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Communiquer dans un monde globalisé, le nouveau défi des Etats

 

Communiquer dans un monde globalisé, le nouveau défi des Etats

La notion d’image de marque, spécifique aux domaines de la communication et du marketing, s’impose depuis quelques années dans les relations internationales. C’est ce que l’on appelle le nation branding : un pays est une marque. Outre l’aspect économique, le nation branding est révélateur de bouleversements dans les relations internationales, dans un contexte de mondialisation.

La guerre du Vietnam fut l’une des plus médiatisées

Avec l’avènement de la télévision, des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, puis des réseaux sociaux, l’information circule plus librement. Les politiques intérieures et extérieures sont plus médiatisées par des canaux non-officiels ou informels, entrainant des réactions : manifestations contre la guerre du Vietnam, devoir d’ingérence dans la crise du Biafra… Un Etat doit donc désormais tenir compte de nouvelles partie prenantes : les autres Etats bien sûr, mais aussi leurs opinions publiques, les média, les marchés financiers…

La notion de nation branding est théorisée par le consultant Simon Anholt, spécialiste du domaine. L’exemple par excellence est celui des Etats-Unis, où l’image de marque est la plus travaillée. Toutefois, on voit de plus en plus d’Etats faire leur propre promotion, notamment les pays émergents. Il peut s’agir d’une promotion touristique générale, pour favoriser les investissements, ou simplement pour une meilleure image. Des pays comme l’Arabie Saoudite ou les Emirats arabes unis ont régulièrement recours à des agences de communication pour redorer leur image1. L’un des exemples les plus visibles et récents de cette stratégie est le site Kawa News, qui présente l’Arabie Saoudite comme destination culturelle et touristique, sans parler de politique, donnant une image jeune et cool d’une monarchie conservatrice.

Si l’Arabie Saoudite ou le Qatar maintiennent de très bonnes relations avec la France, ces pays sont largement décriés par la société française. L’affaire Khashoggi est à ce titre intéressante : elle ne représente aucun intérêt stratégique pour des pays comme les Etats-Unis ou la France. Pourtant, les révélations faites par les média occidentaux ont fait réagir les opinions publiques. Les réactions sont allées jusqu’à remettre en cause l’intervention saoudienne au Yémen, et la vente d’armes à Riyad. Pourtant, l’intervention saoudienne a commencé dès 2015, simultanément avec les crimes de guerre. Il aura fallu attendre l’affaire Khashoggi pour que les opinions publiques remettent en cause la politique intérieure et extérieure du Royaume saoudien, obligeant les gouvernements de pays occidentaux à réviser, au moins en surface, leurs relations avec Riyad.

1 https://www.challenges.fr/media/ces-communicants-que-l-arabie-saoudite-paie-a-prix-d-or_624298

nation branding

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Free, victime de la guerre des prix en 2018

Free, victime de la guerre des prix en 2018

SEBASTIEN DUMOULIN Le 19/03 à 07:57
Le chiffre d’affaires de l’opérateur de Xavier Niel a stagné en 2018, à 4,9 milliards d’euros – SIPA

L’opérateur de Xavier Niel vient de clore un exercice cauchemardesque, caractérisé par les départs d’abonnés et la chute de l’action Iliad.

L’année 2018 restera marquée d’une pierre noire dans l’histoire de Free. Après avoir construit son succès commercial et son image de « trublion » des télécoms en cassant les prix, l’opérateur créé par Xavier Niel a connu un sévère retour de bâton.

L’an dernier,  la guerre des promotions a fait rage comme jamais dans les télécoms tricolores. Bouygues Telecom et SFR ont rivalisé d’offres toujours plus alléchantes… au détriment de Free. « 2018 a été marquée par la concurrence parfois irrationnelle de certains opérateurs », grince Thomas Reynaud, le directeur général d’Iliad – la maison mère de Free.

Panne de croissance

Sur la défensive,  Free a clairement été bousculé . Pour la première fois depuis son arrivée fracassante dans le mobile en 2012, l’opérateur y a perdu des abonnés – plus de 250.000 sur l’année. Pire, les abonnés à son offre Internet fixe – le coeur du réacteur de Free – ont également commencé à se faire la malle. Quelque 93.000 d’entre eux ont cédé aux sirènes de la concurrence en 2018.

Le résultat est une panne de croissance brutale. Les revenus d’Iliad – la maison mère de Free – progressaient d’environ 6 % par an ces trois dernières années. En 2018, ils ont stagné, à 4,9 milliards d’euros. Les marges se tassent également. L’Ebitda consolidé du groupe, à 1,7 milliard d’euros, recule de 1 %, contre des bonds de 6 % l’année précédente, 12 % en 2016 et même 16 % en 2015.

Cauchemar boursier

Dans ce contexte, l’action Iliad s’est effondrée ces derniers mois. Elle flirte avec les 90 euros, très loin de ses plus hauts historiques aux alentours de 240 euros. En moins de deux ans, le titre aura perdu près des deux tiers de sa valeur. Il est actuellement à son plus bas depuis sept ans… c’est-à-dire depuis le lancement de Free Mobile. Pour la Bourse, c’est comme si l’opérateur mobile, malgré son énorme succès et environ 20 % de parts de marché en France, n’avait pas créé de vale

Le cours d’Iliad reflète aussi la déception du marché, alors que le passage de quatre à trois opérateurs semble  plus improbable que jamais . Une telle opération serait un prélude à une remontée des prix. Mais personne n’est vendeur. « Il n’y aura pas de consolidation », réaffirme Thomas Reynaud.

Des jalons pour rebondir

« Nous sommes déçus par la performance commerciale, reconnaît le directeur général de Free, qui vise un retour à la croissance profitable en 2019. Le groupe se porte bien. Nous n’avons pas fait d’erreur stratégique. »

Pour rebondir, l’opérateur a planté des graines qu’il espère voir fleurir vite. En décembre, après huit ans d’attente, l’opérateur a sorti une  nouvelle version de sa Freebox, baptisée « Delta » . Le modèle, très haut de gamme, a connu des débuts chahutés en raison des problèmes de livraison et de ses tarifs très élevés.

Mais Free a révélé récemment  en avoir écoulé 100.000 en deux mois , ce qui est vu par les analystes comme une performance très raisonnable. Et Thomas Reynaud n’en démord pas : « La Freebox Delta en fait sourire certains, mais on prépare l’avenir. Dans 3 ou 4 ans, vous voudrez tous la fibre 10G. »

Iliad s’est également lancé l’année dernière dans sa première aventure internationale, en débarquant en Italie à l’été. En adoptant sa posture favorite de chevalier blanc des consommateurs floués par ses concurrents,  l’opérateur a reçu un accueil triomphal . En sept mois, Iliad a séduit 2,8 millions de clients de l’autre côté des Alpes. Les revenus de la filiale italienne représentent déjà 125 millions d’euros en 2018.

Enfin, Iliad accélère  sa conversion à la fibre optique . Il offre cette technologie d’avenir à plus de 10 millions de foyers. Avec un million de clients fibrés, Free est en deuxième position derrière Orange (2,6 millions de clients). De quoi rêver à des jours meilleurs, après la déception de 2018.

Sébastien Dumoulin
@sebastiendmln

Les efforts américains pour bloquer Huawei donnent un avantage à la Chine

Les efforts américains pour bloquer Huawei donnent un avantage à la Chine


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 21 février 2019

Pendant plusieurs siècles, la Chine avait le monopole de la soie. Elle était exportée le long de la Route de la soie jusqu’en Perse et, de là, en Europe. La production de soie était très rentable. L’exportation des vers à soie et des méthodes de production était interdite. Au milieu du VIe siècle, deux moines se rendirent d’Europe en Chine et découvrirent comment la soie était produite. Ils en ont rendu compte à l’empereur byzantin Justitian I qui les a incités à acquérir secrètement des vers à soie et à les faire passer en contrebande chez eux. Les moines ont réussi à le faire. Peu de temps après, le monopole chinois sur la soie et le monopole de la Perse sur le commerce de la soie avec l’Europe n’existaient plus.

Les États-Unis craignent que la Chine ne puisse bientôt les concurrencer dans la conception et la fabrication de puces informatiques. Ils tentent d’empêcher la Chine de construire ses propres usines de puces et le Congrès veut même bloquer les exportations de puces à des entreprises chinoises spécifiques. C’est une course que les États-Unis vont perdre. La technologie et les moyens de la produire prolifèrent inévitablement.

Les réseaux de données mobiles 5G utiliseront de nouvelles fréquences et de nouveaux algorithmes pour fournir des gigabits de flux de données depuis, vers, et entre des appareils mobiles. Cela permettra des applications totalement nouvelles, telles que la communication directe entre des voitures (semi-) autonomes à tous les carrefours. Dans le monde entier, un certain nombre de sociétés s’emploient à fournir la technologie 5G. Cela implique des antennes, des stations d’émission, de nouveaux matériels et logiciels, à la périphérie et dans les systèmes de télécommunication de base. Les principaux fournisseurs de ces systèmes sont des sociétés américaines telles que Motorola, Qualcomm et Cisco. Les autres sont Ericsson et Samsung. L’un des plus importants est la société chinoise Huawei.

Actuellement, Huawei est la société la plus avancée dans le domaine de la 5G. Cela a commencé tôt et a nécessité l’investissement de sommes énormes dans la recherche et le développement de la technologie 5G. Elle détient environ 15% de tous les brevets pertinents. Elle est actuellement le seul fournisseur capable d’offrir une solution de bout en bout pour les réseaux 5G. Comme elle dessert l’énorme marché chinois, elle peut produire à grande échelle et vendre ses équipements à un prix inférieur à celui des autres sociétés. Les autres fournisseurs dominants d’équipements de télécommunication, y compris aux États-Unis, accusent un retard dans la technologie 5G. Ils n’ont pas investi suffisamment tôt et sont maintenant à la traîne.

Au lieu d’investir pour un développement plus rapide et une meilleure technologie, les États-Unis tentent d’empêcher Huawei de vendre ses produits. Cela nuit au développement d’autres pays qui souhaitent fournir des réseaux 5G à leurs populations.

Les États-Unis exhortent depuis longtemps leurs alliés à ne pas utiliser les équipements chinois sur leurs réseaux téléphoniques. Ils prétendent faussement que l’équipement de Huawei constitue une menace pour la sécurité.

L’Australie et la Nouvelle-Zélande ont suivi l’ordre américain et interdit l’utilisation de matériel Huawei dans leurs réseaux 5G. Les États-Unis ont également essayé de faire pression sur les grands pays européens pour qu’ils évitent Huawei. Jusqu’à présent, cela a échoué. L’Allemagne a résisté à la pression des États-Unis de ne pas utiliser de matériel Huawei. Elle craint des retards dans le déploiement de la 5G. Hier, la Grande-Bretagne a également refusé :

La Grande-Bretagne est capable de gérer les risques de sécurité liés à l'utilisation d'équipements de télécommunication Huawei et n'a vu aucune preuve d'actes malveillants de la part de la société, a déclaré un haut responsable, mercredi, repoussant les allégations d'espionnage de l'État chinois aux États-Unis. ...
« Notre régime est sans doute le régime de surveillance le plus dur et le plus rigoureux au monde pour Huawei », a déclaré Chiaran Martin, responsable du centre britannique de cybersécurité (NCSC), faisant partie de l'agence de renseignement britannique GCHQ, lors d'une conférence sur la cybersécurité à Bruxelles.
 
Quand on lui a demandé par la suite si Washington avait présenté à la Grande-Bretagne des preuves à l’appui de ses allégations, il a déclaré aux journalistes : « Je serais obligé de faire un rapport s’il existait des preuves de malveillance ... de Huawei. Et nous n’avons pas encore eu à le faire. Alors j'espère que ça répond à la question. »

Si la Grande-Bretagne, membre du groupe de partage de renseignements Five Eyes, ne voit aucun danger à utiliser Huawei, les États-Unis ont perdu la cause.

Il est probable que l’annonce faite hier par la Grande-Bretagne a été à l’origine de la réaction des États-Unis en deux volets :

Donald J. Trump @realDonaldTrump - 13:55 utc - 21 février 2019
 
Je veux la technologie 5G, et même 6G, aux États-Unis dès que possible. Elle est beaucoup plus puissante, plus rapide et plus intelligente que la norme actuelle. Les entreprises américaines doivent redoubler d'efforts ou être laissées pour compte. Il n'y a aucune raison pour que nous restions à la traîne...

Donald J. Trump @realDonaldTrump - 13:59 utc - 21 février 2019

... à propos de quelque chose qui est si évidemment l'avenir. Je veux que les États-Unis l'emportent par le biais de la concurrence et non par le blocage de technologies plus avancées. Nous devons toujours être leader dans tout ce que nous faisons, en particulier dans le monde passionnant de la technologie !

Au cours de la même heure, alors que Donald Trump déclarait vouloir une « concurrence loyale» sur les nouvelles technologies mobiles, son secrétaire d’État, Mike Pompeo, tentait de faire chanter les alliés des États-Unis afin qu’ils n’utilisent pas les systèmes Huawei :

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a averti jeudi que les États-Unis ne seraient pas en mesure de s'associer ou de partager des informations avec les pays qui adoptent les systèmes Huawei Technologies Co Ltd, en raison de problèmes de sécurité.
 
Dans une interview accordée à Fox Business Network, Pompeo a déclaré que les pays d’Europe et d’autres régions devaient comprendre les risques liés à la mise en œuvre des équipements de télécommunication de Huawei et quand ils comprendront, ils ne les utiliseront finalement pas.

« Si un pays l'adopte et l'insère dans certains de ses systèmes d'information critiques, nous ne pourrons pas partager d'informations avec lui, nous ne pourrons pas travailler à ses côtés », a déclaré Pompeo.

L’attitude de Pompeo semble dure et n’est certainement pas dans l’esprit de « gagner par la concurrence » comme son patron le demande. C’est aussi inutile.

Les services secrets américains échangent des informations avec de nombreux autres pays. La coopération des États-Unis, dans le groupe des  Five Eyes – le Canada, la Grande-Bretagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande – implique un gigantesque effort mondial d’acquisition de données, bien connu pour « tout rassembler ». Les résultats sont partagés au sein du groupe. Les services américains échangent également des données avec de nombreux autres services d’espionnage sur une base plus limitée. Cela inclut des échanges même avec des « États ennemis » comme la Russie ou la Syrie. Mais ce sont tous des échanges réciproques. Ils sont basés sur le troc. Si les États-Unis cessent de fournir, par exemple, des informations sur les terroristes d’État islamique, d’autres cesseront de fournir des informations similaires aux États-Unis.

L’échange de renseignements se fait toujours à l’avantage des deux côtés. Si les États-Unis cessaient de fournir leurs données, ils perdraient également l’accès aux informations fournies par leurs homologues. En outre, l’utilisation de tel ou tel système ou technologie de téléphonie mobile n’est pas pertinente pour l’échange de données sur les canaux de sécurité. La menace de Pompeo n’a pas de sens et sera rejetée.

Huwaei n’est pas plus une menace pour la sécurité que n’importe quel autre fournisseur d’équipements de télécommunication. Le plus grand danger de tous est la qualité de leur logiciel qui permet à divers services secrets et autres criminels de pirater de tels équipements. Les fichiers de Snowden indiquaient que les États-Unis pirataient et corrigeaient régulièrement le matériel de communication qu’ils fournissaient eux-mêmes. En 2012, la NSA a tenté d’installer un exploit [logiciel espion] sur les routeurs Cisco qui exploitent le nœud Internet central de la Syrie. L‘opération a foiré, ce qui a « bloqué » les routeurs et coupé l’Internet de la Syrie.

Contrairement à de nombreuses entreprises américaines, Huawei donne aux gouvernements étrangers accès au code source de ses équipements. Il supporte des laboratoires spéciaux en Allemagne, en Grande-Bretagne, à Singapour et ailleurs, capables d’inspecter et de tester le code et les équipements avant leur utilisation. Il a récemment annoncé l’ouverture du processus central de développement de la 5G en Chine à l’inspection des gouvernements étrangers.

Le seul problème que ces laboratoires ont découvert jusqu’à présent est que les programmeurs chinois de Huawei sont aussi négligents et sujets aux erreurs que les programmeurs du reste du monde. Leur codage n’est ni plus élégant ni de meilleure qualité. La NSA aura peu de problèmes pour les pirater.

La tentative américaine de bloquer le déploiement d’équipements Huawei est évidemment faite pour des raisons économiques. La mise en place de l’Internet a entraîné un essor considérable de l’industrie des télécommunications aux États-Unis. Un déploiement de la 5G sur les marchés est censé prolonger cela.

Malheureusement, les entreprises américaines ont perdu l amain. Leurs dirigeants voulant exhiber des profits à court terme, ont racheté leurs actions, au lieu d’investir dans la recherche et le développement. Huawei les a battus en étant la première à offrir la gamme complète de produits de la prochaine génération.

En entravant Huawei, l’administration Trump s’efforce de gagner du temps afin que les entreprises américaines puissent se rattraper. Mais c’est encore une pensée stupide à court terme. Les bénéfices réels des réseaux 5G ne seront pas réalisés avec des équipements de communication mais avec les produits et services qu’ils permettront. Les États-Unis ont mis au point Internet et l’ont vendu au monde. Cisco et d’autres fabricants de matériel sont devenus riches. Mais il y a aussi Google et Amazon qui sont devenus encore plus riches en fournissant les applications qui fonctionnent sur le net.

Si l’Occident retarde le déploiement de la 5G pendant que la Chine l’implémente, les sociétés chinoises disposeront d’un avantage pour créer les produits qui fonctionneront au-dessus de la nouvelle couche de communication globale. Cela permettra à la Chine d’incuber les prochains Google et Amazon gigantesques, avant que d’autres pays ne puissent même tester la technologie de base. C’est même la raison pour laquelle les pays européens ne suivent pas l’initiative des États-Unis.

C’est une réflexion à court terme qui explique que les États-Unis ont raté les télécommunications de nouvelle génération. S’ils veulent reprendre la tête, ils devront changer d’attitude.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-efforts-americains-pour-bloquer-huawei-donnent-un-avantage-a-la-chine

 

Huawei prêt à renforcer sa sécurité pour rester dans le marché 5G

Huawei prêt à renforcer sa sécurité pour rester dans le marché 5G

 

 

Le groupe chinois Huawei est prêt à prendre toutes les mesures de sécurité nécessaires pour rester dans la course au développement du réseau de téléphonie mobile de nouvelle génération (5G) en Europe centrale et orientale, a déclaré mercredi un responsable de l’équipementier télécoms. /Photo prise le 12 février 2019/REUTERS/Dado Ruvic

VARSOVIE (Reuters) – Le groupe chinois Huawei est prêt à prendre toutes les mesures de sécurité nécessaires pour rester dans la course au développement du réseau de téléphonie mobile de nouvelle génération (5G) en Europe centrale et orientale, a déclaré mercredi un responsable de l’équipementier télécoms.

Les Etats-Unis font pression sur leurs alliés pour qu’ils refusent de s’équiper auprès de Huawei, qu’ils accusent d’espionner pour le compte du gouvernement chinois.

Le vice-président américain Mike Pence, à Varsovie pour assister à une conférence sur le Proche-Orient, a salué mercredi la volonté du gouvernement polonais de “protéger de la Chine son secteur télécoms”, notant la récente arrestation par les autorités polonaises d’un employé chinois de Huawei et d’un ancien membre des services de sécurité polonais pour des soupçons d’espionnage.

“Le gouvernement américain est très obstiné, très déterminé et très pugnace dans sa manière de communiquer sur Huawei”, a observé Andy Purdy, responsable de la sécurité de Huawei Technologies USA.

L’équipementier chinois, qui dément toutes les accusations portées contre lui, est prêt à travailler avec les gouvernements sur des mesures de sécurité supplémentaires, qui s’appliqueraient à tous ses fournisseurs, a-t-il ajouté.

Cité par l’agence Chine nouvelle, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Hua Chunying a quant à elle accusé les Etats-Unis d’utiliser leur puissance étatique pour bloquer le développement légitime des entreprises chinoises, alors que les négociateurs américains et chinois ont repris leurs négociations commerciales à Pékin.

Anna Koper, Janis Laizans; Jean-Stéphane Brosse pour le service français

https://fr.reuters.com/article/technologyNews/idFRKCN1Q229E-OFRIN

GB-De nouvelles lois vont exclure Huawei des projets technologiques – presse

9 février 2019 / 01:03 / il y a 2 jours

GB-De nouvelles lois vont exclure Huawei des projets technologiques – presse

 

 

9 février (Reuters) – De nouvelles lois sur les investissements étrangers au Royaume-Uni vont exclure l’équipementier chinois Huawei des projets sensibles de haute technologie, rapporte vendredi The Sun here

Selon le journal tabloïd, beaucoup craignent qu’autoriser Huawei à accéder au réseau britannique de téléphonie 5G permettrait à Pékin d’utiliser le réseau à des fins d’espionnage.

Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, Jeremy Hunt et Gavin Williamson, font partie de ceux qui s’inquiètent des visées de l’entreprise chinoise.

Avec un chiffre d’affaires de 93 milliards de dollars (81,7 milliards d’euros) en 2017, Huawei est le premier équipementier télécoms mondial mais plusieurs pays occidentaux, Etats-Unis en tête, redoutent que Pékin n’utilise ses infrastructures à des fins d’espionnage.

Aucune preuve n’a jusqu’à jusqu’à présent été apportée pour étayer ces soupçons et le groupe a réfuté à de nombreuses reprises ces accusations. La controverse a toutefois conduit les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande à restreindre l’accès à leurs marchés pour la téléphonie mobile de cinquième génération (5G) et Washington encourage vivement les pays de l’Union européenne à faire de même.

(Gaurika Juneja à Bangalore; Arthur Connan pour le service français)

 

https://fr.reuters.com/article/companyNews/idFRL5N2036QN

 

Huawei réfute les accusations de l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Union européenne

Huawei réfute les accusations de l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Union européenne

© Chine Nouvelle (Xinhua), Le 08/02/2019 05:15

Dans une des déclarations publiques les plus fortes jamais prononcées, un haut responsable de la société de technologie chinoise Huawei a réfuté jeudi soir les discours alarmistes au sujet de l’entreprise.

Dans une salle de bal de Bruxelles où étaient rassemblés plus de 100 invités, principalement européens, l’envoyé de Huawei auprès des institutions de l’Union européenne s’est lancé dans une vigoureuse défense du géant chinois de la technologie.

« Récemment, certains pays et hommes politiques n’ont cessé d’attaquer Huawei. Nous sommes choqués, mais aussi parfois amusés, par ces allégations sans fondement et insensées », a déclaré Abraham Liu, vice-président de Huawei pour la région européenne et représentant en chef auprès des institutions de l’Union européenne.

« Par exemple, hier, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Union européenne, M. Gordon Sondland, a déclaré qu’une personne se trouvant à Beijing pouvait faire sortir à distance une voiture de la route à partir du réseau 5G et tuer la personne qui s’y trouvait. C’est une insulte à l’intelligence des gens, sans parler des experts technologiques du monde entier », a dit M. Liu.

« Exclure Huawei du marché ne signifie pas que le réseau est sûr. Par exemple, les équipements Huawei ne sont pas utilisés dans les réseaux américains, mais les Etats-Unis possèdent-ils pour autant le réseau le plus sécurisé ? La réponse est non », a souligné M. Liu.

La société possède un excellent bilan en matière de cyber-sécurité, a-t-il ajouté, avec des dispositifs approuvés par de multiples analyses strictes faites par de nombreux régulateurs et opérateurs.

Parmi les partenaires européens de Huawei, on compte des grands opérateurs de télécommunication tels que Deutsche Telekom, British Telecom, Vodafone, Orange, Proximus, etc.

Ces partenaires « ont publiquement entériné leur confiance en Huawei. Je me félicite de ces approches sensées », a déclaré M. Liu.

« La cybersécurité devrait rester un problème technique, et non un problème idéologique. Parce que les problèmes techniques pourront toujours être résolus avec les bonnes solutions, ce qui ne sera pas le cas pour un problème idéologique », a-t-il ajouté.

 

https://chine.in/actualite/cn/huawei-refute-les-accusations-ambassadeur-des_116452.html

Ce n’est pas qu’une guerre commerciale, ce n’est pas que la Chine. C’est aussi la Russie.

Ce n’est pas qu’une guerre commerciale, ce n’est pas que la Chine. C’est aussi la Russie.


Par Alastair Crooke – Le 24 décembre 2018 – Source Strategic Culture

Il ne s’agit pas d’une simple guerre commerciale : derrière se cache une guerre technologique, et encore derrière se dessine le spectre d’une course aux armements totale, depuis l’espace jusqu’à l’internet.

Comme le dit un officier américain, « des quantités de données et d’informations, voilà le carburant de la guerre contemporaine ». « Quelles sont les missions que nous développons dans l’espace de nos jours ? Diffuser de l’information, donner accès à des canaux de communication ; en cas de conflit, on coupe l’accès de nos adversaires à l’information. » Ainsi, la nouvelle course aux armements se joue autant sur le maintien et l’expansion de l’avantage technologique des États-Unis dans les domaines du développement des puces informatiques, du calcul quantique, du big data et de l’intelligence artificielle appliquée à l’armement, que sur le maintien d’une avancée technologique appliquée au domaine économique : la domination des standards industriels des produits de grande consommation et des gadgets intelligents que nous achèterons tous.

Que se passe-t-il ? Le complexe militaro-industriel américain prend ces questions très au sérieux.  Il se prépare à la prochaine confrontation avec la Chine. Les rappels incessants de thèmes selon lesquels la Chine pillerait la technologie américaine, son savoir-faire et ses données, et aujourd’hui le tir de barrage d’allégations sur le soi-disant « piratage informatique » et l’influence chinoise sur les élections américaines (piqûre de rappel de la fable sur l’influence russe), sont principalement (mais pas entièrement) dans le but de créer de toutes pièces un casus belli avec la Chine. Mais la cruelle vérité est que l’armée américaine a été très choquée de réaliser à quel point elle était en retard par rapport à la Chine et à la Russie sur l’armement de haute technologie.

Un rapport d’experts bipartite du Département de la Défense américain présenté au Congrès en novembre prévient :

« L’avantage militaire américain diminue, et dans certains cas a complètement disparu, alors que des pays concurrents deviennent plus avisés, plus robustes et plus agressifs… L’Amérique pourrait perdre ses prochains conflits… Elle pourrait avoir du mal à gagner, voire perdre une guerre contre la Chine ou la Russie. Si les États-Unis devaient affronter la Russie sur le théâtre d’opérations de la Baltique, ou la Chine dans une guerre sur la question de Taiwan, les Américains pourraient connaitre une défaite militaire décisive… »

Le vice-directeur de la Commission Eric Edelman a déclaré : « Nos adversaires ont étudié les stratégies militaires des États-Unis, et ont appris à les contrer. Ils ont appris de nos victoires, et pendant que nous étions occupés dans des conflits différents, ils se sont préparés pour un type de guerre de haute intensité, dont nous n’avons plus l’expérience depuis longtemps. »

Les citoyens américains ordinaires ne sont pas encore habitués à penser à la Chine en terme de « menace » : certes, il s’agit peut-être d’une menace commerciale, mais pas d’un rival militaire en tant que tel. Mais la litanie constante d’accusations selon lesquelles la Chine « volerait » les emplois et la prospérité des États-Unis est là pour changer cette perception. L’opinion publique est en train d’être préparée à un conflit.

Est-ce vraiment seulement une question de rivalité technologique avec la Chine ? Malheureusement pas. C’est juste que l’invention d’un casus belli avec la Russie n’est pas nécessaire. La Russie est déjà tellement caricaturée dans son rôle d’adversaire, et fait tellement partie intégrante de la vie politique américaine que tout conditionnement du public américain est simplement superflu. Il est aujourd’hui acquis que la Russie est un pays « ennemi ». Les faucons de la politique étrangère de Trump, comme John Bolton et Mike Pompeo, ont la Russie, ainsi que la Chine dans le collimateur. Le rapport du ministère de la Défense présenté au Congrès est d’ailleurs clair à ce sujet : c’est la Chine et la Russie. Mais les faucons n’ont pas besoin de créer autant d’hystérie au sujet de la malfaisance russe qu’ils ne le font au sujet de la Chine, car il y a encore du public à convaincre au sujet de la Chine.

La tactique pour cette Guerre froide technologique a été établie très tôt par les fonctionnaires de la haute administration : interdire l’exportation de nouvelles technologies fondamentales ; restreindre l’accès des individus et des sociétés à ces technologies ; établir une liste de sanctions au sujet de toutes ces technologies fondamentales et du savoir-faire pour les construire. Enfin, interdire l’accès de la Chine à la chaîne de production de ces technologies, et harceler les Européens pour qu’ils boycottent les technologies chinoises.

Et la Russie ? Est-elle à l’écart de cette « guerre » ? Le cas de la Russie est en fait différent. Elle n’a pas la même interrelation avec les technologies américaines, et ses capacités en terme de défense et d’aéronautique sont principalement nationales, avec toutefois certaines faiblesses en terme de besoins en composants.

Mais les États-Unis ont d’autres technologies et savoir-faire considérés comme « fondamentaux », et les principes de « guerre technologique » d’interdiction d’accès exercés envers la Chine peuvent être appliqués de la même manière à la Russie, avec des modalités différentes cependant. Trump a insisté sur l’ambition américaine d’être un acteur énergétique majeur. Le secrétaire à l’Intérieur américain a en parallèle lié la domination énergétique américaine à la possibilité d’un blocus physique des exportations de pétrole russe. Ryan Zinke a déclaré en septembre au Washington Examiner que la marine américaine a la capacité d’empêcher la Russie de contrôler les sources d’approvisionnement énergétiques : « L’option économique que nous avons contre l’Iran et la Russie est, peu ou prou, d’exploiter et de remplacer les carburants. Nous pouvons le faire parce que les États-Unis sont les plus grands producteurs de pétrole et de gaz naturel ».

Dans la pratique, de telles mesures ont peu de chances d’être prises. Il s’agit plus de fanfaronnades : les États-Unis veulent un prix du brut à la baisse, pas à la hausse. Mais ce qui importe ici est plutôt l’attention portée par les États-Unis sur les ressources énergétiques russes. Les commentaires de Zinke sont révélateurs de la mentalité en cours à Washington : il a déclaré que « la Russie n’a qu’un seul tour dans son sac », soulignant que la capacité de la Russie à exporter ses ressources énergétiques est essentielle à sa survie économique.

Mais la guerre technologique avec la Chine, en terme d’interdiction d’accès aux composants et aux sanctions suivant des transferts de technologies, sont non seulement envisageables aussi envers la Russie ; elles ont déjà cours (voir les menaces sur le trajet de l’oléoduc Nord Stream 2, qui est identique aux menaces auxquelles font face les Européens pour les empêcher d’adopter l’infrastructure de téléphonie 5G du fabricant chinois Huawei). Ici encore, comme c’est le cas avec la Chine, les États-Unis appliquent plusieurs points de pression géopolitique sur la Russie, essayant simultanément de l’entraver économiquement, par le biais de sanctions commerciales. L’an prochain, de façon presque certaine (c’est d’ailleurs une obligation juridique), les États-Unis lanceront une nouvelle salve de sanctions contre la Russie, cette fois-ci liées à l’affaire Skripal.

S’agit-il de simples rodomontades destinées à garder intact l’esprit impérial américain ? Devrions-nous prendre au sérieux l’idée que l’administration américaine déclencherait des secousses géopolitiques suffisamment puissantes pour déstabiliser ce qu’il reste du système global ? Je pense que cela est fort probable. D’un côté, le président Trump sera embourbé au cours de l’année prochaine dans ses efforts pour se protéger lui-même, sa famille et ses sociétés des multiples enquêtes qui le viseront. D’un autre côté, il sera occupé à combattre les Démocrates au Congrès, et si les marchés venaient à plonger sévèrement, son pouvoir d’influence auprès des sénateurs républicains s’évaporera. Il y a suffisamment de « Républicains de façade » prêts à soutenir celui qui, tel Brutus envers César, trahira Trump lorsque les conditions seront réunies.

Au-delà des États-Unis, de nombreuses autres poudrières sont apparentes : l’Arabie saoudite est en proie à des luttes intestines ; Porochenko essaie de sauver sa peau dans l’arène ukrainienne ; les États-Unis ont tenté (jusqu’à hier) de soutenir une occupation à long terme de la Syrie, à laquelle la Turquie est activement opposée ; Israël montre les crocs aux portes du Hezbollah, et l’Europe, au bord d’une éventuelle crise économique, verra le symptôme des Gilets jaunes se répandre sous des formes diverses. Le BREXIT, l’Italie, les marges sur les bonds du Trésor, les banques, tous présentent des risques potentiels, qui pourront, ou pas, être maîtrisés, cela reste à voir.

Mais le point important est celui-ci : pendant que Trump a les yeux rivés à son écran de télévision, à l’affût des moindres attaques à son orgueil, ses deux ailes belliqueuses, les faucons œuvrant contre la Chine et les faucons œuvrant au Moyen-Orient seront, eux, aux commandes du Conseil de sécurité nationale, sous le commandement du maître d’œuvre John Bolton.

Quel est le risque que des prises de décisions erronées, qu’une administration dysfonctionnelle, qu’une paralysie interne du pays, qu’une nouvelle baisse des marchés financiers et qu’un président distrait ne laissent le champs libre aux faucons idéologiques pour allumer la mèche d’une des poudrières ? Le risque est probablement élevé.

Alistair Crooke

Alistair Crooke est un ancien diplomate britannique, fondateur et directeur du Conflicts Forum,  basé à Beyrouth.

Traduit par Laurent Schiaparelli, relu par Cat pour Le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/ce-nest-pas-quune-guerre-commerciale-ce-nest-pas-que-la-chine-cest-aussi-la-russie

 

Syrie : Retour des objets hostiles non identifiés au dessus de l’aéroport de Damas

Syrie : Retour des objets hostiles non identifiés au dessus de l’aéroport de Damas

Apparament, les objets hostiles non identifiés sont encore réapparus sur l’ensemble des radars du dispositif de la défense aérienne syrienne avant de disparaître aussi mystérieusement qu’ils sont apparus.

D’ailleurs, leur existence est remise en question dans le monde réel par les meilleurs experts en la matière.

Cette fois-ci, les objets hostiles détectés sur les radars syriens sont subitement apparus au dessus de l’aéroport international de Damas, déclenchant des tirs de canons AA de systèmes Pantsir S-1.

Les militaires syriens n’ont pas tardé à savoir qu’il n’y avait aucune cible dans le ciel de Damas.

Sur les radars les plus performants de la défense syrienne, les choses étaient un peu plus compliquées :  une attaque aérienne en règle était en cours !

L’Armée syrienne a émis un communiqué vers le début de soirée confirmant l’interception d’objets volants ennemis avant de se rétracter. Même son de cloche du côté de l’Agence syrienne.

Hologrammes de génération X ?  De nouveaux leurres électromagnétiques avancés ?  Des drones furtifs ?  Nul ne le sait.

Le nouveau phénomène intéresse les russes au plus haut point.

Il s’agirait selon une source anonyme de la base aérienne de Hmeimim d’une nouvelle approche dans les tentatives de piratage des systèmes d’information fermés, sans d’autres précisions.

Que c’est-il réellement passé il y a peine deux heures au dessus de l’aéroport de Damas ?  Une fausse alerte positive puisque il y a eu des depart de feu, essentiellement des S1 et quelques pièces de 23 mm. Contre qui ?  Des cibles fictives ayant induit en erreur les radars de la defense aérienne.

C’est la seconde fois consécutive en moins d’un mois qu’un tel incident survient. Le hasard est désormais exclu. On est en face d’une surprise de type T (technologique) en développement.

Quand on arrive pas à neutraliser les missiles Sol-Air, soit on aveugle ou on leurre les radars de la grille pour les neutraliser.

Cela prouve que la peur inspirée par le déploiement de systèmes S-300 en Syrie a conduit le camp d’en face à élaborer des contres-mesures d’un nouveau type.

L’intelligence artificielle sera l’ultime arbitre dans le prochain duel direct entre le F-35 et le S-300.

Syrie : Retour des objets hostiles non identifiés au dessus de l’aéroport de Damas

De Hong Kong à Macao sur le plus long pont maritime au monde

De Hong Kong à Macao sur le plus long pont maritime au monde

Une portion du pont entre Hong Kong, Zhuhai et Macao le 23 octobre 2018 / © AFP/Archives / Anthony WALLACE

De premiers voyageurs enthousiastes ont commencé mercredi, smartphone en main, à emprunter dans des navettes le plus long pont maritime au monde, colosse reliant Hong Kong, Macao et la Chine continentale par-delà l’estuaire de la Rivière des Perles.

Merveille d’ingénierie pour certains, projet pharaonique excessivement coûteux pour d’autres, l’ouvrage qui défie les superlatifs a été inauguré mardi par le président chinois Xi Jinping.

Il se compose sur 55 km d’un long pont autoroutier serpentant au-dessus des eaux grises de l’estuaire et d’un tunnel sous-marin. Il permet, au moyen notamment d’îles artificielles et d’échangeurs gigantesques de connecter, à l’est, l’île hongkongaise de Lantau avec, à l’ouest, l’ancien comptoir portugais de Macao et la ville de Zhuhai, dans la province du Guangdong.

Mercredi matin, des passagers et des groupes de touristes étaient rassemblés au terminal routier du côté hongkongais, où des compagnies d’autocars autorisés à emprunter le pont distribuaient gratuitement des pâtisseries chinoises.

« Je veux essayer le pont et voir s’il est pratique », explique Angie Cheng, 58 ans. « Je veux aussi admirer la vue. Après tout, c’est un projet d’ingénierie historique », ajoute-t-elle avant de grimper à bord du deuxième bus partant pour Macao.

– « Trafic limité » –

Le chantier pharaonique, qui avait débuté en 2009, a été marqué par de nombreux retards, des dépassements de coûts, des poursuites pour corruption, mais aussi le décès d’ouvriers.

Des passagers prennent des photos dans une navette sur le pont Hong Kong-Macao-Zhuhai le 24 octobre 2018 / © AFP / Anthony WALLACE

Pour les autorités, ce pont-tunnel doit permettre de doper les échanges commerciaux en rapprochant de façon spectaculaire les deux rives du détroit.

Mais pour les adversaires hongkongais du projet, il s’apparente à un « éléphant blanc » (projet démesuré qui s’avère finalement plus onéreux qu’utile) et une tentative de plus de Pékin d’accroître sa mainmise sur l’ancienne colonie britannique, qui bénéficie sur le papier d’une très large autonomie en vertu du principe « Un pays, deux systèmes ».

Offrant d’impressionnantes vues sur l’océan, les montagnes et les écueils parsemant l’estuaire, le pont était partiellement noyé dans la brume matinale quand une équipe de l’AFP l’a emprunté à bord d’un car. Ce qui n’empêchait pas d’enthousiastes voyageurs de filmer sur leur smartphone l’intégralité du voyage vers l’ex-colonie portugaise.

Le trafic était extrêmement limité sur l’ouvrage, rappelant les critiques de certains Hongkongais au sujet des restrictions drastiques mises en place pour les automobilistes.

« Toutes les grandes infrastructures ont généralement un faible volume de passagers et un trafic limité après leur lancement », relativisait le secrétaire hongkongais aux Transports Frank Chan.

« Il faut du temps pour que cela se mette en place. »

Des autocars sur le pont Hong Kong-Macao-Zhuhai le 24 octobre 2018 / © AFP / Anthony WALLACE

– une heure entre Hong Kong et Macao –

Seuls 10.000 permis ont été accordés aux Hongkongais souhaitant conduire leur véhicule jusque Zhuhai, et ce en fonction de critères très restrictifs, parmi lesquels leurs éventuelles fonctions officielles en Chine continentale ou le fait d’avoir fait des dons à des organismes caritatifs en Chine.

Des lors, la plupart des trajets se font à bord de cars agréés.

M. Chan n’a pas donné d’estimation quant au nombre de Hongkongais qui pourraient prendre le pont mercredi, mais estimé que 30.000 habitants de Chine continentale pourraient faire la traversée dans la journée.

Le gouvernement avait auparavant tablé sur un trafic quotidien de 29.000 véhicules à l’horizon 2030.

Le pont réduit de façon spectaculaire le temps de trajet par la route. Il ne faut désormais que 45 minutes pour se rendre à Zhuhai, contre quatre heures auparavant du fait du long détour par le Nord.

Des passagers au terminal routier de Hong Kong s’apprêtent à emprunter le pont Hong Kong-Macao-Zhuhai le 24 octobre 2018 / © AFP / Anthony WALLACE

Pour aller s’encanailler dans les casinos de Cotai, à Macao, il faut compter une heure par le pont depuis Hong Kong, soit à peu près autant qu’à bord des ferries assurant des rotations presque continues aux heures de pointe.

« Ca prend autant de temps que le ferry, mais c’est plus confortable, quand on est comme moi un peu malade en bateau », se félicitait Angie Cheng.

Cette colossale infrastructure s’inscrit dans le projet du gouvernement chinois de « Grande Baie » (Greater Bay Area) dans la zone.

Ce schéma prévoit l’intégration des deux « régions administratives spéciales » de Hong Kong et Macao dans une gigantesque conurbation de plus de 75 millions d’habitants incluant aussi neuf villes du Guangdong, la plus dynamique des provinces chinoises, parmi lesquelles Canton et Shenzhen.

Un des autres éléments phares de ce projet global est la nouvelle liaison ferroviaire à grande vitesse entre Canton et Hong Kong, qui a débuté en septembre.

(©AFP / (24 octobre 2018 10h28)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-De-Hong-Kong-Macao-sur-le-plus-long-pont-maritime-au-monde/964899.rom

Le camp occidental à l’épreuve de l’arme économique : les leçons du CoCom

Le camp occidental à l’épreuve de l’arme économique : les leçons du CoCom

À peine la République fédérale d’Allemagne a-t-elle officialisé la construction du controversé gazoduc Nord Stream 2 le 16 mai 2018, que la Pologne et les États-Unis d’Amérique ont sans surprise fait part de leur opposition à ce projet. Ce gazoduc devant s’étendre sous la mer Baltique sur 1200 kilomètres pour relier la Russie à l’Allemagne, devrait assurer à cette dernière un approvisionnement de 55 milliards de m³ d’hydrocarbures russes par an tout en évitant à la Russie d’avoir à payer des frais de transit à l’Ukraine et la Pologne. Les autorités allemandes donnèrent le feu vert au projet en mars 2018, suivies par la Finlande en avril, les travaux débutèrent dès le mois de mai dans la ville de Lubmin.

Les représentants polonais et américains ont réagi avec une hostilité prévisible face à ce projet qu’ils avaient maintes fois dénoncé comme étant une « menace pour la stabilité européenne ». Ainsi, la rencontre entre le Ministre des Affaires Étrangères polonais, Jacez Czatupowitc et le secrétaire d’État américain Mike Pompeo le 21 mai 2018 fut l’occasion pour la Pologne d’aborder le sujet et notamment de s’assurer d’une éventuelle pression américaine sur les compagnies européennes impliquées dans la construction du gazoduc1 après que le représentant américain en Ukraine, Kurt Volker, ait fait part de l’intention des États-Unis de recourir à ces méthodes.

Dans un contexte de tensions croissantes avec la Russie placée sous sanctions et face à un éventuel recours à des moyens de rétorsion économique de la part des Américains, il convient de s’interroger sur les performances de « l’arme économique » à la lumière d’expériences antérieures. Ainsi cet article sera consacré à un sujet méconnu de la Guerre Froide à savoir le Coordinating Commitee for Multilateral Export Controls (CoCom), Cette organisation, fondée en 1949 et rattachée à une annexe de l’Ambassade des États-Unis à Paris, fut le fruit de débats houleux entre puissances occidentales pour contrôler les transferts technologiques vers le bloc socialiste qui en était dépendant.

Cette politique de « containment économique » et son instrument principal, le CoCom, furent maintenus à divers degrés tout au long de la Guerre Froide jusqu’à l’Arrangement de Wassenaar en 1994, et auront fortement impliqué les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, non sans controverses constantes; l’enjeu portant sur une question délicate et lourde de conséquences : les États-Unis et leurs alliés pouvaient-ils se permettre de commercer avec l’Union soviétique ?

Si la question n’a jamais pu faire l’unanimité entre les parties concernées aux États-Unis, elle le put encore moins entre les membres du CoCom.

Stratégie visant à tempérer les Soviétiques pour les uns, ou risque de leur « vendre la corde » pour d’autres, chaque pays du CoCom va progressivement mettre en œuvre sa propre conception de ce commerce selon ses perceptions de sécurité nationale durant la Guerre Froide.

La présente analyse portera sur ces deux extrêmes entre lesquels le CoCom se retrouva tiraillé durant les années 80 dans un contexte de « guerre fraîche » marqué par la volonté américaine de reprendre la lutte anticommuniste sous l’impulsion du président Ronald Reagan.

 

Présentation de la Nouvelle Politique Economique de Lénine, Affiche d'époque

 

I/ Le commerce Est-Ouest, entre ouverture et confrontation

La lutte idéologique entre le camp occidental et le bloc de l’Est durant la Guerre Froide n’a pas consacré une rupture des relations commerciales. Le rapport de force était à première vue en faveur des Occidentaux. En effet, n’en déplaise aux tenants du mythe des miracles de l’économie socialiste, la Russie soviétique a toujours affiché une dépendance prononcée vis-à-vis des technologies occidentales qui furent indispensables à son développement comme l’ont démontrée plusieurs études, les plus notables étant celles du professeur Antony Sutton2.

À titre d’exemple, dans les années 20, la NEP3 a permis l’ouverture de 350 concessions en Union soviétique encourageant l’implantation d’entreprises occidentales dont le capital technologique fut le principal, si ce n’est l’unique facteur de redressement économique de ce pays ravagé par la guerre civile. Les concessions furent ensuite supprimées par Staline pour recourir aux « accords d’assistance technique » accordant à certaines compagnies occidentales la possibilité d’apporter leur savoir-faire pour aider à la réalisation des grands projets industriels en Union soviétique. La période de la Détente, marquée par un apaisement des tensions et un relâchement des contrôles, fut l’occasion pour les Soviétiques d’acquérir une multitude de technologies occidentales au profit de leur potentiel économique…ainsi que militaire.

Comme l’avait jadis si bien résumé le professeur Carroll Quigley : « Des sociétés telles que la Russie soviétique, qui ont, par manque de tradition scientifique, démontré une faible créativité technologique, peuvent néanmoins constituer une menace pour la civilisation occidentale par l’usage, à immense échelle, d’une technologie presque entièrement importée de cette même civilisation occidentale »4.

Un bref descriptif de secteurs militaires clés soviétiques ayant bénéficié des transferts technologiques occidentaux, permettrait d’étayer ces propos ainsi que d’établir l’échec du CoCom et des espoirs de pacification à l’aube de la présidence de Reagan :

La flotte soviétique, la plus imposante au monde, était constituée à 60% de vaisseaux construits à l’Ouest, tout comme 80% de leur machinerie5. Les technologies furent obtenues auprès de la Burgmeister & Wain of Coppenaghen et Litton Industries6. Ce furent certains de ces bateaux qui acheminèrent les missiles à Cuba et qui ravitaillèrent Haiphong en équipements.7

L’industrie automobile fut érigée avec l’aide d’entreprises occidentales telles que Fiat et Ford entre les années 30 et 608. Certains véhicules militaires, plagiats de modèles occidentaux, furent utilisés en Afghanistan et contre l’effort de guerre américain au Vietnam.

Les missiles soviétiques positionnés en Europe ont largement bénéficié du savoir-faire occidental notamment celui de l’entreprise américaine Bryant Chucking Grinder Company dont les roulements à billes ont accru la précision des tirs soviétiques et la menace qu’ils incarnaient pour la sécurité européenne9.

Nous aurions pu rajouter à ce bilan les secteurs agricoles et chimiques, mais ces données suffisent pour établir que le commerce avec l’URSS, que certains avaient promu dans l’optique « d’adoucir » les Soviétiques, eut les effets inverses : l’Occident loin d’avoir acheté la paix a plutôt « vendu la corde10 ». En considérant les nombreux efforts aussi bien légaux qu’officieux que les Soviétiques déployaient pour se procurer en technologies, ce fut pour remédier à une véritable hémorragie technologique occidentale que Reagan voulut remanier le CoCom dont les défaillances appelaient à certaines rectifications.

Au regard de ce besoin obsessionnel des Soviétiques en technologies occidentales, on pourrait facilement être tenté comme Antony Sutton, de conclure qu’un blocage pur et radical des transferts technologiques auraient pu permettre de mettre l’URSS à genoux et ainsi précipiter la fin de la Guerre Froide. Toutefois cette vision relève de l’idéal tant le contrôle des technologies impliquait des considérations multiples qui transcendaient le simple recours à la coercition ou à d’autres mesures draconiennes.

 

II/ Des orientations américaines aux contradictions occidentales

Le contrôle des exportations est une initiative principalement américaine. À l’aube de la Guerre Froide les Etats-Unis en usèrent pour faire pression sur l’URSS à travers le « Control Act » en 1949, plaçant les biens exportés sous contrôle, mais aussi sur les pays occidentaux par le « Battle Act » en 1951 leur faisant perdre la protection américaine en cas de commerce avec le bloc socialiste. C’est dans ce contexte qu’apparu le CoCom11, souvent comparé à un « club » ne reposant sur aucun traité ou accord et dépendant de la bonne volonté des États membres pour réguler les transactions technologiques vers l’URSS, les pays du Pacte de Varsovie et la Chine Populaire.

Le CoCom a établi trois listes de biens devant être soumis à des licences : les munitions, les biens nucléaires et les biens à « double-usage » tout en accordant des possibilités de « ventes exceptionnelles »12. Enfin, il opérait selon deux notions anglo-saxonnes de guerre économique entre lesquelles il alternait selon la nécessité, à savoir l’effet de levier (« Leverage ») et « Linkage »13, le premier consistant à exploiter politiquement un avantage économique, tandis que le second revient à user d’actions économiques pour faire pression sur une cible.

Le contrôle américain sur les pays européens était certes bien établi à l’issue de la Deuxième Guerre Mondiale lorsque ceux-ci étaient trop exsangues pour se permettre de risquer de perdre la protection américaine, mais à mesure qu’ils opérèrent leur redressement économique, ils obtinrent une marge de manœuvre se traduisant par plusieurs écarts.

En effet, chaque pays membre s’était doté d’une conception propre du commerce Est-Ouest et d’une législation commerciale qui ne s’alignait pas forcément sur les directives américaines.

Ainsi la France, capitale des sympathies mondiales envers le communisme, recourait au commerce Est-Ouest afin d’affirmer sa souveraineté et se démarquer de l’hégémonie américaine. Le commerce avec l’Est bénéficiait d’un large consensus et le monde des affaires pouvait compter sur la bienveillance de l’État. Si la tendance était au laxisme jusqu’en 1981, la France, tout en renforçant ses contrôles, a préservé le souci de sa souveraineté.

Le Royaume-Uni, de par ses traditions commerciales, s’adonnait au commerce avec l’Est afin de subvenir à ses besoins économiques internes. Cependant l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979 marque un assujettissement à la politique américaine de contrôle.

La RFA constituait le maillon faible du CoCom. Cela est dû au fait que son commerce avec la RDA n’était pas considéré comme du commerce extérieur et occasionnait des fuites de technologies qui n’ont pas été l’objet de contrôles au sein du CoCom.

Le Japon enfin s’illustrait par son laxisme. La loi assurait la liberté d’exportation et les contrôles ne se limitaient qu’aux entreprises sur le sol japonais sans s’étendre à leurs filiales à l’étranger.

 Le commerce des pays membres du CoCom avec l'URSS et les pays du Pacte de Varsovie (source: RHOADES W. E.; CoCom, technology transfer and its impact on national security; Calhoun: The NPS Institutional Archive; 1989; p.127)Figure: Le commerce des pays membres du CoCom avec l’URSS et les pays du Pacte de Varsovie (source: RHOADES W. E.; CoCom, technology transfer and its impact on national security; Calhoun: The NPS Institutional Archive; 1989; p.127)

De par son caractère informel, les décisions prises au sein du CoCom ne revêtaient aucune forme contraignante vis-à-vis des États membres qui ont toute latitude pour appliquer les mesures du CoCom à leur convenance. Ainsi s’opposent deux conceptions de l’embargo : celle de sécurité (établir des contrôles stables) et celle de sanctions (selon les initiatives soviétiques)14. Les États-Unis alternant par opportunisme entre les deux mais toujours en désaccord avec ses alliés. Si on peut admettre qu’il existait un consensus pour le contrôle des exportations de technologies stratégiques (non sans réserves de la part des pays européens), le principal litige porte sur la définition de « bien stratégique ».

Les listes de biens à placer sous contrôle ne peuvent donc faire l’unanimité parmi les membres du CoCom, les Américains suivant une démarche intransigeante, souhaitaient restreindre le commerce par des listes élargies, tandis que les Européens volontaristes préféraient préserver leurs liens commerciaux avec l’Est par des listes de contrôle limitées.

Les deux parties procédaient fréquemment à des accusations mutuelles d’hypocrisie, les Européens souhaitant défendre leurs intérêts économiques à l’Est et n’hésitant pas à remettre en cause les directives du CoCom au moindre empiètement de celui-ci sur leur souveraineté. Les Américains étaient en proie à une pression interne de la part de leurs industriels, ces derniers se sentant lésés par rapport à leurs concurrents européens bénéficiant de restrictions plus souples de la part de leurs pays respectifs

Ces éléments mettent en exergue un double paradoxe résultant d’une dépendance mutuelle: l’URSS bien qu’étant fortement dépendante des technologies occidentales est tout de même parvenue à se maintenir à niveau face au camp occidental, tandis qu’inversement, les pays et industriels occidentaux, bien qu’exposés à la menace soviétique, ont tout de même poursuivi voire défendu le commerce de technologies avec le bloc de l’Est en affichant une réticence opiniâtre envers toute injonction ou interférence américaine dans leurs activités économiques.

Un constat qui appelle sérieusement à relativiser les concepts libéraux inspirés de Montesquieu pour lequel « l’effet naturel du commerce est de porter à la paix »…

Reagan et Gorbatchev

III/ Les faux espoirs du renforcement des contrôles

Lorsque Reagan accéda à la présidence en 1981, la détérioration des relations américano-soviétiques avait déjà été consommée depuis Carter. L’invasion de l’Afghanistan en 1979 sonna le glas de la Détente et les États-Unis réagirent en prenant certaines mesures répressives.

En 1979 fut promulguée l’Export Administration Act (EAA) accordant au président un droit de regard sur les exportations suivi d’un embargo sur le grain en 1980. La politique de Reagan s’inscrivit dans cette tendance, constatant l’échec du « commerce pacifique » et concevant une nouvelle approche du commerce Est-Ouest à imposer aux membres du CoCom. Celle-ci s’aligna sur les recommandations faites en 1976 par le « Rapport Bucy »15 insistant sur un contrôle prioritaire et sélectif quant aux technologies à « double usage » et limitant l’accès aux technologiques américaines aux membres du CoCom. La procédure se conforme également à l’approche du National Security Council (NSC) prônant un renforcement du CoCom, le besoin de convaincre les Alliés du bien-fondé des contrôles des exportations, des mesures collectives et une adhésion de l’Est à l’éthique commerciale de l’Ouest16.

La guerre économique paraissait être une opportunité dans la mesure où certains observateurs percevaient en URSS les prémisses d’un effondrement économique; le refus de transferts technologiques pouvait donc accentuer cette phase de déclin et acculer l’URSS vers des compromis en terme de consommation et investissement dont les effets pouvaient se conjuguer à la course à l’armement, infligeant à l’URSS le coup de grâce17.

Cette stratégie est issue de l’optique américaine selon laquelle les contributions technologiques au secteur industriel soviétique bénéficient par ricochet au secteur militaire18, conception rompant avec la « compartimentalisation » adoptée par les autres pays du CoCom pour lesquels le secteur militaire est indépendant des technologies civiles issues du secteur économique19. Vis-à-vis des Alliés, les États-Unis vont alterner entre 2 tendances : les « multilatéralistes » et les « unilatéralistes » chacune prônant une posture distincte au sein du CoCom et qui vont inspirer la démarche à suivre à l’occasion de deux crises majeures.

La première est celle de la construction du gazoduc d’Urengoy, certainement l’exemple le plus représentatif d’une gestion calamiteuse d’embargo multilatéral issue d’une initiative unilatérale.

En réaction aux troubles survenus en Pologne en 1980, Reagan met ses menaces à exécution et décide en décembre 1981 de suspendre toutes les licences d’exportations portant sur les biens et composants censés assurer la construction d’un gazoduc sibérien20. Il fallut cependant contraindre les membres du CoCom à suivre cette démarche. Le 18 juin 1982 l’interdiction est étendue aux filiales des entreprises américaines ainsi qu’aux entreprises étrangères produisant les équipements sous licence. Ceci avait engendré de fortes tensions avec les pays européens membres du CoCom dont les entreprises sont pénalisées par l’extraterritorialité d’une décision américaine, d’autant que ceux-ci voient Reagan paradoxalement lever l’embargo sur le grain21 au profit des fournisseurs américains. Les gouvernements français et britanniques incitèrent ouvertement leurs entreprises à passer outre les directives de Reagan et leurs obligations vis-à-vis du CoCom, contraignant le président américain à lever l’embargo en novembre 1982. Le gazoduc sera finalement construit au profit de l’URSS.

Plusieurs conclusions sont à retenir de cette expérience : nous pouvons considérer cet incident comme la preuve que l’unilatéralisme américain est défaillant, plutôt que d’obtenir le soutien des Alliés, les Américains ont réussi à se les aliéner, ceux-ci considérant certaines variables (dépendance envers le gaz soviétique, intérêts économiques) comme prenant le pas sur leurs obligations envers le CoCom.

L’unilatéralisme s’étant révélé inapproprié à l’issue de cette crise, l’Administration Reagan se vit donc acculée vers le multilatéralisme pour renforcer, non sans peine, le CoCom après 1982.

Les États-Unis présentèrent au CoCom un triple projet : l’élargissement des listes de contrôle, le renforcement des sanctions et enfin le renforcement de la structure institutionnelle du CoCom. Les Européens n’étaient disposés à entreprendre une guerre économique qu’à la condition que les produits concernés aient effectivement une importance militaire. Ainsi, lors de la réunion de 1982, 58 produits sur 100 proposés par les Américains furent ajoutés aux listes. S’ajoutent l’année suivante l’application directe de contrôles pour les 10 biens prioritaires susceptibles de détournement et en 1984, l’interdiction d’exporter certains équipements de communication. Les États-Unis purent obtenir la création en 1985 d’un sous-comité (STEM) renforçant le poids des représentants de la Défense face à ceux du Commerce au sein du CoCom mais seulement après une série de compromis avec leurs partenaires occidentaux22.

Ce développement multilatéral du CoCom suscita certes des plaintes croissantes d’officiels soviétiques, cependant ce succès relatif est à nuancer pour certaines raisons : ces renforcements sont limités à l’intérieur des frontières de l’Ouest et s’accompagnent de la réticence persistante des Européens ; les États-Unis ayant renoncé à l’unilatéralisme, étaient contraints de composer avec des partenaires peu disposés à suivre les nouvelles procédures sur le long-terme d’où de nouvelles plaintes venant de ces derniers qui percevaient les freins à la réexportation de technologies américaines comme une atteinte aux lois internationales. Ces contrôles internes ont finalement nuit à la volonté des pays du CoCom de coopérer, les Européens et les Japonais y percevant des velléités unilatéralistes inavouées des Américains.

Les failles de ce nouveau paramétrage seront mises à nu à l’occasion du scandale Toshiba-Kongsberg en 1987. Ces deux entreprises avaient vendu aux Soviétiques des machines-outils sous licence indispensables à la modernisation de leurs sous-marins nucléaires compromettant davantage la sécurité de l’Europe de l’Ouest23. En réaction, le Sénat américain, par le Garn Amendment, a exigé la fermeture du marché américain à toutes les entreprises qui ne se conforment pas aux réglementations du CoCom en guise de sanctions. Paradoxalement, cette mesure fut désavouée par l’Administration Reagan qui craignait de voir les pays européens appliquer les mêmes restrictions à l’encontre des entreprises américaines en représailles. De surcroît, une telle initiative unilatérale n’aurait fait que compromettre le CoCom24. Il fallut privilégier la voie multilatérale en coopération avec le Japon et la Norvège. Des sanctions à l’encontre de Toshiba et de la Kongsberg-Vapenfabrik furent bel et bien appliquées en plus d’un engagement accru du Japon dans le contrôle des technologies sensibles.

L’ampleur de cette crise décida les autres membres du CoCom à renforcer leur coopération avec les États-Unis au sein du CoCom. Ce revirement aurait pu être encourageant si, entre 84 et 89, la RFA n’avait pas à son tour manqué à ses obligations en permettant à la Imhausen-Chemie de construire des installations chimiques en Libye tout en négligeant de soumettre ses produits aux contrôle du CoCom avec la complicité silencieuse des autorités fédérales allemandes…

L’arrivée au pouvoir de Gorbatchev et l’apaisement des tensions avec les États-Unis qu’il va consacrer achèveront de convaincre Reagan d’assouplir sa politique de contrôle en 1986.

 

Reagan et Trump

Conclusion: de Ronald à Donald

L’expérience du CoCom est édifiante dans le contexte actuel puisqu’elle permet de relativiser le leadership américain parmi ses alliés sur le plan économique. Si la domination militaire et diplomatique américaine demeure une constante encore aujourd’hui au sein de l’OTAN, le domaine économique constitue le talon d’Achille de cette suprématie. C’est précisément sur le plan économique que toute l’hétérogénéité du camp occidental nous est révélée au grand jour, chacun des pays membres disposant de spécificités économiques particulières divergentes sur lesquelles peuvent buter les intérêts américains.

Donald Trump, ayant pris ses fonctions de président des États-Unis en 2016, se retrouvent confrontés à certains enjeux auxquels fit face son prédécesseur Reagan. Si le recours aux sanctions économiques à l’encontre de la Russie fut appliqué suite au rattachement de la Crimée à la Russie en mars 2014, les résultats mitigés, voire contreproductifs obtenus ne plaident pas en faveur de cette politique. Les relations économiques étant intrinsèquement mutuelles, les sanctions constituent des armes à double-tranchant pouvant mener à l’impasse25

Ainsi, la partie occidentale de l’Union Européenne, notamment l’Allemagne, est plus soucieuse de préserver ses rapports économiques avec la Russie et par conséquent moins disposée à avaliser toutes les directives de Washington.

Face au gazoduc Nord Stream 2, les Américains peuvent compter sur l’appui des pays d’Europe de l’Est membres de l’Initiative des Trois Mers26 dont les intérêts, comme l’a reconnu le général L. Jones de l’Atlantic Council, sont « davantage alignés sur la perception américaine du monde, que nos alliés traditionnels d’Europe de l’Ouest »27.

Quand bien même les États seraient amenés à coopérer dans une politique de boycott contre la Russie, les milieux d’affaires qui y sont implantés risquent fort d’affirmer leur désapprobation.

La Russie constitue un cas particulier dans l’approche des politiques de guerre économique. Qu’importe qu’elle ait été, selon Lénine, « un apanage semi-colonial du capitalisme » au temps du tsarisme, ou « un marché captif » d’après Antony Sutton sous le communisme. Ce pays a paradoxalement toujours su ranger cette dépendance économique et technologique prononcée envers l’Occident parmi ses atouts jusqu’à la rendre mutuelle.

Les perspectives économiques qu’offre la Russie et sa place incontournable sur le marché mondial susciteront immanquablement l’intérêt d’acteurs étrangers qui seront dès lors mus par  une volonté impérieuse de retour sur investissement. Plus les capitaux qu’ils consacreront à la Russie seront importants, plus ils seront réticents à toute politique de sanction susceptible de rendre la Russie insolvable et de compromettre leurs profits.

Ainsi, tout comme pour le gazoduc d’Urengoy, rien ne saurait garantir une annulation du projet de Nord Stream 2 prévu pour 2019 d’autant que les efforts américains pour obtenir l’annulation de Nord Stream 1 en 2012 se sont révélés infructueux.

Tout comme au temps du CoCom, rien ne saurait non plus assurer que la menace de sanctions à l’encontre de compagnies impliquées dans des projets avec la Russie pourrait les dissuader de poursuivre leurs activités d’autant que cette mesure a déjà été sèchement désavouée par les protestations de l’Allemagne et de l’Autriche en juin 2017.

La prise en compte des résultats mitigés du CoCom sous Reagan ne devrait-elle pas inviter Trump à plus de circonspection dans la tentation de l’usage de l’arme économique face à la Russie de Poutine?

 

Hédi ENNAJI

 

Bibliographique sélective:
  • BERTSCH G. K. (sous la direction de); Controlling east-west trade and technology transfer, power, politics and policies; éd. Duke University Press; 1988; Georgia; 508 p.
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  • HANSON P.; Trade and technology in Soviet-Western relations; éd. Macmillan Press LTD; Hong Kong; 1981; 271 p.
  • HOLIDAY G. D.; Technology transfer to the USSR, 1928-1937 and 1966-1975: The role of Western technology in Soviet economic development; éd. Westview Press; Colorado; 1979; 225 p.
  • LACHAUX C., LACORNE D., LAMOUREUX C.; De l’arme économique; éd. Fondation pour les études de Défense Nationale; coll. Les 7 épées; Paris; 1987; 406 p.
  • LAÏDI S.; Histoire mondiale de la guerre économique; éd. Perrin; Paris; 2016; 576 p.
  • MASTANDUNO M.; Economic Containment, CoCom and the politics of East-West trade; éd. Cornell University Press; New York; 1992; 353 p.
  • OFFICE OF TECHNOLOGY ASSESSMENT; Technology and east-west trade; éd. Allanheld Osmun & co; New Jersey; 1981; 303 p.
  • PARROTT B. (sous la direction de); Trade, technology, and Soviet-American relations; éd. Indiana University Press; Bloomington; 1985; 394 p.
  • SANDBERG M.; Learning from capitalists, A study of Soviet assimilation of Western technology; éd.Almqvist & Wiksell International; Göteborg; 1989; 264 p.
  • SEUROT F.; Le commerce est-ouest; éd Economica; Paris; 1987; 174 p.
  • SUTTON A. C.; National suicide, military aid to the Soviet Union; éd. Arlington House; New York; 1974; 283 p.

https://stratpol.com/le-camp-occidental-a-lepreuve-de-larme-economique-les-lecons-du-cocom/

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