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Comment Wall Street a permis à la révolution foudroyante de perdre des milliards de dollars

Comment Wall Street a permis à la révolution foudroyante de perdre des milliards de dollars


Par Justin Mikulka – Le 4 mai 2018 – Source DeSmog

Wall Street sign
Un panneau de Wall Street à New York. Crédit : domaine public

 

L’industrie américaine du pétrole de schiste saluée comme une « révolution » a brûlé 250 milliards de dollars de plus que ce qu’elle a rapporté au cours de la dernière décennie. Il s’agit d’une entreprise de destruction d’argent d’une ampleur épique.

En septembre 2016, le service de notation financière Moody’s a publié un rapport sur les compagnies pétrolières américaines, dont beaucoup souffraient de la chute massive des prix du pétrole. Moody’s a constaté que « le coût financier de la crise pétrolière ne peut être qualifié que de catastrophique », en particulier pour les petites entreprises qui ont contracté d’énormes dettes pour financer la fracturation dans des formations de schistes lorsque les prix du pétrole étaient élevés.

Et même si les sociétés de schistes ne réalisent toujours pas de bénéfice, Wall Street continue de prêter plus d’argent à cette industrie tout en vantant ces sociétés comme de bons investissements. Pourquoi les investisseurs feraient ça ?

David Einhorn, investisseur vedette de fonds de couverture et fondateur de Greenlight Capital, a qualifié l’industrie du schiste argileux de « farce ».

« Une entreprise qui brûle de l’argent et qui ne croît pas, cela ne vaut rien », a déclaré M. Einhorn, qui va souvent à contre-courant du monde financier.

Les investisseurs ne sont-ils pas censés se concentrer sur l’investissement dans des entreprises rentables ? Bien qu’en théorie, oui, la réalité est tout à fait différente pour des industries comme le pétrole de schiste et l’habitation.

Si la crise financière américaine de 2008 a révélé quelque chose, c’est que Wall Street ne se soucie pas de faire un « deal merdique » quand il s’agit de profits et de bonus pour ses traders et cadres, malgré leurs rôles dans le crash.

Wall Street fait de l’argent en facilitant les transactions comme un bookmaker de Vegas fait de l’argent en prenant des paris. Comme le dit le dicton à propos de Las Vegas : « La maison gagne toujours ». Ce qui est vrai pour les casinos et les jeux de hasard est également vrai pour Wall Street.

Wall Street est à l’origine de la crise financière de 2008, et certains de ses architectes en ont personnellement profité. Cependant, alors que quelques cadres en ont bien profité, le résultat a été une baisse de l’emploi de 8,8 millions de personnes, et selon Bloomberg News en 2010, « à un moment donné l’an dernier [2009], les États-Unis avaient prêté, dépensé ou garanti jusqu’à 12 800 milliards de dollars pour sauver l’économie ».

JP Morgan (ainsi qu’une grande partie de Wall Street) ont eu besoin d’importantes sommes d’argent sous forme de renflouements pour survivre aux retombées de tous les mauvais prêts accordés, qui ont provoqué la crise du logement. Est-ce que JP Morgan s’abstient d’accorder des prêts à l’industrie du schiste argileux ? Non. Bien au contraire.

Comme le montre ce graphique sur les banques qui prêtent de l’argent à la société de shale EOG Resources, sous forme de renflouement, alors que tous les grands acteurs de Wall Street sont sur le coup, JP Morgan a pris les plus gros paris.

Pour comprendre pourquoi JP Morgan et le reste de ces banques prêteraient de l’argent à des sociétés travaillant dans le schiste qui continuent de le perdre, il est important de comprendre le concept de jeu de « la commision ». Merriam-Webster le définit comme « une charge prise (comme par un bookmaker ou une maison de jeu) sur les paris ».

Wall Street gagne de l’argent en prenant une part de l’argent des autres. Pour une maison de jeu, peu importe si tout le monde gagne de l’argent ou en perd, tant que la maison reçoit sa part – sa com, comme on l’appelle dans le monde financier – des frais de gestion.

Comprendre ce concept permet de comprendre pourquoi les investisseurs ont prêté 250 milliards de dollars à l’industrie du schiste, qui les a brûlé. Si vous prenez des commissions sur 250 milliards de dollars, vous avez une grosse pile d’argent. Et même si ces compagnies pétrolières peuvent toutes faire faillite, Wall Street ne rend jamais les commissions.

Trent Stedman de la société d’investissement Columbia Pacific Advisors LLC a expliqué au Wall Street Journal à la fin de 2017 pourquoi les producteurs de schistes continueraient à forer plus de puits même si les sociétés saignent de l’argent sur chaque baril produit :

Certains diraient : nous savons que c’est une mauvaise économie, mais c’est ce que veut The Street.

Et « The Street » obtient généralement ce qu’elle veut, même lorsqu’il est clair que prêter de l’argent à des sociétés dans le pétrole de schistes qui perdent de l’argent depuis une décennie et qui sont déjà très endettées est « une mauvaise économie ». Mais les primes de Wall Street sont basées sur le montant des « frais » qu’un employé peut apporter à la banque. Plus les frais sont élevés, plus la prime est élevée. Et plus de prêts – même ceux qui sont clairement mauvais sur le plan économique – signifient beaucoup plus de frais.

Les sociétés pétrolières de schistes sont les « créatures des marchés financiers »

En 2017, le « légendaire » responsable de fonds spéculatif Jim Chanos a qualifié les sociétés pétrolières de schistes de « créatures des marchés financiers », ce qui signifie que sans l’argent de Wall Street, elles n’existeraient pas. Chanos a également déclaré publiquement qu’il vendait à découvert les actions du géant pétrolier de schiste argileux Continental Resources, car l’entreprise ne peut même pas gagner assez d’argent pour payer les intérêts sur ses prêts.

Et il marque un point. En 2017, Continental Resources a dépensé 294,5 millions de dollars  en remboursement d’intérêts, ce qui représente environ 155 % de son revenu net ajusté de 2017. Lorsque vous ne pouvez même pas payer les intérêts sur vos cartes de crédit, vous êtes fauché.

Et pourtant, en 2017, les capitaux des investisseurs continuaient d’affluer, Continental Resources faisant partie de ceux qui se sont endettés auprès de Wall Street pour un autre milliard de dollars.

En 2017, les sociétés américaines [d’exploration et de production] ont levé plus d’obligations que jamais depuis le début de l’effondrement des prix en 2014, avec des émissions d’environ 60 milliards de dollars, soit près de 30% de plus qu’en 2016, selon Dealogic. Les grandes sociétés comme Whiting Petroleum, Continental Resources, Southwestern, Noble, Concho et Endeavor Energy Resources ont chacune levé 1 milliard de dollars ou plus au cours du second semestre de 2017.

Quel est l’ampleur du problème que pose le prêt d’argent à une industrie qui brûle des milliards de dollars et s’endette ? Il est si gros que le PDG de la compagnie de schistes Anadarko Petroleum blâme Wall Street et demande à ses entreprises d’arrêter de prêter de l’argent à l’industrie du pétrole de schistes. Oui, c’est bien vrai.

En 2017, Al Walker, PDG d’Anadarko, a déclaré  lors d’une conférence d’investisseurs que les investisseurs de Wall Street étaient le problème :

Le plus gros problème auquel notre industrie est confrontée aujourd’hui, c’est vous. Vous pouvez nous aider à nous aider nous-mêmes. C’est un peu comme aller aux alcooliques anonymes. Tu sais, on a besoin d’un partenaire. Nous avons vraiment besoin que la communauté financière fasse preuve de discipline.

Le Wall Street Journal rapporte que Walker affirme : « Wall Street est devenu un catalyseur qui pousse les entreprises à accroître leur production à tout prix, tout en punissant ceux qui essaient de vivre selon leurs moyens. »

Imaginez vous supplier les banques d’arrêter de vous prêter de l’argent. Et d’être ignoré.

La production croissante à tout prix est l’histoire de la « révolution » du schiste argileux. Le coût financier payé jusqu’à présent a été de plus de 280 milliards de dollars que l’industrie a dépensés – de l’argent que ses entreprises ont reçu de Wall Street et, malgré le plaidoyer d’Al Walker, continuent de recevoir.

The Economist résume la situation en 2017 :

Elle [l’industrie du schiste] a brûlé de l’argent, que le prix du pétrole soit à 100 $, comme en 2014, ou à environ 50 $, comme il l’a été au cours des trois derniers mois. Les 60 plus grandes entreprises ont utilisé en moyenne 9 milliards de dollars par trimestre au cours des cinq dernières années.

Les prix plus élevés du pétrole sont maintenant présentés comme le sauveur de l’industrie, mais, comme l’a fait remarquer The Economist, l’industrie du schiste perdait de l’argent même lorsque le prix du pétrole était à 100 $ le baril.

Pourtant, Wall Street continue de donner de l’argent à l’industrie du schiste et l’industrie du schiste continue de le perdre à mesure qu’elle augmente sa production. Pour être clair, cet arrangement rend les PDG des sociétés de schistes et les prêteurs financiers très riches, c’est pourquoi la tendance devrait se poursuivre. Et c’est pourquoi le PDG de Continental Resources, Harold Hamm, continuera de répéter le mythe selon lequel son industrie fait de l’argent, comme il l’a dit à la fin de 2017 :

Quiconque laisse entendre qu’il n’y a pas eu beaucoup d’expansion et de création de richesse dans cette industrie grâce au forage horizontal et à toute la technologie développée ces dix dernières années, je veux dire, c’est tout à fait ridicule.

Personne ne contestera que Hamm et ses partenaires à Wall Street ne sont pas extrêmement riches. C’est ce qui s’est produit malgré la perte de sommes d’argent épiques par l’entreprise de Hamm et le reste de l’industrie de l’emballage. La même année où Hamm a fait cette déclaration, son entreprise ne pouvait même pas couvrir ses remboursements d’intérêts. Pour mettre les choses en perspective, Continental Resources ne pouvait même pas faire l’équivalent du paiement minimum sur sa carte de crédit.

Surveillez ce que fait l’industrie, pas ce qu’elle dit

La hausse des prix du pétrole permet d’avancer plus d’histoires sur la façon dont 2018 sera l’année où l’industrie du schiste argileux réalisera enfin des profits. Harold Hamm l’appelle l’« année de rupture » de Continental Resources. Il est intéressant de voir comment le fait de ne pas perdre d’argent pendant un an est considéré comme une « année exceptionnelle » dans l’industrie du schiste argileux.

Comme indiqué dans DeSmog, l’industrie a certainement bénéficié d’un énorme coup de pouce avec la récente loi fiscale, ce qui aidera les finances à court terme de ses entreprises. À elle seule, Continental Resources a bénéficié d’un allégement fiscal de 700 millions de dollars.

Des rapports récents dans la presse financière détaillent comment la nouvelle approche dans l’industrie du schiste argileux sera de se concentrer uniquement sur la production rentable de pétrole, et pas seulement sur la production de plus de barils à perte. Comme l’a dit le Wall Street Journal dans un gros titre : « Wall Street dit aux Frackers d’arrêter de compter les barils, de commencer à faire des profits ».

Dans cet article, le PDG de Continental, M. Hamm, assure qu’il est d’accord avec cette nouvelle approche en disant : « Vous prêchez vraiment à la chorale ».

Mais Continental a-t-elle réellement adopté cette nouvelle approche de responsabilité et de restriction financières ?

Pas tant que ça.

L’entreprise de fracturation semble avoir fait le contraire, augmentant la production à des niveaux records, tout comme le reste de l’industrie du schiste argileux. Continental a récemment annoncé son intention de forer 350 nouveaux puits à un coût estimé à 11,7 millions de dollars par puits, ce qui représente plus de 4 milliards de dollars en coûts totaux pour ces puits. La société détient actuellement plus de 6 milliards de dollars de dettes et moins de 100 millions de dollars de liquidités.

Comment Continental financera-t-elle ces nouveaux puits ? Hamm a promis qu’à l’avenir, il n’y aurait « absolument aucune nouvelle dette ». Continental les financera peut-être en vendant des actifs parce que sans dettes supplémentaires, Continental n’a pas l’argent pour financer ces nouveaux puits. Cependant, si le passé est un prélude à l’avenir, Wall Street prêtera volontiers à Continental autant d’argent qu’il le souhaite.

Pourquoi Hamm dirait-il une chose et en ferait-il une autre ? Eh bien, il a personnellement accumulé des milliards de dollars alors que sa société en brûlait tout autant.

Malgré le fait qu’il a mené Continental sur une autre année de perte d’argent en 2017, Hamm a reçu une grosse augmentation.

Justin Mikulka

Note du Saker Francophone

Cet article est tiré d'une série : L’industrie du schiste argileux creuse plus de dettes que de bénéfices.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/comment-wall-street-a-permis-a-la-revolution-foudroyante-de-perdre-des-milliards-de-dollars

 

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Comment dit-on rapide en russe…

Comment dit-on rapide en russe…


… быстро (bistro) 1. Non, on dit SFPS (System for Transfer of Financial Messages), avant on disait SWIFT dans la lingua franca de l’Empire


Par Tom Luongo – Le 2 novembre 2018 – Source Tom Luongo

Tom LuongoAu cours de la crise du rouble de 2014-2015, la Russie a annoncé, à la suite des sanctions américaines et européennes sur la réunification avec la Crimée, qu’elle commencerait à mettre en place un système de transfert financier électronique interne, une alternative à SWIFT.

Ce système, appelé Système de transfert de messages financiers (SFPS), fonctionne non seulement en Russie, mais selon un rapport de Russia Today (RT), il gère désormais les données de transfert financier de plus de la moitié des institutions russes.

Selon Anatoly Aksakov, président du comité parlementaire russe sur les marchés financiers :

« Le nombre d’utilisateurs de notre système de transfert de messages financiers internes est désormais supérieur à celui de ceux qui utilisent SWIFT. Nous avons déjà des discussions avec la Chine, l’Iran et la Turquie, ainsi que plusieurs autres pays, sur l’établissement d’un lien entre notre système et leurs systèmes », a déclaré Aksakov.

« Ils doivent être correctement intégrés les uns aux autres afin d’éviter tout problème d’utilisation des systèmes de messagerie financière internes du pays. »

Cela fait suite à la vantardise des Russes, le mois dernier, selon laquelle leur système suscitait un grand intérêt au niveau international. Il reste à voir quelle est la part d’esbroufe et quelle est la part de réalité, mais le point important ici est que, dès lors que les États-Unis avaient menacé de faire de SWIFT une arme de guerre commerciale dans leur politique étrangère, une telle situation était inévitable.

La Chine a son propre système interne. Et d’autres pays sont en train de construire le leur.

L’enjeu financier de SWIFT

Un thème commun sur ce blog est de dire que le contrôle est une illusion. Le pouvoir est éphémère. La meilleure façon d’exercer votre pouvoir est de le posséder sans jamais l’utiliser. Parce qu’une fois que vous l’utilisez, vous dévoilez à vos ennemis ce qu’il leur coûte de ne pas respecter vos édits.

Et s’il y a une chose dans laquelle les humains sont bons, c’est réagir à des défis connus. Quand nous pouvons mesurer le coût d’un comportement par rapport à un autre, alors nous pouvons décider lequel est le plus important pour nous.

Une fois que les coûts liés à l’usage de SWIFT dépassent les avantages de la création de votre propre alternative, vous la créez.

Le système SWIFT a un pouvoir de marché similaire à celui d’un PDG disposant de milliards d’actions dans sa propre entreprise. On fait beaucoup de foin autour de la fortune de Jeff Bezos et Mark Zuckerberg, mais mesurer leur valeur nette en multipliant leurs avoirs connus par le prix actuel de l’action est inutile. Parce qu’ils ne peuvent pas les vendre. C’est le pouvoir du marché : leur richesse virtuelle s’évapore au moment où ils signalent au marché leur intention de vendre.

En réalité, s’ils essayaient de vendre leurs actions en une fois, leur valeur s’effondrerait, les acheteurs prendraient la poudre d’escampette et ils réaliseraient bien moins que la valeur nette déclarée avant le début de la vente.

Donc, ils sont, en quelque sorte, captifs de leur propre succès, ils doivent gérer leur création avec soin pour ne pas nuire à leur réputation, à leur position sur le marché et, en fin de compte, à leur activité.

Au départ, SWIFT est un système monopolistique, un monopole né de la commodité et de l’inertie grâce à sa neutralité face aux caprices des instances politiques internationales. Entre en scène la phase sénile de la pensée impériale aux États-Unis, alors que son contrôle sur les affaires mondiales s’efface d’abord dans les cœurs et les esprits de divers peuples dans le monde, puis en politique, et vous avez le début de la fin de SWIFT comme seul système de transfert financier international.

En 2010, je me souviens de Jim Sinclair [investisseur et courtier légendaire, NdT] tapant du poing sur la table, à propos de notre menace à la Suisse d’exiger  les données de ses clients pour rechercher les « tricheurs à l’impôt » dans le cadre de la loi FATCA. Il a alors déclaré que l’administration Obama était idiote de faire ça.

C’est là que j’ai compris la maxime : une fois que vous avez choisi l’option nucléaire, vous n’avez plus d’autre choix.

Et il avait raison.

Ensuite, l’Iran a été exclu de SWIFT en 2012 pour provoquer un changement de régime qui a également échoué. Et cela a réveillé le monde à la réalité. Les États-Unis et l’Europe tenteront de détruire votre gagne-pain si vous osez vous opposer à leurs revendications unilatérales.

Le troupeau de Davos, notre élite politique et financière, ne recule devant rien pour s’assurer de votre docilité.

Pas de chance [pour les élites], SWIFT n’est que du code informatique. C’est juste un système de messagerie crypté. Et tout comme pour la pression visant à étouffer les voix alternatives sur les médias sociaux – par exemple, en déconnectant Alex Jones et Gab – la solution face au contrôle autoritaire n’est pas de combattre le feu par le feu, mais d’utiliser la technologie.

Et c’est exactement ce que la Russie a fait. Ils se sont appliqués, ont dépensé de l’argent et ont écrit leur propre code. Après tout, le code est difficile à contrôler.

Décoder la puissance de SWIFT

C’est aussi ce qui se passe actuellement dans toute la chaîne d’approvisionnement des communications Internet. L’infrastructure dont les producteurs de contenu indépendants ont besoin pour résister au contrôle des entreprises multinationales est en cours de mise en place et permettra à leurs activités de se développer à mesure que de plus en plus de gens s’éveillent maintenant à la réalité.

Alors que les banques et les entreprises russes tirent parti des avantages de ne plus vivre sous la menace de l’épée de Damoclès de SWIFT, d’autres bénéficieront des mêmes avantages.

C’est ce que je dis depuis le début de l’année. Plus l’administration Trump utilise les droits de douane et les sanctions pour atteindre ses objectifs stratégiques plus elle affaiblira en fin de compte la position des États-Unis dans le monde. Cela ne se fera pas du jour au lendemain.

Cela se fera progressivement jusqu’au jour où la menace aura disparu.

Nous sommes peut-être déjà arrivés à ce moment-là, le président Trump ayant exclu de faire pression sur SWIFT pour éliminer l’Iran du système. Dommage que son secrétaire au Trésor, Steve Mnuchin, ne soit pas d’accord avec lui.

Mais Mnuchin vit dans le passé, il ne considère pas la résistance qui se forme face à l’hégémonie financière américaine. Mais il le fera quand cela se révélera inefficace.

Le système SPFS russe trouvera des clients en Iran, en Turquie, en Chine et chez ses proches partenaires commerciaux. Cela accélérera la dédollarisation du principal commerce de la Russie, les hydrocarbures, car bon nombre de ces pays sont de gros acheteurs de pétrole russe. Lorsque vous entendrez l’annonce qu’une banque allemande a été sanctionnée par les États-Unis pour son commerce de pétrole russe, en utilisant le SPFS comme système de transfert, ce sera le véritable réveil sur les marchés. Le changement interviendra alors, pardonnez le jeu de mots facile, rapidement (swiftly).

Tom Luongo

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francphone

  1. Une étymologie populaire (voir la plaque apposée sur la façade de la Mère Catherine, place du Tertre à Montmartre) le fait dériver du russe bistro (en cyrillique : быстро) signifiant « vite » et datant de l’occupation russe qui a suivi la bataille de Paris de 1814. Les soldats russes n’ayant pas le droit de boire en service et craignant de se faire surprendre par l’arrivée d’un gradé, imploraient les cafetiers qui les servaient en leur criant en russe : « быстро, быстро », « vite, vite ». Mais le Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNTRL, dépendant du CNRS) juge cette étymologie pas assez fondée et selon le linguiste et lexicographe Alain Rey, cette étymologie « doit être écartée pour des raisons chronologiques, en l’absence d’attestations du mot pendant près de trois quarts de siècle ». La première attestation date en effet de 1884 dans les Souvenirs de la Roquette de l’abbé Georges Moreau. Par contre, on fait aussi allusion à la Commune de 1870 pendant laquelle l’armée prussienne était en partie composée de soldats russophones, ce qui respecterait la chronologie.Wikipédia

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http://lesakerfrancophone.fr/comment-dit-on-rapide-en-russe

La Nouvelle-Calédonie choisit la France

La Nouvelle-Calédonie choisit la France

La Nouvelle-Calédonie a fait le choix dimanche de rester dans le giron français, au terme d’un référendum d’autodétermination historique, consacrant selon le président Macron une « marque de confiance dans la République ».

Selon des résultats définitifs sur les 284 bureaux, le non à l’indépendance l’a emporté avec 56,4% des voix contre 43,6% pour le oui, un score en faveur du maintien nettement moins large que prévu par les sondeurs.

La participation a été massive, avec 80,63 % de votants, a indiqué le Haut-Commissariat.

Peu avant la proclamation définitive des résultats, Emmanuel Macron a exprimé son « immense fierté que nous ayons passé ensemble cette étape historique », en se félicitant d’une « marque de confiance dans la République française ».

« Je veux aussi dire la fierté pour le chef de l’État que la majorité des Calédoniens ait choisi la France », a ajouté M. Macron dans une allocution télévisée depuis l’Élysée, en estimant qu’il n’y avait désormais « pas d’autre chemin que celui du dialogue ».

Le Premier ministre Édouard Philippe est attendu sur place lundi, en provenance du Vietnam.

Si le non à l’indépendance l’a emporté, le résultat a aussi été salué par les indépendantistes, qui s’estiment confortés par leur score, alors que les sondages tablaient sur une large victoire du non, dans une fourchette de 63 à 75%.

Fort de ce résultat supérieur à leurs attentes, les indépendantistes ont aussitôt réaffirmé leur volonté d’aller jusqu’au bout de l’accord de Nouméa (1998) et de demander l’organisation de deux autres référendums dans les quatre ans à venir, comme prévus par l’accord.

– Le oui « à deux doigts de la victoire » –

Pour Louis Mapou, chef du groupe UNI-FLNKS au Congrès, « les indépendantistes sont encore plus motivés qu’avant pour demander le 2e et 3e référendum. Dès demain on va préparer la mariée pour qu’elle soit encore plus belle en 2020 », a-t-il dit à l’AFP.

« Les Kanak ont pris conscience que c’était à eux de montrer leur détermination à être enfin libres. On est à deux doigts de la victoire, et il nous reste deux consultations à venir », a aussi souligné Alosio Sako, président du rassemblement démocratique océanien (FLNKS).

Philippe Michel, secrétaire général de Calédonie Ensemble, le principal parti non indépendantiste, « continue de penser que c’est mieux si on peut se passer d’un deuxième et d’un troisième référendum » mais qu’il ne s’opposerait pas à l’accord de Nouméa, qui est « constitutionnalisé ».

« Est-ce que la Nouvelle-Calédonie a vraiment quatre ans à perdre ? », a de son côté demandé Sonia Backès, présidente du groupe Les Républicains au Congrès. Elle plaide pour « trouver une solution et remplacer ce deuxième et troisième référendum » afin de « stabiliser enfin la Nouvelle-Calédonie ».

Selon Pierre-Christophe Pantz, docteur en géopolitique, il est « clair qu’on ne discute pas de la même manière quand on fait 43% plutôt que 30% ». « Cela va forcer les non indépendantistes à revoir leur copie », ajoute l’expert, qui explique ce score élevé par « une forte mobilisation jamais atteinte dans les communes indépendantistes de la Grande Terre ».

Alors que les différents responsables politiques ont salué la large participation et le déroulé du scrutin, plusieurs voitures ont été brûlées et deux « faits de caillassage » ont été signalés, selon le Haut-commissariat.

En amont du scrutin, les autorités craignaient qu’une victoire du non puisse inciter une partie de la jeunesse kanak, marginalisée, à des débordements, alors que les inégalités entre les différentes communautés restent criantes.

– « L’assurance, la sécurité » –

Les électeurs de cet archipel français, colonisé en 1853 et disposant d’importantes réserves de nickel, étaient appelés à dire s’ils voulaient ou non « que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ».

À la mairie de Nouméa, Chanel Cinédrawa, paysagiste de 43 ans, a voté indépendantiste, car « c’est le combat de nos vieux, il faut honorer leur mémoire », a-t-il dit.

Cette consultation, prévue par l’accord de Nouméa, est destinée à poursuivre le travail de réconciliation entre Kanak, peuple autochtone du territoire, et Caldoches, population d’origine européenne, entamé avec les accords de Matignon de 1988. Ces derniers avaient été signés après les violences des années 1980, qui avaient culminé avec la prise d’otages et l’assaut de la grotte d’Ouvéa en mai 1988, qui avait fait au total 25 morts.

Les trois partis loyalistes, très divisés, défendent le maintien au sein de la France. Ils mettent en avant la protection qu’elle apporte et son 1,3 milliard d’euros d’aides annuelles.

« Mon choix est un choix pour la France, pour les garanties qu’elle apporte. C’est l’assurance, la sécurité », expliquait Patrick Levenchaud, fonctionnaire de 54 ans, dans le bureau de vote de l’école Candide-Koch à Nouméa.

(©AFP / (04 novembre 2018 14h33)

https://www.romandie.com/news/La-Nouvelle-Cal-donie-choisit-la-France_RP/968339.rom

Le complexe industriel militaro-humanitaire se drape de vertu pour étendre l’hégémonie occidentale

Le complexe industriel militaro-humanitaire se drape de vertu pour étendre l’hégémonie occidentale


Shakespeare a écrit un jour que le diable est capable de citer les Écritures quand il y va de son intérêt. Aujourd’hui, ce sont les termes « humanitaire » et « démocratie » qui servent à couvrir les morts et les destructions.


Par Tomasz Pierscionek – Le 4 octobre 2018 – Source RT

Des mots respectables comme « humanitaire » et « démocratie » ont fini par prendre un sens funeste et cynique du fait de leur détournement pour justifier l’invasion de nations souveraines, et promouvoir l’expansion de la domination militaire et culturelle occidentale à travers le monde. Les médias grand public ainsi que des militants des droits de l’homme y participent en diffusant des contre-vérités et en jouant sur les sentiments de peur, de colère et de répulsion du public pour l’influencer et faire passer pour juste une agression contre un État souverain.

Parallèlement aux mensonges des politiciens selon lesquels Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive qui pouvaient être déployées en 45 minutes, une stratégie a été mise en œuvre pour choquer et impressionner le public et l’amener à accepter l’invasion. Il y a eu notamment une avalanche de gros titres destinés à horrifier les lecteurs, à coup de soi-disant « preuves » des massacres de Saddam, et à susciter de fortes réactions émotionnelles qui les empêcheraient de penser. L’un de ces articles, écrit par la députée travailliste Ann Clwyd et publiée dans le Times deux jours seulement avant que la Coalition dirigée par les États-Unis, ne commence à détruire l’Irak, affirmait que Saddam possédait une « machine à déchiqueter les humains » dans laquelle on introduisait les adversaires par les pieds, pour les transformer en nourriture pour poissons. L’article intitulé « Regardez ces hommes se faire hacher menu et osez dire que vous ne soutenez pas la guerre » a eu pour double effet de susciter l’horreur du lecteur et de donner l’impression que les opposants à la guerre étaient insensibles et indifférents au sort du peuple irakien. L’existence d’une déchiqueteuse humaine a été contestée par la suite, et on n’en a jamais retrouvé la trace.

Les véritables crimes de Saddam étaient connus des services de renseignements étasuniens qui lui ont donné les positions des troupes iraniennes pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980, sachant qu’il allait utiliser du gaz moutarde et du sarin contre elles. Les États-Unis ont également fourni à Saddam des bombes à fragmentation et l’ont aidé à acquérir des précurseurs d’agents chimiques. Selon Human Rights Watch, basé aux États-Unis, Saddam aurait tué au moins 290 000 personnes de son propre peuple pendant qu’il était au pouvoir.  Toutefois, ce chiffre est éclipsé par le nombre d’Irakiens morts à la suite de l’invasion de 2003, victimes des forces d’occupation, de la violence confessionnelle ou de l’EI – selon les estimations,  il y en aurait eu plusieurs centaines de milliers, et peut-être même plus d’un million.

La stratégie du shock-and-awe 1 a de nouveau été utilisée avant le bombardement de la Libye par l’OTAN, quand les relations de Kadhafi avec les États-Unis et le Royaume-Uni se sont dégradées suite à sa décision de vendre son pétrole en dinars (une nouvelle monnaie panafricaine soutenue par l’or) au lieu du dollar américain ou de l’euro, et d’encourager ses voisins africains à suivre son exemple. La publication des courriels d’Hillary Clinton à la fin de 2015 a révélé qu’une pareille mesure aurait renforcé les économies africaines et entraîné une concurrence entre le dinar et le dollar ou l’euro.

Cette fois, on nous a raconté qu’il fallait bombarder la Libye et soutenir les rebelles anti-Kadhafi, y compris les éléments affiliés à al-Qaïda, parce que Kadhafi était sur le point de commettre un massacre contre la population de la ville de Benghazi, sous contrôle rebelle. Pour émouvoir le public et lui faire accepter la guerre, on a aussi raconté que Kadhafi distribuait du Viagra à ses soldats pour qu’ils violent le plus possible de femmes. Amnesty International a enquêté et n’en a trouvé aucune preuve, par contre l’ONG a révélé qu’à plusieurs reprises, les forces anti-Kadhafi de Benghazi avaient raconté des mensonges ou fabriqué des fausses preuves de violations des droits humains.

Kadhafi a été renversé et l’un des pays les plus riches et les plus stables d’Afrique est aujourd’hui un État failli et anarchique contrôlé par un micmac de groupes rebelles, dont certains sont des affiliés ou des sympathisants d’al-Qaïda. Ces groupes se sont mis à persécuter, emprisonner et assassiner les Africains subsahariens qui étaient venus en Libye comme migrants économiques, en les accusant de fidélité à Kadhafi. En outre, la destruction de la Libye a déclenché une guerre au Mali voisin et a contribué à renforcer al-Qaïda et EI en Afrique du Nord. Une partie des rebelles anti-Kadhafi se retrouvera plus tard en Syrie.

Le même scénario a été utilisé à l’égard de la Syrie. Les politiciens occidentaux, avec leurs médias et leurs alliés activistes, se sont donné du mal pour obtenir le soutien du public à la destitution du président du pays. En 2013, on a joué sur les émotions du public occidental en prétendant qu’Assad avait utilisé du gaz sarin contre des civils, raison pour laquelle il fallait le renverser de toute urgence. Ces allégations n’ont jamais été prouvées et une enquête menée par l’ONU a indiqué par la suite que les rebelles anti-gouvernementaux auraient pu être responsables de l’attaque. Les allégations selon lesquelles Assad aurait utilisé des armes chimiques contre son propre peuple semblent refaire surface chaque fois que le gouvernement syrien reprend un grand pan de son territoire aux forces rebelles ou djihadistes.

Le président Assad a été accusé d’avoir causé des centaines de milliers de morts dans un conflit imposé à la Syrie, dans lequel l’Arabie saoudite et le Qatar (entre autres États) ont financé et armé des rebelles que les services de renseignement occidentaux qualifient de « modérés ». WikiLeaks a publié des dépêches diplomatiques dans lesquels des politiciens américains s’inquiétaient de l’envoi, par des donateurs saoudiens, de fonds et d’armes à des groupes comme al-Nosra Front (également connu sous le nom de branche syrienne d’al-Qaïda) et EI. L’opposition syrienne affirme qu’en septembre 2018, entre 164 336 et 522 000 personnes (selon le groupe anti-Assad à qui vous posez la question) ont été tuées depuis le début du conflit en 2011. Bien que l’opposition syrienne et ses partisans en Occident et dans le Golfe n’hésitent pas à blâmer le président Assad pour ces morts, parmi les personnes tuées figurent des soldats syriens et des milices pro-gouvernementales qui ont défendu leur pays contre les rebelles « modérés » (et moins modérés) soutenus par les ennemis de la Syrie, ainsi que des civils tués par ces groupes rebelles.

Lorsque la Russie est venue à l’aide de la Syrie en septembre 2015, à la demande du gouvernement du pays, pour lutter contre EI, al-Nosra et d’autres groupes rebelles, elle a essuyé les critiques des médias occidentaux et des groupes d’opposition syriens qui l’ont accusée de soutenir un dictateur – et le Royaume-Uni et les États-Unis savent de quoi ils parlent, ce sont des spécialistes dans ce domaine. Le renversement d’Assad justifiait sûrement que les États-Unis et leurs alliés laissent EI semer la terreur et la destruction à travers toute la Syrie jusqu’à ce que son drapeau flotte sur Damas. Les attaques contre la Russie se sont intensifiées en 2016 lorsqu’elle a fourni aux troupes syriennes un appui aérien dans la campagne pour reprendre Alep, qui était avant la guerre la plus grande ville du pays et son centre financier et industriel, à une coalition de groupes rebelles dont le Front al-Nosra et des combattants djihadistes non syriens. Les journaux de toutes tendances politiques ont versé des larmes de crocodile sur les civils et les bébés tués dans les bombardements russes, eux qui ne versent jamais une larme sur les enfants de Gaza et du Yémen qui meurent pourtant aussi sous des bombardements aériens.

Les médias occidentaux décident de ce qui doit émouvoir leur public. L’organisation controversée connue sous le nom de Casques blancs, financée par les États-Unis et plusieurs gouvernements européens, a injecté une dose supplémentaire de pathos, en montrant des photos et des vidéos de ses membres tirant soi-disant des enfants et des civils des décombres à Alep. Les questions que soulève ce groupe ont été parfaitement documentées.

Puis nous avons eu droit à des tweets d’une fillette syrienne de sept ans, Bana al-Abed, elle aussi chouchou des médias, pour demander une intervention occidentale, dans le style « Cher monde, il vaut mieux commencer une troisième guerre mondiale que de laisser la Russie et Assad commettre #HolocaustAleppo ». On peut vraiment se demander si elle a écrit ces messages sans l’aide d’un adulte.

L’organisation américaine Human Rights Watch, qui a reçu des millions de dollars du milliardaire George Soros, a fait état du rapport d’un groupe d’opposition syrien selon lequel 446 civils auraient été tués par des avions russes et syriens pendant la bataille d’Alep entre septembre et octobre 2016. Ailleurs, Human Rights Watch cite l’Observatoire syrien des droits de l’homme, un organisme pro-opposition basé au Royaume-Uni, qui affirme que les frappes aériennes de la coalition dirigée par les États-Unis ont tué 1 064 civils, dont 248 enfants, pendant la bataille de Raqqa entre début juin et 20 septembre 2017. Bien qu’il soit difficile d’estimer avec précision les populations d’Alep et de Raqqa en 2016 et 2017 respectivement, à partir de 2018, Alep compte 1,6 million d’habitants, contre 61 000 à Raqqa.

Chaque mort civile est une tragédie en soi, qu’elle soit causée par un avion américain, russe, syrien ou autre. Toutefois, il faut reconnaître qu’il n’y a que la Russie et l’Iran qui soient intervenus dans le conflit syrien à la demande du gouvernement légitime de la nation. Toutes les autres nations impliquées dans le conflit syrien violent le droit international et leur expulsion du territoire syrien serait légitime.

Grâce à l’intervention de la Russie, la Syrie ne prendra pas le chemin de l’Irak ou de la Libye et est en passe de redevenir une nation unie et stable avec une identité séculaire et diversifiée. L’intervention de la Russie a empêché la destruction d’une nation et permis à des millions de personnes d’échapper au cauchemar épouvantable de vivre dans un pays dominé par l’EI ou des groupes similaires. L’Occident a adopté une approche diamétralement opposée, il  plonge une nation unie dans l’anarchie, et les terroristes ne font leur apparition qu’après l’intervention « humanitaire ».

Traduction : Dominique Muselet

Note

 

La présence d’une banque centrale est-elle compatible avec la souveraineté étatique ?

La présence d’une banque centrale est-elle compatible avec la souveraineté étatique ?


valerie_bugault

Par Valérie Bugault − Octobre 2018

Je remercie les organisateurs de ce colloque de m’avoir invitée à discourir sur la question des banques centrales. Bien qu’étant éminemment de nature géopolitique, la question des banques centrales est un sujet trop peu souvent abordé eu égard à ses enjeux ; car cette question est à l’origine d’un nombre considérable de désordres politiques, économiques, sociaux et militaires.

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Banque centrale de Russie
Note du Saker Francophone

Ce discours a été prononcé lors d'un colloque intitulé « Réémergence de la Russie au XXIe siècle » organisé au Centre culturel Russe de Paris, le 15 octobre 2018 par l’Académie de Géopolitique de Paris.

Analyse du concept de « banque centrale »

Caroll Quigley a justement présenté les choses de la façon suivante : « Les puissances du capitalisme financier (1850-1932) avaient un plan de grande envergure, rien de moins que de créer un système mondial de contrôle financier dans les mains du secteur privé capable de dominer le système politique de chaque pays et l’économie mondiale d’un seul tenant. » ( tiré du livre Tragedy and hope).

Je voudrais préciser que Caroll Quigley, titulaire d’un doctorat d’histoire à l’université d’Harvard, était professeur à l’université de Georgetown, membre de la Walsch School of Foreign Service, ainsi que consultant au département de la Défense des USA, à la Smithsonian institution et au très sélect Commitee on Astronomics and Space Exploration. Il avait été le professeur de l’ancien Président Clinton.

La banque est à l’origine de la création des « banques centrales » qui ont pour fonction de centraliser la gestion des monnaies

Nous verrons qu’à l’origine de la création du concept de « banque centrale », se trouve une coalition de banquiers privés qui ont suggéré, plus ou moins ouvertement et loyalement, cette « innovation technique » aux différents pouvoirs politiques en place.

Techniquement, une banque est une « entreprise privée » qui prend différentes formes juridiques en fonction de l’État dans lequel elle est implantée. Les grandes banques à implantation internationale sont économiquement contrôlées par des personnes physiques dont le grand public ignore, la plupart du temps, le nom.

Au fil du temps, le système bancaire s’est intégré à différents niveaux.

D’une part, il s’est internationalisé et concentré, chaque grande banque d’affaires opérant par le biais des marchés ou de missions ou étant directement implantées sur le territoire de différents États (HSBC, UBS, Groupe privé de gestion d’actifs Edmond de Rothschild, banque d’affaires Rothschild & Co, BNP Paribas présent sur tous les continents, J-P. Morgan, Deutsche Bank présente ans plus de 75 pays, Goldman Sachs etc.).

D’autre part, il s’est consolidé par zone géographique au moyen des banques centrales.

La banque est une entreprise privée de nature internationale

La banque est une organisation détenue par des personnes privées qui restent, le plus souvent, anonymes. Dire que la banque est une entreprise privée signifie que la banque a pour mission de mettre en œuvre les intérêts privés de ses propriétaires. De façon structurelle, la banque, en tant qu’entreprise privée, n’a jamais eu pour mission de remplir une fonction, de nature politique, concernant l’intérêt commun. Les choses doivent être, à cet égard, parfaitement claires.

Aujourd’hui, les banques sont organisées en groupes d’entreprises, bancaires et financières, qui forment un nuage capitalistique ; les plus importantes d’entre elles sont implantées ou travaillent dans la plupart des pays du monde.

L’organisation des multinationales sous forme de groupes, autrement dit de constellations capitalistiques, est un moyen essentiel, « capital », pour rendre anonymes les véritables détenteurs de capitaux de ces entités tentaculaires. Il est parfois très difficile, même pour des services d’État, de remonter aux associés décisionnaires des groupes d’entreprises en raison du nombre de sociétés, de leur imbrication dans de multiples États et de la multiplicité des formes sociales juridiquement disponibles. Il faut évidemment ajouter à cela que certains États, sous la coupe du droit anglo-saxon, organisent eux-mêmes l’anonymat des détenteurs de capitaux de certaines structures juridiques utilisées à des fins professionnelles, tels les trusts anonymes.

La pratique des groupes d’entreprises permet aux détenteurs actifs des capitaux de prendre, au niveau mondial, un poids économique et politique de plus en plus important tout en restant dans l’ombre, c’est-à-dire à l’abri de toute responsabilité politique.

S’agissant du poids respectif des banques par rapport à celui des États, nous pourrions citer l’exemple de BNP-Paribas dont le bilan officiel (non compris le « hors bilan ») s’élève, pour 2017, à 1960 milliards d’euros, à comparer avec le PIB de la France pour la même période qui s’élève à 2163 milliards d’euros.
Néanmoins, les chiffres officiels présentés par les banques concernant leurs revenus d’exploitation ne sont pas significatifs car ils font l’objet de trop nombreuses manipulations liées à l’existence d’une opacité juridique et comptable internationale d’ordre systémique :

  • La présence de trop nombreuses filiales dans les paradis fiscaux qui ne font pas apparaître les donneurs d’ordre (sur le modèle des trusts anonymes) ;
  • L’organisation en groupes d’entreprises permettant, via le commerce intra-groupe, l’optimisation fiscale ;
  • Les manipulations consistant à faire passer une partie des actifs en « hors bilan » ; ainsi que,
  • La quasi-liberté d’évaluation comptable des actifs (le « fair value », autrement dit « juste prix ») imposée par la comptabilité IFRS qui sévit au niveau international,

ont pour conséquence que les résultats financiers de ces groupes présentés au public n’ont aucune  valeur réelle et ne permettent pas de se faire une idée correcte de la véritable puissance capitalistique des conglomérats bancaires.

En outre, il faut garder à l’esprit que le rapport de force entre les banques et les États ne se situent pas seulement au niveau capitalistique, il passe également par :

  • la participation de certaines banques, par le biais de leur donneur d’ordre effectif, à la détermination des normes comptables (IFRS) et bancaires internationales,
  • les liens économiques, juridiques et parfois humains qui existent entre les propriétaires de certaines banques et les groupes industriels exploités sous forme de cartel (de façon officielle ou officieuse).

Il faut aussi préciser que ce sont les grandes banques, prioritairement celles opérant à la City, qui ont organisé le réseau des paradis fiscaux fondé sur les trusts anonymes. Ce réseau est juridiquement supervisé par les grandes firmes anglo-saxonnes d’audit et de droit, les fameuses « Big Four ».

Ainsi, les capitaux cachés dans les paradis fiscaux sont sous l’entier contrôle des grandes banques d’affaires internationales. Non seulement ces réseaux opaques servent à collecter tout type d’argent (évasion, optimisation et argent sale) mais surtout ils permettent aux banques qui y siègent d’utiliser cet argent comme bon leur semble, aucune règlementation ne venant entraver leurs « activités ».

La banque s’est consolidée par zone géographique dans un système de « banqueS centrales » afin de centraliser la gestion des monnaies

Le système établit par les banquiers s’est consolidé au niveau de chaque État, ainsi que par zone géographique, au moyen des banques centrales. Historiquement, sur le territoire de chaque État, les propriétaires des banques privées les plus importantes se sont associés pour créer une « banque centrale ». Il en a résulté que l’affectation des ressources monétaires est devenue un monopole des banquiers privés coalisés au sein d’un système de « banque centrale ».

Les « banques centrales » sont nées sous le signe de l’imposture : présentées comme des banques d’État, elles disposaient à ce titre de la garantie de l’État – c’est-à-dire des contribuables de l’État – alors que ses capitaux restaient dans des mains privées. Les banques centrales ont le monopole de l’affectation des ressources monétaires. Dans la mesure où ce monopole est détenu par des intérêts privés, la monnaie ne peut, structurellement, plus remplir son rôle de facilitation des échanges, rôle qui est pourtant à l’origine même de sa création.

L’appropriation par des intérêts privés est le vice initial du concept de banque centrales. C’est ainsi que la banque d’Angleterre (1694), la Banque de France (1800), la Fed (1913), la Banque des Règlements Internationaux (BRI/BIS 1930), le système européen de banques centrales (dit SEBC, décidé par le Traité de Maastricht en 1992 et entré en vigueur en 1999), la banque centrale de la Fédération de Russie (1990) reflètent toutes un désengagement des instances politiques de l’État dans la gestion centralisée des masses monétaires en circulation.

La distinction fallacieuse entre gestion monétaire et gestion politique est entrée dans l’inconscient collectif et dans les institutions comme une « normalité » ; tout le monde estime normal que les banques centrales soient « indépendantes » du pouvoir politique. Personne ne se pose plus la question de savoir pourquoi doivent-elles, impérativement, être « indépendantes » ?

Dès que vous évoquez la question politique de la dépendance de la banque centrale vis-à-vis du gouvernement, les âmes qui se croient éclairées vous répondent immanquablement : souvenez-vous de Weimar ! Mais à la vérité, l’épisode de Weimar est une mauvaise réponse car l’hyper inflation de cette époque a été le résultat d’une politique elle-même très largement sous domination capitalistique.

Par ailleurs, les banquiers eux-mêmes ont été assez créatifs pour remplacer la méchante « planche à billets » par le « Quantitative Easing », qui entraîne une stagflation, dont les résultats sont bien plus satisfaisants pour les banquiers que l’inflation, leur permettant même d’accroître encore leur accaparement.

Quoi qu’il en soit, inflation ou stagflation, entraînent toujours, d’une façon ou d’une autre, une augmentation des prix, augmentation que les banquiers centraux s’estimeront en « droit », car c’est l’une de leur mission essentielle, de juguler en instaurant un assèchement de monnaie en circulation par une augmentation des taux directeurs. Ainsi, après avoir organisé l’inflation, les banquiers centraux génèrent eux-mêmes l’éclatement des bulles spéculatives et la venue de « crises » monétaires, financières, économiques et sociales.

Certains rétorqueront que la banque de France a été « nationalisée », mais là encore, il faut s’entendre sur les termes : que signifie réellement une banque « nationalisée » par un État dont les moyens d’actions dépendent entièrement du bon vouloir des banques et des marchés, c’est-à-dire des principaux propriétaires de capitaux… ?

Au vu de l’évolution du rapport de force entre banques et États, la véritable question qui doit aujourd’hui être posée et publiquement débattue est la suivante : les États sont-ils encore des entités juridiques indépendantes de leurs banques ?

Banque de France : genèse

Mensongèrement présentée comme « intimement liée à l’histoire de la Nation », la Banque de France a été conçue, comme toutes les « banques centrales », comme une entreprise capitalistique détenue par des personnes privées. L’idée de sa création a été susurrée au premier consul Bonaparte, lui-même alors principal actionnaire, par un banquier, Jean-Frédéric Perrégaux lui-même Régent de cette banque. La fiche Wikipédia du banquier Perrégaux fait référence à ses liens avec d’autres banquiers de l’époque dans les termes suivants : « Jean Frédéric Perrégaux, … né en 1716, … a fait l’apprentissage du commerce et de la finance à Mulhouse où il apprend l’allemand, à Amsterdam et à Londres, puis il s’installe à Paris en 1765 où il travaille pour Jacques Necker et fréquente le salon de l’hôtel Thellusson (tenu par la veuve du banquier genevois Georges-Tobie de Thellusson (1728-1776), actionnaire de la Banque Girardot). En 1781, avec l’aide de son compatriote Isaac Panchaud (banquier financier britannique d’origine suisse), il fonde sa propre banque en s’associant au banquier Jean-Albert Gumpelzhaimer, ancien correspondant à Paris de plusieurs banquiers européens ».

Federal Reserve : genèse

La Federal Reserve américaine (Fed) est née sous les mêmes auspices fallacieux d’une banque privée présentée comme une banque publique, à l’initiative de banquiers.

Créée à l’occasion d’une petite coterie composée de banquiers influents et d’hommes politiques à leur solde, on retrouve, à l’initiative de la Fed (sur l’île de Jekyll Island) : le sénateur Aldrich (qui entretenait des relations d’affaires avec J-P Morgan lequel était le beau-père de John D. Rockefeller fils), Abraham Piat Andrews (secrétaire assistant du Trésor américain, homme politique qui fut tout au long de sa carrière très influents dans les milieux bancaires), Frank Vanderlip (président de la National Bank of New-York, plus puissante banque américaine qui représentait les intérêts financiers de William Rockefeller et de la société d’investissement internationale Kuhn & Loeb and Company), Henry Davison (principal associé de J-P Morgan Company), Charles Norton (président de la First National Bank of New-York), Benjamin Strong (directeur général de la J. P. Morgan’s Bankers Trust Company, qui en devint PDG trois ans plus tard), et enfin Paul Warburg (allemand naturalisé américain, partenaire de la Kuhn & Loeb Company, il représentait également la dynastie bancaire Rothschild en Angleterre et en France).

L’idée d’une banque centrale a été vendue par les banquiers aux « autorités politiques » et surtout au public en mettant en avant les immenses services qui seraient rendus à l’État par cette « centralisation monétaire », par les banquiers. Ces banques centrales ont été présentées au public sous la forme de banque d’État alors que la détention capitalistique desdites banques restait dans des mains privées, les banquiers privés contrôlant désormais officiellement les émissions monétaires. Dès lors, les entités juridiques, de droit public, dénommées États se sont portées garantes des capitaux privés investis dans ces « banques centrales ».

Banque centrale de la Fédération de Russie : genèse

Nous avons, en Occident, peu d’informations disponibles sur la première banque centrale Russe (Banque d’État de l’empire Russe), créée le 31 mai 1860 par Ukase du tsar Alexandre II, et dont la mission semblait être d’accorder des prêts à court terme aux entreprises russes. Nous avons également assez peu d’informations sur la Banque d’État de l’URSS.

En revanche, nous disposons de davantage d’informations sur la Banque Centrale de la Fédération de Russie, fondée le 13 juillet 1990 à partir de la Banque de la République de Russie, émanation de la Banque d’État d’URSS. Cette banque fonctionne sur le modèle des banques centrales occidentales, elle :

  • Est le « régulateur du système bancaire russe » ;
  • Octroie des licences aux opérateurs bancaires ;
  • Définie les principes de gestion et les normes comptables applicables au secteur bancaire russe ;
  • Est prêteur de dernier recours des établissements financiers russes ;
  • Est responsable de la politique monétaire Russe, notamment par la fixation des taux d’intérêts interbancaires, sous la sérieuse réserve qu’elle
  • Est membre à part entière de la BRI, chargée d’élaborer les politiques monétaires qui seront suivie par ses membres.

Rappelons que la BRI est une entité privée dont le capital est composé d’actions appartenant, depuis le dernier élargissement de 2011, à 60 banques centrales. Ce capital est divisé en 600 000 actions, dont la moitié appartiennent aux banques centrales d’Allemagne, d’Angleterre, de Belgique, de France, d’Italie et des États-Unis d’Amérique, ou tout autre établissement financier de ce dernier État. Ce sont les gouverneurs de ces six banques centrales qui se partagent la direction de la BRI, avec les gouverneurs des banques centrales du Brésil, du Canada, de Chine, de l’Inde, du Japon, du Mexique, des Pays-Bas, de Suède et de Suisse, et le président de la Banque centrale européenne (BCE). Son capital, libellé en DTS, s’établissait, au 31 mars 2017, à 242,2 milliards de DTS/SDR (droits de tirage spéciaux ou Special Drawing Rights).

Rappelons au passage que les DTS sont, en tant que panier de monnaies, destinés à devenir la prochaine monnaie mondiale, lorsque le dollar US aura cédé sa place centrale. On ne saurait trop insister sur le fait que les DTS ne sont rien d’autre que la résurgence du Bancor que Keynes, en tant que porte-parole des banquiers de la City de Londres, voulait imposer au monde au moment des Accords de Bretton Woods.

La Banque centrale de la Fédération de Russie semble, depuis sa création, suivre une politique monétaire relativement constante consistant à limiter, pour ne pas dire à raréfier, l’offre de monnaie disponible. Cette politique monétaire a pour conséquence mécanique le fait que la Russie ne dispose pas d’une économie réellement indépendante, c’est-à-dire indépendante à la fois vis-à-vis de l’étranger et vis-à-vis de ses matières premières. Le 14 septembre 2018, la Banque Centrale vient une fois de plus de relever son taux directeur d’un quart de point pour le fixer à 7,5% (Relèvement intempestif du taux directeur). Cette politique monétaire restrictive est la raison précise pour laquelle la Russie n’arrive pas à devenir un réel acteur économique de poids à l’échelle mondiale.

Rappelons en effet que la Chine n’est devenue la puissance économique que nous constatons aujourd’hui qu’en raison du fait que les conglomérats financiers anglo-saxons lui avaient procuré les capacités de financement nécessaires en investissant massivement sur son territoire. Aujourd’hui, les capacités économiques acquises par la Chine lui permettent d’envisager de devenir son propre acteur économique et financier.

Je profite de cette petite digression pour signaler que la situation en occident est exactement inverse à celle que connaît la Russie. La stratégie occidentale des banquiers consiste à fournir une profusion de liquidité aux système bancaire et financier, ce qui a pour effet direct la création d’énormes bulles sur les actifs ; bulles destinées à éclater en appauvrissant les classes moyennes, ce qui augmente par voie de conséquence la concentration des richesses dans les mains de ceux qui ont organisé lesdites bulles. Pour préciser un peu le système : l’accroissement de l’offre de monnaie par prêts interposés a pour effet direct de faire monter artificiellement les prix des actifs par une multiplication artificielle des flux de transactions (due à la profusion de prêts disponibles). Après avoir organisé une profusion de liquidités sous forme de dettes et ainsi créé des « bulles spéculatives », les banquiers centraux estiment généralement nécessaire de réduire, de façon plus ou moins brutale, l’offre de liquidités, par une remontée des taux directeurs ; il en résulte une explosion des « bulles spéculatives », une baisse brutale des prix générant un appauvrissement généralisé mais permettant un rachat à vils prix des actifs dépréciés par les plus grands capitalistes. Ainsi la création de crises monétaires permet un accaparement des actifs dans les mains de ceux qui ont généré ces crises.

La politique monétaire appliquée par différentes banques centrales membres de la BRI s’inscrit dans le cadre du changement de paradigme monétaire international : c’est-à-dire du passage du dollar au DTS en tant que monnaie mondiale. L’appauvrissement économique des uns (Occident mené par les USA), la stagnation économique des autres (Russie) et l’enrichissement économique du troisième (Chine) a pour objectif de faire piloter et contrôler par les banquiers à la manœuvre le pourcentage de DTS qui sera in fine détenu par les différentes régions du monde.

À ce propos, permettez moi d’ajouter que la guerre économique menée actuellement par le président Trump s’inscrit parfaitement dans la démarche stratégique des banquiers centraux consistant à rééquilibrer les différentes zones géographiques. Il s’agit d’abattre ou de réduire la puissance économique américaine de sorte de réduire son poids dans les futurs DTS, et dans le gouvernement mondial des banquiers qui suivra immanquablement l’arrivée de la monnaie mondiale. Outre que cette guerre commerciale arrive à point pour cacher aux américains l’origine de leur perte de puissance économique, cette guerre est surtout utile pour organiser la diminution de la puissance économique américaine afin de limiter ses futurs droits dans les DTS.

La détermination de la politique monétaire mondiale par les banquiers centraux est, de façon mécanique, destinée à satisfaire l’insatiable appétit des personnes qui se cachent derrière les énormes et opaques conglomérats bancaires. Elle n’est destinée ni à rendre aux États et aux nations leur souveraineté politique, ni à remplir le rôle pour lequel le concept monétaire a été créé : celui de faciliter et fluidifier les échanges économiques.

BRI/BIS : genèse

Il est également intéressant de connaître les conditions dans lesquelles est née la BRI/BIS, officialisée à l’occasion du plan Young de 1930.

La BRI est la traduction institutionnelle d’un plan élaboré par un conglomérat d’intérêts bancaires et financiers : en 1920, John Foster Dulles (1888 – 1959 ; qui deviendra secrétaire d’État), représentant les intérêts de la Banque d’Angleterre et de J-P Morgan dans l’Europe d’après-guerre, rencontre Hjalmar Schacht (1877-1970) alors fonctionnaire subalterne auprès de l’autorité bancaire allemande créée par les alliés.

En mars 1922, Schacht fait part à John Foster Dulles d’un nouveau système financier international afin de financer l’Allemagne, prétendûment les réparations de guerre mais réellement la remilitarisation. Citons Schacht :

« Mon idée est que ce ne soit pas un emprunt d’État, mais un emprunt de compagnies privées. Je veux former, disons, quatre compagnies privées allemandes, et à chacune d’entre elles, le gouvernement allemand devra accorder le monopole des exportations en gros de produits tels que le charbon, la potasse, le sucre et le ciment. Chacune de ces compagnies contrôlera l’exportation d’un de ces produits. Le monopole devra être accordé pour 20 ans. Les producteurs nationaux devront leur remettre leur production. (…) Ces sociétés émettront des emprunts d’un montant total de 5 milliards de marks-or. (…) Comme le total des exportations des quatre peut être estimé à 500 millions de marks-or, le montant de l’emprunt sera remboursé en 10 ans. (…) L’emprunt que je propose (…) n’est basé sur aucun traité politique. (…) Le remboursement sera sous le contrôle, tout d’abord, d’industriels et d’hommes d’affaires appartenant aux rangs les plus élevés. »

Dulles fait suivre la lettre à Thomas W. Lamont, un associé de J.P. Morgan, et au cours des années qui suivent, l’essentiel de ce plan Schacht-Dulles-Morgan sera mis en œuvre. Voilà l’origine des cartels internationaux basés en Allemagne et dirigés par les Britanniques, qui furent créés dans les années 20.

Schacht lui-même sera nommé Commissaire à la monnaie nationale allemande en novembre 1923, et un mois plus tard, président de la Reichsbank.

Depuis 1919, John Foster Dulles était l’avocat de Richard Merton, fondateur du plus important de ces cartels, l’Interessen Gemeinschaft Farben (IG Farben). En 1924, il est choisi par J.P. Morgan pour mettre en œuvre le plan Dawes prévoyant la réorganisation, dans le cadre de négociations avec Schacht, du versement des réparations de guerre. En 1926, il deviendra directeur exécutif de Sullivan and Cromwell, le cabinet d’avocats de tous les cartels.

De 1926 à 1929, le plan Schacht-Dulles-Morgan débouche sur une série d’arrangements impliquant nombre des plus grandes sociétés britanniques, américaines et allemandes. Les deux principaux cartels sont le trust chimique IG Farben et le Cartel international de l’Acier, dont la création est redevable aux prêts étrangers d’un montant de 800 millions de dollars accordés dans le cadre du plan Dawes, en vue de cartelliser la chimie et la sidérurgie allemandes. Ces prêts sont gérés aux trois-quarts par trois firmes de Wall Street : Dillon, Read & Co ; Harris, Forbes & Co et National City.

L’extrême imbrication des banques dans la composition et la structuration des cartels, véritables conglomérats économiques

La genèse tant des grandes firmes américaines du début du XXème siècle (pétrole, rails…) que de la BRI laissent apparaître l’extrême imbrication des grandes banques d’affaires dans la création de cartels ; cette création a favorisé la discrète mais très efficace prise du pouvoir politique par le « fait économique ». Ce phénomène de prise de contrôle politique par les détenteurs du « fait économique » n’a pu se réaliser qu’à la faveur de l’anonymat des capitaux, lequel a permis la rupture entre pouvoir et responsabilité politique.

Je voudrais ajouter un élément ontologique fondamental : alors que le « fait politique » est historiquement issu de sociétés sédentaires, le « fait économique », et l’anonymat des capitaux qui le véhicule, relève fondamentalement du fonctionnement de sociétés nomades.

La lutte actuelle entre « fait politique » et « fait économique » est, de façon structurelle, un conflit entre « Société sédentaire » et « Société nomade ».

Cartel IG Farben : historique

L’histoire du cartel IG Farben est très intéressante, on y trouve une très étroite imbrication des intérêts allemands et anglo-saxons. Ce cartel est également associé à « l’ordre économique nouveau », ancêtre du « Nouvel Ordre Mondial », recherché par l’Allemagne nazie.

En 1925, IG Farben regroupe six des plus gros producteurs chimiques allemands. En août 1927, Standard Oil conclura avec lui un programme conjoint de recherche et développement sur l’hydrogénation (production d’essence à partir du charbon), procédé découvert par un chercheur allemand en 1909. En 1928, Henry Ford fusionnera ses actifs allemands avec ceux d’IG Farben. Le 9 novembre 1929, un cartel pétrochimique international sera créé suite au mariage d’IG Farben avec les Britanniques ICI et Shell Oil, et les Américains Standard Oil et Dupont.

C’est l’accord entre Standard Oil et IG Farben qui constitue le pilier du cartel.

Premièrement, Standard Oil se voit accorder la moitié de tous les droits concernant le procédé d’hydrogénation pour tous pays sauf l’Allemagne. Deuxièmement, Standard Oil et IG Farben se mettent d’accord pour « ne jamais se concurrencer l’un l’autre dans les secteurs de la production chimique et de la production pétrolière. Désormais, si Standard Oil souhaitait entrer dans le domaine des produits chimiques industriels ou des médicaments, ce ne serait possible qu’en partenariat avec Farben. En retour, Farben s’engageait à ne jamais pénétrer le secteur du pétrole sauf en association avec Standard ».

Lorsqu’éclate la Deuxième Guerre mondiale, IG Farben a passé des accords de cartel avec 2000 sociétés dans le monde, dont Ford Motor Co., Alcoa, General Motors, Texaco et Procter et Gamble, pour n’en citer que quelques-unes.

IG Farben a été dissoute par décret en 1950 et démantelé en 12 entités dont les principales sont : Bayer, BASF, Agfa, Hoechst et Dynamit Nobel…

Notons que BASF, Bayer et Agfa composaient, à la fin de la 1ère GM, la « petite IG » qui avait fusionné avec Hoechst et 2 autres sociétés pour faciliter et accélérer le retour d’IG Farben sur la scène mondiale. Avant et après les guerres, on retrouve finalement toujours les mêmes… IG Farben a donc été démantelé au profit des entités qui s’étaient alliées pour sa création… Une sorte de « démantèlement pour rire », un simili démantèlement destiné à calmer le public et les quelques personnes opposées aux cartels.

Bayer et IG Farben étaient étroitement impliquées du point de vue capitalistique (Bayer étant une filiale d’IG Farben). Or, Bayer a notamment pour « faits d’armes », d’avoir utilisé des cobayes humains trouvés dans les camps de concentration pour faire in vivo des expériences médicales : « Sous le régime nazi, Bayer, filiale du consortium chimique IG Farben, procéda en effet à des expériences médicales sur des déportés, qu’elle se procurait dans les camps de concentration en particulier. » Les camps de concentration eux-mêmes étaient des sites industriels appartenant aux géants pharmaco-chimiques de l’époque.

Il n’a échappé à personne que la même Bayer a, en 2016, racheté Monsanto pour la modique somme de 66 milliards de dollars (59 milliards d’euros), qui a, notamment commercialisé, entre autres vilénies, l’Agent Orange (avec 6 autres entreprises productrices, dont Dow Chemical), dont l’herbicide commercialisé sous la marque « Roundup » est un dérivé.

L’agent orange est à l’origine du concept de tératologie utilisé comme arme de guerre : le génome humain est irrémédiablement corrompu par les effets de l’agent orange sans que l’être vivant en résultant devienne pour autant stérile.

Aujourd’hui, Monsanto et les autres firmes pharmaco-chimiques sont très investies dans la commercialisation des produits OGM. Pour contourner et anticiper les futures règlementations en la matière, ces firmes se mobilisent aujourd’hui sur les recherches concernant les ARN messagers, qui sont des copies transitoires d’une portion de l’ADN correspondant à un ou plusieurs gènes. Il s’agira de diffuser non plus des OGM mais des ARN messagers permettant de modifier la substance vitale des plantes ; cette diffusion massive se fera au moyen de vaporisation généralisée d’ARN messagers sur les champs.

Ces entreprises ne sont jamais à court ni d’argent ni d’idées pour expérimenter de nouveaux procédés toxiques en grandeur nature sans aucun garde-fou. Aucune règlementation ne peut être opposées à ces conglomérats par des États structurellement mis en position d’inféodation économique et juridique par des organismes supranationaux tels que les instances européennes, l’OMC, l’OCDE…

Cartel de l’acier : à l’origine du projet États-Unis d’Europe et de ce qui deviendra les institutions de l’actuelle Union Européenne

En 1926, le Cartel international de l’Acier ouvre ses bureaux au Luxembourg. Il servira de véritable « gendarme privé » du commerce mondial de l’acier de 1926 à 1939. Sa composante allemande, qui regroupe les quatre plus gros producteurs d’acier nationaux, s’appelle Vereinigte Stahlwerke. Ce groupe recevra 100 millions de dollars de la part d’investisseurs privés aux États-Unis. Dillon, Read & Co., la société de placement new-yorkaise de Clarence Dillon, James V. Forrestal et William H. Draper, Jr., s’est occupée de l’émission des obligations.

Lors de la signature du premier accord international, le 30 septembre 1926, tous les sponsors du cartel se vantent de ce que le premier pas vers la formation « des États-Unis économiques de l’Europe » vient d’être franchi. Douze ans plus tard, près de 90 % du fer et de l’acier commercialisé au niveau international est sous le contrôle du Cartel de l’Acier. Outre l’Allemagne qui le dirige, l’Autriche, la Pologne, la Tchécoslovaquie, le Royaume Uni et les États-Unis en font partie, même s’il est interdit aux compagnies américaines, U.S. Steel, Bethlehem et Republic, de signer les accords formels, sous peine de violer les lois anti-trust américaines.

En 1919, trois producteurs allemands de lampes électriques, Siemens & Halske, AEG et Auergesellschaft, avaient formé une nouvelle société dénommée Osram, pour tenter de regagner les biens et les marchés perdus à l’étranger. AEG était en grande partie contrôlé par General Electric et des liens similaires existaient entre toutes les autres entreprises du même genre en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis. En 1924, afin de prévenir toute concurrence extérieure, Osram propose la création en Suisse d’une société dénommée Phoebus, qui appartiendrait à toutes les compagnies du cartel et serait dirigée conjointement par elles. En juillet 1929, Osram et la filiale de General Electric pour l’étranger, International General Electric, créent un « partenariat pour tout temps ». À partir de 1929, les relations entre Osram et International General Electric se développeront suivant le même modèle que celles entre IG Farben et ses partenaires étrangers. Pendant les années 20, quatre cinquièmes de l’industrie allemande étaient encore regroupés dans des cartels.

Le cartel de la métallurgie étant à l’origine des institutions européennes (qui a en effet débuté avec la CECA), il ne faut pas s’étonner que les instances bureaucratiques de l’Union dite Européenne cherchent à sauver les institutions jumelles de l’OMC qui œuvrent à imposer et pérenniser le libre-échange au niveau mondial.

Tous ces cartels, financés par les conglomérats bancaires, plongent la civilisation entière, et tout ce qui vit sur terre, dans un espace inconnu de monstruosité humaine et inhumaine (Voir aussi à ce sujet les récents développements sur ce que fut la guerre américaine en Corée : un vaste champ expérimental pour des expériences chimiques et biologiques de grande envergure).

Étant donné l’énorme explosion, aussi bien quantitative que qualitative, des découvertes actuelles, la question qui se pose est de savoir s’il faut vraiment laisser aux banquiers et aux conglomérats économiques qu’ils ont créé, le monopole de ces découvertes, alors que ces derniers ont largement fait leur preuve en matière de nuisance sociale et civilisationnelle (pour ceux qui en douteraient, je les invite à visionner certaines conférences du Dr. Rath, en particulier celle-ci).

Réponse à la question : « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit »

L’État tel qu’actuellement conçu est entièrement dominé par le système bancaire, or « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit » (Napoléon)

De façon fonctionnelle, l’État n’a, sans les banques, aucun moyen financier propre pour atteindre les objectifs étatiques qu’il se fixe. En abandonnant dans des mains privées sa fonction régalienne de battre monnaie, l’État s’est volontairement placé dans une position d’infériorité par rapport aux détenteurs du « fait économique ».

Or, les banquiers ne recherchent pas l’intérêt commun aux citoyens, ce qui est le rôle de l’État en tant qu’entité politique, ils recherchent le développement de leur intérêt privé, qui est de nature catégorielle ; cet intérêt privé consiste aujourd’hui à asseoir leur domination politique par l’élaboration d’un gouvernement mondial qu’ils contrôleraient définitivement.

L’abandon volontaire, par l’État, de la gestion monétaire a pour conséquence directe de priver l’État de toute substance politique. L’État est devenu un simple outil de pouvoir aux mains des banquiers anonymes. Le système financier mondial est piloté par les principaux banquiers qui œuvrent à la City, qui contrôlent la grande majorité des banques centrales et des paradis fiscaux de la planète.

Entre les mains des banquiers, la monnaie est devenue un bien matériel qu’ils ont accaparé. En effet, la monnaie aujourd’hui, largement considérée comme un simple « actif », a perdu sa valeur comptable neutre « d’actif-passif ». En falsifiant le concept juridique et comptable de monnaie, les banquiers ont pu corrompre les systèmes politiques, et les hommes qui les incarnent, de façon à dominer le « fait politique ».

Cette appropriation du phénomène politique par les principaux propriétaires d’organismes bancaires s’est produite par le biais du contrôle intégral du phénomène économique par lesdits « banquiers » (propriétaires des grandes banques). Ce contrôle s’est réalisé par deux moyens principaux, le contrôle des monnaies, via les banques centrales, et l’anonymat des capitaux.

L’anonymat a permis aux banquiers d’organiser un accaparement discret des biens tangibles de cette terre, sans soulever la juste indignation que n’aurait pas manqué de faire une appropriation ouverte par quelques personnes, aussi violente eut elle été.

Le contrôle des masses monétaires en circulation a permis le contrôle, par corruption, du phénomène politique et le développement des moyens légaux d’appropriation discrète des biens. C’est ainsi que les États ont eux-mêmes organisé l’anonymat des capitaux qui permet aux propriétaires contrôlant les grandes banques de rester anonymes.

Ce système favorise et rend possible le phénomène d’accaparement généralisé des biens par une combinaison de moyens légaux assumés (lobbying, optimisation fiscale, fusion-acquisition, jeux sur les taux d’intérêts directeurs…) et de moyens légaux détournés, qui relèvent d’un consensus international officieux, tels que les Paradis fiscaux.

L’existence des banques centrales a pour effet mécanique de rendre obsolète la notion de « politique ». Les hommes politiques et les États deviennent, par le fait des banques centrales, une simple émanation des intérêts catégoriels des grands banquiers qui règnent sans partage et sans contrepouvoirs sur le monde.

Il serait temps que les populations et les hommes politiques prennent conscience de cet énorme pouvoir que les banquiers se sont octroyé et y mettent un terme. Il n’existe de pouvoir politique que monétairement souverain, la présence des banques centrales est un empêchement dirimant à l’exercice du « pouvoir » par des hommes « politiques ».

La domination des États par les banques n’est pas inéluctable

« Ce que la main de l’homme a fait, l’homme peut le défaire », mais il y a des conditions à ça : une condition de forme et des conditions de fond.

La première condition : réaliser une prise de conscience de la disparition du phénomène politique

La première condition, de forme, est une condition sine qua non : elle est que les ressortissants des États prennent conscience de leur entière dépossession du phénomène politique. Ce qui signifie qu’ils devront politiquement s’organiser de façon à se donner les moyens concrets de reprendre le contrôle de leur destin collectif.

Le seul remède à la disparition du concept politique est de rendre à César ce qui appartient à César : c’est-à-dire d’en finir avec la rupture de symétrie, organisée par les banquiers, entre pouvoir et responsabilité. Cela nécessite d’abandonner l’organisation étatique autour des deux principes que sont 1°) la séparation des pouvoirs et 2°) le parlementarisme à l’Anglaise, qui suppose un mandat représentatif des élus.

La seconde condition : réhabiliter le concept de « droit » et abandonner corrélativement les principes juridiques anglo-saxons

La seconde condition est liée à la validité et à la viabilité sur la durée de la reprise en main du phénomène politique par les ressortissants des États. Il faudra, impérativement à peine d’ineffectivité de la reprise en main politique, réhabiliter le concept même de « droit » de façon à rendre ce dernier compatible avec l’existence d’une civilisation. Techniquement parlant, il faudra revenir aux concepts juridiques issues du droit continental et, corrélativement, abandonner le droit du plus fort qui prend la forme de la réglementation à la façon anglo-saxonne.

Nous sommes, sur le continent européen, en cours d’abandon définitif de notre droit continental traditionnel issu du droit romain, lui-même modelé et repris au fil des siècles par des préceptes de droit canon, au profit du droit anglais dominé par le principe de la loi du plus fort.

La « common law » anglaise est un système juridique dont les règles sont principalement édictées par les tribunaux au fur et à mesure des décisions individuelles ; ces décisions, ne concernaient, à l’origine, que les seigneurs c’est-à-dire la caste dominante. Si l’on parle du droit anglais, il faut aussi parler du système de « l’Equity »  selon lequel le « prince », c’est-à-dire au début le Roi puis le Chancelier, se sont accordés le droit de juger en fonction de préceptes moraux les cas qui n’étaient pas abordés par la « common law ». Les principes de « l’Equity » ainsi conçu ne méconnaissent pas la « common law », ils s’y adaptent.

Tout cet arsenal juridique anglo-saxon a pris une ampleur considérable en même temps que se développait le commerce maritime, lequel commerce a toujours été contrôlé par les banquiers commerçants qui ont leur quartier général à la City de Londres.

Ce qui est resté constant est que le système juridique anglais est essentiellement conçu par et pour la caste dominante : les tenanciers du système économique, essentiellement les banquiers ont, à partir de la période des Grandes Découvertes, succédé aux seigneurs qui régnaient par les armes.

Alors que le droit anglais est un droit édicté par et pour les tenanciers du commerce international, le droit continental traditionnel est un droit de régulation fait pour organiser la « vie de la Cité ». Ce droit continental, actuellement en voie d’extinction, répondait à des règles strictes conçues autour de la personne humaine comprise comme une partie d’un tout formé par la collectivité. Le droit des gens lui-même, qui était (assez grossièrement) la partie du droit romain qui organisait les peuples vaincus, était conçu autour des idées centrales de la personne et de l’organisation de la vie en commun.

La supériorité du droit continental sur le droit anglo-saxon provient non seulement de son expérience historique mais aussi et surtout de sa vocation : il est globalement, contrairement au droit anglo-saxon, mis au service de la collectivité et non à celui de quelques élites auto-proclamées, qui ont usurpé leur pouvoir par des moyens déloyaux en organisant leur anonymat.

La question de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon

Revenons un instant sur la question, très sensible actuellement, de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon.

Cette extraterritorialité se décline de deux façons différentes et successives, c’est-à-dire qu’elle prend deux formes bien distinctes. D’une part, la généralisation de l’implantation du système juridique anglais sur tous les continents et, d’autre part, le recours par le pouvoir américain à des sanctions pécuniaires contre les entreprises.

De ces deux formes, seule la seconde, qui se traduit par des sanctions financières en provenance des États-Unis, apparaît dans les radars médiatiques et juridiques alors que la première forme est, de loin, la plus dangereuse pour les libertés publiques et pour le concept même de civilisation.

L’exportation abusive du système juridique anglais sur tous les continents

La première occurrence de l’extraterritorialité du droit anglais se décline de deux façons. Elle relève, pour les banquiers de la City :

  • De leur volonté hégémonique : ils veulent conserver à leur strict avantage le contrôle de l’argent circulant dans tous les paradis fiscaux. Concrètement, il s’agit d’imposer le trust comme forme unique d’anonymat afin de supprimer tous les paradis fiscaux fondés sur les comptes numérotés qui échappaient aux banquiers de la City ; d’où la guerre sans merci lancée à la fin des années 2000 contre les « paradis fiscaux », qui n’a été qu’une guerre de la City contre les sites d’évasion fiscale qu’ils ne contrôlaient pas, en premier lieu la Suisse ;
  • De la « nécessité », pour les grandes banques opérant à la City, d’adapter les systèmes juridiques étrangers de sorte que ces derniers puissent adopter les nouveaux produits issus de la finance dérégulée. L’objectif est de permettre la circulation des produits financiers dérivés ou synthétiques, économiquement toxiques, au niveau mondial.

Cette forme d’extraterritorialité se matérialise par la nécessité d’adapter les systèmes de droit afin de les rendre compatibles avec le « droit anglais ».

Dans cette première occurrence de l’extraterritorialité du droit anglais, il s’agit, par exemple, d’importer des concepts comme le trust – partiellement traduit en « fiducie » par le droit français – comme la « propriété économique », comme la « titrisation » via les fonds communs de créances (« special purpose vehicule »).

Signalons au passage qu’à l’occasion de cette transformation du droit continental, les créances deviennent sujettes à appropriation, elles passent donc du statut juridique de « droit personnel » à celui de « droit réel » ! Ce glissement n’est pas anodin car il suppose une réification des relations humaines ; on se rapproche ainsi insidieusement et dangereusement d’un système légal d’esclavagisme, dans lequel l’individu est considéré comme un « bien » pour les juristes, une « marchandise » dans le langage des économistes.

C’est également cette transformation du droit continental qui a, via l’intrusion discrète du concept de « propriété économique », rendu possible la transformation monétaire : de « neutre » (la neutralité étant matérialisée par sa nature comptable « d’actif-passif ») la monnaie est peu à peu devenue un simple « actif » comptable.

Il s’agit également d’uniformiser les normes comptables internationales sur le modèle anglo-saxon des IFRS ; lesquelles normes sont édictées par des organismes pilotés par les grandes multinationales cachées derrière des organismes qui siègent dans des paradis fiscaux. C’est ainsi que disparaissent les règles de l’ancienne comptabilité nationale au profit des principes anglo-saxons.

Cette première forme d’extraterritorialité consiste à éliminer, progressivement, les systèmes de droits qui ne sont pas compatibles avec le droit anglais. C’est ainsi que peu à peu, disparaît le droit commun français issu du Code civil pour être remplacé par les principes commerciaux qui sont le fondement même du « droit » anglo-saxon.

Le recours, par les instances américaines, à des sanctions pécuniaires contre les entreprises

La seconde occurrence de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon est davantage connue et surtout davantage dénoncée à grand renfort de médias.

Il s’agit des sanctions financières imposées par les instances politiques et juridiques américaines à toute entreprise utilisant soit le dollar soit un quelconque composant d’origine américaine dans leur processus de fabrication ou dans leur fonctionnement.

Cette forme d’extraterritorialité sanctionne essentiellement les multinationales, bancaires ou non, étrangères aux États-Unis. Les multinationales, ainsi prises à partie, ont très rapidement mobilisé les pouvoirs publics et les médias pour dénoncer ces pratiques prédatrices du pouvoir américain, réussissant à mobiliser un large public contre la puissance économique déclinante de l’Amérique. En conséquence, l’extraterritorialité du droit formalisée par les sanctions économiques est la seule forme d’extraterritorialité dénoncée par les médias et donc connue du public.

Or, il faut comprendre que, fondamentalement, cette seconde forme d’extraterritorialité n’est ni la plus grave, ni la plus définitive et qu’elle ne concerne, globalement que les bilans des multinationales, à l’inverse de la première forme d’extraterritorialité qui suppose une véritable révolution d’ordre tectonique dans l’organisation des peuples. C’est la première forme d’extraterritorialité qui attaque en profondeur le mode de vie et la sécurité juridique des ressortissants d’un État, elle tend, par exemple en France à faire disparaître le principe même de la propriété privée et à transformer la monnaie en propriété bancaire. La première forme de l’extraterritorialité met, fondamentalement, en danger l’organisation sociale issu du mode de vie sédentaire au profit du nomadisme.

Par ricochet, l’extraterritorialité qui prend la forme de sanction financières des multinationales vient renforcer la première forme d’extraterritorialité depuis que les États sont devenus de simples émanations des multinationales. Les ponctions sur les budgets étatiques pour renflouer les bilans déficitaires des conglomérats financiers ont pour corolaire de substantielles augmentations d’impôts et diminutions de services publics ; il en résulte un appauvrissement des ressortissants des États qui va jusqu’à porter atteinte à la capacité des individus de devenir propriétaires (notamment de leur logement).

En ce sens, les deux occurrences de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon se renforcent l’une l’autre pour aboutir à la perte totale et définitive de contrôle des individus sur les éléments essentiels de leur vie, pour réinstaurer le principe de l’esclavage au niveau légal.

CONCLUSION

Les techniques de contrôle monétaire sont parfaitement rodées et mises en application par les grands banquiers au moyen des banques centrales qui ont-elles-mêmes organisé, au niveau mondial, leur anonymat et le secret de leurs affaires.

En contrôlant l’affectation des ressources monétaires, les banquiers décident réellement qui sera « riche » et qui sera « pauvre », aussi bien au niveau des individus et des entreprises (microéconomie), que des groupes socio-économiques, des États et même, plus largement, des zones géographiques (macroéconomie).

Dans ce contexte, la création de richesses devient artificielle, elle est pilotée par les banquiers et ne remplit qu’un seul objectif : satisfaire leur insatiable soif de pouvoir et mener le monde vers un « gouvernement mondial » qu’ils contrôleront définitivement de façon absolue et officielle, ce qui leur manquait jusqu’ici. Le modèle sédentaire cèdera alors définitivement la place au modèle nomade.

Valérie Bugault est Docteur en droit, ancienne avocate fiscaliste, analyste de géopolitique juridique et économique

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-presence-dune-banque-centrale-est-elle-compatible-avec-la-souverainete-etatique

Faites ce que je dis, pas ce que je fais !

Faites ce que je dis, pas ce que je fais !


« Les faits menacent ceux qui investissent dans la fraude » DaShanne Stokes


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Kenneth Lay, PDG d’Enron qui a fait une faillite retentissante en 2001, après des malversations comptables.

Tyler DurdenPar Jim Quinn – Le 27 septembre 2018 – Source Zero Hedge via The Burning Platform,

Selon TrimTabs Investment Research, les initiés des sociétés américaines ont vendu 5,7 milliards de dollars de leurs actions d’entreprises ce mois-ci, soit le plus haut niveau enregistré au cours de la dernière décennie. Les initiés, qui comprennent des dirigeants et des administrateurs, avaient vendu plus de 10 milliards de dollars de leurs actions en août, également au rythme le plus rapide depuis 10 ans.

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Montant des ventes d’actions des grandes entreprises US par leurs dirigeants

Avec un marché boursier au plus haut selon toutes les mesures historiques les plus précises, sortant de l’épure, il est logique que les initiés bien informés vendent beaucoup. Bien sûr, s’ils s’attendaient à ce que les bénéfices de leurs entreprises augmentent parce que Trump dit que nous avons la meilleure économie de l’histoire des US, pourquoi vendraient-ils ?

Quand ces PDG superstar, éduqués dans l’Ivy League [gratin des universités US], vont sur CNBC, Bloomberg et Fox pour vanter leurs sociétés et répondre à des questions émoussées posées par des bimbos aux seins avantageux, déguisées en journalistes, ils prédisent un avenir glorieux et déclarent leurs actions sous-évaluées. Achetez, achetez, achetez. Ils racontent leurs boniments, mais agissent autrement. Ils agissent, avec leurs propres fonds, à l’opposé de ce qu’ils font avec l’argent des actionnaires. Parmi les dirigeants d’entreprise, l’éthique n’a jamais été l’une des caractéristiques requises. Mentir avec aplomb est la clé pour être un PDG prospère dans le monde amoral déformé d’aujourd’hui.

Pendant que les chefs d’entreprise des plus grandes sociétés publiques américaines se débarrassaient de leurs propres actions comme s’il n’y avait pas de lendemain, ils autorisaient des rachats d’actions, par leurs sociétés, pour un montant inimaginable de 827,4 milliards de dollars en 2018, un record pour une année, selon TrimTabs. En termes annuels, ces dirigeants feront racheter, par leurs entreprises, plus de 1 200 milliards au moment où les actions atteignent des sommets inégalés. En revanche, en 2009, alors qu’ils auraient pu acheter leurs actions à leur plus bas niveau depuis 10 ans, ils ont racheté moins de 100 milliards de dollars. Acheter haut et vendre bas. Comment peuvent-ils se tromper ainsi ?

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Explosion du rachat de leurs actions par les entreprises

Ces financiers sans scrupules savent exactement ce qu’ils font. La rémunération des dirigeants d’entreprise étant principalement basée sur la valeur des actions, ils sont fortement incités à augmenter leurs bénéfices par action en réduisant le nombre d’actions. C’est tellement plus facile que d’investir de l’argent dans de nouvelles installations pour accroître les profits à long terme. Tout ce qui compte pour ces salopards avides, c’est de dépasser les prévisions de gains du trimestre prochain pour augmenter le prix des actions et s’enrichir. Le prix de l’action est tout ce qui compte.

Lorsque vous entendez dire que les liquidités des bilans d’entreprise n’ont jamais été aussi élevées, prenez-çà avec le dos de la cuillère. Les bilans des entreprises n’ont jamais été aussi endettés. Les neuf années de taux d’intérêt nul de la Fed ont incité ces PDG avides à s’endetter pour racheter leurs actions. Et avec Trump réduisant les taux d’imposition des sociétés de 35% à 21%, les bénéfices excédentaires censés entraîner des embauches et de nouveaux investissements massifs en capital ont été principalement utilisés pour racheter des actions, ce qui n’ajoute aucune valeur à la nation ou à l’économie. Bien sûr, cela profite probablement aux restaurants les plus chers de New York et aux agents immobiliers dans les Hamptons, mais ne fait pas grand chose pour les déplorables dans les zones déshéritées.

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Les rachats d’actions augmentent plus que les investissements

Le fait est que ces dirigeants d’entreprise savent que le jeu touche à sa fin et ils retirent personnellement leurs billes, tout en jouant avec celles des actionnaires, car il n’y a aucun inconvénient personnel pour ces bâtards visqueux. Lorsque le crash surviendra « soudainement », ils plaideront l’ignorance. Comment auraient-ils pu savoir ? Ils mentiront comme des arracheurs de dents en demandant une autre aide aux contribuables et des aides massives en liquidité à la Fed. La chanson reste la même. Et la musique continue de jouer. Vous pouvez faire ce qu’ils disent ou faire ce qu’ils font. Libre à vous.

2018-09-27_5-13-59« Quand la musique s’arrêtera, en termes de liquidité, les choses seront compliquées. Mais tant que la musique joue, il faut se lever et danser. Nous continuons à danser. » – Chuck Prince – PDG de Citicorp, 2007

 

Jim Quinn

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francphone

 

http://lesakerfrancophone.fr/faites-ce-que-je-dis-pas-ce-que-je-fais

 

Brexit : selon le Financial Times, la place de Paris est en train de gagner

Brexit : selon le Financial Times, la place de Paris est en train de gagner

Par Estelle Nguyen  |   |  772  mots
Pour le Financial Times, la capitale française sera la grande gagnante de la course à la relocalisation des activités des banques en vue de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne fin mars 2019.
Pour le « Financial Times », la capitale française sera la grande gagnante de la course à la relocalisation des activités des banques en vue de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne fin mars 2019. (Crédits : Yves Herman)
Alors que les géants de la finance accélèrent les préparatifs en vue de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, la place parisienne a déjà remporté l’adhésion de plusieurs grandes banques, notamment américaines: de quoi se placer comme la première place de trading européenne post-Brexit, selon le quotidien britannique.

Ce n’est ni Bercy ni Paris Europlace, l’association de promotion de la place, qui le disent, mais le Financial Times. La bible de la City affirme dans son édition du lundi 1er octobre que « Paris est en passe de triompher comme le hub de trading en Europe post-Brexit». Le quotidien financier britannique estime que la capitale française ressortirait en effet comme la grande gagnante de la course à la relocalisation des activités des banques en vue de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne fin mars 2019.

« Si vous demandez à la plupart des personnes du secteur, le choix numéro un est Paris », selon le patron d’une grande banque d’investissement qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat auprès du FT. Il ajoute même que le coût du travail est désormais aussi bas qu’au Royaume-Uni.

Le Financial Times affirme que le gigantesque gestionnaire d’actifs américain BlackRock ainsi que JP Morgan Chase, la plus grande banque américaine en termes d’actifs, rejoindraient prochainement Bank of America et Citigroup qui ont déjà fait ce choix. Le mois dernier, le numéro un mondial de la gestion d’actifs et des fonds indiciels, qui a été fortement courtisé par les autorités françaises, a annoncé avoir reçu le feu vert de l’Autorité des marchés financiers (AMF) pour créer une société de gestion alternative en France, où il a déjà des bureaux. Selon le Financial Times, qui cite des officiels, 70 sociétés de gestion d’actifs, grandes et petites, ont demandé une licence pour opérer depuis Paris.

L’effet Macron

Devançant Francfort, qui faisait jusqu’ici office de favori pour accueillir le plus grand nombre d’emplois dans la finance en provenance de Londres, et Dublin, envisagé comme une première option naturelle, de par sa proximité linguistique et géographique, Paris gagnerait « une récompense précieuse, en raison des emplois et des taxes » que rapportent les activités de courtage. La capitale française avait déjà marqué des points lorsqu’elle avait été choisie en novembre 2017 pour accueillir le siège de l’Autorité bancaire européenne (EBA), qui a choisi de s’installer dans le quartier de La Défense.

Si Paris apparaît désormais comme la place financière la plus prisée pour les relocalisations, c’est grâce à « la sophistication des régulateurs français » mais aussi parce que les patrons des grandes banques auraient plutôt vu d’un bon œil l’élection d’Emmanuel Macron et de sa politique favorable aux entreprises, selon Christian Noyer, cité par le Financial Times. L’ancien gouverneur de la Banque de France estime que l’« effet Macron » aurait permis de faire pencher la balance du côté de la place financière de Paris, qui s’était lancée dans une vaste opération séduction.

« Je recueille plusieurs remarques dans le secteur financier. Ils me disent: « Nous avons un problème que nous n’arrivons pas à résoudre ». Lorsque je me tourne vers le gouvernement, ils répondent : « Trouvons une solution ». Et cette réaction vient de Macron lui-même », raconte au quotidien britannique Christian Noyer, chargé de faire campagne pour Paris dans le secteur de la finance.

Plusieurs grands établissements ont déjà affirmé leur préférence pour Paris comme place financière européenne alternative à la City de Londres après le Brexit.

En mars dernier, les Echos a révélé que la banque d’investissement américaine Morgan Stanley, qui emploie actuellement 120 banquiers à Paris, prévoyait d’accroître ses effectifs, avec environ 80 postes supplémentaires (créés ou transférés à Paris), tandis qu’en juin, Goldman Sachs a annoncé qu’il comptait transférer « plusieurs dizaines de banquiers » à Paris, où il emploie une centaine de personnes. Bank of America Merrill Lynch, Wells Fargo, Citi et JP Morgan ont également vanté les mérites de la ville et du pays depuis l’élection d’Emmanuel Macron.

Lire aussi : Brexit : Bank of America choisit une pointure pour diriger Paris

HSBC, qui souhaite également anticiper les effets du Brexit, avait annoncé début août dans un communiqué qu’il avait décidé de rattacher ses activités européennes à sa filiale française (avec le transfert du contrôle de sept succursales européennes), qui devrait ainsi voir croître son bilan de près de 13 milliards d’euros d’ici à 2019. Cependant, la première banque européenne, qui avait promis de transférer 1.000 emplois à Paris avant un changement de management, n’a pour l’instant rien annoncé de concret de grande ampleur et n’a réalisé que quelques recrutements.

Lire aussi : Brexit : 2 ans après, où en sont les relocalisations vers Paris ?

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/brexit-selon-le-financial-times-la-place-de-paris-est-en-train-de-gagner-792305.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20181002

Les Libyens veulent reprendre la main sur leurs investissements en Afrique

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Les Libyens veulent reprendre la main sur leurs investissements en Afrique

Malgré le chaos politique et sécuritaire dans leur pays, les dirigeants officiels de la Libyan Investment Authority se démènent pour restructurer et redynamiser les actifs du fonds souverain sur le continent.

C’est le leitmotiv de Hassan Bouhadi depuis quelques mois : reprendre la main sur les nombreux investissements réalisés par le fonds souverain libyen en Afrique durant le règne de Mouammar Kadhafi et qui, depuis la chute de ce dernier, sont en souffrance ou repris par certains États. Nommé en octobre 2014 à la tête de la Libyan Investment Authority (LIA) par le gouvernement de Tobrouk, reconnu par la communauté internationale mais dont le mandat a expiré le 20 octobre dernier, il est contesté par le gouvernement de Tripoli. Actuellement basé à Malte pour des raisons de sécurité, cet ingénieur formé à Londres est, selon son entourage, déterminé et prêt à prendre toutes les mesures nécessaires pour recouvrer les avoirs libyens.

Alors qu’une grande partie de l’ensemble des actifs détenus par la LIA, valorisés à 67 milliards de dollars (62,4 milliards d’euros), sont encore sous sanction, gelés par les Nations unies, les dirigeants du fonds assurent que ceux situés sur le continent sont toujours opérationnels. Les équipes de toutes ses filiales actives en Afrique sont ainsi mobilisées avec pour objectif de « revoir leur approche et de faire en sorte que leurs investissements soient gérés le plus efficacement possible », nous indique-t-on dans l’entourage de Hassan Bouhadi. Alors que la Libye semble plongée dans le chaos politique et sécuritaire, Jeune Afrique fait le point sur ce que deviennent les investissements de son fonds souverain sur le continent, dans quatre secteurs-clés.

Télécoms

C’est notamment dans ce secteur que la LIA a récemment mené l’offensive. En juillet, elle a lancé des actions contre quatre pays africains – le Rwanda, le Tchad, la Zambie et le Niger – qui ont nationalisé ses filiales dans les télécoms. « Des procédures sont en cours », nous confie sans plus de détails une source proche du dossier qui soutient que ces procédures ont été soit lancées auprès de la justice des pays concernés, soit ouvertes sous forme de programmes de règlement de contentieux.

D’après nos informations, au Niger, le différend porte sur la reprise de la Société nigérienne des télécommunications (Sonitel) par l’opérateur libyen LAP GreenN et pour laquelle un accord avait été conclu en janvier 2011. La Libye devait payer un bonus de 31 milliards de F CFA (environ 47,3 millions d’euros) au Niger dans les quarante-cinq jours suivant la signature de l’accord et mettre en place un programme d’investissement de 55 milliards de F CFA sur cinq ans.

Faisel Gergab, le président de LPTIC s’est rendu en Côte d’Ivoire pour régler une partie – 20 % – des dettes de l’opérateur, qui avoisinent en tout 9 milliards de F CFA

Mais, en février, le soulèvement contre le régime de Kadhafi a empêché la Libye de tenir ses engagements, obligeant le Niger à reprendre le contrôle de la société. « Aujourd’hui, les Libyens mettent en avant un cas de force majeure, comme le prévoit une clause de l’accord conclu en janvier 2011, pour réclamer la reprise de Sonitel », nous explique un conseiller à la présidence du Niger, qui avait participé aux négociations.

Depuis quelques mois, la LIA tente de relancer l’opérateur de téléphonie mobile LAP GreenN, aujourd’hui actif dans trois pays. En août, elle a ainsi cédé les actions détenues dans cette entreprise par sa filiale Libya Africa Investment Portfolio (LAP) à la Société libyenne des postes, des télécommunications et des technologies de l’information (LPTIC). Fin septembre, par exemple, Faisel Gergab, le président de LPTIC et par ailleurs membre du comité de direction de la LIA mené par Hassan Bouhadi, s’est rendu en Côte d’Ivoire pour régler une partie – 20 % – des dettes de l’opérateur, qui avoisinent en tout 9 milliards de F CFA.

LAP GreenN, qui, pénalisé par les troubles politiques en Libye, n’a pas pu passer à la 3G en Côte d’Ivoire, cherche ainsi à se mettre en règle vis-à-vis des autorités du pays. Son objectif : se donner toutes les chances de décrocher la quatrième licence globale pour laquelle l’État a lancé un appel d’offres.

Hôtellerie & immobilier

D’après nos informations, Hassan Bouhadi et son équipe ont mis en place un groupe de travail pour revoir les investissements de la LIA dans certains pays, comme la Tunisie, ou le fonds souverain détient des actifs dans le tourisme et l’immobilier. Sur le continent, c’est sans doute dans ces deux secteurs que la Libye de Kadhafi avait le plus investi via la Libyan Foreign Investment Company (Lafico), une autre filiale du fonds souverain.

Mais plus de quatre ans après la chute du dictateur, un nombre important de ces actifs connaissent des difficultés et de nombreux projets ont été gelés. Au Mali, autrefois considéré comme la principale terre d’accueil des investissements de Tripoli en Afrique subsaharienne, sur quatre établissements hôteliers libyens, seul l’hôtel de l’Amitié fonctionne aujourd’hui. Et ce grâce notamment à la Minusma, qui paie environ 800 000 millions de F CFA par mois pour y loger ses troupes.

J.A.

Et, au Togo, les autorités ont dû employer la manière forte pour reprendre le contrôle de l’hôtel du 2-Février, autrefois géré par Sofitel. Laico avait repris cet établissement en 2006 en transformant en actions un prêt de 15 millions de dollars accordé au gouvernement de ce pays quelques années plus tôt. Mais la filiale du fonds souverain libyen n’a pu respecter son engagement de rénover cet établissement de 36 étages et de relancer rapidement son exploitation. Les bouleversements en Libye et l’instabilité qui y règne depuis n’ont rien arrangé.

Après avoir confié une étude sur l’opportunité juridique de la manœuvre à des avocats locaux et français, le Togo fait voter une loi de nationalisation le 6 novembre 2014, qui prévoit néanmoins l’indemnisation des actionnaires libyens. Après des mois de négociations et parfois de descentes musclées des forces de l’ordre sur le site ou étaient installés les bureaux locaux de Laico, les deux parties trouvent finalement un accord. L’hôtel du 2-Février est aujourd’hui à 100 % la propriété de l’État togolais, qui a confié sa rénovation au groupe sud-africain ZPC. Et son exploitation – à partir de décembre – au mauricien Kalyan Hospitality Development Limited, sous la marque Radisson Blu.

La chute du régime Kadhafi et les changements politiques n’ont absolument rien changé à notre relation avec la LIA, indique Abdellatif Kabbaj

Désormais, la LIA semble miser davantage sur l’Afrique du Nord, où la situation est plus favorable. « Cinq de nos dix hôtels appartiennent au fonds souverain libyen, avec qui nous travaillons depuis 2009 dans le cadre d’un partenariat signé pour quinze ans, indique Abdellatif Kabbaj, président du groupe Kenzi Hotels, basé à Marrakech. La chute du régime Kadhafi et les changements politiques n’ont absolument rien changé à notre relation avec la LIA, qui consiste essentiellement à lui régler des loyers pour les établissements que nous gérons et dont elle est propriétaire. C’est la même équipe qui est en place depuis le début de notre collaboration. »

Énergie

Alors qu’une libéralisation des prix des produits pétroliers est en cours au Maroc, en Tunisie et au Sénégal, le fonds souverain libyen incite sa filiale OilLibya à se renforcer dans ces pays. Gérée depuis Dubaï, cette dernière est l’une des rares entreprises libyennes qui se portent plutôt bien sur le continent. Au Maroc, l’un de ses principaux marchés (elle y est quatrième en termes de part de marché), la société a vu ses revenus passer de 4 milliards de dirhams (environ 355,8 millions d’euros) au cours de l’année précédant la révolution libyenne à 6 milliards en 2014.

Autrefois dénommé Tamoil, le groupe de distribution de carburants a commencé ses activités hors de la Libye dans des pays limitrophes, le Tchad et le Niger, puis au Burkina Faso

Entièrement détenu par OilInvest Group (qui lui-même est une filiale de la LIA), OilLibya est dirigé par le Franco-Libyen Ibrahim Bugaighis. Et est aujourd’hui présent dans 18 pays sur le continent, où il compte 1 022 stations-service et emploie plus de 1 500 personnes. Autrefois dénommé Tamoil, le groupe de distribution de carburants a commencé ses activités hors de la Libye dans des pays limitrophes, le Tchad et le Niger, puis au Burkina Faso, avant de poursuivre sa croissance par des acquisitions. Il a ainsi racheté successivement, entre 2004 et 2008, les filiales de Shell au Niger, au Tchad, à Djibouti, en Éthiopie et au Soudan, et celles d’ExxonMobil au Niger, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Cameroun, au Kenya, en Tunisie et au Maroc.

Agriculture

Selon nos informations, dans le domaine de l’agriculture, l’Afrique du Nord semble être la priorité de Hassan Bouhadi et de ses équipes de la LIA. Et notamment l’Égypte, un des principaux exportateurs africains de fruits et légumes. La Libye y a fait des investissements dans ce secteur, en particulier dans l’une des plus grandes fermes du pays.

En Afrique subsaharienne, la plupart des projets sont en souffrance ou tout simplement abandonnés, comme le projet public-privé Malibya. Lancé en 2008 au Mali, il prévoyait l’aménagement, pour un coût d’environ 56 milliards de FCFA, de plus de 100 000 hectares de terres au sein des vastes périmètres rizicoles de l’Office du Niger, la rice belt malienne, située dans la région de Ségou, quatrième du pays.


 

Un fonds, deux patrons

Qui dirige vraiment le fonds souverain libyen ? La réponse à cette question est loin d’être évidente. À l’instar du pays lui-même, la Libyan Investment Authority est divisée entre deux patrons. Hassan Bouhadi, nommé par le gouvernement reconnu par la communauté internationale mais dont le mandat a expiré le 20 octobre, est certes le plus actif sur le front de la reprise du contrôle des investissements libyens à l’étranger. Mais sa légitimité est loin de faire l’unanimité.

Légitimité surtout contestée par Abdulmagid Breish, son rival, basé à Tripoli mais qui révendique son indépendance vis-à-vis du gouvernement qui y est installé. Cet ancien banquier, qui a travaillé à la Libyan Arab Foreign Bank et à l’Arab Banking Corporation, avait été nommé à la tête du fonds souverain en juin 2013, lorsque le pays avait un seul gouvernement. Mais accusé d’avoir collaboré avec le régime de Kadhafi, il affirme avoir choisi de se retirer de ses fonctions dans le soucis de respecter la loi sur l’isolation politique et administrative. Blanchi à la suite d’un procès en appel, il revendique ce poste depuis avril dernier.

En attendant que cette bataille des chefs soit résolue, les deux hommes ont accepté en juillet de mettre de côté leur différend et de donner la priorité aux intérêts du fonds libyen. Via leurs avocats respectifs, ils ont nommé BDO, le cabinet international d’audit et de conseil, en tant que récepteur et gestionnaire des dossiers litigieux du fonds souverain libyen concernant l’Europe.

En Afrique, les deux parties ne sont pas forcément d’accord. Tandis que Hassan Bouhari et ses équipes n’hésitent pas à engager des procès pour récupérer les actifs libyens, Mohsen Derregia, le patron de Libya Africa Investment Portfolio (LAP), proche de Abdulmagid Breish, soutient : « Une action en justice ne devrait pas être notre première approche. D’autant que dans certains cas les États nous ont restitué nos actifs après la révolution. »

La situation financière US…

La situation financière US…


Dix indicateurs qui montrent que la situation financière actuelle des États-Unis est une vision d’horreur


Par Michael Snyder – Le 12 août 2018 – Source TheEconomicCollapse

Les prévisions à long terme du bilan des États-Unis continuent à s’aggraver progressivement. Malheureusement, depuis que le marché boursier a flambé et que les chiffres du PIB semblent satisfaisants, la plupart des Étasuniens supposent que l’économie de leur pays se porte bien. Mais il faut dire que le marché boursier montait en flèche et les chiffres du PIB semblaient corrects juste avant la grande crise financière de 2008, et nous avons vu ce que cela a donné. La vérité est que le PIB n’est pas la meilleure mesure pour la santé de l’économie. Juger l’économie étasunienne par rapport au PIB revient essentiellement à mesurer la santé financière d’une personne relativement à ses dépenses. C’est ce que je vais essayer d’illustrer ici.

Si je sortais tout de suite, obtenais un certain nombre de nouvelles cartes de crédit et commençais à dépenser comme si demain n’existait pas, cela signifierait-il que ma situation financière se serait améliorée ?

Non, en fait, cela signifierait que ma situation financière à long terme a au contraire empiré.

Le PIB est une mesure de l’activité économique de notre société, et c’est essentiellement une indication du montant d’argent échangé.

Mais le fait que plus d’argent change de mains ne veut pas dire que les choses s’améliorent. Ce qui compte vraiment est ce qui arrive aux actifs et aux passifs. En d’autres termes, est-ce que de la richesse a été créée ou bien a-t’on simplement accumulé de la dette ?

Malheureusement, il n’y a qu’une poignée de points positifs dans notre économie. Quelques très grandes entreprises technologiques, comme Apple, amassent de la richesse, mais à peu près partout la dette augmente à un rythme sans précédent. La dette des ménages n’a jamais été aussi élevée. La dette des entreprises a doublé depuis la dernière crise financière. La dette publique des États et des collectivités locales a atteint un niveau record et la dette publique étasunienne est complètement hors de contrôle.

Si je sortais demain et dépensais $20 000 avec un lot de nouvelles cartes de crédit, je pourrais prétendre que mon « PIB personnel » monte en flèche parce que je dépense beaucoup plus qu’avant. Mais ma vantardise serait inutile car, en réalité, je mettrais simplement ma famille dans une situation financière extrêmement précaire.

La croissance économique qui résulte de l’accroissement continu de la dette n’est pas une chose positive. Je souhaite que plus de gens comprennent ce concept très basique. Voici dix indicateurs qui montrent que la situation financière actuelle des États-Unis est une vision d’horreur…

1. Le crédit à la consommation aux États-Unis vient d’atteindre un nouveau record. Au deuxième trimestre de 2008, le total des crédits à la consommation avait atteint $2 630 milliards et, dix ans plus tard, ce chiffre a grimpé à $3 870 milliards. Cela représente une augmentation de 48% en une seule décennie.

2. La dette étudiante a pour la première fois dépassé les $1 500 milliards. Au cours des huit dernières années, le montant total de l’endettement des étudiants aux États-Unis a augmenté de 79%.

3. Selon la Réserve fédérale, le taux de défaillance des cartes de crédit aux États-Unis a augmenté pendant sept trimestres consécutifs.

4. Une enquête récente a révélé que 42% des consommateurs étasuniens ont payé en retard leur factures de carte de crédit « au moins une fois au cours de la dernière année » et 24% des consommateurs étasuniens les ont payées en retard « plus d’une fois au cours de la dernière année ».

5. Les salaires réels aux États-Unis viennent d’atteindre leur niveau le plus bas depuis six ans.

6. Selon une étude récente, « le taux de faillite personnelle des gens âgés de 65 ans et plus est trois fois supérieur à celui de 1991 ».

7. Nous sommes au cœur de la plus grande « apocalypse de la vente au détail » dans l’histoire étasunienne. À ce jour, en 2018, 57 grandes surfaces ont annoncé des fermetures de magasins.

8. Le déficit budgétaire officiel des États-Unis est en hausse de 21% sous le président Trump.

9. On prévoit que le service de la dette publique cette année dépassera pour la première fois les $500 milliards.

10. Goldman Sachs prévoit que le déficit budgétaire annuel dépassera les $2 000 milliards d’ici 2028.

Et je n’ai même pas parlé des passifs non capitalisés. Ce sont essentiellement des engagements futurs pour lesquels nous n’avons pas d’argent.

Selon le professeur Larry Kotlikoff, en ce moment nos engagements non capitalisés dépassent largement les $200 000 milliards.

Si les personnes, les entreprises, les États et gouvernements locaux et le gouvernement fédéral cessaient tous de s’endetter, nous nous enfoncerions immédiatement dans la plus grande dépression économique de l’histoire des États-Unis.

Le système est profondément brisé, et la seule façon de maintenir cette bulle de dette est de continuer à l’accroître encore plus.

Toute personne qui croit que l’économie étasunienne est « réparée » est complètement dans l’erreur. RIEN n’a été arrangé. Au lieu de cela, nos déséquilibres financiers à long terme s’aggravent à un rythme croissant.

Malheureusement, l’attitude du grand public est exactement similaire à ce qu’elle était juste avant la grande crise financière de 2008. La plupart des gens semblent assumer que n’ayant pas subi jusqu’à présent de conséquences néfastes résultant de nos très idiotes décisions, aucune conséquence dommageable ne se produira.

Beaucoup supposent également que depuis que le contrôle de la Maison Blanche a changé, les choses vont s’améliorer par magie.

Bien sûr, la vérité est que la seule façon de résoudre nos problèmes à long terme est de s’attaquer à leur origine, ce qui n’est tout simplement pas le cas.

Comme j’ai beaucoup voyagé au cours de l’année écoulée, j’ai découvert que la plupart des Étasuniens ne veulent pas apporter de changements fondamentaux au système actuel, car ils ont l’illusion qu’il fonctionne très bien. Donc, il faudra probablement une autre crise majeure avant que la plupart des gens soient prêts à envisager des changements fondamentaux, et quand cela arrivera, nous devrons être prêts à l’expliquer au public.

Le système que nous avons aujourd’hui, est fondamentalement malsain. Nous avons désespérément besoin de revenir aux valeurs et aux principes sur lesquels notre pays a été fondé, mais tant que les choses n’ont pas commencé à aller vraiment, vraiment mal, il est fort peu probable que le peuple étasunien soit prêt à accepter ces changements.

Michael Snyder  est un écrivain syndiqué, une personnalité médiatique et un militant politique. Il est l’éditeur de The Most Important News et l’auteur de quatre ouvrages, dont The Beginning of the End et Living A Life That Really Matters

Traduit par Alexandre Moumbaris  relu par Marie-José Moumbaris

http://lesakerfrancophone.fr/la-situation-financiere-us

Qu’est-ce que la Super Classe Mondiale qui nous dirige ? Réponse en 10 points

Georges Soros

Qu’est-ce que la Super Classe Mondiale qui nous dirige ? Réponse en 10 points

Par Michel Geoffroy, essayiste ♦ [Rediffusion] Nous publions à nouveau cette analyse exclusive, publiée initialement dans nos colonnes le 30 mars 2018. En effet, ce texte fait partie des articles les plus lus du début d’année 2018. Un intérêt massif qui motive une nouvelle diffusion en cette période estivale pour préparer au mieux la rentrée politique. Bonne lecture et bonnes vacances.
Polémia


Michel Geoffroy, contributeur régulier de Polémia, a récemment publié La Super-classe contre les peuples. Cet ouvrage, préfacé par Jean-Yves Le Gallou, s’attache à démasquer ceux qui détiennent le pouvoir dans le monde moderne. Avec ce dévoilement magistral de la super-classe mondiale, Michel Geoffroy permet de poser les bases d’une reconquête essentielle : celle de notre liberté.
Michel Geoffroy étant un pilier de Polémia, nous vous proposons une analyse en 10 points de cette super-classe mondiale qui fait tout pour nous diriger.
Polémia1/ La Super Classe Mondiale (SCM) n’est pas un fantasme : elle existe bien et elle a pris le pouvoir en Occident et notamment en Europe Occidentale.

Elle est propriétaire des médias, elle finance le microcosme culturel, les ONG et les groupes de pression et elle impose partout une politique qui va à l’encontre de la volonté du corps électoral. En France elle a réussi à faire élire son candidat lors de la présidentielle de 2017 : Emmanuel Macron

2/ La SCM correspond à la domination sans limite de l’économie et de la finance sur la société et sur la souveraineté politique, qui s’est produite à la fin du XXème siècle.
La SCM regroupe les super riches qui veulent s’enrichir toujours plus, grâce notamment à la dérégulation économique et financière. Grâce aussi à la modification des lois fiscales à leur profit. Grâce enfin au « socialisme des riches » qui consiste à mettre à la charge de la collectivité les charges induites par la mise en œuvre des politiques libre-échangistes, pendant que ses bénéfices reviennent à la seule oligarchie

La SCM incarne la domination sans partage de la loi de l’argent, donc la réduction des hommes à l’état de simple ressource au service des plus riches.

Pour cette raison on ne pourra remettre à sa place la SCM, si on ne régule pas l’économie et la finance mondiales

3/ La SCM incarne aussi le retour d’une vieille eschatologie : la prétention hérétique de bâtir le paradis sur terre et d’unifier le genre humain, sans attendre la venue ou le retour du Messie, prétention qui a été reprise par le messianisme protestant et sa croyance en la destinée manifeste des anglo-saxons. Cetteeschatologie fonde le projet cosmopolite ou mondialiste de la SCM, qui se prétend élue pour ce faire.
Ce projet est bien un complot contre la liberté, la souveraineté et l’humanité de l’homme. Car le gouvernement mondial n’ouvrirait pas la voie à une « démocratie planétaire » mais au contraire à la dictature mondiale de l’oligarchie.En accusant les autres de complotisme la SCM pratique en réalité l’inversion accusatoire.

4/ La SCM est une classe sociale : c’est une oligarchie transnationale qui partage plus de traits communs qu’avec sa population d’origine. C’est une classe qui se croit suffisamment éclairée pour prétendre faire le bien des gens malgré eux.
Elle correspond au parti de Davos : de ceux qui se rencontrent tous les ans lors du World Economic Forum de Davos, qui partagent la même vue du mondelibérale/libertaire et cosmopolite et qui l’imposent aux gouvernements.

5/ La SCM a pris le pouvoir en Occident grâce à la conjonction de trois changements historiques majeurs au cours du XXème siècle : l’avènement de la surpuissance anglo-saxonne, la fin du socialisme et du communisme et enfin la mondialisation de l’économie. La fin du socialisme et du communisme a notamment provoqué le grand soulagement des super-riches qui n’ont plus à craindre en Occident une révolution qui menacerait leurs privilèges et leurs intérêts : avec l’immigration, les délocalisations et bientôt l’intelligence artificielle, ils pensent même avoir trouvé le moyen de remplacer les peuples puis de se passer d’eux. Et la mondialisation a donné aux grandes entreprises transnationales plus de pouvoirs que de nombreux Etats, de plus en plus paupérisés.
Les milliardaires anglo-saxons ont toujours eu la prétention de gouverner le monde. Mais à la fin du XXème siècle, ils ont fini par croire qu’ils en avaient désormais la possibilité.

6/ La SCM fonctionne par la mise en synergie de 4 cercles ou engrenages : le cercle de la richesse financière et économique transnationale, le cercle des médias et de la culture, le cercle des organisations non gouvernementales et de la société civile, enfin le cercle des élites publiques. Le cercle de la richesse financière et économique transnationale est celui où la puissance est la plus concentrée et la plus opaque : il dirige, influence et achète tous les autres cercles.
Le premier cercle ne comprend que quelques milliers d’individus, mais les autres cercles sont plus nombreux, en particulier parce qu’ils regroupent des idiots utiles.

La SCM repose pour cette raison sur un pouvoir impersonnel, désincarné et collégial donc insaisissable (par opposition à la tradition de l’incarnation du pouvoir en Europe)

7/ La SCM est une oligarchie et non pas une élite : elle préfère toujours l’influence des autres à l’engagement personnel direct.
C’est pourquoi on peut assimiler son action et son projet à un complot, car elle refuse de le soumettre au verdict démocratique : elle veut au contraire l’imposer subrepticement en le rendant inéluctable. Pour cette raison elle s’est rendue maîtresse du pouvoir médiatique en Occident, qui sert à ahurir la population, à diffuser l’idéologie libérale/libertaire et cosmopolite et à diaboliser tous ceux qui s’opposent au projet de la SCM.

8/ La SCM fait avancer son projet et son agenda selon une dialectique du chaos et du contrôle. Elle sème le chaos partout comme moyen de détruire la résistance psychologique et l’homogénéité des peuples : c’est principalement le rôle dévolu au chaos migratoire en Europe. Mais aussi au chaos économique, conséquence de la dérégulation systématique, qui place les populations en insécurité économique et sociale croissantes. Ou au chaos moral qui sert à déstructurer les personnalités. Enfin la SCM ne répugne pas à la guerre comme moyen chaotique.

Le chaos sert ensuite de prétexte à l’instauration du contrôle : la SCM substitue à la souveraineté nationale, le contrôle de la population, qui correspond à l’instauration de la post-démocratie en Occident. La post-démocratie illustre le caractère totalitaire du gouvernement mondial que la SCM voudrait instaurer à son profit : un système où les peuples se voient retirer le pouvoir de changer de politique, où les juges supplantent les législateurs et dont l’Union Européenne constitue le laboratoire

9/ L’idéologie libérale/libertaire et cosmopolite a été le principal vecteur de l’instauration du chaos au service de la SCM en Occident. Parce qu’elle a contribué à détruire toutes les régulations qui faisaient obstacle à l’instauration du règne de l’argent. Et parce qu’elle a contribué à diffuser un individualisme radical qui détruit tout ordre social et qui ouvre la voie à la marchandisation du monde et finalement de l’homme lui-même.
Mais la SCM pratique le double standard permanent : dans son comportement interne elle fait tout le contraire de la doxa libérale/libertaire qu’elle préconise pour le reste de la population : elle est hiérarchique, patriarcale et elle aspire au monopole, au pouvoir opaque et au contrôle, non pas à la liberté, à la transparence et à la concurrence

10/ La SCM a réussi à mettre l’Europe en servitude et à s’enrichir démesurément. Par contre elle va échouer au XXIème siècle à contrôler le monde. La SCM n’est donc pas omnipotente: en fait le monde est en passe d’échapper aux mondialistes, en particulier parce que le cœur nucléaire de la SCM -les pays anglo-saxons- est entré en déclin, et parce que le monde devient multipolaire. L’idéologie de la SCM peine à s’imposer partout et en Europe même, elle soulève une opposition croissante.
L’oligarchie en a bien conscience et il ne faut donc pas exclure que la SCM ait recours à la guerre mondiale pour tenter de garder son leadership coûte que coûte.
C’est aussi pourquoi les Européens doivent se libérer de la tutelle de la SCM, qui ne peut que conduire à leur destruction, et pour cela, s’ériger en pôle de puissance autonome.

Michel Geoffroy
21/08/2018

La Superclasse mondiale contre les peuples, Michel Geoffroy, Editions Via Romana, 475 pages, 24 €

Achat en ligne : https://www.polemia.com/la-boutique/

Crédit photo : Georges Soros par Niccolò Caranti [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

Michel Geoffroy

Michel Geoffroy, ENA. Essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du “Dictionnaire de Novlangue”.