nullement enfreint le droit mais qui ont eu l’incommensurable audace de ne pas obéir au doigt et à l’œil à la secrétaire d’État.

Quant à la « forte présomption » sur laquelle repose sa dernière liste sur la base de testings parfaitement fictifs, elle vaut manifestement condamnation sans qu’il n’y ait de jugement régulier à charge et à décharge. La réprobation de Mme Schiappa bien relayée par le public suffira.

C’est la version « bonnet d’âne » de nos écoles d’antan appliquée aujourd’hui à tous les membres de la société pour peu qu’ils n’obtempèrent pas aux injonctions morales de nos dirigeants et de tous les bien-pensants, ONG, associations, etc. qui les pressent d’agir. Imaginez le tollé si un instituteur s’avisait aujourd’hui de planter un bonnet d’âne sur la tête d’un élève… Quelle odieuse discrimination ce serait !

C’est là que le double langage de Mme Schiappa apparait au grand jour. Sur Europe 1 hier, elle se défendait de parler au nom d’un ordre moral. Seul le respect du droit lui importait. Une préoccupation à géométrie très variable, manifestement :

Quant à l’éviction d’Isabelle Kocher, tant Bruno Le Maire que Marlène Schiappa ont dit et répété que seuls les critères économiques entreraient en ligne de compte dans la décision de l’État, actionnaire à 23 % d’Engie.

Mais là encore, abus de double langage. Selon Nicolas Doze sur BFM :

« Le mot d’ordre qui circule à l’Élysée pour remplacer Isabelle Kocher, c’est qu’il faudra absolument une femme. »

De leur côté, Le Maire et Schiappa travaillent à une loi sur l’égalité dans le monde économique qui prévoit d’instaurer des quotas de femmes dans les comités de direction des entreprises (dits aussi comex, codir, comités de pilotage, comités stratégiques, etc.) sur le modèle de ce qui se fait déjà au niveau des conseils d’administration depuis 2017 avec la loi Copé-Zimmermann, c’est-à-dire l’obligation qu’y siègent au moins 40 % de femmes.

Naturellement, rien ne se fera contre les entreprises. Mais, ajoute immédiatement Marlène Schiappa après cette remarque qui s’avère donc de pure forme :

« Si on a en face des gens qui sont opposés à nous, on n’y arrivera pas. Donc avec Bruno Le Maire, on travaille avec beaucoup de volontarisme, beaucoup de détermination pour notre objectif qu’est l’égalité femme-homme dans l’économie. […] Il faut à un moment se donner des objectifs fermes et ne pas laisser les choses se faire sinon elles ne se font pas. Il y aura des quotas, oui. »

Marlène Schiappa veut croire que la loi Copé-Zimmermann a eu beaucoup d’influence depuis 2017 ; il faudrait donc continuer dans cette voie coercitive. On observe cependant que si l’égalitarisme parfait auquel elle aspire n’est pas réalisé, les progrès sont réels depuis plus de 10 ans : aujourd’hui, la part des femmes dans les comités de direction des entreprises du CAC 40 atteint 20,9 % contre 7,3 % en 2009.

Quant aux principaux intéressés, il savent au fond d’eux-mêmes qu’en ce domaine une loi avec quotas, obligations et interdictions n’est pas la panacée, même si de prime abord il peut sembler plus facile et plus rapide d’en passer par la contrainte pour forcer le système à évoluer :

« Je n’aime pas l’idée de quotas, c’est assez humiliant et une défaite de l’intelligence. » (Alexandra Boutelier, Directeur général du Consortium Stade de France)

« On peut pas changer les gens comme ça avec une simple loi. » (André, 52 ans, demandeur d’emploi d’origine camerounaise et handicapé)

Ce qu’on pourrait faire, en revanche, ce serait de restaurer l’autorité et la qualité de notre système éducatif en général et renforcer l’attractivité et le contenu programmatique des filières en lien avec la nouvelle économie numérique qui recrute énormément et qui recrutera encore plus dans les années à venir.

Mais l’on préfère à l’évidence organiser des « Semaines du goût » à l’école et nommer des « référents Égalité » dans les collèges puis réarranger le monde à coups de quotas et de name and shame. Tout pour l’épate médiatique, rien sur le fond. Ça promet.

Sur le web

https://www.contrepoints.org/2020/02/08/363924-schiappa-lutte-contre-les-discriminations-et-double-langage?utm_source=Newsletter+Contrepoints&utm_campaign=498bb9acfd-Newsletter_auto_Mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_865f2d37b0-498bb9acfd-114031913&mc_cid=498bb9acfd&mc_eid=acae01963f

« Éloge du libéralisme » de Joseph Macé-Scaron

7 FÉVRIER 2020

« Éloge du libéralisme » de Joseph Macé-Scaron

Un éloge émaillé de références invitant à la (re)découverte. Une tentative de réhabilitation d’une philosophie fondatrice détournée de ses principes fondamentaux et porteuse d’avenir.

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Par Johan Rivalland.

De Joseph Macé-Scaron, j’ai lu il y a déjà une douzaine d’années La tentation communautaire, un petit essai au thème intéressant, mais que j’avais trouvé un peu brouillon dans l’écriture.

Il me semble que le présent essai, tout aussi intéressant, est un peu mieux calibré sur la forme, ne serait-ce que par son organisation par chapitres. J’y retrouve cependant la verve de l’auteur, qui a tendance à écrire dans un style inspiré, passionné, aux multiples références culturelles et historiques, mais qui gagnerait de mon point de vue à ordonner les idées de manière plus simple, moins multiforme, plus recentrée, un peu moins littéraire en quelque sorte, puisqu’il me semble avoir les défauts de ses qualités.

Par l’art des formules – un peu à la manière d’un Philippe Murray – son approche souffre à mon sens d’un excès d’abstraction et de beauté littéraire qui l’empêche, à mon avis, d’atteindre son but : rendre clair et fluide un message qui pourrait s’adresser à des esprits suffisamment ouverts pour sortir de l’erreur dans laquelle ils sont plongés malgré eux du fait de la présentation erronée et très abstraite (justement) qui est entretenue à longueur de temps d’un terme auquel on associe toutes sortes de maux qui lui sont contraires.

Néanmoins, le thème développé et la force de conviction de l’auteur, ainsi que son éloge à contre-courant de l’air du temps, font de cet essai un livre digne d’intérêt. Susceptible d’ouvrir, peut-être, les yeux du grand public sur une philosophie profonde malmenée et considérée souvent comme étrangère à ce qu’elle est vraiment. À ce titre, il est probablement bienvenu.

LA PLUS EFFROYABLE DES MENACES

Que nous arrive-t-il ? Nous sommes soumis docilement aux aléas et aux humeurs de l’époque. L’émotion, l’immédiateté et l’apparence mènent le bal. Cette curieuse et furieuse trinité a accouché d’une religion monstrueuse avec son Église, son clergé, ses servants, ses dévots et ses inquisiteurs.

Joseph Macé-Scaron élabore là un juste diagnostic au regard de ce qui frappe en effet nos esprits lorsqu’on constate, chaque jour, comment notre société semble s’égarer un peu plus dans ce que Jean-François Revel nommait la connaissance inutile. Il évoque aussi les Grandes Peurs, qui règnent aujourd’hui tels des millénarismes multiformes mais ici destinés justement à jouer sur les peurs elles-mêmes :

Ces mouvements exaltés et médiévaux surfant sur l‘anxiété de masse peuvent concerner l’environnement, la religion, le social, l’alimentation, la science, l’éducation… que sais-je encore ? L’essentiel est de créer la panique, de la propager, puis de condamner. L’étape du procès n’est même plus nécessaire. Il ne s’agit pas de relever le débat, mais d’élever l’estrade du bourreau.

Et parmi la liste de ces procès, on trouve bien évidemment le libéralisme, classé constate l’auteur au rang de « la plus effroyable des menaces ». C’est donc dans ce contexte que s’inscrit ce petit essai destiné à le réhabiliter et à en montrer les vertus. Il serait même, affirme Joseph Macé-Scaron, « le meilleur des remèdes au cynisme politique, aux passions extrémistes, au politiquement correct et aux folies identitaires ».

Mais rien n’y fait : par aveuglement, mauvaise foi, manipulation du langage et mensonges répétés s’appuyant sur une pensée binaire, le libéral est présenté comme « un cynique, un monstre et un irresponsable » à qui on attribue la responsabilité « entre autres crimes, des camps totalitaires, du dérèglement climatique, des famines, du retour des grandes épidémies sur toute la planète et de l’empoisonnement des sources », contre toute raison et contre toute observation des faits élémentaires.

LE CHEMINEMENT INTELLECTUEL DE JOSEPH MACÉ-SCARON

Aussi Joseph Macé-Scaron entreprend-il de réhabiliter le libéralisme pour ce qu’il est : un cheminement intellectuel conduisant à une diversité d’auteurs et de points de vue qui ont en commun tout au long de l’histoire une défense de la liberté, qui ne va hélas pas de soi : liberté de pensée, liberté de la presse, liberté des peuples, liberté d’expression, liberté économique, etc.

Réservant quelques belles pages à l’actualité de la pensée de Raymond Aron, à qui il rend un hommage appuyé, il évoque aussi pêle-mêle TocquevilleProudhon, Friedrich Hayek, Milton Friedman, Frédéric Bastiat, Jean-François Revel, Philippe Némo, Gaspard Koenig, Henri Lepage, Ayn Rand, Alain Laurent, Alain Madelin, Charles Dunoyer, La Boétie, Jean-Baptiste Say, Benjamin Constant, Germaine de Staël, et bien d’autres encore, se référant tant à leur singularité qu’à leurs points communs. Mais de manière très rapide. Trop sans doute pour pouvoir évoquer grand-chose à qui ne dispose pas de repères particuliers qui le conduiraient à se tourner vers la découverte de ces auteurs.

Et un doute subsiste sur l’idée que porte l’auteur sur le libéralisme. Semblant bien le considérer comme un tout, et se référant sans nul doute à des auteurs authentiquement libéraux comme nous venons de l’établir, une phrase – une seule – au détour d’un paragraphe interroge.

Évoquant les personnalités très différentes de Raymond Aron et Gaspard Koenig, voici qu’il écrit :

Ce qui rapproche ces deux personnalités aux caractères si opposés, l’un aussi ouvert que l’autre est réservé, et ce qui les rend, à mes yeux, si intéressants est qu’ils n’ont pas commencé par monter sur le quadrige du libéralisme économique tiré par Henri Lepage, Pascal Salin, Jacques Garello et Florin Aftalion.

Pourquoi cette phrase à mes yeux inutile et à contre-emploi, qui ne peut que semer le trouble ? Surtout lorsque, comme moi, on lit ces auteurs depuis très longtemps et qu’on les voit s’exprimer sur de très nombreux sujets, pas seulement – loin s’en faut – uniquement économiques ? Ne risque-t-il pas de desservir son propos par une telle indélicatesse ?

UN REMÈDE AU CYNISME ET AUX PASSIONS EXTRÉMISTES

Face à la montée des violences, dévastations et dégradations diverses comme mode d’expression, à la vindicte des foules, aux petites et grandes lâchetés, au règne des croyances, des nouvelles religions (en premier lieu l’écologisme), mais aussi des plus anciennes (menaces à l’égard de l’apostasie au sein de la religion musulmane), ou à la folie identitaire, Joseph Macé-Scaron en appelle au retour de la Raison, à l’individualisme dans son sens originel et non dévoyé, aux leçons que l’on devrait tirer de l’Histoire, à la capacité d’innovation permanente que recèle le libéralisme.

Il n’oublie pas pour autant, bien sûr, d’évoquer la montée de l’illibéralisme et les vertus du libéralisme économique, dont il rappelle les succès et rejette les antithèses (crise des subprimes de 2008) qui lui sont pourtant attribuées à tort. Opposant libéralisme au capitalisme d’État, et le dissociant du capitalisme tout court, avec lequel il est trop souvent confondu. Le libéralisme part tout bonnement du réel, note-t-il en référence aux idées énoncées par Pascal Salin (preuve que la phrase litigieuse énoncée plus haut résonnait d’un son bien étrange), et n’est en aucun cas un système.

Il s’agit là finalement, lorsqu’on se réfère au libéralisme – et comme le relève le bandeau en couverture – du meilleur « remède au cynisme politique et aux passions extrémistes ».

Génération lâcheté : ils ont le choix entre le déshonneur et la guerre, ils choisissent le déshonneur… et pavent le chemin de la guerre (civile)

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Décryptages » Génération lâcheté : ils ont le choix entre le déshonneur et la guerre, ils choisissent le déshonneur… et pavent le chemin de la guerre (civile)FRANCE06 février 2020© DR / Capture d’écran / Instagram#MILA

Génération lâcheté : ils ont le choix entre le déshonneur et la guerre, ils choisissent le déshonneur… et pavent le chemin de la guerre (civile)

Entre lâcheté et aveuglement, les réactions de nombre d’élus, tout comme celle des Français, sur le droit de blasphème indiquent une profonde dégradation du climat politique du pays.AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN261033Avec Edouard Husson, Yves Michaud

Atlantico.fr : Un sondage IFOP-Charlie Hebdo publié le 4 février montre que 50% des 2.005 personnes interrogées sont contre le droit au blasphème et que 53% d’entre eux soutiennent Mila. De plus, des personnalités publiques comme Abdallah Zekri (délégué général du CFCM) se sont montrées virulentes à l’encontre de l’adolescente, utilisant l’expression « qui sème le vent récolte la tempête » pour dédouaner les détracteurs de Mila ou encore Damien Abad – élu Les Républicains –  qui a dit sur LCI : « Je souhaite la liberté d’expression la plus totale, mais quand elle est détournée pour créer de la haine anti-religieuse, alors oui, il y a une barrière à mettre. »

Que pensez-vous de ce sondage ? Est-il inquiétant que 50% des français se prononcent contre le droit au blasphème ? Qu’est-ce que cela dit de l’état de la liberté d’expression en France ?

Edouard Husson : Nous devons faire un peu d’histoire. La Révolution Française a été, essentiellement, anti-chrétienne. Comme l’a montré Jean Dumont, dans son ouvrage Les Prodiges du sacrilège , que je considère comme le meilleur livre jamais écrit sur la Révolution, tous les autres sujets de la Révolution auraient pu être résolus pacifiquement; mais la lutte des révolutionnaires avec l’Eglise a envenimé les relations entre les Français. La République a mis le rejet du christianisme au coeur de son programme, à partir des années 1880 comme en 1792. C’est pourquoi la notion de laïcité est profondément ambiguë. Théoriquement, la laïcité française, qui stipule que « la République ne reconnaît aucun culte », devrait signifier la stricte distinction entre l’Etat et les confessions. La laïcité est aussi liée à la notion de paix civile, depuis les Edits pris par Henri IV, Louis XIII et Louis XVI. C’est d’ailleurs dans l’état d’esprit qui fut celui de paix civile inventée par la monarchie que les catholiques ont pu accepter la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Mais la gauche n’a au fond jamais renoncé à « bouter le catholicisme hors de France ». En 1981, François Mitterrand a été élu sur un programme de remise en cause de l’enseignement privé catholique. Il a reculé en 1984, devant l’ampleur de la révolte populaire. 

Depuis les Lumières, la gauche vit, parallèlement à sa détestation du catholicisme et de son antijudaïsme spontané (pensez aux pages infâmes écrites par Voltaire), une fascination infantile pour l’Islam. Pensez aussi à la manière dont Napoléon se rêvait en empereur oriental respectant l’Islam ou à l’éloge de la révolution iranienne par Michel Foucault. Tout ceci est bien puéril mais éminemment dangereux aussi. Car l’Islam, à la différence du judaïsme et du christianisme, ne fait pas de distinction entre le religieux et le temporel. Au fond, la République, qui se rêve sans religion chrétienne sur son territoire, est fascinée par une religion qui se pense sans vie politique sur son territoire. L’intolérance républicaine est fascinée par l’intolérance musulmane. Elle est prête au contraire à écraser les croyants pacifiques et essentiellement tolérants que sont les Juifs et les Chrétiens. Tout comme l’Islam les a soumis, partiellement tolérés ou exterminés. 

Il faut lire les résultats du sondage IFOP/Charlie Hebdo à la lumière de notre histoire complexe. Au fond, les Français n’aiment pas l’insulte vis-à-vis de la religion – de celle que la Révolution et les Républiques ont volontiers pratiquée vis-à-vis du christianisme. Ils sont donc partagés sur le « droit au blasphème », dans un contexte où, la France étant déchristianisée, on ne fait plus bien la différence entre la religion dont le fondateur, Jésus, a déclaré « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »; et une religion dont le fondateur a aboli la distinction entre religieux et temporel, dans un e terrible régression par rapport au christianisme et au judaïsme. Mais les Français tiennent aussi à la liberté d’expression, fondement de notre ordre démocratique. C’est pourquoi ils soutiennent Mila à une courte majorité. Je npense que cette majorité serait plus large si notre classe politique avait fait son devoir et défendu la jeune fille contre les immondes menaces dont elle est l’objet. 

Yves Michaud : Première remarque : je trouve ce sondage typique de la confusion des idées actuelles. On demande aux gens de se prononcer en confondant droit à critiquer une religion et haine contre ceux qui croient les sornettes religieuses. Ce qui est encore plus accablant, c’est l’interprétation qu’en donnent les médias : on qualifie de « droit au blasphème » le droit de critiquer une religion, en ne faisant aucun cas de la différence entre ceux qui sont « plutôt pas favorables » et ceux qui sont « pas du tout favorables » à ce « droit ».

Cela dit, même si on laisse de côté ces biais, la tonalité de l’ensemble du sondage est accablante. 

C’est un fait que les Français sont très peu attachés à la liberté d’expression, ne comprennent rien à la liberté de conscience et serrent les fesses quand ils croisent un mahométan convaincu. La tolérance ambiante aux atteintes répétées à la liberté d’expression, les bondieuseries anti-Dieudonné, les pleurnicheries du style « tout le monde peut croire ce qu’il veut dans un monde gentil gentil » (ce qu’a dit Macron devant les évêques le 14 janvier dernier au collège des Bernardins), la singulière tolérance envers les manipulateurs mahométans qui cherchent à imposer un délit d’islamophobie, autant de faits qui rendent le sondage peu surprenant. Nous sommes partagés entre intolérance dogmatique et tolérance de lâcheté, entre la gauche dénonciatrice style Badiou-Pol Pot et le « en même temps » spiritualiste à la Macron-Ricoeur. C’est très inquiétant pour l’avenir. Surtout quand on voit que « les jeunes » sont dans ce sondage aux avant-postes de la résignation et de l’ignorance des valeurs républicaines.

Si les violences employées par les uns leur permettent d’avoir un statut protégé, n’y a-t-il pas un vrai danger d’escalade de la violence de la part des autres ? En refusant d’accepter le droit au blasphème, ces 50% de français ne sont-il pas en train de rentrer dans une logique de peur et, de fait, de renforcer ses détracteurs ? Pourquoi un tel consentement ?

Edouard Husson : Je ne m’en prendrai pas d’abord aux Français. Nous vivons dans la confusion des esprits depuis des décennies. Le Général de Gaulle avait eu une formule claire pour motiver le renoncement à l’Algérie: « Je ne veux pas que mon village Colombey-les-deux-Eglises, devienne Colombey-les-deux-Mosquées ! ». Georges Pompidou a maintenu les contingentements mis en places par son prédécesseur sur le recours à une main d’oeuvre immigrée venue des pays musulmans. Valéry Giscard d’Estaing a d’abord commis l’erreur du regroupement familial puis il a inversé le tendance, en fin de septennat, en signant des accords avec l’Algérie et le Maroc pour rapatrier des travailleurs immigrés. A partir des années 1980, la gauche a bloqué le débat sur la question de l’immigration venue des pays musulmans, intimidant la droite post-gaulliste et post-giscardienne et diabolisant le Front National. Nous ne sommes pas sortis de cette constellation. Mais elle s’aggrave parce que, plus les années passent, plus il y a d’immigrés d’origine musulmane, moins il devient facile de leur imposer le respect de la laïcité. La cohabitation avec des musulmans est possible, leur assimilation, même, à condition qu’ils soient un petit nombre. L’existence, désormais, de groupes musulmans importants en Europe conduit à l’établissement de zones où la tentation est forte pour des populations musulmanes homogènes d’abolir la distinction entre le religieux et le temporel. 

 Il y a quatre ans, des centaines de milliers de Français sont descendus manifester en affichant « Je suis Charlie ». Pourquoi refuseraient-ils au fond de dire « Je suis Mila »?  Mais ils sont jetés dans une confusion plus grande encore, par rapport aux dernières décennies, par la lâcheté de nos responsables politiques. Lorsque j’entends Damien Abad, élu LR, expliqué qu’il faut limiter l’expression éventuelle d’une critique de l’Islam, qu’il appelle, comme un poltron, « haine anti-religieuse », je ne peux que constater que la logique de soumission envisagée par Michel Houellebecq est en train de devenir réalité. 

Yves Michaud : Ma conviction, déjà plusieurs fois exprimée, est que face à la lâcheté générale, à commencer par celle des juges, le terrorisme mahométan a gagné.

Personne ne s’avisera plus jamais de caricaturer Mahomet et Mila se fera certainement assassiner. Quand ? Pas forcément tout de suite, mais souvenons-nous que les caricatures du prophète sont parues dans Charlie en 2006 et que les caricaturistes n’ont eu « ce qu’ils méritaient », pour reprendre les paroles de l’exquis Abdallah Zekri, délégué général du CFCM, que 9 ans après. Entre parenthèses, si la France avait une magistrature digne de ce nom, le dit mahométan aurait dû immédiatement faire l’objet de poursuites pour appel au meurtre. En guise de quoi, c’est Mila qui a fait l’objet d’une enquête préliminaire pour incitation à la haine raciale… 

Le fait est que les frères Kouachi et Coulibaly – et leurs commanditaires (qui ? question à creuser en cherchant du côté de l’Arabie saoudite, du Qatar, bref de tous ceux que nos politiciens adorent) ont gagné. Personne n’a envie de se faire dépecer au kalachnikov pour sa liberté de conscience ni d’expression. Le sondage est un beau témoignage de notre capitulation.

A la suite de ses propos, Mila a dû être déscolarisée et n’a toujours pas été accueillie dans un nouvel établissement. Peut-on parler de lâcheté de la part de l’éducation nationale ? Pourquoi un tel silence autour de ce problème ?

Edouard Husson : C’est consternant ! Comment ne pas penser à la célèbre formule de Churchill après les accords de Munich: « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre ! ». Nos gouvernants ont le déshonneur. Et ils auront la guerre civile. 

Peut-on constater autre chose qu’une logique de soumission, d’appeasement, qui ne fera que renforcer les islamistes dans leur résolution à faire reculer toujours plus la République? A moins que nos élites souhaitent une partition territoriale sur le territoire national ou même la création d’une République islamique en France, il faudra tôt ou tard réagir: fermer les frontières à toute nouvelle immigration musulmane, couper les financements étrangers des mosquées, retirer leur droit de séjour aux imams radicaux, arrêter la construction de nouvelles mosquées, rétablir la laïcité stricte dans l’école publique, passer au crible les recrutements de musulmans dans la police et dans l’armée, supprimer la double nationalité et bien d’autres mesures encore. Plus on attendra pour prendre de telles mesures, plus elles seront difficiles à mettre en oeuvre et risquent de se déployer dans un climat de guerre civile. 

Yves Michaud : Le ministère de l’éducation nationale ne peut pas tout faire et n’est absolument pas la première institution concernée. 

Je pense, moi, qu’une protection policière lourde est plus urgente, plus importante et plus difficile à mettre en place qu’un simple « soutien scolaire ».  Les Anglais ont réussi à protéger Salman Rushdie mais ils y ont mis les moyens, ces moyens que nous n’avons pas mis pour Charlie. Faudra-t-il que Mila soit assassinée pour qu’on se rende compte que la situation n’est même pas sérieuse : elle est dramatique. Nous avons affaire à des assassins, pas à des enfants de chœur. Notre chic, c’est d’être très bons dans les condoléances et les funérailles. Moi, je préfère les terroristes mahométans morts et le courage commence par la résolution de ne jamais rien laisser passer. De ce point de vue, notre classe politique, de Royal à Beloubet ou Abad, a montré son vrai visage : celui de la sottise intellectuelle et de la lâcheté morale.

Propos recueillis par Edouard Roux pour Atlantico

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