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La « nouvelle prospérité » introuvable de Bruno Le Maire

Politique

La « nouvelle prospérité » introuvable de Bruno Le Maire

Bruno Lemaire by UMP photos CC BY-NC-ND 2.0

Dans l’esprit de Bruno Le Maire, tout ce qui est de nature à favoriser l’activité économique est à rejeter et tout ce qui entrave la liberté d’entreprendre au nom d’une fausse notion de la justice sociale est à encourager.

Par Nathalie MP.

Parmi les séquences médiatiques du week-end, on a surtout retenu l’étrange amnésie mâtinée de connivence calculée qui a saisi Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il s’est retrouvé plus ou moins inopinément face au Président de la République. Quelle injustice pour Bruno Le Maire ! Son registre est certes moins sexy puisqu’il parle de comptes publics, mais à écouter le festival de petites phrases creuses et de platitudes politiquement correctes qu’il nous a servies ces derniers jours, c’est à se demander si côté langue de bois ce ne serait pas lui le meilleur d’entre tous.

Comme souvent quand Bruno Le Maire s’exprime, c’est toujours le côté « bon élève gendre idéal » qui apparaît en premier. Samedi dernier, nous avons donc eu droit au discours qui s’est imposé chez tous les dirigeants voulant montrer du sérieux dans la gestion des affaires nationales, ne serait-ce que pour ne pas encourir trop sévèrement les blâmes et autres procédures pour déficit excessif de l’Union européenne :

Il n’y a pas de prospérité durable avec des comptes publics qui ne sont pas bien tenus.  (BLM, 8 septembre 2018)

« Enfin un peu de lucidité ! » serait-on tenté de dire. À vrai dire, notre ministre de l’Économie est coutumier de ces déclarations très orthodoxes. Il y a un an, il écrivait déjà en en introduction du projet de loi de finances pour 2018 :

Si la dépense publique était la réponse à tout, nous devrions donc avoir le chômage le plus bas et le taux de croissance le plus élevé en Europe. Nous en sommes loin. (27 septembre 2017)

Et encore tout récemment, dans l’émission Les 4 Vérités sur France 2 (voir la vidéo en fin d’article), il donnait la définition de ce qu’il appelle pompeusement « la nouvelle prospérité française » :

La nouvelle prospérité française, elle ne doit pas être bâtie sur la dépense et sur la dette, mais sur la croissance et le travail. (6 septembre 2018)

À l’entendre, avec l’élection d’Emmanuel Macron en mai 2017, nous serions donc entrés dans un cycle radicalement nouveau, celui où la sphère publique arrête de dépenser à tout va comme c’était le cas par le passé.

Du retard à l’allumage

Un passé où les acteurs actuels du « nouveau monde » étaient déjà impliqués jusqu’au cou, Macron comme ministre de Hollande et Le Maire comme ministre de Sarkozy. Mais laissons cela. Il nous suffit de constater que la nouvelle prospérité française a visiblement pris un peu de retard à l’allumage, si ce n’est du plomb dans l’aile :

Le budget établi pour 2018 n’a nullement entériné ces sages préceptes, les dépenses et les prélèvements obligatoires ont continué à augmenter. La croissance française, loin de décoller, se tasse plus que jamais, rendant inatteignable l’objectif de 2 % pour 2018, et le chômage n’a pas reflué de façon significative (tableau ci-contre).

En fait de comptes tenus, Bruno Le Maire s’est contenté de nous annoncer dans la foulée que le déficit public serait en dessous de la limite fatidique des 3 % en 2018 et 2019, grâce (attention, violons) aux « efforts considérables » de l’État, des ménages et des entreprises. Que les particuliers et les entreprises soient sans cesse ballotés d’une décision fiscale à une autre, certes. On pense à la hausse de la CSG couplée à la baisse des cotisations salariales ou à l’invraisemblable fiasco la taxe à 3 % sur les dividendes. Mais quels efforts de l’État ?

Il faut savoir tout d’abord que jeudi dernier l’INSEE a publié un communiqué dans lequel il indique avoir accédé aux demandes d’Eurostat, l’organisme de la statistique de l’Union européenne, à propos de la dette de la SNCF et de la recapitalisation d’Orano (ex-Areva).

Il en résulte que le déficit public rapporté au PIB, qui était de 3,4 % pour 2016 et de 2,6 % pour 2017, remonte à 3,5 % et 2,7 % pour ces deux années respectivement. De la même façon, la dette publique atteint maintenant 2 257,8 milliards € à fin décembre 2017 au lieu des 2 218,4 milliards précédemment notifiés, soit 98,5 % du PIB contre 97 % (voir tableau ci-dessus).

Fragilité de la comptabilité nationale

On pourrait facilement se dire qu’il s’agit là d’un simple ajustement de méthode comptable qui ne change rien de fondamental. En réalité, ceci signifie qu’en laissant des dettes telles que celle de la SNCF en dehors du périmètre de nos comptes publics, on se berçait d’une sorte d’illusion qui conduisait à retarder les indispensables réformes de structures. Cette nouvelle alerte sur la fragilité de notre comptabilité nationale doit absolument être entendue.

Il faut reconnaître ensuite que lorsqu’on a obtenu un déficit de 2,7 % du PIB après de nombreuses années situées au-delà de 3 %, et qu’on a déjà annoncé 2,3 % pour les deux années suivantes, il n’est guère fabuleux de faire machine arrière en promettant qu’on sera tout juste en dessous de 3 %. Et ceci d’autant moins que le déficit public moyen des 28 pays de l’Union européenne se situe actuellement à 0,5 % et celui des 19 pays de la zone euro à 0,1 % du PIB.

Quelles que soient les félicitations que M. Le Maire se décerne avec complaisance à propos de la politique menée depuis 15 mois sur le mode « c’est vrai que c’est plus long et que c’est plus difficile, mais ça donnera des résultats solides », et même s’il lui est facile d’écarter d’un revers de main la critique sur la baisse de la croissance sous prétexte qu’elle émane de l’entourage de François Hollande, la France continue à s’aveugler dangereusement sur les réformes indispensables à faire en matière de baisse de dépenses et de remise à plat des missions de l’État. 

On voit surtout Bruno Le Maire déployer beaucoup d’énergie pour aller chercher de la taxe partout. Dernière idée en date, qu’il pousse à fond et qui a été discutée ce week-end par les pays membres de l’UE : la taxation des GAFA à hauteur de 3 % de leur chiffre d’affaires sous un prétexte des plus fumeux de justice fiscale réclamée d’après lui par les peuples européens.

Le recours systématique à la fiscalité

S’il était véritablement question de couper dans les dépenses, on pourrait envisager de commencer à rembourser la dette publique et baisser les impôts de façon importante, choc fiscal qui serait bénéfique à l’activité. L’attitude de Bruno le Maire laisse plutôt penser qu’il cherche prioritairement à combler le déficit par une fiscalité accrue.

Du reste, la mesure annoncée de réduire les effectifs de la fonction publique de 4500 personnes a de quoi faire rire. C’est une boutade, cette épaisseur du trait, quand on songe que nous avons 5,5 millions de fonctionnaires.

Il est également question de grignoter trois francs six sous d’économie en revalorisant les pensions à un taux (0,3%) inférieur à l’inflation (2,3 %) qui s’accélère nettement ces derniers mois. Pour toucher leur retraite, les retraités ont versé des cotisations prélevées sur leur salaire pendant toute leur vie active. On pourrait donc s’imaginer que le montant de cette retraite soit en rapport direct avec ce qu’ils ont payé pour cela.

Mais non. Dans notre système obligatoire et collectivisé de retraite par répartition, le montant de la pension est strictement politique. Au-delà de considérations techniques sur l’espérance de vie et l’âge de départ en retraite, il dépend surtout des besoins de l’État pour tenter de masquer son incurie générale – « maîtriser les dépenses publiques » comme le dit le Premier ministre – comme nous en avons la preuve éclatante aujourd’hui. Le cynisme de l’État est sans limite.

Mais vous pouvez compter sur Bruno Le Maire pour faire mine de comprendre les frustrations de ses concitoyens. Interrogé sur le lien qui semble cassé entre le Président et les Français qui ne voient toujours rien venir après plus d’un an de gouvernance Macron, il fait assaut de dolorisme et de volontarisme dans un déchaînement de mots d’un creux abyssal :

Nous sommes face à la vérité de Français qui sont impatients, qui ont beaucoup souffert, qui depuis des décennies affrontent le chômage de masse, qui sont inquiets sur ce que va devenir la France. […] Il va falloir faire preuve, encore plus pendant les mois qui viennent, de fermeté, de constance et de détermination. (Les 4 Vérités, 6 septembre 2018)

Et vous pouvez compter sur le gentil Bruno Le Maire pour nous faire comprendre à demi-mot que le seul cynisme qui existe en France est celui des entreprises. Faisant commodément l’impasse sur la démence fiscale et la furie réglementaire de l’État, il explique avec beaucoup de tranquillité que si la croissance n’est pas au rendez-vous, c’est tout simplement parce que les entreprises n’innovent pas, ne forment pas, n’investissent pas et ne rémunèrent pas assez.

Lui, Bruno le Maire, éducateur en chef d’entreprises indisciplinées, va changer tout cela. D’où sa loi PACTE, sorte de loi Macron bis examinée actuellement à l’Assemblée, qui est censée « faire grandir les entreprises » et repenser leur rôle social.

Faire grandir les entreprises ou leur mettre des bâtons dans les roues ? On se le demande, surtout quand on l’entend ensuite déclarer qu’il est hostile à l’idée de considérer le travail dominical dans la loi PACTE, tandis qu’il se montre au contraire très favorable à un amendement LREM qui obligerait les entreprises à « révéler les écarts entre les niveaux de rémunération et repérer les déséquilibres ».

Autrement dit, dans l’esprit de Bruno Le Maire, tout ce qui est de nature à favoriser l’activité économique est à rejeter et tout ce qui entrave la liberté d’entreprendre au nom d’une fausse notion de la justice sociale est à encourager. À ce rythme, la nouvelle prospérité française n’est certainement pas pour demain, mais le politiquement gnangnan se porte bien, merci Bruno.

Pour conclure, je vous laisse découvrir l’inénarrable Bruno Le Maire et toutes ses certitudes d’énarque dirigiste qui n’a rien connu d’autre dans toute sa carrière que les postes politiques (hormis deux ans d’enseignement avant l’ENA). Voici l’intégrale de son passage de jeudi dernier dans l’émission Les 4 vérités (08′ 04″). Je préfère vous prévenir, c’est extrêmement pénible :

Sur le web

https://www.contrepoints.org/2018/09/11/324774-la-nouvelle-prosperite-introuvable-de-bruno-le-maire

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Scandale des faux passeports syriens : entretien avec Bassam Tahhan

Nouvelle révélation de Bassam Tahhan : la « coalition syrienne » est de nouveau éclaboussée, cette fois-ci par une affaire de faux passeports remontant jusqu’à l’ex premier-ministre de cette coalition, via une filière slovène. Les vrais passeports syriens du gouvernement de Bachar Al-Assad ont servi de modèle à ces faux passeport, qui vont jusqu’à reprendre de véritables numéros de passeport déjà attribués.

  • Durée : 6 min
  • Date : 19-03-2015
  • Intervenant : Bassam Tahhan
  • Journaliste : Raphaël Berland
  • Source : Cercle des Volontaires

http://www.informaction.info/video-geopolitique-scandale-des-faux-passeports-syriens

Synthèse de l’actualité internationale de juillet et août 2018

07/18 et 08/18 Actualité internationale

Synthèse de l’actualité internationale de juillet et août 2018

Par Axelle DEGANS, le 1er septembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Auteure de « Réussite aux concours 2018 ! La synthèse de l’actualité internationale 2017 », éd. Diploweb via Amazon, 2018. Elle est aussi co-auteure chez Ellipses de « Les 50 cartes à connaître », Coll. Atout concours, Paris, 2016.

Voici une synthèse de l’actualité internationale de juillet et août 2018 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (+ de 11 500 followers)

Le sort des urnes

Au Mali, le président Ibrahim Boubacar Keita a été réélu durant l’été 2018 sans surprise et sans gloire avec des deux tiers des voix … de seulement 35 % du corps électoral. Une réélection décriée par l’opposition et entachée de soupçons de fraudes qui ne devrait pas affermir le pouvoir d’un président en butte aux difficultés économiques et à la recrudescence de la violence djihadiste.

Au Pakistan, les élections législatives de l’été 2018 ont été remportées par l’ancien champion de cricket Imran Khan, mais de fortes irrégularités sont dénoncées ; il a remporté 116 des 272 sièges à pourvoir. Le pays est au bord du défaut de paiement et la menace djihadiste n’est pas écartée. Il doit trouver un délicat équilibre entre l’allié américain, le partenaire chinois et le frère-ennemi indien.

Au Cambodge, le premier ministre sortant, Hun Sen, a remporté les élections législatives. En restant plus de trente années au pouvoir, on peut parler d’une « ère Hun Sen ». Il annonce avoir remporté l’ensemble des sièges à pourvoir.

Le Zimbabwe a organisé durant l’été 2018 les premières élections générales (présidentielles, législatives, municipales) de l’après Mugabe. Emmerson Mnangagwa, au pouvoir depuis le coup d’Etat de la fin de l’année passée, a gagné des élections contestées par l’opposition. Les arrestations se multiplient.

Les affres de la violence

La violence connait durant l’été 2018 une recrudescence effrayante en Afghanistan et au Pakistan, elle est largement le fait des taliban [1] et de l’EI. Elle est devenue endémique au Nigéria, géant démographique et pétrolier africain, et continue en Syrie où la guerre civile se prolonge. Près de 250 personnes ont été assassinées par l’EI dans le sud du pays. Les taliban ont décliné l’offre de trêve proposée par le président afghan Ashraf Ghani à l’occasion des fêtes musulmanes de l’Aïd el Adha.

Le Mali est lui aussi déchiré par une violence que rien ne semble de voir éteindre. La région de Mopti est devenue un abcès de fixation, les djihadistes y attaquent les quartiers de la force G5 Sahel.

La Chine avance ses pions

La Chine et 16 pays d’Europe centrale et orientale (membres de l’Union européenne ou non) se réunissent en Bulgarie. Cette septième édition de ce sommet « 16+13 » a pour vocation de développer les investissements de Pékin en Europe, via des pays qui semblent plus prompt à les accepter. On se souvient de la mise en garde il y a quelques mois d’Angela Merkel à propos de l’influence exercée par Pékin sur les Balkans, y compris ceux qui aspirent à entrer dans l’Union. Ainsi, le Monténégro devient une porte d’entrée des capitaux chinois, même si ceux-ci s’investissent prioritairement en Europe de l’Ouest. Le continent européen n’est pas dans le seul dans le viseur chinois, les sommets chine-Afrique existent aussi depuis plusieurs années.

L’Allemagne et la Chine ont signé durant l’été 2018 des contrats pour une valeur de 30 milliards de dollars, ainsi le chinois CATL va investir sur un site de production en Thuringe alors que l’allemand BASF investira dans le Guangdong sans devoir s’allier à une co-entreprise. Il s’agit d’un rapprochement entre les deux principales puissances exportatrices dans un contexte de fortes tensions commerciales, à l’initiative des Etats-Unis. Pékin et Berlin affichent une certaine solidarité et leur attachement au libre-échange.

Après avoir rompu ses relations avec Taiwan (comme l’ont déjà fait le Tchad ou le Sénégal), le Burkina Faso accueille une nouvelle ambassade de la Chine populaire. Les contours de la Chinafrique continuent à se dessiner, avec un trait toujours plus gros.

Synthèse de l'actualité internationale de juillet et août 2018

© Photo Barthélémy Courmont
Photo extraite d’un reportage de B. Courmont : L’héritage chinois de Taiwan en images

On savait déjà que l’on peut manipuler l’Histoire, Pékin prouve que l’on peut aussi manipuler la géographie. La République populaire de Chine exige des firmes internationales non-chinoises de faire disparaitre le nom de Taiwan des cartes pour rattacher l’ile au territoire continental. Des compagnies aériennes comme Air France KLM, American Airlines, des groupes hôteliers comme Marriott ou textile comme Zara se sont pliés aux exigences chinoises…. Le Comité olympique vient d’annuler les Jeux de la jeunesse qui devaient se tenir en 2019 à Taichung, sur l’ile de Taïwan. Peut-on y voir le fruit des pressions de Pékin ?

Les affres du Brexit

On savait que les négociations du Brexit – le divorce du Royaume-Uni et de l’Union européenne – seraient complexes. Les questions soulevées sont nombreuses : les frontières (Channel, Irlande), la circulation des biens, des capitaux… et des hommes, tous les points de droit….

Le ministre des affaires étrangères, Boris Johnson, démissionne avec fracas durant l’été 2018. Après avoir été une tenant du « leave » au moment du referendum, il s’oppose à un Brexit « doux » défendu par le premier ministre Théresa May. Celle-ci le remplace par Jeremy Hunt. C’est la même raison qui pousse David Davis, le ministre du Brexit, à démissionner. Les conditions du Brexit ne sont toujours pas définies, certaines banques y compris britanniques choisissent de s’établir en France plutôt qu’à la City. La banque HSBC – experte en dissimulation fiscale – s’implante à Paris pour le marché européen.

La « relation spéciale » entre Londres et Washington est malmenée par un Donald Trump qui n’apporte pas son soutien à Theresa May et ne respecte pas le protocole lors de sa réception par sa très gracieuse majesté. Sa visite au Royaume Uni ne fait qu’agrandir le fossé entre les Britanniques et Donald Trump.

La Turquie d’Erdogan sous pression

Peu avant sa nouvelle investiture, le président turc procède à une nouvelle révocation, qui concerne cette fois-ci quelque 18 000 fonctionnaires, surtout dans les forces de l’ordre et le monde enseignant. Près de 200 000 personnes ont ainsi été limogées depuis le coup d’Etat raté. Erdogan resserre son emprise sur l’économie de son pays en nommant Berat Abayrat, son gendre, aux Finances alors que le pays est en proie à une inflation à deux chiffres. La politique économique menée par le président est perçue par les différents acteurs économiques comme une atteinte à l’indépendance de l’économie et des finances, ce qui fragilise la monnaie turque.

La nouvelle loi anti-terroriste rend légales les purges pendant encore trois années, alors que les gardes à vue peuvent s’étendre sur douze jours… Après l’incarcération du pasteur américain, Andrew Brunson, Donald Trump a annoncé durant l’été 2018 une série de sanctions notamment sur l’acier et l’aluminium turcs. Cela provoqué le décrochement de la monnaie – la livre turque – déjà malmenée par la dégradation de la santé économique du pays et la mainmise de l’exécutif sur la banque centrale.

Les difficultés latino-américaines

De terribles émeutes déchirent durant l’été 2018 Port-au prince, la capitale d’Haïti. Haïti ne s’est jamais redressée du tremblement de terre de 2011, en dépit d’une mobilisation internationale réellement conséquente. Après l’annonce d’une augmentation du prix des carburants, émeutes, pillages et grève générale sont les principaux signes de contestations du pouvoir du nouveau président Jovenel Moïse.

La crise politique, économique et sociale du Venezuela pousse plus de deux millions de personnes à fuir leur pays, dont plus d’un million s’est dirigé vers la Colombie, les tensions sont aujourd’hui fortes aux frontières avec le Brésil, alors que le Pérou et l’Equateur réclament les passeports des migrants vénézuéliens avant de les laisser entrer sur leur territoire. Le président Maduro explique avoir été victime d’une tentative d’assassinat par un drone. C’est l’occasion d’une purge dans l’armée qui apparait, au milieu du chaos vénézuélien, comme l’un des derniers éléments de stabilité. Le président a été contraint à une dévaluation de 95 % de la monnaie nationale – devenue le Bolivar souverain – pour l’adosser au petro, cryptomonnaie créée par le régime chaviste. Tous les signes du chaos sont là : une nouvelle contraction du PIB supérieure à 10 % pour la troisième année consécutive, hyperinflation que le FMI estime à 1 000 000 % pour 2018, un pays au bord du défaut de paiement que ceux qui le peuvent fuient, un régime autiste qui continue la répression, accusant l’extérieur de ses maux.

L‘économie argentine est elle aussi dans une situation difficile, l’inflation devrait dépasser les 30 %. C’est dans ce contexte délétère qu’éclate un nouveau scandale de corruption qui rattrape l’ancienne présidente Cristina Kirchner.

Les défis de l’Union européenne et de la France

Le Conseil européen de Bruxelles trouve durant l’été 2018 un accord a minima sur le dossier migratoire. Les candidats à l’asile seront triés dans des « centres contrôlés », permettant un renvoi rapide des candidatures non retenues, alors que les autres seraient dirigés vers les pays volontaires. Il s’agit bien évidemment de soulager la pression qui pèse sur l’Italie. Ce compromis, s’il montre la prise de conscience de la nécessité de s’entendre, n’est en rien une politique migratoire à la mesure du défi auquel l’Europe devra faire face dans les prochaines années, malgré le fonds de quelques trois milliards d’euros destiné à l’Afrique et le renforcement de Frontex, agence européenne chargée de la surveillance des frontières extérieures de l’Union. La règle de Dublin n’est ainsi pas réformée, la question du budget de la zone euro a été laissée de côté car les Pays-Bas ne souhaitent pas d’avancée vers une intégration plus poussée au sein de l’Union. Le 1er juillet 2018, l’Autriche du chancelier Sebastian Kurz prend la présidence tournante de l’Union européenne.

Le Danemark met le holà sur les très nombreux mariages blancs – environ un mariage sur trois du royaume – qui reposent sur des filières permettant le mariage de migrants avec des citoyens de l’Union et donc d’obtenir des titres de séjour.

De fortes tensions internes continuent à tirailler la Roumanie. La population civile multiplie les manifestations dans les grandes villes pour dénoncer la corruption des membres sociaux-démocrates du gouvernement qui veulent modifier les lois pour obtenir une impunité concernant le blanchiment d’argent et les pratiques corruptives.

Lors du sommet de l’OTAN, Donald Trump met la pression sur ses alliés européens, les intimant de relever leurs dépenses militaires car l’OTAN ne fait plus partie des priorités stratégiques de l’Amérique. Il met publiquement en cause l’Allemagne d’Angela Merkel qui finance peu l’OTAN et inflige un déficit commercial aux Etats-Unis. A l’Europe d’« européaniser » l’OTAN et de développer une défense commune.

Le sommet Union européenne-Chine de Pékin est l’occasion de réaffirmer des valeurs communes (attachement au libre-échange et au multilatéralisme inquiétude face à la nouvelle politique commerciale de Washington) pourtant Bruxelles est proche de nombreuses positions américaines : le problématique excédent commercial chinois lié à la relative fermeture de son marché aux partenaires commerciaux, le non-respect de la propriété intellectuelle, les investissements chinois… le rapprochement avec Pékin ne peut être que limité et circonstanciel.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, s’est rendu à Washington pour y rencontrer Donald Trump et discuter des nouvelles mesures protectionnistes décidées par le président américain. Il obtient que les importations de voitures européennes – surtout allemandes en fait – ne soient pas surtaxées en échange de quoi l’Union s’engage à importer davantage de soja (OGM) et de gaz américain (ce qui nécessitera d’importants investissements côté européen pour le GNL). Les taxes sont, en revanche, maintenues sur l’acier et l’aluminium européens.

Le président français se prononce en faveur de l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne en 2025 si Belgrade respecte les conditions nécessaires.

La Banque mondiale annonce durant l’été 2018 que le PIB de la France pour 2017 – 2 582 milliards de dollars – est inférieur à celui de l’Inde – 2 597 milliards-, la dégradant à la septième place. L’Inde bénéficie d’une forte croissance économique autour de 7 % alors que la croissance française reste anémique entre 0,4 et 1,1%… Il est probable que l’année prochaine le PIB indien rattrape voire dépasse celui du Royaume Uni.

L’Iran de nouveau victime de sanctions américaines

Donald Trump a choisi de prendre le contrepied de la politique de son prédécesseur qui réintégrait progressivement l’Iran dans la communauté internationale, satisfaisant ainsi son allié saoudien. La nouvelle politique de sanction entre en vigueur début août 2018 ce qui a provoqué une nette dépréciation de la monnaie iranienne, le rial. Désormais, toutes les entreprises qui commerceront avec l’Iran pour toute une série de produits, seront privées de l’accès au marché américain : une mesure très dissuasive. Les exportations iraniennes de pistache ou de tapis persan sont interdites, avant que cet embargo ne soit bientôt étendu aux hydrocarbures. Cela provoque de vraies tensions sociales en Iran qui pourraient déstabiliser le pouvoir en place, but recherché par Washington. Au niveau économique, la population iranienne est la principale victime de cette politique. Les entreprises européennes sont aussi pénalisées par cette politique d’embargo, comme Total, PSA ou Airbus contraintes, malgré d’importants et récents investissements, de quitter le marché iranien. Ces mesures font le jeu des entreprises chinoises qui n’ont que faire de l’embargo américain

L’Espagne face à ses démons

Un nouveau scandale frappe la famille royale espagnole. La maitresse de l’ancien roi Juan Carlos fait de fracassantes révélations, l’accusant de fraude fiscale. Cela fragilise la monarchie déjà malmenée avec les tensions autonomistes catalanes.

Le premier ministre espagnol a décidé d’exhumer le corps de Franco du mausolée du Valle Los Caidos pour le transférer dans le caveau familial. Le mausolée sera réservé à la mémoire des victimes de la guerre civile espagnole.

Les frontières sont sous pression

Le Pérou décrète durant l’été 2018 l’état d’urgence et renforce ses frontières face au trafic de drogue en provenance de Colombie. Bogota et Lima coopèrent sur ce dossier, car les trafiquants déstabilisent le pays. Les anciens guérilleros des FARC n’entendent pas passer de la culture du coca à des cultures vivrières. Dans le même temps, l’Amérique du Sud affronte la pire crise migratoire de son histoire du fait du chaos vénézuélien.

Au niveau des frontières commerciales, l’Union européenne et le Japon viennent de signer un accord de libre-échange d’environ 600 millions de consommateurs et représentant près d’un tiers du PIB mondial. Cet accord doit être ratifié par les parlements japonais et ceux de chaque Etat membre de l’Union. Les négociations ont été âpres sur les dossiers agricoles et l’accès aux marchés publics.

Les frontières extérieures de l’Union européenne sont mises sous la pression des différents bateaux porteurs de migrants en provenance d’Afrique. L’Italie déclare ne plus vouloir accueillir ces bateaux dans ses ports.

Les relations complexes entre Washington et Pékin

Les tensions commerciales sont très fortes entre les deux pays. Washington accuse Pékin d’être à l’origine de l’essentiel de son déficit et prend des mesures protectionnistes sur toute une série de produits importés depuis la Chine qui en retour taxe de nouveaux produits américains.

Cela n’empêche pas Pékin d’acheter des bons du Trésor américain, alors que Moscou vend les siens (les quatre cinquièmes de ses avoirs).

Les nouvelles d’Asie

La Corée du Sud vient de baisser la durée légale hebdomadaire du travail de 68 à 52 heures pour les fonctionnaires et les salariés d’entreprises de plus de 300 personnes. Cela devrait concourir à améliorer une productivité inférieure à la moyenne de l’OCDE et trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle dans un pays menacé par le déclin démographique.

Le régime saoudien se durcit. Suite à la dénonciation sur Tweeter par la ministre canadienne des affaires étrangères de l’arrestation d’une militante des droits de l’homme Samar Badaoui. Les arrestations des militants des droits des femmes se multiplient en Arabie saoudite, pourtant membre de la commission des droits de l’homme à l’ONU depuis 2017. Riyad, fait sans précédent, a décidé de vendre ses actifs canadiens après avoir expulsé l’ambassadeur canadien en Arabie. D’autres mesures de rétorsion économiques suivent.

Les Etats-Unis décident de réinvestir l’espace.

Le président Trump vient de choisir de créer une force militaire spatiale indépendante de l’US Air Force. Les Etats-Unis veulent investir le cyberespace et l’espace qui pourraient être les champs de bataille de demain. Il faut que le Congrès accepte de créer ce sixième corps armé et le dote d’un budget conséquent (la somme de huit milliards de dollars est avancée).


Bonus Vidéo. X. Pasco (FRS) Géopolitique du spatial, de la Guerre froide au « New Space » : quoi de neuf ?

Questions

. Quelles sont les idées fausses sur le spatial ?
. Quelle est la véritable histoire du premier pas de l’homme sur la Lune (1969) ?
. Qu’est-ce qui a changé dans le spatial depuis la fin de la Guerre froide (1991) ?
. Aujourd’hui, quelles sont les nouvelles tendances et les nouveaux risques ?


Donald Trump décide d’accorder plus facilement une autorisation à l’US Cyber Command de mener une cyberattaque pour accélérer sa capacité d’action.

Les disparus

Le cuisinier français le plus récompensé, Joël Robuchon, vient de disparaître durant l’été 2018. Le monde de la gastronomie française est en deuil, sa renommée est mondiale. Il a incarné une image de la qualité de vie française aux yeux du monde entier.

Aretha Franklin, l’immense chanteuse américaine de soul, vient de disparaitre à 76 ans.

Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU entre 1997 et 2002 est décédé à 80 ans. D’origine ghanéenne, il a développé l’intervention onusienne pour raison humanitaire et ne s’est pas privé de critiquer l’intervention américaine en Irak en 2003.

Le sénateur américain républicain John Mac Cain est mort à 81 ans d’un cancer du cerveau. Ancien héros de la guerre du Vietnam, il a été le challenger malheureux face à B. Obama lors des élections présidentielles de 2008.

Bonnes nouvelles

Un rapprochement semble s’esquisser entre l’Érythrée et l’Éthiopie. Le premier est né en 1993 d’une cession du second, le privant de son accès à la mer. Un différent frontalier les oppose depuis 1998, et l’Érythrée est une dictature que fuient nombre de jeunes hommes pour éviter un service militaire très long.

Les riverains de la Caspienne – Azerbaïdjan, Iran, Kazakhstan, Russie et Turkménistan -viennent de signer durant l’été 2018 un accord historique pour donner un statut à cette mer intérieure et en négocier l’exploitation.

La France est championne du monde de football 2018.

Copyright Août 2018-Degans/Diploweb.com

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La Guerre Inclusive Au Genre Humain

La Guerre Inclusive Au Genre Humain


Par Arnaud Upinsky − Le 23 juillet 2018 − Source YouTube

Les magiciens de la langue essaient de nous imposer une écriture « inclusive » laide à lire et impossible à prononcer. Mais pire, c’est une attaque sur les fondements de la langue française et par la suite, sur la pensée.

Arnaud Upinsky continue son combat pour obliger l’Académie française et le Président de la République à tenir leur rôle, défendre notre langue en grand danger, menacée de mort par l’idéologie « néo-libérale ». Il a son franc parler bien à lui mais il aborde à travers son combat, les enjeux d’une mondialisation qui est en train de ravager toutes les cultures, toutes les langues, toutes les nuances jusqu’à l’entropisation finale, la mort de tout et de tous… Sans concessions !

http://lesakerfrancophone.fr/la-guerre-inclusive-au-genre-humain

 

L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?

L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?

Par Pierre VERLUISE, le 31 juillet 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en géopolitique de l’Université Paris IV – Sorbonne. Fondateur associé de Diploweb. Chargé d’un cours semestriel de Géographie politique au sein du M.R.I.A.E de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, chercheur associé à la FRS. Auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine de livres, dont « Histoire, Géographie et Géopolitique du Proche et du Moyen-Orient », éd. Diploweb, diffusion Amazon.

Que nous apprend le revirement américain du 8 mai 2018 de la puissance de l’Iran, des Etats-Unis et de l’Union européenne ? L’Iran a été pendant un temps en capacité de « faire » et à « faire faire », jusqu’à perdre la main. Les Etats-Unis ont été en capacité de « faire et de faire faire » puis en « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Et l’Union européenne a été en incapacité d’ « empêcher de faire ».

LE 14 juillet 2015, un accord sur le nucléaire iranien est signé à Vienne par l’Iran [1] et les pays du « P 5+1 » (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne). Cet événement semble alors marquer le retour sur la scène régionale, voire mondiale, d’un Etat paria depuis de nombreuses années.

Le 8 mai 2018, le président des Etats-Unis – Donald Trump – annonce unilatéralement le retrait des Etats-Unis de cet accord, au grand dam des pays de l’Union européenne. Si la puissance peut se définir selon Serge Sur comme « la capacité de faire, de faire faire, d’empêcher de faire ou de refuser de faire », que nous apprend ce revirement au sujet de la puissance des uns et des autres ?

Considérons successivement l’Iran, les Etats-Unis et l’Union européenne.

L’Iran

Dans les années 1970, pour combler le vide laissé par le départ des Britanniques de la région, les Etats-Unis élaborent la stratégie des « deux piliers » intronisant Iraniens et Saoudiens comme garants de la sécurité régionale [2]

Cette position de partenaire privilégié des Occidentaux connaît un coup d’arrêt brutal avec la Révolution islamique de 1979. Les dirigeants iraniens cherchent alors à exporter la révolution dans les pays voisins ce qui participe à leur isolement sur la scène internationale. L’Iran n’a cependant jamais renoncé à ses ambitions régionales et une véritable réorientation stratégique a lieu, favorisée par la fin de la Guerre froide (1990) et par les conséquences du 11 septembre 2001 au Moyen-Orient. Le pays s’impose comme le leader de la résistance contre les Etats Unis et Israël… qui disposent chacun de l’arme nucléaire mais dans des proportions différentes.

Afin d’appuyer son retour diplomatique et stratégique, Téhéran décide de développer son programme nucléaire. L’énergie atomique n’est pas une idée neuve dans ce pays. Dès les années 1950, Washington et Téhéran développent des partenariats dans le cadre du programme « atoms for peace ». Avec la Révolution de 1979, le programme nucléaire est arrêté puis réactivé à la fin de la guerre Iran Irak (1980-1988). L’objectif est double, il s’agit de garantir les frontières du pays et d’offrir une protection au régime.

A Téhéran deux camps se font face. Le premier, plus conservateur, souhaite développer son programme quitte à être mis au ban des nations. Ses partisans estiment que la « Bombe » est la seule assurance vie du régime, en tant que source de prestige, et qu’elle permettrait de développer autour de l’Iran et de ses alliés un dôme protecteur. De l’autre, un camp dit « modéré » craint que l’isolement de l’Iran ne soit un handicap économique et stratégique. Ils souhaitent se servir du programme comme argument de négociation pour être réintégré au concert des nations. Ils estiment par ailleurs que le simple fait d’être capable d’obtenir la bombe suffit à se prémunir de toute agression.

L'Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?
Carte géopolitique de l’Iran dans les tensions de son environnement, fin 2015, selon Jean-Paul Budry
La légende de cette carte de l’Iran dans les tensions de son environnement comprend trois parties : L’arrière plan confessionnel ; Facteurs et forces stratégiques vus d’Iran ; L’Iran acteur des conflits et ses alliés. Réalisation Sciences Po Atelier de cartographie pour Dila Questions internationales n°77.

La signature de l’Accord de Genève en 2015 marque ainsi une victoire symbolique et diplomatique de l’Iran, lui permettant d’espérer consolider sa place d’acteur incontournable dans la stabilisation de la région. Ce qui suscite une grande inquiétude en Arabie Saoudite. L’Iran mise sur son ouverture économique en renonçant partiellement à son programme nucléaire jusqu’en 2040. Cet accord vise à ce que soit limitée l’accumulation de matière nucléaire fissile pour que l’Iran ne puisse pas développer d’arme nucléaire. L’espoir de la rapide levée des sanctions génère rapidement des flux d’entreprises étrangères dans l’intention de décrocher des contrats d’exploitation et de commercialisation des hydrocarbures ou d’accéder à un marché de 80,6 millions d’habitants en demande de consommation.

L’Iran en quelques chiffres

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L’Iran en quelques chiffres
L’Iran en quelques chiffres : superficie, population mi-2017, projection population en 2050, accroissement naturel, accroissement migratoire, indicateur de fécondité, PNB/h PPA US dollars. Source : Population et Avenir, décembre 2017, n°735, p. 21.

Ainsi, l’Iran a mis en place une stratégie axée autour de l’énergie nucléaire afin d’assurer son retour sur la scène géopolitique et stratégique internationale. Celle-ci a permis, d’une part, de contraindre les Occidentaux à accepter la réémergence du pays et de les amener à la table des négociations, illustrant ainsi la capacité de l’Iran à « faire » et à « faire faire ». Du moins jusqu’à ce que les Etats-Unis de Donald Trump se retirent de l’accord de 2015.

Les Etats-Unis

En 2002, des opposants iraniens exilés aux Etats-Unis révèlent l’existence de deux sites nucléaires cachés. Une part de la société internationale prend alors conscience que l’Iran pourrait chercher à se doter de l’arme atomique. Suivent de nombreuses années de sanctions contre l’Iran, notamment soutenues par la France.

Cependant, le président des Etats-Unis, Barack Obama, engage secrètement des approches avec l’Iran au moins un an avant que la négociation d’un accord ne parvienne sur la place publique. A l’époque, la France du président François Hollande est réticente et apparaît souvent plus dure que Washington dans ses exigences, notamment en la personne de son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Il se dit alors que « les néoconservateurs sont à Paris ».

Quoi qu’il en soit, la capacité d’entraînement des Etats-Unis de B. Obama conduit le 14 juillet 2015 à la signature d’un accord sur le nucléaire iranien par l’Iran et les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies plus l’Allemagne (« P 5+1 »). Ce qui indique, à cet instant et durant quelques années que les Etats-Unis disposent d’une « capacité de faire et de faire faire ».

Cependant, durant la campagne présidentielle de 2016 aux Etats-Unis, le candidat républicain – Donald Trump – critique vertement ce qu’il présente comme un mauvais accord. Il annonce que s’il est élu – hypothèse qui semble peu probable à beaucoup d’Européens – il dénoncera cet accord. Après avoir été élu, il entre à la Maison Blanche en janvier 2017. Et poursuit ses diatribes contre Téhéran. En octobre 2017, le président Donald Trump déclare devant le Congrès américain que l’Iran viole ses engagements, contrairement à ce que dit l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Le 8 mai 2018, le président des Etats-Unis dénonce unilatéralement l’accord de 2015. Ce qui réactive les sanctions américaines à l’encontre de l’Iran et les menaces pour les entreprises qui travailleraient avec l’Iran. Ce qui illustre à cet instant leur « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Au grand désarroi des pays de l’Union européenne.

L’Union européenne

Pensée pour construire la paix, l’Europe communautaire n’a pas dans son ADN la quête de puissance. Cependant, un début de stratégie se met en place à l’orée du XXIe siècle. Le mérite en revient au Haut représentant de l’UE pour la Politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana. Il fait adopter en 2003 par le Conseil européen la « Stratégie européenne de sécurité ». Cette stratégie vise principalement à mieux identifier les menaces, définir les objectifs stratégiques de l’Union et en dégager les implications politiques pour l’UE. La crise financière de 2008, puis les « Printemps arabes » à compter de 2011 réduisent sa concrétisation. Cependant, la mise en œuvre par étape du traité de Lisbonne (2007) à compter du 1er décembre 2009 se traduit par l’entrée en fonction d’une Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton. Sans expérience de la diplomatie, celle-ci laisse une œuvre modeste : la normalisation provisoire des relations Serbie-Kosovo et sa participation à la finalisation de l’accord au sujet du nucléaire iranien.

La deuxième Haute représentante, Federica Mogherini fait adopter le 28 juin 2016 un nouveau document de doctrine, « La Stratégie globale de l’Union européenne », dans une indifférence quasi-totale des médias, encore sous le choc du référendum en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’UE (23 juin 2016). Ce texte fait plusieurs fois explicitement référence à l’accord de 2015 comme l’alpha et l’oméga de la conception européenne du « soft power » par le multilatéralisme et la concertation.

En dépit des efforts des diplomates iraniens – notamment à Paris – pour mobiliser les pays européens afin qu’ils exercent des pressions sur D. Trump pour l’empêcher de dénoncer l’accord de 2015 [3], le président des Etats-Unis s’est pourtant retiré de cet accord le 8 mai 2018.

Ce qui indique pour l’Union européenne la mise en échec de son « soft power » et une incapacité à « empêcher de faire ». Soit tout le contraire de la puissance. En dépit des annonces faites dans les jours suivants par l’UE pour déclarer que Bruxelles allait continuer de porter l’accord de 2015, les entreprises européennes – dont Total – ont vite compris qu’elles manquaient de garanties si elles restaient en Iran. Courant juillet 2018, D. Trump s’occupe une nouvelle fois à souffler le chaud et le froid, tentant de rejouer la scène nord-coréenne. Avec des résultats à évaluer aussi bien pour la Corée du Nord que pour l’Iran…

*

Que nous apprend le revirement américain du 8 mai 2018 de la puissance des uns et des autres ? L’Iran a été pendant un temps en capacité de « faire » et à « faire faire », jusqu’à perdre la main. Les Etats-Unis ont été en capacité de « faire et de faire faire » puis en « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Et l’Union européenne a été en incapacité d’ « empêcher de faire ».

Nul doute que le coup a porté, reste à savoir les leçons que l’UE saura en tirer et les actions qu’elle pourra mettre en œuvre.


Copyright Juillet 2018-Verluise-Diploweb


Plus

Vidéo. J-F Daguzan (FRS) L’UE face au retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien

QUESTIONS :
. Quelle est la nouvelle stratégie européenne en terme de défense et de politique extérieure commune ?
. Quelles sont les conséquences de la remise en cause de l’accord sur le nucléaire iranien pour l’Union européenne ?

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Vidéo. B. Badie Politique de puissance ou politique de faiblesse

Vidéo. B. Badie Politique de puissance ou politique de faiblesse ?

Par Bertrand BADIE , le 1er août 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales, professeur des Universités à Sciences Po Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI). Propos recueillis par Nathalie Belhoste (GEM). Résumé par Thomas Marrier d’Unienville pour Diploweb.

L’analyse classique des relations internationales repose sur le fameux « power politics ». Aujourd’hui, les puissances ne gagnent plus les guerres et celles-ci, loin de rester des compétitions de puissance, apparaissent comme des compétitions de faiblesses. Cette conférence a été prononcée dans le cadre du 10e Festival de géopolitique (2018).

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Résumé par Thomas Marrier d’Unienville pour Diploweb

D’après Bertrand Badie, les relations internationales se sont construites, se sont pensées, sur la grammaire réaliste, soit la politique de puissance (« power politics »).

L’objet de cette conférence de Bertrand Badie est de démontrer que ce paradigme tend à se modifier, si ce n’est que ce changement est déjà engagé. Les relations internationales seraient régies par des politiques de faiblesse (« weakness politics »).

En d’autres termes, son propos consiste à montrer en quoi les relations internationales aspirent à être conceptualisées par le terme de faiblesse, à défaut de puissance. Un nouveau paradigme se met en place.

Dans l’optique de comprendre ce remaniement, l’interrogation est la suivante : d’où vient notre engouement pour la puissance ?

Selon ce spécialiste des relations internationales, l’idée selon laquelle l’altérité n’est que le fruit d’un rapport de puissance, signifie respecter la morphologie du système westphalien et le penser nécessaire.

L’invention de la puissance comme construction centrale du système international est survenu à la sortie du Moyen-Age. Il s’agissait de créer un ordre politique en rupture avec le système féodal. Ce nouvel ordre, a progressivement pris la forme d’une « juxtaposition d’unité (politique) territoriale souveraine  ». L’international est dorénavant défini par l’infinie compétition de puissance [1].

L’unique limite de ce nouveau « protocole » est son caractère anthropique. C’est la raison pour laquelle, l’idée de puissance a été immédiatement corrigée par l’idée d’équilibre. En d’autres termes, afin de ne pas être perpétuellement en guerre cette puissance doit trouver un équilibre.

Vidéo. B. Badie Politique de puissance ou politique de faiblesse ?
Bertrand Badie
Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales, professeur des Universités à Sciences Po Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI)

La guerre est synonyme de paroxysme. Elle est le dénouement résultant de cette rivalité de puissance. Cependant, elle ne doit en aucun être « l’expression d’une totale pérennité  ».

Le sociologue américain Charles Tilly (1929- 2008) a parlé de dialectique sans fin entre la guerre et l’Etat.

L’Etat a comme vocation de faire la guerre et la guerre a comme principal effet de renforcer l’Etat (« war making, state making »). Cette maxime trop corrosive se voit corrigée par l’idée de « balance of power ».

La puissance correspond au pilier fondamental du système international. Il nous évoque une désincarnation sociale, puisqu’elle correspond aux guerres du temps westphalien, soit à des compétitions inter-étatiques entre monarques.

La socialisation de la guerre est la source de changement du paradigme international. Du temps du traité de Westphalie, les sociétés étaient exclues de la guerre sauf en cas de razzia ou de catastrophes sanitaires telles que des famines, des épidémies.

L’autre grand bouleversement de la Révolution française est d’avoir justement permis de socialiser la guerre. Désormais, les guerres sont des guerres des peuples. Ces derniers s’identifient à la guerre et se dressent en masse [2].

« Un français doit vivre pour elle (la République), pour elle un français doit mourir » – Chant du départ, 1794

La guerre n’est donc plus une compétition, les projets sociologiques et politiques mènent et habitent ces guerres.

Contre toute attente, le statut de puissance se trouve conforté au cours du XIXe siècle.

Premièrement, la logique de guerre et la logique de puissance éclosent dans la concurrence et la compétition politique entre Etats. La guerre a une finalité politique [3].
Ensuite, le propre de la guerre est de « susciter l’ennemi ce dont a besoin la nation pour survivre  ». La nation revient sur la place politique. Elle se régénère.

Par conséquent, la Première Guerre Mondiale (1914-1918) correspond sûrement au paroxysme de cette logique de puissance. L’exemple le plus flagrant en est le traité de Versailles (1919), où le vaincu, l’empire allemand, est humilié. L’humiliation des peuples est la méthode pour faire prévaloir sa puissance.

De surcroît, la Seconde Guerre Mondiale (1939-1945) insiste car dans ce cas là la puissance a à la fois permis de remporter la victoire de manière décisive face au IIIe Reich et terrassé le monstre nazi. En d’autres termes, la deuxième victoire est morale, le Mal a été vaincu.

Au sortir de cette guerre, la science des relations internationales verra le jour [4]. La puissance renverra ici à la marque d’identité des Etats dans les relations internationales. C’est la naissance d’un nouvel ordre international. La Guerre Froide sera la période de l’apologie de la puissance. Le maître règne en maître. La chute du mur de Berlin en 1989 marquera la fin de cette ère de la puissance.

Ce changement d’époque, de cycle, s’amorce progressivement à partir d’évènements militaires tels que la défaite des forces françaises face à celles du Viet Minh lors de la bataille de Diên Biên Phu en 1954 et les guerres de décolonisation. Ici, ce sont les « faibles » qui gagnent face aux « puissants ».

La mondialisation engendre une asymétrie à l’international. Chaque Etat étant dorénavant sur un pied d’égalité, les inégalités omises, aux yeux du nouveau jeu international, la puissance ne peut plus servir d’outil de mesure. L’interdépendance sociale, politique, économique, militaire, entre les Etats est telle que la compétition se défait peu à peu et donc l’idée de puissance avec.

En somme, Bertrand Badie interroge la viabilité de la puissance aujourd’hui. La faiblesse ne se combat pas, ne se combat plus par la puissance. En d’autres termes, le traitement militaire de la faiblesse ne fonctionne pas. Une approche sociale semble s’imposer.

Copyright pour le résumé Août 2018- Marrier d’Unienville/Diploweb.com

Encore plus !

Découvrez les livres géopolitiques publiés par Diploweb : des références disponibles via Amazon sous deux formats, Kindle et papier broché

[1T. Hobbes, « Léviathan », 1651

[2Loi Jourdan-Delbrel, 1793

[3C. Von Clausewitz, De la guerre

 

Zoom – Frédéric Le Moal : Les racines du fascisme

Zoom – Frédéric Le Moal : Les racines du fascisme

Les Editions Perrin viennent de publier une importante “Histoire du fascisme” dont l’auteur Frédéric Le Moal est l’invité de TV Libertés.

Docteur en histoire et professeur au lycée militaire de Saint-Cyr, il est un spécialiste de l’histoire de l’Italie du XXème siècle.
https://player.vimeo.com/video/280736624?portrait=0

2018-07-19- Le Moal from TV Libertés on Vimeo.

https://www.tvlibertes.com/2018/07/19/24410/zoom-frederic-moal-racines-fascisme

 

 

 

Vidéo. A. Lamballe Géopolitique de l’Inde, du Pakistan et de l’Afghanistan

Vidéo. A. Lamballe Géopolitique de l’Inde, du Pakistan et de l’Afghanistan

Par Alain LAMBALLE , Fabien HERBERT, Jérémie ROCQUES, Pierre VERLUISE, le 19 juillet 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Général de brigade (cr) Alain Lamballe, géopolitologue spécialisé sur l’Asie du Sud. Il est docteur en sociologie politique et diplômé d’hindi et d’ourdou. Membre de l’Académie des sciences d’outre-mer et de l’équipe de recherche Asie 21 du groupe Futuribles. Alain Lamballe vient de publier « Les Pachtouns. Un grand peuple sans pays » (VA Press). Propos recueillis par Pierre Verluise, docteur en géopolitique, fondateur du Diploweb.com. Images et son : Jérémie Rocques. Montage : Fabien Herbert.

Géopolitologue spécialiste de l’Asie du Sud, le général de brigade (cr) Alain Lamballe pointe les grandes idées à retenir au sujet de l’Inde, du Pakistan et de l’Afghanistan. Il aborde notamment les conséquences possibles des élections du 25 juillet 2018 au Pakistan. Il répond aux questions de Pierre Verluise, docteur en géopolitique, fondateur du Diploweb.com.

Alain Lamballe pointe à la fin de cet entretien les conséquences possibles des élections de juillet 2018 au Pakistan et les risques à moyen terme de la région parfois appelée AfPak.

QUESTIONS :
. Quelles sont les principales idées fausses à propos de l’Inde ?
. L’Inde est-elle un pays émergent ou une puissance mondiale ?
. Dans les prochains mois quels sont les signaux faibles à surveiller ?
. Qui sont les Pachtouns, à cheval sur l’Afghanistan et le Pakistan ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Vidéo. A. Lamballe Géopolitique de l'Inde, du Pakistan et de l'Afghanistan
Le général de brigade (cr) Alain Lamballe, géopolitologue spécialiste de l’Asie du Sud
Le général A. Lamballe à l’occasion d’une conférence co-organisée par Diploweb.com et GEM, le 2 mai 2018. Crédit photographique : Pierre Verluise

Bonus

Vidéo de la conférence complète d’Alain Lamballe : « L’Inde, pays émergent ou puissance mondiale ? »

 

H. Védrine. La France dans le monde : quels débats ?

H. Védrine. La France dans le monde : quels débats ?

Par Hubert VEDRINE, Pierre VERLUISE, Selma MIHOUBI, le 23 décembre 2015  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères (1997-2002). Pierre Verluise, Docteur en géopolitique, Directeur du Diploweb a conduit l’entretien. Selma Mihoubi, Doctorante en géopolitique (IFG) a filmé et monté l’entretien, réalisé dans le cadre des Assises du CSFRS.

Cet entretien vidéo pointe de façon précise les contradictions des Français au sujet de la place de la France dans le monde. Il peut illustrer un cours consacré à cette question (4 minutes). Un propos qui intéressera aussi celles et ceux qui suivent la diplomatie de la France.

 

Entretien avec Natalia Nikonorova, Ministre des Affaires Etrangères de la DNR (Partie 1)

Entretien avec Natalia Nikonorova, Ministre des Affaires Etrangères de la DNR (Partie 1)

Accords de Minsk, propagande en Ukraine, aides sociales pour les habitants du Donbass, Kurt Volker ou encore provocations de Kiev pendant la coupe du monde de football, Xavier Moreau a recueilli les impressions de la ministre des Affaires étrangères de la DNR, Natalia Nikonorova.

https://stratpol.com/entretien-avec-natalia-nikonorova-ministre-des-affaires-etrangeres-de-la-dnr-partie-1/