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La NSA a travaillé pour “débusquer” les utilisateurs de Bitcoin, révèlent les documents Snowden, par Sam Biddle

1.mai.2018 // Les Crises

La NSA a travaillé pour “débusquer” les utilisateurs de Bitcoin, révèlent les documents Snowden, par Sam Biddle

Source : The Intercept, Sam Biddle, 20-03-2018

Les paranoïaques d’Internet attirés par Bitcoin se sont longtemps livrés à des fantasmes d’espions américains subvertissant la monnaie numérique en plein essor et controversée. De plus en plus populaire parmi les spéculateurs qui veulent s’enrichir rapidement, Bitcoin a commencé comme un noble projet visant à rendre les transactions financières publiques et mathématiquement vérifiables – tout en offrant de la discrétion. Selon certains des féroces partisans de Bitcoin, les gouvernements, qui ont un intérêt manifeste à contrôler la façon dont l’argent se déplace, allaient naturellement essayer de contrecarrer l’ordre financier techno-libertaire à venir.

Il s’avère que les théoriciens du complot avaient du flair. Des documents classifiés fournis par le lanceur d’alerte Edward Snowden montrent que la National Security Agency a effectivement travaillé en urgence pour cibler les utilisateurs de Bitcoin dans le monde entier – et a utilisé au moins une source mystérieuse d’informations pour « aider à traquer les expéditeurs et les destinataires de bitcoins », selon un passage top secret figurant dans un rapport interne de la NSA, datant de mars 2013. Selon d’autres documents, la source de données semble avoir tiré parti de la capacité de la NSA à récolter et analyser le trafic internet brut mondial tout en exploitant aussi un logiciel, dont le nom n’est pas mentionné, qui prétendait offrir l’anonymat aux utilisateurs.

L’agence cherchait également à surveiller certaines crypto-monnaies rivales, mais « Bitcoin est la priorité numéro 1 », peut-on lire dans un rapport interne de la NSA du 15 mars 2013.

Les documents indiquent que la traque des utilisateurs de bitcoins allait bien au-delà de l’examen minutieux du « livre de compte » public de Bitcoin, connu sous le nom de Blockchain, dans lequel les utilisateurs sont généralement désignés au moyen d’identifiants anonymes ; la surveillance semble avoir également impliqué la collecte de détails intimes sur les ordinateurs de ces utilisateurs. La NSA a recueilli les informations de mots de passe de certains utilisateurs de Bitcoin, leur activité sur Internet et un type d’immatriculation matérielle unique connue sous le nom d’adresse MAC, révèle une note de service de la NSA du 29 mars 2013. Dans le même document, les analystes discutent également du suivi des adresses IP des internautes, des ports réseau et des horodatages pour identifier les « cibles BITCOIN ».

Il semble que l’appétit de l’agence pour les données était même plus grand : dans la note du 29 mars, il est demandé si la source de données permet d’identifier formellement les utilisateurs, et il est suggéré que l’agence conserve les informations Bitcoin dans un fichier nommé « Provider user full.csv » (traduction littérale : « Fournisseur utilisateur complet.csv », NdT). La note suggère en outre de dédier de puissants moyens de recherche aux cibles Bitcoin, ce qui laisse entendre que la NSA a pu utiliser son système de recherche XKeyScore, les informations sur Bitcoin ainsi qu’un large éventail de données supplémentaires de la NSA ont pu être cataloguées, pour améliorer ses informations sur les utilisateurs de Bitcoin. Un document de référence de la NSA indique que la source de données fournissait « des données utilisateur telles que les informations de facturation et les adresses IP ». Avec ce type d’information en main, il est facile de mettre un nom sur un utilisateur de Bitcoin donné.

L’opération d’espionnage de la NSA semble avoir été rendue possible grâce à sa capacité inégalée à siphonner le trafic des câbles de connexion physiques qui composent internet et qui transportent tout le trafic autour de la planète. À partir de 2013, la surveillance de Bitcoin par la NSA a été réalisée par le biais d’OAKSTAR, un ensemble d’accords clandestins avec des entreprises privées permettant à l’agence de surveiller les communications, y compris en récoltant les données internet au fur et à mesure qu’elles voyagent le long de câbles à fibre optique qui sous-tendent internet.

Plus précisément, la NSA a ciblé Bitcoin par le biais de MONKEYROCKET, un sous-programme d’OAKSTAR, qui « écoutait » secrètement les équipements réseau pour recueillir des données du Moyen-Orient, de l’Europe, de l’Amérique du Sud et de l’Asie, selon des descriptions classifiées. Au printemps 2013, MONKEYROCKET était « la seule source de SIGDEV pour les cibles BITCOIN », selon le rapport de la NSA du 29 mars 2013, qui utilise le terme « SIGDEV » pour désigner le développement du renseignement électromagnétique, afin d’indiquer que l’agence n’avait pas d’autre moyen de surveiller les utilisateurs de Bitcoin. Les données obtenues grâce à MONKEYROCKET sont décrites dans les documents comme une surveillance « full take », ce qui signifie que l’ensemble des données passant par un réseau donné était examiné et qu’a minima, quelques sessions entières de données ont été sauvegardées pour des analyses ultérieures.

En même temps, MONKEYROCKET est également décrit dans les documents comme un « service non-occidental d’anonymisation sur internet » avec une « base d’utilisateurs importante » en Iran et en Chine, le programme ayant été mis en ligne à l’été 2012. On ne sait pas exactement ce qu’était ce produit, mais il semblerait qu’il ait été promu sur Internet sous de faux prétextes : la NSA note qu’une partie de sa « stratégie à long terme » pour MONKEYROCKET consistait à « attirer des cibles engagées dans le terrorisme, [y compris] Al Qaida » vers l’utilisation de ce « logiciel de navigation internet », que « la NSA peut ensuite exploiter ». La portée du ciblage s’étendait alors au-delà des terroristes. Quel que soit ce logiciel, il a servi d’appât basé sur le désir de protection de la vie privée, incitant les utilisateurs de Bitcoin à utiliser un outil dont ils pensaient qu’il les rendait anonymes sur le réseau, mais qui, en fait, acheminait leur données directement à la NSA.

L’hypothèse selon laquelle la NSA « lancerait toute une opération à l’étranger sous de faux prétextes » dans le seul but de surveiller des cibles est « pernicieuse », a déclaré Matthew Green, professeur adjoint à l’Institut de sécurité de l’information de l’Université Johns Hopkins. Une telle pratique pourrait alimenter une méfiance envers les logiciels de protection de la vie privée en général, surtout dans des régions comme l’Iran où les dissidents ont désespérément besoin de tels outils. Cela « alimente un récit selon lequel les États-Unis ne sont pas dignes de confiance », a déclaré M. Green. « Je trouve cela inquiétant ».

La NSA a refusé de faire des commentaires pour cet article. La Fondation Bitcoin, une organisation de défense des droits à but non lucratif, n’a pas pu commenter immédiatement.

Cela « alimente un récit selon lequel les États-Unis ne sont pas dignes de confiance ».

S’il offre de nombreux avantages pratiques et des atouts par rapport à la monnaie traditionnelle, une composante cruciale de la promesse de Bitcoin est sa décentralisation. Il n’y a pas de Banque Bitcoin, pas d’entité unique qui garde à elle seule une trace de la monnaie ou de ses utilisateurs. Le bitcoin est souvent interprété à tort comme étant totalement anonyme ; en réalité, chaque transaction est liée à des codes d’identification accessibles au public inclus dans la Blockchain, et les sociétés de « courtage » en bitcoins demandent généralement des informations bancaires ou d’une carte de crédit pour convertir les bitcoins en dollars ou en euros. Mais Bitcoin offre une plus grande intimité que les méthodes de paiement traditionnelles, qui exigent des informations personnelles jusqu’à et y compris un numéro de sécurité sociale, ou qui doivent être liées à une méthode de paiement qui exige de telles informations.

De plus, il est possible d’effectuer des transactions privées en bitcoins qui ne nécessitent pas de courtiers de change ou d’informations personnelles. Comme expliqué dans le livre blanc de 2009 qui a lancé Bitcoin, « le public peut voir que quelqu’un envoie un montant à quelqu’un d’autre, mais sans information liant la transaction à qui que ce soit ». Pour les adhérents de Bitcoin du monde entier, cette capacité de faire des transactions en secret fait partie de ce qui rend la monnaie si spéciale et constitue une telle menace pour le statu quo financier mondial. Mais la relative confidentialité des transactions en bitcoins a naturellement frustré les gouvernements du monde entier et les organismes d’application de la loi en particulier – il est difficile de « suivre l’argent » des criminels lorsque la monnaie est conçue pour être plus difficile à suivre. Dans une lettre adressée au Congrès en novembre 2013, un responsable de la sécurité intérieure a écrit « qu’avec l’avènement des monnaies virtuelles et la facilité avec laquelle les transactions financières peuvent être exploitées par les organisations criminelles, le DHS [département de la Sécurité intérieure aux États-Unis, NdT] reconnaît la nécessité d’une attitude agressive à l’égard de cette nouvelle tendance ».

Green a dit à The Intercept qu’il croit que la partie « logiciel de navigation internet » de MONKEYROCKET ressemble beaucoup à un réseau privé virtuel, ou VPN. Les VPNs cryptent et redirigent votre trafic Internet pour masquer ce que vous faites sur Internet. Mais il y a un hic : vous devez faire confiance à l’entreprise qui vous fournit un VPN, parce qu’elle fournit à la fois un logiciel et un service de réseautage continu qui leur permet potentiellement de voir où vous allez en ligne et même d’intercepter une partie de votre trafic. Un VPN sans scrupule aurait un accès complet à tout ce que vous faites en ligne.

Emin Gun Sirer, professeur associé et codirecteur de The Initiative for Cryptocurrencies and Contracts à l’Université Cornell, a déclaré à The Intercept que la confidentialité financière « est quelque chose d’incroyablement important » pour la communauté Bitcoin, et s’attend à ce que « les gens qui sont soucieux de la vie privée vont passer aux monnaies à caractère privé » après avoir pris connaissance du travail de la NSA ici. Malgré la réputation de Bitcoin en matière de protection de la vie privée, a ajouté Sirer, « lorsque la NSA fait partie des attaquants potentiels, le pseudonymat disparaît… Vous devez vraiment revoir vos attentes à la baisse en ce qui concerne la confidentialité sur ce réseau ».

« Les gens soucieux de leur vie privée vont opter pour les monnaies tournées vers la confidentialité »

Green, qui a cofondé et conseille actuellement un concurrent de Bitcoin axé sur la protection de la vie privée nommé Zcash, s’est fait l’écho de ces sentiments, affirmant que les techniques de la NSA rendent les fonctions de confidentialité dans toute monnaie numérique comme Ethereum ou Ripple « totalement inutiles » pour les personnes visées.

L’intérêt de la NSA pour la cryptomonnaie est « une mauvaise nouvelle pour la vie privée, car cela signifie qu’en plus du problème vraiment difficile de rendre les réelles transactions privées… il faut aussi s’assurer que toutes les connexions réseau [sont sécurisées] », a ajouté Green. Green dit qu’il est « plutôt sceptique » sur le fait que l’utilisation de Tor, le célèbre navigateur anonyme, puisse contrecarrer la NSA à long terme. En d’autres termes, même si vous faites confiance à la technologie sous-jacente de Bitcoin (ou à celle d’une autre monnaie), vous devez pouvoir faire confiance à votre connexion Internet – et si vous êtes visé par la NSA, cela va vous poser un problème.

Les documents de la NSA indiquent que, bien que MONKEYROCKET fonctionne en écoutant les fibres optiques en un point non spécifié « hors des Etats-Unis », et que les données sont ensuite transmises au Centre technique européen de l’agence à Wiesbaden, en Allemagne, des réunions avec l’entreprise partenaire qui a rendu MONKEYROCKET possible ont parfois eu lieu en Virginie. Depuis des décennies, la Virginie du Nord est une zone en plein essor tant pour l’État sécuritaire [National Security State, doctrine née en 1947 sous Harry Truman : sous ce régime les militaires ont un pouvoir politique, militaire et policier sur l’ensemble de la société civile, NdT] que pour les géants américains de l’Internet – les sociétés de télécommunications, les sociétés d’Internet et les agences d’espionnage ont élu domicile dans les banlieues et les parcs tertiaires de la région.

Bitcoin a peut être été la principale cryptomonnaie visée par la NSA, mais ce n’était pas la seule. Le rapport de la NSA du 15 mars 2013 décrit en détail les progrès de la surveillance de Bitcoin par MONKEYROCKET et note que les espions américains travaillaient aussi à cracker Liberty Reserve, un prédécesseur beaucoup plus sordide. Contrairement à Bitcoin, pour lequel faciliter le trafic de drogue et le blanchiment d’argent était un effet secondaire d’objectifs plus importants, Liberty Reserve a été plus ou moins conçu avec la criminalité en tête. Bien qu’il ait son siège social au Costa Rica, le site a été poursuivi pour avoir organisé un « plan de blanchiment d’argent » de 6 milliards de dollars et a fait l’objet de la triple intervention du ministère américain de la Justice, de celui pour la Sécurité intérieure et de l’IRS [Internal Revenue Service, agence du gouvernement fédéral des États-Unis qui collecte l’impôt sur le revenu et des taxes diverses, NdT], ce qui a abouti à une condamnation de 20 ans pour son fondateur ukrainien. En mars 2013 – deux mois seulement avant le démantèlement et la mise en accusation de Liberty Reserve – la NSA considérait ce site d’échange de devises comme son deuxième objectif-cible, juste derrière Bitcoin. L’acte d’accusation et le procès engagés contre Liberty Reserve et son personnel n’ont pas fait mention de l’aide de la NSA.

« Le gouvernement ne devrait pas cacher les vraies sources de ses preuves. »

À peine cinq mois après la fermeture de Liberty Reserve, les autorités fédérales ont porté leur attention sur Ross Ulbricht, qui sera reconnu coupable d’être le cerveau derrière le fameux marché de narcotiques du « darknet » Silk Road, où les transactions étaient effectuées en bitcoins, avec une part revenant au propriétaire du site. Ulbricht aurait détenu des bitcoins pour une valeur totale de 28,5 millions de dollars au moment de son arrestation. Une partie de sa défense infructueuse consistait à insister sur le fait que l’histoire du FBI sur la façon dont il l’avait trouvé ne tenait pas la route, et que le gouvernement avait peut-être découvert et infiltré les serveurs de Silk Road avec l’aide de la NSA – peut-être illégalement. L’accusation a rejeté cette théorie en termes non équivoques :

Ayant échoué dans sa requête antérieure visant à rejeter toutes les accusations du gouvernement, Ulbricht demande maintenant à cette Cour de supprimer pratiquement tous les éléments de preuve du gouvernement, au motif qu’ils auraient été obtenus en violation du Quatrième Amendement [de la Constitution américaine, NdT]. Ulbricht n’offre aucune preuve d’inconduite gouvernementale à l’appui de cette affirmation générale. Au lieu de cela, Ulbricht évoque un croque-mitaine – la National Security Agency (« NSA ») – qu’Ulbricht soupçonne, sans aucune preuve, d’avoir localisé le serveur de Silk Road, d’une façon telle qu’elle viole d’une manière ou d’une autre le Quatrième Amendement, selon ses suppositions.

Bien que les documents divulgués par Snowden n’indiquent pas si la NSA a aidé le FBI dans son enquête sur Silk Road, ils montrent que l’agence travaillait à démasquer les utilisateurs de bitcoins environ six mois avant l’arrestation d’Ulbricht, et qu’elle avait travaillé à surveiller Liberty Reserve à peu près au même moment. La source de la surveillance des bitcoins et de Liberty Reserve, MONKEYROCKET, est régie par une ordonnance de surveillance à l’étranger, l’Executive Order 12333, dont les termes semblent donner aux organes américains d’application de la loi une grande latitude dans l’utilisation des renseignements lorsqu’ils enquêtent sur des citoyens américains.

Les défenseurs des libertés civiles et les chercheurs en sécurité s’inquiètent depuis longtemps du fait que des renseignements autrement non recevables de l’agence sont utilisés pour monter des dossiers contre les Américains par un processus connu sous le nom de « construction parallèle » : construire un dossier criminel en utilisant des preuves recevables obtenues en consultant d’abord d’autres preuves, qui sont gardées secrètes, hors des salles d’audience et de la vue du public. Une enquête antérieure de The Intercept, s’appuyant sur les archives judiciaires et les documents de Snowden, a révélé que les formes de surveillance les plus controversées de la NSA, qui impliquent une surveillance en vrac et sans mandat des courriels et des câbles à fibres optiques, ont pu être utilisées dans les tribunaux par le biais d’une construction parallèle.

Patrick Toomey, un avocat du projet de sécurité nationale de l’ACLU [Union américaine pour les libertés civiles, NdTR] a déclaré que les documents de la NSA, bien que circonstanciels, soulignent une question sérieuse et permanente dans l’application de la loi américaine :

Si les enquêtes criminelles du gouvernement s’appuyaient secrètement sur l’espionnage de la NSA, ce serait une grave source d’inquiétudes. Les personnes qui font l’objet de poursuites criminelles ont le droit de savoir comment le gouvernement a obtenu ses preuves, de façon à ce qu’elles puissent contester la légalité des méthodes du gouvernement. C’est un principe de base de procédure régulière. Le gouvernement ne devrait pas cacher les véritables sources de ses preuves devant les tribunaux en inventant un cheminement différent.

Bien qu’un document de la NSA sur MONKEYROCKET indique que la préoccupation « initiale » du programme était la lutte contre le terrorisme, il indique également que « d’autres utilisateurs ciblés incluront ceux recherchés par les bureaux de la NSA tels que Crime international & Narcotiques, suivi de l’argent à la trace et l’Iran ». Une note de service de la NSA du 8 mars 2013 indique que le personnel de l’agence « espérait utiliser [MONKEYROCKET] pour sa mission d’observation du crime organisé et des cybercibles qui utilisent les services de monnaie électronique en ligne pour déplacer et blanchir de l’argent ». Il n’y a pas d’explication sur qui est considéré comme une « cible cybernétique ».

Documents

Documents publiés avec cet article :

 

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Source : The Intercept, Sam Biddle, 20-03-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/la-nsa-a-travaille-pour-debusquer-les-utilisateurs-de-bitcoin-revelent-les-documents-snowden-par-sam-biddle/

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Bitcoin Biarritz 2018 : entretien avec les organisateurs (vidéo)

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Frédéric Hamon et Patrick Mari, les organisateurs de Bitcoin Biarritz, expliquent comment ils ont eu cette idée et font le bilan de cette journée.

Par la rédaction de Contrepoints.

Hier lors de la journée consacrée au Bitcoin, des conférenciers ont donné en quelques mots pour Contrepoints, leur point de vue sur une question. Les organisateurs de cette journée expliquent leurs motivations à Contrepoints.

Cryptomonnaies : ça monte, ça descend, ça remonte…

Monnaie et finance

Cryptomonnaies : ça monte, ça descend, ça remonte…

Cryptocurrency Art Gallery by Namecoin-Domaine public

Les cryptomonnaies font maintenant l’objet d’un suivi régulier d’analystes sérieux et rigoureux. En voici la primeur.

Par Nicolas Perrin.

Si vous lisez régulièrement ces colonnes, vous savez que je suis un lecteur assidu de Ronald-Peter Stöferle et Mark J. Valek, qui nous gratifient chaque mois de juin d’un nouveau rapport, In Gold We Trust.

Les cryptomonnaies décodées

Si Stöferle et Valek ont abordé les cryptomonnaies dans leurs rapports passés, leur société de gestion, Incrementum, ne dédiait pas encore de publication à cette classe d’actifs.

C’est désormais chose faite puisque depuis le mois de décembre, Incrementum nous gratifie d’un « Crypto Research Report » (CRR). Stefan M. Kremeth, cofondateur d’Incremetum, indique que ce rapport, dans la mesure où il apporte la même rigueur d’analyse que son grand frère, « a le potentiel pour devenir le standard de la recherche en cryptomonnaies au sein de l’industrie ». Impossible, donc, que je m’abstienne de vous en parler !

Comme les choses bougent plus vite sur le marché des cryptos que sur celui de l’or, le CRR a vocation à être publié sur un rythme trimestriel. C’est Demelza Kelso Hays, enseignant-chercheur à l’Université du Lichtenstein depuis 2013 sur le thème des cryptomonnaies, qui pilote la rédaction de ce rapport en qualité de research analyst chez Incrementum.

Si l’auteur change, la marque de fabrique reste la même avec des interventions de plusieurs experts externes à Incrementum, des citations abondantes et variées de spécialistes du milieu (ou au contraire pas du tout !), voire de grosses blagues pour geeks de l’économie et de la finance !

Ce deuxième opus publié le 12 mars faisant tout de même 67 pages, je vais essayer de vous en extraire la substantifique moelle. Chaque numéro reprendra la même structure en trois chapitres : le résumé des temps forts du trimestre, les aspects techniques et financiers d’un crypto-actif donné et l’explication détaillée d’un « crypto concept ».

Comme les deux derniers chapitres sont assez techniques, c’est surtout du premier dont je voudrais vous entretenir… lui-même étant déjà assez technique compte-tenu de la nature de l’actif qui nous intéresse !

Bitcoin monte, descend… puis il remonte  !

Début 2018, les médias ont (re)découvert ce qui n’est finalement que la routine sur le marché des cryptos, en tout cas pour l’observateur de longue date : le gonflement et l’explosion de bulles successives avec des plus hauts historiques toujours plus hauts et des plus bas toujours plus hauts eux aussi.

Comme je l’écris depuis 2013, les cryptos offrent un terrain de jeu grosso modo semblable à celui des marchés actions, mais avec des mouvements qui prennent des proportions bibliques et qui se développent sur des durées certes variables mais globalement beaucoup plus condensées.

(Le mouvement baissier actuel est représenté en vert)

Autre différence d’avec les marchés actions : le phénomène Bitcoin se produit avec un niveau de volatilité bien plus élevé. Au cours des derniers mois, la volatilité à 30 jours du bitcoin s’est montée à 6%, contre 1,5% pour l’or et 1% pour le S&P 500.

D’où la vanne suivante :

« Un enfant demande à son père, investisseur en Bitcoin, de lui offrir un Bitcoin pour son anniversaire. Son père lui répond : Quoi ? Un cadeau à 11 554 $ ??! 10 354 $, ça fait beaucoup d’argent ! Et puis qu’est-ce que tu veux faire avec 12 782 $, d’abord ? »

Ou encore :

« Le 30ème anniversaire du Lundi Noir, lorsque les marchés ont baissé de 23% en une journée ? Dans les cryptos, on appelle juste ça un lundi », comme le dit Alexander Tapscott.

Allez, une dernière pour la route :

« Le nocoiner : qu’est-ce que ça fait de perdre 40% de ton argent en un mois ? Le bictoiner : moins mal que de perdre 47 000% en 5 ans. »

Quoi qu’il en soit, depuis 2009, cette évolution du cours a pleinement légitimé la stratégie buy and hold (« hodl » en langue crypto). En tout cas jusqu’à présent.

Le bitcoin est déjà mort plusieurs fois

Pourquoi les économistes mainstream continuent à annoncer la mort du bitcoin alors qu’il a déjà survécu à cinq bulles ?

Le corps du rapport s’ouvre sur une citation de Jochen Möbert (Deutsche Bank) qui explique pourquoi les plateaux télé et les journaux sont peuplés d’économistes qui déclament que le bitcoin est une « escroquerie » ou encore un énorme « schéma de Ponzi » et que son destin est de valoir zéro.

Voici de quoi il retourne :

En 1924, John Maynard Keynes a déclaré qu’un excellent économiste doit regrouper en lui une unique combinaison de talents. Il doit être mathématicien, historien, homme d’Etat et philosophe. En ce qui concerne Bitcoin, cette liste doit inclure quelques compétences supplémentaires. Un excellent crypto-économiste doit, en plus de ce qui précède, être un spécialiste du softfware, du hardware et de la blockchain. Confrontés à ces barrières intellectuelles presque insurmontables, il est facile de comprendre pourquoi les économistes traditionnels ont eu des difficultés à rejoindre la discussion.

Demelza Kelso Hays fait en particulier référence aux « économistes old school » Paul Krugman et Nouriel Roubini, le premier n’ayant pas caché sa joie lorsqu’il a vu le cours du bitcoin s’effondrer en ce début d’année.

Or, au total, depuis son introduction sur les plateformes d’échange, le bitcoin a survécu à cinq bulles. Peu à peu, il fait montre de sa résilience. Il pourrait même bien être en train de développer de réelles propriétés anti-fragiles, pour reprendre le terme de Taleb. Bien entendu, seule l’évolution du cours au fil du temps permettra de le vérifier.

Si Demelza Kelso Hays reconnaît volontiers qu’il y a bien eu des arnaques dans l’écosystème des cyptos, pour elle, cela est simplement représentatif de « la phase Wild West de n’importe quel marché en cours de régulation, Bitcoin et la blockchain affrontant un process de maturation qui les amènera à se débarrasser des mauvaises graines ».

De ce point de vue, le krach entamé en ce début d’année « est dans une certaine mesure souhaitable, en cela qu’il permet au marché de se purifier des criminels. C’est comme cela que fonctionne l’économie libre de marché », précise-t-elle.

Qu’est-ce qui pourrait faire s’effondrer la valeur du bitcoin ?

Le premier risque est celui de la dilution de la valeur de Bitcoin dans l’océan de cryptomonnaies en cours de formation. En effet, si l’offre de bitcoins est limitée en quantité (21 millions), le bitcoin a déjà connu 19 hard forks, « dont certains ont eu un effet sur le prix du bitcoin ». Par ailleurs, « de nouveaux tokens peuvent être créés sur la blockchain Ethereum avec seulement 66 lignes de codes […] Il existe même sur YouTube des tutoriels pour créer une nouvelle cryptomonnaie en moins de six minutes » ! Pas étonnant que 472 nouvelles altcoins aient été lancés en 2017…

Cependant, les auteurs font remarquer que si le potentiel de création de concurrents au bitcoin est illimité, cela ne présuppose pas pour autant qu’ils parviendront à développer un réseau d’utilisateurs. En d’autres termes, « l’offre de réseaux de cryptomonnaies globales est limitée ».

Le deuxième risque est celui que le Bitcoin soit dépassé par une technologie encore meilleure, par exemple une « technologie post-blockchain, comme celle de Hashgraph ou IOTA […] qui promettent de résoudre le problème de scalabilité du bitcoin ».

La récompense de la création d’une cryptomonnaie qui serait meilleure que Bitcoin est à ce point astronomique que « les esprits les plus brillants de la planète travaillent à l’élaboration d’une meilleure blockchain », font remarquer les auteurs.

Ces derniers relèvent néanmoins une limite à ce risque : si c’est un fork du bitcoin qui finit par prendre le pas sur la monnaie-mère, Bitcoin Cash par exemple, « la version originelle du bitcoin pourrait adopter les caractéristiques de Bitcoin Cash ».

Le troisième risque est juridique. Si le bitcoin devient un moyen d’échange qui se répand au sein de la population, les Etats pourraient interdire son usage en tant que tel, voire interdire sa détention.

Enfin, Bitcoin fait face à des risques technologiques : hack de l’algorithme d’encryptage SHA-256, attaque 51% ou encore destruction du réseau internet.

Mais la force du bitcoin repose sur du solide et les auteurs envisagent trois scénarios quant à l’évolution de son cours. A suivre…

https://www.contrepoints.org/2018/04/01/313125-cryptomonnaies-ca-monte-ca-descend-ca-remonte?utm_source=Newsletter+Contrepoints&utm_campaign=af3dfcf2b8-Newsletter_auto_Mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_865f2d37b0-af3dfcf2b8-114031913&mc_cid=af3dfcf2b8&mc_eid=acae01963f

Suisse: le boom des cryptomonnaies fait revivre un village alpin

Suisse: le boom des cryptomonnaies fait revivre un village alpin

Gondo (Suisse) – A Gondo, perdu dans les Alpes suisses à la frontière italienne, dans un local sans fenêtre, 900 cartes graphiques, soit l’équivalent de 150 ordinateurs, « minent » des cryptomonnaies 24h/24 dans un bruit incessant, redonnant vie à cet ancien village de chercheurs d’or.

« C’est très intéressant d’un point de vue historique », confie à l’AFP le vice-président du village, Paul Fux. « Nous avions des mines d’or célèbres dans le monde entier jusqu’à la fin du 19e siècle. Maintenant, de nouveaux mineurs, des jeunes, viennent et relancent une exploitation minière »…mais de monnaies virtuelles.

Dans le local d’Alpine Mining, une quinzaine de gros tuyaux expulsent l’air chaud produit par le matériel informatique et font « rentrer 30.000 m3 d’air par heure dans la salle » de 96 m2 pour rafraîchir les centaines de cartes graphiques alignées sur des rangées d’étagères métalliques, explique à l’AFP son directeur, Ludovic Thomas, qui peine à se faire entendre.

Ses supercalculateurs, pilotés par les informaticiens d’Alpine Mining, sont chargés de résoudre des équations mathématiques très complexes pour créer une « blockchain », un protocole informatique qui s’apparente à une gigantesque base de données publique, sécurisée et partagée.

Les applications de cette technologie sont multiples, mais la plus connue est celle permettant la création de cryptomonnaies, tel le bitcoin. Plus les machines sont puissantes, et donc énergivores, plus la monnaie est créée rapidement.

– Lieu secret –

L’arrivée il y a sept mois de la start-up suisse, qui s’est installée à Gondo en raison du très bas prix de l’électricité, a fait souffler un vent de renouveau dans cette localité marquée en l’an 2000 par une tragédie: après des pluies torrentielles, une coulée de boue avait emporté une partie des bâtiments faisant 13 morts.

Non loin du premier centre sécurisé de minage high-tech de la société, situé dans un lieu qui doit rester secret, des poules s’affairent dans la cour d’une des rares maisons de ce village valaisan particulièrement exigu, surplombé par des falaises, situé à la frontière avec l’Italie et au confluent de deux torrents.

Un peu plus loin, un deuxième centre de minage de monnaies virtuelles est en cours de finalisation.

« Les gens sont heureux de voir des jeunes, de voir que la vie peut reprendre », s’enthousiasme Ludovic Thomas, 26 ans.

Depuis le terrible drame, la commune cherchait en vain à attirer des entreprises pour éviter la mort du village, explique M. Fux.

Aussi, il se réjouit que les six jeunes informaticiens aient survécu à leur premier hiver en montagne.

– Village fantôme –

Dans le local de minage, la chaleur, qui atteint les 41 degrés, reste étouffante. Des lumières oranges et vertes clignotent pendant que Ludovic Thomas vérifie le système d’aération des cartes graphiques.

Son look urbain et ses tatouages sur les bras contrastent avec le style montagnard de la cinquantaine d’habitants de Gondo, mais tous assurent bien s’entendre. La commune leur loue deux logements, dans la mairie.

Après la catastrophe de 2000, « tous les habitants ne sont pas revenus », raconte M. Fux. En 2017, l’administration des douanes a même été déplacée dans une autre commune et l’une des trois stations d’essence du village a fermé, se désole le responsable politique.

Gondo était devenu une sorte de village fantôme, où passent tout de même « chaque jour 400 camions », la commune étant située à 2 heures de Milan, indique à l’AFP Simon Squaratti, employé communal, qui se réjouit de l’arrivée des mineurs de monnaies virtuelles bien qu’il ne comprenne pas ce qu’ils font.

Dans le village, la plupart des bâtiments sont vides, raconte Ludovic Thomas. Il n’y a pas d’école, pas de boulangerie, pas de magasin, ni de café.

L’arrivée d’Alpine Mining pourrait changer la donne. Déjà, un premier restaurant a ouvert début mars.

Et « une dizaine » d’entreprises, toutes actives dans le minage de cryptomonnaies, souhaitent s’installer à Gondo, annonce fièrement M. Fux. La commune attend que les autorités cantonales acceptent de transformer des terrains en zone constructible, dit-il.

– Pourquoi Gondo? –

« Nous avons les tarifs électriques les moins élevés de Suisse » car la commune « offre des tarifs préférentiels afin d’attirer » des sociétés, fait valoir le directeur d’Alpine Mining.

« Ensuite, on peut réduire nos coûts de refroidissement en profitant du climat alpin », fait-il valoir.

Mais la croissance de sa société reste limitée dans ce village qui ne dispose que d’un seul transformateur. En construire un autre prendrait trop de temps.

« Le +mining+ est souvent comparé au +goldrush+ (ruée vers l’or). Actuellement, c’est le +cryptorush+ », confie Ludovic Thomas, pressé d’aménager d’autres centres de minage en Valais, canton qui représente près d’un tiers de la production hydroélectrique suisse grâce à ses 219 centrales, selon les chiffres officiels.

(©AFP / 29 mars 2018 06h28)

https://www.romandie.com/news//903878.rom

Jack Dorsey (Twitter, Square…) : le bitcoin deviendra l’unique monnaie mondiale d’ici 10 ans

Jack Dorsey (Twitter, Square…) : le bitcoin deviendra l’unique monnaie mondiale d’ici 10 ans

Le par Christian D.  |  6 commentaire(s) Source : Business Insider
bitcoins

Voilà qui mettra du baume au coeur des spéculateurs effrayés par les hauts et les bas brutaux du bitcoin : pour Jack Dorsey, fondateur de Twitter et Square, il n’y aura plus qu’une monnaie unique dans le monde d’ici 10 ans…et ce sera le bitcoin.

L’emblématique cofondateur du service de micro-blogging Twitter et de Square croit fermement en l’avenir du bitcoin, n’en déplaise aux régulateurs et institutions qui ne cessent d’en rappeler la nature hautement spéculative.

Dans un entretien au Times, Jack Dorsey assure que le monde entier n’utilisera plus qu’une unique monnaie dans le futur et que cette devise universelle pourrait bien être le bitcoin.

BitcoinMieux, cette révolution pourrait aller assez vite et intervenir dans les dix prochaines années. Jack Dorsey s’est fait à plusieurs reprises l’avocat du bitcoin et a commencé à ouvrir sa plate-forme aux échanges en bitcoins.

Il déclairait encore en novembre 2017, alors que le bitcoin se rapprochait d’une valeur record de près de 20 000 dollars, que cette monnaie virtuelle était bien plus qu’un nouveau moyen d’acheter ou de vendre, en évoquant une une technologie capable de transformer l’industrie des services de paiement.

Il reconnaît cependant que son établissement n’est pas de tout repos, note le site i, tout en affirmant que ces obstacles et impondérables finiront par disparaître à mesure de plus en plus de monde s’y intéressera.

Complément d’information

https://www.generation-nt.com/jack-dorsey-twitter-square-bitcoin-monnaie-unique-actualite-1952174.html

Cryptomonnaies : la Banque de France prône un encadrement strict

Cryptomonnaies : la Banque de France prône un encadrement strict

Par Delphine Cuny  |   |  877  mots
La Banque de France propose notamment la création d'un statut de prestataire de service en crypto-actifs pour les plateformes de conversion et de transactions en crypto-actifs.
La Banque de France propose notamment la création d’un statut de prestataire de service en crypto-actifs pour les plateformes de conversion et de transactions en crypto-actifs. (Crédits : DC)
Le régulateur français veut interdire aux banques et assurances les dépôts et prêts en crypto-actifs, voire la commercialisation au grand public de fonds investis en monnaies virtuelles comme le bitcoin. La Banque de France souligne toutefois que la régulation devra être discutée au niveau international pour maîtriser pleinement les risques associés à ces actifs « hautement spéculatifs ».

Bitcoin, ether, ripple, etc. : ne les appelez plus jamais cryptomonnaies ou monnaies virtuelles, cet abus de langage agace la Banque de France qui préfère le terme de « crypto-actifs », car ils ne « remplissent que très partiellement les fonctions dévolues à la monnaie ». L’institution a publié ce lundi une courte note sur « l’émergence du bitcoin et autres crypto-actifs : enjeux, risques et perspectives » dans laquelle elle dévoile ses propositions d’évolution du cadre réglementaire adaptée à l’essor de ces actifs qui ont « progressivement pris pied dans l’économie réelle, au travers de services permettant leur achat ou vente contre des monnaies légales  » et « font l’objet d’une bulle spéculative ».

Établissant la comparaison devenue classique entre le bitcoin et la bulle de la tulipe au XVIIe siècle, la Banque de France juge une réglementation « souhaitable » en raison de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, afin de protéger les investisseurs et de préserver l’intégrité des marchés, et si le phénomène s’amplifie, de veiller à la stabilité financière. Pour autant, actuellement, l’encours total des crypto-actifs est « encore limité au regard du stock de monnaie en circulation », de l’ordre de 330 milliards d’euros (35% en bitcoin, 20% en ether, 10% en ripple), à comparer aux 7.500 milliards d’euros de billets et pièces et dépôts à vue des agents non financiers dans la zone euro.

Sans attendre les conclusions de la mission confiée par Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie et des Finances, à un ancien sous-gouverneur de la Banque de France, Jean-Pierre Landau, sur les pistes d’évolution de la législation nécessaires, la banque centrale et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) qui lui est adossée préconisent dans ce rapport d’instaurer un encadrement des plateformes de conversion et de transactions en crypto-actifs et plus généralement des placements dans ces instruments nouveaux, en particulier pour les investisseurs non avertis.

Comparaison bitcoin Tulipe Banque de France

[« Le profil d’évolution du prix du bitcoin n’est pas sans rappeler à ce jour celui du prix du bulbe de tulipe entre 1634 et 1637 ». Crédits : Banque de France]

Interdire aux banques et assureurs les dépôts et prêts en « crypto »

Premier axe : « réglementer les services offerts à l’interface entre la sphère réelle et les crypto-actifs », c’est-à-dire les plateformes de conversion de bitcoin en monnaie légale, qui jouent le rôle d’intermédiaire entre acheteurs et vendeurs. Ces dernières doivent avoir un agrément de prestataire de service de paiement, mais uniquement du fait de la gestion pour compte de tiers d’un compte en monnaie légale. Concrètement, il s’agirait de créer un statut de prestataire de services en crypto-actifs, y compris pour les services de transactions en crypto-actifs, afin de soumettre ces acteurs « à des règles portant notamment sur la sécurité des opérations et sur la protection de la clientèle. »

L’autre volet concerne les placements. La Banque de France suggère de limiter la possibilité pour « certaines entreprises régulées (banques assurances, sociétés de gestion…) d’intervenir sur ces crypto-actifs », ce qui irait assez loin :

« Il s’agirait d’abord d’interdire les activités de dépôts et prêts en crypto-actifs. En ce qui concerne les produits d’épargne, on doit se poser la question de l’interdiction de toute commercialisation dans des véhicules collectifs à destination du grand public [du type FCP, Sicav, fonds d’investissement alternatifs, etc., Ndlr], pour réserver ces véhicules aux investisseurs les plus avertis », explique la note.

Ces produits de placements devraient être assujettis à des règles strictes de protection de la clientèle. Certaines banques américaines ont d’ailleurs d’ores et déjà interdit à leurs clients d’utiliser la carte bancaire qu’elles ont émises pour acheter des bitcoins et « alt coins ».

Coordination internationale au G20

L’ACPR et la Banque de France prônent aussi d’imposer aux entités régulées (comme les banques et les assurances), « un strict encadrement de ces placements [en crypto-actifs pour compte propre], par exemple en déduisant la totalité de ces investissements des fonds propres. » Quant aux investissements dans le cadre d’Initial Coin Offerings (ICO), ces levées de fonds par l’émission de jetons virtuels qui « constituent la transposition en crypto-actifs du concept de financement participatif » selon la note, il est rappelé que l’Autorité des marchés financiers (AMF) va définir un cadre juridique spécifique « prévoyant les garanties appropriées ».

Lire aussi : Levées de fonds virtuelles : vers un cadre spécifique pour les ICO en France

Toutefois, l’institution française est consciente que la réglementation de ces actifs « hautement spéculatifs » ne saurait être vraiment efficace que si elle s’inscrit dans un cadre international.

« Compte tenu du caractère dématérialisé des crypto-actifs et de l’utilisation de technologies liées au monde de l’Internet qui facilitent la fourniture de services de façon transfrontalière, l’hétérogénéité des réglementations nationales pourrait empêcher une pleine maîtrise des risques induits », souligne-t-elle.

Le bitcoin et les cryptomonnaies seront justement au programme du prochain sommet du G20 Finances qui se tiendra les 19 et 20 mars à Buenos Aires, à la demande de la France et de l’Allemagne.

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/cryptomonnaies-la-banque-de-france-prone-un-encadrement-strict-770694.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20180306

La Banque de France étudie la blockchain

La Banque de France étudie la blockchain

En collaboration avec Blockchain France et le Labo Blockchain, la Banque de France lance étudie la mise en place d’une « architecture blockchain ». Objectifs : « évaluer les capacités et les risques de cette technologie […], identifier un ou des cas d’usage et construire un Proof-of-Concept qui y réponde ».

Extrait du communiqué de presse du Labo Blockchain :

« La Banque de France lance une expérimentation pour la mise en place d’une architecture blockchain. L’objectif de l’étude, menée avec le Labo Blockchain et Blockchain France, est double : identifier un ou des cas d’usage et construire un Proof-of-Concept qui y réponde.

La blockchain, technologie d’architecture décentralisée, transparente et sécurisée, pourrait entrainer des évolutions majeures dans le secteur des services financiers en transformant les modalités de fourniture de certains services. Consciente des enjeux pour le monde financier, la Banque de France a souhaité évaluer les capacités et les risques de cette technologie.

Dans cette perspective, elle a décidé de faire appel à deux start-ups expertes sur le sujet pour étudier les opportunités d’applications de la blockchain. L’étude débutera mi-avril et permettra de construire un Proof-Of-Concept répondant aux cas d’usage déterminés durant la première phase de la mission.

L’étude sera conduite par le Labo Blockchain, start-up de Recherche et Développement sur la technologie blockchain, en collaboration avec Blockchain France, structure qui vise à démocratiser la blockchain en France.


A propos du Labo Blockchain :

Le Labo Blockchain est une start-up de Recherche et Développement sur la technologie blockchain. Elle a été fondée par Adrien Lafuma et Emilien Dutang, deux précurseurs de la blockchain en France. Depuis 2013, ils développent des projets dans le domaine des crypto monnaies ; ils ont ainsi été les premiers à proposer un service financier “on-chain” et à ouvrir une place de marché pour les Colored Coin. Très récemment ils ont lancé avec BNP Paribas la première expérimentation concrète de la blockchain dans le milieu bancaire en France.


A propos de Blockchain France :

Blockchain France, le « hub » de la blockchain en France, poursuit le double objectif de démocratiser la blockchain en France et d’accompagner les entreprises désireuses de comprendre et d’explorer son potentiel. En janvier, Blockchain France a organisé la première grande conférence en France sur la blockchain, sous le Haut Patronage du Ministère de l’Economie. Les quatre co-fondateurs interviennent régulièrement en tant qu’experts de la blockchain pour des formations et conférences sur le sujet.


Source : laboblockchain.com

https://bitcoin.fr/la-banque-de-france-lance-une-etude-darchitectures-blockchain/

Bitcoin et Blockchain devant des missions de l’Assemblée Nationale

Bitcoin et Blockchain devant des missions de l’Assemblée Nationale

On sent bien que l’intérêt des gouvernants français pour ce qui se passe du côté des échanges numériques décentralisés et que, faute de connaissance plus poussée, ils désignent tantôt comme « la blockchain » tantôt comme « les monnaies virtuelles » n’est pas feint, même si selon l’angle, comme selon les jours ou les intervenants, les parts respectives de la curiosité et de l’effroi varient significativement.

Les professionnels et les acteurs français concernés, dont certains sont déjà hélas en recherche active d’expatriation, attendent quant à eux avec plus que de la curiosité les auditions devant les deux missions d’information constituées à l’Assemblée Nationale, l’une sur les « chaînes de bloc » (Mme de La Raudière et M. Mis rapporteurs) et « monnaies virtuelles » (M. Person rapporteur).

Les auditions menées le 7 février par la Commission des Finances du Sénat ont été une occasion manquée, principalement marquée par l’incompréhension. Elles ont en outre particulièrement souffert de la comparaison avec les auditions menées la veille au Sénat américain où le ton des représentants de la SEC  et la CFTC, les deux commissions majeures des marchés financiers américains, avait été bien différent de celui de la Banque de France et de l’ACPR le lendemain à Paris.

S’ajoutent à cette cause de déception les déclarations du Ministre de l’Économie et des Finances qui saisit chaque occasion de marteler qu’il va « réguler le Bitcoin » – une expression menaçante et imprécise – mais dont l’intervention le 8 février, en marge du Capital Markets Summit a donné l’impression que, sans doute interrogé à brûle-pourpoint, il ne saisissait que bien trop imparfaitement son sujet, s’embrouillant jusqu’à commettre des erreurs qui font sourire.

Enfin le président de la République, en citant Bitcoin devant le shadow banking comme facteur de risque systémique, a révélé que la perception de la disruption cryptographique au sommet même de l’État devait davantage à son traitement sensationnaliste par les médias généralistes qu’à une information de première main.

Il y a quelques raisons d’espérer que les choses se passent un peu mieux au Palais-Bourbon. Sans excès de jeunisme on peut faire le pari que l’un des effets positifs du renouvellement de 2017 sera d’y avoir amené des gens qui s’intéressaient déjà au sujet auparavant. L’une des phrases marquantes des auditions américaines reste celle du président de la CFTC, Christopher Giancarlo : « It strikes me that we owe it to this new generation to respect their enthusiasm about virtual currencies ». Toutes les études suggèrent une curiosité bien plus vive chez les digital natives, tandis que l’étude des arguments hostiles au Bitcoin démontre la permanence d’une sourde résistance à Internet et à ses effets d’horizontalisation chez ceux que révulse depuis les années 1990 l’idée d’une décentralisation de la monnaie et des échanges.

Les deux missions parlementaires comprennent des députés qui sont déjà branchés sur les réseaux sociaux avec les acteurs, les auteurs ou les joueurs du monde crypto. A défaut de s’entendre avec eux sur tout, ceux qui auront l’honneur d’être auditionnés peuvent espérer voir entendus leurs mots et compris les grands concepts mis en œuvre. L’intérêt que Madame de La Raudière, notamment, porte aux opportunités offertes par les blockchains est déjà ancien, son écoute de tous les acteurs est bienveillante et à l’occasion elle ne dissimule pas certaines réticences devant les positions très négatives qu’inspire aux politiques l’influence des technostructures qui sont à la manœuvre derrière eux.

Tout ceci posé, les motifs de crainte restent importants. Le fait même que soient abordés en deux instances séparées les deux sujets de la mise en œuvre des chaines de blocs et de la régulation des monnaies virtuelles permet d’imaginer que se répète, comme au Sénat, le sempiternel numéro : ici des sourires avenants à quelques entrepreneurs venus avec ou sans leurs clients bancaires pour présenter l’utilisation d’une blockchain privée dans des usages d’horodatage, de certification ou de règlement des opérations de cartel ; là des anathèmes contre les crypto-actifs spéculatifs, criminels et polluants que nul n’est même présent à l’audience pour défendre. Alors que le Sénat canadien, dès 2014, invitait une personnalité comme Andreas Antonopoulos, représentant largement plébiscité par les acteurs cryptos.

En somme, avant que l’audition ne débute, il est à craindre que les rôles ne soient déjà répartis : les bons entrepreneurs de la bienfaisante blockchain d’un côté, les sinistres comploteurs et dangereux fraudeurs de la sulfureuse même-pas-monnaie de l’autre. Comme du temps de Charlemagne…

Ce n’est pas ici le lieu de répéter pourquoi la distinction de « la blockchain » et des jetons numériques est absurde. Nous nous en sommes expliqués avec Adli Takkal-Bataille dans La Monnaie Acéphale publiée en mai dernier par CNRS Editions ; Yorick de Mombynes (Cour des Comptes) et Gonzague Grandval (co-fondateur de Paymium) l’ont répété avec force et clarté dans leur rapport Bitcoin, totem & tabou publié ce mois-ci par l’Institut Sapiens. On ne trouvera aujourd’hui pas un auteur compétent, pas un praticien effectif pour soutenir l’idée qu’une Blockchain, pour apporter les bénéfices que l’on en attend puisse être comme l’a dit un jour M. Trichet « détachable » d’un jeton précieux, ou pour soutenir que Bitcoin n’ait été que « la première implémentation de la technologie Blockchain ». Ceux-là même qui ont laissé dire un temps pour ne pas froisser leurs clients ont fini par redécouvrir l’importance du jeton dont la vague des ICO marque le retour sur scène. Comme le dit Blockchain-France même « il est essentiel de prendre conscience que l’innovation de rupture repose avant tout sur les cryptoactifs ».

Même si plusieurs membres des deux missions sont suffisamment au fait techniquement pour être conscients de l’unité profonde des deux sujets, leur séparation n’est pas une innocente erreur. Parce qu’il semble naturel que les « experts » convoqués sur les monnaies virtuelles soient pour une large part issus d’institution que Bitcoin et les monnaies copiées ou inspirées entendent contourner. Que ce soit par conviction ou en service commandés, ces « experts », dont nul ne conteste la légitimité en matière d’orthodoxie monétaire, sont affectés d’un très fort biais identitaires. Leur but n’est en rien de comprendre Bitcoin pour ce qu’il est, mais de le juger pour ce qu’il n’est pas : il n’est pas ce que, chez eux, on appelle une monnaie. Il ne répond pas à leur critère. Or ce n’est pas un défaut c’est un dessein.

Interdire les monnaies décentralisées, leur rendre la vie impossible en France par un mélange de fiscalité punitive et d’obligations impossibles correspond peut-être au rêve des régulateurs et à la pente des administrations. Ce n’est pas un choix d’avenir. Si Bitcoin n’est qu’une expérience, laissons-là évoluer. Si c’est la méta-monnaie du cyber-espace faisons plutôt de la France un havre accueillant. L’enjeu de souveraineté est là.

Nous n’aurons jamais de GAFA européen si un pays moteur comme la France reste aveugle aux changements paradigmatiques et répète ainsi les gâchis du passé. Alors que nous pourrions jouer, avec les échanges décentralisés, un rôle déterminant dans le rééquilibrage et l’horizontalisation du cyberespace. Et en retirer des bénéfices tangibles.

 

https://www.linkedin.com/pulse/bitcoin-et-blockchain-devant-lassembl%C3%A9e-jacques-favier/?published=t&trackingId=ILfMuiiy48QCL77gsUduRQ%3D%3D

Mark Karpelès : le petit geek de Dijon devenu baron du bitcoin

Mark Karpelès : le petit geek de Dijon devenu baron du bitcoin

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Mark Karpelès : le petit geek de Dijon devenu baron du bitcoin
Mark Karpelès à l’ouverture de son procès en juillet 2017. AFP

Au sommet de sa gloire, Mark Karpelès dirigeait la plateforme chargée de 80% des échanges de bitcoins dans le monde. Il est aujourd’hui bloqué au Japon dans l’attente de son jugement pour détournement de fonds.

Une image de lui a fait le tour du monde en 2014. Plusieurs clients de MtGox, à l’époque la principale plateforme d’échange de bitcoins, font le pied de grue devant le siège de l’entreprise à Tokyo. Ils demandent à son jeune patron français (29 ans au moment des faits) des comptes sur la disparition de leurs avoirs. L’un d’eux lui barre la route et l’interpelle : “Où sont mes bitcoins ?”, assène-t-il dans une vidéo que l’on peut toujours visionner sur YouTube. Mark Karpelès, en t-shirt malgré la neige, reste mutique. Au total 750.000 bitcoins, soit 330 millions d’euros à ce moment-là (9 milliards en 2018), se sont volatilisés. Le procès de Mark Karpelès a débuté en juillet dernier. Il risque cinq ans de prison pour détournement de fonds.

Qui aurait pu prêter ce destin de baron du bitcoin à celui que ses proches ont toujours décrit comme introverti ? Elevé par une mère férue de nouvelles technologies dans la banlieue de Dijon, Mark Karpelès est très tôt incité à travailler derrière un écran. Dans le documentaire Suck my Geek (en intégralité ci-dessous), produit en 2007 par Canal+, il est mis en scène comme un caricatural passionné d’informatique. Cheveu gras, silhouette rondouillarde et t-shirt “There is no place like 127.0.0.1” (version informatique de home sweet home), il explique avoir déjà vécu “cinq ou six mois sans poser le pied dehors”. Il passe à la postérité en déclarant avoir beaucoup de copines “en jpeg, en png, voire en avi”, des formats de fichier informatique.

Au-delà de l’instrumentalisation dont il fait l’objet, Mark Karpelès montre l’image d’un post-adolescent doué de compétences techniques supérieures à la moyenne, mais dont l’insertion dans la société est toute relative. Le jeune homme a déjà une face sombre : son ex-employeur l’attaque pour le détournement de données de l’entreprise. II est condamné en 2010 à un an de prison avec sursis et 45.000 euros d’amende. Mais Karpelès n’entendra jamais la sanction : il a quitté la France. Il vit à Tokyo depuis 2009, ville par excellence de la culture geek, où il a créé son entreprise, Tibanne, du nom de son chat. Marié et père d’un petit garçon, il développe des sites Web et coule des jours paisibles. Rien ne devait lui faire croiser la route du bitcoin. Jusqu’à ce qu’un client lui demande, en 2010, s’il peut le payer en cryptomonnaie.

La révélation bitcoin

Pour Karpelès, c’est une révélation. Il se plonge dans la mécanique de la monnaie virtuelle et saisit aussitôt le potentiel de sa technologie. Quelques semaines plus tard, il rachète pour une bouchée de pain la plateforme d’échange de bitcoins MtGox au développeur américain Jed McCaleb, également créateur d’eDonkey, logiciel de partage de fichiers très populaire au début des années 2000.

Patron, Mark Karpelès est un bourreau de travail, mais il a du mal à déléguer : il s’occupe de la direction opérationnelle, du développement informatique et des relations publiques. Trois mois après son rachat, MtGox subit un premier vol d’environ 400.000 bitcoins. Le site ferme brutalement, et Karpelès disparaît pendant deux jours. Les utilisateurs s’inquiètent. Pour prouver sa solvabilité, Karpelès injecte plus de 400.000 bitcoins sur MtGox et parvient à retrouver la confiance des clients. Très vite, MtGox devient la première plateforme d’échange mondiale, en grande partie grâce à un effet d’emballement. A l’époque, la valeur du bitcoin est en hausse et attire de nouveaux investisseurs.

En 2011, le lancement de BitInstant, plateforme facilitant l’achat de bitcoins pour le public américain, va propulser MtGox vers les sommets. Alors qu’il faut parfois deux semaines de procédure bancaire pour obtenir des bitcoins sur MtGox, BitInstant promet des transactions simples et immédiates. Or, BitInstant se fournit chez MtGox avant de revendre à ses propres clients ! La société devient la plateforme sur laquelle transitent le plus de liquidités. En 2013, MtGox déclare assurer 80% des échanges de bitcoins dans le monde. En juin de cette même année, la cryptomonnaie dépasse le seuil des 1.000 dollars et l’entreprise brasse entre 5 et 8 millions de dollars par jour. Karpelès, alors surnommé le “Baron du bitcoin”, vit son heure de gloire.

AFP Mark Karpelès en 2014

Lit, chat, burgers

Il emménage à Meguro, l’un des quartiers les plus chics de Tokyo. Son logement lui coûte 10.300 dollars par mois et la presse locale fait ses choux gras de son luxueux lit à 48.000 dollars. Dans le documentaire The Rise and Rise of the Bitcoin (2014), il ouvre la porte de son appartement à la vue panoramique : fastueux. En revanche, il semble toujours aussi décalé qu’auparavant. Il poste des photos de son chat sur les réseaux sociaux, fait des blagues de geek et publie des clichés de plats étonnants comme des burgers de la taille d’une pizza…

Côté affaires, il accumule les erreurs. MtGox ouvre au printemps 2013 des comptes aux États-Unis pour faciliter les transactions dans le pays. Il ne se déclare pas comme organisme de transfert de fonds et l’administration américaine saisit 5 millions de dollars. Mark Karpelès poursuit néanmoins sa trajectoire jusqu’au 7 février 2014. Le jour où tout s’écroule.

Comme en 2011, MtGox coupe brutalement l’accès à sa plateforme. Sauf que, cette fois, c’est plus sérieux. Durant deux semaines, l’entreprise prétexte un bug dans le réseau bitcoin sans fournir de détails. Les clients ne peuvent plus ni revendre ni retirer leurs bitcoins. Il faut attendre le 28 février pour voir réapparaître Karpelès bardé d’une armée d’avocats et de conseillers en communication. Lors d’un cérémonial tout en repentance, dans la grande tradition japonaise, il annonce que MtGox a subi un piratage de 750.000 bitcoins, le plus grand vol de cryptomonnaie à ce jour. Le 10 mars, l’entreprise se déclare en faillite.

En août 2015, Karpelès est arrêté et incarcéré pour détournement de fonds et falsification d’informations. Il est relâché en 2016 dans l’attente de son jugement. Jusqu’où est-il responsable ? Ses détracteurs les plus acerbes le décrivent comme le membre actif d’un système de type Ponzi, dont le montage consiste à rémunérer les investisseurs avec l’argent des nouveaux entrants. Tant que l’argent rentre, ce n’est pas un problème. Ça le devient quand les clients veulent tous retirer leur argent en même temps. Ce soupçon est renforcé par le fait que MtGox a fermé quelques jours après une chute retentissante du bitcoin.

Que fait aujourd’hui Mark Karpelès ? Il cherche du travail. Sur Twitter, il se présente comme spécialiste des systèmes d’information. On le croit sans peine…

https://www.capital.fr/entreprises-marches/mark-karpeles-le-petit-geek-de-dijon-devenu-baron-du-bitcoin-1274728

Cybermonnaies : Vladimir Poutine affiche sa détermination

Cybermonnaies : Vladimir Poutine affiche sa détermination

Dans une vidéo (non contextualisée) diffusée hier sur Youtube par la chaine Russia Insight, Vladimir Poutine répond à une question de Herman Gref, président de la Sberbank [1], à propos de blockchain et de minage de « monnaie virtuelle ». Dans sa réponse le président russe affirme sa volonté de s’emparer pleinement et rapidement du sujet qui présente des enjeux de souveraineté forts : « L’âge de Pierre ne s’est pas achevé en raison du manque de pierres, mais parce que de nouvelles technologies sont apparues ». [2]

Avertissement : La traduction qui suit, non professionnelle, a été obtenue depuis le texte anglais proposé par Russia Insight. Si un lecteur russophone veut proposer un meilleur texte, il est le bienvenu.

Herman Gref : « La seconde technologie est blockchain. Nous n’avons pas besoin d’aide sur ce sujet, mais nous proposons d’inscrire cette discipline dans la formation des professionnels. Nous allons mettre en œuvre ces technologies mais nous avons besoin d’experts dans ce domaine et d’une règlementation prudente nous assurant qu’il n’y aura pas d’interdictions. La monnaie virtuelle a provoqué l’installation massive à l’étranger de data centers dédiés aux startups minières. Il faut faire preuve de prudence, mais il est clair que nous avons besoin d’une législation en la matière, car cette technologie a un impact énorme. »

Vladimir Poutine : « Ce n’est pas la première fois que nous évoquons ce sujet. [Si nous sommes tous convaincus ici], certains de nos concitoyens pourraient se demander pourquoi nous aurions besoin de tout cela ? Nous avons tout ce qu’il nous faut : du pétrole, du gaz, du charbon, des métaux de toutes sortes – ferreux et non ferreux – de l’or, du platine, des diamants… tout ! Notre industrie se porte bien et la production augmente. Nous disposons également de bonnes ressources intellectuelles… Mais nous devons avancer plus loin. Voilà ce dont nous avons besoin. Et nous devons travailler pour ça. L’un de nos collègues, ex-ministre du pétrole d’un pays arabe, a déclaré que l’âge de Pierre ne s’était pas achevé en raison du manque de pierres, mais parce que de nouvelles technologies étaient apparues [2]. Aujourd’hui de nouvelles technologies apparaissent dans le monde et ceux qui sont en retard dans cette course le paieront […] très rapidement, car ils seront sous la dépendance totale de ceux qui dirigent ces processus. La Russie ne peut pas permettre cela. Le plus important c’est que nous avons l’opportunité et les moyens d’être à jour si nous nous appuyons sur les atouts dont nous disposons. Il est donc important d’en tirer pleinement parti. »

 

Bitcoin en Russie :

– 18 janvier 2014 : rumeur d’une proposition de loi visant à rendre illégal ou, du moins, à freiner l’usage de Bitcoin. L’information n’est cependant pas officielle.

– 27 janvier 2014 : la Banque Centrale de la fédération émet un avis qui stipule que l’échange de bitcoins contre des roubles, des devises, des biens ou des services, sera désormais considéré comme « une implication potentielle dans la mise en œuvre d’opérations suspectes conformément à la législation sur la neutralisation du blanchiment des produits de la criminalité et le financement du terrorisme ».

– 6 février 2014 : le procureur général de la Fédération de Russie publie un communiqué qui annonce la mise en place d’un certain nombre de « solutions spécifiques » pour lutter contre Bitcoin, désormais considéré comme illégal.

– Juillet 2014 : Gueorgui Lountovskiy, vice-président de la Banque centrale de Russie, souhaite un contrôle législatif et une approche prudente à l’égard de Bitcoin qu’il considère comme « un instrument d’avenir ».

– Août 2014 : Le ministère des Finances de la fédération de Russie prépare un projet de loi visant à interdire l’usage des « monnaies virtuelles indépendantes » accusées de faciliter « l’économie de l’ombre » et de permettre « l’achat de marchandises illégales ».

– Octobre 2014 : Le ministère des Finances de la fédération de Russie présente son projet de loi et rend illégal l’utilisation des « substituts de monnaie […] y compris sous forme électronique ».

– Janvier 2015 : les autorités de la fédération de Russie placent les principaux sites parlant de Bitcoin (notamment bitcoin.org) dans la liste de sites que les fournisseurs d’accès ont l’obligation de bloquer.

– Juin 2015 : Banque Centrale de Russie (CBR) organise une rencontre avec les représentants des marchés financiers pour traiter de l’avenir du Bitcoin en Russie. Certains journaux y voient le signe d’un assouplissement de la politique à l’égard de Bitcoin.

– Lors d’un forum éducatif diffusé sur la chaine Rossiya 24, Vladimir Poutine adopte une position très ambiguë, affirmant à la fois que les « monnaies électroniques ne reposent sur rien », qu’elles ne sont « pas garanties », que leur utilisation « pose de réels problèmes » mais qu’elles ne sont pas pour autant illicites en Russie.

– 26 octobre 2015 : la presse russe rapporte que le ministère des Finances propose de punir de quatre ans d’emprisonnement « la production et l’utilisation de crypto-monnaies ».

– 2 février 2016 : Le ministère de l’intérieur de la Fédération du Russie propose de condamner les utilisateurs de Bitcoin à un an de « rééducation par le travail » et  d’une amende d’un demi-million de roubles.

– 10 mars 2016 : Le ministère de l’intérieur de la Fédération du Russie durcit sa proposition de sanction : jusqu’à quatre ans d’emprisonnement pour les simples utilisateurs et six ans pour les membres de groupes organisés.

– Fin mai 2016, les autorités russes annoncent vouloir élaborer leur propre monnaie numérique.

– Août 2016 : les autorités russes suspendent le projet de loi visant à pénaliser l’usage de Bitcoin.

– Août 2017 : Le média russe RBC rapporte que le gouvernement russe envisagerait de développer sur le sol russe des infrastructures de calcul dédiées aux crypto-monnaies.

– Octobre 2017 : Vladimir Poutine appelle à la mise en place d’un environnement réglementaire équilibré pour les crypto-monnaies.

– Janvier 2018 : Le ministère des Finances envisage de restreindre la négociation des cybermonnaies aux investisseurs « qualifiés ».

 


[1] Plus grande banque d’Europe orientale, la Sberbank est le troisième établissement bancaire européen en termes de capitalisation.

[2] La phrase originale est de Sheikh Ahmed Zaki Yamani, ministre du Pétrole en Arabie Saoudite de 1962 à 1986 : « L’âge de pierre ne s’est pas terminé par manque de pierres. L’âge du pétrole ne s’achèvera pas avec le manque de pétrole. »

https://bitcoin.fr/cybermonnaies-vladimir-poutine-affiche-sa-determination/#more-29851

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